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NIGERIA
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COMMENT ÉRADIQUER LE TERRORISME
SANTULLO Ce scandale qui ébranle le Gaboon
France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 € Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN Espagne 4,30 € Éthiopie 67 birrs Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 5 € Portugal cont. 4,30 € Réunion 4,60 € RD Congo 6,10 $ US Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 7 FS Tunisie 4 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2000 F CFA ISSN 1950-1285
TUNISIE Lamine Diack sort du silence
EXCLUSIF SÉNÉGAL
HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 3052 DU 7 AU 13 JUILLET 2019
L’homme le plus riche d’Afrique pourrait multiplier les revenus de son groupe par cinq grâce à de nouveaux projets. Mais l’irrésistible ascension de ce capitaine d’industrie prêt à tout pour étendre son empire n’est pas sans susciter certaines critiques...
Au centre de cyberdéfense de l’opérateur de télécoms Inwi, à Casablanca.
CYBERSÉCURITÉ
INWI
Dossier Télécoms
Les opérateurs contre-attaquent Sur le continent, la criminalité numérique n’épargne ni les entreprises ni les particuliers. Les géants de la téléphonie mobile et de l’internet l’ont bien compris, qui ont fait de la protection des données une activité à part entière.
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jeuneafrique no 3052 du 7 au 13 juillet 2019
«
C
hers clients valides, votre c a r te S I M s e r a temporairement bloquée dans les prochaines vingt-quatre heures en raison de l’utilisation cohérente de données non assignées. » C’est le texto énigmatique qu’ont reçu, dimanche 16 juin, les 60 millions d’abonnés de MTN au Nigeria. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, plus gros marché de l’opérateur sud-africain, un tiers de la population a été privée de toute communication par mobile pendant une journée entière. Omasan Ogisi, responsable des affaires publiques de MTN au Nigeria, nie encore à ce jour avoir été victime d’une cyber attaque. Mais les soupçons sont tels que l’opérateur a tout de même saisi le bureau de la Commission des crimes économiques et financiers du Nigeria (EFCC) pour enquêter sur une infraction présumée de cybercriminalité. En seulement deux heures, l’incident lui aurait coûté 700 millions de nairas, soit environ 1,7 million d’euros. Subir une cyberattaque est peutêtre la pire chose qui puisse arriver à ce jour aux opérateurs de télécommunications, dont les discours marketing vantent justement des transmissions de données en toute sécurité. « Pour les entreprises comme pour les particuliers, les opérateurs sont devenus de véritables acteurs de confiance, comme le furent les banques à une époque », confirme Jean-Michel Huet, associé chez BearingPoint et spécialiste du secteur sur le continent. Au Nigeria, pourtant, selon une étude du cabinet spécialisé Kaspersky, 37 % des utilisateurs de téléphone mobile ont été victimes d’attaques en 2018.
Le plus peuplé des pays africains n’est pas le seul à être touché par ce fléau. En 2017, le cabinet de conseil kényan Serianu, spécialisé dans la cybersécurité, estimait le coût annuel de cette délinquance à 3,5 milliards d’euros pour le continent. Un chiffre qui ne devrait pas baisser de sitôt : « Comme partout, l’Afrique est exposée à la criminalité numérique internationale. Et la menace ne cesse d’augmenter à mesure que les usages se démocratisent, que les compétences en informatique progressent et que les services se numérisent », analyse Emmanuel Cheriet, directeur d’Orange Cyberdefense pour le Maroc.
D’OÙ VIENNENT LES MENACES AFRICAINES ORIGINE DES ATTAQUES PAR PAYS, EN 2016 25 %
Afrique du Sud
12 %
Égypte
9%
Kenya
7%
Nigeria
Un marché qui devrait avoisiner 2,3 milliards d’euros en 2020
L’opérateur français a bien compris l’opportunité qui s’offre à lui. La cybersécurité, définie comme un pilier stratégique du groupe, est déjà une activité qui représente à l’échelle mondiale pas moins de 1 500 personnes et 350 millions d’euros de chiffre d’affaires, logés dans sa division Orange Cyberdefense, indépendante des directions régionales opérationnelles, dont Orange Middle East and Africa. Avec d’autres, le géant du secteur aux 130 millions d’abonnés sur le continent lorgne un marché africain qui, selon une étude de Marketsandmarkets, avoisinera 2,3 milliards d’euros en 2020. Orange Cyberdefense a ouvert en octobre 2018 un hub à Casablanca qui devrait employer une cinquantaine de personnes d’ici à 2021 et depuis lequel il souhaite piloter l’ensemble de ses opérations pour l’Afrique. Outre cette implantation marocaine stratégique, la division cybersécurité du groupe français
6%
Maurice Algérie Seychelles
5% 4%
Botswana
3%
Maroc
3%
Tunisie
3%
ORIGINE DES LOGICIELS MALVEILLANTS PAR PAYS, EN 2016 20 %
Afrique du Sud
14 %
Tunisie
8%
Kenya Nigeria
6%
Côte d’Ivoire
5%
Ghana
5%
Égypte Algérie
5% 4%
Éthiopie
3%
Cameroun
3%
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SOURCE : SYMANTEC
QUENTIN VELLUET
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Dossier Télécoms CYBERSÉCURITÉ
NICOLAS FAUQUÉ/WWW.IMAGESDETUNISIE.COM
dispose d’un centre de production implanté au Caire, et est présent au Cap et à Pretoria depuis son rachat en février 2019 du britannique SecureData, pour 50 millions d’euros. « Nous visons une croissance de
Les opérateurs occidentaux ont un coup d’avance
Des étudiants de l’École supérieure privée d’ingénierie et de technologies (Esprit), à El-Ghazala, près de Tunis.
DES FORMATIONS MAL CONNUES
Les projets autour de la cybersécurité souffrent d’une grave pénurie de compétences, qui vient principalement d’une méconnaissance de la filière et de ses métiers faute d’une communication suffisante sur les offres de formation. Au Maroc, par exemple, une étude publiée fin 2018 par Kaspersky Lab, en partenariat avec le cabinet d’études marocain Averty, a montré que l’informatique, les télécoms et le web sont bien plus attrayants que la cybersécurité, qui combine les trois compétences. Dans le royaume pourtant, l’École Hassania des
64
plus de 50 % par an sur les quatre à cinq premières années », explique Emmanuel Cheriet. Pour y parvenir, son équipe s’adresse en priorité aux grandes entreprises privées et parapubliques de la banque ou de l’industrie ainsi qu’aux administrations des pays où l’opérateur est déjà présent, comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Son offre va du simple audit de deux ou trois jours facturés quelques milliers d’euros à des prestations de conseil et de mise en œuvre plus sophistiquées, pouvant atteindre le million d’euros. « L’objectif est de se créer une masse critique en faisant du sur-mesure. Par la suite, nous déploierons une palette d’offres industrialisables qui s’adresseront aux PME. Le tout sous forme de package standardisé », vante encore le dirigeant d’Orange.
travaux publics (EHTP) et l’Institut national des postes et télécommunications (INPT) dispensent des cursus en la matière reconnus par la Conférence des grandes écoles (CGE). Des formations labellisées CGE existent également en Tunisie, à l’École supérieure des communications de Tunis (Sup’Com) et à l’École supérieure privée d’ingénierie et de technologie (Esprit). Elles-mêmes ont des partenariats avec des écoles subsahariennes. Au sud du Sahara, justement, un établissement de formation des experts de la sous-région
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a ouvert ses portes en novembre 2018 au sein de l’École nationale d’administration de Dakar. Résultat d’une coopération entre les ministères des Affaires étrangères français et sénégalais, elle veut former des promotions panafricaines (30 % de Sénégalais et 70 % d’étrangers de la sous-région) et s’installera à terme dans la nouvelle ville de Diamniadio. Au même endroit, le groupe français Institut Mines-Télécom propose depuis 2018 un mastère en technologies du web et cybersécurité. Q.V.
Si le français a opté pour le développement d’une expertise interne au groupe, tel n’est pas le choix de ses concurrents. Depuis le mois de mai, Vodacom propose lui aussi des solutions de cybersécurité. Pour ce faire, la branche africaine du géant britannique Vodafone a choisi de s’adosser au spécialiste américain BlackFog. Même stratégie pour l’opérateur marocain Inwi, qui s’est entouré du californien Palo Alto Networks pour ses pare-feu, d’Arbor Networks pour ses solutions de lutte contre les attaques par déni de services (DDoS), de Symantec pour son centre opérationnel de sécurité installé en mai à Casablanca, et enfin d’Ineos pour l’intégration de solutions. « Les opérateurs occidentaux ont un coup d’avance sur le continent, car leurs clients professionnels exigent des prestations de sécurité depuis des dizaines d’années. Les acteurs africains ou moyen-orientaux, comme MTN ou Etisalat, sont moins bien positionnés sur ce créneau, notamment parce qu’ils sont davantage orientés vers une clientèle grand public », analyse JeanMichel Huet, de BearingPoint.
COMMUNIQUÉ
TACTIS
AVIS D’EXPERT
Kigali, Rwanda Tél. : (+250) 780 140 674 Email bbinagwaho@tactis.africa www.tactis.africa
Infrastructures mutualisées : coup d’accélérateur pour la croissance numérique Comment accélérer
des charges des licences, le déve-
la numérisation des territoires ?
loppement d’offres de gros régulées,
Malgré des efforts importants, il
la mise en œuvre de projets publics
reste beaucoup à faire en termes de
avec des montages de Partenariat
déploiement d’infrastructures pour
Public/Privé (PPP).
fournir un accès haut débit aux populations urbaines et rurales. La mutualisation ou le partage d’infrastructures se développe de plus en plus. En quoi consiste la mutualisation ?
A l’instar d’autres régions du monde, de plus en plus de pays du continent africain, se dotent d’un cadre incitant à cette mutualisation. Certains vont plus loin comme le Rwanda, où le réseau 4G est partagé par l’ensemble
Avec l’ouverture des marchés, les
des opérateurs. Cela offre une cou-
opérateurs ont prioritairement inves-
verture très étendue (96%) et un coût
ti dans leurs propres infrastructures
d’accès à Internet parmi les plus bas
pour se différencier et mieux capter
Bernard Binagwaho, Directeur Afrique & Moyen Orient
trouve également un écho favorable
de la région. En Tunisie, le déploie-
auprès des fonds d’infrastructures.
des clients. Toutefois, la mutualisa-
ment d’un accès fibre optique (FTTH)
Cela permet également une péré-
tion est incitée par la multiplication
neutre sur plusieurs centaines de
quation entre zones rentables et
milliers de foyers est en cours.
non rentables.
LTE puis 5 G …) due en partie à
Quid des aspects qualité ?
Qu’en est-il en matière
l’avènement des réseaux internet
Comme il s’agit d’infrastructures
(mobile et fixe) et aux exigences
essentielles, il est important de
renforcées de qualité, de couverture
s’assurer que l’ingénierie et le suivi
et d’occupation de l’espace public.
de contrôle répondent aux normes
des investissements (fréquences, déploiement fibre optique, 3 G, 4 G
internationales, afin d’en garantir Elle permet d’optimiser les coûts
la pérennité.
de déploiement et de couvrir à
de 5 G et de Smart Cities ? Pour fournir son plein potentiel, la 5G va nécessiter une densification des cellules en urbain et une connexion fibre optique. Pour la Smart City, la multiplication des capteurs IOT (Caméra, mobilier
budget équivalent des zones plus
Quels modèles économiques ?
urbain, compteur ...) conduit aus-
étendues et moins denses. De plus,
Une politique qui incite le déploie-
si au partage d’infrastructures.
ce partage stimule la compétition
ment d’infrastructure partagée et la
La mutualisation s’impose donc
par l’offre de services.
commercialisation d’offres de gros
progressivement comme une ap-
neutres et ouvertes à tous les opéra-
proche structurante du socle de la
Différentes formes sont possibles,
teurs de détail, est soutenue par les
transformation digitale et smart
depuis l’incitation dans le cahier
bailleurs publics internationaux et
de l’Afrique.
Néanmoins, les opérateurs de télécoms sont loin d’être les seuls sur le marché : « Ils sont légitimes, ils ont leur place, mais ce ne sont pas les principaux acteurs », poursuit Jean-Michel Huet, rappelant que des géants de l’informatique et du numérique, tels que le français Atos, ou bien l’américain Palo Alto Networks – qui se revendique comme le leader mondial de la cybersécurité –, sont aussi bien implantés sur le marché.
Les consommateurs davantage visés que les entreprises
« Les offres des opérateurs européens sont calquées sur ce qu’ils ont déjà fait dans leurs pays d’origine et ne tiennent pas compte du contexte africain, où le mobile est le premier support utilisé », fait remarquer James G. Claude, directeur général de Global Voice Group, spécialisé dans les solutions informatiques pour les autorités de régulation. De fait, les solutions de cybersécurité vendues par un opérateur de télécoms tel qu’Orange répondent surtout à des demandes de mise en conformité aux normes internationales ou en vue d’un partenariat ou d’une coentreprise entre deux structures, l’une africaine, l’autre internationale, lorsque l’une est mieux protégée que l’autre. Si bien qu’il répond surtout aux besoins des entreprises occidentales, qui veulent éviter que le continent ne devienne – comme cela peut être le cas de certains pays de l’Europe de l’Est – le maillon faible de leur protection contre les cyberattaques : « Un pirate est opportuniste, les entreprises africaines peuvent être vues comme une porte d’entrée via les systèmes d’information de leurs clients internationaux », avertit
d’ailleurs Nicolas Arpagian, directeur stratégique et des affaires publiques d’Orange Cyberdefense. Pourtant, selon Lacina Koné, directeur général de Smart Africa, une initiative soutenue par l’Union africaine et 24 pays subsahariens visant à l’avènement des nouvelles technologies sur le continent, « les cyberattaques pèsent en réalité bien plus sur les particuliers que sur les entreprises ». Selon cet Ivoirien, près de 90 % des infractions numériques en Côte d’Ivoire concernent ainsi les utilisateurs des services de banques mobiles. Une proportion semblable à celle évoquée par James G. Claude pour d’autres régions du continent. Reste que pour protéger les consommateurs de services payants sur mobile de diverses fraudes – et en particulier de l’usurpation d’identité –, il faudra nécessairement une vigilance des États africains sur le sujet, et la mise en place de lois ad hoc poussant à investir massivement dans ce sens. « Le sujet de la cybersécurité n’a pas été traité dans une majorité de pays. Or les groupes internationaux actifs dans le numérique apportent avec eux les normes européennes ou américaines, qui ne correspondent pas aux environnements africains. Il faut éviter la fraude, la loi de la jungle, mais aussi une colonisation digitale », fait valoir Lacina Koné, qui appelle les décideurs publics africains à défendre plus vigoureusement, par la régulation, les intérêts des entreprises et des consommateurs africains en poussant les différents acteurs du numérique – en lien avec les opérateurs de télécoms – à investir davantage sur une cybersécurité mieux adaptée aux besoins locaux.
CNBCAFRICA/YOUTUBE
Dossier Télécoms CYBERSÉCURITÉ
LE SUJET DE LA CYBERSÉCURITÉ N’A PAS ÉTÉ TRAITÉ DANS UNE MAJORITÉ DE PAYS. IL FAUT ÉVITER UNE COLONISATION DIGITALE. LACINA KONÉ, directeur général de Smart Africa
COMMUNIQUÉ
AVIS D’EXPERT
Abdelly & Chaary Law Firm EAG Building, Cité les Pins, Lots 356 Les Berges du Lac 2,Tunis 1053 Tél. : (+216) 71 967 808 Mobile : (+216) 23 999 148 Fax : (+ 216) 71 967 799
Défis & enjeux du secteur des télécommunications en Afrique du Nord L’
Afrique du Nord a franchi le pas
services de capacité de 100 G et de
de la libéralisation des télécoms
200 G et des services Ethernet de
en s’orientant vers la mise en place
10 G, la simultanéité de la connecti-
d’un régime d’octroi de licences,
vité de tous les types de protocoles
d’interconnexions et de plafonne-
et la personnalisation des fibres
ment des prix.
optiques noires fractionnées dans les
Les pays de la région doivent être
limites de démarcation prédéfinies.
visionnaires en misant sur la mo-
2. Accélération du processus de
dernisation de l’infrastructure de
mise en place du FTTH et du THD.
connectivité, la rationalisation des
Elle constituerait un défi à relever
tarifs et l’amélioration des services.
par la région pour en faire bénéficier tous les usagers.
À cet effet, des mesures devraient être adoptées afin de relever les
3. Protection des usagers.
défis dans le secteur des télécoms :
Elle pourrait être assurée par la pu-
1. Adhésion au projet PEACE « Pakistan & East Africa Connecting Europe. » www.peacecable.net Elle formerait une infrastructure sous-marine dont l’objectif est de renforcer la diversité de la connectivité entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Elle pourrait assurer l’adaptation de la région au numérique, suivant ainsi
Maître Samir Abdelly Avocat Ex-Candidat aux élections présidentielles de 2014 27 ans d’expérience dans le domaine de l’énergie en Afrique du Nord
données, une identification des fraudes, un profilage des usagers et une personnalisation des services.
blication des organes de régulation,
Aujourd’hui, plus que jamais, la
des indicateurs de qualité de services
télécommunication a une place
et des tarifs des différents opérateurs,
essentielle dans le fonctionne-
afin d’améliorer les possibilités du
ment de l’État. La mise à niveau de
choix des usagers.
l’infrastructure de connectivité, la
L’Afrique du Nord doit se doter de tous les moyens nécessaires afin de s’adapter aux enjeux du numérique !
Orange et Telecom Egypt qui ont 4. Développement de l’Analytics et de la BIG DATA.
rationalisation des tarifs, l’adoption
Il pourrait optimiser les perfor-
libéralisation totale du secteur des
Cette adhésion permettrait d’assurer
mances financières, techniques
télécommunications constitueraient,
l’adoption des nouvelles technologies
et commerciales des usagers et
à notre avis, les défis qui devraient
200 G et WWC, la fourniture des
permettrait une capitalisation des
être relevés par la région.
adhérés au projet consécutivement le 27/04/2019 et 26/10/2018.
des nouvelles technologies et la
Dossier Télécoms
MUSIQUE EN LIGNE
SHUTTERSTOCK/ARADAPHOTOGRAPHY ; SPOTIFY ; MONTAGE JA
Les streamers entrent dans la danse Boomplay, Spotify, Deezer, mais aussi Simfy, Waw Muzik et Mdundo… Les plateformes musicales internationales et locales prennent enfin leur envol avec l’appui des opérateurs, qui espèrent ainsi augmenter leur trafic.
NATACHA GORWITZ
e début de l’année 2018 avait été marqué par le lancement sur le marché africain du géant mondial du secteur, le suédois Spotify, d’abord en Afrique du Sud. Dans ce pays, où les plateformes concurrentes telles que le français Deezer ou l’américain Apple Music étaient déjà disponibles, le streaming devrait, selon une étude du cabinet PwC, générer 709 millions de rands (43 millions d’euros) en 2022. Soit plus du triple qu’en 2017. L’Afrique du Sud fait cependant figure d’exception: partout ailleurs, le digital reste dominé par les Ring Back Tones (RBTs). Selon la même source, les sonneries téléphoniques et tonalités d’attente personnalisées représenteront encore la quasi-totalité des revenus musicaux digitaux d’ici à trois ans au Kenya et au Nigeria. Bien que ces chiffres ne tiennent pas compte de la consommation illégale de musique en ligne, via YouTube et des sites de streaming hors la loi ou le partage de fichiers entre pairs (peer to peer, en anglais).
L
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jeuneafrique no 3052 du 7 au 13 juillet 2019
« Le digital est un marché plein de potentiel, mais qui aujourd’hui n’est pas notre principale source de revenus », souligne le Franco-Malien Moussa Soumbounou, directeur général d’Universal Music Africa pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique francophone. Comme beaucoup, il parie sur l’explosion du streaming dans les années à venir, à la faveur de l’adoption du smartphone, du déploiement du haut débit mobile et de la baisse des coûts des données internet (data). « Mais, en Afrique, précise-t-il aussitôt, cette croissance n’arrivera pas sans la collaboration des opérateurs télécoms. » Sans leur force de distribution – quand plus de 95 % de l’accès à internet se fait via un smartphone –, sans leurs outils de paiement mobile, qui permettent de pallier le faible taux de bancarisation (15 % en moyenne au sud du Sahara), et sans leur capacité de recouvrement, pas de décollage possible du streaming musical. Or, jusque-là, les opérateurs de télécoms étaient trop gourmands. « Ils prenaient plus de 50 % des revenus digitaux générés par les abonnements, ce qui rendait quasi impossible
le lancement d’un service de streaming », indique Yoel Kenan, fondateur et patron d’Africori, un distributeur digital spécialisé dans la musique africaine, créé en 2012 et implanté à Johannesburg, Lagos et Nairobi. « Aujourd’hui, se félicite-t-il, les règles changent car les opérateurs prennent conscience que leurs revenus dépendent de plus en plus de la data – et donc d’un trafic généré notamment par la musique et la vidéo –, et non plus de la voix. » La porte des négociations, fermée jusqu’ici aux fournisseurs de contenus, semble désormais ouverte. Une nouvelle application de streaming musical, Waw Muzik, dotée d’un répertoire 100 % afro-urbain et concoctée à Abidjan, sera lancée en Côte d’Ivoire en septembre, en partenariat avec le français Orange. Ce streamer local, l’un des rares en Afrique francophone, a signé un accord de licence et de distribution avec Universal Music Africa, succursale de la première maison de disques mondiale. « Aujourd’hui, les initiatives locales se multiplient, soutenues majoritairement par les opérateurs de
télécommunications mobiles, qui utilisent la musique comme levier pour attirer les utilisateurs sur leurs offres de data mobile », affirme de son côté Bernard Mazetier, directeur marketing broadband & internet chez Orange Afrique et Moyen-Orient. En Tunisie, le géant français du secteur commercialise ce type d’offres en partenariat avec la plateforme Anghami, implantée à Dubaï et à Beyrouth et numéro un dans le monde arabe. En Côte d’Ivoire, il octroie à ses clients qui achètent des pass de 2,5 Go à 15 Go un mois d’accès illimité au service premium de Deezer, dont il est actionnaire. Sur le marché ivoirien, où Orange est leader (52 % des ventes en 2018), ces services à valeur ajoutée représentaient l’an dernier environ 7 % de son chiffre d’affaires, soit plus de 50 millions d’euros. Les revenus tirés des commissions Orange Money ont, eux, représenté 900000 euros en 2018, avec un taux de pénétration du paiement mobile de 53 % dans le pays.
d’utilisateurs, avec 2 millions de nouveaux usagers chaque mois. La faible pénétration des géants du streaming sur le continent s’explique par le prix relativement élevé de leurs offres par rapport aux streamers locaux, celles-ci étant par ailleurs accessibles aux seuls possesseurs de moyens de paiement internationaux. En Inde, où il a lancé ses activités en mars, Spotify s’était attaqué au marché avec un prix d’abonnement équivalant à seulement 1,50 euro par mois. En une s emaine, il avait acquis plus de 1 million d’utilisateurs. En Afrique, où le coût encore élevé de la data freine l’explosion du streaming, les plateformes mondiales n’ont pas encore opté pour cette stratégie. Surtout, leurs catalogues restent essentiellement orientés vers des contenus internationaux alors que la musique locale, comme partout dans le monde, reste largement préférée à la musique importée. « Ma priorité est d’accompagner la structuration du marché, affirme Moussa Soumbounou. Le digital y contribuera certainement, à condition de tenir compte des spécificités de chaque territoire et que l’on inclue les professionnels locaux. » Depuis sa nomination, en mai 2018, à la direction générale
L’UN DES OBSTACLES AU LANCEMENT DE CE TYPE DE SERVICE EST L’ACQUISITION DES LICENCES, SOULIGNE LE DIRIGEANT DU KÉNYAN MDUNDO.
Le coût de la data freine l’explosion du streaming
Signe de l’intérêt des opérateurs pour ce secteur, MTN a fait l’acquisition à la fin de 2018 de Simfy Africa, rebaptisé depuis MusicTime. Le kényan Safaricom a également son service digital de musique, l’application Songa Music, dont il baisse le prix de l’abonnement, qui équivaut désormais à 4 centimes d’euros par jour, 26 centimes par mois et 80 centimes par an. En parallèle, le chinois Transsion, constructeur de terminaux mobiles, préinstalle dans les smartphones de ses marques d’entrée et de milieu de gamme Tecno, Itel et Infinix, qui inondent actuellement le continent, l’application Boomplay. Cette plateforme de streaming et de téléchargement, qui se revendique comme leader en Afrique, affirmait compter, fin 2018, 36 millions
d’Universal Music Africa, le responsable travaille au déploiement de son réseau local. Au siège régional d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne où son concurrent Sony Music est également implanté, il emploie une vingtaine de personnes et couvre vingt-deux territoires francophones et lusophones. En dix-huit mois, le catalogue du label s’est nettement étoffé: de trois artistes à une trentaine, avec des personnalités comme Sidiki Diabaté, Dj Arafat, Toofan, Tenor, Kiff no beat ou encore Locko.
50 % du chiffre d’affaires reversés aux artistes africains
« L’un des principaux obstacles au lancement d’un service de musique en ligne en Afrique est l’acquisition des licences », souligne le Danois Martin Nielsen, dirigeant de Mdundo, une plateforme de musique kényane créée en 2014. « Dans les pays occidentaux, il suffit de signer des contrats de licence avec les grandes majors et les agrégateurs établis pour acheter de la musique, mais, sur le continent, ces derniers sont faiblement implantés », ajoute-t-il. Pour conquérir ses 2,5 millions d’utilisateurs actifs mensuels, Mdundo travaille en direct avec plus de 50000 artistes africains, auxquels l’application reverse 50 % de son chiffre d’affaires. « En Europe, les internautes ont cessé de télécharger illégalement de la musique lorsqu’ils ont eu accès à une bonne alternative. C’est cette alternative que nous devons construire », conclut Nielsen.
DIGSTER SURFE SUR UN CATALOGUE MONDIAL ET LOCAL
Ce service de musique en ligne a été lancé par Universal Music Group (UMG), associé avec le français Digital Virgo. Il permet d’écouter des playlists de 25 titres et revendique plus de 500000 utilisateurs africains. Déjà présent au Maghreb, il a fait sa première incursion en Afrique subsaharienne francophone en 2016, en Côte d’Ivoire, puis au Sénégal en 2017 et enfin au Cameroun en 2018, totalisant aujourd’hui 200 000 abonnés et 1,5 million d’euros de revenus dans ces trois pays. Les artistes africains hors catalogue UMG peuvent signer en direct un contrat de licence avec la plateforme; ils composent actuellement environ un tiers du répertoire. Au Cameroun, l’abonnement coûte 800 F CFA la semaine (1,20 euro environ) et 2500 F CFA le mois (4 euros). N.G.
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Dossier Télécoms
SMARTPHONES
Un start-upper pour redresser Cellcom En difficulté, le fabricant et distributeur tunisien a fait appel à l’expert du big data Amine Chouaieb. Un rapprochement atypique entre le monde industriel et celui de l’innovation.
ondé en 1997, le groupe tunisien Cellcom est passé, en 2006, du rôle de distributeur des smartphones et des tablettes Motorola et LG Mobile à celui de fabricant, avec sa marque Evertek. S’il possède désormais la troisième part de ce marché en Tunisie (14 %), derrière Samsung et Huawei, il a vu le cours de son action dégringoler de plus de 75 % depuis son introduction à la Bourse de Tunis, en 2014, et son chiffre d’affaires, de 10 millions d’euros en 2018, est en baisse de 7 % par rapport à 2017. Les patrons tunisiens aiment généralement jouer les prolongations ou favoriser les successions familiales. Mais cela n’a pas été le credo de la famille Hamila, qui possède plus de 50 % de Cellcom à travers son holding YKH (pour Yassine Khalifa Hamila). Afin de redresser la barre, elle est allée chercher en avril 2019 un pur produit de l’écosystème des start-up post-révolution, Amine Chouaieb, âgé de seulement 33 ans. Le fondateur de Chifco, pionnier à Tunis de l’internet des objets (IoT), du machine-learning et du big data, a été, entre autres, élu en 2015 meilleur entrepreneur par le Centre des jeunes dirigeants et distingué par Microsoft pour sa capacité à innover. Le trentenaire tunisien est venu chez Cellcom avec Chifco pour dot. La start-up doit jouer le rôle d’un super-département de recherche et développement. Ses ingénieurs planchent sur la possibilité de greffer des outils connectés
F
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aux appareils électroménagers de la firme. Avec sa maîtrise du big data, la jeune pousse doit améliorer la fidélisation des utilisateurs des quelque 3 millions de téléphones Cellcom, en leur proposant notamment des offres exclusives. Une révolution numérique qui doit aussi s’appliquer aux relations avec les distributeurs en exploitant au mieux les bases de données. « Nous sommes en discussion avec des opérateurs majeurs ailleurs sur le continent, mais nous devons d’abord faire nos preuves ici, en Tunisie », précise Amine Chouaieb, qui table sur une progression en 2019 de 18 % du chiffre d’affaires, pour atteindre les 40 millions de dinars (12 millions d’euros). « Ce deal est une grande étape pour le rapprochement
entre le monde industriel et le monde de l’innovation. Même si la start-up perd en autonomie, ses accès aux ressources financières augmentent, ce qui accélère l’innovation. J’espère qu’on verra de plus en plus ce type de collaboration en Tunisie », se réjouit Yehia Houry, directeur de Flat6Labs Tunis, programme d’amorçage et de démarrage de start-up. Chifco doit d’ailleurs quitter ses locaux des Berges du lac pour s’installer chez Cellcom, une fois finalisé le lien juridique entre les deux entités.
Une reprise de 16 % à la Bourse de Tunis depuis son arrivée
Il n’a toutefois pas été évident de passer du style de management informel et décontracté de dirigeant de start-up à celui de patron d’une société d’une centaine d’employés, jonglant avec les créances des clients, les négociations avec les partenaires et l’optimisation logistique. « Quand je suis arrivé, j’avais en tête un plan de digitalisation rapide de l’entreprise, avec la volonté de donner accès à nos utilisateurs à des contenus à forte valeur ajoutée. Mais, depuis trois mois, j’ai d’abord appris à composer avec des problèmes de gestion du quotidien que je n’avais Le trentenaire a été élu en pas forcément anticipés », 2015 meilleur avoue Amine Chouaieb. Qui entrepreneur reconnaît aussi ne toujours pas par le Centre des comprendre les logiques bourjeunes dirigeants. sières expliquant la sous-valorisation actuelle du titre du groupe, qui a pourtant repris 16 % sur la place financière de Tunis depuis son arrivée aux manettes. ONS ABID POUR JA
MATHIEU GALTIER, à Tunis
Orange, opérateur digital multi-services en Afrique et au Moyen-Orient
Le numérique au service des besoins essentiels : santé, éducation, agriculture, énergie solaire et services financiers.