TUNISIE ENNAHDHA À L’ÉPREUVE DU POUVOIR
HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2667 • du 19 au 25 février 2012
LIBYE UN AN APRÈS
DOSSIER EAU
• Les nouveaux maîtres de Tripoli
Spécial 8 pages
• Sur la piste des kaddafistes
jeuneafrique.com
BURKINA LES VÉRITÉS DE DJIBRILL BASSOLÉ
• L’Afrique sans son « Guide »
7 ans de plus ? SÉNÉGAL
Wade et l’opposition, société civile, rôle des confréries, armée, transparence du scrutin, communauté internationale… Tout sur la présidentielle à hauts risques du 26 février
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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com
SAMEDI 18 FÉVRIER
Le grand gagnant
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E PRINTEMPS ARABE . Je rappelle à nouveau qu’il est tout aussi bien africain, puisque les trois pays arabes qui en ont donné le départ – Tunisie, Égypte, Libye – sont également africains. Ils sont les premiers et jusqu’ici (presque) les seuls à avoir « dégagé » leurs dictateurs respectifs. C’est donc bien en Afrique que le « Printemps arabe » a pris son élan. Il n’a d’ailleurs pas encore achevé sa course, loin s’en faut. Les régimes yéménite et syrien ont subi la vague de plein fouet, et les effets indirects du « Printemps arabe » se sont fait sentir ensuite jusqu’à Moscou et Dakar. La liste n’est pas close, car la vague n’a pas encore achevé son tour du monde. ■
Dans les trois pays qui l’ont vu naître, le « Printemps arabe » est entré dans sa deuxième année. Mais, pour l’heure, dans aucun d’entre eux le changement révolutionnaire n’a tenu ses promesses, ni même commencé à les tenir. Il n’y a pas lieu de s’en étonner ni de s’en inquiéter, car, à aucun moment, sur aucun continent, les résultats d’une révolution ne sont aussi rapides qu’on le voudrait : ils n’apparaissent jamais dans les mois ni même les premières années qui suivent « la rupture ». Il faut donc donner du temps à ceux que le changement a installés au pouvoir, être vigilant et les juger sur ce qu’ils auront fait – ou évité – dans l’exercice de ce pouvoir qu’ils ont conquis (ou que d’autres ont conquis pour eux). Pour ma part, je ne les jugerai que lorsqu’ils auront exercé leurs responsabilités pendant une année complète. Mais s’il n’a pas encore tenu ses promesses dans les pays qu’il a débarrassés de la dictature, le « Printemps arabe » a déjà fait émerger un grand gagnant. Et qui est… inattendu. Les changements intervenus depuis un an au sein du monde arabo-musulman et ceux que le « Printemps arabe » va encore provoquer ont, en effet, pour principal bénéficiaire un pays qui n’est pas de la région, JEUNE AFRIQUE
mais qui la domine depuis plus de soixante ans : les États-Unis d’Amérique. Jugez-en. ■
Tout au long des dernières décennies du XXe siècle, les États-Unis avaient soutenu Hosni Moubarak (et, avant lui, Anouar el-Sadate), Zine el-Abidine Ben Ali (et, avant lui, Habib Bourguiba) ; ils ont récupéré Mouammar Kaddafi après l’avoir stigmatisé et ils ont « fait avec » les autres dictateurs arabes, dont, par ailleurs, leur allié israélien s’accommodait fort bien. Mais ils n’avaient avec eux, pendant tout ce temps, ni les peuples arabes ni leurs intellectuels. L’an dernier, grâce à Barack Obama, ils ont eu l’intelligence d’épouser le changement apporté par le « Printemps arabe ». Bien que surpris comme tout le monde, ils l’ont fait assez vite et assez bien : en tout cas plus rapidement et mieux que la France, le Royaume-Uni et le reste de l’Europe. Ayant réussi cette reconversion acrobatique, ils se trouvent être aujourd’hui, sur toute la ligne, les grands gagnants de ce changement. Ils y gagnent autant parce que, à l’opposé des Européens, et en particulier des Français, comme s’en est fait l’écho leur ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, les Américains ne nourrissent aucun préjugé à l’endroit des islamistes, dont l’attitude ne leur inspire aucun réflexe de « vigilance », ni, a fortiori, de sentiment de méfiance. ■
C’est un fait peu connu, mais entre les islamistes arabes et les États-Unis existe une relation très ancienne et fort étroite. Ils se sont fréquentés et appréciés au niveau universitaire comme sur le plan des « services », alors même que les islamistes étaient encore dans l’opposition. C’est que le conservatisme social et le libéralisme économique des Frères musulmans égyptiens et des islamistes maghrébins conviennent parfaitement à l’establishment américain. Ce dernier voit donc d’un très bon œil l’arrivée au pouvoir de ces vieilles connaissances : grâce à elles, les États-Unis n’ont plus comme points d’appui au N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Ce que je crois Moyen-Orient et dans le monde arabe des dictateurs impopulaires et discrédités mais des formations politiques enracinées dans les sociétés de la région et portées au pouvoir par des scrutins pluralistes et transparents. Au début de ce siècle, les États-Unis avaient déjà bien accueilli l’arrivée au pouvoir, par les urnes, de l’AKP turc, issu, lui aussi, de l’islamisme. Ils ont alors, du jour au lendemain, espacé leurs relations amicales avec les partis que l’AKP avait supplantés. Et n’ont par tardé ensuite à prendre leurs distances avec ces généraux turcs dont ils avaient toléré les coups d’État et qui étaient devenus, au fil des années, leurs partenaires privilégiés au sein de l’Otan. ■
Entre les États-Unis et les islamistes arabo-musulmans qui viennent – ou sont sur le point – d’accéder au pouvoir, il y a donc une alliance de fait et une conjonction d’intérêts. Les uns et les autres y trouvent déjà leur compte. Mais l’avantage mutuel est beaucoup plus grand dès que l’on se tourne vers le proche avenir. 1) Grâce aux islamistes égyptiens, qui sont en train de s’installer au pouvoir, les États-Unis vont enfin trouver le moyen de faire évoluer les positions des islamistes du Hamas palestinien (qui contrôle Gaza) dans le sens qu’ils souhaitent : ils l’éloigneront
du régime syrien, du Hezbollah libanais et de la République islamique d’Iran ; ils le rapprocheront du Fatah et en feront, ainsi, à terme, un interlocuteur acceptable par Israël. 2) Les islamistes du Maghreb et du Moyen-Orient – y compris bientôt ceux de Syrie – se trouvent êtres tous sunnites. Grâce à eux et avec eux, les États-Unis parachèveront demain l’isolement de l’Iran chiite et le couperont du Moyen-Orient, Turquie incluse. Ils le feront refluer dans ses frontières en attendant de faire en sorte qu’il change lui aussi de régime… ■
Cette perspective peut paraître, pour le moment, comme de l’histoire-fiction. C’est en réalité un projet politique en bonne et due forme, dont la mise en œuvre a bel et bien commencé. Lorsqu’il se réalisera – et s’il réussit –, le « Printemps arabe », qui avait commencé par être africain, se muera en « Printemps iranien ». Les États-Unis sont donc bien – paradoxalement – les premiers bénéficiaires de la chute de ces dictatures arabes qu’ils ont soutenues à mort pensant qu’elles étaient nécessaires à leur emprise sur la région. Pour passer du bon côté de la barrière, il leur aura suffi, grâce à l’intelligence tactique de leur président, de sauter, au bon moment alors qu’il s’ébranlait, dans le train du « Printemps arabe ». ●
Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ì Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser les hommes. Voltaire Ì La politique n’est pas une science exacte comme se l’imaginent beaucoup de professeurs. Mais un art. Otto von Bismarck Ì Un raciste, quand il commande un Black & White, demande deux verres séparés. Roland Magdane Ì Les esprits sont, en général, moins affamés que les estomacs, et ils supportent beaucoup plus gaillardement la pénurie. André Frossard N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Ì Dans l’amitié comme dans l’amour, on est souvent plus heureux par les choses qu’on ignore que par celles que l’on sait. François de La Rochefoucauld
Ì Tout l’argent qui est jeté par les fenêtres, dommage qu’on le retrouve pas dans la rue. Les Nouvelles Brèves de comptoir
Ì Tu te rends esclave de celui à qui tu dis ton secret. Proverbe espagnol
Ì Le nationalisme est une maladie infantile. C’est la rougeole de l’humanité. Albert Einstein
Ì Ce monde n’a retiré aucun avantage de ma venue ici-bas. Sa gloire et sa dignité n’ont également rien gagné à mon départ. Mes deux oreilles n’ont jamais entendu dire à personne pourquoi l’on m’y a fait venir. Et pourquoi l’on doit m’en faire sortir ! Omar Khayyam
Ì Dans la moitié des couples d’aujourd’hui, c’est l’homme qui s’occupe des enfants et l’autre homme qui va travailler. Jean Yanne Ì Je ne me plains pas de la presse, soit que je me sois habitué, soit que je me sois résigné. François Mitterrand JEUNE AFRIQUE
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Éditorial François Soudan
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Votez Abd al Malik!
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TUNISIE MARZOUKI ÉTONNE ET DÉTONE Reçu chaleureusement au Maroc, en Mauritanie et en Algérie, le président tunisien en a profité pour prôner la consolidation de l’Union du Maghreb arabe. Dans le style qui lui est propre.
ISONSLE TOUT NET : l’Afrique – du nord au sud et spécialement l’Afrique francophone – n’a rien à attendre de l’élection présidentielle française, si ce n’est d’en suivre les péripéties et le dénouement à la manière d’une sitcom. Certes, avec un peu de chance et si le scénario est bon, la série « Ils veulent tous le fauteuil de Sarkozy » sera presque autant commentée que les épisodes de Marimar, Paloma, Egoli, Ma famille ou Ma tnsanich (« Ne m’oublie pas ! »), navet turc pour shampouineuses qui cartonne au Maghreb. Mais, en cinquante ans de pratique, les Africains ont appris que quelle que soit l’identité de celui qui dirige la France, seuls comptent les intérêts de celle-ci et pas les leurs. Après comme avant le 6 mai 2012, les visas seront toujours aussi rares et les consulats toujours aussi revêches, les ambassadeurs auront toujours comme priorité de faire en sorte que les sociétés françaises emportent le maximum de marchés, et les opposants qui rêvent de grand soir – si tant est qu’il en existe encore – auront vite fait de déchanter.
Sur l’Afrique, ni Sarkozy ni Hollande n’ont en réalité de projet audible, tant leurs politiques étrangères se ressemblent. Les contraintes de l’Union européenne et le fardeau de la crise ont eu raison de tout clivage significatif, et ce n’est pas sur ce terrain-là que se joue une élection. En revanche, Africains et Français d’origine africaine suivent avec attention et inquiétude les dérives xénophobes du débat identitaire porté par une partie de la classe politique. Slameur engagé aux racines congolaises mâtinées d’islam soufi, Abd al Malik, dont Le Dernier Français vient de paraître aux éditions du Cherche Midi, a dit à ce sujet ce qu’il fallait dire : « Le nationalisme est une chose mortifère, c’est la peur, le repli, la France blanche et chrétienne, fantasme du passé qui n’existe plus. Le patriotisme, c’est dire que quelque chose dépasse la couleur de peau et la religion. Quelque chose qui ramène vers la vie et parle de la diversité comme richesse. » Cela, aucun candidat n’aura le courage de le proclamer. Votez Abd al Malik ! ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
PHOTOS DE COUVERTURES : AFP PHOTO/GWENN DUBOURTHOUMIEU ; AFP PHOTO/MAMADOU GOMIS ; UHAIB SALEM/REUTERS
Avec Nicolas Sarkozy, il est vrai, la messe est déjà dite. Il y a eu le discours de Cotonou et le bref intermède Jean-Marie Bockel, puis le retour au galop de la realpolitik : fermez le ban, la rupture à la trappe. Avec François Hollande, dira-t-on, un certain espoir est permis, celui d’une relation enfin différente avec le continent. Mais, là encore, le doute est de mise. Souvenezvous de Mitterrand : d’un côté le discours de La Baule, de l’autre Jean-Pierre Cot, lointain prédécesseur de Bockel au ministère de la Coopération, qui, comme lui, eut la naïveté de croire que les promesses engageaient ceux qui les émettaient, avant de connaître le même destin de mouchoir jetable. Lorsque l’on voit Laurent Fabius, donné probable futur ministre des Affaires étrangères socialiste, reçu et ravi de l’être par Ali Bongo Ondimba au moment où le Parti socialiste publie un communiqué sur l’affaire des « biens mal acquis », on reste songeur sur l’amplitude du grand écart qui s’annonce. Pot de terre militant contre pot de fer réaliste : l’issue est connue.
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RD CONGO L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DE KABILA Augustin Katumba Mwanke est mort le 12 février. Un décès qui a de nombreuses conséquences jusqu’au sommet de l’État.
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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel
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L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E
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Tunisie Marzouki étonne et détone Koffi Olomide Le coup de rein de trop ? Rashid Debbouze Si ce n’est lui, c’est donc son frère Mali Pourront-ils voter ? Investissements Geldof, à fond l’Afrique ! RD Congo Timothée au perchoir Cedeao Ouédraogo à la relance Royaume-Uni Djihad à domicile Tour du monde
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G RA N D A N G L E
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Sénégal Le saut dans l’inconnu
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A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E
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RD Congo L’homme qui murmurait à l’oreille de Kabila Tribune Avec les Sud-Africains à sa tête, l’Union africaine sera plus forte
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JEUNE AFRIQUE
Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs
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SÉNÉGAL Le saut dans l’inconnu
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Les Sénégalais doivent se rendre aux urnes, le 26 février. Leur seule certitude, l’extrême tension qui entoure le scrutin. Pour le reste… GRAND ANGLE
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TUNISIE ENNAHDHA, BLOCAGE À TOUS LES ÉTAGES Tout semblait sourire au parti islamiste. Mais depuis son arrivée au pouvoir, il est plongé dans le doute.
LIBYE LE TEMPS DES MILICES La transition politique piétine. Même à Tripoli, le vrai pouvoir demeure aux mains de brigades révolutionnaires concurrentes.
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Burkina Djibrill Bassolé : « Blaise Compaoré est disposé à aider le Mali » Football C’est gagné Cameroun Jamais sans ma fille Angola Un fantôme nommé Savimbi Guinée équatoriale Couac diplomatique
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MAGHREB & M OYE N - O R I E N T
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Libye Le temps des milices Israël-monde arabe La cyberguerre est déclarée Adieu Mohamed Lamari, ancien chef d’état-major de l’armée algérienne Arabie saoudite On ne blogue pas avec le Prophète Tunisie Ennahdha, blocage à tous les étages
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EUROPE, AMÉR I Q U E S, A SIE
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Mexique Dans l’enfer de Narcoland Économie Fabriquer français ? Oui, mais mieux ! Présidentielle française Sarkozy, pourquoi si tard Parcours Baki Youssoufou, anarcho-syndicaliste Chine-Hong Kong Frères ennemis
JEUNE AFRIQUE
HISTOIRE LA FACE NOIRE DE LA GUERRE Grâce à un remarquable travail de recherche, l’historien Julien Fargettas retrace le quotidien des troupes coloniales engagées pendant la Seconde Guerre mondiale.
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MINES L’AFRIQUE VEUT SA PART DU GÂTEAU Les États ont décidé de reprendre la maîtrise de leurs gisements pour en faire profiter les populations.
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ÉC O N O M IE
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Mines L’Afrique veut sa part du gâteau Distribution MIM, de l’ambition en rayon Hydrocarbures C’est reparti pour Eni Interview Tunc Basegmez, directeur de Renault Tanger Sénégal Serigne Barro démystifie le web Maroc Pourquoi BMCE ne convainc pas Baromètre
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D O SSIER EAU
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Distribution Le grand défi
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C U LT U RE & M ÉD IA S
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Histoire La face noire de la guerre Essai Au cœur de l’enfer libyen La semaine culturelle de Jeune Afrique Adieu Whitney Houston Médias Féminins black-blanc-beur
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VOUS & NOUS
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Le courrier des lecteurs Post-scriptum N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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JOSE CENDON/AFP
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L’AMBASSADE DE FRANCE à Kigali.
Rwanda-France Ça coince toujours!
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INFORMATION EST OFF, mais sûre: les autorités rwandaises ont, le 14 février, refusé par note verbale l’agrément demandé par le Quai d’Orsay pour Hélène Le Gal au poste d’ambassadeur de France à Kigali. Actuelle consule générale à Québec, cette dernière était pressentie pour remplacer Laurent Contini, rappelé début novembre 2011, mais toujours en poste faute de successeur. Après s’être fait longtemps prier (notamment par des émissaires français en marge du dernier sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, fin janvier), les Rwandais ont donc fini par réagir négativement. « Nous sommes prêts à examiner toute autre candidature », confie à J.A. une source proche du président Kagamé, qui ajoute qu’une éventuelle « proximité » d’Hélène Le Gal avec Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères – considéré depuis toujours comme inamical par le pouvoir en place à Kigali –, pourrait être le motif sous-jacent de ce refus. « Même si nous considérons que Contini a fait du bon travail, nous n’exigeons pas pour autant son maintien, qui ne nous concerne pas. Nous voulons simplement qu’un autre nom nous soit soumis, c’est une affaire banale », conclut la même source. En attendant, Alain Juppé, qui a « pris acte » de cette décision, a décidé de rappeler Laurent Contini à Paris, « pour consultations ». ● BOURSE ÇA BOUGE À LIBREVILLE
La première introduction d’une société à la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) devrait avoir lieu avant la fin de cette année. Filiale de la Société d’investissement pour l’agriculture tropicale, Siat Gabon
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(47 milliards de F CFA de chiffre d’affaires en 2011, soit 72 millions d’euros) se prépare ainsi à ouvrir une part de son capital aux investisseurs privés. À ce jour, seul le marché des obligations est actif à la BVMAC. Afin de dynamiser la Place, les autorités gabonaises étudientdesmesuresdestinées
à inciter les entreprises locales dont le chiffre d’affaires atteint 5 milliards de F CFA à faire coter sur le marché au moins 5 % de leur capital. AFRIQUE DU NORD LOUVRE HOTELS FAIT LE FORCING
Le groupe français Louvre Hotels, qui compte déjà
dix-sept établissements en Afrique, a conclu un partenariat avec l’entrepreneur Amine Moukarzel en vue de l’ouverture d’un hôtel Golden Tulip en Algérie. Parallèlement, Alain Sebah, son directeur international, souhaite multiplier en Afrique du Nord les hôtels Campanile et Première classe, beaucoup plus économiques. Grâce à un accord avec le fonds marocain H Partners, trois établissements de ce type vont être construits à Casablanca. Au cours des cinq prochaines a n n é e s, q u i n ze au t re s devraient l’être au Maroc et une dizaine en Algérie. LA PRIME QUE PERSONNE N’ATTENDAIT
59000 dollars
C’est la somme que recevra chaque Chipolopolo après la victoire de la sélection zambienne de football en finale de la Coupe d’Afrique des Nations.
ALGÉRIE LA TAXE DE LA DISCORDE
La taxe sur les profits pétroliers exceptionnels à laquelle sont soumis les opérateurs étrangers a rapporté plus de 2,3 milliards de dollars en 2011 à l’Algérie. Problème: le danois Maersk, invoquant la clause de stabilisation signée lors de son arrivée, entend s’y soustraire et a sollicité l’arbitrage du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi). La compagnie nationale Sonatrach se demande si cette initiative ne donnera pas desidéesauxautresopérateurs. GABON BNP PARIBAS NÉGOCIE POUR LA BICIG
Le groupe français BNP Paribas négocie avec les autorités gabonaises une prise de participation majoritaire dans JEUNE AFRIQUE
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Politique, économie, culture & société
France Juppé, de Tunis à Cotonou… LE MINISTRE FRANÇAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES devrait effectuer du 24 au 26 février sa dernière visite en Afrique avant l’élection présidentielle. Il se rendra tout d’abord àTunis pour participer à la première réunion du Groupe des amis du peuple syrien. Puis à Ouagadougou (où il sera reçu par Blaise Compaoré) et à Cotonou pour une rencontre avecThomas BoniYayi, le président en exercice de l’Union africaine. ●
… et de Raincourt dans les deux Soudans HENRI DE RAINCOURT, son collègue de la Coopération, envisage quant à lui de se rendre dans les deux Soudans, début mars. Cette visite, qui fait suite à celle de Juppé en juillet 2011, vise, entre autres, à aider politiquement le nouvel État du Soudan du Sud. Le groupe françaisTotal possède dans ce pays une concession pétrolière de 120000 km² dans la région de Jonglei (bloc B) que les autorités de Juba souhaitent développer après la levée des sanctions internationales. L’objectif est de porter la production nationale de 450000 barils par jour actuellement à 2 millions de b/j en 2015. Pour l’instant, le pétrole est évacué par pipeline jusqu’à Port-Soudan, au nord. « Les deux États sont condamnés à s’entendre », explique le ministre français, qui devrait également se rendre au Soudan. Aucun entretien n’est cependant prévu avec le président Omar el-Béchir, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. ●
MÉDIAS EN CÔTE D’IVOIRE, LE PILLAGE LÉGALISÉ ? Le 23 février, les représentants du Conseil national de la presse (CNP), de l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie (Olped), du Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (Gepci) et d’autres organisations professionnelles devraient adopter un nouveau code de déontologie du journaliste ivoirien – le précédent datait de 1992. J.A. s’est procuré copie de ce projet, qui, dans son article 3, reconnaît aux hommes de médias le droit de republier sans JEUNE AFRIQUE
NUCLÉAIRE CAP AU SUD POUR AREVA
autorisation les articles de leurs confrères en respectant « un délai d’au moins soixante-douze heures ». Ils sont également tenus de mentionner « le titre de la publication, son auteur, la date complète et le numéro d’édition », etc. La pratique actuelle étant d’environ vingt-quatre heures, parfois
moins, les représentants de la profession affirment voir là un progrès. Alors qu’il ne s’agit en réalité que de la légalisation du pillage.
CÔTE D’IVOIRE LA 3G POUR 6 MILLIARDS
Le ministère ivoirien des Télécommunications devrait attribuer les licences 3G (haut
Le groupe nucléaire français Areva est sur le point de signer un contrat de maintenance d’une valeur de 200 millions de dollars avec la compagnie d’électricité sud-africaine Eskom, qui, de son côté, s’apprête à construire quatre centrales nucléaires pour pallier les problèmes énergétiques de la nation Arc-en-Ciel.
BANQUE MONDIALE
Du mouvement en veux-tu en voilà PRÉSIDENT DEPUIS 2006 de la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale chargée de financer le secteur privé, le Suédois Lars Thunell (64 ans) quittera ses fonctions fin juin. L’Ivoirien Thierry Tanoh, son vice-président pour l’Afrique subsaharienne et l’Europe de l’Ouest, larguera lui aussi les amarres le 15 juillet pour prendre la direction générale du groupe panafricain Ecobank. Par qui les deux hommes seront-ils remplacés ? Un cabinet de chasseurs de têtes vient d’être désigné, mais, dans l’immédiat, une solution interne devrait prévaloir. Le mandat de Robert Zoellick à la tête de la Banque mondiale arrive en effet à son terme le 30 juin. Or le choix du patron de la SFI est au nombre de ses prérogatives… La présidence de l’institution échoit par tradition à un Américain. Pour remplacer Zoellick, les noms de Hillary Clinton, qui a démenti, et de Lawrence Summer, le chef économiste de la Maison Blanche, sont le plus souvent avancés. Pas d’incertitude, en revanche, pour la vice-présidence Afrique : le 5 mai, Makhtar Diop, l’ancien ministre des Finances du Sénégal (photo), succédera comme prévu à la Nigériane Obiageli Ezekwesili. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
WORLD BANK
le capital de la Bicig, sa filiale (elle détient actuellement 47 % des parts). Les discussions engagées sont pour l’heure interrompues, mais devraient reprendre après la nomination d’un nouveau gouvernement. Le Gabon ne semble pas disposé à répondre favorablement à la demande du groupe français.
débit mobile) début mars au plus tard. Prix : 6 milliards de F CFA (9,1 millions d’euros). Trois licences sont d’ores et déjà garanties à MTN (Afrique du Sud), Orange (France) et Moov (filiale de l’émirati Etisalat). Le gouvernement élabore par ailleurs un nouveau code des télécoms qui entérinera le principe de la neutralité technologique. En clair : les opérateurs ne seront pas tenus de payer une nouvelle licence quand la 4G (encore plus rapide) entrera en service. En revanche, ils repasseront à la caisse en 2016, lors du renouvellement pour quinze ans de cette licence globale.
La semaine de Jeune Afrique
MAGHREB
Marzouki
Reçu chaleureusement au Maroc, en Mauritanie et en Algérie, le président tunisien en a profité pour prôner la relance de l’Union du Maghreb arabe, la bonne entente entre voisins et les vertus du dialogue. Dans le style qui lui est propre.
M
ission accomplie pour Moncef Marzouki. Lors de sa tournée maghrébine, qui l’aconduitsuccessivementà Rabat, Nouakchott et Alger du 8 au 13 février, le président tunisien a reçu un accueil particulièrement chaleureux, même si, pour le moment, peu de choses ont bougé sur le fond. « L’enthousiasme que nous avons perçu à chacune de nos escales dénote un changement significatif de l’image de la Tunisie dans la région », se réjouit Adnane Mansar, son porte-parole. Arrivé au pouvoir à la suite d’une révolution, Marzouki s’est prudemment abstenu de donner des leçons de démocratie à ses pairs maghrébins. Il s’est en revanche attelé à les convaincre qu’un système politique pluraliste et transparent était « le meilleur raccourci pour édifier l’Union du
« Au Maroc, je suis dans mon pays ! » s’exclame-t-il. Et pour cause : il y a passé sa jeunesse. Maghreb arabe [UMA] sur des bases solides ». Lors des trois étapes de son périple – qui a également inclus une escapade à Marrakech, pour des raisons familiales –, il n’a cessé d’exalter « un Maghreb des libertés ». L’UMA, un « machin » créé en 1989, regroupant cinq pays d’Afrique du Nord (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie), est aujourd’hui en panne, paralysée par les différends de ses États membres. Son dernier sommet remonte à près de dix-huit ans. Il s’était réuni en 1994 à Tunis et, à l’époque, son président en exercice était un certain… Mouammar Kaddafi. C’est dire si l’institution est moribonde. À la tête de l’État tunisien pour une période N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
ISMAIL ZETOUNI/REUTERS
CHERIF OUAZANI
REUTERS/MAGHREB ARABE PRESSE/HANDOUT
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Lors d’un premier voyage à Tripoli, le 2 janvier, MONCEF MARZOUKI avait rencontré Mustapha Abdeljalil (en haut). Le 8 février, il a été reçu à Rabat par MOHAMMED VI et le prince Moulay Rachid.
transitoire, qui, a priori, ne devrait pas excéder douze mois, Moncef Marzouki s’est assigné un grand dessein : réactiver ledit machin. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Le principal obstacle au bon fonctionnement de cet ensemble régional est évidemment lié à l’affaire du Sahara occidental, un territoire dont le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario (soutenus par l’Algérie) se disputent la souveraineté. Un contentieux vieux de plus de trois décennies… JEUNE AFRIQUE
L’événement
étonne et détone
l’opposition et de la société civile), aurait également pu gêner ses hôtes marocains, mauritaniens et algériens. « Rassurez-vous, tempère Adnane Mansar, rien n’a été fait sans l’accord des services du protocole de chacun des pays visités. » Revue des différentes étapes.
REUTERS/RAMZI BOUDINA
WATT ABDEL JELIL/AFP
Maroc
Outre cette difficulté, le président tunisien était parfaitement conscient qu’il se rendait dans des capitales plutôt méfiantes à l’égard des révolutions du Printemps arabe, qu’il incarne en tant qu’opposant historique au régime de Ben Ali. Son style décontracté, tant en matière vestimentaire (avec son refus obstiné de mettre une cravate, qui rappelle l’abacost du Zaïrois Mobutu) qu’en matière de protocole (il a insisté pour rencontrer, à chacune de ses escales, des représentants de JEUNE AFRIQUE
AVEC MOHAMED OULD ABDELAZIZ, à Nouakchott, le 10 février (en haut), et AVEC ABDELAZIZ BOUTEFLIKA, à Alger, le 12.
Accueilli à sa descente d’avion (affrété par Tunisair) par Mohammed VI, par le prince Moulay Rachid, le frère du souverain, et par Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement, Moncef Marzouki a eu droit à tous les égards dus à son rang : déjeuner offert par le roi au Palais des hôtes, à Rabat – réservé à sa délégation –, deux tête-à-tête avec le monarque… Pour sa première visite d’État à l’étranger (son séjour en Libye, en janvier, avait été qualifié de visite de travail), Marzouki a semblé quelque peu tendu. Le sens de l’humour d’Abdelilah Benkirane, assis à sa gauche lors du déjeuner, a réussi à le décrisper. Parmi les convives, Taïeb Fassi Fihri, ancien ministre marocain des Affaires étrangères, aujourd’hui conseiller diplomatique du roi. « Au Maroc, je suis dans mon pays », s’exclame, enthousiaste, le président tunisien. Il y a en effet passé sa jeunesse. Son père, Mohamed Bedoui Marzouki, proche de l’ancien opposant tunisien Salah Ben Youssef, avait choisi le royaume chérifien pour asile lorsqu’il avait été contraint à l’exil par Habib Bourguiba en 1956. Et Moncef Marzouki de rappeler à ses hôtes qu’il a obtenu son baccalauréat au Lycée français de Tanger, que sa sœur est l’épouse du Caïd de Marrakech, qu’il a trois demi-frères de nationalité marocaine et que son père était un proche du Palais. « C’est mon pays-bis ! » poursuit-il. Reçu comme un pacha, il se passera toutefois de la résidence du Glaoui lors de son escapade à Marrakech, préférant loger chez sa sœur, dans un quartier populaire de la ville, et allant se recueillir sur la tombe de son père, au cimetière de Bab Doukkala.
Mauritanie
L’accueil de Nouakchott a été tout aussi chaleureux. Moncef Marzouki s’est dit ravi « de partager avec le président Mohamed Ould Abdelaziz cette volonté sincère de construire l’Union maghrébine ». Cette fois, il n’a pas boudé la résidence qui lui avait été réservée : une aile du palais présidentiel. Ce qui lui a valu quelques déboires. Il avait en effet prévu d’y rencontrer ● ● ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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La semaine de J.A. L’événement
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Le style Marzouki
A changé de lunettes. Les anciennes étaient si singulières qu’elles ont même été le symbole de son parti pendant les élections.
Refuse de porter une cravate pour marquer son refus du protocole, au grand dam de ses filles…
les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD). Las! dans un communiqué, les opposants ont décliné l’invitation au motif qu’ils auraient l’impression de se rendre à une réunion « supervisée par le tyran Mohamed Ould Abdelaziz ». Après de nombreuses tractations, la rencontre a pu finalement avoir lieu. Ses interlocuteurs lui reprochant de rendre visite à un « dictateur », Marzouki n’a pas prôné la révolution mais le dialogue « pour éviter une réédition des scénarios libyen, yéménite, égyptien ou syrien ». ●●●
Boude la résidence officielle mise à sa disposition à Marrakech et préfère loger chez sa sœur.
Fredonne l’hymne algérien lors de la cérémonie organisée à son arrivée à Alger.
Arbore un pin’s à l’effigie d’Ahmed Ouerghi, un jeune martyr de la révolution tunisienne.
Demande à rencontrer les leaders de l’opposition au palais présidentiel de Nouakchott.
Algérie
En cinquante ans d’indépendance, les Algériens n’avaient jamais vu ça : un chef d’État étranger en visite officielle fredonnant l’hymne national lors des cérémonies d’usage ! « Nous sommes déterminés à ce que l’Algérie vive. Témoignez ! Témoignez ! Témoignez ! » a chanté Marzouki, emmitouflé dans son burnous, au côté d’Abdelaziz Bouteflika, venu l’accueillir au salon d’honneur de l’aéroport Houari-Boumédiène. Autre singularité : le président tunisien a demandé à se recueillir sur la tombe de l’avocat Youssef Fathallah, militant des droits de l’homme, assassiné par les Groupes islamiques armés (GIA) en 1994. Seule concession accordée au protocole : avant ce détour imprévu, Marzouki a déposé une
« Que l’Algérie vive ! » chante-t-il, emmitouflé dans son burnous, au côté de Bouteflika.
ONS ABID
Se rend sur la tombe de son père, décédé en 1988, au cimetière de Bab Doukkala, à Marrakech.
N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Se recueille, à Alger, sur la tombe de Youssef Fathallah, militant des droits de l’homme assassiné par les Groupes islamiques armés en 1994.
gerbe de fleurs au Sanctuaire du martyr, sur les hauteurs d’Alger, étape incontournable pour tout chef d’État en visite. Au cours de ses deux entretiens en tête à tête avec Abdelaziz Bouteflika, Marzouki a expliqué sa stratégie pour sortir l’UMA de sa léthargie: « Il faut inverser l’optique maghrébine, sortir de l’équation “régler l’affaire du Sahara occidental pour édifier le Maghreb”. C’est l’édification du Maghreb qui permettra, à terme, de régler ce contentieux. » Bouteflika lui a répondu que l’Algérie n’est pas partie prenante de ce dossier, déjà pris en charge par les Nations unies, et qu’elle milite pour que cette question ne prenne pas l’UMA en otage. « C’est ce que nous nous évertuons à expliquer à nos frères marocains », a souligné le président algérien. « L’accueil qu’il a reçu dans les trois pays et le fait que ses interlocuteurs acceptent de participer à un sommet de l’UMA à Tunis dans les prochains mois ont incité Moncef Marzouki à battre le frère [sic] tant qu’il est chaud », confie l’un de ses proches. De fait, à peine rentré à Tunis, Marzouki a renvoyé Adnane Mansar à Rabat pour préparer le futur séjour du souverain marocain en Tunisie. Décidément, l’homme au burnous a de la suite dans les idées. ● JEUNE AFRIQUE
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La semaine de J.A. Les gens
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la rue, danseuses et choristes sont surveillées de près de TROIS DE SES peur qu’elles n’aient ANCIENNES des relations intimes DANSEUSES. avec l’ennemi. Les leaders redoutent d’être « travaillés » par l’adversaire, via les femmes notamment. La troupe est donc quasiment maintenue en isolement pour « préserver » son chef. Faute de contrats en bonne et due forme, tous les membres du groupe sont donc à la merci du « patron », en particulier à l’étranger. Koffi, connu pour être un homme à femmes, ne dérogerait pas à la règle. Très m’as-tu-vu, il aime en outre étaler les signes extérieurs de sa réussite, en particulier ses voitures, dont son Hummer. On lui reproche aussi son arrogance et un manque de générosité. Le « petit » de Papa Wemba n’en reste pas moins une star mondiale capable d’aligner une kyrielle de disques d’or et de distinctions. Il est l’un des rares musiciens de sa génération à avoir fait des études supérieures, à Bordeaux (France) notamment. Au fil des ans, ses fans ont changé. Son style aussi. Ses textes sont de plus en plus osés et ses danseuses de moins en moins vêtues. Au point que des parents éteignent la télévision quand ses clips passent sur le petit écran. D’autres s’offusquent de ses chansons à la gloire du président Joseph Kabila. Mais ses jeunes admirateurs ne s’encombrent guère de ce genre de considérations et rêvent d’être reçus dans la maison du leader de Quartier Latin international, son orchestre, située dans le cossu quartier Mont Fleuri, à Kinshasa. Reste que les déboires judiciaires en série des musiciens congolais ont eu pour conséquence de compliquer leur obtention d’un visa pour se produire en Europe, ce qui conduit parfois à l’annulation pure et simple de concerts, comme ceux de Fally Ipupa et de Férré Gola prévus à Paris au début de l’année. ●
SEYLLOU/AFP
ð Les plaintes ont été déposées par
Koffi Olomide Le coup de rein de trop?
Mise en examen en France pour viol et séquestration, la star congolaise a nié les faits, avant de s’envoler aussitôt pour Kinshasa.
L
es musiciens de la République démocratique du Congo n’en finissent décidément pas de défrayer la chronique judiciaire, le plus souvent pour des affaires de faux documents ou de trafic d’êtres humains. Après Papa Wemba, condamné en 2004 en France, puis récemment en Belgique pour aide au séjour irrégulier de clandestins, Félix Wazekwa, reconnu coupable en 2010 par la justice belge de traite d’êtres humains puis acquitté, ou encore Nyoka Longo et Werrason, incarcérés en Belgique pour des affaires de faux visas puis libérés, c’est au tour de Koffi Olomide, 55 ans, de se retrouver dans le collimateur de la justice. Mise en examen le 13 février à Nanterre, en France, pour « viol sur mineures, séquestration, actes de barbarie en bande organisée et trafic d’êtres humains », la star congolaise est rentrée dès le lendemain à Kinshasa sans attendre la décision du juge des libertés de le placer ou
non en détention provisoire. Son avocat, Me ManuelAeschlimann,adéclaréqueson client s’était présenté « de son plein gré » à la justice et que le dossier d’instruction était « complètement vide », la plainte des trois femmes, ex-danseuses du musicien, n’ayant pour but, selon lui, que l’obtention d’« un titre de séjour temporaire ». HOMME À FEMMES. À Kinshasa, cette
affaire révèle à nouveau certaines pratiques propres au milieu de la musique, caractérisé par une concurrence forcenée entre orchestres qui tourne à la paranoïa. « Pas question pour un membre d’un groupe d’entrer en contact avec l’adversaire. Si l’un d’entre eux ose assister à un concert de l’ennemi, c’est grave. Il encourt immédiatement les foudres de son patron », explique un musicien kinois. Du coup, notamment en période de gestation d’un album ou de préparation d’une tournée, chacun garde jalousement les siens. Très jeunes et souvent issues de
MURIEL DEVEY
NOMINATIONS
❘
FATHALLAH SIJILMASSI MÉDITERRANÉE Le directeur de l’Agence marocaine pour le développement des investissements (Amdi) a été élu secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UPM) le 10 février. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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FLORENCE RITA ARREY JUSTICE Cette ancienne juge de la Cour suprême du Cameroun a été élue, le 14 février, vice-présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), où elle officie depuis 2003. JEUNE AFRIQUE
EN HAUSSE
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PHILIPPE NIANG
Rashid Debbouze Si ce n’est lui, c’est donc son frère
Toussaint Louverture, téléfilm historique de ce cinéaste franco-sénégalais retraçant la vie du révolutionnaire haïtien, a réalisé la deuxième meilleure audience lors de la diffusion de sa première partie, le 14 février, sur France 2.
Le cadet de la famille Debbouze sort de l’ombre de l’aîné, Jamel, pour entamer une carrière cinématographique prometteuse.
BAGHDADI MAHMOUDI L’ex-Premier ministre libyen a été acquitté du chef d’accusation de « franchissement illégal de la frontière » par la justice tunisienne. Il reste en détention, mais Tunis n’a pas donné suite à la demande d’extradition de la Libye.
I
MARIE VILLACÈQUE
TINARIWEN Le groupe touareg malien s’est vu décerner le prix du « meilleur album de musique du monde » pour son opus Tassili lors des Grammy Awards, le 12 février, à Los Angeles.
DR
l tient le premier rôle dans le nouveau long-métrage de Philippe Faucon, La Désintégration, sorti en France le 15 février. Frère cadet du célèbre humoriste et comédien franco-marocain, Rashid Debbouze reconnaît que son nom lui a ouvert des portes et que Jamel lui a donné le goût du métier. Dans La Désintégration, il offre une prestation très réussie en campant Ali, un jeune de banlieue qui, peinant à trouver un stage, finit par rejoindre, avec deux amis, Nasser et Hamza, un groupe d’islamistes radicaux. Rashid appréhendait un peu ce rôle. D’abord parce qu’il n’avait « quasiment jamais joué devant une caméra », ensuite parce qu’« il s’agissait du premier rôle », enfin parce que « le sujet du film est très délicat ». Mais s’il est presque novice sur les plateaux de tournage – il a tenu un petit rôle dans Fais-moi des vacances (2002) –, il a déjà à son actif un one-man-show, Ombre et Lumière. C’est d’ailleurs au cours de l’une de ses représentations, en 2009, au Théâtre du Petit Gymnase, à Paris, que Philippe Faucon l’a repéré. « J’appréhende la réaction de ma mère, a confié l’acteur dans une interview au Nouvel Observateur. […] Je ne veux pas, je n’ai pas envie de la voir en larmes. Elle va s’imaginer que j’aurais pu tourner comme mon personnage. » Dans la famille Debbouze, il est l’avant-dernier des six enfants. Né en 1985 à Trappes (Yvelines), il a rapidement abandonné ses études avant même de passer le brevet des collèges, refusant de suivre le BEP métallurgie que lui conseillait son principal. Il a vécu à Londres, Toronto, New York, enchaînant les petits boulots. À son retour en France, il fait parler de lui après une altercation avec un chauffeur de bus qui lui vaut un mois de prison. Aujourd’hui, malgré sa percée au cinéma, il ne s’est pas pour autant détourné de la scène et joue actuellement son nouveau spectacle au café-théâtre L’Indifférent, à Paris. ●
EN BAISSE
KABIRU SOKOTO En cavale depuis son évasion en janvier, l’islamiste radical nigérian, cerveau présumé de l’attentat de Noël qui a coûté la vie à 44 fidèles catholiques dans une église proche d’Abuja, a été appréhendé le 10 février. PIETER MULDER Le 15 février, le leader du parti sud-africain Freedom Front Plus (blanc afrikaner) a nié tout « droit historique » aux Noirs sur 40 % des terres du pays, car ils ne vivaient pas « dans l’ensemble de l’Afrique du Sud » avant la colonisation. LUIS SUÁREZ
DR
BALTEL/SIPA
Le joueur uruguayen de Liverpool a ostensiblement refusé de serrer la main tendue par le Français de Manchester United Patrice Evra, le 11 février. Il avait déjà été suspendu 8 matchs pour insultes racistes à l’encontre du même Evra. JEUNE AFRIQUE
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La semaine de J.A. Décryptage
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ð LE PALAIS DE KOULOUBA, siège de la présidence, à Bamako.
situation: en 1992, les législatives avaient été décalées dans la région de Kidal en raison d’une rébellion touarègue. « La situation est différente aujourd’hui, s’inquiète Tiébilé Dramé, en lice pour conquérir le Palais de Koulouba sous les couleurs du Parti pour la renaissance nationale (Parena). Cette fois, l’insécurité touche trois grandes régions que sont Gao, Kidal et Tombouctou. »
DENIS ALLARD/REA
CESSEZ-LE-FEU. Aussi la classe politique
œuvre-t-elle à trouver une issue rapide à la crise. Une plateforme regroupant notamment l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema, majoritaire à l’Assemblée) de Dioncounda Traoré, le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) de Choguel Maïga et le Parena a proposé au président, Amadou Toumani Touré, un ensemble de mesures. Outre l’envoi d’une Alors que les combats opposant l’armée à la rébellion touarègue délégation à la rencontre des autorités s’intensifient, chacun se demande si l’élection présidentielle et le religieuses et traditionnelles de la région référendum constitutionnel auront lieu comme prévu, le 29 avril. de Kidal pour obtenir un cessez-le-feu, ces formations proposent l’organisation d’un forum national pour la paix et la Si la Constitution stipule, en son n prépare la présidenstabilité dans le Nord, si possible avant tielle comme si de rien article 118, qu’« aucune procédure de révila présidentielle. « Ou alors on pourrait n’était, déclare-t-on à sion [constitutionnelle, NDLR] ne peut être faire voter les déplacés et réfugiés, comme l’état-major du candiengagée ou poursuivie lorsqu’il est porté en Guinée », suggère un observateur. dat indépendant Modibo Sidibé. Tant qu’il atteinte à l’intégrité du territoire », elle ne Pour peu que le gouvernement prenne n’y a pas de nouvelle directive, pour nous, dit rien, en revanche, sur l’organisation dès maintenant les dispole scrutin a lieu le 29 avril. » Tout comme sitions logistiques… Dans à la Commission électorale nationale Une plateforme de plusieurs les coulisses du pouvoir, indépendante et à la Délégation générale partis propose d’envoyer une l’on préfère se raccrocher aux élections, où l’on est bien avancé : délégation dans la région de Kidal. à l’idée d’un retour au calme les listes électorales sont en phase de dans les meilleurs délais. Et finalisation, les bulletins commandés, l’on rappelle que le 29 avril n’est pas la et la formation des agents est en cours. d’un scrutin présidentiel, laissant la porte seule date possible. « Dans le pire des cas, Pourtant, à deux mois de la présiouverte à une multitude d’interprétations. conformément aux dispositions de la loi dentielle et du référendum constitu« Ce flou constitutionnel laisse au chef de électorale, la présidentielle peut se tenir tionnel, les combats qui opposent le l’État et aux partis politiques le soin de jusqu’au 20 mai », fait-on valoir. Quant Mouvement national pour la libération définir la marche à suivre », analyse Me au dépoussiérage de la Constitution, de l’Azawad (MNLA) à l’armée malienne Mamadou Konaté, avocat et militant des aucune loi n’en fixe de date limite. ● s’intensifient et hypothèquent la tenue droits de l’homme. D’aucuns expliquent MALIKA GROGA-BADA des scrutins. que le pays s’est déjà retrouvé dans cette
Mali Pourront-ils voter?
«
O
À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE
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FÉVRIER Nicolas Sarkozy, François Hollande… Les candidats à l’élection présidentielle française se succéderont au Salon de l’agriculture, à Paris (jusqu’au 4 mars). N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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MARS Élections législatives en Iran. Elles sont boycottées par le clan réformateur, qui fut à l’origine de la contestation des résultats de la présidentielle de 2009.
4
MARS Élection présidentielle en Russie. Vladimir Poutine est assuré de l’emporter. Mais, chahuté par la rue depuis décembre, le Premier ministre sera-t-il contraint à un second tour? JEUNE AFRIQUE
ILS ONT DIT
Investissements Geldof, à fond l’Afrique! ON PEUT ÊTRE UNE STAR du rock et avoir la tête sur les épaules. C’est le cas de Bob Geldof, chanteur du groupe Boomtown Rats dans les années 1980 et lobbyiste de la cause africaine. La société de capital-investissement 8 Miles, qu’il a fondée en 2009, vient de lever 200 millions de dollars (151,4 millions d’euros) en faveur du continent. Si la star irlandaise se réserve le devant de la scène pour attirer les investisseurs (50 % des fonds viennent de la Banque africainededéveloppement,de la Société financière internationale et de la CDC, l’agence de développement britannique), elle s’est s’entourée de pointures africaines du business pour investir entre 15 et 45 millions de dollars dans des entreprises de l’agroalimentaire, de la santé, de l’énergie, des télécoms, des transports… Ancien PDG de Standard Chartered Bank au Ghana
et pour l’Afrique de l’Ouest, Hemen Shah forme un duo de choc avec Nathan Mintah, figure de la finance sud-africaine. Ex-associé du fonds Kingdom Zephyr, ce dernier a dirigé la banque HSBC à Johannesburg et conclu de gros contrats dans les mines, la sidérurgie ou l’énergie. Chargé d’investir dans l’immobilier, Doug Agble vient d’Helios Investment Partners, l’undespremiersfondspanafricains. Pour lestélécoms, 8 Miles a fait appel à Emad Barsoum. Cet Égyptien a dirigé Mobinil, la filiale de téléphonie mobile d’Orascom Telecom, et a été le directeur financier de Djezzy, sa filiale algérienne. Mais même une rock star peut pâtir de la crise. Geldof, qui souhaitait lever 750 millions de dollars, a dû revoir ses objectifs à la baisse : il espère en lever 450 millions d’ici à la fin de l’année. ● JEAN-MICHEL MEYER
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«
Un homme ou une femme politique qui n’aime pas les campagnes électorales, c’est comme un violoniste qui n’aimerait pas la musique. »
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Porte-parole du candidat Sarkozy
« Un homme qui parle trois langues est trilingue, un homme qui en parle deux, bilingue, un homme qui n’en parle qu’une, anglais. » PHILIP KERR Écrivain britannique
«
En Afrique du Sud, nous avons onze langues officielles. Le mandarin n’en fait pas encore partie, mais, au rythme où les Chinois investissent dans notre pays, ce sera peut-être le cas dans une cinquantaine d’années ! » DEON MEYER Écrivain sud-africain
« SIMPLE PRIVILÈGE de l’âge ou avant-goût des dissensions au sein de l’opposition ? En acceptant la présidence provisoire de l’Assemblée nationale, le 16 février, Timothée Kombo Nkisi (75 ans), le doyen des députés, se trouve dans une curieuse situation. Son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi, refuse toujours les résultats des élections présidentielle et législatives du 28 novembre, et avait demandé à ses élus de ne pas siéger. Une consigne à moitié respectée. Le 15 février, les parlementaires sont allés s’enregistrer au secrétariat de la Chambre basse. Le lendemain, ils n’ont pas participé à la séance d’ouverture, laissant seul au perchoir leur camarade Kombo Nkisi. « L’enregistrement ouvre le droit aux indemnités », persifle un diplomate. Surtout, l’UDPS est ballottée entre des « faucons », qui dénient toute légitimité à Joseph Kabila, et des « pragmatiques », qui préconisent une opposition républicaine. Entre les deux, difficile de déchiffrer la position du Sphinx de Limete. Ce dernier joue gros. Le boycott durant la législature précédente avait entraîné des dissidences. L’UDPS ne peut donc plus se permettre de rester en marge. Une nouvelle génération – qui pense certainement à l’après-Tshisekedi, âgé de 78 ans – monte en puissance. Toute la question est de savoir ce que l’on entend par « opposition républicaine »… ● PHILIPPE PERDRIX JEUNE AFRIQUE
YOUSSOUPHA Rappeur franco-congolais
« Quand je vois toutes ces actrices sur le tapis rouge, on croirait un concours de beauté pour chiens. Et moi, quand je me regarde, j’ai l’impression d’être une drag-queen. » MERYL STREEP Comédienne américaine (favorite pour l’oscar de la meilleure actrice) N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
PRM/SIPA ; V. FOURNIER/J.A.
RD Congo Timothée au perchoir
La France n’est pas une fin en soi, l’Afrique non plus, d’ailleurs. Au contraire, on fait partie d’une génération qui peut considérer le monde comme un terrain de jeu. »
La semaine de J.A. Décryptage
Cedeao Ouédraogo à la relance L’ancien Premier ministre burkinabè a été élu à la tête de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
B
laise Compaoré aura finalement réussi à imposer Kadré Désiré Ouédraogo à la présidence de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Sa nomination, lors du sommet extraordinaire des chefs d’État de l’institution, le 17 février, à Abuja, au Nigeria, met fin à deux ans de suspense. Dans les coulisses, le Burkina et la Côte d’Ivoire œuvraient depuis des mois pour faire plier Thomas Boni Yayi, qui souhaitait installer à ce poste l’un de ses fidèles, Jean-Marie Ehouzou. Grâce au soutien de Goodluck Jonathan (Nigeria) et de John Atta-Mills (Ghana), ils ont permis au chef de l’État béninois d’accéder à la présidence tournante de l’Union africaine en contrepartie de son engagement à ne plusbriguercepostepoursoncompatriote. PARRAIN. Pour Ouédraogo, 58 ans, c’est
un retour aux sources, puisqu’il a déjà occupé la fonction de secrétaire exécutif adjoint chargé des affaires économiques de la Cedeao (1985-1993) avant de devenir vice-gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), puis LE DESSIN DE LA SEMAINE
Premier ministre du Burkina (1996-2000).DiplômédeHEC etlicenciéenscienceséconomiquesdel’universitéParis-I (Panthéon-Sorbonne), ce fils de Naba Koutou, roi mossi de Boussouma (à 80 km au nord de Ouagadougou), est un fin connaisseur des dossiers régionaux. Il était jusque-là ambassadeur du Burkina auprès de l’Union européenne (UE), l’un des premiers contributeurs de la Cedeao. Avec l’aide de son parrain ivoirien, Alassane Ouattara, qui succède à Goodluck Jonathan comme président en exercice de la Cedeao, il aura à cœur de relancer des institutions communautaires âgées en moyenne de vingt ans. Entraves à la libre circulation des biens et des personnes, faiblesse des échanges entre les États membres (moins de 10 % du commerce régional), coopération monétaire et union douanière en berne, force armée de la Cedeao, l’Ecomog, sous le feu des critiques… La tâche s’annonce immense
HIPPOLYTE SAMA
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KADRÉ DÉSIRÉ OUÉDRAOGO. Sa mission : redynamiser l’institution ouest-africaine.
pour relancer tous ces chantiers et développer les infrastructures (routes reliant les différentes capitales, interconnexion électrique…). Objectif: faire de ce marché deprèsde300millionsd’habitants–potentiellement la vingtième puissance économique mondiale – un espace attrayant pour les investisseurs privés du monde entier. ● PASCAL AIRAULT GLEZ ROMANCE ODE À WHITNEY
« Il avait constamment le nom de Whitney Houston à la bouche. Il disait qu’elle était magnifique. Il voulait lui offrir l’une de ses maisons dans la banlieue de Khartoum et en faire l’une de ses femmes. » La poétesse américano-soudanaise Kola Boof, qui affirme avoir vécu au Maroc, en 1996, avec le chef d’Al-Qaïda, est catégorique: Ben Laden en pinçait pour la diva de la pop. Collectionnait-il ses disques, comme Kaddafi les photos de Condoleezza Rice? (Lire aussi p. 87). N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
JEUNE AFRIQUE
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DARREN STAPLES/REUTERS
JEUNEAFRIQUE.COM
EN DIRECT
Suivez l’actualité de la présidentielle sénégalaise
LE PRÉDICATEUR MUSULMAN à sa sortie de la prison de haute sécurité de Long Lartin (centre de l’Angleterre), le 13 février.
Royaume-Uni Djihad à domicile
SONDAGE Après le voyage de Moncef Marzouki dans les pays de la région, la Tunisie peut-elle relancer l’Union du Maghreb arabe ?
Abou Qatada, « le bras droit de Ben Laden », a été libéré et placé en résidence surveillée. Cette décision de justice provoque un tollé.
PRIVÉ DE MOSQUÉE. « Je n’ai jamais fait
partie d’une quelconque organisation. Je me contente d’étudier l’islam », s’était défendu Abou Qatada dans le quotidien britannique The Guardian, en 1999. Réfugié politique en Grande-Bretagne depuis 1994, ce Jordanien d’origine palestinienne alterne pourtant depuis dix JEUNE AFRIQUE
ans séjours en prison et assignations à résidence. Son nom figure aussi sur une liste des proches d’Al-Qaïda établie par les Nations unies. Comme il fallait s’y attendre, sa libération a provoqué un tollé. Pour David Cameron, le Premier ministre britannique, cette décision judiciaire est « inacceptable ». S’il a quitté sa prison ultrasécurisée, Abou Qatada n’en est pas moins soumis à des mesures de surveillance très strictes. Il n’est autorisé à quitter son domicile que deux heures (non consécutives) par jour, nepeutserendreàlamosquée,amenerses cinq enfants à l’école, utiliser un téléphone portable ou internet; enfin, la police peut fouiller sa maison à tout moment. Ces conditions pourraient être assouplies d’ici au 17 avril si le gouvernement britannique ne fait pas appel de la décision de la CEDH, ou si cet appel est rejeté. Il peut garder cependant Abou Qatada sous surveillance jusqu’en 2014, dans le cadre de la loi sur la prévention du terrorisme. Afin d’éviter tous ces tracas, Cameron tente de trouver une solution avec le roi Abdallah II pour qu’il soit jugé en Jordanie. Une délégation du ministère de l’Immigration et du Contre-Terrorisme s’est rendue à Amman à cette fin, et, le 10 février, le royaume hachémite a annoncé qu’il allait contester la décision de la CEDH. ● TONY GAMAL GABRIEL
LE TWEET
UN PHOTO/ESKINDER DEBEBE
A
bou Qatada est libre. Enfin… presque. Le 13 février, la justice britannique a remis en liberté surveillée « le bras droit de Ben Laden en Europe », estimant qu’elle n’avait aucune raison de le garder derrière les barreaux. Elle s’est ainsi conformée à la décision rendue par laCour européennedesdroitsde l’homme (CEDH) le 17 janvier. Celle-ci avait refusé l’extradition vers la Jordanie d’Abou Qatada – Omar Mahmoud Mohamed Othman de son vrai nom – au motif que le prédicateur musulman de 51 ans risquait de ne pas bénéficier d’un procès équitable. En 1999, la justice jordanienne l’avait condamné par contumace à quinze ans de prison pour son implication dans deux attentats perpétrés à Amman un an plus tôt. Les preuves ayant permis son inculpation avaient été, semble-t-il, extorquées sous la torture à ses complices présumés. Les autorités jordaniennes avaient donc promis d’organiser un nouveau procès.
« Toutes les personnes que je rencontre à l’étranger me demandent la même chose : où est le pouvoir en Égypte ? Bonne question. » @MohamedelBaradei Opposant égyptien
À LIRE
Aéroports de Paris : Comment des responsables ivoiriens ont « oublié » de payer leurs factures Hervé Renard, sélectionneur de l’équipe de foot zambienne : « Je poursuis ma mission » N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
La semaine de J.A. Tour du monde
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PÉROU
YANNIS BEHRAKIS/REUTERS
Fin de partie pour « Artemio »
MANIFESTANT BLESSÉ LORS DE LA MISE À SAC du centre de la capitale grecque, dans la nuit du 12 au 13 février. GRÈCE
Athènes brûle-t-il?
B
IEN SÛR, les Grecs ne peuvent s’en prendre qu’à euxmêmes : ils paient aujourd’hui le prix de décennies d’incurie, d’une vertigineuse fraude fiscale, de privilèges scandaleux et de corruption généralisée. Bien sûr, vouer aux gémonies le FMI, l’Union européenne – qui leur a quand même accordé une obole de 240 milliards d’euros – et la chancelière Angela Merkel ne les mènera pas très loin – même si le ton comminatoire de certains de leurs interlocuteurs est insupportable. Bien sûr, les casseurs qui, le 12 février, après l’adoption par le Parlement d’un énième plan d’austérité, ont dévasté le centre d’Athènes sont des irresponsables. Bien sûr. Mais que faire quand le sol se dérobe sous vos pieds ? Que salaires et retraites sont drastiquement amputés ? Que les impôts et le chômage explosent, que les services publics ne sont plus assurés qu’à l’occasion et que près de 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ? Tôt ou tard, la Grèce risque de devoir quitter la zone euro, ce qui ne ferait qu’aggraver le chaos. On assiste en direct au suicide d’une nation. Celle même qui, il y a bien longtemps, inventa la tragédie. ● PAKISTAN
Premier ministre inculpé YOUSSOUF RAZA GILANI, le Premier ministre pakistanais, a été inculpé d’outrage par la Cour suprême, le 13 février. Depuis deux ans, il refuse en effet d’obtempérer à une décision de justice exigeant de lui qu’il intervienne auprès des autorités helvétiques en vue de la réouverture N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
de l’enquête sur les comptes que le président Asif Ali Zardari, soupçonné de corruption, a ouverts dans diverses banques de la Confédération. Autrement dit, il accepte de jouer les fusibles, ce qui pourrait lui coûter son poste. Et accessoirement, six mois de prison.
LE GOUVERNEMENT péruvien offrait 350 000 dollars pour sa capture. Et les États-Unis, 5 millions. Chef de la guérilla maoïste du Sentier lumineux – la plus sanglante d’Amérique latine dans les années 1980-1990 –, Florindo Flores, alias Artemio, a été capturé le 12 février dans la forêt amazonienne, après plus de vingt ans de clandestinité. Il avait été grièvement blessé quatre jours auparavant. LE CHIFFRE QUI FAIT SORTIR LA CALCULETTE
20 %
C’EST, selon un sondage Gallup, le pourcentage des électeurs républicains et indépendants résolus à ne voter sous aucun prétexte pour un mormon à la présidentielle. Or Mitt Romney, le favori pour l’investiture du Grand Old Party, appartient précisément à cette obédience… RUSSIE
Écho es-tu là? CONSCIENTS de la baisse de leur champion dans les sondages et de la montée d’une opposition encore très dispersée, les partisans de Vladimir Poutine, grand favori de la présidentielle du 4 mars, font du zèle. Contrôlée depuis 2001 par une filiale de Gazprom, le géant gazier public, la radio Écho de Moscou, dernier espace de liberté dans un paysage médiatique verrouillé à double tour, est ainsi reprise en main : la composition de son conseil d’administration va être modifiée au détriment des journalistes. Il y a un mois, Poutine avait accusé la station de le « couvrir de merde du matin au soir ». JEUNE AFRIQUE
ARRÊT SUR IMAGE
Samuel Aranda • The New York Times / Redux / Rea
WORLD PRESS 2011
Le malheur est photogénique Une Yéménite voilée jusqu’aux cils tient dans ses bras un de ses proches, blessé lors d’une manifestation contre le président Ali Abdallah Saleh, le 15 octobre, à Sanaa. Étrangement, l’occultation même de son visage paraît renforcer l’humanité gracieuse de son geste. Œuvre du photographe espagnol Samuel Aranda, cette photo a été publiée par le New York Times. Elle vient d’obtenir le prestigieux World Press Photo of the Year 2011.
ESPAGNE
Garzón hors circuit LE TRIBUNAL suprême de Madrid a, le 9 février, condamné le juge Baltasar Garzón, 56 ans, grand défenseur des droits de l’homme à travers le monde, a onze ans d’interdiction d’exercer sa profession. La justice espagnole lui reproche d’avoir illégalement procédé à l’enregistrement de conversations entre des prévenus incarcérés et leurs avocats dans une affaire de corruption impliquant des responsables politiques de droite.
l’accord bilatéral de 2006, le départ des militaires était conditionné au dossier, dans l’impasse, de la relocalisation de la base aérienne de Futenma vers une zone moins peuplée. Ce geste de bonne volonté de Washington s’inscrit dans sa nouvelle stratégie de défense, qui prévoit des restrictions budgétaires mais aussi le renforcement de la présence américaine en AsiePacifique afin de contrer la montée en puissance chinoise. Il s’agit aussi, en cas de conflit, d’éloigner les marines d’Okinawa, désormais à portée de tir des missiles balistiques DF-21 chinois. VENEZUELA
JAPON - ÉTATS-UNIS
Adieu Okinawa
Capriles défie Chávez
LES ÉTATSUNIS et le Japon se sont accordés, le 8 février, sur le transfert vers Guam de 4 700 des 18 000 marines basés à Okinawa. Selon
L’OPPOSITION vénézuélienne a enfin un visage : celui de Henrique Capriles (39 ans), gouverneur de l’État de Miranda, qui, le 12 février, a obtenu
JEUNE AFRIQUE
l’investiture de la Table de l’unité démocratique (MUD) pour la présidentielle du 7 octobre. Cette coalition réunit tous les partis d’opposition, du centre gauche à la droite dure. Capriles a sept mois pour convaincre les électeurs de sortir le sortant, Hugo Chávez, au pouvoir depuis treize ans et, en dépit de son cancer, bien décidé à y rester. ÉTATS-UNIS - CHINE
Prise de contact LORS DE leur première rencontre, le 14 février, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, Barack Obama et Xi Jinping, le futur numéro un chinois, n’ont pas occulté les sujets qui fâchent : de la surévaluation du yuan au déséquilibre des relations commerciales, en passant par le respect de la propriété intellectuelle, celui des droits de l’homme ou le soutien chinois au régime syrien à l’ONU. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Gr and ★ angle
SÉNÉGAL
Le saut dans
l’inconnu Les Sénégalais doivent se rendre aux urnes, le 26 février. Rarement élection présidentielle aura été si périlleuse. Leur seule certitude, l’extrême tension qui entoure le scrutin. Pour le reste… RÉMI CARAYOL,
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envoyé spécial
JEUNE AFRIQUE
! ABDOULAYE WADE, chef de l’État sortant, lors d’un meeting, le 9 février, à Kébémer (au sud de Saint-Louis), dont il est originaire. JEUNE AFRIQUE
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ÉMILIE RÉGNIER
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Le Sénégal retient son souffle. Le 26 février, 5 millions d’électeurs devront choisir leur futur président dans un climat de vive tension. Depuis que la candidature d’Abdoulaye Wade, jugée anticonstitutionnelle par l’opposition, a été validée par le Conseil constitutionnel, le 27 janvier, les incidents se sont multipliés dans l’ensemble du pays, faisant quatre morts et de nombreux blessés. Cette élection jugée « à hauts risques » par la communauté internationale recèle bien des inconnues. La première concerne le futur vainqueur. En l’absence de sondages fiables – la loi sénégalaise les interdisant en période préélectorale –, rares sont les marqueurs qui permettent d’anticiper le résultat des urnes. Mais au-delà de la popularité de chacun, ce scrutin de tous les dangers comporte de nombreuses interrogations. Les chiffres clés du scrutin Premier tour :
26 février Second tour :
18 mars
(date envisagée) Corps électoral :
5,1 millions Population totale :
12,1 millions Rappel (2007) : Abdoulaye Wade élu dès le premier tour
Paroles de Sénégalais
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La machine Wade est-elle toujours aussi efficace? CEUX QUI DOUTAIENT de la capacitéd’Abdoulaye Wade, bientôt 86 ans, à mener une campagne d’envergure ont vite déchanté. Depuis le 5 février, Gorgui (« le Vieux ») enchaîne les meetings au pas de charge. Au bout d’une semaine, il avait visité une quinzaine de localités aux quatre coins du pays, alors que certains de ses concurrents n’étaient toujours pas sortis de la capitale, Dakar. Mais le président sortant, qui en est à sa septième élection présidentielle, a du mal à mobiliser. « Rien à voir avec 2007, relève un journaliste. À l’époque, les gens venaient spontanément à ses meetings. Ce n’est plus le cas. » À Kébémer, son village natal, il a fallu aller chercher chez eux les habitants pour qu’ils assistent à son discours… Outre les moyens de l’État, il dispose d’un budget colossal. En 2007, il avait dépensé autour de 4 milliards de F CFA (6,1 millions d’euros). Cette année, certaines sources évoquentunmontantdeplusde30milliards.
Un chiffre jugé « extravagant » par Amadou Sall, le porte-parole de Wade, qui se refuse toutefois à donner le montant exact. Selon un économiste indépendant, la campagne du président sortant devrait tourner autour de 15 milliards. La plupart des autres candidats, eux, tirent la langue. « Nous fonctionnons au jour le jour. Nous dépendons des bonnes volontés de chacun », indique le bras droit de l’un des principaux outsiders. Rares sont ceux dont le budget atteint les 5 milliards. Wade compte en outre sur une équipe rodée aux batailles électorales. Certains sont à ses côtés depuis les « années galères » de l’opposition: Amadou Sall est chargé de la communication; Samuel Sarr, son financier detoujours,amobilisélesfonds;etc’estPape Diop, le président du Sénat, qui a les clés du coffre. Karim Wade s’occupe de la logistique. Mais la « machine » n’est plus aussi bien réglée qu’en 2007. Selon l’un de ses cadres,
Ibrahima Thioub 56 ans Professeur d’histoire à la faculté de lettres et de sciences humaines de Dakar, directeur du Centre africain de recherche sur les traites et les esclavages
« Wade n’est pas candidat,
ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.
ne peut pas l’être et ne doit pas l’être selon la Constitution du Sénégal. S’il maintient sa candidature jusqu’au bout, il risque d’y avoir de la violence. Les Sénégalais sont comme tous les autres êtres humains. Mis dans des circonstances d’oppression ou de déni de justice, ils sont capables de riposter avec vigueur. »
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Paroles de Sénégalais
Khadidiatou Diallo 31 ans Propriétaire d’une boutique de prêt-à-porter à Yoff, mariée et mère d’une petite fille de 5 ans
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« Je vais revoter pour Abdoulaye Wade, parce qu’il a des idées qui font avancer le pays. J’ai vu les changements depuis qu’il a été élu, en 2000. Malheureusement, il y a une bande de personnes qui sont en train d’inciter les gens à la violence. Ils devraient nous laisser faire nos propres choix, le vote est une question personnelle. » le Parti démocratique sénégalais (PDS) est « profondément démobilisé », alors que les défections de poids se sont multipliées ces derniers mois. La dernière en date : Abdou Fall, l’ex-directeur de cabinet du président. Tousles«partants»dénoncentleurmise à l’écart progressive au profit du fils, Karim. « Quiconque s’oppose à lui est ostracisé », dénonce l’un d’eux. Un autre : « Autour de Wade, on ne trouve aujourd’hui plus que les jeunes loups placés par Karim, quelques vieux faucons du parti, et les transhumants. » Ces derniers, à la tête desquels figurent Djibo Leyti Kâ et Mamadou Diop, ont rejoint Wade à la faveur de l’alternance, en 2000. Aujourd’hui, ce sont eux qui organisent sa campagne au sein de la coalition des Fal 2012 (Forces alliées 2012). « Les cadres locaux qui se sont battus quand nous étions dans l’opposition ne veulent pas se battre pour Karim ou pour ces opportunistes », explique un ex-collaborateur du président. Lafrondeesttelleque,le11janvier,Wade s’est vu contraint de suspendre la mise en place des délégations départementales des Fal 2012. Mécontents d’être mis de côté, des barons locaux avaient menacé de démissionner. Signe de la tension qui règne au sein de la famille libérale : le 12 février, certains en sont venus aux mains à Kédougou, lors du passage de la caravane présidentielle. Les uns voulaient accueillir Wade avec les honneurs, les autres envisageaient de le boycotter… «Ilyauneambiancedefinderègnedans ce parti », estime Aminata Tall, l’ancienne responsable des femmes libérales, qui a quitté le parti en avril 2011. Comme au JEUNE AFRIQUE
Parti socialiste en 2000? Pour Souleymane NdénéNdiaye,lePremierministre,lacomparaison n’est pas valable: « Les personnes qui avaient quitté le PS à l’époque étaient
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des poids lourds électoraux. Ceux qui ont quitté le PDS ces derniers temps n’ont pas de poids électoral. Ce sont les feuilles mortes. » ●
L’opposition est-elle en ordre de marche? LESDÉCLARATIONSDEBONNESINTEN TIONS des principaux opposants ont fait long feu. C’était le 4 février, à la veille de l’ouverture de la campagne: au deuxième étaged’unhôteldeDakar,septchallengeurs (Macky Sall, Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse, Cheikh Bamba Dièye, Cheikh Tidiane Gadio et Ibrahima Fall) chantaient ensemble l’hymne national, formaient une chaîne humaine en se prenant par la main et prenaient l’engagement « de rester unis » et de mener une campagnecommune.Troisjoursplustard, Macky Sall, persuadé de pouvoir battre Wade à la régulière et soucieux de ne pas « insulter l’avenir », désertait les manifestations du M23 (Mouvement du 23 juin), la coalition des partis et des organisations delasociétécivileopposésàlacandidature de Wade, et menait sa propre campagne. «Nousavonsfaitcequenousavonspupour nous opposer à la candidature de Wade, explique son porte-parole, Alioune Badara Cissé. Maintenant, nous devons faire avec la réalité du terrain. » Le week-end suivant, chacun des candidats faisait cavalier seul. En lançant des slogans aux tonalités guerrièrestoutenrefusantl’épreuvedeforce dans la rue, le mouvement s’est enfermé dans une logique de confrontation sans se donner les moyens de l’emporter. Cette « stratégie hybride », selon les termes du
politologue Babacar Justin Ndiaye, n’a pas permis de mobiliser suffisamment. Selon un jeune militant socialiste, elle traduit « le fossé qui sépare les élites politiciennes du peuple », mais aussi « le manque de combativité » des leaders de l’opposition. « Tous ont goûté au pouvoir et au confort qui va avec. Mais ils ne sont pas prêts pour autant à se battre pour le retrouver, comme Wade dans les années 1980 », note avec amertumeunmembredel’équipedecampagne d’Idrissa Seck. Cette désunion et ces stratégies divergentes auxquelles s’ajoutera, le 26 février, l’inévitable dispersion des voix, sont les troisprincipauxatoutsduprésidentsortant, persuadé de sa victoire dès le premier tour. Encasdesecondtour,l’équationseraittout autre. Un ticket « tout sauf Wade » aurait toutes les chances de l’emporter. Les collaborateurs de Gorgui en conviennent. ●
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Y’en a marre peut-il peser sur le scrutin? SI DES MILLIERS DE JEUNES se sont inscrits au dernier moment sur les listes électorales – certainement pas pour voter Wade –, c’est grâce au travail de sensibilisation dans les quartiers du mouvement Y’en a marre, qui prône « une nouvelle ● ● ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Grand angle ★ Sénégal
Paroles de Sénégalais
Ibrahima Sonko 52 ans Policier
« Wade a fait mieux
que ses prédécesseurs, et ce dans une conjoncture difficile. Il a construit des routes, amélioré les transports… J’espère que le scrutin se déroulera de façon démocratique car tous les Sénégalais désirent la paix. Un policier ne souhaite jamais qu’il y ait des violences. Si nous sommes en situation de paix, on travaille moins et ça arrange tout le monde. »
citoyenneté ». Si le président a échoué, le 23 juin 2011, à faire passer une réforme constitutionnelle qui lui aurait offert la victoire sur un plateau, c’est à cause de la mobilisation de ces mêmes jeunes. Mais depuis,lemouvement,bienqu’ilaitessaimé dans l’ensemble du pays, s’est essoufflé. Depuis le 27 janvier et la validation de la candidature de Wade, les Y’en a marre semblent être entrés en résistance. Persuadés d’être filés, ils ne répondent que rarementautéléphone,changentrégulièrement de lieux de réunion et tiennent secret
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leurpland’action.Maisl’imaged’ungroupe insurrectionnel tranche avec le discours consensuel des leaders. Et leur opposition à la candidature de Wade se heurte à leurs faibles moyens. « Les Sénégalais ont horreur de la violence. Il faut qu’ils sachent que nous aussi nous y sommes hostiles », justifie Fadel Barro, l’un des fondateurs du mouvement. Il n’empêche, leur refus de soutenir un candidat de l’opposition limite leur impact. Leur appel à la mobilisation sur la place de l’Obélisque, à Dakar, est modérément suivi. ●
Les confréries vont-elles choisir un candidat? DRAGUÉES PAR L’ENSEMBLE des candidats, Wade en tête, les deux confréries les plus influentes au Sénégal, la Mouridiya et la Tidjaniya, ont décidé, comme lors des précédentes élections, de ne pas trancher. « Il n’y aura pas de ndigël [“consigne de vote”, NDLR]. L’époque où le khalife prenait position est finie, explique l’islamologue Abdoul Aziz Kébé. De toute façon, ça ne marcherait plus auprès des jeunes. » « Au sein de l’état-major de chaque confrérie, tous ne soutiennent pas le même candidat»,ajouteuncollaborateurd’uncandidat en charge des questions religieuses. Serigne Cheikh Sidy Moctar Mbacké, le khalife général des mourides, et Serigne Mansour Sy, le khalife général des tidjanes, se sont limités à lancer un appel au calme après les violences de fin janvier. Le premier a également demandé de respecter le verdict du Conseil constitutionnel, ce qui N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
a été perçu par certains comme un soutien implicite au président sortant. Jusqu’à présent, les seules voix religieuses qui ont clairement pris position pour ou contre Wade sont le fait d’autorités « périphériques » – des marabouts isolés ou des branches autonomes des tidjanes. Quant aux marabouts qui ont pris l’habitude de monnayer leur influence lors des élections, Modou Kara Mbacké et Cheikh Bethio Thioune, ils n’ont pour l’heure pas pris position. Le premier a été proche, un temps, d’Idrissa Seck; le second avait soutenu Wade en 2007. Quoi qu’il en soit, « l’influence des confréries est moindre aujourd’hui », explique Khadim Mbacké, chercheur à l’université Cheikh-Anta-Diop, à Dakar. En 2000,lesprincipalesconfrériessoutenaient Abdou Diouf en coulisses, ce qui n’a pas empêché sa défaite. ●
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L’armée gardera-t-elle sa neutralité? ET SI L’ARMÉE INTERVENAIT pour mettre fin au chaos ? Depuis qu’il y a eu mort d’hommes dans les manifestations, les rumeurs vont bon train. Ce scénario semble toutefois illusoire. « Je n’y crois pas. L’armée sénégalaise a une tradition républicaine. Jamais, même en 1988 quand le président Diouf avait décrété l’état d’urgence, elle n’a outrepassé ses missions », indique le journaliste Amadou Mbaye Loum, spécialiste des questions militaires. Comme ses prédécesseurs, Wade cultive des relations cordiales avec l’étatmajor. C’est lui qui a nommé le chef d’état-major des armées, Abdoulaye Fall, en 2006. Lui également qui, un an plus tôt, avait nommé le haut commandant de la gendarmerie nationale, un autre Abdoulaye Fall. Fin 2011, Wade a pris grand soin des officiers : fin décembre, il en a promu treize au grade éminemment politique de général. « Treize généraux d’un coup, c’est énorme pour l’armée sénégalaise. Du jamais vu », constate un ancien directeur de cabinet à la primature. Dans la police, chargée des opérations de maintien de l’ordre, le président dispose également d’hommes de confiance. Après son élection, en 2000, Wade avait pris soin d’y caser nombre de calots bleus (les hommes chargés de sa sécurité privée lorsqu’il se trouvait dans l’opposition). ● JEUNE AFRIQUE
ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.
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Le scrutin sera-t-il transparent? POUR L’OPPOSITION, si Wade se présente, c’est qu’il est sûr de l’emporter. Et s’il est sûr de l’emporter, c’est parce que les élections seront truquées. « Il y a plusieurs motifs d’inquiétude », note le juriste Babacar Guèye. Le premier concerne les militaires et les paramilitaires, qui voteront une semaine avant tout le monde. Même s’ils ne représentent que 23000 électeurs, sur un total de 5,1 millions d’inscrits. Autre souci : les électeurs touchés par le récent redécoupage administratif pourraient rencontrer des difficultés pour voter – bien que, selon le gouvernement, ils ne soient que 83 000. Inquiétude encore au sujet d’une éventuelle fraude informatique, via un « logiciel magique », qui donnerait à coup sûr la victoire à Wade dès le premier tour. La rumeur avait couru en 2007, elle circule à nouveau aujourd’hui. La Casamance, peu sécurisée (le 13 février, un accrochage entre l’armée et des rebelles a provoqué la mort de quatre soldats, selon des sources officielles), est également l’objet de spéculations. « On hésite à y aller », indique un collaborateur de Macky Sall. « Les gens pourront-ils aller voter, et les observateurs seront-ils dans les bureaux de vote ? », s’interroge un élu local, qui évoque de « possibles bourrages d’urnes en faveur du président sortant ». LePremierministre,SouleymaneNdéné Ndiaye, jure qu’« il est impossible de truquer des élections au Sénégal en 2012 ». Il est vrai que les garde-fous sont nombreux Paroles de Sénégalais
et « bien rodés », selon Doudou Ndir, le président de la Commission électorale nationale autonome (Cena), qui affirme que le fichier électoral est « bon ». C’est sur la base de ce fichier que l’opposition avait remporté les élections locales en 2009. Mais aujourd’hui, elle le juge peu crédible, évoque des « bureaux de vote fictifs » et des doublons de cartes d’électeur. Doudou Ndir assure qu’à chaque étape du scrutin les représentants de tous les candidats auront leur mot à dire – la Cena mobilisera pour sa part 16000 contrôleurs. Les observateurs étrangers aussi veilleront au grain. Jamais ils n’auront été aussi
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nombreux pour une élection au Sénégal: à elle seule, la mission d’observation électorale de l’Union européenne, à l’œuvre depuis le 20 janvier, comptera plus de 90 membres la semaine précédant le premier tour (ils étaient 150 en République démocratique du Congo). « Nous n’accepterons aucun abus. Nous serons très vigilants », indique un diplomate européen. Reste l’insondable : l’achat des consciences. Le 10 février, le candidat Ibrahima Fall a évoqué des « fraudes massives » à Touba, là où Abdoulaye Wade a lancé sa campagne et multiplié les visites ces derniers mois. Là aussi où l’inflation de nouveaux inscrits sur les listes électorales a été l’une des plus importantes en 2011. ●
Jusqu’où peut aller la communauté internationale? APRÈS AVOIR MIS LA PRESSION sur Wade, en réclamant une « alternance générationnelle », Paris et Washington ont modéré leurs critiques. Les réponses énergiques des ministres sénégalais – « nous n’avons de leçons à recevoir de personne en matière de démocratie », ont-ils répété – et la convocation de l’ambassadeur américain à Dakar, Lewis Lukens, par Madické Niang, le ministre des Affaires étrangères, le 7 février, ont semble-t-il calmé les ardeurs des deux principaux partenaires du Sénégal. Pour la France et les États-Unis, ces sorties peu diplomatiques ont toutefois
été l’occasion de mettre la pression sur les autorités sénégalaises en vue du prochain scrutin, en lançant ce message subliminal : « Nous serons très attentifs à la transparence du scrutin. À la moindre incartade… » Mais la marge de manœuvre de la communauté internationale est réduite. Cette élection n’est pas placée sous l’égide d’une organisation internationale, et le gouvernement a toujours refusé que la Cena soit financée par l’étranger. « S’il y a des fraudes avérées, on le dira, mais ce n’est pas pour autant qu’on va envoyer la Légion », tranche un haut diplomate européen. ●
Ramatoulaye Diop 18 ans Étudiante en langue
«
Je ne voterai pas pour Wade parce qu’il est vieux. Il n’a plus les capacités pour diriger le pays. On ne veut plus d’un président qui donne tout à son fils et qui gaspille des milliards sur des projets qui ne servent à rien. Dans certains pays voisins, on a vu ce que la violence peut faire. Il y a des familles entières qui se sont fait tuer, comme ça pour rien, seulement parce que le président voulait s’imposer. » N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Le saut dans l’inconnu
Grand angle ★ Sénégal STRATÉGIE ÉLECTORALE
La bataille de la com’ Spin doctors, spécialistes des sondages, scénographes… Chaque candidat possède une équipe pour embellir son image. Il s’agit de séduire les électeurs, mais aussi la communauté internationale. RÉMI CARAYOL
P
lus que jamais, la bataille électorale qui se joue au Sénégal est une affaire d’image et de slogans. De lobbying auprès des capitales étrangères aussi, en raison de la polémique autour de la candidature d’Abdoulaye Wade. Les principaux acteurs de cette élection se sont ainsi presque tous dotés d’une équipe de com’ qui analyse les sondages en sa possession, d’une unité de journalistes produisant articles et images distribués au jour le jour aux médias, et de cabinets jouant un rôle de lobbying à l’étranger. Disposant d’un budget hors norme, Wade n’a pas mégoté sur les moyens. Amadou Sall, un « historique » du Parti démocratique sénégalais (PDS), dirige une commission communication forte d’une vingtaine de personnes. Wade a fait appel à deux agences sénégalaises (qu’Amadou Sall rechigne à citer) et il peut compter sur Marie-Luce Skraburski. Membre du comité de direction d’Image Sept, l’un des cabinets de conseil en communication les plus influents de France,
cette femme au carnet d’adresses bien rempli accompagne le président sortant depuis des années. Aperçue à Dakar, dans le cortège du candidat début février, elle apporte son expertise et joue un rôle d’interface avec la presse et les décideurs français. Côté américain, le président a mandaté un cabinet basé à Atlanta, McKenna Long & Aldridge, pour intervenir en sa faveur à Washington, notamment auprès des membres du Congrès, et pour contrer la propagande de l’opposition, menée à l’étranger par Cheikh Tidiane Gadio, qui a profité de ses neuf années passées au ministère des Affaires étrangères (20002009) pour se constituer un réseau bien fourni. CHEZ LES OPPOSANTS AUSSI. Macky
Sall aussi compte son « toubab » : après avoir soutenu Wade en 2007, l’ancien député français Jean-Pierre Pierre-Bloch est aujourd’hui passé dans le camp adverse. À la tête d’une société de conseil en communication basée à Dakar, Africa
Media, il s’occupe de la logistique et de la scénographie. Mais ses amitiés dans les milieux politiques français, notamment à droite, ne sont pas inutiles. Sall a aussi fait appel à une toute jeune agence, Interface Africa, dont le siège est à Bamako mais qui est également active au Sénégal, en Mauritanie et en France. Fondé en 2009 par des « Franco-Africains » surdiplômés, dont le Franco-Malien Idrissa Diabira, qui a dirigé en France la campagne d’Ali Soumaré pour les élections régionales en 2010, ce cabinet est chargé de « conceptualiser » le programme et de jouer les intermédiaires avec la presse internationale. Menée par Seydou Guèye, l’équipe de communicants de « Macky 2012 » compte une vingtaine de membres. Moins pléthorique (une dizaine de personnes), celle d’Idrissa Seck agit sous la coupe du journaliste Ousmane Thiongane, qui s’est entouré d’un cabinet sénégalais dont il ne veut pas citer le nom. L’année dernière, Seck s’était rapproché de l’avocat français Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy. Mais c’était avant que celui-ci ne s’épanche dans la presse… Du côté de Moustapha Niasse (qui dispose de ses propres réseaux à l’international, à la suite de ses différentes missions menées dans le cadre de l’ONU) et Ousmane Tanor Dieng (qui peut compter sur la solidarité de ses camarades de l’Internationale socialiste, dont il préside le comité Afrique), les équipes viennent tout juste d’être mises en place. ●
Paroles de Sénégalais
Serigne Mback Thiam 29 ans Travaille dans l’import-export
«
Je vais voter pour Abdoulaye Wade car l’opposition ne peut pas faire mieux que lui. Le président sait comment amener de l’argent au Sénégal. Il va gagner parce que les gens continuent de l’aimer. Quant aux risques de violence, je ne suis pas inquiet. La confrérie mouride ne tient pas de discours politique, mais, si les choses dégénèrent, toute la population va écouter ses appels au calme et ses directives. » N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
JEUNE AFRIQUE
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Le saut dans l’inconnu
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Nouveaux médias, nouvelles pratiques Question de génération ou de stratégie ? Les prétendants à la magistrature suprême utilisent le web de façon inégale. Les candidats les plus recherchés sur Google (en proportion des recherches effectuées sur Google au Sénégal, l’indice 100 représentant le plus fort pourcentage)
ABDOULAYE WADE ABD
27 novembre 2011
16 février 2012 100 MOUSTAPHA NIASSE
OUSMANE TANOR DIENG
MACKY SALL
IDRISSA SECK
80 60 40 20
Tous sur Facebook
Janvier 2012
Pro, mais pas trop niassepresident.com Son site fait très pro. On s’étonne d’autant plus que sa page Facebook ne soit accessible que depuis le Sénégal. Une « stratégie » qui ne favorise pas la hausse du nombre de ses fans sur le réseau social.
(nombre d’abonnés)
Idrissa Seck (officiel)
Février 2012
0
Déconnecté wade2012.com Wade semble déconnecté de la génération internet. Sa page Facebook a moins de fans que celles qui appellent à son départ. Mais le personnage jouit naturellement d’un grand intérêt sur la Toile – il figure au top des recherches sur Google.
VITRINES EN LIGNE
31 363 abonnés Moustapha Niasse
9 875 abonnés Macky Sall officielle (sic)
7 971 abonnés Ousmane Tanor Dieng
8 545 abonnés
Ça bogue tanor-dieng.com « En maintenance » pendant deux jours à moins de deux semaines du scrutin, c’est surprenant ! Remis en service le 16 février, il n’en demeure pas moins rudimentaire. Sur Facebook, en revanche, le candidat fait recette.
Manque d’assiduité mackysall.com Le design du site est inspiré de celui d’Obama. Mais, pour la réactivité, l’élève a du mal à suivre. Le 13 février, le contenu le plus récent avait été publié une semaine plus tôt. Même travers sur sa page Facebook, qui attire tout de même près de 8000 fans.
Le geek idy4president.com Également calqué sur le site d’Obama en 2008, c’est le plus fréquenté. Sa page Facebook est alimentée en contenus multimédias et distille des informations personnelles (comme sa passion pour la série 24 Heures chrono).
Abdoulaye Wade
1 698 abonnés
De timides gazouillis @idy4president
620 JEUNE AFRIQUE
(nombre d’abonnés sur Twitter, par compte)
@macky_sall
459
@MeAbdouLayeWade
@MoustaphaNiasse
@otdpresident
396
203
112 N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
SOURCES : FACEBOOK ; TWITTER ; GOOGLE TENDANCE DES RECHERCHES/CHIFFRES ARRÊTÉS AU 16 FÉVRIER 2012
Décembre 2011
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Afrique subsaharienne
RD CONGO
L’homme qui
à l’oreille de
Il était aussi puissant que discret. Augustin Katumba Mwanke est mort le 12 février. Avec lui, le chef de l’État perd son plus proche conseiller, celui qui l’avait pris sous sa protection lorsqu’il n’était pas encore au pouvoir. PHILIPPE PERDRIX
S
ous une pluie battante, ce 13 février, Joseph Kabila est visiblement affecté. À ses côtés, au domicile kinois d’Augustin Katumba Mwanke, le frère du chef de l’État, Zoé, et sa sœur jumelle, Jaynet. Il y a là aussi le discret mais puissant homme d’affaires israélien Dan Gertler. Tous sont venus s’incliner devant la dépouille de celui qui aura été beaucoup plus qu’un conseiller officieux ou qu’une éminence grise. Une piste d’atterrissage trop courte, une erreur de pilotage… Katumba Mwanke est décédé la veille, à l’âge de 48 ans. La famille Kabila est endeuillée. Avec le crash de cet avion de la compagnie Katanga Express, à Bukavu, dans le nord-est du pays, c’est le pouvoir congolais qui est frappé au cœur. La victime de ce énième accident aérien en RD Congo est dans le sillage de Kabila fils depuis novembre 2000, lorsque le jeune général de l’armée congolaise est pris en tenailles dans la forêt de Pweto, encerclée par les troupes rwandaises. Katumba, repéré en avril 1997 par le Mzee LaurentDésiré Kabila lors de la prise de Lubumbashi, est alors gouverneur du Katanga. Il envoie sur place un hélicoptère pour exfiltrer Joseph Kabila et le met à l’abri chez lui. À l’abri des Rwandais, mais aussi de la colère du père, particulièrement fâché par la tournure des événements et cette cuisante défaite. MAZARIN. « Depuis, le destin des deux hommes
était lié. On peut même dire que Kabila avait une dette de sang vis-à-vis de Katumba, résume un ancien haut diplomate en poste à Kinshasa. Cet ingénieur de formation, très intelligent, discret et réservé, était le seul à avoir un accès direct au chef de l’État. C’est lui qui l’a accompagné, voire initié, depuis sa prise de pouvoir en 2001. De ce point de N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
IL PLEUT À VERSE, ce 13 février à Kinshasa, quand le président vient rendre un dernier hommage à ce Katangais à qui il doit tant.
vue, c’était plus un Mazarin qu’un Richelieu. » De quoi avoir un certain ascendant sur un président mystérieux et timide ? Sans doute. De quoi faire le vide autour d’un trône occupé par un homme insaisissable et quasi silencieux? C’est une certitude. Évidemment, une telle proximité avec le boss et sa famille offre quelques privilèges et de nombreuses facilités. Cet as de l’influence a su tisser sa toile JEUNE AFRIQUE
Afrique subsaharienne
murmurait
un an plus tard. Les auteurs du texte le placent sur la liste des personnes contre lesquelles était recommandée une « interdiction de déplacement, le gel des avoirs personnels et une interdiction d’accéder au système bancaire ». Cette menace de sanctions restera sans suite. Ministre délégué à la Présidence, chargé du portefeuille de l’État, puis ambassadeur itinérant, Katumba a échappé à la disgrâce. Il perdra seulement l’intitulé d’une fonction à la présidence sur sa carte de visite, mais pas son rôle.
Kabila
B.B.
CLIQUE. Un épisode en janvier 2003 traduit cette
depuislesbureauxdupalais.Mines,énergie,pétrole, gestion des entreprises publiques… « Tout passait par lui », assurent la plupart des observateurs avertis de la scène congolaise. Après une première apparition publique à Kinshasa lors des funérailles du Mzee, en janvier 2001, Katumba est cité dans un rapport des Nations unies sur le pillage des ressources du pays, JEUNE AFRIQUE
emprise progressive sur les affaires de l’État. L’homme qui murmure à l’oreille du président demandeauministredel’ÉconomieetdesFinances, Freddy Matungulu Mbuyamu, un versement de 50millionsdedollarssurlecomptedelaprésidence. Ancien du Fonds monétaire international (FMI), réputé honnête et rigoureux, artisan du retour en grâce auprès des bailleurs de fonds, l’argenB. B. tier ss’exécute, mais renâcle. Une dizaine de jours plus tard, Katumba réclame undeuxièmevirement.Cettefois,le ministre refuse et rédige sa lettre de démission. Le lendemain, la garde républicaine débarque à son domicile de fonction et l’expulse.L’avertissementvautpourles autres. On ne résiste pas au binôme du Palais de la nation. Katumba prend son envol. Mais la trajec KATUMBA toiredujeuneKabila,quisuscitait MWANKE, en décembre. Il admiration et encouragements était surtout durant les années de transition l’homme des (2001-2006), s’infléchit. dossiers Quand l’ambassadeur amériéconomiques. cain à Kinshasa décrit « la clique au pouvoir » dans un câble envoyé à Washington en mai 2009 et révélé par WikiLeaks, il parle de lui. Quand le groupe minier canadien First Quantum perd en août de la même année l’exploitation d’un gisement de cuivre et de cobalt à Kolwezi (SudEst) sur décision du gouvernement, son nom est également mentionné. Tout comme celui d’un autre poids lourd du paysage minier congolais : Dan Gertler, alors soupçonné d’être derrière la mystérieuse société basée aux îles Vierges britanniques, Highwind Properties, qui a récupéré le permis avant de le céder à des Kazakhs, en septembre 2010. Et quand l’entrepreneur belgo-congolais George Forrest demande dans les colonnes de Jeune Afrique, en décembre 2010, « que les détenteurs des sociétés offshore présentes dans les pays à faible gouvernance soient connus pour lutter contre d’éventuels conflits d’intérêts », c’est encore à Katumba Mwanke qu’il pense. « Rumeurs persistantes, puisqu’on ne prête qu’aux riches, et accusations sans preuve, tant les montages financiers sont opaques », admet notre diplomate… Il n’empêche. Katumba s’est taillé ● ● ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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SUR QUI PEUT COMPTER KABILA ? JAYNET KABILA Tout juste élue députée, la sœur du chef de l’État, propriétaire de Digital Congo, est une redoutable femme d’affaires. Beaucoup d’entrepreneurs étrangers doivent passer par elle pour atteindre le président. EVARISTE BOSHAB Président de l’Assemblée nationale jusqu’aux dernières législatives, réélu député le 28 novembre 2011, ce fidèle veut jouer un rôle de premier plan dans la nouvelle législature. PIERRE LUMBI Ex-ministre des Infrastructures, ancien négociateur du fameux « contrat chinois » de 2007, il est conseiller spécial en matière de sécurité.
● ● ● une sacrée réputation dans les chancelleries occidentales, qui l’ont vu également derrière le deal géant « mines contre infrastructures », signé avec les Chinois en 2007 et portant initialement sur 9 milliards de dollars, avant d’être ramené à 6 milliards. L’homme ne répondra jamais aux accusations. Il préfère rester silencieux et fuir les journalistes. Privilèges, sans doute, de ceux qui se sentent intouchables et invulnérables. Car cet homme de l’ombre était également un orfèvre des combinaisons politiques. Député du Katanga, siégeant souvent mais sans jamais prendre la parole, c’est lui qui assurait la liaison permanente entre la présidence et la turbulente Assemblée nationale. C’est lui qui supervisait le vote des lois. Et c’est toujours lui qui pouvait lancer la chasse contre un élu récalcitrant. « Il était craint,
Le « clan des Katangais » est sonné. Une redoutable lutte de pouvoir pourrait suivre.
SÉRIE NOIRE ILY EUT DÉJÀ LA MORT BRUTALE, en août 2007, du Katangais Samba Kaputo, conseiller spécial du chef de l’État pour les questions de sécurité. En 2010, c’est un sécurocrate de la même région qui doit se faire plus discret : le général John Numbi, le patron de la police, est démis de ses fonctions après l’assassinat de Floribert Chebeya, le président de l’ONG La Voix des sans-voix. Le 13 février, c’est la tour de contrôle – toujours katangaise – à la présidence qui tombe. Joseph Kabila va devoir, en outre, se passer durablement de trois fidèles lieutenants, blessés dans le crash : le rigoureux ministre des Finances, Matata Ponyo Mapon, commençait à remettre en ordre l’administration des impôts. Il avait également la confiance des bailleurs de fonds. L’ambassadeur Antoine Ghonda est un maillon essentiel de la diplomatie souterraine, notamment avec les voisins. Quant à Marcellin Cishambo, il est le relais du Palais dans le Sud-Kivu, sa province d’origine, dont il est le gouverneur, après avoir été un PH.P. très influent conseiller du chef de l’État. ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
JEAN MBUYU Ancien ministre des PME et ex-député, ce discret conseiller s’est beaucoup rapproché du « patron » depuis le décès de Mwanke. AUBIN MINAKU Ancien directeur de cabinet de Jean Mbuyu, l’actuel secrétaire général de la Mouvance présidentielle possède un solide réseau. JEAN-CLAUDE MASANGU Bien que le président s’en méfie, l’inamovible gouverneur de la Banque centrale est incontournable aux yeux des bailleurs de fonds. LE GÉNÉRAL KABULO Si le général Etumba est en perte de vitesse, le général Kabulo reste un homme clé de l’armée congolaise.
car il tirait toutes les ficelles », explique un expert international, rappelant notamment l’épisode, en mars 2009, de la démission contrainte et forcée du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, entré depuis en dissidence. CROCODILES. « Pour toutes ces raisons, Katumba
laisse un immense vide qui pourrait bien entraîner une redoutable lutte de pouvoir. Le système de la présidence a été frappé à la tête », analyse le même expert, qui n’exclut pas une rude bataille dans l’entourage du patron pour récupérer la place et tous les attributs qui allaient avec. Ce que l’on appelle le « clan des Katangais » est aujourd’hui sonné. D’autres pourraient en profiter. L’autre scénario envisageable est moins déstabilisant pour le régime. « Kabila saura rebondir. Comme à son habitude, il va scruter le marécage et retiendra les crocodiles les plus forts », estime notre diplomate, qui parie sur une reconfiguration des alliances politiques et des allégeances. « Les jeux sont ouverts, et le chef de l’État pourrait profiter de cette situation imprévisible pour rebattre les cartes. » De fait, après les catastrophiques élections présidentielle et législatives de novembre 2011, Kabila doit absolument retrouver une légitimité. Les jours du gouvernement et du Premier ministre, Adolphe Muzito, sont comptés. Et les contours de la nouvelle majorité pourraient bien être redessinés, avec des figures venues, semble-t-il, de la diaspora, des milieux d’affaires et même de certains partis d’opposition victimes d’actes de braconnage… En mourant tragiquement, Augustin Katumba Mwanke est passé de l’ombre à la lumière. Mais il va sans doute porter sur les fonts baptismaux le deuxième mandat de celui qu’il aura toujours secondé et appuyé, Joseph Kabila. ● JEUNE AFRIQUE
FABRICE COFFRINI/AFP
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Afrique subsaharienne
TRIBUNE
Opinions & éd ditoriaux
Avec nous à sa tête, l’Union africaine sera plus forte
UN PHOTO/MARK GARTEN
L MAITE NKOANAMASHABANE, Ministre sudafricaine des Affaires étrangères
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ÉLECTION DU NOUVEAU président de la Commission de l’Union africaine (UA) était l’un des moments les plus attendus du 18e sommet de l’UA, qui s’est tenu début février à Addis-Abeba. Avec l’aval et l’appui de la Communauté des États de l’Afrique australe (SADC), l’Afrique du Sud a présenté la candidature de la ministre de l’Intérieur, Nkosazana DlaminiZuma. L’élection a été reportée au mois de juin, mais, après mûre réflexion, le 12 février, la sousrégion nous a redemandé de présenter un candidat au service de l’Afrique et c’est ce que nous ferons*. D’ici là, voici quelques faits importants qui ne sont que rarement mentionnés. Tout d’abord, depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, l’ancêtre de l’UA), en 1963, la présidence de la Commission n’est jamais revenue à un représentant de la SADC. Ensuite, l’Afrique du Sud n’a jamais présenté de candidat pour ce poste par le passé. Nos représentants au sein de l’UA ont toujours servi l’organisation avec humilité et quitté leurs fonctions à la fin de leur mandat. Pas une seule fois nous n’avons tenté d’agir contre le souhait des États membres. Nous sommes une démocratie constitutionnelle et progressiste, et notre politique étrangère est guidée par ces valeurs. Nous sommes parfaitement conscients que, pour avoir un monde et une Afrique meilleurs, il faudra passer par un processus long et complexe.
important était « d’éviter les dangers inhérents à la désunion, en créant une union politique qui, par ses succès, deviendra un exemple pour un monde divisé ». Aujourd’hui, le visage de l’Afrique a changé. Ce qui l’affligeait a été en grande partie corrigé : l’apartheid, par exemple, a été aboli en Afrique du Sud, et plusieurs États ont fêté leurs cinquante ans d’indépendance l’année dernière. L’économie du continent s’est mise en mouvement. Que faire pour poursuivre le travail accompli et relever les défis hérités des divisions du passé? L’Afrique du Sud est convaincue que le continent a besoin d’une UA plus forte. Nous sommes allés à Addis-Abeba avec une candidate solide et
Jamais la présidence de la Commission de l’UA n’a été laissée à l’Afrique australe et jamais elle n’a été occupée par une femme.
Il est utile aussi de rappeler que, pendant les heures les plus sombres de notre histoire, le continent a été divisé par des allégeances à des puissances coloniales. Nous, Africains, sommes allés jusqu’à nous battre en leur nom. C’est bien pour cela que, quand les pères fondateurs de l’OUA se sont réunis à Addis-Abeba, au début des années 1960, ils ont insisté sur la nécessité de s’unir pour décider de notre destin. En 1961, un des architectes de l’unité africaine, Kwame Nkrumah, a fait cette déclaration restée dans les mémoires : « Individuellement, les États indépendants d’Afrique, pour certains potentiellement riches, pour d’autres pauvres, ne peuvent faire que peu de choses pour leur peuple. Ensemble, en s’aidant mutuellement, ils peuvent obtenir beaucoup. » Nkrumah ajoutait que le plus JEUNE AFRIQUE
capable de la mener dans cette direction, et elle aurait pu devenir la première femme à occuper ce poste depuis la création de l’OUA – même si c’est d’abord pour ses qualités de leader que le choix s’est porté sur elle. Nous ne pensons pas que cette élection – ou que l’incapacité à départager Jean Ping, le président sortant, et Mme Dlamini-Zuma – ait été un échec. Cette absence de résultat clair est liée au fonctionnement démocratique de l’institution. Au Royaume-Uni, l’une des plus vieilles démocraties au monde, la dernière élection nationale n’a pas donné de gagnant absolu et a conduit à un accord de partage du pouvoir. Le fait qu’un résultat similaire se produise dans un organe politique africain n’est pas un signe de division, mais l’expression d’une démocratie en action. Affirmer que l’Afrique du Sud n’aurait pas dû présenter de candidat en raison des divisions héritées du passé, comme le font certains médias, est paradoxal. C’est justement en traçant notre propre chemin dans l’Histoire que nous pouvons nous rassembler. C’est ce que pourrait faire l’Afrique avec Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’UA. ● * Si le comité des sept chefs d’État qui doit se réunir en mars autorise Jean Ping et Nkosazana Dlamini-Zuma à prétendre au poste, NDLR. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Afrique subsaharienne BURKINA
Djibrill Bassolé « Blaise Compaoré est disposé à aider le Mali » Parce qu’il craint une déstabilisation de son voisin, confronté à une rébellion touarègue dans le Nord, le ministre des Affaires étrangères réaffirme la disponibilité de son président.
I
l y a longtemps que le commandant de gendarmerie a troqué son treillis pour un maroquin ministériel. D’abord ministre des Affaires étrangères, puis médiateur conjoint des Nations unies et de l’Union africaine pour le Darfour entre 2008 et 2011, puis à nouveau chargé de la diplomatie du Burkina depuis l’année dernière, Djibrill Bassolé, 55 ans, est la voix et l’oreille du président Blaise Compaoré. Homme de toutes les médiations, il suit avec attention la rébellion qui secoue le nord du Mali depuis la mi-janvier. JEUNE AFRIQUE : Le Burkina est en première ligne dans la crise malienne. Plus de 10 000 personnes ont déjà passé la frontière. Comment gérez-vous la situation? DJIBRILL BASSOLÉ : La guerre entre
le Mouvement national de libération de l’Azawad [MNLA, NDLR] et l’armée malienne a des conséquences humanitaires désastreuses. Les pays de la zone font déjà face à une pénurie alimentaire, et l’afflux de réfugiés vient compliquer la donne. Nous n’avons pas attendu pour demander l’aide d’organisations internationales, comme le Programme alimentaire mondial [PAM] ou le Haut-
Les personnes qui arrivent sont dans la détresse. Il y a des femmes, des enfants, des vieillards… Mais nous procédons tout de même à des interrogatoires, et les hommes, jeunes notamment, sont fouillés pour vérifier qu’ils n’ont pas d’armes ni de munitions. Jusqu’à présent, on a recensé 72 déserteurs. L’Algérie a proposé une médiation dont le MNLA ne veut pas. Le président Compaoré est-il prêt à jouer ce rôle ?
Le chef de l’État est disposé à aider à ramener la paix, par la voie du dialogue, mais sans disputer la tâche au pays frère qu’est l’Algérie. Deux médecins ne se battent pas au chevet d’un malade… Il faut aussi que les parties en conflit le souhaitent et que cette médiation obtienne l’aval des organisations régionales, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao] et l’Union africaine [UA] en particulier. Quelle solution préconisez-vous pour ramener la paix au Mali ?
Il faut une approche globale, qui implique l’ensemble des pays concernés par cetterébellion,lesorganisationsrégionales et la communauté internationale. Il faut
Il ne faut pas juger Bamako trop vite. Chacun fait ce qu’il peut, avec les moyens qu’il a. Commissariat des Nations unies pour les réfugiés [HCR]. Les agences gouvernementales ont également été sollicitées, et nous mobilisons des fonds pour leur permettre de travailler. Êtes-vous sûr qu’il n’y a, parmi ces réfugiés, ni rebelles, ni djihadistes, ni trafiquants d’armes ? N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
prendre aussi en compte la nature des problèmes à résoudre: la précarité des conditions de vie des populations, le chômage, l’insécurité et les prises d’otages d’Al-Qaïda au Maghreb islamique [Aqmi], sans compter la circulation d’armes et de drogue. Aucun accord de paix ne sera durable s’il n’est pas soutenu par un programme de développement socioéconomique.
UN PHOTO/ALBERT GONZALEZ FARRAN
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Certains reprochent au Mali d’avoir manqué de rigueur dans le contrôle des Touaregs revenus de Libye, alors que le Niger les a désarmés dès leur arrivée. Le Mali a-t-il sous-estimé la menace ?
Je ne connais pas les détails des dispositifs sécuritaires de ces pays, mais je ne crois pas. Avant de porter un quelconque jugement, il faut connaître et prendre en compte les réalités du Sahel, une zone immense à couvrir. Chacun fait ce qu’il peut, avec les moyens qu’il a. D’aucuns pensent aussi que les services de renseignements, maliens notamment, sont infiltrés par Aqmi…
Je n’en sais rien, mais ce n’est pas impossible. Eux non plus ne veulent pas se laisser surprendre.
Aqmi est, pour l’instant, peu active sur le territoire burkinabè… Êtes-vous malgré tout inquiet ?
On ne peut pas regarder « brûler la case du voisin » sans être préoccupé. Nos services de défense et de sécurité prennent JEUNE AFRIQUE
Afrique subsaharienne connaissance, aucun groupe armé n’a été signalé ou intercepté sur le sol burkinabè. Ces derniers mois, Boko Haram a multiplié les attaques au Nigeria. L’ONU évoque des connexions avec Aqmi, et des membres de la secte ont été arrêtés au Niger… Est-ce une source supplémentaire d’inquiétude ?
C’est un phénomène très préoccupant, et nous devons aider le Nigeria à y mettre un terme. Il faut surtout éviter une propagation aux pays voisins, parce que tous présentent un terreau favorable à l’apparition de ce genre d’extrémisme. Il faut bien se rappeler que ce sont des jeunes sans emploi, en proie à la désespérance, qui sont récupérés par l’idéologie d’Al-Qaïda. Le « Guide » s’était éloigné du Burkina après la visite de Blaise Compaoré en Israël en 2008. Où en sont aujourd’hui vos relations avec la Libye ?
Le 1er décembre 2010, à Zalingei, dans l’ouest du Soudan. Il était alors MÉDIATEUR CONJOINT DES NATIONS UNIES ET DE L’UNION AFRICAINE POUR LE DARFOUR. Il est revenu au gouvernement en 2011.
des mesures préventives de surveillance pour sécuriser le territoire, et nous coopérons avec les pays voisins. Que faire pour empêcher la prolifération des armes venues de Libye ?
La Libye a toujours été suspectée de servir de base arrière aux trafiquants d’armes, et l’ouverture des arsenaux de Kaddafi a amplifié le phénomène. Pour récupérer ces armes, il faut une coopération régionale et surtout associer le gouvernement libyen dans les prochaines concertations régionales. Ses responsables ont d’ailleurs manifesté, lors du dernier sommet de l’Union africaine, en janvier, leur volonté de prendre part à toutes les démarches qui visent à mieux combattre l’insécurité dans notre zone. Peuvent-ils le faire alors qu’ils ont du mal à circonscrire les poches de résistance chez eux ? JEUNE AFRIQUE
Le Conseil national de transition [CNT] est prêt à faire sa part du travail, même s’il est confronté à des difficultés internes. Et de notre côté, avec l’expertise de l’Union africaine en matière de dialogue et de réconciliation, nous devons aider nos frères libyens à surmonter les divergences qui minent leur cohésion nationale. Le CNT pourra ensuite se doter d’un État et d’une administration modernes, capables de jouer leur rôle. Concrètement, comment le Burkina Faso se protège-t-il? Avez-vous intercepté des armes sur votre territoire ?
Depuis les premiers enlèvements de touristes dans la bande sahélo-saharienne, les patrouilles militaires ont été multipliées, et le président a veillé à ce que les capacités des services de renseignements soientrenforcées.L’ouverturedesarsenaux libyens nous a évidemment demandé d’accroître notre vigilance, mais, à ma
La visite que vous mentionnez ne fut qu’un prétexte. Kaddafi lui-même a toujours entretenu des relations indirectes avec Israël. En fait, les principales divergences avec Tripoli concernaient le refus du président Compaoré de soutenir son projet d’États-Unis d’Afrique. Il considérait cette initiative comme précipitée et préconisait d’abord la mise en œuvre des projets intégrateurs. Et puis, avant même la disparition du leader libyen, nous avions des contacts avec les responsables du CNT, et les échanges que nous avons eus avec eux à Addis-Abeba, lors du sommet de l’Union africaine, permettront de relancer notre partenariat sur de nouvelles bases. Le Printemps arabe, qui a notamment précipité la chute du régime libyen, peut-il se produire au sud du Sahara ?
Les élus doivent aujourd’hui répondre aux attentes des populations en matière d’emploi et de libertés individuelles. Les pays au sud du Sahara ont, d’une manière générale, instauré plus d’espace de liberté, avec des élections démocratiques. La grosse préoccupation reste la question du chômage et de la pauvreté. Avec l’essor démographique, celle-ci touche de plus en plus de jeunes en proie au désarroi. Ce sont là des conditions propices aux revendications et aux explosions sociales. Il est indispensable d’en tirer les leçons. ● Propos recueillis par PASCAL AIRAULT et MALIKA GROGA-BADA N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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BTATOUJOEL/APANEWS
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FOOTBALL
C’est gagné
Malgré des stades relativement vides et la faiblesse des infrastructures hôtelières, la Coupe d’Afrique des nations 2012 est considérée comme l’une des plus réussies. Un bon point pour Libreville et Malabo.
L
e football est une « bagatelle » beaucoup trop sérieuse pour échapper à l’épreuve du bilan. La Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui forme avec la Coupe du monde et l’Euro le triptyque des événements les plus courus du genre, est devenue un rendez-vous attendu bien audelà du continent, et la dernière édition disputée une année paire – la prochaine aura lieu en 2013 – devait donc être une des mieux organisées de l’Histoire. Il était écrit que cette CAN 2012 dégagerait un parfum particulier. D’abord, certaines pointures, comme l’Égypte, triple tenante du titre, le Nigeria, l’Algérie, le Cameroun et l’Afrique du Sud s’étaient égarées sur le chemin de la Guinée équatoriale et du Gabon. Puis quelques favoris, rescapés de la lessiveuse des qualifications et bardés de certitudes, avaient quitté l’Afrique équatoriale au soir du premier tour (Sénégal, Maroc) ou au pied de la finale (Ghana). Et la Côte d’Ivoire, le dernier survivant de N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Le 12 février, les présidents TEODORO OBIANG NGUEMA, ALI BONGO ONDIMBA ET BONI YAYI à l’issue de la finale remportée par la Zambie.
cette bande des quatre, a abandonné ses illusions (0-0, 8-7 aux tirs au but) à une Zambie deux fois finaliste (1974, 1994) et qui s’était juré d’honorer la mémoire des joueurs de l’équipe nationale décédés dans un crash aérien au large des côtes gabonaises en 1993. En confiant à deux pays l’organisation de la CAN, la Confédération africaine de football (CAF) n’avait pas fait le choix de la facilité, douze ans après une première tentative poussive au Nigeria et au Ghana. Surtout, le gouvernement du football africain, deux ans après la CAN angolaise endeuillée par l’attentat commis contre les Togolais à Cabinda et une gestion de l’événement d’une sidérante légèreté, se savait épié. Cette année, ses oreilles n’ont pas trop sifflé, et la mouture 2012 est même considérée comme la plus réussie de toute l’histoire de la coupe. Bien sûr, et puisque la perfection restera toujours une chimère, les nuances sont faites pour porter quelques coups de griffes à un bilan que certains voudraient idéal. BILLETS TROP CHERS. Au Gabon
comme en Guinée équatoriale, la plupart des matchs se sont déroulés dans des stades flambant neufs aux tribunes trop souvent vides, hormis lorsque les Panthères et le Nzalang Nacional – qui ont tous les deux atteint les quarts de finale – s’y produisaient. Le quart de finale entre le Soudan et le futur vainqueur zambien n’a par exemple attiré que quelque 130 spectateurs dans le
stade de Bata (35 000 places). La faute à des prix considérés comme trop élevés : si les premiers billets étaient affichés à 6 000 F CFA (environ 9 euros), l’essentiel des places était proposé entre 15 000 et 45 000 F CFA. Pour la finale, les tickets les plus onéreux auraient même atteint 100 000 F CFA. Le gouvernement de Malabo avait fait de la qualité des infrastructures sportives et de la sécurité deux de ses priorités. Il les a globalement atteintes… En négligeant, hélas, les conditions d’accueil des supporteurs et des équipes invitées à séjourner sur son territoire. La sélection zambienne a ainsi quitté dès le lendemain de son arrivée l’hôtel miteux de Bata où elle avait été logée. La Guinée équatoriale n’a pas l’habitude de recevoir des touristes, et cela s’est vu. Au Gabon, où le retard accumulé dans la construction des stades et des infrastructures nourrissait les inquiétudes, les doutes se sont dissipés à l’aube du premier match entre les Panthères et le Mena du Niger (2-0). Des stades modernes et fonctionnels, des conditions d’hébergement convenables – même si, dans la poule située à Franceville, certaines sélections étaient hébergées trop loin du lieu des matchs – et des liaisons aériennes entre les deux sites à la hauteur des attentes. Le Gabon et la Guinée équatoriale ont plutôt bien assumé le cahier des charges, et ce petit coup de pub ne leur fera pas de mal. ● ALEXIS BILLEBAULT JEUNE AFRIQUE
Afrique subsaharienne CAMEROUN
Jamais sans ma fille Elle est jeune, pauvre, mais compte bien obtenir justice. Depuis janvier, l’histoire de Vanessa, dont le bébé a disparu, défraie la chronique.
DR
D
epuis six mois, elle ne bouge pas de la chambre numéro 2 de l’hôpital de Ngousso, à Yaoundé. À 17 ans, Vanessa Tchatchou est entrée en résistance et répète qu’elle ne quittera pas les lieux sans le bébé qui, dit-elle, lui a été volé. Ses soutiens, de plus en plus nombreux, se disent tout aussi déterminés. « Nous n’hésiterons pas à saisir la Cour africaine des droits de l’homme et la Commission des droits de l’homme des Nations unies si lajusticecamerounaiseserévèleincapable de protéger ses citoyens », clame Shanda Tonme, président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi). Le feuilleton qui tient le Cameroun en haleine depuis que l’affaire a été rendue publique a débuté en août dernier. Il met en lumière trois batailles entrecroisées. D’abord, celle d’une lycéenne issue d’un milieu défavorisé, dont la petite fille a mystérieusement disparu entre la salle d’accouchement et la couveuse où elle devaitêtreplacée.Persuadéed’êtrevictime
d’un réseau de trafiquants d’enfants, elle a saisi le procureur de la République. COMPLICITÉ. Se fondant sur un coup de
fil dénonciateur, elle affirme que le trafic a profité à une magistrate, Caroline Mejang Ndikum Ateh. Cette dernière aurait simulé une grossesse avec la complicité d’un médecin de l’hôpital. La magistrate, qui n’a pas été formellement interrogée par la justice, prétend avoir adopté le 14 août un enfant abandonné, né la veille. Sauf que le procès-verbal d’abandon d’enfant qu’elle présente est sujet à caution et
qu’au Cameroun les procédures d’adoption sont longues. À ce drame humain vient se greffer une autre bataille, sociale celle-là, le Cameroun ayant été plusieurs fois désigné comme une plaque tournante du trafic d’enfants en Afrique. La Comicodi affirme détenir la preuve de l’existence d’un réseau de femmes cadres impliquées dans ce type de trafic. Le combat de Vanessa prend un tour politique avec l’entrée en piste du ministre de la Communication, Issa Tchiroma, qui a déclaré début février que l’enfant était décédé, signifiant ainsi le classement de l’affaire – hypothèse rejetée par l’entourage de Vanessa. Le caractère politique est accentué par le statut des personnalités qui la soutiennent. Parmi elles, VincentSosthène Fouda, dont la candidature à la présidence avait ð La jeune été invalidée lors femme se dit du scrutin d’octobre VICTIME D’UN dernier. Placé en TRAFIC D’ENFANTS. garde à vue pour avoir participé à une manifestation de soutien à Vanessa, le 10 février, il comparaîtra devant la justice le 8 mai. Pour Shanda Tonme, la chaîne des responsabilités est longue, mais clairement identifiée. Elle irait du directeur au personnel de l’hôpital, en passant par les responsables régionaux de la police. La Comicodi s’interroge aussi sur le silence du procureur près le tribunal de Mfou, supérieur hiérarchique de la magistrate, contre laquelle Vanessa a décidé de porter plainte. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM
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ANGOLA
Un fantôme nommé Savimbi Dix ans après sa mort, le 22 février 2002, le souvenir du chef de l’Unita, orgueilleux et brutal, hante toujours la scène politique locale.
«
P
rimeiro os Angolanos » (« Les Angolais d’abord »), scandait Jonas Savimbi à la fin de ses grands discours. Aujourd’hui, le slogan est devenu sonnerie. À Luanda, beaucoup de jeunes ont mis la voix du fondateur de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) dans leur téléphone portable. Dix ans après sa mort, Savimbi est tendance. Que reste-t-il de lui ? Pas que des bons souvenirs. Savimbi était un guerrier. Entre 1975 – année de l’indépendance – et 2002, la guerre civile a causé la mort de près de 1 million de personnes. L’Unita est coupable, au même titre que le parti au pouvoir, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA). Les
portugais, Emídio Fernando, « ce n’est qu’en 1966, quand il a compris qu’il ne serait jamais numéro un du MPLA, qu’il a créé l’Unita ». Il est vrai que sa communauté des Ovimbundus était marginalisée par les élites métisses du MPLA. Puis, de purge en purge, le chef a installé autour de lui un culte de la personnalité. Façon Staline ou Mao. Entre 1964 et 1966, le jeune Savimbi a longuement séjourné en Chine. Épisode peu connu, épisode formateur.
TRIBUN. Mais Savimbi était aussi un farouche nationaliste. Et un homme courageux : le 22 février 2002, il est mort les armes à la main. On sait moins que c’était un bon gestionnaire. « Dans les vastes territoires sous contrôle de l’Unita, il y avait partout écoles et dispensaires. En fait, c’était Son parti est aujourd’hui encore, un homme degauche », avec ses 16 sièges à l’Assemblée, témoigne le reporter français Yves Loiseau. la première force d’opposition. « L’Angolais d’aujourd’hui se souvient de l’aversion de Jonas à l’égard contraintes de la guerre ? Sans doute. des corrompus et il fait le parallèle avec le Mais le chef rebelle était d’une grande régime actuel », affirme Paulo Lukamba brutalité, y compris avec les siens. Gato, l’un des successeurs de Savimbi à Plusieurs de ses compagnons ont été la tête de l’Unita. « À l’époque, quand il y mis à mort pour rien. Pour de simples avait une coupure d’eau ou d’électricité à soupçons. Luanda, le MPLA pouvait dire que c’était Savimbi était d’un orgueil démesuré. Comme le rappelle son dernier biographe de la faute de l’Unita. Mais en 2012… » N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
DÉFILÉ DE SOLDATS PRO-SAVIMBI, en 1985. Entre 1975 et 2002, la guerre civile a fait près de 1 million de morts.
Savimbia-t-ilétéunpiondesAméricains qui n’a pas compris, à la fin de la guerre froide, que ses mentors avaient plus besoin du pétrole du MPLA que de ses diamants? Pas si simple. « Dès les premiers mois de 1992, Savimbi a senti que le président Bush le lâchait et m’a demandé de le mettre en contact avec Mitterrand, ce que j’ai fait », confiePauloLukambaGato.Lechefrebelle a cru qu’il pourrait tenir malgré les sanctions de l’ONU et la chute de Mobutu, son voisin congolais et allié… Il s’est trompé. Sans doute encore cet orgueil démesuré. Que reste-t-il ? Un tribun d’exception, qui s’exprimait dans toutes les langues de sonpays.Unhommedegrandeculturequi, les derniers jours de sa vie, citait Churchill ou Mao. À la fois un Africain enraciné dans sa terre et une figure avant l’heure des « élites mondialisées » – il parlait l’anglais et le français couramment. « C’est le de Gaulle africain », disait un chef des services secrets français, Alexandre de Marenches. Surtout, il reste un parti, qui a survécu à son créateur. Avec 16 sièges sur 220 à l’Assemblée, il représente la deuxième forcepolitiquedupays.«Aujourd’hui,dans l’opposition, l’Unita est la seule alternative au MPLA », remarque Paulo Lukamba Gato. On en saura plus aux législatives de septembre prochain. Depuis dix ans, la famille du défunt réclame le transfert de son corps dans son village natal de la province du Bié. Le pouvoir refuse, de peur que le site devienne un lieu de pèlerinage. Le fantôme de Savimbi est toujours là. ● CHRISTOPHE BOISBOUVIER JEUNE AFRIQUE
Coulisses
Afrique Subsaharienne
GUINÉE ÉQUATORIALE
Couac diplomatique À Paris, une perquisition a été menée dans le cadre de l’enquête sur les « biens mal acquis ».
VOITURES DE LUXE. Selon lui, ce n’est pas la résidence du fils du président, mais bien celle de la chargée d’affaires. Avant son acquisition par Malabo en octobre, il s’agissait d’un immeuble qui « recevait les délégations diplomatiques de passage, dont le ministre d’État [Nguema Obiang Mangue, NDLR] lorsqu’il était à Paris », assure Me Pardo, ajoutant qu’il appartenait auparavant à des « sociétés étrangères ». Le ministère français des Affaires étrangères affirme en revanche que le bâtiment relève toujours du « droit commun » et ne bénéficie pas de protections particulières. Fin septembre, onze voitures de luxe avaient déjà été saisies aux abords du même hôtel particulier. Deux semaines plus tard, Teodoro Nguema Obiang Mangue avait été nommé représentant adjoint de son pays au siège parisien de l’Unesco. ● PIERRE BOISSELET JEUNE AFRIQUE
STRINGER/REUTERS
L
’
instruction française dans l’affaire des « biens mal acquis » s’accélère. Le dernier rebondissement de cette enquête, qui s’intéresse au patrimoine de trois chefs d’État africains dans l’Hexagone, est survenu le mardi 14 février, avec le début d’une perquisition de plusieurs jours, menée dans un hôtel particulier de l’avenue Foch, dans le 16e arrondissement de Paris, présenté comme la résidence de Teodoro Nguema Obiang Mangue, ministre de l’Agriculture et fils du président équato-guinéen. L’intéressé ne s’y trouvait pas (il était alors à Malabo), mais la chargée d’affaires Mariola Bindang Obiang, qui joue le rôle d’ambassadeur depuis le départ de Federico Edjo Ovono en octobre 2011, y était. Elle a donc « été contrainte de quitter les lieux contre tous les usages diplomatiques », affirme l’avocat de la présidence équato-guinéenne en France, Olivier Pardo. « Le ministère français des Affaires étrangères et la présidence ont été saisis des protestations les plus vives », ajoute-t-il.
de la Banque centrale, Gill Marcus, et le ministre des Finances, Pravin Gordhan, ont affirmé qu’ils s’apprêtaient à faire « une annonce d’importance nationale », la rumeur s’est déchaînée. Que se préparait-il? Le lancement d’un grand emprunt? Une cure d’austérité ? Des limogeages au sommet de l’État ? Ni une ni deux, les marchés financiers se sont affolés, et le rand, la monnaie nationale, a chuté de 2 % par rapport au dollar. Dommage, car le trio a finalement annoncé, le 11 février, que les nouveaux billets de banque seraient à l’effigie de Nelson Mandela. Le visage du héros de la lutte contre l’apartheid remplacera prochainement les léopards, buffles, lions ou rhinos qui figuraient jusque-là au recto des petites et grosses coupures. C’est tout ? Oui. ●
AFRIQUE DU SUD MANDELA FAIT CHUTER LE RAND Le secret avait été bien gardé. Un peu trop même… Quand, le 10 février, le président Jacob Zuma, la gouverneure
SOMALIE AL-QAÏDA WANTS YOU !
ÉDITION TINTIN ACQUITTÉ
NIGERIA ÉCHAPPÉE BELLE
Les milices Shebab avaient fait allégeance à Oussama Ben Laden en 2009, mais ce n’est que tout récemment, dans un message vidéo posté sur internet, que le nouveau chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a annoncé que les insurgés somaliens étaient intégrés à la nébuleuse islamiste. Le 13 février, plusieurs centaines de personnes ont célébré la nouvelle dans les zones contrôlées par les Shebab dans le centre et le sud du pays.
C’est parce qu’il n’est pas intentionnellement « discriminatoire » que la justice belge a refusé, le 10 février, d’interdire Tintin au Congo. Depuis quatre ans, le Congolais Bienvenu Mbutu Mondondo réclamait que la bande dessinée soit retirée de la vente, ou que soit ajouté un texte expliquant le contexte de l’époque. Le Conseil représentatif des associations noires (Cran), qui lui avait apporté son soutien, affirmait que l’album de Hergé véhiculait des clichés racistes.
C’est à coup d’explosifs que des hommes armés, arrivés en moto, ont attaqué la prison de Koton Karfe, au Nigeria, le 15 février. Près de 120 détenus en attente de jugement ont été libérés. L’assaut a été revendiqué par la secte Boko Haram, qui a multiplié ces dernières semaines les attaques meurtières dans le nord du pays. En septembre 2010, elle avait déjà attaqué une prison de l’État de Bauchi. Environ 700 prisonniers avaient alors pu s’échapper. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Maghreb & Moyen-Orient
LIBYE
Le temps des
Un an après le déclenchement du soulèvement contre Kaddafi, la transition politique piétine. Même à Tripoli, le vrai pouvoir demeure aux mains de brigades révolutionnaires concurrentes. Règlements de comptes, exactions, insécurité… Le quotidien s’assombrit. YOUSSEF AÏT AKDIM
L
«
’homme à la facture de 2 millions d’euros ». C’est le nouveau surnom dont la presse britannique a affublé Abdelhakim Belhadj, chef du Conseil militaire de Tripoli et ancien militant djihadiste, qui a occupé une cinquantaine de chambres de l’hôtel Radisson, un des cinq-étoiles de la capitale libyenne. L’intéressé nie et la direction de l’hôtel annonce avoir dû mettre les rebelles dehors. On ne sait pas si l’ardoise a été réglée depuis, ni par qui. L’anecdote fait en tout cas sourire les nombreux rivaux de Belhadj. Depuis la fin des combats majeurs, le 20 octobre, avec la chute de Syrte et le lynchage de Kaddafi, la Libye reste en armes, tandis que les chefs militaires se regardent en chiens de faïence. Le pouvoir civil, incarné par le Conseil national de transition (CNT) et le gouvernement provisoire, peine à asseoir son pouvoir. Mustapha Abdeljalil, président consensuel et longtemps incontesté, agit de manière unilatérale. « Cela a toujours été le cas, dès les premières heures de la révolution », tempère un ministre du cabinet d’Ahmed Jibril. L’expérience gouvernementale de l’ancien Premier ministre a valu à celui-ci quelques critiques, mais elle contrebalançait le penchant d’Abdeljalil pour le pouvoir solitaire. Depuis, l’un et l’autre ont été rattrapés par leur passé collaborationniste sous le régime Kaddafi : Abdeljalil à la Justice et Jibril à la Planification économique. La chasse aux mutasalliqin (« grimpeurs », c’est-à-dire les opportunistes) est une passion qui réconcilie les Libyens de tous bords. Elle n’a pas épargné Abdelhafidh Ghoga, numéro deux du CNT, molesté et chassé par les étudiants de la faculté de Ghar Younès, ni même le président, humilié par des manifestants qui ont envahi le siège du CNT, à Benghazi, le 21 janvier. Le nouveau Premier ministre, Abderrahim el-Keib, peut, lui, se targuer d’un pedigree révolutionnaire impeccable. Issu d’une famille de notables de la capitale, longtemps exilé aux États-Unis, ce technocrate parle à tous. À distance égale des libéraux et des N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
La chasse aux opportunistes est devenue un sport national.
islamistes, Keib s’est décidé à former un gouvernement d’équilibre : Oussama Jouili, le ministre de la Défense, est de Zintan, et Faouzi Abdelali, à l’Intérieur, est de Misrata. IMPUNITÉ. Comptables de la situation sécuritaire, ces deux responsables sont pourtant restés mystérieusement discrets lors des récentes crises, JEUNE AFRIQUE
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AUDE OSNOWYCZ POUR J.A.
milices
Maghreb Moyen-Orient
notamment lorsque des heurts à Bani Walid ont fait planer le spectre d’un retour des kaddafistes, fin janvier. « Il est clair que le gouvernement n’a pas de plan pour désarmer les brigades révolutionnaires ou les milices qui prospèrent depuis de nombreux mois », déplore Mahmoud Shammam, l’un des chefs politiques du soulèvement, aujourd’hui à la tête du Parti de la solidarité JEUNE AFRIQUE
Les responsables politiques se sentent d’autant plus REDEVABLES À L’ÉGARD DES JEUNES MILICIENS que ceux-ci assurent, aujourd’hui encore, leur sécurité.
nationale. Un constat inquiétant au moment où les récits d’exactions corroborent un sentiment grandissant de chaos. Dans un rapport publié le 16 février, Amnesty International tire la sonnette d’alarme : « Le fonctionnement des milices libyennes est en ● ● ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Les nouveaux maîtres de Tripoli
ABDELHAKIM BELHADJ
ABDALLAH NAKER
Chef du Conseil militaire de Tripoli
Chef du Conseil révolutionnaire de Tripoli
OUSSAMA JOUILI Ministre de la Défense
45 ans, Tripoli
39 ans, Zintan
50 ans, Zintan
Ancien émir du Groupe islamique combattant libyen (GICL), repenti et libéré grâce aux bons offices de Seif el-Islam Kaddafi en 2009. Il est abonné des plateaux d’Al-Jazira depuis la chute de la capitale, le 23 août 2011.
Cet informaticien revendique une trentaine de batailles. Ses déclarations fracassantes, dans le style Kaddafi, l’ont rendu célèbre. Il prétend détenir Abdallah Senoussi, numéro deux de l’ancien régime, et entend jouer un rôle politique.
Militaire jusqu’en 1992, il a repris du service en formant le conseil militaire de Zintan et mené les campagnes du Djebel Nefoussa et des villes côtières de l’Ouest. Nommé à la Défense après la capture de Seif el-Islam.
● ● ● grande partie anarchique, et l’impunité générale dont elles bénéficient fait le lit de nouveaux abus et perpétue l’instabilité et l’insécurité. » Le ministère de l’Intérieur ne contrôle officiellement que 7 des quelque 60 prisons ou centres de détention du pays. Le reste est tenu par des milices qui émettent leurs propres mandats et emprisonnent des « suspects » sans recours judiciaire. Les délégués de l’ONG internationale, qui ont eu accès à une dizaine de centres de détention ces dernières semaines, rapportent que « plusieurs détenus ont dit avoir avoué des viols, des meurtres et d’autres crimes qu’ils n’avaient pas commis dans le seul but que la torture cesse ». Une pratique apparemment généralisée. Médecins sans frontières a ainsi suspendu ses activités à Misrata pour protester contre son instrumentalisation par les milices. « Des patients nous ont été amenés au milieu d’un interrogatoire pour recevoir des soins médicaux afin de les remettre en forme pour la poursuite de cet interrogatoire. C’est inacceptable », s’indigne Christopher Stokes, directeur général de l’ONG. Organisations internationales et témoins confirment aussi que les miliciens de Misrata interdisent toujours le retour des 30 000 habitants de Tawargha. Victimes d’une véritable entreprise de nettoyage, ces derniers paient leur soutien à la sale guerre de Kaddafi contre Misrata. Selon Amnesty, les miliciens du Zintan ont également forcé « des milliers de membres de la tribu des Mashashya à quitter leur village ».
PROTECTEURS. Au cœur même de la capitale, des incidents récurrents opposent des hommes armés, parfois difficiles à identifier. Pillages, vols et racket sont devenus monnaie courante, tandis N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
que la police, désarmée, est affectée à la circulation. L’armée nationale, largement localisée à l’Est, n’a même pas les moyens de contrôler les frontières, tâche dont s’acquittent en grande partie les nombreuses brigades de Zintan. Élu pour un temps chef d’état-major par ses pairs, Khalifa Hifter en a fait l’amère expérience, en décembre dernier, quand son convoi a été attaqué par les miliciens qui contrôlent encore l’aéroport international de Tripoli. Mais la popularité des révolutionnaires reste forte, et aucun dirigeant politique ne semble décidé à désigner clairement des responsables. En dépit d’appels répétés de ses amis du Conseil local de Tripoli, Abderrahim el-Keib n’a en réalité jamais lancé d’ultimatum pour le retrait des
SEIF, AÏCHA, ABDALLAH ET LES AUTRES LA PHOTO DU REPAS DE SEIF EL-ISLAM avec ses ravisseurs de Zintan a fait le tour de Facebook. Capturé au moment où il fuyait vers le Niger, le 19 novembre, l’héritier a depuis reçu la visite de la Croix-Rouge et celle de Human Rights Watch, mais toujours pas d’avocat. Depuis Niamey, son frère Saadi a lancé, le 10 février, un appel au soulèvement contre le CNT, embarrassant un peu plus les autorités nigériennes. Après des déclarations semblables, Aïcha Kaddafi, réfugiée à Alger avec sa mère, Safia Farkash, fait aujourd’hui profil bas. C’est aussi le cas de Moussa Koussa, lâché par ses protecteurs à Doha, sans doute après avoir livré bien des secrets. Mansour Dao, responsable de la sécurité du « Guide », capturé à Syrte, a échappé au sort de son maître, mais reste détenu à Misrata. Pas de nouvelles précises, en revanche, d’Abdallah Senoussi, ancien chef des services de renseignements. Son arrestation, annoncée en même temps que celle de Seif, n’a jamais été confirmée. Annoncé à Kidal (Mali), il se fait discret, tout comme Béchir Saleh, secrétaire particulier de Y.A.A. Kaddafi. ● JEUNE AFRIQUE
PHOTOS : ISMAIL ZETOUNI/REUTERS
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Maghreb Moyen-Orient rebelles de la capitale avant le 20 décembre. Les responsables politiques, toutes obédiences confondues, se sentent redevables à l’égard des milices. Leur propre sécurité est aujourd’hui encore assurée par ceux-là mêmes qui les contestent. D’autant que l’obsession de la « cinquième colonne » est ravivée par les déclarations des derniers membres de la famille Kaddafi. Réfugié au Niger, Saadi Kaddafi a ouvertement appelé au soulèvement contre le nouveau pouvoir, dans une interview téléphonique diffusée le 10 février par la chaîne saoudienne Al-Arabiya (lire ci-dessous). De Sebha à Benghazi, en passant par Tripoli et Bani Walid, les rumeurs de déstabilisation sont la meilleure assurance vie pour les chefs de
guerre, érigés en « protecteurs de la révolution ». Mais la légitimité révolutionnaire est aujourd’hui diffuse. Le CNT l’a incarnée avec éclat lorsque le soutien de la communauté internationale était crucial, mais, aujourd’hui, les loyautés locales et tribales renforcent le pouvoir des seigneurs de Le mythe kaddafiste du la guerre. Paradoxalement, le peuple en armes continue mythe kaddafiste du peuple de hanter l’imaginaire. en armes continue de hanter l’imaginaire. En attendant l’élection d’une Assemblée constituante, prévue avant le 23 juin, date butoir que s’est fixée le CNT, la transition paraît longue. Le cliquetis des kalachnikovs risque de retentir encore longtemps dans les nuits de Tripoli. ●
Fini l’ingérence en Afrique, ou presque… Les dirigeants assurent qu’ils ne s’immisceront pas dans les affaires de leurs voisins du Sud, mais ils n’en conservent pas moins un grand pouvoir d’influence.
nos frères africains. » Preuve de sa bonne volonté : pour lutter contre la prolifération des armes libyennesauSahel,leCNTestprêt à accueillir, début mars, à Tripoli, une conférence sur la sécurité régionale avec les ministres de l’Intérieur et de la Défense des pays voisins. Autre signe : le CNT ne veut plus tirer toutes les ficelles de la Communauté es règles du jeu des États sahélo-sahariens (Cenav e c l ’A f r i q u e Sad), dont la prochaine réunion v o n t c h a n g e r. ministérielle pourrait se tenir Chez l’ homme au Maroc. de la rue, l’image des Africains L’ingérence est-elle vraiment n’est pas très bonne », confie finie ? Le 10 février, quand Saadi le ministre libyen des Affaires Kaddafi a attaqué le CNT sur les étrangères, Achour Ben Khayal, ondes d’Al-Arabiya depuis son au Financial Times. En clair, à exil de Niamey, la Libye a aussitôt Tripoli et à Benghazi, l’opinion demandé au Niger l’extradition publique reproche à beaucoup du fils du « Guide » défunt. « De de chefs d’État africains d’avoir tels propos menacent les relations soutenu Mouammar Kaddafi entre nos deux pays », a ajouté jusqu’au dernier moment. Le Achour Ben Khayal. Pour l’heure, Conseil national de transition les Nigériens refusent d’extrader (CNT) risque de le faire sentir à Réfugié au Niger, SAADI KADDAFI a appelé les Libyens à se soulever contre le pouvoir en place. ses partenaires du continent, qui l’ex-footballeur raté, mais, pour ne pourront plus aller chercher calmer le jeu, ils ont transféré leurs mallettes à Tripoli. Saadi au quartier général de la gendarvoulons consolider nos investissements merie de Niamey et lui ont retiré tout Hôtels de luxe, compagnies de téléphosur la base de contrats transparents. » En moyen de communication. Les Libyens nie mobile… Le nouveau régime va-t-il se attendant, il a décidé de régler ses deux retirer des nombreux projets montés par vont-ils se contenter de cette mesure ? années d’arriérés de cotisations auprès le « Guide » dans toute l’Afrique, du Mali Dans les prochains jours, ils attendent la de l’Union africaine. à l’Ouganda en passant par le Niger, le « Fini l’ingérence de la Libye chez ses visite d’une délégation nigérienne pour Bénin, le Tchad ou la Centrafrique? « Non, voisins du Sud, chez les Tchadiens par régler le problème. Révolution ou non, pas du tout, répond l’influent Mansour exemple, ajoute Seif el-Nasr. Nous n’avons la Libye reste un pays riche et puissant. Seif el-Nasr, ex-représentant du CNT à plus la folie des grandeurs. Plus personne Et, parfois, elle le fait encore savoir à ses Paris. Dans chaque pays, une délégation ne veut être le roi des rois. Nous souvoisins du Sud sans mettre de gants. ● haitons bâtir des relations saines avec libyenne va venir faire un audit. Nous CHRISTOPHE BOISBOUVIER
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Maghreb Moyen-Orient ISRAËL-MONDE ARABE
La cyberguerre est déclarée Mise en ligne d’informations confidentielles, piratage de sites… Un nouveau front du conflit israélo-arabe s’est ouvert sur la Toile. Les hackers des deux camps se rendent coup pour coup.
«
O
xOmar » est en passe de devenir le nouveau héros arabe, un héros anonyme et virtuel. Depuis plusieurs semaines, il multiplie les actes de piratage informatique contre Israël, appelant au passage ses coreligionnaires à la cyber-Intifada : « J’invite les hackers arabes et musulmans à s’unir contre Israël. Nous allons combattre Israël durant toute notre vie. Nous allons nuire à ses intérêts de toutes les manières possibles. » Son premier fait d’armes remonte au 3 janvier, quand il a revendiqué la publication des données de 400000 cartes de crédit israéliennes récupérées sur des sites d’achats en ligne. Pendant quelques heures, la panique s’est emparée des banques israéliennes, qui ont aussitôt alerté leurs clients et bloqué toute transaction. Quinze mille particuliers ont été victimes de cette cyberattaque. DÉMASQUÉ. Dans ses messages,
« OxOmar » se présente comme saoudien, membre d’un groupe de hackers wahhabites. Sûr de lui, il n’hésite pas à communiquer avec des médias de l’État N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Dans ce nouveau champ de bataille virtuel, les hackers israéliens rendent coup pour coup. Le 11 janvier, après avoir piraté les coordonnées bancaires de 217 citoyens saoudiens à Riyad, « Hannibal » et « Omer Cohen » ont publié une liste de 30 000 comptes Facebook avec leurs codes d’accès, tous ouverts dans des pays musulmans. D’autres données personnelles sont apparues, comme les noms des propriétaires,leur adresse e-mail et leur numéro de téléphone. Des coalitions de hackers se forment, à l’instar de l’« équipe des forces de défense israéliennes », qui s’en est pris à la Bourse d’Abou Dhabi et à la Banque arabe de Palestine. « Ce n’est qu’un début, prévient-elle. Si vous continuez à nous attaquer, nous passerons à la phase suivante et paralyserons votre économie. » Les hackers arabes ont répliqué. Le 25 janvier, Anonymous Palestine a saboté le site du quotidien Haaretz, puis les plateformes de deux grands centres hospitaliers de Tel-Aviv. Via son porte-parole, Sami Abou Zouhri, le Hamas a salué cette « nouvelle forme de résistance arabe et islamique contre l’occupation israélienne ».
hébreu avant de passer à l’acte. Mais, IMPUISSANCE. Du côté de l’État hébreu, très vite, un étudiant israélien a cru le réputé pour être à la pointe de la technodémasquer, en interceptant son adresse logie, cette guéguerre fait désordre. En e-mail. L’intéressé se nommerait Omar plus de l’unité 8200 des services de renseiHabib. Originaire des Émirats arabes gnements militaires, un commandement unis, il réside dans la ville mexicaine de défense cybernétique est en place de Pachuca. Ce jeune Arabe de 19 ans, depuis mai 2011. Mais, faute de moyens adepte des forums propalestiniens, est devenu l’ennemi – virtuel – numéro un de l’État hébreu. « OxOmar » publie les données de Le vice-ministre israélien 400 000 cartes de crédit. Panique des Affaires étrangères, dans les banques de l’État hébreu. Danny Ayalon, assimilant les attaques cybernétiques significatifs, il avoue son impuissance. à du terrorisme, a employé un ton belli« Il faudra au moins un à deux ans pour queux : « Les hackers qui agressent Israël colmater les brèches qu’exploitent les se mettent en danger et aucun d’entre hackers », concède son directeur, Yitzhak eux ne sera épargné par nos actions de Ben Israël. Depuis 2002, les entreprises représailles. » réputées stratégiques, telles que la compagnie d’eau et d’électricité, ont pris les COALITIONS. Franchement pas intimidevants en coupant tout lien entre leur dés, « OxOmar » et ses amis s’en sont système informatique et internet. Une aussitôt pris au blog officiel de Danny précaution négligée par le secteur privé, Ayalon, exigeant de lui des « excuses ». d’où sa vulnérabilité. En attendant, la Ils ont aussi lancé une nouvelle offensive cyberguerre est promise à de beaux jours contre les sites de la Bourse de Tel-Aviv, dans la région. ● de la compagnie aérienne El Al et de MAXIME PEREZ, à Jérusalem plusieurs autres institutions du pays.
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Maghreb Moyen-Orient ADIEU | Mohamed Lamari
Mort d’un éradicateur Décédé le 13 février, l’ancien chef d’état-major de l’armée algérienne s’était illustré par son opposition farouche à la réhabilitation des djihadistes.
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ZEBAR/GAMMA
MPORTÉ le 13 février l’insurrection islamiste par une crise cardiaarmée. « Sa conviction proque à l’âge de 73 ans, fonde était que les bigots et le général de corps les tartufes en tout genre d’armée Mohamed Lamari, constituaient une sérieuse ancien chef d’état-major de menace pour son peuple et l’armée algérienne, a été son pays », témoigne inhumé le lendemain au Mustapha Laradji, l’un de cimetière populaire de Ben ses amis d’enfance. Sans Aknoun, sur les hauteurs états d’âme, il prend la tête, d’Alger. La disparition de en 1992, d’une task force de celui qui avait battu le record 15 000 hommes pour lutter de longévité à la tête de contre les Groupes islal’institution militaire (juilmiques armés (GIA). Ses let 1993-août 20 04) ne méthodes sont peu apprédevrait pas bouleverser les ciées en Occident, où naît grands équilibres au sein du alors la fameuse formule du pouvoir, le défunt s’étant « Qui tue qui ? », imputant à retiré de la vie publique l’armée les massacres comdepuis sa démission pour mis par les islamistes et transformant Lamari en bourincompatibilité d’humeur reau. Cette réputation ne avec le chef de l’État (il était l’empêchera pas, une fois à farouchement opposé à la la retraite, de faire quotidienpolitique de réconciliation nement ses courses sans nationale prônée par escorte ni aide de camp, Abdelaziz Bouteflika). En 1992, il avait pris la tête d’une TASK FORCE DE 15 000 négociant avec les vendeurs En revanche, les circonsHOMMES pour lutter contre les Groupes islamiques armés. et plaisantant avec le chatances de son décès et le land. Vu les milliers d’anodéroulement de ses funénymes qui l’ont accompagné à sa railles ont battu en brèche bien des était apprécié et respecté des habitants dernière demeure, il était plus apprécié clichés. En premier lieu, celui sur sa de Bordj Ben Azzouz. Il s’était d’ailleurs présumée fortune. Longtemps présenté qu’on ne le laissait entendre. distingué au cours d’une conférence comme le plus puissant des généraux Mohamed Lamari se sera distingué de presse, en 2002 (unique dans les algériens qui « vampirisent l’économie en disant deux fois « non » à Abdelaziz annales de l’armée algérienne), en nationale », Lamari, natif de Bab Djedid, Bouteflika. La première fois pour rejeter sortant de sa poche sa fiche de paie au cœur de la Casbah d’Alger, a vécu un projet de professionnalisation de (98 0 0 0 dinars, soit à l’époque ses derniers jours dans la modeste l’armée évoqué par le chef de l’État, 1 300 euros) devant des journalistes maison familiale, à Bordj Ben Azzouz, médusés pour dénoncer petite bourgade de la région de Biskra, une campagne de presse d’où sont originaires ses parents. Ce autour de la « fortune des village n’est pas vraiment la destination généraux ». de rêve d’un retraité milliardaire censé Lamari fut un acteur posséder des intérêts dans les plus déterminant de la grave la seconde pour lui signifier son hosgrandes entreprises privées du pays crise politico-militaire qui a secoué tilité à la réconciliation nationale. Il (Tonic Emballage, notamment), comme l’Algérie au cours des années 1990. le prétendaient certains titres de la avait obtenu le maintien du statut Janviériste (nom des chefs militaires presse locale. populaire de l’armée et préféré partir qui avaient décidé d’interrompre le quand le président a insisté pour processus électoral en janvier 1992), Autre cliché battu en brèche : sa qu’une paix des braves soit conclue il a toujours assumé son statut de chef présumée impopularité. Proche des avec les maquisards islamistes. ● de file des « éradicateurs », partisans petites gens, disponible et humble, il CHERIF OUAZANI de la solution militaire face à
Il s’est distingué en disant «non» à Bouteflika. Résultat? La retraite…
JEUNE AFRIQUE
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Maghreb Moyen-Orient ARABIE SAOUDITE
On ne blogue pas avec le Prophète
Accusé d’apostasie pour avoir apostrophé le messager de l’islam via Twitter, un jeune journaliste encourt la peine capitale.
«
P
our ton anniversaire, je dirai que j’ai aimé le rebelle en toi, que tu as toujours été une source d’inspiration pour moi et que je n’aime pas les halos de divinité qui t’entourent. Je ne prierai pas pour toi. Pour ton anniversaire, je ne me tournerai pas vers toi. J’ai aimé certaines choses en toi, mais j’en ai abhorré d’autres, et je n’ai pas compris beaucoup de choses à ton sujet. Pour ton anniversaire, je ne m’inclinerai pas devant toi. Je n’embrasserai pas ta main. À la place, je la serrerai comme le font les êtres égaux et je te sourirai comme tu me souriras. Je te parlerai comme à un ami, rien de plus. »
journée, il a reçu plus de 30 000 commentaires, la plupart l’accusant de blasphème ou appelant à sa mort. Il a eu beau supprimer ses tweets, présenter des excuses et revenir en arrière dans de longs propos contrits, rien n’y a fait.
DR
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LY N C H AG E E N L I G N E . Le
HAMZA KASHGARI a eu beau se confondre en
excuses, rien n’y a fait. 4 février, date du Mouled (anniversaire de la naissance du Prophète Mohammed), ce sont ces Un comité de religieux a émis une fatwa tweets que le Saoudien Hamza Kashgari, contre lui. L’influent cheikh Nasser al23 ans, journaliste au quotidien Al-Bilad, Omar a demandé qu’il soit traîné devant à Djeddah, a adressés au messager de la justice pour apostasie. Selon le journal l’islam. Une crise de foi qui a suscité saoudien en ligne SABQ, le roi lui-même un véritable tollé sur la Toile. En une aurait émis un mandat d’arrêt contre lui.
Dans le collimateur des ultraconservateurs, Hamza Kashgari était en route pour la Nouvelle-Zélande, où il avait l’intention de demander l’asile politique, quand il a été arrêté, le 9 février, lors d’une escale à Kuala Lumpur. Bien qu’il n’existe pas de traité formel d’extradition entre la Malaisie et l’Arabie saoudite, les autorités malaisiennes, soulignant les excellentes relations bilatérales, ont annoncé dans un communiqué du ministère de l’Intérieur que « la Malaisie extrade tous les ressortissants recherchés dans leur pays ». Sur la Toile, la polémique a enflé et pris d’énormes proportions. D’un côté, les adversaires du journaliste, qui ont notamment lancé un groupe Facebook réclamant son exécution et réunissant déjà plus de 21 000 membres. De l’autre, ses partisans, qui font circuler une pétition appelant à sa libération, déjà signée par 4 000 personnes. Arrivé à Riyad le 12 février, Hamza Kashgari a été placé en détention. Il encourt la peine de mort. ● LEÏLA SLIMANI
Coulisses IRAN MISE À MORT DE LA LAPIDATION
BAHREÏN INFLEXIBLE RÉGIME
Selon des agences de presse iraniennes, le Conseil des gardiens, équivalent d’un Conseil constitutionnel, a approuvé un amendement au code pénal qui abolit la peine de mort pour les mineurs, ainsi que la lapidation. Plus de 100 mineurs attendent aujourd’hui leur exécution et au moins 99 personnes ont péri lapidées depuis la révolution de 1979.
Le 14 février, à Manama, les opposants bahreïnis se sont rassemblés place de la Perle, épicentre des manifestations de l’hiver dernier, pour marquer le premier anniversaire de leur mouvement de contestation. Mais la police les a dispersés à coups de balles en caoutchouc et de grenades lacrymogènes. Selon le Wefak, principal parti de l’opposition
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chiite, qui réclame l’instauration d’une monarchie constitutionnelle et la fin des discriminations dont est victime la communauté, près de 150 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été arrêtées. SYRIE NOUVELLE CONSTITUTION ? Alors que les affrontements entre l’Armée syrienne libre
et les troupes loyalistes continuent de faire rage, Damas a annoncé l’organisation, le 26 février, d’un référendum sur un projet de Constitution mettant fin au monopole du parti Baas, au pouvoir depuis 1963, et instaurant le principe du pluralisme politique (sur des bases non confessionnelles). Saluée par Moscou, cette annonce a déjà été qualifiée de « plaisanterie » par Washington. JEUNE AFRIQUE
AUDE OSNOWYCZ
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TUNISIE
Pourtant réputé pour sa discipline, le mouvement de Rached Ghannouchi NE PARLE PLUS D’UNE SEULE VOIX.
Ennahdha, blocage à tous les étages Tout semblait sourire au parti islamiste, passé de la clandestinité au gouvernement en moins d’un an. Mais depuis son arrivée au pouvoir, dissensions internes et contradictions criantes, notamment sur l’attitude à adopter à l’égard des salafistes, le plongent dans le doute.
FRIDA DAHMANI,
A
à Tunis
vec 89 sièges sur 217 à la Constituante, Ennahdha pèse de tout son poids sur la préparation de la nouvelle Constitution tunisienne et sur les orientations du gouvernement de coalition. Élu sur un programme en 365 points qui mettait en avant une intention démocratique attachée au respect des libertés, le parti, à travers son
JEUNE AFRIQUE
projet de Constitution, a changé son fusil d’épaule en proposant la charia comme première source législative et en conditionnant les libertés au respectdetouteslesformesdusacré. Abdelaziz, sympathisant islamiste, note que, « au fond, il n’y a pas de quoi s’étonner ; Hamadi Jebali, alors secrétaire général du parti, avait annoncé en mars dernier que l’application de la charia serait
progressive et incontournable. Pour les élections, Ennahdha a voulu séduireenaffichantuneimaged’ouverture à la turque, mais elle montre aujourd’hui un tout autre visage et faitfaceàdesdivergencesinternes». L’ancien Premier ministre, Béji Caïd Essebsi, a déclaré que « lors des dernières élections, Ennahdha a fait le plein d’électeurs. Maintenant, il lui faut élargir son champ en s’alliant à d’autres tendances islamistes ». De fait, le parti ne parle pas d’une seule voix et donne aujourd’hui l’impression d’être écartelé entre ses engagements électoraux et le souci de ne pas s’aliéner sa branche la plus extrême, le mouvement salafiste. Il doit en outre accorder ses violons avec le gouvernement et la Constituante. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Maghreb Moyen-Orient Tunisie Dérapages incontrôlés ?
Après le double langage, le temps est à la double gouvernance. À la manœuvre, Rached Ghannouchi, chef de file d’Ennahdha, qui entretient une confusion entre les positions du parti et les prérogatives du gouvernement, prenant la parole au nom de la Tunisie sur la scène internationale après avoir placé au sein de l’exécutif des proches, tels que son gendre Rafik Abdessalem, ministre des Affaires étrangères, ou un fidèle compagnon de route, Lotfi Zitoun, ministre conseiller chargé des Affaires politiques, ou encore son neveu, Habib Khedher, rapporteur à la Constituante. Tout aussi troublant est son refus de condamner clairement les actes de violence des salafistes.
MONCEF BEN SALEM,
ministre de l’Enseignement supérieur, membre historique d’Ennahdha
Dans une interview filmée en 2011, il a déclaré :
Bourguiba est d’origine juive et tripolitaine. Il haïssait l’islam et l’arabisme. […] Ennemi du peuple tunisien, il a occidentalisé le pays – notamment en matière des droits de la femme – sur ordre de Pierre Mendès France. » SADOK CHOUROU,
député Ennahdha à la Constituante
DIVERSION. Si Samir Dilou,
ministre des Droits de l’homme et de la Justice transitionnelle et porteparole du gouvernement, déclare qu’il « préfère que le gouvernement soit accusé d’être faible plutôt que répressif », il confie aussi qu’au sein du parti « le ton monte, mais on ne le dit pas ». L’affrontement entre faucons et colombes est latent, tant et si bien que le parti a reporté sine die son congrès. Ennahdha a d’ailleurs par trois fois affiché ses divisions ; sur le port du niqab, sur les déclarations de Sadok Chourou (lire ci-contre) et sur l’inscription de lachariadans la future Constitution. Alors que le ministre de l’Enseignement supérieur, Moncef Ben Salem, tergiverse sur l’interdiction du port du niqab à l’université, Ali Larayedh, ministre de l’Intérieur, déclare « être personnellement opposé au port du niqab, qui est sans aucun fondement religieux », mais dit respecter « celles qui ont
Le 23 janvier, s’appuyant sur un verset coranique sorti de son contexte (V, 33), il a demandé :
Que les sit-inneurs soient punis de mort, par crucifixion, démembrement ou bannissement, car ils sont les ennemis de Dieu et de son Prophète, et des fauteurs de troubles sur terre. »
PHOTOS : ONS ABID
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fait ce choix ». Sur la question de la charia, Habib Khedher affirme « qu’elle va de soi dans un pays musulman et que le futur pouvoir législatif élaborera les lois en fonction de l’interprétation qu’il fera de la charia », tandis qu’Ajmi Lourimi, membredubureauexécutifd’Ennahdha, souligne que l’application de la charia n’est pas au programme. Nombreux sont ceux qui s’alarment de tous les débats stériles. « Polygamie, califat, charia, identité
arabo-musulmane, tout ça est destiné à faire diversion, à escamoter l’incapacité d’Ennahdha à redresser l’économie, tout en lançant un signal dangereux pour détruire l’État moderne », analyse un chef d’entreprise. Au nombre de ces diversions, les tournées de prêcheurs extrémistes du MoyenOrient venus conforter les salafistes en vantant « un retour aux sources de l’islam, salvateur pour la société ». Ripostant aux procès
UN « SALAFOU » NOMMÉ WAJDI GHANIM ON SAVAIT LES CHAÎNES SATELLITAIRES religieuses influentes. Aujourd’hui, enTunisie, on en mesure l’impact. Après la visite du prédicateur égyptien Amr Khaled, ce fut au tour de son compatriote Wajdi Ghanim de porter la « bonne parole ». Bardé de diplômes, ce théologien de 66 ans, figure de la propagande salafiste, est adulé dans de nombreux pays arabes, notamment en raison de ses harangues antisionistes. S’appuyant sur une lecture très personnelle des textes sacrés, il a littéralement enflammé la coupole d’El-Menzah, le N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
11 février, àTunis. Là, il s’est contenté de stigmatiser la laïcité et l’indécence des sportives. Mais à Sousse, il a abordé l’un de ses thèmes favoris – pourtant totalement étranger à l’islam –, l’excision, qui ne serait pas une mutilation mais une banale opération esthétique, tandis qu’à Mahdia il a asséné, sous les ovations, que « la démocratie est faite par des mécréants et qu’il faut s’en remettre à la choura ». Ses outrances ont suscité un tel émoi dans le pays qu’une plainte a été déposée contre lui et les associations qui l’ont invité. ● F.D. JEUNE AFRIQUE
Ennahdha, blocage à tous les étages intentés par ces cheikhs ultraréactionnaires contre l’identité tunisienne (lire encadré), Abdelfattah Mourou, ancien membre d’Ennahdha, a déclaré : « Nous avons une tradition musulmane ancrée depuis des siècles. Nul ne peut prétendre nous donner des leçons. Quant à la démocratie, elle ne peut être contre l’islam, car elle n’est pas une religion mais un système. »
QUESTIONS À | Mohamed Bakhti, leader salafiste
tion des salafistes, les dirigeants du parti refusent de trancher. « Ils sont aussi les fils de ce pays », se justifie Ghannouchi. Sahbi Atig, chef du groupe Ennahdha à la Constituante, explique même que « le salafisme est aux origines du mouvement Ennahdha, lequel a ensuite eu un parcours politique fondé sur la démocratie ». Sadok Chourou joue d’ailleurs aujourd’hui le rôle d’interface avec les différents courants salafistes. Mais, selon Slaheddine Jourchi, analyste politique, « le récent accrochage entre forces de l’ordre et salafistes près de Sfax [12 djihadistes ont été interpellés àl’issuedel’enquête,NDLR]montre une rupture entre Ennahdha et une partie d’entre eux. En tirant sur les représentants d’un gouvernement d’Ennahdha,ilsontsignifiéleurrejet de la ligne du parti islamiste ». Il en va de même avec les wahhabites du Hizb Ettahrir, non autorisé, qui critiquent ouvertement un gouvernement jugé « non islamiste ». Sur fond de conflit idéologique au sein du parti, certains militants confient que « la situation est grave. Nous ne savons pas gouverner et, faute de ligne claire, nous avons du mal à tenir notre base ». Raoudha Gharbi, de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), note pour sa part que « les salafistes font leurs tests pour s’installer au pouvoir ». D’aucuns pensent qu’Ennahdha cherche à gagner du temps et à imprimer des changements de comportement dans la société à travers, entre autres, le tissu associatif en vue des prochaines élections. MaislesrelationsentreEnnahdhaet le pouvoir sont tellement intriquées que les dissensions du parti sont devenues une faiblesse de l’État. ● JEUNE AFRIQUE
AUDE OSNOWYCZ
PAS DE LIGNE CLAIRE. Sur la ques-
« Aucun parti politique n’est conforme à la Sunna »
B
arbe rousse indomptée, calot sur la tête, fines lunettes teintées masquant un regard revolver, Mohamed Bakhti, 27 ans, étudiant en première année d’histoire, est le chef de file du mouvement salafiste qui a bloqué la faculté des lettres de la Manouba pendant huit semaines. Membre du groupe armé dit de Soliman, il a été condamné, en 2007, à douze ans de prison pour activités terroristes, avant d’être libéré en février 2011 à la faveur de l’amnistie générale.
JEUNE AFRIQUE : Quel est votre parcours ? Pourquoi avez-vous opté pour des études d’histoire? MOHAMED BAKHTI: D’où je viens et qui je suis importent peu. J’ai opté pour l’histoire lors de ma détention, mais je n’ai pas été autorisé à étudier en prison. Mon objectif est double: d’une part, réhabiliter l’islam en lui donnant la place qui lui revient à travers l’enseignement de son histoire et, d’autre part, approfondir la recherche pour montrer combien l’Occident l’a avili avec l’aide de professeurs communistes, gauchistes et laïques. Comment s’est constitué le groupe de Soliman? Aujourd’hui, c’est une histoire ancienne. Nous avons été les victimes du régime de Ben Ali qui a engagé une campagne contre les étudiants islamistes. Il voulait briser le mouvement, comme il l’a fait en 1991 avec nos aînés.
Quels sont vos objectifs à la faculté de la Manouba? Nous voulons que le port du niqab soit autorisé et qu’il y ait un lieu de prière au sein de la faculté. Nous n’avons jamais remis en question la mixité dans les espaces publics. Le doyen avait promis une mosquée puis s’est rétracté ; il faut qu’il honore son engagement. Le problème est que la faculté est entre les mains de gauchistes, alors que la révolution a montré que nous sommes un peuple dont les valeurs sont issues de l’islam. Il faut revoir la composition des conseils qui dirigent les universités. Comment êtes-vous organisés? Nous sommes un noyau d’une cinquantaine de jeunes musulmans engagés, et nous faisons appel au soutien des étudiants des autres universités. Quels sont vos rapports avec Ennahdha? Nous n’avons pas de rapport particulier avec Ennahdha. Aucun parti politique, même s’il a une légitimité pour gouverner, n’est conforme à la Sunna [tradition du Prophète]. Avec Ennahdha, nous avons en commun le souffle de l’islam. Votre vision de l’avenir de la Tunisie? Nous n’avons pas de projet pour le pays, nous voulons juste que l’université réponde à nos demandes. ● Propos recueillis par FRIDA DAHMANI N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Europe, Amériques, Asie
MEXIQUE
l’enfer de Narcoland
Dans
En 2006, le président Felipe Calderón avait promis d’endiguer la violence liée au trafic de drogue. Six ans plus tard, ce sont les cartels qui font la loi.
MARIE VILLACÈQUE
M
Tijuana BASSE_ CALIFORNIE
ars 2011. Des hommes du cartel des Zetas armés jusqu’auxdentsinterceptent un bus en provenance de l’État de Tamaulipas (Est) en route vers la frontière américaine. Enrique Aurelio Elizondo Torres, alias El Árabe, exécute de ses mains 35 passagers qui refusent de rejoindre les rangs du gang. Quelques semaines plus tard, la police idenÉTATS-UNIS tifiera quelques-uns d’entre eux parmi les El Paso 145 cadavres découverts dans des fosses Ciudad Juárez communes non loin de là. Torres ne sera arrêté que le 30 janvier dernier. SONORA CHIHUAHUA À l’occasion de la visite du pape Benoît XVI, fin mars, Chihuahua les cartels de la drogue CAOHUILA
SINALOA
Océan Pacifique
Monterrey NUEVOLEON TAMAULIPAS
DURANGO
AGUASCALIENTES Guadalajara JALISCO
États où la violence liée à la drogue a le plus augmenté depuis 2006 N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Mexico
MICHOACAN
MORELOS
GUERRERO Acapulco
Golfe du Mexique
ont promis d’observer une trêve. Trois jours sans violences, règlements de comptes ni assassinats: un rêve ! Dans ce pays, deux personnes sont, chaque heure qui passe, les victimes plus ou moins directes du trafic de stupéfiants. EN BERNE. L’existence des cartels n’est certes pas
un phénomène nouveau. Mais leur influence ne cesse de grandir. En 2006, dix jours après sa prestation de serment, le président Felipe Calderón leur avait pourtant officiellement déclaré la guerre et envoyé 6 500 soldats en renfort dans son État natal du Michoacán, dans le centre du pays. Les résultats n’ont pas été à la hauteur, et sa popularité en souffre. En six ans, 47 515 personnes ont été assassinées, selon les propres chiffres du ministère de la Justice. Exécutions sommaires, enlèvements, corps carbonisés et mises en scène macabres ne surprennent plus personne. Dix-neuf journalistes ont notamment été abattus au cours des douze derniers mois. « Partie du nord, la violence s’étend de proche en proche vers le sud: Nuevo León, Guerrero, Sinaloa, Durango, Jalisco, Tamaulipas, Coahuila… », explique Edna Jaime, directrice du think-tank México Evalúa. Certes, mais Ciudad Juárez, la plus grande ville de l’État de Chihuahua, à la frontière avec les États-Unis, reste la capitale mondiale du crime. Et la principale porte d’entrée de la drogue sur le territoire américain. Cinquante pour cent de la cocaïne consommée annuellement dans ce pays – environ 500 tonnes – y transitent. Neuf mille personnes y ont été tuées depuis trois ans, soit huit par jour. Sensiblement plus qu’à Bagdad ! « Ciudad Juárez est devenu une ville fantôme, beaucoup de gens ont fui », expliquait récemment dans le magazine espagnol Telva Judith Torrea, une blogueuse américaine qui a choisi de vivre dans cet enfer. Depuis 2008, au moins 200000 habitants (sur 1,3 million) ont pris le chemin de l’exil. La plupart se sont installés à El Paso, de l’autre côté de la frontière. JEUNE AFRIQUE
EDGARD GARRIDO/REUTERS
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Dans un rapport publié en novembre 2011, l’ONG Human Rights Watch déplorait que cette augmentation de la violence « ne se traduise pas par une augmentation du nombre des jugements ». De fait, une foule de « narcos » ont été arrêtés, mais très peu d’enquêtes diligentées. À Ciudad Juárez, 97 % des crimes restent impunis. Question : le gouvernement a-t-il réellement la volonté d’éradiquer le narcotrafic ? RIPOUX. Force est d’admettre que la police et les
institutions fédérales ne sont à ce point inefficaces que parce qu’elles sont largement infiltrées par les cartels. « Même certains gouverneurs de région sont impliqués dans le narcotrafic », estime Edna Jaime. Le Mexique est en passe de devenir un narco-État. Et il ne fait guère de doute que les barons de la drogue influeront par la menace ou le chantage sur le résultat de la présidentielle du 1er juillet prochain. Le pire est qu’une « narcoculture » est en train de voir le jour, qui fascine et séduit les jeunes générations. « Il y a une esthétique de la criminalité, incluant musique et vêtements. Les jeunes cherchent à imiter le style de vie des narcos », déplore l’universitaire Héctor E. Bezares. « Le trafic de drogue leur offre la possibilité de décrocher les emplois bien rémunérés que les autorités ne leur donnent pas », confirme Judith Torrea. Depuis que Calderón est au pouvoir, le nombre des cartels est passé de six à douze. Ils contrôlent aujourd’hui 70 % des 2 200 villes du pays. Les JEUNE AFRIQUE
MEXICO, 4 FÉVRIER : APRÈS SA CAPTURE, José AntonioTorres, alias El Marrufo, chef présumé du cartel de Gente Nueva, est présenté à la presse.
Entre 2007 et 2010 :
+ 188 % d’enlèvements
+ 101 % de vols
+ 96 % d’homicides
8 CRIMES SUR 10 NE SONT JAMAIS DÉNONCÉS
deux plus importants sont celui des Zetas, déjà cité, et celui de Sinaloa, dont le chef, Joaquín « El Chapo » Gúzman Loera, dispose d’un patrimoine évalué par le magazine américain Forbes à 1 milliard de dollars (760 millions d’euros). Ils sont l’un et l’autre présents dans presque tout le pays, tandis que d’autres ont une implantation essentiellement locale: celui de Tijuana, en BasseCalifornie, et celui des Caballeros Templarios, dans le Michoacán. « Il s’agit d’énormes organisations criminelles disposant d’un pouvoir de corruption extraordinaire, qu’elles exercent de manière ultraviolente », insiste Bezares. Et les arrestations ne semblent pas les affaiblir, au contraire. Chaque clan fait en effet l’impossible pour conserver ou reconquérir le fief du chef emprisonné. Cette concurrence sauvage pour le contrôle des routes de la drogue est sanglante, mais, au bout du compte, elle ne fait qu’accroître la puissance des gangs. Pour justifier son manque de résultats, Calderón jure que l’accroissement de la violence est la suite logique de l’offensive qu’il a déclenchée en 2006. Autant dire qu’il ne faut pas s’attendre à des résultats positifs avant très longtemps ! « Quel que soit le vainqueur de la présidentielle, une certaine continuité est souhaitable, commente Edna Jaime. On ne voit pas quelle autre politique pourrait être menée. Sauf qu’il est indispensable d’améliorer la coopération entre l’État fédéral et les gouvernements locaux. » ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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ÉCONOMIE
Fabriquer français? Oui, mais mieux!
REUTERS/MAGHREB ARABE PRESSE/HANDOUT
À droite comme à gauche, ce sera un thème central de la campagne présidentielle. Mais ce slogan ne réglera pas le problème essentiel : la perte de compétitivité des produits made in France, conséquence de leur qualité insuffisante.
Dans les états-majors, on fourbit un « achetez français » (Marine Le Pen) ou un « produire français » (François Bayrou). Cent cinquante députés se sont déclarés partisans de rendre obligatoire la mention « fabriqué ð CARLOS GHOSN, en France ». Après MOHAMMED VI ET la déconfiture de TUNC BASEGMEZ Photowatt, entreprise lors de de Bourgoin-Jallieu l’inauguration (Est) spécialisée de l’usine Renault dans la fabrication de Melloussa, de panneaux photoprès de Tanger, voltaïques que le chef le 9 février. de l’État a visitée le 13 février, Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Écologie, prépare un achat de courant électrique 10 % plus cher, mais produitpardespanneauxcomposésà60% d’éléments français afin de lui permettre de résister à la concurrence chinoise. PROTECTIONNISME. Le projet de « TVA
Ç
a y est! Nicolas Sarkozy est candidat à sa propre succession depuis le 14 février. Sa campagne électorale devrait largement reposer sur la promotion du made in France, afin de convaincre les électeurs que la défense de l’emploi national est son souci majeur, au moment où le taux de chômage se rapproche de la barre des 10 %. Le président de la République a longuement analysé le mouvement des Indignés antimondialisation qui a fleuri de Madrid à Athènes. Il en a tiré la conclusion que le libéralisme commercial était unanimement condamné et qu’il serait un des sujets de débat de la campagne. Confirmation de cette exaspération lui a été fournie, le 9 février, avec l’inauguration par Mohammed VI de l’usine Renault-Dacia de Melloussa, près de Tanger, au Maroc (Lire aussi p. 64). Que le monospace Lodgy qui en sortira soit vendu environ 10 000 euros, contre 21 500 euros pour le Scenic fabriqué à Douai, a fait hurler de colère la droite comme la gauche (lire encadré).
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L’ancien ministre UMP Christian Estrosi se déclare « scandalisé », son collègue Gérard Larcher rappelle à Renault sa « responsabilité sociétale » et l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin dénonce une « erreur stratégique ». Même les socialistes s’y mettent : Arnaud Montebourg parle de « prime à la casse » du fait d’un « dumping social » et Bruno Le Roux, le porte-parole du candidat Hollande, déplore la défaillance d’une puissance publique « low cost ».
sociale » va dans le même sens de protection des emplois français. Il s’agirait d’alléger les charges patronales sur les salaires de 13,2 milliards d’euros et de compenser cet allègement par une hausse de deux points du taux normal de TVA (10,6 milliards d’euros attendus) et de la Contribution sociale généralisée (CSG) : 2,6 milliards d’euros attendus. Le coût du travail ainsi réduit, les initiateurs de ce dispositif s’attendent à ce que les produits des entreprises soient plus compétitifs, qu’ils se vendent mieux, et donc que les emplois soient consolidés en France. Le consommateur fera les frais de ce basculement. Ces ébauches de protectionnisme purement défensif présentent deux inconvénients. Le premier est que les étiquettes
« SCANDALE » À GÉOMÉTRIE VARIABLE LE BONHEUR DES UNS fait-il vraiment le malheur des autres ? Sans doute, à en juger par les réactions contrastées provoquées par l’inauguration àTanger, le 9 février, d’une usine Renault censée produire dès cette année 70 000 monoplaces Dacia Lodgy par an (lire aussi p. 64). « Le Maroc trouve sa place sur la carte de l’industrie mondiale de l’automobile », s’est réjoui Abdelkader Amara, le ministre marocain de l’Industrie. « Halte aux délocalisations ! » lui répondent en chœur la majorité des hommes politiques français. Mais les médias marocains ont beau jeu de rappeler que les « scandalisés », à l’instar de l’ancien ministre Christian Estrosi, le sont beaucoup moins quand la France vend au Maroc unTGV, une frégate ou des tramways. ● JEAN-MICHEL MEYER JEUNE AFRIQUE
Europe, Amériques, Asie made in France visent avant tout à « susciter chez le consommateur français un réflexe d’achat en faveur des entreprises qui ont fait le choix de ne pas délocaliser une partie de leur chaîne de valeur », estime, dans une note récente, le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). Certes, diverses études, notamment celle du Credoc (un centre de recherches sociologiques), prouvent que le consommateur est prêt à surpayer un peu les produits fabriqués en France. Mais le CEPII rappelle que « les expériences passées (notamment la campagne “Nos emplettes font nos emplois”, en 1993) ont vite tourné court ». « HORS COÛTS ». Le second inconvénient
est que le made in France ne règle pas le problème de la perte de compétitivité des produits français. Car les 2 millions d’emplois industriels supprimés dans l’Hexagone ne sont pas plus imputables aux trente-cinq heures, comme le pense
Deux millions d’emplois industriels perdus. Inutile d’incriminer les 35 heures ou les délocalisations. la droite, qu’au dumping social des entreprises délocalisatrices, comme le pense la gauche. Si tel était le cas, l’Allemagne, qui a des coûts salariaux proches de ceux de la France, aurait encore plus de chômeurs qu’elle. Non, le mal français tient à ce que les spécialistes appellent le « hors coûts »: qualité et solidité des produits, mais aussi efficacité des services après-vente. C’est cela qui incite les acheteurs à accepter de payer un peu plus cher. Or, en ces domaines, la France est en recul. Elle fait moins de recherche-développement (2,28 % de son PIB) que l’Allemagne (2,82 %). Un peu plus de 141 000 de ses entreprises exportent à l’étranger, contre 269 000 italiennes. Surtout, la France, contrairement à l’Allemagne, n’a pas joué astucieusement des avantages comparatifs des pays à bas salaires : les Porsche, par exemple, sont bien montées en Allemagne, mais la fabrication d’un grand nombre de leurs composants en Europe orientale abaisse leur prix final sans nuire à leur image haut de gamme. Le made in France de Nicolas Sarkozy ne pourrait réussir que s’il garantissait la satisfaction des acheteurs… du monde entier. ● ALAIN FAUJAS JEUNE AFRIQUE
PRÉSIDENTIELLE 2012
La campagne côté cour et côté J.A. Pourquoi si tard
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N ÉCOUTANT NICOLAS SARKOZY présenter et justifier sa candidature, l’impression s’imposait peu à peu irrésistiblement qu’il demandait moins un second mandat qu’une deuxième chance. L’objection surgissait alors, renforcée à chaque séquence de son argumentation : pourquoi n’a-t-il pas fait plus tôt ce qu’il nous annonce pour demain?Toujours rétif au mea culpa, remplacé par la remarque anodine que « tout le monde Henri Marque fait des erreurs », il a tenté de s’en expliquer, à propos notamment de la question la plus sensible, la nouvelle politique du chômage, avec sa conséquence non plus seulement avouée mais désormais revendiquée : la fin de l’assistanat. Une révolution dans la culture sociale française de l’État-providence. C’est là encore, avec l’allègement du coût du travail, un emprunt à la réussite allemande : mieux vaut un travail moins payé et inconfortable qu’un chômeur à la maison financé par les transferts sociaux. Pourquoi le découvrir aujourd’hui seulement ?
Le président sortant invoque le manque de temps, la priorité donnée au sauvetage des retraites, la mise en place de l’autonomie des universités. En bon avocat, il invente qu’on lui reprochait à l’époque d’en faire trop pour justifier qu’il n’ait pas pu en faire assez. En réalité, les sondages critiquaient surtout la dispersion vibrionnante de son hyperprésidence. François Fillon s’est montré plus sincère en regrettant à plusieurs reprises que le gouvernement n’ait pas agi dès 2007. La même incohérence s’est fait sentir comme une gêne tout au long du plaidoyer sarkozien. Puisque le chef de l’État était si désireux de rendre la parole à « la France dépossédée de ses pouvoirs » et qui « ne croit plus à rien », pourquoi ne pas avoir inauguré avec la réforme des retraites les nouveaux référendums qu’il propose pour faire arbitrer par le peuple tout blocage de société – une gageure dans le pays le plus bloqué d’Europe ? De même, fallait-il cinq années d’aggravation de la dette, dont deux seulement, rappelle sévèrement la Cour des comptes, sont attribuables à la crise, pour s’apercevoir qu’un pays « ne peut dépenser plus qu’il ne gagne » ?
Plus qu’un second mandat, il demande une deuxième chance.
Le temps n’est plus où Valéry Giscard d’Estaing se promettait lui aussi d’aller sur le terrain à la rencontre des Français, persuadé que les électeurs ne s’intéressent pas « à l’œuvre accomplie, mais demandent à savoir ce qui les attend ». La crise a tout changé. Les tournées en France profonde de Nicolas Sarkozy s’annoncent au contraire comme une série de difficiles faceà-face où ses adversaires ne seront pas les seuls à opposer aux visions d’avenir du candidat le bilan moins glorieux du président. Dans son livre Témoignage publié pour sa candidature de 2007 (XO Éditions), Sarko écrivait prémonitoirement : « J’aime construire, agir, résoudre les problèmes. Je crois que tout se mérite et qu’au final l’effort est toujours payant. » Ce fut l’argument essentiel de sa victoire. C’est aujourd’hui l’obstacle principal à sa réélection. ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs
Baki Youssoufou Anarchosyndicaliste Président de la Confédération étudiante, ce Nigéro-Sierra-Léonais se bat contre les mesures du ministère de l’Intérieur.
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L A BEAU NE PAS ÊTRE très grand, Baki Youssoufou a presque l’air de vous regarder de haut. Ce n’est pas du mépris, mais ce jeune homme de 34 ans est sûr de lui et sans complexes. C’est d’ailleurs en partie ce qui a permis à ce Franco-Nigéro-Sierra-Léonais de se hisser, en mai 2008, à la présidence de la Confédération étudiante, organisation qui revendique 6000 adhérents et occupe la place de troisième syndicat étudiant en France. Pour un étudiant noir, c’était une première. Baki Youssoufou estime néanmoins que cela n’a rien d’un exploit et considère même que sa couleur de peau a été un avantage. Il ne nie pas l’existence du racisme dans l’Hexagone: il a aussi enduré sa part de remarques déplacées et de sous-entendus malsains, comme ce jour où un responsable de l’Unef (principal syndicat étudiant français) lui a demandé de faire voter ses « potes de la cité universitaire » de Limoges (comprendre les Africains) s’il voulait être élu. Mais Baki Youssoufou adore se servir des préjugés contre ceux qui les propagent. « Dans une négociation, le temps que les gens réalisent que je parle aussi bien français qu’eux, j’ai déjà une longueur d’avance. C’est un atout! » Cette assurance désarmante vient peutêtre de ses parents, tous deux issus de grandes familles africaines. Son père, « fils et petit-fils d’imam », est l’héritier d’une lignée de notables du Niger. Quant à sa mère, elle vient « d’une famille royale traditionnelle » du nord de la Sierra Leone. Il ne sait pas exactement pourquoi elle a accepté de quitter son pays pour la région de Dosso, à 80 kilomètres de Niamey. « Ils n’ont jamais expliqué », assure-t-il. Tout juste est-il parvenu à
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QUEL QUE SOIT SON INTERLOCUTEUR, le militant n’hésite pas à dire ce qu’il pense.
apprendre, récemment, que cette rencontre a eu lieu alors que le père avait fui un mariage arrangé à l’étranger. Ce tempérament rebelle se retrouve chez le fils, qui se définit comme un « anarcho-syndicaliste ». Il a rencontré ce courant de pensée à l’âge de 13 ans, dans les rayons du Centre culturel franconigérien de Niamey, lorsque son regard a été attiré par un chat noir sur la couverture d’un livre: Le Catéchisme révolutionnaire, de Mikhaïl Bakounine. « Le mot “révolutionnaire” m’intriguait. Je l’avais entendu à la radio sans trop le comprendre. Alors, chaque fois que je
venais, j’allais lire Bakounine… Même si je ne comprenais pas tout! » Ses premières armes, il les a faites à Niamey dans les turbulentes années 1990. « J’étais dans le mouvement lycéen pour foutre le bordel! s’amuse-t-il. Nous étions contre le régime d’Ibrahim Baré Maïnassara et on se servait des réformes de l’éducation pour se mobiliser. » À cette époque, il fait aussi la connaissance d’une fratrie de jeunes Français dans un camp de scouts. Cette rencontre ne doit rien au hasard : leurs parents sont de vieux amis de la famille. Comment se sont-ils rencontrés? Baki Youssoufou affirme ne pas savoir et ne JEUNE AFRIQUE
Europe, Amériques, Asie
Aujourd’hui salarié, il vit à Paris et se bat contre les mesures du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, qui touchent les étudiants étrangers. Depuis la circulaire du 31 mai 2011, il est devenu difficile pour les nouveaux diplômés de rester en France. Le renvoi de plusieurs jeunes sortis des plus grandes écoles a fait les gros titres de la presse… Lui préfère mettre l’accent sur une mesure pernicieuse mais moins médiatique: le relèvement du revenu minimum de 430 à 615 euros mensuels (« 400 000 CFA ! ») pour pouvoir étudier en France. Au Collectif du 31-Mai, structure apolitique créée par des étudiants concernés par la première circulaire, BakiYoussoufou n’a pas bonne presse. « Avec son syndicat, il essaie de profiter du mouvement pour se faire de la pub », lâche un des responsables. Ce jugement, peu amène, est sans doute réciproque. « À Niamey, j’ai refusé d’être inscrit au lycée français. Je trouvais que les élèves étaient des petits péteux. Et je le pense toujours. » « Que ce soit devant un ministre ou un jeune destiné à diriger le monde, Baki n’hésite jamais à dire ce qu’il pense », confirme Barnabé Louche, ancien secrétaire national de la Confédération étudiante. Les puissants, presque toujours corrompus et inefficaces. Et les autres, qui doivent résister. Cette logique revient souvent chezYoussoufou. Le thème de son mémoire de recherche n’étonne donc pas: une étude comparative entre l’aide publique au développement et les petites structures de microcrédit. Lorsque son deuxième et dernier mandat à la tête de la Confédération étudiante sera achevé, il se verrait bien travailler dans le conseil aux organisations humanitaires. Pour leur dire: « Non, les gars, vous vous plantez là. Ce n’est pas comme ça que vous devez faire. » ● PIERRE BOISSELET Photos : CAMILLE MILLERAND pour J.A. JEUNE AFRIQUE
CHINE-HONG KONG
Frères ennemis Entre l’ex-colonie britannique et le gouvernement central, le malaise est profond. Sur internet et ailleurs, les invectives volent bas !
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n criquet géant face à la baie et, en lettres noires, cette virulente diatribe : « Nous en avons assez, Hong Kong se meurt ! Êtes-vous prêts à dépenser 1 million de dollars [locaux, soit 98 000 euros, NDLR] toutes les 18 minutes pour éduquer les enfants chinois du continent ? » L’encart publicitaire a paru le 1er février dans l’Apple Daily, le quotidien à grand tirage de Hong Kong. Il ressemble fort à une décla PUBLICITÉ parue dans un quotidien à grand tirage ration de guerre. Dans la de Hong Kong. Devinez d’où vient le criquet géant. ligne de mire, les dizaines de milliers de Chinoises du continent qui, chaque année, se rendent que des bâtards, des voleurs, des chiens coloniaux à la solde du gouvernement dans l’ancienne colonie britannique (rétrocédée à la République populaire en britannique. » Tollé à Hong Kong, où des 1997) pour mettre au monde leur second internautes mettent en ligne un photoenfant et contourner la loi sur l’enfant montaged’unHongkongaisseulfaceàune unique. Car, du coup, les Hongkongaises colonne de criquets envahisseurs, allusion se heurtent aux pires difficultés pour être à la célèbre photo de l’étudiant s’opposant admises dans une maternité ! aux chars sur la place Tiananmen, en 1989. Bref, le malaise est profond et la liste DES PLOUCS ! La passe d’armes entre des doléances hongkongaises fort longue: les 7 millions de Hongkongais et la mère engorgement des maternités, hausse patrie a commencé le mois dernier avec des prix de l’immobilier, listes d’attente la diffusion en boucle sur internet d’une dans les écoles, comportements de nouvidéo amateur montrant une gamine veaux riches, etc. Très attachée à son chinoise engloutissant des nouilles inspassé, la région administrative spéciale qu’est aujourd’hui Hong Kong veut à tout tantanées dans le métro, tandis que les passagers s’offusquent de ses mauvaises manières. Les Hongkongais ? « Des bâtards, « Des ploucs sans édudes voleurs, des chiens à la solde cation », commente un du gouvernement britannique ! » blogueur. « En plus, ils sont bourrés de fric », renchérit un autre, qui a participé à une manifestaprix préserver son identité et ses libertion devant la boutique Dolce&Gabbana tés démocratiques, qu’elle soupçonne de Kowloon pour protester contre la poliPékin de vouloir remettre en question. tique discriminatoire de la marque – qui Pour rien au monde elle ne renoncerait autorisait les Chinois à prendre des phoà son mode de vie, que Chris Patten, le tos, mais pas les autochtones. dernier gouverneur de la colonie, qualifia, La riposte a été immédiate. Dès le dans son discours d’adieu, en juillet 1997, 19 janvier, un certain Kong Qingdong, d’union entre « le meilleur de l’Orient et professeur à l’université de Pékin, s’est le meilleur de l’Occident ». ● enflammé : « Les Hongkongais ne sont JULIETTE MORILLOT N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
DR
pas pouvoir poser la question… On imagine toutefois que les liens sont étroits, car, chaque année, Baki Youssoufou est invité à passer Noël chez ses « parents adoptifs » (ils ne le sont pas au regard de la loi), dans le sud-ouest de la France, jusqu’à s’y installer pour ses études, en 2001.
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Économie MINES
L’Afrique Accroître les recettes publiques, créer des emplois nationaux y compris aux postes de direction, imposer les entreprises locales… Les États ont décidé de reprendre la maîtrise de leurs gisements pour en faire profiter les populations.
DISTRIBUTION
MIM, de l’ambition en rayon
veut sa pa
CHRISTOPHE LE BEC, envoyé spécial au Cap
U
n vent de patriotisme économique souffle sur les mines africaines. Dans les allées du salon Mining Indaba,quiarassemblé7200décideurs miniers du 6 au 9 février au Cap, en Afrique du Sud, les mots « révision contractuelle », « africanisation » et même « nationalisation » revenaient en boucle dans les conversations. En particulier à la sortie des conférences de ministres africains ayant un discours ferme (RD Congo, Afrique du Sud) à l’égard des investisseurs miniers, désignés comme les mauvais élèves du développement local. Avec un boom des prix des minerais depuis 2009, le « scandale géologique » du continent n’est plus supportablepourlesÉtatsrichementdotés.Lesautorités publiques, mais aussi les décideurs africains du secteur, s’indignent: « Notre continent détient plus du tiers des réserves mondiales de minerais. Une proportion qui monte à plus de 70 % pour certaines ressources comme le fer, le manganèse, le platine ou la bauxite. Malgré ce potentiel, l’Afrique représentemoinsde10%delaproductionmondiale minière », s’insurge le Sénégalais Mouhamadou Niang, chef de la division industrie et services à la Banque africaine de développement (BAD).
ÉVASION FISCALE. Une colère partagée par le Ghanéen Sam Jonah, charismatique président d’AngloGold Ashanti jusqu’en 2006 : « Le Ghana produitdel’ordepuisprèsd’unsiècle…Etendépitde cette longue expérience, les mines pèsent moins de 2 % dans l’économie nationale! » regrette ce proche de l’ancien président John Kufuor, aujourd’hui conseiller économique des présidents sud-africain, Jacob Zuma, et nigérian, Goodluck Jonathan. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Malgré l’intérêt des groupes internationaux pour les gisements africains, la production de minerais a reculé en 2011 dans neuf des treize pays miniers les plus importants du continent, d’après une étude d’Ernst & Young (voir carte p. 58). En RD Congo, l’activité minière ne contribue qu’à 3,6 % du PIB et n’a injecté que 274 millions d’euros dans les caisses de l’État en 2007 (dernier chiffre connu). La production de la compagnie katangaise Gécamines est passée de plus de 450000 tonnes de cuivre à la fin des années 1980… à 21000 t en 2011. « Il faut se JEUNE AFRIQUE
HYDROCARBURES
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DÉCIDEURS
MARCHÉS FINANCIERS
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Pourquoi BMCE ne convainc pas
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Glencore et First Quantum, dénoncées par un collectif d’ONG en juin dernier, ont défrayé la chronique. Quant à la Guinée, elle n’exporte aujourd’hui pratiquement que de la bauxite brute, avec seulement 117 millions d’euros de recettes pour l’État en 2005. Ses réserves de fer – les plus importantes du continent – attendent toujours d’être exploitées. L’australien Rio Tinto, détenteur de licences sur le mégagisement du Simandou depuis 1995, n’a pas démarré la production. Et les projets de raffineries d’aluminium sont toujours en stand-by. Même l’Afrique du Sud, l’un des pays du globe les mieux dotés en minerais (avec des réserves valorisées à 1 900 milliards d’euros), voit ses revenus miniers diminuer chaque année. « Dans les années 1970, les mines contribuaient à 21 % du PIB et à plus de 600 000 emplois. Aujourd’hui, nous sommes tombés à 6 % du PIB [9,1 % selon Ernst & Young, NDLR] et 400 000 salariés. Ce n’est pas acceptable », lance Trevor Manuel, ministre chargé de la Planification auprès de la présidence. MONTER AU CAPITAL. Guinée, Zambie, Afrique
du Sud, Mali, Burkina Faso et Ghana… Face à cette situation, tous ont annoncé des révisions de leurs codes miniers et des audits des contrats en cours d’exécution. Les États veulent augmenter les taxes et royalties, bénéfiques pour les caisses publiques,
MICHAEL S. LEWIS/CORBIS
Plusieurs pays ont annoncé une révision des codes miniers et des audits des contrats en cours d’exécution.
rendre à l’évidence : les 29 coentreprises signées avec des partenaires privés internationaux n’ont pas donné les résultats que nous escomptions », regrette Ahmed Kalej Nkand, administrateur directeur général du groupe. Le voisin zambien, avec sa « ceinture de cuivre », ne fait pas mieux : le secteur minier ne représente que 1,3 % de son économie, tandis que les recettes minières n’ont rapporté que 367 millions d’euros en 2008, avant l’instauration de nouvelles taxes. À Lusaka, les techniques d’évasion fiscale des groupes JEUNE AFRIQUE
EN AFRIQUE DU SUD, le secteur minier n’emploie plus que 400 000 personnes (ici à Carletonville), contre 600 000 dans les années 1970.
mais pas seulement. Sous la pression des populations, notamment en période électorale, leur objectif prioritaire est de favoriser l’emploi, la soustraitance, les infrastructures et la transformation locale. Pour parvenir à leurs fins, en pesant sur la stratégie des miniers présents sur leur sol, les États montent dans le capital des sociétés minières. À Bamako les autorités entendent faire passer leur participation de 15 % à 25 %, tandis qu’à Conakry l’État s’adjuge 15 % d’actions gratuites. « Depuis 2003, nous avons accordé 420 permis miniers en RD Congo, mais les conditions de vie des populations n’ont pas changé. Il est temps de mettre en place de nouvelles dispositions », affirme le ministre Martin Kabwelulu Labilo à Mining Indaba. Parmi les mesures envisagées, des incitations fiscales pour encourager la transformation locale des minerais. Au Burkina Faso, des mesures similaires sont en préparation. « Nous comptons adopter un nouveau code minier en 2012. Il doit rester attractif pour les investisseurs mais permettre N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Entreprises marchés également que les populations des localités où les sites sont exploités bénéficient davantage des retombées », confie Lucien Marie Noël Bembamba, ministre de l’Économie et des Finances. Sur le front de l’emploi, le nombre de salariés africainsdescompagniesminièresestencorefaible,particulièrement aux postes de management. « Quand j’étais président d’AngloGold Ashanti, nous avions réussi à faire émerger des cadres africains de haut niveau. Mais aujourd’hui, ils restent encore ultraminoritaires.Avecleboomminier,onobserveunretour en force des expatriés, parce que les compétences locales ne sont pas assez nombreuses, regrette Sam Jonah. Les groupes africains qui pourraient doper les compétences locales se comptent encore sur les doigts d’une main. En dehors des sociétés sudafricaines, aucune compagnie ne compte vraiment au niveau international. » « Des écoles des mines existent sur le continent, mais elles ne sont pas suffisamment reconnues internationalement. Il vaudrait mieux qu’elles soient moins nombreuses mais d’un meilleur niveau, notamment en matière financière », estime pour sa part Boubacar Bocoum, responsabledusecteurminieràlaBanquemondiale. SOUS-TRAITANCE. Pour améliorer la contribution
du secteur au développement local, États et institutions misent sur la sous-traitance de proximité: « Autour des mines, il est possible de développer un réseau de PME. Elles peuvent intervenir tant dans le domaine minier – les sociétés de forage – que dans des métiers annexes: les firmes de BTP pour la construction de routes, le terrassement et les bâtiments; les sociétés de transport pour acheminer le personnel ou les minerais; les sociétés de restauration; l’artisanat local… Les possibilités sont très nombreuses », assure Mouhamadou Niang, de la BAD. « Les groupes internationaux comprennent désormais qu’ils ont tout intérêt à développer une logistique locale, même si cela prend plus de temps. C’est bon pour leurs relations avec les autorités et les populations, mais aussi pour leur réputation sur les marchés internationaux, qui leur demandent des comptes sur ces questions. Et c’est aussi économique: acheter local coûte moins cher », indique Jenna Slotin, directrice de projet de Peace Dividend Trust, une organisation basée à Ottawa qui travaille à étoffer l’approvisionnement local des groupes miniers. « Quand on prend le temps de former les PME aux processus logistiques, le taux de soustraitance locale peut grimper considérablement »,
Treize pays passés au crible Contribution des industries extractives au PIB Taxe sur les bénéfices Investissements directs étrangers 2007-2010 (en milliards de dollars) MAURITANIE 20 % 44,2 % 0,49
ALGÉRIE 33,5 % 6,6 % 9,3
ANGOLA 69,1 % 24,6 % 47,9
GUINÉE 21 % 19,4 % 1,2
GHANA 2% 18,1 % 6,2
TANZANIE 3,6 % 19,9 % 2,6
RD CONGO 3,6 % 58,9 % 7,1 ZIMBABWE 5,7 % 24 % 0,3
Principaux minerais : Fer Diamant Zinc Or Cuivre Uranium Bauxite Platine
NAMIBIE 10,8 % 4% 2,8 AFRIQUE DU SUD 9,1 % 24,4 % 21,6
MOZAMBIQUE 1,4 % 27,7 % 2,7 BOTSWANA 29,1 % 15,9 % 2,1
Charbon SOURCE : RAPPORT ERNST & YOUNG AFRICAN MINING INVESTMENT ENVIRONMENT 2011
Rectificatif Contrairement à ce que nous indiquions dans le dossier Mines de J.A. no 2664 dans l’article « Guinée, des gisements en sommeil », l’ancien Premier ministre guinéen Kabiné Komara n’a pas lancé de compagnie minière. Il est aujourd’hui consultant auprès d’organismes internationaux et de multinationales privées. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
ZAMBIE 1,3 % 1,7 % 3,9
indiquelaCanadienne,quitravaillesurcesquestions avec BHP Billiton au Liberia. La plupart des groupes miniers interrogés à Mining Indaba comprennent ces nouvelles exigences des États. « Ils sont prêts à payer plus de taxes, à avoir plus d’obligations sociales et environnementales, du moment que les règles du jeu ne changent pas tout le temps. Ce qui n’est pas apprécié, ce sont les tergiversations de certains gouvernements, le manque de clarté dans les négociations », juge l’avocat britannique John Ffooks, spécialiste des contrats miniers. Les déclarations abruptes et l’instabilité des réglementations minières font fuir les investisseurs (lire p. 59). « On ne peut pas attendre qu’un groupe minier dépense des milliards de dollars sur une longue période s’il est dans l’incertitude », prévient Sam Jonah. ● JEUNE AFRIQUE
Entreprises marchés
Minés par la réglementation
Selon une étude du cabinet Ernst & Young, les pays aux législations fluctuantes font fuir les investisseurs… et sont moins productifs.
L
es groupes miniers investissant en Afrique sont d’abord sensibles à deux risques : l’instabilité politique et le nationalisme. L’étude du cabinet Ernst & Young sur l’attractivité de treize États africains montre que ceux qui ont rassuré sur ces deux points ont augmenté leur production de minerais. Leurs projets durant parfois des dizaines d’années, les groupes veulent une réglementation stable, même si elle implique un niveau de taxes élevé. Exemple d’une politique minière jugée équilibrée par Ernst & Young: le Botswana, qui a opté pour une montée progressive de la participation de l’État dans les projets
miniers (jusqu’à 40 %), sans pour autant faire fuir les investisseurs. Entre 2007 et 2010, ils ont déboursé environ377millionsd’euroschaque année dans ce petit pays d’Afrique australe. La Zambie, en dépit de taxes minières élevées (notamment 10,4 % d’impôts sur la masse salariale), attire aussi les investisseurs: la production minière du pays a progressé de 15,7 % en 2011, un record sur le continent. A contrario, les États où les changements de réglementation sont abrupts ou peu clairs rebutent. La Namibie, qui est en train de revoir sa politique minière, avec des taxes en forte hausse, accuse ainsi une production en baisse de 45 % en 2011. Le Zimbabwe, cauchemar
Partager g le sourire e de millions de planteurs planteu urs En tant que leader international et Chef de file mondial dans la gestion de la « Supply Chain », Olam a engagé des partenariats avec les planteurs en Afrique et dans les pays émergents. Nous nous basons sur notre Charte de Développement Durable « Livehood Charter » pour créer un partenariat gagnant avec les planteurs, basé sur la transparence et la confiance. Nous
renforçons les capacités des planteurs en mettant à leur disposition du financement de campagne, en leur fournissant des formations d’outils et des techniques pour améliorer les rendements et la qualité des récoltes et en les mettant en relation avec les principaux marchés mondiaux. Au travers de ces démarches, Olam a contribué à l’amélioration des revenus de plus de 1,5 million d’agriculteurs en Afrique en apportant à nouveau le sourire sur le visage de ceux qui en ont le plus besoin.
Olam est présent en :
Afrique du Sud, Algérie, Angola, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Égypte, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée Conakry, Liberia, Mozambique, Nigeria, Soudan, Tanzanie, Togo, Uganda, Zambie, Zimbabwe. Olam International Limited
9, Temasek Boulevard #11-02, Suntec Tower 2, Singapore 038989 Tel: (65) 63394100 - Fax: (65) 63399755
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des groupes internationaux avec ses nationalisations, a extrait 29 % de minerais de moins en 2010 qu’en 2009. À LA LOUPE. Quant aux deux
pays francophones disposant des ressources les plus intéressantes selon les géologues, la Guinée et la RD Congo, ils n’ont pas encore réussi à percer. « Ils sont observés à la loupe par les groupes internationaux, mais sont considérés comme des zones d’exploration plus que d’exploitation », indique l’avocat sud-africain Otsile Matlou, du cabinet Edward Nathan Sonnenbergs. La RD Congo a attiré 5,4 milliards d’euros d’investissements directs étrangers (IDE) entre 2007 et 2010, mais cela n’a toujours pas entraîné un boom de la production minière (en baisse de 0,2 % en 2010). Malgré ses ressources, la Guinée n’a bénéficié que de 900 millions d’euros d’IDE entre 2007 et 2010. ● C.L.B.
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Entreprises marchés cette figure incontournable de la communauté libanaise d’Afrique de l’Ouest n’a pourtant pas l’intention de raccrocher. Au contraire, il ambitionnededonnerunenouvelle dimension à ses affaires en ouvrant son capital. « Des discussions sont en cours avec des investisseurs français et singapouriens », avoue-til. Un virage stratégique pour ce patron, unique actionnaire de son groupe, qui possède en outre des participations en Côte d’Ivoire, où il est associé à Sakhr Fakhry et Abou Kassam au sein de la société Prosuma,détentriced’unedouzaine de franchises, et détient un quart du centre commercial Espace Latrille, dans le quartier de Cocody.
DISTRIBUTION
MIM, de l’ambition en rayon Désireux d'anticiper l’arrivée de nouveaux concurrents, Mercure International of Monaco multiplie les ouvertures de magasins en Afrique de l’Ouest.
B
erline allemande dernier cri et aréopage de collaborateurs : l’arrivée d’Adnan Houdrouge à un rendez-vous ressemble à la visite officielle d’une haute personnalité. Habitué aux fastes du rocher de Monaco, où il réside, le patron affiche la couleur: il est un homme puissant, de ceux qui côtoient le gotha, du prince Albert aux chefs d’État africains. Mais le protocole s’arrête là. Adnan Houdrouge, né à Dakar, a le contact facile. C’est avant tout un commerçant. Son groupe, Mercure International of Monaco (MIM), est l’un des plus importants dans la distribution en Afrique de l’Ouest. Un empire qui affiche une santé insolente avec un chiffre d’affaires qui a progressé de 35 % au cours des quatre dernières années. Son président ne compte pas en rester là. D’ici à 2016, il assure vouloir injecter 250 millions d’euros pour renforcer sa présence au Congo, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Maroc, et se développer
sur de nouveaux territoires (Togo, Mali, Burkina Faso, Guinée équatoriale, Ghana et Nigeria). Il entend bâtir des centres commerciaux et ouvrir des dizaines de supermarchés Casino, de boutiques d’articles de sport et de vêtements. URGENCE. « À Brazzaville, tout est
prêt pour lancer le chantier d’un futur centre commercial et, le mois prochain, nous accueillerons nos premiers clients en Angola. Le foncier est la clé de notre métier, il faut prendre les meilleurs emplacements avant que des concurrents ne le fassent », rappelle le patron de MIM. L’urgence est d’autant plus grande que les classes moyennes africaines, négligées il y a encore trois ou quatre ans, constituent enfin une cible pour les grands groupes. À preuve, l’appétit de l’américain Walmart pour le sudafricain Massmart. « Si demain un gros veut me racheter, pourquoi pas ? Tout est une question de prix », ironise Adnan Houdrouge. À 63 ans,
Celio, Hugo Boss, Levi’s, Guess… Autant de marques qui garnissent le panier du groupe.
ADNAN HOUDROUGE, UN MONÉGASQUE ZÉLÉ IL MÉRITERAIT le titre d’ambassadeur de Monaco. Ancien vice-président de la chambre de commerce, naturalisé en 2003, Adnan Houdrouge ne rechigne jamais à jouer de son entregent pour rendre service à sa principauté d’adoption. À preuve, sa présence la semaine dernière à Bamako et à Ouagadougou aux côtés du prince Albert. Vice-président de l’AS Monaco de 2003 à 2009, il a en outre participé à la formidable épopée qui a conduit le club de football en finale de la Ligue des champions en 2004. Le parcours d’Adnan Houdrouge a aussi sa part d’ombre. Accusé en 2011 de blanchiment d’argent, il est laissé libre contre une caution de 100000 euros. Selon lui, le dossier serait vide et J.C. devrait déboucher sur un non-lieu. ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
VINCENT FOURNIER/J.A.
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Sa réussite, Adnan Houdrouge la doit d’abord à sa passion pour le sport. Au début des années 1970, il est le premier à diffuser pour le compted’Adidasdespointesd’athlétisme au Sénégal. « J’ai compris que le sport pouvait devenir un mode de vie et donc un univers de consommation », explique-t-il. Il s’associe d’abord avec son frère, mais une brouille familiale le pousse à créer sa propre société en 1986. Fauché, il sait alors se montrer persuasif pour convaincre ses fournisseurs Adidas et Nike de financer son projet. Après avoir créé un bureau d’achat à Monaco, il prend le contrôle d’une dizainedemagasinsenCôted’Ivoire. Trois ans plus tard, il poursuit son essorenouvrantsespremierspoints de vente au Sénégal et en France. Aujourd’hui, son enseigne City Sport compte près d’une centaine de boutiques dans le monde, dont une majorité en Afrique. « En 2008, j’avais même signé un accord pour créer une coentreprise avec Adidas afin d’assurer son développement sur le continent, mais la crise financière a tout mis par terre », regrette Adnan Houdrouge. La déconvenue est d’autant plus grande que MIM avait déjà réservé une série de points de vente pour accueillir la marque aux trois JEUNE AFRIQUE
VINCENT FOURNIER/J.A.
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LE PÔLE
bandes. Pragmatique, l’homme d’affaires décide alors d’acquérir de nouvelles franchises comme Celio, Hugo Boss, Levi’s ou Guess afin de remplir ses magasins. « La branche mode de MIM va très vite gagner en importance, car elle nous permet de répondre aux besoins croissants des consommateurs africains », estime un responsable du groupe. S’il maîtrise l’art du rétablissement, l’homme possède surtout un solide flair. C’est en 1994, en pleine dévaluation du franc CFA, qu’il réalise sa plus belle affaire. Alors que les investisseurs quittent le continent, MIM rachète à vil prix les supermarchés Score établis dans toute l’Afrique de l’Ouest. « Gérer des produits frais, c’est un métier à part, la benne n’est jamais loin », se souvient le patron. Mais le groupe est bon élève et, en 2007, son fondateur convainc Casino
650
de lui accorder l’exclusivité de sa franchise en Afrique de l’Ouest. Il débauche dans la foulée Gilles Blin, alors directeur des activités internationales du géant français, pour piloter son pôle alimentaire. « Aujourd’hui, nos supermarchés sont plus rentables qu'en France », plastronne Adnan Houdrouge. AFRICANISATION. Une gageure, quand la majorité des produits sont importés – jusqu’à 80 % au Congo –, que les droits de douane sont de 30 %, la TVA de 18 %, et qu’on se fixe comme objectif d’être au plus près des prix européens. Le secret est d’obtenir la déduction des frais liés au marketing en Europe, « car nous n’en profitons pas sur nos marchés », explique Gilles Blin. Les fournisseurs jouent de plus en plus le jeu. « Si, globalement, les supermarchés ne représentent que 3 %
En chiffres
du commerce au Sénégal et 10 % au Gabon, sur certains produits comme les barres de chocolat, nos ventes comptent pour un tiers », justifie Gilles Blin. Pour améliorer sa rentabilité, MIM a aussi accéléré ces dernières années l’africanisation de son encadrement.Maislavéritablerévolution en matière de ressources humaines s’opère en douceur dans l’ombre du père. Progressivement, la nouvelle générationarriveauxaffaires.Tandis que sa fille Johanna, 29 ans, avocate deformation,jouelerôledeconseillère du président, son fils Cédric, 27 ans, gère le développement de la franchise de chaussures Aldo, dont 52 magasins doivent ouvrir en France dans les cinq ans. Comme au palais de Monaco, Adnan rêve déjà d’une dynastie Houdrouge à la tête de son royaume. ● JULIEN CLÉMENÇOT
40 supermarchés
150
M€ de chiffre es d’affair1 en 201
Casino en Afrique de l’Ouest
magasins d’articles de sport
5 000 salariés JEUNE AFRIQUE
(ici, un supermarché Casino à Brazzaville) représente 53 % du chiffre d’affaires du groupe, contre 40 % pour le sport et 7 % pour la mode. ALIMENTAIRE
magasins de mode 50 mag
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Entreprises marchés
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XAVIER MOUTHON/GLOBEPIX
ð PREMIER PRODUCTEUR DE PÉTROLE en Afrique, la firme y dispose de plus de 3,5 milliards de barils de réserves prouvées.
HYDROCARBURES
C’est reparti pour Eni
La major italienne a subi de plein fouet le Printemps arabe. Devenu l'allié des nouveaux pouvoirs en Afrique du Nord, le groupe repart de l’avant et monte en puissance au sud du Sahara.
L
es oracles prévoyant un avenir sombre à l’italien Eni, pris dans la tourmente des révolutions arabes, vont devoir réviser leurs présages. Certes, l’année 2011 n’a pas été facile à gérer pour le groupe pétrolier et gazier, dont la production a reculé de 12,9 %, à 1,58 million de barils par jour (b/j), mais l’essentiel est sauf. Depuis son siège milanais, Paolo Scaroni, le patron de la major, a rassuré, le 15 février, le monde de la finance : le bénéfice net a progressé de 9,1 % (6,9 milliards d’euros), le résultat opérationnel de 8,5 % (17,5 milliards d’euros) et le chiffre d’affaires de 11,2 % (109,6 milliards d’euros).
ENTRE DEUX FEUX. Les produc-
tions tunisienne et égyptienne, essentiellement offshore, n’ont pas été affectées par les événements. Par contre, la compagnie a réduit ses activités en Libye entre juin et septembre 2011. « Nous avions deux grandes préoccupations : sécuriser nos employés et préserver des bombardements nos N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
outils de production, explique Paolo Scaroni. Lors de mon déplacement à Benghazi le 3 avril 2011, j’ai rencontré le chef du CNT [Conseil national de transition, NDLR], Moustafa Abdeljalil, et ses collaborateurs. Ils ont compris l’intérêt de préserver les centrales électriques et le pipeline reliant la Libye à l’Italie. » Pris entre deux feux, le groupe a toutefois fortement réduit sa production libyenne, qui est passée de 280 000 à 40 000 b/j au plus bas. Aujourd’hui, elle est remontée à plus de 240 000 b/j (soit 86 % du niveau d’avant la crise), tandis que 32 expatriés sur 128 sont déjà
Sa production par pays (milliers de barils/jour)
Libye : 240 Égypte : 236 Nigeria : 160 Congo : 108 Angola : 98 Algérie : 72 Tunisie : 12
revenus en Libye. Un retour à la normale est prévu au début du deuxième semestre 2012. En outre, quelque 21 milliards de dollars (16 milliards d’euros) vont être investis dans le développement et l’exploration au cours des trente prochaines années. L’objectif est d’atteindre rapidement les 300 000 b/j dans le pays. Si la compagnie s’attend à une concurrence exacerbée dans le cadre de l’attribution des nouveaux permis de recherche, notamment de la part de Total, elle n’a pas d’inquiétude sur les contrats déjà passés. « Nous avons vécu une douzaine de révolutions en Afrique, précise Paolo Scaroni. Jamais un contrat n’a été cassé, pour la simple raison qu’il y a des clauses d’arbitrage international. Leur remise en cause coûterait très cher aux États. Et puis, quel est l’intérêt de changer de partenaire ? On connaît les hommes, l’histoire, l’économie et la géologie de ces pays. » NOUVELLE DONNE. Quant aux changements politiques intervenus en Afrique du Nord, ils n’inquiètent pas outre mesure. Le groupe a épousé le Printemps arabe, après avoir prospéré sous les régimes autocrates de Kaddafi et de Moubarak. Il voit même l’avènement au pouvoir des partis islamistes modérés comme une nouvelle opportunité, bien qu’il s’attende encore à quelques convulsions postrévolutionnaires.
FORMIDABLE DÉCOUVERTE AU MOZAMBIQUE « CE PROJET VA CHANGER LA VIE D’ENI », affirme Paolo Scaroni à propos de la concession de Mamba, récemment découverte au large du Mozambique. Le groupe italien a évalué les réserves de gaz à plus de 850 milliards de mètres cubes. Deux puits sur dix ont déjà été forés avec succès. Le 3 janvier à Bilene, dans le sud du pays, le patron d’Eni a discuté avec le président Guebuza des premiers résultats et des infrastructures nécessaires avant l’entrée en production, prévue en 2018. Eni et ses partenaires prévoient d’investir 50 milliards de dollars (38 milliards d’euros) dans les dix prochaines années pour exploiter cet énorme gisement et construire au moins cinq trains P.A. de liquéfaction de gaz naturel liquéfié (GNL). ● JEUNE AFRIQUE
Premier producteur en Afrique, Eni continue donc à miser sur le continent, qui assure actuellement plus de 50 % de sa production totale. Au nord, le groupe produit 236 000 b/j en Égypte, 72 000 b/j en Algérie et 12 000 b/j en Tunisie. Il achète aussi pour 25 milliards de mètres cubes par an de gaz à l’algérien Sonatrach. Face au déclin de la production égyptienne, Eni prospecte en outre dans le gaz, notamment sur les champs du Yémen voisin. Il réflé-
« Le CNT a compris l’intérêt de préserver le pipeline reliant la Libye à l’Italie. » PAOLO SCARONI, PDG
chit à la possibilité de produire du gaz naturel liquéfié (GNL) ou de l’électricité à partir de centrales thermiques. P O U R PA R L E R S. Au sud du
Sahara, le groupe monte en puissance au Nigeria (160 000 b/j), au Congo (108 000 b/j) et en Angola (98 000 b/j), où il a acquis un nouveau permis d’exploration en décembre (bloc 35). Il a surtout fait une gigantesque découverte au Mozambique (lire encadré p. 62) et mène des pourparlers avec Accra et la Ghana National Petroleum Corporation pour l’exploitation des gisements pétrolier et gazier de la zone de Sankofa. De nouveaux pays au potentiel prometteur sont encore en phase de prospection. Au Togo, le groupe sonde actuellement les fonds marins des blocs 1 et 2 dans le bassin du Dahomey. Il nourrit également des ambitions au large du Bénin et du Liberia, et mène des recherches aux côtés de Sonatrach dans le désert malien. Les réserves prouvées des gisements exploités par le groupe sont actuellement de 7,7 milliards de barils, dont plus de 45 % sur le continent. Fort du redémarrage de ses activités en Libye, Eni prévoit une hausse de sa production mondiale de 3 % par an d’ici à 2014. ● PASCAL AIRAULT JEUNE AFRIQUE
ALEXANDRE DUPEYRON POUR J.A.
Coulisses
MAROC MARJANE DÉVOILE SON PROGRAMME Au Maroc, la part de marché des distributeurs ne représente que 13 % des ventes de produits frais. Pour combler leur retard, les groupes locaux accélèrent le développement de nouveaux points de vente. Après
S
marchés
Label’Vie, qui a débuté la transformation des magasins Metro en hypermarchés Carrefour, c’est au tour de Marjane, filiale de la SNI, de dévoiler un programme triennal de 480 millions d’euros prévoyant l’ouverture de quinze hypermarchés Marjane, douze supermarchés Acima et douze magasins Electroplanet (électroménager). Autre nouveauté: la participation du groupe à des projets immobiliers associant boutiques, grandes surfaces et bureaux, comme celui de l’Arribat Center à Rabat. Cet ensemble de 200000 m2 incluant salles de cinéma, de sport et de conférences devrait être livré en 2014. ●
• AÉRIEN La RAM a transféré son terminal de fret, d’une superficie de 20 000 m , à Nouaceur : il traitera 250 000 t/an • AÉRIEN (2) Le canadien 2
Bombardier a vendu 5 avions Q400 à Ethiopian Airlines pour 160 M$
M•
S
Entreprises
PAPIER Le sud-africain Mondi a déboursé 285 M€ pour prendre le contrôle
(34 % du capital) du polonais Mondi Swiecie • BANQUE Le marocain Attijariwafa Bank a annoncé un bénéfice net de 430 M€ en 2011 (+ 11,8 %)
• POSTE Chronopost Algérie, filiale du français La Poste, a cessé ses activités ALGÉRIE MEGAPROJET GAZIER Alger a donné son accord pour le lancement du projet de Reggane Nord (dans le Sahara), qui comprend six puits de gaz. Le consortium chargé de ce projet de 2,2 milliards d’euros est mené par l’espagnol Repsol (29,25 %), aux côtés de l’algérien Sonatrach (40 %), de l’allemand RWE Dea (19,5 %) et de l’italien Edison (11,25 %). Le démarrage de la production, qui devrait atteindre la première année 8 millions de mètres cubes par jour, est prévu pour la mi-2016. ● BURKINA FASO OPÉRATEURS SANCTIONNÉS Faute d’avoir amélioré la qualité de leurs services, les opérateurs télécoms burkinabè viennent d’être sanctionnés par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep).Telmob, Airtel
etTelecel Faso devront payer des amendes respectives de 1,65 million, 1,36 million et 1,10 million d’euros. Ces mesures font suite à des plaintes des autorités et des associations de consommateurs qui, mi-2011, ont débouché sur des études révélant des « insuffisances prononcées ». ● RD CONGO PRESSION DE LA BANQUE MONDIALE Le 10 février, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a déclaré que l’institution ne fournirait « pas de soutien simple au budget » de la RD Congo « sans contre-pouvoirs ». « Les contrôles démocratiques dans ce pays sont insuffisants », a-t-il justifié. Si la Banque mondiale maintient son aide en matière d’aide alimentaire, d’éducation, de lutte contre le paludisme et le sida, sa décision laisse présager de futures sanctions financières contre le pays. ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Décideurs MAROC
Tunc Basegmez
D IRECTEUR
« Renault Tanger a donné du travail à la France » L’inauguration de l’usine marocaine a provoqué des remous à Paris, où des politiciens ont crié à la « délocalisation ». Réponse d’un des principaux intéressés, qui détaille les prochaines étapes du projet.
I
naugurée le 9 février par le roi Mohammed VI et le PDG de Renault, Carlos Ghosn, l’usine de Tanger est en plein rodage. Aux manettes: le Turc Tunc Basegmez, 56 ans. À partir de 2014, 340000 véhicules sortiront chaque année des chaînes de l’usine… qui sera alors la plus grande d’Afrique. JEUNE AFRIQUE : Des politiciens français ont tiré à boulets rouges sur l’ouverture d’une usine Renault au Maroc (lire aussi p. 52). Quelle est votre réaction ? TUNC BASEGMEZ : Je sais bien
que la France entre en période électorale, mais certaines déclarations m’ont fait mal au cœur. Pour Renault, il n’était pas envisageable de fabriquer un véhicule low cost en France. En outre, Renault Tanger a
rythme de 50 par jour, mais nous devons atteindre 30 véhicules par heure en avril. Quand sera commercialisé le monospace compact Lodgy ?
Le modèle sera officiellement lancé au salon de Genève [du 8 au 18 mars 2012, NDLR]. D’ici à l’été, les voitures seront commercialisées au Maroc et en Europe. À terme, elles seront vendues dans plus de 100 pays, jusqu’au Mexique ! Vos équipes marocaines sont-elles au complet ?
Finjanvier,nousétions2500salariés. Nous avons une seule équipe
Profil • 1984 Entre chez Renault comme chef d’atelier de l’usine de Bursa, en Turquie.
Pour 2012, nous prévoyons 76000 véhicules, dont une majorité de Lodgy, mais nous commencerons aussi à produire un nouveau petit véhicule utilitaire, lui aussi de la gamme Dacia. En 2013, nous devrions tourner à pleine capacité, soit 170 000 voitures, et nous installerons une seconde ligne de fabrication, identique à la première. Elle nous permettra d’atteindre 340 000 véhicules en 2014.
• 2007-2010 Directeur des fabrications carrosserie et montage à Bursa
La logistique suit-elle la cadence?
• Octobre 2010 Directeur de l’usine de Tanger
Nos sous-traitants, à 50 % locaux, sont eux aussi en phase de rodage. Notre relation avec eux est un point de vigilance. Nous avons quinze grands fournisseurs marocains, dont neuf ont construit de nouvelles usines. Il nous faut améliorer la communication avec eux pour qu’ils aient la bonne réactivité par rapport à nos besoins. Pour l’approvisionnement,despiècesarriventde Roumanie,deTurquie,d’Espagneet de Tunisie, et les infrastructuresportuaires fonctionnent parfaitement.
donné du travail à la France. Dire le contraire, c’est manquer de respect aux ingénieurs français qui participent depuis trois ans au projet !
L’installation de Nissan à Tanger est-elle encore d’actualité ?
À quelle étape du lancement de la production en êtes-vous ?
N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
R ENAULT T ANGER
Du coup, combien de voitures allezvous fabriquer ?
À la fin de l’année, nous devrions être 4500 salariés.
Le 27 janvier, la direction de la qualité nous a donné l’accord de fabrication pour le Dacia Lodgy. Un jalon qui nous a permis de fabriquer nos premières voitures. Aujourd’hui, nous avons fabriqué environ 600 véhicules, avec un
DE L ’ USINE
de production, mais nous sommes en train d’en recruter une seconde, pour passer en mai à une fabrication en deux fois huit heures. Si les conditions de marché se maintiennent, nous embaucherons une troisième équipe d’ici à novembre. À cette date, nous devrions être 4500 employés. Tous seront formés selon les standards Renault.
RENAULT
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Pour le moment, Tanger est une usineRenault.Maisnotrepartenaire n’a pas abandonné l’idée de venir. Un emplacement lui est réservé. À titre personnel, je préférerais qu’il attende 2014, que nos propres installations soient rodées… Cela dit, nous collaborons avec l’usine de Nissan à Chennai [Inde] sur la formation et la qualité. ● Propos recueillis par CHRISTOPHE LE BEC JEUNE AFRIQUE
Décideurs ð À 33 ANS, il dirige une équipe de quinze salariés.
ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.
La société est aussi en discussion avec le groupe hôtelier Accor pour lancer un jeu-concours sur tout le continent.
SÉNÉGAL
Serigne Barro démystifie le web Il a créé People Input en 2002. D’abord concepteur de sites internet, il produit aujourd’hui des applications et gère l’image de ses clients sur la Toile.
S
erigne Barro le sait : en cette année d’élection présidentielle, son activité au Sénégal sera ralentie. « On reprendra vraiment en juin », assure-t-il. À 33 ans, cet entrepreneur originaire de Kaolack est sûr d’avoir fait le bon choix : quitter la France, où il a obtenu en 2000 son diplôme à l’Institut supérieur de commerce de Paris, pour lancer en 2002 People Input dans son pays d’origine. « Nous créons des sites internet, accompagnons le client sur la Toile
et optimisons sa visibilité, notamment à travers les réseaux sociaux », explique-t-il. Parmi ses clients : la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM),Sénégal Airlines… Fortede quinze salariés et de quatre filiales horsSénégal(Cameroun,Mali,Côte d’Ivoire et Burkina Faso), la web agency a signé un contrat déterminant en 2011 lorsque la marque Samsung lui a confié, à travers un contrat trimestriel renouvelable, la gestion de son image sur internet.
À LA POINTE. « Depuis 2002, l'e-
business a beaucoup évolué au Sénégal, notamment grâce à une bonne connexion au réseau. Les patrons ont davantage conscience de l’importance du web pour leurs affaires », note Serigne Barro. People Input s’est par ailleurs distingué avec des applications sur téléphone mobile (sonneries, jeux, logos…). Des partenariats avec des chaînes de télé telles que Trace TV ou la Radio Télévision sénégalaise (RTS) lui ont permis de toucher plus de 30 millions de personnes. Depuis novembre, l’agence est aussi l’unique revendeur en Afrique de l’Ouest (hors Nigeria) des applications de Google (récemment installé à Dakar). Tous Sénégalais, ses salariés (développeurs, communicants, professionnels du marketing) ont été formés au pays. « La distance n’est plus un obstacle : nous sommes à la pointe de tout ce qui se fait en matière de technologie, nous l’avons démystifiée », conclut Serigne Barro. Qui, « grâce à la crise », se paie même le luxe d’engager des sous-traitants français « au même prix qu’ici ». ● MICHAEL PAURON, envoyé spécial à Dakar
DR
ON EN PARLE
MUSTAPHA MOURAHIB CLIFFORD CHANCE Le cabinet d’avocats international a ouvert un bureau à Casablanca. Son directeur, Mustapha Mourahib, sera désormais chargé des activités en Afrique, qui réunissent plus de 200 avocats dans seize bureaux. JEUNE AFRIQUE
JEAN-JACQUES DESSORS ACCOR Cet ex-directeur général du groupe hôtelier pour le Royaume-Uni et l’Irlande est devenu directeur général Afrique, Moyen-Orient, océan Indien et Caraïbes. Il succède à Charlie Langlais, qui a quitté le groupe.
LAKSHMAN BHEENICK STANDARD BANK MAURITIUS Le directeur général de la banque mauricienne peut être content. Pour la deuxième année consécutive, cette filiale du sud-africain Standard Bank a été désignée meilleure banque privée par le magazine financier Euromoney. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Marchés financiers
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MAROC
Pourquoi BMCE ne convainc pas
ALEXANDRE DUPEYRON
L’institution dévoilera d’ici à quelques semaines ses résultats pour 2011. Mais déjà, la communauté financière juge la banque très largement surévaluée en Bourse.
E
N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Pour certains, Othman Benjelloun, aidé par les deux autres actionnaires de poids du groupe que sont la Caisse de dépôt et de gestion et le français Crédit MutuelCIC, s’activerait pour maintenir le cours au-dessus des 200 dirhams (207,65 dirhams le 15 février, soit 18,58 euros). VERDICT SANS APPEL. Pourtant,
– 14,2 %
C’est la chute de l’action sur un an (207,65 dirhams le 15 février)
les fondamentaux de la banque justifieraient une très nette baisse. « La valeur affiche des niveaux de valorisation en déconnexion avec ceux de son secteur », soulignait ainsi, mi-2011, le courtier Attijari 37,6
RATIO COURS/BÉNÉFICES 2011 (par rapport aux autres banques d’Afrique du Nord, estimations)
20,3
16,8
14,7 6,4
BMCE
BIAT
Attijariwafa Attijari Bank Bank
CIB
RÉPARTITION DES BÉNÉFICES* Autres activités 3 Europe 1 BMCE Bank Offshore 8 Services financiers spécialisés 14 Afrique subsaharienne 14
(en %)
BMCE Bank Maroc
60
SOURCES : ALPHAMENA ; BMCE
«
n2011,lacroissance de nos bénéfices sera excellente. L’année n’a pas été bonne seulement pour nos opérations marocaines, mais aussi pour celles en Afrique. » Dans un mois environ, les épargnants et investisseurs de la Bourse de Casablanca sauront si le PDG de BMCE Bank, OthmanBenjelloun,atentéunnouveau coup de poker ou non. S’il est coutumier des grandes annonces, il sait qu’entre BMCE et la Bourse c’est désormais le désamour. Sur les trois dernières années, le groupe a vu son cours reculer, tandis que ceux d’Attijariwafa Bank et de Banque populaire, ses principaux concurrents, affichaient une performance totale de plus de 60 %… Le pire a pourtant été évité, souligne un financier qui requiert l’anonymat. « Le cours aurait reculé davantage si la banque n’avait pas mis en place des programmes de rachat pour le soutenir. Ces opérations ont concerné 15 % du capital depuis 2008-2009 », explique-t-il.
Intermédiation. Aujourd’hui, le cours de BMCE s’élève à 37,6 fois les bénéfices estimés pour 2011, contre 16,8 pour Attijariwafa (voir infographie). Pour AlphaMena, le verdict est sans appel. « Notre objectif de cours est à 129 dirhams, ce qui impliquerait une baisse de 38 % par rapport au cours d’aujourd’hui », estime Kais Kriaa, analyste financier du cabinet de recherche. Commercialement, BMCE est performant. En pointe dans le domaine de la banque d’affaires et de la Bourse, il a également été précurseur dans la bancassurance. Même si Attijariwafa l’a désormais dépassé dans ce domaine, cela ð LE TROISIÈME ÉTABLISSEMENT reste l’un de ses BANCAIRE DU PAYS grands succès. affiche des Toutefois, ses niveaux de charges s ont rentabilité nettement plus inférieurs à ceux de ses lourdes que concurrents. celles de ses concurrents. Les ouvertures régulières d’agences y sont pour beaucoup, mais pas seulement. « La politique salariale est très généreuse pour le top management»,expliqueMohamed ma Zakaria El Kraizi, gérant actions Za chez Upline Capital Management. En conséquence, la troisième banque du pays affiche une marge nette de 11 % (contre près de 30 % pour Attijariwafa) et une re rentabilité des fonds propres de 7 % (contre 16 % pour Attijariwafa). Le groupe reste également marqué par quelques échecs. Le principal a été la création d’une banque d’affaires à Londres, Medicapital,
* Au 1er semestre 2011 JEUNE AFRIQUE
Baromètre
STRATÉGIE SECRÈTE. Reste
l’Afrique, présentée comme le principal relais de croissance. Selon des déclarations très récentes d’Othman Benjelloun, la contribution de Bank of Africa (BOA) aux bénéfices aurait grimpé en 2011 autour de 25 %, contre 17 % en 2010. Cela reste à voir… « La contribution de l’Afrique subsaharienne dans le résultat net part du groupe a été de 14 % au premier semestre 2011 (voir infographie), contre 21 % un an plus tôt », rappelle Hanane Rahali, analyste chez CFG Group. Alors que BMCE détient désormais 59,4 % des parts de BOA, la banque reste très secrète sur sa stratégie africaine. Et les difficultés en Côte d’Ivoire et à Madagascar, ainsi que l’assainissement des nouvelles filiales au Ghana et à Djibouti, n’augurent rien de bon en matière de rentabilité. « Le retour sur investissement africain est pour l’instant limité », commente Mohamed Zakaria El Kraizi. « Le coût du risque des activités africaines est bien plus important que celui affiché par les filiales africaines d’Attijariwafa, ajoute Kais Kriaa. Avec la mise en œuvre de Bâle 3 au Maroc, les contraintes en matière de fonds propres vont se durcir, et BMCE est déjà juste en la matière. Il n’aura pas beaucoup de marge de manœuvre si ses activités africaines connaissent des difficultés. » Autre inquiétude de la communauté financière: l’avenir du groupe après Othman Benjelloun (81 ans cette année). Aucun successeur n’est en effet clairement identifié. Une incertitude de plus pour BMCE. ●
Ciment : bon début d’année VALEUR
BOURSE
COURS au 15 février (en dollars)
ÉVOLUTION depuis le début de 2012 (en %)
Suez Cement
LE CAIRE
3,92
+ 8,7
Alexandria Portland Cement Ciments du Maroc Holcim Bamburi Cement Lafarge Ciments Lafarge Wapco Dangote Cement Lafarge Cement Zambia Carthage Cement
LE CAIRE
2,21 119,01 242,87 1,59 190,17 0,27 0,70 1,45 2,65
+ 7,6 + 5,8 + 4,6 +4 + 3,6 0 – 0,5 – 1,2 – 2,2
CASABLANCA CASABLANCA NAIROBI CASABLANCA LAGOS LAGOS LUSAKA
MALGRÉ UN CONTEXTE souvent difficile, les cimenteries africaines connaissent un bon début d’année boursière. Au Maroc, c’est le soulagement qui prévaut, avec une croissance de la consommation de ciment de 10,7 % en 2011, soit deux fois plus que les prévisions les plus optimistes. Les leaders kényan Bamburi Cement et
TUNIS
égyptien Suez Cement repartent à la hausse, après avoir vu leurs cours chuter en 2011. En revanche, en dépit de l’inauguration récente de la cimenterie d’Ibese, la plus grande d’Afrique, le nigérian Dangote Cement continue à décevoir, avec un cours toujours en dessous de son niveau d’introduction. ●
Valeur en vue LAFARGE CIMENTS Le leader sort ses griffes BOURSE Casablanca • CA 2011 (estimé) 502,1 millions d’euros (+ 4,1 %) COURS 1 606 dirhams (15.2.2012) • OBJECTIF 1 482 dirhams
SELON NOUS, la part de marché de Lafarge Ciments serait passée de 36,6 % au premier semestre 2011 à 37,4 % au second. Par rapport au second semestre 2010, où l’entreprise avait enregistré une baisse de ses volumes vendus à la suite de l’entrée sur le marché de Ciments de l’Atlas, le chiffre d’affaires aurait progressé de 9,7 % en un an. Pour l’année 2011, nous estimons désormais à 4,1 % l’augmentation du chiffre d’affaires, au lieu de 0,8 % prévu précédemment. Au final, le résultat net devrait s’établir 2 % au-dessus de celui de 2010, à 1,7 milliard Majdouline de dirhams (152,5 millions d’euros). Lafarge Ciments Fakih a en effet montré une remarquable maîtrise des Analyste coûts au premier semestre, avec une marge à 51,9 %, chez CFG Group et aurait bénéficié dans la seconde partie de l’année d’une pression sur les prix moins forte qu’anticipé, le marché dans son ensemble ayant réalisé une croissance de 14,6 % sur cette période. Le titre ayant connu une baisse de 24,3 % sur un an (contre – 13,5 % pour l’indice CFG 25), nous changeons notre recommandation de “vendre” à “conserver”. » ●
DR
rebaptisée depuis BMCE Bank International. Lancée quelques mois avant le début de la crise financière internationale de 2008, cette filiale a plombé les comptes de la maison mère. L’année dernière, elle est passée par une sévère restructuration. Toutefois, « la création de cette entité dans l’une des premières places financières lui a permis de générer de nombreuses opportunités d’affaires », précise Kais Kriaa.
Marchés financiers
FRÉDÉRIC MAURY JEUNE AFRIQUE
N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Dossier
Eau DISTRIBUTION
Le grand défi
La forte croissance de la population sur le continent africain oblige les États à augmenter leurs investissements pour garantir un meilleur accès à l’eau potable. Notamment dans les villes. MICHAEL PAURON
L
«
a ressource existe. Le problème, ce sont les infrastructures. » Cette analyse du directeur général de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg, filiale de Veolia), François Ombanda, résume à elle seule le paradoxe africain. Sur les 5400 milliards de mètres cubes d’eau renouvelable par an que recèle le continent, il n’en consomme que 4 % pour boire, irriguer et produire de l’énergie. En conséquence, 300 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Selon Sering Jallow, directeur du département eau et assainissement à la Banque africaine de développement (BAD) – laquelle a investi quelque 700 millions d’euros dans la distribution d’eau entre 2000 et 2010 –, « il faudrait que l’Afrique consacre 15 milliards de dollars par an [11,4 milliards d’euros, NDLR] pour fournir de l’eau potable à l’ensemble de la population. En règle générale, les infrastructures au sud du Sahara sont faibles et ne permettent réellement d’utiliser qu’environ 5 % des ressources en eau disponibles à des fins économiques et sociales, contre 70 % en Afrique du Nord. » Selon un rapport conjoint de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), en 2008, l’approvisionnement en eau de la population était de 31 % en Afrique subsaharienne, de 60 % en Afrique du Nord. « Il est nécessaire d’accroître les investissements pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement [OMD] », juge Sering Jallow. Ces OMD prévoient de réduire de moitié le nombre d’habitants dépourvus d’accès à l’eau d’ici à 2015. « Seuls l’Afrique du Sud et N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
peut-être le Sénégal atteindront ces objectifs », estime Sylvain Usher, secrétaire général de l’Association africaine de l’eau (AAE). « La démographie urbaine est galopante, c’est le principal défi des pays : se mettre à jour rapidement et anticiper l’avenir », poursuit-il. La population africaine devrait ainsi augmenter de moitié entre 2010 et 2040, avec un pourcentage de citadins qui passerait de 44 % à 57 %. L’AAE, avec la Banque mondiale, prépare actuellement une étude sur une trentaine de capitales africaines, afin de déterminer comment les sociétés de distribution peuvent préparer les vingt à trente prochaines années. Une première partie sera publiée cette semaine lors du 16e congrès de l’association, à Marrakech (du 20 au 23 février). Selon le cabinet de conseil et d’ingénierie français Sofreco, les besoins domestiques en eau d’ici à 2040 devraient se situer entre 135 milliards et 161 milliards de mètres cubes par an pour l’ensemble du continent.
JACOB SILBERBERG/PANOS-REA
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LAGOS, au Nigeria, est la métropole la plus peuplée au sud du Sahara. Elle devrait passer de 10,5 millions à 12,5 millions d’habitants d’ici à 2015.
AVANCÉES. Il y a quand même des progrès. « La
situation à Libreville est globalement satisfaisante », estime François Ombanda. À travers un partenariat avec l’État gabonais, la Seeg a déjà dépensé 52 millions d’euros pour optimiser la production et la distribution. Et quelque 190 millions seront encore débloqués dans ce but d’ici à 2017. « Aujourd’hui, 70 % de la population à Libreville et dans une cinquantaine de localités de l’agglomération ont accès à l’eau potable, précise le directeur général. Des renforcements sont encore à faire, la croissance démographique – et donc la consommation – étant plus importante que prévu. » Au Cameroun, la Camerounaise des eaux (CDE, coentreprise entre les marocains Onep [lire pp. 70-71], Delta Holding et la Caisse de dépôt et de gestion) a engagé un programme d’investissement de 450 millions à 600 millions d’euros entre 2009 JEUNE AFRIQUE
et 2015. « L’objectif est de porter le taux d’accès à l’eau potable de 35 % à 60 % », explique Brahim Ramdane, directeur général de la CDE. Là aussi, la démographie urbaine reste le principal challenge: « Yaoundé en particulier subit une forte pénurie », concède le patron (lire p. 79). Les sociétés de distribution semblent aussi avoir amélioré leur mode de fonctionnement. « On constate que les dirigeants sont de mieux en mieux formés, relève Sylvain Usher. Les États semblent avoir compris qu’il fallait arrêter de faire des nominations politiques à ces postes. » Les firmes cherchent en outre à bénéficier des retours d’expériences. « Au sein de l’AAE, nous avons mis en place une plateforme de rencontre entre les différentes sociétés du continent, poursuit Sylvain Usher. Elles peuvent aussi échanger leurs expériences à travers le Water Operator Partnership mis en place par les Nations unies sur tous les continents. Le but, in fine, est de favoriser les partenariats entre sociétés d’eau. » L’arrivée des firmes privées à travers des partenariats public-privé, si elle s’est parfois faite dans la douleur, a en outre permis d’améliorer la gestion et les services. « La participation des entreprises JEUNE AFRIQUE
300
millions d’Africains
n’ont pas accès à l'eau potable
15
milliards de dollars
d’investissement annuels seraient nécessaires pour approvisionner toute la population
privées à la fourniture de l’eau et à l’assainissement, en particulier dans le milieu urbain, a augmenté depuis une dizaine d’années », remarque Sering Jallow. Pour lui, la capacité à faire des bénéfices tout en minimisant les risques est le principal moteur d’attraction du secteur privé. INCERTITUDES. Des principes qui semblent avoir
été pris en compte : « Les politiques de développement soutenues des gouvernements et les réformes qui en ont découlé ont visé à créer un environnement propice en améliorant l’efficacité, le redressement financier et l’augmentation des prestations de services », souligne l’expert de la BAD. Même si, dans bien des zones encore, « les financements n’ont pas été à la hauteur, en raison des incertitudes liées à l’environnement politique et économique. » Reste que « la mobilisation de ressources internes et externes afin de construire les infrastructures d’eau et d’assainissement, d’une part, et la capacité institutionnelle à gérer leur mise en œuvre et à les exploiter à des fins économiques et sociales, d’autre part, demeurent les principaux défis auxquels sont confrontés les pays d’Afrique subsaharienne », rappelle Sering Jallow. ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Dossier Eau MAROC
Driss Bahaj
D IRECTEUR
COMMERCIAL ET MARKETING DE L ’O NEP
« L’Onep ne cherche pas la rentabilité à tout prix »
bon score car nous avons atteint un palier. Nous travaillons désormais à fournir de l’eau potable dans des zones rurales difficiles d’accès et, dans les villages où nous avons déjà installé une borne-fontaine, nous amenons l’eau courante dans les maisons. À cette fin, nous avons dépensé plus de 100 millions d’euros en 2011.
Pour l’établissement public, la priorité est d’étendre l’accès à l’eau potable dans les zones rurales. Un objectif qu'il entend atteindre grâce à des investissements conséquents et au soutien de l'État.
I
ngénieur formé au Maroc puis en France, Driss Bahaj dirige l’activité commerciale de l’Office national de l’eau potable (Onep) dans le royaume et à l’étranger. Travaillant notamment à établir le prix de l’eau là où l’établissement public est sollicité, il nous livre son point de vue sur le modèle économique et organisationnel le mieux adapté à la gestion de cette ressource.
Pour atteindre ces objectifs, il faut des moyens financiers conséquents. Quel est votre modèle économique ?
JEUNE AFRIQUE : Au Maroc, la production, l’assainissement et la distribution d’eau sont gérés par des acteurs différents. Quel rôle exact joue l’Onep et où intervient-il ? DRISS BAHAJ : L’Onep, qui est le
premier producteur d’eau potable du Maroc, traite et distribue l’eau dans les régions rurales et les villes de taille moyenne de tout le royaume, ce qui représente 1,6 million de foyers clients. Nous assurons aussi la production de 90 % de l’eau potable pour 18 grandes villes, où la distribution et l’assainissement sont assurés par une régie municipale pour 13 d'entre elles et par un acteur privé qui en a la gestion déléguée pour les 5 autres, comme Veolia à Tanger et à Rabat ou Suez Environnement [via sa filiale Lydec, NDLR] à Casablanca. Quelle est votre stratégie de développement pour améliorer vos services ?
En milieu urbain, notre priorité est de sécuriser les réseaux de distribution pour éviter les pertes, améliorer la qualité… et diminuer la facture. Pour cela, en 2011, nous avons investi 190 millions d’euros N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
HASSAN OUAZZANI POUR J.A.
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pour la réalisation de stations de traitement et de 660 km de conduites ! Et dans les campagnes, quelles sont vos priorités ?
Dans les zones rurales, nous voulons étendre l’accès de la population à l’eau potable. En un an, nous sommes passés d’un taux de couverture de 91 % à 92 %. Une progression qui peut sembler limitée par rapport à ce que nous faisions dans les années 1970, mais c’est un
CET INGÉNIEUR
travaille notamment à établir le prix de l’eau là où l’Onep est sollicité, au Maroc et à l’étranger.
Nous sommes une entreprise publique, nous ne cherchons pas la rentabilité à tout prix, mais un juste équilibre.Jusqu’en1993,nousétions subventionnés par l’État, mais ce dernier a changé son mode de participation. Désormais, il co-investit avec nous dans les métiers ou les zonesoùl’exploitationeststructurellement déficitaire sans son apport: les projets dans les zones rurales et le domaine de l’assainissement. De plus, selon un principe de solidarité nationale, les grandes villes, qui bénéficient d’un accès à l’eau moinscherenraisondeséconomies d’échelle, épongent une partie des dettes des projets ruraux déficitaires grâce à un système de taxes. Cette situation est-elle tenable à long terme ?
Pour le moment, grâce à l’aide de l’État et au système de péréquation entre villes et campagnes, au global, nous sommes tout juste bénéficiaires. Ce qui pourrait poser problème, c’est l’assainissement, un secteur déjà déficitaire d’environ 30 millions d’euros en 2011. L’aide de l’État est primordiale en la matière: il paie la moitié de chaque nouvelle station d’épuration, et la collectivité locale nous fournit un terrain. À long terme, il y aura de nouveaux défis à relever : avec des zones rurales moins peuplées et des réseaux urbains plus vieux, il faudra améliorer le système de financement. JEUNE AFRIQUE
Dossier Cette année, les contrats de Veolia à Tanger et à Rabat arrivent à échéance. Êtes-vous candidat à sa succession ?
Nous serons prêts à y aller si l’État nous y invite, toujours avec cette volonté d’atteindre un équilibre économique raisonnable, sans chercher la rentabilité à tout prix. Cela étant, je me garderai de critiquer le service assuré par les filiales de Veolia, qui comptent aussi parmi nos grandes clientes. La gestion publique de l’eau n’est pas aisée, surtout dans des villes qui se sont étendues très rapidement, sans aménagement des réseaux. Vous êtes aussi actionnaire majoritaire de la Camerounaise des eaux, qui gère la distribution de l’eau potable à Douala et à Yaoundé. Comment sont répartis les rôles avec les partenaires locaux ?
Nous réalisons des missions d’assistance technique au sud du
Sahara depuis trente ans, mais ce contrat d’affermage est notre première grande expérience de la gestion publique de l’eau à l’international. Nous avons en charge la distribution de l’eau, mais la production, le transport, l’assainissement et les extensions de réseau
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la concession complète pour les villes africaines en forte croissance ?
Chaque type de contrat a ses avantages et ses faiblesses. Pour mettre en place une bonne gestion de l’eau, il faut avant tout s’imprégner des réalités socioculturelles
Grâce à un système de taxes, les villes épongent une partie des dettes des projets ruraux. locales, ce qui est valable aussi bien au Maroc qu’au Cameroun ou en France. Il faut réussir à construire une relation durable, ce qui n’est pas facile car il peut y avoir des incompréhensions. Au Cameroun, le fait que nous soyons une société publique soucieuse du bien commun, dans le cadre d’une coopération Sud-Sud, joue en notre faveur. ●
sont sous la houlette de [la société publique] Camwater. Certains investissements qui auraient dû être réalisés par Camwater ne l’ont pas été. Mais depuis quelques mois, nous sommes dans une dynamique positive : la société a débloqué des crédits pour réaliser les travaux. Le contrat d’affermage, tel que celui de l’Onep au Cameroun, est-il plus approprié que celui de
"Les causes justes ne se plaident
pas seulement dans les tribunaux."
Propos recueillis par CHRISTOPHE LE BEC
Benan Khedira Avocate
Lectrice impartiale.
To u s c e u x q u i fo n t avancer l’Afrique s’y retrouvent.
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Dossier Eau CAMEROUN
Yaoundé à l’heure du système D Face à la pratique illégale de la revente d’eau, l’État a créé une commission anticrise qui alimente gratuitement les quartiers les moins raccordés. En attendant des travaux d’aménagement.
L
ebadgeépinglésursablouse verteindique:«Fournisseur privé ». À 27 ans, Alain Eloundou s’est improvisé vendeur ambulant d’eau potable à la faveur des pénuries, récurrentes à Yaoundé depuis plus d’une décennie. Sa tournée débute aux aurores dans les quartiers périphériques d’Emana,deMendongetdeDamas. Sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Il livre jusqu’à 50 fûts de 20 litres, six jours sur sept. Estimés à quelque 90 000 F CFA mensuels (137 euros), ses bénéfices le placent un cran au-dessus du vendeur d’eau en bouteille ou en sachet, qui, avec des ventes à 50 F CFA le sachet et 100 F CFA la bouteille de 1,5 litre, arrive péniblement à 24 000 F CFA par mois. Un joli retour sur investissement pour ce propriétaire d’un puits et d’un forage.
Alain Eloundou est loin d’être un cas isolé, tant la capitale concentre les problèmes liés à la distribution de l’eau potable en Afrique: abaissement périodique du niveau du fleuve, vétusté des équipements, instabilité du courant électrique et, de surcroît, configuration topographique peu favorable. En conséquence, alors que les besoins en eau de Yaoundé sont estimés à quelque 300 000 m3 par jour, les habitants doivent se répartir les 100 000 m3 que produit la station de traitement d’Akomnyada, située à une quarantaine de kilomètres. Afin d’éviter de telles pratiques, le gouvernementacrééenoctobre2011 une commission anticrise d’eau. Composée des représentants de la brigade des sapeurs-pompiers, de la police, du conseil municipal de Yaoundé et de la société publique
Camwater, elle fournit gratuitement jusqu’à 120 m3 par jour, selon une distribution tournante, à trois quartiers parmi les dix-sept les moins alimentés. Une rustine qui ne permettra pas de faire l’économie de vrais travaux d’aménagement. Pour une amélioration globale de la situation, le gouvernement préconise de réhabiliterlastation de traitementd’eaudelaMefou,àl’arrêt depuis 1990. Au terme des travaux cofinancés par l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement et Camwater à hauteur de 72 milliards deFCFA(109,8millionsd’euros),elle aura une production journalière de 50000 m3, théoriquement en 2013. Les populations, elles, s’inquiètent de constater que, six mois après le début des travaux, on en est encore au terrassement. VASTE CHANTIER. Parallèlement,
Une soif difficile à étancher • Besoins de Yaoundé en eau potable 300 000 m3 par jour • Production actuelle 100 000 m3 par jour • Production prévue à l’horizon 2015 200 000 m3 par jour
l’extension de la station d’Akomnyada est prévue, ce qui devrait augmenter sa capacité de production de 50000 m3, la faisant passer à 150000 m3. Ensemble, les stations d’Akomnyada et de la Mefou produiraient ainsi 200000 m3 à l’horizon 2015, ce qui reste insuffisant. À plus long terme, Yaoundé table sur une future alimentation en eau potable à partir du fleuve Sanaga, avec une production de 300 000, voire 400000 m3 par jour. Basile Atangana Kouna, ministre de l’Eau et de l’Énergie, veut y croire. « Ce qui compte, c’est que le Cameroun est un vaste chantier. Une enveloppe globale de 400 milliardsdeFCFAaétédébloquée,dont 200 milliards ont déjà été affectés à différents projets » , assure-t-il.● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM
CAMWATER : LES CHANTIERS S’ENCHAÎNENT, LES RÉALISATIONS SUIVENT.
La Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) est résolument engagée dans la réalisation des infrastructures d’eau potable à travers le territoire national. Objectif, desservir plus de 60 % de la population en milieu urbain à l’horizon 2015. Une nouvelle usine d’eau potable en construction a Yaoundé La Camwater, entreprise à capitaux publics, a engagé, depuis le mois d’août 2011, les travaux de construction d’une nouvelle usine d’eau potable, adossée sur la Mefou, au quartier Nkolbisson, dans la banlieue de Yaoundé. Cofinancés à hauteur de 40 milliards de F CFA par l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque Européenne d’Investissement (BEI), cette usine de 50 000 m3/jour sera réalisée en 24 mois. Les travaux consistent en la reconstruction de la station de traitement, la réhabilitation du barrage de la Mefou, des réservoirs de la station de pompage de Messa et des conduites de transfert amont et aval ainsi que le réseau de distribution. Elle permettra ainsi d’améliorer d’environ 50 %, l’offre en eau potable de la capitale camerounaise. Cette production va encore s’accroitre avec la construction d’un nouveau décanteur à l’usine d’Akomnyada et la réalisation des extensions de réseau en cours. Ces travaux sont réalisés grâce à un financement additionnel de 7,3 milliards de F CFA accordé par l’IDA dans le cadre du Projet de développement urbain et d’approvisionnement en eau potable (PDUE). Ils permettront, à terme, de doubler la production d’eau potable de Yaoundé qui atteindra alors le cap de Objectif, 200 000 m3/j, en attendant la réalisation desservir plus imminente d’autres projets qui à coup de 60 % de la sûr, mettront fin aux pénuries d’eau population en observées dans la cité capitale.
L’extension de l’usine d’eau potable de Douala
milieu urbain à l’horizon 2015.
quelques mois, dans le cadre de la première phase du projet des « 52 centres ». Des travaux similaires démarrent bientôt dans les villes de Limbé, Buéa, Yaoundé, Meyomesala, Tokombéré, Tonga, Bikok, Ngomedzap et Nanga Eboko qui entrent dans les 2e et 3e phases de ce projet financé grâce à un prêt de la banque belge Dexia, pour un montant d’environ 40 milliards de F CFA. D’autres travaux verront le jour dans un proche avenir dans les villes de Bertoua, Edéa et Ngaoundéré, sur financement de l’AFD. Last but not the least, les localités de Ebolowa, Akono, BafangBanka, Bana, Foumban, Kousseri, Bafia, Kumba, Loum, Mamfé, Manjo, Mbanga, Nkongsamba, Bangangté, Bangou, Sangmelima, Ngoumou et Bansoa, Penka-Michel, verront aussi démarrer bientôt les travaux de réhabilitation et de construction des centres de production et de traitement d’eau potable.
Les partenaires La Camwater déroule ainsi son programme d’investissement évalué à 400 milliards de F CFA et qui est financé grâce aux subventions de l’État, à ses fonds propres et aux prêts et dons des partenaires au développement tels que la Banque Mondiale, l’AFD, Eximbank China, Dexia, la BEI. Banque mondiale La Banque mondiale a notamment financé les travaux de réhabilitation d’urgence des installations hydrauliques urbaines de Yaoundé et Douala et de certains centres secondaires. En outre, elle a financé la réalisation de 50 000 branchements subventionnés. Agence française de développement (AFD) Elle finance la construction de l’usine production d’eau potable à Yaoundé ainsi que la construction et la réhabilitation des infrastructures d’eau dans les villes secondaires de Bertoua, Edéa et Ngaoundéré.
Les travaux de construction d’un deuxième module de 100 000 m3/j ont démarré au début de cette année. Ils entrent dans le cadre de la deuxième phase du projet de renforcement et d’amélioration de l’alimentation en eau potable de la ville de Douala. La première phase de ce projet s’est achevée avec la construction, puis la mise en service en juin 2010, de l’usine d’une capacité de 50 000 m3/j adossée sur le fleuve Moungo. Celle-ci a permis, avec les forages réalisés et réhabilités respectivement dans le centre urbain et sur le champ captant de Massoumbou, d’augmenter de 80 %, la production de la capitale économique qui a atteint aujourd’hui le cap des 180 000 m3/j. Avec l’extension de l’usine sur le fleuve Moungo cette production sera portée à 280 000 m3/j à l’horizon 2013, suffisant pour couvrir l’ensemble des besoins en eau potable de la ville de Douala.
Banque européenne d’investissement (BEI) Elle co-finance, avec l’AFD, les travaux de réhabilitation, et de renforcement des réseaux dans les villes de Yaoundé, Bertoua, Edéa et Ngaoundéré.
Plus de 70 centres secondaires concernés
Dexia Banque Belgique Elle finance les travaux de réhabilitation et de renforcement des systèmes d’adduction d’eau potable dans 52 centres.
D’importants travaux sont également en cours ou achevés dans plusieurs villes secondaires. C’est le cas dans les localités de Mbankomo, Bogo, Jikejem-Oku, Maroua où la Camwater a construit des infrastructures d’eau potable en l’espace de
Eximbank China Elle a financé les travaux de construction de la première phase de l’usine de traitement d’eau potable de Yato (près de Douala). Elle est également impliquée dans la deuxième phase du projet d’amélioration de l’alimentation de l’eau potable de Douala.
Banque africaine de développement (BAD) Elle participe au projet d’adduction d’eau dans 16 centres.
COMMUNIQUÉ
D’un coût total de 18 milliards de F CFA, financé par un prêt de 11 milliards de F CFA d’Eximbank Chine, la station de traitement d’Ayatto, près de Douala, est entrée en service en mai 2010.
Dr Basile Atangana Kouna,
Directeur Général de Camwater
« TOUS LES PROJETS ONT DÉMARRÉ » Quel bilan faites-vous du programme d’investissement ? Dr Basile Atangana Kouna : En l’espace de deux ans, Camwater a réussi à mobiliser des concours extérieurs de l’ordre de 220 milliards de F CFA, soit plus de la moitié de ce que nous avons prévu d’investir en dix ans. Grâce à quoi, à ce jour, tous les projets ont démarré et des améliorations se font déjà sentir dans de nombreuses villes.
Avez-vous des exemples de réalisations ? B.A.K. : À Douala, par exemple, les travaux ont induit un accroissement de la production d’eau potable de plus de 80 % dans la capitale économique. À Yaoundé, nous avons lancé la construction d’une nouvelle usine d’eau potable d’une capacité de 50 000 m3/ jour, et nous comptons atteindre, grâce à d’autres travaux en cours sur les installations actuelles, le cap de 200 000 m3/jour d’ici à 2013.
Seules les villes de Douala et Yaoundé sont concernées ? B.A.K. : Pas du tout. Près de 70 localités sont déjà inscrites dans le programme d’investissement, qui vise autant les milieux urbains que périurbains, sur tout le territoire national. Les travaux ont démarré en novembre 2010 par la première phase du projet de 52 centres. À ce jour, ils sont déjà terminés dans les villes de Mbankomo, Bogo, Jikejem-Oku, Maroua. Les deuxième et troisième phases qui concernent une dizaine de villes seront lancées au cours des prochains mois. Dans l’ensemble, les premières réalisations du programme d’investissement de Camwater laissent espérer une amélioration de l’ordre de 60 % de la desserte en eau potable à l’horizon 2015. DIFCOM/FC - PHOTOS : DR
CAMEROON WATER UTILITIES CORPORATION
Siège social B.P. 524 Douala Tél. : + 237 33 42 96 84 / 33 43 72 69 - Fax : + 237 33 43 72 70 Site web : www.camwater.cm - Email : info@camwater.cm
Dossier Eau
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ð COLLECTE D’EAU POTABLE à Abobo, un quartier d’Abidjan.
ISSOUF SANOGO/AFP
Sodeci, Patrick Achi, ministre des Infrastructures économiques, a indiqué que « c’est peut-être en 2013 que l’ensemble des problèmes [que connaît le pays] dans le secteur sera résolu, avec les grands moyens qui seront mis en œuvre » dans le cadre notamment du programme présidentiel d’urgence, qui consacrera 5,5 milliards de F CFA (8,4 millions d’euros) à la consolidation du service d’eau potable dans 49 localités. NOUVELLES USINES. En attendant,
CÔTE D’IVOIRE
Les bémols du monopole Faute d'un engagement suffisant, le pays est confronté à un important déficit en eau courante. Mais la mainmise de la Sodeci sur la distribution n’est pas remise en question pour autant.
D
es jeunes filles portent en équilibre sur la tête des cuvettes pleines à ras bord. Cette scène banale ne se déroule pas dans un village sans eau courante de Côte d’Ivoire, mais à Cocody, la commune la plus riche du pays. Une fois par jour, ces habitantes du quartier Mahou – où les coupures font partie du quotidien – viennent s’approvisionner chez le revendeur d’eau courante. Le déficit dans le pays s’élève à 184 000 m3 par jour, dont 150 000 m3 rien qu’à Abidjan. Responsable toute désignée de cette situation ? La Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire (Sodeci), détenue majoritairement par le français Bouygues et à qui revient le monopole de l’activité. Désignée oui, coupable non. Car la Sodeci est liée à l’État par un contrat d’affermage signé en 1997 et renouvelé en 2007. Un monopole atypique qui fait de l’État le propriétaire du secteur de l’eau chargé de réaliser les investissements, tandis que la Sodeci lui soumet ses études et exploite les infrastructures. N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Après un demi-siècle d’existence, « des résultats ont été obtenus, mais des difficultés demeurent », de l’avis du directeur général, Basile Ebah. Au nombre des acquis : 789 localités desservies, 359 unités de production, 292 châteaux d’eau et 536 forages, 183 millions de mètres cubes produits par an… Le tout au bénéfice des 680 287 abonnés individuels pour un total de 7,9 millions d'usagers ivoiriens. Au chapitre des difficultés, le manque d’investissements depuis plusieurs années, conséquence des crises successives qu’a traversées le pays. En décembre, à l’occasion de la célébration des 50 ans de la
Chiffre d’affaires 2011 de la Sodeci
63,9
millions d’euros
des efforts sont déjà consentis cette année. À Abidjan, deux nouvelles unités de production de 60 000 m3 d’eau par jour sont en cours de réalisation, et les études pour la construction de deux usines d’une capacité quotidienne de 212000 m3 sont bouclées. Coût des investissements : 120 milliards de F CFA. À l’intérieur du pays, des travaux de renforcement des moyens de production et de distribution dans six villes, dont Bouaké et Korhogo, sont en cours, pour un montant de 23 milliards de F CFA. Pour l’heure, la remise en question du monopole n’est pas à l’ordre du jour. Démonstration de Basile Ebah : « Prenons le cas d’Abidjan : onadesclientsquiontdesbranchements, on a des usines. Les réseaux d’eau potable sont déjà posés dans les quartiers. Va-t-on demander à un opérateur d’exploiter un quartier et à son concurrent d’en exploiter un autre, sachant que toute l’eau qui alimente les maisons vient du même endroit? Ça risque d’être un peu compliqué… » ● ANDRÉ SILVER KONAN, à Abidjan
DIFFICILE RECOUVREMENT EN EX-ZONE REBELLE L’EX-ZONE CENTRE-NORD-OUEST contrôlée par les Forces nouvelles représente 10 % du chiffre d’affaires de la Sodeci. « De 2002 à 2010, le manque à gagner en termes de chiffre d’affaires est d’environ 30 milliards de F CFA [45,7 millions d’euros, NDLR] », précise le directeur général Basile Ebah. En cause, le refus par les abonnés de cette zone du paiement des factures pendant la crise politicomilitaire. Après la signature de l’accord politique de Ouagadougou en 2007, la Sodeci a repris avec difficulté la facturation qu’elle avait interrompue. Depuis la fin de la crise, en avril 2011, les choses ont quelque peu évolué : le dernier taux de facturation avoisine les 62 % et le recouvrement est actuellement proche de 25 %. Le compte n’y est toujours pas. ● A.S.K. JEUNE AFRIQUE
Dossier
NICOLAS FAUQUÉ/WWW.IMAGESDETUNISIE.COM
ð Bassin de stockage d’eau à NEFTA (Sud-Ouest).
TUNISIE
Sous perfusion
Dans le Sud soumis à de fréquents épisodes de sécheresse, le déploiement d’un programme de sécurité hydrique se heurte à la question du coût de l’eau sans oublier celle de son subventionnement.
P
ortée par la révolution, la demande d’une répartition équitable des richesses a remis sur le devant de la scène la nécessité d’améliorer l’accès à l’eau potable enTunisie.Uneprioritéàlaquelleles bailleurs de fonds ont déjà consacré plusieursprêtscesdernièresannées: 41 millions d’euros pour l’Agence française de développement (AFD) depuis 2009, 95 millions pour la Banqueafricainededéveloppement (BAD) en octobre 2011… Des fonds surtout destinés au sud du pays, qui souffre de fréquents épisodes de sécheresse et où la répartition plus clairsemée de la population compliquesonaccèsàl’eaupotable. Concrètement, le programme national d’alimentation en eau potable en milieu rural prévoit
l’extension et la rénovation de 800 km de raccordement et la réalisation de neuf stations de dessalement. Objectif : permettre à plus de 350 000 habitants dans vingt gouvernorats d’avoir accès à l’eau potable à l’horizon 2016. Mais cette ambition se heurte à la gestion de la distribution dans les zones rurales, qui s’appuie sur deux réseaux: celui de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) et celui du génie rural, tous deux sous tutelle du ministère de l’Agriculture. PERCEPTION SOCIALE. Contrôlé par les groupements de développement agricole, le réseau du génie rural – le plus vétuste – facture entre 0,25 et 0,50 centime d’euro le mètre cube, tandis que celui de la Sonede
LE SPÉCIALISTE DU TRAITEMENT DE L’EAU www.degremont.com
9e C’est, selon la FAO, le rang mondial de la Tunisie parmi les pays menacés de pénurie d’eau. L’Égypte pointe à la première place.
revient à 0,07 centime d’euro. En toute logique,lapopulation réclame donc des raccordements au second. ZacharieMechali,chargédusecteur rural, de l’eau et de l’assainissement à l’AFD Tunis, note: « On en revient toujours au coût et à l’état de l’accès àl’eau.Laproblématiquetunisienne relève aussi de la perception sociale de ce coût, biaisée par des années de subventions et par le manque de sensibilisation aux paramètres d’un climat semi-aride. Au Maroc et au Bangladesh, le prix est trois fois plus élevé, sans que cela ne choque personne. » Cette politique de l’eau met la Sonede dans une situation délicate. L’entreprise affiche un déficit de 30 millions d’euros et risque la faillite en vendant l’eau à un prix inférieur à son coût, alors qu’elle prend en charge le remboursement d’emprunts que l’État a souscrits pourledéveloppementetl’entretien du réseau hydrique et dont il lui délègue la gestion. Mohamed Sakka, expert à la GZT, l’agence allemande de coopération internationale, invite à repenser le système de l’eau : « Il va falloir que le prix réponde aux exigences de l’ensemble de l’organisation de l’eau en Tunisie. Il faut modifier son approche comme secteur subventionné et fournir un meilleur service afin d’instaurer un rapport gagnant-gagnant qui tienne compte du système global de l’eau et non uniquement de l’usager. » ● FRIDA DAHMANI, à Tunis
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Dossier Eau
DR
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ÉLARGISSEMENT ET CHANGEMENT DE PERSPECTIVES, le 5 décembre, à Ouagadougou. GOUVERNANCE
Pour une gestion panafricaine En décembre, l'agence Eau et assainissement pour l’Afrique s’est substituée au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement.
D
ébutdécembre,unconseil des ministres membres du Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (Crepa) s’est tenu à Ouagadougou afin d’avancer dans laréflexionsurlefinancementdeses missionsenAfrique.Àl’issuedecette rencontre,ilaétédécidédemodifier le statut et le nom du Crepa, qui s’est mué en agence panafricaine intergouvernementale baptisée Eau et assainissementpourl’Afrique(EAA). L’occasion de porter le nombre de
ses pays membres à 22, en intégrant la Sierra Leone, le Liberia, le Ghana, le Nigeria et Madagascar. Une reconfiguration qui traduit un besoin d’unité pour défendre des positions communes sur la scène internationale. Grâce à un budget annuel de 38 millions d’euros, cette nouvelle structure ambitionne de permettreà50millionsdepersonnes supplémentaires de bénéficier de l’eau potable d’ici à 2015. L’EAA se compose de trois entités principales: une fondation visant à
collecter et à gérer des ressources financières au profit de l’accès des populations vulnérables à l’eau et à l’assainissement ; un centre de recherche; et une agence d’exécution. Ses interventions s’articulent notamment autour du développement de la recherche et du renforcement des capacités des acteurs du secteur. Objectifs affichés : assister les gouvernements et collectivités dans le développement du secteur de l’eau et de l’assainissement et dans la promotion de l’hygiène, et permettreauxÉtatsmembresd’unir leurs forces pour se rapprocher des Objectifsdumillénairepourledéveloppement. ● FANNY REY
Deux rendez-vous à ne pas manquer
MARSEILLE STOCKHOLM N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
DU 12 AU 17 MARS
Le 6e Forum mondial de l’eau sera l’occasion pour les représentants du processus régional Afrique (Burkina, Togo, Niger, Mali et Sénégal) de faire le point sur les avancées réalisées depuis le Forum d’Istanbul, en 2009. Ces cinq pays ont eux-mêmes accueilli des rencontres consacrées à ce sujet. ●
DU 26 AU 31 AOÛT
Depuis 1991, la Suède accueille chaque année la Semaine mondiale de l’eau. Ce rassemblement international aura pour thème « eau et sécurité alimentaire ». Quelque 2 500 experts et décideurs issus de 130 pays y sont attendus, et une centaine d’événements sont prévus. ●
JEUNE AFRIQUE
Dossier
ROYAUME DU MAROC
ALGÉRIE
L’OFFICE NATIONAL DE L’EAU POTABLE
Constantine peut mieux faire LORS D’UN DÉPLACEMENT dans la troisième ville du pays, le 31 janvier, le ministre algérien des Ressources en eau, Abdelmalek Sellal, a relevé plusieurs insuffisances devant les responsables de la Société de l’eau et de l’assainissement de Constantine (Seaco), coentreprise créée en 2008 entre l’Algérienne des eaux, l’Office national de l’assainissement et le Groupe des eaux de Marseille. Au chapitre des griefs: des retards dans la concrétisation des objectifs, notamment en termes de service continu et d’assainissement. À moins de deux ans de l’échéance du contrat, la réduction des fuites et la réalisation d’un centre de formation sont aussi des engagements restés lettre morte. « Au moment où [l’espagnol] Agbar s’apprête à assurer le service continu à Oran, à Constantine, les résultats évoluent en dents de scie et plusieurs projets sont en retard », a souligné le ministre. ●
Au service du développement durable
RD CONGO
First China entre en scène
Producteur national (plus de 901 millions m3/an)
LE 9 FÉVRIER, le ministère congolais de l’Énergie a signé avec l’entreprise First China un contrat pour l’amélioration et l’extension du service d’alimentation en eau potable dans le pays. En partenariat avec la Régie de distribution d’eau (Regideso), First China œuvrera à la réhabilitation d’anciennes canalisations et à la pose de quelque 234 km de conduits supplémentaires à Kinshasa d’ici à août 2014. Ce projet est financé par la Banque mondiale à hauteur de 8,3 millions d’euros. ●
1er distributeur d’eau potable (plus de 1,46 million de clients) Généralisation de l’accès à l’eau potable en milieu rural (l’Of]ce a porté le taux d’accès à plus de 91 %) Acteur principal dans l’assainissement liquide (79 villes et localités desservies)
BURKINA FASO
Du neuf à Pabré
JEUNE AFRIQUE
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Direction de la Coopération et de la Communication Station de Traitement du Bouregreg, Avenue Mohamed Belhassan El Ouazani, Rabat Tél. : 05 37 75 84 38 / Fax : 05 37 75 31 28 E-mail : communication@onep.org.ma
www.onep.ma
DIFCOM/F.C. - © PHOTOS : D.R.
LA MAIRIE DE PABRÉ et l’Office national de l’eau et de l’assainissement (Onea) ont signé le 31 janvier un contrat d’affermage visant à approvisionner la commune en eau potable. Le système d’adduction d’eau en vigueur a été réalisé par le consortium Croix-Rouge - Pharmaciens sans frontières pour un investissement de 4,3 millions d’euros. Onze villages de la commune comptant moins de 1 500 habitants sont désormais équipés d’un nouveau forage, 8 châteaux d’eau ont été édifiés et 68 bornes-fontaines sont reliées grâce à près de 92 km de canalisations. « C’est la première fois que nos services interviennent dans une commune rurale et aux portes de la capitale », souligne le directeur général de l’Onea, Yamba Harouna Ouibiga. ●
Of=ce National de l’Eau Potable
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Culture & médias
HISTOIRE
La face noire de la guerre
Grâce à un remarquable travail de recherche, l’historien Julien Fargettas retrace le quotidien des troupes coloniales engagées pendant la Seconde Guerre mondiale. Il lève ainsi le voile sur un aspect peu connu de la vie des soldats recrutés essentiellement en Afrique francophone. Passionnant.
LEÏLA SLIMANI
C
«
est nous les Africains / Qui revenons de loin / Nous venons des colonies / Pour sauver la Patrie. » Le Chant des Africains, entonné par les troupes coloniales d’Afrique subsaharienne lors de la Seconde Guerre mondiale, est entré dans la culture populaire sur le continent et dans l’Hexagone. Aujourd’hui, plus personne ne conteste l’apport considérable des troupes coloniales lors du conflit de 19391945, et l’État français leur a rendu hommage à plusieurs reprises. Mais que sait-on vraiment du quotidien des tirailleurs sénégalais, improprement qualifiés ainsi alors qu’ils étaient en fait recrutés sur l’ensemble du territoire de l’empire colonial ? Comment étaient-ils perçus et représentés par leurs compagnons de combat français et par leurs ennemis allemands ? Que mangeaient-ils, comment s’habillaient-ils, comment se battaient-ils et quelles étaient leurs conditions de captivité ? Dans Les Tirailleurs sénégalais, Julien Fargettas (37 ans) entreprend de nous plonger dans le quotidien de la « force noire ». Grâce à un remarquable travail de recherche dans les archives, qui lui a permis d’exhumer correspondances, témoignages, rapports militaires officiels, il lève le voile sur un aspect de la guerre peu étudié dans les manuels d’histoire : la vie au jour le jour de ces soldats méconnus. « Tous ces aspects peuvent paraître ’
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anecdotiques. Ils font néanmoins partie intégrante de l’histoire des tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale, au moins autant que leurs faits d’armes. Cette histoire est comme nos mémoires, pleine de trous, de non-dits, de zones d’ombre et de surprises », explique-t-il. Plutôt que d’écrire sur la grande Histoire, les enjeux politiques ou le destin des officiers envoyés au front, le jeune historien a fait le choix original de replacer le soldat africain dans le contexte particulier de la guerre et de voir le monde à travers lui. Pour cela, il a travaillé pendant près de dix ans, a sillonné le Sénégal, le Niger, la Mauritanie et le Burkina, pour recueillir des témoignages et livrer une vision prosaïque et pourtant profonde du destin de ces hommes.
Manger, s’habiller, se divertir
Les Tirailleurs sénégalais. Les soldats noirs entre légendes et réalités, 1939-1945, de Julien Fargettas, Tallandier, 384 pages, 21,90 euros
Julien Fargettas l’explique d’emblée : la « force noire » sert le drapeau bleu-blanc-rouge différemment de ses frères d’armes européens ou même maghrébins. Ces soldats-sujets, et non citoyens, portent par exemple un vêtement particulier constitué d’un pantalon-culotte et de la fameuse chéchia rouge, rendue célèbre par la publicité Banania. Au début du conflit, les soldats noirs voient dans cette tenue un motif de fierté. « À la fin de la guerre, ils assimilent chéchia et ceinture écarlate à des signes d’infériorité et veulent être habillés comme les autres. À travers le vêtement, on voit émerger une volonté d’égalité. » L’alimentation est aussi un sujet central. Les tirailleurs sont nourris convenablement ou, en tout cas, mieux que dans leurs villages d’origine. Les difficultés d’approvisionnement ou les baisses de ration sont à l’origine de terribles soulèvements dans les troupes. Le manuel à l’usage des officiers appelés à commander les indigènes insiste sur ce point et recommande par exemple la distribution de noix de kola, à laquelle de nombreuses sociétés traditionnelles reconnaissent des pouvoirs quasi magiques. Soucieuse du bon moral de ses troupes, l’autorité militaire organise des ● ● ● JEUNE AFRIQUE
TIRAILLEURS APPARTENANT À UNE
FRANCE lors de la campagne de Syrie contre les forces vichystes en 1941.
UNITÉ DE LA LIBRE
JEUNE AFRIQUE
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COLLECTION ÉRIC DEROO
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Culture médias continuelles ». Outre un certain racisme culturel et les réminiscences du trafic d’esclaves pratiqué en Afrique du Nord jusqu’en 1906, l’attitude des Maghrébins à l’égard des troupes noires s’explique surtout par l’ambiguïté du rôle qu’elles sont amenées à jouer. Destinées à servir en Europe, où elles doivent participer à la libération, ces troupes sont aussi au un relais du pouvoir colonial. En 1944, ce sont eux qui écrasent les mouvements nationalistes de Fès. En 1945, ils combattent l’insurrection list du Constantinois. Leur participation à la guerre d’Algérie a laissé des traces vivaces parmi les d’Al Algériens, qui les accusent de multiples exactions, Al et en particulier de viols de masse.
fêtes, avec danses et chants traditionnels. « Le commandement mêlait à la fois bienveillance, paternalisme et une certaine méfiance à l’égard des colonisés », ajoute Julien Fargettas. ●●●
Un grand capital sympathie
Les Le Africains et la Résistance
Julien Fargettas rappelle que les Africains ne se sont pas contentés de lutter sur le front mais ont aussi été, pour certains, des figures de la Résistance. L’un des premiers maquis constitués dans la France occupée le fut par un ancien tirailleur originaire de Guinée, Addi Ba. Fait prisonnier par les Allemands, il s’échappa et créa un maquis dans les Vosges. « En rencontrant d’anciens résistants, je me suis rendu compte qu’ils avaient très peu de souvenirs personnels de ces Africains qui les ont soutenus et qui apparaissaient même à leurs côtés sur des photos de l’époque », s’étonne l’historien. s’
É R IC D EROO
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On a coutume de parler du racisme ou des brimades dont les tirailleurs sont l’objet, mais is l’on évoque moins le capital sympathie dont ils jouissent auprès de la population. « J’ai été très aidé dans mon travail par de petits élus, des fonctionnaires ou des retraités qui m’ont fourni des témoignages ou des procès-verbaux d’inhumation. Ils ont exprimé une grande reconnaissance à l’égard des anciens combattants africains », raconte l’historien. L’auteur rappelle que la guerre a aussi donné lieu à de belles rencontres : d’émouvantes photographies repro-duites dans le livre témoignent d’histoiress d’amour et d’amitié entre Français et Africains. ins. Pendant leur captivité dans la France occupée, péée, les tirailleurs reçoivent des colis, et ceux qui sont son ont contraints au travail forcé sont soutenus par des familles françaises qui leur apprennent ent à lire et à écrire. Après le massacre de centaines ines d’entre eux par les Allemands dans le nordrdouest de Lyon, Jean Marchiani, un combattant nt français de la Première Guerre mondiale alorss haut fonctionnaire, fait rechercher tous les es corps et achète avec ses propres deniers un terrain sur lequel il érige un cimetière inspiré des traditions architecturales du Soudan français. C TI O N
L’ambiguïté du retour L’am
La « honte noire »
C O LL E
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Objets d’une propagande raciste et violente de la part des Allemands, les tirailleurs ont surtout été victimes de massacres acres et d’exactions et ont fait l’objet de terribles expériences scientifiques. Mais peu d’enquêtes ont été menées sur cette question. Que sait-on exactement de ce fameux hôpital Saint-Médard où des médecins allemands auraient pratiqué des recherches sur la tuberculose ? L’historien rouvre un chapitre très sombre et méconnu de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il évoque aussi, sans craindre de heurter le politiquement correct, les exactions commises par les troupes noires elles-mêmes, armées de coupe-coupe et arborant parfois des colliers en oreilles humaines.
Les relations avec l’Afrique du Nord
Dans les années 1944-1945, des régiments de tirailleurs sénégalais sont postés en Tunisie et au Maroc, où ils sont accueillis très froidement par les populations locales. En novembre 1945, des troubles éclatent à Tunis, où des tirailleurs sont violemment attaqués. Un officier français note que les Sénégalais sont l’objet de « brimades N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Une image qui évolue. En 1945, il est encore souvent représenté avec la fameuse chéchia rouge et des scarifications au visage, comme dans le numéro de novembre de L’Armée française au combat. Un an plus tard paraît Boubou soldat, un ouvrage destiné à la jeunesse. Il représente un tirailleur nouveau, habillé à l’américaine et conduisant une jeep.
Pendant le conflit, les soldats essaient de mainPe tenir teni des relations avec leurs pays d’origine. Une importante correspondance atteste de l’attacheimpo ment des soldats à leurs familles. Mais les lettres n’arrivent pas souvent. En cause, les mauvaises n’ar liaisons aériennes et maritimes, mais aussi les liais adresses illisibles en raison de l’analphabétisme de adre ces combattants. La Gazette du tirailleur va même publier un modèle d’enveloppe fournissant toutes les indications pour que les courriers arrivent à destination. Le retour de ces soldats en Afrique est douloureux. « Déraciné », parfois absent de son pays depuis plus de dix ans, le tirailleur doit se réintégrer à la vie civile et abandonner un « standing de vie qu’il ne retrouvera pas toujours dans son village. Il a pris des habitudes vestimentaires, alimentaires. […] Il a voyagé, vu d’autres civilisations, et ses conceptions traditionnelles en sont bouleversées. » Julien Fargettas s’étonne aujourd’hui encore qu’aucun « héros » ou grande figure n’ait émergé de cette guerre où les tirailleurs sénégalais ont pourtant souvent fait preuve de bravoure. « La mémoire française les a en partie occultés et, de leur côté, explique-t-il, les anciens combattants ont peu parlé et fait preuve d’une modestie et d’une humilité qui ne leur a pas permis de prendre leur juste place dans les livres d’histoire. » ● JEUNE AFRIQUE
LI MUZI/XINHUA PRESS/CORBIS
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ESSAI
Au cœur de l’enfer libyen Familier du système Kaddafi, Mohamed Albichari livre un témoignage de première main sur les arcanes du pouvoir.
E
d’un tyran : Mouammar Kadhafi, Actes n quarante années de règne, Sud, 2011), ou l’ouvrage d’un ancien Kaddafi a suscité moins d’ouvrages qu’au cours des quarante diplomate français ayant été quelque semaines de sa chute. Alors temps en poste à Tripoli (Au cœur de la qu’aucun auteur digne de ce nom (à Libye de Kadhafi, de Patrick Haimzadeh, l’exception – notable – de Guy Georgy*) JC Lattès, 2011). Mais ce sera pour obserne s’était réellement intéressé au personver que tous ces auteurs ont pour point nage, à son système, à son pays lorsqu’il commun… de ne pas être libyens – et était au pouvoir, dès les premiers craquedonc de ne donner sur la Libye qu’un ments de son régime, au contraire, on a point de vue extérieur. assisté à une prolifération de biographies écrites à la hâte, d’essais rédigés à la vaLIMPIDE. Voilà le premier attrait du livre que publient en ce début d’année les vite ou de tentatives d’explications de éditions Favre (Lausanne) sous le titre « spécialistes » surgis soudain du néant. Le plus éminent est le philosophe Le Cauchemar libyen : il est le premier Bernard-Henri Lévy, dont le rôle dans à fournir un point de vue « de l’intéle déclenchement des opérations visant à rieur ». Son auteur, Mohamed Albichari, renverser Kaddafi n’a jamais été aussi bien en effet, est non seulement libyen, mais il raconté que par lui-même, dans un gros n’est pas n’importe quel Libyen : il est le livre (648 pages), La Guerre fils de feu Ibrahim Albichari sans l’aimer (Grasset, 2011), (Brahim Bshari), qui fut l’un qui a bénéficié d’un important des piliers du régime instauré battage médiatique, comme par Kaddafi, qu’il tenta, souvent en vain, d’infléchir vers seul BHL sait en organiser, mais dont le succès public a plus de respectabilité, avant été plutôt médiocre. de se tuer (ou d’être tué ?) On peut mentionner aussi dans un accident automobile. le petit essai, vif et bien docuNé peu de temps après le menté, du journaliste Laszlo coup d’État qui renversa le roi Liskaï (Khadafi, du réel au Idriss, Mohamed Albichari surréalisme, Encre d’Orient, a passé toute son enfance Le Cauchemar 2011) ; la biographie, aux au cœur même du système libyen, qualités plus littéraires que Kaddafi, fréquentant les de Mohamed documentaires, de l’écrivain mêmes écoles que les fils Albichari, Favre, 116 pages, 13 euros Alexandre Najjar (Anatomie de ce dernier, et assistant JEUNE AFRIQUE
SUR LES RUINES DE LA RÉSIDENCE BAB (Tripoli) de l’ancien dictateur.
AL-AZIZIYA
aux innombrables intrigues du sérail. Parfaitement francophone, comme le furent son père et son grand-père, Mohamed Albichari apporte donc ici, dansunelanguelimpide,untémoignagede première main sur les arcanes du pouvoir libyen. Mais il ne se contente pas d’une simple observation. Après avoir brossé à grands traits l’histoire de son pays, dont la connaissance est indispensable à qui veut comprendre à la fois comment un homme comme Kaddafi a pu se maintenir si longtemps au pouvoir et ce qui attend les nouveaux dirigeants, il cherche à en distinguer les perspectives d’avenir. Empêtrées dans des contradictions sans fin – et probablement insolubles, si ce n’est, hélas, par la violence –, les forces en présence contribuent par ambition plus que par idéologie à ruiner l’un des pays pourtant les plus riches d’Afrique. Aussi le cauchemar qu’évoque le titre de ce petit livreest-ildouble:ilyalesquaranteannées cauchemardesques du régime kaddafiste bien sûr, mais aussi le cauchemar que vit aujourd’hui la Libye dite « nouvelle ». Si la situation actuelle prête au pessimisme, Albichari conserve toutefois l’espoir de l’émergence d’une Libye réconciliée, unie, libre et dynamique. Vaste programme ! ● JEAN-LOUIS GOURAUD
* Premier ambassadeur de France nommé à Tripoli après le renversement du roi Idriss, Guy Georgy a tiré de son expérience libyenne un ouvrage : Kadhafi, le berger des Syrtes (Flammarion, 1996), dans lequel il cherche à percerlemystèredelapersonnalitédu«Guide». N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Culture médias En vue
■ ■ ■ Décevant
■ ■ ■ Pourquoi pas
■ ■ ■ Réussi
■ ■ ■ Excellent
CINÉMA
Pas si folle FILLE DU MINISTRE chargéde lacensure en Afrique du Sud au temps de l’apartheid, la belle Ingrid Jonker n’a pas l’existence facile. Elle voudrait se faire aimer par cet homme, dont la fibre paternelle est aussi raide et étriquée que ses principes racistes. Mais comment seraitce possible alors même qu’elle est folle amoureuse d’un écrivain « libéral » ami d’activistes noirs et qu’elle utilise ses talents de poète pour dénoncer le régime ? Rien d’étonnant si la folie la guette… Un beau film, inspiré par la vie réelle d’une femme libre et indépendante, célébrée par Nelson Mandela, en 1994, dans un discours où il cita son superbe poème L’Enfant tué par des soldats à Nyanga. ●
JUAN MANUEL CASTRO PRIETO/GALLERIE VU
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PRÉSENT ET PASSÉ se confondent subtilement dans les œuvres de l’Espagnol.
RENAUD DE ROCHEBRUNE
PHOTOGRAPHIE
Ingrid Jonker, de Paula Van der Oest (sortie à Paris le 22 février) ■■■
DVD
Tout sur l’Algérie EN L’ESPACE d’une dizaine d’années, Malek Bensmaïl s’est imposé comme le plus important documentariste algérien actuel. Ce coffret permet d’apprécier son regard critique et acéré, mais jamais acerbe, sur l’Algérie contemporaine. Il offre la possibilité de revoir son étonnante plongée dans l’univers des patients et des médecins de l’hôpital psychiatrique de Constantine (Aliénations, 2004). Mais aussi son « reportage » instructif sur l’élection présidentielle de 2004 (Le Grand Jeu, 2005) comme sa chronique de la vie quotidienne dans la région des Aurès, qui fut « le berceau de la révolution » il y a cinquante ans (La Chine est encore loin, 2008). ● R.R.
Un regard sur l’Algérie d’aujourd’hui, de Malek Bensmaïl, INA Éditions, coffret de 3 DVD ■ ■ ■ N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Poétique de l’Éthiopie
La galerie VU’, à Paris, consacre une magnifique exposition au travail du photographe Juan Manuel Castro Prieto.
A
les genres – du nu au paysage, en passant lternance du noir et blanc par la nature morte et le portrait –, il crée et de la couleur, jeux senun puzzle imaginaire dont les pièces suels entre le net et le flou: s’assemblent,infine,pourexprimertoute en quelque 100 clichés le l’atmosphère d’un pays, sans jugement photographe espagnol et tireur réputé ni a priori. Point de dichotomie entre les Juan Manuel Castro Prieto a su saisir la photographies : différentes mais inexnature profonde de l’Éthiopie. Exposés tricablement liées, elles mêlent présent par la galerie VU’, à Paris, ses tirages et passé, monde urbain et vie rurale, grand format invitent à une méditation contemplative intense. Lesœuvresneselaissent À distance de tout exotisme pas seulement regarder: racoleur, Prieto exalte un elles happent sans vioquotidien humble et banal. lence et l’on y entre en invité, que ce soit pour s’asseoirsurunlitàcôtéd’uneprostituée, religions et croyances. Si l’ensemble pour partager un verre de Pepsi-Cola est teinté de mélancolie et légèrement dans la maison d’un jeune homme ou onirique, c’est parce que Juan Manuel pour participer au tannage d’une peau Castro Prieto ne cesse de retourner en en pleine rue. Éthiopie comme il retourne au Pérou À distance de l’exotisme racoleur d’un (son autre pays d’adoption) afin d’y Hans Silvester, Prieto s’intéresse à un prendre la mesure du temps qui passe quotidien « banal et humble » dont il et de confronter ses souvenirs à la lueur sait exprimer avec délicatesse la charge du réel. ● sensuelle et spirituelle. Explorant tous NICOLAS MICHEL « Etiopía », Juan Manuel Castro Prieto, galerie VU’, jusqu’au 31 mars, du lundi au samedi, de 14 heures à 19 heures ■■■ JEUNE AFRIQUE
Culture médias
Éternelle Mahalia LA MAISON Frémeaux & Associés édite le dixième volume de l’œuvre intégrale de la reine du gospel. L’occasion de (re)découvrir 16 morceaux au swing ample, dont Trouble of the World dans une version avec chœurs jamais rééditée depuis 1959. Et de savourer la puissance et la chaleur de cette voix exceptionnelle. Du très grand Mahalia Jackson. ● SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX Intégrale Mahalia Jackson, vol. 10, 1959-1960 ■■■
TÉMOIGNAGE
Au cœur de la Françafrique L’EX-DIPLOMATE français Michel Lunven est un gaulliste hors norme. Compagnon de Foccart, il reconnaît que la France s’est fourvoyée au Togo : « Notre soutien à certains dictateurs comme Gnassingbé Eyadéma ne nous honore pas. » À l’origine de ce mea culpa, une conversation à Bangui, en août 1993 : malgré sa défaite, le président Kolingba s’accroche au pouvoir. Ambassadeur de France, Michel Lunven lui retire son escorte de soldats français. Kolingba : « J’ai bien compris. On veut que je parte. Mais pourquoi la France m’en veut-elle à ce point, alors qu’elle ne s’oppose pas au maintien du président Eyadéma ? » Lunven épingle aussi l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui aurait tenté de dissimuler ses relations avec Robert Bourgi, ou l’ex-présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, qui aurait mal négocié la hausse du prix de l’uranium nigérien. ● CHRISTOPHE BOISBOUVIER
Ambassadeur en Françafrique, de Michel Lunven, Éditions Guéna, 340 pages, 19 euros ■■■ JEUNE AFRIQUE
ADIEU | Whitney Houston
Les fêlures d’une voix
La chanteuse africaine-américaine a mené une vie tumultueuse, rythmée par des succès planétaires.
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LLE PARLAIT avec enthousiasme de son dernier projet, Sparkle, film inspiré de l’histoire des Supremes, groupe mythique des années 1960 (sortie prévue en août 2012). La veille de sa mort, elle profitait encore de la piscine de l’hôtel californien où elle séjournait, avec ses amies. Le 11 février,Whitney Houston s’est éteinte à 48 ans, dans la baignoire de sa chambre. Seule. Fin sordide pour une chanteuse qui aura connu les sommets, mais aussi la déchéance.
son entourage s’inquiète pour sa vie privée. En 1992, la princesse a épousé Bobby Brown, l’ex-leader des New Edition, dont la vie dissolue fait la une des journaux à scandale. La chanteuse s’étiole, mais clame sur le plateau d’OprahWinfrey qu’il la « rend femme ». Cocaïne, crack, alcool…
Saving All My Love For You. C’est avec cette reprise que les Américains découvrent, en 1985, la nouvelle protégée de Clive Davis, fondateur d’Arista Records et dénicheur de talents. Fille de Cissy Houston, célèbre choriste des sixties, cousine de Dionne Warwick,Whitney, 22 ans, est la I WILL ALWAYS LOVE YOU s’est vendu à fraîcheur même.Timide et intro44 millions d’exemplaires dans le monde. vertie, elle se transfigure sur scène. Son deuxième album, Whitney (1987), confirme qu’elle est en quatorze années de mariage, la une valeur sûre : le single I Wanna chanteuse aura passé plus de temps Dance With Somebody se hisse en dans les commissariats – victime de tête des classements dès la première coups et blessures – et les parloirs semaine. qu’en studio. I Will Always Love You. En 1992, Whitney Houston tente le cinéma et partage avec Kevin Costner l’affiche de Bodyguard. Le succès du film est immédiat, mais c’est surtout la bandeson qui triomphe: plus de 44 millions d’exemplaires seront vendus à travers le monde. Sa version ringardise celle de Dolly Parton, star américaine de la country. Whitney, elle, est désormais The Voice (« la voix »). Sur scène, ni tenues extravagantes ni chorégraphies endiablées. Seulement des cordes vocales, dont elle joue avec virtuosité, et une serviette éponge. « Bobby est ma drogue. » Si tout va bien dans sa carrière musicale,
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MUSIQUE
« Je ne connaissais pas ma force. » L’année 2009 marque son grand retour. Divorcée, désintoxiquée, Whitney Houston revient en tête des classements avec I Look to You, un gospel poignant signé R. Kelly. Impossible pour elle désormais de tenir deux heures sur scène – « la voix » est irrémédiablement fêlée – mais elle est plus optimiste que jamais, comme en témoigne I Didn’t Know My Own Strength. Las. Trois ans plus tard, à Newark, où Whitney Houston a vu le jour en 1963, c’est une autre chanson que les fans entonnent: Why Does It Hurt So Bad ? (« Pourquoi est-ce si douloureux? »). ● MALIKA GROGA-BADA N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
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Culture médias
! TANT BIEN QUE MAL, ces magazines tentent de dépasser les a priori. MÉDIAS
Féminins black-blanc-beur Les grandes marques rechignent encore à s’intéresser à la presse « ethnique » quand il s’agit de diffuser leurs publicités.
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e 13 janvier, un article sur les égéries noires américaines parues dans le magazine Elle a provoqué un véritable tollé (lire J.A. n° 2665 p. 16). En cause: les clichés grossiers dont usait la journaliste, qui se demandait si le style des fashionistas blacks n’est pas un « effet du couple Obama », avant de se féliciter que ces femmes de couleur aient « intégré tous les codes blancs », même si elles continuent d’arborer des touches ethniques. Maladroit, complètement déconnecté de ce qui se passe dans les rues des villes occidentales, cet article a révélé en tout cas une cruelle réalité. Non seulement la presse féminine généraliste ignore les femmes de couleur, mais elle véhicule à leurs propos des clichés très ordinaires, voire grossiers. C’est pour combler ce vide que la presse féminine dite ethnique est née, avec la conviction que les femmes d’origine africaine et maghrébine avaient, tout autant que les autres, soif de conseils beauté et de séries mode. Mais en France, où domine le sacro-saint principe républicain, ces magazines pâtissent d’un préjugé défavorable et sont souvent accusés de véhiculer eux aussi des clichés à travers une vision N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
d’être maghrébine pour s’intéresser à un article de société sur le chômage ou à la beauté naturelle. D’ailleurs, 15 % des lectrices ne sont pas originaires du Maghreb ! Grace, 25 ans, d’origine ivoirienne, est une lectrice occasionnelle de magazines spécialisés. « J’y cherche des conseils pour ma peau noire ou pour mes cheveux et je m’intéresse aux créateurs africains, explique-t-elle. En même temps, contrairement aux magazines anglo-saxons comme Ebony ou Essence, les magazines ethniques en France ne sont pas très pointus, et leur offre n’est pas vraiment originale ou branchée. » Dans l’Hexagone, les magazines ethniques souffrent d’un problème d’image et ont du mal à être dissociés des produits défrisant les cheveux, des salons marocains ou des paquets de semoule. Même si on sait que les femmes à peau foncée achètent cinq fois plus de cosmétiques et sept fois plus de produits capillaires que celles dotée d’un épiderme clair, les marques comme L’Oréal, Lancôme ou encore Gemey Maybelline n’apparaissent que rarement dans les pages de ces revues. « On a beau expliquer que les Maghrébines boivent de l’eau ou payent leur électricité, on a du mal à attirer des annonceurs non “ethniques”. Une marque de shampooing ne pensera à nous contacter que si elle a une gamme spécifique pour cheveux frisés ! Nous ne sommes pas un magazine communautaire mais un magazine segmentant au même titre qu’un journal qui s’adresse aux jeunes ou aux homosexuels. Notre idéal serait de sortir de cette image cliché et que notre lectrice soit vue comme une Française, tout comme la lectrice de Vogue
communautariste de la société. La presse féminine n’est-elle finalement qu’une presse de ghetto ? La réalité est plus complexe, et des titres comme Miss Ébène, Fashizblack ou Gazelle cherchent à dépoussiérer le genre. Ils s’adressent aux filles d’immigrés, bien intégrées en France, modernes et ouvertes sur leur environnement. Ils reprennent tous les codes de la presse féminine classique, en y ajoutant une touche de Ces magazines sont accusés de traditionnel ou d’ethnique. véhiculer des clichés à travers Résultat : des magazines décomplexés qui parlent à une vision communautariste. des jeunes femmes libérées et soucieuses de pouvoir s’identifier à des ou de Elle », explique Nathalie Durand, modèles de réussite ou de beauté qui leur directrice de la rédaction de Gazelle et ressemblent. Exit Kate Moss, bienvenue elle-même non maghrébine. Beyoncé et autres Leïla Bekhti ! À l’image des sociétés actuelles, où coexistent l’uniformisation due à la monSEGMENTANT. Si Gazelle s’adresse dialisation et des identités culturelles aux trois millions de femmes d’origine fortes, ces magazines rappellent surtout maghrébine en France et évoque les proque les jeunes femmes, qu’elles soient duits de beauté orientaux ou les tenues blacks, blanches ou beurs, portent toutes de mariage traditionnelles, le bimestriel du Zara… Un constat que les grandes marques ne devraient pas tarder à n’enferme pas pour autant ses lectrices dans les problématiques habituelles liées intégrer. ● à l’immigration ou à l’islam. Pas besoin LEÏLA SLIMANI
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Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France
République du SÉNÉGAL Un Peuple – Un But – Une Foi Société APIX s.a. Capital 3.792.797.000 FCFA Ninéa n° 28409592G3
AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL PROJET AUTOROUTE A PEAGE DAKAR DIAMNIADIO AOI No : APIX/AOI/PADD/01/12 Travaux de reconversion du site de la décharge de Mbeubbeuss 1. Cet avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis Général de Passation des Marchés lancé par APIX et paru le 26 juin 2009 dans Development Business en ligne et dans DGMarket et le 31 Janvier 2012 dans le journal « LE SOLEIL ». 2. Le Gouvernement du Sénégal a obtenu un crédit complémentaire de l’Agence Internationale pour le Développement (IDA) et de l’Agence Francaise de Développement (AFD) pour financer le coût du Projet d’autoroute à péage Dakar-Diamniadio. Il est prévu qu’une partie des sommes accordées au titre de ce financement sera utilisée pour effectuer les paiements prévus au titre des travaux de reconversion du site de la décharge de Mbeubeuss. 3. Le Gouvernement du Sénégal invite, par le présent Avis d’Appel d’Offres, les soumissionnaires intéressés à présenter leurs offres sous pli fermé, pour la réalisation des travaux de reconversion du site de la décharge de Mbeubeuss. APIX s.a sollicite des offres sous pli fermé de la part de soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises pour exécuter les travaux regroupés en un (1) seul lot, composés de : • travaux de terrassements généraux ; • travaux d’installation du réseau de captage et de traitement du biogaz ; • travaux d’installation du réseau de récupération et de traitement des lixiviats. Les travaux comportent 2 tranches, la Tranche 1 (T1) avec un délai d’exécution de 24 mois y compris deux fois 2 mois d’interruption pendant la période des pluies et la tranche 2 (T2) avec un délai d’exécution de 6 mois 4. La passation du Marché sera conduite par Appel d’offres international (AOI) tel que défini dans les « Directives pour la passation des marchés financés par les Prêts de la BIRD et les Crédits de l’IDA », Edition de Mai 2004, révisée en Octobre 2006 et en Mai 2010 et ouverte à tous les soumissionnaires de pays éligibles tels que définis dans les Directives. 5. Les soumissionnaires éligibles et intéressés peuvent obtenir des informations auprès de Monsieur Dominique NDONG, Coordonnateur Général des Grands Travaux APIX S.A, tél : 33 889 44 90, e-mail : dndong@apix.sn, et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-dessous tous les jours ouvrables de 9 heures à 17 heures.
7. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir le Dossier d’Appel d’Offres complet en français en formulant une demande écrite à l’adresse ci-dessous mentionnée contre un paiement non remboursable de F CFA 100 000. La méthode de paiement sera cash ou chèque de banque. Le Dossier d’Appel d’Offres sera remis en mains propres. 8. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-dessus au plus tard le jeudi 05 avril 2012 à 11 H 00 mn. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires présents en personne à la même adresse le même jour à 11 H 00 mn. Les offres devront être valides pour une période de cent vingt (120) jours et être accompagnées d’une garantie d’offre d’un montant de cent millions francs CFA (FCFA 100 Millions). 9. L’adresse à laquelle il est fait mention ci-dessus est : - l'adresse à laquelle les informations peuvent être demandées et à laquelle le DAO peut être examiné, en référence au paragraphe 5 ci-dessus, est : Cellule de Passation des Marchés de APIX s.a, 52-54 Rue Mohamed V, Dakar, Sénégal - Tél : (221) 33.849.02.52 ; - l'adresse à laquelle le DAO peut être obtenu en référence au paragraphe 7 ci-dessus, est : Service de Comptabilité de APIX s.a, 52-54 Rue Mohamed V, Dakar, Sénégal - Tél : (221) 33.849.05.55 ; - l'adresse de dépôt des offres en référence au paragraphe 9 ci-dessus, est : Accueil de APIX s.a, 52- 54 Rue Mohamed V, Dakar, Sénégal ; - l'adresse d'ouverture des offres en référence au paragraphe 9 ci-dessus, est : APIX s.a, 52-54 Rue Mohamed V, salle de conférence, 1er étage, Dakar, Sénégal. Directeur Général d’ APIX s.a JEUNE AFRIQUE
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Appel d’offres
6. Les exigences en matière de qualifications sont : (a) avoir réalisé un chiffre d’affaires annuel moyen pour des travaux similaires au cours des cinq (05) dernières années d’un montant équivalent à douze milliards de francs CFA (FCFA 12 000 000 000) ; (b) justifier d’un montant minimum de liquidités et/ou facilités de crédit net d’autres engagements contractuels de un milliard de francs CFA (FCFA 1 000 000 000). (c) avoir une expérience d'entrepreneur principal de travaux correspondant à au moins deux travaux de même nature ou similaire avec une valeur minimum de six (06) milliards de francs FCFA (FCFA 6 000 000 000) au cours des sept (7) dernières années avec une expérience minimale de construction dans les principales activités suivantes : - grands terrassements d’un volume d’au moins 400 000 m3 ; - travaux de réhabilitation en décharges d’une capacité minimale de 13 millions de m3 ; - installation de système de collecte de biogaz d’une capacité minimale de 2000 m3/heure. (d) disposer du personnel clé (voir dossier d’appel d’offres) ; et (e) disposer du matériel nécessaire (voir dossier d’appel d’offres).
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Annonces classées PROJET D’ALIMENTATION EN EAU POTABLE EN MILIEU URBAIN (PEMU)
AVIS À MANIFESTATIONS D'INTÉRÊT RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT (FIRME) CHARGÉ DE LA REVUE DE LA CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES EMPLOIS ET DE L’ORGANIGRAMME GÉNÉRAL DE LA REGIDESO AINSI QUE DE LA REVISITATION DES TEXTES CONVENTIONNELS EN VUE DE LA MAÎTRISE DES EFFECTIFS ET DES CHARGES DU PERSONNEL Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a obtenu un don de la Banque Mondiale en diverses monnaies pour financer le Projet d’Alimentation en Eau Potable en Milieu Urbain (PEMU) et a l’intention d’utiliser une partie des sommes accordées pour financer les services d’un Consultant (Firme) chargé de la revue de la classification générale des emplois et de l’organigramme général de la REGIDESO ainsi que de la revisitation des textes conventionnels en vue de la maîtrise des effectifs et des charges du personnel de manière à pérenniser les acquis du plan social dans la perspective d’optimisation du personnel. 1. Les services comprennent l’exécution des tâches définies dans les termes de référence en vue de doter la REGIDESO de : (i) un cadre organisationnel adapté à sa mission d’entreprise commerciale et compatible à son niveau d’activité ainsi qu’aux perspectives d’évolution en moyen terme de ce niveau ; (ii) de textes de gestion des Ressources humaines réglementaires conformes à la législation en vigueur et adapté à l’environnement socio-économique actuel ; (iii) d’outils de gestion de ressources humaines à jour ; et (iv) de clarifier par ricochet ses rapports avec les organisations syndicales notamment dans la conduite du plan d’optimisation du personnel.
Appel d’offres - Manifestation d’intérêt
2. Durée de la mission : La mission du Consultant (Firme) s'étendra sur une durée de six (6) mois. 3. La CEP-O invite les Consultants à présenter leur candidature en vue de fournir les prestations décrites ci-dessus. Les candidats éligibles intéressés doivent produire les informations sur leurs capacités et expériences démontrant qu’ils sont qualifiés pour les prestations (documentation, référence de prestations similaires, expérience dans des missions comparables, etc.).
4. Les Consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires à l’adresse mentionnée ci-dessous aux heures d’ouverture de bureaux suivantes : de 9 heures à 15 heures, heure locale. 5. Les manifestations d’intérêt devront être déposées à l’adresse mentionnée ci-dessous au plus tard le 15 mars 2012 à 11 heures (heure locale) et porter expressément la mention « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT (FIRME) CHARGÉ DE LA REVUE DE LA CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES EMPLOIS ET DE L’ORGANIGRAMME GÉNÉRAL DE LA REGIDESO AINSI QUE DE LA REVISITATION DES TEXTES CONVENTIONNELS EN VUE DE LA MAÎTRISE DES EFFECTIFS ET DES CHARGES DU PERSONNEL ». : Cellule d’Exécution des Projets de la REGIDESO, CEP-O, C/°Centre de Formation de la REGIDESO, 22007, Route de Matadi, Binza – Ozone Kinshasa / Ngaliema - B.P. 12599 Kinshasa I République Démocratique du Congo Tél. : (+243) 81 504 76 91, (+243) 9999 20 948 E-mail : cepo@regidesordc.com 6. Une liste restreinte de six consultants sera établie à l’issue de l’appel à manifestation d’intérêt et la consultation se fera conformément aux Directives de la Banque Mondiale pour l’emploi des Consultants. Il est à noter que l’intérêt manifesté par un Consultant n’implique aucune obligation dans le chef de la CEP-O/REGIDESO de l’inclure sur la liste restreinte. BONGUNGU LOEND’a NAMBA JELO Coordonnateur National
Banque des États de l’Afrique Centrale - Services Centraux Commission ad hoc des marchés Avis d’appel d’offres international ouvert n°01/BEAC/DGE-DIPG/AOIO/Fou/2012 La Banque des Etats de l’Afrique Centrale invite, par le présent avis d’appel d’offres international ouvert, les entreprises remplissant les conditions requises à présenter une offre sous pli cacheté pour la fourniture et l’installation, en lots indépendants, de matériels et mobiliers pour le nouvel immeuble de la Direction Nationale de Libreville en République Gabonaise. La fourniture et l’installation des équipements et mobiliers sont décomposées en neuf (09) lots ainsi qu’il suit : - lot 1 : gros mobilier ; - lot 2 : éclairages – lampes ; - lot 3 : décoration – objets – rideaux ; - lot 4 : linge de maison – vaisselle ; - lot 5 : stores de bureaux ; - lot 6 : cuisine – mobilier et équipement ; - lot 7 : électroménager – appareils électriques – TV ; - lot 8 : équipements sanitaires ; - lot 9 : tapis roulant. Pour chacun des articles, l'offre du soumissionnaire prendra en compte un service intégré complet comprenant notamment les services suivants : • la fourniture et l'installation d'ensembles de mobilier sur la base de produits dont le soumissionnaire est distributeur ou fabricant, y compris les pièces détachées ; • la mise à disposition de projets d'implantations, plans et croquis visant tout ou partie de la conception, compte tenu des aspects ergonomiques et esthétiques ; • la fourniture de catalogues relatifs au mobilier et équipements dont le soumissionnaire est distributeur ou fabricant ; • la fourniture d’échantillons. N° 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Le processus de sélection se déroulera conformément à la procédure d’appel d’offres international ouvert appliquée par la BEAC. Les candidats intéressés, satisfaisant aux critères d’éligibilité de la BEAC et remplissant les conditions requises peuvent examiner, acheter et retirer le dossier d’appel d’offres rédigé en français à l’adresse indiquée ci-dessous entre 9 heures et 12 heures les jours ouvrés, moyennant le paiement d’un montant non remboursable de XAF cinq cent mille (500 000) par lot. Le paiement devra être effectué par virement bancaire ou en espèces. Les soumissions devront être déposées à l’adresse indiquée ci-après, en version papier exclusivement au plus tard le lundi 26 mars 2012 à 12 heures, heure locale. Elles devront obligatoirement être accompagnées d’une garantie de soumission conforme au modèle indiqué et équivalente à cinq (5)% du montant de l’offre. Les offres reçues après le délai fixé seront rejetées. Les plis seront ouverts en présence des représentants des Soumissionnaires qui souhaitent assister à la séance d’ouverture le lundi 26 mars à 13 heures 00, heure locale, à l’adresse indiquée ci-après. BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE – SERVICES CENTRAUX BUREAU D’ORDRE 15ème étage, porte 15.01 736 Avenue Monseigneur Vogt BP 1917 Yaoundé - CAMEROUN Tél : (237) 22 23 40 30 ; (237) 22 23 40 60 ; Fax : (237) 22 23 33 29 E-mail : cgam@beac.int site web : www.beac.int Yaoundé, jeudi 16 février 2012 Le Président de la Commission ad hoc, M. Carlos-Alberto BONCANCA TABARES JEUNE AFRIQUE
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Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) Commission des Forêts d’Afrique Centrale - (COMIFAC) Programme d’Appui à la Conservation des Ecosystèmes du Bassin du Congo Conférence sur les Ecosystèmes des Forêts Denses et Humides d’Afrique Centrale - (CEFDHAC) Banque Africaine de Développement (BAD)
AVIS À MANIFESTATIONS D'INTÉRÊT N° 01/CEFDHAC/12 En vue de l’établissement d’une liste restreinte des bureaux de consultants pour une mission de facilitation sous-régionale de la Conférence sur les Ecosystèmes de Forêts Denses et Humides d’Afrique Centrale (CEFDHAC) 1. La Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) a obtenu un Don auprès du Fonds Africain de Développement (FAD) en différentes monnaies afin de couvrir le coût du Programme d’Appui à la Conservation des Ecosystèmes du Bassin du Congo (PACEBCo), et a l’intention d’utiliser une partie des sommes accordées au titre de ce Don pour financer le contrat à conclure dans le cadre d’une mission de facilitation sous-régionale de la Conférence sur les Ecosystèmes de Forêts Denses et Humides d’Afrique Centrale (CEFDHAC). 2. Les services d’accompagnement de la CEFDHAC prévus au titre de ce contrat comprennent : (i) Suivre et assurer la mise en œuvre des résolutions et recommandations du Conseil des Ministres de la COMIFAC relatives à la CEFDHAC, ainsi que celles du Comité de pilotage sous-régional ; (ii) Suivre l’exécution des activités développées dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs de la CEFDHAC ; (iii) Appuyer le Secrétariat du Comité de Pilotage sous-régional dans son fonctionnement en général et plus particulièrement dans l’organisation des événements de la CEFDHAC et l’accomplissement de toutes autres tâches ; (iv) Mobiliser les différents réseaux spécialisés et les fora nationaux pour la mise en œuvre du programme défini par le forum sous-régional ; (v) Mobiliser et canaliser à travers la CEFHAC les interventions des autres partenaires en faveur des acteurs de la société civile ; (vi) Négocier les conventions de financement durable à faire signer à la CEFDHAC ; (vii) Assurer la gestion transparente des financements en général, et plus particulièrement ceux issus du mécanisme de financement autonome/sécurisé et les contributions des partenaires. 3. Le Président du Comité de pilotage sous-régional de la CEFDHAC invite par conséquent les bureaux de consultants à présenter leur candidature en vue de fournir les services décrits ci-dessus. Les bureaux de Consultants intéressés doivent produire les informations sur leur capacité et expérience techniques, financières et logistiques démontrant qu’ils sont qualifiés
pour les prestations (documentation, référence de prestations similaires, expérience dans des missions comparables, disponibilité du personnel qualifié, etc…). Les bureaux de Consultants peuvent se mettre en association pour augmenter leurs chances de qualification. 4. Les critères d’éligibilité, l’établissement de la liste restreinte et la procédure de sélection seront conformes aux « Règles et Procédures pour l’utilisation des Consultants » de la Banque Africaine de Développement (Edition Mai 2008), qui sont disponibles sur le site web de la Banque à l’adresse : http://www.afdb.org. L’intérêt manifesté par un consultant n’implique aucune obligation de la part de l’Emprunteur de le retenir sur la liste restreinte. 5. Les bureaux de Consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires à l’adresse mentionnée ci-dessous aux heures d’ouverture de bureaux suivants : de 9 heures à 15 heures, heures locales. 6. Les expressions d’intérêt devront être déposées en (04) quatre exemplaires dont (01) un original et (03) trois copies à l’adresse mentionnée ci-dessous au plus tard le 09 mars 2012 à 15 heures et porter expressément la mention : « MANIFESTATION D’INTÉRÊT EN VUE DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE LISTE RESTREINTE DES BUREAUX DE CONSULTANTS POUR LA MISSION DE FACILITATION SOUS-RÉGIONALE DE LA CEFDHAC » : A l’attention de : Monsieur le Président du Comité de pilotage sous-régional de la CEFDHAC ; alosserl@yahoo.fr, au bureau du Secrétariat Exécutif de la COMIFAC, sise nouvelle route bastos, face SNV comifac2005@yahoo.fr ou jobs@comifac.org ou comifac@comifac.org. Tel : +237 22 21 35 11. Président du Comité de pilotage sous-régional de la CEFDHAC Honorable ESSOLA ETOA Louis Roger
Un Peuple – Un But – Une Foi
AUTORITÉ DE RÉGULATION DES TÉLECOMMUNICATIONS ET DES POSTES GESTION : 2012
AVIS RECTIFICATIF RELATIF À L’AVIS D’APPEL PUBLIC À MANIFESTATION D’INTÉRÊT AO/2011/06/ARTP/DG/DVSRD
Pour le marché portant sur : « Etude sur les modalités technico-économiques de l’interconnexion sur le marché des télécommunications au Sénégal », paru dans LE MAGAZINE JEUNE AFRIQUE n° 2665 du dimanche 05 février 2012 Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP). Le point 8, relatif à la date de dépôt et à l’heure d’ouverture des plis à été modifiée comme suit : 8. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées par courrier express à l’adresse ci-après au plus tard le 27 février 2012. Il sera procédé à l’ouverture des plis le même jour à 15 heures précises à la salle de conférence de l’ARTP. Commission des marchés Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes Résidence IMHOTEP – Liberté 6 extension VDN Tél : (221) 33 869 03 69 - Fax : (221) 33 869 03 70 Le reste de l’Avis demeure inchangé
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Manifestation d’intérêt - Divers
RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL
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ECONOMIC COMMUNITY OF CENTRAL AFRICAN STATES COMUNIDAD ECONOMICA DE LOS ESTADOS DEL AFRICA CENTRAL COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS DE L’AFRIQUE CENTRALE COMUNIDADE ECONOMICA DOS ESTADOS DA AFRICA CENTRAL
(E.C.C.A.S.) (C.E.E.A.C.) (C.E.E.A.C.) (C.E.E.A.C.)
Appel à candidature
Appel à candidature
TERMES DE RÉFÉRENCE DU POSTE DE REPRÉSENTANT DE LA CEEAC À BRUXELLES CONTEXTE Les Communautés économiques régionales (CER) du Groupe des pays d’Afrique des Caraïbes et du Pacifique (ACP) se déploient de plus en plus à Bruxelles, siège de la Commission Européenne et véritable carrefour pour la recherche de partenariat, du fait de la présence dans cette ville d’un nombre important de Représentations diplomatiques et de Représentations des institutions régionales et internationales, y compris le Secrétariat général des ACP dont elles sont membres. A ce jour, sont déjà représentées à Bruxelles les CER suivantes : COMESA, UEMOA, CEDEAO, SADC, CARIFORUM, CARICOM. Il convient de noter que l’Union Africaine (UA) est aussi représentée à Bruxelles et dispose de deux bâtiments dont un est réservé aux CER. L’octroi d’un espace est subordonné à la présentation d’une requête adressée au Président de la Commission de l’Union Africaine. L’Afrique Centrale est la seule région non représentée. Toutefois, grâce à un appui de la Facilité TradeCom de l’Union Européenne, la Région a pu disposer de 2009 à novembre 2010 d’un Assistant technique (Point focal). La Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, lors de sa 14ème Session ordinaire tenue en octobre 2009 à Kinshasa, avait marqué son accord pour l’ouverture d’une Représentation à Bruxelles et la désignation d’un cadre de la région chargé de son fonctionnement. 2. OBJECTIFS ET RÉSULTATS ESCOMPTÉS 2.1. Objectif général L'objectif général de la Représentation Permanente de la CEEAC à Bruxelles est de promouvoir sa visibilité et la recherche de partenariats. 2.2. Objectifs spécifiques • Recevoir et échanger en temps réel les informations entre CEEAC/UE/ACP ; • Suivre les requêtes introduites par le Secrétariat Général de la CEEAC ; • Diffuser les informations sur l’état d’avancement des travaux à Bruxelles, sur les bonnes pratiques en cours dans d’autres régions d’intérêt pour l’Afrique centrale ; • Faciliter l’implication de l’Afrique centrale dans les travaux sur l’aide pour le commerce et sur ceux relatifs au financement d’investissement ; • Faciliter le dialogue politique. 2.3. Résultats escomptés • Information régulière des recommandations et conclusions des réunions ACP et de l’Union européenne ; entre autres, celles relatives aux APE, à la politique agricole commune, à la pêche, au Comité de suivi Coton ACP ; • Contacts réguliers avec les Représentants des missions des Etats membres de l’Afrique Centrale basées à Bruxelles ; • Soumission de rapports ou analyses techniques ciblés et rédigés par des Centres de recherche ou des universités dans le domaine du commerce multilatéral et dans des domaines d’intérêt pour le développement de l’Afrique centrale. 3. DESCRIPTION DU POSTE - Assurer le suivi des relations entre le Secrétariat Général de la CEEAC d’une part et les services de la Commission européenne, du Secrétariat ACP et du Secrétariat de l’OMC d’autre part ; - Contribuer à l’harmonisation des positions des négociations des Ambassades des Etats membres de la CEEAC lors des négociations avec le Groupe ACP ou avec l’Union européenne ; - Apporter un appui administratif et logistique aux délégations du Secrétariat Général de la CEEAC et des Etats membres lors de leurs passages à Bruxelles ; - Préparer la participation de la CEEAC aux négociations, participer à toutes les sessions de négociations, apporter un appui technique aux organes de négociation et suivre les travaux au niveau des Ambassadeurs. A titre indicatif, les activités ci-après sont envisagées : - Suivre les politiques mises en œuvre par l’UE (Bruxelles), le Systèmes des Nations Unies (Genève), l’Organisation Internationale de la Francophonie (Paris), le Commonwealth
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(Londres) et en rendre compte au Secrétariat Général de la CEEAC ; - Assurer la coordination et une meilleure circulation de l’information entre la CEEAC et les missions diplomatiques des Etats membres à Bruxelles et Genève ; - Assurer l’interface avec des partenaires en matière de renforcement des capacités dans les capitales européennes. 4. PROCÉDURE DE SUIVI DES ACTIVITÉS En plus des rapports circonstanciés, établir un rapport annuel de clôture de l’exercice à l’attention du Secrétaire Général de la CEEAC. Ce rapport sera remis au plus tard le 31 janvier de l’année suivante et comportera au moins les parties suivantes: - Résumé du rapport ; - Description des activités mises en œuvre ; - Evaluation des résultats obtenus ; - Conclusions et recommandations. 5. PROFIL DU CANDIDAT Le Représentant Permanent doit avoir le profil suivant : Diplômes et qualifications - Diplôme minimum Maîtrise ou équivalent de préférence en science sociales, économiques ou juridiques ; - Expérience en politique commerciale, particulièrement en négociations commerciales et en diplomatie politique/économique. Expérience professionnelle générale - Avoir au moins 10 ans d’expérience professionnelle pertinente, notamment une grande familiarité avec les mécanismes de la coopération ACP/UE ; - Etre familier des questions de commerce international et des questions relatives à l’OMC ; - Avoir une bonne connaissance de la région et du processus d’intégration de la région ; - Avoir une bonne connaissance du processus de négociations APE en Afrique Centrale ; - Avoir une bonne connaissance de l’environnement des affaires de l’Afrique Centrale et notamment la politique commerciale des Etats membres de l’Afrique Centrale ; Expérience professionnelle spécifique - Compétences d’analyse - Excellentes facilités d’expression à l’écrit et à l’oral dans l’une des langues de la Communauté. La maîtrise d’une ou plusieurs autres langues de la Communauté est un atout. 6. CONDITIONS GÉNÉRALES DE RECRUTEMENT 6.1 Modalités de sélection Le Représentant Permanent de la CEEAC à Bruxelles sera recruté par appel à candidatures ouvert à tout ressortissant d’un Etat membre remplissant les conditions de recrutement du personnel du Secrétariat Général de la CEEAC. 6.2 Lieu d’affectation : Bruxelles (Belgique) La Représentation Permanente de la CEEAC sera établie à Bruxelles. Des missions peuvent être requises en d’autres lieux. 6.3 Durée du contrat : Le contrat proposé sera d’une durée de trois ans renouvelable. 7. STATUTS ET AVANTAGES Les salaires, indemnités et avantages sont fixés conformément au Statut du personnel de la CEEAC. Dossier à fournir : 1 CV détaillé ; 1 lettre de motivation : 1 casier judiciaire ; Des copies de diplômes. Date limite de dépôt des Candidatures : 20 mars 2012 Adresse dépôt Candidatures : dawile_fr@yahoo.fr BP 2112 Libreville Gabon
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• Diplôme universitaire du niveau de la maîtrise en santé publique ou en nutrition • 8 à 11 années d'expériences professionnelles pertinentes dans le domaine de la nutrition et du VIH/sida • Aptitude éprouvée à mener des travaux de recherche scientifique et à produire des articles évalués par les pairs • Expérience en matière de mobilisation de ressources • Maîtrise de l’anglais / du français et connaissance intermédiaire d'une autre langue officielle des Nations Unies, selon le pays de déploiement
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Intégrité et expertise en santé publique Membres du comité - professionnels de la santé Éminents postes à temps partiel (2-4 semaines p.a.) GAVI Alliance a été lancée en 2000 afin d’accroître la couverture vaccinale et éliminer les disparités mondiales grandissantes en matière d’accès aux nouveaux vaccins. Les gouvernements des pays donateurs et des pays en développement, l’UNICEF, l’OMS, la Banque mondiale, la société civile, les fondations, les fabricants de vaccins, et les instituts de recherches et d’enseignements techniques travaillent ensemble en tant que partenaires de GAVI Alliance, pour atteindre des objectifs communs, bien conscients que seules l’union et la consolidation de leurs efforts peuvent permettre un meilleur soutient de la vaccination mondiale. Afin de soutenir leur processus novateur de proposition de subventions, le suivi des progrès et le système d’évaluation, GAVI a établi le groupe du Comité d’Examen Indépendant
(CEI). GAVI souhaite maintenant que ce groupe soit élargi et cherche de nouveaux candidats pour rejoindre l’équipe du CEI. Afin d’agrandir le CEI, nous sommes à la recherche d’experts de la santé et de la santé publique, ayant suivi des études supérieures et aux profils variés. Les candidats doivent posséder de solides compétences de rédaction en anglais. Bien que notre processus de sélection soit fondé sur le mérite, nous sommes tout particulièrement intéressés par des personnes parlant le français et/ou de sexe féminin. Pour de plus amples informations à propos de ces postes, notamment les divers types de profils recherchés, veuillez consulter notre site internet où vous trouverez aussi une description du processus de sélection.
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La date limite pour postuler à cette offre est le 11 Mars 2012. Les candidats intéressés voudront bien se reporter au site internet pour toutes éventuelles modifications.
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PRINCI PALES ATTRIBUTIONS Réaliser les clôtures comptables et produire les reporfngs Analyser et documenter les écarts entre le réalisé et le budget Préparer les budgets annuels et l'examen des modèles financiers S’assurer de la tenue de la comptabilité selon les normes locales et US GAAP et du manuel des procédures financières Produire les rapports statutaires et coordonner les audits Superviser et approuver toutes les activités de financement et de trésorerie S’assurer de la bonne gesfon des contrats et accords d’entreprise Gérer l’équipe financière de la société QUALIFICATIONS ET PROFIL Nafonalité togolaise / bilingue (Français - Anglais) Titulaire au minimum d’un BAC+5 en Finances et comptabilité Minimum 15 ans d’expérience en comptabilité et finances si possible dans une mulfnafonale et/ou un cabinet d’audit Parfaite maîtrise de l’outil informatique et du tableur Excel ——— —
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COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE
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UNION EUROPÉENNE
COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE PROGRAMME PAIX ET SÉCURITÉ Dans le cadre du 2e Projet d’Appui en matière de Paix et de Sécurité (PAPS II) et de la Facilité de Paix 10e FED de l’Union européenne, la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) recrute au sein du Département de l’Intégration humaine, Paix, Sécurité et Stabilité (DIHPSS) 1 CHEF DE SERVICE, 3 EXPERTS RECR. PAPS II/2012/1/SIF - Chef du Service intégré de formation (SIF) - Mission : assure la mise en place et la mise en œuvre d’un système de formation durable au service des missions de paix et sécurité du COPAX - Qualifications requises : diplôme bac+5 en management, gestion des ressources humaines, relations internationales ou domaine connexe, ou diplôme équivalent militaire ou de police ; 15 ans d’expérience professionnelle, dont min. 6 dans le domaine ; expérience en mission ou institution multilatérale de paix et sécurité souhaitée ; capacité démontrée de gestion d’équipe - Conditions : CDD 2 ans, renouvelable sous conditions ; salaire et avantages grille CEEAC
RECR. PAPS II/2012/5/SEC - Expert en sécurité transfrontalière - Mission : appuie le développement et la mise en œuvre des programmes de coopération sécuritaire transfrontalière terrestre et maritime de la CEEAC et le renforcement des capacités des Etats à cette fin - Qualifications requises : diplôme bac+5 en sciences sociales/politiques ou domaine connexe, ou diplôme équivalent militaire ou de police ; 12 ans d’expérience professionnelle, dont min. 6 dans les domaines du fonctionnement des services de sécurité intérieure ; expérience internationale multilatérale souhaitée ; expérience en gestion de projet souhaitée ; aptitude à établir des relations de collaboration fructueuses avec les services de sécurité nationaux dans des domaines sensibles - Conditions : CDD 2 ans, renouvelable sous conditions ; salaire et avantages grille CEEAC RECR. PAPS II/2012/7/OSC - Expert chargé des relations avec la société civile - Mission : promeut la collaboration entre les organisations de la société civile (OSC) et la CEEAC au service de la prévention et de la résolution des conflits ; JEUNE AFRIQUE
Ensemble des postes : - connaissance, au niveau approprié, des problématiques sécuritaires en Afrique Centrale - maîtrise parfaite de la langue française ; connaissance de l’anglais à des fins professionnelles ; espagnol ou portugais un avantage - parfait usage des outils informatiques Word, Excel, Power Point Lieu d’affectation : Libreville, Gabon. Nombreux déplacements dans la région CEEAC et occasionnellement au-delà. Nationalité : être ressortissant d’un Etat membre de la CEEAC. Il sera tenu compte de l’équilibre géographique global entre les Etats membres dans les recrutements. Candidatures : lettre de motivation ; curriculum vitae détaillé incluant les coordonnées complètes du candidat ; copies des diplômes ; identité complète de trois personnes de référence pouvant attester des qualités professionnelles et morales du candidat. Autres : - Les candidatures féminines sont encouragées - Les candidats retenus pour entretien devront fournir un extrait de leur casier judiciaire, l’original des documents envoyés par voie électronique, et l’original ou une copie certifiée de leurs diplômes - Descriptifs de postes détaillés à consulter sur le site : www.ceeac-eccas.org, rubrique « Opportunités ». A adresser par voie électronique avant le 30 mars 2012 à : Secrétariat général de la CEEAC A l’attention de M. MENGUE EKOMIE, Régisseur du PAPS II B.P. 2112 Libreville, Gabon Email : dawile_fr@yahoo.fr ; estelle.pauthas@yahoo.fr ; copie pegnet_99@yahoo.fr, N° 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Recrutement
RECR. PAPS II/2012/3/ELEC - Expert en Questions électorales - Mission : appuie le Chef de l’Unité électorale de la CEEAC, le Réseau du Savoir Electoral de l’Afrique Centrale (RESEAC) et l’Ecole de Formation Electorale de l’Afrique Centrale (EFEAC) dans le développement et la mise en œuvre de leurs programmes - Qualifications requises : diplôme bac+5 en sciences sociales/politiques, juridiques, ou équivalent ; 10 ans d’expérience professionnelle en institution gouvernementale, internationale, institut de recherche ou ONG, dont min. 5 dans le domaine électoral ; expérience en gestion de projet ; connaissance procédures Fonds européen de développement (FED) vivement souhaitée ; capacité démontrée à travailler en équipe et en réseau en contexte multinational - Conditions : CDD 2 ans, renouvelable sous conditions ; salaire et avantages grille CEEAC
appuie le développement des capacités de la société civile à cette fin - Qualifications requises : diplôme bac+5 en sciences sociales/politiques, management ou domaine connexe ; 8 ans d’expérience professionnelle, dont min. 5 en contexte OSC ; expérience gestion de projet, dont connaissance procédures Fonds européen de développement (FED) ; expérience en milieu international vivement souhaitée ; capacités relationnelles et de plaidoyer dans son domaine - Conditions : CDD 2 ans, renouvelable sous conditions ; salaire et avantages grille CEEAC
Vous & nous
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Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.
Où va le Sénégal ? Le Sénégal passe pour une démocratie. Mais l’est-il vraiment ? La question mérite d’être posée et induit plusieurs réponses. Si être une démocratie c’est disposer de la liberté d’expression, de la liberté d’association et de la liberté de conscience, si être une démocratie, c’est avoir plusieurs partis politiques et plusieurs médias privés indépendants du pouvoir en place, alors le Sénégal est formellement une démocratie. Reste qu’aujourd’hui adversaires et partisans du régime sont dans une impasse totale. Les premiers soutiennent mordicus qu’« Abdoulaye Wade doit partir ». Les seconds se disent résolus à veiller à ce que leur candidat prenne part au scrutin du 26 février. Ce sont là des positions inconciliables, qui suscitent une seule question : la classe politique sénégalaise respecte-t-elle ses institutions ? La réponse est non, ou plutôt oui, tant que ces institutions tranchent en faveur du camp auquel on appartient. Tant qu’il n’y aura pas consensus sur elles, il y aura toujours des débats homériques, voire des confrontations. Le monde entier a les yeux braqués sur le Sénégal, pays de la
Teranga qui, depuis cinquante-deux ans maintenant, passe pour une oasis de stabilité, de paix et de fraternité. Dans une sous-région dont tous les autres États sont constamment secoués par des changements brutaux de régime, il serait bon que ces acquis inestimables soient préservés. ● KARIM FALL, journaliste, ancien chef des informations de RTL, Paris, France
Le « savoir-réfléchir » tunisien L’acte de réflexion s’apprend et nécessite de l’entraînement… Dans un pays, la conjoncture peut nous y aider ou nous inhiber. Et lorsqu’un président dénie toute valeur, toute intelligence et tout esprit critique à ses citoyens (ou à ses collaborateurs), cela appauvrit le pays, l’esprit créatif et les initiatives des élites (mais aussi les nôtres, à vous et moi) étant freinés par des slogans destructeurs. Comme ceux du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), pour la Tunisie : « La loyauté est la garantie de la continuité ». Ou : « Ceux qui ne sont pas avec nous ne sont pas des patriotes ». Ils ont ainsi congelé cet esprit créatif, qui constitue la vraie richesse de la Tunisie.
Merci J.A.
DR
TOUS CEUX QUI CROIENT EN L’AFRIQUE SE RETROUVENT DANS JEUNE AFRIQUE. Moi, j’y crois, et c’est pourquoi je suis abonné à Jeune Afrique. Faites comme moi, parce que Jeune Afrique, plus qu’un journal, c’est un livre d’histoire contemporain et une vitrine de l’Afrique. C’est un formidable outil qui constitue un contrepoids aux excès et aux débordements de certains chefs d’État. Rien qu’à la force de la plume et des prises de position objectives des journalistes, de nombreuses souffrances ont été évitées à des populations d’ici et d’ailleurs. Merci Jeune Afrique de nous permettre de compter toujours sur vous. ● DAO SEYDOU, Abidjan, Côte d’Ivoire N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Le « savoir-réfléchir », comme le savoir-faire, n’englobe pas uniquement l’économie ou la gestion des affaires du pays (la politique), mais aussi notre relation avec notre prochain et notre lecture des livres saints. Comment aller au vrai message sans s’attarder sur des pratiques ancestrales pas toujours adaptées à notre époque et ainsi rénover sans dénaturer ni renier les traditions ? Provoqué par une peur viscérale des islamistes et entretenu dans nos mosquées pour éloigner les jeunes du fait religieux, le vide spirituel a paradoxalement éloigné de l’islam malékite, ouvert et tolérant, et a été comblé, après le départ du dictateur Ben Ali, par d’autres excès… Nous voici confrontés à des problèmes importés et empruntés au wahhabisme pur et dur d’Arabie saoudite, pays où, pour que le citoyen ne se demande pas où va l’argent de son pétrole, on a décrété – contrairement à l’esprit même de notre religion – qu’il devait s’abstenir de toute réflexion. ● AYOUB TOUNSI, Monastir, Tunisie
Pouvoir de nuisance malgache Dans un article consacré au retour avorté de Marc Ravalomanana à Madagascar (J.A. no 2664, du 29 janvier au 4 février), vous affirmez que l’ancien président malgache « dispose encore d’un fort pouvoir de nuisance ». En comparant le bilan de ses sept années au pouvoir et celui des trois ans de Rajoelina, je pense que ce dernier a davantage été préjudiciable au pays. Mais, je vous l’accorde, le retour de Ravalomanana nuira à la minorité qui soutient ce régime : haute bourgeoisie malgache, Indo-Pakistanais affairistes, entreprises françaises, politiciens et militaires. Le reste de la population, la grande majorité, est nostalgique de la gouvernance précédente… ● TIANA RAZAFINTSALAMA, île de la Réunion, France
La mémoire de Nicolas Sarkozy Intitulé « Sarkozy aussi a un problème de mémoire », l’éditorial de Marwane Ben Yahmed (J.A. no 2664, du 29 janvier au 4 février) évoque quelques-unes des atrocités JEUNE AFRIQUE
Vous nous
RUMENGE NT. ALAIN, Kigali, Rwanda
Le Mali à l’épreuve du feu La chute du guide libyen Mouammar Kaddafi avait conduit à des manifestations de joie à travers tout le pays. Et les Occidentaux bombaient le torse pour avoir fait tomber un dictateur… Les grands stratèges de l’Otan ont-ils une seule fois mesuré les conséquences de leurs actes ? Le constat est amer : des déserteurs de l’armée libyenne et certains rebelles ont emporté avec eux des stocks entiers d’armes. Entre attaques de postes militaires, exécutions sommaires et combats violents, le Nord-Mali est aujourd’hui à feu et à sang. Les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) sont visiblement prêts à en découdre avec le régime de Bamako. La Mauritanie, le Tchad, le Soudan, le Niger et l’Algérie doivent dorénavant se préparer à affronter ce type de menaces. Une action collective ne peut qu’être efficace. Les partenaires occidentaux du CNT libyen sont jusqu’ici restés silencieux face à ce
désastre. Qui devra payer la note ? Comme en Irak, la révolution libyenne est un échec. À moins que, dans l’entendement des Occidentaux, révolution rime avec terrorisme, anarchie et guerre civile… ● HUGUES MBALA, Douala, Cameroun
La CAN 2012 à l’heure du bilan La compétition a été d’un niveau moyen en l’absence de l’Égypte, du Cameroun, du Nigeria, de l’Afrique du Sud et de l’Algérie. Si jusqu’ici le football africain a pu s’imposer dans le monde, c’est peut-être parce qu’il a toujours privilégié le génie et la créativité, qualités rares aujourd’hui. Le continent a produit des joueurs pétris de talent, PHOTO BTATOUJOEL/APANEWS
qui ont jalonné l’histoire de la France, en Afrique comme en Asie. Il prend néanmoins la précaution de ne citer que les plus récentes et les plus meurtrières. C’est bien d’avoir eu ce courage. La liste est bien plus longue et les atrocités se poursuivent encore. Que dire aussi du génocide des Tutsis rwandais, qu’il a évoqué à demi-mot ? Les barbaries étant particulièrement nombreuses, Sarkozy a réellement besoin de remémoration. ●
LES CHIPOLOPOLO DE ZAMBIE, vainqueurs de la CAN 2012, après la finale.
de Raoul Diagne, premier international noir, à Larbi Ben Barek, en passant par Abedi Ayew Pelé et Roger Milla, entre autres. Présents dans les plus grands clubs du monde, les footballeurs africains figurent souvent au palmarès des meilleurs buteurs des championnats. Paradoxalement, très peu brillent lors de la CAN. Adulés par les foules africaines, ils bénéficient par ailleurs d’énormes privilèges.
Ainsi, pour leurs campagnes en Coupe d’Afrique, ils sont logés dans de luxueux hôtels, payés en millions, couverts de cadeaux. Des « sorciers blancs », souvent méconnus dans leurs propres pays, sont recrutés à prix d’or pour les encadrer, certains se payant même le luxe de résider en Europe. Du côté de la CAF, la complaisance est à son comble, la CAN étant affaire de professionnels et de gros sous. Pourtant, l’équipe zambienne victorieuse est majoritairement constituée de « locaux ». Hélas, ailleurs, très peu de ces joueurs dits locaux auront la chance de jouer la vraie CAN dans leur carrière. Pour eux, la CAF a créé un petit championnat de substitution, pompeusement appelé Chan, qui ne mobilise ni foule ni sponsors… (Lire aussi p. 36.) ● AMADOU YÉRO SARR et OUMAR DIAGNE, Paris, France
Renault à Tanger : pourquoi pas ? Dans la plupart des journaux français, les réactions à l’implantation d’une usine Renault à Tanger, au Maroc, ont été très négatives. J’ai eu la curiosité d’aller voir ce qu’en disait votre journal, et j’ai trouvé l’article bien neutre au regard de l’étape que cette réalisation représente. Je suis né en 1942, mais, pour ceux de ma génération qui avaient pensé et souhaité voir un autre destin se dérouler pour l’Afrique, cette initiative suscite l’espoir que peut-être les choses changent vraiment. (Lire aussi pp. 52-53 et p. 64.) ● MICHEL THIBAULT, Angers, France
Le mensuel anglophone de référence sur l’Afrique TOP
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AFRIQUE GROUPE JEUNE 4.90 € 75 Birr • France DK • Ethiopia 600 naira Denmark 60 4.90 € • Nigeria 6.95 CAN$ • EDITION shillings 50 DH • Netherlands 4.90 € • Canada & NIGERIA Tanzania 6,500 4.90 € • Belgium $LD 300 • Morocco € • Switzerland 9.90 FS • INTERNATIONAL 4.90 Kwanza • Austria shillings • Liberia F CFA • Angola 600 (tax incl.) • Spain € • Kenya 350 Countries 3,500 Algeria 550 DA Africa 29.95 rand GH¢ • Italy 4.90 US$ 4 • CFA € • Ghana 5 • Zimbabwe LE 9,000 • South Germany 4.90 € • Sierra Leone States US$ 6.95 • Portugal 4.90 £ 4.50 • United Norway 60 NK shillings • UK • Uganda 9,000 Tunisia 8 DT
! Publié par le Groupe Jeune Afrique depuis 2005, The Africa Report s’est imposé comme le magazine anglophone de référence dédié au continent. ! C’est aujourd’hui l’outil essentiel pour anticiper les évolutions politiques et économiques des marchés africains.
GROUPE JEUNE AFRIQUE
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continent
ALL CHANGE, PLEASE! Africa’s answer to the Arab Spring
Algeria GH¢ US$ • South Africa € • Ghana 5 Leone LE 6,000 US$ 6.95 • Zimbabwe Germany 4.90 14/07/11 17:20:34 4.90 € • Sierra • United States • Portugal £ 4.50 Norway 60 NK shillings • UK • Uganda 9,000 Tunisia 8 DT
COUNTRY 54 PROFILE S
TONY ANENIH
will win the NIGERIA Who ear ?
2 0 11- J A N U A
CHALLENGES AHEAD C H 2 012 New friends, N° 38 • MAR boosting democracy, food spikes and debt crunch
N°36 • DECEMBER
EKE
OIL & GAS The scramble for East Africa
Your guide to
R E P O R T.C O M
MONTHLY •
DIEZANI ALLISON-MADU
2011
2011
2011
N°34 • OCTOBER
- SEPTEMBER
MONTHLY •
N°33 • AUGUST
bounda shaping Africa: setters + The 50 women and trend money makers AFRIQUE GROUPE JEUNE
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AFRICA IN
SOUTH AFRICA Zuma’s headaches
REPORT
NGOZI OKONJO-IWEAL
and Johnson Sirleaf Okonjo-Iweala change are spearheading ry pushers,
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MONTHLY • N°35 • NOVEMBER
MONTHLY •
IRON LADIES
R I C A R E P O R T.C
N° 36 • DEC EMBER
WHO OWNS LIBYA’S REVOLUTION?
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2012 W W W.T H E A F
THE AFRICA
Back at
NGOZI NIGERIA’S A OKONJO-IWEAL
4.90 € 75 Birr • France DK • Ethiopia 600 naira Denmark 60 4.90 € • Nigeria 6.95 CAN$ • 50 DH • Netherlands • Tanzania 6,500 shillings 4.90 € • Canada EDITION 4.90 € • Belgium $LD 300 • Morocco € • Switzerland 9.90 FS INTERNATIONAL 4.90 Kwanza • Austria shillings • Liberia F CFA • Angola 600 (tax incl.) • Spain € • Kenya 350 Countries 3,500 Algeria 550 DA Africa 39.95 rand GH¢ • Italy 4.90 US$ 4 • CFA € • Ghana 5 • Zimbabwe LE 6,000 • South Germany 4.90 € • Sierra Leone States US$ 6.95 • Portugal 4.90 £ 4.50 • United Norway 60 NK shillings • UK • Uganda 9,000 Tunisia 8 DT
ACY S | DIPLOM
36-page supplement
“We are taking nothing for granted”
O R T.C O M
NIGERIA
POLITIC
NIGERIA
RAILA ODINGA
2 011 N° 35 • NOVEMBER
W W W.T H E A F R I C A R E P
REPORT
W W W.T H E A F
Justice is no laughing matter
All aboard the oil express
Africa after Gaddafi
“Ask the people: we are delivering”
SOUTH AFRICA
GHANA
LIBYA KAGAME
2 011
THE AFRICA REPORT
BER U S T- S E P T E M N° 33 • AUG
THE AFRICA
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! Afin de toujours mieux répondre aux attentes de ses lecteurs, le leader de la presse panafricaine anglophone est désormais mensuel.
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HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE
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Post-scriptum Fawzia Zouari
Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION
« La civilisation à pas de Guéant… »
C
E N’EST PAS LE GRAND FROID qui me déprime, ni les nuages plombant le Printemps arabe. La crise financière ? Elle ne me concerne pas. Marine Le Pen ? Même pas mal ! Non, ce sont les propos du ministre français de l’Intérieur. Chaque fois que les Arabo-musulmans – dont je suis – sortent la tête de l’eau et se mettent à espérer, il y a toujours un coq gaulois qui les renvoie au vestiaire. À l’instar de Sarkozy et son « homme africain [qui] n’est pas assez entré dans l’Histoire », voici Claude Guéant qui dégaine avec ses « civilisations [qui] ne se valent pas », suivez mon regard : l’islam est dans la ligne de mire, religion de peuples inférieurs s’il en est… Il n’y a qu’à voir la violence de ces barbares, la tyrannie, les femmes lapidées, les conflits ethniques et j’en passe…
Il y a une façon « civilisée » de répondre à M. Guéant en lui précisant qu’il ne s’agit pas là d’une affaire de civilisation, mais de système politique. Qu’il ne faut pas confondre le présent des sociétés musulmanes avec leur histoire. Que nul n’a le « capital » de la civilisation. Que le relativisme mène au racisme, etc. Mais il y a une autre façon de lui donner la réplique, qui, à mon avis, sied davantage au contexte : c’est de se placer sur le même terrain que lui, celui de la subjectivité chevillée à l’envie de mordre. Autrement dit, je monte sur mes grands chevaux – mes chameaux, si vous préférez –, je sors le sabre de mes ancêtres, je le regarde droit dans les yeux et je lance : De quelles civilisations parlez-vous, monsieur le ministre ? La vôtre, qui croupissait dans la barbarie quand les musulmans apprenaient au monde la philosophie, les mathématiques, l’art de naviguer, de vivre et d’aimer ? Celle qui dressait les bûchers pour les sorcières et les hérétiques, pataugeait dans l’illettrisme et la féodalité, pendant que les Maures allumaient le flambeau des sciences, couvraient l’Espagne de monuments et ouvraient les premières universités de Bagdad à Tombouctou ? La civilisation qui a ordonné l’Inquisition, la colonisation et le nazisme, pendant que celle des Arabes abritait depuis des millénaires les juifs et les chrétiens ? La vôtre, qui s’est demandé pendant des siècles si les femmes avaient une âme et où le droit allemand commandait de battre les épouses et poussait la cruauté jusqu’à fixer le nombre de coups ? La même qui, au début du XXe siècle, n’autorisait pas une Marie Curie à voter alors que la paysanne turque glissait depuis des années son bulletin dans les urnes ? Je peux continuer longtemps sur ce terrain ; je me sens d’attaque et comprends soudain les bienfaits du pugilat et des réactions offensives qui, si elles desservent le bon sens et la raison, vous donnent une de ces pêches ! Un bon coup de « choc des civilisations » en burnous et épée, et ça vous remet le moral au beau fixe. En plus de vous réchauffer les doigts de pied. Va falloir que je baisse le radiateur : cela fera chuter la facture du gaz. Ce sera au moins ça de pris sur la civilisation de Guéant ! ● N o 2667 • DU 19 AU 25 FÉVRIER 2012
Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (52e année)
JEUNE AFRIQUE
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