RD Congo Miracle ou mirage ?
HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 57e année • no 2922 • du 8 au 14 janvier 2017
jeuneafrique.com
Algérie À la (re)conquête de l'Afrique
BEAC Les confidences de Lucas Abaga Nchama
Portfolio 2016 en images
Bénin Talon au pas de charge
AFRIQUE-FRANCE
Quel avenir ? Le sommet – le dernier de François Hollande – qui se tient à Bamako les 13 et 14 janvier est l’occasion de dresser le bilan des relations entre Paris et le continent. Mais aussi d’envisager leur évolution. Spécial 14 pages ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE France 3,80 € • Algérie 250 DA • Allemagne 4,80 € • Autriche 4,80 € • Belgique 3,80 € • Canada 6,50 $ CAN • Espagne 4,30 € • Éthiopie 67 birrs • Grèce 4,80 € • Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € • Italie 4,30 € • Luxembourg 4,80 € • Maroc 25 DH • Martinique 4,60 € • Mauritanie 1 2 00 MRO • Mayotte 4,60 € • Norvège 48 NK • Pays-Bas 4,80 € Portugal cont. 4,30 € • Réunion 4,60 € • RD Congo 6,10 $ US • Royaume-Uni 3,60 £ • Suisse 6,50 FS • Tunisie 3,50 DT • USA 6,90 $ US • Zone CFA 1 900 F CFA • ISSN 1950-1285
LE PLUS
de Jeune Afrique
PANORAMA Le bilan, c’est maintenant
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INTERVIEW Rémy Rioux, directeur général de l’AFD ÉCONOMIE Paroles d’experts CULTURE À Paris, l’Afrique, c’est chic!
Quel avenir ? Le sommet – le dernier de François Hollande – qui se tient à Bamako les 13 et 14 janvier est l’occasion d’établir l’état des lieux des relations entre Paris et le continent. Mais aussi d’envisager leur évolution.
JEUNE AFRIQUE
N 0 2922 • DU 8 AU 14 JANVIER 2017
ILLUSTRATION : ADRIA FRUITOS POUR JA
AFRIQUE-FRANCE
Le Plus de Jeune Afrique
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Prélude Olivier Caslin
De la Corrèze au Zambèze
JEUNE AFRIQUE
N 0 2922 • DU 8 AU 14 JANVIER 2017
PANORAMA Le bilan, c’est maintenant p. 58 INTERVIEW Rémy Rioux, directeur général de l’AFD
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ÉCONOMIE
SIDALI DJENIDI
J
À moins que, avant de tirer sa révérence, usqu’au bout, François Hollande aura le président ne montre une dernière fois le fait un usage bien à lui du terme de même pragmatisme que celui dont il a su « normalité ». La décision, annoncée faire preuve pendant toute la durée de son début décembre par le chef de l’État de ne pas se présenter au printemps proquinquennat. En France comme sur la scène internationale. C’est en son nom qu’il a soldé chain à l’élection présidentielle, promet déjà de rendre le 27e sommet Afrique-France une certaine idée de la « Françafrique » et de son « pré carré », qu’il s’est personnelunique en son genre. Qu’attendre en effet de lement engagé, dès le sommet de Paris en ce rendez-vous, sachant qu’il ressemblera 2013, sur les thèmes de la sécurité et du davantage à la tournée d’adieu de l’un de ses principaux protagonistes et qu’il a toutes les réchauffement climatique et qu’il a corrigé chances de fermer un chapitre plutôt que l’approche française en matière d’aide au d’en commencer un nouveau ? développement vers le continent. Surtoutqu’ilnes’agiramêmepasdepasser le témoin à un éventuel successeur, tant il Autant de postures censées lui garantir un minimum de postérité. Et renforcer semble évident pour beaucoup que le prol’image, quelque peu en souffrance, de la chain président français sera issu d’un autre camp politique. Avec toutes les inconnues France en Afrique, à l’heure où il y règne une que cela impliquera des deux côtés de la concurrence économique sans précédent. Méditerranée. À Bamako, l’heure risque Certes, François Hollande n’a jamais porté le costume de super VRP avec la même bien d’être plus au bilan qu’à ce nouvel élan ostentation que Nicolas Sarkozy, mais il dont auraient pourtant besoin des relations s’est vite aperçu de la perte d’influence franco-africaines en pleine redéfinition. Non que le chef de l’État français ait pardes entreprises françaises sur un continent ticulièrement à rougir du sien en Afrique. qui amorçait son décollage, alors que la En plus d’éviter les approximations de son courbe du chômage ne cessait de grimper prédécesseur sur la place historique de en France. « l’homme africain », c’est en chef de guerre au Mali que C’est en chef de guerre au Mali François Hollande a gagné ses que François Hollande a gagné galons de président. N’affirmet-il pas, en février 2013, après ses galons de président. avoir été acclamé par la popuPlutôt que de compter sur une « diplolation de Tombouctou, alors que l’armée matie économique » dont les effets réels française vient de libérer la ville, qu’il a « sans doute vécu la journée la plus importante » sur le terrain restent à mesurer malgré le fait de sa vie politique ? que les ambassades n’aient pas attendu les injonctions de leur ministre de tutelle d’alors, Pas sûr que l’accueil soit aussi triomLaurent Fabius, pour la mettre en pratique, phal cette fois lors du sommet de Bamako. c’est bien le chef de l’État qui a demandé au Les discussions s’annoncent en effet âpres, duo Védrine-Zinsou de repenser le modèle qu’il s’agisse de la situation sécuritaire dans de partenariat économique franco-africain. le Sahel, en Centrafrique et en Libye, de Avec l’espoir de voir le secteur privé tricolore la gestion des flux migratoires et de leurs reconquérir ses parts de marché, et la France rejouer un rôle essentiel dans l’économie impacts sur la situation intérieure en France et en Europe. Les analyses ne manqueront africaine. Même si ce n’est certainement pas pas de se distinguer, les avis de diverger et le domaine où le continent attend le plus celle qui se voit encore comme « la patrie certaines solutions apportées de s’opposer, en fonction des agendas de chacun. des droits de l’homme ».
Paroles d’experts
p. 67
ENTREPRENEURIAT L’élan des jeunes talents p. 72 CULTURE À Paris, l’Afrique, c’est chic !
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Le Plus de Jeune Afrique
ALAIN FAUJAS
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L
e vingt-septième sommet AfriqueFrance a lieu dans un contexte inédit. En effet, la décision de François Hollande de ne pas se présenter à l’élection présidentielle française du printemps 2017 rend aléatoire l’élaboration de projets concrets. Le prochain hôte de l’Élysée changera inévitablement les règles complexes des partenariats franco-africains, et les chefs d’État et de gouvernements qui ont accepté de se retrouver à Bamako risquent de ne pas savoir sur quel pied danser. L’événement devrait donc être d’abord consacré au bilan des actions et des réformes lancées depuis le sommet de Paris en 2013, et à la redite des actions engagées qui sont mesurables et appréciables. Même si elles restent bien éloignées,
en matière d’échelle, des gigantesques besoins africains. En 2013, dans une atmosphère de crise, trois dossiers majeurs avaient pu être abordés : la sécurité, le développement, et le réchauffement climatique. Soucieux de l’image qu’il laissera à la postérité, François Hollande entend faire valoir les progrès qu’il a personnellement apportés sur ces différentes thématiques. Désormais, la politique d’aide de la France mêle inextricablement climat et développement. Lors de la COP21, en décembre 2015, Paris a épousé la demande africaine de limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C et a fait en sorte que se concrétisent les promesses de fonds formulées par les pays riches à Copenhague pour parvenir à ce résultat. Malgré les réticences du ministère JEUNE AFRIQUE
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SOMMET AFRIQUE-FRANCE
Le bilan, c’est maintenant
DAOU BAKARY EMMANUEL POUR JA
L’événement se tient les 13 et 14 janvier dans la capitale malienne. L’occasion de dresser l’inventaire des actions menées en matière de sécurité et de développement. Et l’heure, pour le président français, de faire ses adieux à ses pairs africains.
des Finances, François Hollande a ainsi voulu que l’Agence française de développement (lire interview p. 62) voie ses capacités de financement augmentées de moitié grâce à une forte hausse de ses fonds propres. Il a aussi fait en sorte que soit mise en œuvre et augmentée la taxe sur les transactions financières, dont la moitié est affectée au développement. RÉCHAUFFEMENT. Ce qui veut dire que l’Afrique
peut espérer chaque année recevoir de la France, à partir de 2020, plus de 6 milliards d’euros, contre 4 milliards aujourd’hui, dont la moitié sera consacrée à des projets limitant le réchauffement climatique. C’est ainsi que 2 milliards d’euros seront dépensés, avant la fin de la présente décennie, pour doter le continent de 2 gigawatts d’électricité JEUNE AFRIQUE
supplémentaires grâce à des techniques de production renouvelable, de la géothermie au solaire, en passant par l’hydraulique, l’éolien ou la biomasse. Vu de l’Élysée, les promesses en matière de sécurité avancées lors du sommet de 2013 ont également été tenues. Ce ne sont pas 20 000 soldats africains qui sont formés chaque année mais 25 000, afin que le continent assure sa propre sécurité. Comme c’est le cas contre Boko Haram. La différence est grande avec la période précédente, où l’on se souciait moins du respect du droit international. Les interventions au Mali et en RCA ont été conduites, en 2013, avec l’aval des Nations unies comme de l’Union africaine, et avec le concours de troupes africaines. En 2011, ni l’ONU ni l’UA n’avaient accepté de participer aux opérations ivoirienne et libyenne.
Le Centre international de conférences (CICB, ex-Palais des congrès) est le site principal de ce grand rendez-vous.
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Le Plus de JA Afrique-France Certes, ce n’est pas encore la paix, mais l’insécurité a reculé. Le quasi-califat qui prospérait au nord du Mali a été détruit. Les chefs rebelles ont accepté de se rendre à Bamako. Des troubles persistent, mais surtout en raison du regain de la question peule et d’une dissémination des armes dans tout le Sahel. Autour du lac Tchad, Boko Haram n’a plus de sanctuaire, même si la violence des affrontements entre éleveurs et cultivateurs s’y Certes, ce n’est pas encore la paix est accrue. Le préau Mali, mais le quasi-califat qui sident français s’est personnellement prospérait au Nord a été détruit. investi pour que le Nigeria et le Cameroun se réconcilient et forment un front commun face au terrorisme. En Centrafrique, il n’y a plus de massacres interethniques, mais les pillards pullulent toujours. Un bilan sécuritaire en demi-teinte donc. Il est vrai que tirer des dizaines de millions de Sahéliens de l’extrême misère, qui alimente les frustrations et pousse les jeunes au terrorisme, ne peut se faire en trois ans ni même en dix. Le temps du
développement est infiniment plus long que celui du maintien de l’ordre. GRIEFS. Nombreux sont ceux qui, en France comme en Afrique, font grief à François Hollande de n’avoir pas fait respecter les règles de la démocratie et de la bonne gouvernance dans la zone francophone. Là encore, le goût du compromis, de la « normalité », et le refus de renouer avec les pratiques de la « Françafrique », l’ont cantonné dans une « posture de conseil et d’avertissement », comme au Burkina Faso, ou dans l’expression de « doutes » lors de l’élection présidentielle gabonaise. Pas question d’organiser une opération militaire pour empêcher tel chef d’État de modifier la Constitution en sa faveur ou pour imposer un résultat électoral. Surtout ne pas se poser en donneur de leçons ! François Hollande préfère insister sur les pays qui respectent la limitation à deux mandats présidentiels et sur les alternances pacifiques en Afrique de l’Ouest : le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Nigeria, le Sénégal. Sans s’attarder sur l’Afrique centrale…
Climat de confiance L’organisation de la rencontre au Mali constitue un pari immense compte tenu des nombreux obstacles sécuritaires.
R
éunir plus de 3 000 participants dans une soixantaine de délégationsemmenéesparplusieurschefs d’État pour discuter du partenariat pour la paix et l’émergence entre les pays africains et la France, le défi s’annonçait immense pour les autorités maliennes.
Difficile, en effet, d’organiser un événement d’une telle ampleur dans un pays qui reste l’une des cibles privilégiées du terrorisme international. Depuis l’opération Serval en janvier 2013, remplacée par Barkhane en 2014, les actes terroristes se sont succédé au Mali, compliquant la
Des militaires patrouillent aux abords du CICB.
DAOU BAKARY EMMANUEL POUR JA
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renaissance du pays. La prise d’otages revendiquée par Aqmi, qui avait fait un peu plus de vingt morts à l’hôtel Radisson Blu le 20 novembre 2015, avait particulièrement marqué les esprits. Notamment du côté des investisseurs étrangers, qui ont déserté le Mali pendant plusieurs mois. La date du sommet Afrique-France, prévuinitialementenjanvier2016,amême dû être décalée d’un an pour des raisons de sécurité. Pourtant, malgré ce climat, le rendez-vous, un moment envisagé à Abidjan, en Côte d’Ivoire, aura finalement bien lieu à Bamako, en présence d’importantes délégations d’investisseurs africains et français, dont les représentants du Medef. Le pays se reconstruit lentement depuis l’élection présidentielle de juillet 2013, marquée par la victoire d’Ibrahim Boubacar Keïta et le retour des institutions qui s’est ensuivi. Autrefois principale source de déséquilibre, le Nord a retrouvé un peu de sérénité grâce notamment à l’accord de paix et de réconciliation, signé en juin 2015, entre les différents mouvements armés et les autorités maliennes. Et si, sur le terrain, la paix tarde à se faire sentir, le programme de Démobilisation, Désarmement, Réinsertion (DDR), qui prévoit la réintégration des ex-combattants dans les rangs de l’armée ainsi que dans la vie civile, devrait enfin être mis JEUNE AFRIQUE
Quel avenir ?
en œuvre. Le Mécanisme opérationnel conjoint (MOC), qui prévoit la mise en place de patrouilles mixtes, est déjà effectif dans la région de Gao. SYMBOLE. Autre signe positif, les élections municipales, maintes fois reportées, ont finalement eu lieu le 20 novembre dernier, malgré un taux record d’abstention atteignant plus de 25 % et quelques violences meurtrières. Enfin, symbole d’une unité presque retrouvée, l’ancien président Amadou Toumani Touré, renversé en mars 2012 par un coup d’État et toujours en exil à Dakar, pourrait revenir assez rapidement au Mali. Fin décembre, l’Assemblée nationale a voté majoritairement l’abandon des poursuites judiciaires pour haute trahison. En cette mi-janvier, durant deux jours, Bamako, « ville propre » en même temps que « hub d’affaires » grâce aux efforts d’assainissement général et à l’amélioration des infrastructures, devient la capitale de l’Afrique. Presque un miracle, après tant de péripéties. François Hollande, le président français, qui a renoncé à se représenter, et Ibrahim Boubacar Keïta, qui, à deux ans du prochain scrutin malien, hésite encore, peuvent, au moins l’espace d’un sommet, faire taire les critiques les plus véhémentes sur leur « immobilisme ». FRANÇOIS-XAVIER FRELAND JEUNE AFRIQUE
Questions à Abdoullah Coulibaly Président du Comité national d’organisation du sommet
DAOU BAKARY EMMANUEL POUR JA
Le futur africain lui échappe désormais. Au-delà de son bilan, que va-t-il dire en guise d’adieu à ses pairs du continent? L’Afrique dispose de nombreux atouts, mais ne réussira son émergence qu’en répondant aux attentes de sa jeunesse en matière d’emplois et de gouvernance. François Hollande connaît les bombes démographiques que recèle le continent. Il sait qu’il faut créer des dizaines de millions d’emplois formels pour éviter les tsunamis migratoires et la tentation du terrorisme. Il a vu les Printemps arabes tourner court. Aussi, à Bamako, devrait-il se contenter de semer des petits cailloux sous forme de questions, pour aider son successeur et ses interlocuteurs africains à emprunter les bons chemins : Comment développer la formation professionnelle ? Comment favoriser la multiplication des entreprises, en commençant par les PME ? Comment mobiliser les diasporas africaines ? Comment intégrer le numérique, notamment dans l’enseignement ? Il n’y aura pas la moindre « recette hollandaise » à appliquer, mais une invitation – ô combien modeste – à réfléchir ensemble sur ce qui sera bon pour l’Afrique et pour la planète.
« Le Mali est redevenu fréquentable » JEUNE AFRIQUE : Comment
s’annonce le sommet AfriqueFrance? ABDOULLAH COULIBALY : Il y a un véritable engouement ! Plus d’une soixantaine de délégations et une vingtaine de chefs d’État sont attendus. Parmi eux, outre François Hollande, les présidents rwandais Paul Kagame et sénégalais Macky Sall nous ont confirmé leur présence. Je pense que la solidarité à l’endroit du Mali explique cet élan. Chacun surmonte ses peurs pour épauler notre pays, avec la volonté partagée de le remettre dans le concert des nations. Notre pays est stratégique. Nous avons sept frontières; si vous déstabilisez le Mali, c’est toute la région qui s’embrase. En matière de sécurité justement, vous sentez-vous prêts? Je ne vais pas vous délivrer le secret de notre dispositif, mais nous faisons le nécessaire depuis des mois pour déjouer toute tentative d’attentat terroriste. Nos troupes, avec le soutien des Français, finalisent actuellement le dispositif sécuritaire sur le terrain. La récente attaque terroriste à Nassoumbou, au Burkina Faso, nous a juste rappelé que tout le monde est concerné. Seule la solidarité internationale fera que les
terroristes ne gagneront pas. Même au niveau sécuritaire, c’est un sommet Afrique-France! Pourquoi ce sommet est-il si important pour le Mali? Bamako va montrer son plus beau visage. Comme vous le savez, nous faisons de gros efforts d’assainissement dans les rues, sur le fleuve. Nos hôtels sont prêts.Tout a été fait pour recevoir nos hôtes dans la dignité et la propreté. Et puis, réunir autant de beau monde dans un pays qui sort à peine d’une longue crise institutionnelle et sécuritaire est un signal fort envoyé en direction des investisseurs. Le Mali est redevenu fréquentable. L’Assemblée nationale vient de rejeter la poursuite judiciaire de l’ex-présidentAmadouToumani Touré (ATT). Peut-il être au côté du président IBK lors de la cérémonie d’ouverture? L’ex-président ATT est le bienvenu. Comme tout Malien, il doit être fier de voir ce sommet se tenir à Bamako, cinq ans après les événements qui ont provoqué sa chute. Le pays cicatrise ses blessures, c’est une bonne nouvelle pour tout le monde. Propos recueillis par FRANÇOIS-XAVIER FRELAND N 0 2922 • DU 8 AU 14 JANVIER 2017
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Le Plus de JA Afrique-France INTERVIEW
Rémy Rioux Directeur général de l’AFD « Engagements tenus! » La promesse de consacrer 20 milliards d’euros à l’Afrique entre 2014 et 2018 devrait être honorée. Ces moyens accrus ouvrent de nouveaux champs d’action à une agence de plus en plus offensive.
R
émy Rioux aura participé activement aux deux sommets France-Afrique du quinquennat Hollande. En décembre 2013, il dirigeait le cabinet du ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici. Depuis juin 2016, il est directeur général de l’Agence française de développement (AFD). Deux postes privilégiés pour parler du développement, de la France et de l’Afrique. JEUNE AFRIQUE : Le sommet de 2017 sera-t-il différent du précédent ? RÉMY RIOUX : Lors du sommet de
l’Élysée, auquel j’ai activement contribué, en particulier pour le volet économique, il a soufflé un vent de nouveauté, marqué par une approche véritablement paritaire. Nous avons enregistré des avancées sur les grands sujets que sont le climat, la sécurité et le partenariat économique avec l’Afrique. À Bamako, cet esprit sera toujours présent.
Vous disposez pour cela de moyens supplémentaires…
Le Parlement vient de doubler nos fonds propres et de porter notre capacité annuelle d’engagements de 8 à 12 milliards d’euros d’ici à 2020. Nous avons dépassé les 9 milliards en 2016. Nos moyens en dons repartent aussi à la hausse. Le Parlement a fait passer le taux de la taxe sur les transactions financières (TTF) de 0,2 % à 0,3 %, augmentant de 270 millions d’euros les dons de l’AFD, au-delà des moyens votés dans le budget des Affaires étrangères. Cela va nous permettre d’intervenir plus fortement dans les zones de crises. Le renouveau de l’Agence tient aussi à son alliance
avec la Caisse des dépôts. Nous allons mobiliser nos deux équipes, nos réseaux et nos instruments financiers, comme nous avons su le faire pour le concours Digital Africa, lancé avec Bpifrance [dont la Caisse des dépôts est actionnaire à 50 %]. Ce concours récompensera à Bamako dix start-up, cinq africaines et cinq françaises, pour leurs innovations dans les domaines de la santé, des fintech, de l’énergie et de l’agriculture. Il y a eu plus de 800 candidatures ! De nouveaux pays et de nouveaux secteurs sont-ils à l’étude ?
L’Afrique est notre priorité, et nous travaillons avec tous les pays du continent. Nous venons d’ailleurs de reprendre notre activité en Angola. Notre stratégie, c’est de toujours faire le maximum pour toute l’Afrique. Ce qui ne nous empêche pas d’intervenir également dans les autres pays en développement, en Amérique latine, en Asie, partout où nous sommes utiles. En outre, le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (Cicid) du 30 novembre nous a demandé d’investir dans de nouveaux secteurs, comme la gouvernance, l’enseignement supérieur et la recherche. Le gouvernement souhaite aussi que nous renforcions notre soutien à l’action extérieure des collectivités locales françaises. Quelle est votre opinion sur l’état de l’Afrique ?
Que sont devenues les promesses faites en 2013 ?
Les engagements du président de la République sont tenus.L’AFDaapportéàl’Afrique 11,5milliardsd’eurosentre2014 et 2016 et prévoit d’y consacrer plus de 4 milliards par an sur les deux prochaines années, pour atteindreles20milliardsd’euros promis en 2013 au titre de la politique de développement. À l’occasion de la COP21, les bailleurs internationaux se sont engagés à hauteur de 10 milliards de dollars d’ici à 2020 pour développer les énergies renouvelablesenAfrique.L’AFD est passée à l’offensive : elle a engagé 600 millions de dollars rien qu’en 2016. Et nous allons continuer sur ce rythme. N 0 2922 • DU 8 AU 14 JANVIER 2017
© VINCENT FOURNIER/JA
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L’Afrique affiche depuis quinze ans une croissance de plus de 5 % par an, tirée par la consommation intérieure. Bien sûr, des difficultés très sérieuses demeurent, mais elles ne remettent pas en question l’effervescence microéconomique engendrée par l’urbanisation et l’amélioration des systèmes de santé et d’éducation. Ouvrons les yeux: dans certains domaines, comme les énergies renouvelables ou le mobile banking, l’Afrique est en avance, et nous avons intérêt à nous inspirer de ses innovations! C’est aussi la mission de l’AFD. Propos recueillis par ALAIN FAUJAS JEUNE AFRIQUE
RÉ P UB L I QU E D U M A L I
© SYLVAIN CHERKAOUI / JA
Le MALI fait son retour sur la scène internationale
Les bords du fleuve Niger depuis le pont du Roi-Fahd à Bamako.
L
e Mali, qui accueille le 27e Sommet Afrique-France les 13 et 14 janvier à Bamako, revient de loin. Vic�me de nombreuses menaces durant la décennie passée, notamment jihadiste, le pays a retrouvé un fonc�onnement normal de ses ins�tu�ons en 2013 avec l’élec�on démocra�que du président Ibrahim Boubacar Keïta. Depuis, la croissance du Mali, dont la relance est le premier objec�f du chef de l’État, a a�eint 6 %, alors qu’elle était quasiment nulle en 2012.
Une meilleure ges!on budgétaire, une confiance retrouvée de la part des partenaires Pour y parvenir, le gouvernement a engagé des réformes dans des secteurs stratégiques afin d’améliorer le quo�dien des Maliens. La ges�on des finances publiques, dans un contexte caractérisé par le délabrement du �ssu économique, une �midité des partenaires interna�onaux et une forte demande sociale, a été renforcée. La
mobilisa�on des ressources internes a été améliorée et les partenaires techniques et financiers n’ont pas tardé à revenir soutenir les efforts d’un gouvernement dans lequel ils ont réaffirmé leur confiance. C’est ainsi que le Mali a pu signer en 2016 une facilité élargie de crédit avec le FMI.
Soutenir une croissance inclusive
Réforme de l’armée, relance de l’économie, des infrastructures et de l’agriculture : c’est un pays nouveau qui accueille le 27e Sommet Afrique France.
La croissance est par�culièrement soutenue par la performance des secteurs de l’agriculture et des services, alors que les inves�ssements publics sont fortement allés à l’améliora�on de l’accès à l’eau ou aux infrastructures. Ce�e relance de la croissance économique, le gouvernement s’évertue désormais à la rendre durable et inclusive, afin que chaque Malien puisse en �rer profit. Autant d’efforts qui n’auraient pu être viables sans la réforme intervenue en 2015 de l’ins�tu�on militaire, garante aujourd’hui de la souveraineté du Mali. COMMUNIQUÉ
Agriculture : des investissements et des résultats conséquents © RENAUD VANDERMEEREN / LES ÉDITIONS DU JAGUAR
52 246 hectares déjà aménagés
Culture des oignons en carrés.
F
aire de l’agriculture un moteur de croissance économique et un ou�l efficace de lu�e contre la pauvreté rurale : telle est la priorité portée par le président de la République depuis trois ans, alors que 80 % de la popula�on malienne vit de ce secteur. Un Programme gouvernemental d’aménagement (PGA) a été mis en oeuvre et plus de 15 % des ressources budgétaires maliennes sont affectées au secteur agricole, ce qui va au-delà des 10% recommandés dans la Déclara�on de Maputo (Union africaine). Le PGA porte sur l’aménagement de 100 000 hectares sur la période 2014-2018, pour faire du Mali le « Grenier de l’Afrique de l’Ouest », mais aussi sur le développement de la filière coton, à travers le développement d’une industrie à même de transformer 20 % d’une produc�on a�endue à 800 000 tonnes à l’horizon 2018.
Le président de la République a instruit le département de l’Agriculture de me�re en oeuvre une poli�que visant à soustraire l’agriculture aux aléas clima�ques, à travers le développement de l’irriga�on de proximité et l’aménagement de 100 000 ha pour la période 2014-2018. Un défi relevé notamment par l’Agence d’aménagement des terres et de l’irriga�on (ATI). À ce jour, les aménagements achevés et récep�onnés sont es�més à 52 246 hectares.
En trois ans, l’agriculture malienne, principal réservoir d’emplois du pays, s’est caractérisée par un développement excep!onnel de l’irriga!on de proximité, l’accroissement des exploita!ons, la croissance de la produc!vité et le développement de la recherche.
De « Nouveaux villages agricoles » Des disposi�ons sont en cours à travers l’ATI pour accélérer le rythme d’aménagement et améliorer les condi�ons d’habitat des popula�ons, à travers notamment un programme pilote de « Nouveaux villages agricoles ». Ceux-ci visent à créer, à l’instar des logements sociaux, des sites viabilisés dans les villages disposant de toutes les commodités de vie et de travail (adduc�on d’eau potable, électricité, centre de santé, écoles, marchés, unités de transforma�on…), essen�ellement des�nés aux jeunes qui désirent s’installer dans le domaine agricole.
Améliorer la produc!vité et la compé!!vité
Le taux d’équipement moyen es�mé par région en 2012 était de 4 % pour Kayes, 49 % pour Sikasso, 36 % pour Ségou, 4 % pour Mop� ou encore 2,4 % pour Gao. Le programme de mécanisa�on et de motorisa�on agricoles mis en place par le gouvernement vise à faire passer ce taux d’équipement à 60 % à l’horizon 2018, alors qu’il est déjà passé de 30 % à 45 % depuis trois ans. Une croissance notamment due à l’Opéra�on 1 000 tracteurs, qui a fait bénéficier les paysans de tracteurs subven�onnés à hauteur de 50 %, avec des facilités de remboursements.
© RENAUD VANDERMEEREN / LES ÉDITIONS DU JAGUAR
Équipement et mécanisa!on
Fleur de coton.
Pour maintenir ses objec�fs, le gouvernement a fait en sorte que le sac d’engrais puisse être cédé à 11 000 F CFA, contre 12 500 en 2012. Ce�e poli�que de subven�on des intrants et des équipements agricoles a coûté 54 100 014 000 F CFA pour la produc�on végétale au �tre de la campagne 2016-2017. Les systèmes de recherche agricole na�onaux ont également été renforcés pour améliorer la produc�vité et la compé��vité, avec des ac�ons focalisées sur les pe�ts agriculteurs. Depuis deux ans, l’Ins�tut d’économie rurale (IER) se présente comme l’un des centres les plus performants de la sous-région.
De nombreux autres inves�ssements notables ont été réalisés depuis 2013 : • Près de 232 milliards F CFA pour l’améliora�on de l’alimenta�on en eau potable de Bamako et de plus d’1,2 million d’habitants. • 6 637 168 500 F CFA de travaux, qui doivent prendre fin au premier trimestre 2017, pour le renforcement des adduc�ons d’eau des villes de Kayes, Sikasso, Kou�ala et Ka�, afin de profiter à une popula�on addi�onnelle de 250 000 personnes. • 342 957 764 F CFA dans le renforcement des infrastructures d’eau potable de Nioro du sahel, où les problème d’eau et d’électricité ne sont déjà plus que de vieux souvenirs. • 320 811 200 F CFA pour l’adduc�on en eau potable de la localité de Bandiagara et de ses 50 000 habitants. • 747 368 992 F CFA pour le renforcement des infrastructures d’eau potable de Sénou. • 260 329 654 FCFA pour la réalisa�on des études d’alimenta�on durable en eau potable des villes de Mop�, Tombouctou et Gao.
Eau et Énergie : un secteur vital en plein essor © RENAUD VANDERMEEREN / LES ÉDITIONS DU JAGUAR
L
e taux d’accès à l’eau potable était en 2015 de 65,3 % au niveau na�onal, 63,3 % en milieu rural et 70 % en milieu urbain et semi urbain. Depuis 2013, le gouvernement, à travers le ministère de l’Énergie et de l’Eau, a mobilisé des financements pour des inves�ssements d’un montant total de plus de 240 milliards de F CFA (réalisés ou en cours), en lien avec ses partenaires techniques et financiers, bilatéraux et mul�latéraux. Symbole des inves�ssements récemment réalisés : le lancement en mai 2016 d’une sta�on de produc�on d’eau potable d’une capacité de 288 millions de litres d’eau par jour à Kabala, au sud ouest de Bamako.
L’accès d’un plus grand nombre de Maliens à l’eau est une priorité du Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduc�on de la Pauvreté.
Le barrage de Markala est la plus grande
• Le gouvernement a également inves� un montant de 35,5 milliards F CFA pour la réalisa�on des ouvrages d’eau potable dans le périmètre hors concession, avec la réalisa�on de 2 874 nouveaux « équivalents points d’eau modernes » et la réhabilita�on de 1 269 autres.
retenue d’eau du Mali.
L’importance accordée au désenclavement du Mali a poussé à la créa�on d’un ministère dédié à ce�e ques�on, alors qu’une Poli�que Na�onale des Transports, Infrastructures de Transport et du Désenclavement (2015-2019) a été adoptée depuis deux ans. Plus d’un millier de kilomètres de routes bitumées ont été réhabilitées ou construites à travers le territoire, depuis 2013, alors qu’entre 7 000 et 10 000 kilomètres de routes bitumées et en terre sont entretenues chaque année. Le renforcement des capacités de stockage des Entrepôts maliens
dans les ports de Côte d’Ivoire, de Guinée, du Bénin et du Togo, est également primordial pour les autorités. Les études de construc�on des ponts de Ségou et du quatrième pont de Bamako sont en cours, alors que la nouvelle aérogare de l’aéroport de Bamako devrait bientôt être livrée. Les discussions entre le Mali et le Sénégal se poursuivent dans le cadre de la viabilisa�on de l’axe ferroviaire Bamako-Dakar, notamment dans le cadre d’un accord-cadre avec la Société China Railway Construc�on Corpora�on Interna�onal (CRCCI).
© RENAUD VANDERMEEREN / LES ÉDITIONS DU JAGUAR
Par la terre, les airs et la mer : désenclaver le Mali
L’axe Bamako-Bougouni.
COMMUNIQUÉ
La renaissance des Forces armées et de sécurité du Mali DR
de 15 000 personnels, prévu sur la période de 2015-2019 de la LOPM, con�nue. Déjà, 5 000 futurs soldats sont dans les centres de forma�on commune de base (FCB).
Le président Ibrahim Boubacar Keïta a redonné à l’ou�l de défense du Mali ses le�res de noblesse.
Une meilleure prise en charge des soldats Le premier bénéfice de la réforme a consacré l’honneur du soldat. Des casques balis�ques (11 000 unités) ont été acquis, de même que près de 7 000 unités de gilets pare-balles. De nombreux équipements roulants, de type pick-up 4x4, ont été déployés pour combler le manque et pallier la vétusté des véhicules existants. Le moral de la troupe s’est renforcé par l’indemnité compensatrice de logement a�ribuée en 2015 à tout le personnel non logé. Ce�e même année a été marquée par la révision de la grille indiciaire et l’intégra�on des 15 % de primes de sécurité dans le salaire. Deux centres d’aguerrissement ont été aménagés et con�nuent de faire l’objet d’équipements conséquents. La première pierre de logements sociaux a été posée en mai dernier au profit des FAMa à Kambila (Ka�). Parallèlement, la dynamisa�on des coopéra�ves d’habitat des différents corps et services se poursuit. Le recrutement
S.E.M. Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République du Mali.
Une ac�on militaire et civile Les FAMa veillent quo�diennement sur la sécurité des personnes et de leurs biens. Leur interven�on lors des a�aques terroristes qui ont frappé le Mali récemment témoigne de leur détermina�on et de leur engagement. Plusieurs centaines de terroristes ont ainsi été neutralisés par leurs soins. Au regard de la nature de la menace terroriste, les FAMa entre�ennent une coopéra�on dynamique avec leurs homologues dans le cadre du G5 Sahel ou de l’Ini�a�ve de Nouakcho�, alors que les condi�ons de la coopéra�on du Mali avec la France ont été mises à jour en 2014 à travers un nouvel accord. Sur le terrain des opéra�ons, les FAMa mènent également des ac�ons civilo-militaires (ACM) au profit des popula�ons. On peut citer la réhabilita�on de la Maison des jeunes de Gao, le curage de caniveaux, la réalisa�on de dépôts de transit d’ordures à Gao, des plateformes mul�fonc�onnelles pour la Commune de Ouatagouna ou encore la réhabilita�on du forage de Tarkint. COMMUNIQUÉ
DIFCOM/DF � PHOTOS: DROITS RÉSERVÉS SUIVANT MENTION.
L
ancé en 2013, le processus de réforme de l’armée malienne a donné lieu à la naissance d’une nouvelle armée, à de nouveaux découpages territoriaux, mais aussi de nouvelles mentalités et à de nouveaux types de forma�on. Il a abou� en 2015 à l’adop�on d’une Loi d’orienta�on et de programma�on militaire (LOPM).
Le département de la Défense et des Anciens comba�ants est à pied d’œuvre, depuis 2013, pour l’affinement du processus de désarmement, démobilisa�on et réinser�on (DDR). Un groupe de travail ad hoc a été créé et il est à l’ini�a�ve d’une stratégie na�onale. Le département de la Défense a consen� 4 385 568 000 F CFA dans le cadre du pré-cantonnement pour la prise en charge de 600 ex-comba�ants par site sur un total de 24 sites. Le Mécanisme opéra�onnel de coordina�on (Moc) - créé en octobre 2015 - cons�tue un autre élément de contribu�on du département à la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconcilia�on. Le Moc a bénéficié de dota�on d’une cinquantaine de véhicules pickup sur financement du gouvernement malien. DR
DR
À la pointe de la mise en œuvre de l’accord pour la paix
Le Plus de JA Afrique-France
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ÉCONOMIE
Paroles d’experts Trois ans après la publication du rapport « Afrique-France, un partenariat pour l’avenir », comment a évolué ce fameux modèle de collaboration entre les deux rives de la Méditerranée ?
Slim Othmani « Les PME sont un pivot essentiel dans notre relation » JEUNE AFRIQUE : Comment jugez-vous l’état des rapports entre les secteurs privés français et algérien ? SLIM OTHMANI : Ils sont très étroits,
Globalement, la France n’est pourtant plus le premier partenaire de l’Algérie…
Tout le monde répète que la France a perdu sa place en Algérie au profit de la Chine, mais n’oublions pas l’explosion du volume des échanges. N’oublions pas
L’homme d’affaires algérien préside le conseil d’administration de NCA Rouiba.
non plus l’existence de l’accord de libreéchange avec l’Union européenne, dont les acteurs français ont su tirer bénéfice. Il est remis en question car perçu comme défendant trop les intérêts de l’Europe, mais un tel accord n’est pas statique. Que faudrait-il pour assurer un développement optimal de ces rapports ?
De plus en plus de PME françaises ou franco-algériennes s’implantent en Algérie. Mais elles ne sautent pas le pas
SIDALI DJENIDI
beaucoup plus qu’on ne le pense, professionnellement et humainement. J’irais presque jusqu’à parler de symbiose. Très souvent, des chefs de PME algériennes se déplacent en France dans la journée pour aller rencontrer leur fournisseur, un partenaire ou un associé. Et beaucoup de techniciens français viennent porter assistance à des PME algériennes. Nous pourrions être tentés de ne voir que les relations entre grands groupes, mais le cadre constitué par les PME est un pivot essentiel de la relation bilatérale dans le domaine économique, tout comme la communauté algérienne en France.
assez rapidement et avec autant de conviction qu’elles le devraient, compte tenu des opportunités existantes. Bien sûr, l’environnement des affaires est complexe en Algérie, et travailler avec la bureaucratie locale peut être éreintant. Mais je me projette sur les cinq ou dix prochaines années, et, malgré le prix à payer, les retombées peuvent être très intéressantes. Les acteurs économiques doivent le comprendre. Propos recueillis par LAURENT DE SAINT PÉRIER
Agriculture : trouver l’équilibre entre la mobilisation du secteur privé et la responsabilité des Etats L’agriculture et l’agroalimentaire seront au cœur du 27ème Sommet Afrique-France. Une table ronde réunissant entreprises africaines et françaises devrait y être dédiée la veille. Au sein de la délégation française, François Burgaud, Président de l’Adepta, représente 245 entreprises françaises, capables de répondre à tous types de projets d’équipement, de construction ou de rénovation d’unités de production agricole en Afrique.
Quels sont les enjeux des économies agricoles africaines ?
Nourrir près de 2 milliards d’individus, c’est le défi de demain de l’Afrique et cela nécessitera des investissements considérables. Les pays africains sont confrontés à la nécessité d’augmenter les rendements et de renforcer la transformation locale. Ils ne peuvent plus se permettre d’être des exportateurs de matières premières et importateurs de produits alimentaires.
Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de l’agriculture en Afrique ?
Nous sommes afro-réalistes ; conscients des capacités de croissance des pays de ce continent comme de la diversité de leur situation et de leur volonté de développer une industrie agro-alimentaire compétitive. L’agriculture et la sécurité alimentaire sont annoncées comme des priorités. Cette intention doit se retrouver dans des Etats ou des bailleurs de fonds impliqués. La réussite du secteur privé est liée en effet, à des politiques publiques efficaces.
C O M M U N I Q U E
245 entreprises, regroupées en 8 secteurs lait, élevage, boulangerie,...
www.adepta.com
Le Plus de JA Afrique-France
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Jean-Michel Severino « Un rapport d’égal à égal s’est lentement imposé entre la France et le continent » privatise pour le meilleur. De plus en plus de dirigeants africains de petites et moyennes entreprises ne font pas partie de clans proches du pouvoir et sont en outre beaucoup plus à l’écoute des attentes des consommateurs. Un rapport d’égal à égal s’est aussi lentement imposé dans les relations économiques entre l’Afrique et la France. Beaucoup d’investisseurs français, certes encore maladroits parfois, font davantage profil bas. Et puis, il y a toute la diaspora qui revient pour faire des affaires : même si cela reste modeste quantitativement, son engagement est symboliquement important. Qu’est-ce qui a fondamentalement changé ?
Le contexte est marqué par l’effondrement des cours des matières premières. Or l’activité française sur le continent s’est diversifiée. Autrefois, elle était liée à des secteurs bien précis, comme les matières premières justement, le génie civil ou la banque, et se limitait à quelques équipementiers, des négociants et Bolloré ! Mais d’autres investisseurs sont apparus, notamment à travers le développement du B to C. Les relations commerciales ne concernent plus seulement les États, comme c’était le cas avant, mais sont davantage tournées vers le grand public africain. Est-ce à dire qu’on est sorti de la fameuse « Françafrique »?
Ce terme n’est pas forcément négatif. S’il s’agit de portage de mallettes pleines de billets aux politiques, c’est effectivement un système détestable. Si cette expression résume des échanges économiques basés sur une vieille relation d’amitié, de proximité géographique et historique, je ne vois pas ce qu’il y a de mal, au contraire, et ça ne cessera pas. Propos recueillis par FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
L’ancien directeur général de l’AFD a repris Investisseurs et Partenaires en 2011.
ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
JEUNE AFRIQUE : Comment évoluent les relations économiques entre l’Afrique et la France ? JEAN-MICHEL SEVERINO : L’Afrique se démocratise et se
L’industriel a été nommé à la tête du Medef français en 2013.
Pierre Gattaz « Il faut venir en Afrique pour trente ans, pas pour six mois » JEUNE AFRIQUE : Pourquoi multipliez-vous les voyages sur le continent pour les adhérents du Medef ? PIERRE GATTAZ : Nous représentons directement ou indi-
rectement 750 000 entreprises, dont une majorité de PME que je m’efforce d’emmener à l’étranger pour leur redonner le goût de l’export. Ce n’est pas de repli sur soi dont la France a besoin, mais de plus de mondialisation. Notre délégation au Forum économique de Bamako est généraliste et offre un large éventail : des grandes entreprises du CAC 40 aux PME et aux start-up, en passant par les instituts de formation. L’Afrique doit importer des équipements à installer et à entretenir, mais elle doit aussi pouvoir les produire. Il lui faut donc former les bac + 2 et les travailleurs manuels qui lui manquent. Comment analysez-vous les réticences françaises à investir en Afrique ?
Il existe des problèmes de sécurité, d’instabilité politique et de corruption qu’il convient néanmoins de relativiser, car ces difficultés se retrouvent dans de nombreux pays. Et elles ne sont pas insurmontables. Dans certains pays, le contexte est plus facile, au Maroc ou en Côte d’Ivoire par exemple. Il est plus complexe dans d’autres, comme le Nigeria, où n’importe qui ne peut pas s’implanter. Croyez-vous que le partenariat public-privé peut suppléer au manque de capitaux nécessaires au développement du secteur privé africain ?
VINCENT FOURNIER/JA
Il faut surtout continuer à creuser dans cette direction. L’État ne peut pas tout faire, et la France comme l’Afrique ont tout à y gagner. Aux entrepreneurs de rechercher les opportunités. Mais pour cela il faut s’inscrire dans la durée et venir en Afrique pour trente ans, pas pour six mois. Propos recueillis par ALAIN FAUJAS N 0 2922 • DU 8 AU 14 JANVIER 2017
JEUNE AFRIQUE
Quel avenir ?
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Marie-Chantal Uwitonze « La diaspora va contribuer au processus industriel africain »
investissements de la diaspora permettent de faire baisser la pauvreté. Ils sont plus innovants et s’adaptent mieux aux besoins des populations locales. Ils financent l’accès aux services publics de base tels que l’éducation et la santé. Par ailleurs, la diaspora est toujours prête à prendre des risques quand les autres investisseurs hésitent, notamment après un conflit ou en cas de crise économique. Les Maliens de France ont ainsi permis le financement de 60 % des infrastructures de leur pays d’origine sur dix ans. Et pourtant ces échanges économiques restent assez limités…
La France compte près de 55 % de la diaspora installée en Europe, mais les
Africains y restent marginalisés sur les plans économique, social et politique. Il y a également un manque de dialogue entre la diaspora et les institutions nationales, régionales et continentales aussi bien dans les pays d’accueil que d’origine. Dans certains pays du continent, le climat d’affaires, la lourdeur bureaucratique, le coût financier pour envoyer des fonds sont peu favorables aux investissements de la diaspora. La Belgo-Rwandaise a fondé l’African Diaspora Network in Europe.
Qu’est-ce qui peut être amélioré ?
Il faut encourager, en France et au sein de l’Union européenne, la formation et le recrutement des membres de la diaspora. Dynamiser ses liens avec l’Afrique, en renforçant notamment le transfert de technologies et de compétences. La mission de l’African Diaspora Network in Europe(ADNE)estjustementdepermettre aux deux continents de bénéficier le plus
2005
(En % des échanges commerciaux)
18 %
Nigeria
5,6 %
Éthiopie
3,3 %
0,9 %
Chine
17,6 %
Une aide publique au développement (APD) en augmentation… (En milliards d’euros)
Cameroun
12 %
8
8,2
9,4
8,4 * Projections
Ghana
SOURCE : DG TRÉSOR, CHIFFRES 2015, MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DU DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL
France
8,7 %
6,5 %
2015
14 %
FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
(Parts de marché en %)
La France championne de la zone franc CFA…
Burkina Faso
efficacement possible de l’expertise de la diaspora africaine. De créer des mouvements de retour pour atténuer les méfaits de l’immigration irrégulière. L’Afrique entame son processus industriel, elle aura fortement besoin de cette main-d’œuvre Propos recueillis par qualifiée.
Un position contestée par les pays émergents
PARTENAIRES PARTICULIERS
Sénégal
DR
JEUNE AFRIQUE : Comment la diaspora participe-t-elle au développement de l’Afrique ? MARIE-CHANTAL UWITONZE : Les
2014
1,6 % Gabon Congo
Côte d’Ivoire
1,4 %
2016*
2017*
… essentiellement destinée à l’Afrique
Kenya
24 %
2015
Océanie
2%
Europe 5
%
17 %
12 %
Afrique du Nord
… mais encore à la traîne dans les principales économies du continent Afrique du Sud
2,2 %
12 %
45 %
Asie
17 % Pays en développement (non spécifiés)
14 % Afrique subsaharienne
33 %
Amérique latine
17 %
70
Le Plus de JA Afrique-France
TRIBUNE
Les mille jours
LIONEL ZINSOU Coprésident de la fondation AfricaFrance
D
écembre 2013 Paris – Janvier 2017 Bamako. Jamais, depuis les indépendances, la relation franco-africaine n’aura évolué aussi vite et profondément que pendant ces mille jours entre les deux sommets Afrique-France. La puissance des symboles est très forte: 2013, c’est l’année de l’opération Serval et de l’incroyable pari des élections démocratiques et pacifiques au Mali ; 2017, celle où cinquante délégations peuvent se réunir dans la capitale d’un pays reconstruit, qui a échappé à un destin d’État terroriste. En matière de paix et de sécurité, la France, encore décrite il y a quelques années comme « le gendarme » de l’Afrique, est désormais regardée comme l’alliée du continent. Son engagement a été indissociable et complémentaire de l’action de la Cedeao de l’Union africaine et des Nations unies. Les institutions régionales et continentales, comme les coopérations avec des forces de sécurité africaines nationales, en grands progrès sur le plan opérationnel, ont abouti à coproduire la paix. Un attribut de souveraineté essentiel revient en Afrique: celui d’assurer la protection des biens, des personnes, des valeurs et du droit.
La force motrice du développement est faite du dynamisme combiné des entrepreneurs et des élus. Mais la métamorphose de ces mille jours n’est pas que diplomatique et militaire, elle est aussi – grâce au soutien de l’Organisation internationale de la francophonie – culturelle, numérique et sociale. Ce qui, avant toute chose, a changé le plus, c’est l’esprit public en matière économique. Et, depuis, les prémices du raisonnement sur le développement sont complètement renouvelées. Plus personne ne nie la croissance africaine. On ne conteste plus son caractère soutenable et son niveau élevé. Même lorsque les prix des matières premières s’effondrent, comme depuis 2012. Même quand les prix des hydrocarbures chutent en 2015, plus encore qu’en 2008. Même lorsque le manque de liquidité menace des économies africaines qui semblaient très robustes. On admet désormais qu’il s’agit d’un choc conjoncturel et exogène. En 2017, cette croissance reconnue est questionnée dans son contenu. Est-elle assez inclusive? Crée-t-elle assez d’emplois pour les jeunes? Faitelle reculer la pauvreté? La réponse est non. La N 0 2922 • DU 8 AU 14 JANVIER 2017
croissance du PIB est une machine à créer des classes moyennes et des consommateurs. C’est aussi une machine à creuser les inégalités, surtout si l’on délaisse les classes populaires, en négligeant l’agriculture ou le logement social. Mais, en 2017, les limites et les insuffisances de la croissance ne sont plus pensées comme des fatalités. Elles sont diagnostiquées et traitées par des politiques publiques. Les indicateurs du chômage des jeunes qualifiés et de l’extrême pauvreté sont maintenant partout la mesure de performance des économies africaines. Toutes les institutions de développement ont reconnu que notre agriculture n’était financée qu’au quart de ses besoins, mais tout le monde voit l’ampleur des gains de productivité réalisés dès lors qu’on la finance. Une révolution verte s’annonce, que le changement climatique rend encore plus urgente. Et tous en sont aujourd’hui conscients. Personne ne croit plus à « l’arriération » de l’Afrique. Plus personne ne vient proposer des technologies d’avant-hier. C’est l’inverse: la révolution des télécommunications a installé l’idée que le continent était désormais pionnier dans leurs nouveaux usages sociaux. Les paiements par mobile aujourd’hui, la télémédecine, l’e-commerce, le cloud au service du secteur informel… Au-delà, l’avance en énergies renouvelables et en réseaux off-grid intelligents, les fintech contre la sous-bancarisation… L’Afrique en tête en matière technologique, voilà une idée nouvelle. Mais, il y a mille jours, elle nous était encore interdite. Enfin, le secteur privé français a pris conscience des enjeux et du potentiel en Afrique, dans un environnement très concurrentiel. On assiste à la montée extraordinaire des entreprises sur le front du développement. Elles ne font pas qu’exporter, elles investissent, elles inventent des partenariats. Face à elles, les entreprises africaines, souvent neuves et novatrices, sont plus compétitives et mieux gouvernées. Encore une idée nouvelle: la force motrice du développement est faite du dynamisme combiné des entrepreneurs et des élus. Les États se comporteront désormais en facilitateurs, plus qu’en opérateurs. En décembre 2013, la plus grande réunion jamais organisée d’entreprises africaines venues dialoguer avec leurs homologues françaises, avait accueilli 600 participants. En septembre 2016, et pour préparer Bamako, le Quai d’Orsay, les organisations patronales et AfricaFrance en attendaient à nouveau 600. Il en est venu trois fois plus. Et il ne s’est passé que mille jours. JEUNE AFRIQUE
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Le Plus de JA Afrique-France ENTREPRENEURIAT
L’élan des jeunes talents Issus de la diaspora ou du continent, ces trentenaires ont une foule d’idées pour moderniser la vie de leurs concitoyens. Portrait de deux entrepreneurs qui ont soif de changement.
Tonjé Bakang (2e en partant de la g.) et une partie de l’équipe d’Afrostream.
THOMAS LOUAPRE/DIVERGENCE
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De l’afro sur nos écrans
«
E
n Afrique comme dans la diaspora, les gens sont avides de contenus africains sur écran, or ce besoin n’est pas assouvi. » Partant de ce constat, Tonjé Bakang a lancé Afrostream en 2015. « Et c’est déjà devenu une marque », se félicite ce Français né de
parents camerounais il y a trente-six ans. Souvent comparée à l’américain Netflix, cette plateforme de vidéos à la demande propose déjà plus de mille cinq cents heures de contenus à teneur « afro », avec des séries et des films africains, mais également afro-caribéens, afroaméricains ou afro-brésiliens. Diffusée
via les smartphones, « sa première cible », les bouquets audiovisuels ou les ordinateurs, sa programmation a déjà conquis 250 000 membres. « En observant les usages d’internet, j’ai vu qu’il était possible de “disrupter” [bouleverser] l’univers des médias. Créer un diffuseur n’a jamais été aussi abordable. » Afrostream a vu le jour avec moins de 5 millions d’euros et a bénéficié de l’appui d’un incubateur californien. Déjà présent dans 28 pays, son objectif à court terme est de se lancer au Nigeria, au Kenya et au Ghana, avant de s’adresser aux marchés brésilien et américain. Le potentiel existe. « On compte dans le monde 1 milliard d’afro-descendants, dont 800 millions sont connectés. » Après avoir conclu des partenariatsavecdegrandessociétésmondialesdeproductioncommeWarnerBros., Disney, Sky ou Lagardère, ainsi qu’avec TF1 et Orange en France, cette start-up de treize personnes ne se contentera pas de dénicher et de diffuser films et séries « de qualité ». Sur le continent, elle compte s’engager dans la coproduction, en apportant des capitaux et en se rapprochant des scénaristes. « Nous avons une longue expérience dans l’audiovisuel et nous sommes très sensibles au storytelling », assure cet ancien comédien passé par France 2, M6, ou le studio Europacorp, du réalisateur français Luc Besson. Le pilote d’une série est d’ailleurs en tournage en RÉMY DARRAS Côte d’Ivoire.
LES FEMMES ET LA JEUNESSE À L’HONNEUR Dans un pays où 48 % de la population a moins de 14 ans, le sommet AfriqueFrance de Bamako se devait de placer la jeunesse africaine au cœur de ses discussions, et un forum spécial ouvre ses portes la veille de l’événement. Ateliers et débats portent sur les défis qui se présentent aux jeunes, comme l’éducation, N 0 2922 • DU 8 AU 14 JANVIER 2017
l’immigration et l’entrepreneuriat. Des programmes de formation sont proposés et quatre prix de l’innovation, décernés, afin de promouvoir le développement économique de l’Afrique. Ils récompensent, pour leur esprit d’initiative et leur engagement, les jeunes entrepreneurs résidant sur le continent, ainsi que ceux
de la diaspora. À Bamako, les femmes sont aussi à l’honneur, avec la présence de plusieurs personnalités, dont la présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ainsi que la présidente du FMI, Christine Lagarde. Réunies lors d’un forum en décembre, plusieurs entrepreneuses
de 30 pays différents ont adressé leurs revendications à la trentaine de chefs d’État attendus au sommet de Bamako. Parmi celles-ci, un meilleur accès à l’embauche et à la propriété privée, ainsi que la création d’un fonds d’appui au développement des activités féminines. FRANÇOIS-XAVIER FRELAND JEUNE AFRIQUE
W.SIMITCH/CAPA PICTURES POUR PUBLIC SÉNAT
Diplômée de Télécom Paris Tech et de HEC, la jeune femme est présidente et cofondatrice d’Afrimarket.
Rania Belkahia fait son marché
R
écompensée en Elle s’appuie sur une soixandécembre à Paris taine de personnes à travers par le prix de la le continent. jeune entreprise africaine de l’année, décerné par Pierre CAPITAL. Après une première levée de fonds effecGattaz, le patron des patrons français, Rania Belkahia ne tuée auprès d’investisseurs compte pas s’arrêter en si tels qu’Orange ou Xavier bon chemin. Née en 1989 Niel, le patron de Free, à Casablanca et passée par Rania Belkahia a réussi les prestigieuses écoles une augmentation de capiHEC et Télécom ParisTech, tal de 10 millions d’euros en la jeune femme a cofondé septembre 2016 auprès de en janvier 2014 Afrimarket, Proparco et du fonds d’inune plateforme consacrée vestissement britannique au transfert d’argent, au Global Innovation Fund. commerce en ligne de proBien sûr, elle reconnaît duits high-tech et électroqu’Afrimarket rencontre des ménagers, voire d’animaux difficultés pour industrialivivants. « J’avais constaté qu’il À 27 ans, l’entrepreneuse était difficile marocaine voit loin et d’envoyer de ambitionne de « devenir l’argent. D e plus, les solul’Amazon africain ». tions traditionnelles ne permettaient pas ser son offre, mais celle qui empiète déjà sur les créde connaître l’utilisation des fonds envoyés », expliqueneaux de Western Union, de t-elle. Déjà présente dans MoneyGram ou du site d’ecinq pays – la Côte d’Ivoire, commerce Jumia voit loin le Sénégal, le Bénin, le et confie son ambition de Cameroun et le Togo –, « devenir l’Amazon africain ». Afrimarket vise en 2017 le Proposant essentiellement Mali et le Burkina Faso. La des produits locaux, elle société y a déjà déployé ses ouvrira dans les prochains équipes afin de créer les relamois sa plateforme aux protions nécessaires avec les duits européens. R.D. acteurs économiqueslocaux. JEUNE AFRIQUE
Tramway de Casablanca, exploité par le groupe RATP
Tramway d’Oran, exploité par le groupe RATP
Le groupe RATP, une expertise unique au service du formidable développement des transports dans le monde
F
ort d’un savoir-faire unique et internationalement reconnu, tant en matière d’ingénierie que d’exploitation et de maintenance, le groupe RATP apporte sa contribution et son expertise partout où il est sollicité.
En effet, au delà des réseaux qu’il exploite, le groupe RATP apporte également son expertise de manière plus ciblée, pour mener, souvent dans un cadre coopératif, des diagnostics et proposer des solutions clés en main adaptées à l’environnement et aux contraintes locales, comme la structuration des réseaux, la formation du personnel local, la définition des procédures d’exploitation et de maintenance, le développement de services billettiques ou d’information voyageurs. Le groupe RATP a à coeur de contribuer largement aux excitants projets qui se profilent partout dans le monde, garantissant aux autorités locales sa capacité à y apporter les meilleurs standards internationaux. Pour une assistance technique, nous contacter : RATP International 54, Quai de la Rapée - 75012 Paris email : thibault.de-lambert@ratp.fr Tél. : +33 (0)1 58 78 23 32
Le Plus de JA Afrique-France CULTURE
À Paris, l’Afrique, c’est chic L’art africain devient-il bankable ? En tout cas, en 2017, le nombre de manifestations certifiées made in Africa explose dans la capitale française.
L
es arts africains ont actuellement tout pour plaire. Les plasticiens originaires du continent, certes moins connus que leurs confrères occidentaux, sont aussi plus abordables. L’Afrique intrigue, et pas moins de 15 000 visiteurs se sont pressés à la foire Akaa (Also Known As Africa), en novembre. Cette fringale africaine se diffusera dans tout le pays courant 2017. Le festival d’Avignon prévoit en effet un « focus Afrique », tandis que Lille reprendra en partie la manifestation 100 % Afriques, attendue à la Villette.
commissaire d’exposition Simon Njami, cofondateur de Revue noire, qui supervise l’exposition « 100 % Afriques capitales ». Il promet une visite surprenante, avec des œuvres accrochées dans des baraques, un labyrinthe de papier, une maison inversée, un souk façon cabinet de curiosités contemporain… Autre temps fort déjà planifié, un parcours sonore à travers les rues de « Kin la belle » aux côtés de l’ovni électro tchadien Afrotronix, du rappeur américain Young Paris et surtout du groupe hypnotique de la RD Congo Mbongwana Star.
100 % Afriques, à la Villette
Trésors de l’islam en Afrique, à l’Institut du monde arabe
Difficile d’imaginer ce que sera la maniComment évoquer un sujet aussi ambifestation prévue dans le plus grand parc tieux que les échanges culturels entre urbain de Paris du 23 mars au 21 mai, l’Afrique subsaharienne, le Maghreb et car le programme définitif n’est pas le Moyen-Orient sur treize siècles ? En encore arrêté. Ce qui y mettant les (très) est sûr, c’est qu’il va grands moyens. Pour retourner la Villette. son exposition du La Grande Halle, le 13 avril au 30 juillet, parc de 55 ha et les l’Institut du monde nombreux bâtiments arabe a prévu de réuFestival qui s’y trouvent seront nir plus de 300 œuvres tous investis pour sur quelque 1 100 m². Le parcours fera l’occasion par une d’abord découvrir soixantaine d’artistes, les trois espaces toutes disciplines artistiques qui se confondues : arts dessinent grâce aux plastiques, musique, danse, architecture, réseaux de négoce : la Corne de l’Afrique et cinéma, mode et Exposition « Afriques Capitales » la vallée du Nil, l’aire même création culiDanse • Théâtre • Musique Performances • Lifestyle • Food… swahilie et l’Afrique naire ! L’un des chefs 23.03 21.05.2017 d’orchestre de la de l’Ouest. Deuxième 01 40 03 75 75 - lavillette.com - #100pourcent temps fort, les visimanifestation n’est teurs seront plongés autre que l’écrivain et
Afriques
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Burkina Salif Diallo, de l’ombre à la lumière
Hebdomadaire international indépendant • 56e année • n° 2870 • du 10 au 16 janvier 2016
jeuneafrique.com
Maroc Qu’est-ce qui fait courir Ilyas El Omari ? Algérie Aït Ahmed, l’homme qui ne voulait pas être président Sunnites/chiites Pourquoi l’Arabie saoudite a perdu la tête
Tunisie
5 ans après tout reste à faire Spécial 10 pages
édition internationale et maghreb & moyen-orient France 3,80 € • Algérie 220 DA • Allemagne 4,80 € • Autriche 4,80 € • Belgique 3,80 € • Canada 6,50 $ CAN • Espagne 4,30 € • Éthiopie 67 birrs • Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € • Guyane 5,80 € • Italie 4,30 € • Maroc 25 DH • Martinique 4,60 € • Mauritanie 1200 MRO • Mayotte 4,30 € • Norvège 48 NK • Pays-Bas 4,80 € Portugal cont. 4,30 € • Réunion4,60 €• RDCongo 6,10 $US• Royaume-Uni 3,60£ •Suisse 6,50 FS • Tunisie3,50 DT• USA 6,90$ US• ZoneCFA 1900 FCFA • ISSN 1950-1285
Visuel © Véronique @ photo by Hassan Hajjaj • Créa Victoroff+Lavoie/EPPGHV • Impression Le Réveil de la Marne • EPPGHV 211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris • RCS Paris B 391 406 956 • Licences n°1-1087013 - 2-1087011 – 3-1087009 • EPPGHV/2017.01.05
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au cœur de la foi musulmane au travers de vidéos : cérémonies soufies, architecture religieuse, pratiques cultuelles, rites magiques… L’exposition s’attardera enfin sur l’art et l’artisanat issus de la culture arabo-musulmane et diffusés sur tout le continent : boubous brodés, bijoux en argent, amulettes et cuirs touaregs. Des œuvres d’art récentes, signées Hassan Musa, Abdoulaye Konaté, Youssef Limoud et Aïda Muluneh, seront exposées près de leurs lointaines aînées pour faire contrepoint.
Art Paris Art Fair, au Grand Palais
Après l’Asie, l’Afrique ! Prévue du 30 mars au 2 avril sous la majestueuse coupole du Grand Palais, la foire d’art contemporain Art Paris Art Fair s’intéresse depuis sa création en 2012 aux scènes étrangères. Cette fois, sous le commissariat de Marie-Ann Yemsi, née de parents allemands et camerounais, elle s’attachera à « promouvoir la richesse et la diversité de la création contemporaine d’une Afrique plurielle et ouverte au monde ». Un symposium, un programme vidéo et des « projets spéciaux » sont annoncés pour venir « offrir d’autres perspectives sur l’énergie et la fertilité créative de ce continent ». Art Paris Art Fair, qui accueille 143 exposants venus d’une vingtaine de pays, s’attend à recevoir près de 60 000 visiteurs. Les œuvres s’y négocient en général entre 5 000 et 20 000 euros, et certaines galeries y réalisent jusqu’à un tiers de leur chiffre d’affaires annuel. L’événement est donc incontournable, pour les participants comme pour les LÉO PAJON amateurs d’art.
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