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JA 3100 MAI 2021 FINANCE & ASSURANCE

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www.jeuneafrique.com

NO 3100 – MAI 2021

MALI

Ce qu’il faut attendre de la transition

ÉGYPTE-ÉTHIOPIE

Le barrage de la discorde

CAMEROUN

NOUVELLE FORMULE ENRICHIE

L’énigme Franck Biya

DOSSIER FINANCE & ASSURANCE

CÔTE D’IVOIRE

QUE VA FAIRE

GBAGBO ?

Acquitté par la CPI, l’ex-chef de l’État prépare son retour au pays, sous le regard vigilant du président Ouattara. Dans quel état d’esprit est-il, et, surtout, quel rôle jouera-t-il ?

Algérie 420 DA • Allemagne 9 € • Belgique 9 € Canada /A 12,99 $CAN • Espagne 9 € • France 7,90 € Grèce 9 € • DOM 9 € • Italie 9 € • Maroc 50 MAD Pays-Bas 9,20 € • Portugal continental 9 € • RD Congo 10 USD Suisse 15 CHF • Tunisie 8 TND • TOM 1 000 XPF Zone CFA 4800 F CFA • ISSN 1950-1285

SPÉCIAL 12 PAGES


COMMUNIQUÉ

Entretien avec Mareme Mbaye Ndiaye, directeur général de Société Générale Cameroun, et Cyrille Belamy, CEO de Advans Cameroun

« NOUS AVONS UN OBJECTIF COMMUN : FAVORISER L’INCLUSION DES POPULATIONS ÉLOIGNÉES DE LA BANCARISATION » directeur général de Société Générale Cameroun

CYRILLE BELAMY CEO de Advans Cameroun

Pouvez-vous vous présenter ? Mareme Mbaye Ndiaye. Société Générale a une présence solide et historique en Afrique avec 17 filiales de banque universelle, et Société Générale Cameroun en est une parfaite illustration. Participant au développement du pays depuis près de 60 ans, avec aujourd’hui 38 agences et 658 collaborateurs au service de 235 000 clients dont 5 500 entreprises, Société Générale Cameroun est la 1ere banque du pays par les crédits. Elle vient d’ailleurs d’être élue cette année encore « Best Bank in Cameroon » par Global Finance. La Banque offre des services bancaires aux clients particuliers, aux moyennes et grandes entreprises locales, ainsi que des produits adaptés aux institutions et aux associations. Cyrille Belamy. Advans Cameroun a été la première implantation du groupe Advans International sur le continent africain. Le groupe est désormais présent dans 9 pays, 6 africains, dont le Cameroun, et a vocation à favoriser le développement économique et social à travers l’inclusion financière et l’autonomisation des personnes et des entreprises. Dans un contexte très concurrentiel, Advans Cameroun est aujourd’hui le leader de la microfinance dans le pays et propose une large gamme de services adaptés aux besoins des agriculteurs, commerçants, artisans et entrepreneurs ainsi qu’à leurs familles. Nous couvrons l’ensemble du territoire national grâce à un réseau de 12 agences et avons actuellement plus de 80 000 clients.

Pourquoi un banquier s’intéresse-t-il à la microfinance ? M. M. N. : L’Afrique demeure un continent très peu bancarisé. Au Cameroun, par exemple, le taux de bancarisation est inférieur à 20 %. Nous participons au développement des institutions de microfinance afin de contribuer, par leur intermédiaire, à l’inclusion financière de la population locale qui n’a pas ou a peu accès aux services d’une banque. Société Générale a ainsi décidé dès 2005 de travailler en partenariat avec ces institutions, face à l’ampleur des besoins et à l’émergence de nouveaux acteurs de la microfinance. Cette intervention se traduit par l’octroi de lignes de crédit en monnaie locale et des prises de participation au capital. C’est dans cet esprit que Société Générale Cameroun a choisi d’accompagner Advans Cameroun dès sa création en 2006, que ce soit en capital ou en financement. L’engagement de Société Générale en faveur de l’inclusion financière est ancien et a récemment été réaffirmé dans le plan stratégique du Groupe. Il constitue un des axes majeurs de l’initiative « Grow with Africa » et s’incarne bien sûr également avec d’autres institutions de microfinance ici et dans d’autres pays africains. En quoi l’appui de Société Générale Cameroun a-t-il été un atout pour vous ?

C. B. : Société Générale Cameroun nous a accompagné tout au long de notre

développement en nous apportant un soutien financier permanent en tant qu’actionnaire fondateur et source de financement. Ainsi, par exemple, en décembre 2020, Société Générale Cameroun a contribué au renforcement des fonds propres d’Advans Cameroun et détient 11 % du capital de notre institution. Cet appui sur la durée a permis de faire évoluer notre business model de façon sécurisée. Nous avons pu élargir la gamme de nos services et proposer à nos clients des solutions innovantes (crédits d’investissement, gestion de trésorerie, placements, assurances, etc.) en utilisant notamment les outils digitaux. Nous sommes désormais en mesure de proposer à nos clients un accompagnement sur mesure, pour soutenir la croissance des entreprises qui nous font confiance. Est-ce également le point de vue du banquier ? M. M. N. : Ce partenariat a permis de créer des synergies et de tester des solutions innovantes. Ainsi, nous avons lancé l’un des premiers services de monnaie électronique du Cameroun grâce, entre autres, à notre collaboration. En définitive, ce partenariat a permis à la fois d’élargir notre clientèle et de lui proposer de nouveaux services. Il s’inscrit parfaitement dans notre stratégie de banque universelle au service du développement durable du Cameroun. •

En savoir plus sur l’initiative Grow with Africa sur www.societegenerale.africa

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MAREME MBAYE NDIAYE


Bien s’informer, mieux décider NO 3099 – AVRIL 2021

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AVRIL 2021

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GABON

Ali Bongo Ondimba : l’interview exclusive

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Dossier Finance et assurance BANQUE

Les recettes d’Henri-Claude Oyima pour donner un second souffle à BGFI Alors que le leader du secteur en Afrique centrale vient de présenter de bons résultats malgré une conjoncture difficile, il est confronté à plusieurs déboires et à une concurrence accrue. Son patron mise sur une gouvernance « exemplaire », une meilleure communication et l’entrée de nouveaux actionnaires internationaux. AURÉLIE M’BIDA

C’

est un personnage qui manie le « nous » avec abondance. « Nos pays », « nos économies », « nos concitoyens »… Pour Henri-Claude Oyima, l’indéfectible PDG du groupe bancaire et financier BGFIBank originaire du Gabon, plus qu’un tic de langage, le tout inclusif paraît aller de soi. Après trente-cinq ans à la tête du premier groupe bancaire d’Afrique centrale, le Gabonais dissimule à peine un sourire satisfait quand il évoque la longévité d’une banque qu’il a fait grandir. Depuis la pose de la première pierre il y a tout juste cinquante ans, en 1971, quand la Banque de Paris et des Pays-Bas

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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021

(Paribas) voit le jour à Libreville, en passant par sa privatisation et son internationalisation, deux grands chantiers que le jeune ancien de Citibank a entamés lorsqu’il a pris les rênes de Paribas Gabon en 1986. Jusqu’à l’avènement d’un groupe financier structuré autour d’une

Relativement épargnées par la crise du Covid-19, les performances de l’entreprise ont décollé en 2020.

maison mère, actif dans les métiers de la banque et des services financiers associés (asset management, affacturage, immobilier…), et implantés dans onze pays*.

Bilan positif

Au 31 décembre 2020, le groupe BGFIBank représente 3 500 milliards de F CFA (5,3 milliards d’euros) de total au bilan, en hausse de 12 % par rapport à l’année précédente. Relativement épargnées par la crise du Covid-19 car opérant sur un segment de niche – la clientèle haut de gamme et les PME à fort potentiel –, les performances de l’entreprise ont décollé l’an dernier. Son produit


BGFI

À la tête du leader du secteur bancaire en Afrique centrale depuis trois décennies, le Gabonais entend en pérenniser la domination dans la région. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021

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DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE net bancaire consolidé grimpe de 13 %, à 197 milliards de F CFA, pour un résultat net de 44 milliards (+ 114 %). « Nous avons pensé et mené à bien notre projet au regard des objectifs que nous nous étions fixés. Ces derniers ont été atteints, au-delà même de nos projections », se réjouit HenriClaude Oyima, faisant le point sur les réalisations de son projet d’entreprise Excellence 2020. Un bilan « très positif » qui assoit davantage son statut de leader en zone Cemac (lire p. 164).

Soin du risque réputationnel

Et même s’il ne se dit pas inquiet lorsqu’on évoque l’environnement très concurrentiel du secteur, le banquier gabonais sait que, pour durer, il faut savoir s’adapter : « Nous serons toujours leader, en perpétuelle recherche de l’excellence. En Afrique centrale, nous sommes chez nous. » Même si son groupe a essuyé, de près ou de loin, ces dernières années, une série de déboires. Soupçons de blanchiment au niveau de sa filiale en RD Congo, affaire de fraude des cartes prépayées Visa au Gabon, soupçons de détournement d’actifs au Cameroun… Ou encore l’année noire de 2013, au cours de laquelle sa filiale béninoise a dû être recapitalisée, une pléthore de cadres remerciés, touchant au Gabon – principale filiale du groupe – l’ex-directeur de cabinet du président Brice Laccruche Alihanga. De l’intérieur pourtant, cette période n’est pas vécue comme une « crise ». « Des tentatives de fraudes, il y en a dans tous les groupes bancaires, des départs également », soutient un cadre du groupe qui souhaite conserver l’anonymat. Il évoque, en revanche, une vraie prise de conscience au sein du groupe BGFIBank de ce qu’étaient le risque réputationnel et l’image. Et pour cause. Depuis deux ans environ, Henri-Claude Oyima mène, sans pour autant le nommer, un combat pour redonner à la marque BGFI ses titres de noblesse. Une meilleure communication, plus de transparence et une gouvernance « exemplaire » sont ses nouveaux leitmotivs. À ce titre, le financier a

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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021

fait de la gouvernance le premier des cinq piliers de son nouveau plan d’entreprise Dynamique 2025. Dans cette idée également, la multiplication des certificats ISO obtenus par le groupe, ou directement au niveau des filiales, y contribue. « Nous venons d’obtenir la certification AML 30 000 en RD Congo », évoque à ce sujet Oyima. Il précise, enthousiaste : « Il s’agit de la seule banque du pays, et même d’Afrique subsaharienne, à obtenir un tel certificat qui reconnaisse sa conformité au référentiel permettant de lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. » Le patron de BGFI a même ­lancé, à la fin de janvier, son propre compte Twitter…

« Ce n’est pas la banque d’Henri-Claude Oyima mais une organisation de plus de 3 000 collaborateurs. » Mais le principal indice du changement en marche à BGFI est la prise de recul – certains diront de hauteur – du « président », ainsi que tout le monde l’appelle en interne. Il y a encore trois ou quatre ans, pour tous les sujets qui impliquaient BGFIBank, maison mère ou filiales, seul le patron gabonais s’exprimait. Aujourd’hui, on observe davantage les prises de parole des directeurs généraux locaux pour évoquer leur filiale. En parallèle, le groupe met les ­bouchées doubles sur la communication institutionnelle : performances, Fondation BGFIBank, BGFI Business School (BBS)… Il se veut irréprochable, et souhaite que cela se sache. Une gouvernance différente donc, comme en attestent également les transactions récentes dans le groupe. Comme l’ont dévoilé nos confrères de Jeune Afrique Business+, la filiale BGFI Bank Europe vient en effet d’accueillir l’italien Export Trading Cooperation au capital. Même si la prise de participation est symbolique, cet accord illustre bien le

changement au niveau de la gouvernance. C’est la première fois qu’un institutionnel étranger entre dans le groupe au niveau d’une de ses filiales. Alors le commandant Oyima, réputé pour être particulièrement alerte, toujours en veille sur les sujets financiers et qui connaît « son bébé » sur le bout des doigts, est-il en train de lâcher du lest ? « Contrairement à l’idée reçue, BGFIBank est loin de se résumer à un individu », soutient le PDG. Et d’enchaîner : « Ce n’est pas la banque d’Henri-Claude Oyima mais une organisation de plus de 3 000 collaborateurs qui s’investissent au quotidien au service de la performance et du développement de notre groupe. » Pourtant, ce n’est pas vraiment de la sorte que le groupe et lui-même sont perçus. En témoigne la surprise initiale de l’agence de notation panafricaine, qui évalue BGFI Holding Corporation et trois de ses filiales depuis 2019. « Les premières fois, nous avons discuté avec HenriClaude Oyima en se disant, comme tout le monde, que c’est lui qui porte la vision du groupe : c’est le capitaine qui a toutes les casquettes », se remémore Soraya Diallo, vice-présidente senior, à la tête du département notations chez Bloomfield Ratings.

Un solide entregent

Elle a finalement constaté que le pouvoir n’était pas centralisé entre les mains uniques du Gabonais. Tant et si bien que ce dernier n’est pas l’interlocuteur de Bloomfield : ce sont Huguette Oyini (lire page ci-contre), la directrice générale adjointe du holding et pilier de l’état-major d’Oyima, et Germaine Nanfa, la directrice financière, qui officient. Cela dit, l’influence ­d’Henri-­Claude Oyima est encore manifeste. Et c’est d’ailleurs le fait qu’il ait de l’entregent, notamment auprès du monde politique en Afrique centrale, qui est perçu positivement par Bloomfield pour attribuer à la banque d’Afrique centrale la note de « A+ », avec une perspective stable. « Au-delà de la solidité financière et de l’ancienneté du groupe, le leadership de son PDG fait de BGFI une institution centrale au sein de la zone Cemac », évoque l’analyste. Et d’illustrer : « On


DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE

PHOTOS : BGFI

Les lieutenants du président Oyima

1

2

1. Huguette Oyini

Gabonaise, nommée directrice générale adjointe de BGFI Holding Corporation en juin 2016. À ce titre, elle veille à l’efficacité des filiales. Anciennement directrice de la gestion globale des risques, elle intègre le groupe bancaire panafricain en 2002 en tant que gestionnaire des garanties et assurances au sein de BGFIBank SA.

3

4

2. Malick Ndiaye

Sénégalais, chapeaute quant à lui la zone Uemoa - Europe-océan Indien. Il est à la tête de BGFIBank Côte d’Ivoire, filiale créée en 2012.

zone Gabon, l’une des trois zones d’implantation de BGFI. Waidi est par ailleurs président de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Gabon.

3. Loukoumanou Waidi

4. Narcisse Obiang-Ondo

Gabonais, l’ancien directeur général de BGFIBank Cameroun a pris les rênes de la filiale gabonaise, qui représente plus de 40 % des revenus du groupe, en 2019. Il pilote ainsi la

Gabonais, supervise la zone Ceeac et dirige la filiale congolaise de BGFI. Il est également président de l’Association professionnelle des établissements de crédit à Brazzaville.

COMMUNIQUÉ

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ERIC LARRAYADIEU POUR JA

DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE

Sans ambition politique revendiquée, le « président » a pourtant été évoqué après l’AVC d’Ali Bongo Ondimba.

ressent cette influence par le soutien apporté par le groupe à ces pays en matière de financement de l’activité et des budgets. Mais aussi au Congo et au Gabon, où le groupe BGFI a activement soutenu

l’État, notamment en contribuant à ­l’­organisation du Club de Brazzaville et de celui de Libreville. » À ce propos, le banquier parle d’engagement par « conviction per­ sonnelle ». Et l’engagement, ce natif

de Ngouoni, dans la province gabo­ naise du Haut-Ogooué, à quelques encablures de Bongoville, l’a dans le sang. S’il est discret, et qu’aucun fait ne vient confirmer son intention de briguer un quelconque mandat électoral, son nom a pourtant été évoqué par certains pour succéder à Ali Bongo Ondimba, après l’AVC de celui-ci, en octobre 2018. Mais de là à lui prêter un destin politique, à bien­ tôt 65 ans… Henri-Claude Oyima, qui a toujours nié nourrir ce type d’am­ bition, a encore beaucoup de pro­ jets à mener, dont l’introduction de BGFIBank à la BVMAC, qu’il préside. En tout état de cause, s’agissant de la succession à la tête de sa banque, les dispositions sont en réalité déjà prises . Henri-Claude Oyima l’affirme lui-même : « Nous avons un conseil d’administration responsable qui saura, le moment venu, désigner la personne le mieux à même de pour­ suivre le développement du groupe. Les équipes sont préparées. » * Gabon, Congo, RD Congo, Guinée équa­ toriale, São Tomé-et-Príncipe, Cameroun, Côte d’Ivoire, Bénin, Sénégal, Madagascar et Europe (en France).

La course au leadership bancaire en Afrique centrale

A

ffirmer que l’envi­ ronnement ban­ caire est difficile en Afrique centrale, davan­ tage que dans d’autres par­ ties du continent, n’est pas un euphémisme. Ces der­ niers mois, l’activité des banques de la région, très dépendante du cycle des matières premières – et déjà affectée par la chute des cours du pétrole de 2014 –, a été fortement tou­ chée par la crise sanitaire. Le secteur est morcelé en un grand nombre de petits acteurs – on recense pas moins d’une cinquantaine d’établissements bancaires dans la région. Tirer son

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épingle du jeu n’est donc pas entreprise aisée. Si les enseignes sont légion, les principales banques de la place sont, elles, solidement a ­ rrimées à leurs positions. Ainsi de BGFIBank, leader en Afrique centrale, focali­ sée sur des segments de niche (la clientèle haut de gamme et les PME à fort potentiel), a été peu tou­ ché par les aléas macro­ économiques. Avec un total au bilan de plus de 3 500 milliards de F CFA (plus de 5,3 milliards d’eu­ ros) au 31 décembre 2020, le groupe bancaire dirigé par Oyima progresse par

JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021

rapport à 2019, où il attei­ gnait 3 100 milliards. Selon le dernier clas­ sement des banques afri­ caines publié par JA, les poursuivants du groupe BGFI, et de sa filiale de tête BGFIBank Gabon, opèrent essentiellement sur les segments classiques de la banque de détail.

Classement provisoire

Il s’agit, dans l’ordre, de la camerounaise Afriland First Bank (1 150 milliards de F CFA de total de bilan en 2019), la congolaise Rawbank (environ 990 mil­ liards de F CFA), la filiale au Cameroun de Société

générale (982 milliards de F CFA) ou encore, tou­ jours dans ce pays, la Bicec (982 milliards de F CFA), cette dernière ayant été rachetée par le marocain BCP à la fin de 2019. Ce classement promet d’être chamboulé avec la fusion, effective à la fin de 2020, en RD Congo de la filiale locale du géant kényan Equity et de la B anque commerciale du Congo – dont le bilan cumulé totalise 2,6 mil­ liards de dollars (1 400 mil­ liards de F CFA, pour la comparaison), selon les intéressées. Aurélie M’Bida


COMMUNIQUÉ

AVIS D’EXPERT

www.apmollercapital.com

Tirer parti du savoir-faire industriel et de l’expertise opérationnelle sur les marchés de croissance africains En quoi A.P. Moller Capital se distingue-t-il des autres fonds d’investissement ? Nous nous distinguons par notre héritage industriel, notre savoir-faire et notre expertise opérationnelle combinés à une approche pratique et un engagement financier. Notre différence vient aussi de notre engagement à être une «nyttig virksomhed » (entreprise bénéfique en danois). Pour nous, le meilleur moyen de soutenir les régions les moins développées du monde est d’y créer des entreprises durables. Et AP Moller Capital ayant été fondé en 2017 par le groupe danois A.P. Moller, dont l’une des principales filiales est A.P. Moller Maersk, leader mondial du transport maritime, cela nous donne le meilleur point de départ pour créer de la valeur pour nos investisseurs et les entreprises dans lesquelles nous investissons. Nous développons des infrastructures essentielles dans les pays en développement où le déficit d’infrastructure est le plus profond. Grâce au financement des fonds de pension scandinaves, nous avons lancé le Fonds pour les Infrastructures en Afrique doté d’un milliard de dollars. L’Afrique vous intéresse particulièrement ... Oui, l’Afrique a d’importants besoins non satisfaits en infrastructures, notamment en transports et en énergie. Près de 600 millions d’africains subsahariens (2/3 de la population) n’ont pas accès au réseau électrique alors que l’Afrique est le continent à la croissance économique et de sa population les plus rapides. Combler le fossé des infrastructures est majeur pour son développement économique, pour la qualité de vie de sa population et pour les opportunités des entreprises locales. De nombreux gouvernements ont un endettement croissant et sont limités dans leurs financements des infrastructures. La mobilisation de ca-

pitaux privés est donc plus importante et imminente que jamais. Quelle est votre approche de l’investissement ? Nous avons une stratégie d’investissement à deux niveaux. Les investissements doivent générer un rendement raisonnable pour nos investisseurs, car cela est nécessaire pour mobiliser des capitaux privés et nous permettre de continuer à investir dans l’avenir. Mais tout aussi important, nous cherchons à créer et à investir dans des entreprises qui profitent à l’Afrique et aux sociétés dans lesquelles nous opérons grâce au développement économique et social. Ces deux éléments sont inextricablement liés car ils conditionnent la viabilité d’un investissement sur le long terme.

Kim Fejfer,

directeur général de A.P. Moller Capital

faisant des dons ou en facilitant la fourniture et l’approvisionnement d’équipements médicaux et de protection individuelle.

Comment promouvez-vous et mesurez-vous l’impact sur l’environnement et sur la société ? Tous nos investissements sont associés à des objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Ils peuvent varier mais on y retrouve la création d’emplois, la réduction des émissions de CO2, le paiement des taxes, la gouvernance, l’égalité hommes-femmes, etc. L’atteinte de ces objectifs est un indicateur clé de performance pour nos participations et nous les suivons trimestriellement nous permettant de détecter tout non-respect et d’apporter les corrections nécessaires.

L’énergie et la logistique sont des domaines d’investissement clés, donnez-nous quelques exemples ? En 2019, au Nigeria, nous avons acquis 90% d’Impala Energy Holdings, spécialisée dans le gaz naturel comprimé, ce qui s’inscrit pleinement dans la logique de la transition énergétique. En 2020, nous avons, aux côtés d’Olam et Africa Finance Corporation, pris 43 % du capital de Arise Ports & Logistics, société panafricaine d’infrastructures, de solutions logistiques et de terminaux portuaires en Côte d’Ivoire, au Gabon et en Mauritanie. Les investissements dans le transport et la logistique sont, en effet, très impactants dans la mobilité, les échanges, le développement économique, la création d’emplois et l’amélioration du niveau de vie des populations concernées.

Comment avez-vous réagi à Covid-19 ? La crise sanitaire a illustré cette stratégie et dès l’arrivée de la pandémie en Afrique, nous avons mis en place des procédures pour sauvegarder nos entreprises et nos employés. Toutes nos participations ont soutenu les communautés locales en distribuant de la nourriture en cas de pénuries alimentaires, en

Quelle est la prochaine étape pour A.P. Moller Capital ? Plus des 2/3 du Fonds pour les Infrastructures en Afrique ont été investis et notre stratégie à deux niveaux a obtenu d’excellents résultats pour nos investisseurs et pour l’Afrique. Le moment venu, nous espérons pouvoir mobiliser encore plus de capital pour cette stratégie.


DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE

TRADE FINANCE

Les banques africaines entrent dans la danse Les groupes panafricains, notamment marocains, se sont positionnés sur ce créneau bancaire et commencent à ravir des parts de marché aux grands établissements européens et américains. ALAIN FAUJAS

L

orsqu’un exportateur européen ou chinois de turbines veut avoir l’assurance qu’il sera payé par son client africain, qui entend lui aussi savoir si la marchandise est bien sur le bateau, ou quand le producteur de fleurs kényan entend être rassuré sur le paiement de la facture par le grossiste d’Amsterdam, qui souhaite être sûr de l’embarquement des roses dans l’avion, ils se tournent vers leurs banques. Une banque pour l’importateur, une autre pour l’exportateur et une troisième « confirmatrice » au milieu pour émettre et garantir les outils des lettres de crédit, de l’encaissement documentaire, etc. Ce financement du commerce international, appelé trade finance par les professionnels, semble avoir été relativement peu affecté par la pandémie. « Passé le premier moment d’observation, au global le business s’est relativement bien porté par rapport à d’autres activités bancaires », constate Yoann Lhonneur, directeur associé chez Devlhon Consulting. « Certains pays ont été plus impactés que d’autres, déclare Blandine Gamblin, responsable Trade Finance pour l’Afrique à la Société Générale, mais, dans l’ensemble, la baisse a été légère, et nous attendons un rebond en 2021. » Pas de bouleversement donc, mais une tendance sur le long terme

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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021

s’affirme, qui n’a rien à voir avec le virus : la montée des coûts et de la complexité. « Le trade finance a vécu une révolution silencieuse, explique Yoann Lhonneur, car on assiste à un fort resserrement des règles de conformité, et de leur application, sous l’effet du durcissement des normes antiblanchiment, des embargos et des exigences réglementaires en matière de fonds propres. » Les banques africaines n’ont pas toujours les capitaux requis pour assumer le risque de certains gros contrats, et elles doivent se tourner vers les grandes banques internationales, qui vendent chèrement leurs services. Deux parades se dessinent. La ­première vient des institutions financières de développement, comme Afreximbank ou Oikocrédit, investisseurs pour l’inclusion financière. « Nous fournissons aux banques soit des parts de capital soit des prêts seniors, explique Ouloufemi Cédrick Montetcho, responsable des investissements financiers chez Oikocrédit.

Reste à disposer des capitaux requis pour assumer les risques de certains gros contrats.

Ecobank a un département financier pour les PME qui nous intéressent ainsi que pour les coopératives agricoles, qui n’ont pas beaucoup d’actifs ni les moyens de financer leur production. Nos marges sont étroites, et notre rôle est d’apporter aux banques les ressources nécessaires pour qu’elles puissent faire leur travail sans avoir à se montrer trop gourmandes. » La deuxième parade, c’est l’accompagnement des entrepreneurs un peu perdus dans le labyrinthe des procédures et des financements. « Les PME occupent une très grande place dans notre stratégie, rappelle Blandine Gamblin. Nous avons ainsi créé des “Maisons de la PME” dès 2018 : nous en comptons huit aujourd’hui [Sénégal, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Bénin, Ghana, Cameroun, Guinée Conakry, Madagascar], et une neuvième devrait bientôt ouvrir ses portes au Mozambique. Qu’elles soient clientes de la Société générale ou non, les PME et TPE y trouvent une expertise et des conseils auprès de partenaires locaux [cabinets d’audit, cabinets de conseil, experts-comptables…] qui les aident à construire un business plan, une stratégie et un plan de financement afin de sécuriser notamment leurs projets de développement à l’export ou à l’import. »

Virage numérique

Société générale travaille aussi avec BPI France, dans le cadre de l’organisation de missions pour accompagner les entrepreneurs dans l’exploration de nouveaux marchés, et avec Proparco, dans le cadre de conventions de partage de risque sur des instruments trade finance. « L’Afrique est un formidable relais de croissance pour nous, ajoutet‑elle. En matière d’innovation, nous avons mis au point l’offre Green Trade Finance, avec des critères d’éligibilité que nous présentons actuellement à nos clients, par exemple pour l’importation de panneaux solaires. » L’innovation digitale fait aussi partie des solutions. « Le trade finance est très consommateur de papiers, aussi nous proposons déjà des solutions alternatives, comme la plateforme digitale we.trade, en Europe, qui utilise la technologie blockchain


DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE

HASSAN OUAZZANI POUR JA

Le groupe marocain Attijariwafa Bank rattrape ses concurrents internationaux dans le domaine du trade finance.

et dont l’Afrique pourrait constituer l’un des prochains axes de développement. Cette plateforme permet le traitement d’une opération “de bout en bout”, de la saisie du contrat commercial au règlement de l’opération. Une autre plateforme digitale pour le trade finance, Komgo, utilisée en Europe par plus de 160 entreprises et 40 banques est actuellement en test au sein de certaines de nos filiales en Afrique », annonce Blandine Gamblin. Même avis pour Yoann Lhonneur, qui déclare : « Les acteurs africains ont démontré une agilité propre à travers le mobile banking, et i­ ls j­ oueront notamment la carte de la dématérialisation de documents. Ils auront recours à des technologies capables d’analyser des ­factures, des contrats, les documents de connaissement, et de faciliter la surveillance de la conformité. » L’emploi des cryptomonnaies comme le bitcoin pour faciliter le paiement et le dénouement des contrats ne semble pas séduire les banques. Elles sont plus concernées par la mise à niveau des normes du système de paiements interbancaires Swift, qui adoptera, en 2025, la norme ISO 20022. Finalement, « le marché africain du trade finance est à fort potentiel, estime Yoann Lhonneur. Les acteurs sont rodés, car ils ont fait leurs

premières armes dans le commerce des matières premières. Le poids de l’Asie y est de plus en plus fort, ce qui pousse les banques continentales à étendre leur présence en Afrique de l’Est et en Afrique anglophone ». Les banques africaines semblent profiter de vents favorables. Il y a d’abord le phénomène de derisking, qui dissuade certaines grandes banques de financer des contrats jugés trop compliqués, par exemple vers la RD Congo. « Des banques plus petites profitent de l’aubaine », constate Yoann Lhonneur.

Montée en puissance

On voit aussi certaines grandes institutions, telle la BNP, fermer boutique sur le continent. Les banques continentales prennent leur place. Pour réduire les coûts, elles ouvrent des bureaux à Londres ou à Paris. « Elles ont compris qu’il leur fallait surmonter le handicap de leur trop faible ratio de fonds propres en montant en puissance, car elles n’ont pas le bilan de la Deutsche Bank, poursuit-il, et qu’il leur fallait s’acheter des parts de marché en renforçant leurs capacités humaines et techniques pour maîtriser le domaine réglementaire et s’adapter aux besoins de leurs portefeuilles. » Les « champions » du trade finance avec l’Afrique se répartissent, selon lui, en plusieurs groupes.

Les européens comme Société Générale ou Caceis (Crédit agricole), et leurs filiales sur le corridor Europe voisinent avec les grandes banques américaines sur le corridor Amérique, comme Citi ou JP Morgan. Le corridor Asie est dominé par les Standard Chartered, HSBC, ICBC et autres Mitsubishi. Et puis il y a le groupe des banques africaines de taille continentale, souvent marocaines, BMCE, Ecobank, BCP, Attijariwafa, Absa, qui comblent

Certaines grandes institutions ferment boutique et sont remplacées par des banques du continent. peu à peu l’écart qui les sépare des stars internationales. Elles ont moins peur de traiter avec les exportateurs et importateurs chinois menacés de sanctions par les États-Unis ou l’Europe. Surtout, elles seront plus à l’aise que leurs concurrents internationaux pour développer le trade finance quand la Zone de libreéchange a ­ fricaine (Zlecaf) deviendra une r­ éalité et que le commerce intra-­ africain prendra enfin son envol. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021

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TRANSACTIONS DIGITALES

Faut-il miser sur les cryptomonnaies ? Le continent n’échappe pas à l’engouement pour le bitcoin et ses congénères. Les fluctuations monétaires, l’envie de spéculer et d’épargner et la cherté des transferts internationaux expliquent le développement de ces devises d’un nouveau genre. KÉVIN POIREAULT

L

e bitcoin jouit d’un véritable moment de grâce en ce début de 2021. Tesla et BlackRock ont investi dans cette cryptomonnaie ; Visa, Mastercard et PayPal commencent doucement à l’intégrer dans leurs moyens de paiement, et quelquesunes des plus grosses banques mondiales, comme Morgan Stanley, JP Morgan ou BNY Mellon, autrefois très réfractaires, s’y sont très récemment ouvertes. Des signaux encourageants qui ont participé à l’envolée de la première des cryptomonnaies, qui a atteint en avril une valeur record de plus de 63 000 dollars. Et, avec elle, l’ensemble de ces devises d’un nouveau genre en profitent. Un élan qui n’échappe pas aux Africains. Selon le cabinet américain Chainalysis, les transferts mensuels de moins de 10 000 dollars en ­cryptomonnaies vers et depuis le continent ont bondi de 55 % entre juin 2019 et juin 2020, pour s’élever alors à 316 millions de dollars. Le faible taux de bancarisation du continent et la forte pénétration de la t­ éléphonie mobile font de l’Afrique un terreau fertile pour une adoption de ces nouvelles devises numériques. Mais cet essor au printemps 2020 est principalement à attribuer à une nouvelle dévaluation, en mars, du naira, la monnaie du Nigeria, pays qui représente 8 % des transactions mondiales de cryptomonnaies.

168

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« Le cours du naira est très volatil, notamment à cause de l’existence d’un véritable marché noir », indique Daniel Ouedraogo, enseignant-­ chercheur en économie à l’­­Université Paris-Dauphine. « L’inflation y est actuellement de 17 %, ce qui implique que le pouvoir d’achat des Nigérians ne cesse de baisser, complète son collègue Jérôme Mathis. Il y a donc une volonté de la population, jeune, urbaine et ne jouissant pas d’un accès au dollar ou à l’euro, de s’affranchir de cette politique inflationniste, ce que les cryptomonnaies peuvent permettre. » Selon Jérôme Mathis, les Nigérians utilisent les cryptomonnaies, et le bitcoin en particulier, pour « mettre à l’abri leur épargne et, parfois,

Selon une étude réalisée en 2020 par Statista, le Nigeria est le pays comptant le plus d’utilisateurs de cryptomonnaies au monde :

32 %

des sondés sur un panel de plus de 1000 internautes interrogés par pays.

spéculer », mais aussi, et c’est beaucoup plus récent, « pour échanger des biens et des services, même si cette activité reste encore marginale ». Timi Ajiboye, fondateur et PDG de la plateforme nigériane BuyCoins, affirmait en septembre, à Reuters, que les échanges de cryptomonnaies y avaient triplé, après la dévaluation du naira, pour atteindre 21 millions de dollars en juin 2020. Le Nigeria n’est pas seul dans cette situation. D’autres populations africaines souffrant d’une monnaie à la valeur volatile, comme les Kényans, les Ghanéens, les Égyptiens ou les Zimbabwéens, ont recours aux monnaies virtuelles. Mais le Nigeria est un pays de cryptomonnaies pour une autre raison majeure : « Elles y sont aussi utilisées à des fins de cyber­c riminalité, assure Jérôme Mathis. Si les grandes organisations mafieuses et terroristes n’utilisent plus le bitcoin, comme beaucoup le croient encore, lui préférant des cryptomonnaies plus anonymes comme le Zcash, les petits acteurs de l’extorsion de fonds, nombreux au Nigeria, y ont, eux, souvent recours », détaille le chercheur. Voilà donc un tableau bien sombre. Mais les cryptomonnaies pourraient aussi servir à faciliter les transferts vers et depuis l’étranger, afin de remplacer « les frais de transactions confiscatoires, s’élevant parfois jusqu’à 20 %, des sociétés comme Western Union, MoneyGram ou


DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE WorldRemit », estime Jérôme Mathis. Les transferts extra-africains sont encore assez peu répandus sur le continent, mais certains services pourraient bien changer la donne, comme la plateforme BitPesa au Kenya ou la banque virtuelle KDBox, projet lancé par la start-up KodePay en Tunisie et au Kenya.

3 pays africains parmi les 10 ayant les indices d'adoption des cryptomonnaies* les plus élevés

Monnaie des élites

Dans certains pays à la monnaie plus stable, comme en zone franc CFA, l’usage des devises numériques reste, toujours selon Mathis, « réservée à une élite aisée souhaitant diversifier ses actifs ». Malgré cette adoption limitée, les pays africains francophones voient émerger nombre d’initiatives de cryptomonnaies locales ou régionales liées à des projets techno­ logiques – comme l’akoin, future monnaie de la smart city du rappeur sénégalo-américain Akon, à quelques kilomètres de Dakar –, ou politiques, comme l’ubuntu pour moraliser la finance en Côte d’Ivoire, ou encore l’ambacoin, pour les séparatistes des régions anglophones du Cameroun.

1

Ukraine

2

Russie

3

Venezuela

4

Chine

5

Kenya

6

États-Unis

7

Afrique du Sud

8

Nigeria

9

Colombie

10

Vietnam

(*) Élaboré par le cabinet spécialisé Chainalysis, basé sur le nombre et les montants des échanges en cryptomonnaies

COMMUNIQUÉ

AVIS D’EXPERT

Les réponses des autorités monétaires africaines sont d’ailleurs tout aussi dispersées que l’engouement des Africains pour les cryptomonnaies. Certains pays, comme l’Algérie, le Maroc ou le Zimbabwe, les bannissent purement et simplement. La banque centrale du Nigeria, a, elle, réitéré en février dernier une interdiction promulguée en 2017 pour les banques de participer à la conversion de cryptomonnaies en devises courantes. Celle du Kenya, en revanche, a récemment affirmé qu’elle ­envisageait de se procurer des crypto­ monnaies, « un pied de nez au FMI, qui y est très hostile et qui prétend toujours que le shilling est surévalué, argue Jérôme Mathis ». « Je pense que beaucoup d’États africains voudraient engager leur pays sur des projets de blockchain, voire de stablecoins [cryptomonnaies au cours stable], mais se heurtent à la réticence de leurs banques centrales » , conclut le spécialiste, qui prône une régulation des cryptomonnaies plutôt que leur interdiction.

Oikocredit Côte d’Ivoire Immeuble Alliance B - 1er étage Abidjan, Plateau - Côte d’Ivoire T: +225 27 20 31 90 40 / 41 F: +225 27 20 22 62 87 Office.ci@oikocredit.org www.oikocredit.coop/fr/afrique

L’investissement à impact peut-il soutenir la reprise économique ?

O

ikocredit est un investisseur à impact social fondé en 1975 qui promeut le développement durable par ses investissements. L’institution offre des prêts et du capital-investissement en Afrique de l’Ouest depuis 1988 aux entreprises de l’inclusion financière, l’agriculture et les énergies renouvelables.Au 31 décembre 2020,Oikocredit avait 845 millions d’euros investis auprès de 560 partenaires à travers le monde. En 2020, nos partenaires ont dû faire face à des défis financiers causés par la pandémie de Covid-19. Oikocrédit s’est mobilisé pour les soutenir en leur accordant notamment : des reports d’échéance, des

renouvellements de facilités de prêt, de l’assistance technique et la formation,afin qu’ils puissent, également, offrir le même soutien aux personnes qu’ils servent. L’accent a été mis sur l’impact social. À l’horizon d’une sortie de crise proche, il est essentiel de continuer à soutenir le segment de population à faible revenu afin de favoriser une reprise économique effective. Les défis des entreprises se présentent sous forme d’un besoin de liquidités et/ou d’une dégradation de leur capital. En offrant des lignes de financement et capitaux à long terme, Oikocredit permet la relance durable de leur activité, le développement du por-

Yves Komaclo, Directeur d’investissement, Afrique de l’Ouest

Prevost Kla,

Responsable du Capital Investissement, Afrique de l’Ouest

En offrant des lignes de financement et capitaux à long terme, Oikocredit en tant qu’investisseur à impact s’inscrit au cœur de la reprise. tefeuille des institutions financières, la dynamisation des PME, et s’inscrit ainsi au cœur de la reprise.


DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE

TECH

Des startupers africains qui assurent Venus du Sénégal, du Cameroun, du Bénin et du Ghana, ces « disrupteurs » se sont emparés de l’un des plus vieux métiers de la finance pour proposer des services connectés et accessibles. QUENTIN VELLUET

S

i le dynamisme entrepreneurial kényan et sud-africain domine actuellement le secteur de l’assurance connectée, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest ne sont pas en reste. En témoignent ces quatre portraits d’entrepreneurs que nous avons choisi de mettre en lumière au regard de leur parcours et des solutions qu’ils

proposent dans leur pays d’origine et au-delà. Qu’ils soient motivés par une expérience personnelle, un goût affirmé pour la technologie, ou par ces deux expériences réunies, tous se donnent pour mission de répondre concrètement à des besoins du quotidien en matière de santé, à savoir la facilitation de l’accès aux soins et la couverture des frais qu’ils nécessitent.

Tirer parti des bonnes pratiques des télécoms, comme la définition d’indicateurs de performances, c’est l’idée qu’a eue cet ingénieur sénégalais de 40 ans en créant Assuraf. Formé dans les télécoms en France, Souleymane Gning est de ces personnalités dont la fibre entrepreneuriale prend le dessus sur une progression hiérarchique toute tracée. Après des débuts à SFR, ce titulaire d’un double MBA de HEC et de Darden Business School aux États-Unis décide, en 2003, de rentrer au Sénégal pour diriger Sonatel, pendant trois ans, et assurer le lancement de multiples services à valeur ajoutée (USSD, SMS, plateformes WAP). Suivent plus de dix années à des postes à responsabilité dans plusieurs groupes de télécoms et technologiques, dont l’américain Cisco, l’helvétique Swisscom et le britannique Upstream. Il fonde en 2018 eConnect, son propre cabinet de conseil en télécoms et technologies digitales. C’est dans ce cadre et à la faveur d’un projet dans les assurances qui n’aboutit pas qu’il crée Assuraf, une plateforme de digitalisation de toute la chaîne de valeur du secteur, de la souscription au paiement, en passant par le service client et la déclaration de sinistre. 170

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SEWEDOPROD/ASSURAF

SOULEYMANE GNING ASSURAF (SÉNÉGAL)


DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE

Un parent malade au Cameroun, des coups de fils réguliers de sa famille au pays lui réclamant des fonds pour couvrir les soins, la découverte que ces ressources sont parfois utilisées à d’autres fins, et, au bout, la tragique nouvelle… C’est une perte

personnelle et intime qui a fait basculer Bertrand Nkengne dans le monde de l’assurance en 2018. Avec sa plateforme Izikare, il propose aux diasporas africaines d’assurer leurs proches pour un minimum de 50 centimes d’euros par jour, leur garantissant l’accès à un réseau de 900 praticiens certifiés. Diplômé de l’université de Compiègne, en France, en ingénierie informatique, Bertrand Nkengne est titulaire d’un certificat du Babson College de Boston et a effectué un executive MBA en entrepreneuriat et innovation à HEC Paris. Un temps dirigeant d’une franchise spécialisée dans l’achat-vente d’occasions en banlieue parisienne, il cofonde en 2006 Cyslog, une société de conseil en informatique. Soutenue par BPI France et sa start-up, Izikare est incubée par HEC au sein de la Station F à Paris.

SUSU

IZIKARE

BERTRAND NKENGNE IZIKARE (CAMEROUN)

BOLA BARDET SUSU (BÉNIN)

En septembre 2020, son entreprise a noué un partenariat avec Prudential, poids lourd britannique de l’assurance mondiale, un temps dirigé par Tidjane Thiam, présent au Ghana depuis le rachat en 2013 d’Express Life Insurance. Nelson Korshi Da Seglah, ingénieur ghanéen des systèmes d’information, est le fondateur de Korba, une solution de paiement interopérable créée en 2014, qui vient donc d’ajouter une corde à son arc en proposant une couverture maladie et vie à ses clients.

KORBA

NELSON KORSHI DA SEGLAH KORBA (GHANA)

La Béninoise Bola Bardet s’est, elle aussi, lancée dans l’assurance après la perte d’un proche, faute de compétences et de structures médicales localement adaptées. Créée en 2018, Susu propose – comme Izikare – une couverture santé en Côte d’Ivoire, payée par les membres de la diaspora. Paiement à distance, suivi médical personnalisé, simplification des produits via une application mobile, cette diplômée en télécommunications a su profiter de la digitalisation pour séduire un géant comme Allianz, qui fait partie de ses partenaires. Elle a également effectué un MBA à HEC et pilote ses activités depuis la Station F à Paris.

L’ex-cadre dirigeant de UT Bank, spécialiste de l’e-business, use des ressorts du marketing traditionnel en proposant son nouveau produit comme outil de fidélisation. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021

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DOSSIER FINANCE ET ASSURANCE

Tribune Ridha Meftah Associé chargé de l’offre conseil pour le secteur financier en Afrique francophone – EY

« Il est temps de réinventer l’assurance santé ! »

A

vant même l’apparition du Covid-19, pas moins de 53 % des Africains sondés par Afrobarometer déclaraient avoir manqué des soins nécessaires au moins une fois au cours de l’année passée, avec les proportions les plus élevées au Gabon, au Togo, au Niger et en Guinée. Selon l’OMS, la mauvaise santé des Africains a un effet majeur d’aggravation de l’appauvrissement des personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté –  qui représentent 41 % de la population du continent. Avec une concentration de près de 70 % des adultes et 80 % des enfants porteurs du VIH dans le monde, et plus de 30 % des maladies à l’échelle mondiale, l’accès aux soins est un enjeu de taille pour le continent. Le grand challenge des pays africains, encore plus crucial par ces temps de pandémie, est de se doter de stratégies de financement de la santé efficaces, en tenant compte de leurs réalités économiques, sociales et culturelles. Des initiatives ont déjà été prises par différents pays, telles que la mise en place de régimes d’assurance maladie obligatoires. Ces efforts ont à ce jour permis la couverture de 15 % à 30 % de la population africaine, avec un recours à l’assurance spontanée pour le reste de la population non couverte par ce type de régime.

172

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En parallèle, les gouvernements africains ont mené diverses réflexions autour de l’instauration d’une couverture santé universelle (CSU), permettant de garantir une plus grande dispersion du « risque santé » et, in fine, d’assurer un financement plus équitable et pérenne de la santé en Afrique. De leur côté, les groupes privés du secteur de l’assurance en Afrique sont en train de réajuster leur offre pour mieux répondre à l’émergence des nouveaux besoins en matière d’assurance maladie, notamment dans le cadre d’un partenariat entre public et privé avec les gouvernements du continent. En effet, l’assurance peut offrir une protection sociale à moindre coût à destination des populations ayant des revenus réguliers. Elle peut aussi, à travers des montages financiers spécifiques appuyés par des subventions des États, devenir un moyen de protection abordable pour les populations les plus vulnérables. Dans le but de favoriser le développement de l’assurance santé, l’essor des mutuelles et de la

Elle peut devenir un moyen de protection abordable pour les plus vulnérables.

micro-assurance a permis de créer une offre destinée aux besoins spécifiques de certaines professions ou communautés, telles que les agriculteurs, souvent dans l’informel, qui voyaient jusque-là l’assurance maladie comme une protection réservée à une élite. Le Sénégal est l’un des premiers pays d’Afrique à avoir exploré cette piste en proposant des offres de micro-­assurance ciblées pour couvrir une large frange de sa population.

Étendre la couverture

Grâce aux nouvelles technologies – et à l’émergence du mobile payment –, assureurs et pays africains peuvent promouvoir des systèmes de prépaiement des frais de soins, y compris dans les régions les plus reculées. Toujours en s’appuyant sur le digital, des initiatives ont été lancées pour mobiliser la diaspora africaine, qui mettent à disposition les compétences médicales de ses membres, mais aussi via des contributions solidaires pour l’assurance santé des membres de leurs familles vivant sur le continent. Finalement, pour une Afrique en bonne santé, le secteur de l’assurance a plusieurs bonnes cartes à jouer. Avec les professionnels du secteur, les pays africains sont capables d’instaurer progressivement un financement des soins efficace, innovant et rentable.


Rawbank lance la première salle de marchés aux standards internationaux en RDC Afin de répondre aux besoins et aux attentes de ses clients tant entreprises que personnes privées, Rawbank a investi dans une salle des marchés aux standards internationaux. Dotée de départements intégrés que sont le Front-Office, le Middle-Office et le Back-Office, la salle des marchés de Rawbank peut maintenir servir ses clients en leur offrant les réponses appropriées tant en matière de financement que d'investissements. De nouveaux produits financiers, comme le Commercial Paper, source alternative de financement et d’investissement pour les sociétés en RDC ou des produits de couverture sont maintenant accessibles à tous les clients entreprises de Rawbank grâce à sa salle de marchés. Cette innovation majeure tant pour Rawbank que pour la RDC offre des perspectives telles l'ouverture aux marchés internationaux des capitaux et la possibilité d'offrir aux acteurs actifs en RDC des solutions locales aussi bonnes voire meilleures que celles trouvées à l'international.


REJOIGNEZ L’AVENIR

L’AFRIQUE EN MOUVEMENT Moov Africa est la marque commerciale qui rassemble l’ensemble des filiales de Maroc Telecom dans les 10 pays de présence du groupe : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Mauritanie, Niger, République Centrafricaine, Tchad et Togo. La marque Moov Africa révèle au monde l’empreinte panafricaine du Groupe Maroc Telecom et illustre sa vision d’une « Afrique en mouvement » qui réside dans le principe de partage du savoirfaire du groupe et sa capacité d’innovation au profit des pays dans lesquels il opère. Moov Africa c’est la promesse d’une offre multiservices pour répondre aux besoins essentiels des populations dans les domaines des télécoms, de l’éducation, du mobile banking, de la culture et du développement durable. MOOV AFRICA UN MONDE NOUVEAU VOUS APPELLE


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