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Ja 2820 du 25 au 31 janvier 2015 dossier mines

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Burkina 100 jours après la révolution

jeuneafrique.com

Hebdomadaire international indépendant • 55e année • No 2820 • du 25 au 31 janvier 2015

dossier Mines Spécial 10 pages

CÔTe d’iVoire « NOUS N’ÉPARGNERONS PERSONNE »

Une interview de Fatou Bensouda, procureur de la CPI

terrorisme

Le Ben Laden

du sahel Pour les militaires français qui le traquent, il est l’homme à abattre. Enquête sur Mokhtar Belmokhtar, le jihadiste algérien devenu parrain du Sahelistan. édition internationale et maghreb & moyen-orient France 3,50 € • Algérie 200 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1 100 MRO • Norvège 45 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 6 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285


Dossier

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analyse

Mines

Marché

L’avenir en demi-teinte des terres rares

C’est le mom

Bien que les cours de nombreux minerais soient en chute libre, les majors continuent d’investir dans des mégaprojets. Et de nouveaux investisseurs, notamment indiens, sont en chasse pour rafler des gisements à bas coût. Panorama d’un paysage minier africain en plein bouleversement, mais pas si mal en point.

Marcelo coelho

Honoré Banda

I

(The Africa Report) et

CHristoPHe le BeC

l faut pardonner aux Cassandre qui pleurent sur le sombre avenir du secteur minier. La conjoncture actuelle leur donne quelques arguments. L’économie mondiale semble patiner, la croissance de la Chine, grande consommatrice de minerais, est moins forte ; l’Europe et le Japon sont en récession; et les États-Unis sont privés des effets stimulants de la planche à billets. L’addition de tous ces éléments ne donne pas le moral, particulièrement sur le continent, où le secteur minier représente près d’un tiers du PIB. Si la demande pour les ressources minières vient à flancher, beaucoup imaginent un impact majeur : baisse des

taxes et des impôts, diminution importante de la dépense publique, pertes d’emplois… mais aussi annulation ou report dans le temps de l’entrée en production des projets. Pourtant, la réalité est bien plus nuancée. Tout d’abord, contrairement au reste des matières premières, certains cours de minerais et de métaux ont progressé ces derniers mois. Alors que le fer perdait plus de 40 % de sa valeur durant l’année 2014, entraînant le gel des projets ouest-africains trop coûteux, les prix de l’aluminium, du zinc, mais aussi du nickel, étaient quasi stables ou en hausse (lire p. 70). Un pays comme le Burundi, dont le sous-sol recèle de belles réserves de ce dernier minerai, a vu croître l’intérêt des investisseurs. La mine de nickel de Musongati est ainsi enfin entrée en exploitation fin 2014… après quarante ans de tergiversations des différents partenaires


négoce

Glencore, la mauvaise réputation

ProsPective

Mada veut sa part du gâteau

énergie

L’Afrique du Sud a foi en son charbon

ent d’acheter! privés du projet. Autre marché qui semble plutôt bien orienté, celui du cuivre. Même si son cours a perdu 14 % de sa valeur sur l’ensemble de l’année 2014, la majorité des analystes prévoient une pénurie du minerai dans les prochains mois. Le 10 décembre 2014, lors de sa journée « investisseurs », Ivan Glasenberg, patron du géant du négoce et des mines Glencore (lire p. 79), qui dispose d’exploitations parmi les plus rentables au monde dans la ceinture de cuivre en Zambie et en RD Congo, allait dans ce sens et affirmait la poursuite de ses investissements dans cette filière. Quant à l’or, son cours progresse depuis novembre dernier, même s’il n’a toujours pas rattrapé son niveau de début 2014. Par ailleurs, la forte baisse des prix du pétrole entraîne mécaniquement une baisse des coûts de transport et d’électricité des mines, ce qui améliore les marges. temporaire. Si l’on creuse un peu plus, d’autres

éléments penchent en faveur d’une analyse moins pessimiste. Les plus importants acteurs du secteur sur le continent – Anglo American, Rio Tinto et Vale – confirment le développement de leurs

grands projets africains. Moins sensibles à la volatilité des prix que les « juniors », car plus solides financièrement, ils sont habitués aux cycles miniers. Ils savent qu’une bonne partie de la baisse provient d’une surcapacité, mais que celle-ci n’est que temporaire, puisque la demande en presque tous les minerais continue de progresser. Ces acteurs affirment même qu’il faut investir maintenant pour être prêts à produire au moment de la remontée des cours. Toutefois, ils ont une approche plus sélective des nouveaux projets, privilégiant les « mégagisements » leur permettant des économies d’échelle et un meilleur étalement des investissements. C’est le cas de Rio Tinto, qui poursuit le développement de la mine de fer du Simandou, en Guinée, mais aussi de Vale, qui a démarré, en mai 2011, son exploitation de charbon de Moatize, au Mozambique (lire p. 74), fonctionnant à pleine cadence depuis 2014 avec la mise en place d’un corridor logistique optimisé. Et ce en dépit de cours du fer et du charbon déprimés. Dans cette conjoncture incertaine pour les miniers, petits ou grands, l’analyse des risques politiques et logistiques est passée au premier l l l

q Le site d’extraction de charbon de Moatize, au Mozambique, géré par le géant brésilien Vale.

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Dossier Mines plan. Du coup, l’attitude des investisseurs varie énormément d’un pays à l’autre. Pour s’en rendre compte, il suffit de noter le contraste entre la Côte d’Ivoire, où le secteur extractif est encore embryonnaire, et l’Afrique du Sud, première puissance minière du continent. Dans la nation Arc-en-Ciel, AngloGold et Anglo American, pourtant nés dans le pays, ont adopté une position extrêmement frileuse du fait de différends sociaux et fiscaux avec les syndicats et le gouvernement, mais aussi de leurs inquiétudes sur leur approvisionnement en électricité. Ils préfèrent lancer de nouveaux projets ailleurs sur le continent et dans d’autres pays émergents, notamment en Amérique latine. A contrario, les investissements à destination de la lagune Ébrié sont, eux, en nette progression. En témoigne l’entrée en production en janvier 2014 de la quatrième mine d’or ivoirienne, à Agbaou,

gérée par le canadien Endeavour Mining, qui produit chaque année 3 tonnes du métal précieux. Le bon état des infrastructures du pays et sa législation ont séduit les dirigeants de groupes miniers, tel Mark Bristow, le patron de Randgold, dont l’entreprise gère la mine de Tongon. « Le gouvernement ivoirien a su écouter les investisseurs en renonçant à mettre en place un système fiscal trop contraignant tant que les projets n’avaient pas démarré. Et aujourd’hui, le pays a l’un des codes miniers les plus attractifs du continent ! » se félicite le Sud-Africain, qui détient également plusieurs licences d’exploration aurifère en Côte d’Ivoire, alors qu’il n’investit plus dans son pays natal. Autre territoire qui séduit: l’Éthiopie, appréciée des juniors minières pour ses réserves de potasse, de platine et d’or… et pour les encouragements fiscaux du gouvernement, qui souhaite tripler les revenus miniers du pays d’ici à 2024 (actuellement de 600 millions de dollars par an, soit 518 millions d’euros). Depuis 1992, Addis-Abeba a accordé pas moins de 209 licences. Il vient d’en révoquer 56 fin 2014, arrivées à échéance, qui seront à nouveau proposées aux investisseurs.

lll

la nouvelle carte de l’attractivité minière au sud du Sahara

climat politique. La RD Congo et la Zambie

Mali Niger

Sénégal

Burkina Faso

Guinée

Côte d’Ivoire Cameroun Gabon Importance du secteur minier dans l’économie Forte

Moyenne

RD Congo

Congo Faible

Attractivité

SourceS : InSee, LeS ÉchoS, BourSorama, Jeune afrIque

En hausse

Zambie Stable

En baisse

tous en baisse ou presque Variation des minerais sur un an (au 16.01.2015) Afrique du Sud

Aluminium 2,50 % Nickel Zinc Platine Or 1,60 % Charbon Cuivre Fer

– 0,30 % – 3,60 % – 11,80 % – 18,50 % – 23,40 % 0

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– 10

– 20

– 30

– 40

sont deux pays où les investisseurs hésitent, là encore principalement pour des raisons politiques et logistiques. Les groupes miniers ne peuvent passer outre les réserves faramineuses de cuivre de la RD Congo – Glencore et Freeport McMoRan y ont dopé leur Éthiopie production en 2014 – malgré sa piètre réputation en matière de gouvernance. Ils s’intéressent aussi aux gisements de coltan (le Kivu en détient 70 % des réserves mondiales) et de cassitérite (dont on tire l’étain), deux filières qui pourraient se développer si elles se structuraient, mais qui ont fait l’objet de trafics par des groupes armés. Le volume des investisseMozambique ments miniers dans le pays dépendra essentiellement du climat politique à l’approche des élections présidentielles de 2016, mais aussi de la disponibilité en électricité, notamment au Katanga, ce qui handicape les industriels qui veulent augmenter leurs cadences. À Lusaka, la mort du président zambien Michael Sata pourrait changer la donne en profondeur pour les groupes miniers. Quand il était au pouvoir, le chef de l’État avait augmenté les royalties, relevé la TVA sur les produits miniers et aboli la plupart des exemptions fiscales exception– 46,30 % nelles. « Au moment du décès du président, en octobre 2014, Glencore et l’indien Vedanta l l l – 50 jeune afrique


Dossier Mines

ISSOUF SANOGO

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étaient vent debout contre ces mesures, menaçant de suspendre leurs investissements dans le pays. Aujourd’hui, ils s’activent en coulisses pour que les candidats en lice reviennent sur ces dispositions », note Marc Guéniat, enquêteur pour l’ONG suisse La Déclaration de Berne, fin connaisseur du pays.

lll

opportunités. Ailleurs sur le continent, des

reventes de projets miniers en difficulté à cause de la baisse des cours pourraient se multiplier, ce qui les relancerait. L’homme d’affaires australoroumain Frank Timis, qui s’est constitué un véritable empire dans le fer en Afrique de l’Ouest, a ainsi racheté la mine sierra-léonaise de Marampa à London Mining, placé en redressement judiciaire. Il devrait l’adosser à son exploitation de Tonkolili, également en Sierra Leone, pour réaliser des économies d’échelle. Randgold, l’un des rares groupes aurifères encore en bonne santé financière, indique aussi être à l’affût d’opportunités,

PUB 1/8 Page

p La mine d’or de Tongon, dans le nord de la Côte d’Ivoire, tenue par le sudafricain Randgold.

attendant que de bons projets soient mis en vente à prix cassés. Et des groupes indiens sont également en quête de gisements africains : Rio Tinto, qui avait acquis à prix d’or – 3,9 milliards de dollars – une participation dans des mines de charbon au Mozambique, non rentable en raison d’une logistique inopérante, a fini par revendre une partie de ces actifs à International Coal Ventures, une société appuyée par New Delhi, pour 50 millions de dollars… « Quand les cours des minerais sont au plus bas, c’est le moment d’acheter ! » rappelle un banquier d’affaires londonien. Selon lui, plusieurs capital-risqueurs, comme Mick Davis, l’ancien directeur général de Xstrata (désormais absorbé par Glencore), appuyés par des compagnies et fonds indiens et japonais étudient attentivement les opportunités africaines. « Mick est en chasse en Afrique, mais il aura des compétiteurs féroces : les Indiens ont des portefeuilles bien garnis », conclut le banquier. l

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Dossier Mines

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stratégie

Opération recentrage pour Vale Affecté par la chute du fer, le groupe brésilien se désengage du continent en se cherchant des partenaires, en revendant ses mines ou en ralentissant le développement de ses projets.

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Pilar olivares/reuters

es temps sont durs pour le géant brésilien Vale, premier producteur mondial de fer. En 2014, son minerai de prédilection (80 % de ses revenus) a perdu 46,3 % de sa valeur. Le groupe, coté à Sao Paulo et à New York, détenu à 15 % par l’État brésilien et des institutions, et dirigé depuis Rio de Janeiro par Murilo Feirrera, hésite à poursuivre le développement de ses projets au Mozambique dans le charbon, en Zambie dans le cuivre, et surtout en Guinée dans le fer, où sa position est très incertaine. À cela s’ajoute la pression exercée par Dilma Rousseff, réélue en octobre, pour que les entreprises nationales se recentrentsurleBrésil.Letempsdes ambitions africaines portées hardiment par Roger Agnelli, l’ex-patron du groupe, proche de l’ancien président Lula, semble révolu. Lors des journées consacrées aux investisseurs à New York et Londres, les 2 et 5 décembre, Murilo Feirreira, arrivé aux manettes en 2011, a exprimé sa volonté de se désengager des métaux de base non ferreux, notamment le nickel,

l’aluminium et le manganèse avec leur regroupement dans une nouvelle société introduite en Bourse indépendamment de Vale. Une opération grâce à laquelle il espère gagner environ 14 milliards de dollars (11,5 milliards d’euros). D’après Ivo Fouto, ex-patron de la filière engrais de Vale, et proche de Roger Agnelli, le groupe prépare également « un retrait du secteur des engrais et même du charbon pour un recentrage encore plus axé sur le fer ». cessions. Selon Roger Downeys,

directeur général de la filière charbon et engrais de Vale, la finalisation des projets africains en cours nécessite 8,4 milliards de dollars. Une somme impossible à mobiliser seul sur les marchés financiers. Du coup, sur le continent, il s’agit pour Vale de se désengager, via des cessions et des partenariats, dans les filières qu’il ne considère plus comme prioritaires, et de faire des économies sur les projets qu’il souhaite conserver en portefeuille. Suivant cette stratégie, le groupe brésilien s’est trouvé un allié de

choix au Mozambique avec le japonais Mitsui & Co, son actionnaire et son partenaire en tant que logisticien et acheteur de minerai sur plusieurs projets au Brésil. Le groupe nippon, déjà actif dans le secteur gazier mozambicain, a accepté de prendre 15 % des parts de la mine de charbon de Moatize, pour 450 millions de dollars, et sur-

Le temps des ambitions africaines portées hardiment par roger Agnelli semble révolu.

 Le siège du groupe à Rio de Janeiro.

tout 313 millions de dollars dans le projet de corridor logistique reliant cette exploitation enclavée jusqu’au port de Nacala. Une infrastructure vitale qui permettra d’accélérer les cadencesdeproductiondecemégagisement de charbon de coke. Dans sa filière prioritaire du fer, en Guinée, le groupe brésilien laisse la situation décanter, alors que ses licences minières du mont Simandou ont été révoquées fin 2013 par Conakry, du fait de son association avec l’israélien Beny Steinmetz Group Ressources (BSGR), soupçonné de corruption. « Le gisement de fer est trop important pour que Vale l’abandonne », estime Rafael Benke, ancien directeur des relations institutionnelles de Vale. Selon lui, la société pourrait attendre que les différentes affaires judiciaires (il y en a cinq) soient résolues,etquelescoursremontent, avant de se manifester à nouveau. Les autorités guinéennes souhaiteraient que le brésilien reprenne le projet, sans BSGR, à la suite d’un nouvel appel d’offres. Pour les questions logistiques, il pourrait se rapprocher de Rio Tinto, détenteur des gisements du nord du massif du Simandou, qui développe un corridor ferroviaire et portuaire. l christophe Le Bec, envoyé spécial à Rio de Janeiro

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dossier Mines Marché

L’avenir en demi-teinte des terres rares Toujours incontournables, ces minerais constituent pourtant un secteur de niche. Mais l’Afrique entre dans l’arène et plusieurs gisements pourraient être exploités dans les prochaines années.

L

es prix des terres rares, qui avaient explosé en 2011 après la limitation des exportations de la Chine, premier producteur et consommateur mondial, sont retombés à leur niveau initial. « Celui de l’europium, l’un des métaux les plus chers, est passé de 4 666 euros le kilo en juillet 2011 à 1000 euros en octobre 2014, alors que celui du cérium,l’undesplusabondantsavec le lanthane [60 % des terres rares à eux deux], est passé de 120 euros le kilo en mai 2011 à 13 euros en avril 2014 », indique Patrice Christmann, directeur adjoint de lastratégieduBureauderecherches géologiques et minières (BRGM). iMprédictible. La demande reste

forte, mais la valeur de ce marché n’est que d’environ 5 milliards de dollars. Il ne peut donc supporter de trop nombreux acteurs. Les investissements pour mettre en production un gisement s’élèvent à plusieurs centaines de millions de dollars sur une dizaine d’années, quidoiventêtresamortismalgrédes coûtsélevésetunmarchéimprédictible. « Cela explique que seuls deux gisements en dehors de la Chine, aux États-Unis et en Australie, sont actuellement en production et que seulement une cinquantaine sont évoqués dans le monde (pour 600 en 2010). Selon moi, deux à quatre nouveaux gisements pourront êtres financés cette décennie », explique Patrice Christmann. De nombreux projets continuent malgré tout d’être à l’étude sur le continent. Les plus prometteurs étant en Afrique du Sud et à Madagascar. l SAïd Aït-HAtrit n o 2820 • du 25 au 31 janvier 2015

pays bientôt en phase de production

Kenya Cortec Kenya Mining, en partenariat avec le canadien Pacific Wildcat Resources (70 % de participation indirecte), a annoncé en 2013 avoir découvert un gisement de terres rares (Mrima Hill) dans la région de Kwale pour une valeur de 62,4 milliards de dollars. Il deviendrait l’un des cinq plus importants au monde. Sa concession (de vingt et un ans) obtenue en mars 2014 a été remise en cause par le gouvernement. Une décision de justice est attendue en mars.

Gabon Le projet minier de Mabounié (à 40 km de Lambaréné) date de 1986. En 2005, l’État a confié un permis de recherche à la Comilog (Compagnie minière de l’Ogooué), société qu’il codétient avec le groupe français Eramet. En 2013, les ressources ont été estimées à au moins deux décennies. Par ailleurs, Eramet Research travaille depuis plus de cinq ans à l’élaboration d’un procédé destiné à séparer les différents minerais du gisement, qui contient également du niobium (sidérurgie, aéronautique) et de l’uranium. Une usine pilote, annoncée à l’origine pour 2014, doit être livrée fin 2016.

Malawi L’australien Globe Metals & Mining explore depuis 2012 le gisement de Machinga dans le sud du Malawi. En 2013, la société a demandé le renouvellement de sa licence et la réduction de la taille de la zone de 55 % (361 km2). Globe Metals dispose également d’un projet dans la région de Salambidwe, où Lynas Corporation (Australie) et Mkango Resources (Canada) sont aussi présents.

Namibie En décembre 2014, le canadien Namibia Rare Earths a renouvelé sa licence de prospection sur le gisement de Lofdal, où des terres rares ont été découvertes en 2010. La dernière étude, rendue publique en octobre, conclut à un potentiel de 1 500 tonnes d’oxydes de terres rares produites par an pour 259 millions de dollars de profit après impôts.

Afrique du Sud Deux mines ont été rouvertes : Zandkopsdrift, dans la province du Cap (opérée par Frontier Rare Earths Limited, coté à Toronto, en partenariat avec Korea Resources Corporation) et Steenkampskraal, à 350 km au nord-ouest de cette même région (opérée par le canadien Great Western Minerals Group). Ce dernier gisement dispose d’une teneur exceptionnelle en terres rares, mais pour un petit tonnage. Great Western a finalisé son étude de faisabilité en mai et annoncé une durée de vie du gisement de treize ans (5 000 tonnes par an) pour des recettes totales de 1,7 milliard de dollars canadiens (1,2 milliard d’euros). jeune afrique


Tanzanie

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Le canadien Montero Mining & Exploration travaille sur le gisement de Wigu Hill, à 200 km au sud de Dar es-Salaam. Plusieurs forages, effectués en 2013, ont permis à la société de revoir à la hausse la teneur en terres rares sur l’une de ses zones d’exploration (Twiga). L’australien Peak Resources poursuit ses analyses sur le gisement de Ngualla, dont il espère faire l’un des sites de production les moins coûteux de la planète. Son étude de préfaisabilité estime les gains moyens possibles à 116 millions de dollars par an, sur cinquante-huit ans, après taxes et redevances.

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Madagascar L’allemand Tantalus Rare Earths AG a identifié un gisement dans la région d’Ampasindava (nord-ouest) recelant 130 millions de tonnes d’argile latéritique contenant une concentration d’oxydes de terres rares. En mai 2012, l’entreprise a accordé au chimiste Rhodia (groupe Solvay, Belgique) un accès prioritaire aux métaux extraits. Selon le groupe, les dernières analyses confirment que « le projet est l’un des plus avancés au monde hors de Chine ». Une usine pilote devrait également être mise sur pied « aussitôt que possible ».

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Dossier Mines de Glencore, mais aussi quelques Français, et en particulier Claude Dauphin et Éric de Turckheim, qui ont par la suite créé Trafigura, un autre grand du négoce. Dans les années 1980, la filiale sud-africaine de Glencore était la plus rentable du groupe, achetant du pétrole pour un montant estimé à 2 milliards de dollars, alors que l’Afrique du Sud était mise au ban de la communauté internationale en raison de l’apartheid. Ailleurs sur le continent, Glencore a été très actif dès ses débuts en RD Congo sous le règne de Mobutu Sese Seko, avec lequel les traders du groupe entretenaient des liens étroits.

Simon DawSon/BloomBerg via getty imageS

76

p Mine de cuivre et de cobalt de Kolwezi, au Katanga (RD Congo). négoce

Glencore, la mauvaise réputation Relations controversées avec les États, accusations d’évasion fiscale, partenaires sulfureux… Le géant suisse n’est pas épargné par les critiques… Rien ne semble pourtant le priver du soutien des marchés.

N

e cherchez pas une quelconque évocation de Marc Rich sur le site internet de Glencore. Les communicants du géant du négoce et des mines, qui a réalisé 239,5 milliards de dollars (174 milliardsd’euros)dechiffred’affairesen 2013, ont pris soin de faire l’impasse sur son fondateur controversé. C’est pourtant cet homme d’affaires qui a créé Glencore en 1974 (alors appelé Marc Rich & Co), marquant toute une génération de traders dans le secteur des matières premières. Décédé en juin 2013, il cumulait les nationalités américaine, espagnole, belge, israélienne et suisse. « Marc Rich est une légende dans le milieu des négociants. Pour beaucoup, il est même le fondateur du marché libre du pétrole, jadis dominé par les “sept sœurs” [les majors pétrolières américaines et européennes]. Par ses opérations, il a cassé leur cartel. Et il en a fait de même pour d’autres marchés de matières premières, dont celui du cuivre. C’est l’inventeur de nouvelles méthodes pour contourner les règles en vigueur sur les marchés, comme les prêts n o 2820 • du 25 au 31 janvier 2015

à des gouvernements gagés sur des ressources pétrolières et minières futures », égrène Marc Guéniat, responsable d’enquête à l’ONG suisse La Déclaration de Berne, qui travaille sur les questions de transparence du secteur du négoce. « Il a étélechampiondelaprisede risque politique, avec des transactions dans des pays en guerre ou sous blocus, générant de gros retours sur investissements », ajoute-t-il. Pour bâtir Glencore, Marc Rich, condamné aux États-Unis pour violation de l’embargo sur le commerce avec l’Iran avant d’être gracié en 2001 par Bill Clinton, s’était installé à Baar dans le discret canton suisse de Zoug, fiscalement très accueillant. De là, il a créé un empire aux ramifications mondiales, empire qui tenait, à la mi-2011, au moment de son entrée en Bourse à Londres, 50 % du marchémondial du cuivre, 38%decelui de l’alumine et 45 % de celui du plomb. Pour en arriver là, Rich avait recruté une série de traders aussi habiles et « risqueurs » que lui, surnommés les Rich Boys. Parmi eux, une poignée de Sud-Africains dont Ivan Glasenberg, l’actuel patron

héritage. Si les dirigeants actuels

deGlencorejettentunvoilepudique sur leur passé, alors qu’ils ont été repérés, adoubés et formés par Marc Rich, c’est qu’aujourd’hui leur réputation est autrement plus importante pour la bonne marche deleursaffaires.CharlesWatenphul, le porte-parole de Glencore, estime que l’héritage de Marc Rich, qui a quitté l’entreprise en 1993, s’est dissous avec l’expansion de la compagnie et sa diversification. Selon lui, parmiles200000salariésdugroupe, il ne reste que quelques cadres de l’époque du fondateur, parmi lesquels Ivan Glasenberg, l’actuel directeur général. L’entreprise est cotéeà Londresdepuis2011… après trente-sept ans d’existence hors de la Bourse. Son absorption fin 2013 du groupe minier suisse Xstrata – pour 46 milliards de dollars –, très présent dans le cuivre et le fer sur le continent africain (en RD Congo et en Mauritanie notamment), l’a fait entrer dans l’indice FTSE des 100 premières valeurs de la Place de Londres et a renforcé son poids sur les marchés… suscitant l’attention des ONG et celle des médias. Suite à cette opération, le groupe dispose d’une capitalisation boursière de 70 milliards de dollars, dont 37 milliards de dollars flottants, le reste étant détenu par ses 480 salariésactionnaires, dont la fidélité est récompensée par une distribution généreuse de dividendes (182 millions de dollars pour le seul Ivan Glasenberg en 2013). jeune afrique


Lire aussi l’interview de Djerassem Le Bemadjiel, ministre tchadien du Pétrole, concernant le prêt accordé par Glencore sur economie.jeuneafrique.com

Le géant, qui avait placé le secret etladiscrétionaucœurdesaculture d’entreprise, est aujourd’hui sous les feux des projecteurs. Au-delà de son histoire – qu’il lui faut pourtant assumer –, Glencore est mis à l’index pour deux dérives majeures qui perdureraient, héritage de la culture d’entreprise laissée par Marc Rich : l’évasion fiscale et les liens d’affaires avec des partenaires controversés. Et c’est sur le continent qu’elles ont été le plus dénoncées. En Zambie, une coalition d’ONG a mis au jour, en 2011, un système de facturation de faux frais – de 361,5 millions de dollars – sur les exploitationsdelaceinturedecuivre de Glencore, permettant de réduire artificiellement les profits et d’éviter de payer des taxes sur les bénéfices. Quelque 150 millions de dollars d’impôts et de taxes auraient ainsi été perdus pour la Zambie, d’après un rapport du cabinet d’audit Grant Thornton, missionné par l’État zambien. Un chiffre contesté par Glencore, qui annonce avoir payé 800 millions de dollars de taxes et de royalties à l’État depuis 2000. Reste que le taux d’imposition fiscale de Glencore à l’échelle mondiale n’est que de 20 %, quand il s’élève à 33 % en moyenne pour les entreprises du secteur extractif. « Dans toutes ses opérations à l’étranger, Glencore a recours à des filiales dans les paradis fiscaux, ce qui lui permet, par un jeu de refacturations entre ses différentes entités, de limiter ses paiements de taxes et de royalties », estime Marc Guéniat, pour qui Glencore n’est certainement pas le seul groupe minier à utiliser ce système, mais, selon lui, « a été pionnier en la matière du temps de Marc Rich. Aujourd’hui, du fait de l’absorption de Xstrata, il est le groupe spécialisé dans les matières premières le plus intégré et celui qui peut pousser ces logiques d’évasion fiscale le plus loin ». Autre interrogation éthique visà-vis de Glencore : sa manière de s’assurer les bonnes grâces des gouvernements et son association avec le sulfureux Dan Gertler en RD Congo. Ce proche décrié du président Joseph Kabila a acquis à des prix dérisoires plusieurs

Entreprises marchés

marc rich Le père fondateur

ivan Glasenberg Le fils spirituel

En créant Marc Rich & Co en 1974, l’homme d’affaires a immédiatement choisi la Suisse pour des raisons fiscales et judiciaires. En 1993, il perd le contrôle de l’entreprise. Le géant change de nom pour devenir Glencore. Devenu l’un des dix fugitifs les plus recherchés par le FBI en raison d’une violation de l’embargo sur l’Iran, il est gracié en 2001. Il décède le 26 juin 2013.

Ce Sud-Africain a grandi à Johannesburg et fait ses études à la prestigieuse université du Witswatersrand. Il a fait partie des Rich Boys repérés par le fondateur de Glencore, où il est entré en 1984. Après l’éviction de Marc Rich, il a pris la tête de l’entreprise en 2002. C’est lui qui a été l’artisan de la fusion avec Xstrata, finalisée en 2013.

concessions minières, avant de les revendre à Glencore et à ENRC (autre société controversée, d’origine kazakhe), empochant au passage une plus-value estimée à 1,3 milliard de dollars par l’ONG Global Witness. Grâce à cet homme d’affaires israélien, le groupe suisse est actionnaire majoritaire et opérateur des gisements de Kamoto, de Kansuki et de Mutanda, dans la ceinture de cuivre congolaise. Pour sa défense, celui-ci affirme avoir été le seul groupe d’envergure prêt à relancer ces exploitations. Mais cette association avec Gertler fait tache. Glencore fournit aussi aux États toutes sortes de services en sus de ses activités traditionnelles. Au Tchad, il est ainsi devenu, en juin 2014, le

Un secteur minier ultraprofitable Chiffre d’affaires Revenus avant intérêts et taxes (en milliards $, 2013)

Matières premières agricoles

banquier de l’État, acceptant de lui prêter 1,3 milliard de dollars pour lui permettre de reprendre les parts de Chevron dans le projet pétrolier de Doba. Cette somme faramineuse sera remboursée à Glencore sur la production pétrolière future du pays. Une manière pour lui de s’assurer le monopole du négoce du pétrole tchadien… et d’être en pole position sur les futures concessions minières. dichotomie. « Du fait de la

cotation, il est possible d’interpeller Glencore dans les assemblées générales sur ces questions éthiques, mais de là à forcer [la firme] à changer de méthodes, il y a un grand pas », estime Marc Guéniat. « Les réglementations européennes et britanniques sont plus centrées sur les industries extractives que sur le négoce, qui reste la principale activité de Glencore, et en Suisse, même si le grand public et les politiques commencent à connaître le nom de cette entreprise, il y a une dichotomie entre les diplomaties économiques et politiques », conclut-il, dénonçant à demi-mot les projets d’exploration pétrolière de la firme lancés au large des côtes du Sahara occidental en 2013 et en 2014 (blocs offshore à Foum Ognit et à Boujdour Shallow), une région que la Suisse ne reconnaît pas comme un territoire marocain. De fait, mauvaise réputation ou pas, elle a conservé le soutien de la City et de ses banquiers, qui approuvent sa fusion avec Xstrata. Début janvier, la plupart des analystes boursiers conseillaient aux investisseurs d’acheter des actions de Glencore, escomptant une augmentation de 30 % de l’action d’ici à avril 2015. l christophe Le Bec

30 0,2 Énergie

142,3

5,7 1,9

Métaux et minerais

67,2

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Dossier Mines

rijaSoLo/riva PreSS

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 Mine de nickel et de cobalt, à Moramanga. prospective

Mada veut sa part du gâteau L’île possède un important potentiel minier encore peu utilisé. Face à l’accélération de l’exploitation sur son sol, l’État tente de mettre en place une réforme pour en tirer davantage de bénéfices.

O

r, rubis, saphir, uranium : Madagascar a tout d’une île aux trésors pour les exploitants miniers. Pourtant, l’an dernier, Rajo Daniella Randriafeno, alors ministre des Mines, confiait à Reuters qu’il s’agissait d’un « secteur malade ». La crise financière de 2008, conjuguée au marasme politique de 2009-2014, a freiné l’exploration du sous-sol et le nombre de permis octroyés s’est effondré. Pendant la crise politique, le gouvernement a suspendu en partie la délivrance de nouveaux permis miniers. Ce sont autant d’investissements potentiels qui ont été repoussés. Entre 2009 et 2012, le nombre de permis est passé de 3 364 à 772. Les grandes compagnies internationales sont cependant toujours présentes, à l’image de l’angloaustralien Rio Tinto, qui extrait de l’ilménite, de l’indien Varun, propriétaire de gisements d’or et de platine, de l’allemand Tantalus, œuvrant dans le domaine des terres rares, ou du chinois Wisco pour l’exploitation du minerai de fer. En 2010, malgré la décision de stopper la délivrance de nouveaux permis, n o 2820 • du 25 au 31 janvier 2015

ce dernier a obtenu une licence pour exploiter une mine de fer, contre 100 millions de dollars (75,5 millions d’euros). « Il y avait des règles strictes et, malgré la crise politique, elles n’ont pas été remises en cause. Cependant, leur mise en application a parfois été défectueuse et certaines compagnies ont pu en profiter », note Rémi Pelon, spécialiste minier pour Madagascar à la Banque mondiale. indispensable. Plusieurs mines

sont déjà en cours d’exploitation. Le site le plus ancien est celui de Fort-Dauphin, où la société QIT Madagascar Minerals (QMM) extrait l’ilménite. QMM est détenue à 80 % par Rio Tinto et à 20 % par l’État malgache. Le projet minier d’Ambatovy SA, une association des canadiens Sherritt et SNCLavalin, du sud-coréen Kores et du japonais Sumitomo, exploite quant à lui le nickel et le cobalt, et son site est en passe de devenir l’une des plus grandes mines de nickel latéritique au monde. Depuis l’an dernier, le gouvernement malgache essaie de reprendre la main sur le secteur

Des permis pour les orpailleurs Face à l’exploitation illégale des gisements aurifères, le gouvernement entend redoubler de vigilance et délivrer de nouveau des permis d’orpaillage. Faute de moyens pendant la transition politique, ces cartes avaient été abandonnées, entraînant la multiplication des explorations illicites.

et de mettre en place une réforme de son code minier. Une mesure « indispensable » pour que l’exploitation minière et pétrolière profite à une majorité de la population, selon le ministre des Ressources, Joël Valérien Lalaharisaina. Concrètement, une société nationale des mines et une société nationale du pétrole devraient être créées dans les deux ou trois prochaines années. « Les bases ont été lancées avec des projets de lois, mais les détails n’ont pas encore été partagés. On reste dans une phase de consultation, bien qu’il semble que le gouvernement ait un calendrier assez serré, explique Rémi Pelon. C’est un jour nouveau pour l’exploitation minière à Madagascar. L’État compte optimiser la contribution des mines au développement du pays. Il lui reste cependant à réviser toutes les lois existantes. » Aujourd’hui, la redevance due par les compagnies à l’État ne dépasse pas 2 %, et l’utilisation de ces fonds reste opaque. Dans l’affaire Wisco de 2010, les autorités n’ont par exemple jamais communiqué sur l’affectation des sommes versées par l’entreprise chinoise. Avec cette réforme, la redevance au bénéfice de l’État pourrait augmenter. « C’est une piste qui pourrait être explorée, mais le gouvernement devra trouver le bon équilibre : parvenir à utiliser les revenus miniers pour le développement de l’île sans pour autant effrayer les investisseurs étrangers », précise Rémi Pelon. L’enjeu est en tout cas énorme, car si certaines mines sont déjà en phase de production, ce n’est cependant pas encore le cas des gisements pétrolifères. Un appel d’offres pour l’exploitation de 225 blocs offshore devrait être prochainement lancé. Pour Madagascar, il est urgent de regagner la confiance des investisseurs étrangers. En 2013, les investissements directs étrangers sont tombés à 455 millions de dollars, contre 1,36 milliard en 2009. l pierre donadieu jeune afrique


Dossier Mines

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énergie

L’Afrique du Sud a foi en son charbon Malgré les effets sur l’environnement, Pretoria continue de privilégier ce combustible pour sa production d’électricité. Un choix qui encourage l’exploitation de nouveaux gisements.

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RichaRd du ToiT/Minden PicTuRes/coRbis

uand Johannesburg s’est retrouvé dans le noir en décembre dernier, beaucoup de Sud-Africains ont craint le retour d’une crise majeure de l’électricité, comme celle qu’ils avaient connue en 2008. Ces dernières semaines, le fournisseur national, Eskom, a multiplié les délestages dans plusieurs grandes villes pour éviter le black-out qui pénaliserait encore un peu plus une économie déjà en berne. Avec moins de 1 % de marge de production, Eskom est plus que jamais sur la brèche et appelle régulièrement à l’aide l’État sudafricain. Ces dernières années, la hausse de la demande en charbon dans certains pays asiatiques a mis en péril l’approvisionnement des centrales électriques du pays. En 2013, malgré la pression des associations écologistes, le gouvernement a estimé que le charbon était une « ressource stratégique ». « Face à la montée de la demande dans les États asiatiques, celui-ci a jugé nécessaire de sécuriser une partie de la production pour Eskom », explique

Ian Cruickshanks, chef économiste à l’Institut des relations interraciales, à Johannesburg. L’objectif étant de limiter les exportations, mais aussi de stabiliser le prix de vente du charbon destiné à la compagnie nationale. En revanche, si certains partis de gauche ont réclamé la nationalisation des mines, l’État a exclu cette possibilité. « Le gouvernement n’en parle pas parce qu’il n’a ni l’argent ni l’expertise pour faire cela », souligne Peter Major, analyste mines dans le groupe Cadiz. client fiable. À l’exception

de BHP Billiton, qui a annoncé vouloir mettre en vente plusieurs mines de charbon en août, ces mesures n’ont pas inquiété les géants miniers (Anglo American, Sasol, Eyesizwe et Kumba). S’il est souvent plus rentable d’exporter le charbon plutôt que de le vendre à Eskom, ce dernier reste un client fiable. « Eskom est un acheteur sur lequel on peut compter : il respecte les prix et s’engage sur de longues durées, quinze ou

vingt ans. Il existe une relation symbiotique entre les grandes compagnies et Eskom, car chacun s’y retrouve », précise Peter Major. « C’est gagnant-gagnant. N’oublions pas que les grosses compag nies comme Anglo American ont d’autres activités minières dans le pays. Elles ont donc tout intérêt à ce que l’approvisionnement en électricité soit le meilleur possible », ajoute Ian Cruickshanks.

la nation arc-en-ciel est le cinquième producteur mondial, avec 255 millions de tonnes par an.

 La mine de Lethabo, dans la province de l’État-Libre.

La priorité donnée au charbon par l’Afrique du Sud, cinquième producteur mondial avec 255 millions de tonnes par an, pourrait même pousser les miniers à exploiter de nouveaux gisements découverts dans la zone du Waterberg. Selon plusieurs géologues, le pays pourrait atteindre son pic de production de charbon en 2020. Son soussol recèle néanmoins 95 % des réserves du continent. « Mais, à court terme, les gisements du Waterberg ne sont pas facilement exploitables pour la production d’électricité, car il n’y a pas les infrastructures. Il faudra soit construire des centrales là-bas, soit mettre en place un chemin de fer qui fonctionne bien pour acheminer le charbon », précise Peter Major. Conscient des limites, notamment environnementales, posées par la production d’électricité à base de charbon, l’Afrique du Sud mise aussi sur le développement de centrales nucléaires. Mais pour l’heure, ce secteur, qui représente encore 1,8 % du PIB du pays et 74000 emplois, demeure vital pour l’économie nationale. l Pierre DonaDieu, à Johannesburg

jeune afrique

n o 2820 • du 25 au 31 janvier 2015


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Ja 2820 du 25 au 31 janvier 2015 dossier mines by Régie Difcom - Issuu