Ibrahim Boubacar Keïta « Je suis Mali ! » Une interview exclusive du chef de l’État jeuneafrique.com
Le pLus
Hebdomadaire international indépendant • 56e année • n° 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
Spécial
Tendances 12 pages
RD Congo Monsengwo : Dieu, Kabila et lui
Côte d’Ivoire Soro face aux affaires
de Jeune Afrique
MAroc-chine
une nouvelle histoire Spécial
12
pages
ALGÉRIE
Sur le fil
du rasoir
Difficultés économiques, tensions sociales, gouvernance opaque, remue-ménage dans l’armée… Le pays d’Abdelaziz Bouteflika suscite plus que jamais l’inquiétude.
édition INTERNATIONALE Et MAGHREB & MOYEN-ORIENT
France 3,80 € • Algérie 220 DA • Allemagne 4,80 € • Autriche 4,80 € • Belgique 3,80 € • Canada 6,50 $ CAN • Espagne 4,30 € • Éthiopie 67 birrs • Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € • Guyane 5,80 € • Italie 4,30 € • Maroc 25 DH • Martinique 4,60 € • Mauritanie 1200 MRO • Mayotte 4,30 € • Norvège 48 NK • Pays-Bas 4,80 € Portugal cont. 4,30 € • Réunion 4,60 € • RD Congo 6,10 $ US • Royaume-Uni 3,60 £ • Suisse 6,50 FS • Tunisie 3,50 DT • USA 6,90 $ US • Zone CFA 1900 F CFA • ISSN 1950-1285
21-22 mars 2016, Abidjan
4E éDition
Le pLus grand rendez-vous internationaL des décideurs et financiers du secteur privé africain Dès sa création en 2012, le AFRICA CEO FORUM s’est imposé comme l‘événement international de référence du secteur privé africain.
En participant au AFRICA CEO FORUM 2016, saisissez une occasion exceptionnelle de prendre part à la dynamique de croissance de l’Afrique et de promouvoir la compétitivité de votre entreprise.
CO-HOST
DIAMOND
PLATINUM
GOLD
GALA DINNer
une plateforme exceptionnelle de rencontres entre dirigeants de grandes entreprises africaines
nouEz
Près de 800 participants, dont 500 PDG venus de l’ensemble du continent, banquiers et financiers, ainsi que des décideurs publics de premier plan sont attendus au AFRICA CEO FORUM 2016.
theafricaceoforum.com Twitter: @africaceoforum - #ACF2016
REjoiGnEz
des relations privilégiées avec les 150 principaux financiers et investisseurs du continent
AccéDEz à des informations stratégiques et mutualisez vos expériences
KNOWLeDGe PArTNerS
PArTNerS OffICIAL CArrIer
MeDIA PArTNerS
Le pLus
de Jeune Afrique
PANORAMA Le pays peut-il séduire les investisseurs chinois?
63
SECTEURS De deal en deal (services, automobile, mines, BTP…) INTERVIEW Xu Xujing, directeur général de Huawei Maroc ENTREPRISES Ces groupes qui tâtent le terrain
MAroc-chine
une nouvelle histoire
© Tanger med
Depuis bientôt deux ans, Rabat multiplie les initiatives pour doper ses relations d’affaires avec Pékin. Ses arguments ont-ils fait mouche ? Ils semblent en tout cas avoir éveillé l’intérêt des investisseurs chinois.
p Le port de Tanger Med. jeune afrique
n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
Le Plus de Jeune Afrique
65
Le pLus
de Jeune Afrique
Prélude
MAroc-chine
une nouvelle histoire
Fouad Laroui
Les gants de Mme Shi
c
ommençons par un lieu com- commençait mal. Je descendis à 39 dollars mun : la Chine a changé. Celle et demi. Liu murmura quelque chose, de 2015 n’a rien à voir avec celle Mme Shi secoua la tête. 38 dollars ? La de 1980. Mais justement, c’est en harpie pointa l’index sur moi et poussa une sorte de cri. Allons, répliquai-je, essayant de se souvenir de ce qu’elle fut qu’on appréhendera vraiment la nature nous pourrions nous contenter de 37… du changement. Pour moi, la Chine d’il y a trente ans, ses mystères, ses rapports Le soir, à l’unique restaurant mandavec le Maroc, tout cela se réduisait aux chou de la ville (on n’y servait pas de visites que j’y faisais au nom de l’Office porc), je dis à Liu Tong Bo, assis à côté de chérifien des phosphates, pour fixer moi, que cette Mme Shi était une négoles prix de l’acide phosphorique et des ciatrice hors pair. Sa façon de secouer la tête, de repousser fermement mes engrais que l’Office y vendait. L’acide et les engrais avaient (et ont propositions… Liu se mit à rire. Il me toujours) une importance cruciale pour révéla que Mme Shi n’était pas en train l’empire du Milieu : sans eux, il serait de négocier avec moi : elle discutait avec impossible de nourrir le milliard (et plus) la commission à propos de… mes gants ! d’êtres humains qui y vivent. L’empire Je les avais achetés à Paris en prévision chérifien produit les engrais en abon- du froid pékinois. Elle les trouvait trop dance. Pékin avait donc plus besoin de Rabat que Aujourd’hui à Pékin, on s’intéresse l’inverse. Heureux temps…
davantage aux cash-flows qu’aux cache-cols. Tant mieux !
C’estainsiquejeprenais régulièrement le vol RAM Casa-Paris, puis le vol Air France ParisPékin. À l’aéroport, une voiture m’attendait pour me mener à l’hôtel. Je ne sais pas à quoi ressemble Pékin aujourd’hui mais la ville était, à l’époque, grise, maussade et polluée. De rares voitures glissaient dans les grandes avenuesenvahies par les vélos. L’habitant ne semblait s’intéresser à rien, tout juste pressé d’aller d’un endroit à un autre. D’ailleurs, excepté la Cité interdite et le Kentucky Fried Chicken en face, il n’y avait rien à voir dans la capitale des Hans. Et puis, il y avait les négociations. Dans une grande pièce lugubre, où l’on crevait de froid, s’installait une commission d’achats gérée directement par le Parti communiste. En face, sur une sorte de sellette, ma petite personne. Je me souviens du jour où une certaine Mme Shi présidait la commission. Je proposai un prix, disons 40 dollars la tonne. Mme Shi se tourna vers son voisin, Liu Tong Bo, qui allait devenir mon ami, et fit de violents signes de dénégation de la tête. Diantre, ça jeune afrique
fins, trop délicats; tout le débat de la commission tournait autour de cette grave question : était-ce des gants d’homme ou de femme ? Pourquoi ce négociateur marocain porte-t-il des gants de femme ? Et pendant ce temps, moi, je baissais les prix… De retour à Casablanca, je fis un rapide calcul : mes gants avaient coûté 1 million de dollars à l’OCP, donc au Maroc. La honte… Ce n’est pas Jackie Onassis ni une Rothschild qui a porté les gants les plus coûteux de l’Histoire, c’est votre serviteur. Qui ne s’en vante pas. Aujourd’hui, Mme Shi a pris sa retraite et on ne négocie plus avec des commissions du Parti. Les hommes d’affaires marocains ont en face d’eux des Chinois sortis de Harvard ou de Princeton et qui s’intéressent plus aux cash-flows qu’aux cache-cols. Tant mieux ! Les salles de réunion doivent être chauffées et c’est le climat des affaires qui compte, pas le climat tout court. ● n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
panorama Le pays peut-il séduire les investisseurs chinois ? p. 66 IntervIew moulay Hafid elalamy, ministre marocain de l’Industrie p. 70 SecteurS De deal en deal (services, automobile, mines, BTP…)
p. 72
confIDenceS De Xu Xujing, directeur général de Huawei Maroc p. 76
entreprISeS ces groupes qui tâtent le terrain p. 78
66
Le Plus de Jeune afrique
PanoraMa
Le Maroc, un pont
67
d’or pour la Chine?
Jusqu’à présent, la deuxième puissance économique mondiale se montrait timide vis-à-vis du royaume chérifien. Pour inverser la tendance, rabat mise sur sa stratégie industrielle et sur sa position de partenaire privilégié de l’Afrique et de l’Europe. FréDéric maury
et
naDia rabbaa,
envoyés spéciaux à Marrakech
D
«
epuis un an, le Maroc a mis en place une véritable stratégie à destination de la Chine. Nous misons sur un partenariat main dans la main, avec la volonté d’établir des rapports permettant la création de davantage de valeur ajoutée. » C’est en ces termes que Moulay Hafid Elalamy s’est exprimé à la tribune du premier Sommet sino-africain des entrepreneurs (SAES), organisé les 26 et 27 novembre à Marrakech. Le ministre marocain de l’Industrie (lire p. 70) ne cache pas les nouvelles ambitions du pays, qui a en effet ardemment milité auprès des organisateurs du forum pour que ce dernier se déroule au Maroc. Si les échanges entre les deux pays ont fortement progressé ces dernièresannées(voirp.68),ilsrestentquasimenttroisfoisinférieurs à ceux entre Alger et Pékin. Par ailleurs, la balance commerciale est largement déficitaire pour le royaume (de 27,2 milliards de dirhams en 2014, soit 2,47 milliards d’euros), la hausse des échanges résultant principalement de l’augmentation des importations vers le Maroc, passées de 7,9 à 29,5 milliards de DH entre 2004 et 2014. Côté investissements, le constat est pire. Selon des données du ministère chinois du Commerce, entre 1998 et 2012, le Maroc n’a jamais fait partie des 20 destinations africaines préférées des entreprises chinoises. Le China-Africa Development Fund, qui a accompagné plus de 80 projets d’entreprises chinoises sur le continent, n’a pour l’instant mené aucune opération dans le royaume. Et entre 2009 et 2013, les investissements directs chinois dans le pays n’ont représenté que 63,6 millions de DH, soit 12,7 millions par an (quand ceux de la France en ont atteint 30,1 milliards pour la seule année 2013). Un chiffre facilement explicable: le royaume est dépourvu d’or noir et bien moins doté que nombre de pays du continent en ressources minières, dont Pékin raffole.
p Le pont à haubans sur le Bouregreg, à Rabat, construit par le groupement chinois Covec-Mbec.
CitysCapes.ma
rapprochement. Pourtant Rabat estime que le moment est
propice à un rapprochement avec le géant asiatique. « Les investissements directs étrangers [IDE] chinois dans le monde ont doublé depuis 2004, explique Sun Shuzhong, ambassadeur de Chine au Maroc.Et,surtout,legouvernementencouragedésormaisclairement les entreprises à sortir du pays. » Raison de cette nouvelle politique: la mutation économique de la Chine, contrainte de passer d’un modèle « usine du monde » à celui d’une économie produisant davantage de valeur ajoutée et tournée vers son marché intérieur, à cause notamment de l’explosion des salaires chinois et, donc, n o 2866 • du 13 au 19 déCembre 2015
68
Lire aussi : « La Chinafrique fait sa révolution », avec une carte des nouvelles routes de la soie
le plus de J.a. maroc-Chine Échanges en hausse… (en milliards de dirhams)
Importations depuis la Chine vers le Maroc Exportations du Maroc vers la Chine 25 15,1 11,1
9,4 source : office des changes marocain
23,3
20,6
18,5
29,5
26,5
25,6
2005
2006
1,25
0,93
0,95
0,67
2007
2008
1,21 2009
2,06 2010
1,59 2011
2,41 2012
2,87 2013
2,27 2014
… et les investissements aussi (IDE chinois au Maroc, en millions de dirhams)
202,6 14,5 2004
1,1
2005
nc
2006
2,4
2007
26,4 2008
2,3
2009
3,2
2010
des coûts de production. Les délocalisations qui devraient se produire et porter sur quelque 85 millions d’emplois profiteront sans doute d’abord aux régions de la Chine intérieure, où les coûts salariaux restent encore inférieurs à ce qu’ils sont dans le reste du monde. Beaucoup de pays émergents, Maroc compris, comptent cependant sur la relocalisation de centaines d’usines sur leur sol et, donc, sur la création de nombreux emplois locaux. Sur le papier, le royaume n’est pourtant pas le mieux placé pour bénéficier de ce basculement. Le pays est en effet très éloigné de la « nouvelle route de la soie ». Ce projet officiellement baptisé One Belt, One Road, d’un budget de 890 milliards de dollars (environ 820 milliards d’euros), vise à établir de nouveaux axes économiques partant de Chine. La voie maritime dessert notamment l’Afrique de l’Est, puis la Méditerranée, mais pas dans sa partie la plus occidentale. Le marché intérieur du royaume reste de surcroît trop étroit pour passer le cap des échanges commerciaux et débloquer des investissements sur place. « Pour que les entreprises chinoises passent à une production locale, il faut un marché d’au moins 100 millions de personnes », souligne Jean-Christophe Iseux von Pfetten, professeur d’économie politique à l’Université du peuple (école d’élite de l’État chinois) et réputé proche du pouvoir chinois. plateforme. Malgré ce constat, le Maroc, qui
cherche à diversifier ses partenaires économiques, entend bien jouer la carte de sa situation géographique stratégique, aux portes de l’Europe et de l’Afrique subsaharienne francophone, mais aussi d’autres grandes zones économiques. « En produisant du textile au Maroc, vous pouvez exporter sans taxe vers les États-Unis », a ainsi plaidé Mamoune n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
1,9
2011
3,5
2012
52,7 2013
2014
soit
0,56 %
des IDE entrant dans le pays
Bouhdoud, ministre délégué auprès du ministre de l’Industrie, devant la centaine d’investisseurs chinois présents au SAES. Petit marché à l’échelle mondiale, le Maroc est parvenu à se positionner comme un interlocuteur et un partenaire économique privilégié de pays européens comme la France ou l’Espagne, mais aussi de la plupart des pays francophones subsahariens. D’où l’idée, évoquée à Marrakech, de développer une plateforme sino-maroco-africaine. À plus court terme, Rabat pourrait en tout cas convaincre des groupes chinois sous-traitants de l’aéronautique et de l’automobile de rejoindre les nombreux acteurs étrangers déjà présents dans le nord du pays. « Le royaume doit tabler sur des activités plus sophistiquées que celles qui se sont développées au Vietnam ou au Cambodge, pays avec lesquels il n’est pas compétitif en matière de coûts. Il faudrait également trouver des niches bien spécifiques qui le différencieraient de certains pays de la région comme la Tunisie, la Jordanie ou la Turquie », commente Uri Dadush, chercheur associé à l’OCP Policy Center de Rabat. Il y a quelques semaines, Moulay Hafid Elalamy accueillait ainsi une délégation d’une cinquantaine d’opérateurs chinois du secteur automobile. « Plus de 90 % d’entre nous venaient au Maroc pour la première fois », raconte Michel Li Guisheng, président du groupe ISI-GF (lire p. 80), qui participait à cette mission et qui fournit des machines de soudage à l’usine de Renault à Tanger. surprise. De leur côté, les autorités et les socié-
Le commerce bilatéral s’est élevé à
31,77
milliards de DH en 2014, soit 2,9 milliards d’euros
tés chinoises lorgnent les possibilités qu’offrirait l’énorme chantier d’un tunnel sous la Méditerranée, un vieux projet extrêmement coûteux pour lequel la recette pékinoise de « construction-financement » pourrait s’appliquer. Mais la surprise pourrait venir du secteur des services, bien plus développé au Maroc que celui de l’industrie. Alors que les grandes banques du royaume (lire pp. 74-75) dominent désormais la scène bancaire en zone francophone, l’investissement d’une grande banque chinoise dans l’une de ses homologues marocaines (sur le modèle de l’investissement d’ICBC dans Standard Bank en 2007, pour 5,6 milliards de dollars) reste une piste de rapprochement plausible. Par ailleurs, la stratégie économique chinoise en Afrique restant largement conçue pour servir des intérêts géopolitiques, Jean-Christophe Iseux von Pfetten avance un autre point fort du royaume. « Les Chinois ont énormément de difficultés pour entrer au Moyen-Orient, explique-t-il. Le roi du Maroc ayant d’excellentes relations avec les pays du Golfe, Rabat pourrait être vu par la Chine comme un bon moyen de se développer dans le monde arabo-musulman. » Un point important pour la nouvelle stratégie chinoise du Maroc, même si, à ce jour, les ambitions sont encore bien au-delà de la réalité. ● jeune afrique
Le Plus de j.A. Maroc-Chine
© Bruno Levy THe AFrICA Ceo ForuM/J.A.
70
IntervIew
Moulay Hafid elalamy « nous sommes en pole position pour accueillir des délocalisations » Pour le ministre de l’industrie, le pays dispose de tous les atouts pour attirer les investissements industriels chinois. Qui pourraient générer quelque 850 000 emplois.
P
remier sommet Business to Business (B2B) entre le continent et la Chine, le Sino-African Entrepreneurs Summit, organisé les 26 et 27 novembre à Marrakech, a été l’occasion de présenter le Maroc aux entreprises chinoises, et vice versa. Une rencontre qui a donné lieu à « plus d’une trentaine d’investissements lourds dans différents secteurs », selon Moulay Hafid Elalamy, le ministre marocain de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique. jeune Afrique : quel objectif s’est fixé le Maroc en matière d’investissements chinois ? MOuLAY HAfiD eLALAMY : Des chan-
gements structurels s’opèrent actuellement en Chine. Il y a un recentrage stratégique sur la consommation domestique, à l’origine d’une hausse continue des salaires depuis 2010. Une partie de la production industrielle chinoise sera relocalisée à l’intérieur même du pays et, forcément, chez ses voisins, mais aussi dans des pays plus lointains, en particulier en Afrique. À cet égard, le n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
Maroc est en pole position pour accueillir des investissements industriels chinois. Nous avons conduit une démarche qui a permis d’identifier précisément quels pouvaient être les secteurs les plus propices à l’accueil d’IDE [investissements directs étrangers] émanant de la Chine, et il existe un fort potentiel de création d’emplois à moyen terme dans ces secteurs. L’objectif aujourd’hui est d’activer
emplois pourraient revenir à l’Afrique. Il me semble donc réaliste de penser que le Maroc peut en capter une part non négligeable. La question qui importe le plus est celle de l’horizon de temps. Ces emplois ne se délocaliseront pas du jour au lendemain et nécessiteront, de la part des États qui souhaitent en bénéficier, la mise en place de mesures adéquates. en s’installant dans le pays, les sociétés chinoises ne risquent-elles pas de mettre en difficulté les entreprises marocaines?
C’est une vision complètement dépassée. Le Maroc a fait le choix d’une économie ouverte et libérale et tous les investisseurs étrangers y sont les bienvenus. Si des entreprises chinoises s’installent au Maroc, elles deviennent de fait des entreprises marocaines qui contribuent à la valeur ajoutée nationale. À mon sens, la concurrence est saine car elle permet aux opérateurs de réviser leur positionnement, d’améliorer leur compétitivité et d’innover. Il ne ressort que du positif de la compétition. Par ailleurs, nous avons très tôt fait le choix de l’ouverture et nos entreprises subissent en l’occurrence une concurrence internationale. Je préfère que les entreprises chinoises s’installent au Maroc plutôt que nous ayons à subir leur concurrence depuis la Chine. qu’apporte le Maroc à la relation ChineAfrique ?
Grâce à l’inclination africaine du Maroc portée par le roi Mohammed VI, le gouvernement et les opérateurs marocains ont développé d’excellentes relations avec de nombreux pays africains. Le royaume connaît et comprend l’Afrique, et les
Dans la relation entre l’europe, la Chine et l’Afrique, le Maroc a un rôle à jouer. tous les leviers identifiés pour capter le plein potentiel d’investissement et maximiser les créations d’emplois. est-il réaliste de dire que les délocalisations chinoises pourraient permettre de créer 850 000 emplois au Maroc ?
Le potentiel d’emplois chinois délocalisables pourrait atteindre 85 millions, selon les estimations de la Banque mondiale, et, d’après son ancien économiste en chef, Justin Lin, près de 10 % de ces
entreprises marocaines sont aujourd’hui « rodées » à leur continent. Or, si la Chine souhaite poursuivre de manière efficace son développement en Afrique, elle devra compter sur des partenaires africains solides. De surcroît, le royaume est une plateforme d’échanges fortement connectée à l’Europe, et il pourrait donc apporter cette ouverture supplémentaire au partenariat sino-africain. Dans cette relation tripartite, le Maroc a un rôle prépondérant à jouer. ● jeune afrique
le Plus de J.a. maroc-Chine SecteurS
De deal en deal Pêche, finance, automobile, télécoms, infrastructures… Les opérateurs des deux pays se rapprochent pour bâtir des projets communs.
© SAES
72
p Le 26 novembre, à Marrakech, lors de l’ouverture du Sommet sino-africain des entrepreneurs (SAES).
T
aoufik Joundy n’a pas attendu que les institutionnels du pays lui pavent le chemin. Le président du conseil d’affaires Maroc-Chine de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) est à la tête de Haifen Fisheries, un groupe de pêche industrielle basé à Agadir, qui est en joint-venture avec China National Fisheries Corporation (CNFC) depuis 1991. Le Maroc est en
effet le principal partenaire de la Chine en Afrique dans le secteur de la pêche. « Au total, nous avons reçu un investissement de 70 millions de dollars [environ 64 millions d’euros], explique Taoufik Joundy. Et nous tablons sur un investissement équivalent dans les années à venir pour le renouvellement de notre outil de production. » Le « Monsieur Chine » du patronat marocain espère voir rapidement se
mettre en place une liaison aérienne directe entre les deux pays afin de faciliter les échanges. La RAM assure que cela devrait se faire au plus tard en 2017. « Jusqu’à présent, le projet faisait l’objet d’études approfondies, mais c’est seulement depuis notre commande de cinq Boeing 787, fin 2014, qu’il devient réalisable. Sans flotte adaptée, il nous était difficile de concrétiser le projet », précise le directeur de la communication du transporteur marocain. Les banques ont été les premières à se rapprocher du géant asiatique (lire pp. 74-75), principalement pour accompagner les exportations du groupe OCP (phosphates) et mieux faire connaître l’économie du royaume. Cependant, les entreprises chinoises sont encore peu nombreuses au Maroc, même si quelques-unes ont sauté le pas et fait fi des barrières douanières, lesquelles, soumises au régime du droit commun (soit un taux de 25 %), ne leur offrent aucun traitement préférentiel. assemblage. Dans le secteur de l’auto-
mobile, Dongfeng, deuxième constructeur chinois, a annoncé son implantation au Maroc dans le cadre d’un partenariat avec le français PSA sur son site de Kenitra (Nord). Et Riad Motors Holding, entreprise marocaine spécialisée dans l’assemblage de camions importés de Chine, travaille déjà pour des marques telles que BAW, Sinotruk et Zhongtong Bus. Dans les télécoms, Huawei, implanté dans le pays depuis 2006 (lire p. 76), a ouvert en juin un deuxième bureau à ● ● ●
74
Le Plus de J.a. maroc-chine Casablanca, où Lenovo a également une représentation régionale. Les Chinois ont par ailleurs réalisé d’importants investissements dans de grands projets d’infrastructures, comme celui de la future centrale à charbon de Jerada (Nord-Est, 300 MW), dont le
●●●
financement de 360 millions de dollars est en partie assuré par China Exim Bank. De son côté, China Overseas Engineering Group (Covec) a construit le pont à haubans sur le Bouregreg, à Rabat, qui permet d’assurer la liaison avec l’autoroute de contournement de la capitale. Covec
Les banques en première ligne ICBC ou China Exim Bank d’un côté, Banque populaire ou Attijariwafa Bank de l’autre… Les établissements multiplient les initiatives pour financer les investissements et accompagner les entreprises.
c
’
est à Rabat, en mai, que China Exim Bank a ouvert son deuxième bureau sur le continent pour servir 26 pays d’Afrique du Nord, d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest et, en particulier, les entreprises chinoises qui y sont présentes. « Le Maroc a depuis toujours été considéré par notre établissement comme l’un des principaux pays d’Afrique en développement, sur lequel nous devions faire porter nos efforts, soulignent les responsables de China Exim Bank. Au cours des dix dernières années, nous n’avons cessé d’apporter notre soutien financier au Maroc dans le cadre de projets de développement économique et pour la construction d’infrastructures. » cimeNteRie. Le 4 décembre, lors du
China-Africa Investment and Financing Forum, qui s’est tenu en marge du Forum on China-Africa Cooperation (Focac) de Johannesburg, en Afrique du Sud,
le groupe Anouar Invest a signé une convention de financement pour un montant de 171 millions de dollars (environ 160 millions d’euros) avec Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), qui détient une importante participation dans la banque sud-africaine Standard Bank. ICBC, qui réalise là sa première opération de financement au Maroc, va ainsi apporter une partie des fonds pour la construction d’une cimenterie dont le coût total est estimé à 3 milliards de dirhams (plus de 270 millions d’euros). Établie dans la province de Settat, l’unité de production, confiée clés en main au groupe Sinoma-CDI par Atlantic Ciment (filiale d’Anouar Invest), aura une capacité de production de 2,2 millions de tonnes par an. Les établissements marocains ne sont pas en reste, chacune des grandes banques ayant des conventions avec l’une de ses homologues chinoises : China
ayant revu ses prix au plus bas pour remporter le marché, le coût de l’ouvrage n’est « que » de 730 millions de dirhams (66 millions d’euros), financé par la Banque européenne d’investissements (BEI) et la société des Autoroutes du Maroc (ADM). ● Nadia RaBBaa
Development Bank Corporation pour BMCE, ICBC pour Banque populaire, et Bank of China, China Development Bank et China Exim Bank pour Attijariwafa Bank. BMCE, qui s’appelle désormais BMCE Bank of Africa (BBOA), a été la première à s’installer en Asie. Elle a inauguré son bureau de Pékin en 2000 et projette d’ouvrir une filiale à Shanghai en 2016, à la fois pour promouvoir les services de la banque en Afrique et faire connaître davantage l’économie marocaine aux investisseurs chinois. BBOA a signé un accord avec China Development Bank Corporation, qui, en plus d’une ligne de financement de près de 1,7 milliard de dirhams pour les PME-PMI marocaines, a débloqué une enveloppe de près de 30 millions de dirhams en 2014. yuaN. Quant au groupe Banque popu-
laire, si l’ouverture d’un bureau en Chine n’est pas à l’ordre du jour, il accompagne Huawei aussi bien au Maroc que sur le continent à travers ses filiales africaines, sous la forme d’une ligne de financement de 200 millions de dollars. Il est également partenaire de Mathé, producteur des thés Sultan, dans ses relations avec
accoRds souteRRaiNs
C’
est principalement ce qui se trouve dans son sol que le Maroc exporte vers la Chine. Plomb, zinc, étain, cuivre et dérivés des phosphates (produits azotés et engrais naturels ou chimiques) ont constitué 71,9 % des exportations marocaines vers la Chine en 2014, soit un montant de 1,636 milliard de dirhams (environ 148 millions d’euros). La Chine et le Maroc (respectivement premier et deuxième producteurs) représentent les n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
deux tiers de la production mondiale de phosphates. « Les premiers accords entre les banques marocaines et leurs partenaires chinoises se sont d’ailleurs mis en place pour accompagner les exportations du groupe OCP en Chine », explique un cadre du ministère de l’Économie et des Finances. Les premiers échanges entre OCP et la société étatique chinoise Sinochem, premier producteur et distributeur d’engrais en Chine, datent en effet de 1958. Ils ont été
renforcés en 2005 par un accord faisant passer la livraison d’engrais marocains phosphatés de 200 000 à 750 000 tonnes par an. Depuis 2005 également, OCP achète à la Chine du soufre et des additifs, en échange d’engrais et d’acide phosphorique. Mais, au-delà des phosphates, Pékin s’intéresse à l’ensemble du sous-sol du royaume. Depuis 2001, la Chine a ainsi régulièrement accordé des dons au ministère de l’Énergie et des Mines pour
la réalisation des cartes géochimiques des régions de Guelmim-Es-Semara, du Souss-Massa-Drâa et de l’Anti-Atlas oriental. Les hydrocarbures ne sont pas en reste : l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym) a signé l’an dernier un accord de recherche pétrolière avec China Nerin Engineering, et China National Offshore Oil Corporation (Cnooc) vient d’obtenir deux permis d’exploration onshore N.R. dans le sud du pays. ● jeune afrique
une nouvelle histoire t En juillet 2014, à Rabat, BMCE Bank et sa filiale BOA organisaient des rencontres B to B entre investisseurs et chefs d’entreprise chinois et africains.
International Group d’Attijariwafa Bank. Au Maroc, le yuan, s’il fait partie des monnaies affichées par Bank Al-Maghrib, n’est pas coté et ne peut donc pas être utilisé en interbancaire.
dr
cautions. Attijariwafa Bank accom-
son fournisseur chinois, Bonna, pour un financement extérieur de 25 millions de dollars. Chez Attijariwafa Bank, on préfère miser sur la promotion du yuan, adoubé cette année par le FMI et devenu il y a peu une monnaie de réserve. « Face à la montée en puissance de la monnaie
chinoise dans les échanges internationaux, nous avons fait le choix de permettre à nos clients de se familiariser avec cette devise, notamment pour gagner des points de négociation avec leurs fournisseurs chinois à qui ils évitent le risque de change », précise Sanaa Drissi Alami, responsable de la division
pagne certaines entreprises chinoises au Maroc, comme Shandong Shangang dans son projet d’aciérie à Tanger, ou encore le joint-venture entre Haifen Fisheries et China National Fisheries Corporation (CNFC). Elle a aussi émis les cautions de marché afin de soutenir Electric Power Construction Corporation (Sepco, filiale de PowerChina) dans le cadre du projet de construction de la centrale thermique de Jerada pour l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). ● n.R.
75
Le Plus de J.A. Maroc-Chine Confidences de
Xu Xujing Directeur général de Huawei Maroc « de 5 employés en 2006, nous sommes passés à 300 aujourd’hui »
S
i les premiers contacts de Huawei avec ses clients marocains datent de 1999, ce n’est qu’en 20 06 que le géant chinois de la téléphonie s’est implanté à Rabat. En juin, il a ouvert un second bureau, cette fois au sein de Casablanca Finance City (CFC), qui représente un investissement initial de 50 0 0 0 0 dollar s (environ 460 000 euros). Objectif du groupe : desservir l’Afrique francophone depuis le royaume.
Pourquoi avoir ouvert un second bureau au sein de CFC ?
© Guillaume mollé pour j.a.
76
JEUNE AFRIQUE : Quels avantages offre le Maroc pour un groupe comme le vôtre ? XU XUJING : En plus d’être un leader
régional dans le secteur des télécoms, le Maroc offre un environnement politique et social stable, une maind’œuvre plus qualifiée que celle des pays voisins et une situation idéale pour desservir l’Afrique francophone. Dans les années 2000, notre groupe a commencé à vouloir se développer à l’international, et nous sommes allés voir du côté de l’Afrique. Nous connaissions mal le Maroc, qui, inversement, connaissait peu notre marque. Mais c’est l’un des premiers pays du continent où nous nous sommes établis. Nous avons commencé par un partenariat avec Maroc Télécom, que nous accompagnons désormais dans toute l’Afrique, puis avec Inwi et Méditel. Notre effectif dans le pays est passé de 5 employés en 2006 à 300 aujourd’hui, dont 65 % sont marocains. Quelles sont vos activités ?
Au Maroc, Huawei n’est pas une entité de production mais un fournisseur d’équipements et de services. Nous y avons trois types d’activités. Depuis 2001, nous sommes fournisseurs d’équipements de télécommunications [antennes relais, stations, etc.] pour les opérateurs marocains n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
et numéro un sur ce segment d’activité au Maroc. Le deuxième domaine de Huawei est la vente de matériel [smartphones, tablettes, etc.], un segment sur lequel nous ne représentons que 1 % du marché marocain, alors qu’en Égypte ou enTunisie, où nous sommes mieux connus, nous avons plus de 25 % des parts de marché. Notre troisième secteur d’activité est de concevoir des solutions pour
Le statut CFC offre de nombreux avantages liés à son statut de zone franche, que ce soit en matière d’imposition, de facilitation des échanges internationaux ou de recrutement d’employés étrangers. De par ses activités tournées vers le continent, il nous permet aussi d’avoir un meilleur accès à l’Afrique de l’Ouest. Le bureau de Huawei à CFC est là pour apporter son support managérial et technique aux activités du groupe dans la région. Par exemple, une partie de nos activités « support », jusqu’à présent gérées par notre bureau régional du Caire, sera transférée à Casablanca d’ici à la fin de l’année. Des ingénieurs de CFC vont ainsi faire des allers-retours entre le Maroc et les autres pays de la région dans le cadre des différents projets de Huawei, comme l’installation de la 4G. Quelle importance revêt l’Afrique pour Huawei ?
C’est un continent très important pour nos activités, et nous sommes présents dans la quasi-totalité de ses pays, y compris ceux où la Chine n’a pas de représentation diplomatique, comme le Burkina Faso.
Huawei a d’abord conclu un partenariat avec Maroc Télécom, puis avec Inwi et Méditel. les entreprises et les institutions : serveurs, switchs [commutateurs réseau], routeurs, etc. Dans ce cadre, nous collaborons avec divers États africains sur de nombreux projets d’e-gouvernement ou de fibre optique. Au Maroc, nous travaillons avec l’ONCF [Office national des chemins de fer] sur un projet de 20 millions de dollars pour la mise en place du GSM-Railway, un nouveau système de signalisation des trains.
L’Afrique et Huawei ont un grand potentiel à développer ensemble. Nous considérons qu’il est de notre devoir d’aider les pays du continent à réduire la fracture numérique pour permettre à tous les Africains d’avoir accès à internet et à la téléphonie. En cela, nous sommes fiers d’accompagner les opérateurs marocains sur le continent. ● Propos recueillis à Marrakech par NAdIA RABBAA jeune afrique
26
.80 E
Préface
Pour des moments festifs et chaleureux, étonnez avec des recettes originales, savoureuses et simples à réaliser.
Guy Savoy
Format : 17,5 x 22,5 cm 184 recettes - 288 pages ISBN : 978-2-86950-449-3
p prix eugénie g brazier z
FIgUES pOêLé pOêLéES
de la francophonie
gourmand a World cookbook aWards
les entrées Il n’est pas vraiment d’usage en Afrique de parler d’entrées. Souvent, tous les mets sont posés sur la table et chacun se sert selon un ordre convenu. Nous vous proposons dans cette rubrique des plats gourmands, à base de légumes, viandes, œufs, poissons et crustacés, les mieux adaptés pour commencer un repas, mais ils peuvent aussi servir de plats principaux.
57 bi bis, rue d’Auteuil d’A t il 75016 Paris , France Tél. +33 (0) 1 44 30 19 70 Fax : +33 (0) 1 44 30 19 79 E-mail : jaguar@jeuneafrique.com
bAStELA
pOULEt AUx bANANES VERtES
SALADE tUNISIENNE Slata tunsiya
LES pOULEtS Et LA FARCE
5.
pRépARAtION DE LA bAStELA
www.laboutiquejeuneafrique.com
spécial fêtes pour nos lecteurs : FrAis de PorT oFFerTs
Je commande LES MERVEILLES DE la cuisine du nord au sud au prix unitaire de 26,80 e
africaine
e
Ci-joint mon règlement par chèque de à l’ordre des édiTioNs du JAguAr. signature :
date :
Nom :
Prénom :
Adresse : Code postal :
Ville :
Pays :
Tél.:
Fax :
Courriel :
Le Plus de J.a. Maroc-Chine EntrEprisEs
Ces groupes qui tâtent le terrain Lors du Sommet sino-africain de Marrakech, fin novembre, bon nombre de patrons chinois sont venus évaluer ce qu’ils gagneraient à s’implanter au Maroc. Jeune Afrique a tendu l’oreille…
Équipes de Hsin Chong sur le chantier de la gare de West Kowloon, à Hong Kong, en 2014.
Hsin Chong BTP, génie civil, promotion immobilière
F
ondé en 1939, Hsin Chong Construction Group est l’un des plus anciens acteurs du BTP, du génie civil et de la promotion immobilière en Asie. Basé depuis sa création à Hong Kong, le groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars en 2014 (environ 1,6 milliard d’euros) et compte plus de 9 000 employés, est présent à Macao (l’autre région administrative spéciale de la République populaire), en Chine continentale et à l’international. Dans le cadre de l’initiative One Belt, One Road, Hsin Chong cherche désormais à développer ses activités dans l’industrie hôtelière en Europe et dans les infrastructures d’accompagnement gériatrique en
Greinworth Traitement de l’eau
S
pécialisé dans la recherche et le développement de technologies de traitement de l’eau ainsi que dans la fabrication, l’installation et la maintenance d’équipementsdetraitementdeseauxusées,Suzhou Greinworth Environmental Protection Technology Co. travaillait jusqu’à présent en Chine, où il a réalisé un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars en 2014 (environ
n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
Asie du Sud-Est et en Australie. « En Afrique, nous sommes dans une phase exploratoire. Nous sommes par exemple en discussion sur des projets au Tchad et en Ouganda, explique Joseph K. H. Choi, le PDG du groupe. C’est la première fois que je viens au Maroc, mais nous aimerions nous y établir. Nous nous intéressons à plusieurs projets à l’étude, notamment celui de tunnel sous la Méditerranée, qui pourrait relier le royaume à l’Espagne. Il s’agirait d’un gigantesque chantier de plusieurs milliards de dollars, qui représenterait une dizaine d’années de travaux et sur lequel nous ne serions pas la seule entreprise chinoise impliquée. » ● Nadia RaBBaa
1,6 milliard d’euros). « Depuis le début de l’année, nous cherchons à nous développer à l’étranger », commente Ryan Chen, directeur général adjoint du groupe, qui souligne que Greinworth vient de s’engager sur des projets au Kenya et en Afrique du Sud. « L’Afrique nous paraît être un marché intéressant puisque la plupart des pays du continent sont soumis à un stress hydrique important, poursuit-il. Nos produits peuvent constituer une partie de la solution. » À la recherche de partenaires
locaux capables de fournir les services autour de l’installation et de la maintenance de ses produits, Greinworth n’est pas venu au Maroc par hasard. « Compte tenu du niveau de développement du royaume, nous pensons que le marché marocain représente un potentiel pour nos systèmes de traitement des eaux, confirme Ryan Chen. Nous sommes donc à la recherche d’une entreprise locale avec laquelle nous pourrions établir un partenariat ou créer une coentreprise. » ● N.R. jeune afrique
Hsin CHong
78
Une nouvelle histoire
A
vec déjà plus de 50 millions de panneaux solaires installés dans plus de 90 pays, un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros), une trentaine de filiales ou bureaux et plus de 30 000 employés à travers le monde, Shenzhen Yingli New Energy Resources, fondé en 1998, fait partie du top 5 mondial des concepteurs et fabricants de panneaux photovoltaïques (commercialisés sous la marque Yingli Solar). Le groupe est déjà présent sur le continent, notamment en Algérie où, fin 2013, le consortium qu’il forme avec ses compatriotes Sinohydro et Hydrochina a décroché un contrat auprès d’une filiale de Sonelgaz pour l’installation de 233 MW de parc solaire (sur un total de 318 MW prévus, sur quatre sites). Yingli Solar espère être associé à un projet du même type dans le royaume. « C’est la deuxième fois que je viens au Maroc. C’est toujours un peu compliqué pour les visas, confie Honglin Hui, directeur général de Yingli Solar. La première fois que je suis venu c’était en 2007, je faisais partie d’une délégation chinoise invitée par le gouvernement marocain. » ● N.R.
q La firme a notamment réalisé la centrale solaire de Poggiorsini, en Italie.
Yingli Solar
Yingli Solar Énergie photovoltaïque
79
Le Plus de J.a. Maroc-Chine
iSi-GF Welding Technology Robots, machines et équipements de soudage industriel
F
ournisseur de Renault en machines de soudage pour l’ensemble du continent, c’est en suivant le constructeur automobile français que le groupe ISI-GF Welding Technology s’est intéressé au Maroc. « Avec d’autres fournisseurs chinois, nous accompagnons également PSA [marques Peugeot et Citroën] pour l’installation de sa future usine à Kenitra », explique Michel Li Guisheng, le président du groupe, dont le siège et la première usine se sont établis en 2007 à Wuhan (dans la province du Hubei, à 1 000 km au sud de Pékin) et
qui a la particularité d’être un partenariat entre International Services Industries of France (ISI, basé à Paris) et GF Welding (basé à Turin, en Italie). Pour répondre à la demande des constructeurs français, qui souhaiteraient que les machines et les équipements de soudage qu’ils utilisent soient fabriqués sur place plutôt que de devoir les y importer, ISI Group envisage de créer une unité de production au Maroc. « Nous ne savons pas encore quel pourra être notre taux d’intégration, il pourra être de 10 % comme de 100 %, tout dépendra
de la demande des constructeurs et également de la qualité de la main-d’œuvre marocaine », explique Li Guisheng. Depuis l’an dernier, ISI-GF travaille avec un partenaire local spécialisé dans les services aux industriels, Groupe TB Maroc (importation et distribution de pièces détachées, service après-vente), avec lequel il entend poursuivre son développement dans le pays, peut-être même en créant une coentreprise. Le groupe espère par ailleurs être appelé à fournir des équipements dans le cadre de la future ligne à grande vitesse Tanger-Kenitra (LGV, censée entrer en service en 2018) et suivre Renault dans ses projets en Iran, qui seront sans doute pilotés depuis le Maroc. ● Nadia rabbaa
Weihua Group Équipements de levage lourd in Yingyi ne semble pas Q mécontent de son séjour
à Marrakech. « C’est la première fois que je viens au Maroc et je dois dire que j’en ai une très bonne impression, que ce soit par sa modernité ou par sa situation entre l’Europe et l’Afrique, si je puis dire », s’enthousiasme le viceprésident de Weihua Group. Spécialisé dans la conception, la construction et la commercialisation de machines de levage lourd (portiques portuaires et ferroviaires, grues, etc.), le numéro deux mondial du secteur compte plus de 6 800 employés et réalise un chiffre d’affaires annuel de 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros). Ses équipements sont déjà commercialisés en Afrique (en particulier en Égypte, en Tanzanie et en Afrique du Sud). Mais jusqu’à présent le groupe passait par des intermédiaires chinois, en Chine, et n’avait donc jamais eu à venir lui-même sur le continent. « Nos produits sont utilisés sur tous les gros sites industriels miniers, portuaires ou hydroélectriques dans 70 % des pays du continent, même si l’Afrique représente à peine 20 % de nos exportations,
n o 2866 • du 13 au 19 décembre 2015
Weihua
80
Assemblage d’un élément de portique dans l’un des immenses ateliers de la compagnie à Xinxiang, à 600 km au sud de Pékin.
explique Qin Yingyi. C’est pourquoi nous envisageons aujourd’hui d’y vendre directement nos machines et nos équipements. C’est l’une des raisons de notre présence au Maroc. Nous cherchons un pays africain qui puisse nous servir de bureau régional.
L’Égypte ne nous semble pas assez ouverte sur l’Afrique, et nous hésitons désormais entre le Maroc et l’Afrique du Sud. » Sans savoir pour le moment où ira son choix, Weihua Group cherche un partenaire qui puisse soit simplement soustraiter la vente de ses produits
au Maroc, soit également cogérer leur stockage et le service après-vente ou, mieux encore, assurer l’assemblage sur place de ses machines et équipements, qui sont très lourds et dontl’acheminement depuis la Chine est complexe et onéreux. ● N.r. jeune afrique