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Hs30 etat de l afrique 2012

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L’É TAT DE L’AFRIQUE 2012

POLITIQUE, ÉCONOMIE, SOCIAL… Le classement exclusif des 54 pays africains

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • HORS-SÉRIE

PRINTEMPS ARABE Des lendemains qui déchantent

CONJONCTURE Un îlot de croissance dans un monde en crise

N° 30

COUR PÉNALE INTERNATIONALE Justice de Blancs ou justice pour tous ?

jeuneafrique.com

CÔTE D’IVOIRE Abidjan is back

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions du continent

Avec les contributions de : Alaa el-Aswany • Desmond Tutu • Mary Robinson • Angélique Kidjo • JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N° 30

Sidiki Kaba • Benjamin Stora • Mo Ibrahim • Abdoulaye • Bio Tchané Thierry Tanoh • Alain • Mabanckou…

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3

Éditorial

Marwane Ben Yahmed

Vigilance

C

ETTE EXTRAORDINAIRE ANNÉE 2011 restera à jamais gravée dans nos mémoires. Impossible d’oublier la chute de Ben Ali, de Moubarak et de Kaddafi. En Afrique du Nord, et plus largement dans le monde arabe, 2012 est le prolongement de ce grand réveil. Ainsi, aucun pays du Maghreb n’a résisté à cet élan irrépressible. Évolution tranquille au Maroc, plus lente mais au moins entamée en Algérie, avancées constitutionnelles en Mauritanie : la route est encore longue avant que les peuples d’une région que l’on pensait peu encline au changement recueillent les fruits de cette accélération subite de la marche vers la démocratie et le changement, mais le chemin déjà parcouru, inimaginable il y a seulement quelques mois, représente bien plus qu’une flânerie rêveuse sur les sentiers de la renaissance. Les acquis existent et la marche arrière est désormais impossible.

Reste cependant à passer le cap le plus délicat : celui de la construction d’un projet de société inédit, qui tienne compte des aspirations de tous sans rejeter personne, établisse des règles nouvelles acceptées par une large majorité, maintienne les grands équilibres qui ont forgé, au fil des siècles, des identités nationales complexes et fragiles et permette une redistribution des richesses – qu’il faudra en outre développer – plus juste et plus pérenne. Les circonstances ne se prêteront guère à cet idéal. Après la destruction de systèmes honnis, qui rassemble tout un pays, vient inévitablement le temps des dissensions et de la conquête d’un pouvoir qui s’offrira aux plus forts ou… aux plus malins. Difficultés exacerbées par le rejet global de toute expression de l’autorité de l’État, qui rappelle bien souvent les régimes précédents. Autre bataille, complexe mais indispensable, la relance d’économies qui ont souffert de ces

(r)évolutions. L’enjeu est pourtant de taille. Sans croissance dynamique et durable, point de salut. Le malaise social exacerbera les tensions, dopera les extrémismes et enlisera ces nations dans l’ornière de la division. Un cercle vicieux qui briserait tous les rêves de cette renaissance tant attendue. Au sud du Sahara se succèdent de grandes espérances et d’inattendus coups d’arrêt. L’Afrique de l’Ouest en est l’exemple le plus frappant. Les alternances démocratiques s’y multiplient. Après le Ghana, le Cap-Vert, la Guinée, le Niger ou la Côte d’Ivoire, le Sénégal a prouvé, après nous avoir fait douter, qu’il était un des meilleurs élèves en la matière et montré la voie à suivre. Las, la même semaine que la leçon de Dakar, le coup d’État au Mali, conjugué à la rébellion dans le Nord et à l’expansion d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), est venu nous rappeler que rien n’est jamais acquis et que la démocratie s’entretient chaque jour, surtout dans des États toujours fragiles. La crise malienne laissera forcément des traces, a fortiori pour un pays que l’on pensait guéri de ses prurits d’instabilité. Seule bonne nouvelle, la prise en charge rapide et ferme de la situation par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Les coups d’État ne sont plus une fatalité avec laquelle il faut composer. Reste que la région du Sahel, surtout depuis la chute de Kaddafi, incarne une énième source d’inquiétude dont l’Afrique n’avait guère besoin. Véritable poudrière et condensé de multiples périls – sécuritaires, sociaux, religieux et identitaires –, le Sahel, jusqu’ici abandonné à son sort, est au bord de l’abîme. Nul doute qu’il sera au centre de nos préoccupations en 2012 et, hélas, les années suivantes… Une nouvelle Somalie est peut-être en train de voir le jour. ●

Au Sahel, une nouvelle Somalie est peut-être en train de voir le jour.

Direction François Soudan, Marwane BenYahmed, Amir BenYahmed. Rédaction en chef technique Laurent Giraud-Coudière. Secrétariat de rédaction Ophélie Négros, avec Sabine Clerc, Laurent Morvan. Rédaction graphique ÉmericThérond, avec Sydonie Ghayeb, Frédérique Gore, Patrice Guéhéneuc. Iconographie DanTorres, avec Nathalie Clavé, Vincent Fournier. Statistiques Jérôme Besnault. Révision Wilfried Fouillaret, Dorothée Freiche, Nathalie Wallon-Bedjoudjou. Fabrication Philippe Martin, Christian Kasongo. Publicité Difcom. Ont collaboré à ce hors-série Pascal Airault,Youssef Aït Akdim, Juliette Bastin, Camille Belsœur, Jean Berry, Christophe Boisbouvier, Pierre Boisselet, Rémi Carayol, Julien Clémençot, Frida Dahmani, Muriel Devey, Georges Dougueli, Vincent Duhem, Alex Duval Smith,Tony Gamal Gabriel, Samy Ghorbal, Damien Glez, Malika Groga-Bada,Tarek Hafid, Clarisse Juompan-Yakam, André Silver Konan, Christophe Le Bec, Christelle Marot, Jean-Michel Meyer, Samia Mezghani, Nicolas Michel, Michael Pauron, Laurent de Saint Périer, Leïla Slimani, Justine Spiegel, Zoé Suarez, Marie Villacèque. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30


Photos : Joëlle Dollé – Toutes les photos ont été réalisées avec les collaborateurs de Sage – SAS au capital de 500 000 euros – Siège social : 10, rue Fructidor, 75017 Paris – RCS Paris 313 966 129 –

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Sommaire

5

Jeune AFrIQue - HOrS-SÉrIe n° 30 - AvrIL 2012

3

Éditorial vigilance, par Marwane Ben Yahmed

8

l’actualité croquée par Glez

IllustratIon de couverture : © Jon BerKeleY Pour J.a.

12 ÉVÉNEMENTS 12

34

EN VÉRiTÉ Quelle langue parle la démocratie ? par Christophe Boisbouvier

36

iNSÉcuRiTÉ L’Afrique de l’Ouest

38

DÉfENSE Paris part sur de nouvelles bases

40

TRibuNE La musique congolaise

de l’Afrique

42

JuSTicE Quel avenir pour la CPI ?

ÉlEcTioNS Faut-il craindre

45

TRibuNE La CPI n’est pas une cour

RÉVoluTioNS aRabES

Des lendemains qui déchantent

26

iNTERViEw Jean-Pierre Filiu, historien

28

TRibuNE Les occasions manquées du Printemps arabe, par Eugène Ébodé

29 32

DiploMaTiE Doha à la conquête

de nouvelles crises ?

terrorisée

sous embargo, par Alain Mabanckou

de Blancs, par Sidiki Kaba


6

teNdaNces

72

aNgola Un monde de brut

74

tribuNe Le changement climatique, une question de justice, par Desmond Tutu et Mary Robinson

77

miNes La reprise en main

83

techNologies Google propage

86

mÉdias Les nouvelles lignes rouges

88

saNtÉ Une mort silencieuse

90

Portraits En haut de l’affiche

le virus du Net

54 États au crible

48 48

Palmarès 2011 Qui perd ? Qui gagne ?

56

tribuNe Les grands chantiers de la Tunisie de demain, par Radhi Meddeb

61

tribuNe Éducation : ce que je dois

à mon père, par Angélique Kidjo

97

afrique du Nord

109

afrique de l’ouest

129

croissaNce L’Afrique fait de la résistance

65

tribuNe Une crise riche en enseignements, par Abdoulaye Bio Tchané

66

ÉcoNomie Les islamistes

68

côte d’ivoire Le retour de l’éléphant

La démocratie à l’épreuve afrique ceNtrale

Peu de changements en perspective

141

afrique de l’est

155

afrique australe

169

62

Des braises encore chaudes

Une année à hauts risques

Le meilleur et le pire ocÉaN iNdieN

Les regards convergent vers Tana

97

à la manœuvre

109

68

129

141

155 70

tribuNe Les infrastructures,

élément clé du développement, par Thierry Tanoh

jeune afrique hors-série n o 30

178

169

Ps

Johnny au FMI ! par Gaston Kelman l’état de l’afrique • 2012


L’actualité croquée par Glez

t LIbye, mars 2011 L’armée de Mouammar Kaddafi bombarde les villes insurgées, provoquant l’intervention de l’aviation de l’Otan. Face aux combats, des milliers de civils tentent de fuir en traversant la Méditerranée sur des embarcations de fortune. Le régime facilite leur départ, avec pour objectif d’inonder les côtes européennes d’immigrés clandestins. u Côte d’IvoIre, 21 maI 2011 En présence d’une vingtaine de chefs d’État, Alassane Ouattara est investi président de la République. Parmi ses premières décisions, la création de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR). Présidée par Charles Konan Banny, elle va devoir panser les plaies du pays après la crise postélectorale qui a fait quelque 3 000 morts.

t LIbye, 23 oCtobre 2011 Ancien ministre de la Justice, Mustapha Abdeljalil a été désigné président du Conseil national de transition (CNT) dès le début de la guerre civile, le 5 mars 2011. En octobre, la victoire du CNT sur le régime de Mouammar Kaddafi a fait de lui le chef de l’État de facto de la Libye en transition. jeune afrique hors-série n o 30

l’état de l’afrique • 2012


t Soudan, 17 noveMbre 2011 Le gouvernement de Khartoum bloque les exportations de pétrole sudsoudanaises pour exiger le paiement de taxes de transit sur le brut. L’enjeu est crucial : 98 % des revenus du Soudan du Sud et 60 % de ceux du Soudan sont liés au pétrole. La partition représente pour Khartoum un manque à gagner équivalent à 36 % de ses revenus pétroliers.

u rd Congo, 28 noveMbre 2011 D’après la Commission électorale nationale indépendante, le chef de l’État sortant, Joseph Kabila, aurait remporté la présidentielle avec près de 49 % des voix face à Étienne Tshisekedi (32 %). Mais l’opposant estime que les résultats ont été falsifiés et revendique la majorité absolue. Quant à la communauté internationale, elle pointe de nombreuses irrégularités dans l’organisation du scrutin.

t Mali, 17 janvier 2012 L’insurrection touarègue dans le nord du pays a repris depuis la mi-janvier. Des hommes en armes se revendiquant du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) ont pris le contrôle de plusieurs localités, provoquant la fuite de plusieurs dizaines de milliers de personnes vers les pays voisins. À Bamako, un coup d’État renverse, le 21 mars, le président, Amadou Toumani Touré, jugé « trop mou ». l’état de l’afrique • 2012

jeune afrique hors-série n o 30


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événements

Révolutions aRabes

Des lendemains qui déchantent

 À Dakar, le 23 mars 2012, des milliers de supporteurs de Macky Sall se pressent à son dernier grand meeting de campagne. Deux jours plus tard, le 25 mars, l’ancien Premier ministre est élu président du Sénégal.

jeune afrique hors-série n o 30

l’état de l’afrique • 2012


interview

Jean-Pierre Filiu Historien

Élections

Faut-il craindre de nouvelles crises ?

insÉcuritÉ

L’Afrique de l’Ouest terrorisée

Justice

Quel avenir pour la CPI ?

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Vincent BOiSOt/RiVa PReSS

L’état de L’afrique éVéNEMENTS

l’état de l’afrique • 2012

jeune afrique hors-série n o 30


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Événements

Révolutions

Des lendem

En 2011, la Tunisie, l’Égypte et la Libye avaient donné le signal du Printemps arabe. Mais aujourd’hui, après des débuts prometteurs du côté de Tunis, plus heurtés au Caire, chaotiques et sanglants autour de Benghazi, l’incertitude domine. Vainqueurs dans les urnes ou sur le champ de bataille, les islamistes sont désormais confrontés à la réalité du pouvoir et au risque de désillusion.

Tunisie Retard à l’allumage Les tergiversations d’Ennahdha sur l’islamité de l’État et l’émergence des salafistes inquiètent les défenseurs de la laïcité. À la manœuvre, une troïka qui fait aujourd’hui face à une opposition qui retrouve des couleurs. SAMY GHORBAL*

M

arquées par un taux de de limiter les dégâts en termes de sièges participation légèrement (16 pour le PDP, 5 pour le Pôle et 4 pour inférieur à 55 % et par Afek Tounes). La véritable surprise prol’extrême dispersion des vient de la liste Al-Aridha Al-Chaabiya forces politiques (110 partis en lice et une (« la pétition populaire »), parrainée par profusion de listes indépendantes), les le populiste Hachemi Hamdi, qui réalise élections tunisiennes du 23 octobre 2011 une percée, avec 252000 voix et 26 sièges. se sont soldées par une victoire sans appel Très vite, des pourparlers s’engagent des islamistes d’Ennahdha. Avec près de et une troïka gouvernementale, dirigée 1,5 million de voix, le parti de Rached par Ennahdha, se met en place. Les prinGhannouchi devance très largement cipaux postes sont répartis selon une le Congrès pour la République (CPR) logique parlementaire classique: Hamadi de Moncef Marzouki (340 000 voix), et Jebali, le secrétaire général d’Ennahdha, Ettakatol, la formation de Mustapha Ben parti arrivé en tête avec 89 des 217 sièges, Jaafar (248 000 voix). Les représentants de la Sur le terrain social et dans les mouvance progressiste et régions, la situation a empiré. Le moderniste, le Parti démochômage a augmenté de moitié. crate progressiste (PDP), le Pôle démocratique moderniste (PDM, formé autour des devient Premier ministre ; la présidence ex-communistes d’Ettajdid) et les libéde la République, essentiellement honoraux d’Afek Tounes essuient une défaite rifique, échoit à Moncef Marzouki, le cuisante, avec moins de 300 000 voix au leader du CPR, deuxième avec 29 sièges. total. Ils ont payé leurs divisions et manEnfin, Mustapha Ben Jaafar, le secrétaire qué cruellement de relais sur le terrain. Le général d’Ettakatol, obtient la présidence mode de scrutin – la proportionnelle aux de la Constituante. Intraitable pendant plus forts restes –, adopté spécialement les négociations, Ennahdha s’est taillé pour favoriser la diversité au sein de la la part du lion dans le gouvernement en Constituante, leur a cependant permis arrachant tous les ministères régaliens à JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

l’exception de la Défense, poste « neutralisé » et laissé à son ancien titulaire, Abdelkrim Zbidi. L’élément le plus notable de cette première séquence postélectorale est la rupture, consommée immédiatement, entre la coalition et le mouvement social, représenté par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT, principal syndicat), restée dans une logique revendicative pour être L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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ains qui déchantent ÉVÉNEMENTS

p Manifestation de salafistes devant le siège de la télévision nationale, à Tunis, en mars 2012.

à l’écoute de sa base. L’appel à une trêve sociale de six mois lancé en décembre par Moncef Marzouki n’obtient aucun écho. Les cadres de son parti se déchaînent alors contre le secrétaire général de l’UGTT, le très controversé Abdessalem Jrad, l’accusant d’être « un criminel à la solde des contre-révolutionnaires ». En L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

novembre, Jrad est frappé d’une interdiction de voyager, qui est levée aussitôt. Le congrès de Tabarka, fin décembre 2011, permet à la centrale de se doter d’une nouvelle direction, incarnée par Houcine Abassi. Mais l’apaisement n’est pas à l’ordre du jour. Le 25 février, ulcérée par les attaques dont elle a fait l’objet, l’UGTT

AUDE OSNOWYCZ

contre-attaque et mobilise, selon les organisateurs, une dizaine de milliers de manifestants à Tunis, avenue Bourguiba. ÉCARTÈLEMENT. Quelques semaines

plus tôt, fin janvier, Sadok Chourou, un ancien président d’Ennahdha resté emprisonné vingt ans sous Ben Ali et considéré comme l’un des chefs de file de l’aile la plus radicale du mouvement JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30


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Événements islamiste tunisien, avait jeté de l’huile sur le feu à la Constituante en suggérant d’infliger « les peines prévues par le Coran » aux grévistes : la crucifixion, l’amputation et l’écartèlement. Cette sortie virulente, qui avait suscité une bronca dans les rangs de l’opposition parlementaire, n’avait curieusement engendré aucune réaction du président de l’Assemblée, qui avait courtoisement remercié le député Chourou pour son intervention. Une complaisance qui lui a été vivement reprochée, y compris dans son propre camp… Sur le terrain social et dans les régions, la situation a empiré. Depuis le déclenchement de la révolution, le chômage a augmenté de moitié. Les nouveaux ministres, démunis, à court d’idées et de solutions, paraissent désemparés. Dans les entreprises et les régions, la fièvre revendicative ne retombe pas. Début janvier, un homme s’est immolé à Gafsa le jour de la visite de trois ministres dans la capitale du bassin minier. Les grèves sauvages se multiplient, et les familles des blessés de la révolution, qui se plaignent des conditions d’indemnisation, continuent de harceler les autorités. Sur le front judiciaire, enfin, les dossiers restent en souffrance. La justice transitionnelle et la fin de l’impunité, promesses de campagne phares d’Ennahdha et du CPR, tardent à se concrétiser. L’AIDE SE FAIT ATTENDRE. L’économie

est toujours à la peine, avec une deuxième saison qui s’annonce très difficile au plan touristique et des investissements étrangers en berne. L’aide des institutions internationales se fait elle aussi attendre, en dépit de la visite de Christine Lagarde, la patronne du Fonds

p Hamadi Jebali (à g.), et moncef marzouki, le 6 décembre, quelques jours avant que le premier devienne Premier ministre et le second président.

monétaire international (FMI), à Tunis, début février 2012. Face à la multiplication des difficultés, Hamadi Jebali, le Premier ministre, a tenté vainement d’élargir les contours d’un gouvernement déjà pléthorique (une cinquantaine de ministres, secrétaires d’État et conseillers avec rang de ministre) en faisant appel à l’opposition centriste. Qui a poliment décliné. Sur le plan politique, les couacs et le retard à l’allumage de la troïka gouvernementale ont permis à l’opposition de retrouver des couleurs. Une grande mobilisation populaire, organisée au Bardo les 6 et 7 décembre 2011, a permis de faire échec aux dispositions les

MARZOUKI, VRP DE LUXE LE PRÉSIDENTTUNISIEN VEUT FAIRE DE LA DIPLOMATIE son domaine réservé et multiplie, depuis janvier, initiatives spectaculaires et déclarations parfois intempestives. Au risque de heurter le grand voisin de l’Ouest. Son choix de se rendre àTripoli plutôt qu’à Alger pour sa première sortie officielle hors de ses frontières a piqué au vif la diplomatie algérienne. Et son plaidoyer pour une « fusion économique » entre laTunisie et la Libye a suscité étonnement et sarcasmes. Marzouki, qui a grandi au Maroc, a affiché sa volonté de relancer l’Union du Maghreb arabe (UMA), paralysée depuis 1994. A-t-il confondu vitesse et précipitation? Alger, là encore, a fait savoir qu’il n’avait pas besoin d’une médiation tunisienne pour renouer la discussion avec Rabat. Dans l’esprit des Algériens, la détente avec le royaume chérifien, amorcée par la visite, en janvier, de Saadeddine El Othmani, le ministre marocain des Affaires étrangères, à Abdelaziz Bouteflika, doit rester l’affaire des deux pays… l S.GHO. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

FETHI BELAID/AFP

plus controversées du projet relatif à l’organisation provisoire des pouvoirs publics. Début janvier, les centristes et les progressistes ont formé une « coalition démocratique », forte de trente députés, soit le deuxième groupe derrière Ennahdha. Des dynamiques de rapprochement sont maintenant en cours. Le PDP, Afek Tounes et le Parti républicain ont officiellement scellé leur fusion à Sousse, le 9 avril. À gauche, Ettajdid, les indépendants du PDM et le Parti des travailleurs tunisiens avaient fait de même une semaine plus tôt. Ces deux ensembles pourraient, à terme, se réunir dans un grand parti centriste démocratique. L’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi a réussi une démonstration de force le 24 mars à Monastir, en rassemblant 15 000 personnes à son meeting et apparaît désormais comme le fédérateur des bourguibistes. L’ancien ministre des Affaires étrangères Kamel Morjane dont le mouvement El-Moubadara a enregistré le ralliement de nombreuses petites formations ex-destouriennes, pourrait, au final, être l’un des grands bénéficiaires de cette redistribution des cartes… DÉMISSIONS. À l’inverse, les alliés

d’Ennahdha, qui avaient affiché leur cohésion pendant la campagne, sont aujourd’hui soumis à de fortes turbulences. Ettakatol semble prendre l’eau et enregistre des démissions massives de cadres. Le CPR, également traversé par de vives tensions, est tenté pour sa l l l L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


15

TRIBUNE

Pas de développement sans démocratie

DR

L MO IBRAHIM Ex-PDG de Celtel et président de la Fondation Mo Ibrahim

E PRINTEMPS ARABE nous a tous pris de court. Ces pays n’étaient ni les plus pauvres, ni les plus divisés.Tous avaient obtenu de bons résultats économiques ces dix dernières années, tous illustraient le nouveau discours sur « l’essor africain » et ses impressionnants taux de croissance. EnTunisie, en Égypte, en Libye, le catalyseur de la révolution a été une gouvernance inéquitable. En septembre 2010, nous avons publié notre 4e indice annuel de la gouvernance africaine. Et nous avons observé une tendance inquiétante. La croissance économique du continent, soutenue et régulière depuis 2000, s’accompagnait d’une stagnation, voire d’une récession démocratique. De nombreux pays obtenaient de façon préoccupante, dans les quatre catégories de l’indice – sécurité et souveraineté du droit, participation et droits de l’homme, développement économique durable, développement humain –, des scores de plus en plus déconnectés. Un écart grandissant apparaissait entre l’amélioration des résultats économiques et la dégradation des indicateurs associés à la démocratie et à l’équité.

des matières premières et l’amélioration de la gestion macroéconomique ne suffit pas. Elle doit aller de pair avec le respect de la démocratie et des droits de l’homme. Or les chiffres recueillis montrent que les deux ne sont pas automatiquement liés. La croissance économique n’améliore pas forcément la gouvernance politique. Les acquis obtenus ces dix dernières années risquent d’être sapés si nous laissons se poursuivre cette récession démocratique, avec tous les risques de soulèvement que cela implique. Il est crucial de mener des politiques de développement équilibrées. Nos gouvernements ne peuvent se contenter de privilégier la croissance économique et de faire comme si tout le reste allait suivre. Depuis que j’ai vendu Celtel il y a sept ans, je passe mon temps à promouvoir l’investissement en Afrique et à me battre pour changer le « pitch » africain :

La croissance et l’investissement ne suffisent pas. Les décisions doivent prendre en compte l’opinion des citoyens.

C’était notamment le cas de la Tunisie, de l’Égypte et de la Libye, qui se hissaient pourtant dans la première moitié du classement de l’indice grâce à des scores économiques et sociaux élevés. Cette tension affectait tout particulièrement leur première « ressource naturelle » – à savoir la jeunesse. L’Afrique est une terre de jeunesse. Les deux tiers de la population ont moins de 25 ans. Dans un monde vieillissant – de Londres à Shanghai –, cette large majorité de jeunes est notre plus grand atout. Mais pour en tirer profit, il faut des investissements, des infrastructures et une gestion adéquate. L’ancien gouvernement tunisien a détourné le regard. Une population jeune, nombreuse, éduquée vivait au sein d’une société qui ne lui offrait aucune perspective d’emploi et la privait de ses libertés politiques. Le mélange a explosé lorsque Mohamed Bouazizi s’est immolé. Ces événements ont miné en partie l’hyperbole du discours sur l’Afrique de ces dernières années. La croissance actionnée par les cours L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

passer d’une histoire d’assistance et de pauvreté à une autre, de potentiel et de croissance. Je continue de penser que les investisseurs qui ignorent l’Afrique agissent de manière absurde. Je sais que c’est par les investissements et le commerce, et non par l’assistance, que le continent deviendra prospère. Pourtant, à la lumière des derniers événements, il me semble évident que la croissance et l’investissement ne suffisent pas. Les décisions en la matière, comme en ce qui concerne les infrastructures et les technologies, doivent prendre en compte l’opinion des citoyens. Il incombe aux dirigeants africains de créer un environnement propice à l’investissement, mais aussi de garantir l’équilibre entre les intérêts privés et publics. Dans le fond, il leur faut savoir réguler. Les immenses ressources du continent, les investissements et les intérêts des puissances émergentes comme ceux des vieilles puissances européennes doivent être gérés en fonction des attentes de la jeunesse du continent, plutôt qu’en vue de satisfaire uniquement ses dirigeants et leurs partenaires. Faute de quoi, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. ● JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉVÉNEMENTS

Opinions Opin & éditoriaux


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Événements 21 août 2011 Les rebelles entrent dans Tripoli et investissent la place Verte

20 octobre 2011 Capture et lynchage de Mouammar Kaddafi, à Syrte 23 octobre 2011 Élections à l’Assemblée constituante, nette victoire du parti islamiste Ennahdha (41 % des sièges)

Août 2011

Septembre 2011

Octobre 2011

25 novembre 2011 Élections législatives anticipées, qui consacrent le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) comme première force politique du pays, avec 107 des 395 sièges, devant l’Istiqlal (60 sièges)

Novembre 2011

Décembre 2011

23 décembre 2011 Le Premier ministre, Hamadi Jebali, est investi par un vote de confiance à la Constituante

Janvier 2012

part de jouer la carte de la radicalité Ghannouchi a fini par arbitrer, le 26 mars, de Rached Ghannouchi, au poste de et opte pour un positionnement parfois en annonçant que son mouvement s’en rapporteur général de la Constitution, populiste. lorsque des poids lourds du parti ont tiendrait au compromis initial: l’article 1, Les difficultés économiques et sociales tout l’article 1, et rien que l’article 1. La commencé à militer pour que la charia et la vie tourmentée des partis en arricharia ne sera donc pas source de droit. soit explicitement mentionnée dans veraient presque à occulter l’enjeu prinLes défenseurs du sécularisme tunisien la Constitution comme « une source cipal de la période qui s’est auraient cependant tort de se réjouir ouverte le 23 octobre 2011 : trop vite. Car Ghannouchi n’a pas défiLes travaux de la Constituante la rédaction d’une nounitivement fermé la porte à la charia. dépasseront l’échéance velle Constitution, qui, si La question pourra être réexaminée « le symbolique d’octobre 2012. elle n’est pas entérinée à la jour où les citoyens le réclameront »… ● majorité qualifiée des deux tiers, fera l’objet d’un référendum. Il est essentielle de la législation ». Après deux * Samy Ghorbal est journaliste, ancien colmois de débats enflammés, de manifesd’ores et déjà acquis que les travaux laborateur de J.A. et auteur de Orphelins de tations et de contre-manifestations sur Bourguiba & héritiers du Prophète, Cérès dépasseront l’échéance symbolique fond de provocations salafistes, Rached Éditions, 2012. d’octobre 2012. Les commissions spécialisées ont été installées le 18 février. Et des clivages susceptibles de mettre à mal la logique de la troïka ont commencé à apparaître. Ettakatol n’est pas Occupations, agressions, prédication… Les religieux ultrarigoristes exactement sur la même longueur d’onde investissent l’espace public. qu’Ennahdha sur au moins deux points, qui feront l’objet de débats passionnés inorité, mais minorité extrêdont l’issue est aujourd’hui impossible égyptien ultrarigoriste Wajdi Ghoneim mement remuante, les salaà deviner : l’islamité de l’État et la nature marteler que la Tunisie est un État isladu régime politique futur de la Tunisie. fistes tentent, depuis plusieurs mique, appeler au takfir (à l’excommunimois, de mettre à l’épreuve les institucation des laïcs mécréants) et vanter les PRÉAMBULE. S’agissant du type de tions républicaines et marquent des bienfaits de l’excision des petites filles. régime, le schéma parlementaire et points dans l’espace public. Ils ont monocaméral a les faveurs d’Ennahdha, occupé pendant plusieurs semaines VIGILANCE. Tout aussi inquiétante est alors qu’Ettakatol, le CPR et la coalition la faculté de lettres de La Manouba, à la multiplication des incidents violents, démocratique de l’opposition penchent Tunis, interrompu les cours et séquestré comme l’agression, en janvier, du jourpour un régime mixte, où le président le recteur, Habib Kazdaghli, pour que les naliste Zyed Krichen et de l’universitaire serait élu au suffrage universel et dispoétudiantes obtiennent le droit de passer Hamadi Redissi. Ou comme la fusillade serait de pouvoirs réels. Mais la question les examens en niqab. Un droit qui leur entre des éléments de la garde natiola plus explosive sera sans conteste la a été refusé pour le moment. nale et une faction armée salafiste liée question de l’islamité de l’État. à Al-Qaïda, le 1er février, à Bir Ali Ben Les nouvelles autorités, par la voix de Ennahdha avait dit et répété tout au Rached Ghannouchi d’abord, de Moncef Khalifa, non loin de Sfax. Un affrontelong de la campagne son attachement Marzouki ensuite, ont promis de légament qui s’est soldé par la mort de deux au sécularisme et à l’article 1 de la liser leur parti, le Hizb Ettahrir, alors djihadistes et l’arrestation d’un troisième, Constitution de 1959, qui dispose que même que la formation rejette à la fois et qui a fait cinq blessés dans les rangs l’islam est la religion de l’État tunisien la démocratie et la notion d’État tunisien de l’armée. Plusieurs caches d’armes sans être pour autant religion d’État. territorial (il prône le retour du califat). ont été découvertes par les forces de Mais le mouvement islamiste a fait En février 2012, quelque 10 000 persécurité, qui redoublent de vigilance volte-face fin janvier, après l’élection sonnes se sont pressées à la coupole d’Elet craignent un afflux massif d’armes au forceps de Habib Khedher, un proche Menzah pour entendre le prédicateur depuis la Libye. ● S.GHO.

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La menace salafiste

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L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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23 juin 2012 Date butoir théorique pour l’élection d’une Assemblée constituante

Février 2012

Mai 2012 Élections législatives

Mars 2012

Avril 2012

Mai 2012

21 juin 2012 Date prévue de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle

Juin 2012

Libye De l’État voyou à l’État fantôme

a été contraint à la démission le 22 janvier 2012, au lendemain du saccage du bâtiment du CNT par des manifestants hostiles, à Benghazi.

AHMAD AL-RUBAYE/AFP

SANS PARTAGE. L’autre urgence

Au terme de huit mois de guerre, le pays est en lambeaux. Le Conseil national de transition peine à s’imposer face aux milices et à la renaissance des vieilles rivalités entre régions. SAMY GHORBAL

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e réforme, il n’est point question pour l’instant en Libye. Le Conseil national de transition (CNT) est parvenu, avec l’aide décisive des bombardiers de l’Otan, à chasser du pouvoir, fin août 2011, Mouammar Kaddafi, tué sauvagement le 20 octobre. Mais le prix à payer pour le triomphe d’une révolution libyenne en tout point aux antipodes de la révolution tunisienne, civile et pacifique, a été exorbitant. Et l’équipe dirigée par Mustapha Abdeljalil peine à affirmer son autorité. L’État libyen est en lambeaux, et le pays est aujourd’hui aux mains de milices rivales, indisciplinées et surarmées. L e gouvernement provisoire, dont la première décision après la L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

« réunification » a consisté à décréter solennellement l’instauration de la charia, a dévoilé une feuille de route politique qui semble intenable : l’élection d’une Assemblée constituante d’ici au mois de juin et l’organisation, au printemps 2013, de scrutins législatif et présidentiel. Sa priorité, pour l’heure, est de retrouver des marges de manœuvre financières pour assurer le paiement des fonctionnaires et engager le début des travaux de reconstruction. Il tente de remettre la main sur les fonds libyens investis à l’étranger, un pactole estimé à une centaine de milliards de dollars, actuellement gelé. L’édifice politique est fragile. Abdelhafidh Ghoga, le numéro deux du nouveau régime, accusé d’opportunisme,

consiste à désarmer les groupes de miliciens révolutionnaires. La partie s’annonce délicate. L’armée nationale n’est plus que l’ombre d’elle-même et ne règne guère que sur la Cyrénaïque. Si l’influence des djihadistes d’Abdelhakim Belhaj, qui  COMBATS DANS tenaient le haut du LE « QUARTIER pavé à Tripoli, paraît NUMÉRO DEUX » désormais conteDE SYRTE, bastion nue, les milices de des pro-Kaddafi, diverses obédiences le 19 octobre 2011. continuent de régner sans partage sur les territoires qu’elles ont libérés. Incontrôlables, animées d’un désir de revanche sans limites, elles se rendent coupables quotidiennement des pires exactions. La torture et les exécutions extrajudiciaires sont devenues monnaie courante dans la plupart des zones administrées par ces « thowars ». Et des villes entières, comme celle de Tawargha (30 000 habitants), ont été vidées de leur population, en représailles, par les miliciens de Misrata. Les vieilles oppositions ataviques, entre les régions, mais aussi entre commerçants sédentaires (citadins) et nomades orgueilleux et insoumis, sont plus que jamais remontées à la surface. Les aspirations fédéralistes renaissent: le 6 mars, des chefs de tribus et de milices réunis à Brega (Est) ont proclamé unilatéralement l’autonomie de la Cyrénaïque. Difficulté supplémentaire : la gestion du particularisme berbère, les Amazighs du Djebel Nefoussa ayant pris une part JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉVÉNEMENTS

26 janvier 2012 Le gouvernement d’Abdelilah Benkirane obtient la confiance du Parlement, avec 217 voix


Événements prépondérante à la rébellion. Ils sont aujourd’hui frustrés de voir que leurs revendications culturelles – la reconnaissance de leur spécificité linguistique dans l’espace national – ont été ignorées par le gouvernement de transition. Eux non plus n’entendent pas rendre leurs fusils – ou leurs prises de guerre. La prolifération et la dissémination des armes dans la région constituent un défi sécuritairemajeur.Ellesontdéjàengendré

des effets déstabilisateursen Tunisie, mais plus encore dans les pays de la bande sahélo-saharienne, au Niger et surtout au Mali. Et on ne peut exclure que certains équipements tombent entre les mains des djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ou des membres de la secte Boko Haram au Nigeria. Délitement de l’État, morcellement territorial, explosion des régionalismes, dissémination des armes, pénétration

djihadiste : le pays que Mouammar Kaddafi a mené d’une main de fer pendant quarante-deux ans est-il en passe de se transformer en nouvelle Somalie ? Si le gouvernement transitoire ne parvient pas rapidement à inverser la tendance, cette hypothèse terrifiante pourrait bien prendre corps. Au grand dam de ses voisins, qui, hormis l’Algérie, n’ont guère les moyens d’influer sur le processus en cours. l

t MohaMMed VI noMMe abdelIlah benkIrane (leader du PJD) chef du gouvernement, le 29 novembre.

AZZOUZ BOUKALLOUCH/MAP

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Maroc Doucement mais sûrement Une réforme de la Constitution plébiscitée par les électeurs, des législatives anticipées, un gouvernement formé en bonne intelligence avec le Palais… Rabat a habilement négocié cette période troublée. SAMY GHORBAL

D

’

abord surpris par la vigueur de la contestation démocratique née dans le sillage du Mouvement du 20 février, le roi du Maroc, Mohammed VI, a rapidement choisi de faire sien l’adage: « Mieux vaut impulser le changement plutôt que le subir. » Le souverain chérifien a réussi à désamorcer la fronde naissante en proposant un référendum constitutionnel, le 1er juillet 2011, et des législatives anticipées, le 25 novembre. En dépit d’un résultat témoignant d’un savoir-faire typiquement makhzénien – 73,5 % de participation et près de 98,5 % de oui au référendum selon les résultats définitifs –, la JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

fameux « ministères de souveraineté » chers à Hassan II. La campagne électorale, qui s’est déroulée dans un climat dépassionné, a vu s’affronter le Parti de la justice et du développement (PJD, islamomonarchiste), les formations de la défunte Koutla – bloc démocratique regroupant l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) –, et une coalition libérale formée autour du Rassemblement national des indépendants (RNI) de Salaheddine Mezouar, le ministre des Finances sortant, qui a tenté de se positionner en adversaire principal des islamistes. COALITION. Les élections proprement

dites se sont soldées par la victoire du PJD, qui double son score de 2007, avec environ 27 % des voix et 107 des 395 sièges mis en jeu. L’Istiqlal, fort de son réseau de notables, limite la casse, avec 15 % (60 sièges). À l’inverse, les socialistes de l’USFP, avec seulement 9,9 % des suffrages et 39 sièges, voient les rangs de leurs supporteurs s’étioler. Le RNI parvient à se hisser à la troisième place (13 % des voix, 52 sièges). Logiquement, Mohammed VI a invité Abdelilah Benkirane, le patron du PJD,

nouvelle architecture institutionnelle du royaumemarqueuneévolutionprofonde. LeMarocserapproched’une«monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale ». Même si la personne du monarque reste, de facto, inviolable et sacrée, le statut du Premier ministre–devenu«chefdu La personne du monarque reste gouvernement » – est reninviolable et sacrée, mais le statut forcé. Pleinement respondu Premier ministre est renforcé. sable devant le Parlement et doté du droit de dissolution, celui-ci est obligatoirement choisi au à former le gouvernement. Une coalisein du parti arrivé en tête aux législatives. tion assez hétéroclite, comprenant l’IstiSurtout, il compose désormais son équipe qlal, le PPS et le Mouvement populaire en accord avec le Palais. Exit, donc, les (MP), s’est mise en place. L’équipe l l l L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Événements

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l l l Benkirane compte 30 ministres, dont 11 membres du PJD, mais une seule femme. Le trublion islamiste El Mostafa Ramid hérite de la Justice, Saadeddine El Othmani, l’ancien secrétaire général du parti, des Affaires étrangères, le leader du MP, Mohand Laenser, atterrit à l’Intérieur, alors que Abdellah Baha, le bras droit de Benkirane, devient ministre

d’État et numéro deux du gouvernement. Contrairement aux craintes, la désignation des ministres n’a pas entraîné de psychodrames ; tout s’est fait en bonne intelligence avec le Palais. Et, contrairement à leurs homologues tunisiens, les nouveaux responsables se sont abstenus de déclarations tapageuses et mis au travail immédiatement.

Au final, un processus remarquablement maîtrisé, une transition en douceur, voire en trompe-l’œil, mais de nature à rassurer les opérateurs économiques et touristiques ainsi que les investisseurs étrangers, aux yeux desquels le Maroc apparaît, plus que jamais, comme un archipel de stabilité et de sûreté dans une région bouleversée par les révolutions. l

LAHCËNE ABIB/SIGNATURES

Algérie En attendant la vague verte

À l’approche des législatives de mai, les regards se tournent vers les islamistes. Ceux-ci, très divisés, connaîtront-ils le même succès que leurs homologues nord-africains ? SAMY GHORBAL

E

t l’Algérie ? Elle a déjoué tous les pronostics, en restant à ce jour le seul pays épargné par la contestation. Encore traumatisés par les souvenirs de la décennie noire, les Algériens se seraient-ils résignés à l’immobilisme ? L’explication est un peu courte. L’année écoulée a été scandée par les revendications, mais celles-ci se sont cantonnées sur le terrain social et catégoriel. L’aisance financière du gouvernement lui a permis de désamorcer les conflits à coups de milliards d’euros – et notamment d’augmentations salariales mirifiques. Le train de réformes politiques initié par le président, Abdelaziz Bouteflika, et son équipe pour mettre le pays au diapason du Printemps arabe devrait cependant modifier en profondeur les JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

règles de l’exercice démocratique. Et pimenter les élections législatives de mai 2012.

pour la justice et le développement (FJD) d’Abdallah Djaballah et au Parti de la liberté et de la justice (PLJ) de Mohamed Saïd Belaïd, tous deux en attente de légalisation. Et si l’horizon s’est dégagé avec la non-réhabit Au SAlon litation de l’ex-Front internAtionAl islamique du salut du livre d’Alger, (FIS), que les parleen septembre 2011. mentaires algériens ont jugé responsable de la « tragédie nationale », une percée des salafistes indépendants ne peut être totalement exclue… L’autre handicap des islamistes algériens tient à leur ancienneté dans le paysage politique. Certains, à l’instar du MSP, encore détenteur de quatre portefeuilles ministériels, sont intégrés depuis des lustres au « système ». Ils ne pourront pas bénéficier de la virginité revendiquée par leurs homologues tunisiens et marocains. Enfin, il faudra compter avec le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et, dans une moindre mesure peut-être, avec le Front de libération nationale (FLN) d’Abdelaziz Belkhadem – deux formations qui restent solidement implantées, notamment dans l’administration –, mais aussi avec l’armée. Les jeux restent donc ouverts et toutes les combinaisons sont envisageables. Et, même si elle devait se produire,

CHAPELLES RIVALES. L’Algérie, qui avait été la première à succomber à la lame de fond islamiste en 1990-1991, échappera-t-elle cette fois-ci à la « vague verte » qui déferle sur l’Afrique du Nord? Bien peu se hasarderaient à prendre un tel pari. Certaines formations, à l’instar du Pourtant, comparaison MSP (ex-Hamas), sont intégrées n’est pas raison. Car, à la au « système » depuis des lustres. différence de leurs homologues tunisiens et marocains, les islamistes algériens sont éclatés la conquête de l’Assemblée nationale en chapelles rivales. Le Mouvement de la populaire par les islamistes ne serait société pour la paix (MSP, ex-Hamas) de que la première étape, la véritable Bouguerra Soltani, aux prises avec une échéance restant l’élection présidencontestation interne, fait face au Front tielle de 2014… l L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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CONFIDENCES DE

Historien, auteur de La Guerre d’Algérie expliquée à tous (Éditions du Seuil, mars 2012) Pour ce spécialiste du Maghreb, le pouvoir doit trouver d’autres sources de légitimité que la mémoire de la guerre d’indépendance.

En France, cette histoire-là ne passe toujours pas… Il est évidemment toujours très difficile d’accepter la défaite. N’oublions pas que la France a construit pendant plus d’un siècle son sentiment national sur l’euphorie coloniale, ce qui explique qu’elle ne peut célébrer l’événement de la même façon. Toutefois, ces deux histoires semblent pouvoir être réconciliées par les nouvelles générations. Cet anniversaire a-t-il suscité un débat sur le rôle du Front de libération nationale (FLN), parti-État qui tire sa légitimité de la révolution ? À ma connaissance, il n’y a pas de débat sur ce sujet. Paradoxalement, les Algériens sont fiers d’avoir retrouvé leur souveraineté, mais ils restent méfiants quant à l’utilisation de l’Histoire pour légitimer la politique. Aujourd’hui, c’est le moment de L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

VINCENT FOURNIER/J.A.

JEUNE AFRIQUE : Quel jugement portent les Algériens sur leurs cinquante ans d’indépendance ? BENJAMIN STORA: C’est une question qu’il faut poser aux Algériens eux-mêmes. Plusieurs analyses et opinions s’expriment dans un cadre multiforme et très complexe. On peut tout de même relever que lesAlgériens sont quasiment unanimes pour considérer que l’indépendance était inéluctable, mais d’autres questions continuent de faire débat, notamment celles qui ont trait au passage à la nation, à la construction de l’État, à la place de leur pays dans le monde.

ceux du mal-vivre : le chômage des jeunes, la crise du logement et un sentiment général de blocage.

dépasser l’Histoire. Le sentiment national ne s’est pas affaibli, mais le pouvoir ne peut pas continuer de se légitimer seulement par la guerre. Ce qui intéresse les Algériens, c’est de se projeter dans l’après-indépendance, c’est-à-dire dans la modernité. Surtout après la décennie noire (19922002), qui a interrompu cet examen critique… Disons qu’aujourd’hui les Algériens ne veulent pas seulement exister dans le deuil et le souvenir des massacres. Les vingt premières années qui ont suivi la libération ont été vécues par beaucoup comme une contrainte. Le thème de l’« indépendance confisquée » a alimenté, après les émeutes d’octobre 1988, la défiance à l’égard du FLN. Ce débat a provoqué l’avènement du multipartisme et le retour des figures historiques, mais il a été interrompu par la guerre entre l’État et les groupes islamistes. L’Algérie est sortie de cette folie pure au prix de 100 000 morts. Mais, dès 2003, les problèmes de fond émergent, ce sont

Quel lien font les Algériens entre leur printemps de 1988 et les soulèvements des pays arabes en 2011 ? Le fait d’avoir connu une première expérience démocratique entre 1988 et 1992, interrompue dans le sang, provoque un réflexe de méfiance. Beaucoup, même les intellectuels, ont l’impression de vi vre un « remake » de cette expérience, comme si l’Histoire était condamnée à la répétition. Or le défilé des « Afghans », la montée des djihadistes et la guerre, c’était il y a vingt ans. Depuis, le bipolarisme est fini, de nouvelles puissances ont émergé, l’islamisme militaire a été défait et Ben Laden est mort : ce ne sont pas les moudjahidine qui ont renversé Ben Ali, Moubarak ou même Kaddafi. Peut-on imaginer une banalisation de l’islamisme en Algérie, là où son éradication a été une véritable idéologie d’État ? Ce qui a changé depuis les années 1990, c’est d’abord l’image des islamistes. N’oublions pas que les islamistes algériens ont une expérience de gouvernement. Après leur participation à la présidentielle de 1995, plusieurs partis sont représentés au Parlement. En 1997, le Hamas [rebaptisé depuis Mouvement de la société pour la paix, NDLR] intègre la coalition gouvernementale. Aujourd’hui, en prévision des législatives, ils reprennent la voie de l’opposition. Mais leur participation au gouvernement n’a rien changé pour les gens. Avant les autres partis islamistes du Maghreb, les Algériens ont fait l’amer constat du pouvoir. On ne fait pas tourner une société avec des sourates. l Propos recueillis par YOUSSEF AÏT AKDIM JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉVÉNEMENTS

Benjamin Stora « Les Algériens veulent se projeter dans la modernité »


Événements

Égypte La déchirure

exprimerleurmécontentement,plusieurs partis et figures libérales ont annoncé leur retrait de la future assemblée et la rédaction d’une « Constitution alternative ». Les négociations se poursuivent, menées par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui appelle les deux parties à faire des concessions. « Si nous réussissons à garder les quatre premiers titres de la Constitution intacts, c’est-à-dire tout ce qui concerne la définition de la citoyenneté, la charia comme une des sources du droit [et non la seule, NDLR], ce sera déjà une grande avancée, soulignait en février Bassel Adel, député libéral et membre du bureau politique du Parti des Égyptiens libres. Le sujet est délicatparcequelessalafistessemontrent très dogmatiques. »

Entre l’armée et les manifestants, la rupture est consommée. Très critiqués, les militaires accélèrent le transfert du pouvoir aux civils. Sans pour autant renoncer à jouer un rôle dans le futur régime. TONY GAMAL GABRIEL

P

lus d’un an après la chute de Hosni Moubarak, la révolution égyptienne est entrée dans une spirale de violence. Depuis plusieurs mois, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se multiplient, avec à chaque fois plusieurs dizaines de morts et de blesINFLUENCE. Reste aussi à préparer sés. Dernier « événement » en l’élection présidentielle. La montée de date, les heurts survenus à la contestation suscitée par sa gestion de l’issue d’un match de football, la transition a poussé le CSFA à accélérer à Port-Saïd, le 1er février 2012, le transfert du pouvoir aux civils. Le futur qui ont fait 77 victimes. président devrait entrer en fonction avant L’armée, admirée pour ne la fin du mois de juin. pas avoir tiré sur le peuple en Mais pour de nombreux Égyptiens, les janvier 2011, est aujourd’hui militaires vont continuer d’exercer leur le pire ennemi des révoluinfluence sur la vie politique. Une norme tionnaires. Ces derniers sont « supraconstitutionnelle », instaurée par devenus, pour l’opinion, l’ancien vice-Premier ministre, Ali aldes fauteurs de troubles. Selmi, avait mis le feu aux poudres en Interrogés en septembre 2011 novembre 2011. Mais avec le remanieparGallup,84%desÉgyptiens ment gouvernemental du 7 décembre, estimaient que la persistance le document, qui faisait de l’institution AU CAIRE, le 18 décembre 2011. des manifestations avait un militaire « le garant de la légitimité constitutionnelle », est passé à la trappe. impact négatif sur le pays. directeur du Centre d’études et de docuLesFrères,longtempsprochesduCSFA, C’est dans ce contexte explosif que les premières élections législatives démocramentation économiques, juridiques et semblent eux aussi vouloir prendre leurs tiquesonteulieu,entrefinnovembre2011 sociales (Cedej), basé au Caire. Il y a distances. Le 24 mars, ils ont accusé les et début janvier 2012. Le processus, des vrais débats, avec des députés qui militaires de soutenir le « gouvernement divisé en trois phases et organisé sur un demandent à auditionner des ministres défaillant » de Kamal al-Ganzouri pour mode de scrutin mixte (proportionnel et des hauts fonctionnaires, et une réelle « contrecarrer la révolution » ou truquer et individuel), a été marqué par la vicdiversité politique. » toire écrasante du Parti de la liberté et Mais avec un Grands perdants des législatives, de la justice (PLJ). L’organe politique des Parlement dominé les libéraux pourront-ils participer Frères musulmans a remporté pas moins par les islamistes, les à la rédaction de la Constitution ? de 45 % des suffrages. En seconde posilibéraux pourront-ils tion, les salafistes d’Al-Nour ont surpris participer à la rédacen s’assurant près de un quart des voix. tion de la future Constitution ? La comla présidentielle. Un changement de cap Quant aux libéraux, avec 18 %, ils sont les position du comité de 100 membres qui que le professeur de droit constitutionnel grands perdants de ce scrutin. Divisions en sera chargé, révélée le 24 mars, semble Raafat Fouda interprète comme le signe et batailles d’ego les ont empêchés de indiquer que non. Seuls six femmes et que l’heure n’est plus aux tractations en présenter un front uni. six Coptes y figurent. Sur les 50 parlecoulisses. Quant aux militaires, « légaLes séances de l’Assemblée du peuple mentaires choisis pour en faire partie, lement, ils ne peuvent rien faire pour ont un temps redonné espoir aux 36 sont issus du PLJ ou d’Al-Nour. Quant assurer leur influence. Soit ils se retirent Égyptiens. « On assiste au retour d’une aux 50 personnalités issues de la société de la vie politique après les élections, soit civile, beaucoup sont considérées comme ils misent sur la force et la fidélité des vraie vie parlementaire après soixante ans d’absence, note Bernard Rougier, proches des Frères musulmans. Pour troupes et organisent un coup d’État ». ● MOHAMED ABD EL GHANY/REUTERS

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Événements

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TRIBUNE

Opinions Opin & éditoriaux

Les militaires préservent l’ancien régime

DR

L ALAA EL-ASWANY Écrivain

E CONSEIL SUPRÊME DES FORCES armées (CSFA) n’a réalisé aucun des objectifs de la révolution. Après un an de transition, les révolutionnaires ont l’impression que le pays a emprunté une voie qui n’est pas celle de la démocratie. Je ne sais pas si le Conseil suprême veut rester au pouvoir. Mais si je ne peux pas juger des intentions, je peux juger des actes : les magistrats qui supervisaient les élections frauduleuses sont toujours en place ; les responsables de la police qui ont tué et qui continuent de tuer les Égyptiens sont à leur poste ; le procureur général n’a pas été démis de ses fonctions, alors même qu’il s’est compromis durant des années avec l’ancien dictateur. Les militaires ont préservé le régime de Hosni Moubarak.

À cela s’ajoutent les véritables massacres dont les militaires sont responsables, au moins d’un point de vue politique : celui qui a été commis lors de la marche copte de Maspero, le 9 octobre 2011 ; celui de la rue MohamedMahmoud, le 18 novembre ; celui du bâtiment du Conseil des ministres, le 16 décembre. Et, enfin, celui du stade de Port-Saïd, le 1er février 2012. Dans ce dernier cas, je pense qu’il s’agit d’une conspiration, orchestrée par les appareils de sécurité et d’autres forces inconnues, et dont l’objectif était de tuer le plus grand nombre possible d’ultras, ces amateurs de football qui ont joué un rôle primordial dans la révolution. Les gradins ont été fermés, et des criminels ont été payés pour tuer. Nous n’avions jamais connu de tels affrontements dans les stades égyptiens. En réalité, le régime de Moubarak est demeuré intouchable, et il est entré dans une guerre sans merci contre les révolutionnaires. Les caciques de l’ancienne administration ont ainsi lancé une campagne médiatique de diffamation pour décrédibiliser la révolution, à laquelle ils imputent aussi bien l’insécurité ambiante que la crise économique que connaît le pays. Comment les contestataires peuventils être tenus pour responsables des pénuries de pain, de gaz et d’essence, alors que ce ne sont pas eux qui dirigent l’Égypte ? C’est pour

cela que, le 25 janvier 2012, des centaines de milliers d’Égyptiens sont descendus dans les rues pour manifester leur soutien à la révolution. En ce qui concerne le Parlement, je ne veux pas le juger hâtivement, alors qu’il n’a pas encore eu l’occasion de légiférer. Ce que l’on peut dire, cependant, c’est qu’il n’est pas l’organe de la révolution, puisque les jeunes qui ont fait celle-ci n’y sont pas représentés. Mais rien n’est encore joué. Il existe actuellement un courant, composé essentiellement d’islamistes, qui s’est rangé du côté du CSFA. Mais il y en a également un autre, proche des revendications de la rue, qui critique vivement la politique des militaires. Si le Parlement penche finalement du côté du second, il deviendra le Parlement de la révolution. Mais s’il se retourne contre celle-ci, il perdra toute légitimité aux yeux des protestataires. Cela étant, l’arrivée des islamistes au pouvoir m’importe peu. Ce qui me préoccupe, ce sont leurs actes. Je suis sûr qu’il existe un accord informel entre les Frères musulmans et le

Tôt ou tard, les Frères musulmans devront choisir entre leur loyauté envers la révolution et leur fidélité au Conseil suprême.

Chroniques de la révolution égyptienne, éditions Actes Sud, 352 pages, 23 euros JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

Conseil suprême. Nous avons vu la mise en œuvre de la première partie de cet accord lors des élections. Les lois électorales favorisaient la confrérie et lui ont permis de dominer le Parlement. Je pense que, tôt ou tard, les Frères musulmans devront choisir entre leur loyauté envers la révolution et leur fidélité aux militaires. Tant que le CSFA sera au pouvoir, le contexte politique ne sera propice ni à la tenue d’une élection présidentielle ni à la rédaction d’une nouvelle Constitution. Aujourd’hui, pour concrétiser notre révolution, nous devons faire pression sur les militaires afin de les obliger à quitter le pouvoir. Sinon, notre mouvement va échouer. Avons-nous les moyens de réussir cela ? Nous faisons ce que nous pouvons. C’est ainsi que nous avons chassé Hosni Moubarak… La démocratie est la solution. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


Événements

Jean-Pierre Filiu « Les islamistes seront jugés sur leur bilan social » Comment expliquer les succès des partis religieux en Afrique du Nord ? Quels défis attendent ces novices de l’exercice du pouvoir ? L’historien spécialiste du monde arabe décrypte la nouvelle donne politique régionale.

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rofesseur associé à Sciences-Po (Paris), Jean-Pierre Filiu a aussi enseigné dans les universités de Columbia (New York) et de Georgetown (Washington). Ses ouvrages et ses études sur le monde arabo-musulmanontététraduitsdansunedouzainede langues. Il a publié en 2011 La Révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique chez Fayard et en anglais chez Oxford University Press.

Existe-t-il une solidarité transnationale entre ces mouvements ? Leur victoire pourrait-elle améliorer les relations entre les pays d’Afrique du Nord ?

Le cheikh Youssef al-Qardaoui, installé au Qatar, représente une référence fondamentale pour la mouvance issue des Frères musulmans, en Égypte dont il est originaire, bien sûr, mais aussi pour Ennahdha en Tunisie. Mais Rached Ghannouchi a mené tout un travail de conceptualisation propre et Ennahdha aspire à être aussi reconnue que la matrice égyptienne de l’islamisme contemporain. Le PJD marocain se réclame, pour sa part, du modèle de l’AKP turc (les deux sigles ont la même signification, Parti de la justice et du développement), moins d’ailleurs pour des raisons dogmatiques que pour s’identifier à la réussite économique de la Turquie d’Erdogan. Tous ces partis sont, de toute façon, poussés à défendre les intérêts nationaux de leurs pays respectifs et, même si une forme de familiarité islamiste peut prévaloir dans les rencontres formelles, les pesanteurs bilatérales finiront vite par

JEUNE AFRIQUE : Les islamistes n’ont pas participé aux révolutions arabes, ou du moins ne les ont pas provoquées. Aujourd’hui, ils en touchent les dividendes sur le plan électoral dans plusieurs pays. Comment l’expliquer ? JEAN-PIERRE FILIU: Les islamistes tuni-

siens n’ont joué aucun rôle dans le renversement de Ben Ali, et la contribution des Frères musulmans égyptiens n’a été que secondaire dans le processus conduisant à la chute de Moubarak. Mais ils ont été servis, lors des récentes élections, par la conjonction de trois types de votes en leur faveur : un vote proprement religieux, sans doute minoritaire, coexiste en effet avec un vote de u Ce spéCialiste rupture (qui se porte de l’islam est vers des partis ciblés professeur associé à par la répression des Sciences-Po régimes déchus) et depuis 2006. un vote d’ordre (qui privilégie des formations créditées d’une capacité d’organisation sociale). En outre, en Tunisie comme en Égypte, la dispersion des formations rivales et le mode de scrutin ont permis aux islamistes de décrocher une proportion de sièges plus forte que leur part de suffrages exprimés. Enfin, dans ces deux pays comme au Maroc, il faut souligner que les islamistes n’emportent qu’une majorité relative des voix, ce qui les contraint à constituer des coalitions. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

BRUNO LÈVY POUR J.A.

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s’imposer. C’est l’aspiration des peuples concernés à la coopération maghrébine, et non le jeu de tel ou tel parti, qui pourra débloquer les contentieux du passé. Certains actes de violence en Tunisie ou en Égypte laissent craindre une islamisation rampante de la société. Quelles en seront les conséquences pour ces pays, dont la jeunesse est aussi en quête de modernité ?

Il faut bien distinguer deux phénomènes : celui de la demande sociale d’islam, encouragée par les dictatures déchues qui y voyaient un moyen de garantir leur propre devenir ; et celui des minorités agissantes, qui refusent les règles du jeu démocratique pour imposer leurs diktats par la force. La conjonction dans la période postrévolutionnaire entre la traduction politique de cette réalité sociale, d’une part, et la surenchère des groupesextraparlementaires,d’autrepart, est en effet très préoccupante. La seule solution se trouve dans le respect sourcilleux de l’État de droit par les nouvelles équipes dirigeantes. La revendication de justice dont est porteuse l’« Intifada » démocratique doit trouver à cet égard une application rigoureuse. Ces partis n’ont jamais exercé le pouvoir. Ont-ils les moyens humains et l’organisation nécessaire pour diriger ces pays et résoudre les questions économiques et sociales ? L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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AUDE OSNOWYCZ

C’est naturellement sur leur bilan social que ces partis seront jugés, et ce dans un contexte économique très dégradé. Force est de reconnaître que leur programme là-dessusestfortsommaire (lire pp. 66-67) et que la tendance historique des islamistes amène à épouser la loi du marché. Prêcher la « charité » ou la « lutte contre la corruption » demeure bien en deçà des immenses défis à relever. Mais les mouvements islamistes peuvent mobiliser des cadres compétents et intègres au nom de la défense des intérêts nationaux. C’est là l’enjeu central de la période actuelle, et les forces progressistes, en mettant l’accent sur les libertés plutôt que sur l’économie, ne sont pas forcément en phase avec les

p À Tunis, le 20 janvier 2012, manifesTaTion de souTien à une femme condamnée en France à une amende pour avoir porté le niqab.

profit de courants et de personnalités prônant une approche plus « centriste » et apaisée. Quant aux salafistes, ils ont construit leur formidable succès aux élections égyptiennes (24 % des sièges) sur leur refus de la logique de gouvernement des Frères musulmans. En Tunisie, Ennahdha abrite en effet des courants très divers et repousse la tenue d’un congrès qui verrait sans doute ces tendances s’affronter. Partout, il convient désormais de décliner au pluriel les différentes formes d’isla-

Un vote religieux, sans doute minoritaire, coexiste avec un vote de rupture. attentes populaires. Quant aux salafistes, ils sont eux-mêmes obligés d’admettre que la préservation des recettes touristiques appelle une tolérance active, mais ils sont encore loin de tirer toutes les conséquences de ce constat. Les éléments les plus radicaux de ces partis ne risquent-ils pas de faire scission, une fois confrontés aux compromis imposés par l’exercice du pouvoir ?

Les Frères musulmans égyptiens ont déjà connu des dissidences, mais au L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

misme; des phénomènes centrifuges ne peuvent qu’être facilités par le passage de la clandestinité, ou au moins de la non-légalité, à l’action publique, avec ses exigences de transparence. Peut-on imaginer que les partis de gauche, laïcs, connaissent une deuxième jeunesse dans l’opposition ?

Il faut d’abord rappeler qu’Ennahdha est alliée au sein du gouvernement tunisien avec deux partis progressistes, Ettakatol [social-démocrate], qui détient

Il y a une indéniable hostilité à ces mouvements chez les journalistes et même chez les diplomates occidentaux. Quelles conséquences cela peut-il avoir dans les rapports avec l’Occident ?

Je parlerais moins d’hostilité que de préjugés soigneusement entretenus par des décennies de dictature, durant lesquelles les contacts avec les islamistes étaient pratiquement proscrits. Il y a donc une très profonde méconnaissance que seuls le dialogue et l’expérience peuvent pallier. Or cette période d’apprentissage coïncide avec une grande sensibilité des opinions postrévolutionnaires sur les questions de souveraineté, car les despotes renversés étaient perçus comme des traîtres ayant bradé les intérêts nationaux. Mais cette phase devrait n’avoir qu’un temps, du fait de la densité des relations réciproques et de l’image globalement positive que les révolutions arabes continuent d’avoir en Europe. Des contre-révolutions sont-elles possibles, voire prévisibles ?

Si j’emploie depuis le début le terme de « révolution arabe » pour qualifier cette vague régionale, c’est bien parce que je crois que la tentation de la contrerévolution est elle aussi généralisée. Un maintien de Kaddafi au pouvoir aurait sans doute été désastreux pour la révolution tunisienne, qu’il se serait employé à saper et saboter. La Tunisie est allée beaucoup plus loin que l’Égypte dans le démantèlement des anciennes structures d’oppression, mais la vigilance demeure de règle, surtout dans les rangs d’une jeunesse dont la mobilisation ne se dément pas. l Propos recueillis par LEÏLA SLIMANI JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉVÉNEMENTS

aussi la présidence de l’Assemblée constituante, et le Congrès pour la République [nationaliste], dont est issu le chef de l’État. Au Maroc aujourd’hui, en Égypte demain,lesgouvernementsserontfondés sur des coalitions. La clé est donc dans la formalisation d’une majorité et d’une opposition claire sur des questions de gouvernement, qui ne recouperont pas le clivage entre « islamistes » et « laïcs ». C’est dans ce jeu démocratique que les uns et les autres devront s’affirmer. N’oublions pas quelesFrères musulmansjordaniens, grands vainqueurs des élections de 1989 avec 40 % des voix, ont perdu les suivantes du fait de leur piètre performance gouvernementale.


Événements

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TRIBUNE

Opinions Opin & éditoriaux

Les occasions manquées du Printemps arabe

DR

D EUGÈNE ÉBODÉ Écrivain et journaliste, chevalier des Arts et des Lettres

EPUIS L’IMMOLATION PAR LE FEU du jeuneTunisien Mohamed Bouazizi et les émeutes de Sidi Bouzid, le monde arabe connaît mutations et changements de configuration. Mais la belle saison a-t-elle offert les fleurs espérées ? Des mobilisations inattendues, numériques et déterminées ont renversé depuis plus d’un an des régimes réputés immuables. Du Maghreb (Tunisie, Libye, Maroc) au Machrek, voire au-delà (Égypte, Yémen, Syrie), le monolithisme politique a vacillé dans un espace sous tension religieuse, que d’aucuns pensaient uniquement gouvernable par des autocrates sanguinaires. Ceux-ci ont été chassés par l’exaspération de peuples lassés des élites claniques et kleptocratiques et des bureaucraties corrompues. À l’aide de claviers et par le biais des réseaux sociaux, le front du refus qui a soudé une jeunesse réputée muette a trouvé dans la figure sacrificielle ou instrumentalisée du jeune Bouazizi le parfait moteur à explosion. La légalité confisquée s’est écroulée devant le besoin de changement symboliquement agité par de frêles bras nus brandissant des fleurs de jasmin, aux cris de « Dégage ! ». Cette révolution du Jasmin, qui renvoie à celle des Œillets accomplie par de jeunes capitaines en 1974 au Portugal, a suscité beaucoup d’enthousiasme.

et corruption, les constructions politiques qui se perpétuaient en donnant l’illusion que l’économie tournait au régime souhaité par les expert internationaux pouvaient s’effondrer. Acquis au prix d’un sang injustement répandu, ce résultat suscite des interrogations. Celles-ci portent, principalement, sur les occasions manquées du Printemps arabe. C’est l’avenir de la démocratie qui est en question en Afrique du Nord, car le bloc militaro-affairiste semble laisser la place à un autre, à visage religieux. Par ailleurs, l’absence de leaders issus de la société civile crève les yeux. Aucun responsable syndicaliste n’a symbolisé l’alternance comme ce fut le cas de Lech Walesa avec le mouvement Solidarnosc dans la Pologne des années 1980. Au plan intellectuel, nul écrivain de la carrure du « président-philosophe » Václav Havel – dont l’autorité facilita la révolution

En Afrique du Nord, l’absence de leaders issus de la société civile crève les yeux.

Parmi les despotes généralement établis par les armes et se succédant à eux-mêmes au double moyen de la force et de la farce électorale , plusieurs ont été victimes d’un carambolage politique : la chute de Zine elAbidine Ben Ali et des siens a été suivie de celle de Hosni Moubarak puis de la mort du cruel Kaddafi, qui a entraîné avec lui sa verbeuse Jamahiriya d’opérette. Certains, tentés par le goût du sang ou du bras de fer jusqu’au-boutiste, ont feint de fléchir avant de mettre en œuvre la stratégie du « moi ou le chaos », tels le Yéménite Saleh et, dans un registre plus impitoyable et borné, le satrape syrien Bachar al-Assad. On a donc compris que, dans une arène sociale chauffée à blanc par le couple misère JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

de velours enTchécoslovaquie, en 1989 – n’a surgi des places Al-Tahrir et autres, ou des cortèges de manifestants. Pourtant, le poète tunisienTahar Bekri n’a cessé de tonner contre les confiscations d’imaginaires et de réalités, tandis qu’en Égypte le romancier Alaa el-Aswany a très tôt milité pour une vigoureuse secousse du vieux cocotier politique. S’agissant de l’Afrique subsaharienne, c’est le règne de la procrastination. On attend ! Pis, alors qu’on aurait pu brandir le portrait de Mongo Beti, qui, même mort, reste un symbole d’un changement qui tarde à venir, le Cameroun a réélu un homme du passé, déphasé et présent dans les hauts cercles du pouvoir depuis cinquante ans. En Guinée, nonobstant l’autorité et la notoriété d’un écrivain commeTierno Monénembo, un rideau politique a été brutalement tiré derrière lequel se meuvent des figures de pacotille. Les peuples du Sud dansent dans les bars, indifférents au message de Chinua Achebe : le monde s’effondre. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Diplomatie Doha à la conquête de l’Afrique

ESAM AL-FETORI/REUTERS

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ÉVÉNEMENTS

Profitant d’un certain retrait diplomatique de l’Égypte au Soudan et dans la Corne de l’Afrique, la diplomatie qatarie s’est opportunément engouffrée dans l’espace subsaharien. À l’avant-garde des conquêtes qataries, Al-Jazira va commencer à émettre cette année en kiswahili dans l’Est africain. Le transporteur Qatar aison bénie pour le Airways, son porte-étendard micro-État du Golfe, le Printemps arabe lui qui dessert seize destinaa donné l’occasion de tions en Afrique, s’est posé renforcer son emprise diplomaen novembre 2011 à Entebbe tique du Caire à Nouakchott. (Ouganda). En 2012, après Al-Jazira, sa chaîne satellitaire, Kigali (Rwanda), Mombasa a été un puissant vecteur de (Kenya), Kilimandjaro et la contagion révolutionnaire. Zanzibar (Tanzanie) devraient Seul État arabe avec les Émirats suivre. Une pénétration qui prélude à d’importants arabes unis à avoir participé investissements, notamment aux opérations militaires contre dans les secteurs miniers et MouammarKaddafi,leQatarest agricoles. en bonne position pour devePlus éloignées de l’orbe nir un partenaire privilégié de qatari, l’Afrique de l’Ouest et la Libye nouvelle. En outre, si l’Afrique centrale suscitent l’émir, Hamad Ibn Khalifa Al l’intérêt croissant de Doha. Thani, a partout cherché à rester en bons termes avec les La multiplication des voyages régimes en place, il a su capid’affaires qataris dans la zone, comme en septembre 2011 au taliser sur l’avenir en laissant p Un Libyen priant derrière un portrait géant de l’émir Hamad Ibn Khalifa Al Thani, à Benghazi, en août 2011. la porte ouverte aux opposants. Gabon puis en octobre en Côte Proche des Frères musulmans d’Ivoire, annonce un déploieBank. Ces deux groupes, bien impland’Égypte et du mouvement islamiste ment imminent. Sans surprise, le ministre tunisienEnnahdha,lesgrandsvainqueurs sénégalais des Affaires étrangères est tés en Afrique subsaharienne, seraient venu début décembre souligner auprès des élections postrévolutionnaires, Doha susceptibles de devenir les têtes de pont des investissements qataris dans la zone. de l’émir « la nécessité pour le Qatar est devenu un contributeur majeur à la d’investir dans la réalisation de projets relance économique des deux pays en MÉDIATION. Le royaume chérifien a octroyant 375 millions d’euros d’aides gouvernementaux, ou [du] secteur privé. » été le terrain de la première victoire Enfin, l’émirat dispose d’une arme de au Caire comme à Tunis. diplomatique de l’émirat, qui, en 2004, Car l’influence qatarie, c’est aussi, et séduction massive sur le continent : le a négocié avec le Front Polisario la libésurtout, la puissance de l’argent : fort de sport et notamment le football. Al-Jazira ration de cent prisonniers son immense fortune gazière, l’émirat marocains. Une stratégie est un investisseur hyperactif. Dans la Fort de son immense fortune de médiation qui est deveseconde moitié des années 2000, Qatar gazière, l’émirat est nuesamarquedefabrique. Investment Authority (QIA), son fonds un investisseur hyperactif. En 2009, ses bons offices souverain, s’est invité sur les marchés permettent ainsi la signad’Afrique du Nord, notamment dans la ture, à Doha, de l’accord de normalisation téléphonie, avec des prises de participadiffuse les meilleurs matchs, et le Qatar entre le Soudan et le Tchad. En 2010, le tion dans Nedjma (Algérie) et Tunisiana attire de nombreux sportifs africains, (Tunisie), l’immobilier et le tourisme. Qatar intervient efficacement pour jugucomme Mamadou Niang, capitaine des ler l’escalade guerrière entre Djibouti et Au Maroc, Qatar National Bank (QNB) Lions sénégalais, qui a rejoint en sepl’Érythrée sur le territoire disputé de Ras devient un acteur incontournable du tembre le Al-Sadd Sports Club. En 2022, Doumeira. La même année, sa médiation secteur bancaire en obtenant, en janvier, les yeux de l’Afrique seront braqués sur unepartmajoritairedel’Unionmarocaine pourrésoudreleconflitauDarfouraboutit cette petite péninsule, premier pays des banques (UMB). Et il pourrait bientôt à la signature d’un accord entre Khartoum arabe à organiser la Coupe du monde et la rébellion, au succès toutefois limité. s’emparer de 15 % à 20 % d’Attijariwafa de football. l LAURENT DE SAINT PÉRIER

Soutien du Printemps arabe, le Qatar exerce une forte influence sur le nord du continent. Il cherche désormais à l’étendre au sud du Sahara.


Les principales activités conduites par axe d’orientation du Plan stratégique, peuvent être résumées comme suit :

LA BOAD Une banque régionale de référence mondiale sur le marché commun régional à l'horizon 2020

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a Banque Ouest Africaine de développement vient de tenir son 1er Conseil d’administration de l’année. Quelles sont les principales décisions qui en découlent.

Le jeudi 29 mars, en effet, a eu lieu à Abidjan le 1er Conseil d’Administration de la BOAD au titre de l’année 2012. Plusieurs dossiers étaient inscrits à l’ordre du jour notamment l’arrêté des comptes de l’exercice clos au 31 décembre 2011 et 13 dossiers de financements qui ont tous été approuvés par le Conseil. Le montant de ces nouveaux financements s’élève à un total de 128 699 M FCFA et porte à 2 108,699 M FCFA le montant global des financements de la Banque depuis l’origine pour 594 projets financés.

PUBLI-INFORMATION

M. ADOVELANDE, cela fait un peu plus d’un an que vous avez été nommé Président de la BOAD. Quel bilan faites-vous de cette première année passée à la tête de l’Institution sous-régionale ? Le bilan de cette année passée à la tête de l’institution régionale de référence de l’UEMOA qu’est la BOAD est plus que satisfaisant. En effet, en 2011, nous avons poursuivi la mise en œuvre du Plan Stratégique 2009-2013. Ainsi, conformément aux différentes orientations de ce Plan, la Banque a maintenu un niveau d’activités satisfaisant. Plus de 278 milliards FCFA de financements ont été octroyés pour soutenir 42 nouveaux projets d’investissement.

• dans le cadre de son ambition visant à se positionner comme un instrument stratégique des Etats, la Banque est notamment intervenue dans les domaines du développement agricole en soutenant six (6) projets pour un montant global de 43,4 milliards FCFA, celui de l’environnement par la mise en place d’une Initiative Christian Carbone, pour ADOVELANDE, Président accompagner les de la BOAD porteurs de projets éligibles au Mécanisme pour un Développement Propre (Protocole de Kyoto), ou au Fonds d’adaptation au changement climatique et des infrastructures par le financement de treize (13) projets totalisant 394,2 kilomètres de routes bitumées et 24 564 mètres linéaires de voies pavées pour un montant global de 94,9 milliards FCFA. Il convient de préciser que la BOAD, forte de la confiance de ses Etats membres, a été accréditée en mai 2011 comme Entité Régionale d’implémentation du Fonds d’Adaptation. • s’agissant du positionnement de la Banque comme partenaire des entreprises, leader régional dans les financements innovants, des prêts directs d’un montant global de 88,4 milliards FCFA soit environ 32% des approbations de l’exercice ont été octroyés, pour la réalisation de treize (13) projets relevant du secteur des télécommunications (10 milliards FCFA), de l’industrie (55,1 milliards FCFA), des infrastructures aéroportuaires (18,3 milliards FCFA), ou des services (5,0 milliards FCFA dans l’hôtellerie).


• concernant les services, au titre de l’activité d’arrangement de financements, la Banque a facilité, au bénéfice de ses mandants, la mobilisation de 44,1 milliards FCFA de ressources, qui ont servi à la réalisation de divers projets d’investissement. La Banque a par ailleurs garanti des opérations de levée de fonds (emprunts obligataires) pour un montant de 8 milliards FCFA. La Banque intervenant désormais sur des opérations de court terme, 43 milliards FCFA ont été octroyés dans ce cadre. Enfin, en matière de conseil financier, la Banque est intervenue en faveur d’entreprises privées, de même qu’au profit de certains Etats, pour des opérations telles que la restructuration / privatisation de sociétés, l’attribution de licence GSM, ou la réalisation d’infrastructures. Par ailleurs, afin de renforcer sa capacité de financement, la Banque a poursuivi diverses actions de coopération et de mobilisation de ressources auprès de ses partenaires, ainsi que ses interventions sur le marché régional des capitaux. Elle a procédé à la signature de trois (03) conventions de financement d’un montant total de 150 millions d’euros (environ 98,4 milliards FCFA). En outre, deux conventions de financement sont en cours de finalisation, pour des montants respectifs de 64 millions et 25 millions d’euros. Sur le marché régional de capitaux, la Banque a réalisé une émission de bons, qui a permis de mobiliser 50,5 84 réunion du Conseil milliards FCFA d’Administration portant ainsi le de la BOAD, montant des resle 29 mars sources mobilià Abidjan sées sur le marché intérieur régional à 451,7 milliards FCFA avec 22 émissions d’emprunts régionales.

Au cours de l’année 2011, la BOAD a également produit et publié ses premiers états financiers élaborés suivant les normes comptables internationales IAS/IFRS. La conformité des comptes aux cadres internationaux contribuera à un meilleur accès aux ressources extérieures, notamment celles du marché financier international. Voilà ainsi résumés les principaux résultats qui ont marqué l’activité de la BOAD au cours de l’année écoulée. Quelles sont les grandes priorités de la BOAD pour ces deux prochaines années qui vont clore votre Plan stratégique 2009-2013 ? Comme vous le savez, la BOAD s’est dotée d’un cadre de stratégie d’intervention pluriannuelle à travers l’élaboration de son Plan stratégique 20092013. Ce Plan relève d’une vision qui est de faire de la BOAD, à l’horizon 2020, «une banque de développement forte et de référence mondiale, dans le marché commun régional». A l’issue des trois premières années d’exécution du Plan stratégique, des acquis ont été rapidement enregistrés tant au plan des financements octroyés, que de celui de la mobilisation de ressources ou de l’alignement des procédures, et de la gouvernance.

En rapport aux objectifs assignés, les actions de la BOAD ont contribué au développement et à l’intégration économique de ses Etats membres. Pour les années à venir, nous continuerons de déployer les efforts, afin de consolider les fondements de l’institution et réaffirmer sa dimension régionale. Les activités de la BOAD s’inscriront dans une perspective de renforcement de son appui en faveur des Etats membres et du secteur privé. Il s’agira concrètement pour la Banque de renforcer ses interventions dans la promotion de l’énergie et du développement agricole. En outre, la Banque renforcera ses engagements en faveur de l’environnement, notamment dans les projets relevant du Mécanisme de développement propre et par la création d’un fonds carbone dans l’UEMOA. De même, l’institution assumera son rôle de leader régional des financements innovants à travers la promotion de ses produits nouveaux (financement à court terme, conseil financier, arrangement de financement). Enfin, une dynamisation de la stratégie de mobilisation de ressources sera recherchée et concernera aussi bien les ressources concessionnelles que celles de marché, en vue de permettre à la BOAD d’assurer sa mission de développement. ■

ème

B.P. : 1172 Lomé TOGO - Tél.: +228 22 21 59 06 / +228 22 21 42 44 - Fax : +228 22 21 52 67 / 22 21 72 69 - site web : www : www.boad.org - E-mail : boadsiege@boad.org


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Événements

Élections Faut-il craindre de nouvelles crises?

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annéeélectorale2012s’annoncechargée.Reste à savoir si elle sera aussi animée que 2011, marquée par un certain nombre de scrutins plus ou moins contestés. Certes, beaucoup d’entre eux se sont déroulés à la fois dans le calme et dans une relative transparence, du Cap-Vert aux Seychelles en passant par le Cameroun et la Zambie, où on a pu assister à une authentique alternance. Dans d’autres pays, comme le Bénin ou le Liberia, le verdict des urnes, s’il a finalement été accepté par le plus grand nombre, a déclenché des empoignades parfois musclées entre le pouvoir et l’opposition. Mais le débat a tout de même eu lieu, alors qu’à Djibouti ou au Tchad les présidents sortants ont été reconduits avec des scores staliniens, faute d’opposants acceptant de leur servir de faire-valoir. Enfin, certains États ont connu des élections calamiteuses, comme le Nigeria, où la victoire de Goodluck Jonathan a provoqué des émeutes dans le Nord, ou la RD Congo, qui a vu les élections du 28 novembre 2011 faire l’objet de graves irrégularités et de violences vivement dénoncées par la communauté internationale.

SANS HEURTS. L’année 2012 sera-t-elle plus sereine? Si l’électionsénégalaises’estconcluesansheurts–Abdoulaye Wade appelant son adversaire, Macky Sall, au soir du second tour pour le féliciter –, l’atmosphère qui prévalait lors de la campagne avait fait craindre le pire. Au Mali, où les jeux paraissaient plus ouverts, le chef de l’État sortant ne briguant pas sa propre succession, le putsch perpétré le 21 mars par les militaires du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE)aconduitàannulerlaprésidentielledu29avril. Parmi les échéances attendues, les élections qui se tiendront en Sierra Leone en novembre et au Ghana en décembre, deux pays ayant déjà fait preuve d’une certaine maturité lors du scrutin précédent. Le suspense sera plus vif au Kenya, où les élections générales doivent mettre un terme à cinq années de transition, alors que la dernière consultation, en décembre 2007, avait donné lieu à des violences ayant causé la mort de plusieurs centaines de personnes. On attend également en 2012 une présidentielle pour mettre un terme à la transition politique en cours à Madagascar. Enfin, en Angola, les législatives, qui doivent se tenir d’ici à la fin de l’année, devraient désigner le chef de l’État. En effet, selon la nouvelle Constitution, la tête de liste du parti victorieux deviendra président de la République. Autant dire qu’avec lesoutien duMouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis trente-trois ans cette année, part archifavori. À moins qu’il ne profite de l’occasion pour passer la main… ● ZOÉ SUAREZ JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

MALI Prévue le 29 avril 2012, annulée La présidentielle d’avril a été

annulée à la suite du putsch du 21 mars, mené par le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État. Une vingtaine de candidats s’étaient déclarés pour ce scrutin auquel ne se présentait pas le chef de l’État sortant, Amadou Toumani Touré.

SÉNÉGAL 25 mars 2012 L’ancien Premier ministre Macky Sall l’a finalement emporté contre Abdoulaye Wade, au terme d’une campagne tendue. La candidature du chef de l’État sortant à un troisième mandat suscitait de vives tensions, et sa validation par le Conseil constitutionnel, le 27 janvier, a provoqué des violences qui ont fait quatre morts.

SIERRA LEONE 17 novembre 2012 Élu président en 2007 sous la bannière du Congrès de tout le peuple (APC), Ernest Bai Koroma remet son fauteuil en jeu. Dix ans après de la fin de la guerre civile (1991-2002), qui a été l’une des plus sanglantes d’Afrique, le climat politique reste assez tendu.

CAPVERT

GUINÉE-BISSAU 18 mars et 22 avril 2012 L’élection anticipée organisée à la suite du décès, le 9 janvier à Paris, du chef de l’État, Malam Bacaï Sanhá, a ravivé les tensions entre civils et militaires. La GuinéeBissau est confrontée à des violences récurrentes suscitées par l’armée, et l’instabilité est accentuée par le trafic de drogue dans un pays devenu zone de transit entre l’Amérique du Sud et l’Europe.

GHANA 7 décembre 2012 Sous la bannière du Congrès national démo-

cratique (NDC), John Atta Mills est candidat à sa propre succession. Vice-président de Jerry Rawlings de 1997 à 2001, il a été battu en 2000 et 2004 par John Kufuor (du Nouveau Parti patriotique, NPP) avant de finalement l’emporter sur Nana Akufo-Addo (NPP) en 2008, lors d’un second tour très serré.

ANGOLA Décembre 2012? Le président dos Santos a annoncé des législatives pour la fin de 2012. Selon la nouvelle Constitution, la tête de liste du parti victorieux deviendra président de la République, sans recours au suffrage universel direct. Il choisira un vice-président qui sera chef du gouvernement. Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, au pouvoir) est favori.

ÉLECTIONS PRÉVUES EN 2012

■ PRÉSIDENTIELLES ■ AUTRES SCRUTINS

• LÉGISLATIVES L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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LIBYE

ÉGYPTE Juin 2012 Après les législatives (novembre 2011-janvier 2012), la présidentielle prévue en juin est la suite logique de la révolution de janvier et février 2011 et de la démission de Moubarak avant la fin de son mandat. Le Conseil suprême des forces armées, qui assure l’intérim, devrait alors passer la main à un civil.

TUNISIE

MAROC

LIBYE

ALGÉRIE

ÉGYPTE

Mer Rouge

MAURITANIE MALI GAMBIE GUINÉEBISSAU

SOUDAN

BURKINA

GUINÉE

SIERRA LEONE

TCHAD

NIGER

SÉNÉGAL

CÔTE D’IVOIRE

GHANA

BÉNIN

ÉRYTHRÉE DJIBOUTI

NIGERIA

TOGO

LIBERIA

CENTRAFRIQUE

CAMEROUN

SÃO TOMÉ E PRÍNCIPE

GUINÉE ÉQ.

OUGANDA

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

GABON CONGO

KENYA RWANDA BURUNDI

Océan Atlantique

SOMALIE

ÉTHIOPIE

SOUDAN DU SUD

SEYCHELLES TANZANIE COMORES

ANGOLA

MALAWI ZAMBIE

BOTSWANA

connue. Mais le 16 septembre 2011, lors de l’adoption de la feuille de route destinée à planifier la fin de la transition, le chef de l’État, Andry Rajoelina, a annoncé l’organisation en 2012 d’élections générales destinées à clore ce processus. Il sera lui-même candidat à la présidence de la République. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

MOZAMBIQUE SW.

MADAGASCAR Décembre 2012? La date de la présidentielle n’est pas encore

MADAGASCAR

ZIMBABWE

NAMIBIE

AFRIQUE DU SUD

Océan Indien

KENYA LES. Prévue en août 2012, repoussée à mars 2013 La prési-

dentielle de mars 2013 mettra fin au consensus institué entre les deux finalistes de 2007, le président, Mwai Kibaki, et le Premier ministre, Raila Odinga. Il y a cinq ans, les violences électorales avaient fait quelque 1 300 morts et plus de 300 000 déplacés.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉVÉNEMENTS

Juin 2012 Le calendrier fixé par le Conseil national de transition (CNT) doit débuter en juin avec un scrutin destiné à former une Assemblée constituante. Une fois les travaux de celle-ci achevés, des élections générales, à la fois parlementaires et présidentielle, seront organisées d’ici au mois de juin 2013. La loi électorale a été adoptée le 28 janvier. Les Frères musulmans constituent l’unique groupe politique structuré jugé capable d’obtenir la majorité des 200 sièges.


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Événements EN VÉRITÉ

Opinions & éditoriaux Christophe Boisbouvier

Quelle langue parle la démocratie?

L

ES AFRICAINS ANGLOPHONES sont-ils plus libres que les francophones ? « Le Nigeria est peut-être moins démocratique que le Bénin. Et ne parlons pas de la Gambie ni de l’Ouganda… », tempère l’universitaire nigérianTundé Fatundé. Mais, au-delà des cas particuliers, il y a une évidence : entre la Grande-Bretagne et les pays issus de son ancien empire, il n’existe pas de pacte néocolonial sur le modèle de la Françafrique. « Les Français sont restés collés à leurs anciennes colonies ; ils ne nous ont pas laissés grandir », lâche l’opposant togolais Jean-Pierre Fabre. Houphouët, Eyadéma, Bongo… « La liste est longue des chefs d’État francophones à qui Paris a offert une protection militaire et une garantie de change, par le biais du franc CFA, souligne l’éditorialiste Jean-Baptiste Placca. Résultat : dans de nombreux pays francophones, il n’y a pas de culture de l’alternance. »

AuTogo et au Gabon, l’opposition a même quasiment disparu de l’Assemblée nationale. La neutralité de l’État est une autre spécificité anglophone. Au Nigeria, la carrière des fonctionnaires est gérée par un organe indépendant, la Public Service Commission. Dans le Cameroun anglophone, les agents de l’État ont été protégés par une commission similaire… jusqu’à l’abolition du système fédéral. « Depuis 1972, tous les fonctionnaires camerounais sont dans la main du parti au pouvoir, le RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais, NDLR] », déplore l’opposant Bernard Muna. Un jour de 1987, Paul Biya a lancé au journaliste

Dans la plupart des pays francophones du continent, les assemblées ne sont que des chambres d’enregistrement.

Les scrutins sont-ils plus transparents chez les anglophones ? Non. Il suffit d’écouter les observateurs de l’Union européenne qui ont couvert les élections générales de 2007 au Nigeria : « Urnes volées, bulletins cochés à l’avance, comptage absolument opaque… Ce sont les pires élections auxquelles nous ayons jamais assisté », disent-ils. Cependant, l’histoire montre qu’un chef d’État nigérian, même putschiste, ne reste jamais longtemps au pouvoir. En 2007, quand Olusegun Obasanjo a tenté de faire modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat, il a échoué. « Chez nous, c’est comme chez les Anglais : pas besoin de Cour constitutionnelle, s’amuse le professeur Tundé Fatundé. C’est le Sénat qui a fait plier Obasanjo. » L’équilibre des pouvoirs… Tout est là. Au Ghana comme au Nigeria, toute l’autorité n’est pas concentrée dans les mains du président. Les assemblées ont une réelle autonomie. Dans la République fédérale du Nigeria, les gouverneurs – élus – contrôlent des pans entiers de l’administration et sont de vraies puissances locales. La preuve : la lutte pour ces postes est aussi acharnée que celle pour le fauteuil de président. À l’inverse, dans la plupart des pays francophones, les assemblées ne sont que des chambres d’enregistrement, et le pouvoir est fortement centralisé. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

qui l’interviewait pour Cameroon Television (CTV) : « En ce qui concerne les emplois dits supérieurs [du secteur public], ils sont essentiellement révocables. […] C’est-à-dire, M. Chinje, que je peux opiner de la tête, et vous n’êtes plus rédacteur en chef de CTV. Je n’ai pas à expliquer quoi que ce soit à ce sujet. » Commentaire de Bernard Muna : « Dans les années 1990, le Cameroun et le Gabon ont échappé aux conférences nationales. Aujourd’hui, les anciens partis uniques y sont toujours au pouvoir. Et les fonctionnaires restent aux ordres. » Last but not least, dans plusieurs pays anglophones, les acteurs de la société civile occupent de véritables positions de pouvoir. Au Nigeria, Nuhu Ribadu, l’ancien responsable de la lutte anticorruption, a défié Goodluck Jonathan à la présidentielle de 2011, tandis que l’homme d’affaires Fola Adeola est devenu un agitateur d’idées très courtisé (il fait partie de la Commission pour l’Afrique deTony Blair, de l’Institut Aspen, etc.). Et tandis que dans le monde francophone la plupart des groupes de presse sont fragiles et très exposés à la corruption, au Nigeria, les groupes Guardian, Punch et Vanguard s’appuient sur des tycoons du pétrole ou de l’immobilier pour résister aux pressions du régime. Bref : au jour le jour, la démocratie se vit mieux dans la langue de Shakespeare. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Événements

Insécurité L’Afrique de l’Ouest terrorisée

Faut-il payer les rançons ? De nombreux pays s’y refusent: c’est le cas de ceux où opère Aqmi (Algérie, Mali, Mauritanie, Niger), des États-Unis et du RoyaumeUni. Le Conseil de sécurité des Nations Enlèvements, attentats… Al-Qaïda au Maghreb islamique et la unies a également pris position contre cette pratique. Mais plusieurs États, dont secte nigériane Boko Haram font des émules dans la sous-région. la France, sont plus ambigus. « Accepter Où les États se montrent incapables de contrôler leur territoire. de payer, c’est favoriser la surenchère, estime un responsable des renseigneu rythme où vont les choses, personnes enlevées et détenues par Aqmi ments maliens. Et pas seulement au les coupeurs de route pasentre 2003 et 2012, pour un montant total niveau des rançons. Cela pourrait donner seront bientôt pour de des rançons qui oscille, selon les sources, des idées à d’autres groupes. » On parle simples amateurs en Afrique entre 50 millions et 180 millions d’euros. d’ores et déjà d’une internationalisation de l’Ouest. En 2012, des eaux du golfe Comme en Somalie, où le « tarif » pour des enlèvements. de Guinée jusqu’aux dunes du Sahara, obtenir la libération des marins capturés Un rapport des Nations unies consal’insécurité est devenue un problème par les pirates a explosé ces dernières cré à la sécurité dans le Sahel, publié majeur. Désormais, dans cette zone infesen janvier 2012, constate en effet « une années, on assiste à une surenchère. tée par les groupes terroristes, les pirates prolifération de groupes terroristes dans En neuf ans, le montant des rançons a et les trafiquants, il n’est plus seulement considérablement augmenté. Selon un la région ». En décembre 2011, un nouquestion de vols à main armée, mais rapport parlementaire français consacré à veau mouvement djihadiste a vu le jour. d’attentats, d’enlèvements, de rançons et « la situation sécuritaire dans les pays de Baptisé Mouvement Unicité et Jihad en parfois d’exécutions. Rares sont les États la zone sahélienne », publié au début de Afrique de l’Ouest (Mujao), et comde cette région à y échapper. 2012, « le prix d’une libération serait poséessentiellementdeMaliens posé essentiellement de Maliens Principaux protagonistes : les djihaaujourd’hui de l’ordre de 2,5 milet de Mauritaniens, ce groupe distes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique lions d’euros par personne ». a revendiqué l’enlèvement des ressources (Aqmi). En quelques années, ce moude trois Européens à du groupe vement terroriste qui a pris le relais du PAYER OU PAS. Cette indusTindouf en octobre 2011, djihadiste Groupe salafiste pour la prédication et le pour la libération desquels trie représenterait près de proviendraient combat (GSPC) et a étendu ses tentacules 90 % des ressources d’Aqmi. Le il réclamerait la somme de des rançons bien au-delà de l’Algérie, a mis sur pied reste proviendrait de donations 30 millions d’euros. une véritable industrie de l’enlèvement. et des droits de passage accorPlus au sud, au Nigeria, c’est la secte Boko Haram qui inquiète. Celle-ci dés aux trafiquants qui transitent dans La première prise d’otages remonte à les zones contrôlées par les différentes n’avait pas encore procédé à des enlève2003. Ce qui était encore le GSPC avait enlevé une trentaine d’Européens en branches du groupe terroriste. Ce mode ments début 2012, mais ses accointances Algérie et en avait séquestré certains au de financement propre à Aqmi (les autres avec Aqmi laissent penser que ce n’est Mali. L’Allemagne avait payé une somme branches d’Al-Qaïda ne pratiquent pas qu’une question de temps. Un rapport estimée à 5 millions d’euros pour obtela prise d’otages) lui permet d’acquérir de l’ONU de janvier 2012 relève « des nir la libération de ses ressortissants. des armes sophistiquées et surtout liens » entre les deux groupes islamistes Depuis, les rapts se multiplient. de recruter des combattants et et constate qu’en 2011 des membres de « Les groupes armés pullulent des informateurs dans une Boko Haram auraient été formés dans dans cette zone. Ils savent que région extrêmement pauvre. les camps d’Aqmi. La Mauritanie, le personnes s’ils livrent des Occidentaux à Les conséquences pour les Mali, le Niger et l’Algérie parlent, eux, enlevées par Aqmi, ils toucheront le jackde « connexions avérées » entre les deux pays ciblés – en premier lieu Aqmi entre pot », indique un agent des la Mauritanie, le Mali et le entités.«En2010déjà,Aqmiavaitproposé 2003 et 2012 renseignementsdel’undespays Niger – sont redoutables redoutables:: il n’y son aide au groupe nigérian pour lutter de la région. aaplusdetouristesetpresqueplus plus de touristes et presque plus contre les chrétiens, rappelle le Français de coopérants ni d’humanitaires Éric Denécé, spécialiste du renseigneL’Organisation des Nations occidentaux. ment et du terrorisme. Toutefois, Boko unies (ONU) estime à 53 le nombre de

A

90 %

53

TRAFICS EN TOUT GENRE LE SAHEL EST DEVENU ces dernières années un espace privilégié pour le transit de stupéfiants (mais aussi de tabac – trafic plus ancien –, de médicaments et d’êtres humains). Le circuit est connu : en provenance d’Amérique latine, les cargaisons de drogue (pouvant atteindre plusieurs tonnes) arrivent par voie aérienne en Guinée-Bissau, au Cap-Vert, en Guinée ou au Mali, puis sont en partie acheminées à travers le Sahel et le Sahara JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

jusqu’au Maghreb, en direction de l’Europe. Le directeur exécutif de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) indiquait en 2011 que, désormais, « deux flux de drogues illicites – l’héroïne dans l’est de l’Afrique et la cocaïne dans l’Ouest – se rejoignent au Sahara en empruntant de nouveaux itinéraires à travers leTchad, le Niger et le Mali ». Il ajoutait que ces trafics R.C. financent en partie les organisations terroristes. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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AL ANDALUS/SIPA

ÉVÉNEMENTS

p FIn avril 2011, Aqmi rend publique une vidéo des quAtre otAges frAnçAis enlevés à Arlit (Niger), le 16 septembre 2010.

Haram ne semble en être qu’aux prémices d’une collaboration avec Aqmi. » La secte se contentait, jusqu’au début de l’année 2012, de semer la terreur au Nigeria. Les attentats qui lui sont attribués contre des églises, des gares ou des hôtels se sont multipliés en 2011 (plus d’une centaine, contre une dizaine en 2010). Celui du 26 août contre les bureaux de l’ONU à Abuja ne fut pas le plus meurtrier (18 tués), mais il a marqué les esprits : pour la première fois, Boko Haram s’en prenait à une cible étrangère. Le signe, pour certains, que ce groupe tend vers une internationalisation de ses actions. En septembre 2011, le commandant des opérations militaires américaines en Afrique, le général Ham, a lui aussi émis l’hypothèse d’un rapprochement entre Aqmi, Boko Haram et même les milices islamistessomaliennes.Lanaissanced’un arc terroriste qui irait de la Mauritanie au Nigeria et se prolongerait jusqu’à la Corne de l’Afrique provoque des cauchemars, au sein des agences de renseignements L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

occidentales, mais aussi au niveau des autorités africaines, incapables, pour l’heure, de faire respecter leur souveraineté dans les zones concernées.

de rançons pour les otages, mais ils pillent et cherchent à monnayer la libération du navire et de sa cargaison. Ils opèrent relativement près des côtes, au large principalement du Bénin, du Nigeria et du CARGAISONS. Mêmeleseauxdelarégion Togo, et semblent moins bien organisés sont désormais en partie hors de contrôle. que leurs homologues somaliens. Mais Dans un rapport publié en février 2012, le phénomène est jugé inquiétant dans l’ONU s’inquiète de la recrudescence cette zone qui produit 5 millions de barils des actes de piraterie dans le golfe de de pétrole par jour et où les États sont grandement tributaires de l’activité maritime. Selon l’ONU, le golfe de Guinée Pour contrer ce nouveau est devenu « le deuxième grand fléau, l’ONU préconise une foyer de piraterie » du continent. meilleure collaboration entre les différents États Guinée. Depuis 2010, ils sont « en forte concernés et l’élaboration d’une straprogression », faisant de cette région tégie commune. Mais comme pour la « le deuxième grand foyer de piraterie lutte contre Aqmi, la mise en place d’un que connaît le continent ». En 2011, une front commun risque de prendre des soixantaine d’attaques ont été recensées, années. En attendant, les armes, de la contre 45 en 2010, et à peine plus de 10 les simple mitraillette jusqu’au missile solannées précédentes. air, prolifèrent dans la région depuis la Onnepeutpasencoreparlerde«somachute du régime de Kaddafi en Libye. l lisation ». Ici, les pirates ne réclament pas RÉMI CARAYOL JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30


événements

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Frederic Noy/cosmos

t Devant l’aéroport De n’Djamena. Le dispositif Épervier est déployé au Tchad depuis 1986.

défense paris part sur de nouvelles bases

Moins d’hommes, moins d’implantations permanentes, plus de coopération : l’armée française se réorganise sur le continent. Le début d’une nouvelle ère ?

I

l y a comme un vide à Dakar depuis le mois de juillet 2011. En quelques jours seulement, l’effectif des troupes françaises présentes depuis des décennies a été divisé par trois. Sur les 1 200 militaires stationnés au Sénégal, 800 sont partis. Ceux qui restent n’appartiennent plus aux Forces françaises du Cap-Vert (FFCV), dont l’acte de décès, après trente-sept années d’existence, a été signé le 1er août 2011, mais aux Éléments français au Sénégal (EFS), une force allégée en effectifs et en missions. Cette entité, qui dispose de moyens aériens, maritimes et terrestres, « a pour principale vocation la coopération régionale », indique l’état-major. Elle assurera la formation des contingents africains mis à disposition des opérations de maintien de l’ordre et poursuivra sa coopération avec le Sénégal, notamment en matière desauvetageenmer.Cependant,admetle ministère français de la Défense, les EFS disposent encore de la capacité « d’accueillir, de soutenir, voire de commander une force projetée » et s’inscrivent « dans une posture de prévention ». L’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade a tenté de s’attribuer la paternité de ce départ. Mais c’est bien Paris qui a pris la décision. « Elle répond à une réorganisation générale de l’armée, en France, dans le monde, et donc en Afrique », indique jeune afrique hors-série n o 30

un officier basé à Dakar. D’ailleurs, au moment même où 800 soldats français quittaient le Sénégal, ils étaient presque autant, à Djibouti, à prendre l’avion pour Abou Dhabi. Forte de 740 hommes, la légendaire 13e demi-brigade de la Légion étrangère a définitivement quitté le petit État d’Afrique de l’Est fin juin 2011, après quarante-neuf ans de présence. dIsparaître. Promise depuis plusieurs

années, la métamorphose de la présence militaire de l’ancienne puissance coloniale sur le continent, symbole de la Françafrique, a franchi une étape supplémentaire en 2011. Bientôt, ce sera au tour de la force Licorne, présente en Côte d’Ivoire depuis 2002, d’entamer sa cure d’amaigrissement. Ses effectifs sont montés jusqu’à 1 700 hommes au plus

fort de la crise postélectorale, au début de 2011, avant d’être ramenés à 450. Au ministère de la Défense, on rappelle que cette force provisoire « a vocation à disparaître ». Même le dispositif Épervier (un millier d’hommes), déployé au Tchad depuis 1986, est menacé. En 1960, l’armée française comptait 30 000 hommes en Afrique ; en 1980, 15000.Aujourd’hui,ilssontàpeineplusde 5000. Paris ne compte plus que trois bases permanentes sur le continent: outre les EFS à Dakar, il y a les Forces françaises stationnées à Djibouti (FFDJ, 2000 hommes) et les Forces françaises au Gabon (FFG, 1 000 hommes). D’autres troupes sont engagées dans des opérations provisoires, enCôted’IvoireetauTchad,ainsiquedans le golfe de Guinée (opération Corymbe, 150 militaires), en Centrafrique (opération Boali, 240 militaires) et dans le golfe d’Aden (lutte contre la piraterie, 220 militaires). La France compte également des forces en Mauritanie, au Burkina Faso et au Niger, dans le cadre de la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), mais leur présence est aussi discrète que floue d’un point de vue juridique. Peut-on parler d’un désengagement ? À Paris, on préfère le terme de réorganisation. Aucune zone d’influence n’est abandonnée:lesEFScouvrentl’Afriquede l’Ouest,lesFFGl’Afriquecentrale,lesFFDJ l’Afrique de l’Est, et en Afrique australe la France compte sur les Forces armées de la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI), basées à La Réunion et à Mayotte. Pour les spécialistes, il s’agit cependant bien d’une rupture, qui remonte au 28 février 2008 et au discours prononcé par Nicolas Sarkozy auCap(AfriqueduSud).Cejour-là,leprésident français déclare que la France « n’a pas vocation à maintenir indéfiniment

recamp s’éLargIt Créé en 1996 par la FranCe, le concept de « renforcement des capacités africaines de maintien de la paix » (recamp) symbolise son désengagement progressif de l’afrique, du moins en termes financiers. Conçu pour aider les états africains à prendre en main leur propre sécurité, il fut dans un premier temps une exclusivité française. aujourd’hui placé sous l’égide des nations unies, ce programme s’est européanisé (son nom a d’ailleurs été transformé en « eurorecamp » en 2008). Cette évolution permet à paris de limiter les dépenses en mutualisant les moyens, mais aussi de dépolitiser ses interventions sur le continent. les observateurs notent toutefois que la r.c. France en constitue encore l’ossature et le principal intervenant. l l’état de l’afrique • 2012


des forces armées en Afrique » et que le continent « doit prendre en charge ses problèmes de sécurité ».

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moyens aériens. Cettenouvelle donne

« la menace a changé de visage. Plus besoin de troupes nombreuses, mais de renseignements efficaces. » un offiCier français

une sur la façade orientale [Djibouti], un ou deux points d’appui dans le golfe Arabo-Persique [Abou Dhabi] et un dans l’océan Indien [La Réunion, une île française] », détaille le Livre blanc – et de « renouveler les bases juridiques » de la présence française. De fait, la plupart des accords de défense bilatéraux qui liaient Paris à huit de ses ex-colonies depuis les indépendances ont été révisés. Le nouveau credo aujourd’hui, c’est la coopération, assure Paris. Désormais, l’armée française a pour principal objectif de former les cadres des armées nationales et, surtout, d’aider à la création d’une force d’intervention continentale,laForceafricaineenattente(FAA), dans le cadre du programme Recamp (lire encadré). Pour ce faire, Nicolas Sarkozy s’est engagé à débloquer 300 millions d’euros entre 2010 et 2012. En 2011, la France a formé près de 15 000 militaires issusde31paysd’Afriquesubsaharienne. l rémi Carayol l’état de l’afrique • 2012

jeune afrique hors-série n o 30

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a été définie dans le Livre blanc sur la sécurité et la défense publié en 2008, qui précise que « la France procédera à la conversion progressive de ses implantations anciennes » sur le continent, tout en soulignant qu’elle ne peut s’en désintéresser. « La menace a changé de visage, souligne un officier français. Notre préoccupation n’est plus de soutenir des régimes et de contrer des coups d’État. Notre préoccupation aujourd’hui, ce sont les trafics internationaux et les groupes terroristes. Or, pour cela, nous n’avons plus besoin de troupes nombreuses, mais de renseignements efficaces. » Et d’ajouter: « Aujourd’hui, les moyens aériens de projection permettent de se passer des bases à terre coûteuses financièrement et politiquement. » Pas question, pour autant, de se retirer. Il s’agit plutôt de concentrer les moyens – « notre dispositif devra comprendre, à terme, une présence sur la façade atlantique du continent [Libreville, NDLR],

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Événements

TRIBUNE

Opin Opinions Opinion & éditoriaux

La musique congolaise sous embargo

D ALAIN MABANCKOU Écrivain franco-congolais

EPUIS PLUS D’UN AN, les musiciens de la RD Congo sont confrontés à une vague de contestation qui a gagné en intensité depuis la réélection à la présidence de Joseph Kabila, le 28 novembre 2011. Le mouvement est mené par des membres de la diaspora congolaise qui s’appellent eux-mêmes les « combattants » et qui sont bien décidés à se faire entendre des autorités du pays en empêchant tout artiste taxé d’allégeance au pouvoir de se produire sur une scène à l’étranger. Une liste noire circule sur le Net: PapaWemba, Koffi Olomidé, Werrason, Tshala Muana, JB Mpiana, Simaro Lutumba, le groupe Zaïko Langa Langa, Reddy Amisi, Bozi Boziana, Meje 30, Le Karmapa, Félix Wazekwa… Il est reproché à ces musiciens soit d’être « ni pour ni contre », soit, plus grave, d’avoir soutenu Joseph Kabila pendant la campagne présidentielle, comme l’a fait Koffi Olomidé dans Koffi chante Kabila.

Parmi les têtes d’affiche des « combattants », on trouve notamment le charismatique Odon Mbo. Hostile à toute compromission, il a même lancé un appel à « bien frapper » les « collabos » qui oseraient se produire ailleurs qu’en RD Congo. L’« intello » Rex Kazadi représente, lui, une génération de jeunes intégrés en France, mais qui suivent de près l’évolution de leur pays d’origine. Quant à Richard Lumumba et à FrançoisYambuya, ils prônent une ouverture perçue par d’autres membres du mouvement comme une capitulation ou une volonté de « manger » avec les dignitaires congolais. Des dissensions apparaissent donc sur le sens à donner à une lutte qui, au départ, refusait toute légitimité à Joseph Kabila au profit du candidat de l’opposition ÉtienneTshisekedi. Compte tenu des irrégularités constatées par des observateurs locaux et internationaux pendant l’élection présidentielle de novembre, Tshisekedi s’est proclamé président et a prêté serment à son domicile. Aux yeux de certains « combattants », il est le véritable élu du peuple. Les musiciens figurant sur la liste noire voient systématiquement leurs concerts à l’étranger envahis par les militants. Le 19 février 2011, Papa Wemba etWerrason n’ont pu se produire à Paris.

Deux semaines plus tard, le même Werrason a dû annuler un show prévu à Bruxelles ; puis, en juin, un autre programmé à Montréal. Fally Ipupa, la nouvelle star congolaise, a été contraint d’annuler un spectacle à Lyon. Du coup, les musiciens n’ont jamais été si nombreux à Kinshasa, seul lieu où ils peuvent se produire, les « combattants » soutenant mordicus que leur lutte durera jusqu’à la « libération totale » du pays. Ce blocage montre les relations incestueuses qu’entretiennent la musique et la politique en RD Congo, les artistes se transformant le plus souvent en griots du pouvoir. Aujourd’hui, il devient difficile de trouver un album qui accorde la priorité à la musique. Chaque titre n’est plutôt qu’un catalogue de noms de dignitaires du régime ou de « bienfaiteurs » locaux qui, en échange de liasses de billets, s’offrent une promotion personnelle. La rumba congolaise, qui, jadis, puisait son inspiration dans la vie quotidienne du peuple, est devenue un instrument qu’utilisent avec délectation les hommes politiques pour asseoir leur popularité.

Papa Wemba, Koffi Olomidé, Werrason… Une liste noire d’artistes taxés d’allégeance à Kabila circule sur le Net.

Le Sanglot de l’homme noir, éditions Fayard, 184 pages, 15 euros JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

Toujours est-il que l’embargo imposé par les « combattants » affecte l’influence et le rayonnement de la musique congolaise à l’étranger. Une musique qui se trouve de ce fait en perte de vitesse et qui souffre d’un manque de repères par rapport à la création du reste du continent noir. La maturité des artistes congolais est remise en question: est-on encore vraiment un créateur lorsqu’on n’est plus que la caisse de résonance d’un régime politique ? Franco Luambo et bien d’autres grands avaient certes chanté les louanges de Mobutu. Mais c’était le temps des partis uniques et donc de l’idéologie imposée, le mobutisme. Pour être équitable, de même qu’il est opportun de condamner le musicien qui « mange » avec le pouvoir en place, il faut rappeler que celui qui tresse aveuglément des lauriers à l’opposition n’est pas à l’abri de la critique. Parce que tous deux, forcément, tirent l’art vers le bas. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Événements

Justice Quel avenir pour la CPI? En mars 2012, la Cour pénale internationale a rendu son premier verdict. Une victoire pour l’institution, critiquée pour sa lenteur, accusée de partialité et suspectée de racisme.

L

e 18 juin 2012, la Gambienne Fatou Bensouda (lire p. 43) devrait occuper le banc de l’accusation lors de l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo, soupçonné d’avoir été le coauteur de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité durant la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. La nouvelle procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI) étrennera ses galons à cette occasion. L’ancienne adjointe de l’Argentin Luis Moreno-Ocampo deviendra ainsi la principale cible des opposants à une justice internationale accusée d’être lente et partiale. Dix ans après sa création, en 2002, la CPI est sous le feu des critiques. Elle a joué un rôle essentiel en enquêtant sur les atrocités perpétrées en Ouganda, en Centrafrique, en RD Congo, au Soudan, et plus récemment au Kenya, en Libye et en Côte d’Ivoire. Cependant, elle cherche encore sa légitimité. Elle n’est en effet parvenue à boucler qu’un seul procès, au grand dam des victimes et de la douzaine de pays qui l’ont financée à hauteur de 1 milliard de dollars (753 millions d’euros). Ce pre-

POOL NEW/REUTERS

42

p Laurent GbaGbo lors de sa comparution initiale, le 5 décembre 2011.

coupable de crimes de guerre pour avoir enrôlé des enfants. Les autres affaires sont en cours d’instruction ou au stade préliminaire. Le procureur Moreno-Ocampo souhaitait une justice internationale plus rapide que celle entrevue dans les tribunaux spéciaux pour l’ex-Yougoslavie ou le Rwanda, mais il s’est heurté à la nécessité de construire tout d’abord l’institution. Lors de son installation, en juin 2003, ses premières tâches ont été de mettre en place un bureau et de recruter des spécialistes du droit international. Ses équipes ont également élaboré une série de documents, dont des manuels de procédures pour les enquêtes et les poursuites. On reproche également à la CPI d’avoir cherché à coincer de gros poissons comme le président soudanais, Omar el-Béchir, le leader de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony, ou encore Seif elIslam Kaddafi, compliElle compliquerait la résolution des crises en s’attaquant aux gros quant ainsi la résolution des crises. D’autres respoissons, comme Omar el-Béchir. ponsables, moins médiatiques, sont passés entre les mailles de ses filets. mier procès, contre Thomas Lubanga, Dans le cas de la Centrafrique ou fondateur de l’Union des patriotes de la Côte d’Ivoire, on accuse la CPI congolais (UPC) et de sa branche armée, d’orchestrer une justice des vainqueurs les Forces patriotiques pour la libéraen ne poursuivant pas le camp au poution du Congo (FPLC), s’est achevé le voir. L’arrestation du Congolais Jean14 mars 2012, plus de trois ans après Pierre Bemba, après l’élection de Joseph son ouverture. Lubanga a été reconnu JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

Kabila, a fait couler beaucoup d’encre. Certains y ont vu la volonté d’écarter une menace pour le nouveau président dans un pays en proie à une instabilité chronique. DISCRIMINATION. Mais l’accusation

la plus virulente à l’égard de la CPI est celle d’être une Cour « raciste » à la solde de l’Occident pour juger les « méchants Noirs ». « Les vingt-sept mandats d’arrêt et citations à comparaître délivrés jusqu’ici concernent exclusivement des Africains. Il faut saisir les opportunités pour qu’il en soit autrement et que la Cour exerce un contre-pouvoir sans soupçon de discrimination », expliquait récemment Survie, qui s’est mobilisée pour la création de la CPI. L’ONG française plaide même pour que, dans le cas de la Côte d’Ivoire, les exactions commises par l’armée française en novembre 2004 fassent l’objet d’une enquête. Le 16 janvier, intervenant à la séance d’ouverture du Parlement panafricain à Addis-Abeba, en Éthiopie, l’ancien président du Ghana et actuel émissaire de l’Union africaine pour la Somalie, Jerry Rawlings, a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « C’est simplement humiliant qu’au XXIe siècle notre continent voie certains de ses dirigeants traqués par La Haye comme des agneaux qui vont à l’abattoir, alors que nous sommes censés avoir la capacité l l l L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


43

CONFIDENCES DE

ÉVÉNEMENTS

Fatou Bensouda « Il faut protéger les victimes africaines » Nouvelle procureure générale de la Cour pénale internationale

JEUNE AFRIQUE: Quels sont les principaux défis auxquels la Cour pénale internationale (CPI) est confrontée? FATOU BENSOUDA: Beaucoup de chemin a été parcouru depuis sa création, en 2002. Nous avons créé une vraie institution et accompli notre mandat au-delà de toute espérance. La CPI est aujourd’hui un acteur de premier plan, mais nous devons rester vigilants. Les États qui reconnaissent notre compétence doivent exécuter nos décisions. Certains ne jouent pas le jeu et ignorent les mandats d’arrêt internationaux. Si cette pratique devait se généraliser, la Cour risquerait de se retrouver sans aucun criminel à juger. N’est-ce pas le cas avec Omar el-Béchir, le président soudanais, reçu dans nombre de pays africains alors qu’un mandat d’arrêt existe contre lui? Il s’est rendu au Kenya, auTchad et à Djibouti. Certains pays se montrent plus attentifs à des considérations de politique régionale qu’au respect des lois internationales qu’ils ont recon-

WIEBE KIESTRA POUR J.A.

L’ancienne ministre gambienne de la Justice succédera en juin à Luis Moreno-Ocampo.

p Procureure adjointe depuis 2004, elle dirige la division des poursuites

internationales.

encline à poursuivre les auteurs de crimes, je n’aurais pas brigué ce poste.

le faire pour eux quand ils n’en ont pas la possibilité.

La CPI est suspectée d’être une institution raciste à la solde des Occidentaux. Qu’en pensez-vous? C’est un débat lamentable. Un nombre important de pays africains a contribué à notre création. Le continent compte le plus grand nombre de pays ayant ratifié notre statut. L’Ouganda, la Centrafrique et la

Verra-t-on un jour devant la CPI des accusés palestiniens ou appartenant à l’armée israélienne? La CPI suit déjà, même si ce n’est pas connu, les crimes commis sur tous les autres continents. Mais nous ne pouvons intervenir qu’à la demande des États ou du Conseil de sécurité. Israël n’a pas ratifié nos statuts. L’Autorité palestinienne non plus, même si ses dirigeants ont reconnu notre compétence. Il y a donc des obstacles juridiques à lever.

Certains États ne jouent pas le jeu et ignorent les mandats d’arrêt. nues. Chaque fois qu’ils ne respectent pas leurs obligations, nous avertissons le Conseil de sécurité de l’ONU. Certains dirigeants semblent penser que vous pourriez vous montrer plus indulgente pour les crimes commis par des Africains… Je serai une procureure impartiale et ceux qui en doutent se trompent lourdement. Ces propos me choquent profondément. C’est de la discrimination. Si j’étais influençable ou peu L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

RD Congo ont été les premiers à nous demander d’intervenir. Concernant le Soudan et la Libye, pour lesquels nous avons été sollicités par l’ONU, les ambassadeurs africains ont tous demandé notre intervention lors du vote au Conseil de sécurité. Qu’en conclure ? Que les Africains sont les leaders en matière de justice criminelle internationale. Les victimes sont très souvent africaines, et il faut les protéger. Les États ont le devoir de le faire. Nous pouvons les y aider, ou

De quelle CPI rêvez-vous dans dix ans, à la fin de votre mandat? D’une CPI libre d’exercer son mandat. Nous prouverons qu’elle peut rendre une justice indépendante, utile pour la paix et la stabilité du monde. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Notre institution va continuer d’opérer dans un environnement politique délicat, et les attaques ne vont pas s’arrêter. l Propos recueillis à La Haye par PASCAL AIRAULT JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30


Événements

44

de nous juger nous-mêmes. » Une attaque avant tout destinée à ses pairs africains. La vocation de la CPI n’est en effet pas de se substituer aux justices nationales. Dans la quasi-totalité des affaires qu’elle traite, elle a fait l’objet d’une saisine du Conseil de sécurité ou d’une demande des États membres (33 pays africains ont ratifié le statut de Rome portant création de la Cour, ce qui est le plus important contingent par continent). Elle ne s’est autosaisie (sur demande du procureur) que dans le cas du Kenya et de la Côte d’Ivoire. Et si elle fait couler tant d’encre, la CPI le doit aussi à son succès. En dix ans, elle est intervenue sur la plupart des crises et elle est aujourd’hui un acteur de la justice avec lequel il faut compter. Ses régulières mises en garde ont eu le mérite de mettre les acteurs politiques du continent devant leurs lll

responsabilités. Sans elle, les violences auraient certainement été plus importantes en Guinée et en RD Congo. Face à l’avalanche des critiques, la Cour affiche de plus en plus de transparence et communique sur toutes

d’importants défis à relever : conclure les procès en cours, convaincre les gouvernements d’exécuter les mandats d’arrêt émis par la CPI, conduire des enquêtes impartiales et apolitiques dans des pays difficiles, étendre la zone d’intervention à d’autres continents… Il lui faudra Avec son style impétueux, aussi recruter des juristes le procureur Moreno-Ocampo a africains et améliorer les cristallisé beaucoup de rancœurs. relations avec les autres organes de la Cour, ses actions. Les 120 États membres comme le greffe. « Je serai le procuont également choisi une nouvelle reur de tous les États membres d’une procureure générale africaine, Fatou manière indépendante et impartiale », Bensouda, beaucoup moins médiatique a-t-elle promis. Dès 2003, Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU, que Moreno-Ocampo, dont les coups avait compris que la réputation de la d’éclat et le style impétueux ont crisCour dépendrait essentiellement des tallisé beaucoup de rancœurs. Spécialiste du droit international, décisions et des déclarations publiques réputée pour son intégrité, l’ancienne de son procureur. l ministre gambienne de la Justice aura PASCAL AIRAULT

Les dossiers en cours Dix-huit mandats d’arrêt et neuf citations à comparaître ont été émis, dans le cadre d’enquêtes concernant sept pays africains.

L

a Cour pénale internationale (CPI) traite actuellement quatorze affaires pour présomptions de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide commis dans sept pays, tous africains. Depuis sa création, en 2002, elle a émis dix-huit m a n d a t s d ’a r rê t et neuf citations à comparaître.

Thomas Lubanga vient d’être condamné pour des crimes commis en Ituri, dans l’est de la RD Congo. Les procès de Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo, détenus à la prison de Scheveningen, se poursuivent. Quant à celui du Congolais Jean-Pierre Bemba, détenu pour des actes commis en Centrafrique, il est en cours d’instruction. Concernant le Kenya, six personnalités attendent la confirmation des charges qui pèsent contre elles pour

Thomas Lubanga • Fondateur de l’Union des patriotes congolais (UPC) et de sa branche armée, les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) • Jugé depuis le 26 janvier 2009 MICHAEL KOOREN/AP/SIPA

• Reconnu coupable, le 14 mars 2012, de conscrip­ tion et d’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans, lors de la guerre civile en Ituri (nord­est de la RD Congo) en 2002­2003 JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

des actes commis lors de l’élection présidentielle de 2007. L’ex-chef de l’État ivoirien, Laurent Gbagbo, actuellement incarcéré à la prison de la CPI, attend aussi l’audience de confirmation des charges qui pèsent contre lui en tant que coauteur de crimes commis durant la période postélectorale. Cette audience doit se tenir le 18 juin 2012. D’autres personnalités ivoiriennes pourraient être poursuivies dans les prochains mois. EN LIBERTÉ. En Ouganda, la CPI a émis

cinq mandats d’arrêt à l’encontre des dirigeants de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui combat dans le nord du pays. Un des présumés coupables est décédé, les autres, dont le leader de la LRA, Joseph Kony, demeurent en liberté. Comme le chef de l’État soudanais, Omar el-Béchir, et les deux autres personnes qui font l’objet d’un mandat d’arrêt pour les exactions commises au Darfour. En Libye, deux mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre de Seif el-Islam Kaddafi, fils de feu Mouammar Kaddafi, et Abdallah Senoussi, l’ex-chef des services secrets, pour des crimes contre l’humanité lors des événements de 2011. Des enquêtes, susceptibles de déboucher sur des inculpations, sont également en cours en Afghanistan, en Géorgie, en Guinée, en Palestine, en Colombie, au Honduras, en Corée et au Nigeria. l P.A. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


45

TRIBUNE

La CPI n’est pas une cour de Blancs

VINCENT FOURNIER/J.A.

A SIDIKI KABA Président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH)

LORS QUE DES CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ sont perpétrés en ce moment même en Syrie, le recours à la Cour pénale internationale (CPI) et les questions qu’il soulève reprennent toute leur pertinence. Dix ans après sa mise en place, cette cour est-elle un instrument de domination postcoloniale ou un instrument de justice mondiale quand les États ont échoué ou n’ont pas la volonté de juger ? Lorsque le statut de la CPI entre en vigueur, le 1er juillet 2002, le constat est le suivant : les tribunaux nationaux et internationaux n’ont pas réussi à juger l’ensemble des instigateurs des violations graves des droits humains commises dans les années 1990 (Rwanda, Liberia, ex-Yougoslavie,Tchétchénie). Certains responsables sont même demeurés en fonction.

Le caractère permanent de la CPI, sa capacité à juger les plus hauts dirigeants jusque-là protégés, à intervenir là où les institutions nationales étaient défaillantes et, surtout, à ne pas laisser la justice internationale dans les seules mains du Conseil de sécurité de l’ONU, a convaincu les 120 États qui ont à ce jour ratifié le traité de Rome (créant la CPI). Parmi eux, 33 des 54 États de l’Union africaine, confrontés à la fois à la perpétration de crimes graves et massifs et à des justices nationales incapables d’en réprimer les auteurs. La RD Congo, l’Ouganda, la Centrafrique ont eux-mêmes saisi la CPI pour qu’elle juge les criminels. Plus récemment, les violences postélectorales au Kenya et en Côte d’Ivoire ont suscité l’intervention de la Cour, le procureur décidant lui-même d’y ouvrir des enquêtes. Le bilan est qu’en acceptant l’intervention de la CPI l’Afrique est devenue son terrain d’action principal. Certains y voient l’action impérialiste de l’Occident, la poursuite d’une politique de puissance par d’autres moyens.

lorsque celles-ci sont incapables ou n’ont pas la volonté de juger les plus grands criminels. Et si la Cour enquête, poursuit et juge, elle peut aussi être un formidable levier qui incite les pays à rendre eux-mêmes justice, en application de la « complémentarité positive ». Ainsi, en février 2012, le lieutenant-colonel Tiégboro Camara, ministre en exercice, était inculpé par la justice guinéenne pour son rôle présumé dans les massacres du 28 septembre 2009. Grâce à l’action conjuguée de la CPI, de la société civile guinéenne et de la FIDH, les juges de son pays ont pris la décision de poursuivre Tiégboro : un processus de resouverainisation de l’État. Mais tant que les plus hauts responsables des crimes aujourd’hui commis en Afghanistan, en Palestine ou en Colombie ne seront pas dans le box des accusés à La Haye, les soupçons de manipulation de la CPI par les États les plus forts perdureront.

Elle enquête, poursuit et juge, mais elle peut aussi être un formidable levier qui incite les pays à rendre eux-mêmes justice.

La Justice universelle en question. Justice de Blancs contre les autres ? éditions L’Harmattan, 300 pages, 28 euros L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

Pour la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), ses 164 ligues et les milliers de victimes qu’elle soutient à travers le monde, la CPI est une révolution pour la justice. Une justice complémentaire des justices nationales, qui prend le relais

Pour parvenir à une justice réellement universelle, le mouvement mondial des droits de l’homme a identifié plusieurs défis à relever : la réforme de la gouvernance mondiale et des institutions internationales pour que l’action commune en faveur de la paix et la justice ne soit pas bloquée par une seule puissance ; l’adhésion universelle à la CPI, et en premier lieu celle des grandes puissances telles que les États-Unis, la Chine et la Russie ; le renforcement des capacités financières en faveur des réformes des justices nationales et un soutien accru de la CPI. Aujourd’hui, le bourreau s’appelle Bachar al-Assad, sa victime est le peuple syrien et, par lui, l’humanité tout entière. Sans l’opposition de la Russie et de la Chine, le Conseil de sécurité aurait probablement déjà saisi la CPI. Mais il n’est jamais trop tard pour tenter de juger les crimes les plus graves. La CPI doit pouvoir poursuivre aujourd’hui les plus hauts criminels en Syrie, tout comme elle devra pouvoir le faire demain pour tout autre peuple soumis à un tel traitement. ● JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉVÉNEMENTS

Opinions Opin & éditoriaux


Tendances

46

Palmarès 2011

Qui perd ? Qui gagne ?

 Bamako, mali, 21 mars 2012, quelques heures après le déclenchement du putsch qui a renversé le président Amadou Toumani Touré.

Harouna Traore/ap/sipa

le

jeune afrique hors-série n o 30

l’état de l’afrique • 2012


CroissanCe

L’Afrique fait de la résistance

Côte d’ivoire

Le retour de l’éléphant

angola

Un monde de brut

Médias

Les nouvelles lignes rouges

Culture

En haut de l’affiche

47

L’état de L’afrique TENDANCES

l’état de l’afrique • 2012

jeune afrique hors-série n o 30


48

ABACA

Tendances

 À Abidjan, le 11 décembre 2011. APRÈS LA CLÔTURE DU VOTE AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES, le dépouillement commence.

Palmarès 2011 Qui perd? Qui gagne?

Les meilleurs élèves du continent confirment leurs performances. En tête, Maurice et l’Afrique du Sud sont rejoints par la Tunisie révolutionnaire, qui a fait naître bien des espoirs mais qui doit transformer l’essai. Tout comme la Côte d’Ivoire, qui attend encore les retombées du retour de la paix. ZOÉ SUAREZ

C

omme pour nos précédentes éditionsdeL’État de l’Afrique (hormis 2010), voici notre classement des pays du continent. Ce palmarès, établi en fonction de données statistiques récentes, mais aussi à partir d’un indice de perception reflétant l’opinion de notre rédaction, vise à établir une hiérarchie

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

permettant de comparer les (désormais) 54 États du continent – le Sud-Soudan ayant accédé à l’indépendance le 9 juillet 2011, prenant alors le nom de Soudan du Sud. Et, au-delà, de mesurer autant que faire se peut les progressions des uns et les régressions des autres, en fonction des événements majeurs qui ont marqué, pour chacun d’entre eux, l’année 2011. Pour le réaliser, nous avons tout d’abord élaboré trois indices évaluant le niveau de développement L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


49

distinguera les pays ayant connu une amélioration de leur fonctionnement politique et ceux qui affichent de bonnes performances économiques. Danslapremièrecatégorie,laTunisie,parexemple, bénéficie des retombées de la révolution qui, même si elle a déstabilisé le pays durant plusieurs

la Zambie tire bénéfice de l’alternance qu’elle a connue à la faveur de la dernière présidentielle. semaines, s’est déjà traduite par certaines avancées en matière de respect des droits de l’homme ou de lutte contre la corruption. La Zambie tire également bénéfice de l’alternance qu’elle a connue à la faveur du dernier scrutin présidentiel, tout comme la Côte d’Ivoire, qui est sortie en mai 2011 d’une crise postélectorale aussi longue que coûteuse. Malgré les destructions et les pertes humaines que ces troubles ont causées, le pays connaît une réelle amélioration sécuritaire depuis l’investiture d’Alassane Ouattara, alors qu’un processus de réconciliation est en cours. Dans le bas du tableau, on ne note pas de réels bouleversements, si ce n’est la progression de la Centrafrique, qui a organisé en 2011 un scrutin présidentiel relativement apaisé. En revanche, parmi les pays en crise, pas d’amélioration notable pour Madagascar, qui poursuit sa laborieuse transition politique – avec le coût économique désastreux qu’une telle situation implique. Alors que les pays les plus fragiles voient leur activité pâtir des difficultés politiques, les États pétroliers sont, cette année encore, particulièrement favorisés sur le plan économique, grâce à la bonnetenuedescoursdeshydrocarburesobservée durant l’année écoulée. C’est notamment le cas pour l’Angola, le Congo, la Guinée équatoriale et même le Nigeria, qui enregistre une légère hausse au classement général alors que sa situation politique et sociale s’est considérablement dégradée en 2011. l l’état de l’afrique • 2012

ScoRe généRal

Maurice

3,33

VaRiation 

2

Afrique du Sud

6

3

Tunisie

6,67

4

Maroc

7,33

5

Botswana

7,67

6

Algérie

8,67

7

Égypte

9,33

8

Namibie

9,67

9

Ghana

11,33

10

Gabon

12

11

Seychelles

14,33

12

Cameroun

16,67

12

Tanzanie

16,67

14

Kenya

17,33

15

Zambie

18,67

16

Sénégal

19

17

Cap-Vert

20,67

18

Congo

21,33

19

Libye

21,67

20

Nigeria

23,33

21

Ouganda

24

22

Swaziland

25

23

São Tomé

25,67

24

Bénin

26,33

24

Guinée équato.

26,33

26

Angola

27

27

Togo

28,67

28

Côte d’Ivoire

29

29

Mozambique

29,33

30

Éthiopie

30

31

Rwanda

30,33

32

Mali

28,67

33

Madagascar

31,33

33

Mauritanie

31,33

35

Burkina Faso

34,33

35

Lesotho

34,33

37

Niger

34,67

38

Soudan

35

39

Guinée-Bissau

35,33

40

Djibouti

37

41

Comores

38

42

Zimbabwe

38,67

43

Malawi

39,33

44

Guinée

40

44

Liberia

40

44

RD Congo

40

44

Tchad

40

48

Gambie

42,67

49

Centrafrique

43

49

Sierra Leone

43

51

Burundi

46

52

Érythrée

48

53

Somalie

53,33

53

Soudan du Sud

53,33

X jeuNe AFRIque hORS-SÉRIe N O 30

SOuRCe : j.A.

Réconciliation. Parmi les progressions, on

PaYS

1

Rang

tendanceS

politique (lire p. 50), économique (p. 52) et social (p. 54) de chacun des États de la zone, la moyenne de ces trois notes permettant d’élaborer un classement général des pays africains en fonction de leur gouvernance (voir ci-contre). Le résultat de ce travail de classement n’est pas forcément surprenant, puisque le peloton de tête reste constitué de « valeurs sûres » – notamment Maurice, l’Afrique du Sud et le Maroc –, avec une progression de la Tunisie révolutionnaire qui a su se débarrasser de Ben Ali en 2011; alors que l’Érythrée, la Somalie et le Soudandu Sud squattent les profondeurs du classement. Rien de très inattendu, même si, à y regarder de plus près, on peut relever certaines évolutions.


ABDELHAK SENNA/Afp

50

p Un kiosqUe de Rabat le 28 novembre 2011, trois jours après les législatives remportées par le PJD.

Politique Des scrutins lourds de conséquences Calamiteuse en RD Congo, à risque au Sénégal, plus sereine en Zambie ou aux Comores, les nombreuses présidentielles de l’année 2011 marquent fortement notre classement.

Zoé SuareZ

C

ette année encore, l’Afrique a connu des événements politiques qui vont influer de manière durable sur son destin. Pour tenir compte de ces évolutions plus ou moins brutales, la rédaction de Jeune Afrique a établi, comme chaque année, un classement politique des 54 pays africains – en comptant le

Soudan du Sud. Pour l’établir, nous avons pris en compte des critères de bonne gouvernance et d’ouverture démocratique, qui renvoient à des faits objectifs (liberté de la presse, lutte contre la corruption, organisation de scrutins libres et démocratiques, respect des droits de l’homme). Mais nous avons également fondé notre jugement sur

Méthodologie Pour réaliser notre classement annuel des pays africains, nous avons élaboré trois indices évaluant le niveau de développement politique, économique et social des états. Chaque pays a reçu une note, allant de 1 (note maximale) à 54, selon ses performances, dans chacun de ces trois domaines. la moyenne de ces trois notes nous a permis d’établir un classement général. jEuNE AfriquE HorS-SériE N o 30

CLASSEMENT POLITIQUE Nous nous sommes inspirés de critères de gouvernance tels que la stabilité politique, l’efficacité de l’administration, le respect des lois ou encore la lutte contre la corruption. Pour tenir compte de l’actualité récente, et notamment des événements survenus en Côte d’Ivoire, enTunisie, en Libye ou en Égypte, nous avons pondéré ces indicateurs en fonction des

opinions recueillies auprès des membres de la rédaction de Jeune Afrique. Ce classement s’apparente donc à un indice de perception, le jugement de la rédaction se voulant le reflet d’une réalité à laquelle nous sommes chaque jour confrontés. CLASSEMENT ÉCONOMIQUE Cinq critères ont été retenus, issus des bases de données statistiques

d’organismes internationaux. Les pays africains ont tout d’abord été classés en fonction de leur produit intérieur brut et de leur revenu par habitant. Les autres critères servant à mesurer le développement des économies sont le montant des exportations hors pétrole (pour éviter de favoriser les États producteurs d’hydrocarbures, déjà bien placés en termes de PIB et de revenu par habitant), la valeur ajoutée l’état de l’afrique • 2012


passées, le peloton de tête est formé par Maurice, le Botswana et le Cap-Vert, suivis du Ghana, de la Tanzanie et de l’Afrique du Sud. Ces scores attribués par notre rédaction sont conformes aux classements élaborés par d’autres organismes, La partition du Soudan n’a comme la Banque monbénéficié ni à Khartoum ni à diale ou la Fondation Mo Djouba : ils restent frères ennemis. Ibrahim. Le Maroc, qui a connu des réformes dont la présidentielle a été boycottée par politiques importantes et l’arrivée des islamistes du Parti de la justice et du l’opposition, perdent du terrain, tout développement (PJD) aux affaires, reste comme le Nigeria, victime du terrorisme également dans ce groupe, désormais de la secte Boko Haram et des émeutes suivi de la Tunisie, qui offre le visage contre la hausse des prix du carburant. d’une révolution certes inachevée mais Enfin, parmi les espoirs déçus, déjà positive en matière de gouvernance. figurent notamment Madagascar, qui Dans le groupe des poursuivants, a laborieusement adopté une feuille le Niger, le Gabon et la Zambie prode route pour conclure la transition en cours, mais aussi la RD Congo, qui a vécu gressent, ce dernier pays ayant connu une alternance relativement sereine en fin novembre 2011 une présidentielle 2011. En revanche, le Bénin, qui a vu les calamiteuse, ou encore la Libye, qui a résultats de son élection présidentielle connu une révolution à la fois violente très contestés, stagne, tandis que le Mali et toujours inaboutie. Enfin, la partition accuse un certain recul. Pour le Mali, du Soudan n’a pour le moment bénéficié l’offensive touarègue au Nord faisait déjà ni à Djouba ni à Khartoum : les deux planer un doute sérieux sur la paix dans États sont toujours frères ennemis. l

industrielle (qui mesure la capacité de transformation manufacturière des économies) et le niveau d’endettement, qui reste un élément fondamental des finances publiques des pays concernés. CLASSEMENT SOCIAL Pour établir ce palmarès, nous avons choisi de nous référer au classement selon l’indice de l’état de l’afrique • 2012

développement humain (IDH) établi chaque année par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Celui-ci tient compte de la richesse, de l’éducation et de la santé des populations de chaque pays. La richesse est mesurée grâce au revenu national brut par habitant, ce qui inclut notamment les transferts de l’étranger et l’aide au développement. Dans le

domaine de l’éducation, l’IDH tient compte de la durée attendue de scolarisation des enfants ainsi que du nombre moyen d’années de scolarisation de la population adulte. Enfin, l’espérance de vie reste le principal indicateur de santé. Pour consulter l’intégralité des données utilisées pour l’élaboration de l’IDH, se reporter au site web du Pnud: www.hdr.undp.org. l Z.S.

VARiAtioN

1

Maurice

2

Botswana

3

Cap-Vert

4

Ghana

5

Tanzanie

6

Afrique du Sud

7

Seychelles

8

Maroc

9

Tunisie

10

Namibie

11

Mozambique

12

Sénégal

13

São Tomé

14

Niger

15

Bénin

16

Gabon

17

Algérie

18

Zambie

19

Mali

20

Égypte

21

Rwanda

22

Éthiopie

23

Kenya

24

Ouganda

25

Cameroun

26

Togo

27

Mauritanie

28

Burkina Faso

29

Congo

30

Liberia

31

Djibouti

32

Sierra Leone

33

Guinée

34

Comores

35

Tchad

36

Côte d’Ivoire

37

Nigeria

38

Angola

39

Guinée équato.

40

Madagascar

41

Malawi

42 Lesotho

43

Burundi

44

Centrafrique

45

Soudan

46

Gambie

47

Libye

48

Swaziland

49

Guinée-Bissau

50

RD Congo

51

Zimbabwe

52

Soudan du Sud

X

53

Érythrée

54

Somalie

JeuNe AFRIque hORS-SÉRIe N O 30

SOuRCe : J.A.

RéfoRMeS. Tout comme les années

le pays. Le putsch du 21 mars est venu confirmer ces inquiétudes. Quant au Sénégal, les émeutes contre la candidature d’Abdoulaye Wade à la présidentielle de février et mars 2012 avaient montré les limites de l’exercice démocratique. Mais l’issue du scrutin a démontré que le pays demeurait un exemple en la matière. Dans la seconde partie du classement, on note que les Comores, qui ont tenu une élection présidentielle fin 2010, et la Côte d’Ivoire, qui en a enfin fini avec le bras de fer Gbagbo-Ouattara, progressent. En revanche, la Guinée, qui n’est pas encore parvenue à organiser un scrutin législatif tant attendu, et le Tchad,

PAYS

teNDANceS

notre perception des situations locales grâce à notre fréquentation du terrain (tensions perceptibles au sein de la population, dérive autocratique du pouvoir, etc.). Ce classement 2012 est donc le fruit de notre propre évaluation des progrès politiques constatés au cours de l’année écoulée ou, au contraire, des graves reculs en matière d’exercice démocratique.

RANG

51


La demande soutenue de pétrole et de minerais nourrit la croissance, mais freine la diversification des activités. ZoÉ suareZ

L

a croissance de la zone Afrique du Nord et Moyen-Orient devraitselimiterà3,6%en2012, contre 4 % en 2011, avant un rebond à 4,3 % en 2013. Pour l’Afrique subsaharienne, la croissance devrait flirter avec les 5,8 % en 2012, avant de s’établir à 5,5 % en 2013. La concrétisation de ces promesses dépendra toutefois de la tenue des matières premières et des investissements dans la région, en particulier en provenance d’Asie. Les performances économiques des pays du continent restent intimement liées aux revenus qu’ils tirent de leurs ressources, notamment minières et pétrolières. Dans la plupart des sept États subsahariens exportateurs de pétrole, le dynamisme de la demande mondiale de brut alimente une hausse de la production, et les recettes qui en découlent soutiennent les activités non pétrolières. En conséquence, la croissance devrait atteindre 7 % en moyenne en 2012 dans ces pays. Dans les pays à revenu intermédiaire, elle devrait être de l’ordre de 4 % en 2012, taux moins élevé qu’avant la crise financière mondiale. Et dans les vingtsix pays à faible revenu, la croissance devrait frôler 7 % en 2012. Mais ces pays, victime d’une flambée durable des prix de l’alimentation et de l’énergie, souffrent d’une inflation qui, pour certains, dépasse 10 %. jeune afrique hors-série n o 30

En termes de PIB, les pays pétroliers sont toujours dans le peloton de tête. Sur les dix premiers États classés selon ce critère, six jouent un rôle majeur dans la production d’hydrocarbures (Nigeria,Angola,Algérie,Libye,Soudan, Égypte) et deux (la Tunisie et le Ghana) disposent de ressources d’appoint dans ce domaine. Seuls le Maroc et l’Afrique du Sud doivent leurs performances à la diversification de leurs activités. exportateurs. Concernant le revenu

par habitant, les pays pétroliers et miniers sont encore les mieux lotis, avec les Seychelles et Maurice. Une dizaine de pays profitent en fait de la diversificationdeleurtissuéconomique et tirent des revenus substantiels de la transformation industrielle. Toutefois, seuls cinq peuvent être considérés comme des exportateurs majeurs (hors pétrole). Et il s’agit toujours des mêmes: l’Afrique du Sud et les pays d’Afrique du Nord (hors Libye). Enfin, sur le plan de l’endettement, le Nigeria, l’Algérie, le Cameroun, la Libye et la Guinée équatoriale ont profité de leurs pétrodollars pour améliorer leur situation. Parmi les États non pétroliers, quelques-uns, considérés comme des pays pauvres très endettés (PPTE), ont vu leur ardoise miraculeusement effacée par les bailleurs. Mais tous n’ont pas eu cette chance. l

pIB

pays

rang

7,60

1

af. du sud

422 037

af. du sud

9

2

Nigeria

247 128

3

maroc

11,40

3

Égypte

231 890

4

algérie

12

4

algérie

183 415

5

cameroun

13

5

maroc

101 767

6

maurice

13,4

6

angola

99 325

14

7

libye*

77 912

soudan

63 329

tunisie

8

Zambie

14,6

8

9

Nigeria

15,4

9

tunisie

48 932

10

Namibie

15,6

10

Ghana

38 592

11

swaziland

18,2

11

Kenya

36 102

Éthiopie

30 501

12

Kenya

19

12

13

Botswana

19,4

13

cameroun

25 834

14

Gabon

20

14

côte d’ivoire

20,2

côte d’ivoire

23 800

15

15

tanzanie

23 197

16

libye

21,2

16

Guinée éq.

19 418

17

Ghana

21,6

17

Zambie

18 408

18

GuinéeBissau

23

18

Gabon

16 675

18

rD congo

23

19

Botswana

16 390

20

congo

23,6

20

ouganda

15 958

21

rD congo

15 306

22

congo

15 080

23

sénégal

14 730

24 Namibie

13 015

21

ouganda

23,8

22

sénégal

24

23

tanzanie

24,6

24

angola

25

25

soudan

25,6

26

Guinée éq.

26,2

27

Zimbabwe

27,2

28

mozambique 27,8

29

Burkina

28

29

Éthiopie

28

31

Bénin

28,6

32

togo

29,4

33

madagascar 30,4

34

mali

30,6

35

lesotho

31

35

seychelles

31

37

tchad

32,2

38

rwanda

32,8

25

mozambique 12 141

26

mali

10 983

27

maurice

10 982

28

Burkina

10 072

29

tchad

9 642

30

madagascar 9 359

31

Zimbabwe

9 242

32

Bénin

7 498

33

Niger

6 450

34

rwanda

5 971 5 662

35

malawi

36

Guinée

4 638

37

mauritanie

3 995

38

swaziland

3 917

41

centrafrique 34,8

42

mauritanie

35

43

liberia

35,4

44

Guinée

37

45

Burundi

39,4

3 647 40 lesotho 2 690 41 Érythrée 2 596 42 centrafrique 2 292 43 sierra leone 2 084 44 cap-Vert 1 943 45 Burundi 1 662

46

são tomé

39,8

46

Djibouti

1 267

47

cap-Vert

40

47

liberia

1 154

48

Gambie

40,8

48

Gambie

1 110

49

Djibouti

41,6

49

seychelles

993

49

Érythrée

41,6

50

Guinée-B.

986

51

comores

42,6

51

comores

580

52

sierra leone 42,8

52

são tomé

233

53

somalie

-

somalie

ND

-

soudan sud ND

39

Niger

34

40

malawi

34,2

-

49

soudan sud ND

39

togo

l’état de l’afrique • 2012

source : Fmi, estimatioNs 2011 (*chiFFres 2010) - eN millioNs De Dollars

Économie Les industries extractives indétrônables

score

Égypte

2

7

p Production de lingots d’or en Afrique du Sud.

pays

1

source : j.a.

Pascal maitre/cosmos

rang

52


1

Swaziland

42,3

2

RD Congo

21,8

3

Maurice

19,5

4

Côte d’Ivoire

17,8

8 520

5

Zimbabwe

17

Afrique du Sud

8 342

6

Tunisie

16,7

7

Namibie

6 087

7

Égypte

16,6

8

Angola

5 061

8

Cameroun

16,2

9

Algérie

5 001

9

Maroc

16,1

10

Tunisie

4 593

10

Lesotho

15,9

11

Congo

3 792

11

Afrique du Sud

15,2

12

Cap-Vert

3 737

12

Namibie

14,7

13

Swaziland

3 332

13

Madagascar

14,6

14

Maroc

3 162

14

Mozambique

14,2

15

Égypte

2 922

15

Sénégal

14,1

16

Soudan

1 939

16

Burkina Faso

12,2

17

Ghana

1 588

17

Guinée-Bissau

11,9

18

Nigeria

1 541

18

Kenya

10,6

19

Djibouti

1 500

19

Burundi

10,1

20

São Tomé

1 382

20 Zambie

21

Zambie

1 355

21

22

Cameroun

1 234

23

Mauritanie

24

Pib/ Hab

1

Guinée équatoriale

14 374

2

Seychelles

11 117

3

Gabon

10 982

4

Botswana

8 844

5

Maurice

6

exPoRtations HoRs PétRole

1

Afrique du Sud

76,12

2

Égypte

21,07

3

Algérie

4

Guinée-Bissau

1,9

2

Nigeria

2,4

21,03

3

Algérie

3,1

Maroc

15,91

4

Cameroun

5,9

5

Tunisie

13,2

5

Libye

7,5

6

Nigeria

8,59

6

Guinée équato.

9,7

7

Côte d’Ivoire

6,86

6

Zambie

9,7

8

Ghana

6,76

8

Liberia

11,6

9

Zambie

5,76

9

Togo

12,6

10

Libye

5,57

10

Maurice

12,8

11

Kenya

4,6

11

Égypte

14,1

12

Botswana

4,07

12

Swaziland

14,6

13

RD Congo

3,88

13

Gabon

14,9

14

Namibie

3,61

14

Ouganda

15

15

Tanzanie

3,52

15

Centrafrique

15,2

16

Zimbabwe

2,38

16

Éthiopie

15,5

17

Ouganda

2,25

17

Congo

16,5

18

Cameroun

2,16

18

Niger

17,2

9,8

19

Mozambique

2,12

19

Botswana

18,5

20

Éthiopie

2,1

20

Malawi

18,8

Tanzanie

9,5

21

Guinée équato. 2,06

21

Namibie

19,3

22

Seychelles

9,4

22

Maurice

2

1 227

22

Rwanda

20,2

23

Togo

8,8

23

Mali

1,86

Sénégal

1 096

23

Bénin

20,8

24

São Tomé

8,7

24

Gabon

1,66

1 049

Angola

22,2

25

Côte d’Ivoire

24

25 Bénin

8,3

25

Sénégal

1,57

Maroc

23,3

26

Lesotho

25

1 040

26

Ouganda

8,2

26

Mauritanie

1,56

26

Afrique du Sud

24,8

27

Tchad

920

27

Soudan

7,9

27

Swaziland

1,51

27

Kenya

25

28

Kenya

882

28

Guinée

7,4

28

Congo

1,29

28

Tchad

26,5

29

Comores

853

29

Liberia

7,2

29

Guinée

1,16

29

RD Congo

26,6

30

Mali

796

30

Ghana

6,9

30

Soudan

1,15

30

Burkina Faso

27

31

Bénin

756

30

Rwanda

6,9

31

Malawi

1,13

31

Madagascar

29,3

32

Zimbabwe

735

32

Centrafrique

6,3

32

Bénin

1,1

31

Sierra Leone

29,3

33

Burkina Faso

670

32

Libye

6,3

33

Burkina Faso

1,09

33

Sénégal

30,3

34

Gambie

620

34

Tchad

6,2

34

Madagascar

1,05

34

Tanzanie

30,9

35

Guinée-Bissau

586

35

Érythrée

5,8

35

Angola

0,98

35

Burundi

31,1

36

Rwanda

585

36

Gambie

5,7

36

Niger

0,95

36

Gambie

32,5

37

Mozambique

551

36

Mali

5,7

37

Togo

0,81

37

Comores

39,5

38

Tanzanie

550

38

Malawi

5,6

38

Lesotho

0,76

38

Mali

43,1

39

Togo

511

39

Niger

5,5

39

Somalie

0,44

39

Érythrée

43,5

40

Centrafrique

483

40

Congo

5,4

40

Seychelles

0,39

40

Tunisie

44,3

41

Érythrée

473

41

Algérie

5

41

Sierra Leone

0,27

41

Lesotho

46,5

42

Ouganda

453

42

Gabon

4,8

42

Rwanda

0,24

42

Seychelles

47,7

43

Guinée

438

43

Botswana

4,5

43

Tchad

0,24

43

Ghana

48

44

Madagascar

428

44

Mauritanie

4,1

44

Liberia

0,15

44

Mozambique

48,9

44

Niger

428

45

Comores

3,8

45

Centrafrique

0,13

45

Mauritanie

54

46

Éthiopie

351

46

Éthiopie

3,7

46

Guinée-Bissau

0,11

46

Djibouti

58,1

47

Malawi

350

47

Cap-Vert

3,4

47

Burundi

0,08

47

Soudan

58,4

48

Sierra Leone

347

48

Somalie

2,5

48

Djibouti

0,07

48

Cap-Vert

65

49

Liberia

258

49

Djibouti

2,3

49

Cap-Vert

0,04

49

Guinée

67,4

50

RD Congo

211

49

Nigeria

2,3

50

Gambie

0,02

50

São Tomé

67,8

51

Burundi

197

51

Sierra Leone

1,8

51

Comores

0,01

51

Côte d’Ivoire

75

-

Libye

ND

52

Angola

0,9

52

Érythrée

0,01

52

Zimbabwe

116,7

-

Somalie

ND

53

Guinée équato. 0,2

53

São Tomé

0,007

-

Somalie

ND

-

Soudan du Sud ND

Soudan du Sud

ND

-

Soudan du Sud

ND

l’état de l’afrique • 2012

SOuRCe : AFDB, ChIFFReS 2009 - eN % Du PIB

-

Soudan du Sud

ND

-

SOuRCe : BAD, ChIFFReS 2010 - eN % Du PIB

1

SOuRCe : CNuCeD, 2009-2010 - eN MILLIONS De DOLLARS

dette/ Pib

Rang

Pays

Rang SOuRCe : FMI, eSTIMATIONS 2011 - eN DOLLARS

Pays

Rang

ValeuR ajoutée industRielle

Pays

jeune afrique hors-série n o 30

tendances

Pays

Rang

53


Tendances

En matière de développement humain, le fossé est clairement marqué entre l’Afrique du Nord et la zone subsaharienne. Zoé suarEZ

P

as de grand bouleversement au palmarès mondial du développement humain en 2011, d’autant que les progrès sur le plan sanitaire et éducatif sont souvent très longs à se répercuter sur les statistiques officielles. Comme dans nos précédentes éditions, l’Afrique subsaharienne n’est pas particulièrement bien lotie, et dans le bas du tableau, la RD Congo, le Niger

établi par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) sont invariablement occupés par des États subsahariens. Et ce, quelle que soit leur situation : la pauvreté touche aussi bien des pays en paix, comme le Burkina Faso, que d’autres longtemps tourmentés par la violence, comme le Burundi. Sur 52 pays africains classés, 36 appartiennent à la catégorie des pays à développement humain faible – où figureraient sans aucun doute la Somalie et le Soudan du Sud s’ils étaient classés – et 12 à la catégorie intermédiaire; seulement 4 pointent dans la catégorie des pays à développement humain élevé – un groupe de tête que l’Algérie a quitté pour rejoindre les États à IDH moyen. Parmi ces champions, on distingue deux groupes distincts: des pays du Maghreb – la Libye et la Tunisie – et deux archipels de l’océan Indien, à savoir Maurice et les Seychelles.

Patrick FOrGEt/SaGaPHOtO

EsPérancE dE viE. Tous les pays figu-

p L’ÉcoLe nationaLe d’architecture du Maroc, à Rabat.

et le Burundi se distinguent encore par leurs contre-performances. Et encore ne tient-on pas compte de la Somalie et du Soudan du Sud, qui n’apparaissent pas dans notre classement faute de données fiables ou suffisamment anciennes. Si ce dernier avait été classé, il est peu probable qu’il aurait été bien noté, compte tenu des ravages causés par la guerre civile dans ce nouvel État. Parmi les autres pays fragiles, la Guinée, le Burkina Faso, le Liberia, la Sierra Leone, le Tchad, la Centrafrique et le Mozambique voient leur position dans le classement de l’indice de développement humain (IDH) régresser. Les derniers rangs de ce palmarès planétaire jEuNE aFriquE HOrS-SÉriE N O 30

rant dans le haut du tableau se caractérisent d’ailleurs par des performances comparables, notamment en matière d’espérance de vie : entre 73 et 75 ans selon les pays. Leur revenu par habitant se situe autour de 7 200 dollars (environ 5600euros)enTunisie,etapprochemême 17 000 dollars aux Seychelles. Toutefois, il convient d’envisager ces données avec prudence,notammentdansdespaysaussi agités que la Libye et la Tunisie. En revanche, s’il est un indicateur qui ne présente aucune ambiguïté, c’est bien celui de l’espérance de vie. Et tout en bas de l’échelle, les chiffres parlent d’euxmêmes : 49 ans en Zambie, un pays qui paie un lourd tribut au sida. Quoi qu’il en soit, les disparités entre le nord et le sud du continent restent très fortes, puisqu’en Afrique subsaharienne, en moyenne, l’espérancedevieestde54ansetlerevenu par habitant inférieur à 2 000 dollars. En Afrique du Nord, l’espérance de vie dépasse 70 ans et le revenu par habitant est largement supérieur : 4 200 dollars au Maroc, 5 200 dollars en Égypte et même 12 600 dollars en Libye… Avant la révolution. l

PaYs

idH

1

Seychelles

0,773

2

Libye

0,76

3

Maurice

0,728

4

tunisie

0,698

5

algérie

0,698

6

Gabon

0,674

7

Égypte

0,644

8

Botswana

0,633

9

Namibie

0,625

10

afrique du Sud

0,619

11

Maroc

0,582

12

cap-Vert

0,568

13

Ghana

0,541

14

Guinée équato.

0,537

15

congo

0,533

16

Swaziland

0,522

17

kenya

0,509

18

São tomé

0,509

19

angola

0,486

20

cameroun

0,482

21

Madagascar

0,48

22

tanzanie

0,466

23

Sénégal

0,459

24

Nigeria

0,459

25

Mauritanie

0,453

26

Lesotho

0,45

27

Ouganda

0,446

28

togo

0,435

29

comores

0,433

30

Zambie

0,43

31

Djibouti

0,43

32

rwanda

0,429

33

Bénin

0,427

34

Gambie

0,42

35

Soudan

0,408

36

côte d’ivoire

0,4

37

Malawi

0,4

38

Zimbabwe

0,376

39

Éthiopie

0,363

40

Mali

0,359

41

Guinée-Bissau

0,353

42

Érythrée

0,349

43

Guinée

0,344

44

centrafrique

0,343

45

Sierra Leone

0,336

46

Burkina

0,331

47

Liberia

0,329

48

tchad

0,328

49

Mozambique

0,322

50

Burundi

0,316

51

Niger

0,295

52

rD congo

0,286

–

Somalie

ND

–

Soudan du Sud

ND

l’état de l’afrique • 2012

SOurcE : PNuD

société Peu de progrès

ranG

54


Tendances

56

TRIBUNE

Opinions Opin & éditoriaux

Les grands chantiers de la Tunisie de demain

DR

L RADHI MEDDEB PDG de Comete Engineering, fondateur et président d’Action et développement solidaire (ADS)

A RÉVOLTE DÉCLENCHÉE en Tunisie le 17 décembre 2010 couvait depuis plusieurs années. Il y avait eu des précédents, qui ont pour noms Redeyef, Monastir et bien d’autres foyers du refus et de la résistance. Par-delà les aspirations légitimes à la démocratie et à la liberté, ses fondements sont essentiellement économiques et sociaux. La mauvaise gouvernance de l’ancien régime, sa prédation organisée, son mépris des droits de la personne ont été décriés au-delà du 14 janvier 2011. Mais ce ne sont pas ces raisons qui ont fait sortir les jeunes dans la rue. Le chômage, le déséquilibre régional et la mauvaise redistribution des fruits de la croissance ont fini par susciter le désespoir chez des cohortes de jeunes des régions enclavées et par enlever toute signification à leur vie.

La seule voie de salut passe aujourd’hui par le rétablissement de la confiance, la reprise du dialogue avec toutes les composantes de la société civile et la restauration de la cohésion sociale. Elle passera aussi et surtout par des signaux forts prouvant que les autorités ont bien conscience des difficultés économiques et sociales de la population, qu’elles en font leur priorité et qu’elles s’attachent à les soulager. Pour cela, il faut un plan coordonné et cohérent, articulé sur le court et le long terme. Tout d’abord, l’action doit être solidaire et inclusive. Dix grands chantiers, inspirés des travaux de notre association Action et développement solidaire, s’imposent : – instaurer un revenu de solidarité active donnant à chaque famille nécessiteuse un complément de ressources lui permettant d’atteindre au moins 80 % du smig, en contrepartie d’une activité effective de l’un de ses membres ; – fonder cinq cents « cyberbases », à travers tout le pays, pour offrir à chaqueTunisien une formation à l’usage de l’informatique et d’internet ; – créer dix institutions de microfinance en partenariat public-privé, dotées chacune de 10 millions de dinars [5 millions d’euros] de fonds propres, dans les gouvernorats laissés pour compte à l’intérieur du pays, et en confier la gestion aux groupes privés associés ;

– réviser le programme Amal, destiné aux primo-demandeurs d’emploi diplômés de l’enseignement supérieur, pour relever le niveau de l’indemnité et la subordonner à l’exécution d’un travail d’intérêt collectif ; – lancer, en partenariat avec les collectivités locales et les associations de développement, de grands chantiers d’intérêt général en matière de lutte contre la désertification, de tutorat scolaire et d’amélioration du cadre de vie ; – mettre en œuvre sans délai un vaste programme public de numérisation du patrimoine national (livres et manuscrits de la Bibliothèque nationale) ; – décréter une amnistie concernant les fraudes fiscales, sociales et de change pour les contribuables concernés qui régulariseront leur situation ; – lancer dans chaque gouvernorat, en association avec les acteurs locaux, un débat sur le développement régional et les modalités de son impulsion ; – créer, dans le cadre d’un partenariat publicprivé, cinq fonds d’incubation de projets dont la gestion sera confiée à des équipes profes-

Le chômage et le déséquilibre régional ont désespéré les jeunes et les ont fait sortir dans la rue.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

sionnelles et qui seront tournés vers des stratégies d’investissement à fort impact régional ; – établir, en coopération avec le secteur privé, un programme de formation complémentaire pour les diplômés à la recherche d’un emploi, afin d’assurer l’adéquation des profils disponibles avec la demande des entreprises. À côté de ces actions destinées à restaurer rapidement la confiance et le dialogue, de multiples chantiers à moyen et long terme devraient être ouverts immédiatement, dans la concertation et en dehors de toute approche idéologique. Pour ce faire, il faut lancer des débats entre toutes les parties sur l’emploi, la réforme de l’école, la révision du code d’incitation aux investissements, la fiscalité, la subvention aux produits de première nécessité, la réorganisation administrative du pays et les grands programmes d’infrastructures. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


MABOUP

V. FOURNIER/JA

HELENDEVUN/FOTOLIA

CAMEROUN

PAUL BIYA Président de la République du Cameroun

« Les Grandes Ambitions » d’hier sont devenues « Les Grandes Réalisations ». Et à partir de janvier 2012, le Cameroun sera transformé en un vaste chantier ».

MESSAGE

Paul Biya

S

Les « Grandes Réalisations » de l’Émergence en chantier

ix mois après ces propos tenus par le Président Paul Biya le 15 septembre 2011, à l’occasion du 3ème congrès ordinaire du RDPC, les lignes commencent véritablement à bouger sur le front des engagements multisectoriels. Du site diamantifère de Mobilong à l’Est du pays, à ce qu’on désigne désormais sous l’appellation éloquente de complexe industrialo-portuaire de Kribi, en passant par les mine-

rais de fer de Nkout (Sud) ou de Mbalam (Est), pour ne citer que ces cas là, la machine s’est mise en route. À la faveur du recadrage de l’action gouvernementale axé sur l’obligation de résultats, état des lieux des prémices de quelques chantiers estampillés « Grandes Réalisations » collectées sur la voie de l’Emergence à l’horizon 2035 avec, comme boussole, le Document de stratégie pour la croissance et l’Emploi.


DR

LES PROJETS STRUCTURANTS DU SEPTENNAT

MESSAGE

Longtemps vanté comme un pays au fort potentiel

économique, le Cameroun qui sortait successivement des programmes d’ajustements structurels avec le FMI et la Banque Mondiale et du statut de « Pays Pauvre Très Endetté » (PPTE), a vu sa dette bilatérale et multilatérale allégée. Il peut ainsi relancer l’investissement productif et utiliser des potentialités économiques rapidement viabilisables. En effet, et malgré l’existence prouvée de vastes gisements miniers (fer, bauxite…), des cours d’eau au débit constant ou encore des opportunités naturelles qu’offre la côte Atlantique en termes d‘ouverture vers l’extérieur pour le Cameroun et les autres États de la zone (RCA, Tchad, Nord du Congo...), le Cameroun n’a jamais développé une gestion coordonnée de ces potentialités économiques face au développement rapide du secteur des infrastructures que connaissent ses voisins que sont la Guinée Équatoriale et le Gabon. C’est ainsi que, s’inspirant à juste titre de la CEMAC qui venait d’élaborer une Vision du Développement de la zone à l’horizon 2025 et qui était en train de se doter d’un Programme Économique Régional(PER/CEMAC), le Gouvernement d’Ephraim Inoni, puis celui de Philémon Yang avaient élaboré à leur tour une Vision du Développement du Cameroun et un Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) visant à faire du Cameroun un pays émergent en l’an 2035. Pour donner un contenu à cette nouvelle orientation économique, et profitant d’une grande ouverture de la part des Institutions de Bretton-Woods, le Cameroun a sollicité puis obtenu de la Chine et de la France les financements nécessaires pour réaliser plusieurs grands projets à travers Eximbank-Chine, les Contrats de Désendettement et de Développement (C2D) et l’appui d’une épargne intérieure abondante quoique mal structurée. Le Cameroun a ainsi créé les conditions minimales de relance de son économie par la mise en chantier de grands projets structurants en énergie, infrastructures diverses et agriculture. Quatre mois après la prise de fonction du premier gouvernement du 2e septennat de Paul Biya, et au moment où se profilent les élections législatives les plus ouvertes de l’ère Biya, quel est donc l’état des lieux de ces Grandes Réalisations ?

Énergie

J

usque là plombé dans la production et la distribution, le secteur énergétique apparait aujourd’hui comme l’un des grands piliers de la Politique des Grandes Réalisations ; c’est aussi celui qui compte le plus grand nombre de projets déjà financés. Ici, le gouvernement a diversifié aussi bien les bailleurs de fonds que les options de production. Les barrages hydroélectriques sont les plus nombreux : celui de Memve’ele sur le fleuve Ntem aura une puissance installée de près de 200 mégawatts ; si les travaux commencent conformément à la convention signée avec Eximbank-Chine, ils devront s’achever en fin 2016. Le barrage de Mékin sur le fleuve Dja produira 15 mégawatts, alors que celui de Lom Pangar est appelé à produire un peu plus de 30 mégawatts. Le barrage de Memve’ele bénéficie, tout comme celui de Mékin, d’un financement d’Eximbank-Chine alors que celui de Lom-Pangar est soutenu par un financement multilatéral. Cependant, tous seront construits par des entreprises chinoises, désormais les maitres d’œuvre de l’Afrique Centrale. Par ailleurs, beaucoup plus proches de Douala, à Kribi et à la Dibamba, les travaux de construction de deux centrales électriques à gaz et à fuel lourd de capacités respectives de 200 et 80 mégawatts sont presque achevés.


DR

Infrastructures

P

Mobilong ou les diamants du bout du monde

R

ares sont les Camerounais à même d’identifier véritablement cette localité de la commune de Yokadouma, dans le département de le Boumba et Ngoko (région de l’Est), lovée au cœur de la forêt équatoriale à quelque 800 km de Yaoundé. Longtemps à l’ombre des localités voisines (Mang, Mboy I et II, Mparo…) auxquelles l’exploitation forestière a conféré une meilleure visibilité, Mobilong dans son isolement apparent (40 km des premières habitations), ne semble pas loin de tenir aujourd’hui son heure de gloire, grâce à l’intervention de la Cameroon and Korean Mining, joint venture en charge de l’exploitation. Les contours du site minier se dessinent déjà avec

T. BOUVIER/FOTOLIA

armi les grands projets actuels dont les financements sont déjà acquis figurent les routes Sangmélima-Ouesso en passant par Djoum, reliant le Cameroun à la région septentrionale du Congo. À cela s’ajoutent le tronçon Meiganga-Tchad, la fin des travaux de la Ring Road dans la région anglophone du Nord-Ouest, l’axe Foumban- Bankim ou encore l’axe Sangmélima-Mengong (Ebolowa) dont le bitumage annoncé depuis plusieurs décennies, est effectif cette année ; les travaux sont exécutés par une entreprise espagnole. Dans le domaine des ponts et des infrastructures portuaires, la réalisation de deux projets intéresse particulièrement les Camerounais. C’est le port en eau profonde de Kribi, avec sa nouvelle appellation de complexe industrialo-portuaire qui devra fluidifier et augmenter la capacité des échanges du Cameroun, ainsi que celle de certains pays de la CEMAC sans accès direct ou total sur la mer. C’est aussi la construction du deuxième pont sur le Wouri à Douala. La première phase de construction du port de Kribi sera exécutée par une entreprise chinoise et le financement assuré par EximbankChine. Le financement de la construction du second pont sur le Wouri est lui essentiellement bouclé grâce au C2D. De moindre importance mais tout aussi significative, est la construction des stades de football de Limbe et de Bafoussam d’une capacité de 25 000 places chacun, sur financements de Eximbank-Chine. Les derniers stades de football au Cameroun ont été construits à Douala et Yaoundé en 1971. Depuis la Coupe des Nations perdue en 1972 par le pays organisateur, et à l’exception du Palais polyvalent des Sports de Yaoundé construit par la Chine et livré en 2008, aucune autre infrastructure sportive n’a vu le jour au Cameroun.

des séries de conteneurs servant à la fois de bureaux et de résidences pour les différents techniciens sur le terrain. Plus loin, le positionnement des centrales de traitement du minerai et le stationnement de gros engins au point de sondage de la roche mère du diamant témoignent de l’imminence des opérations d’exploitation qui devraient intervenir avant la fin de l’année 2012. En jeu, des réserves cumulées d’environ 300 000 000 de carats qui aiguisent déjà bien des appétits au sein des différentes communautés de toute la contrée : écoles, dispensaires, adduction d’eau, électrification villageoise… sont au cœur des doléances. À la Cameroon and Korean Mining, on rassure : tout est bel et bien prévu dans le cahier des charges.


MESSAGE

FOTOLIA

Développement agricole

L

es grandes ambitions du chef de l’État dans le secteur agricole se sont tournées essentiellement vers la coopération bilatérale. Afin de préserver une autosuffisance alimentaire de moins en moins évidente et introduire dans les faits une « agriculture de deuxième génération », le Cameroun a signé avec Eximbank-Inde une convention de crédit de 17 milliards de FCFA pour le développement de 5 000 hectares de maïs, 5 000 hectares de riz, ainsi que l’achat de 1 000 tracteurs agricoles, de matériel d’irrigation et le transfert de technologie. Le projet qui a démarré durant le Comice agro-pastoral d’Ebolowa en janvier 2011 semble très loin d’atteindre les objectifs qui lui sont assignés et la tutelle de cette opération a été transférée du ministère en charge de l’Économie au ministère de l’Agriculture. Trois autres groupes d’opérateurs privés chinois, singapourien et américain dans le secteur agricole ont signé des conventions d’établissement avec l’État du Cameroun. Leur apport devra à terme, transformer le paysage agricole du pays avec respectivement 60 000, 200 000 et 40 000 hectares de plantations de palmiers à huile et d’hévéa, soit un investissement cumulé de plus de 1 500 milliards de FCA sur 6 ans. Au final, si certains des projets cités commencent à prendre corps, la majorité n’a

pas, à ce jour, connu un début effectif des travaux. En effet, une nouvelle découverte « toute camerounaise », consiste à créer autour de ces projets des coordinations et des directions de projets. Leur spécificité repose ici sur un ensemble de fonctions diffuses et des budgets élevés...des entités parfois financièrement plus épanouies que des ministères classiques. C’est le cas pour les projets de Memve’ele, le suivi du projet du Port de Kribi ou de HydroMekin qui ont tous la particularité d’avoir leurs locaux et leurs personnels à Yaoundé, soit à plus de 250 km des lieux d’opérations et dont les personnels n’ont pas nécessairement le profil de postes réputés pourtant techniques. La création par Paul Biya d’un Comité à la présidence de la République chargé du suivi de tous les grands projets prouve la volonté du chef de l’État de se débarrasser de toutes ces pesanteurs et voir tous ces projets aboutir à temps. Bien que les missions de cette structure ne soient pas encore officiellement connues, bon nombre d’observateurs souhaitent qu’elle assure la coordination économique et stratégique de ces projets, afin que le Chef de l’État dispose à temps de l’information et des solutions face aux problèmes posés par le retard actuel pris sur le début de leur exécution.

DIFCOM / DF - PHOTOS : RENAUD VAN DER MEEREN /JAGUAR SAUF MENTION.

T

rouver un logement décent à Douala, Yaoundé, Ebolowa ou Bafoussam est un véritable miracle. Le logement social des années 1980 de la Société Immobilière du Cameroun (SIC) est passé aujourd’hui au logement de luxe pour les couches sociales moyennes et aisées. L’offre en logements est insuffisante par rapport à une demande réelle et toujours croissante de façon exceptionnelle. Le gouvernement a lancé un programme de 10 000 logements sociaux à Yaoundé et à Douala en 2008 sur financements des pouvoirs publics ; parallèlement des opérateurs privés se sont lancés dans le développement de petits projets d’habitat social avec plus ou moins de fortunes. En coopération avec la Chine, le gouvernement du Cameroun a obtenu un prêt d’Eximbank-Chine pour la construction de 1 500 logements sociaux au Cameroun, dont 600 à Douala et 600 autres à Yaoundé ; des chiffres malheureusement en-dessous d’une demande estimée officiellement à 100 000 logements à l’horizon 2015. Très vite, le programme du gouvernement s’est avéré un fiasco tant au niveau des études que de sa réalisation. Face à ce déni politique, les principaux dirigeants des structures étatiques en charge du logement social viennent d’être remplacés.

V. KRIVOSHEEV/FOTOLIA

Logements sociaux


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TRIBUNE

Opinions Opin & éditoriaux

DR

M ANGÉLIQUE KIDJO Chanteuse béninoise et ambassadrice itinérante de l’Unicef, à l’origine de la Fondation Batonga

ON PÈRE n’était assurément pas quelqu’un d’ordinaire: en dépit des pressions de son entourage, il a choisi de scolariser ses dix enfants, et parmi eux trois filles, malgré son modeste salaire de postier béninois. Il m’a fallu des années pour me rendre compte que sa détermination, à l’époque, était révolutionnaire. J’ai commencé à chanter sur scène à l’âge de 6 ans. Lorsque, à l’adolescence, j’ai commencé à gagner ma vie grâce à la chanson, j’ai demandé à mon père: « Pourquoi dois-je continuer à aller à l’école ? » Il m’a répondu : « Comment veux-tu comprendre le monde dans lequel tu vas chanter si tu ne le connais pas ? Être un vrai artiste, c’est avoir une vaste culture, être ouvert sur le monde et sa richesse. » Je suis donc restée à l’école. Ce n’était pas facile pour moi, car je devais parfois interrompre mes cours pour partir en tournée. Mais aujourd’hui je suis certaine d’une chose: en veillant à ce que ses filles poursuivent leur scolarité, il nous a assuré à toutes les trois un bon avenir.

Mais attention ! Les filles ne doivent pas seulement aller à l’école… elles doivent aussi y rester. Quand, avec l’Unicef, j’ai fait la promotion de leur éducation, j’ai compris que l’école primaire ne suffirait pas à changer le cours des choses. Le passage dans le secondaire a lieu à un âge crucial : c’est à la puberté que la pression est la plus forte pour renvoyer les filles à la maison afin qu’elles aident aux tâches ménagères ou bien pour les marier à un homme beaucoup plus âgé qu’elles.

C’est à la puberté que la pression est la plus forte pour renvoyer les filles à la maison ou pour les marier.

Je rêve que tous les parents du continent puissent suivre l’exemple de mon père, qui a résisté vaillamment aux moqueries des voisins et du reste de la famille. Les statistiques parlent d’elles-mêmes: d’après les Nations unies, une fille née dans un pays en voie de développement se mariera quatre ans plus tard et aura deux enfants de moins si elle passe au moins sept années à l’école. Et elle comprendra bien mieux les messages de santé publique, diffusés parfois en vain. Chaque année de lycée supplémentaire augmentera son futur salaire de près de 20 %. Et près de 90 % de ce salaire sera réinvesti par la future maman au bénéfice de sa famille. Au-delà de tous ces chiffres, l’éducation offre aux jeunes filles l’indépendance d’esprit, la conscience que la vie est faite de choix et qu’elles ne sont pas juste l’enfant de leur père ou l’épouse de leur mari. Est-ce la peur de perdre le contrôle sur les femmes qui explique le manque de volonté politique pour améliorer leur scolarisation ? Une fille africaine éduquée n’est pas une menace. Et une femme qui est L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

l’égale de son époux renforce les liens conjugaux. L’importance du rôle de la femme dans les sociétés africaines n’est plus à prouver : elle cultive les champs, s’occupe des enfants et s’investit dans le commerce.

J’ai aussi discuté avec de nombreuses élèves soutenues par la Fondation Batonga, qui attribue des bourses d’études secondaires en Afrique. Leurs rêves sont sans limites. Un jour, l’une d’elles, étudiante à Parakou, me disait vouloir devenir présidente du Bénin. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu en souriant : « Pensez-vous qu’aujourd’hui les hommes ont vraiment fait leurs preuves ? » Lorsqu’elle était jeune fille, au Kenya,Wangari Maathai a bénéficié d’une bourse de la Fondation Kennedy. En 2004, elle a reçu le prix Nobel de la paix. L’an dernier, j’ai eu la chance de chanter lors de la cérémonie de remise de ce même prix, à Oslo. Il récompensait trois femmes, dont deux Libériennes [Ellen JohnsonSirleaf, Leymah Gbowee et laYéméniteTawakkul Karman, NDLR]. Ce qu’elles ont accompli grâce à leur éducation m’a fait monter les larmes aux yeux. Elles nous montrent le chemin qui mènera à un changement décisif en Afrique. Ce chemin ne sera pas facile, car il y a beaucoup de résistance de la part des familles et de la société. Mais je sens venir un mouvement de fond qui soutient les jeunes filles d’Afrique. Et, grâce à la persévérance de mon père, je prends la parole pour interpeller les leaders du monde entier et faire avancer cette cause. ● JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

TENDANCES

Éducation: ce que je dois à mon père


62

Tendances

CROISSANCE

L’Afrique fait de la résistance

Alors que même la Chine et l’Inde sont touchées par la morosité ambiante, le continent se distingue par son dynamisme. Le PIB de la zone subsaharienne devrait progresser de plus de 5 % en 2012. JEAN-MICHEL MEYER

L

e continent tiendra-t-il le choc en 2012? Malgré les prévisions de plus en plus pessimistes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), l’Afrique échappe à la tourmente générale – à tel point que la zone subsaharienne devrait voir son PIB progresser de plus 5 % cette année. Mais pour combien de temps? La région résistera-t-elle longtemps, alors que les pays industrialisés devraient connaître une récession ou, au mieux, une croissance anémiée, et que les principales économies d’Asie devraient lever légèrement le pied ? Difficile d’y voir clair. En janvier, la Banque mondiale a encore revu à la baisse la perspective de croissance de l’économie mondiale en 2012. Il n’y aura pas de miracle cette année ni même, peut-être, en 2013. L’institution ne laisse guère planer de doute quant à une éventuelle embellie dans son rapport publié le 18 janvier. « Nous avons revu à la baisse nos prévisions d’août dernier », explique Andrew Burns, du groupe d’étude des perspectives de développement de la Banque mondiale. « En janvier 2012, le monde se trouve dans une situation correspondant aux scénarios pessimistes envisagés il y a seulement six mois », précise le rapport. RALENTISSEMENT. Conséquence ? Cette année,

la croissance mondiale atteindra 2,5 %, contre une prévision de 3,1 % à l’automne dernier. Et elle devrait passer à 3,1 % en 2013 (3,6 % prévus initialement). Dans le détail, les prévisions de croissance des pays avancés ont été ramenées à 1,4 % en 2012 et à 2 % en 2013, et celles des JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

pays en développement à 5,4 % cette année et à 6 % l’an prochain. Même les économies chinoise et indienne ralentissent, avec des progressions de PIB attendues entre 6 % et 8 %. Et l’Afrique ? « Les perspectives de croissance n’ont pas changé et elles restent autour de 5 % à 6 % », assurait fin février Thierry Tanoh, vice-président de la Société financière internationale (SFI, du groupe Banque mondiale), chargé notamment de l’Afrique subsaharienne. Toutefois, les prévisions ne sont pas les mêmes au nord qu’au sud du Sahara. L’Afrique subsaharienne sera la seule région du monde (ou presque) à voir sa croissance accélérer en 2012, avec un PIB en hausse de 5,3 %, contre 4,9 % en 2011, selon la Banque mondiale. En 2011, ce taux a même atteint 5,9 % si l’on ne tient pas compte de l’Afrique du Sud, qui représente plus d’un tiers du PIB régional. L’intensification des flux d’investissements, l’augmentation des dépenses de consommation et le lancement de nouvelles exportations de minerais dans plusieurs pays accéléreront la croissance de cette zone, qui pourrait atteindre 5,6 % en 2013, indique la Banque

LE CLIMAT DES AFFAIRES S’ADOUCIT INTITULÉE « Entreprendre dans un monde plus transparent », l’édition 2012 du rapport « Doing Business » de la Banque mondiale salue les efforts consentis par les pays émergents, particulièrement en Afrique, pour améliorer le climat des affaires. « L’an passé, 78 % des pays africains ont au moins engagé une réforme », précise Jean-Michel Lobet, l’un des auteurs. Un record pour le continent. Pour la quatrième année de suite, Maurice est le premier pays africain du classement (à la 23e place), suivi de l’Afrique du Sud (35e), du Rwanda (45e) et de la Tunisie (46e). Mention spéciale pour le Maroc: trois réformes engagées en 2011 (concernant le permis de construire, la protection des investisseurs et le paiement des taxes) le font passer de la 115e à la 94e place. « Le Maroc est un très bel exemple pour les autres pays dans ce domaine, avec un processus de concertation enclenché par le gouvernement entre le public et le privé pour trouver le bon équilibre dans les J.-M.M. réformes », explique Jean-Michel Lobet. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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WILLIAMS GRAEME/AFRICAMEDIAONLINE/SIPA

tendances

mondiale. Mais ce scénario reste bien fragile. Une récession dans la zone euro aurait un impact négatif immédiat sur les exportations africaines, les cours des matières premières, les recettes du tourisme, les investissements directs étrangers ou encore les transferts d’argent des émigrés. la grande inconnue. Quant à l’Afrique du

Nord et au Moyen-Orient, le climat économique y sera plus tempéré. Après un petit 1,7 % l’an passé, la croissance devrait rester modérée en 2012 (2,3 %) avant de remonter en 2013 (3,2 %). Outre les bouleversements politiques qui agitent les pays de la région, leur exposition à l’économie de la zone euro les handicape, ce qui se ressent dans les échanges de marchandises et dans le tourisme, qui a enregistré un recul sans précédent en 2011 : 30 % de visiteurs en moins en Égypte et 55 % en Tunisie. L’avenir de ces pays finira néanmoins par s’éclaircir. « La région pourrait encore connaître une année de grandes difficultés, c’est une hypothèse. Mais à moyen et long terme, la croissance reviendra et se renforcera », assure Andrew Burns, l’expert de la Banque mondiale. Reste la grande inconnue: et si la crise s’amplifie au fil de l’année ? « Personne ne sera épargné, redoute l’économiste de la Banque mondiale. Les taux de croissance des pays développés comme ceux des pays en développement pourraient connaître une chute égale ou même supérieure l’état de l’afrique • 2012

p Dans un supermarché De

Johannesburg (Afrique du Sud). La classe moyenne naissante contribue à la bonne santé de l’économie régionale.

à celle de 2008 et de 2009. On ne saurait trop insister sur l’importance de disposer de plans d’urgence dans ces circonstances et de conseiller aux pays de réaliser des stress-tests pour juger de leur vulnérabilité », avertit Andrew Burns. Car la crise européenne s’étend et affecte les pays émergents depuis août 2011. « Ce phénomène est compliqué par un ralentissement endogène des principales économies émergentes, comme le Brésil, l’Inde ou la Chine, qui voient leur croissance baisser sous l’effet des politiques anti-inflationnistes qu’ils ont adoptées. » contagion. Éléments tangibles de cette conta-

gion : au second semestre 2011, les flux de capitaux vers les pays en développement exportations, tourisme… ont chuté de 45 %, une récession dans la zone euro à 170 milliards de aurait un impact très négatif. dollars (130 milliards d’euros), contre 309 milliards durant la même période en 2010. Et les émissions obligataires ont été divisées par deux dans ces pays, tandis que les émissions d’actions ont plongé de 80 %, à 25 milliards de dollars, au détriment surtout de la Chine et du Brésil. La rareté des capitaux en circulation à l’échelle mondiale, la chute des cours des matières premières et du pétrole (de – 20 % à – 40 %) ainsi que la baisse des transferts d’argent des migrants l l l jeune afrique hors-série n o 30


tendances

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Un continent à deUx vitesses

Source : Banque mondiale, janvier 2012

pays

prévisions de croissance 2012

prévisions de croissance 2013

Moyenne afrique subsaharienne Gabon RD Congo Cameroun Côte d’Ivoire Sénégal Moyenne Maghreb

+ 5,3 %

+ 5,6 %

+ 5,1 % +6% + 4,1 % + 4,9 % + 4,4 % + 3,1 %

+ 4,1 % +8% + 4,6 % + 5,5 % + 4,4 % + 3,4 %

Algérie Maroc Tunisie

+ 2,7 % +4% + 2,5 %

+ 2,9 % + 4,2 % + 3,2 %

(– 6,3 % dans le monde) pourraient accroître cette année les effets de la crise dans les pays en développement. Ce qui n’est pas rassurant, car la marge de manœuvre économique et fiscale des États s’est réduite depuis 2008. Les taux d’intérêt appliqués lll

à la dette souveraine des pays en développement sont en hausse depuis août 2011, sous l’effet d’une perte de confiance généralisée. C’est d’autant plus inquiétant, note la Banque mondiale, que la dette à court et à long terme de nombre de ces États a augmenté ; ceux-ci pourraient rencontrer des difficultés à la financer si l’économie mondiale se resserrait. Or ils ont beaucoup moins de moyens financiers qu’en 2008 pour résister à la crise et lancer des plans contre-cycliques : « 44 % des pays en développement affichent un déficit public supérieur ou égal à 5 % de leur PIB en 2012 », note la Banque mondiale. avenir prometteur. Malgré toutes ces

embûches et la fragilité de la situation économique mondiale, le continent résiste et échappe à tous les scénarios catastrophe – pour l’instant. Et, s’il parvient à surmonter la crise, il aura un avenir très prometteur. « L’Afrique subsaharienne est l’un des moteurs de la croissance mondiale, même si elle reste encore un petit moteur. C’était aussi le cas de la Chine il y a vingt ans. Espérons que l’Afrique suivra le même chemin », note Andrew Burns. l

Bénéficier du bon éclairage ouvre de nouvelles perspectives Deloitte, ce n’est pas seulement un leader des services professionnels fortement implanté en Afrique francophone et sur le reste du continent depuis plus de trente ans. C’est aussi une offre de services multidisciplinaires. Forts de nos expertises sectorielles, combinant la qualité de nos ressources locales et l’apport de compétences du réseau Deloitte, nous proposons aux acteurs économiques et institutionnels, privés ou publics, des solutions sur mesure.

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TRIBUNE

Opinions Opin & éditoriaux

Une crise riche en enseignements

VINCENT FOURNIER/J.A.

ABDOULAYE BIO TCHANÉ Président d’Alindaou Consulting International, ancien directeur du département Afrique du FMI et ex-président de la Banque ouest-africaine de développement

Pour la juguler, certains pays d’Europe tels que la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Italie et l’Espagne ont pris des mesures draconiennes d’austérité. Au niveau budgétaire : réduction des dépenses, notamment sociales, augmentation des impôts et adoption de réformes pour garantir une meilleure orthodoxie. Au niveau financier : surveillance plus rigoureuse et restructuration des systèmes bancaires. Au niveau structurel : libéralisation de certains secteurs de l’économie et du marché de l’emploi. Ces mesures font dire que le fameux consensus de Washington – nom donné dans les années 1980 aux plans d’ajustement conseillés par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale aux pays en développement souffrant d’une dette insoutenable – a le vent en poupe à Bruxelles. En effet, comme les Africains pendant les années 1980, les populations européennes vivent au jour le jour les affres de la crise. Les fonctionnaires de l’administration grecque, les chômeurs du Portugal, les « Indignados » d’Espagne ont en commun leur révolte contre les mesures d’économies prises par leurs gouvernements respectifs.

qu’un endettement trop élevé appelle nécessairement des ajustements drastiques. Ensuite, l’État doit jouer son rôle dans l’économie tout en laissant les marchés évoluer aussi naturellement que possible. Il doit continuer à assumer sa fonction de régulateur afin de veiller à ce que tous les acteurs respectent les règles du jeu. Dans son rôle régalien, il a aussi le devoir de protéger les populations. En outre, l’intégration économique est nécessaire. Les pays de l’Union européenne en ont montré les avantages. Plus on est solidaires, mieux on résiste aux chocs. Le paradoxe de la présente crise est qu’elle semble moins affecter les pays pauvres et les pays émergents. L’essor de ces derniers donne aujourd’hui plus de visibilité au G20 qu’au G8. Bien que cela n’ait pas bouleversé substantiellement l’ordre économique, la montée en puissance des économies émergentes est évidente.

L’Afrique devra d’abord compter sur elle-même pour mobiliser les fonds nécessaires à son développement.

Au-delà de l’ironie de cette situation, l’actuelle crise internationale est porteuse d’un certain nombre d’enseignements pour l’Afrique. D’abord, aux mêmes maux les mêmes remèdes: le consensus deWashington montre L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

L’Afrique devra d’abord compter sur ellemême pour mobiliser les fonds nécessaires à son développement. Alors même que les pays du G8 n’ont pas pu honorer la promesse qu’ils avaient faite en 2005 de porter à 50 milliards de dollars l’aide publique pour le continent, il est intéressant de constater la célérité avec laquelle les États-Unis et l’Europe ont réuni les énormes ressources grâce auxquelles ils ont soutenu leur économie ces dernières années. Ces leçons ne sont ni exhaustives ni définitives, car la crise n’a pas encore livré sa dernière surprise. L’Afrique doit donc rester vigilante si elle veut saisir les opportunités qui se présentent au moment où, pour une fois, il existe un consensus des analystes sur le fait que le continent connaît depuis plusieurs années une croissance solide. Une meilleure gestion des ressources minières et du potentiel agricole, une jeunesse mieux formée et plus entreprenante, et une volonté de réformer plus affirmée: autant d’évolutions déjà perceptibles qui peuvent justifier l’optimisme de ceux qui pensent que le temps de l’Afrique est venu. ● JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

TENDANCES

L

A CRISE ÉCONOMIQUE QUI A COMMENCÉ aux États-Unis a eu des conséquences effroyables sur la planète. D’abord financière – elle a débuté par la faillite des subprimes, des crédits hypothécaires difficilement recouvrables –, elle s’est ensuite étendue au reste de l’économie. Son ampleur a conduit les gouvernements à allouer des ressources massives de liquidités. Aux États-Unis, plus de 1 500 milliards de dollars (1 100 milliards d’euros) ont été injectés dans l’économie entre 2008 et 2009, tandis que les Européens y affectaient plus de 1000 milliards de dollars. Mais, depuis, le problème a pris une autre tournure en devenant purement et simplement une crise de la dette.


Tendances

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Économie Les islamistes à la manœuvre Au Maroc, en Tunisie et en Égypte, des partis religieux ont remporté les élections en 2011. Arrivés aux affaires dans un contexte difficile, inexpérimentés, parviendront-ils à tenir leurs promesses ? ð Principal défi pour le nouveau gouvernement tunisien : réduire le chômage. CES DIPLÔMÉS SANS EMPLOI OCCUPENT UNE IMPASSE ENTRE DEUX MINISTÈRES, LE

28 MARS 2012.

MARTIN BARZILAI/PICTURETANK

aussi hors du pays. Traditionnellement tournée vers l’Europe, la Tunisie s’ouvre désormais à d’autres coopérations, notamment avec les pays du Golfe. En pointe, l’insatiable Qatar (lire p. 29), qui s’est porté acquéreur de bons du Trésor pour un montant de 380 millions d’euros et dont les émissaires se pressent à Tunis pour annoncer de grands projets. APPRENTIS. Reste que le manque

D

e tous les mouvements islamistes arrivés au pouvoir, le parti tunisien Ennahdha est celui dont les orientations économiques étaient les plus lisibles. Dès leur élection, ses représentants ont rassuré le secteur privé en clamant leur adhésion aux lois du marché. De la Bourse de Tunis aux cénacles patronaux, Ridha Saïdi a pris son bâton de pèlerin pour convaincre : « Nous sommes certes un parti islamique, mais modéré, avec la volonté de bâtir une Tunisie ouverte », déclarait-il à la fin de 2011 dans Jeune Afrique. Un message reçu avec circonspection dans les milieux d’affaires. La reconduction du plan de soutien aux diplômés

d’expérience gouvernementale des islamistes tunisiens inquiète. Rached Ghannouchi, leader historique d’Ennahdha, qualifie lui-même ses troupes d’apprenties en la matière. Pas sûr que la prévision de croissance du gouvernement pour 2012 (3,5 %, soit un point de plus que ce qu’annonce la Banque mondiale) soit atteinte.

sans emploi, l’aide aux familles les plus démunies, la subvention des produits de première nécessité, la construction de logements sociaux… Toutes ces mesures seront en partie financées grâce à une contribution exceptionnelle des salaLa victoire d’Ennahdha et du PJD riés, mais aussi des entreplaît aux investisseurs du Golfe, prises. Les prélèvements fiscaux effectués en 2012 qui dévoilent de nombreux projets. devraient être supérieurs d’environ 620 millions d’euros au monEn effet, sur le plan social, les diftant prévu dans la loi de finances adopficultés se sont accumulées en début tée fin 2011. d’année. D’abord avec l’Union générale Mais la réussite du projet de transition tunisienne du travail (UGTT), qui a d’Ennahdha et de ses alliés du Congrès perturbé le fonctionnement de certaines pour la République (CPR, gauche natioentreprises comme Tunisie Télécom ou naliste) et d’Ettakatol (centre) se jouera le Groupe chimique tunisien, même si le

Mohamed Najib Boulif MAROCAIN, 48 ANS

Ministre délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance MARC GRUNDMAN/AMP PRESS

DÉPUTÉ DE TANGER sous les couleurs du Parti de la justice et du développement (PJD) depuis 2002, cet économiste formé en France et au Maroc réfléchit depuis longtemps à la déclinaison budgétaire du programme de sa formation. Connu pour son sens de la conciliation et apprécié des milieux d’affaires, il est un rouage essentiel du gouvernement Benkirane en matière économique. ● JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Ridha Saïdi

TUNISIEN, 49 ANS

gouvernement et le syndicat semblent, depuis, avoir renoué les fils du dialogue. Ensuite avec les salafistes, qui font beaucoup parler d’eux : agressions, occupations de sites, etc. (lire p. 16). « Quel est l’investisseur qui acceptera de mettre son argent dans un pays où la fumée s’élève de toutes parts ? » s’interrogeait Samir Dilou, porte-parole du gouvernement, au mois de janvier, alors que les investissements directs étrangers (IDE) affichaient un recul de plus de 29 % en 2011. De leur retour dépendra en grande partie la réussite des islamistes en matière économique. CAISSES VIDES. Au Maroc, le Parti de la justice et du développement (PJD), arrivé en tête des élections législatives du 25 novembre 2011 (avec 107 sièges remportés sur 395), poursuit sa difficile mutation en parti de gouvernement. Si Abdelilah Benkirane, le nouveau chef du gouvernement islamiste, a affirmé dans sa déclaration de politique générale, le 19 janvier, vouloir ramener en cinq ans le chômage à 8 % (contre 9,1 % officiellement aujourd’hui) et en finir avec l’économie de rente, sa tâche ne sera pas aisée. Pour d’évidentes raisons financières, mais aussi politiques et institutionnelles. D’abord, en arrivant aux affaires, le gouvernement Benkirane a trouvé les caisses de l’État vides. Certes, à la différence des autres pays du Maghreb, le royaume chérifien a bénéficié d’une croissance de 4,6 % en 2011 (contre 1,2 % L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

en Égypte et – 1,8 % en Tunisie) ; mais LIBRE-ÉCHANGE. Enfin, en Égypte, le le pays sortait à la fin de l’année d’une Parti de la liberté et de la justice (PLJ, campagne agricole déficitaire et d’une émanation des Frères musulmans), saison touristique difficile (avec des arrivé en tête des législatives à la fin de recettes en baisse de 20 % à 40 % pour l’année, n’a pas encore la main sur le les hôtels de Marrakech). Le déficit budgouvernement, toujours dominé par gétaire atteignait 3,7 milliards d’euros en les militaires. Il a affirmé son attachenovembre 2011 – du fait notamment de ment au libre-échange et à une activité l’accroissement (+ 15,6 %) des dépenses boursière ouverte à tous, indiquant au de la Caisse de compensation, chargée passage qu’il n’était pas favorable aux de subventionner les produits de base. À la même date, le déficit commercial nationalisations. La formation islamiste atteignait 14,7 milliards d’euros, creusé compte notamment mettre en place des par la crise en Europe, principal client institutions de charité liées à la zakat, du royaume. l’aumône musulmane, mais aussi dévePar ailleurs, les islamistes ne tiennent lopper la banque de détail islamique. pas toutes les manettes de l’économie. Reste un domaine où le monde des Dans le gouvernement de coalition affaires attend beaucoup des islamistes: nommé le 3 janvier 2012, le PJD a choisi celui de l’intégration économique régiode se consacrer d’abord aux dossiers nale. À titre d’exemple, les échanges avec sociaux et a laissé des portefeuilles économiques Le monde des affaires attend importants à ses alliés. C’est beaucoup de cette vague verte en ainsi Nizar Baraka (Istiqlal) matière d’intégration régionale. qui a reçu l’Économie et les Finances. Quant au ministère du Tourisme – un secteur qui repréles autres pays du Maghreb ne représente 14 % du PIB –, c’est Lahcen Haddad, sentent encore que 2 % du commerce du Mouvement populaire (centre), qui extérieur marocain! Le nouveau ministre l’a obtenu. Si l’économiste tangérois du des Affaires étrangères du royaume chéPJD, Mohamed Najib Boulif, ministre rifien, Saadeddine El Othmani (PJD), s’est délégué chargé des Affaires générales ainsi rendu en Algérie dès le 23 janvier. et de la Gouvernance, joue un rôle pivot Un pays où les législatives, prévues en au sein du gouvernement, les clés de mai prochain (lire p. 20), pourraient l’économie marocaine sont ailleurs. favoriser l’émergence de partis islamistes Malgré la déferlante électorale qui a modérés. ● porté le PJD au pouvoir, les islamistes JULIEN CLÉMENÇOT et CHRISTOPHE LE BEC JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

TENDANCES

ANCIEN CADRE dirigeant de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), diplômé en gestion, ce militant islamiste a passé seize ans dans les geôles de Ben Ali. Artisan du programme économique d’Ennahdha, proche du Premier ministre, Saïdi est réputé modéré. Pour compenser son manque d’expérience politique, il n’hésite pas à solliciter des avis avant de statuer, y compris en dehors de son camp. ●

ONS ABID

Ministre délégué chargé des Dossiers économiques

sont condamnés à composer avec les grands patrons, tels le puissant Aziz Akhannouch, président du groupe Akwa (présent notamment dans le commerce des hydrocarbures et l’immobilier), qui a conservé le ministère de l’Agriculture. De fait, même si certains politiciens islamistes s’étaient fait connaître en s’opposant publiquement à de grands travaux comme le TGV Tanger-Casablanca ou certains projets d’autoroutes, il y a peu de chances que ceux-ci soient remis en question. Les investisseurs étrangers, nombreux à bénéficier de contrats d’infrastructures, ont encore de beaux jours devant eux. Point positif, comme en Tunisie : la victoire du PJD plaît aux investisseurs du Golfe, ainsi qu’en témoigne l’accord signé le 24 novembre 2011 avec le Qatar, le Koweït et Abou Dhabi pour investir 2 milliards d’euros dans des projets touristiques.


Tendances

Sven TORFInn/PAnOS-ReA

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Côte d’Ivoire Le retour de l’éléphant Diplomatie, sécurité, économie… Après plus d’une décennie de crises, Abidjan s’active sur tous les fronts pour retrouver son rôle de locomotive ouest-africaine.

D

ébutmars,àAbidjan,dansune salle rénovée de l’Hôtel Ivoire, la 7e conférence de l’Alliance des libéraux et démocrates d’Europe, du Pacifique, d’Afrique et des Caraïbes (Aldepac) s’ouvre avec faste, en présence du président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), vice-président de l’Internationale libérale. La métropole accueille pendant trois jours les leaders libéraux et la Côte d’Ivoire redevient un pays fréquentable. L’année dernière, à la même époque, les dirigeants internationaux qui osaient se rendre à Abidjan ne prenaient pas le risque d’y passer deux nuits consécutives sans une escorte onusienne particulière. Les temps ont changé. Avant le coup d’État de 1999 qui a ouvert la voie à une succession de crises, la Côte d’Ivoire tenait avec fierté son rôle de leader de l’Afrique de l’Ouest francophone.Depuisledébutdel’année2012,les autorités multiplient les offensives diplomatiques et les initiatives économiques jeune AFRIque hORS-SéRIe n O 30

p Le cacao est L’une des principaLes qui fournit à lui seul 40 % de la production mondiale.

richesses du pays,

Tiémoko Meyliet Koné au poste de gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), dont l’intérim, après l’éviction du très proGbagbo Philippe-Henri Dacoury-Tabley, était assuré par son compatriote JeanBaptiste Compaoré. Les voisins ont réactivé leur coopération bilatérale, gelée après l’éclatement de la crise de 2002, puis reprise à la faveur de l’accord politique de Ouagadougou en 2007 et interrompue à nouveau en 2010, après le premier tour de la présidentielle

pour retrouver cette place. Illustration de cette ambition: l’élection d’ADO à la tête de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), mi-février 2012. Depuis la création de l’organisation il y a trente-sept ans, c’est la première fois qu’un chef d’État ivoirien la préside. Illustration de cette nouvelle Ouattara ne cache pas son ambition : l’élection d’aDO à la ambition de placer Abidjan tête de la Cedeao, mi-février 2012. au cœur de la communauté sous-régionale, et redonner ivoirienne. « Les relations entre les deux ainsi aux Ivoiriens leur fierté perdue. « Le leadershipde300millionsd’habitants,c’est pays sont aujourd’hui décomplexées, important, se réjouit Ouattara. Nos comcommenteun diplomate.LeBurkinaFaso patriotes, j’en suis sûr, en sont très fiers. » reconnaît le leadership de son puissant voisin du Sud, et la Côte d’Ivoire respecte sans réserve. Sur le plan politique, son voisin enclavé du Nord. » l’axe Abidjan-Ouagadougou n’a jamais Abidjan bénéficie aussi de la perte aussi bien fonctionné depuis la dispad’influence du Sénégal. La candidature rition de Félix Houphouët-Boigny. Allié très controversée d’Abdoulaye Wade à de longue date de Ouattara, le Burkinabè la présidentielle et les menaces d’insBlaise Compaoré a soutenu sans réserve, tabilité politique qu’elle a suscitées ont fin mai 2011, la candidature de l’Ivoirien terni l’étoile de Dakar, qui jouait un rôle l’état de l’afrique • 2012


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UN POIDS LOURD AU SEIN DE L’UEMOA

de leader dans la résolution des conflits de la sous-région et dans la proposition de mécanismes de gouvernance économique, tel le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), piloté avec l’Afrique du Sud. ENTENTE. La reprise de sa participation auplushautniveauauConseildel’entente est une autre illustration de l’ambition de la Côte d’Ivoire de reprendre sa place auseindelacommunautéouest-africaine. Début décembre 2011, Abidjan a signé son retour officiel au sein de cette organisation de coopération sous-régionale, à vocation économique. Le Conseil de l’entente a été créé à la veille des indépendances sous l’impulsion, entre autres, d’Houphouët-Boigny. L’objectif à cette époque était clair : contrecarrer l’expansion économique des pays situés plus au nord de l’Afrique occidentale, emmenés par le Sénégal de Léopold Sédar Senghor. En décembre 2011, le chef d’État ivoirien et ses pairs béninois, burkinabè, nigérien et togolais ont décidé de relancer le projet de boucle Cotonou-Parakou-NiameyKaya-Ouagadougou-Abidjan, afin d’encourager « un maillage plus vaste des réseaux ferroviaires des États membres ».

L’axe Abidjan-Abuja a également été réactivé après la crise postélectorale. Crise dont larésolution est à mettre notamment au compte du chef de l’État nigérian, Goodluck Jonathan, qui était alors président de la Cedeao. Avec le pays le plus peuplé d’Afrique de l’Ouest, jusque-là considéré comme le rival anglophone de la Côte d’Ivoire, ADO a opté pour la coopération, sur le modèle du couple franco-allemand. Le marché nigérian suscite l’intérêt des hommes d’affaires ivoiriens, que Laurent Gbagbo encourageait en son temps à partir à la conquête de débouchés sur le continent – et sur ce sujet le libéral Ouattara a le même point de vue que son prédécesseur socialiste. « Je considère que le bien-être des Ivoiriens devra s’améliorer, déclarait-il en février. Avec la possibilité d’avoir un marché plus large au niveau ouest-africain. Je prends un exemple : si nous devenons autosuffisants en riz, dans quatre ou cinq ans, comme je l’espère, nous devrons exporter le surplus vers les autres pays comme le Nigeria, qui est un vaste marché avec ses 150 millions d’habitants. Si nous réhabilitons notre infrastructure industrielle, nous pourrons également exporter. » Et

vair Gabon, nde pour Ser o m u d t û Le go des normes respectueux c’est d’être cités locales. et des spécifi es al n io at rn inte aérienne restauration la e d rs ie ét m Le goût des aires. es aéroportu ux des servic ce e d i ss au et répondre service pour u d t û go le Et bien sûr, rs des passage quotidiennes s te n te at x au de Libreville. international rt o p o ér l’a e d

GRAND SOUCI. Avec la Guinée, le Liberia

et la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire mise sur une plus grande coopération en matière de sécurité transfrontalière au sein de l’Union du fleuve Mano (dont elle n’est cependant pas encore officiellement membre). En effet, la sécurité – « le grand souci », pour Ouattara – est un autre élément de la stratégie ivoirienne pour reprendre la main en Afrique de l’Ouest.Avecl’appuides Américainsetdes Français, le nouveau président compte faire de son pays le point focal de la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), présent dans le nord du Mali (le voisin septentrional de la Côte d’Ivoire), mais aussi au Niger et en Mauritanie. ● ANDRÉ SILVER KONAN

Le goû t du mon de

www.servair.fr

TENDANCES

L’ÉCONOMIE se remet rapidement. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le taux de croissance ivoirien devrait dépasser + 8 % en 2012 (contre – 5,8 % en 2011), la prévision la plus élevée parmi les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).Toutefois, d’autres experts estiment que ce taux pourrait plutôt se situer autour de + 5 %. En 2009, la croissance du PIB ivoirien était de l’ordre de + 3,8 %, contre + 4,4 % pour le Mali (taux le plus élevé de l’UEMOA) et – 1,2 % pour le Niger (taux le plus bas). La Côte d’Ivoire pesait alors 33,2 % de la masse monétaire de l’UEMOA (dont le total atteignait 10653 milliards de F CFA, A.S.K. soit 16,2 milliards d’euros), contre 21,1 % pour le Sénégal. ●

pour cela la Côte d’Ivoire compte sur son secteur bancaire. Au premier trimestre 2012, l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI) a dressé son bilan annuel. Les banques du pays ont mobilisé 3 694 milliards de F CFA (5,6 milliards d’euros) au titre de l’année 2011, contre 3 136 milliards en 2010 et 2 395 milliards en 2008. Voilà la preuve de la relative santé financière d’un pays qui revient de loin et veut se donner les moyens de se faire respecter à nouveau. Signe de cette vitalité, l’expansion de la Banque internationale pour l’Afrique occidentale (BIAO, groupe NSIA), qui s’est installée en Guinée. Autre secteur porteur pour les entreprises ivoiriennes dans certains pays de la sous-région : le BTP. Avec notamment le Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics (GIBTP), ou la Société des entreprises Koman (SEK) qui s’est lancée avec succès sur le marché des travaux publics au Liberia.


Tendances

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TRIBUNE

Opinions Opin & éditoriaux

Les infrastructures, élément clé du développement

VINCENT FOURNIER/J.A.

L THIERRY TANOH Vice-président de la SFI, filiale de la Banque mondiale consacrée au financement du secteur privé

ES COUPURES D’ÉLECTRICITÉ, les routes défoncées, la faiblesse des réseaux de transport… Bref, la difficulté d’accéder à de bonnes infrastructures diminue la qualité de vie et constitue une menace pour la croissance économique de toute la région. On estime que si les infrastructures d’Afrique subsaharienne pouvaient atteindre le niveau de développement de celles de l’île Maurice, la croissance annuelle du PIB de la zone augmenterait de 2,3 points. Si rien n’est fait, leur mauvaise qualité continuera de peser longtemps sur le développement de cet espace. La conception d’infrastructures tenant compte de la démographie nécessite de nouvelles approches. Pour l’heure, les trois quarts des dépenses réalisées dans ce domaine sont financés par les contribuables et les consommateurs. Le financement privé est limité à des niches spécifiques. Les investissements privés les plus importants ont été réalisés dans les télécommunications (28 milliards de dollars, soit plus de 21 milliards d’euros), permettant à 60 % des Africains d’accéder à la téléphonie cellulaire. On peut aussi mentionner des investissements dans l’énergie (3 milliards) et les infrastructures portuaires (3 milliards). En revanche, les services de distribution d’eau et d’électricité ainsi que les chemins de fer et les routes ne suscitent pas autant d’engouement.

les transports sont les domaines nécessitant le plus de financements. Pour orienter les flux de capitaux privés vers les infrastructures, les gouvernements doivent élaborer un environnement réglementaire favorable, garantissant la libre concurrence pour ceux qui veulent investir. S’ils y parviennent, nous pouvons les aider à créer les conditions nécessaires au développement de partenariats public-privé (PPP) en Afrique subsaharienne. L’expérience de la Société financière internationale (SFI) a prouvé qu’il convient avant tout de dissiper les attentes irréalistes des partenaires, qu’il s’agisse des gouvernements ou des investisseurs. Pour créer une structure

Le besoin de financement est estimé à près de 93 milliards de dollars par an.

Le secteur de l’énergie reste l’un des plus sous-financés sur le continent. Plus de trente pays sont confrontés à des crises aiguës dans ce domaine. L’Afrique subsaharienne a besoin d’accroître de 7 000 MW sa capacité annuelle de production, mais seulement 13 % de ces besoins sont pris en compte à ce jour. De même, les coûts de transport dans la zone sont les plus élevés au monde. Cela pose un problème critique pour ce continent composé de petits pays, dont seize ne disposent pas de littoral. Le coût des besoins en infrastructures en Afrique est estimé à près de 93 milliards de dollars par an, dont un tiers pour le seul entretien. Environ 40 % des besoins sont liés au secteur de l’énergie. Après lui, l’approvisionnement en eau et l’assainissement ainsi que JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

viable, la répartition des risques doit se faire en fonction des capacités de chacun à les gérer et à les atténuer. En choisissant les bons projets, nous pouvons faire valoir les intérêts de toutes les parties. Entre 2000 et 2010, la SFI a participé à treize projets dans ce domaine sur le continent. Et nous en instruisons actuellement sept nouveaux, ce qui traduit une augmentation de ce type de partenariats par rapport à la dernière décennie. L’Afrique bénéficie d’abondantes ressources en énergies fossiles, ainsi que de ressources renouvelables dans les domaines de l’hydroélectricité, de la géothermie, du solaire et de l’éolien. Et le rôle du privé dans l’exploitation de ce potentiel va s’accroître grâce à la mise en place effective de PPP. Beaucoup de dossiers revêtent une dimension régionale en bénéficiant à plusieurs pays. C’est le cas du terminal à conteneurs du port de Lomé (Togo). Ce projet de 350 millions d’euros va permettre de créer un nouveau terminal de transbordement pour relier les ports plus petits aux réseaux de transport international. Il repose sur un investissement privé soutenu par un consortium de bailleurs de fonds internationaux. De tels succès permettent d’esquisser des solutions aux énormes défis en matière d’infrastructures en Afrique. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Laurent PaSCaL/totaL

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p La pLateforme pazfLor, inaugurée par Total le 22 novembre 2011, peut extraire 220 000 barils par jour.

Angola Un monde de brut

Le deuxième producteur d’or noir du continent peine à diversifier son économie. Une question cruciale à l’approche des élections législatives, prévues à la fin de l’année.

A

222 000 barils par jour supplémentaires et hisse la firme hexagonale au rang de premier opérateur du pays. En 2014, elle exploiteraunnouveauchamp(dénommé Clov), tandis que d’autres perspectives s’ouvrent encore. En décembre dernier, Total a en effet signé trois contrats avec la société nationale Sonangol, pour explorer les eaux très profondes (jusqu’à 3400 m) des blocs 40, 25 et 39. Le groupe et ses partenaires (outre Sonangol, le norvégien Malgré les revenus qu’il tire Statoil et le britannique de la manne pétrolière, l’état ne BP) espèrent réitérer les parvient pas à réduire la pauvreté. découvertes miraculeuses faites de l’autre côté de jets nigérians se multiplient. Mais les l’Atlantique en 2007, au large du Brésil (10 milliards de barils). Les deux pays, espoirs de Luanda restent légitimes, tant son potentiel est élevé. Pour preuve, les qui étaient soudés avant la dérive des investissements réalisés par la vingtaine continents, présenteraient de troublantes de sociétés pétrolières internationales similitudes géologiques. « Notre production augmente régulièactives dans le pays. rement et nous visons 2 millions de barils En novembre 2011, le français Total, par jour d’ici à 2013 », indiquait dans pour ne citer que lui, a ainsi mis en la foulée de l’inauguration de Pazflor production l’unité flottante Pazflor, un projet de 9 milliards de dollars (6,8 milJosé Botelho de Vasconcelos, ministre angolais du Pétrole. Entre 2000 et 2010, liards d’euros). Ce site apporte à l’Angola

vec 1,66 million de barils extraits quotidiennement en 2011, l’Angola devra encore patienter avant d’espérer fouler la première marche du podium africain des producteurs d’or noir. L’avance du Nigeria, fort de 2,4 millions de barils produits par jour (en 2010), ne pourra pas être rattrapée d’un coup de forage magique. D’autant que les pro-

jeune afrique hors-série n o 30

en dépit d’une guerre civile qui a duré vingt-sept ans et n’a pris fin qu’en 2002, la production affichée par Luanda a progressé de plus de 1 million de barils par jour. En 2011, cependant, elle a légèrement régressé par rapport à l’année précédente. La tendance globale n’est toutefois pas remise en question et aura un impact sur toutes les activités du pays. sAnté insolente. Selon le Fonds monétaire international (FMI), « le dynamisme persistant de la demande devrait alimenter une hausse de la production de pétrole et de gaz, et les activités non pétrolières, surtout dans le secteur public, sont soutenues par la remontée des recettes provenant des hydrocarbures – un schéma particulièrement évident en Angola ». D’autant que la Chine, moteur de la croissance mondiale, absorbe 40 % des exportations de pétrole du pays. Portée par un cours du brut supérieur à 100 dollars, la Sonangol a vu ses revenus progresser de 14 % en 2011, pour atteindre 33,7 milliards de dollars. Une l’état de l’afrique • 2012


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Une décennie de hausse Production de pétrole en milliers de barils/jour

2000

1875 1684

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santé insolente qui lui permet d’accélérer ses investissements, notamment en Angola. En 2011, elle a consacré pas moins de 6 milliards de dollars à la production, en rachetant par exemple 25 % du bloc 31 (en eau profonde) à l’américain Exxon Mobil. Elle est par ailleurs en négociation avec l’italien Eni pour construire à Lobito (ouest du pays) une raffinerie d’une capacité de 200 000 b/j, dont elle détiendrait 50 %. En revanche, la compagnie nationale (où Francisco de Lemos Maria a remplacé Manuel Vicente au poste de président du conseil d’administration) a essuyé quelques revers à l’étranger. En décembre 2011, elle a décidé d’interrompre ses opérations en Irak, où huit de ses camions ont été la cible de tirs de roquettes. Et, du fait des sanctions internationales imposées à l’Iran à cause de son programme nucléaire, la firme a également dû se retirer de ce pays. INFLATION. Les efforts consentis par

l’État pour faire de la Sonangol un acteur mondial du secteur de l’énergie illustrent aussi sa difficulté à diversifier l’économie nationale, un travers répandu chez les producteurs de pétrole africains, Algérie

2007

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et Nigeria en tête. Malgré les revenus qu’il tire de cette manne, il ne parvient ni à réduire la pauvreté ni à améliorer le quotidien des 19 millions d’Angolais. En dépit d’une très forte croissance économique depuis la fin de la guerre (le gouvernement attend 12,8 % en 2012), le taux d’alphabétisation n’a progressé que de 3 points entre 2001 et 2009 (à 70 %), et l’espérance de vie ne dépasse pas 50 ans. Certes, le PIB par habitant pourrait atteindre 5 390 dollars en 2012, contre 3 443 dollars il y a cinq ans. Mais cette augmentation a été grignotée par une inflation endémique, que le gouvernement du président José Eduardo dos Santos ne parvient pas à maîtriser : en 2011, les prix à la consommation ont progressé de 15 %, et le FMI prévoit pour 2012 une hausse de près de 14 %. La capitale, Luanda, confirme sa place de ville la plus chère d’Afrique. Le pays importe de fait une grande partie de ses biens de consommation et de ses produits alimentaires, malgré son immense potentiel agricole. Fin février, le secrétaire d’État à l’Industrie, Kiala Gabriel, s’inquiétait ainsi du prix du pain, indiquant au passage que

LE MPLA OMNIPOTENT. La pauvreté, la dépendance alimentaire ou encore la faible diversification de l’économie : tels sont les reproches les plus couramment adressés au président dos Santos. À ces critiques, le ministre du Pétrole répond : « Le pétrole représente 41 % de notre PIB, contre 65 % il y a encore quelques années. Nous voulons et devons diversifier notre économie dans l’agriculture, les services et les mines. » Le parti d’opposition Unita tente déjà de fédérer les électeurs autour de ces thèmes alors que dos Santos, au pouvoir depuis 1979, briguera probablement un nouveau mandat lors des élections prévues en fin d’année. Son parti, le MPLA, détient 191 sièges sur 220 à l’Assemblée nationale et semble sûr de l’emporter sur l’Unita, qui peine à s’organiser face à son omnipotent rival. « La succession de Dos Santos est la plus grande source d’instabilité du pays », assure un analyste du cabinet Chatham House, de Londres. Selon Rui Falcão Pinto de Andrade, porte-parole du MPLA, le prochain vice-président – et donc potentiel successeur du futur chef de l’État – pourrait être l’ancien patron de la Sonangol, Manuel Vicente, devenu ministre d’État le 30 janvier 2012. Une nouvelle preuve de l’hégémonie du secteur pétrolier dans la vie politique et économique du pays. ● MICHAEL PAURON

TENDANCES

1405

1500

1784

80 % des boulangeries étaient détenues par des sociétés étrangères – preuve de l’incapacité des industriels angolais à s’imposer sur le marché national. Même le secteur pétrolier local peine à émerger: « Nous souhaitons que les multinationales fassent travailler davantage les sociétés locales », affirmait le ministre du Pétrole en novembre.


Tendances

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TRIBUNE

Opinions Opin & éditoriaux

Le changement climatique, une question de justice

DR

A DESMOND TUTU Archevêque émérite du Cap et lauréat du prix Nobel de la paix

VANT LE SOMMET DE COPENHAGUE sur le changement climatique il y a un peu plus de deux ans, des agriculteurs africains de différents pays nous ont expliqué comment le changement climatique avait réduit leurs moyens de subsistance. Chacun a expliqué comment les inondations, la sécheresse et l’absence de saisons régulières pour semer et récolter bouleversaient leur vie. Leurs craintes sont partagées par des populations autochtones ailleurs dans le monde, qui sont frappées de plein fouet par les chocs climatiques, bien qu’elles n’aient joué aucun rôle dans leur déclenchement. Deux ans plus tard, à la fin de l’année 2011, se tenait à Durban la conférence des Nations unies sur les Changements climatiques, et la situation des pauvres, en Afrique et ailleurs, s’était encore détériorée. Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur l’évolution du climat (Giec) conclut qu’il est pratiquement certain que sur le plan mondial les journées chaudes sont devenues plus chaudes et qu’elles se produisent plus souvent. En effet, leur fréquence a augmenté de 10 % dans la plupart des régions du monde. Depuis 2003, l’Afrique a connu ses huit années les plus chaudes, ce qui a sans aucun doute contribué à la famine sévère qui afflige 13 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique. Les prévisions de l’ONU montrent qu’au cours de ce siècle le réchauffement atteindra vraisemblablement quatre degrés, à moins que nous ne fassions davantage d’efforts pour réduire les émissions de gaz. Et tout montre que nous n’agissons pas assez: le rapport 2011 de l’Agence internationale de l’énergie révèle que les émissions de CO2 ont atteint un niveau record.

Le changement climatique est un problème mondial: si certains pays ne sont pas convaincus que d’autres pays respectent le protocole de Kyoto, ils ne se sentiront pas obligés d’agir euxmêmes. Ainsi, le fait d’avoir un cadre juridique avec des règles claires et communes, pour lesquelles tous les pays se sont engagés, revêt une importance capitale et constitue la seule assurance que des mesures seront prises pour protéger les plus vulnérables. La première période d’engagement du protocole expire à la fin de l’année 2012. Ainsi, l’Union européenne et les autres parties prenantes de Kyoto (les États-Unis n’ont jamais ratifié l’accord, et les termes de celui-ci sont

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Si certains pays ne sont pas convaincus que d’autres respectent le protocole de Kyoto, ils ne se sentiront pas obligés d’agir.

MARY ROBINSON Ancienne présidente de l’Irlande

Nous avons désespérément besoin d’un accord mondial sur ce thème. Un accord au cœur duquel doit figurer la préservation du protocole de Kyoto. Le protocole n’est pas un instrument parfait. Il ne suffit pas à réduire les émissions mondiales et il demande à trop peu de pays de réduire l’augmentation de leurs émissions. Mais il fait partie du droit international et il est vital. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

peu contraignants pour la Chine, l’Inde et les autres puissances émergentes) doivent s’engager pour une deuxième période, afin d’assurer le maintien de ce cadre juridique. Prolonger la durée de vie du protocole de Kyoto ne résoudra pas le problème du changement climatique. Mais chacun doit reconnaître la nécessité d’un cadre juridique nouveau qui concerne tous les pays. La communauté internationale doit engager des négociations en ce sens, en vue de disposer d’un nouvel instrument juridique d’ici à 2015 au plus tard.Tout cela est non seulement possible, mais indispensable, parce que la transition vers une économie à faible émission en carbone et résistante au changement climatique est impérative. Le problème est que sa réalisation nécessite une volonté politique, qui malheureusement paraît manquer. Le changement climatique est une question de justice. Les pays les plus riches ont causé le problème, mais ce sont les plus pauvres qui souffrent le plus de ses effets. La communauté internationale doit s’engager à corriger ce tort. Les dirigeants politiques doivent penser de manière intergénérationnelle. Ils doivent imaginer le monde en 2050, avec les 9 milliards de personnes qui y vivront, et prendre maintenant les bonnes décisions pour s’assurer que nos enfants et nos petits-enfants hériteront d’une planète © Project Syndicate, 2011 habitable. ● L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Le Groupe


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SIPHIWE SIBEKO/REutERS

Tendances

Mines La reprise en main Les cours des matières premières flambent. Pour les États de l’Afrique australe, pas question de laisser les multinationales en tirer seules les bénéfices.

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es investissements miniers qui se chiffrent en milliards de dollars, des expatriés qui viennent monnayer leur savoir-faire au prix fort, des entreprises passées maîtres dans l’art d’éviter taxes et impôts, une petite élite qui en profite et la grande masse qui reste dans la pauvreté : cette équation géologique qui caractérise depuis longtemps l’Afrique australe paraît de moins en moins tenable. Avec la croissance des pays émergents, les cours flambent depuis 2009 alors que les États du continent, touchés indirectement par la crise financière internationale (ralentissement de la croissance, baisse de l’aide internationale…), sont à la recherche de nouvelles ressources pour financer leur développement et contenir la contestation qui couve. Le Printemps arabe et le renversement des régimes kleptocrates sont passés par l’état de l’afrique • 2012

p Des employés en grève De la société impala platinum, en Afrique du Sud, attendent un discours de Julius Malema, fin février 2012.

scrupuleux ou de concurrent sur le marché de l’emploi. Une fois arrivé au pouvoir, il a mis en place une politique économique qui a peu surpris dans ses grandes lignes: doublement des royalties sur les métaux (de 3 % à 6 %), gel des nouvelles concessions, taxes en projet…

là. Au cœur même de la sous-région, un homme qui avait permis à ce système de prospérer a fait l’amère expérience de la défaite. Il s’agit de Rupiah Banda, le président qui avait conduit la Zambie, premier producteur africain de cuivre, Stratégique. Et le virage étatiste à des taux de croissance supérieurs à zambien est loin d’être une exception 6 % en moyenne pendant la durée de en Afrique australe. En avril 2011, la son mandat, mais sans répercussions Namibie a décidé d’accorder le monopole notables pour la majeure partie de la population. Les industriels se plaignent de Il a été sèchement battu plus en plus de voir leurs marges à la présidentielle de septembre dernier par rognées et rechignent à investir. Michael Sata, candidat populiste qui promettait justement de l’exploitation de ses minerais stratéd’aller plus loin dans la redistribution giques (uranium, charbon, cuivre) à sa de la manne aux plus démunis. Bien qu’il compagnie nationale, Epangelo Mining. ait modéré son discours à l’approche Les majors qui veulent une part du gâteau de l’élection, Sata a largement surfé, doivent désormais proposer de prendre pendant ses années d’opposition, sur une participation au capital. Quelques la sinophobie dans ce pays où Chinois mois plus tard, en août 2011, Windhoek est synonyme de patron de mine peu instaurait une taxe exceptionnelle l l l jeune afrique hors-série n o 30


Tendances

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Jean-Claude Coutausse/fedephoto

t En ZambiE, prEmiEr productEur dE cuivrE du continEnt, le nouveau chef de l’État a doublé les royalties sur les métaux et envisage de nouvelles taxes.

l l l en cas de forte hausse des cours mondiaux. À Harare, depuis janvier, le gouvernement a doublé les royalties sur le platine (de 5 % à 10 %) et augmenté celles sur l’or (de 4,5 % à 7 %). Il a également accéléré sa politique d’« indigénisation » qui rend obligatoire, pour les entreprises dont le capital dépasse 500 000 dollars (350 000 euros), d’être détenues à au moins 51 % par des Zimbabwéens. Sont surtout visées les grandes sociétés minières, dans ce pays qui dispose en outre d’énormes réserves de diamants. Quant au gouvernement botswanais, il augmente progressivement les participations de l’État dans les projets miniers, jusqu’à acquérir dans certains cas 40 % du capital de la société exploitante. En Afrique du Sud, cinquième producteur minier de la planète (et premier africain), le débat fait également rage. Julius Malema, le leader de la Ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), a tenté de pousser le parti à adopter des politiques radicales comme la nationalisation des entreprises minières. En octobre 2011, le jeune populiste, engagé dans un bras de fer avec le

président Jacob Zuma, est allé jusqu’à organiser une marche de ses partisans sur la Bourse de Johannesburg pour se faire entendre. S’il a finalement été exclu du parti à la fin de février 2012 (officiellement pour d’autres raisons que ses préférences en matière de politique économique), son lobbying a abouti à la mise en place d’une commission chargée de réfléchir à la réforme du secteur. À sa juste valeur. Dans ses conclusions, cette commission a écarté toute mesure de nationalisation (qualifiant cette perspective de « désastreuse »), mais elle a ouvert la porte à une augmentation sensible des taxes et royalties, affirmant que la nation « ne jouissait clairement pas, à sa juste valeur, des revenus générés par ses ressources minières ». Ces mesures devront être examinées en juin, lors d’une conférence de l’ANC sur son programme politique. Pour Zuma, qui dirige un pays toujours laminé par la pauvreté et le chômage de masse vingt et un ans après la fin de l’apartheid, des concessions à l’égard de son aile radicale ne sont pas à exclure, d’autant qu’il devra

affronter la contestation interne à la fin de l’année lors d’une conférence de son parti où il jouera sa tête. Mais, comme ses pairs d’Afrique australe, il doit respecter un équilibre délicat. Car les investisseurs se plaignent de plus en plus de voir leurs marges rognées et rechignent à investir les milliards d’euros nécessaires pour ouvrir de nouvelles exploitations ou entretenir et développer les anciennes. Les mines d’or sudafricaines, exploitées pour certaines depuis plus de un siècle, atteignent des profondeurs (jusqu’à 4 km) qui érodent leur productivité du fait du temps de transport pour les mineurs. Au cours de la dernière décennie, les grèves de ceux-ci ont régulièrement abouti à des augmentations de salaires, alors que, dans le même temps, la production d’or était divisée par deux. En2011,laquantitédemineraisextraite a ainsi reculé dans neuf des treize principaux pays africains producteurs, selon une étude du cabinet Ernst & Young. Même en Zambie, où elle a progressé de 15,7 % l’année dernière (un record sur le continent), la part du secteur culmine à 1,3 % du PIB. De fait, le principal problème du secteur minier africain reste paradoxalement la sous-exploitation. D’après la Banque africaine de développement (BAD), le continent détient plus du tiers des réserves de minerais de la planète, mais assure moins de 10 % de la production mondiale.Commentaugmentercechiffre tout en ponctionnant davantage l’industrie existante ? Tel est le défi que doivent relever, avec doigté, les gouvernements de la région. l Pierre Boisselet

l’excePtion mozamBicaine Ravagé paR une gueRRe civile (1976-1992) qui a détruit la plupart de ses infrastructures, le Mozambique est un pays presque neuf pour les miniers. et son potentiel est impressionnant. en plus de ses ressources en aluminium, déjà connues, il dispose de 13 milliards de tonnes de réserves avérées de charbon (jusqu’à 23 milliards, selon certaines estimations). Quant à son potentiel gazier, il est estimé à plusieurs milliers de milliards de mètres cubes. pas étonnant, dès lors, que les investisseurs se bousculent à Maputo. D’autant que les jeune afrique hors-série n o 30

royalties sont faibles (3 % sur la plupart des minerais) et que les investissements étrangers, et en particulier miniers, bénéficient d’exemptions de droits de douane et deTva. conséquence: les retombées financières sont modestes pour l’état, dont le budget continue de dépendre à 40 % de l’aide internationale. au point que même le Fonds monétaire international (FMi), qui ne peut guère être soupçonné de gauchisme, a conseillé au gouvernement de renégocier les contrats miniers pour P.B. augmenter leur contribution au budget de l’état. l l’état de l’afrique • 2012


OLIVIER/JA

OLIVIER/JA

CÔTE D’IVOIRE

V.FOURNIER/JA

de grandes ambitions pour un marché commun régional

« Des millions d’Africains fondent leurs espoirs sur une contribution positive et décisive de notre part, pour faire de notre région un ensemble uni, en paix, et porteur de valeurs démocratiques. Ce sont ces valeurs qui font la prospérité des grandes nations »

C

’est en ces termes que, le 16 fév r ier à Abuja, A las s ane Ouattara, nouveau Président de la CEDEAO, a indiqué sa volonté de renforcer les institutions, la démocratie, l’État de droit et la bonne gouvernance af in de garantir la paix durable et l e dé v e l o pp em en t dan s l’e s p ac e communautaire lors de son premier discours à l’occasion de la 40e session ordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement. Ce sont là d’indispensables pré-requis pour mettre en œuvre toute politique d’intégration et attirer les investissements internationaux. Le chef de l’État ivoirien souhaite mettre en place les conditions optimales pour réaliser sa vision économique et sociale autour de l’intégration, des projets d’infrastructures, de la valorisation des ressources (hydrocarbures, mines, agriculture) et de l’at trac tivité des investissements, en étroite collaboration avec ses pairs de la sous-région. MESSAGE

N. ZORKOT

PRÉSIDENCE IVOIRIENNE DE LA CEDEAO :


DR

N. ZORKOT

CÔTE D’IVOIRE

Achever la construction du marché commun régional Dotés d’une population de 300 millions de personnes composée d’une majorité de jeunes, les pays de la Cedeao disposent d’une force de travail qui ne demande qu’â être mieux valorisée. Les ressources naturelles sont également abondantes dans des secteurs traditionnels comme l’agriculture, les mines, le pétrole et le gaz, et la zone jouit d’un bon réseau hydrographique, particulièrement dans les pays côtiers. Ceci permet d’envisager l’exploitation d’un dispositif énergétique capable de soutenir le défi de l’industrialisation et des modes de consommations modernes.

Le potentiel est considérable dans une région où le Produit intérieur brut (PIB) s’élève à 565 milliards de dollars, ce qui en fait la 25ème puissance économique du monde avec des perspectives de croissance bien meilleures qu’ailleurs. Sur les deux dernières années, le PIB a progressé respectivement de plus de 7 et 8 %. Pourtant, ce potentiel régional est très loin d’être suffisamment exploité. Les échanges entre les États membres représentent moins de 10 % de leur commerce contre plus de 70 % pour l’Europe. La coopération monétaire peine à sortir des cartons des

technocrates, les marchés et institutions financières ne sont encore pas assez transparents, les systèmes judiciaires pas assez harmonisés pour rassurer les opérateurs économiques. « Des efforts devront donc être déployés pour achever la construction du marché commun régional, notamment à travers l’harmonisation des politiques économiques et financières, la réalisation de l’union douanière, et la mise en place d’une monnaie commune, précise Alassane Ouattara. Le secteur privé international et régional devra également jouer un rôle de plus en plus important dans

LA CEDEAO EN BREF… Organisation économique créée par le traité de Lagos du 28 mai 1975, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) regroupe quinze pays : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo. Son objectif principal est de favoriser l’intégration économique en promouvant la constitution d’un marché régional et le développement de politiques communes dans l’industrie, les transports, les télécommunications, l’énergie, l’agriculture, les ressources naturelles, le commerce, la monnaie et le secteur financier, les questions sociales et culturelles. Les différentes institutions de la CEDEAO sont : la Conférence des Chefs d’États et du Gouvernement, le Conseil des ministres, le Parlement, le Conseil économique et social, la Cour de justice, le Secrétariat exécutif, la Banque d’investissement et de développement (BIDC). Face à la montée des conflits régionaux, elle s’est également dotée en avril 1990 d’une force d’interposition, l’ECOMOG. Celleci est intervenue au Liberia, puis en Guinée-Bissau et en Sierra Leone.


N. ZORKOT

DR

V. FOURNIER/JA

la réalisation de ces objectifs ». En attendant, le chef de l’État ivoirien compte bien relancer les grands chantiers communautaires comme la construction et la réhabilitation des grandes infrastructures. Certains sont déjà en cours ou devraient débuter rapidement : l’extension du chemin de fer-

Abidjan-Ouagadougou jusqu’à Niamey, les autoroutes Yamoussoukro-Ouagadougou et Abidjan-Accra. Ce travail doit préparer à une plus grande ouverture vers les grands ensembles de tous les continents, y compris les Communautés économiques régionales (CER) et les

partenaires au développement. I l fa u d ra p a ra l l è l e m e n t améliorer la mise en œuvre de l’ensemble des instruments et règles communautaires. L’harmonisation des systèmes de statistiques est une nécessité afin d’améliorer les outils d’analyse et de prospective.

Vers une CEDEAO des peuples En faisant de la CEDEAO une zone de développement, Alassane Ouattara veut faciliter la réalisation de la vision 2020 adoptée en 2007 par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement. Son ambition : passer de la CEDEAO des États à la CEDEAO des peuples. En d’autres termes, il s’agit de donner au travail communautaire une réalité palpable. Il souhaite q u e l e s a d m i n i s t ra t i o n s publiques, les organisations professionnelles et la société civile prennent une part active à la réflexion et à la mise en œuvre des programmes de

coopération régionale. « Au plan social, notre union ne sera accomplie que si elle améliore au quotidien les conditions de vie de nos populations, de manière perceptible et si elle crée une identité collective au-dessus de nos appartenances nationales, confie le chef de l’État. Pour ce faire, nous devons garantir aux

populations la libre circulation, le droit d’établissement et de résidence ». Des initiatives sont également en cours pour l’élaboration d’une feuille de route de mise en œuvre d’un système foncier régional traitant des questions d’aménagement des territoires, des industries et des productions agricoles.

les conditions de vie de nos populations et créer une identité collective au-dessus de nos appartenances nationales ».

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« Améliorer au quotidien

MESSAGE


POLEPOLETOCHAN/FOTOLIA

C. LE TOURNEUR D’ISON

médicaments dans l’espace communautaire. Pour l’instant, l’Afrique dépend à plus de 80 % des traitements extérieurs. Autre chantier : la mise à disposition de services modernes. La CEDEAO prévoit de créer prochainement une direction dédiée aux télécoms, aux technologies

de l’information et de la communication ainsi que des services postaux. « Nous devons prendre des décisions courageuses qui permettront à n o tre c om m una u té d e devenir un pôle de stabilité et d’émergence économique », conclut Alassane Ouattara.

« Permettre à

notre communauté de devenir un pôle de stabilité et d’émergence économique ».

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Sommet de la CEDEAO à Abuja, le 16 février 2012.

VERS UNE POLITIQUE DE DÉFENSE COMMUNE Le 16 février dernier, le nouveau leader de la CEDEAO a décliné à Abuja ses premiers axes de travail. La sécurité régionale est un dossier prioritaire. « Notre sous-région fait face à de nouvelles menaces qui entraînent la résurgence de conflits anciens, fragilise des pans entiers de nos sociétés et menacent nos capacités de défense, explique le chef de l’Etat ivoirien. Nous devons définir une politique de défense commune, mutualiser nos moyens afin de juguler la poussée du terrorisme, de reprendre le contrôle de nos côtes livrées à la piraterie maritime et de contenir les flux d’armes qui aggravent la criminalité et le grand banditisme ». Le défi sécuritaire nécessite de moderniser l’ECOMOG, instrument de défense de la CEDEAO, et de renforcer la coopération en matière de renseignement, d’action et de

dissuasion militaire entre les Etats-membres et avec les partenaires extérieurs. Le 8 mars à Abidjan, Alassane Ouattara a reçu le Représentant spécial de Ban Ki Moon en Afrique de l’ouest, Saïd Djinnit. A sa sortie, le diplomate algérien a exprimé sa volonté de travailler en étroite concertation avec le président Ouattara et le nouveau président de la commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouedraogo, sur les voies et moyens de renforcer les mécanismes de stabilité sous-régionale, y compris en période d’élections. Les deux hommes ont également abordé la question du développement d’une stratégie sous-régionale dans la région du Fleuve Mano pour faire face aux menaces multiformes comme les mouvements transfrontaliers de groupes armés et la circulation d’armes.

MESSAGE

DIFCOM/DF - PHOTOS : SUIVANT MENTIONS.

CÔTE D’IVOIRE

Dans le domaine de la santé, le président de la CEDEAO ne manque pas d’ambitions. Il a reçu en audience, le 27 février à Abidjan, MichelSidibé, le directeur général de l’Onusida. Les deux hommes ont abordé les moyens de renforcer la lutte contre la pandémie du sida. Parmi les pistes envisagées, la mobilisation de nouvelles ressources, un meilleur échange d’informations au niveau régional et la production de


83

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

TENDANCES

Technologies Google propage le virus du Net La firme américaine multiplie les initiatives pour développer l’usage du web sur le continent et créer son propre marché. Une stratégie inédite mais payante.

I

l était une fois Google, un géant télécoms ne pensaient pas encore au américain de l’internet, dont les web comme relais de croissance, Google services étaient utilisés par 1 milliard imaginait déjà des produits et des contede personnes et que le succès avait nus destinés aux Africains. Désormais, en moins de quinze ans propulsé parmi multinationales, universités, adminisles plus grosses capitalisations du monde. trations, start-up, tous rêvent de deveRien ne prédestinait cette société, née nir l’un de ses alliés. Pas étonnant : en dans un garage californien et portée stakhanoviste du Net, la compagnie par l’explosion du web dans les multiplie de part et d’autre du pays riches, à s’intéresser à Sahara les initiatives pour l’Afrique. Et pourtant, bien propager les nouvelles avant les autres, le groupe technologies. personnes travaillent deMountainViewadécidé Au dernier trimestre pour le groupe sur le d’écrire une partie de son 2011, elle a lancé sa continent, dans 6 pays : histoire sur le continent. platefor me vidéo Égypte, Sénégal, Kenya, En 2007, il a ouvert un YouTube et son site de Ghana, Nigeria et premier bureau à Nairobi petites annonces graAfrique du Sud (Kenya) avec seulement tuites Google Trader au quelques salariés. Aujourd’hui, Kenya, créé un incubateur il en compte 80 dans six pays difpour start-up ou encore orgaférents – Égypte, Sénégal, Kenya, Ghana, nisé des challenges pour programmeurs Nigeria et Afrique du Sud. Sans oublier autour du système d’exploitation Android les « Googlers » – ainsi qu’on appelle les (destiné aux téléphones mobiles). Il est collaborateurs du groupe – des Étatsrare qu’une semaine s’écoule sans que Unis ou d’Europe impliqués dans des le blog Google Africa ne se fasse l’écho projets africains. d’un nouveau projet. Quand Microsoft ou IBM se concenMais pourquoi diable le géant d’intertraient principalement sur le marché net s’intéresse-t-il à un continent qui des entreprises, quand les opérateurs pourrait, sans offense, être qualifié de

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L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

 LE GROUPE DE MOUNTAIN VIEW s’est implanté en Afrique dès 2007.

nain technologique ? Avant tout pour ne pas insulter l’avenir. Même si les ordinateurs restent encore trop rares, le téléphone portable a révolutionné l’accès des Africains au réseau mondial. Et le phénomène, porté par la démographie, ne va cesser de s’amplifier. En outre, l’explosion des classes moyennes offre un terrain favorable au développement du marché publicitaire, principale ressource de Google. D’ici à 2030, Proparco estime qu’elles dépasseront 200 millions de personnes sur le continent. Pour preuve de cette évolution, selon la firme américaine, 40 % des recherches effectuées en Afrique via son moteur étaient réalisées début 2011 depuis un téléphone portable. LONG TERME. Difficile toutefois de mesu-

rer l’effort consenti par Google pour faire de l’Afrique une terre fertile. Défense absolue aux équipes de communiquer sur les montants investis. Même mutisme sur ses objectifs financiers, même si certains services sont déjà rentables, comme YouTube au Nigeria et en Afrique du Sud, où sa fréquentation a bondi de 175 % en un an (entre fin 2010 et fin 2011). « Nous appliquons une stratégie à long terme », se borne à rappeler sa porteparole, Julie Taylor. Un plan établi selon trois axes. Tout d’abord, développer la capacité du continent à se connecter au réseau mondial. Par exemple, en mettant en place des serveurs de « cache » qui, en stockant les pages déjà téléchargées JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30


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Tendances par des internautes africains, réduisent le temps nécessaire pour y accéder. Google encourage également l’installation de points d’échange, dont l’intérêt est de faire communiquer les réseaux entre eux et d’éviter qu’une information transite par l’Europe pour aller dans le pays voisin. Toujours avec cette idée de faciliter l’accès, « au Nigeria, nous offrons des réseaux wifi [internet sans fil, NDLR à six universités », explique Julie Taylor. accros. La seconde priorité déterminée

être sur le Net. Quand vous cherchez un restaurant à Accra, ce n’est pas pour avoir des adresses à Manhattan. Au Ghana et au Nigeria, pour accélérer le processus, nous offrons aux PME la possibilité de créer gratuitement leur propre site. » Grâce à cette initiative, Google annonçait en octobre 2011 la mise en ligne des sites de 5 000 sociétés nigérianes dans les cinq ans. La formidable réussite du Nigérian Jason Njoku illustre aussi l’appétit des internautes pour les contenus africains. Partenaire de la firme de Mountain View, ce diplômé de l’université de Manchester diffuse via YouTube un catalogue de films réalisés à Nollywood. Grâce à la publicité qui accompagne ses vidéos, visionnées

par Google est de créer sur le continent un écosystème favorable à internet. En 2009, le groupe a inauguré les « G-Days », des conférences destinées à promouvoir ses applications, et notamment son logiciel de cartographie, « parce qu’une information « notre moteur de recherche localisée est deux fois plus est accessible dans plusieurs pertinente pour un interdizaines de langues, notamment naute », rappelle Tidjane le wolof ou le swahili. » Deme, responsable du bureau de Dakar. De deux Julie taylor, porte-parole de Google événements en 2009, Google est passé à huit l’an dernier. Et pour 90 millions de fois au total, il a réalisé relayer son discours dans les milieux en 2011 un chiffre d’affaires de 1 milinformatiques, il peut s’appuyer sur lion de dollars (772 000 euros). Bien des groupes d’« ultras », les « Google sûr, une majorité des utilisateurs de ce Technology User Groups » (GTUG). service vit encore hors du continent, mais À l’image des supporteurs accros au pour combien de temps ? D’ici à 2015, le Nigeria souhaite compter 70 millions football, ces petits génies du clavier ne d’internautes (contre 45 millions en vivent et ne respirent que pour Google. La troisième préoccupation de la décembre 2011). compagnie américaine est la promotion Pour conquérir le continent, Google des contenus qui parlent aux Africains. mise aussi sur les médias, et ce à double titre. D’abord pour qu’ils investissent « Nous accordons une grande attention le réseau mondial et y déversent leurs aux langues locales. Notre moteur de recherche est déjà accessible dans pluinformations – les patrons de presse sont sieurs dizaines d’entre elles, notamment d’ailleurs souvent conviés aux « G-Days ». le wolof et le swahili », explique Julie Mais aussi parce qu’ils constituent des Taylor, qui poursuit: « Notre idée est aussi alliés incontournables pour relayer le lobbying permanent orchestré par le groupe. d’encourager les entreprises locales à

En jeu : l’image du géant américain. Sur le Vieux Continent, ses nombreuses activités – vente de publicité, messagerie Gmail, système d’exploitation Android, navigateur Chrome – et sa gestion des données personnelles déclenchent de plus en plus de protestations. Rien de tout cela en Afrique. réputation. Au contraire, le groupe y jouit d’une excellente réputation, renforcée en 2011 par le Printemps arabe. Lors de la révolution égyptienne, Google avait contourné la censure imposée sur le Net par Hosni Moubarak en offrant la possibilité d’écrire des messages sur Twitter via l’envoi de SMS. Surtout, la firme avait apporté son total soutien à WaelGhonim,sonresponsablemarketing Moyen-Orient et Afrique du Nord (de nationalité égyptienne), détenu pendant presque deux semaines par la police en raison de son activisme sur Facebook. Mais une ombre est venue brouiller ce tableau dernièrement. Début janvier, la société Mocality, qui, en deux ans, a mis en place sur le web une base de données de 170 000 entreprises kényanes, a révélé avoir été victime d’un pillage de la part de Google. La direction du géant américain s’est dite mortifiée par cette nouvelle et a très vite réagi en se séparant de sa responsable locale, Olga Arara-Kimani. Depuis, plus personne au sein du groupe ne souhaite commenter cette affaire. Du côté des internautes africains, beaucoup semblent prêts à passer l’éponge. Sans doute à raison, sur un continent où le réseau mondial reste embryonnaire, et où se passer des services de Google serait sans doute une erreur. À condition que ce dernier respecte sa devise : « Don’t be evil ». l Julien clémençot


Tendances

JOHANN ROUSSELOT/SIGNATURES

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Médias Les nouvelles lignes rouges

Le Printemps arabe a secoué le carcan de la censure et libéré la parole. Mais tous les tabous ne sont pas tombés.

D

ansleventdecontestationqui travailler librement. Si certaines lignes a soufflé sur le monde arabe, rouges ont été effacées, d’autres restent les médias ont joué un rôle infranchissables. Ailleurs, les régimes crucial. En relayant les appels contestés n’hésitent pas à recourir à la à la mobilisation mais aussi en témoicensure et à l’intimidation dans le vain gnant de la répression, ils ont contribué espoir d’empêcher la circulation des aux changements de régime dans informations qui leur sont préjudicertains pays et à l’accélération ciables. Surveillance d’internet, des réformes dans d’autres. blocage des réseaux de téléDe Rabat à Sanaa en pascommunications, brouillage professionnels sant par Le Caire ou Tunis, des chaînes satellitaires, des médias partout la parole s’est libéexpulsion des reporters ont été tués rée, et la résignation n’est étrangers, agressions, entre février et plus de mise. Cette nouenlèvements, assassinats… novembre 2011 velle liberté d’expression, de Reporters sans frontières nombreux sites d’information (RSF) a recensé pas moins de récemment créés aux quatre coins onze professionnels des médias du monde arabe cherchent à la conquétués dans le monde arabe entre le rir. Ils sont la preuve que rien ne sera 11 février et le 15 novembre 2011, ce qui plus comme avant. en fait la région la plus dangereuse du Néanmoins, le départ des dictateurs, monde pour les journalistes. en Égypte ou en Tunisie, ne signifie pas Prenons l’exemple de la Tunisie, d’où que les journalistes puissent toujours est partie l’étincelle qui a mis le feu aux

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JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

 OLFA RIAHI, journaliste et animatrice pour Express FM, à Tunis, le 8 février 2011.

poudres. Ceux qui critiquent l’armée y risquent toujours l’embastillement. En novembre 2011, le blogueur Nabil Hajlaoui a ainsi écopé de deux mois de prison pour un article dans lequel il accusait les militaires d’être à l’origine des émeutes et des actes de vandalisme dont Sidi Bouzid fut le théâtre au lendemain des élections d’octobre. L’armée n’hésite pas non plus à demander le filtrage des pages internet qui lui sont défavorables. Selon RSF, vingt-cinq journalistes ont été agressés depuis la chute de Ben Ali. Quant aux médias attaqués et aux sites internet censurés, ils sont une dizaine. DISCOURS OFFICIEL. Le ton et le

contenu des articles ont tout de même changé. Les sujets de société, jusqu’alors bannis des journaux et de la télévision, sont traités dans des reportages. Et il n’y a plus de ministère de l’Information. Néanmoins, des questions comme les actes de violence impliquant la police ou l’armée sont encore quasi taboues. Parmi les titres (ré)apparus après la révolution, Le Maghreb est l’un des plus L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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des femmes en première ligne De Sanaa au Caire ou à Tunis, journalistes, blogueuses et cybermilitantes se mobilisent. Portraits express.

Tawakkul Karman

Remo Casilli/ReuteRs

La première femme arabe colauréate du prix Nobel de la paix, figure de proue du mouvement révolutionnaire yéménite, est aussi une journaliste. Elle a fondé en 2005 l’association Femmes journalistes sans chaînes, qui cherche à promouvoir la liberté d’expression. Mère de trois enfants, Tawakkul Karman, 33 ans, est souvent insultée dans les médias officiels et reçoit régulièrement des menaces de mort. l

Lamees dhaif « écrivain/figure médiatique/activiste. Vise à planter des idées. Je méprise la corruption/l’injustice/la stupidité. J’ai payé le prix pour mes opinions et suis disposée à payer plus pour mes convictions. » C’est en ces termes que la journaliste bahreïnie se présente sur sa page twitter, qui compte plus de 74000 abonnés. Cette trentenaire multiprimée déclare qu’elle a pour armes les vingt-huit lettres de l’alphabet arabe. l

razan ghazzawi Avec Razan Zaitouneh et Muntaha alAtrash, Razan Ghazzawi fait partie de ces Syriennes qui jouent un rôle clé en relatant la révolution et en dénonçant les exactions des autorités. Auteure du blog Razaniyyat, cette jeune femme de 31 ans a passé une quinzaine de jours en prison en décembre 2011 en raison de ses prises de position. Mais elle a repris ses posts dès sa libération. l

l’état de l’afrique • 2012

israa abdel fattah On l’a baptisée la « facebook Girl ». Cette blogueuse égyptienne est la cofondatrice, avec ahmed Maher, du Mouvement de la jeunesse du 6 avril, qui rassemble depuis 2008 des cyberdissidents. C’est ce groupe qui a appelé aux manifestations de la place al-tahrir, lesquelles ont entraîné la chute du président Moubarak.

Lina Ben mhenni

ons abid

algérien, plus ou moins épargné par la contestation, un vent de libération ne s’en fait pas moins sentir dans la presse. Pour Fayçal Anseur, fondateur du journal en ligne Algérie Focus, les révolutions tunisienne et égytienne ont encouragé les journalistes les plus engagés en faveur de la liberté d’expression et les ont confortés dans la conviction que même les dictatures les plus coriaces ne sont pas éternelles. Conséquence ? « Même les journaux les plus proches du régime intègrent plus de critiques. Certains titres à gros tirage osent critiquer, parfois avec virulence, le pouvoir en place », souligne Anseur. Des sujets très sensibles sont abordés, comme l’intervention de l’armée dans la vie politique, et des noms de personnalités jugées jusque-là intouchables sont cités dans la presse. Pour autant, les lignes rouges n’ont pas disparu, et il demeure exclu de demander des comptes aux généraux. Malgré les intimidations et les tabous qui subsistent, la fin de la peur de critiquer restera l’un des principaux acquis du Printemps arabe. De l’Atlantique au golfe Persique, la liberté d’expression gagne du terrain. l Samia mezghani

Handout/ReuteRs

La fin de La peur. Chez le voisin

À 28 ans, la créatrice du blog A Tunisian Girl doit sa notoriété à son cybermilitantisme. Lorsque Mohamed Bouazizi s’immole, en décembre 2010, Lina Ben Mhenni est la première à couvrir les manifestations et leur répression. Aujourd’hui encore, elle reçoit des menaces de mort. Un an après la révolution, ses posts se font amers : « Je n’ai jamais pensé que nous nous sommes placés dans une pluie de balles afin de réintroduire la polygamie. » l jeune afrique hors-série n o 30

Tendances

audacieux. Ce quotidien existait déjà dans les années 1990, avant d’être fermé par l’ancien régime. En Égypte aussi, ceux qui dénoncent les exactions de l’armée sont poursuivis devant les juridictions militaires pour « insultes ». Depuis le départ de Moubarak, on déplore un journaliste tué, vingt-cinq agressés et vingt autres interpellés. Il est donc trop tôt pour parler de libéralisation médiatique. Les organes gouvernementaux, qui avaient rapidement salué le départ du raïs, se calent aujourd’hui sur l’évolution du discours officiel. « Ceux qui osent faire usage d’une réelle liberté d’expression sont toujours la cible d’attaques du pouvoir », note un journaliste local. Au Maroc, où les autorités tentent d’éteindre le feu de la contestation à coups de réformes, les médias peuvent tout remettre en question… à l’exception du roi, dont la personne reste sacrée. Les sites d’information – comme Lakome, Goud, Mamfakinch ou encore le « magazwine » collaboratif féminin Qandisha – se sont multipliés et font preuve d’une audace inédite.


tendances t Une patiente est préparée poUr sa chimiothérapie, au Black Lion Hospital, d’Addis-Abeba (Éthiopie).

Hannes JUnG/LaIF-Rea

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Santé Une mort silencieuse Alcool, tabac, obésité… L’Afrique subsaharienne paie un tribut de plus en plus lourd au cancer. Dans une indifférence presque totale.

S

i, dans l’imaginaire collectif, le cancer est une maladie de pays riches, la réalité est tout autre : à l’échelle mondiale, 64 % des nouveaux cas sont enregistrés dans les pays en développement. En 2008, rappelle le docteur Jean-Marie Dangou, du bureau Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « le nombre de nouveaux cas enregistrés dans la région [Afrique subsaharienne et Algérie, NDLR] a atteint 667 000 (dont 353 000 concernant des femmes), pour 518 000 décès ». Au vu de la croissance démographique et de l’allongement de l’espérance de vie, cette tendance pourrait se poursuivre et provoquer l’apparition de 800 000 à 1 million de nouveaux cas annuels en Afrique en raison de l’augmentation des facteurs de risque tels que la pollution environnementale et le tabagisme. « Cette réalité épidémiologique a été longuement occultée par les maladies infectieuses, comme le paludisme et le VIH », explique le docteur Tambo Bathily, oncologue malien et membre de l’association OncoMali, créée en 2009 à l’initiative de professionnels français et maliens de la lutte contre JeUne aFRIqUe HoRs-séRIe n o 30

le cancer. En outre, aujourd’hui, une méconnaissance subsiste : les données disponibles ne constituent « que la partie visible de l’iceberg, car les statistiques font défaut dans de nombreux pays », souligne le Dr Dangou, qui considère la situation comme « alarmante ». « Dans le contexte africain, explique-t-il, l’urgence est la mise en œuvre d’une politique de prévention. » En effet, l’étiologie des cancers sur le continent est particulièrement infectieuse, et on estime que 30 % d’entre eux pourraient être prévenus.

Ainsi, selon l’OMS, ceux de la prostate, du foie et du poumon sont les plus courants chez les hommes ; ceux du sein, du col de l’utérus et du foie prédominent chez les femmes. Or les cancers hépatiques sont principalement causés par le virus de l’hépatite B, ceux du col de l’utérus par le papillomavirus humain et ceux de l’estomac par la bactérie Helicobacter pylori. Quant au cancer du sein, il est favorisé par l’inactivité physique, certains facteurs hormonaux et l’obésité… Autant de situations où une action préventive peut être envisagée. Selon le Dr Dangou, « la prévention primaire, qui concerne les facteurs de risque modifiables, permet de limiter l’incidence des cancers du foie et du col de l’utérus ». prévention. La vaccination contre

le virus de l’hépatite B – pour lequel la couverture vaccinale est déjà importante – et celle, débutante, contre le papillomavirus humain comptent parmi les mesures les plus efficaces. Le tabac, la consommation d’alcool, le manque d’activité physique et la mauvaise alimentation font également partie des éléments à combattre dans le cadre d’une prévention primaire. Ces initiatives sont toutefois confrontées « aux faiblesses des systèmes de santé et au coût élevé des vaccins », estime le Dr Bathily. Viennent ensuite, en termes de prévention secondaire, le diagnostic précoce et le dépistage, qui permettraient aussi de réduire l’incidence de ces pathologies. Mais, selon le Dr Dangou,

Le diagnoStic, toUJoUrS Si tardif Dans plus De 70 % Des cas, le cancer est diagnostiqué lorsque la maladie a déjà atteint un stade avancé. en cause: les longues distances qui séparent les malades des centres de soins et le manque de ressources humaines. Mais aussi le manque d’équipements, qui oblige le personnel soignant à se baser sur un profil clinique pour formuler un diagnostic, qu’il est ardu d’établir avec certitude tant que la maladie n’a pas atteint un stade avancé. Or un retard dans ce domaine diminue les chances de succès dans la prise en charge. Outre leur charge morbide, ces difficultés induisent l’administration de traitements erronés et, en conséquence, le développement d’une résistance aux médicaments utilisés à mauvais escient. Dans le cas précis du cancer, ces problèmes de diagnostic entraînent la mort de plus des deux tiers des patients dans les premiers J.B. mois de traitement, et le taux de survie à cinq ans reste très faible. l l’état de l’afrique • 2012


leur existence mériterait d’être « renforcée et améliorée dans tous les pays ». En effet, dans 70 % des cas, le diagnostic est posé à des stades avancés de la maladie (lire encadré). Or les chances de guérison ou de rémission sont considérablement accrues par une prise en charge précoce.

transfert de compétences, le conseil professionnel et la formation continue dans toute la région. Ceux du Ghana, d’Ouganda, de Tanzanie et de Zambie ont été désignés comme bénéficiaires au cours de la phase pilote. Cette université virtuelle est l’un des aspects du Programme d’action en faveur de la cancérothérapie (Pact), un partenaformation insuffisante. D’autant riat signé avec l’OMS pour mettre en que le traitement est l’un des maillons place un plan conjoint de lutte contre faibles de la lutte contre le cancer au le cancer, visant à aider les pays en sud du Sahara. « En plus de la pénurie développement à élaborer des projets d’équipements, explique le Dr Bathily, nationaux où la radiothérapie tient l’Afrique souffre également d’un grave une place importante. manque de spécialistes du cancer Toute initiative politique au niveau tels que pathologistes, oncologues et national est d’ailleurs soutenue et encouragée par l’OMS. En 2008, les chirurgiens carcinologues, radiologues et infirmiers spécialisés. » Ainsi, si le 46 États membres de la région Afrique traitement chirurgical est répandu, il de l’organisation ont adopté une stratégie régionale de prévention et de lutte est, souligne le Dr Dangou, « généraqui définit les interventions priorilement administré par un personnel insuffisamment formé à la chirurtaires à mettre en œuvre. Le Dr Dangou rappelle que l’OMS « contribue au seul un tiers des pays du continent renforcement des est doté de services de systèmes de santé, radiothérapie, souvent mal équipés. assure le plaidoyer au niveau national gie des cancers, et la chimiothérapie et international pour un combat coordonné, et a ainsi supporté l’élaboration reste hors de portée de la plupart des patients malgré les recommandations et la mise en œuvre d’environ 18 prod’utilisation des médicaments génégrammes nationaux ». riques ». Quelques exceptions existent, avec, par exemple, une gratuité pour terrain. En parallèle, la société civile mène une action de terrain « afin tous au Mali, mesure dont l’efficacité d’accompagner les efforts réalisés », est atténuée par l’accès limité aux explique le Dr Bathily. Ces structures, soins : le pays compte un seul centre associatives pour la plupart, déveanticancéreux. loppent des initiatives visant à favoQuant au nombre de centres de riser la prévention, le diagnostic et la radiothérapie, il reste nettement prise en charge des patients. Ainsi, insuffisant, comme en témoignent avec le soutien financier de la Ligue les dernières données publiées par française contre le cancer, OncoMali l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Seuls 35 % des pays a élaboré une formation à l’oncologie du continent sont dotés de services en trois ans pour les médecins généde radiothérapie. Le Dr Dangou préralistes. La première session a débuté cise que ces centres, en outre, sont en août 2011, dans les locaux de l’OMS « généralement mal équipés : avec au Mali, avec l’accord de la Direction 700 000 nouveaux cas annuels de cangénérale de la santé. Là encore, l’assocer, souvent à des stades avancés, il ciation des efforts de la société civile et de programmes menés par les États faudrait 1 000 machines de radiothérapie alors qu’il n’en existe que 200 ». et les organisations internationales Les centres anticancéreux d’Égypte se révèle féconde. Avec pour objectif et d’Afrique du Sud ont été choisis de faire mentir les statistiques, qui par l’AIEA pour être des « mentors » prévoient 21,4 millions de nouveaux dans l’initiation du VUCCnet (Virtual cas en 2030 dans le monde, qui entraîneront 17 millions de décès, dont 70 % University and Regional Training Network for Cancer Control), un en Afrique. l programme élaboré pour favoriser le Juliette Bastin l’état de l’afrique • 2012

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Tendances

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En haut de l’affiche Plasticiens, écrivains, musiciens, chanteurs… Ils feront parler d’eux en 2012. Galerie de portraits.

Inna Modja CET ANCIEN MANNEQUIN originaire de Bamako est, avec Imany, l’une des nouvelles icônes pop africaines. Inna Modja – « petite peste », le surnom peul que lui donnait sa mère – a fait ses gammes avec les papys du Super Rail Band, pistonnée par Salif Keita himself ! Après un premier album à 25 ans, le second, Love Revolution, publié à la fin de

l’année 2011, lui a valu deux nominations aux Victoires de la musique françaises, en 2012, dans les catégories « révélation du public » et « meilleur clip ». Grâce au succès de sa musique très mainstream, parfois convenue, elle s’est engagée aux côtés de TV5 Monde contre les mutilations sexuelles subies par les femmes. Un jeune talent à suivre. ●

Nyaba Leon Ouedraogo

G. BONELLI

Chanteuse

Leïla Kilani

Photographe

Réalisatrice

EN NOVEMBRE 2011, LES RENCONTRES DE BAMAKO (Biennale africaine de la photographie) ont récompensé le jeune photographe burkinabè Nyaba Leon Ouedraogo, qui a obtenu le prix de l’Union européenne pour son photoreportage intitulé Erreur humaine. Un travail qui porte sur la décharge publique d’Akouédo, à Abidjan, immense étendue de déchets toxiques côtoyant des champs de maïs ou de gombo destinés à la consommation. Né en 1978, ancien sportif de haut niveau, spécialiste du 400 m, Ouedraogo a été contraint de changer de carrière à la suite d’une blessure. Il s’est fait connaître comme photographe avec la série L’Enfer du cuivre, consacrée à la décharge d’Agbogbloshie, dans la banlieue d’Accra. Considérée comme le plus grand dépôt de déchets électroniques au monde, elle attire des milliers de travailleurs qui y collectent des métaux, dont le cuivre, exposant dangereusement leur santé… Ce reportage, ainsi que Casseurs de granit, est exposé à Paris, du 26 avril au 28 mai, à La Galerie particulière. ●

SORTI DÉBUT 2012, Sur la planche a reçu un accueil critique remarquable. Le film de la réalisatrice marocaine, âgée de 41 ans, évoque magnifiquement sa ville natale, Tanger, où quatre jeunes filles tentent de survivre en multipliant les combines. Personnel, dense, sombre, il rappelle que Kilani, engagée et enragée, a d’abord réalisé des documentaires coups-de-poing comme Tanger, le rêve des brûleurs (2002) ou Nos lieux interdits (2008). Son nouveau projet, intitulé Orestie arabe, a pour point de départ « l’année zéro des révolutions » au Maghreb. ●

Mohamed Abozekry Musicien

MICHAEL DE PLAEN

LE PREMIER ALBUM de ce virtuose du oud (luth arabe), qui ouvrait la saison de l’Institut du monde arabe (IMA, à Paris) en octobre 2011, est attendu pour la fin de l’année. Une bonne nouvelle tant ce jeune talent, âgé de 20 ans, brille par sa technique et sa liberté. Premier prix du concours international de Damas en 2009, il a enregistré en début d’année le morceau 25 Janvier, un hommage aux martyrs de la révolution égyptienne, titre disponible en téléchargement libre sur son site (www.abozekryheejaz.com) : « Cela fait soixante ans que le Conseil suprême des forces militaires est au pouvoir, écrit-il. La révolution existera toujours dans un monde qui supprime la dignité humaine d’un coup de gomme, et vend notre avenir au quotidien. » ● JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

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Barthélémy Toguo Plasticien

CAMILLE MILLERAND POUR J.A.

Abdoulaye Konaté Sculpteur et peintre NÉ EN 1953 À DIRÉ MALI, Abdoulaye Konaté est aujourd’hui le directeur du Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasseké Kouyaté, à Bamako. Formé dans la capitale malienne et à La Havane, l’artiste a été fortement influencé par la peinture de Wilfredo Lam et des surréalistes. À partir des années 1990, il s’est fait connaître avec de vastes « sculptures textiles », jouant sur le relief et utilisant le coton des tisserands maliens traditionnels. Artiste engagé, il prend position sur des problèmes politiques et sociaux graves, comme le conflit israélo-palestinien ou, plus récemment, l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie. En 2002, il a réalisé un patchwork de 6 000 m2 couvrant le stade de Bamako pour la cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations. En 2012, une grande exposition, « Tentures-Teintures », lui est consacrée à la Maison Revue noire, à Paris, jusqu’au 5 mai. ●

Brahim El Mazned Directeur artistique du Festival Timitar

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

Peter Solo Chanteur

Pascale Marthine Tayou Plasticien

PATRICK@HOCHNER.COM

LE FONDATEUR du Festival Timitar, à Agadir, vient d’être nommé représentant du Bureau export de la musique africaine (Bema) pour le Maghreb. Logique, pour ce défenseur inlassable des musiques berbères qui n’a cessé de tisser des liens avec le sud du continent, comme la très belle création 3MA (Madagascar, Mali, Maroc). Également à l’origine d’un programme de formation des jeunes professionnels du spectacle marocains pour l’Unesco, il rêve d’organiser dans son pays un salon d’envergure pour promouvoir les musiques du continent, et souhaite « maintenir et développer les liens culturels entre les Afrique noire et blanche ». Rendez-vous est pris à Agadir, du 27 au 30 juin, avec notamment Mory Kanté et Aziz Sahmaoui. ●

NOUVEL ALBUM en vue pour ce guitariste et chanteur togolais, sacré meilleur artiste de son pays en 1998. L’ancien musicien de Myriam Makeba et Papa Wemba revient, après Miadome (2008), à un son plus funky marqué par les années 1970, dans la lignée afro-groove d’Ebo Taylor et de l’Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou. L’album Analog Vodoo, métissé et pluriel, révèle ses talents d’auteur-compositeur. Après plusieurs tournées du Sukiafrica All Stars, formation afro-asiatique où il côtoyait notamment Chiwoniso et Erik Aliana, Peter Solo retrouve son projet personnel. Son discours et l’énergie imparable de son groupe sur scène font de ce fils de la culture vaudou, désormais installé en France, l’une des confirmations de cette année. ●

ÂGÉ DE 45 ANS, ce discret Camerounais s’est fait connaître avec des œuvres hybrides et colorées : d’abord les poupées Pascale – des fétiches de cristal affublés de plumes, déchets, branchages –, puis des sculptures monumentales réalisées à partir de sacs en plastique ou de troncs d’arbre taillés comme des crayons de couleur, des tableaux composés de bâtonnets de craie… Il dit chercher « l’harmonie entre les matières qui se repoussent ». Ses créations, très exposées en 2011, valent entre 10 000 et 300 000 euros. Pascale Marthine Tayou a été choisi par la mairie de Lille (nord de la France) pour concevoir une œuvre pérenne qui sera installée place du Carnaval, dans le quartier de Moulins. Coût du projet : 458 000 euros. ● JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

TENDANCES

INSAISISSABLE, Barthélémy Toguo l’est dans tous les sens du terme. Souvent aux quatre coins du monde, parfois dans son atelier parisien ou dans son centre de création à Bafoussam, le Camerounais est un touche-à-tout surdoué. S’il s’est fait connaître par des performances provocatrices, il est aussi sculpteur, peintre, dessinateur, vidéaste, photographe, et ne recule devant aucun média. Fort en gueule, il fait partie des plasticiens africains les plus en vue. Comme 2011, 2012 sera pour lui une année chargée : en avril, après le Salon du dessin contemporain de Paris, il expose à la foire d’art contemporain de Bruxelles. En mai et juin, il sera à la 11e Biennale de La Havane, puis à San Francisco et à Lyon. À suivre sur www.barthelemytoguo.com. ●


Tendances

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Mohamed Ferkioui

dr

Musicien

Emel Mathlouthi Chanteuse EllE Est la révélation du début de l’année 2012. son morceau et son album Kelmti Horra (Ma parole est libre), écrit de 2005 à 2011, bouleversent et font mouche. En mars, Emel Mathlouthi a été invitée à chanter au Parlement européen et a reçu le prix adami des musiques du monde,

décerné par le forum Babel Med Music, à Marseille (France). Une juste récompense pour cette « protest singer à la voix de jasmin » qui fait résonner aussi bien le souffle de la liberté que les inquiétudes qui planent sur la toute jeune démocratie tunisienne. l

Beau prOJet qu’el GuStO, mené depuis dix ans par la réalisatrice Safinez Bousbia. un hommage aux vieilles gloires du chaâbi (musique populaire d’inspiration arabo-andalouse née au milieu du siècle dernier à alger), qui réunit sur scène, en studio et pour un longmétrage sorti en début d’année des musiciens éloignés par l’histoire. l’aventure a débuté dans la boutique de mohamed ferkioui, miroitier dans la Casbah d’alger, qui trône sur l’affiche du film : « C’est un miroir qui a permis de réunir nos anciens amis, autour de notre chaâbi, la musique du peuple. » un livre signé par Gérald arnaud est attendu pour juin, et des concerts pour l’été et l’automne. une belle réussite en cette année du cinquantenaire de l’indépendance du pays. l

Janis Otsiemi Écrivain SeS titreS parlent d’eux-mêmeS: La Bouche qui mange ne parle pas, La Vie est un sale boulot, Peau de balle et, dernièrement, Le Chasseur de lucioles. Âgé de 36 ans, originaire de la province du Haut-Ogooué (Gabon), Janis Otsiemi est sans doute aujourd’hui l’un des rares auteurs africains francophones à se consacrer au polar. dans une langue imagée, mâtinée d’expressions locales, il explore la société gabonaise depuis ses bas-fonds jusqu’aux bureaux climatisés, où s’expriment différemment les mêmes travers humains. prostituées, flics véreux, politiciens corrompus, gangsters de haut vol, tueurs en série, tous les ingrédients sont réunis. On frôle parfois le cliché, mais le dynamisme et l’intrigue sont là pour maintenir le suspense jusqu’au bout. l

Pat Masioni Dessinateur

jeune afrique hors-série n o 30

et 2008, la Bd Rwanda 1994 a été en partie dessinée « sur des bancs et dans des cafés ». aujourd’hui, tout va mieux : Masioni travaille dans un vaste atelier, notamment pour l’éditeur américain dC Comics qui publie la série Unknown Soldier, consacrée à la guerre dans le nord de l’ouganda et dont la sortie en version française est prévue pour 2012. l

vincent fournier/J.A.

aU Congo déMoCratiqUE, où il est né il y a un peu plus de 50 ans, Pat Masioni s’est fait connaître en illustrant la vie des saints pour les éditions saint-Paul. Pilier de la bande dessinée kinoise, il a un jour signé la caricature de trop, celle qui conduit à la case prison. réfugié en France en 2002, le dessinateur a connu les galères de papiers et de logement… Mais il a assez vite trouvé un éditeur. Publiée en deux tomes, en 2005

l’état de l’afrique • 2012


Le goût du monde

*

55 escales dans le monde dont 16 en Afrique Le goût du monde pour Servair c’est – hier, aujourd’hui et demain – beaucoup celui du continent africain. Le goût d’y tisser des partenariats respectueux des normes internationales et des spécificités locales. Le goût des métiers de la restauration et aussi de ceux des services aéroportuaires. Et bien sûr, le goût du service pour répondre aux attentes quotidiennes et événementielles de nos clients : compagnies aériennes, entreprises et collectivités. *

A taste of the world

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94

Pays par pays

54 États au crible FICHES PAYS AFRIQUE DU NORD 98 Algérie 100 Égypte 102 Libye 104 Maroc 106 Mauritanie 107 Tunisie

AFRIQUE DE L’OUEST 110 Bénin 111 Burkina Faso 112 Cap-Vert 113 Côte d’Ivoire 115 Gambie 116 Ghana 117 Guinée 119 Guinée-Bissau

120 Liberia 121 Mali 122 Niger 123 Nigeria 125 Sénégal 127 Sierra Leone 128 Togo

AFRIQUE CENTRALE 130 Cameroun 132 Centrafrique 133 Congo 134 RD Congo 136 Gabon 138 Guinée équatoriale

139 São Tomé e Príncipe 140 Tchad

AFRIQUE DE L’EST 142 Burundi 143 Djibouti 144 Érythrée 145 Éthiopie 147 Kenya 149 Ouganda 150 Rwanda 151 Somalie 152 Soudan 153 Soudan du Sud 154 Tanzanie

AFRIQUE AUSTRALE 156 Afrique du Sud 158 Angola 160 Botswana 161 Lesotho 162 Malawi 163 Mozambique 164 Namibie 165 Swaziland 166 Zambie 167 Zimbabwe

OCÉAN INDIEN 170 Comores 172 Madagascar 174 Maurice 176 Seychelles

RÉDACTION

Camille Belsœur, Pierre Boisselet, Rémi Carayol, Frida Dahmani, Muriel Devey, Georges Dougueli, Vincent Duhem, Malika Groga-Bada, Tarek Hafid, Clarisse Juompan-Yakam, Christelle Marot, Nicolas Michel, André Silver Konan, Alex Duval Smith, Justine Spiegel, Zoé Suarez, Marie Villacèque.

SOURCES Environnement, peuplement, langues et religions : Atlas de l’Afrique, Les Éditions du Jaguar. Population, croissance démographique (2010) : Banque mondiale. Densité de population (2010) : Perspectives économiques en Afrique 2011 (BAD/ OCDE, CEA). Population urbaine (2011) : Rapport sur le développement humain 2011 (Pnud). Espérance de vie (2010) : Annuaire statistique pour l’Afrique 2011 (BAD), sauf Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Kenya, Liberia, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice, Niger, Nigeria, Ouganda, RD Congo, São Tomé e Príncipe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tchad, Togo, Zimbabwe (Pnud). Alphabétisation (2009) : Banque mondiale, sauf Afrique du Sud, Algérie, Burkina Faso, Cameroun, Égypte, Éthiopie, Madagascar, Mali, Niger, Ouganda, Seychelles,Togo,Tunisie (Pnud), Djibouti (CIA, 2011). Indice de développement humain : Rapport sur le développement humain 2011 (Pnud).Taux de change : www.oanda.com. PIB par habitant (2011) : FMI (Libye, estimations). Répartition du PIB (2009): Banque mondiale, sauf Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Djibouti, GuinéeBissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, SãoTomé e Príncipe,Tchad,Togo (BAD, 2011). Inflation (2010): BAD, 2011. Investissements directs étrangers (2010) : Cnuced, 2011. Importations et exportations (2010) : OMC, 2011, sauf Burkina Faso, Liberia (Banque mondiale). PIB et taux de croissance (2008-2011) : FMI. Sauf République du Soudan du Sud : populationdata.net, ssnbs. org (National Bureau of Statistics). JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


95

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE PAYS PAR PAYS

AFRIQUE DU NORD P. 97

AFRIQUE DE L’OUEST P. 109

AFRIQUE DE L’EST P. 141 AFRIQUE CENTRALE P. 129

AFRIQUE AUSTRALE P. 155

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

OCÉAN INDIEN P. 169

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30


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Océan Atlantique

Alger Tanger

Fès Rabat Casablanca

Tunis

TUNISIE

97

Mer Méditerranée

Tripoli

Béchar

Benghazi

MAROC

Alexandrie Le Caire

ALGÉRIE

Tindouf

LIBYE

ÉGYPTE Assouan

Nouadhibou

M A U R I TA N I E Nouakchott

MALI NIGER

TCHAD

SOUDAN

SÉNÉGAL

400 km

Afrique du Nord Des braises encore chaudes

D

e Rabat au Caire en passant par Tunis et Tripoli, la sous-région continue de ressentir en 2012 les conséquences du Printemps arabe, notamment sur le plan électoral. Après le référendum constitutionnel du 19 mars 2011 et les législatives organisées de novembre à janvier, l’Égypte attend désormais l’élection présidentielle – et l’impatience de la population est de plus en plus difficile à contenir. En Tunisie, Ennahdha s’est imposée comme le vainqueur de l’élection de l’Assemblée constituante, le 23 octobre 2011. Le parti islamiste a conclu une alliance avec deux formations démocrates, Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR), afin de dégager une majorité. Moncef Marzouki (CPR) a ainsi été élu président de la République par la Constituante, tandis que Hamadi Jebali (Ennahdha) est devenu Premier ministre et que Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol) dirige l’Assemblée. En Libye, en revanche, la confusion qui a suivi la chute de Mouammar Kaddafi ne permet pas d’avoir une vision aussi claire de la transition.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

98 Algérie 100 Égypte 102 Libye 104 Maroc 106 Mauritanie 107 Tunisie JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

AFRIQUE DU NORD

Marrakech

Oran

Constantine


Afrique du Nord

Algérie

À la croisée des chemins

L

’

Algérie fête en 2012 le cinquantième anniversaire de son indépendance. Une célébration historique qui se déroule dans un environnement politique en pleine mutation. Le processus de réformes du président Abdelaziz Bouteflika a finalement abouti, après l’adoption d’une batterie de lois par le Parlement. Mais l’instauration de nouvelles règles a sensiblement modifié l’échiquier politique. Les changements ont même eu des effets inattendus. Ainsi, Bouteflika ne pourra plus compter sur l’appui du Mouvement de la société pour la paix (MSP) depuis que la formation islamiste a claqué la porte de l’Alliance présidentielle. Par ailleurs, la phase d’agrément des nouveaux partis politiques a surtout profité au camp islamiste (MSP, Ennahda et El-Islah), qui se voit renforcé par l’arrivée d’une quinzaine de nouvelles formations, dont le Front du changement national (FCN), piloté par Abdelmadjid Menasra, le Front pour la justice et le développement (FJD), d’Abdallah Djaballah, et le Parti pour la liberté et la justice (PLJ), créé par Mohamed Saïd. Mais les islamistes ne seront pas hégémoniques pour autant. Cette tendance reste divisée et privée de leader consensuel.

pas obligatoirement la possibilité de gouverner, la désignation du Premier Alger ministre et des membres du gouvernement étant une prérogative du chef de Constantine l’État. Cependant, Abdelaziz Bouteflika TUN. s’est engagé à réviser la Constitution en profondeur. MAROC L’enjeu, pour les formations repréALGÉRIE sentées à l’Assemblée populaire nationale, consistera à changer le modèle MAURIT. politique. Plusieurs partis estiment nécessaire d’aller vers un système parMALI lementaire. Une option que rejette le 400 km NIGER FLN, principale force politique du pays. Autre sujet qui risque de provoquer Les pouvoirs publics pourraient égaune vive polémique : la révision de l’arlement être confrontés à une forte absticle 74 de la Constitution, qui a mis fin tention lors des législatives du 10 mai. à la limitation du nombre de mandats En 2007, le taux de participation aux présidentiels. Cette disposition avait législatives était tout juste de 35,5 %. été introduite en 2008 par Abdelaziz Bouteflika. Et c’est grâce à cet amendement qu’il est Plusieurs partis veulent aller parvenu à se maintenir au vers un système parlementaire. pouvoir pour un troisième Une option que rejette le FLN. mandat consécutif. Sur le plan financier, Un tel scénario en 2012 porterait un l’Algérie devrait continuer de proficoup à la crédibilité du scrutin et, par ter du maintien des prix des hydrolà même, de la future Assemblée. C’est carbures sur le marché international. donc l’avenir du processus de réformes Les ventes de gaz naturel et de pétrole qui est en jeu. ont frôlé les 70 milliards de dollars Pour l’heure, le parti qui obtien(53 milliards d’euros) en 2011. Selon dra la majorité parlementaire n’aura des prévisions du Fonds monétaire ESPAGNE

Mer Méditerranée

LIBYE

98

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 5 juillet 1962 Accession à l’indépendance. ■ 19 juin 1965 Houari Boumédiène renverse

Ben Bella et devient chef de l’État. ■ 26 décembre 1991 Victoire du Front islamique du salut (FIS) aux législatives. ■ 14 janvier 1992 État d’urgence. ■ 29 juin 1992 Le président Boudiaf est assassiné. ■ Avril 1999 Abdelaziz Bouteflika (FLN) élu président. Il est réélu en 2004 et en 2009. ■ 29 septembre 2005 Adoption de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. ■ 24 février 2011 Levée de l’état d’urgence.

Le pays en bref

■ Superficie 2 381 740 km2. ■ Population 35,5 millions d’hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

■ Croissance

démographique 1,5 %. de population 15 hab./km2. ■ Population urbaine 67,1 %. ■ Espérance de vie 72,3 ans. ■ Alphabétisation 72,6 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,698 ; rang : 96e sur 187. ■ Langues Arabe (officielle), berbère (plusieurs dialectes), français. ■ Peuplement Arabes, Berbères. ■ Religion Islam (officielle). ■ Monnaie Dinar algérien. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 97,26 dinars algériens ; 1 $ = 75,07 dinars algériens. ■ PIB par habitant 5 001 $. ■ Répartition du PIB Primaire 12 % ; secondaire 54 % ; tertiaire 34 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 170,2

139,8

157,8

183,4

Taux de croissance (en %, à prix constants) 2,4

2,4

2008

2009

3,3 2010

2,9 2011

■ Inflation 4,1 %. ■ Investissements

directs étrangers 2,3 milliards de $. ■ Exportations 57,1 milliards de $. ■ Importations 40,2 milliards de $. ■ Principales ressources Pétrole, gaz, phosphate, agriculture. L’ETAT DE L’AFRIQUE • 2012


99

CLIMAT HOSTILE. Du côté des inves-

LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION S’INTENSIFIE L’ÉTAT ALGÉRIEN s’est engagé à combattre la corruption. Deux hommes mènent cette lutte : Abdelmalek Sayeh et Brahim Bouzeboudjen. Ancien procureur général du tribunal d’Alger, Sayeh commande l’Office central de répression de la corruption. Cette structure du ministère des Finances collecte les informations relatives à un acte de corruption. Brahim Bouzeboudjen dirige l’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption. Ancien directeur de cabinet du Premier ministre Ali Benflis, Bouzeboudjen entend « moraliser certains secteurs de l’administration algérienne ». Il envisage de dresser la « cartographie » du phénomène ; un état des lieux qu’il veut « plus objectif » que le classement annuel deTransparency International sur la perception de la corruption, dans lequel l’Algérie occupait cette année la 112e place sur 183. Plusieurs scandales liés à la corruption ont éclaté ces dernières années, tels ceux de Sonatrach et de l’autoroute est-ouest. l

L’ETAT DE L’AFRIQUE • 2012

double explosion a fait dix-huit morts et une trentaine de blessés. Avec le début du conflit libyen et la prolifération des armes provenant de l’ancienne armée du colonel Kaddafi, la menace est montée de plusieurs crans. Les forces algériennes engagées dans la lutte contre le terrorisme ont dû revoir leur stratégie au niveau des frontières de l’extrême sud du pays. L’objectif étant d’éviter que les groupes actifs dans le Nord ne soient alimentés en armes lourdes, notamment en missiles solair. Cette stratégie est appliquée sur le terrain en partenariat avec les autres pays du Sahel. La nomination, fin décembre 2011, du général à la retraite Athman Tartag à la tête de la Direction de la sécurité intérieure, l’une des principales structures des services de renseignements algériens, est perçue comme le signe d’une volonté de dynamiser la lutte contre le terrorisme. Cet officier, qui a la réputation d’être un « éradicateur », a été l’un des principaux acteurs de la guerre contre les Groupes islamiques armés (GIA) dans les années 1990. Le 2 janvier 2012, les forces antiterroristes sont parvenues à neutraliser Mohand Ouramdane, dit El-Khechkhach (« le Génie »), un des principaux chefs d’Aqmi en Kabylie. Le jour même, le tribunald’Algercondamnaitparcontumace à la prison à perpétuité Abdelhamid Abou Zeid pour « constitution de groupe terroriste international ». Abou Zeid, qui dirige la branche sahélienne d’Aqmi, est considéré comme le commanditaire de tous les enlèvements de ressortissants occidentaux au Mali et au Niger. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ALGÉRIE

tissements directs étrangers (IDE), l’Algérie est loin d’être un réel pôle d’attraction. Dans son rapport annuel rendu public en août 2011, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) a relevé une baisse de 34 % des IDE en 2010 d’industrie, ce sont près de 5 milliards et souligne que « le climat général des de dollars qui échapperaient chaque affaires demeure hostile à toute forme année au fisc. d’entrepreneuriat ». En matière de politique salariale, le début de l’année a été marqué par une Ce recul serait surtout lié à la règle de hausse du salaire national minimum répartition de l’actionnariat dite 51/49, entrée en application en 2009, qui intergaranti (SNMG), qui est passé de 15000 à dit aux investisseurs étrangers de possé18 000 dinars (182 euros) par mois. der plus de 49 % des parts d’une société L’année 2012 devrait également être algérienne. Le gouvernement pourrait celle de l’abrogation de l’article 87 bis décider de revenir sur cette disposition, du code du travail. Introduite au milieu comme le propose le patronat. De noudes années 1990 sur l’insistance du velles modalités de partenariat allant FMI, cette disposition concernant le en ce sens devraient être inscrites dans la prochaine La manne pétrolière a permis loi relative aux hydrocaraux pouvoirs publics d’acheter bures, dont l’adoption est la paix sociale. prévue dans le courant de cette année. La manne pétrolière a néanmoins calcul du SNMG qui intègre primes et permis aux pouvoirs publics d’acheindemnités, a eu pour effet de brider ter la paix sociale. Au lendemain des la hausse des salaires. Le gouverneémeutes de janvier 2011, l’État délie les ment, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et le patronat ont cordons de la bourse pour subventionner les produits de première nécessité. installé une commission mixte chargée Les producteurs et importateurs de de calculer l’incidence financière de sucre et d’huile alimentaire bénéfila suppression de cet article. Celle-ci cient d’une compensation financière pourrait être de plusieurs centaines afin d’éviter la flambée des prix. La de millions d’euros par an. facture se révèle plutôt salée : 300 millions d’euros dépensés par le Trésor KAMIKAZES. La menace terroriste perpublic en huit mois. Une commission siste en Algérie. Al-Qaïda au Maghreb d’enquête parlementaire démontrera, islamique (Aqmi) poursuit ses activités plus tard, que ce mécanisme de soutien criminelles dans certaines régions. En n’a profité, dans la plus totale opacité, 2011, l’organisation a perpétré plusieurs qu’à certains opérateurs. Les pouvoirs attentats. L’un des plus sanglants a ciblé, publics n’ayant pas le contrôle du secau mois d’août, l’académie militaire teur de la distribution, l’essentiel des de Cherchell, située à 90 km à l’ouest transactions se déroule dans le circuit d’Alger. Deux kamikazes ont surpris informel. Selon une estimation de la des officiers qui s’apprêtaient à rompre Chambre algérienne de commerce et le jeûne, au 26e jour du ramadan. La

AFRIQUE DU NORD

international (FMI), les réserves de change passeront de 176 milliards de dollars en 2011 à 200 milliards de dollars en 2012. Malgré le pactole dont il dispose, le gouvernement n’a toujours pas trouvé la bonne formule pour booster l’économie. En 2011, les exportations hors hydrocarbures (des minerais et quelques produits agricoles) ont tout juste dépassé 1,5 milliard de dollars, indiquent les douanes.


Afrique du Nord

Égypte

De l’euphorie à l’inquiétude

L

Mer Méditerranée

Alexandrie

ISRAËL RAËL ËL aïdd Port-Saïd

Le Caire

ÉGYPTE

ARABIE ARAB SAOUDITE Me ge

ou

rR

a transition entamée après le retrait forcé, en février 2011, de Hosni Moubaraksepoursuitdans un climat tendu. L’enthousiasme des premières heures de la révolution a laissé la place aux inquiétudes. Le 1er février 2012, des violences lors d’un match de football ont fait 74 morts et un millier de blessés à Port-Saïd. Un événement dans lequel une partie de l’opinion voit l’œuvre de forces contre-révolutionnaires. Le calme n’est pas revenu sur la place Al-Tahrir. Les manifestants demandent la libération des prisonniers politiques ainsi que la justice pour les citoyens abattus par les forces de police, et dénoncent les agissements des militaires au pouvoir. Alors que le parquet a requis la peine capitale contre Moubarak pour sa responsabilité présumée dans la mort de 850 manifestants durant la révolution, l’armée fait en effet toujours usage de la force contre les contestataires. L’affaire des « tests de virginité » pratiqués sur les manifestantes arrêtées, en particulier, l’a fortement discréditée. Les militaires continuent de mener tant bien que mal la transition, via le Conseil suprême des forces armées (CSFA, dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui), et promettent de remettre la totalité du pouvoir aux civils à l’issue de l’élection

LIBYE

100

SOUDAN

300 km

présidentielle, prévue en juin. Mais les observateurs sont inquiets. L’armée, qui détient selon certaines estimations 30 % de l’économie égyptienne, pourrait être tentée de conserver ses privilèges. CANDIDATS. Un risque qui n’a pas

échappé à Mohamed el-Baradei. Pressé de se présenter à l’élection présidentielle, l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Prix Nobel de la paix 2005, a jeté l’éponge, estimant que malgré le départ de Moubarak l’ancien régime n’est pas tombé. L’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, devrait en revanche seprésenter,commel’ex-leaderdes Frères musulmans, Abdelmounaim Abdelftouh, et le numéro deux de la confrérie, Khairat

al-Chater. Le mandat du prochain président de la République durera quatre ans et ne sera renouvelable qu’une seule fois. Les candidats devront être âgés d’au moins 40 ans, nés de parents égyptiens et ne pas avoir de double nationalité. Le processus de transition a déjà permis la tenue de législatives (novembre 2011-janvier 2012) remportées par les islamistes. Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ, branche politique des Frères musulmans) et le mouvement salafiste Al-Nour (« la lumière ») totalisent plus des deux tiers des sièges dans la nouvelle Assemblée. Résultat : ils sont présents en nombre dans la commission chargéederédigerlanouvelleConstitution et composée de 50 parlementaires et 50 représentants de la société civile. Leur arrivée au pouvoir fait craindre un durcissement à l’égard des femmes et des minorités comme les Coptes (chrétiens d’Égypte, qui représenteraient 10 % de la population), déjà éprouvés par la reprise des heurts interreligieux. En mai, 12 personnes ont été tuées et plus de 200 blessées dans le quartier populaire d’Imbaba, au Caire. En octobre, une manifestation de Coptes a été violemment réprimée par l’armée.Bilan:25morts,dontunemajorité de chrétiens. Si les Frères musulmans cherchent à rassurer la communauté, les salafistesd’Al-Nourentendentnotamment empêcherles«infidèles»coptesd’accéder à des fonctions officielles. La cohabitation entre les deux tendances de l’islam politique s’annonce compliquée. Le PLJ s’est engagé à respecter les normes démocratiques et les aspirations de la révolution. De leur côté,

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 18

■ Croissance

juin 1953 Accession à l’indépendance.

■ Avril 1954 Nasser devient Premier ministre. ■ Octobre ■6

1970 Sadate élu président.

octobre 1981 Assassinat d’Anouar

al-Sadate. Hosni Moubarak lui succède. ■ 11

février 2011 Moubarak démissionne.

■ 19

mars 2011 Adoption par référendum

des amendements à la Constitution. ■ Novembre

2011-janvier 2012 Législatives

remportées par les islamistes du Parti de la liberté et de la justice (PLJ).

Le pays en bref ■ Superficie 1 001 450 km2. ■ Population 81,1 millions d’hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

démographique 1,7 %. de population 84 hab./km2. ■ Population urbaine 43,5 %. ■ Espérance de vie 70 ans. ■ Alphabétisation 66,4 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,644 ; rang : 113e sur 187. ■ Langues Arabe (officielle), anglais, français. ■ Peuplement Arabes, Turcs, Berbères. ■ Religions Islam, christianisme. ■ Monnaie Livre égyptienne. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 7,80 livres égyptiennes ; 1 $ = 6,02 livres égyptiennes. ■ PIB par habitant 2 922 $. ■ Répartition du PIB Primaire 14 % ; secondaire 37 % ; tertiaire 49 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 162,4

188,6

218,5

231,9

Taux de croissance (en %, à prix constants) 7,2 2008

4,7

5,2

1,2

2009

2010

2011

■ Inflation 11,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

6,4 milliards de $. ■ Exportations 26,4 milliards de $. ■ Importations

52,9 milliards de $.

■ Principales ressources Gaz naturel, fer,

cacao, agrumes, canne à sucre, tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


101

12 % de la population et est l’une des principales sources de devises de l’Égypte. En 2011, le nombre de visiteurs a chuté de 33 % et les recettes de 30 %, à 6,8 milliards d’euros. En revanche, les rentrées générées par le canal de Suez ont augmenté de 9,5 %, pour atteindre 4 milliards d’euros. Dans l’ensemble, la situation économique demeure inquiétante. La croissance, soutenue ces dernières années

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ÉGYPTE

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NOTE DÉGRADÉE. Dans ce contexte,

le gouvernement est en discussion avec le FMI pour un prêt de 3,2 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros). L’aide étrangère tarde à arriver. Selon le Premier ministre, Kamal el-Ganzouri, sur les 10,5 milliards de dollars promis par les L’affaire des « tests de virginité » pays arabes, seul 1 milpratiqués sur les manifestantes liard avait été débloqué arrêtées a discrédité l’armée. fin 2011. « Le G8 a décidé [en mai, NDLR] d’accor(+ 5,2 % en 2010), n’a atteint que 1,2 % der 35 milliards de dollars à l’Égypte et en 2011. Pour 2012, les économistes du à la Tunisie. Rien n’est arrivé jusqu’à Fonds monétaire international (FMI) présent », avait-il souligné en décembre. tablent sur un taux de 1,8 %. L’inflation Pourtant, il y a urgence : l’Égypte risque devrait s’élever à 11,1 % en 2011. Quant une crise budgétaire majeure, et sa à la dette publique, elle reste supérieure devise est menacée. À la fin de 2011, à 70 % du PIB. De nombreux secteurs l’agence de notation Fitch a abaissé tournent au ralenti, et le chômage d’un cran la note souveraine du pays, augmente. Avec la chute des revenus de BB à BB–. ●

142"80*$," 2085,',&9 27 .+5,(%$$,',&9 ., (36)"*#7, ,& $"%$%!2&9 .,! !%(78%&! 0(+! ,& '2*&/ - 5CB@B##I 9I&%B! Projets d’Infrastructure

du tourisme et des investissements étrangers, la balance des paiements s’est détériorée. Les réserves de change s’amenuisent. L’heure est à la rigueur.

AFRIQUE DU NORD

25 morts, dont une majorité de chrétiens. Si les Frères musulmans cherchent à rassurer la communauté, les salafistes d’Al-Nour entendent notamment empêcher les « infidèles » coptes d’accéder à des fonctions officielles. La cohabitation entre les deux tendances de l’islam politique s’annonce compliquée. Le PLJ s’est engagé à respecter les normes démocratiques et les aspirations de la révolution. De leur côté, les membres du parti salafiste prônent l’interdiction du port du pantalon pour les femmes et multiplient les déclarations hostiles à l’alcool et aux bikinis dans les lieux touristiques. Avec Jérusalem, les relations se sont crispées. À la frontière entre les deux pays, cinq policiers égyptiens ont été tués par erreur en août 2011, lors d’un raid de Tsahal. En réaction, des milliers de Cairotes ont attaqué l’ambassade israélienne, poussant l’ambassadeur au départ. Autant d’événements qui menacent le tourisme. Le secteur emploie environ


102

Afrique du Nord

Libye

Le plus dur commence

A

p rè s l a Tu n i s i e e t Le clan est à terre. Trois des fils, 300 km l’Égypte, c’est la Libye Moatassim, Khamis et Seif el-Arab, Mer Méditerranée TUNISIE qui a été gagnée par le ont été tués. Trois autres enfants Printemps arabe, en ainsi que l’épouse du dictateur Tripoli février 2011. L’acharnement de sont réfugiés en Algérie. L’ancien ALGÉRIE Benghazi Mouammar Kaddafi à rester au footballeur Saadi est, lui, au Niger. ÉGYPTE pouvoir, coûte que coûte, a fini par Seul Seif el-Islam a été arrêté par LIBYE précipiter le pays dans une guerre les ex-forces rebelles et se trouve civile de huit mois. aujourd’hui en détention à Zintan L’ i n s u r re c t i o n c o m m e n c e (nord-ouest du pays). Il fait l’objet depuis juin 2011 d’un mandat d’arrêt le 17 février, après deux jours de la Cour pénale internationale d’émeutes à Benghazi (Est), et NIGER TCHAD SOUDAN (CPI) pour des crimes contre l’hus’étend rapidement à toute la région orientale du pays. Le Conseil manité commis pendant la répresnational de transition (CNT) est créé sion et le conflit armé. Les États-Unis, la France, le Royaumeet coordonne l’avancée des insurgés. L e C N T, q u i a p ro c l a m é l e Uni et le Qatar, bientôt rejoints par 23 octobre 2011 la fin de la révolution, Présidé par Mustapha Abdeljalil, ancien des pays de l’Organisation du traité de assure l’intérim du pouvoir. Mais au ministre de la Justice, il se déclare bienl’Atlantique Nord (Otan), appuient les tôt le seul représentant de la Libye. La début de l’année 2012, la situation sur rebelles sur le terrain et bombardent les France est le premier pays à reconnaître forces de Kaddafi. En août, sa légitimité, en mars 2011. Plus de les insurgés sont aux portes Le président du CNT veut faire de quatre-vingts États feront de même de Tripoli. Le « Guide », aux la charia la base du droit, éveillant dans les mois qui suivront. abois, appelle ses partil’inquiétude des Occidentaux. sans à nettoyer la capitale BOMBARDEMENTS. Face à l’extrême « ruelle par ruelle ». Mais, violence du dictateur, qui en repréle terrain demeure instable. Les factions le 23 août, le CNT annonce la prise de rebelles s’opposent toujours et les comsailles n’hésite pas à utiliser des Tripoli. La traque de Kaddafi commence armes lourdes et à solliciter l’appui et durera deux mois. Le 20 octobre, il battants peinent à rentrer dans le rang. Le gouvernement transitoire ne parvient de mercenaires étrangers, la commuest capturé près de Syrte, son fief, puis nauté internationale, pressée par le tué dans des circonstances troubles. pas à désarmer ces « thowars », qui CNT, décide d’intervenir. L’ONU vote la Les images de son cadavre ensanglanté multiplient barrages et intimidations. résolution 1973 autorisant le recours à feront le tour du monde. Kaddafi diriLe 6 mars 2012, les tribus et milices la force pour protéger les civils libyens. geait la Libye depuis 1969. de l’Est libyen, réunies à Benghazi, ont

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Population 6,4 millions d’hab.

■ 1951 Accession à l’indépendance. ■ 1er septembre 1969 Coup d’État du

colonel Mouammar Kaddafi. ■ 17 février 2011 Début des manifestations. ■ 19 mars 2011 Lancement des frappes

aériennes approuvées par l’ONU. ■ 21-22 août 2011 Chute de Tripoli. ■ 20 octobre 2011 Mort de Kaddafi et de

son fils Moatassim, à Syrte. Seif el-Islam Kaddafi est arrêté le 19 novembre. ■ 6 mars 2012 La Cyrénaïque proclame son

autonomie.

Le pays en bref ■ Superficie 1 759 540 km2. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Croissance

démographique 1,5 %. ■ Densité de population 4 hab./km2. ■ Population urbaine 78,1 %. ■ Espérance de vie 74,8 ans. ■ Alphabétisation 88,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,76 ; rang : 64e sur 187. ■ Langues Arabe (officielle), anglais, italien. ■ Peuplement Arabes, Berbères. ■ Religions Islam (officielle). ■ Monnaie Dinar libyen. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 1,62 dinar libyen ; 1 $ = 1,25 dinar libyen. ■ PIB par habitant 10873 $. ■ Répartition du PIB Primaire 2,8 % ; secondaire 71,4 % ; tertiaire 25,8 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 95,3

58,8

71,3

ND

Taux de croissance (en %, à prix constants) 2,4

-2,3

2008

2009

4,2 2010

ND 2011

■ Inflation 4,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

3,8 milliards de $. ■ Exportations 47,4 milliards de $. ■ Importations 10,5 milliards de $. ■ Principales ressources Pétrole, gaz. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


103

DEPUIS LA CHUTE DU DICTATEUR, les officiels français se succèdent en Libye. Le secrétaire d’État au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, est ainsi venu en décembre 2011 faire la promotion du « made in France » dans les domaines de l’énergie, de l’assainissement, du bâtiment, des travaux publics et de la santé. Les patrons de petites et moyennes entreprises composaient la moitié de la délégation, mais Veolia,Total et EADS, notamment, étaient aussi du voyage. Les Français vont avoir de la concurrence. Britanniques, Allemands, Chinois,Turcs et Italiens espèrent aussi récupérer une partie du « gâteau » libyen. Le marché de la reconstruction, évalué à 200 milliards de dollars (environ 150 milliards d’euros) par le Medef, le mouvement patronal français, suscite bien des convoitises. Le pétrole aussi. Selon le quotidien français Libération, dans une lettre du 3 avril 2011 adressée à l’émir du Qatar – intermédiaire privilégié entre l’Hexagone et les rebelles –, le CNT promet d’accorder 35 % du brut libyen aux Français « en échange de [sa] reconnaissance […] comme représentant légitime de la Libye ». Un arrangement démenti par Paris. l

RECETTES. Pourtant, il y a urgence. Tout

reste à faire : sécurité, santé, éducation, infrastructures. Pour Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), les nouvelles autorités libyennes doivent « remettre L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

OR NOIR. Quasiment interrompue pen-

dant le conflit, la production pétrolière devrait retrouver son niveau antérieur (environ 1,6 million de barils par jour), dès le deuxième trimestre 2012, indique l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Eni a repris ses activités en Libye en septembre après avoir signé un accord avec le CNT. Le groupe italien, qui indiquait en février être revenu à 80 % de sa production d’avant le conflit (laquelle était de 280 000 b/j), prévoit un retour à la normale d’ici à juin 2012. De son côté, la compagnie pétrolière espagnole Repsol avait retrouvé en décembre un niveau proche de 60 % de sa production d’avant-guerre, qui était de 340 000 b/j. Le groupe français Total a également relancé la production de son site de Mabrouk. Les réserves du pays – qui était le troisième producteur de pétrole du continent avant le conflit – sont estimées à 44 milliards de barils. Jusqu’à la chute du « Guide », l’or noir constituait plus de 95 % des exportations de la Libye. La production était répartie entre une dizaine de grandes compagnies libyennes et une trentaine d’étrangères. Les sociétés russes et chinoises risquent de pâtir de la redistribution des cartes, Moscou et Pékin s’étant opposés à l’in-

rapidement en marche la production de pétrole afin de dégager des recettes, stabiliser la monnaie, rétablir le système de paiements et mettre en place une saine gestion des finances publiques ». En 2010, la Libye avait vu son PIB progresser de 4,2 %, selon le FMI, grâce à une forte hausse de la production pétrolière. En 2012, elle devrait connaître une croissance à deux chiffres et voir le retour des investissements directs étrangers (IDE). Ces derniers se montaient 3,8 milliards de dollars (2,9 milliards d’euros) en 2010. Signé en 2008, le traité d’amitié unissant la Libye et l’Italie a été suspendu après le début de l’insurrection, en février 2011. Il prévoyait l’apport d’investissements italiens en Libye pour un montant de 5 milliards de 15 milliards de dollars d’avoirs dollars, en compensation gelés ont été débloqués au profit du préjudice subi durant du nouveau régime. la période coloniale. La Libye devrait par ailleurs bénéficier d’aides importantes. tervention militaire contre le régime L’Union européenne a notamment de Kaddafi. constitué une enveloppe de 10 millions La Libye a besoin de liquidités. Tripoli d’euros pour soutenir l’éducation, l’ada ainsi annoncé qu’il allait reconsidérer ministration et la société civile. La levée tous ses investissements à l’étranger. Certains projets seront arrêtés. Par le des sanctions financières qu’elle avait imposées au pays devrait aussi apporter biais de la Libyan Investment Authority une bouffée d’air frais. L’UE a en effet (LIA), un fonds souverain de 70 milmis fin au gel des avoirs de vingt-huit liards de dollars créé par Kaddafi, la « entités économiques » libyennes, afin Libye a investi massivement ces derd’aider au redémarrage de l’économie. À nières années en Afrique, dans le monde la suite de la « conférence des amis de la arabe et en Occident, notamment en Libye », qui a réuni une soixantaine de Italie (dans le secteur bancaire avec pays à Paris en septembre 2011, 15 milUniCredit ou dans le domaine de la liards de dollars d’avoirs gelés ont été défense et de l’aérospatial avec le groupe débloqués au profit du nouveau régime, Finmeccanica). l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

LIBYE

proclamé l’autonomie de leur région, la Cyrénaïque. Une annonce qui fait peser le risque d’un éclatement du pays, alors que des élections doivent être organisées en juin 2012 pour former une assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Le projet de loi électoral stipule que les personnes qui étaient liées au colonel Kaddafi et qui se seraient rendues coupables d’atteintes aux droits de l’homme et de détournements de fonds publics n’auront pas le droit de se présenter. Il est prévu que 10 % des sièges soient réservés aux femmes. Mustapha Abdeljalil a d’ores et déjà annoncé que la charia (loi islamique) serait à la base de la législation libyenne, ce qui n’a pas manqué de provoquer l’inquiétude de l’Union européenne (UE) et des États-Unis. Le CNT compte une quarantaine de membres. Les personnalités politiques y côtoient les fondamentalistes religieux. Parmi ces derniers : Abdelhakim Belhadj, devenu gouverneur militaire de Tripoli et bien connu des services secrets américains. L’homme est l’un des fondateurs du Groupe islamique combattant libyen (GICL), mouvement djihadiste actif dans les années 1990. Il a été capturé et livré en 2004 au colonel Kaddafi par la CIA et le MI6.

en échange d’engagements en matière de réconciliation et de démocratie. Le CNT estime à plus de 100 milliards de dollars le montant total des avoirs libyens gelés.

AFRIQUE DU NORD

LES ENTREPRISES FRANÇAISES EN EMBUSCADE


104

Afrique du Nord

Maroc

Les réformes à l’épreuve du terrain

N

euf mois après le début des manifestations survenues au Maroc dans le sillage du Printemps arabe, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) ont pour la première fois remporté les législatives, infligeant un sérieux camouflet aux partis traditionnels. Si le Mouvement du 20 février – dominé par les formations gauchistes et les islamistes d’Al Adl wal Ihsane (Justice et Bienfaisance), mouvement non reconnu légalement mais toléré par les autorités – n’a pas réussi à mobiliser l’ensemble des Marocains dans son combat pour l’instauration d’une véritable monarchie parlementaire, il a en revanche réveillé les consciences et mis en lumière les dysfonctionnements de la société : corruption, mauvaise gouvernance, injustices sociales, accaparement de l’économie par une élite. Dans les grandes villes du royaume, pendant des mois, les manifestations se sont succédé, regroupant plusieurs milliers de personnes (lire encadré).

AVANCÉES. C’est dans ce contexte

que le roi Mohammed VI a annoncé, le 9 mars 2011, une réforme de la Constitution. Approuvé en juillet par 98 % des votants, le nouveau texte

PORTUGAL

ESPAGNE

Océan Atlantique

Casablanca

ÎLES CANARIES (Espagne)

400 km

Rabat

Marrakech

MAROC

ALGÉRIE MAURITANIE

MALI

Après cette révision constitutionnelle, les législatives initialement prévues en septembre 2012 ont été avancées de dix mois. Dans un Maroc aux prises avec des revendications sociales grandissantes et une relative méfiance à l’égard des politiques, le « parti de la lampe » (du nom de son emblème) est apparu comme l’alternative la plus crédible: le PJD a remporté les élections du 25 novembre 2011 avec 107 sièges sur 395. Un scrutin surveillé par 4 000 observateurs marocains et étrangers, et qui s’est déroulé dans des conditions globalement satisfaisantes, selon le Conseil national des droits de l’homme (CNDH). La participation a été de 45 % (sur 13,5 millions d’électeurs), en nette hausse par rapport à 2007. Longtemps figure tonitruante de l’opposition, Abdelilah Benkirane, professeur de physique à la retraite et secrétaire général du PJD, a été nommé,

renforce le rôle du chef du gouvernement – désigné par le roi dans le parti arrivé en tête des législatives –, qui peut notamment dissoudre la Chambre des représentants. Il permet également au monarque de garder la main sur les pouvoirs politique et religieux. Parmi les avancées : la reconnaissance du tamazight comme langue officielle à côté Le gouvernement Benkirane de l’arabe et l’inscription devra composer avec le « shadow des droits de l’homme cabinet » formé par le Palais. dans la Constitution. Mentionné dans la nouvelle loi fondamentale, le principe de à 57 ans, chef du gouvernement. La noul’égalité hommes-femmes, « dans le velle équipe au pouvoir est une coalirespect des constantes du royaume », tion formée avec l’Istiqlal (le Parti de ressemble à une avancée, mais reste l’indépendance), le Parti du progrès sujet à interprétation. et du socialisme (PPS), le Mouvement

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Mars-avril 1956 Indépendance. ■ 26 février 1961 Mort du roi Mohammed V.

Son fils Hassan II lui succède. ■ Novembre 1975 Annexion du Sahara occidental lors de la Marche verte. ■ Juillet 1999 Mohammed VI devient roi à la mort de son père. ■ 1er juillet 2011 Adoption par référendum du projet de nouvelle Constitution (à 98 %). ■ 25 novembre 2011 Le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) arrive en tête des législatives. Son leader, Abdelilah Benkirane, devient chef du gouvernement.

Le pays en bref

■ Superficie 446 550 km2. ■ Population 32 millions d’hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

■ Croissance

démographique 1 %. de population 46 hab./km2. ■ Population urbaine 58,8 %. ■ Espérance de vie 72,2 ans. ■ Alphabétisation 56,1 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,582 ; rang : 130e sur 187. ■ Langues Arabe, tamazight (officielles), autres dialectes berbères, français. ■ Peuplement Arabes, Berbères. ■ Religions Islam (officielle), judaïsme, christianisme. ■ Monnaie Dirham. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 11 dirhams ; 1 $ = 8,49 dirhams. ■ PIB par habitant 3 162 $. ■ Répartition du PIB Primaire 16 % ; secondaire 29 % ; tertiaire 55 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 88,9

90,9

91,1

101,8

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,6 2008

5

3,7

2009

2010

4,6 2011

■ Inflation 0,9 %. ■ Investissements

directs étrangers 1,3 milliard de $. ■ Exportations 17,6 milliards de $. ■ Importations 35,3 milliards de $. ■ Principales ressources Phosphates, agriculture, tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


105

QUE RESTE-T-IL DU 20 FÉVRIER ? INSPIRÉE PAR LES SOULÈVEMENTS deTunisie et d’Égypte, la contestation du « 20 F » semble aujourd’hui avoir perdu de son audience. Initialement formé de jeunes groupes de militants gauchistes et amazighs soutenus par les islamistes radicaux d’Al Adl wal Ihsane, le mouvement a su pendant plusieurs mois jouer de l’ancrage de ces derniers sur le terrain ainsi que des réseaux sociaux pour mobiliser des milliers de personnes chaque dimanche dans les grandes villes du royaume – notamment à Casablanca,Tanger et Rabat. Mais son message est resté brouillé, d’autant que le mouvement a boycotté le référendum sur la nouvelle Constitution, puis les législatives de novembre. Le retrait d’Al Adl wal Ihsane, après la victoire du PJD, l’a encore affaibli. Du « 20 F », il restera au moins la prise de conscience politique que les choses peuvent changer. l

LE TGV CRITIQUÉ. Parallèlement, plusieurs conseillers ont fait leur entrée au Palais ; des hommes de confiance du roi Mohammed VI, rompus aux dossiers sensibles et qui forment une sorte de « shadow cabinet » avec lequel le gouvernement Benkirane devra composer. Parmi eux : Fouad Ali El Himma, pourfendeur zélé des islamistes. Les vives critiques émises en décembre par un ténor Le chômage, de 9 % au niveau du PJD, Lahcen Daoudi, à national, demeure élevé parmi l’encontre du projet de TGV les jeunes et dans les villes. marocain témoignent d’une autonomie certaine du parti vis-à-vis du Palais. Ce programme – dont du royaume, continue d’enregistrer de la réalisation a été attribuée sans appel très bons résultats. L’Office chérifien d’offres au groupe français Alstom – est des phosphates (OCP), qui emploie appuyé au plus haut sommet de l’État quelque 20 000 personnes, reste l’un chérifien, mais fait l’objet d’une polédes principaux moteurs de l’économie mique en raison de son mode de financenationale, mais il a dû faire face à une ment et de son coût, estimé à 33 milliards fronde sociale sérieuse : des émeutes de dirhams (3 milliards d’euros). dans les villes minières de Khouribga Alors que les attentes sont énormes, et de Safi. En réponse, l’OCP a décidé quelle sera la marge de manœuvre du d’accélérer le recrutement de 5 800 tragouvernement ? Le PJD a fait campagne vailleurs marocains et prend aujourd’hui sur la lutte contre la corruption, la hausse en charge la formation de 15 000 jeunes. du salaire minimum à 3 000 dirhams Car si le chômage est d’environ 9 % au (contre 2 300 actuellement), le renforceniveau national, il demeure élevé parmi ment des moyens consacrés à la santé les jeunes et dans les villes. En 2011, les et à l’éducation, la baisse de l’impôt sur autorités ont répondu aux demandes les sociétés de 30 % à 25 %… tout en sociales en relevant les salaires du secpromettant de ramener le déficit budteur public et en recourant massivegétaire à 3 % du PIB à l’horizon 2016. Le ment aux subventions pour maintenir L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

les prix de l’énergie et de certaines denrées alimentaires à un niveau stable. L’inflation reste maîtrisée, mais la hausse des dépenses a creusé le déficit, qui pourrait atteindre environ 6 %. L’année 2012 s’annonce plus difficile. La récession en Europe risque de restreindre les transferts des Marocains résidant à l’étranger, pourvoyeurs d’environ un tiers des devises du royaume. Le tourisme est en difficulté. À la crise s’est ajouté le Printemps arabe, qui a rendu les tour-opérateurs méfiants. L’attentat du café Argana à Marrakech, le 28 avril 2011, qui a fait dix-sept morts et vingt blessés, a réduit l’affluence des touristes dans la Ville ocre. Sur l’ensemble du territoire, entre janvier et octobre 2011, le nombre de nuitées enregistrées dans des établissements classés a diminué de 6 % par rapport à la même période en 2010. Les investissements directs étrangers (IDE) sont en baisse. En 2010, ils ont atteint 1,3 milliard de dollars, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), contre 2,5 milliards en 2008. VITRINE. À Casablanca, l’année 2011 s’est

achevée avec l’ouverture du Morocco Mall, gigantesque centre commercial construit sur 10 ha. Un projet gigantesque qui aura coûté 175 millions d’euros aux groupes marocain Aksal et saoudien Al-Jedaie, mais également une vitrine pour le Maroc. En février 2012, c’est l’usine Renault de Tanger qui a été inaugurée. Le complexe industriel devrait créer près de 6000 emplois directs. Autre grand projet : Desertec, une énorme centrale solaire destinée à alimenter notamment l’Europe en électricité. Les travaux vont démarrer au Maroc, pays pilote, avec trois années d’avance. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

MAROC

PJD table par ailleurs sur une croissance de 7 % dans les années qui viennent. Un programme qui semble peu réaliste au vu des contraintes structurelles de l’économie marocaine et de la crise qui sévit en Europe, premier partenaire du royaume. L’agriculture, qui fournit encore aujourd’hui 40 % des emplois et assure 16 % du PIB, reste un secteur très volatil. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance a atteint 4,6 % en 2011, grâce à une bonne production agricole et aux résultats solides des autres secteurs, en particulier les services et la consommation intérieure. Bénéficiant de l’envolée des cours des matières premières et d’une demande soutenue pour les engrais, le secteur des phosphates, qui assure le quart des exportations

AFRIQUE DU NORD

populaire (MP) et des indépendants – le découpage électoral au Maroc et la proportionnelle ne permettant pas à un parti de remporter la majorité absolue. Après d’âpres négociations, le PJD s’est adjugé 12 des 31 portefeuilles, dont ceux des Affaires étrangères ; de la Justice ; de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies ; de l’Équipement et du Transport ; ou encore celui de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, ministère occupé par la seule femme du gouvernement. Celui de l’Économie et des Finances est allé à Nizar Baraka, membre de l’Istiqlal et gendre de l’ancien Premier ministre Abbas El Fassi. Un signal propre à rassurer les acteurs économiques. Sans surprise, l’Intérieur a également échappé aux islamistes du PJD. Le ministère est désormais dirigé par Mohand Laenser, secrétaire général du Mouvement populaire, appuyé par Charki Draïss, ancien patron de la police.


Afrique du Nord

Mauritanie

Normalisation en cours

A

près son élection en juillet 2009, Mohamed Ould Abdelaziz s’est rapidement attelé à la tâche. Premier défi: sécuriser les frontières. Si la menace Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) pèsetoujours,laMauritanierevientdeloin. Ayant subi pas moins de trente attaques terroristes depuis 2005, le pays a investi ses propres moyens matériels et financiers pour contrôler l’accès au territoire et mettre fin aux zones de non-droit. Sur le plan intérieur aussi, la situation s’estnormalisée.Unecriseinstitutionnelle de un an avaitsuivilecoupd’Étatd’Azizen 2008 contre le premier président démocratiquement élu depuis l’indépendance, Sidi Ould Cheikh Abdallahi. L’opposition ne lui a d’ailleurs toujours pas pardonné ce péché originel. Aussi, en juin 2009, un accord prévoyant notamment l’instauration d’un dialogue national avait été signé à Dakar. Maintes fois reporté, celui-ci a finalement été lancé à l’automne 2011 et a abouti à une révision constitutionnelle, adoptée le 6 mars 2012. Parmi les mesures phares, la responsabilisation du Premier ministre devant le Parlement, la condamnation des coups d’État et la criminalisation de l’esclavage. Mais l’autre résultat de ce dialogue national est d’avoir semé la zizanie dans les rangs de la Coordination de

MAROC

Océan Atlantique

106

Nouadhibou

ALGÉRIE

MALI

M A U R I TA N I E Nouakchott SÉNÉGAL

300 km

l’opposition démocratique (COD), entre les quatre partis qui ont accepté d’y participer – l’Alliance populaire progressiste (APP), El Wiam, Hamam et Sawab – et les dix qui l’ont boycotté. La querelle est vivace entre Messaoud Ould Boulkheir, chef de l’APP et président de l’Assemblée nationale, et Ahmed Ould Daddah, leader du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et de l’opposition. L’économie,elle,seportebien,avecune croissance de 5,1 % en 2011. L’inflation ne devrait pas excéder 7 % en 2012. Mais les Mauritaniens, dont la moitié disposent de revenus en deçà du seuil de pauvreté, ne profitent pas de ces bons résultats. Le pays est ainsi 159e sur 187 au classement 2011 établi par le Programme des Nations

unies pour le développement (Pnud) selon l’indice de développement humain. Il faut dire que la croissance est fort peu génératrice d’emplois. Résultat : le chômage frappe 32 % de la population active. SÉCHERESSE. Les autorités ont aussi bien du mal à faire face à la sécheresse qui ravage le pays. Le Premier ministre, MoulayeOuldMohamedLaghdaf,alancé le 10 novembre 2011 un appel à l’aide internationale. Pas moins de 112 millions d’euros devront être déboursés en 2012 pour aider les éleveurs à nourrir leur cheptel et pour approvisionner 800 000 ménages en produits alimentaires à prix réduits. Sera-ce suffisant pour apaiser le mécontentement populaire, latent depuis de nombreuses années et qui a fini par se faire entendre en 2011 ? Pour la première fois, Aziz a dû affronter cette colère. Celle des NégroMauritaniens, d’une part, contre les conditions de l’enrôlement lancé en mai 2011 pour doter le pays d’un état civil fiable basé sur la biométrie. Celle des jeunes, d’autre part, qui, dans le sillage du Printemps arabe, ont manifesté dans tout le pays du 25 février au 25 avril 2011, demandant le départ du chef de l’État. Pour celui qui avait fait campagne sur le thème du « président des pauvres », 2012 s’annoncecommeuneannéepérilleuse. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 28 novembre 1958 Proclamation

de la République islamique de Mauritanie, qui devient indépendante en 1960. ■ 17 décembre 1984 Maaouiya Ould Taya prend le pouvoir. ■ 3 août 2005 Ould Taya est renversé. ■ 25 mars 2007 Élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi à la présidence. ■ 6 août 2008 Coup d’État de Mohamed Ould Abdelaziz. Il est élu à la tête du pays le 18 juillet 2009 avec 52,47 % des voix.

Le pays en bref

■ Superficie 1 025 520 km2. ■ Population 3,5 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 2,4 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

■ Densité

de population 3 hab./km2. urbaine 41,7 %. ■ Espérance de vie 61,5 ans. ■ Alphabétisation 57,5 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,453 ; rang : 159e sur 187. ■ Langues Arabe (officielle), français, peultoucouleur, soninké, wolof… ■ Peuplement Maures, Toucouleurs, Peuls, Wolofs… ■ Religions Islam (officielle). ■ Monnaie Ouguiya. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 370,45 ouguiyas ; 1 $ = 285,91 ouguiyas. ■ PIB par habitant 1 227 $. ■ Répartition du PIB Primaire 22 % ; secondaire 36 % ; tertiaire 42 %. ■ Population

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 3,6

3,5

4

3

Taux de croissance (en %, à prix constants) 3,5

-1,2

2008

2009

5,2

5,1

2010

2011

■ Inflation 6,1 %. ■ Investissements

directs étrangers 14 millions de $. ■ Exportations 2 milliards de $. ■ Importations 1,8 milliard de $. ■ Principales ressources Fer, pêche, hydrocarbures. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


107

Laboratoire démocratique

L’

Tunis Sousse ALGÉRIE

Sfax

Mer Méditerranée

TUNISIE LIBYE 150 km

pour une Constituante et une nouvelle République. Le groupe d’experts chargé du toilettage de la Constitution s’est élargi pour devenir la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. Cette première institution démocratique, présidée par Yadh Ben Achour, s’est attelée à la préparation du code électoral et a confié à l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), dirigée par Kamel Jendoubi, la charge d’organiser le scrutin d’octobre. Des démocrates connus comme Ghazi Ghraïri, Larbi Chouikha, Monia El Abed sont apparus sur le devant de la scène à la faveur de ce processus, de même que le parti islamiste Ennahdha, légalisé en mars 2011. En dix mois à peine, une centaine de partis ont été créés pour participer aux élections, qui ont vu s’affronter 1519 listes

Les Tunisiens, malgré les embûches, ont effectué des avancées importantes. Ils ont accompli leur premier geste de citoyens libres en élisant, le 23 octobre, une Assemblée constituante. Mais ils ont d’abord fait place nette : avec les mouvements contestataires dits Kasbah I et Kasbah II, ils ont éloigné du pouvoir les Lors des élections du 23 octobre, proches de Ben Ali, effacé le pays a affirmé son besoin de le parti unique – l’omnivaleurs et son conservatisme. potent Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) a été dissous par la jusde candidats. Cette prolifération, ajoutée tice en mars 2011 –, mis fin au mandat aux actions des syndicats et de la société des deux gouvernements successifs de civile, a créé une réelle cacophonie sur la scène politique. Par manque de matuMohamed Ghannouchi et commencé rité, les progressistes ont adopté une ● ● ● la transition démocratique en optant

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 20 mars 1956 Indépendance. ■ 25 juillet 1957 Habib Bourguiba devient

président de la République. ■ 7 novembre 1987 Ben Ali le remplace. ■ 17 décembre 2010 Mohamed Bouazizi, marchand ambulant, s’immole par le feu, déclenchant une vague de protestations. ■ 14 janvier 2011 Zine el-Abidine Ben Ali fuit le pays. Il est destitué le lendemain. ■ 23 octobre 2011 Élection de l’Assemblée constituante, dominée par Ennahdha. ■ 12 décembre 2011 Moncef Marzouki est élu président par la Constituante.

Le pays en bref ■ Superficie

163 610 km2.

■ Population 10,5 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 1 %. de population 63 hab./km2. ■ Population urbaine 67,7 %. ■ Espérance de vie 74 ans. ■ Alphabétisation 77,6 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,698 ; rang : 94e sur 187. ■ Langues Arabe (officielle), français. ■ Peuplement Arabes. ■ Religions Islam (officielle), christianisme, judaïsme. ■ Monnaie Dinar tunisien. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 1,93 dinar tunisien ; 1 $ = 1,49 dinar tunisien. ■ PIB par habitant 4 593 $. ■ Répartition du PIB Primaire 8,5 % ; secondaire 31,5 % ; tertiaire 60 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 44,9

43,5

44,3

48,9

Taux de croissance (en %, à prix constants) 4,5 2008

3,1

3

2009

2010

0

2011

■ Inflation 4,4 %. ■ Investissements

directs étrangers 1,5 milliard de $. ■ Exportations 16,4 milliards de $. ■ Importations 22,2 milliards de $. ■ Principales ressources Phosphate, agriculture, textile, hydrocarbures, tourisme. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

MAURITANIE - TUNISIE

année 2011 restera comme celle de la révolution tunisienne. L’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010, embrase le pays et déclenche des revendications « de liberté et de dignité nationale » si fortes qu’elles vont déboulonner Ben Ali après vingttrois années de règne sans partage. Les révoltes populaires, restées sporadiques et violemment réprimées pendant des années, se transforment en révolution. Autrefois utopique, la démocratie prend ses quartiers dans le pays. « Enfin libres! »: l’un des slogans de la révolution du 14 janvier résume à lui seul l’état d’esprit qui prévaut désormais. Sans effusion de sang, les pionniers du Printemps arabe ont fait un apprentissage de la citoyenneté et de la démocratie en accéléré. Pourtant, rien n’était gagné d’avance : cette révolution sur fond de crise socioéconomique aurait pu opposer les plus démunis aux nantis, les déshérités des régions intérieures aux habitants des zones côtières, mieux lotis. Mais les Tunisiens, à la faveur de leur mobilisation, ont découvert qu’ils pouvaient être unis et qu’ils partageaient des revendications similairesmalgrélesfracturesdeleurpays. Une véritable solidarité a existé avant que l’euphorie et la spontanéité populaires soient rattrapées par la politique.

AFRIQUE DU NORD

Tunisie


108

Afrique du Nord stratégie mettant la laïcité et la question des femmes au cœur des débats, alors que les islamistes, sans programme bien défini, jouaient sur les références identitaires. Face à une telle confusion, seulement 54 % des électeurs se sont rendus aux urnes; les autres se sont abstenus, et plus de 1 million de voix exprimées ont été « perdues » du fait du mode de scrutin retenu (dit « au plus fort reste »). Avec l’entrée dans la phase électorale, les jeunes, acteurs de la révolution, se sont essoufflés, comme si le départ de Ben Ali, l’ennemi commun, avait privé leur mouvement de sa cohésion. Ennahdha est sorti vainqueur de l’élection du 23 octobre. Le parti islamiste a obtenu 41,5 % des voix, ce qui lui a permis de remporter 89 des 217 sièges de l’Assemblée et de conclure une alliance avec deux formations républicaines, Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR), afin de dégager une majorité parlementaire. En vertu de cet accord, Moncef Marzouki (CPR) a été élu président de la République par l’Assemblée le 12 décembre, Hamadi Jebali (Ennahdha) est devenu Premier ministre et Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol) président de la Constituante. Ce rapprochement, que d’aucuns jugent contre nature, ne rassure pas toujours: la société civile descend régulièrement dans la rue pour signifier qu’elle restera vigilante lors de la rédaction de la Constitution et que les élus se doivent de tenir leurs engagements – notamment celui de ne pas consacrer plus de une année à l’élaboration de la future loi fondamentale. Le succès électoral des islamistes suscite des craintes et focalise l’attention. Ceux-ci, conscients que leur victoire n’est que relative, s’empressent d’intégrer toutes les institutions.

lll

PARALYSIE. Du fait des troubles persistants, l’économie s’est grippée jusqu’à la paralysie dans plusieurs secteurs. Conséquence : en 2011, le pays a subi 2,5 milliards de dinars (1,3 milliard d’euros) de pertes et le PIB a reculé de 1,85 % (le Fonds monétaire international [FMI] estime, de son côté, qu’il a stagné), a annoncé le Premier ministre en janvier dernier. Quant au tourisme, qui assure habituellement 7 % du PIB, ses recettes ont baissé de 33 % par rapport à 2010. Tous secteurs confondus, 400000 emplois ont été perdus. Selon l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (Fipa), JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

FIN DU « MIRACLE » LATUNISIE, PRÉSENTÉE comme le petit dragon de l’Afrique, constate avec sa révolution que le miracle vanté par Ben Ali relevait en grande partie du mirage. Depuis le 14 janvier, deux pourcentages, confirmés par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), révèlent une réalité difficile : 24,7 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, et près d’un Tunisien sur cinq (1,8 million de personnes) est analphabète. On est loin des exploits réalisés par Bourguiba en matière d’éducation. À cet illettrisme, qui complique sérieusement l’exercice de la citoyenneté, s’ajoute un fort chômage (près de 1 million de personnes), qui exacerbe les tensions sociales jusqu’à provoquer des actes de désobéissance civile. À l’opposé des objectifs d’une révolution qui voulait du pain et des libertés. l

La révolution a mis au jour l’ampleur de la corruption, qui coûtait au pays près de 2 points de croissance, et l’économie est toujours pénalisée par les entreprises appartenant au clan Ben Ali, du fait de leurs engagements auprès des banques (1,25 milliard d’euros), mais aussi, pour celles qui sont cotées en Bourse, de la détérioration de leur cours. La place de Tunis a limité ses pertes à 7,63 % en 2011 malgré la chute des valeurs bancaires, plombées par le volume important des créances dans ce secteur. LEVÉE DE FONDS. Les nouvelles autori-

tés ont dû augmenter les dépenses budgétaires pour calmer l’agitation sociale (avec la mise en place d’aides telles que l’allocation Amal, pour les diplômés de l’enseignement supérieur au chômage), compenser le ralentissement des flux de capitaux et la baisse des recettes liées au tourisme et aux exportations ainsi que les effets de la crise mondiale. Ce déséquilibre a contraint l’État à procéder à une levée de fonds sur les marchés internationaux. Faute d’engagement clair de l’Union européenne en juin 2011, la Turquie, le Qatar et le Japon ont été sollicités. La révolution a remis en question l’équilibre des relations internationales, d’autant que les principaux partenaires européens ont été pris de court par les événements et n’ont montré qu’un soutien frileux à la volonté de démocratisation du pays. La Tunisie est ainsi amenée, dans des conditions sociales difficiles, à revoir sa stratégie de croissance, repenser le

182 entreprises étrangères ont cessé leur activité en 2011, tandis que les investissements directs étrangers atteignaient 1,61 milliard de dinars seulement – en baisse de 25,7 % par rapport à 2010. Par ailleurs, les débrayages dans le bassin minier de Gafsa, motivés par de fortes revendications Relancer l’emploi est une priorité. sociales, ont entraîné le Tous secteurs confondus, blocage de la production 400 000 postes ont été perdus. et de la transformation du phosphate, occasionnant de lourdes pertes (de l’ordre de 600 millions financement de son développement, de dinars) qui menacent la position de la engager des réformes et relancer ses Tunisie en tant que cinquième producsecteurs clés. Le nouveau gouvernement teur mondial. Cependant, les secteurs devra tenir bon sur ses engagements essentiellement tournés vers l’export en matière d’austérité tout en se monaffichent une bonne santé : + 5 % pour le trant capable de fournir des emplois, textile et l’habillement et + 28 % pour les première revendication des révolutionindustries manufacturières et électroménaires. Cependant, à peine libéré du joug caniques (IME), alors que la concurrence de Ben Ali, le pays doit déjà défendre chinoise nuit à l’industrie de la chausses libertés, menacées par l’apparition sure. L’agriculture et l’agroalimentaire d’un certain fondamentalisme. À charge pour l’opposition de protéger les acquis ont directement profité de la révolution de la révolution avant les prochaines libyenne : ils réalisent un bond de 49 % échéances électorales. l par rapport à 2010. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


109

ALGÉRIE

Tombouctou Dakar Banjul

NIGER

Nig

er

Gao

SÉNÉGAL

Mopti

GAMBIE

Bamako

GUINÉEBissau BISSAU Conakry Freetown

CAP-VERT Praia

GUINÉE SIERRA LEONE

Monrovia

LIBERIA

Niamey

TCHAD

Zinder

Ouagadougou

BURKINA FASO CÔTE D'IVOIRE Yamoussoukro Abidjan

Maiduguri

BÉNIN

NIGERIA

TOGO GHANA Lomé

PortoNovo

Accra

oué

n Abuja Bé

Lagos PortHarcourt

Océan Atlantique

RÉP. CENTRAF.

CAMEROUN

300 km

Afrique de l’Ouest La démocratie à l’épreuve

U

ne fois encore, ce sont les élections qui ont focalisé toute l’attention en Afrique de l’Ouest. Après la Guinée, le Niger puis la Côte d’Ivoire en 2011, c’était au tour du Sénégal de défrayer la chronique avec le scrutin présidentiel de févriermars 2012. À l’issue du second tour, le 25 mars, le président sortant, Abdoulaye Wade, s’est finalement incliné face à son challengeur, l’ancien Premier ministre Macky Sall. Au Mali, en revanche, la présidentielle, qui devait avoir lieu le 29 avril, a été annulée. Le chef de l’État sortant, Amadou Toumani Touré, ne pouvant se représenter, les jeux semblaient très ouverts. Mais la rébellion touarègue qui sévit dans le nord du pays a conduit une partie de l’armée à fomenter un putsch. Le 21 mars, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), dirigé par le capitaine Amadou Haya Sanogo, a pris le pouvoir, reportant sine die le scrutin.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

110 Bénin 111 Burkina Faso 112 Cap-Vert 113 Côte d’Ivoire 115 Gambie 116 Ghana 117 Guinée 119 Guinée-Bissau 120 Liberia 121 Mali 122 Niger 123 Nigeria 125 Sénégal 127 Sierra Leone 128 Togo JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

AFRIQUE DE L’OUEST

MALI

MAURITANIE


110

Afrique de l’Ouest

Bénin

Début de mandat volontariste

A

près une année 2011 marquée par les élections présidentielle et législatives, 2012 verra se concrétiser les changements amorcés tous azimuts par les autorités. Première réforme politique phare: celle du code électoral. L’objectif, à en croire le président, Thomas Boni Yayi (réélu le 13 mars 2011), est d’« éviter que les élections ne soient une source de conflits inutiles pouvant dégrader dangereusement le climat de paix sociale et la tranquillité publique, sans lesquels aucun développement n’est possible ». L’essor du pays passe aussi par la lutte contre la corruption, objet d’une loi votée en 2011. Les décrets d’application, attendus cette année, devraient notamment affirmer le principe de la séparation entre les fonctions politiques et les fonctions administratives et techniques, et promouvoir dans l’administration une gestion axée sur les résultats. Une charte de gouvernance pour le développement du Bénin a en outre été adoptée par le gouvernement en début d’année. « Mon gouvernement va placer 2012 sous le signe de la gouvernance managériale dans toutes les entités administratives, en vue d’une meilleure gestion des affaires publiques », a expliqué Boni Yayi. En 2011, le réseau juridictionnel béninois a été étendu, et les cours d’appel et

BURKINA FASO

BÉNIN Parakou TOGO NIGERIA

GHANA PortoNovo 150 km

Cotonou

Golfe du Bénin

tribunaux de première instance ont vu leur capacité renforcée. Le président a annoncé que 2012 serait l’année de la réforme de la politique pénale, avec un plan d’urgence permettant d’encadrer le recours à la détention préventive et à la prison ferme pour les infractions mineures. Le but : désengorger les établissements pénitentiaires. RELANCE. Les réformes économiques

sont aussi inscrites à l’agenda 2012. Il en est ainsi du Programme de l’identifiant fiscal unique – dont le but principal est de moderniser la gestion des finances publiques –, de l’interconnexion de toutes les régies fiscales et du renforcement de la lutte contre la fraude, avec la mise en

œuvre du Programme de vérification des importations nouvelle génération. La relance de l’économie supposant des infrastructures performantes, l’État prévoit de construire un second port en eau profonde, à Sèmè-Podji (Sud-Est), et un aéroport aux normes internationales à Natitingou (Nord-Ouest), de bitumer des routes, d’aménager et de réhabiliter des pistes rurales afin de désenclaver certaines localités. En 2011, il a réalisé 436 km de routes, pour 198 milliards de F CFA (302 millions d’euros). Cette année, 371 km devraient être aménagés, pour 277 milliards de F CFA. Petite ombre au tableau: le blocage de la privatisation de Bénin Télécoms SA (200 milliards de F CFA de dettes), faute d’une offre intéressante. Le pouvoir entend également poursuivre sa politique de dialogue social, diversement appréciée l’année dernière. L’objectif de toutes ces mesures est d’améliorer le taux de croissance de l’économie, descendu à 2,6 % en 2010 et estimé à 3,8 % en 2011. Le pays compte améliorer ce chiffre en 2012 et mise sur un taux de 8 % en 2013. L’ambition étant de faire profiter le plus grand nombre des fruits de cette croissance et de réduire de moitié le taux de pauvreté, qui s’établit actuellement à 35 % (contre 50 % en moyenne en Afrique subsaharienne). ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Population

■1

août 1960 Accession à l’indépendance. 1972 Coup d’État du général Mathieu Kérékou. ■ 2 décembre 1990 Instauration du multipartisme. ■ 24 mars 1991 L’opposant Nicéphore Soglo est élu président de la République. ■ Mars 1996 Kérékou est élu président. ■ 19 mars 2006 Victoire de Boni Yayi à la présidentielle. Réélu le 13 mars 2011. er

■ Octobre

Le pays en bref

■ Superficie 112 620 km2. ■ Population 8,8 millions d’hab. ■ Croissance ■ Densité

démographique 2,8 %. de population 80 hab./km2.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

urbaine 42,5 %. de vie 61 ans. ■ Alphabétisation 41,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,427 ; rang : 167e sur 187. ■ Langues Français (officielle), fon, goun, mina, yorouba, dendi, bariba… ■ Peuplement Fons, Adjas, Peuls, Yorubas, Sombas… ■ Religions Animisme, christianisme, islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 756 $. ■ Répartition du PIB Primaire 35,9 % ;

■ Espérance

secondaire 14,5 % ; tertiaire 49,6 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 6,7

6,6

6,6

7,5

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5 2008 ■ Inflation

2,7

2,6

2009

2010

3,8 2011

2,1 %.

■ Investissements

directs étrangers

111 millions de $. ■ Exportations

1,2 milliard de $.

■ Importations 2,2 milliards de $. ■ Principales ressources Coton (80 %

des recettes d’exportation), pêche. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


111

Des réformes pour apaiser la grogne

J

MALI NIGER

Ouagadougou

B U R K I N A FA S O Bobo-Dioulasso GHANA CÔTE D'IVOIRE

BÉNIN TOGO

100 km

fin de la révolte. Les mois suivants, Tiao et ses ministres colmatent les brèches : suppression de taxes, augmentation de salaires,baissedesprixdeproduitsdepremièrenécessité…Lesautoritéss’attaquent aussiàlacorruption, comme en témoigne l’arrestation,le1er janvier2012,dudirecteur général des douanes, Ousmane Guiro. Sur le plan politique, le gouvernement accélère les changements. Le Conseil consultatif sur les réformes politiques, boycotté par une partie de l’opposition, prône la création d’un Sénat et d’un statut pour les chefs traditionnels, mais ne se prononce pas sur l’article 37 de la Constitution, qui interdit à Compaoré de se présenter à nouveau en 2015. De son côté, le président délaisse un temps les médiationsinternationales(jusqu’aucoup d’ÉtatauMalienmars2012)etseconsacre à la réforme de l’armée: 566 militaires (sur

un total d’environ 12000) sont radiés et la structure des régiments est revue. Le parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), n’a pas échappé à la grande lessive. En mars 2012, c’estAssimiKouanda,l’anciendirecteurde cabinet de Compaoré, qui en a pris la tête, remplaçant Roch Marc Christian Kaboré. Une autre institution a été secouée en 2011 : la Commission électorale nationale indépendante. Son président, Moussa Michel Tapsoba, critiqué par l’opposition, a été débarqué en juillet. En 2012, son remplaçant, Barthélemy Kéré, devra organiserlespremièresélectionscouplées (municipales et législatives) du pays. DE PLEIN FOUET. Ce contexte tendu a

pesé sur l’économie. Outre la crise sociale, qui pourrait, selon le gouvernement, avoir coûté un demi-point de croissance, le Burkina a subi de plein fouet les conséquences de la crise ivoirienne. Le Fonds monétaire international (FMI) estime la croissance à 4,9 % en 2011, contre 7,9 % en 2010. Les mauvais résultats relatifs de la saison agricole 2011-2012 ont cependant été compensés par l’essor du secteur minier. La production d’or est passée d’une douzaine de tonnes en 2009 à 33 t en 2011. Le coton aussi se porte plutôt bien : le secteur a produit 400 000 t en 2011, soit autant qu’en 2010. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■5

août 1960 Accession à l’indépendance. janvier 1966 Yaméogo est renversé. Sangoulé Lamizana devient chef de l’État. ■ 4 août 1983 Putsch de Thomas Sankara. ■ 4 août 1984 La Haute-Volta devient le Burkina Faso. ■ 15 octobre 1987 Sankara est assassiné. Blaise Compaoré prend le pouvoir. ■ 1er décembre 1991 Compaoré est élu président. Il est réélu en 1998, 2005 et 2010. ■4

Le pays en bref ■ Superficie

274 000 km2. ■ Population 16,5 millions d’hab. ■ Croissance démographique 3 %. ■ Densité de population 59 hab./km2. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Population

urbaine 26,5 %. de vie 55,4 ans. ■ Alphabétisation 28,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,331 ; rang : 181e sur 187. ■ Langues Français (officielle), mooré, dioula, peul, tamacheq… ■ Peuplement Mossis, Mandés, Peuls, Bobos… ■ Religions Animisme, islam, christianisme. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 670 $. ■ Répartition du PIB Primaire 35,2 % ;

■ Espérance

secondaire 23,8 % ; tertiaire 41 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 8,3

9

8,4

10,1

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,2 2008

7,9 3,2 2009

2010

4,9 2011

■ Inflation 0,9 %. ■ Investissements

directs étrangers

37 millions de $. ■ Exportations

1,3 milliard de $.

■ Importations 2 milliards de $. ■ Principales ressources Coton, élevage,

or, canne à sucre. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

BÉNIN - BURKINA FASO

amais depuis l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, en 1998, le BurkinaFason’avaitconnudetelles secousses. De février à juin 2011, il a vécu au rythme des manifestations, des grèves et des mutineries, avant de connaître des réformes sans précédent. Tout a commencé avec la mort suspecte d’un collégien, Justin Zongo, le 20 février à Koudougou (centre du pays). Sescamaradesaccusentlapolicedel’avoir torturé – trois policiersseront condamnés, en août, à huit et dix ans de prison. La colère gagne tout le pays. Après les étudiants, les enseignants et les magistrats, les militaires descendent dans la rue, dans la nuit du 22 au 23 mars. Mécontents de la condamnation de cinq des leurs, des soldats sortent de leurs casernes à Ouagadougou. Le 14 avril, ce sont les soldats d’élite du régiment de la sécurité présidentielle qui prennent les armes. Le lendemain, le président, Blaise Compaoré, remplace le commandement de l’armée, dissout le gouvernement, s’attribue le ministère de la Défense et nomme un nouveau Premier ministre. Exit Tertius Zongo, place à Luc Adolphe Tiao. Mais les soubresauts ne s’arrêtent pas. Début juin, à Bobo-Dioulasso, le président emploie la force pour la première fois. Bilan: sept morts, dont six soldats, des dizaines d’hommes arrêtés… et la

AFRIQUE DE L’OUEST

Burkina Faso


112

Afrique de l’Ouest

Cap-Vert

Fin de l’ère Pires

U

ne fois de plus, le Cap-Vert a été, en 2011, fidèle à sa réputation. Les élections se sont déroulées dans un climat exemplaire, ainsi que l’a confirmé la mission d’observation de l’Union africaine, qui a souligné « la maturité des acteurs politiques et des citoyens » et salué « la bonne entente entre les candidats ». Les législatives du 6 février 2011 ont été remportées par le Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV), qui a obtenu 52,6 % des voix, devant le premier parti d’opposition, le Mouvement pour la démocratie (MPD), crédité de 42 % des suffrages. En août, la présidentielle a été remportée par le candidat du MPD, Jorge Carlos Fonseca, investi le 9 septembre. L’ancien ministre des Affaires étrangères a su s’imposer face à un PAICV miné par les dissensions. Mais il devra cohabiter avec ses adversaires, notamment José Maria Neves, chef du gouvernement depuis dix ans. Cette élection marque aussi la fin d’une époque, avec le départ du président Pedro Pires, 78 ans, lauréat du prix de la Fondation Mo Ibrahim en 2011 pour sa gestion exemplaire. Sous sa présidence (2001-2011), le PIB a progressé de plus de 6 % par an, et le revenu par habitant a augmenté de près de 200 %.

CAP-VERT Î L E S

D U

V E N T Océan Atlantique

Î 50 km

SOU LES

S-LE-

VENT Praia

Le taux d’alphabétisation est supérieur à 80 % et l’espérance de vie atteint 71 ans. SOUTIENS. En dix ans, l’archipel n’a cessé de se rapprocher de l’Union européenne (UE). Depuis décembre 2011, il a quitté la catégorie des pays les moins avancés pour celle des pays à revenu intermédiaire. Il peut ainsi bénéficier du système de préférence généralisée de l’UE, qui soutient les pays en voie de développement à travers un allègement des coûts de leurs transactions internationales. Cela va dynamiser ses exportations (banane, cacao, thé, café, sucre, poissons et produits textiles), dont 94 % sont destinées à l’Europe.

Danslemêmetemps,lesautoritésaméricaines lui renouvellent leur confiance puisqu’ilvaencoreprofiterduMillennium Challenge Account. Ce programme, qui doit rapporter 66,2 millions de dollars (50 millions d’euros) à l’archipel, aide les pays en développement donnant des signes forts de bonne gouvernance. Bien qu’il bénéficie de nombreux soutiens internationaux, le Cap-Vert reste très dépendant de l’aide au développement et des transferts de la diaspora. Le secteur primaire ne fournit que 9 % du PIB, alors que le tertiaire (tourisme et services financiers) y contribue pour 71 %. Les syndicats restent inflexibles sur les augmentations de salaires, et des grèves pourraient survenir en 2012. Pour l’heure, la croissance peine à redécoller et les investissements directs étrangers restent réduits. Toutefois, le tourisme s’est redressé depuis 2010, et l’inflation est toujours maîtrisée, même si elle demeure tributaire de l’augmentation des prix des matières premières et des carburants. Pour réduire sa forte dépendance aux importations pétrolières destinées à la production d’électricité, le Cap-Vert a mis en œuvre un plan de 300 millions de dollars visant à couvrir 50 % de ses besoins au moyen d’énergies renouvelables à l’horizon 2020. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Croissance

■ 5 juillet 1975 Indépendance. Aristides

Pereira est président (réélu en 1981). ■ Septembre 1990 Adoption du multipartisme. ■ 17 février 1991 Victoire d’Antonio Mascarenhas Monteiro, du Mouvement pour la démocratie (MPD). Réélu en 1996. ■ 25 février 2001 Pedro Pires, du Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV) est élu président (réélu en 2006). ■ 21 août 2011 Victoire de Jorge Carlos Fonseca à l’élection présidentielle.

Le pays en bref ■ Superficie 4 030 km2.

■ Population 495999 hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

démographique 0,9 %. de population 127 hab./km2. ■ Population urbaine 61,8 %. ■ Espérance de vie 71 ans. ■ Alphabétisation 84,8 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,568 ; rang : 133e sur 187. ■ Langues Portugais, crioulo (officielles). ■ Peuplement Métis, Noirs, Blancs (une minorité). ■ Religion Christianisme. ■ Monnaie Escudo. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 110,27 escudos ; 1 $ = 84,80 escudos. ■ PIB par habitant 3 737 $. ■ Répartition du PIB Primaire 9 % ; secondaire 20 % ; tertiaire 71 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 1,6

1,7

1,6

1,9

Taux de croissance (en %, à prix constants) 6,2 2008 ■ Inflation

3,7 2009

5,4

5,6

2010

2011

2,1 %.

■ Investissements

directs étrangers

111 millions de $. ■ Exportations 45 millions de $. ■ Importations

742 millions de $.

■ Principales ressources Bananes, pêche,

tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


113

Les défis de l’après-Gbagbo

A

BREBIS GALEUSES. En créant à la hâte,

peu avant les fêtes de fin d’année, une police militaire chargée de traquer les brebis galeuses au sein des FRCI, le président Alassane Ouattara a mis fin à nombre d’exactions et de violations des droits de l’homme impliquant la

passe notamment par la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants, la réhabilitation des garnisons et des camps GUINÉE militaires, le casernement des troupes, la CÔTE D'IVOIRE formation à la discipline et au respect de Bouaké la hiérarchie et la mise au pas de certains Yamoussoukro anciens « comzones » (commandants LIBERIA GHANA de zone) des FAFN, à l’autorité déborAbidjan dante. Le redéploiement des services de sécurité (police, gendarmerie, douane) 200 km Golfe de Guinée et de l’armée dans les zones jadis contrôlées par les Forces nouvelles est effectif nouvelle armée régulière, principaledepuis décembre 2011. Cette opération, dernière étape du processus du retour ment les membres issus de l’ex-rébellion. de l’administration dans les villes du « Nos efforts pour améliorer la sécurité Nord, consacre la réunification du pays, ont commencé à produire des effets encourageants », se réjouissait-il devant après presque dix années de partition. les diplomates étrangers en décembre. Il Toutes ces mesures devraient perreconnaissait toutefois, à l’occasion de mettre d’attirer plus d’investisseurs. Le pays mise sur une croissance écoses vœux de fin d’année : « Nous savons nomique de 8 % en 2012, avec comme objectif un Abidjan a tâtonné plusieurs mois taux à deux chiffres à en matière de sécurité. En 2012, l’horizon 2014-2015. La il lui faudra réformer l’armée. crise postélectorale avait causé aux entreprises des qu’il nous reste beaucoup à faire. Je puis dommages estimés à 1 000 milliards de F CFA (1,52 milliard d’euros) par la vous rassurer quant à notre déterminaChambre de commerce et d’industrie de tion à déployer plus de moyens encore, afin de ramener la sécurité partout dans Côte d’Ivoire. Cette année, les autorités notre pays. » comptent atteindre le point d’achèveEn 2012, le gouvernement compte ment de l’initiative en faveur des pays accélérer la réforme de l’armée ; celle-ci pauvres très endettés (PPTE), ce qui ● ● ● MALI

BURKINA FASO

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 7 août 1960 Accession à l’indépendance.

Félix Houphouët-Boigny devient président. ■ 1995 Henri Konan Bédié est élu président. ■ 24 décembre 1999 Putsch de Robert Gueï. ■ 22 octobre 2000 Gbagbo élu président. ■ 19 septembre 2002 Tentative de putsch.

Les Forces nouvelles occupent le Nord. ■ 4 mars 2007 Accord de paix de Ouaga. ■ 28 novembre 2010 Ouattara élu président.

Gbagbo refuse de céder le pouvoir. ■ 11 avril 2011 Gbagbo est arrêté. Le

30 novembre, il est transféré à la CPI.

Le pays en bref ■ Superficie 322 460 km2. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Population 19,7 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 2 %. ■ Densité de population 67 hab./km2. ■ Population urbaine 51,3 %. ■ Espérance de vie 55,4 ans. ■ Alphabétisation 55,3 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,4 ; rang : 170e sur 187. ■ Langues Français (officielle), dioula, baoulé, bété, sénoufo… ■ Peuplement Sénoufos, Dans, Agris, Bétés, Baoulés, Dioulas, Malinkés… ■ Religions Christianisme, islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 1 049 $.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 22,5 23,5

23

23,8

Taux de croissance (en %, à prix constants) 2,3

3,8

2008

2009

2,4 2010

-5,8 2011

■ Répartition

du PIB Primaire 25 % ; secondaire 25 % ; tertiaire 50 %. ■ Inflation 2,7 %. ■ Investissements directs étrangers 418 millions de $. ■ Exportations 10,3 milliards de $. ■ Importations 7,8 milliards de $. ■ Principales ressources Cacao, coton, café. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

CAP-VERT - CÔTE D’IVOIRE

mélioration de la sécurité, réconciliation nationale et relance économique. Un an après la fin officielle du conflit en Côte d’Ivoire et l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, le pays doit relever trois défis majeurs. Entre les ex-rebelles des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN, pro-Ouattara), qu’il reste à démobiliser, les anciens combattants des milices patriotiques (pro-Gbagbo), qui ont fui au Liberia ou caché leurs armes dans les régions de l’Ouest, et les volontaires de la dernière heure des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), enrôlés lors de l’offensive lancée en mars 2011 pour déloger Laurent Gbagbo de son bunker, le pouvoir d’Abidjan a tâtonné pendant plusieurs mois avant d’affirmer son autorité en matière de sécurité. Dans un rapport publié mi-décembre 2011, International Crisis Group dénonçait avec force détails la « criminalisation » de l’armée ivoirienne.

AFRIQUE DE L’OUEST

Côte d’Ivoire


114

Afrique de l’Ouest

L’OPPOSITION EN PANNE UN AN APRÈS LA VICTOIRE d’Alassane Ouattara, l’opposition a du mal à s’organiser. L’ancien chef de l’État, Laurent Gbagbo, a été transféré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye fin novembre 2011. Le Front populaire ivoirien (FPI), qui avait subordonné sa participation aux législatives de décembre à la libération de son ancien chef – une exigence jugée indécente par le nouveau pouvoir –, a donc boycotté le scrutin. Depuis, le président par intérim du FPI, Sylvain Miaka Oureto, peine à maintenir une ligne politique claire. D’importantes personnalités du parti, comme Simone Gbagbo, sont en prison. D’autres, réfugiés à l’étranger, ont créé la Coordination FPI en exil et ne tiennent pas toujours le même langage que les dirigeants restés au pays. Plusieurs responsables de petits partis, emmenés par Gervais Coulibaly, ancien porte-parole du président déchu, ont claqué la porte de la coalition pro-Gbagbo pour mettre sur pied la Ligue des mouvements pour le progrès (LMP), plutôt modérée. Quant à Mamadou Koulibaly, l’ex-numéro deux du régime, il a créé dès juillet 2011 son propre parti, Liberté et Démocratie pour la République (Lider). Son slogan: ni Ouattara, ni Gbagbo. l l l l permettrait d’annuler 6 milliards de dollars de dette extérieure (4,5 milliards d’euros). D’ores et déjà, le ministère de l’Économie et des Finances a proposé pour 2012 un budget de 3 160 milliards de F CFA, en croissance de 3,6 % par rapport à celui de 2011, dont 654,3 milliards de ressources extérieures comprenant notamment les échéances rééchelonnées et les annulations de dettes. Environ 20 % de ce budget (649 milliards de F CFA), sont consacrés aux investissements. Une enveloppe record destinée à renforcer la création d’emplois pour les jeunes, particulièrement touchés par le chômage.

MÉDECINE NUCLÉAIRE. Les autorités entendent donner un coup d’accélérateur à la relance de l’économie grâce à une politique de grands travaux : assainissement urbain, construction et réhabilitation d’infrastructures routières et de ponts, éclairage public, installations hydrauliques, etc. « Toute la Côte d’Ivoire est en chantier », se plaît à dire Alassane Ouattara. La candidature du pays a ainsi été retenue par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour la construction d’un grand centre de médecine nucléaire. Celui-ci permettra un diagnostic précoce de nombreuses affections, notamment celles d’origine cancéreuse et l’infarctus du myocarde. En Côte d’Ivoire, la plupart des malades atteints de cancer meurent faute d’infrastructures adéquates et du fait, surtout, de diagnostics trop tardifs. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

unis, en s’appuyant « sur l’expérience des partenaires de longue date comme le Liban, l’Arabie saoudite, Israël, la Turquie et l’Iran ». « Notre pays étonnera le monde par son dynamisme », promet le président. Mais la Côte d’Ivoire devra d’abord faire la preuve de sa capacité à se réconcilier avec elle-même. C’est en tout cas la mission assignéeàlaCommissionDialogue,Vérité et Réconciliation (CDVR), présidée par l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny.Aprèsplusieursmoisd’hésitations, la CDVR devrait cette année proposer une feuille de route précise afin de faire témoigner les victimes des dix années de troublesquiontébranlélepaysetd’apporter, si possible, des dédommagements à ceux qui en ont besoin. La commission devra, par ailleurs, analyser les causes de la crise politique et proposer des solutions durables. Il reste toutefois la question des partisans de Laurent Gbagbo en exil, dont la plupart ont trouvé refuge à Accra. Ils rechignent à rentrer au pays, par crainte d’avoir à rendre des comptes à la justice.

De même, les universités publiques d’Abidjan, fermées l’année dernière, devraient rouvrir leurs portes en septembre. Elles étaient devenues une sorte de ghetto où régnaient en seigneurs de guerre (au sens propre) les secrétaires de section de la tristement célèbre RÉFÉRENDUM À PRÉVOIR ? L’année Fédération estudiantine et scolaire de 2012 va aussi permettre à la Côte d’Ivoire Côte d’Ivoire (Fesci, pro-Gbagbo). De de finaliser son processus électoral. Après grands travaux y sont en cours pour le redécoupage électoral controversé et réhabiliter les infrastructures fortement les législatives de décembre 2011 boydégradées ou endommagées. cottées par le Front populaire ivoirien Objectif de tous ces chantiers : que (FPI, parti de Gbagbo), des élections la Côte d’Ivoire retrouve sa place de municipales et régionales sont prévues locomotive de l’Afrique de l’Ouest et de cette année. Ouattara a promis un toichampionne d’une diplomatie africaine respectable, « Toute la Côte d’Ivoire est en comme au temps d’Houchantier », aime à dire Ouattara, phouët-Boigny. Le pays est qui mise sur les grands travaux. sorti de l’isolement dans lequel l’avaient enfermé le général putschiste Robert Gueï et son lettage de la Constitution, et il est fort successeur à la tête de l’État, Laurent possible qu’un référendum soit organisé Gbagbo. Les rapports tumultueux avec en ce sens. les voisins du Nord, particulièrement le Enfin, l’une des principales innovaBurkina Faso, sont un lointain souvenir, tions de cette année sera incontestableet les autorités s’emploient chaque jour ment la très attendue libéralisation de à réchauffer les rapports avec Conakry, l’audiovisuel, confiée à la nouvelle Haute Accra et Monrovia. Autorité de la communication audioHors du continent, les relations avec visuelle. Au second semestre au plus Paris et Washington sont au beau fixe, tard, les Ivoiriens verront apparaître les et Abidjan continue de faire les yeux premières chaînes de télévision privées. doux aux interlocuteurs traditionnels Si, pour Alassane Ouattara, « 2011 a que sont le Japon, la Chine, l’Inde et consacré la victoire de la démocratie » la Corée du Sud. Enfin, Ouattara veut en Côte d’Ivoire – au prix, malheureuseexpérimenter cette année des « formes ment, du sang des quelque 3000 victimes innovantes de partenariats promoteurs » de la crise postélectorale –, « tous les au Moyen-Orient, principalement avec paramètres sont réunis pour que 2012 le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes soit une année de succès » pour le pays. l L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


115

Un climat de peur

R

SÉNÉGAL Océan Atlantique

Banjul

GAMBIE SÉNÉGAL 50 km

Toujours en juillet, trois journalistes et des membres de l’opposition vivant à l’étranger ont été inculpés de trahison au motif qu’ils auraient distribué des teeshirts portant une inscription appelant à en finir avec la dictature. En mai 2011, deux anciens chefs de l’armée accusés d’être impliqués dans un complot remontant à 2006 ont été condamnés à vingt ans de réclusion. En janvier 2012, un ancien ministre a été condamné à la prison à vie pour « conspiration contre le régime ». Un signe encourageant, cependant : pour la première fois, la radio d’État a été autorisée à recevoir (en direct) les opposants avant le début de la campagne électorale. Malgré ces critiques, la Gambie figure parmilesbonsélèvesdesinstitutionsinternationales. La croissance, bien qu’en léger déclin, reste « robuste » (5,5 % en 2011, contre 6,1 % en 2010), essentiellement

grâce à la bonne tenue de l’agriculture et au développement du secteur bancaire. Aprèsuneannée2010délicate,letourisme a connu une embellie. Le gouvernement a obtenu un prêt de 3 millions de dollars (2,3 millions d’euros) de la Banque mondiale pour développer son offre. Et la Banque africaine de développement lui a octroyé, en décembre 2011, 107 millions de dollars pour la construction du pont transgambien. WADE À BANJUL. Alors que les relations

entre leurs pays ont oscillé, depuis 2000, entre fortes tensions et timide coopération, les présidents sénégalais et gambien ont effectué en 2011 un spectaculaire rapprochement, concrétisé par la mise en place d’un secrétariat permanent sénégalo-gambien. En visite à Banjul le 16 août, Abdoulaye Wade a demandé son aide à Jammeh pour résoudre le conflit en Casamance. Une revanche pour celui qui est régulièrement accusé, à Dakar, d’aider les rebelles. Enoctobre2011,enfin,s’estclosàBanjul le « procès du siècle ». Huit étrangers, arrêtés en 2010 en possession de 2 tonnes de cocaïne (d’une valeur de 1 milliard de dollars), ont été condamnés à des peines de vingtàcinquanteansdeprison.L’occasion pour le régime de redorer son blason aux yeux de la communauté internationale. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 18 février 1965 Indépendance. ■ 24 octobre 1970 Dawda Jawara est élu

président. ■ 17 décembre 1981 Création de la Confédération de la Sénégambie avec le Sénégal, dissoute le 30 septembre 1989. ■ Juillet 1994 Dawda Jawara est renversé. Yahya Jammeh dirige le gouvernement. ■ Septembre 1996 Une nouvelle Constitution est adoptée. Yahya Jammeh remporte l’élection présidentielle. ■ 24 novembre 2011 Victoire de Jammeh à l’élection présidentielle (4e mandat).

Le pays en bref ■ Superficie 11 300 km2.

■ Population 1,7 million d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 2,7 %. de population 155 hab./km2. ■ Population urbaine 58,9 %. ■ Espérance de vie 58,5 ans. ■ Alphabétisation 46,5 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,42 ; rang : 168e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), mandingue, wolof, peul… ■ Peuplement Metinkas, Foulas, Wolofs, Jolas, Serahulis… ■ Religions Islam, christianisme. ■ Monnaie Dalasi. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 36,72 dalasis; 1 $ = 28,34 dalasis. ■ PIB par habitant 620 $. ■ Répartition du PIB Primaire 28 % ; secondaire 15 % ; tertiaire 57 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 1 1

1,1

1,1

Taux de croissance (en %, à prix constants) 6,3

6,7

6,1

5,5

2008

2009

2010

2011

■ Inflation 5,8 %. ■ Investissements

directs étrangers 37 millions de $. ■ Exportations 15 millions de $. ■ Importations 276 millions de $. ■ Principales ressources Céréales, arachide, pêche. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

CÔTE D’IVOIRE - GAMBIE

iendeneufenGambie,oùYahya Jammeh, 46 ans, continue de diriger le pays d’une main de fer. L’ancien putschiste a été réélu pour un quatrième mandat de cinq ans le 24 novembre 2011, à l’issue d’un scrutin à un seul tour. Selon la Commission électorale indépendante, il a recueilli 72 % des voix, avec 83 % de participation. Des résultats contestés par son opposant Ousainou Darboe (17 % des voix). Le scrutin a été jugé « libre et transparent » par une délégation du Commonwealth. Mais, quelques jours avant le vote, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest avaitdesoncôtéestiméquelesconditions d’une élection « libre, juste et transparente » n’étaient pas réunies. Comme les années précédentes, la Gambie a été mise à l’index par les ONG. Dans un rapport de juillet 2011, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme a dénoncé les intimidations et les arrestations de militants et le « climat de peur » qui règne depuis l’assassinat non élucidé de Deyda Hydara,en2004,etladisparitiond’Ebrima Manneh, en 2006 (tous deux étaient journalistes). Le même mois, Amnesty International estimait que « la situation des droits humains [était] en train de se détériorer dans tout le pays ».

AFRIQUE DE L’OUEST

Gambie


116

Afrique de l’Ouest

Ghana

Enfin la prospérité?

P

asser à la vitesse supérieure et maintenir sa formidable croissance tout en s’assurant que ses citoyens ne soient pas laissés pour compte: tels sont les défis qui attendent Accra en 2012, à l’approche de la présidentielle prévue le 7 décembre. Les motifs de satisfaction sont pourtant nombreux,aupointquecertainsministres comparent le Ghana d’aujourd’hui à celui de Kwame Nkrumah (1960-1966), qui, durant les premières années de sa présidence, bénéficia de la formidable manne du cacao. Avec l’une des croissances les plus élevées du monde (13,5 % en 2011), le pays est entré dans la catégorie des États « à revenu intermédiaire ». Les taux d’intérêt ont baissé en 2011, tout comme l’inflation, qui devrait se stabiliser à 8,3 %, selon le Fonds monétaire international (FMI) – 8 % selon la Banque africaine de développement (BAD). Les revenus fiscaux ont augmenté de manière significative et constituent 18 % du PIB. Surtout, les nouveaux revenus tirés du pétrole ont représenté un apport de 1,97 milliard de dollars (1,48 milliard d’euros) et entraîné une augmentation de 7 % du PIB. Cette première année d’exploitation est d’autant plus encourageante que le champ Jubilee n’a pas atteint son niveau de production maximal (120 000 barils par jour), qui ferait du

BURKINA FASO

Tamale TOGO

GHANA CÔTE D'IVOIRE

Kumasi Accra

150 km

Takoradi Golfe de Guinée

pays le sixième producteur de pétrole en Afrique. DÉCEPTION. Pourtant, le niveau de développement du pays et les emplois ne sont pasàlahauteurdelacroissance.L’extrême pauvreté est toujours très répandue, et le Ghana reste sensible à la baisse du prix des matières premières. Si l’économie est de plus en plus diversifiée, elle repose encore trop sur l’exportation de produits bruts et l’importation de produits finis. L’effet des politiques menées par le président, John Atta Mills (du National Democratic Congress, NDC), tarde à se faire sentir sur la vie des Ghanéens et une certaine déception accompagne son premier mandat. Son rival du New Patriotic

Party (NPP), Nana Addo Dankwa AkufoAddo, battu de peu en 2008, compte bien utiliser cette déception pour l’emporter le 7 décembre. Au point que le président Atta Mills s’est senti obligé d’assurer que le prêt de 3 milliards de dollars accordé en 2011 par la Banque chinoise de développement serait dépensé « judicieusement, sagement et sérieusement ». Il devra également rallier à sa candidature Nana Konadu Agyeman-Rawlings. La femme de l’ancien président Jerry Rawlings, dont l’ombre plane toujours sur le pays, l’a défié lors du congrès d’investiture du candidat du NDC, en juillet 2011. Malgré la cuisante défaite du camp Rawlings, les cadres du parti se démènent toujours pour obtenir le soutien du couple, qui multiplie les critiques à l’encontre d’Atta Mills. La conjoncture économique donne à ce scrutin une importance énorme. Les revenus du pétrole attisant les convoitises, les polémiques se multiplient. Entrés en campagne il y a six mois, le NDC et le NPP se livrent déjà à une bataille acharnée. Le bon déroulement de l’élection de décembre est primordial, tant la stabilité du pays, doté d’institutions sociales, politiques et économiques fortes et respectées, est l’une des clés de sa réputation. L’ensembledupersonnelpolitiquesemble en avoir conscience. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 6 mars 1957 Accession à l’indépendance. ■ 1er juillet 1960 Kwame Nkrumah devient

président. Il est renversé en 1966. ■ 30 décembre 1981 Putsch du lieutenant Jerry Rawlings. ■ 3 novembre 1992 Rawlings est élu président. Il est réélu en décembre 1996. ■ Décembre 2000 John Kufuor est élu président. Il est réélu en décembre 2004. ■ 27 décembre 2008 L’opposant John Atta Mills est élu président.

Le pays en bref ■ Superficie 238 540 km

2

.

■ Population 24,4 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 2,4 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de population 102 hab./km2. urbaine 52,2 %. ■ Espérance de vie 64,2 ans. ■ Alphabétisation 66,6 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,541 ; rang : 135e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), gha, twi, ewé, fanté… ■ Peuplement Akans, Dagombas, Gourmantchés, Ashantis, Akwapims, Krobos… ■ Religions Islam, animisme, christianisme. ■ Monnaie Cedi. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 2,10cedi; 1 $ = 1,62 cedi. ■ PIB par habitant 1 588 $. ■ Répartition du PIB Primaire 32 % ; secondaire 19 % ; tertiaire 49 %. ■ Population

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 28,5

32,3 25,8

38,6

Taux de croissance (en %, à prix constants) 8,4 2008

4

2009

7,7 2010

13,5 2011

■ Inflation 8 %. ■ Investissements

directs étrangers

2,5 milliards de $. ■ Exportations 7,9 milliards de $. ■ Importations 10,7 milliards de $. ■ Principales ressources Or, diamant, cacao,

tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


117

De retour dans le concert des nations SÉNÉGAL

GUINÉEBISSAU

dans le pays des institutions de Bretton Woods et la présence de Condé à de grandes rencontres (G8, réunion avec Barack Obama à Washington, sommet des chefs d’État de l’Union africaine, etc.) marquent sans conteste le retour de la Guinée au sein de la communauté internationale.

MALI

GUINÉE Kankan

Conakry SIERRA LEONE

LIBERIA 200 km

capitaine Dadis Camara, ont pris fin. Mais l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme a dénoncé en 2011 la persistance de la torture dans certains centres de détention et commissariats. De même, l’ONG Human Rights Watch, tout en saluant des progrès, a encouragé Alpha Condéàlutterdavantagecontrel’impunité dont jouissent certains agents des forces de sécurité. Le président compte sur les réformes de cette année pour combler la pénurie de moyens techniques et de matériel dont souffre la justice. Au plan diplomatique, les autorités tentent depuis l’année dernière de faire oublier le demi-siècle de dictature (Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa Dadis Camara) qui vient de s’écouler. Le retour

LOIN DE L’AUTOSUFFISANCE. Au niveau

agricole, les mécanismes mis en place en 2011 – subventions, fourniture d’engrais et de matériel à des cultivateurs, garantie d’achat de leur production – ont payé. La récolte a été exceptionnelle. Il est clair cependant que, en dépit de la performance attendue dans la production locale de riz, l’objectif de l’autosuffisance alimentaire est loin d’être atteint. Pour y parvenir à moyen terme, l’État pourra compter sur la nouvelle Agence autonome pour le développement agricole et la sécurité alimentaire, dont le rôle principal est d’encadrer le monde paysan. Certes, les investissements, tant dans l’agriculture que dans le secteur des mines, ne sauraient faire de véritable bond que si le pays met fin à son déficit en électricité. Les problèmes de délestages trouvent peu à peu des solutions. La phase 1 du plan « La Lumière pour tous », qui fait partie d’un vaste programme d’électrification, doit être lancée en ● ● ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■2

octobre 1958 Indépendance.

■ Avril 1984 Coup d’État militaire.

Lansana Conté devient président. ■ 23

décembre 2008 Mort de Conté.

Moussa Dadis Camara devient président. ■ Décembre 2009 Tentative d’assassinat

contre Moussa Dadis Camara. Sékouba Konaté devient président par intérim. ■7

novembre 2010 Alpha Condé est élu

président.

■ Densité

de population 42 hab./km2.

■ Population

urbaine 35,9 %.

■ Espérance

de vie 54,1 ans.

■ Alphabétisation ■ Indice

(2011) IDH : 0,344 ; rang : 178e sur 187. ■ Langues Français (officielle), malinké,

peul, soussou… ■ Peuplement Peuls, Malinkés, Soussous… ■ Religions Islam, animisme, christianisme. ■ Monnaie Franc guinéen.

au 1er janv. 2012 1 € = 9349,74 francs guinéens ; 1 $ = 7216,09 francs guinéens.

■ Superficie 245 860 km2.

■ PIB

■ Population 10 millions d’hab.

■ Répartition

■ Croissance

démographique 2,2 %.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

4,5

4,6

4,6

4,6

39,5 %.

de développement humain

■ Parité

Le pays en bref

PIB (en milliards de dollars, à prix courants)

par habitant 438 $.

du PIB Primaire 17 % ; secondaire 52 % ; tertiaire 31 %.

Taux de croissance (en %, à prix constants) 4,9 2008

-0,3

1,9

2009

2010

4 2011

■ Inflation 15,8 %. ■ Investissements

directs étrangers

303 millions de $. ■ Exportations 1,3 milliard de $. ■ Importations 1,1 milliard de $. ■ Principales ressources Bauxite, or,

diamant, agriculture (cacao, café, etc.). JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

GHANA - GUINÉE

Océan Atlantique

CÔTE D'IVOIRE

E

n 2012, les autorités guinéennes espèrent finaliser le processus de transition débuté en décembre 2009, lors de l’arrivée au pouvoir du général Sékouba Konaté. Plus d’un an après l’investiture (fin décembre 2010) d’Alpha Condé à la présidence de la République, la Guinée n’avait toujours pas de Parlement : les élections législatives prévues le 29 décembre 2011 ont été reportées et fixées au 8 juillet 2012 pour permettre à toutes les organisations d’y participer dans des conditions acceptables. L’opposition, regroupée au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et de l’Alliance pour la démocratie et le progrès, avait fait du report du scrutin un préalable à sa contribution au dialogue politique ouvert par Alpha Condé. « En 2012, nous poursuivrons le dialogue entamé avec l’ensemble de la classe politique, a indiqué le président dans son discours du nouvel an. La tenue d’élections législatives et communales crédibles sera le parachèvement de la mise en place de nos institutions républicaines, une victoire irréversible et définitive de la démocratie en Guinée. » Il est vrai que les massacres de civils, comme celui qui eut lieu au stade du 28-Septembre de Conakry en septembre 2009, durant la présidence du

AFRIQUE DE L’OUEST

Guinée


118

Afrique de l’Ouest 2012.Ces réalisations devraient théoriquement contribuer à améliorer la vie quotidienne des Guinéens. D’autant que – selon Alpha Condé, qui s’exprimait en décembre 2011 à la Radio-Télévision guinéenne (RTG) – le déficit budgétaire a été ramené à 2 % en 2011 et l’inflation stabilisée, et que les réserves de devises de la Banque centrale couvrent désormais cinq ou six mois d’importations. L’objectif du président : que la Guinée atteigne cette année le point d’achèvement de l’initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE). ●●●

DIVISIONS. Quid de la réconciliation nationale ? La commission provisoire chargée de cette question, dirigée par Mgr Vincent Coulibaly, archevêque de Conakry, et par El-Hadj Mamadou Saliou Camara, premier imam de la grande mosquée Fayçal, doit produire une feuille de route claire pour renouer les liens entre les Guinéens. Les divisions sont profondes entre Malinkés (ethnie du président Condé), Soussous (groupe auquel

Moussa Dadis Camara pour justifier sa volonté de se maintenir au pouvoir. Là où Lansana Conté, Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté, tous militaires, ont échoué, le civil Alpha Condé veut réussir. La réforme du secteur de la défense et de la sécurité, commencée le 20 juin 2011 avec l’installation d’un Comité national de pilotage, entre dans sa phase pratique cette année. Depuis le 1er janvier 2012, Avec la réforme de l’armée, 4 200 hommes, sur les Alpha Condé veut réussir là où 35 000 ou 45 000 (selon les ses prédécesseurs ont échoué. sources) que compte l’armée, ont été mis à la retraite. notre pays sur la scène internationale. Certains étaient en service depuis… 1952. La réforme concerne la formation Tout au long de cette année, nous avons dû faire des choix difficiles et prendre des des soldats et des officiers, la discipline initiativesaudacieuses.»Outrelenouveau des troupes, l’équipement des casernes code minier et les nombreuses réformes et camps militaires, la démilitarisation structurelles, la question de l’armée aura de Conakry. Son coût a été évalué à beaucoup occupé le gouvernement et 30 millions d’euros. Le Programme des nécessité des décisions délicates. Nations unies pour le développement « Personne ne peut contrôler l’ar(Pnud), la France et l’État guinéen ont mée guinéenne », se plaisait à répéter commencé à mettre la main à la poche. ● appartient Sidya Touré, le président de l’Union des forces républicaines) et Peuls (ethnie du principal opposant, Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée). En décembre 2011, Condé expliquait à la RTG: « Pendant cette première année, il nous a fallu poser les fondations d’un véritable État de droit, d’une administration plus performante et du retour de

Investir en Afrique En tant que leader international dans les commodités agricoles, Olam investit industriellement en apportant les dernières technologies dans le secteur de la transformation, de manière à satisfaire aussi bien les besoins locaux que ceux liés à l’exportation des produits finis. Avec 45 projets en cours de réalisation y compris celui de 1,2 milliard d‘USD lié à l’usine de production d’urée au Gabon, Olam a pris part au développement des économies dans de nombreux pays d’Afrique. Ces développements permettent de consolider les bases industrielles, créer de nombreux emplois et valoriser au mieux les ressources naturelles du continent Africain.

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JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


119

Crise permanente

L

’

SÉNÉGAL

GUINÉE-BISSAU Bissau

GUINÉE Océan Atlantique

50 km

été adoptées en ce sens, et le gouvernement a déjà versé une première contribution de 500000 dollars (385000 euros) pour démobiliser des militaires. Dans ce petit État d’Afrique de l’Ouest, plaque tournante du commerce de stupéfiants entre l’Amérique du Sud et l’Europe depuis plusieurs années, Bubo Na Tchuto est également suspecté de trafic de drogue à grande échelle. Certains voient dans l’attaque du 26 décembre un règlement de comptes entre militaires, les adversaires du contre-amiral au sein de l’armée étant eux-mêmes soupçonnés d’être impliqués dans des trafics de cocaïne. INTÉRIM. Le décès du président de la République, Malam Bacaï Sanhá, le 9 janvier 2012 à Paris, a encore ajouté à la confusion qui règne dans le pays. Démocratiquement élu en juillet 2009,

il avait été hospitalisé en novembre 2011 à Dakar, puis en France. Le président de l’Assemblée nationale et membre du Parti africain pour l’indépendance de la GuinéeetduCap-Vert(PAIGC),Raimundo Pereira, assure l’intérim. Il a rapidement organisé une élection présidentielle anticipée, ainsi que le prévoit la Constitution. Le premier tour, le 18 mars, a été validé par les observateurs internationaux. L’ancien Premier ministre Carlos Gomes Junior était donné en tête, avec près de 49 % des voix, contre 23,4 % à son principal opposant, l’ancien président Kumba Yala. Ce dernier a dénoncé « un scrutin frauduleux ». S’il accepte de participer au second tour – prévu le 22 avril –, la Guinée-Bissau devrait donc avoir un nouveau président au printemps. Dans le cas contraire, ou si le second tour était lui-même contesté, le pays sombrerait un peu plus dans une instabilité devenue chronique. Risque majeur : une prise de pouvoir de l’armée. La Guinée-Bissau est entrée ces deux dernières années dans un nouveau cycle économique, avec l’annulation de sa dette extérieure et la relance de son PIB (4,8 % de croissance en 2011, contre 3,5 % en 2010). Le scrutin présidentiel ainsi que les législatives attendues en novembre 2012 paraissent déterminants pour l’avenir politique du pays. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 10 septembre 1974 Indépendance. ■ 14 novembre 1980 Putsch de João

Bernardo Vieira. ■ Juin-août 1998 Insurrection militaire. ■ 16 janvier 2000 Kumba Yala élu président. ■ 24 juillet 2005 Vieira est élu président. ■ 2 mars 2009 Assassinat de Vieira. ■ 26 juillet 2009 Victoire de Malam Bacaï

Sanhá à l’élection présidentielle. ■ 9 janvier 2012 Décès de Sanhá.

Le pays en bref ■ Superficie

36 120 km2.

■ Population 1,5 million d’hab. ■ Croissance

démographique 2,1 %.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Densité

de population 46 hab./km2.

■ Population

urbaine 30,2 %.

■ Espérance

de vie 47 ans.

■ Alphabétisation ■ Indice

52,2 %.

de développement humain

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 0,9

0,8

0,8

Taux de croissance (en %, à prix constants)

(2011) IDH : 0,353 ; rang : 176e sur 187. ■ Langues

Portugais (officielle), créole,

français, peul, malinké, mandyako… ■ Peuplement Balantes, Foulas,

Mandjaques, Metingas… ■ Religions Animisme, christianisme, islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité

au 1.1.2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA.

■ PIB

par habitant 586 $.

■ Répartition

du PIB Primaire 44,6 % ;

secondaire 13,8 % ; tertiaire 41,6 %.

1

3,2

3

3,5

2008

2009

2010

■ Inflation

4,8 2011

2,6 %.

■ Investissements

directs étrangers

9 millions de $. ■ Exportations

125 millions de $.

■ Importations

220 millions de $.

■ Principales ressources Agriculture (noix de

cajou: 90 % des exportations). JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

GUINÉE - GUINÉE-BISSAU

année 2011 s’est achevée dans le tumulte pour la GuinéeBissau, après l’attaque menée le 26 décembre par des soldats contre le quartier général de l’état-major. Aucun incident d’une telle envergure n’avait eu lieu depuis le putsch du 1er avril 2010 et l’éviction du chef des forces armées, José Zamora Induta, par son adjoint, António Indjai. Lecontre-amiralJoséAméricoBuboNa Tchuto a été considéré comme le cerveau du soulèvement. L’homme fort de Bissau avaitdéjàétéaccusé,en2008,d’avoirvoulu renverserleprésidentJoãoBernardoVieira – assassiné en 2009 par des militaires –, avant d’être blanchi en mai 2010. Rien n’a cependant permis de démontrer que l’attaque de décembre était bien une tentative de coup d’État, et l’hypothèse d’une manœuvre pour mettre à l’écart le chef de lamarinebissau-guinéenneaétéavancée. En effet, des rumeurs avaient circulé les mois précédents sur un désaccord entre ce dernier et le chef d’état-major à propos de la réforme du secteur de la défense et de la sécurité. Justice, police et armée subissent un grand ménage – les effectifs des militaires doivent passer de 12000 à 3000 hommes – destiné à renforcer le pouvoir civil, au détriment d’une armée toute-puissante depuis l’indépendance. Plusieurs lois ont

AFRIQUE DE L’OUEST

Guinée-Bissau


120

Afrique de l’Ouest

Liberia

Un prix Nobel et une réélection

S

ans surprise, Ellen JohnsonSirleaf a été réélue présidente le 8 novembre 2011, avec plus de 90 % des voix. Une victoire sans panache, toutefois, puisque son challengeur, Winston Tubman, du Congrès pour le changement démocratique (CDC), a boycotté le second tour du scrutin, au motif que des fraudes auraient eu lieu lors du premier tour. Le CDC, qui a accusé la présidente d’utiliser les ressources de l’État pour amadouer ses opposants, a organisé une manifestation à Monrovia le 7 novembre. Dispersée par les forces antiémeutes, celle-ci s’est soldée par la mort d’au moins deux militants. Malgré ces heurts, l’ONU a salué une élection « libre, juste et transparente ». Sitôt réélue, Johnson-Sirleaf a tenté de calmer le jeu en appelant les différentes forces politiques à participer à un gouvernement d’union nationale. Elle a également promis de faire la lumière sur les violences du 7 novembre. Lors des législatives organisées en même temps que la présidentielle, son parti a progressé (22 sièges sur 64, contre 8 précédemment), mais sans atteindre la majorité à la Chambre des représentants. Il doit donc négocier avec ses adversaires, notamment l’Union nationale pour le progrès démocratique (NUDP), de l’ex-seigneur de guerre Prince Johnson, et le CDC.

raison de son soutien financier à Charles Taylor au début de sa rébellion.

GUINÉE

SIERRA LEONE

INVESTISSEURS. Diplômée de Harvard,

CÔTE D'IVOIRE

Monrovia Buchanan

LIBERIA Océan Atlantique

100 km

Au plan international, la consécration d’Ellen Johnson-Sirleaf est venue d’Oslo. Le 7 octobre, le prix Nobel de la paix lui a été attribué, ainsi qu’à sa compatriote Leymah Gbowee (fondatrice du mouvement pacifiste Women of Liberia Mass Action for Peace) et à la Yéménite Tawakkul Karman. Toutes trois ont été récompensées pour leur lutte non violente en faveur des droits des femmes. Si la distinction de la « dame de fer » a été saluée dans le monde, ses adversaires libériens ont été plus critiques, rappelant que le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation inscrivait en 2009 la présidente sur la liste des personnalités à exclure du jeu politique national en

ancienne cadre de la Banque mondiale et de l’ONU, la présidente a su lancer les réformes économiques nécessaires à la reconstruction. Et rassurer les investisseurs, tels les miniers BHP Billiton, lequel a apporté 3 milliards de dollars, soit 2,2 milliards d’euros, China Union (2,6 milliards de dollars) et ArcelorMittal (1,5 milliard de dollars). Ce dernier a lancé une exploitation de fer à Buchanan en octobre 2011, pour extraire 4 millions de tonnes de minerai par an. La croissance, soutenue par l’augmentation des exportations – avec l’envolée du cours des matières premières, en particulier du caoutchouc, de l’huile de palme et des minerais – et des investissements étrangers, devrait approcher 9 % en 2012. Parallèlement, l’État libérien encaisse des redevancesminièresenhausseconstante. Reste à redistribuer les fruits de la croissance, alors que 68 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et que 38 % souffre de malnutrition. Plus de 80 % des Libériens travaillent dans l’économie informelle et sont privés d’un revenu suffisant. Et les jeunes sont les premières victimes du chômage, du fait des carences du système éducatif. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 26 juillet 1847 Indépendance. ■ Décembre 1989 Début de la guerre civile. ■ 19 juillet 1997 Le rebelle Charles Taylor est

élu président. Il s’exile au Nigeria en 2003. ■ 2008 Début du procès de Taylor devant le

Tribunal spécial pour la Sierra Leone. ■ 8 novembre 2011 Présidente depuis 2005,

Ellen Johnson-Sirleaf est réélue. Elle reçoit le prix Nobel de la paix 2011.

Le pays en bref ■ Superficie

111 370 km2.

■ Population

urbaine 48,2 %.

■ Espérance

de vie 56,8 ans.

■ Alphabétisation 59,1 %. ■ Indice

de développement humain

(2011) IDH : 0,329 ; rang : 182e sur 187. ■ Langues

Anglais (officielle), mandingue,

krou, bassa, vaï… ■ Peuplement Mandés, Krous, Kissis,

Américano-Libériens… ■ Religions Animisme, christianisme, islam. ■ Monnaie Dollar libérien. ■ Parité

au 1er janv. 2012 1 € = 93,29 dollars libériens ; 1 $ = 72 dollars libériens.

■ Population 4 millions d’hab.

■ PIB

■ Croissance

■ Répartition

■ Densité

démographique 4 %.

de population 37 hab./km2.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

par habitant 258 $.

du PIB Primaire 63,7 % ; secondaire 12,7 % ; tertiaire 23,6 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 0,9

1

0,9

1,2

Taux de croissance (en %, à prix constants) 7,1

4,6

5,6

2008

2009

2010

■ Inflation

7,7 %.

■ Investissements

6,9 2011

directs étrangers

248 millions de $. ■ Exportations

ND.

■ Importations

ND.

■ Principales ressources Diamant, bois,

agriculture (hévéa, cacao, etc.). L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


121

Entre le marteau putschiste et l’enclume Aqmi

A

300 km

ALGÉRIE

MALI SÉN.

MAURITANIE Bamako

GUINÉE

Gao Ségou BURKINA FASO GHANA

NIGER BÉNIN

envisage en outre la formation d’une force militairequipourraitêtreenvoyéeauMali. CODE DE LA FAMILLE. Le coup d’État

a interrompu un processus électoral qui prévoyait une présidentielle et un référendum, ainsi que des législatives en juillet 2012. Élu en 2002 et réélu en 2007, ATT devait donc céder son fauteuil, conformément à la Constitution. Mais, avant de partir, il avait voulu mener certains chantiers à terme, comme l’adoption, le 2 décembre 2011, d’un nouveau code des personnes et de la famille. Le vote a eu lieu deux ans après le rejet d’une précédente mouture du texte, qui accordait plus de droits aux femmes mais qui avait été combattue par le Haut Conseil

islamique. Dans la version révisée, l’âge du mariage a été abaissé à 16 ans pour la femme (18 ans dans l’ancien texte), et l’obligation d’obéissance de l’épouse à son mari a été réintroduite. Putschiste, désigné pour gérer une transition, ou régulièrement élu, celui qui sera amené à diriger le pays n’aura pas la tâche facile. En matière économique, le pays affichait jusqu’à la crise un taux de croissance moyen d’environ 5 %, ce qui ne permettait pas de réduire significativement la pauvreté. Certes, le Mali peut compter sur la production d’or (60tonnesen2011),sapremièresourcede devises. Reste à doper les investissements, notammentpouraccroîtrelesrendements agricoles. À la fin de 2011, les autorités estimaient que 1,7 million de personnes étaient menacées par la crise alimentaire pendant la soudure (période entre deux récoltes) du fait des faibles pluies. Le Mali avait demandé en décembre 2011 un nouveau prêt d’ajustement structurel au Fonds monétaire international (FMI). Par ailleurs, les risques terroristes dans le Sahel ont fortement impacté le tourisme. Le Mali a perdu ces deux dernières années plus de 50 milliards de F CFA (76,2 millions d’euros) de recettes et 8 000 emplois dans le secteur. Et les perspectives d’avenir n’ont jamais été aussi sombres. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 22 septembre 1960 Indépendance. ■ 19 novembre 1968 Modibo Keita est

renversé par le lieutenant Moussa Traoré. ■ 26 mars 1991 Putsch militaire d’Amadou

Toumani Touré contre Moussa Traoré. ■ Avril 1992 Élection d’Alpha Oumar Konaré

à la présidence. Il est réélu en mai 1997. ■ Juin 2002 Amadou Toumani Touré est élu

président. Il est réélu en avril 2007. ■ 17 janvier 2012 Reprise de la rébellion

touarègue dans le nord du pays.

Le pays en bref ■ Superficie

1 240 190 km2.

■ Population 15,4 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 3,1 %. de population 11 hab./km2. ■ Population urbaine 36,6 %. ■ Espérance de vie 51,4 ans. ■ Alphabétisation 26,2 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,359 ; rang : 175e sur 187. ■ Langues Français (off.), bambara, sénoufo, peul, soninké, tamasheq, songhaï, dogon… ■ Peuplement Bambaras, Peuls, Dogons, Bozos, Touaregs, Songhaïs… ■ Religion Islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1.1.2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 796 $. ■ Répartition du PIB Primaire 39 % ; secondaire 21 % ; tertiaire 40 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants)

11

8,8

9,4

9

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5

4,5

2008

2009

■ Inflation

5,9 2010

5,3 2011

1,4 %.

■ Investissements

directs étrangers

148 millions de $. ■ Exportations

2,4 milliards de $.

■ Importations

2,9 milliards de $.

■ Principales ressources Or, coton. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

LIBERIA - MALI

lors que le Mali se préparait à vivre, le 29 avril, le premier tour d’une présidentielle très ouverte, les échéances de l’année 2012 ne seront pas respectées. Un coup d’État militaire perpétré le 21 mars contre le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT) a bouleversé la donne. Emmenés par le capitaine AmadouSanogo,lesputschistesontformé un Comité national pour le redressement deladémocratieetlarestaurationdel’État (CNRDRE) et décrété la dissolution des institutions républicaines. Principal détonateur de cette crise : la rébellion touarègue, qui ravage depuis la mi-janvier le nord du pays. Une crise dont profitent de plus en plus des groupes islamistes armés affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et qui a provoqué le déplacement de plus de 200000 personnes. Après Kidal, les villes de Gao et de Tombouctou sont tombées aux mains des rebelles à la fin du mois de mars et au début d’avril. Et le 6 avril, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), fondé en juillet 2011, a proclamé l’indépendance de la région. Un coup dur pour les putschistes du 21mars,quidoiventégalementfairefaceà un embargo imposé par la Communauté économiquedesÉtatdel’Afriquedel’Ouest (Cedeao). L’organisation sous-régionale

AFRIQUE DE L’OUEST

Mali


122

Afrique de l’Ouest

Niger

La sécurité alimentaire reste une priorité

L

a victoire à la présidentielle de mars 2011 de Mahamadou Issoufou, chef historique du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), marque la première véritable alternance au Niger. Et, après vingt années passées dans l’opposition, Issoufou ne semble nourrir qu’une ambition : tout effacer, tout recommencer. C’est d’abord dans le secteur de l’agriculture qu’il veut faire bouger les lignes. Après la famine de 2010, la priorité est à la sécurité alimentaire, afin d’assurer un stock permanent de 100 000 tonnes de céréales. Le gouvernement veut développer le secteur hydraulique et la recherche dans le domaine des semences adaptées à la sécheresse. Il va ainsi investir environ 1 000 milliards de F CFA (1,5 milliard d’euros) dans le programme 3 N (« Les Nigériens nourrissent les Nigériens »). Le pays compte sur la reprise de l’aide internationale, notamment celle de l’Union européenne, pour soutenir ses actions dans ce domaine, mais aussi ses projets routiers. Suspendus en 2009, ceux-ci doivent reprendre très bientôt. La croissance économique a atteint 5,5 % en 2011, selon le Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit un taux de 12,5 % pour 2012. Dans le secteur clé de l’uranium, le prix du minerai a été revu à la hausse à l’issue de négociations

300 km

LIBYE

ALGÉRIE

NIGER MALI

Agadez

Niamey

Zinder

BURKINA FASO

TCHAD

NIGERIA

BÉNIN

entre le gouvernement et Areva, et fixé à 73 000 F CFA. Les chantiers sociaux ne sont pas négligés. Issoufou entend miser sur l’éducation. Investissement prévu sur cinq ans : 1 200 milliards de F CFA. Le secteur de la santé, lui aussi sinistré, devrait faire l’objet de soins particuliers. Mais, pour relever ces défis, il doit préserver la paix et réduire les menaces que font peser sur le Niger les risques d’une nouvelle rébellion touarègue et la montée en puissance d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). CERCLE RAPPROCHÉ. Le chef de

l’État s’appuie sur sa « vieille garde », des hommes de sa génération qui

l’accompagnent depuis la conférence nationale de 1991. Parmi eux: Mohamed Bazoum, professeur de philosophie et ministre des Affaires étrangères ; Foumakoye Gado, professeur de chimie et ministre du Pétrole ; et Hassoumi Massaoudou, géologue et directeur de cabinet du président… Cependant, à la faveur de l’alliance qui a facilité son élection, Mahamadou Issoufou a aussi dû confier des postes importants au Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (Moden-Lumana), le parti de l’ex-Premier ministre Hama Amadou. Ce dernier est ainsi devenu président de l’Assemblée nationale en avril 2011. Mais Issoufou a un caractère bien trempé, sa longue traversée du désert l’a prouvé. Pas sûr que la cohabitation avec un autre poids lourd de la politique nigérienne se passe sans accroc. La nouvelle génération d’hommes politiques est également représentée au gouvernement, comme Marou Amadou. En 2009, ce dernier a lutté courageusement contre le régime de Mamadou Tandja. Pendant la transition, il a dirigé le Conseil consultatif national. Pour cette figure de la société civile, la décision n’a pas dû être facile, mais il a finalement accepté le poste de ministre de la Justice. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 3 août 1960 Accession à l’indépendance. ■ 15 avril 1974 Putsch de Seyni Kountché. ■ 10 novembre 1987 Ali Saibou chef de l’État. ■ 27 janvier 1996 Le colonel Ibrahim Baré

Maïnassara prend le pouvoir. ■ 9 avril 1999 Assassinat de Baré Maïnassara.

Mamadou Tandja est élu président. Il est réélu en 2004 et renversé en 2010. ■ 12 mars 2011 Mahamadou Issoufou est élu

de population 13 hab./km2.

■ Population

urbaine 17,2 %.

■ Espérance

de vie 54,7 ans.

■ Alphabétisation ■ Indice

28,7 %.

de développement humain

(2011) IDH : 0,295 ; rang : 186e sur 187. ■ Langues

Français (officielle), haoussa,

djerma, peul, tamacheq, kanouri… ■ Peuplement Haoussas, Djermas, Foulas,

Touaregs, Kanouris…

Le pays en bref

Islam, animisme. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA.

■ Superficie

■ PIB

président (avec près de 58 % des voix).

1 267 000 km2.

■ Population 15,5 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 3,5 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Religions

par habitant 428 $.

■ Répartition

du PIB Primaire 44 % ;

secondaire 16,1 % ; tertiaire 39,9 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 5,4

5,5

5,3

6,5

Taux de croissance (en %, à prix constants) 9,6 2008 ■ Inflation

-0,9 2009

8 2010

5,5 2011

3,4 %.

■ Investissements

directs étrangers

947 millions de $. ■ Exportations

930 millions de $.

■ Importations

2,2 milliards de $.

■ Principales ressources Uranium, charbon,

or, bétail, agriculture (céréales). L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


123

Géant agité

300 km

NIGER

TCHAD

Kano

BÉNIN

L

’

Abuja

NIGERIA Lagos Port-Harcourt CAMEROUN Golfe de Guinée

À sa création en 2002 à Maiduguri, Boko Haram – dont le nom signifie en haoussa « l’éducation occidentale est un péché » – était une école coranique. Son fondateur, Mohamed Yusuf, était devenu imam à la suite d’une « révélation divine ». Selon ce fondamentaliste, le Soleil tourne autour de la Terre, la théorie de l’évolution de Darwin est une abomination et le fait d’autoriser les femmes à porter le pantalon revient à cautionner les valeurs pernicieuses de l’Occident. EN QUÊTE D’IDÉAUX. Dans la popula-

tion pauvre et peu éduquée, les propos dans une église, tuant 44 personnes. Puis de l’imam trouvent vite un large écho. le 20 janvier à Kano, une série d’attenLe discours séduit des centaines de tats principalement dirigés contre des déshérités, surtout des musulmans en postes de police ont fait 185 morts. En quête d’idéaux. Aussi sont-ils nombreux visite dans la ville deux jours plus tard, à militer pour un renforcement de la le président nigérian a réaffirmé son charia (la loi islamique) dans les États à intention de tout mettre en œuvre pour majorité musulmane, de la moitié nord stopper Boko Haram. Reste à savoir de quelle façon. La « Les autorités ont minimisé Joint Military Task Force, le risque Boko Haram. À présent, corps d’élite composé de elles sont submergées. » policiers et de militaires KHALIFA DIKWA, politologue déployé dans les villes du Nord après chaque attentat, n’a jamais réussi à freiner véritablement la du pays, puis à s’attaquer aux hommes montée en puissance du groupe, encore politiques, dénonçant la corruption du moins à mettre la main sur son nouveau régime. En 2009, la secte se radicalise leader, Aboubacar Shekau. et multiplie les attaques contre les ● ● ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■1

er

octobre 1960 Indépendance.

■ Mai

1967-1970 Guerre du Biafra.

■ Novembre

1993 Le général Sani Abacha

prend le pouvoir. ■ Juin

1998 Abacha meurt. Le général

Abubakar devient chef de l’État. ■ 29

mai 1999 Obasanjo est élu président.

■ 21

avril 2007 Yar’Adua est élu président.

■6

mai 2010 Goodluck Jonathan succède

à Umaru Yar’Adua, décédé la veille. ■ 16

avril 2011 Jonathan élu président

Le pays en bref ■ Superficie 923 770 km2. ■ Population 158,4 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 2,5 %. de population 13 hab./km2. ■ Population urbaine 50,5 %. ■ Espérance de vie 51,9 ans. ■ Alphabétisation 60,82 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,459 ; rang : 156e sur 187. ■ Langues Anglais, français (officielles), ibo, haoussa, yorouba, peul-fulani, efik, edo. ■ Peuplement Haoussas, Ibos, Yoroubas, Peuls… ■ Religions Islam (Nord), christianisme (Sud). ■ Monnaie Naira. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 207,01 nairas; 1 $ = 159,77 nairas. ■ PIB par habitant 1 541 $. ■ Répartition du PIB Primaire 37 % ; ■ Densité

secondaire 34,3 % ; tertiaire 28,7 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 207,1

202,6

168,8

247,1

Taux de croissance (en %, à prix constants) 6 2008

8,7

7 2009

2010

6,9 2011

■ Inflation 13,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

6,1 milliards de $. ■ Exportations

82 milliards de $.

■ Importations 44,2 milliards de $. ■ Principales ressources Hydrocarbures,

bois, agriculture (cacao, céréales). JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

NIGER - NIGERIA

année 2012 s’annonce difficile pour le Nigeria. Goodluck Jonathan, élu président en avril 2011, doit mener des réformes peu populaires, mais aussi faire face à une menace interne, celle de Boko Haram, une secte islamiste radicale dont les attentats endeuillent le pays depuis de longs mois. Choqués, les Nigérians ont découvert, en 2011, que l’organisation était capable de frapper fort et loin de sa sphère d’influence, le nord du pays. « Les autorités ont minimisé le risque Boko Haram et, à présent, elles sont submergées par la menace », analyse Khalifa Dikwa, politologue et professeur à l’université de Maiduguri, capitale de l’État de Borno (Nord). Car la secte, qui a multiplié les actions d’envergure en 2010 et en 2011, se joue des dispositifs de sécurité destinés à la mettre hors d’état de nuire. L’attentat-suicide perpétré le 26 août 2011 contre le siège des Nations unies à Abuja, la capitale fédérale, était un message adressé au pouvoir et à la communauté internationale. Ce jourlà, un homme s’est fait exploser dans sa voiture, sur le parking de l’organisation internationale. Bilan : 24 morts. L’horreur a atteint son point culminant entre décembre 2011 et janvier 2012. Le soir de Noël, à Madalla, à quelques kilomètres d’Abuja, une bombe a explosé

AFRIQUE DE L’OUEST

Nigeria


124

Afrique de l’Ouest l l l postes de police et les administrations. En juillet de la même année, Mohamed Yusuf est capturé puis abattu par les forces de l’ordre. Les images de son cadavre, montrées à la télévision, vont contribuer au durcissement du mouvement. Commissariats, églises, marchés, bars, locaux administratifs… tout ce qui, selon ses adeptes, porte la marque de l’Occident est une cible potentielle. En 2011, les efforts du gouvernement pour mettre le groupe hors d’état de nuire sont restés vains. Ni l’état d’urgence, ni les interpellations, ni les perquisitions musclées à Maiduguri, le fief de Boko Haram, n’ont donné de résultat probant – bien au contraire. Des attaques à l’arme automatique et des attentats ont eu lieu dans plusieurs autres villes : Damaturu, Sokoto, Kano, Bauchi (Nord), et même Jos et Abuja (centre). Pis : il est désormais impossible de repérer les membres de la secte. « Avant, [ils] étaient reconnaissables à leur tenue. Aujourd’hui, ils se fondent dans la masse, explique Khalifa Dikwa. Il y a des pères et même des frères qui ne savent pas que le cadet de la famille fait partie de la secte. »

à la tête de l’État : Yar’Adua, musulman du Nord, n’ayant effectué qu’une bonne moitié de son mandat, une partie des élus – et des Nigérians – de la même région et de la même confession se sont sentis spoliés de leur temps de gouvernement. En l’emportant sur Muhammadu Buhari, un musulman du Nord, Jonathan a donné du grain à moudre à ses détracteurs. Lors de sa visite à Kano après les attentats, le président a déclaré qu’il se faisait une

plus de 8 milliards de dollars (6 milliards d’euros) en 2011 à l’État fédéral. L’objectif était de réorienter les dépenses vers des secteurs « prioritaires », tels que les infrastructures routières et sanitaires, ou encore l’éducation. Conséquence directe : le prix de l’essence à la pompe a plus que doublé, passant de 65 nairas (0,31 euro) le litre à 140 nairas. Le Nigeria est le premier producteur de brut du continent (2,4 millions de barils par jour), mais la moitié de sa population vit avec moins Face à la mobilisation, le chef de 2 dollars par jour, et de l’État a dû rétablir une partie la mesure a donc été très de la subvention sur le carburant. mal perçue. Par dizaines de milliers, les Nigérians sont descendus dans les rues, puis une grève priorité de démasquer tous les soutiens et sympathisants de la secte, notamment générale – fortement suivie à Lagos, la au Parlement, dans la justice et dans les capitale économique – a paralysé le services de sécurité. pays du 9 au 16 janvier. Jeunes, vieux, anonymes et célébrités ont dénoncé la Dans un rapport communiqué aux décision du président. Les écrivains Wole délégations présentes au 18e sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu à Soyinka et Chinua Achebe ont organisé Addis-Abeba fin janvier 2012, des experts des pétitions; le musicien Femi Kuti était des Nations unies ont fait état de liens parmi les manifestants. avérés entre Boko Haram et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’organisaPARALYSIE. Les Nigérians en ont protion terroriste qui opère dans le Sahel. fité pour manifester leur ras-le-bol : Pour ces experts, certains membres chômage des jeunes (plus de la moitié ALTERNANCE GÉOGRAPHIQUE. Stopper de la secte originaires du Nigeria et du de la population a moins de 20 ans), Tchad ont été formés en 2011 dans les les exactions de Boko Haram est pour le insalubrité, salaires mirobolants des président un défi majeur. Car non seulecamps d’Aqmi au Mali. Sept éléments parlementaires (autour de 1 million de ment il s’est jusqu’ici montré incapable de Boko Haram ont en effet été arrêtés dollars par an) et corruption des élites… de le faire, mais une partie de la popuau Niger, en janvier 2012, alors qu’ils Les affrontements avec les forces de lation le considère comme directement étaient en route pour cette destination. l’ordre ont fait plusieurs morts. Après responsable de la montée en puissance Ils avaient sur eux des documents relatifs une semaine de paralysie et une perte de la secte. Originaire du Sud et chrétien, à la fabrication d’explosifs et des tracts pour le pays estimée à 1,3 milliard de Goodluck Jonathan s’est présenté à l’élecde propagande. dollars, le président Goodluck Jonathan C’est dans ce contexte délicat que, le tion de 2011 après avoir assuré l’intérim a dû faire marche arrière : le 16 jandu président Umaru Yar’Adua, décédé. Et 1er janvier, le chef de l’État a brusquement vier, dans un discours à la nation, il a ce en dépit d’un gentleman’s agreement annoncé la suppression de la subvention annoncé le rétablissement d’une partie qui exige une alternance géographique sur le carburant, une aide qui a coûté de la subvention, ramenant le prix du carburant à 97 nairas le litre. Le Nigeria avait déjà connu d’imporÉTERNELS OPTIMISTES tantes manifestations (notamment après PLUS DE 500 MORTS dans des attentats en 2011, 33,7 % de la population l’invalidation des résultats de la présivivant en dessous du seuil de pauvreté, des inégalités sociales qui se dentielle de 1993), mais les dernières creusent chaque jour, des coupures d’électricité à répétition et des ont été particulièrement violentes. Elles embouteillages permanents… Mais rien n’arrive à entamer la bonne ont non seulement entamé la crédibilité humeur des Nigérians. La dernière édition du baromètre annuel de BVA du président, qui a dû reculer, mais suret Gallup International, publiée le 23 décembre 2011, révèle que ce pays tout démontré à la population que les est, pour la deuxième année consécutive, le plus optimiste du monde. clivages ethniques et religieux n’étaient La menace islamiste est bien présente, et les remous sociaux ne sont pas insurmontables. « Je pense que, pour sans doute pas finis, mais les quelque 160 millions de Nigérians sont les Nigérians, la victoire c’est de savoir confiants pour l’avenir de leur pays. Avec une croissance estimée à 6,9 % qu’ils peuvent s’organiser, manifester, en 2011 par le Fonds monétaire international (FMI), un PIB qui devrait estime Clement Nwankwo, directeur frôler 360 milliards de dollars (277 milliards d’euros) en 2016 et la de l’ONG Policy and Legal Advocacy perspective d’être, d’ici à 2025, la première puissance économique du Centre. Le gouvernement ferait mieux continent, il y a de quoi garder le moral. l d’écouter. » l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


125

Alternance, acte II

L

Océan Atlantique

MAURITANIE Saint-Louis

Dakar Thiès

SÉNÉGAL MALI

GAMBIE

GUINÉE-BISSAU

GUINÉE

100 km

Cette poussée de violence était prévisibledepuisjuin2011.Le16,Wadedévoile son projet de réformer la loi électorale. Selon le texte qu’il a concocté dans le plus grand secret, le « ticket » – président et vice-président – qui arriverait en tête et dépasserait les 25 % dès le premier tour serait élu… L’opposition crie au « coup de force d’apparence légale » et appelle à manifester le 23 juin, jour du vote de la réforme à l’Assemblée nationale. Dans plusieurs villes, les sièges du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) sont incendiés. À Dakar, théâtre de violents affrontements entre les forces de l’ordre et des milliers de manifestants (bilan : une centaine de blessés), des maisons de dignitaires du

parti sont saccagées, l’Hôtel des députés est brûlé… Finalement, le projet de loi est abandonné. « Il faut que le président Wade dégage maintenant. C’est notre nouveau mot d’ordre », clame le socialiste Ousmane Tanor Dieng. Dans la soirée, l’opposition jusque-là réunie au sein d’une coalition de 35 partis et associations (Benno Siggil Senegaal, BSS) décide d’unir ses forces avec des dizaines d’organisations de la société civile, dont le mouvement Y’en a marre, pour s’opposer à la candidature de Wade. C’est l’acte fondateur du M23 (Mouvement du 23 juin). LA POLÉMIQUE KARIM. Les jours sui-

vants, le clan Wade vacille. Le 27 juin, des milliers de jeunes rendus fous de rage par un énième délestage saccagent des agences de la Société nationale d’électricité (Senelec) et des bâtiments publics. Le lendemain, le gouvernement fait appel à l’armée. Et une nouvelle polémique voit le jour quand l’avocat Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy, affirme que Karim Wade, le fils du président, lui a demandé de jouer de ses relations à Paris pour que l’armée française intervienne. Karim Wade nie mais se sent obligé d’écrire une lettre aux Sénégalais, dans laquelle il dit ne pas briguer la succession de son père – ambition que lui prête l’opposition. ● ● ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 20 août 1960 Léopold Sédar Senghor

devient président du Sénégal. ■ 1er janvier 1981 Senghor démissionne et

Abdou Diouf devient président. Il est élu en 1983, réélu en 1988 et en 1993. ■ 19 mars 2000 Abdoulaye Wade est élu président. Il est réélu en 2007. ■ 23 juin 2011 Une tentative de réforme de la loi électorale déclenche de violents affrontements. Face à la mobilisation, Wade retire son projet. ■ 25 mars 2012 Macky Sall est élu président.

Le pays en bref

■ Superficie 196 720 km2. ■ Population 12,4 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 2,7 %. de population 65 hab./km2. ■ Population urbaine 42,7 %. ■ Espérance de vie 59,3 ans. ■ Alphabétisation 49,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,459 ; rang : 155e sur 187 ■ Langues Français, wolof, peul-toucouleur, sérère, diola… ■ Peuplement Wolofs, Toucouleurs, Peuls, Sérères, Diolas, Mandingues… ■ Religions Islam, christianisme, animisme. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1.1.2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 1 096 $. ■ Répartition du PIB Primaire 17 % ; secondaire 22 % ; tertiaire 61 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants)

14,7

13,4

12,8

12,9

Taux de croissance (en %, à prix constants) 3,2 2008

2,2 2009

4,2

4

2010

2011

■ Inflation 1,2 %. ■ Investissements

directs étrangers

237 millions de $. ■ Exportations 2,2 milliards de $. ■ Importations 4,8 milliards de $. ■ Principales ressources Phosphates,

arachides, coton, céréales, tourisme. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

NIGERIA - SÉNÉGAL

e Sénégal a vécu en 2012 la deuxième alternance démocratique de son histoire. Douze ans après sa victoire triomphale sur Abdou Diouf, qui avait mis fin à quarante années d’hégémonie socialiste, Abdoulaye Wade (85 ans) a été battu par l’un de ses anciens Premiers ministres au cours d’une élection saluée par l’ensemble de la communauté internationale. Le 25 mars, Macky Sall (50 ans) a été élu avec 65,8 % des suffrages au second tour de la présidentielle. Il était soutenu par une large coalition rassemblant les douze perdants du premier tour, des organisations de la société civile ou encore le chanteur Youssou Ndour. Wade n’a pas attendu longtemps pour reconnaître sa défaite: trois heures et demie après la fermeture des bureaux de vote, il a appelé son concurrent pour le féliciter. Quelques semaines plus tôt, rien n’annonçait une telle issue. La campagne a été marquée par une tension extrême : manifestations de l’opposition violemment réprimées, convois de candidats attaqués, bagarres au sein même des partis pour des questions de rivalité ou de gros sous, intimidations… Au soir du 25 février, veille du premier tour, l’on dénombrait au moins six morts, dont un policier lynché lors d’une manifestation à Dakar, et des dizaines de blessés.

AFRIQUE DE L’OUEST

Sénégal


126

afrique de l’Ouest l l l Mais, bien vite, Wade reprend les choses en mains. Le 23 juillet, le M23 réunit plusieurs milliers de personnes sur la place de l’Obélisque, qui deviendra l’épicentre de la contestation ; le même jour, Wade tient un meeting devant des dizaines de milliers de partisans. Le 23 août, le M23 organise un séminaire de constitutionnalistes sénégalais, qui, tous, concluent à l’irrecevabilité de la candidature de Wade ; trois mois plus tard, le président finance un séminaire du même type, avec des juristes (étrangers pour la plupart) qui aboutissent à la conclusion inverse. Face à lui, l’opposition présente une union de façade. L’intention affichée par les membres du BSS de présenter un candidat unique fait long feu. C’est d’abord Macky Sall qui annonce sa candidature, puis Idrissa Seck, un autre chef de gouvernement déchu. Même Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse n’arrivent pas à s’entendre. Le 2 janvier 2012, le chanteur Youssou Ndour se lance à son tour. Mais sa candidature ne sera pas validée par le Conseil constitutionnel, au motif qu’il n’a pas présenté un nombre suffisant (10000) de signatures d’électeurs le soutenant. L’intrusion du chanteur sur la scène politique avait été précédée, un an plus tôt, par celle des rappeurs du groupe Keur Gui. Avec le journaliste Fadel Barro, ils ont lancé en janvier 2011 le mouvement Y’en a marre, qui, six mois plus tard, revendiquait des centaines de cellules à travers le pays. Il a joué un rôle majeur dans les manifestations du 23 juin et au cours de la campagne électorale. L’Histoire retiendra qu’il est né un jour de délestage… Car, comme en 2010, le Sénégal a vécu en 2011 au rythme des coupures de courant, la Senelec étant incapable de répondre à la demande. En octobre 2010,

aVec armeS et bagageS Le 1er août 2011, une page s’est tournée. après trentesept années de présence à Dakar, les Forces françaises du Cap-Vert (FFCV) ont tiré leur révérence et sont devenues les Éléments français au Sénégal (eFS). en quelques jours, les effectifs sont passés de 1 200 hommes à moins de 400. Fini les opérations militaires de choc. Désormais, l’entité interarmées, qui dispose de moyens aériens, maritimes et terrestres, a pour vocation la coopération régionale. elle formera les contingents africains mis à disposition des opérations de maintien de l’ordre et poursuivra sa coopération avec le Sénégal, notamment en matière de sauvetage en mer. Pas question, en revanche, d’intervenir dans un pays de la zone ou de participer à la lutte contre al-Qaïda au Maghreb islamique (aqmi). l

4 %, en raison des coupures d’électricité, mais l’amélioration perçue en fin d’année devrait « booster la croissance », qui pourrait atteindre 4,5 % en 2012. Autre satisfecit : l’inflation est maîtrisée (avec une prévision de 2,5 % pour 2012). Le gouvernement a pu s’enorgueillir de plusieurs réussites en 2011 : la création de la nouvelle compagnie aérienne nationale, Sénégal Airlines ; l’inauguration du Grand Théâtre national, financé comme en 2010, le pays a vécu par la Chine ; la levée en 2011 au rythme des coupures des 400 millions d’euros de courant. nécessaires à la construction de l’aéroport international Blaise-Diagne de Diass ; la mise Abdoulaye Wade nomme son fils au ministère de l’Énergie pour y remédier. en service de la première autoroute à Six mois plus tard, Karim Wade présente péage du pays… Autant de réalisations l’ambitieux plan Takkal, qui doit mobimenées « dans la plus totale opacité », lier 1 milliard d’euros jusqu’en 2014. Les selon l’opposition, qui dénonce « un premiers résultats se font sentir fin 2011. régime corrompu ». Entre 2010 et 2011, le La résolution de ce problème est prioSénégal est passé de la 105e à la 112e place ritaire pour le pays. Le Fonds monétaire (sur 182 pays) au classement établi par international (FMI) a revu à la baisse les l’ONG Transparency International selon estimations de croissance pour 2011, à l’indice de perception de la corruption. jeune afrique hors-série n o 30

Un des échecs majeurs de Wade reste son incapacité à mettre un terme au conflit casamançais, vieux de trente ans. Après une accalmie, les affrontements ont repris de plus belle à la fin de 2010. Entre octobre 2010 et mars 2011, une vingtaine de soldats sénégalais ont péri sous les balles et les obus des rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). La saison 20112012 s’annonçait plus meurtrière encore. Plusieurs signes positifs ont toutefois été enregistrés. En décembre 2011, un des leaders autoproclamés du MFDC, Jean-François Marie Biagui, s’est dit prêt à négocier avec le pouvoir. Et fin janvier 2012, Salif Sadio, le principal chef militaire du MFDC, s’est déclaré ouvert au dialogue, tout en réclamant des discussions « en terrain neutre, hors d’Afrique ». VOISINage dIffIcIle. Une partie de la

diplomatie sénégalaise a été tributaire, en 2011, de ce conflit. Après bien des bouderies, Abdoulaye Wade et Yahya Jammeh, le président gambien, ont effectué un rapprochement spectaculaire concrétisé par la venue du Sénégalais à Banjul, le 16 août, au cours de laquelle il a demandé sonaideàsonhomologue«pourqu’ilyait la paix en Casamance ». Dakar s’est également rapproché de la Guinée-Bissau. En juin 2011, les deux pays ont évoqué la possibilité de mener des patrouilles et des opérations conjointes contre les rebelles le long de la frontière. Les relations avec les autres voisins ont été plus tendues. Le 11 septembre, Alpha Condé, le président guinéen, a accusé le Sénégal et la Gambie d’avoir été complices de la tentative d’assassinat dont il avait été l’objet deux mois plus tôt. Longtempsalliés,Wadeetsonhomologue mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, se sont déchirés sur plusieurs sujets en 2011 (dont la guerre en Libye). Cela s’est traduit par la fermeture de l’espace aérien entre les deux pays entre juillet et octobre. La Libye restera d’ailleurs le principal fait d’armes diplomatique de Wade en 2011. Le 9 juin, il fut le premier chef d’État africain à se rendre à Benghazi pour apporter son soutien au Conseil national de transition (CNT), qu’il avait reconnu près de deux semaines plus tôt comme « représentant légitime du peuple libyen ». Cette visite lui a valu bien des critiques sur le continent, ses détracteurs rappelant qu’il fut longtemps l’un des principaux soutiens de Kaddafi. l l’état de l’afrique • 2012


127

Koroma remet son fauteuil en jeu

L

prévoit une croissance de 51,4 % en 2012 !), mais les réformes structurelles indispensables pour doper l’activité et créer des emplois doivent être mises en œuvre rapidement. Le PIB par habitant est inférieur à 350 dollars (269 euros) et la Sierra Leone pointe au 180e rang (sur 187) en matière de développement humain.

GUINÉE

Makeni

Freetown

SIERRA LEONE EONE NE Kenema

Océan Atlantique

LIBERIA 100 km

Après des débuts assez lents, la présidence de Koroma enregistre depuis 2010 des progrès tangibles dans des domaines prioritaires tels que la lutte contre la pauvreté et le développement des infrastructures. Le démarrage de la centrale hydroélectrique de Bumbuna a réduit le déficit énergétique, la découverte de gisements de fer et de bauxite ouvre de nouvelles perspectives. Sur le plan social, la gratuité des soins médicaux a été instaurée pour les femmes enceintes, les jeunes mères et les enfants de moins de 5 ans. Enfin, en termes de gouvernance, la Commission anticorruption a vu son action renforcée. Les perspectives d’avenir sont bonnes (le Fonds monétaire international [FMI]

FRACTURE NORD-SUD. Pour redresser le pays, Koroma bénéficie de la confiance de la communauté internationale. Il peut aussi compter sur son parti, l’APC, et son allié, le Mouvement populaire pour un changement démocratique (PMDC), qui l’ont naturellement désigné comme candidat à sa propre succession. Reste que 40 % des jeunes sont au chômage et que les récentes tensions politiques ont révélé une réelle fracture entre le nord du pays, acquis à l’APC, et le Sud, fief du SLPP. Les élections seront un test pour mesurer l’ancrage de la démocratie, alors que l’on attend toujours le verdict du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) concernant Charles Taylor. L’ex-président libérien a été inculpé en mars 2003 de crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour son rôle dans la guerre civile. Son procès, délocalisé à La Haye (PaysBas), s’est achevé le 11 mars 2011. Le jugement doit être rendu le 26 avril. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 27 avril 1961 Accession à l’indépendance. ■ Mars 1991 Début de la guérilla du Front

révolutionnaire uni (RUF) de Foday Sankoh, soutenue par Charles Taylor. ■ Mars 1996 Ahmad Tejan Kabbah élu président. ■ 22 octobre 1999 Création de la Mission des Nations unies en Sierra Leone (Minusil). ■ Mai 2000 Arrestation de Foday Sankoh. ■ Mai 2002 Réélection de Tejan Kabbah. ■ 8 août 2007 Victoire d’Ernest Bai Koroma à l’élection présidentielle.

Le pays en bref ■ Superficie 71 740 km2.

■ Population 5,9 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 2,2 %. de population 81 hab./km2. ■ Population urbaine 38,8 %. ■ Espérance de vie 47,8 ans. ■ Alphabétisation 40,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,336 ; rang : 180e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), krio, temné, mendé, limba… ■ Peuplement Mendés, Temnés, Peuls… ■ Religions Islam, christianisme. ■ Monnaie Leone. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 5571,42 leones; 1 $ = 4300 leones. ■ PIB par habitant 347 $. ■ Répartition du PIB Primaire 52 % ; secondaire 23 % ; tertiaire 25 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 2

1,9

2,1

1,9

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,5 2008

3,2 2009

5

5

2010

2011

■ Inflation 17,8 %. ■ Investissements

directs étrangers

36 millions de $. ■ Exportations 338 millions de $. ■ Importations 770 millions de $. ■ Principales ressources Diamant, or,

cacao, café. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

SÉNÉGAL - SIERRA LEONE

e 17 novembre 2012, les SierraLéonais se rendront aux urnes dans un climat non exempt de tensions. Les rassemblements politiques ont été suspendus de septembre à décembre 2011, à la suite de heurts entre militants de partis adverses – notamment le Parti du peuple de Sierra Leone (SLPP, opposition) et le Congrès de tout le peuple (APC, au pouvoir). La levée de l’interdiction a été rendue possible par la signature d’un mémorandum par quatre formations, qui se sont engagées à s’abstenir de toute violence lors des élections présidentielle et législatives. Dix ans après la fin de la guerre civile (1991-2002), la Sierra Leone reste fragile, même si le chemin parcouru est assez remarquable. Le pays reste confronté à de réels problèmes: corruption, trafic de drogue, criminalité… Toutefois, il est cité comme un exemple de reconstruction et de pacification. Le pouvoir, conquis par le SLPP en 2002, a changé de mains en 2007 pour échoir à Ernest Bai Koroma. Depuis ce scrutin, la Commission électorale nationale a organisé avec succès des élections locales jugées libres et transparentes. Et, selon l’indice Mo Ibrahim, la Sierra Leone est l’un des cinq États en situation d’après-guerre qui réalisent les progrès les plus significatifs sur la voie de ladémocratieetdelabonnegouvernance.

AFRIQUE DE L’OUEST

Sierra Leone


128

Afrique de l’Ouest

Togo

Législatives: le grand test

A

près la désignation, le 22 janvier 2011, du président Faure Gnassingbé à la tête de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui a marqué le retour du Togo sur la scène sous-régionale, une nouvelle étape a été franchie avec son accession au rang de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour deux ans à compter du 1er janvier 2012. Une belle victoire diplomatique qui ne doit pas faire oublier les enjeux intérieurs. En particulier la tenue cette année d’élections législatives et locales. Soit l’occasion de mesurer le poids des partis, notammentdesdeuxfrèresennemis,l’Uniondes forces de changement (UFC, de Gilchrist Olympio), ralliée à Faure Gnassingbé, et l’Alliance nationale pour le changement (ANC, de Jean-Pierre Fabre, ex-secrétaire général de l’UFC), créée en octobre 2010 après l’entrée de sept membres de l’UFC dans le gouvernement d’ouverture mis en place en mai. TROUBLES. Pour optimiser les chances

de son parti, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), Faure Gnassingbé devra maintenir le cap de l’unité nationale et de la paix sociale. Pas question, en effet, de voir se renouveler le scénario de 2010, avec son lot de troubles à la suite de sa

BÉNIN

Sokodé Lac Volta

GHANA 200 km

TOGO

NIGERIA

Lomé Golfe de Guinée

réélection, contestée. Certes, les manifestations se sont calmées en 2011, la cohabitation se déroule sans accroc majeur et les travaux de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation se poursuivent. Mais la bataille électorale pourrait bien réveiller de vieilles rancœurs. D’ici à la tenue des législatives, diverses réformes institutionnelles doivent être finalisées. Des mesures sur lesquelles planche le Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC), créé début 2009, auquel l’ANC ainsi que le Comité d’action pour le renouveau (CAR, de Yawovi Agboyibo) et le Parti du renouveau et de la rédemption (PRR, de Nicolas Lawson) ne participent pas. Reste que certaines réformes sur lesquelles

le CPDC a statué font déjà grincer des dents. Ainsi, bien que le nombre de mandats présidentiels ait été limité à deux, Faure Gnassingbé pourrait se présenter une troisième fois en 2015, puisqu’une disposition prévoit que l’article relatif à cette limitation n’ait pas d’effet rétroactif. Face à un éventuel mécontentement populaire sur des questions politiques, le pouvoir pourrait faire valoir ses succès économiques et financiers. Le processus d’assainissementdesfinancespubliquesa ainsiaboutiàl’atteinte,endécembre2010, du point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), qui a permis d’alléger la dette extérieure d’environ 1,5 milliard d’euros. Le gouvernement a donc une plus grande marge de manœuvre, ce qui s’est traduit par une hausse des dépenses d’investissement en 2011 avec le lancement de nombreux chantiers routiers. En outre, le pays affiche une croissance positive, malgré un contexte international difficile. De 3,8 % en 2011, la progression du PIB devrait s’établir à 4 % en 2012. Deux branches surtout ont soutenu la croissance : les industries extractives, notamment le clinker avec sa production en forte hausse, et l’activité du port autonome de Lomé. Reste à savoir si ces bons résultats joueront en faveur du régime lors des prochaines législatives. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 27 avril 1960 Accession à l’indépendance. ■ 12 janvier 1967 Gnassingbé Eyadéma prend

le pouvoir. Il est élu président en 1972. ■ 5 février 2005 Mort d’Eyadéma. Son fils

Faure Gnassingbé lui succède. Il est élu président en avril lors d’un scrutin contesté. ■ 14 octobre 2007 Élections législatives.

Komlan Mally devient Premier ministre. ■ 4 mars 2010 Réélection de Faure

Gnassingbé avec 60,9 % des voix.

Le pays en bref ■ Superficie 56 790 km2. ■ Population 6 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 2,1 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de population 119 hab./km2. ■ Population urbaine 44,1 %. ■ Espérance de vie 57,1 ans. ■ Alphabétisation 56,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,435 ; rang : 162e sur 187. ■ Langues Français (officielle), éwé, kabié… ■ Peuplement Ewés, Kabiés, Minas… ■ Religions Animisme, christianisme, islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA ; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 511 $. ■ Répartition du PIB Primaire 47,5 % ; secondaire 17,8 % ; tertiaire 34,7 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants)

3,6

3,2

3,2

3,2

Taux de croissance (en %, à prix constants) 2,4

3,2

2008

2009

3,7

3,8

2010

2011

■ Inflation 5,3 %. ■ Investissements

directs étrangers

41 millions de $. ■ Exportations 800 millions de $. ■ Importations 1,6 milliard de $. ■ Principales ressources Phosphates, coton,

café, cacao. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


LIBYE

ALGÉRIE

129 MAURITANIE

NIGER

MALI

TCHAD

N’Djamena BÉNIN

GUINÉE CONAKRY

GHANA CÔTE D’IVOIRE

DJIBOUTI

NIGERIA

ÉTHIOPIE

TOGO

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

CAMEROUN

LIBERIA

Douala Malabo

Yaoundé

Bangui SOMALIE

GUINÉE ÉQUAT. São Tomé SÃO TOMÉ E PRINCIPE

Libreville Port-Gentil

GABON

CONGO

Brazzaville

Pointe-Noire

SOUDAN DU SUD

Mbandaka

Kisangani

OUG. KENYA

Goma RÉPUBLIQUE RWANDA DÉMOCRATIQUE Bukavu BURUNDI DU CONGO

Kinshasa TANZANIE

Matadi Océan Atlantique

Lubumbashi ANGOLA 300 km

MALAWI ZAMBIE

MOZAMBIQUE

Afrique centrale

Peu de changements en perspective

P

as de grand rendez-vous électoral cette année dans la sous-région, les présidents centrafricain François Bozizé, tchadien Idriss Déby Itno, et camerounais Paul Biya ayant déjà subi avec succès – et plus ou moins de facilité – le test des urnes, respectivement en janvier, avril et octobre 2011. Mais s’il est une réélection qui a pu paraître particulièrement délicate l’an passé, c’est bien celle du Congolais Joseph Kabila, déclaré vainqueur malgré les critiques conjuguées de l’opposition, emmenée par Étienne Tshisekedi, et de la communauté internationale. Après le Gabon le 17 décembre 2011, ce sera au tour de la Guinée équatoriale (en mai), du CongoBrazzaville et du Cameroun de convoquer leurs électeurs pour des législatives. Mais, là encore, 2012 ne devrait pas apporter de bouleversement majeur, les coalitions au pouvoir dans ces trois pays ne paraissant pas particulièrement menacées. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

130 Cameroun 132 Centrafrique 133 Congo 134 RD Congo 136 Gabon 138 Guinée équatoriale 139 São Tomé e Príncipe 140 Tchad JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

AFRIQUE CENTRALE

ÉRYTHRÉE SOUDAN

Abéché

Lac Tchad


130

Afrique centrale

Cameroun

Lent redressement

L

’

année 2011 a été marquée par la tenue, le 9 octobre, de l’élection présidentielle. Sur les 51 candidats décidés à prendre part au scrutin, seuls 21 ont vu leur candidature validée. En remportant la majorité absolue avec 77,9 % des suffrages, Paul Biya, 79 ans, dont vingt-neuf passés au pouvoir, a été réélu président de la République. Il a prêté serment le 3 novembre, inaugurant ainsi un septennat au cours duquel il entend mener à bien de « grandes réalisations ». Son principal rival, John Fru Ndi, s’est classé deuxième avec 10,1 % des voix, une performance critiquée au sein de son parti, le Social Democratic Front (SDF), tandis que Garga Haman Adji (arrivé en troisième position avec 3,2 % des votes) a été l’une des révélations de ce scrutin. Quelques nouveaux visages sont apparus, à l’instar de Kah Walla, 46 ans, sixième avec un modeste score de 0,7 %. La réélection de Biya a été orchestrée par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir). Le congrès tenu par l’ancien parti unique à la veille de l’élection présidentielle, les 15 et 16 septembre 2011, a montré qu’il reste la formation politique la mieux implantée sur le territoire national. Ce scrutin a révélé de multiples dysfonctionnements au sein d’Elections

TCHAD

NIGERIA

VALSE DES DAUPHINS. En attendant,

Garoua

200 km

CAMEROUN

RÉP. CENTRAFR.

Douala Yaoundé

Golfe de Guinée

GUINÉE ÉQU.

d’encre indélébile… Le patron d’Elecam, Samuel Fonkam Azu’u, a reconnu les problèmes et promis de les corriger.

GABON

CONGO

Cameroon (Elecam), l’organe chargé de superviser le déroulement du processus électoral. Selon l’opposition, beaucoup de personnes inscrites n’ont pu voter faute de carte d’électeur. Les défaillances ont été nombreuses: ouverture tardive des bureaux de vote, pas de listes affichées à leur entrée, absence de scrutateurs de l’opposition dans certains, présence de deux présidents dans d’autres, cohabitation de plusieurs bureaux dans la même salle, pas d’électricité lors du dépouillement, absence

comme l’exigent les usages, un réaménagement du gouvernement a été effectué quelques semaines après la présidentielle. Faits notables : donné partant, le Premier ministre, Philémon Yang, a été maintenu. En revanche, Amadou Ali, vice-Premier ministre et ancien garde des Sceaux, a été muté à un poste moins exposé : il est désormais chargé des Relations avec les Assemblées. L’autre baron du Grand Nord, Marafa Hamidou Yaya, n’a pas été reconduit. Membre du gouvernement pendant presque deux décennies et ex-ministre d’État chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), il était considéré comme un potentiel successeur de Paul Biya. Son éviction pourrait annoncer des ennuis judiciaires pour cet ancien proche collaborateur du président dont le nom a été cité dans l’affaire Albatros, consécutive à des soupçons de détournements liés à l’achat (avorté) d’un avion présidentiel. L’autre changement significatif concerne un autre dauphin présumé, René Emmanuel Sadi, patron du parti au pouvoir, qui hérite du fameux Minatd.

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Espérance

■1

janvier 1960 Indépendance. Ahmadou Ahidjo devient président le 5 mai. ■ 4 novembre 1982 Démission d’Ahidjo. Paul Biya lui succède. ■ 14 janvier 1984 Biya est élu président. ■ 1er mars 1992 Premières élections législatives pluralistes. ■ 9 octobre 2011 Rélection de Paul Biya (6e mandat) avec 77,9 % des voix. er

Le pays en bref

■ Superficie 475 440 km2. ■ Population 19,6 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 2,2 %. de population 42 hab./km2. ■ Population urbaine 59,2 %. ■ Densité

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de vie 51,6 ans.

■ Alphabétisation 70,7 %. ■ Indice

de développement humain (2011) IDH : 0,482 ; rang : 150e sur 187. ■ Langues Français, anglais (officielles), ewondo, bulu, peul, bamiléké, douala, bassa… ■ Peuplement Ewondos, Peuls, Betis-Bulus, Bamilékés, Doualas, Bassas… ■ Religions Animisme, christianisme, islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 1 234 $. ■ Répartition du PIB Primaire 23,5 % ; secondaire 29,9 % ; tertiaire 46,6 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 23,7

22,2

22,5

25,8

Taux de croissance (en %, à prix constants) 2,6

1,9

3,2

3,8

2008

2009

2010

2011

■ Inflation 1,4 %. ■ Investissements

directs étrangers

425 millions de $. ■ Exportations 4 milliards de $. ■ Importations 4,8 milliards de $. ■ Principales ressources Pétrole, bois, coton,

café, cacao. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


131

contre la corruption, symbolisée par la très controversée opération Épervier, a fait la une des journaux. À Yaoundé, des rumeurs d’arrestations « imminentes » de personnalités politiques ou de l’économie ont couru, mais aucun illustre « éperviable » n’a été embastillé. La machine judiciaire a plutôt multiplié les ratés tant les juges éprouvent des difficultés à conduire des procès visiblement peu préparés. Accusé d’avoir détourné 14,8 milliards de F CFA (22,6 millions d’euros), l’ancien ministre de la Santé publique UrbainOlanguenaAwonon’estpluspoursuivi que pour deux chefs d’inculpation de détournements se montant respectivement à 11,2 millions et 80,9 millions de F CFA. Les dossiers d’accusation sont mal ficelés par des magistrats peu formés aux subtilités comptables de l’administration publique. Pour corriger ces défaillances, le gouvernement a fait voter à l’Assemblée nationale, le 3 décembre 2011, une loi créant un tribunal criminel spécial. Cette

LES ROUTES CAMEROUNAISES ont été particulièrement meurtrières en 2011. Sans surprise, l’axe reliant Douala àYaoundé, le plus dangereux du pays, a enregistré le plus grand nombre d’accidents mortels. Long de 250 km, il est pourtant en bon état et bénéficie d’une signalisation rigoureuse. Mais bien qu’il desserve les deux plus importantes villes du pays et supporte le volume de trafic d’une autoroute, il est aussi étroit qu’une route départementale. Poids lourds, grumiers et bus de transport en commun se disputent la priorité sur une double voie dépourvue de terre-plein central. Alcoolémie, vitesse excessive et conduite dangereuse sont les causes d’accidents les plus souvent recensées. Le gouvernement semble impuissant face à cette mortalité routière particulièrement élevée (notamment faute de ceinture de sécurité) : on dénombre 1 500 décès en moyenne chaque année. l

ministre des Finances (3,8 % selon le Fonds monétaire international). On peut considérer que la reprise économique s’est consolidée, avec la fin des effets de la crise de 2008. Celle-ci avait considérablement affecté plusieurs secteurs de l’économie camerounaise, notamment les filières du pétrole, du bois, de l’aluminium, du Le RDPC reste la formation coton, du caoutchouc et politique la mieux implantée de la banane, ainsi que le sur le territoire national. transport ferroviaire. Les termes de l’échange et la nouvelle juridiction sera compétente balance des paiements avaient égalepour juger les infractions de détournement été durement ébranlés. ments de deniers publics pour des préEn 2011, on a noté une amélioration judices à partir de 50 millions de F CFA. de la demande extérieure, qui a stimulé Reste à Yaoundé la tâche de régler les exportations. Le gouvernement ayant les défauts de l’économie. L’année paspoursuivi sa politique de réduction sée n’a pas été faste, même si la croisdes taxes à l’importation sur plusieurs sance a progressé pour s’établir à 4,1 % produits dits de première nécessité et en 2011 contre 3,3 % en 2010, selon le maintenu les subventions des produits L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

pétroliers pour réguler leurs prix, l’inflation a pu être maîtrisée. La gestion des finances publiques a égalementétéjugéesatisfaisante,nonobstant la consommation insuffisante des crédits d’investissement. Le budget 2011 a enregistré une augmentation de 1 milliard de F CFA par rapport à 2010, et une augmentation nominale de 268,6 milliards de F CFA par rapport à 2009, soit une évolution de 11,7 %. À la fois prudent et pragmatique, le gouvernement a manifestement voulu éviter de surestimer les capacités du système productif. ESPOIR. Le Cameroun se relève donc

lentement. Atteint en 2006, le point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) s’est traduit par une remise de la dette multilatérale qui a donné l’espoir d’un nouveau départ. Mais les grands projets contenus dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) avancent plus lentement que prévu. Ainsi, c’est au bout de plus d’une année que le gouvernementcamerounaisaenfinsigné, le 12 août 2011, le contrat de construction du barrage hydroélectrique de LomPangar (Est) avec le partenaire retenu, la China International Water and Electric Corporation (CWE). L’entreprise chinoise dispose d’un délai de trente-huit mois à compter du début du chantier, prévu en avril 2012, pour livrer l’ouvrage dont le coût prévisionnel est fixé à 74,6 milliards de F CFA. Censée être livrée au plus tard en septembre 2012, la centrale thermique à gaz de Kribi, d’une capacité de 216 MW et d’un coût évalué à 176,27 milliards de F CFA, ne sera pas terminée en temps voulu. Les essais de mise en service sont reportésdetroismois.Néanmoins,l’aboutissement du projet est assuré depuis décembre 2011, car la convention de financement a été signée à Paris entre le gouvernement et des bailleurs de fonds, parmi lesquels des partenaires multilatéraux et un pool d’établissements bancaires.D’autresprojetsontprisduretard,à l’instardel’exploitationdugisementdefer de Mbalam (Est). Le 27 septembre 2005, un permis de recherche avait été délivré à Cam Iron. La société espérait obtenir la signature du permis d’exploitation avant la fin de l’année. Il n’en a rien été. Les discussions se poursuivent. Selon les études réalisées, le projet coûtera 3,5 milliards de dollars. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

CAMEROUN

MAL FICELÉS. Comme toujours, la lutte

DANGER SUR LA ROUTE

AFRIQUE CENTRALE

« En coupant les ailes à ses potentiels successeurs, le président souhaite mettre fin aux querelles de positionnement pour remettre tout le monde au travail », explique un universitaire proche du RDPC. Pas sûr que le chef de l’État y parvienne puisque, dans le même temps, Maurice Kamto, ministre délégué à la Justice, a démissionné du gouvernement, en novembre 2011. Ce juriste qui a défendu avec succès le dossier du Cameroun auprès de la Cour internationale de justice de La Haye dans l’affaire Bakassi (contentieux territorial à propos d’une presqu’île revendiquée par le Nigeria) ne cache pas son intention de briguer la magistrature suprême lorsque s’ouvrira la succession de Paul Biya.


Afrique centrale

Centrafrique

L’instabilité freine la croissance

V

asteschantiers, petits moyens. C’est ainsi que se présente la Centrafrique de François Bozizé, réélu au premier tour en janvier 2011, avec plus de 64 % des voix. Conscient de l’extrême fragilité du pays, le chef de l’État multiplie les appels à la communauté internationale. Objectifs : attirer les investisseurs et faire revenir les bailleurs de fonds, qui ont quitté le pays en 2011 au motif qu’il ne respectait pas les règles de bonne gouvernance. Pour ce faire, Bozizé a lancé une opération mains propres : limogeages de ministres et arrestations de directeurs généraux se succèdent. Début 2012, il a dissous les conseils d’administration de toutes les sociétés et agences d’État, pour la plupart en ruine, au profit d’un Conseil spécial de surveillanceetderedressement des entreprises et offices publics, qu’il dirige. Souhaitées par le Fonds monétaire international (FMI), ces mesures pourraient inciter la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) à se réengager. L’Union européenne (UE), premier pourvoyeur d’aides à Bangui, a organisé en juin 2011 une conférence des donateurs qui a permis de recueillir 400 milliards de F CFA (610 millions d’euros) de promesses de dons pour 2011-2014. Mais celles-ci tardent à se concrétiser.

300 km

TCHAD SOUDAN

CAMEROUN

132

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE Berberati

CONGO

Bangui RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Or la Centrafrique attend beaucoup de ces fonds pour pallier les déconvenues économiques des deux dernières années. Areva a ainsi décidé, en novembre 2011, de repousser de deux ans l’exploitation de la mine d’uranium de Bakouma. Principales ressources du pays, le bois et lediamantsubissentl’unlecontrecoupde la crise mondiale, l’autre la contrebande, que les autorités peinent à éradiquer. Le ministre des Mines avait envisagé de restructurer la filière du diamant, mais il a dû reculer devant les difficultés. Et, si l’on trouve de l’or sur tout le territoire, son exploitation reste artisanale. Une note d’espoir, cependant: des opérateurs chinois explorent les gisements pétroliers du nord-ouest du pays.

Pour attirer les investisseurs, le gouvernement doit aussi améliorer la sécurité. Il a conclu des traités de paix avec les rebelles de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement et ceux de la Convention des patriotes pour la justice et la paix, mais sans faire cesser les combats. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est dit inquiet du manque d’autorité de l’État, qui n’a pas d’armée opérationnelle. NOUVEAU FRONT. À peine la « guerre

du diamant » s’est-elle éteinte à Bria qu’un nouveau front s’est ouvert dans le Sud-Ouest, où opère depuis six ans l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de l’Ougandais Joseph Kony. La présence récente de forces spéciales américaines à Obo (Haut-Mbomou) est de nature à rassurer. Mais les autorités regrettent de ne pas recevoir plus d’aide. Là aussi, il y a eu des promesses de soutien, mais peu d’engagement financier. Dans le NordOuest, Bangui et N’Djamena ont lancé en janvier 2012 une offensive commune contre les rebelles tchadiens du Front populaire pour le redressement. Sur tous les plans, les équilibres sont donc précaires. Regroupée autour de leaders comme Martin Ziguélé ou Nicolas Tiangaye, l’opposition, qui a boycotté les législatives de mars 2011, ne reconnaît aucune légitimité à Bozizé. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Croissance

■ 1960 Indépendance. Dacko est président. ■ 1er janvier 1966 Coup d’État de Bokassa. ■ 20-21 septembre 1979 Coup d’État.

David Dacko reprend le pouvoir. ■ 1er septembre 1981 André Kolingba

devient chef de l’État. ■ 19 septembre 1993 Ange-Félix Patassé

est élu président. Il est réélu en 1999. ■ 15 mars 2003 Putsch de François Bozizé ■ 24 mai 2005 Bozizé élu président. Il est

réélu en janvier 2011 au premier tour.

Le pays en bref ■ Superficie 622 980 km2. ■ Population 4,4 millions d’hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

démographique 1,9 %. de population 7 hab./km2. ■ Population urbaine 39,2 %. ■ Espérance de vie 48,4 ans. ■ Alphabétisation 55,2 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,343 ; rang : 179e sur 187. ■ Langues Français (off.), sango, zandé… ■ Peuplement Gbayas, Bandas, Yakomas, Sangos… ■ Religions Christianisme, islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA ; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 483 $. ■ Répartition du PIB Primaire 56 % ; secondaire 15 % ; tertiaire 29 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 2

2

2

2,3

Taux de croissance (en %, à prix constants) 2

2008

1,7

3,3

2009

2010

4,1 2011

■ Inflation 1,8 %. ■ Investissements

directs étrangers

72 millions de $. ■ Exportations 187 millions de $. ■ Importations 285 millions de $. ■ Principales ressources Agriculture (coton),

diamant, bois. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


133

Les grands chantiers se multiplient

L

DIVISIONS. En revanche, le triomphe du PCT et de ses alliés aux sénatoriales d’octobre n’a surpris personne. L’opposition n’estpasaumieuxdesaforme;sesleaders ont disparu ou se sont ralliés au pouvoir. Enfin, certains partis, comme l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads), sont minés par les divisions. Les sénatoriales se sont déroulées dans le calme, mais en ira-t-il de même pour les législatives ? C’est ce qu’espèrent les

RÉP.CENTRAF.

200 km

CAMEROUN

CONGO GABON Océan Atlantique

Pointe-Noire CABINDA (Angola)

Brazzaville

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

partis et les organisations de la société civile qui se sont réunis en décembre 2011 pour débattre de l’organisation du scrutin. Une réunion boycottée par trois ténors de l’opposition, leaders du Front des partis de l’opposition congolaise (FPOC): Rigobert Ngouolali, Mathias Dzon et Clément Mierassa. Premier acquis de ces travaux : préfets, sous-préfets, administrateurs-maires et maires ne pourront plus assurer la fonction de président des commissions départementales et locales d’organisation des élections. Sil’oppositionnesemblepasenmesure de susciter un raz-de-marée aux législatives, le PCT, qui ne compte que 47 députés sur les 137 de l’actuelle Assemblée nationale, remportera-t-il les quelque

120 sièges qu’il convoite ? Le pouvoir aborde le scrutin avec quelques atouts, même si son image en a pris un coup après l’explosion d’un dépôt d’armes à Brazzaville, en mars, qui a fait plus de 280 morts, des milliers de blessés et d’importants dégâts matériels. Il a à son actif un taux de croissance de 7,5 % en 2009, 8,8 % en 2010 et 5 % en 2011. Il a également instauré une gestion plus rigoureuse des finances publiques; en outre, le pays ayant atteint, en janvier 2010, le point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), il a pu profiter de l’allègement de sa dette publique pour développer ses infrastructures. Routes, aérogares, usines de traitement d’eau, centrales électriques – dont celle inaugurée le 23 décembre 2011 à Pointe-Noire, après le barrage d’Imboulou… Les grands chantiers se multiplient. Le défi reste toutefois la diversification des activités. Outre les villages agricoles, les espoirs reposent sur la mise en exploitation des gisements de fer et de phosphate. Et, du côté de l’industrie, sur l’implantationdesociétésétrangèresdans deszoneséconomiquesspéciales,dontles premières devraient voir le jour à PointeNoire et dans la Cuvette. De quoi créer des emplois et réduire la pauvreté, qui touche encore la moitié des Congolais. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 15 août 1960 Indépendance. Fulbert

Youlou devient président de la République. ■ 3 avril 1977 Joachim Yhombi-Opango succède à Marien Ngouabi, assassiné. ■ 5 février 1979 Yhombi-Opango destitué. Denis Sassou Nguesso lui succède. ■ 16 août 1992 Pascal Lissouba élu président. ■ 1993-1994 Guerre civile. ■ 25 octobre 1997 Sassou Nguesso s’investit président. Il est élu en 2002, réélu en 2009. ■ 4 mars 2012 Explosions dans un dépôt de munitions de Mpila (Brazzaville): 223 morts .

Le pays en bref ■ Superficie 342 000 km2. ■ Population 4 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 2,5 %. de population 11 hab./km2. ■ Population urbaine 62,5 %. ■ Espérance de vie 54 ans. ■ Alphabétisation 67 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,533 ; rang : 137e sur 187. ■ Langues Français (officielle), lingala, kikongo, téké… ■ Peuplement Kongos, Tékés, Laris, Mbochis… ■ Religions Christianisme, islam. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA ; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 3 792 $. ■ Répartition du PIB Primaire 5 % ; secondaire 71 % ; tertiaire 24 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 11,9

9,6

12

15,1

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,6

7,5

2008

2009

8,8 2010

5 2011

■ Inflation 4,8 %. ■ Investissements

directs étrangers

2,81 milliards de $. ■ Exportations 8,2 milliards de $. ■ Importations 2,9 milliards de $. ■ Principales ressources Bois, pétrole. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

CENTRAFRIQUE - CONGO

e Congo élira en 2012 ses députés, après une année 2011 marquée par le congrès du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir) et par le renouvellement de la moitié du Sénat. Le sixième congrès extraordinaire de l’ex-partiunique,enjuillet2011,n’aurapas apporté le changement radical qu’attendaient les refondateurs. Difficile, en effet, de pousser les caciques horsdes instances dirigeantes et de transformer l’ancienne formation marxiste-léniniste en mouvement social-démocrate. Les mutations se feront par un rajeunissement progressif des cadres. C’est au secrétaire général élu lors du congrès, Pierre Ngolo, que revient la lourde tâche d’insuffler un nouvel élan au parti. Sa victoire a créé la surprise, certains pariant sur des poids lourds comme les ministres Isidore Mvouba, Rodolphe Adada ou Henri Djombo.

AFRIQUE CENTRALE

Congo


134

Afrique centrale

RD Congo

Les stigmates de la présidentielle

L

es jeux sont faits. C’est avec du Congo, et accompagnés de maniRÉP. CENTRAFRICAINE SOUDAN près de 49 % des suffrages festations populaires de protestation, CAM. exprimés que Joseph Kabila, durement réprimées par les forces le président sortant, a été de l’ordre. D’abord timidement, puis Kisangani OUGANDA réélu pour un nouveau mandat avec plus de vigueur, sous la pression CONGO Goma de cinq ans à l’issue du scrutin du de la rue en RD Congo comme à RÉPUBLIQUE RWANDA 28 novembre 2011, tandis que la l’étranger, où la diaspora a exprimé GABON Kinshasa BURUNDI DÉMOCRATIQUE majorité présidentielle a raflé plus bruyamment son mécontentement, DU CONGO TANZANIE de la moitié des sièges à la chambre les irrégularités ont été dénoncées Océan par les missions d’observation du basse. Reste que le processus a été Atlantique Lubumbashi Centre Carter et de l’Union euroentaché de nombreuses fraudes ANGOLA péenne. Rien n’y a fait. et anomalies qui font planer un 400 km Rejetant les résultats annoncés sérieux doute sur sa fiabilité. Du ZAMBIE coup, Kabila sort affaibli de ce scrupar la Commission électorale natiotin très contesté, tant sur le plan nale indépendante (la Ceni, présidée local qu’international. La disparition pourvoir. Et 11 prétendants à la magistrapar le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, un de son conseiller, Augustin Katumba ture suprême. Parmi les concurrents de proche de Kabila) et validés par la Cour Mwanke, dans un accident d’avion le Kabila figuraient Étienne Tshisekedi, le suprême, qui le créditaient de 32 % des 12 février dernier le prive en outre d’un leader de l’Union pour la démocratie et suffrages, Tshisekedi, qui s’estime vainprécieux soutien. le progrès social (UDPS), Vital Kamerhe, queur, a « prêté serment » le 23 décembre. À la suite du vote par le Parlement – lors qui préside l’Union pour la nation congoUne cérémonie qui s’est tenue chez lui d’une séance boycottée par l’opposilaise (UNC), et Léon Kengo wa Dondo, le dans la commune de Limete, et non au tion – d’une loi qui a réduit à un seul tour président du Sénat entré dans la course Stade des Martyrs comme il était prévu, l’élection du chef de l’État, l’année 2011 après avoir fondé l’Union des forces du sa demeure ayant été encerclée par les a débuté dans un contexte tendu et s’est forces de l’ordre. changement (UFC), le 24 juillet 2011. achevée dans la pagaille et la violence, Tout aussi contestés ont été les résultats Jusqu’à la dernière minute, le suspens a causant plusieurs morts et blessés. Après des législatives dont la compilation – un été maintenu quant à une candidature une campagne électorale houleuse, c’est commune de l’opposition. En vain. véritable feuilleton – s’est effectuée dans en effet dans un désordre indescriptible la plus grande confusion. Au point que les experts internationaux venus prêter que se sont déroulées la présidentielle et SERMENT. Bien évidemment, les résultats main-forte à la Ceni ont jeté l’éponge de la présidentielle ont été rejetés par les législatives, accompagnées de graves irrégularités. En lice, près de 19 000 canavant la fin des travaux, devant sa maul’opposition et la société civile, en partididats à la députation pour 500 sièges à culier la conférence épiscopale nationale vaise volonté et sa réticence à leur laisser

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Espérance

■ 30 juin 1960 Indépendance. Kasa-Vubu est

président, Lumumba Premier ministre. ■ 24 novembre 1965 Putsch de Mobutu. ■ 17 mai 1997 Kabila renverse Mobutu. ■ 16 janvier 2001 Assassinat de Laurent-

Désiré Kabila. Son fils Joseph lui succède. ■ 29 octobre 2006 Élection de Joseph Kabila. ■ 28 novembre 2011 Kabila est réélu.

Le pays en bref ■ Superficie 2 344 860 km

2

.

■ Population 66 millions d’hab. ■ Croissance ■ Densité

démographique 2,7 %.

de population 29 hab./km2.

■ Population

urbaine 35,9 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de vie 48,4 ans. 67 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,286 ; rang : 187e sur 187. ■ Langues Français (officielle), lingala, swahili, kikongo, tshiluba… ■ Peuplement Lubas, Kongos, Mongos, Zandés, Rundis, Tékés, Bwas, Tchokwés, Ngalas… ■ Religions Christianisme, animisme, islam. ■ Monnaie Franc congolais. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 1172,59 francs congolais ; 1 $ = 905 francs congolais. ■ PIB par habitant 211 $. ■ Répartition du PIB Primaire 43 % ; secondaire 24 % ; tertiaire 33 %. ■ Alphabétisation

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 11,6

13,1

11,1

15,3

Taux de croissance (en %, à prix constants) 6,2 2008 ■ Inflation

2,8 2009

7,3

6,5

2010

2011

23,3 %.

■ Investissements

directs étrangers

2,9 milliards de $. ■ Exportations 5,3 milliards de $. ■ Importations 4,5 milliards de $. ■ Principales ressources Cuivre, diamant, or,

agriculture et pêche. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


135

DESTROIS AXES DU CHANTIER de la décentralisation, un seul a abouti: le volet politique, avec la mise en place au niveau des onze provinces du pays de gouvernorats, de gouvernements et d’assemblées élues. Actuellement, tous les gouverneurs sont issus du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD, au pouvoir), qui les a mobilisés pour la présidentielle et les législatives. La décentralisation administrative est en cours, mais le blocage de la rétrocession de 40 % des recettes fiscales aux provinces par le gouvernement central ralentit la décentralisation financière. Un point laissé en suspens, alors que se profile la campagne pour les prochaines élections provinciales (prévues en mars 2012, elles doivent être repoussées à une date encore inconnue). Pour tous les partis, la priorité est en effet de décrocher la majorité dans les assemblées provinciales, qui élisent les gouverneurs. Mais une fois ceux-ci en poste, la question financière se posera à nouveau. La bataille n’est pas terminée. l

CLIMAT DÉLÉTÈRE. L’incompétence de

la Ceni et les contestations ont eu pour effet de reporter la tenue des élections provinciales et sénatoriales. Quelle que soit leur date, on peut se demander si les Congolais, qui avaient pourtant montré leur détermination à prendre leur destin en main et à défendre leurs droits en se rendant massivement aux urnes lors des deux premiers scrutins, se mobiliseront autant pour les prochains rendez-vous. Dans ce climat délétère, les sujets de tension ne manquent pas. La possibilité de flambées de violence n’est pas à écarter en 2012, le moindre incident pouvant réveiller les frustrations nées des anomalies électorales non corrigées. Un mouvement de contestation sur le long terme est-il possible? Tout dépendra de la capacité de la population à se mobiliser et des perspectives que lui offrira l’opposition. Mais, à l’exception de l’Église catholique, capable de rassembler et de faire passer des messages, les organisations L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

DÉFIS. La croissance et l’allègement de

la dette obtenus en juin 2010 profiteront-ils aux secteurs sociaux (logement, santé,éducation),complètementnégligés dans le passé ? Encore faut-il trouver les fonds pour financer ce volet social et celui des infrastructures inscrits dans le programme des « Cinq Chantiers de la République », thème récurrent des campagnes électorales de Kabila. Au centre de celle qu’a menée l’opposition, la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et l’amélioration du climat des affaires sont les principaux défis. Malgré des progrès qui lui avaient permis de grimper au 175e rang sur 183 dans le classement « Doing Business » 2011 du climat des affaires établi par la Banque mondiale, la RD Congo est retombée à la 178e place en 2012. Enfin, l’insécurité dans l’est du pays reste très préoccupante. En dépit des opérations conduites par les Forces armées de RD Congo et la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco), les Forces démocratiques pour la libération duRwanda(FDLR),forméesd’extrémistes hutus présumés génocidaires qui nouent des alliances avec divers groupes armés congolais, poursuivent leurs exactions

structurées telles que les syndicats sont rares, et les partis, pauvres en militants, ne jouent pas le rôle de réelles forces politiques. Ainsi, l’opposition a montré ses limites lors des élections par son manque d’unité et sa faiblesse en matière d’organisation et d’anticipation. Quant au régime en place, en dépit de ses déclarations, il sait que sa légitimité est sujette à caution. Du coup, c’est sur le plan économique qu’il tente de redorer son blason. En janvier 2012, lors d’un long plaidoyer, le ministre des Finances, Matata Ponyo Mapon, s’est félicité du taux de croissance de 7 % obtenu en 2011, selon les estimations du gouvernement (6,5 % selon celles du Fonds monétaire international). Il a également souligné les bonnes perspectives pour 2012, avec une croissance projetée à 6 %. Petit bémol toutefois En dépit de ses déclarations, à cet optimisme, l’inflation le régime en place sait que sa devrait atteindre 9 % en 2012 légitimité est sujette à caution. selon le ministre. Certains souligneront en outre que la croissance ne profite qu’à une dansleSud-Kivu.Etlesrebellesougandais poignée de Congolais et d’entreprises. de l’Alliance des forces démocratiquesArmée nationale de libération d’Ouganda Et ne concerne qu’un nombre limité (ADF-Nalu) et de l’Armée de résistance du de filières, minières surtout, et de provinces – Katanga, Kinshasa, Bas-Congo et Seigneur (LRA) agissent de même dans nord-est de la Province-Orientale, prinle Nord-Kivu et la Province-Orientale. cipales bénéficiaires des investissements Entre crise politique et défis de tous étrangers. ordres, la partie est loin d’être gagnée En revanche, l’agriculture tarde à décolpour le pouvoir. Si ce dernier veut faire ler. Et ce n’est pas la nouvelle loi agricole bonne figure lors de la tenue à Kinshasa qui risque de la doper. Tenus désormais du 14e sommet de la Francophonie, en de s’associer avec des nationaux (État octobre 2012, il devra donc faire des ou privés) et ne pouvant détenir plus efforts, notamment en matière de droits del’homme,misàmalpendantlapériode de 49 % des parts, les étrangers ne sont guère incités à investir dans ce secteur. électorale. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

RD CONGO

libre accès aux données. Sur les 341 sièges que la majorité présidentielle a obtenus à l’Assemblée nationale, le Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD), la formation de Kabila, s’en octroie 62. Il devra donc s’appuyer sur une alliance hétéroclite, composée de petits partis satellites et d’indépendants, d’où devrait sortir le futur Premier ministre. L’opposition, pour sa part, compte 119 députés, dont 42 issus de l’UDPS. Le débat fait rage au sein de la formation de Tshisekedi entre tenants du boycott et partisans de la participation aux travaux parlementaires.

Les Congolais non plus, faute d’un système de financement adapté. Seule une nomenklatura peut donc tirer parti de cette mesure, en créant des partenariats avec de grandes sociétés étrangères axées sur l’agrobusiness d’exportation. Quid alors de la sécurité alimentaire du pays?

AFRIQUE CENTRALE

DÉCENTRALISATION AU FORCEPS


136

Afrique centrale

Gabon

Sur la bonne voie

L

e Gabon a commencé de la Direction générale du contrôle CAMEROUN l’année 2011 en faisant les financier (DGCF) et de la Direction 100 km gros titres des journaux. généraledelacomptabilitépublique GUINÉE ÉQUATORIALE Le 25 janvier, André Mba (DGCP). La Comptabilité publique Obame, 54 ans, candidat malheuet l’Agence judiciaire du Trésor ont Océan Libreville Atlantique reux à la présidentielle de 2009, ainsi été absorbées par la Direction s’est proclamé président de la générale des services du Trésor. Il a GABON République. En réaction, le gouverégalement créé une Direction généPort-Gentil Franceville nement de son rival, le président Ali rale du contrôle des ressources et Bongo Ondimba (ABO), a dissous des charges publiques (DGCRCP). l’Union nationale (UN), le parti créé But de la réforme : rationaliser la par les poids lourds de l’opposition, chaîne de la recette, lutter contre CONGO MbaObame,ZacharieMyboto,Jean la corruption et améliorer le climat Eyéghé Ndong et Casimir Oyé Mba des affaires. notamment. Ces anciens Premiers Légitimation à l’intérieur, mais ministres et ministres d’Omar Bongo aussi montée en puissance diplomatique légitimation. En 2011, ABO a moins voyagé à l’étranger, consacrant son temps Ondimba se sont réfugiés dans les locaux à l’extérieur… Membre non permanent et son énergie à parcourir son propre du Programme des Nations unies pour du Conseil de sécurité des Nations unies, pays au gré de conseils des ministres le développement (Pnud), où ils ont le Gabon a présidé l’instance onusienne décentralisés. À chaque fois, le président séjourné un mois, sans obtenir ce qu’ils pendant tout le mois de juin 2011. a rencontré les populations, relevé une demandaient, à savoir l’ouverture d’un « Nos prises de position sur la Somalie, liste de besoins et formulé des promesses. dialogue politique avec le pouvoir. le Soudan et le Soudan du Sud, ainsi Par la suite, l’immunité parlementaire que lors des crises ivoirienne, libyenne, RÉFORMES. Il en a souvent profité de Mba Obame, député du Haut-Komo, yéménite et syrienne, émises en concerpour faire des annonces. Le 1er juin à a été levée. Mais l’opposant n’a jamais tation avec d’autres États membres du Koulamoutou (Ogooué-Lolo), le chef été auditionné par la justice, qui veut le Conseil de sécurité, ont privilégié le de l’État a limogé l’ensemble des cadres poursuivrepour«hautetrahison».Affaibli respect de la volonté des peuples, la du ministère de l’Habitat. Une solution par une hernie discale, il a quitté le pays réconciliation nationale et l’apaisement radicale pour « démanteler les réseaux en juin pour l’Afrique du Sud. Un séjour au lieu de l’embrasement », s’est félicité de corruption et en finir avec les maumédical qu’il a prolongé en France, où ABO le 3 janvier dernier. Le bilan de vaises pratiques accumulées au cours il est en convalescence. cette présidence, il est vrai, révèle une de plusieurs années ». À Franceville, en Au même moment, le chef de l’État grande activité, avec onze résolutions septembre, il a annoncé la dissolution poursuivait un lent processus de adoptées. L’autre motif de satisfaction est

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 17 août 1960 Accession à l’indépendance. ■ 13 février 1961 Léon M’Ba président. ■ 18 février 1964 Tentative de putsch. ■ 28 novembre 1967 Mort de Léon M’Ba.

Albert-Bernard (Omar) Bongo lui succède. ■ 1990 Conférence nationale, multipartisme. ■ 27 novembre 2005 Réélection pour sept

ans d’Omar Bongo Ondimba. ■ 8 juin 2009 Mort d’Omar Bongo Ondimba.

Son fils, Ali, est élu président le 30 août.

Le pays en bref ■ Superficie

267 670 km2.

■ Population

1,5 million d’hab.

■ Croissance

démographique 1,9 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de population 6 hab./km2. ■ Population urbaine 86,4 %. ■ Espérance de vie 62,7 ans. ■ Alphabétisation 87,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,674 ; rang : 106e sur 187. ■ Langues Français (officielle), fang, pounou, myéné, téké, kota… ■ Peuplement Fangs, Pounous, Tékés, Myénés, Echiras, Adoumas, Kotas… ■ Religions Animisme, christianisme. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA ; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 10 982 $. ■ Répartition du PIB Primaire 5 % ; secondaire 54 % ; tertiaire 41 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 14,5

10,9

13,1

16,7

Taux de croissance (en %, à prix constants) 2,3

-1,4

2008

2009

5,7

5,6

2010

2011

■ Inflation 3,2 %. ■ Investissements

directs étrangers

170 millions de $. ■ Exportations

9,4 milliards de $.

■ Importations

3 milliards de $.

■ Principales ressources Pétrole,

manganèse, bois, diamant. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


137

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

LES BONS RÉSULTATS ÉCONOMIQUES tardent à se traduire en bonnes nouvelles pour la ménagère. Libreville, où vit plus de la moitié de la population gabonaise, a été classée 12e ville la plus chère du monde par l’étude du cabinet britannique Mercer publiée en juillet 2011. Les loyers sont élevés, les produits de consommation (importés pour la plupart) inabordables pour les ménages les plus modestes. L’augmentation du pouvoir d’achat reste un chantier inachevé. Promis pendant la campagne électorale, le relèvement du salaire minimum – fixé à 150 000 F CFA (228 euros) – est effectif depuis février 2010. Mais ses effets sont mitigés. l

à plusieurs décennies de « pollution environnementale ». Par ailleurs, le complexe métallurgique financé à Moanda, au sud-est du pays, par le groupe minier français pour plus de 200 millions d’euros devrait entrer en activité en 2013. DÉFAILLANCE. En revanche, rien ne va

plus pour le gisement de fer de Belinga (Ogooué-Ivindo).Unarrêtéconjointsigné le 1er décembre 2011 par le ministre gabonais de l’Économie, Magloire Ngambia, et son collègue des Mines, Alexandre Barro Chambier, a suspendu la convention liant l’État gabonais à la Compagnie minière de Belinga (Comibel), mettant ainsi fin au plus gros projet minier du pays. « Il a été constaté que depuis le 12 décembre 2007, date d’attribution du titre minier d’exploitation, jusqu’à ce jour, la Comibel n’a fourni aucun rapport sur son action, preuve de l’absence d’activité sur le terrain », relève le texte. La société n’ayant pas respecté ses engagements, « il est décidé de suspendre les termes de la convention annexée au décret portant attribution d’une concession minière à la Comibel », conclut l’arrêté ministériel. Les Gabonais ont donc été forcés de constater la défaillance de l’opérateur, filiale à 75 % de la China National Machinery and Equipment Import and Export Corporation (CMEC), l’entreprise chinoise sélectionnée comme partenaire technique du projet le plus prometteur de l’après-pétrole gabonais. Tout est donc à refaire pour espérer aboutir à l’exploitation du gisement de Belinga. « Les Chinois n’ont rien fait de ce qu’ils avaient promis, à savoir apporter les 1 600 milliards de F CFA [2,4 mil-

signé plusieurs conventions avec l’État gabonais pour consolider la place de la France. La préparation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui s’est déroulée au Gabon et en Guinée équatoriale du 21 janvier au 12 février 2012, a profité aux entreprises du BTP. Stades, hôtels, échangeurs – pour un montant global de 500 millions d’euros d’investissements – ont été construits en un temps record. S’agissant des industries extractives, le pays met tout en œuvre pour exploiter son sous-sol avec pragmatisme. L’État a amorcé une Le pays a accueilli la CAN prise de participation au en janvier et février 2012. capital de la Compagnie Une aubaine pour le BTP. m i n i è re d e l’O g o ou é (Comilog, 3,4 millions de tonnes de manganèse en 2011), filiale liards d’euros, NDLR] d’investissements gabonaise du français Eramet. Signé en nécessaires à la construction de 560 km 2010, un accord prévoit la cession par de chemin de fer entre Boué et Belinga ce dernier, en plusieurs étapes sur la et d’un port en eau profonde à Santa période 2010-2015, d’une participation Clara destiné à l’évacuation du minerai », complémentaire pouvant aller jusqu’à dénonce un familier du dossier. Les 10 % du capital de Comilog, ce qui porcompteurs sont donc remis à zéro, ce qui ramène dans la course le brésilien terait à 35,4 % la part de l’État gabonais. Vale, leader mondial de l’extraction et Pendant ce temps, des ONG et un de la transformation du minerai de fer, collectif d’habitants ont déposé le 25 mars 2011 une plainte contre la filiale qui ne désespère pas de récupérer ce pour obtenir une réparation consécutive gisement à forte teneur. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

GABON

NOUVEAUX PARTENAIRES. En septembre 2011, la diversification des partenaires du Gabon s’est illustrée par l’inauguration de la zone économique spéciale (ZES) de Nkok, à 27 km de Libreville. Faisant écho à l’interdiction d’exportation de grumes, elle est consacrée à la transformation locale du bois, mais pas seulement. Le groupe indien Abhijeet a acquis 40 ha et investira 500 millions de dollars (377 millions d’euros) pour développer des activités dans la sidérurgie, notamment à travers la construction d’une usine de ferromanganèse. Développée en partenariat avec le groupe singapourien Olam, la ZES devrait attirer près de 1,1 milliard de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) par an, soit l’équivalent du quart du budget annuel du Gabon. Ce montant viendra s’ajouter aux 4 milliards de dollars d’IDE enregistrés en 2010-2011, un volume qui n’avait pas été atteint depuis vingt ans. Des partenariats multiples qui permettent de sortir du tête-à-tête avec la France. L’ancienne puissance coloniale demeurait en 2011 le premier partenaire commercial du Gabon : 120 entreprises françaises y sont installées, couvrant l’ensemble des secteurs, avec un volume global d’investissement évalué à 800 millions d’euros. Paris souhaite entretenir ces liens économiques. Le Premier ministre français, François Fillon, s’est rendu en juillet 2011 à Libreville accompagné de trois membres du gouvernement et d’hommes d’affaires. Il a

TRÈS CHÈRE LIBREVILLE…

AFRIQUE CENTRALE

la rencontre du 9 juin 2011 avec Barack Obama, qui recevait pour la première fois un chef d’État d’Afrique francophone à la Maison-Blanche. Sur le terrain de l’économie aussi, des progrès sont enregistrés. Avec un taux de croissance de 5,6 %, une dette publique réduite à 21,1 % du PIB – soit 4 points de moins qu’en 2010 – et un confortable excédent de sa balance commerciale, le pays affiche des indicateurs encourageants. L’environnement des affaires tend à s’améliorer avec un dispositif d’appui à l’initiative privée tel que le Centre de développement des entreprises, qui centralisera toutes les démarches relatives à leur création, bouclées en quarante-huit heures. Ces réformes sont destinées à rendre le pays plus attractif et à favoriser l’arrivée d’investisseurs venant des pays émergents.


138

Afrique centrale

Guinée équatoriale

Sortir du tout-pétrole

L

e centre international de conférences de Sipopo, près de Malabo, ne désemplira guère cette année. Après avoir abrité les travaux du 17e sommet de l’Union africaine, fin juin 2011, il a accueilli début 2012 les invités de marque de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), coorganisée par la Guinée équatoriale et le Gabon. Et ce n’est pas terminé. Au cours de l’année, il recevra les chefs d’État réunis pour le 3e sommet Amérique du SudAfrique. Le pays se réjouit d’avoir été choisi pour cette rencontre – la première sur le continent. Un choix qui confirme par ailleurs le bien-fondé de l’adoption du portugais comme troisième langue officielle, à côté de l’espagnol et du français. Ce succès diplomatique fera-t-il oublier au président Teodoro Obiang Nguema les revers subis en France? Certes, l’Unesco a fini par approuver le très controversé prix Unesco-Obiang Nguema, qu’il a toutefois rebaptisé prix Unesco-Guinée équatoriale. Mais le chef de l’État a perdu le procès en diffamation qu’il avait intenté à CCFD-Terre solidaire et à Transparency International dans l’affaire des biens mal acquis, et les véhicules de Teodoro Nguema Obiang Mangue, son fils aîné, ont été saisis. Des procédures à suivre en 2012, le président ayant fait appel de la

CAMEROUN

Malabo BIOKO

Océan Atlantique

Bata

GUINÉE ÉQUATORIALE

GABON

50 km

décision du tribunal de grande instance de Paris le déboutant de ses poursuites contre les ONG. DÉFICIT. Au plan intérieur, Obiang

Nguema peut se féliciter du référendum organisé en novembre, qui a avalisé à 97,7 % son projet de réforme constitutionnelle limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. Au niveau économique, après une récession (– 0,8 %) en 2010, le taux de croissance s’est établi à 7,1 % en 2011, mais il reste inférieur aux 10,7 % de 2008. Et le budget de l’État (alimenté à 85 % par les recettes pétrolières), en baisse pour la deuxième année consécutive, affiche même un déficit. Pas de panique, car la Guinée équatoriale dispose d’importantes réserves financières à l’étranger. En outre, le taux de croissancede4%attenduen2012pourrait

être revu à la hausse du fait de la mise en exploitation, avec sept mois d’avance, du champ pétrolifère d’Aseng par l’américain Noble Energy. Sa production sera de 37 500 barils par jour. Autre bonne nouvelle: la signature, en janvier dernier, d’un accord entre la compagnie nationale Sonagas GE, Glencore, Atlas Petroleum et Osborne Resources, pour la construction d’un deuxième train de liquéfaction GNL. La population attend désormais que le gouvernement concrétise ses objectifs de diversification économique et qu’il concentre ses efforts sur les secteurs sociaux. Il y a urgence. En 2011, la Guinée équatoriale occupait la 136e place sur 187 dans le classement de l’indice de développement humain établi par le Pnud. Les autorités s’activent. Dans le cadre d’un programme cofinancé par le gouvernement et le pétrolier américain Hess Corporation, 40 millions de dollars (29,7 millions d’euros) seront consacrés à améliorer la qualité de l’enseignement. Ennovembre,legouvernementaprésenté son Plan d’industrialisation 2020. Pour renforcer sa croissance, le pays pourra aussi miser sur le tourisme, la construction à Mbini d’une raffinerie d’une capacité de 20000 barils par jour ou encore la mise en service du port en eau profonde de Malabo, à l’horizon 2013… ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Population 700401 hab.

■ 29 septembre 1968 Macias Nguema est

élu président. Indépendance le 12 octobre. ■ 3 août 1979 Coup d’État du lieutenantcolonel Teodoro Obiang Nguema. ■ Août 1982 Teodoro Obiang Nguema nommé président. Il est élu en 1989, puis réélu en 1996, 2002 et 2009. ■ 1er janvier 1985 Adhésion à la zone franc. ■ 1992 Autorisation du multipartisme. Début de l’exploitation pétrolière. ■ Mars 2004 Tentative de coup d’État. ■ 13 novembre 2011 Limitation à deux du nombre de mandats présidentiels.

Le pays en bref ■ Superficie 28 050 km2. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Croissance

démographique 2,8 %. ■ Densité de population 25 hab./km2. ■ Population urbaine 39,9 %. ■ Espérance de vie 50 ans. ■ Alphabétisation 93,33 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,537 ; rang :136e sur 187. ■ Langues Espagnol, français, portugais (officielles), fang, bubi… ■ Peuplement Fangs, Bubis… ■ Religion Christianisme. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB

par habitant 14 374 $.

■ Répartition

du PIB Primaire 3 % ; secondaire 93 % ; tertiaire 4 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 18,4

12,2

14,5

19,4

Taux de croissance (en %, à prix constants) 10,7 2008

5,7

-0,8

7,1

2009

2010

2011

■ Inflation 4,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

695 millions de $. ■ Exportations 10,5 milliards de $. ■ Importations 5,7 milliards de $. ■ Principales ressources Pétrole,

gaz naturel, bois. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


139

Le grand retour de Manuel Pinto da Costa

C

’

PRÍNCIPE

pétrolières (60 % pour le Nigeria et 40 % pour São Tomé). Auparavant détenu par Chevron, le bloc a été acquis en 2010 par Total, en partenariat avec Addax Petroleum (filiale du chinois Sinopec), le nigérian Dangote Energy et la filiale nigériane du sud-africain Sasol.

São Tomé

SÃO TOMÉ E PRÍNCIPE SÃO TOMÉ

BALANCE DÉFICITAIRE. En attendant ses Océan Atlantique 5 km

en mai 2011 un permis d’exploitation pour l’un des dix-neuf blocs pétroliers de la Zone économique exclusive (ZEE) de São Tomé. L’accord de partage des revenus prévoit que le pays touchera une taxe spéciale de 2 % sur la production dès le premier baril, et que cette part ira croissant au fur et à mesure qu’Oranto amortira son investissement. L’exploitant souhaite consacrer 225 millions de dollars (171 millions d’euros) au développement de ce bloc. De son côté, le français Total va investir 200 millions de dollars en 2012 pour explorerlebloc1,danslazonededéveloppement conjoint (JDZ) entre São Tomé e Príncipe et le Nigeria. La JDZ, établie il y a dix ans, prévoit un partage des ressources

premiers pétrodollars, l’archipel présente une activité peu diversifiée, ce qui fragilise son économie. Toutefois, celle-ci bénéficie du dynamisme des investissements étrangers, attirés par les secteurs des hydrocarbures et des infrastructures. La croissance du PIB devrait atteindre 6 % en 2012, contre 5 % en 2011. En revanche, la balance commerciale demeure très déficitaire. Les exportations (du cacao en majorité) ne rapportent pas plus de 11 millions de dollars par an, alors que la valeur des importations est dix fois plus élevée. Celles-ci proviennent surtout des pays lusophones (Portugal, Angola et Brésil). Compte tenu de la dépendance du pays aux importations et à l’aide internationale, les recettes sont limitées, et le revenu par habitant atteint à peine 1382 dollars par an. Mais l’or noir, estimé à quelque 2 milliards de barils de brut, pourrait rapidement changer la donne. À condition que la corruption n’enterre pas les promesses de cette manne. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 12 juillet 1975 Accession à l’indépendance. ■ 22 août 1990 Multipartisme. ■ 3 mars 1991 Élection à la présidence de

Miguel Trovoada. Il est réélu en 1996. ■ 29 juillet 2001 Élection présidentielle

remportée par Fradique de Menezes, réélu en 2006. ■ 16 juillet 2003 Tentative de coup d’État. ■ 7 août 2011 Victoire de Manuel Pinto

da Costa à l’élection présidentielle.

Le pays en bref ■ Superficie 960 km2. ■ Population 165397 hab. ■ Croissance

démographique 1,8 %.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Densité

de population 172 hab./km2. ■ Population urbaine 63 %. ■ Espérance de vie 64,7 ans. ■ Alphabétisation 88,8 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,509 ; rang : 144e sur 187. ■ Langues Portugais (officielle), créole. ■ Peuplement Forros, Moncos, Angolars, métis… ■ Religion Catholicisme. ■ Monnaie Dobra. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 24273,3 dobras ; 1 $ = 18734 dobras. ■ PIB par habitant 1 382 $. ■ Répartition du PIB Primaire 19,4 % ; secondaire 20,3 % ; tertiaire 60,3 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 0,2

0,2

0,2

0,2

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,8

4

4,5

5

2008

2009

2010

2011

■ Inflation 11,4 %. ■ Investissements

directs étrangers

3 millions de $. ■ Exportations 11 millions de $. ■ Importations

112 millions de $.

■ Principales ressources Agriculture, pêche,

réserves pétrolières. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

GUINÉE ÉQUATORIALE - SÃO TOMÉ E PRÍNCIPE

est un revenant. Vingt et un ans après avoir quitté le pouvoir, Manuel Pinto da Costa, qui dirigea le pays sous l’ère du parti unique, de 1975 à 1990, a été élu président le 7 août 2011. Déjà candidat en 1996 et 2001, il a été crédité de 52,9 % des voix, contre 47,1 % pour son rival, le président de l’Assemblée nationale, Evaristo Carvalho. Le 3 septembre, Pinto da Costa a été investi pour cinq ans à la tête de l’un des pays les plus pauvres au monde. Il succède à Fradique de Menezes, élu en 2001 et en 2006, qui ne pouvait briguer un troisième mandat. Âgé de 74 ans, le vainqueur entend rendre la stabilité à São Tomé e Príncipe, qui a connu dix-huit Premiers ministres depuis1990,datedel’entréeenvigueurdu multipartisme. Son élection illustre néanmoins les très forts clivages qui minent la vie politique nationale, puisqu’il a battu le candidat de l’Action démocratique indépendante (ADI), qui avait remporté les législatives de 2010 et dont est issu l’actuel Premier ministre, Patrice Trovoada. La campagne a été marquée par les difficultés sociales, alors que le pays vit sous perfusion de l’aide internationale. Il devrait toutefois connaître un bouleversement majeur en devenant un producteur de pétrole en 2016, voire en 2014. Le nigérian Oranto Petroleum a obtenu

AFRIQUE CENTRALE

São Tomé e Príncipe


Afrique centrale

Tchad

La menace vient du Sahel

I

driss Déby Itno (IDI) réélu pour un quatrième mandat présidentiel avec plus de 83 % des voix… Le scrutin du 25 avril 2011 n’a pas brillé par son suspense. Le chef de l’État ne pouvait que l’emporter, puisque les trois principaux opposants, Saleh Kebzabo, Wadal Abdelkader Kamougué et Ngarlejy Yorongar, boycottaient le vote. Et les adversaires d’IDI en ont rejeté les résultats comme ils avaient rejeté ceux des législatives du 13 février, dominées par le Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir), qui s’est arrogé 118 des 188 sièges à l’Assemblée nationale. Le gouvernement nommé à la suite de cette élection a vu le département de la Défense transformé en ministère délégué auprès de la présidence chargé de la Défense nationale. Décision suivie d’un vaste plan de réorganisation de l’armée, lancé le 22 octobre 2011, pour dégraisser, réorganiser et professionnaliser celle-ci. L’effectif (estimé à 50 000 hommes) avait gonflé depuis la fin des années 1970, au gré des guerres civiles, par l’intégration d’anciens rebelles. À l’issue du processus, l’armée comptera 30 000 hommes. Une purge rendue possible par la réconciliation avec le Soudan, en février 2010, les groupes armés qui opéraient depuis son territoire ayant été neutralisés. Depuis, les rebelles sont

LIBYE

TCHAD NIGER

Lac Tchad

N'Djamena

SOUDAN

140

NIGERIA 400 km

CAM.

Moundou

RÉP. CENTRAFRICAINE

privés de leur soutien le plus important. Seul Timan Erdimi, l’un des principaux leaders, estime la lutte contre IDI encore envisageable.Àprésent,lesautoritéstchadiennes s’inquiètent surtout des éléments islamistes et de possibles connexions entre la secte Boko Haram au Nigeria et d’autres mouvements extrémistes de la région, dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). ÉPERVIER RESTE. Des considérations

qui peuvent influer sur l’éventuel retrait du dispositif militaire français Épervier (950 hommes) déployé au Tchad en 1986. Paris a bien entamé des discussions avec N’Djamena pour conclure un nouvel accord de coopération militaire, mais

l’impact de la crise libyenne et la présence accrued’AqmiauSahelsemblentremettre en question ce repli: la France a annoncé fin décembre que sa base tchadienne serait maintenue et que le nombre de ses avions serait renforcé. Si N’Djamena garde de bonnes relations avec Paris, Pékin est devenu l’un de ses principaux partenaires avec des investissements massifs. La Compagnie chinoise des travaux de génie civil a conclu en mars 2011 un contrat de 7 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) pour la construction du premier chemin de fer du pays (long de 1 344 km). Le 21 avril, le groupe chinois CAMC a signé une convention de 1 milliard de dollars pour la réalisation d’un aéroport international à Djarmaya, près de la capitale. Inauguration prévue dans quatre ans. Enfin, le 29 juin, IDI a lancé la production à la raffinerie de N’Djamena. « Ce joyau est un cadeau de la Chine à qui vous devez la reconnaissance », a-t-il déclaré. L’installation peut produire jusqu’à 60000 barils par jour, soit la moitié de la production nationale. Un pipeline de 300 km relié aux puits de la région de Bongor l’alimente en brut. Elle dispose d’une unité de production d’électricité de 40 MWh dont elle utilise la moitié, l’autre bénéficiant à N’Djamena, ce qui devrait limiter les coupures d’électricité. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Croissance

■ 11 août 1960 Accession à l’indépendance. ■7 ■1

juin 1982 Hissène Habré président.

er

décembre 1990 Chute de N’Djamena.

■ 2 mars 1991 Idriss Déby Itno est président. ■ 25 janvier 2000 Plainte contre Habré pour

crimes contre l’humanité. ■ 31 janvier 2008 Offensive rebelle contre

N’Djamena. ■ 3 mai 2009 Accord de paix de Doha signé

entre le Tchad et le Soudan. ■ 25 avril 2011 Réélection d’Idriss Déby Itno.

Le pays en bref ■ Superficie 1 284 000 km2. ■ Population 11,2 millions d’hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

démographique 2,6 %. de population 9 hab./km2. ■ Population urbaine 28,2 %. ■ Espérance de vie 49,6 ans. ■ Alphabétisation 33,6 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,328 ; rang : 183e sur 187. ■ Langues Français, arabe (officielles), sara, baguirmi, tuburi, moudang… ■ Peuplement Toubous, Saras, Arabes… ■ Religions Islam, christianisme, animisme. ■ Monnaie Franc CFA. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 655,96 F CFA ; 1 $ = 496,63 F CFA. ■ PIB par habitant 920 $. ■ Répartition du PIB Primaire 20,5 % ; secondaire 45,6 % ; tertiaire 33,9 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 8,4

7,1

8,6

9,6

Taux de croissance (en %, à prix constants) 1,7

-1,2

13

2008

2009

2010

2,5 2011

■ Inflation 0,6 %. ■ Investissements

directs étrangers

781 millions de $. ■ Exportations 3,5 milliards de $. ■ Importations 2,6 milliards de $. ■ Principales ressources Coton, bétail,

pétrole. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


LIBYE

ALGÉRIE

ÉGYPTE

Nil

MALI

NIGER

SOUDAN

Nil Bla nc

Gondar

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

SOUDAN DU SUD

Djimma

GUINÉE-ÉQUAT.

SOMALIE

OUGANDA Kampala

CONGO

GABON

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

ÉTHIOPIE

Djouba

CAMEROUN

RWANDA

Lac Victoria

BURUNDI

Obbia

Mogadiscio

KENYA Kisumu

Kismayou Nairobi

Kigali

Bujumbura

Golfe d'Aden

Djibouti Berbera Dirédaoua Hargeisa Addis-Abeba Harer

NIGERIA TOGO

DJIBOUTI

Océan Indien

Mombasa

TANZANIE Dodoma

Zanzibar

Dar es-Salaam Mbeya

ANGOLA 300 km

ZAMBIE MOZAMBIQUE

Afrique de l’Est Une année à hauts risques

L’

année 2012 sera celle de tous les dangers pour le Kenya, pilier de la sous-région. Le pays traverse une période de transition commencée en janvier 2008 après les violences consécutives à la présidentielle du 27 décembre 2007. Depuis, le président, Mwai Kibaki, et son Premier ministre, Raila Odinga, ont appris à travailler ensemble, en attendant la prochaine présidentielle, en décembre 2012. Ils ont doté le pays d’une nouvelle Constitution, adoptée par référendum (avec 67 % de votes favorables) et promulguée le 27 août 2010. De quoi éviter les dérapages qui ont entraîné le Kenya vers le chaos il y a bientôt cinq ans. Le chaos, c’est ce à quoi tente d’échapper le Soudan du Sud, indépendant depuis le 9 juillet 2011 et toujours en proie à des violences internes, mais aussi à de graves dissensions avec son voisin du Nord. Khartoum, qui n’a pas digéré la perte d’une grande partie de sa rente pétrolière, veut faire payer Djouba. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

142 Burundi 143 Djibouti 144 Érythrée 145 Éthiopie 147 Kenya 149 Ouganda 150 Rwanda 151 Somalie 152 Soudan 153 Soudan du Sud 154 Tanzanie JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

AFRIQUE DE L’EST

BÉNIN GHANA

YÉMEN

Massawa

Asmara

leu Nil B

El-Obeid

BURKINA

141

Mer Rouge

ÉRYTHRÉE

Kassala

Khartoum

TCHAD

ARABIE SAOUDITE

Port-Soudan


Afrique de l’Est

Burundi

Un climat toujours délétère

U

ne fois encore, le Burundi a connu une année houleuse. En décembre 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU a même adopté une résolution faisant part de sa vive inquiétude quant à la multiplication des violences depuis les élections de 2010. Ces scrutins, boycottés par l’opposition, avaient été remportés par le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), le parti du président, Pierre Nkurunziza. Le texte pointe des « violations des droits de l’homme, en particulier des exécutions politiques extrajudiciaires, et des cas de torture ainsi que les restrictions imposées aux libertés civiles » dans un contexte d’impunité. Ce qui laisse craindre une reprise des hostilités dans un pays déjà marqué par une guerre civile qui a coûté la vie à près de 300000 personnes entre 1993 et 2006. REMANIEMENT. Alors que le dialogue

politique semble au point mort, le chef de l’État a procédé le 7 novembre 2011 à un remaniement ministériel qui a conforté l’emprise de son parti. Mais cela n’a pas réduit l’insécurité qui règne depuis le boycott de la présidentielle par l’opposition. Le 18 septembre, une trentaine de personnes ont été tuées par des hommes armés dans une localité proche de

Lac Kivu

RWANDA TANZANIE

BURUNDI

RD CONGO

142

Bujumbura

Lac Tanganyika

100 km

Bujumbura. Terrorisme ou rébellion? Les interprétations divergent, à tel point que les médias nationaux ont été sommés par le gouvernement de ne pas en parler. Les relations entre les autorités et la presse se sont encore envenimées le 28 novembre, lorsque Hassan Ruvakuki, correspondant de RFI, a été arrêté et inculpé pour « actes de terrorisme ». Une quarantaine de cadres de l’opposition ont eux été arrêtés début décembre, notamment parmi les ex-rebelles des Forces nationales de libération (FNL). La représentante de l’ONU au Burundi, Karen Landgren, a estimé pour sa part que 57 exécutions extrajudiciaires avaient été perpétrées entrejanvieretnovembre2011.Pourl’Observatoire de l’action gouvernementale

(OAG), plus de 300 militants et anciens combattants des FNL ont été assassinés au second semestre de 2011. Ce climat délétère ne favorise pas l’économie,etlaconjonctureseredressemoins vite que prévu, même si l’accord d’ajustement structurel mis en œuvre avec le Fonds monétaire international a permis des réformes visant à améliorer les infrastructures et l’environnement des affaires. Avec une croissance de 3,9 % en 2010, Bujumbura était en dernière position au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est. En 2011, l’embellie est restée limitée. Le gouvernement a dû revoir ses prévisions à la baisse du fait des pressions inflationnistes sur les carburants et les produits alimentaires. Le Burundi a encore connu de grosses pénuries en 2011. Au premier semestre, de fortes pluies ont détruit les récoltes de produits vivriers dans l’Est, et le déficit céréalier a été évalué à près de 500 000 tonnes. Ces difficultés influent sur les indicateurs sociaux. Pour le développement humain, le pays est classé 185e sur 187 par les Nations unies, avec de graves lacunes sur le plan sanitaire (forte prévalence du VIH). Parallèlement, le chômage reste très élevé. Avant la guerre civile de 1993, 35 % des Burundais vivaient au-dessous du seuil de pauvreté. Ils seraient 67 % aujourd’hui. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Population 8,4 millions d’hab.

■1

juillet 1962 Indépendance du Burundi. ■ 6 avril 1994 Mort du chef de l’État, Cyprien Ntaryamira, dans l’attentat contre le président rwandais Habyarimana. ■ 25 juillet 1996 Pierre Buyoya prend le pouvoir. ■ 28 août 2000 Accords de paix d’Arusha. ■ 19 août 2005 Pierre Nkurunziza, ancien chef rebelle (CNDD-FDD), est élu président. ■ 4 décembre 2008 Accord entre l’État et le Palipehutu-FNL, qui devient un parti politique, le FNL, le 21 avril 2009. er

■ 28 juin 2010 Pierre Nkurunziza est réélu.

Le pays en bref

■ Superficie 27 830 km2. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Croissance

démographique 2,6 %. de population 306 hab./km2. ■ Population urbaine 11,3 %. ■ Espérance de vie 49,3 ans. ■ Alphabétisation 66,6 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,316 ; rang : 185e sur 187. ■ Langues Kirundi, français, swahili. ■ Peuplement Hutus, Tutsis, Twas. ■ Religions Christianisme, islam. ■ Monnaie Franc du Burundi. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 1654,09 francs du Burundi ; 1 $ = 1276,62 francs du Burundi. ■ Densité

■ PIB

par habitant 197 $.

■ Répartition

du PIB Primaire 47 % ; secondaire 15 % ; tertiaire 38 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 1,2

1,5

1,3

1,7

Taux de croissance (en %, à prix constants) 4,5

3,5

3,9

4,2

2008

2009

2010

2011

■ Inflation 7,1 %. ■ Investissements

directs étrangers

14 millions de $. ■ Exportations 100 millions de $. ■ Importations

509 millions de $.

■ Principales ressources Agriculture, mines

(nickel et cassitérite). L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


143

Les grandes ambitions d’un petit État

I

YÉMEN

ÉRYTHRÉE

ÉTHIOPIE

DJIBOUTI

Golfe d'Aden

Djibouti 30 km

SOMALIE

une base japonaise. Des implantations qui ont un prix : toujours 30 millions d’euros pour la France ; 30 millions de dollars (22,8 millions d’euros) pour les États-Unis; et 40 millions de dollars pour les Japonais. OFFENSIVE. Il faut dire que le petit État

nourrit de grandes ambitions. Pour attirer les investisseurs, Djibouti est passé en 2011 à l’offensive diplomatique : neuf ambassadeurs ont été nommés, et cinq ambassades ont été ouvertes, en Afrique du Sud, en Allemagne, au Maroc, au Koweït et en Russie. Ismaïl Omar Guelleh souhaite surtout faire de son pays un hub économique de l’Afrique, et il ne lésine pas sur les moyens.

Pourtant, la croissance de Djibouti s’est légèrement ralentie en 2010 (3,5 %), essentiellement en raison d’une forte baissedesactivitésportuairesetdesinvestissements directs étrangers. Lesquels ont connu un regain en 2011, entraînant une hausse du taux de croissance, à 4,8 %. Quant à l’inflation, passée de 1,7 % en 2009 à près de 4 % en 2010, elle continue de progresser. Il est vrai que le pays a traversé une grave sécheresse en 2011, qui a plongé un Djiboutien sur six dans un état de grande précarité alimentaire. Bien qu’une enveloppe de 857000 euros ait été débloquée par le gouvernement et que l’armée ait distribué des produits de première nécessité, la famine n’est pas enrayée. L’interconnexion électrique avec l’Éthiopie, fondée sur l’énergie hydraulique et effective depuis le 5 octobre 2011, devrait permettre d’alléger la facture des Djiboutiens. Le projet, dont la première étude de faisabilité remonte à 1989, a été relancé par le président Guelleh en 1999, lors de sa première élection, et les travaux ont débuté en 2006. La Banque africaine de développement (BAD) a financé à plus de 80 % les 65 millions de dollars qu’a coûté le chantier. En misant sur son potentiel géothermique et sur l’énergie solaire, Djibouti compte acquérir son indépendance énergétique. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 27 juin 1977 Accession à l’indépendance. ■ 9 avril 1999 Ismaïl Omar Guelleh devient

chef de l’État. Il est réélu en 2005. ■ 8 février 2008 Élections législatives

boycottées par l’opposition. ■ 19 avril 2010 Réforme constitutionnelle supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux. ■ 6 juin 2010 Accord avec l’Érythrée sur le conflit frontalier dans la zone de Doumeira. ■ 8 avril 2011 Ismaïl Omar Guelleh est réélu (avec 80,6 % des voix).

Le pays en bref

■ Superficie 23 200 km2. ■ Population 888716 hab. ■ Croissance

démographique 1,9 %.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Densité

de population 38 hab./km2. urbaine 76,3 %. ■ Espérance de vie 57,9 ans. ■ Alphabétisation 67,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,43 ; rang : 165e sur 187. ■ Langues Arabe et français (officielles), afar et somali. ■ Peuplement Afars, Issas, Somalis… ■ Religions Islam. ■ Monnaie Franc de Djibouti. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 230,27 francs de Djibouti ; 1 $ = 177,72 francs de Djibouti. ■ PIB par habitant 1 500 $. ■ Répartition du PIB Primaire 3,9 % ; secondaire 19,7 % ; tertiaire 76,4 %. ■ Inflation 4,2 %. ■ Population

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 1

1,1

1

1,3

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,8 2008

5

3,5

2009

■ Investissements

2010

4,8 2011

directs étrangers

27 millions de $. ■ Exportations

95 millions de $.

■ Importations 420 millions de $. ■ Principales ressources Activité portuaire,

tourisme, pêche, bail des bases française, américaine et japonaise. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

BURUNDI - DJIBOUTI

smaïl Omar Guelleh poursuit son troisième mandat depuis sa réélection, le 8 avril 2011, grâce à un score très favorable (80,6 %), mais aussi à la réformeconstitutionnelledu19avril2010, qui lui a permis de se représenter. Elle avait été adoptée à l’unanimité puisque l’opposition, qui n’est pas représentée au Parlement depuis son boycott de la présidentiellede2005etdeslégislativesde 2008, peine à se faire entendre. D’autant que les rassemblements sont interdits depuis les protestations populaires de janvier 2011. Premier résultat significatif pour Guelleh: après de longues négociations, DjiboutietParisontenfindépoussiéréleur accord de défense. Le 21 décembre 2011, un nouveau traité de coopération militaire a été signé, expurgé de ses clauses secrètes. La France, dont la présence est désormais dissuasive, se contentera de former les soldats djiboutiens. Le départ de 700 hommes en 2010 avait déjà allégé son dispositif, mais il demeure, avec 2 100 soldats, le plus important contingent français sur le continent. Situé entre la mer Rouge et l’océan Indien, le pays est une pièce maîtresse dans la lutte contre la piraterie et le terrorisme depuis les attentats du 11 septembre 2011 aux États-Unis, et l’intérêt qu’il suscite ne se dément pas. Il héberge aussi une base américaine et

AFRIQUE DE L’EST

Djibouti


144

Afrique de l’Est

Érythrée

Toujours plus isolée

L

ongtemps voilés, les griefs sont désormaispublics.Le5décembre 2011, l’Éthiopie, la Somalie, le Kenya et Djibouti ont accusé l’Érythrée de soutenir le terrorisme dans la Corne de l’Afrique, et ont appelé l’ONU à prendre des mesures fortes. Finalement, le Conseil de sécurité a adopté une résolution renforçant les sanctions existantes. Le nombre de personnalités ayant interdiction de voyager et dont les avoirs ont été gelés a augmenté. La résolution « exige de l’Érythrée qu’elle cesse de chercher à déstabiliser des États, notamment en fournissant à des groupes armés un soutien financier, militaire ou en matière de renseignement, ou une assistance autre que militaire ». Cette décision vise aussi à condamner le complot qui, selon l’ONU, aurait été dirigé par l’Érythrée en vue de commettre un attentat lors du sommet de l’Union africaine de janvier 2011, à Addis-Abeba. Pour sa part, le régime d’Issayas Afewerki a rejeté la résolution, qu’il considère comme « une nouvelle injustice contre le peuple érythréen qui va augmenter les tensions et alimenter une situation déjà explosive dans la Corne de l’Afrique ». Il est vrai que la situation d’Aferwerki est de plus en plus inconfortable. En septembre 2011, le chef de l’État s’est rendu à New York afin d’obtenir la levée

SOUDAN

Mer Rouge

ARABIE SAOUDITE

ÉRYTHRÉE YÉMEN

Asmara

Assab ÉTHIOPIE 200 km

DJIBOUTI

des sanctions qui frappent son pays. Mais il n’a pas obtenu gain de cause. Il en ressort d’autant plus fragilisé que les approvisionnements, quasi gratuits, de pétrole libyen à l’Érythrée ont cessé depuis la chute de Kaddafi. L’ancien chef de guérilla marxiste, dont les centres de détention sont peuplés de prisonniers d’opinion (entre 5 000 et 10 000, selon les estimations), n’a pas convaincu. Au même moment, Human Rights Watch a rendu public un rapport dévastateur qui pointe la disparition en prison de vingt et un anciens ministres, généraux et journalistes arrêtés il y a dix ans à Asmara pour avoir osé lui adresser une lettre ouverte. Parmi les victimes du système Afewerki figure le journaliste Dawit Isaak, qui purge sa dixième année

d’emprisonnement. Arrêté avec d’autres intellectuels en septembre 2001 lors d’une campagne de répression, il est détenu au secret, sans avoir été jugé. Dawit ignore ce dont il est accusé. Il a été suspecté de comploter en faveur de l’Éthiopie, mais aucune preuve n’a jamais étayé cette accusation. Le même flou entoure le sort d’une vingtaine de journalistes arrêtés au cours des années 2000, selon Reporters sans frontières, et plusieurs des personnes emprisonnées en septembre 2001 sont décédées en détention. Pour la quatrième année consécutive, le pays est le dernier du classement sur la liberté de la presse. LINGOT D’OR. Cette situation accentue

l’isolement d’Asmara. Les envois de fonds de la diaspora et l’aide internationale baissent, alors que les dépenses militaires restent élevées. Les tensions avec les pays voisins découragent les investisseurs, sauf dans le secteur minier. La Bisha Mining Company, détenue par le canadien Nevsun, a produit en janvier 2011 son premier lingot d’or. Sa production ainsi que celle de la mine de Zara, opérée par un autre canadien, Chalice Gold, devraient accroître les recettes d’exportation tandis qu’une quinzaine d’opérateurs auscultent le sous-sol érythréen. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Croissance

■ 24 mai 1993 Accession à l’indépendance,

après 41 ans sous domination éthiopienne. Issayas Afewerki devient président. ■ Mai 1998 Début de la guerre avec

l’Éthiopie. ■ 12 décembre 2000 Accord de paix d’Alger. ■ Avril 2002 La Cour internationale de justice

attribue le village de Badme à l’Érythrée. Mais l’Éthiopie conteste la décision. ■ 6 juin 2010 Accord avec Djibouti sur le

conflit frontalier dans la zone de Doumeira.

Le pays en bref ■ Superficie 117 600 km2. ■ Population 5,2 millions d’hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

démographique 3 %. de population 44 hab./km2. ■ Population urbaine 22,1 %. ■ Espérance de vie 59 ans. ■ Alphabétisation 66,6 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,349 ; rang : 177e sur 187. ■ Langues Tigrinya, arabe (officielles), afar, tigréen… ■ Peuplement Tigrinyas, Tigréens, Sahos, Afars… ■ Religions Islam, christianisme, animisme. ■ Monnaie Nafka. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 19,14 nafkas ; 1 $ = 14,93 nafkas. ■ PIB par habitant 473 $. ■ Répartition du PIB Primaire 15 % ; secondaire 22 % ; tertiaire 63 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 1,4

1,9

2,1

2,6

Taux de croissance (en %, à prix constants) 8,2 -9,8

3,9

2,2

2008

2009

2010

2011

■ Inflation 12,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

56 millions de $. ■ Exportations 12 millions de $. ■ Importations 690 millions de $. ■ Principales ressources Cuivre, pétrole, sel. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


145

Mélès Zenawi jusqu’en 2015

L

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 19 décembre 1944 L’Éthiopie redevient

État souverain sous le règne de Haïlé Sélassié. ■ 3 juillet 1974 Le Négus est déposé. En 1977,

Mengistu Haïlé Mariam prend le pouvoir. ■ Juin 2000 Élections législatives. Victoire

du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), de Mélès Zenawi. ■ 23 mai 2010 Écrasante victoire de l’EPRDF

de Zenawi aux législatives: l’opposition ne remporte qu’un seul siège.

Le pays en bref ■ Superficie 1 104 300 km2. ■ Population 83,1 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 2,1 %. de population 77 hab./km2. ■ Population urbaine 16,8 %. ■ Espérance de vie 53 ans. ■ Alphabétisation 29,8 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,363 ; rang : 174e sur 187. ■ Langues Amharique (officielle), oromo, somali, arabe. ■ Peuplement Oromos, Amharas, Tigréens, Sidamos, Afars… ■ Religions Christianisme, islam… ■ Monnaie Birr. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 22,13 birrs ; 1 $ = 17,08 birrs. ■ PIB par habitant 351 $. ■ Répartition du PIB Primaire 51 % ; ■ Densité

secondaire 11 % ; tertiaire 38 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 26,6

32,2

29,7

30,5

Taux de croissance (en %, à prix constants) 11,2 2008

10 2009

8

7,5

2010

2011

■ Inflation 11,2 %. ■ Investissements

directs étrangers

184 millions de $. ■ Exportations

2,2 milliards de $.

■ Importations 8,6 milliards de $. ■ Principales ressources Café, thé, épices,

élevage. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉRYTHRÉE - ÉTHIOPIE

e 28 mai 2011, le Premier pour permettre des condamnaMer YÉMEN ministre, Mélès Zenawi, a tions à de lourdes peines de prison. Rouge fêté ses vingt ans à la tête Depuis juin 2011, elles ont entraîné Golfe de l’Éthiopie. Son parti, l’arrestation de trente-trois perDJIBOUTI d'Aden le Front démocratique révolusonnes, dont de nombreux journationnaire du peuple éthiopien listes. L’affaire la plus médiatisée a (EPRDF), ayant remporté un an concerné deux reporters suédois, SOMALIE plus tôt les élections législatives reconnus coupables de « soutien Dirédaoua Addis-Abeba avec 99 % des suffrages recueillis, au terrorisme » et d’entrée illégale l’homme a les mains libres pour en Éthiopie. Martin Schibbye et ÉTHIOPIE diriger le pays à sa guise jusqu’en Johan Persson, qui ont rencontré SOUDAN 2015, date à laquelle il a promis de des rebelles de l’Ogaden dans le prendre sa retraite. Un processus cadre d’une enquête sur le groupe SOMALIE 300 km KENYA suédois Lundin Petroleum, ont été de rajeunissement des cadres du condamnés à onze ans de prison « parti de l’abeille » est d’ailleurs en décembre 2011. reste dans toutes les mémoires. Et surtout engagé. Certains ne manqueront pas Agacé par les prises de position de de grincer des dents, mais le neuvième dans celle de la principale opposante, congrès de l’EPRDF, prévu pour sepBirtukan Mideksa, qui, après avoir goûté HRW et d’Amnesty International, le porteparole du gouvernement, Bereket Simon, tembre 2012, doit normalement débouà la prison, a été libérée en octobre 2010 cher sur le remplacement de vétérans de à la condition de se tenir à l’écart de toute a tancé ces organisations « qui ne s’intélaformation.Pourlemoment,aucunnom vie publique. ressent qu’à un changement de régime » et « ne comprennent pas le concept d’État n’émergeréellementquantàlasuccession du Premier ministre lui-même. DÉRIVES. D’une manière générale, en de droit ». Si les puissances occidentales À en croire un certain nombre d’obserÉthiopie, il ne fait pas bon être dans ont à un moment froncé les sourcils face l’opposition. Les mouvements armés de vateurs – et en particulier les ONG –, aux dérives autocratiques de Zenawi, libération – le Front de libération Oromo aucune tête ne doit dépasser. Certes, Addis-Abeba demeure pour elles un îlot et le Front de libération nationale de de stabilité qu’il convient de ménager l’Éthiopie de 2012 est bien éloignée de l’Ogaden – tout comme Ginbot 7, le parti dans la Corne de l’Afrique entre l’Érythrée, celle que trouva Zenawi lorsqu’il mit fin écrasée sous la botte d’Issayas Afewerki, à la « terreur rouge » de Mengistu Haïlé de Berhanu Nega, sont désormais consiMariam, mais son chef n’aime guère être dérés comme des « groupes terroristes ». la Somalie, livrée au chaos, et les deux contesté.Saréactionviolenteauxémeutes Si l’on en croit Human Rights Watch Soudans, encore instables. de 2005, au cours desquelles les forces (HRW), les lois antiterroristes de 2009 « Pouvez-vous imaginer un endroit de l’ordre tirèrent sur les manifestants, s’appuient sur des définitions très vagues sur terre où un gouvernement qui a ● ● ●

AFRIQUE DE L’EST

Éthiopie


146

Afrique de l’Est permis une croissance à deux chiffres pendant sept ans puisse perdre une élection? » s’interrogeait Zenawi lors du scrutin de 2010. Et il est vrai que personne parmi les tenants du libéralisme n’oserait lui reprocher les grandes orientations de sa politique économique. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le PIB de l’Éthiopie a progressé de 8 % en 2010 et de 7,5 % en 2011, soit 0,8 % de plus que la moyenne de l’Afrique de l’Est. Mais l’institution table sur 5,5 % pour 2012.

●●●

DIVERSIFICATION AGRICOLE. Pays agri-

colepeuplédequelque83millionsd’habitants, l’Éthiopie profite de la bonne tenue des cours du café : premier producteur africain, elle se classe en 2011 au troisième rang mondial, derrière le Brésil et le Vietnam, selon l’Organisation internationale du café. D’après le gouvernement, les premiers objectifs du Growth and Transformation Plan lancé en 2010 ont été atteints dans l’agriculture. Pour ne pas dépendre des seuls cours du café, le pays tente de se diversifier en produisant des

partenaire commercial (750 millions fleurs, du thé, du khat, du bétail, du sucre, d’euros d’échanges en 2010). des oléagineux, des céréales, et même du vin! Et cherche à attirer des investisseurs Sur le plan de l’énergie, le dévelopdans l’agro-industrie, notamment en pement de la géothermie est envisagé, louant des terres à bas prix (4,30 euros mais pour l’heure ce sont surtout le barrage Gibe III (1 870 MW), sur la rivière par hectare et par an), ce qui entraîne Omo, et celui de la Grande Renaissance parfois de dramatiques déplacements de population, sachant que la propriété privée de la terre Le gros des investissements n’existe pas en Éthiopie. à venir devrait concerner Dans les années à venir, les infrastructures et l’énergie. le gros des investissements devrait concerner les infrastructures et l’énergie. Le bâtiment est éthiopienne (5 250 MW), sur le Nil Bleu, en plein essor dans les villes – foyers de qui font parler d’eux. Impact environnemental et humain, financement, tensions contestation où il convient de créer des emplois –, et le pays entend dévelopavec l’Égypte et le Soudan sur le partage per son réseau routier pour atteindre des eaux du Nil… Les polémiques qui 136 000 km (contre 49 000 aujourd’hui). accompagnent leur construction sont De nombreux projets, à l’instar de la nombreuses. Indubitable, la réussite construction du nouveau siège de l’Union économique de Zenawi doit être temafricaine – inauguré en janvier 2012 par Jia pérée : le pays demeure peu ouvert en Qinglin, président du comité national de dehors des secteurs de l’agriculture et des la Conférence consultative politique du infrastructures, subit une forte inflation, peuple chinois –, sont confiés à des entrevoit les inégalités se creuser et le chômage prises de l’empire du Milieu, principal augmenter. ●

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147

Présidentielle à haut risque ÉTHIOPIE

OUGANDA

K E N YA Lac Victoria

Kisumu Nairobi

Mombasa TANZANIE

Océan Indien 200 km

Les prétendants au poste de Kibaki sont néanmoins nombreux, et l’on peut d’ores et déjà citer l’ancienne ministre de la Justice Martha Karua, l’ancien ministre de l’Éducation supérieure William Ruto, le vice-président Kalonzo Musyoka, et le vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta. Si ces deux derniers sont bien les concurrents les plus sérieux d’Odinga, les encombrantes casseroles qu’ils traînent pourraient sérieusement compromettre leurs chances. Le Parlement kényan ayant par deux fois refusé de mettre en place un tribunal

spécial chargé de juger les principaux responsables des heurts de 2007, le dossier est maintenant entre les mains de la justice internationale. Le 23 janvier 2012, la Cour pénale internationale (CPI) a confirmé les charges pesant sur ces deux hommes politiques soupçonnés de crime contre l’humanité – ainsi que sur le journaliste de la radio Kass FM Joshua arap Sang, et le chef de la fonction publique (et bras droit de Kibaki), Francis Muthaura. Signe encourageant pour l’avenir, la décision de la CPI n’a provoqué aucune violence au Kenya, et Kenyatta comme Ruto ont appelé leurs partisans à rester calmes. Commentaire d’Odinga sur le processus de La Haye : « Je ne sais pas si c’est un remède, mais à l’avenir vous réfléchirez à deux fois avant d’employer la violence. Si vous êtes journaliste, vous réfléchirez à deux fois avant de faire de la propagande. Si même le chef de la police peut être traduit en justice, cela ouvre les yeux. » Il n’empêche, la possibilité que les procès se tiennent dans les dix-huit mois à venir risque de perturber le processus électoral. En dix ans, depuis 2002 et la fin du règne de Daniel arap Moi, la société kényane a connu une évolution démocratique sans pareille, soutenue par une société civile dynamique et une ● ● ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 12 décembre 1963 Indépendance. ■ 1964 Jomo Kenyatta devient président. ■ 1978 Daniel arap Moi lui succède. ■ 27 décembre 2002 Mwai Kibaki devient

président de la République. ■ 27 décembre 2007 Victoire revendiquée

par Mwai Kibaki face à Raila Odinga. ■ 4 août 2010 Adoption par référendum

d’une nouvelle Constitution.

Le pays en bref ■ Superficie

580 370 km2

■ Population

40,5 millions hab.

■ Croissance

démographique 2,6 %.

■ Densité

de population 69 hab./km2.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Population

urbaine 22,5 %. de vie 57,1 ans. ■ Alphabétisation 87 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,509 ; rang : 143e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), swahili, kikuyu, luo… ■ Peuplement Kikuyus, Luhyas, Luos, Kalenjins, Kambas… ■ Religions Christianisme, animisme. ■ Monnaie Shilling du Kenya. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 108,30 shillings du Kenya ; 1 $ = 83,59 shillings du Kenya. ■ PIB par habitant 882 $. ■ Répartition du PIB Primaire 23 % ; secondaire 15 % ; tertiaire 62 %. ■ Espérance

PIB (en milliards de dollars, à prix courants)

36,1

30

30,6

32,1

Taux de croissance (en %, à prix constants) 1,5 2008

5,6

5,3

2010

2011

2,7 2009

■ Inflation 4,1 %. ■ Investissements

directs étrangers

133 millions de $. ■ Exportations 5,2 milliards de $. ■ Importations 12,1 milliards de $. ■ Principales ressources Thé, café,

horticulture, bois, tourisme. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ÉTHIOPIE - KENYA

PRÉTENDANTS. L’élection qui doit se tenir entre la fin de l’année 2012 et mars 2013 (au plus tard) obéira à une logique différente. D’une part, la nouvelle Constitution adoptée par référendum en 2010 ne prévoit pas de poste de Premier ministre et, d’autre part, Kibaki ne pourra plus se présenter. Une situation plutôt favorable à Raila Odinga, fils de l’opposant historique Jaramogi Oginga Odinga, qui n’est jamais parvenu à atteindre la magistrature suprême.

SOUDAN

SOMALIE

P

our le Kenya, l’année 2012 sera cruciale – notamment parce que se profile une élection présidentielle à hauts risques susceptible de panser les plaies du pays comme d’en accroître les divisions. Les Kényans gardent en mémoire les violences postélectorales survenues à la fin de 2007, qui avaient causé la mort de quelque 1 300 personnes, fait plus de 300 000 déplacés et entraîné le pays « au bord du précipice ». Miraculeusement, mais avec beaucoup de difficultés, les deux protagonistes qui s’opposaient à l’époque ont réussi à s’entendre pour gouverner le pays tant bien que mal pendant cinq ans, Mwai Kibaki occupant le poste de président, et son rival, Raila Odinga, celui de Premier ministre.

AFRIQUE DE L’EST

Kenya


148

Afrique de l’Est presse libre. Si, le 25 septembre 2011, la voix très écoutée de la Prix Nobel de la paix Wangari Maathai s’est définitivement tue, les Kényans aspirent toujours à plus de réformes et entendent bien brider un establishment politique qui s’est souvent montré carnassier. Même si la résistance passive reste de mise quand il s’agit de mettre en œuvre la nouvelle Constitution, certaines pratiques ne sont plus tolérées. Ainsi, au début de 2011, le président Kibaki a voulu nommer unilatéralement trois hommes liges à la tête du système judiciaire. Le tollé a été immédiat et général : State House a dû faire machine arrière et opter pour un procédé légal et plus transparent. Lequel a débouché sur la nomination de Willy Munyoki Mutunga, un sexagénaire issu de la société civile (lire encadré).

qui représente quelque 10 % du PIB. le port de Kismayo, qui sert de centre En décembre 2011, le FMI a donné son nerveux aux islamistes et leur permet accord pour un prêt équivalent à 760 mild’importantes rentrées financières. En lions de dollars (574 millions d’euros)… novembre 2011, l’Éthiopie a aussi lancé En dépit d’une saison des pluies plutôt une offensive contre les Shebaab, officiamauvaise entre mars et mai, les exporlisée à la fin du mois de janvier 2012. La tations de thé et de fleurs se sont bien France et les États-Unis soutiendraient portées, la faiblesse du shilling kényan ces initiatives afin de venir en aide au Gouvernement fédéral de transition qui face au dollar leur ayant été favorable. Quant au tourisme, il subit les conséne pouvait jusque-là compter que sur quences des enlèvements et assassiles 9 000 soldats ougandais, burundais nats perpétrés non loin de la frontière et djiboutiens de la Mission de l’Union somalienne. Le 11 septembre 2011, le africaine pour la Somalie (Amisom). Britannique David Tebutt était tué sur l’île de Kiwayu, Sécuriser la frontière somalienne et sa femme, Judith, enlevée. revêt une importance capitale Le 1er octobre, la Française pour créer un hub portuaire. Marie Dedieu, handicapée et souffrant d’un cancer, était kidnappée sur l’île de Manda Pour le Kenya, sécuriser la frontière et finissait par trouver la mort, faute somalienne revêt une importance capiINFLATION. En 2012, outre se mettre en de soins. Enfin, le 14 octobre 2011, tale : c’est une condition sine qua non à conformité avec la nouvelle Constitution la création d’un important hub portuaire deux employées espagnoles de l’ONG et en appliquer les volets relatifs à la comprenant de nouvelles routes, un Médecins sans frontières, Montserrat décentralisation du pouvoir, le Kenya va Serra et Blanca Thiebaut, disparaissaient chemin de fer, un pipeline, une raffinerie, devoir affronter un contexte économique du camp de Dadaab, en territoire kényan, autour de Lamu. Un projet d’envergure difficile. Durant les premières années de où se massent quelque 450 000 réfugiés auquel le gouvernement tient et qui vient la présidence Kibaki, et jusqu’en 2007, somaliens. s’ajouter à toute une batterie d’investisSi les miliciens Shebaab ont démenti sements dans les infrastructures (ports, la croissance a fortement augmenté. En 2010, celle-ci était encore estimée à 5,6 %. être les auteurs de ces forfaits, qui, il est aéroports, routes, trains, fibre optique…). Pour 2011 et 2012, des chiffres prudents vrai, pourraient porter la marque des de 3,5 % à 5 % sont avancés par le goupirates opérant le long des côtes, l’armée SÉDUIRE. Il n’est pas certain néanmoins vernement et le Fonds monétaire interkényane a tout de même décidé d’agir. que la guerre en Somalie soit compatible Appuyés par des blindés, des avions national (FMI). Quant à l’inflation, elle avec la stabilité nécessaire pour séduire et des hélicoptères, environ 2 000 soldépassait la barre des 17 % en septembre les investisseurs, notamment chinois. dats sont entrés en Somalie les 16 et 2011, alors qu’elle n’était que de 5,4 % au Le Kenya pourrait payer sur son propre 17 octobre 2011. Baptisée opération début de l’année. Le coût des denrées territoire ce que les fondamentalistes de première nécessité, comme celui des Linda Nchi (« Protéger le Kenya »), l’enmusulmans décrivent comme une « croitransports, augmentait dans le même treprise est périlleuse : les Américains sadedeschrétiens».Unesemaineaprèsle temps de 24 %. Le renchérissement des comme les Éthiopiens se sont tour à tour début de l’opération Linda Nchi, Nairobi prix de l’énergie contribue à accroître cassé les dents sur le chaos somalien. était la cible de deux attentats à la grenade le déficit de la balance commerciale, À l’origine, l’objectif était d’atteindre qui causèrent la mort de une personne et en blessèrent près de trente autres. Arrêté, le responsable a affimé avoir agi NETTOYER LES ÉCURIES D’AUGIAS au nom des milices Shebaab. Si le conflit WILLY MUNYOKI MUTUNGA, 65 ans, est depuis juin 2011 le plus haut se poursuit, les autorités risquent d’avoir magistrat du Kenya. Son histoire, comme ses positions, illustre d’une du mal à gérer les nombreux réfugiés et certaine manière l’évolution du pays. Né dans l’Est en 1947, formé au immigrés somaliens qui peuplent notamdroit à Nairobi et à Dar es-Salaam (Tanzanie), Mutunga a connu la prison ment le « petit Mogadiscio » du quartier sous le règne de Daniel arap Moi, au début des années 1980, puis l’exil, d’Eastleigh, dans la capitale. avant de revenir et de défendre la réforme constitutionnelle. Au début Politique intérieure, économie, des années 2000, il est l’un des principaux négociateurs permettant la réforme constitutionnelle, diplomatie, création de la Coalition arc-en-ciel (Narc), à l’origine de l’alternance élections, divisions sociales, ethniques, historique de 2002. Militant dans l’âme, il a travaillé pour la Fondation religieuses, le Kenya aborde l’année 2012 Ford en tant que directeur de programme pour les droits de l’homme, comme une longue course d’obstacles. puis directeur exécutif pour l’Afrique de l’Est. Réformer un système Le spectre de 2007, le regard scrutateur judiciaire corrompu et inefficace : voilà l’énorme défi qui l’attend. Ses de la CPI et, surtout, les aspirations des détracteurs lui reprochent son manque d’expérience, une vie conjugale à Kényans à vivre mieux devraient néanrebondissements et des croyances religieuses variables… Mais ils moins permettre de l’aborder avec une craignent surtout ses idées progressistes. l certaine sérénité. l

lll

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


149

Museveni (de plus en plus) critiqué

L

SABOTAGE. Ainsi, le gouverneur de la

Banque centrale, Emmanuel TumusiimeMutebile, déclarait en juin 2011 au Financial Times : « Il m’a fait des promesses qu’il n’a pas tenues, notamment sur la manière de redresser les réserves de change. Je me bats toujours avec lui à ce sujet. » Sous le non-dit, une affaire

100 km

SOUDAN Gulu

OUGANDA

RÉP. DÉM. DU CONGO

Kampala Mbarara

RWANDA

Jinja KENYA Lac Victoria

TANZANIE

bien précise : l’achat d’avions de combat russes Sukhoï, pour 561 millions d’euros, qui a fait chuter la valeur des réserves de six à quatre mois d’importations. Même si les États-Unis ont décidé, mioctobre 2011, d’envoyer une centaine de soldats pour « conseiller » l’armée ougandaise,«avecpourobjectifd’éliminerJoseph Kony », selon Barack Obama, la capacité de nuisance de ce qui reste de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ne justifie sans doute pas de telles dépenses. Quant aux forces ougandaises qui forment le gros des troupes de la Mission de l’Union africaine pour la Somalie (Amisom), il est peuprobablequ’ellesaientl’usaged’avions de chasse pour contenir les avancées des milices islamistes…

Bien que connu pour son humour ravageur, Museveni n’apprécie guère la critique, qu’elle vienne de son camp ou de l’opposition. Ainsi, quand la porte-parole du Parlement, Rebecca Kadaga, encourage les démarches des parlementaires pour enquêter sur les contrats d’exploitation pétrolière ou pour réinstituer la limitation du nombre de mandats présidentiels, il se fâche tout rouge et affirme qu’il ne supportera pas ce « sabotage ». Et quand Kizza Besigye appelle la population à se rendre au travail à pied pour protester contre la vie chère, l’opposant récolte des coups, des interpellations plus ou moins musclées et des procès pour « incitation à la violence » et « rassemblement illégal ». Reste que, pour l’heure, c’est surtout l’économie qui menace de fragiliser le régime. La hausse du prix du pétrole et le renchérissement du coût de la vie ont fortement accru le mécontentement de la population. Considérant que le potentiel pétrolier du pays ne devrait pas se concrétiser avant 2014 – au mieux –, Kampala a décidé de se tourner de nouveau vers l’agriculture, un secteur auquel il n’a accordé que 5 % de son budget ces dernières années. Dans ce contexte, il est probable que les célébrations de l’indépendance soient modestes. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 9 octobre 1962 Indépendance. ■ 22 février 1966 Coup d’État de Milton

Obote. ■ 25 janvier 1971 Amin Dada renverse Obote. ■ Avril 1979 Renversement d’Amin Dada. ■ 25 janvier 1986 Yoweri Museveni prend

le pouvoir avec l’Armée de résistance nationale. ■ 14 juillet 2006 Pourparlers de paix avec l’Armée de résistance du Seigneur, qui combat le gouvernement depuis 1988. ■ 18 février 2011 Museveni réélu président (4e mandat).

Le pays en bref

■ Superficie 241 040 km2. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Population 33,4 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 3,2 %. ■ Densité de population 140 hab./km2. ■ Population urbaine 13,5 %. ■ Espérance de vie 54,1 ans. ■ Alphabétisation 73,2 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,446 ; rang : 161e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), swahili, luganda… ■ Peuplement Bagandas, Karamajongs, Basogos, Itesots, Banyankoles… ■ Religions Christianisme, animisme, islam. ■ Monnaie Shilling ougandais. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 3167,22 shillings ougandais ; 1 $ = 2444,45 hillings ougandais. ■ PIB par habitant 453 $.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 14,4

15,8

17

16

Taux de croissance (en %, à prix constants) 8,7

7,3

2008

2009

5,2

6,4

2010

2011

■ Répartition

du PIB Primaire 25 %; secondaire 26 % ; tertiaire 49 %. ■ Inflation 7,3 %. ■ Investissements directs étrangers 848 millions de $. ■ Exportations 1,6 milliard de $. ■ Importations 4,6 milliards de $. ■ Principales ressources Café, thé, tourisme. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

KENYA - OUGANDA

e 9 octobre 2012, l’Ouganda célébrera ses 50 ans d’indépendance. Et les esprits chagrins ne manqueront pas de souligner qu’un seul homme détient le pouvoir depuis près d’un quart de siècle : Yoweri Museveni. Le 18 février 2011, le chef de l’État sortant a remporté sa quatrième présidentielle face à son ancien médecin et éternel rival, Kizza Besigye. Pour donner un coup de fouet à sa campagne, son Mouvement de résistance nationale (NRM) avait bénéficié d’une allocation de quelque 185 millions d’euros. Museveni a longtemps été décrit comme un chantre de la « renaissance africaine » et, à ce titre, adoubé par l’Occident. Mais il semblerait que l’habitude du pouvoir émousse les ambitions démocratiques. Malgré une incontestable réussite économique à ses débuts et une popularité toujours grande, le président suscite de plus en plus de critiques, y compris dans son propre camp.

AFRIQUE DE L’EST

Ouganda


150

Afrique de l’Est

Rwanda

Business à Kigali

C

’

est avec soulagement que le Rwanda a débuté 2012. La bonne nouvelle venait de là où on ne l’attendait plus: la justice française, bête noire de Kigali depuis qu’elle avait émis des mandats d’arrêt contre neuf dirigeants rwandais en 2006. Son enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Juvénal Habyarimana, dirigée contre le Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir), a connu un tournant décisif le 10 janvier, grâce à un rapport qui tend à le disculper. Pour Kigali, qui jugeait infamants les soupçons français, c’est un motif de satisfaction. Mais cela fait bien longtemps que le Rwanda, traumatisé par l’inaction de la communauté internationale face à la tragédie de 1994, a mis en place ses propres commissions d’enquête, aboutissant aux mêmes conclusions. Le réel bénéfice pourrait être ailleurs: dans l’espoir que les investisseurs français reviennent. Car en dépit du rétablissement des relations diplomatiquesentrelesdeuxpaysen2009, la coopération économique reste atone. Pragmatique, le Rwanda fait du développement économique sa priorité et reste ouvert à toutes les contributions. Désormais classé troisièmepaysd’Afrique subsaharienne pour la facilité d’y faire des affaires, il a encore progressé de cinq places dans le dernier rapport « Doing

OUGANDA

RÉP. DÉM. DU CONGO

Lac Kivu

TANZANIE

Kigali

R WA N D A

BURUNDI

50 km

Business » de la Banque mondiale. La croissance devrait s’établir à 6,8 % en 2012 d’après le Fonds monétaire international (FMI). Ses exportations, dopées par la hausse de la production de café et de thé, se portent bien, de même que les services. Un bon point, car Kigali en a fait la clé de son accession au statut de pays à revenu intermédiaire, visée pour 2020. AIDES LIÉES. Mais la stratégie d’ouverture tous azimuts n’a pas que des avantages. Le déficit commercial rwandais a pris des proportions inquiétantes (20 % du PIB en 2011) alors que son enclavement, la hausse des prix du pétrole et la mauvaise qualité de ses infrastructures alourdissent encore la facture. L’aide internationale (40 % de son budget 2011-2012, plus de 10 % de son PIB) continue d’affluer et permet de compenser. Elle est d’ailleurs

responsable d’une partie des importations, du fait de la pratique des aides liées: le pays receveur est obligé d’acheter des biens provenant du pays donateur. Une pratique à laquelle le Rwanda s’oppose. Mais Kigali ne peut s’en passer et doit conserver une image positive. Or des signes de tension peuvent inquiéter les donateurs. L’État a donc vivement réagi à la vague d’attentats à la grenade subie depuis2010.Enjanvier,dix-neufRwandais accusés d’avoir des liens avec les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR, rébellion hutue comptant d’anciens génocidaires, présente en RD Congo) ont été condamnés à des peines allant jusqu’à la prison à vie. Mais des attaques ont encore fait deux morts et des dizaines de blessés ce même mois. Un an plus tôt, l’ancien chef d’état-major de l’armée, Faustin Kayumba Nyamwasa, avait été condamné par contumace pour des faits similaires, avant d’être victime d’une tentative d’assassinat en Afrique du Sud, où il est exilé. Le 18 janvier, ce sont quatre officiers de haut rang qui ont été suspendus. Ils sont accusés d’être liés au trafic de minerais congolais. L’intransigeance de Kigali contre la corruptionpaie:d’aprèsl’ONGTransparency International, le Rwanda est le quatrième pays le moins touché par ce fléau en Afrique subsaharienne. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 1er juillet 1962 Accession à l’indépendance. ■ Juillet 1973 Putsch de Juvénal Habyarimana. ■ 6 avril 1994 Habyarimana est tué dans un

attentat. Début du génocide. ■ 4 juillet 1994 Victoire du Front patriotique

rwandais (FPR), qui combat depuis 1990. ■ 2 août 1998 Début de la guerre en RDC. ■ 23 mars 2000 Paul Kagamé élu président. ■ 30 juillet 2002 Accord de paix avec la RDC. ■ 9 août 2010 Paul Kagamé est réélu.

Le pays en bref ■ Superficie 26 340 km2. ■ Population 10,6 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 3 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de population 390 hab./km2. ■ Population urbaine 19,2 %. ■ Espérance de vie 46 ans. ■ Alphabétisation 70,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,429 ; rang : 166e sur 187. ■ Langues Kinyarwanda, français, anglais, swahili. ■ Peuplement Hutus, Tutsis, Twas. ■ Religions Christianisme, islam. ■ Monnaie Franc rwandais. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 769,58 francs rwandais ; 1 $ = 593,96 francs rwandais. ■ PIB par habitant 585 $. ■ Répartition du PIB Primaire 34 % ; secondaire 14 % ; tertiaire 52 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 4,7

5,2

5,6

6

Taux de croissance (en %, à prix constants) 11,2 2008

4,1 2009

7,5

7

2010

2011

■ Inflation 3,1 %. ■ Investissements

directs étrangers

42 millions de $. ■ Exportations 297 millions de $. ■ Importations 1,4 milliard de $. ■ Principales ressources Agriculture, mines,

tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


151

L’impasse

de s’enliser en Somalie, comme celles de l’Éthiopie auparavant.

DJIBOUTI Hargeysa

ÉTHIOPIE

SOMALIE

Océan Indien

Mogadiscio

200 km

(« Protéger le Kenya »), les présidents du Kenya, de l’Ouganda et de la Somalie se sont rencontrés pour coordonner l’action du TFG, de l’Union africaine (UA) et des militaires kényans. Nairobi a proposé que ses soldats intègrent l’Amisom, dont l’effectif pourrait atteindre 12000 hommes (grâce au renfort de Djibouti et de la Sierra Leone), voire 14 000 en comptant les 2 000 Kényans. Nairobi s’assure ainsi le soutien de l’UA. Ce rapprochement illustre le changement de stratégie du Kenya, alors que ses troupes risquent

ONG INDÉSIRABLES. Pour l’heure, malgré les progrès de la mission, l’insécurité reste grande. Le 4 octobre 2011, un attentat-suicide perpétré au moyen d’un camion piégé a fait plus de 70 morts à Mogadiscio. En mer, pas d’amélioration notable non plus, puisque sur les 352 attaques recensées dans le monde entre janvier et septembre 2011, 56 % ont été menées par des pirates somaliens, qui élargissent leur zone d’action en mer Rouge et dans l’océan Indien. Si le nombre de bateaux capturés régresse, les montants des rançons s’envolent. Les pirates ont récolté 135 millions de dollars (102 millions d’euros) en 2011, contre 80 millions en 2010. Cette situation troublée n’a pas manqué d’aggraver la crise alimentaire, qui a affecté en 2011 quelque 4 millions de personnes dans le sud du pays. La plupart des régions méridionales, contrôlées par la milice Shebab, ont été touchées par la famine, et l’insécurité a paralysé l’aide humanitaire. En novembre 2011, les insurgés islamistes ont totalement interdit les activités d’une quinzaine d’ONG et agences de l’ONU. Difficile d’imaginer une issue favorable à cette situation. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■

1 juillet 1960 Indépendance.

■

15 octobre 1969 Coup d’État de Siad

er

Barre. ■ 26 janvier 1991 Chute de Siad Barre.

Début de la guerre civile. ■ Décembre 1992 L’ONU lance l’opération

militaro-humanitaire Restore Hope. ■ Mai-décembre 2006 L’Union des tribunaux

islamiques contrôle le pays. Intervention de l’armée éthiopienne. ■ 31 janvier 2009 Cheikh Sharif Cheikh

Ahmed est élu président par le Parlement.

Le pays en bref ■ Superficie 637 660 km2. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Population 9,3 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 2,3 %. ■ Densité de population 15 hab./km2. ■ Population urbaine 37,9 %. ■ Espérance de vie 51,2 ans. ■ Alphabétisation ND. ■ Indice de développement humain Non classé. ■ Langues Somali, arabe (officielles). ■ Peuplement Somalis (plus de 90 %). ■ Religions Islam (sunnite en majorité). ■ Monnaie Shilling somalien. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 2057,88 shillings somaliens ; 1 $ = 1588,26 shillings somaliens. ■ PIB par habitant ND. ■ Répartition du PIB ND.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) ND

ND

ND

ND

Taux de croissance (en %, à prix constants) ND

ND

ND

ND

2008

2009

2010

2011

■ Inflation ND. ■ Investissements

directs étrangers

112 millions de $. ■ Exportations ND. ■ Importations ND. ■ Principales

ressources Élevage, sel,

gaz. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

RWANDA - SOMALIE

KENYA

L

e secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est rendu le 9 décembre 2011 à Mogadiscio. C’est la première visite d’une personnalité de ce niveau depuis le début de la guerre civile il y a vingt ans. Malgré la difficulté de leur tâche, les forces du Gouvernement fédéral de transition (TFG) et la Mission de l’Union africaine enSomalie(Amisom)ontconnuquelques succès. Dès février 2011, l’Amisom, forte de plus de 9 000 militaires ougandais et burundais, a entamé la reconquête de Mogadiscio face aux islamistes, qui l’ont quitté en août. Ils restent toutefois très présents dans le centre et le sud du pays. Ce déplacement des hostilités s’est répercuté sur le Kenya voisin, où plusieurs Occidentaux, notamment la Française Marie Dedieu, ont été enlevés. Face à la recrudescence de l’insécurité, Nairobi a décidé de réagir. Le 14 octobre, l’armée kényane a franchi la frontière somalienne. Cette offensive a reçu le soutien du TFG, quiaappeléaublocusduportdeKismayo, fief des miliciens islamistes. Elle complète donc le dispositif déjà mis en place par l’Amisom à Mogadiscio et par la flotte multinationale qui patrouille au large de la Somalie pour réduire la piraterie. Le 16 novembre, un mois après le lancement de l’opération Linda Nchi

AFRIQUE DE L’EST

Somalie


Afrique de l’Est

Soudan

Les tensions frontalières perdurent ÉGYPTE

LIBYE

400 km

ARABIE SAOUD.

u Ro

Port-Soudan

r Me

ge

M

algré l’indépendance du Sud-Soudan (aujourd’hui le Soudan du Sud), proclamée le 9 juillet 2011, le « Nord » ne vit pas en paix avec lui-même. Fin novembre 2011, l’ONU annonçait que les affrontements entre armée et rebelles sudistes dans l’État du Nil Bleu avaient fait 60 000 déplacés, tandis que des combats ont lieu depuis juin 2011 dans le Kordofan-Sud. Plusieurs dizaines de milliers de Soudanais se sont réfugiés en Éthiopie et au Soudan du Sud. Au Darfour, les hostilités se poursuivent, comme en témoigne l’annonce de la mort du chef rebelle Khalil Ibrahim, leader du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), fin décembre. Khalil Ibrahim avait fondé son groupe armé à la fin des années 1990, estimant que le partage des ressources entre le pouvoir central et les provinces était inéquitable. Il avait refusé de signer le dernier accord de paix conclu à Doha en juillet 2011. À ces différents foyers d’instabilité s’ajoutent les relations exécrables entretenues avec le Soudan du Sud, devenu indépendant après vingt-huit années de guerre civile. Outre le différend territorial, Khartoum a des griefs liés à la répartition desressources.Ainsi,le17novembre2011, le gouvernement soudanais a bloqué les exportations de pétrole de Djouba

TCHAD

152

Khartoum

ÉRYTHRÉE

EL-BÉCHIR VOYAGE. Face à ces difficultés,

SOUDAN

RÉP. CENTRAF.

SOUDAN DU SUD

de près de 30 milliards d’euros et pâtit de sanctions commerciales internationales. Depuis juillet 2011, la monnaie s’est fortement dévaluée, et l’inflation s’emballe: elle devrait culminer à 17 % en 2012.

THIOPIE

RD CONGO

transitant via Port-Soudan, à cause d’un contentieux sur le paiement de taxes. Pour le Nord, l’enjeu est crucial: 60 % de ses revenus sont liés au pétrole extrait dans le Sud, si bien qu’il réclame à son voisin 36 dollars (plus de 27 euros) par baril transitant par ses infrastructures. Khartoum, qui estime que la partition lui a fait perdre 30 % de son budget, exige en outre que Djouba lui paie quelque 11 milliards d’euros en compensation. Le Sud produisait les trois quarts des 470 000 barils de pétrole extraits chaque jour par le Soudan avant sa partition. Mais Khartoum annonce que sa production, actuellement de 115000 b/j, va augmenter de 65 000 b/j et générer 1,5 milliard d’euros de revenus supplémentaires. En attendant, le pays reste affligé d’une dette

le gouvernement a élargi la coalition qui le compose, mais le Parti du congrès national (NCP), du président Omar el-Béchir conserve les postes stratégiques. Quant au chef de l’État, il reste poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide et crimes contre l’humanité au Darfour. Le mandat d’arrêt émis contre lui continue de susciter des dissensions parmi les pays africains, mais n’empêche pas l’intéressé de voyager. L’Union africaine, qui incite ses membres à soutenir El-Béchir, estime que son arrestation serait nuisible à la recherche de la paix au Soudan. De son côté, le président s’est rendu en mai 2011 à Djibouti pour l’investiture du président Guelleh, et en octobre au Malawi pour un sommet régional. Enfin, le 7 janvier 2012, il a été reçu à Tripoli par le Conseil national de transition (CNT) libyen. El-Béchir fut l’un des soutiens du CNT dans sa lutte contre Mouammar Kaddafi. Une manière de se venger du « Guide », qui aurait soutenu pendant des années les rebelles darfouris du JEM. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 1956 Indépendance. ■ 30 juin 1989 Coup d’État d’Omar el-Béchir. ■ 9 janvier 2005 Accord de paix avec l’Armée

populaire de libération du Soudan (SPLA). ■ 4 mars 2009 Mandat d’arrêt de la CPI contre El-Béchir relatif au conflit au Darfour. ■ Avril 2010 Réélection d’Omar el-Béchir. ■ 9 juillet 2011 Indépendance du SudSoudan, qui devient alors le Soudan du Sud. ■ 24 juillet 2011 Nouvelle monnaie.

Le pays en bref

(Données 2011 ne prenant pas en compte la partition du pays) ■ Superficie 2505810 km2. ■ Population 43,6 millions d’hab. ■ Croissance démographique 2,5 %. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

■ Densité

de population 17 hab./km2. urbaine 40,8 %. ■ Espérance de vie 61,5 ans. ■ Alphabétisation 70,2 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,408 ; rang : 169e sur 187. ■ Langues Arabe (officielle), anglais, dinka, nuer, chillouk… ■ Peuplement Arabes, Nubiens, Bejas (au nord) ; Dinkas, Nuers, Chillouks (au sud). ■ Religions Islam, christianisme, animisme. ■ Monnaie Dinar soudanais. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 3,44 dinars soudanais ; 1 $ = 2,66 dinars soudanais. ■ PIB par habitant 1 939 $. ■ Répartition du PIB Primaire 30 % ; secondaire 26 % ; tertiaire 44 %.

■ Population

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 55,7

65,4 52,7

63,3

Taux de croissance (en %, à prix constants) 3,8

4,6

2008

2009

6,5 2010

-0,2

2011

■ Inflation 13,8 %. ■ Investissements

directs étrangers 1,6 milliard de $. ■ Exportations 11,4 milliards de $. ■ Importations 10 milliards de $. ■ Principales ressources Pétrole, élevage, coton et céréales. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


153

SOUDAN ÉTHIOPIE

D

SOUDAN DU SUD Djouba 200 km RD CONGO

OUGANDA KENYA

des mauvaises récoltes, environ un tiers de la population du Soudan du Sud risquait d’être touchée par la famine début 2012, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Le pays, qui n’a jamais été autosuffisant, importait la plus grande partie de ses aliments du Soudan. EXTORSION. Après la signature du traité de non-agression, les pourparlers continuent sur le partage des revenus du pétrole. L’enjeu est crucial : 98 % des revenus du Soudan du Sud et 60 % de ceux du Soudan sont liés à l’or noir. Et la tension est vive. Le 17 novembre 2011, Khartoum a bloqué les exportations de pétrole du Soudan du Sud à cause d’un différend sur le paiement de

taxes de transit qui, selon le Nord, s’élevaient à 514 millions d’euros fin octobre. Finalement, Khartoum a annoncé fin novembre qu’il allait autoriser les exportations de brut, mais en prélevant 23 % du pétrole qui transitera par son territoire, ce que Djouba qualifie d’extorsion. Outre le pétrole, le Soudan exige que son voisin paie quelque 11 milliards d’euros pour remédier au déficit budgétaire lié à la partition. Le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union africaine suggèrent de réduire ce montant à 4 milliards d’euros. Le Soudan du Sud veut maintenir le processus de normalisation engagé en juillet 2011 avec le lancement de sa monnaie nationale et le processus d’adhésion au FMI. Reste que, pour en devenir le 188e membre, il va devoir offrir des garanties de stabilité économique, investir dans le développement social et les infrastructures, et créer un environnement propre à favoriser l’activité économique. Pour l’heure, le pays tente d’éviter le chaos, alors que l’insécurité reste très forte et que la corruption menace les nouvelles institutions. Malgré ses richesses naturelles, le Soudan du Sud figure au bas de l’échelle du développement humain. Ce territoire de 620 000 km2 compte moins de 100 km de routes asphaltées, et la moitié de la population doit vivre avec moins de 1 dollar par jour. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

Le pays en bref

■ Septembre 1963 Début de la guerre

■ Superficie 644329 km².

civile soudanaise, interrompue en 1972 par l’accord d’Addis-Abeba. ■ Mai 1983 Nouvelle guerre civile entre Khartoum et l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA) de John Garang. ■ 9 janvier 2005 Signature à Nairobi d’un accord de paix final. Le 9 juillet, John Garang est nommé vice-président du Soudan. ■ 30 juillet 2005 Mort de Garang. Salva Kiir lui succède. ■ Janvier 2011 98,8 % des Sud-Soudanais approuvent l’indépendance par référendum. ■ 9 juillet 2011 Indépendance. Kiir président. ■ 18 juillet 2011 Création de la livre sud-soudanaise. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Population 9,3 millions d’hab. ■ Croissance ■ Densité

démographique 4,1 %.

de population 14,6 hab./km2.

■ Population

urbaine 22 %.

■ Espérance

de vie 4 ans.

■ Alphabétisation ■ Indice

37 %.

de développement humain ND.

■ Langues Anglais (officielle), dinka… ■ Peuplement Dinkas, Murle, Nuer.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) ND*

ND*

ND*

ND*

ND*

2008

2009

2010

■ Inflation ND.

■ Parité

■ Exportations ND.

par habitant 1546 $. du PIB ND.

2011

Sud faisait partie du Soudan jusqu’au 9 juillet 2011.)

■ Investissements

■ Répartition

ND*

* Statistiques inexistantes (Le Soudan du

■ Monnaie Livre sud-soudanaise. ■ PIB

ND*

Taux de croissance (en %, à prix constants)

■ Religions Christianisme, islam, animisme.

au 1er janv. 2012 ND.

ND*

directs étrangers ND.

■ Importations ND. ■ Principale ressource Pétrole, agriculture. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

SOUDAN - SOUDAN DU SUD

evenu indépendant le 9 juillet 2011, le Soudandu Sud n’a pas résolu tous ses problèmes, loin s’en faut. Les négociations qui devaient lui permettre de se séparer à l’amiable du Soudan n’ont pas suffi à aplanir les différends qui subsistent (répartition des ressources pétrolières, partage des actifs de l’État, problèmes de citoyenneté, délimitation des frontières) et à apaiser les tensions héritées de vingthuit années d’une guerre civile qui a fait 2 millions de morts. Le 10 février 2012, le Soudan et le Soudan du Sud ont signé sous l’égide de l’UA un « traité de non-agression » à propos de leur différend frontalier. Selon le texte, les deux parties s’engagent « à se retenir de lancer toute attaque, notamment des bombardements ». Un répit bienvenu : en mai et juin 2011, les deux États s’étaient affrontés autour de la ville d’Abyei. Plus généralement, les tensions interethniques dans les régions limitrophes affectent directement, selon les Nations unies, au moins 250 000 personnes. Khartoum accuse les autorités sudsoudanaises de soutenir les rebelles du Nord, ce que Djouba dément, reprochant à son tour à Khartoum d’armer les milices rebelles actives au sud de la frontière. Conséquence des violences et

TCHAD

Après l’indépendance, un État à construire

AFRIQUE DE L’EST

Soudan du Sud


Afrique de l’Est

Tanzanie

Recul démocratique, progrès économiques

À

l’écart de la crise sécuritaire touchant le Kenya voisin et des tensions politiques prégnantes en RD Congo, la Tanzanie a connu une année 2011 calme sur le plan politique. Après un exercice 2010 chargé avec la réélection à la présidence de Jakaya Kikwete et le succès de son parti, le Chama Cha Mapinduzi (CCM, « Parti de la révolution »), aux législatives, aucune échéance politique majeure n’a rythmé l’actualité. Le CCM, solidement installé à la tête du pays depuis l’indépendance, en 1964, a cependant dû faire face aux contestations del’opposition.LespartisansduChadema de Wilbrod Slaa ont manifesté contre la réélection de Kikwete, entachée de fraudesseloneux.Enjanvier,àArusha,ont éclaté des émeutes, durement réprimées par la police. Des tirs à balles réelles sur la foule ont tué trois personnes et blessé une dizaine d’autres. Plusieurs membres de l’opposition, dont Wilbrod Slaa, arrivé second à la dernière présidentielle, ont séjourné en prison à la suite de ces événements. Des journalistes ont eux été brutalisés par les forces de l’ordre. Un pas en arrière dans un pays classé 41e sur 178 en matière de liberté de la presse par Reporters sans frontières. Néanmoins, ces troubles n’auront pas entamé la confiance des investisseurs. La

400 km

RÉP. DÉM. OUGANDA DU CONGO RWANDA BURUNDI

Lac Victoria

KENYA

Arusha Dodoma

Océan Indien

154

Dar es-Salaam MAL.

MOZAMBIQUE

croissance du PIB reste supérieure à 6 % en 2011. Cependant, l’économie tanzanienne n’a pas retrouvé son rythme de croisière, et ralentit légèrement. La croissance devrait être stable en 2012, avant de franchir le seuil de 7 % en 2013. Mais cette dynamique reste contrebalancée par une forte inflation, laquelle a cependant baissé. BOOM TOURISTIQUE. Placée sous la

surveillance du Fonds monétaire international (FMI) jusqu’en 2013, la Tanzanie a vu son endettement croître de cinq points, pour atteindre 45 % du PIB en 2011. Dar es-Salaam a poursuivi ses réformes structurelles pour mieux encadrer les finances publiques. En coopération avec le FMI,

la gestion de la dette a été renforcée. Un retour à l’équilibre est prévu pour 2013. Destination touristique prisée, la Tanzanie a vu les visiteurs étrangers revenir en nombre depuis deux ans, après une chute de la fréquentation en 2009, au plus fort de la crise internationale. Désireux d’améliorer les infrastructures logistiques des réserves, le gouvernement a en revanche enregistré un échec avec son projet d’autoroute à travers le parc du Serengeti – le plus fréquenté du pays. Face à la réprobation des ONG environnementales et de l’Unesco, il a été contraint de le suspendre. Mais le parti au pouvoir n’a pas fait une croix sur l’idée, et le débat devrait être rouvert courant 2012. À l’instar du tourisme, le secteur minier, première source de revenus du pays à l’exportation, est en plein boom. Deuxième exportateur d’or du continent, la Tanzanie tire profit de l’envolée des cours du métal jaune. L’exploitation récente de champs pétrolifères et de gaz naturel a également contribué à la bonne tenue de l’économie nationale. Enfin, 2011 a été marquée par un drame.Le9septembre,unferrysurchargé a coulé au large de Zanzibar, causant la mort de 200 personnes. Le président Kikwete a promis de renforcer les règles de sécurité dans les transports maritimes. Un chantier de plus pour 2012. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 1961 Indépendance du Tanganyika. ■ 1963 Indépendance de Zanzibar. ■ 26 avril 1964 Union du Tanganyika et de

Zanzibar. Proclamation de la République, Julius Nyerere en devient le président. ■ 25 avril 1977 Instauration du parti unique, le Chama Cha Mapindunzi (CCM). ■ 29 octobre 1995 Premières élections démocratiques. Benjamin Mkapa est élu président. ■ Août 2010 Réforme constitutionnelle. ■ 31 octobre 2010 Jakaya Kikwete, président depuis le 21 décembre 2005, est réélu.

Le pays en bref

■ Superficie 945 090 km2. ■ Population 44,8 millions d’hab. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

■ Croissance

démographique 3 %. de population 48 hab./km2. ■ Population urbaine 26,9 %. ■ Espérance de vie 58,1 ans. ■ Alphabétisation 72,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,466 ; rang : 152e sur 187. ■ Langues Swahili, anglais… ■ Peuplement Sukumas, Chaggas, Makondes, Hayas, Massaïs… ■ Religions Christianisme, islam, animisme ■ Monnaie Shilling tanzanien ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 2019,58 shillings tanzaniens ; 1 $ = 1558,70 shillings tanzaniens. ■ PIB par habitant 550 $. ■ Répartition du PIB Primaire 29 % ; secondaire 24 % ; tertiaire 47 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 19

21 22,5

23,2

Taux de croissance (en %, à prix constants) 7,3 2008

6,7

6,4

6,1

2009

2010

2011

■ Inflation 8,9 %. ■ Investissements

directs étrangers 700 millions de $. ■ Exportations 3,7 milliards de $. ■ Importations 7,8 milliards de $. ■ Principales ressources Agriculture, fer, tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


CABINDA Luanda

155

TANZANIE

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

MALAWI

Lilongwe

ZAMBIE

ANGOLA

Nampula

Lusaka

Blantyre Harare

Atlantique

Bulawayo

BOTSWANA

Océan Windhoek

Gaborone

MOZAMBIQUE Pretoria

Johannesburg Kimberley

AFRIQUE DU SUD

Maputo Mbabane

SWAZILAND

Océan Indien

Maseru

LESOTHO Le Cap

Beira

ZIMBABWE

NAMIBIE

MADAGASCAR

Durban

Port Elizabeth

300 km

Afrique australe Le meilleur et le pire

C

ette année encore, l’Afrique australe reste à la pointe de la démocratie sur le continent, tout en abritant certains élèves peu brillants en la matière. Le 20 septembre 2011, de bonnes nouvelles sont venues de Zambie: le pays a réussi la seconde alternance pacifique de son histoire en élisant à la présidence Michael Sata. À 74 ans, l’opposant était candidat pour la quatrième fois. Le pays n’est pas aussi exemplaire que le Botswana, mais il est aujourd’hui sur la bonne voie. Ce qui semble loin d’être le cas du Zimbabwe, où la cohabitation entre le président sortant, Robert Mugabe, et son rival, le Premier ministre, Morgan Tsvangirai, ne connaît pas vraiment d’apaisement. On peut même craindre une nouvelle dégradation du climat politique, alors que la présidentielle se profile et que la succession du patriarche aiguise les appétits des dirigeants de la Zanu-PF, le parti au pouvoir… qui entend bien y rester. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

156 Afrique du Sud 158 Angola 160 Botswana 161 Lesotho 162 Malawi 163 Mozambique 164 Namibie 165 Swaziland 166 Zambie 167 Zimbabwe JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

AFRIQUE AUSTRALE

Huambo


Afrique australe

Afrique du Sud

En quête de croissance

L

es analystes sud-africains sont unanimes : ça ira mieux en… 2013. Certes, la nation Arc-enCiel a rejoint le club des pays émergents les plus en vue, les fameux Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), mais elle reste toujours le « Petit Poucet » du quintet. Et au vu de la taille modeste de son économie par rapport à celle des autres membres, les avantages qu’elle pourra tirer de son appartenance au groupe ne sont pas évidents. L’Afrique du Sud a beau tout faire pour réduire sa dépendance vis-à-vis de ses échanges commerciaux avec l’Europe, sa santé économique restera en 2012 liée à l’ampleur de la crise sur le Vieux Continent. En 2011 déjà, les efforts du pays pour maintenir ses exportations vers l’Union européenne (UE) ont été gênés par les effets de la crise, conjugués à la forte appréciation du rand par rapport à l’euro. À la fin de l’année écoulée, les choses sont un peu rentrées dans l’ordre avec le retour du rand à son niveau de 2008. DÉPENDANCE. Malgré tout, l’UE reste une destination de prédilection des exportations sud-africaines (26 %), même si elle n’est plus la première. Depuis 2009, c’est en effet la Chine

ZIMBABWE BOTSWANA Pretoria Johannesburg

NAMIBIE

Océan Atl.

MOZ.

156

SWAZ.

A F R I Q U E LESOTHO Durban DU SUD Le Cap

Océan Indien 300 km

avec un déficit budgétaire de 20 milliards de rands (1,9 milliard d’euros, soit 1 % du PIB). Or, selon les calculs du ministre des Finances, Pravin Gordhan, seule une croissance constante de 7 % par an « pendant une génération » peut réellement changer la donne dans un pays où le taux de chômage demeure élevé, autour de 25 %. En 2010, le gouvernement s’était engagé à créer 5 millions d’emplois sur dix ans, en espérant qu’une partie des embauches proviendrait du secteur privé. Mais celui-ci se plaint de sa dépendance vis-à-vis de l’Europe et de ce que cela lui coûte. Le tourisme, surtout, est en crise, car la Coupe du monde de football, en 2010, s’est révélée une fausse amie : trop de chambres d’hôtel désormais vides et des investissements impossibles à rentabiliser.

qui occupe cette place, et l’empire du Milieu est également devenu le premier fournisseur du pays. De tous les pays émergents, c’est lui qui investit le plus en Afrique du Sud, s’en servant comme d’une porte d’accès à d’autres États du continent. De même, des sociétés sudL’Europe représente 26 % des africaines investissent de exportations du pays. Sa santé façon énergique dans le reste de l’Afrique, mais les économique reste déterminante. profits tardent à venir. Alors que la banque centrale (la South African Reserve Bank) Le secteur privé manque de dynamisme et de confiance. Dans l’indusprévoit une croissance de 3,4 % pour trie manufacturière, les entreprises 2012, les cabinets d’analyse financière comme Renaissance Capital l’évaluent préfèrent épuiser les stocks existants plus modestement entre 2,5 % et 3,1 %, plutôt que d’en constituer de nouveaux.

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 1948 Institution du système de l’apartheid. ■ 31 mai 1961 Proclamation de la République. ■ 2 novembre 1990 Libération de Nelson

Mandela et légalisation du Congrès national africain (ANC). ■ 27 avril 1994 Mandela est élu président. ■ 14 juin 1999 Thabo Mbeki lui succède. ■ 22 avril 2009 L’ANC remporte les élections générales. Jacob Zuma devient président. ■ 11 juin-11 juillet 2010 Le pays accueille la Coupe du monde de football.

Le pays en bref

■ Superficie 1 221 040 km2. ■ Population 50 millions d’hab. ■ Croissance ■ Densité

démographique 1,4 %. de population 41 hab./km2.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

■ Population

urbaine 62,2 %. de vie 52 ans. ■ Alphabétisation 88,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,619 ; rang : 123e sur 187. ■ Langues 11 langues officielles : afrikaans, anglais, zoulou, xhosa, pedi, tswana, sotho, tsonga, swazi, venda, ndebele. ■ Peuplement Bantous, Zoulous, Xhosas… Communautés blanches et indienne. ■ Religion Christianisme. ■ Monnaie Rand. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 10,50 rands ; 1 $ = 8 rands. ■ PIB par habitant 8 342 $. ■ Répartition du PIB Primaire 3 % ; secondaire 31 % ; tertiaire 66 %. ■ Inflation 4,3 %. ■ Espérance

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 275,6

284

363,7

422

Taux de croissance (en %, à prix constants) 3,6

-1,7

2,8

3,4

2008

2009

2010

2011

■ Investissements

directs étrangers 1,6 milliard de $. ■ Exportations 81,8 milliards de $. ■ Importations 94 milliards de $. ■ Principales ressources Agriculture (maïs, blé, etc.), viticulture, élevage, mines (or, diamants, charbon, fer, uranium, platine), sidérurgie, agroalimentaire, tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


157

Dans ce climat, et vu l’urgence en matière de création d’emplois, c’est la masse salariale du secteur public qui croît. Celle-ci a augmenté de 25 % pendant le premier semestre de 2011, une tendance qui devrait continuer en 2012 à un rythme plus réduit : le gouvernement a dû s’engager à ne pas gonfler ses dépenses salariales de plus de 6,5 % par an. Dans sa dernière newsletter trimestrielle de 2011, la banque d’investissement Absa Capital résume ainsi la situation conjoncturelle : « Malgré des indicateurs externes peu réconfortants, nous constatons que le consommateur sud-africain se porte bien. » PLAN SUR PLAN. En effet, les créa-

tions d’emplois ont soulagé les foyers, qui ont augmenté leurs dépenses de 3,7 %, en partie aussi grâce à des taux d’intérêt qui sont au plus bas depuis trente ans. L’inquiétude plane néanmoins, car si les Sud-Africains ont de l’argent en poche, c’est aussi parce que le taux d’inflation est sagement resté contenu jusque récemment. Mais, en décembre 2011, il a dépassé le seuil de 6 %, un chiffre surprenant pour l’Afrique du Sud, dont l’un des fondements de la politique économique a jusqu’ici été la maîtrise de l’inflation. Les foyers sont aussi fortement endettés, créant une limite à l’expansion de l’économie par la consommation. Le gouvernement cherche de nouvelles pistes. En 2010, le ministre du Développement économique, L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

CRISES DE PALAIS. Une fois de plus, ce

qui manque au gouvernement sud-africain, c’est une ligne directrice claire et la capacité de s’inspirer d’un pays comparable. L’alliance au pouvoir, composée du Congrès national africain (ANC), de la confédération syndicale Cosatu et du Parti communiste sud-africain (SACP), Ebrahim Patel, a lancé le New Growth continue d’être tiraillé entre des options Path (« nouveau chemin vers la croiscontradictoires. Celles-ci sont noursance »), élaboré sur la base d’une ries par une idéologie anti-impérialiste étude de quinze pays, principalement qui date de la lutte contre l’apartheid, asiatiques, qui ont maintenu un taux par des alliances diplomatiques qui de croissance de plus de 7 % pendant remontent à la même époque, mais vingt ans. Le plan Patel ciblait la créaaussi par les demandes et les pressions tion d’emplois dans les secteurs de du monde des affaires, souvent plus l’agriculture, des mines, de l’industrie attentif aux réactions de la Bourse de et du tourisme. Londres qu’à celles du Johannesburg Stock Exchange. Aujourd’hui, on n’entend plus parAu lieu de se confronter à ses contraler de ce programme, qui vient d’être remplacé par un Plan national de dévedictions internes et de décider d’une loppement élaboré par l’ex-ministre des direction claire, l’ANC se contente d’un Finances Trevor Manuel, actuellement statu quo de plus en plus instable. À son ministre rattaché à la présidence (sans tour, le président Jacob Zuma, habile manipulateur, use et abuse des tenportefeuille), qui dirige pour l’occasions pour mieux régner. On le voit au sion une commission composée de travers des remaniements réguliers de 25 conseillers venus des syndicats et son équipe de conseillers, à l’adoption précipitée, Au lieu de se confronter à ses en décembre 2011, d’une contradictions, l’ANC se contente loi protégeant les secrets d’un statu quo à risques. d’État, mais aussi à ses tentatives répétées d’influendu monde des affaires. cer le pouvoir judiciaire. Lancé entre autres grâce à des spots En décembre 2012, Zuma cherchera audiovisuels diffusés sur le Net, le plan à renouveler son mandat à la tête de Manuel s’est d’abord traduit par un l’ANC, et donc du pays. Pour ses détrac« diagnostic » rendu public en juin 2011. teurs, le président s’intéresse bien plus En novembre, la commission a sorti un à son leadership à l’intérieur du gouplan d’action comprenant neuf angles vernement et à ses propres chances de d’attaque d’ici à 2030, dont l’améliorase maintenir au pouvoir qu’à la bonne tion du système éducatif, la réduction gestion du pays. L’année pourrait donc du chômage, le rattrapage des retards être dominée par des crises de palais, en matière d’infrastructures, la réducqui risquent de contrarier les perfortion de la corruption et des manquemances économiques plutôt que de ments dans les services publics. Mais les encourager. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

AFRIQUE DU SUD

« NOTRETAUX D’HOMICIDE A CHUTÉ DE 50 % depuis 1994, et les investisseurs l’ont enfin compris, explique Jackie Cilliers, directeur de l’Institut d’études de sécurité (ISS), à Pretoria. Ce qui les inquiète cette année, ce sont les propos de l’ex-président de la Ligue des jeunes de l’ANC [Congrès national africain, NDLR]. » Avant d’être démis de ses fonctions, en décembre 2011, Julius Malema avait en effet exigé la nationalisation de 60 % des mines. Mais grâce à lui le gouvernement s’est vu contraint de s’interroger sur la mauvaise santé du secteur. Sur la période 2001-2008, la production sud-africaine a stagné, voire reculé, alors que le secteur enregistrait une croissance de 12 % au Chili et de 24 % en Australie. À la fin de 2011, le ministre des Finances, Pravin Gordhan, a dressé une liste des défaillances de la filière: opacité sur les droits d’extraction, longues périodes d’attente pour obtenir des licences, volatilité du rand, réseau ferroviaire insuffisant, frais élevés de transit portuaire et insuffisance de la production d’énergie. Le président de la Chambre sud-africaine des mines, Xolani Mkhwanazi, prétend que le secteur, qui emploie 500 000 personnes, pourrait en embaucher 100000 de plus sur dix ans si le gouvernement éliminait ces facteurs contraignants. l

les analystes ont été déçus de constater que le « plan » consiste en un bilan des problèmes plus qu’en une initiative tournée vers l’avenir. « En réalité, l’Afrique du Sud n’a pas besoin d’une nouvelle politique ou d’un nouveau plan de développement. Les politiques existantes sont tout à fait acceptables. Nous avons juste besoin qu’elles soient mises en œuvre », explique Adrian Saville, chef du bureau des investissements à Cannon Asset Managers.

AFRIQUE AUSTRALE

PEUR SUR LES MINES


158

Afrique australe

Angola

Diversifier les activités

D

ans ses vœux de fin 45 milliards de dollars pour 2012, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE d’année, le chef de un tiers des dépenses est destiné CABINDA DU CONGO l’État, José Eduardo à des actions sociales, en priorité dos Santos, a confirmé dans les domaines de la santé et Océan la tenue d’élections législatives fin de l’éducation. D’ambitieux proLuanda Atlantique 2012. Depuis dix ans, les Angolais grammes de mise à niveau sont en ANGOLA s’étaient habitués à des reports cours pour pallier le déficit – dû à Lobito plus de trente années de guerre – incessants du scrutin. Mais cette fois sera la bonne. Le Mouvement de diplômés du supérieur (profesHuambo populaire pour la libération de seurs, ingénieurs, médecins, etc.). ZAMBIE Le gouvernement, avec l’aide de l’Angola (MPLA) s’est inspiré de ses nouveaux amis sud-africains. l’Union européenne entre autres, Il n’y aura pas d’élection présilance un plan de relevés statis200 km NAMIBIE dentielle au suffrage universel tiques sur l’accès à l’eau potable direct. Selon la Constitution et sur d’autres besoins négligés un véritable exode de travailleurs étrandepuis l’époque coloniale, fondé sur un adoptée en 2010 deviendra président gers et avait laissé des milliers d’Angolais la tête de liste du parti vainqueur aux recensement précis de la population. sans emploi. législatives. Si, selon toute probabilité, le Cette année, le gouvernement pourL’intervention du FMI pour rétablir MPLA l’emporte, son leader dos Santos suit le renforcement des infrastructures. l’équilibre macroéconomique – un prêt pourra enchaîner deux quinquennats Avec une attention marquée pour la de 1,4 milliard de dollars (1 milliard qualité des ouvrages. Les travaux publics en plus des trente-deux années qu’il a d’euros) sur vingt-sept mois – devrait entrepris avant les législatives de 2008, déjà passées à la tête du pays. s’achever en 2012. L’action du Fonds s’est accompaUN ÉQUILIBRE RETROUVÉ. Hormis cet Bâti par des sociétés chinoises, gnée de mesures pour agenda politique, l’économie pourrait l’hôpital central de Luanda a été si améliorer la transparence reprendre des couleurs en 2012. Avec mal conçu qu’il n’a jamais ouvert. des finances publiques, l’aide du Fonds monétaire international élargir les actions sociales, (FMI), l’Angola s’est remis de la crise de réduire les inégalités et faciliter la diversimajoritairement confiés à des sociétés 2008, occasionnée par la décision désasfication de l’économie. Par conséquent, à chinoises, ont souvent déçu. Parmi ces treuse de réduire les dépenses publiques en réaction à la baisse de la demande la fin de 2011, les secteurs non pétroliers travaux, l’hôpital central de Luanda, si mondiale de pétrole. L’interruption croissaient plus rapidement que celui mal conçu qu’il n’a jamais ouvert ses des grands chantiers avait provoqué de l’or noir. Sur un budget national de portes. Aujourd’hui, les autorités tentent

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

PIB (en milliards de dollars, à prix courants)

■ Population 19,1 millions d’hab.

■ 11

novembre 1975 Indépendance. Début de la guerre civile entre le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA) et l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita). ■ 21 septembre 1979 José Eduardo dos Santos (MPLA) devient président. ■ 20 novembre 1994 Signature des accords de paix de Lusaka (Zambie). ■ Décembre 1998 Reprise de la guerre civile. ■ 22 février 2002 Mort du chef de l’Unita, Jonas Savimbi. FIn des hostilités le 4 avril. ■ 21 janvier 2010 Nouvelle Constitution.

Le pays en bref ■ Superficie 1 246 700 km2. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Croissance ■ Densité

démographique 2,8 %.

de population 15 hab./km .

■ Population

urbaine 59,4 %.

■ Espérance

de vie 47 ans.

■ Alphabétisation 69,96 %. ■ Indice

de développement humain (2011) IDH : 0,486 ; rang : 148e sur 187.

■ Langues Portugais (officielle), umbundu,

kimbundu, kikongo, tchokwé. ■ Peuplement Ovimbundus, Kimbundus,

Bakongos, Bochimans. ■ Religions Animisme, christianisme. ■ Monnaie Kwanza. ■ Parité

au 1er janv. 2012 1 € = 123 kwanzas; 1 $ = 94,93 kwanzas.

■ PIB

84,2

75,5

82,5

99,3

2

par habitant 5 061 $.

Taux de croissance (en %, à prix constants) 13,8 2008

2,4

3,4

3,7

2009

2010

2011

■ Répartition

du PIB Primaire 10 % ; secondaire 59 % ; tertiaire 31 %.

■ Inflation 14,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

9,9 milliards de $. ■ Exportations 53,5 milliards de $. ■ Importations 21,5 milliards de $. ■ Principales ressources Pétrole, diamants. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


159

INÉGALITÉS. Les opinions divergent

LE PORTUGAL SAUVÉ PAR SON EX-COLONIE

sur la volonté – réelle ou non – des classes dirigeantes de s’attaquer aux inégalités et de diversifier l’économie. L’Angola est le pays du continent qui connaît le plus grand fossé entre riches et pauvres. Le rapport 2011 sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) situe l’Angola à la 148e place sur 187 pays, derrière le Kenya mais devant le Cameroun. Selon le Pnud, près de 55 % des Angolais vivent dans une pauvreté l’investissement et d’une bureaucratie extrême. La durée moyenne de scolaqui paralyse l’initiative privée au bénéfice risation est de 4,4 ans et l’espérance de d’intérêts établis. Dans son index de pervie de 47 ans. ception de la corruption, Transparency Le pétrole représente toujours 90 % des International place l’Angola au même recettes fiscales et 55 % du PIB, même si rang que la RD Congo ou le Tchad. la production a chuté en 2011 (comme Pourtant, il existe au sein du MPLA une dans la plupart des pays de l’Opep), volonté de redorer l’image du pays. Leila passant de 1,85 million à 1,65 million Lopes, l’actuelle Miss Univers, s’est faite de barils par jour. Sur ce volume quotison ambassadrice de charme, et la comdien, 720 000 barils étaient destinés à la pagnie pétrolière Sonangol sponsorise Chine, faisant de l’Angola le deuxième désormais des bolides. Le gouvernement fournisseur de Pékin après l’Arabie saoudite. La poiLes séquelles de la guerre civile gnée de familles influentes à restent vives et la contestation la tête du MPLA a largement est minoritaire. construit sa fortune sur l’or noir ou sur un système qui favorise les importations aux dépens de investit dans le sport et espère remporter l’agriculture et de l’industrie. le titre olympique de basket féminin Plus confidentielle, l’exploitation aux JO de Londres qui se tiendront du du diamant a servi, pendant la guerre 27 juillet au 12 août 2012. civile de 1975 à 2002, à financer l’Union nationale pour l’indépendance totale TRENTE-DEUX ANS. Mais pour beaude l’Angola (Unita). Aujourd’hui, le coup d’Angolais, « 32 ans, c’est trop ! », MPLA ne la contrôle pas entièrement. comme le répète le rappeur Brigadeiro Parmi les entrepreneurs indépendants 10 Pacotes, dont le dernier CD, sorti en du secteur, certains ont commencé à 2011, a vite disparu de la circulation. investir dans l’agriculture. Mais, pour La tactique du pouvoir est connue : le moment, la ménagère angolaise de plutôt que de recourir à la censure, les classe moyenne n’a pas d’autre option autorités préfèrent acheter massiveque de faire ses achats dans un magasin ment les disques, à un rythme tel que de la chaîne Shoprite, qui lui propose à les producteurs ne parviennent pas à renouveler les stocks. La plupart des des prix exorbitants des pommes venues chanteurs contestataires choisissent d’Afrique du Sud ayant transité via un système plombé par de multiples taxes. finalement l’exil aux États-Unis ou le Les sociétés étrangères se plaignent confort d’une villa située sur les hautoujours de conditions peu propices à teurs de Luanda. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

Le président dos Santos rivalise aujourd’hui avec l’Équato-Guinéen Obiang Nguema pour le titre de plus ancien chef d’État en exercice de la planète. Si son parti, le MPLA, est massivement soutenu par ses réseaux dans le pétrole et le business, des mouvements de contestation informels ont vu le jour en 2011. Nés en majorité dans les universités de Luanda, mais présents aussi dans des villes moyennes comme Lubango, ces groupes dénoncent le clientélisme et la pensée unique qui dominent les médias, certes privés, mais appartenant à la classe dirigeante. La réponse de la police à leurs manifestations – des flashmobs organisés par SMS ou via Facebook – a été ferme et assortie de sanctions allant jusqu’à quatre mois de prison ferme. Le mouvement est loin de s’être essoufflé et devrait se faire sentir à l’approche des élections. Mais dans un pays où la mémoire de la guerre civile reste vive, la contestation demeure minoritaire. Tout comme l’opposition politique, la vraie. Car si l’Unita existe toujours et détient 16 sièges sur 220 à l’Assemblée nationale, elle ne s’est pas suffisamment rénovée pour répondre aux attentes des Angolais. Un nouveau parti, Bloco Democrático (BD), a vu le jour en juin 2010 après la dissolution du Frente para a Democracia, qui n’avait pas réussi à récolter le minimum de 1,5 % des votes aux législatives de septembre 2008. Mais sans les ressources du MPLA, il est difficile d’imaginer qu’une formation puisse avoir un impact électoral au niveau national. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ANGOLA

ALORS QUE LE FONDS MONÉTAIRE international (FMI) estime que le PIB de l’Angola augmentera de 10,8 % en 2012, celui du Portugal devrait se contracter de 2,2 %. En vertu de son accord avec l’Union européenne et le FMI, Lisbonne doit privatiser à tout-va et trouver, en quelques mois, 7 milliards d’euros. Lors de sa visite à Luanda fin 2011, le Premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, a donc présenté à des investisseurs angolais potentiels une liste des meilleures affaires: la compagnie aérienneTAP, la société de gestion d’aéroports ANA, la première chaîne de la télévision RTP et Energias de Portugal, entre autres. Selon la presse lusitanienne, les investissements angolais au Portugal sont passés de 1,6 million à 116 millions d’euros entre 2002 à 2009. Isabel dos Santos, la fille du président angolais, y a contribué. Elle est propriétaire de l’angolais Banco BIC, qui a racheté Banco Português de Negócios (BPN) pour 40 millions d’euros. À 39 ans, elle détient aussi 10 % de Banco Português de Investimento (BPI). Le groupe pétrolier Sonangol possède, lui, 12 % de la plus grande banque commerciale portugaise, Millennium BCP. Au moins 3,8 % de la capitalisation de la Bourse de Lisbonne seraient passés entre les mains d’investisseurs angolais. l

AFRIQUE AUSTRALE

de faire jouer la concurrence portugaise ou brésilienne dans les appels d’offres. Mais assortir des contrats de conditions et imposer des audits à des sociétés chinoises se révèlent difficiles vu le poids de Pékin dans les finances publiques. L’Angola lui a emprunté pas moins de 25 milliards de dollars selon les chiffres officiels.


160

Afrique australe

Botswana

Le diamant reste le moteur du développement

A

près une année 2009 difficile, le renversement de conjoncture observé en 2010s’estconfirmél’anpassé. L’exploitation diamantifère, dont le pays est le leader mondial, est de nouveau très attractive et la valeur des ventes de Debswana – filiale du groupe De Beers – devrait revenir d’ici à 2013 aux niveaux atteints avant la crise. L’optimisme des opérateurs se vérifie par l’ampleur des investissements. De Beers a lancé le 10 décembre 2011 le projet Cut-8 d’extension de Jwaneng, considérée comme la plus riche mine de diamants au monde. Selon les prévisions, l’extraction devrait atteindre 102 millions de carats d’ici à 2025, avec un investissement global de près de 11,5 milliards d’euros. Cut-8 constitue donc le projet minier le plus ambitieux du pays. En outre, les autorités misent sur la création d’entreprises spécialisées dans la coupe et la purification dudiamantbrutavantcommercialisation. RÉSERVES. Malgré les effets bénéfiques

du diamant (et ses retombées gérées en toute transparence), le pays a souffert de la crise, qui s’est traduite par l’effondrement de la demande. La suspension des activités extractives fin 2008 a provoqué un recul du PIB en 2009. Toutefois, les réserves épargnées grâce aux ventes de

ANGOLA

ZAMBIE ZIMBABWE

NAMIBIE

Francistown

B O T S WA N A Gaborone

200 km

AFRIQUE DU SUD

gemmes ont permis de maintenir les programmes d’investissements publics. Classé parmi les pays les moins avancés lors de son indépendance en 1966, le Botswana appartient aujourd’hui à la catégorie des pays à revenu intermédiaire. Et sa gestion rationnelle de la rente a permis de doubler le PIB par habitant, qui est passé de 3 180 dollars en 2000 (3 375 euros d’alors) à 6 760 dollars en 2008 (4 795 euros). Mais l’économie nationale reste sensible à la conjoncture minière puisque ce chiffre est retombé à 6 215 dollars en 2009. Et malgré les ressources disponibles, les inégalités sociales demeurentfortes.Ainsi,enavril2011,plus de 90 000 fonctionnaires ont fait grève pendant dix jours. La Fédération des

syndicats du secteur public demandait une hausse des salaires de 16 %, après un gel de trois ans imposé au nom de la crise, dans un contexte marqué par une inflation assez forte. Quoi qu’il en soit, le Botswana a connu la plus forte croissance au monde depuis les années 1970, ce qui lui a permis de constituer des réserves de change conséquentes. Les gouvernements successifs disposent donc d’une importante marge de manœuvre en matière économique et peuvent financer généreusement les services sociaux. C’est pourquoi des progrès ont été enregistrés sur la voie des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), surtout dans la santé et l’éducation. Néanmoins, le chômage reste élevé (17 % de la population active), surtout parmi les jeunes, qui sont également victimes du VIH. Enfin, sur le plan politique, le pays est souvent cité en exemple en sa qualité de démocratieconstitutionnellemultipartite, où des élections libres sont organisées régulièrement. Fort de cette légitimité, le Botswana se permet de donner des leçons à ses pairs. En décembre 2011, le président, Ian Khama, a accusé les chefs d’État africains qui refusent de coopérer avec la Cour pénale internationale de placer le continent « du mauvais côté de l’Histoire ». ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Population 2 millions d’hab.

■ 30 septembre 1966 Indépendance. ■ 18 juillet 1980 Ketumile Masire est élu

par le Parlement à la tête du pays. ■ 16 octobre 1999 Festus Mogae, issu du

Parti démocratique du Botswana (BDP, au pouvoir depuis 1966), est élu président. ■ 1er avril 2008 Mogae cède son siège au

vice-président, Ian Khama. ■ 18 octobre 2009 Khama est élu président. ■ 27 janvier 2011 L’État est reconnu

coupable de « traitement dégradant » à l’encontre des Bochimans du Kalahari.

Le pays en bref ■ Superficie 581 730 km2. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Croissance

démographique 1,3 %. ■ Densité de population 3 hab./km2. ■ Population urbaine 61,8 %. ■ Espérance de vie 55 ans. ■ Alphabétisation 84,1 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,633 ; rang : 118e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), setswana… ■ Peuplement Tswanas, Bochimans… ■ Religions Christianisme, animisme… ■ Monnaie Pula. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 9,52 pulas ; 1 $ = 7,35 pulas. ■ PIB par habitant 8 844 $. ■ Répartition du PIB Primaire 3 % ; secondaire 40 % ; tertiaire 57 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 13,6

14,9

11,5

16,4

Taux de croissance (en %, à prix constants) 3 2008

-4,9

7,2

6,2

2009

2010

2011

■ Inflation 7 %. ■ Investissements

directs étrangers

529 millions de $. ■ Exportations

4,7 milliards de $.

■ Importations 5,7 milliards de $. ■ Principales ressources Élevage, mines

(diamants, nickel, cuivre), tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


161

Après l’accalmie politique, l’explosion?

B

BILAN MITIGÉ. Après plus de dix ans

aux affaires, le Premier ministre présente un bilan très mitigé. À tel point que la souveraineté du royaume a été remise en question dans un rapport réalisé dans

30 km

AFRIQUE DU SUD Maseru

LESOTHO

AFRIQUE DU SUD

le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Faiblesse économique, tensions politiques et crise démographique sont mises en exergue par les experts, qui suggèrent en filigrane de contraindre le Lesotho à se laisser absorber par la République sudafricaine, dans laquelle son territoire de 30 350 km2 est totalement enclavé. Une proposition qui a heurté les autorités. Le rapport dresse un portrait pessimiste du pays: sur 5 millions de Basothos, 3 millions vivent en Afrique du Sud, où la plupart travaillent dans les mines. La loi américaine sur le libre-échange (Agoa) avait suscité un espoir en dynamisant l’industrie du textile, mais celle-ci a sombré face à la concurrence chinoise.

Aujourd’hui, l’espérance de vie atteint à peine 41,8 ans, et un quart des Basothos sont séropositifs. Le Lesotho est le seul membredel’Uniondouanièredel’Afrique australe (Sacu) à figurer parmi les pays les moins avancés. Il se classe 160e sur 187 États en termes de développement humain. Près de 62 % de ses habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, et les inégalités de revenus y sont parmi les plus fortes du continent. Des progrès ont toutefois été observés, notamment en matière d’éducation depuis que l’enseignement primaire est gratuit. Mais dans les infrastructures, le pays enregistre de sérieux retards, ce qui limite les créations d’emplois. Le taux de chômage, qui dépasserait 40 %, a été aggravé par les suppressions de postes dans les mines sud-africaines. Le Lesotho a fortement souffert de la crise internationale, dont les effets ont été décuplés par sa dépendance à l’égard de l’Afrique du Sud, elle-même affectée par la baisse des prix des matières premières. Toutefois, l’exploitation minière et la construction connaissent un regain d’activité depuis 2010. Les efforts de l’État pour diversifier l’économie commencent à se faire sentir, et le pays est un peu moins tributaire de l’agriculture de subsistance et des transferts de fonds. Mais beaucoup reste à faire. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 4 octobre 1966 Indépendance du royaume. ■ 4 décembre 1970 Coup d’État de Leabua

Jonathan. Le roi Moshoeshoe II s’exile. ■ 2 avril 1993 Restauration de la monarchie. ■ 7 février 1996 Letsie III devient roi. ■ Mai 1998 Bethuel Pakalitha Mosisili, du

Congrès du Lesotho pour la démocratie (LCD), devient Premier ministre. ■ 17 février 2007 Victoire (contestée) du

LCD aux législatives. Mosisili est reconduit. ■ 22 avril 2009 Tentative d’assassinat contre

Bethuel Pakalitha Mosisili.

Le pays en bref ■ Superficie 30 350 km2. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Population 2,2 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 1 %. ■ Densité de population 69 hab./km2. ■ Population urbaine 27,6 %. ■ Espérance de vie 41,8 ans. ■ Alphabétisation 89,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,45 ; rang : 160e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), sotho… ■ Peuplement Sothos, Basothos, Ngunis… ■ Religion Christianisme. ■ Monnaie Loti. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 10,39 lotis ; 1 $ = 8,02 lotis. ■ PIB par habitant 1 040 $. ■ Répartition du PIB Primaire 8 % ; secondaire 32 % ; tertiaire 60 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 1,6

1,8

2,3

2,7

Taux de croissance (en %, à prix constants) 4,3 2008

3,2

3,6

5,2

2009

2010

2011

■ Inflation 7,3 %. ■ Investissements

directs étrangers

55 millions de $. ■ Exportations

820 millions de $.

■ Importations 2,2 milliards de $. ■ Principales ressources Hydroélectricité,

agroalimentaire, élevage, tourisme. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

BOTSWANA - LESOTHO

ien que les résultats des élections de 2007 aient été contestés par l’opposition, le Parlement a achevé son mandat. Après plusieurs actions de déstabilisation, le climat politique s’est apaisé. Reste à savoir si cette accalmie résistera aux législatives prévues en 2012. Les partis d’opposition s’y préparent déjà, et deux d’entre eux, le Parti national indépendant (NIP) et la Convention pour l’ensemble du Basotho (ABC), ont des chances de tirer leur épingle du jeu. Face à eux, le Congrès du Lesotho pour la démocratie (LCD, au pouvoir) entend conforter son assise. Une situation potentiellement explosive que l’Afrique du Sud suivra de près, ainsi que la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). En termes de droits civils et politiques, le pays est situé dans la catégorie des États « partiellement libres » par l’ONG Freedom House, qui rappelle que les syndicats sont autorisés et que le droit de grève est reconnu dans le secteur privé, mais pas pour les fonctionnaires.

AFRIQUE AUSTRALE

Lesotho


162

Afrique australe

Malawi

Vers une crise de succession?

F

ragilisé politiquement et économiquement après l’échec sanglant du « printemps de 2011 », le Malawi pourrait être encore davantage déstabilisé par la mort de son président. Bingu wa Mutharika, 78 ans, est décédé d’une crise cardiaque le 6 avril 2012. Selon la Constitution, l’intérim devrait être assuré par sa vice-présidente, Joyce Banda. Mais celle-ci était en froid avec le chef de l’État depuis qu’il avait qualifié « d’agents de Satan » les dix-neuf manifestants tués par balles les 20 et 21 juillet 2011. Démise de ses fonctions au sein du Parti démocratique progressiste (DPP) pour avoir pris parti pour les manifestants l’an dernier, l’ex-femme d’affaires et militante a récemment créé sa propre formation d’opposition, le Parti du peuple. Bingu wa Mutharika avait transféré à sa femme, Callista Mutharika, membre du Conseil des ministres depuis septembre 2011, un certain nombre des attributions du vice-président. Il s’appuyait également sur son frère, Peter wa Mutharika, ministre de l’Éducation, dont il cherchait à favoriser la candidature pour l’élection présidentielle qui devait se tenir en 2014. La période de transition est donc chargée de menaces pour un pays en grande

TANZANIE

ZAMBIE

Lac Malawi

M A L AW I Lilongwe

MOZAMBIQUE

MOZAMBIQUE

Blantyre re

150 km

difficulté économique. La dérive autocratique de Mutharika avait provoqué une crise diplomatique avec l’ancienne puissance coloniale britannique ainsi que le retrait des principaux bailleurs de fonds occidentaux, alors que les aides extérieures représentaient 40 % du budget national. Depuis son élection en 2004, le président, ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, refusait tout conseil économiqueextérieur.En2005,pourjugulerune famine dévastatrice, il avait subventionné

les semences et engrais. Succès retentissant, qui avait permis au pays d’exporter du maïs en 2008 et en 2009. Mais la crise économique a donné raison à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI) : le programme de subventions pèse trop lourd sur le budget national et entrave le marché. La surévaluation de la monnaie locale, le kwacha, a causé une pénurie de devises et donc de carburant, laquelle, conjuguée à l’inflation, a provoqué les émeutes de 2011. IRRÉALISTE. Le Malawi, qui n’a aucune

ressource minière et dépend de l’agriculture et du tourisme pour 80 % de son PIB, ne peut attirer de nouveaux investisseurs. L’estimation à 6,6 % de la croissance en 2012 est jugée irréaliste par le FMI, qui lui oppose un chiffre de 4,2 %, en baisse par rapport à 2011 (4,6 %). Pour les quelque 15 millions d’habitants de ce pays enclavé, la pauvreté demeure un problème majeur. Depuis 2011, rien n’a apaisé les esprits. Au contraire, le régime a accordé des pouvoirs de censure au ministère de l’Information et a réintroduit un système de quotas régionaux à l’université. La société civile et les Églises, qui ont condamné les dérives du pouvoir, ont été la cible d’une vague d’arrestations. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 6 juillet 1964 Le Nyassaland britannique

devient la République du Malawi. ■ 6 juillet 1967 Kamuzu Banda élu président. ■ 20 mai 2004 Bingu wa Mutharika, du Front

démocratique uni (UDF), est élu président. Il quitte l’UDF en juin 2005 et fonde le Parti démocratique progressiste (DPP). ■ 19 mai 2009 Réélection de Mutharika. ■ 31 janvier 2010-30 janvier 2011

Présidence tournante de l’Union africaine.

Le pays en bref ■ Superficie 118 480 km2. ■ Population 14,9 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 3,1 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de population 132 hab./km2. urbaine 20,3 %. ■ Espérance de vie 52,5 ans. ■ Alphabétisation 73,7 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,4 ; rang : 171e sur 187. ■ Langues Anglais, chichewa (officielles), nyanja, yao, ngoni… ■ Peuplement Tumbukas, Angonis, Nyanjas, Chewas… ■ Religions Christianisme, islam. ■ Monnaie Kwacha malawite. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 210,36 kwachas malawites ; 1 $ = 162,35 kwachas malawites. ■ PIB par habitant 350 $. ■ Répartition du PIB Primaire 31 % ; ■ Population

secondaire 16 % ; tertiaire 53 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 4,3

5

5,4

5,7

Taux de croissance (en %, à prix constants) 8,3

9

2008

2009

6,5

4,6

2010

2011

■ Inflation 7,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

140 millions de $. ■ Exportations

1,1 milliard de $.

■ Importations 1,9 milliard de $. ■ Principales ressources Tourisme,

agro-industrie. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


163

En attendant la redistribution des richesses

L

’

OFFSHORE. Dans le secteur des hydro-

carbures, les découvertes de gaz naturel en mer s’enchaînent. En octobre 2011, le groupe italien Eni a annoncé l’existence d’un gisement géant portant le potentiel de sa zone d’exploration à 623 milliards de m3. De son côté, l’américain Anadarko estime à 850 milliards de m3 son potentiel offshore et envisage de réaliser une usine de liquéfaction pour 2018 avec le français Technip. Enfin, en septembre 2011, Eni

TANZANIE MALAWI ZAMBIE

MOZAMBIQUE Nampula

ZIMBABWE

MADAGASCAR

Beira Océan Indien

AFRIQUE DU SUD

Maputo

SWAZ.

300 km

et le portugais Galp Energia ont débuté l’extraction pétrolière en mer. Le flux soutenu d’investissements étrangers, conjugué à la bonne tenue des cours de produits exportés (aluminium, tabac, coton), a permis à la monnaie locale, le metical, de s’apprécier de 16 % face au dollar entre janvier et novembre 2011. En revanche, l’inflation, malgré une baisse en 2011, reste relativement élevée. Pour en limiter les effets néfastes, le budget 2012 augmente par rapport à 2011. L’an dernier déjà, les autorités avaient dû accroître les subventions pour contrecarrer la flambée des prix de l’alimentation et du carburant, et éviter des émeutes. Les urbains sont exposés aux chocs internationaux, alors

que les ruraux pâtissent du changement climatiquequimenacelasécuritéalimentaire. Et les insuffisances structurelles freinent la distribution des excédents de production du Nord dans les régions les plus démunies du Centre et du Sud. Après les troubles de 2010, le gouvernement a reconnu que sa politique n’avait pas donné les résultats escomptés. Aussi son Plan d’action 2011-2014 pour la réduction de la pauvreté doit-il la faire passer de 54,7 % à 42 % de la population. Pour l’ONU, le Mozambique se place au 184e rang, sur 187 pays, en termes de développement humain. Plus de la moitié des 23 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté et attendent une plus juste redistribution des fruits de la croissance. La corruption est endémique: 68 % des Mozambicains interrogés par Transparency International ont déclaré avoir payé un bakchich en 2011. Face aux multiples attentes de la population, le débat politique demeure atone. Le Front de libération du Mozambique (Frelimo)resteultradominant,alorsquele premier parti d’opposition, la Résistance nationale du Mozambique (Renamo), peineàconvaincre.QuantauMouvement démocratique du Mozambique (MDM), il tente de se faire une place sur la scène nationale. Les prochains suffrages révéleront-ils de nouveaux clivages ? ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 25 juin 1975 Indépendance. Samora

Machel, du Front de libération du Mozambique (Frelimo), devient président. ■ Novembre 1976 Rébellion de la Résistance nationale mozambicaine (Renamo). ■ 19 octobre 1986 Joaquim Chissano remplace Samora Machel (décédé). ■ 4 octobre 1992 Accords de paix. ■ 28 octobre 1994 Premières élections libres. Chissano est élu chef de l’État. ■ 28 octobre 2009 Élu en 2004, Armando Guebuza est réélu président.

Le pays en bref ■ Superficie 801 590 km

2

.

■ Population 23,4 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 2,3 %.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

de population 29 hab./km2. urbaine 39,2 %. ■ Espérance de vie 52,1 ans. ■ Alphabétisation 55,1 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,322 ; rang : 184e sur 187. ■ Langues Portugais (officielle), makua, tsonga, shona… ■ Peuplement Makuas, Tsongas, Nyanjas… ■ Religions Animisme, christianisme, islam. ■ Monnaie Metical. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 34,34 meticals ; 1 $ = 26,50 meticals. ■ PIB par habitant 551 $. ■ Répartition du PIB Primaire 31 % ; secondaire 24 % ; tertiaire 45 %. ■ Population

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 9,9

12,1

10

9,5

Taux de croissance (en %, à prix constants) 6,8

6,3

6,8

7,2

2008

2009

2010

2011

■ Inflation 12,7 %. ■ Investissements

directs étrangers

789 millions de $. ■ Exportations

3,2 milliards de $.

■ Importations 4,5 milliards de $. ■ Principales ressources Mines, pêche,

bois, gaz. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

MALAWI - MOZAMBIQUE

économie mozambicaine a bien résisté à la crise. Le pays devrait enregistrer une croissance de 7,5 % en cette année 2012, et les annonces prometteuses se multiplient. Plusieurs chantiers majeurs sont programmés dans l’industrie, l’énergie et les télécoms. Les exportations minières ont bondi de 27 % au premier semestre de 2011 pour atteindre 1,3 milliard de dollars (990 millions d’euros), et les volumes ont encore augmenté ensuite, grâce à l’extraction de charbon du brésilien Vale. Le pays disposerait de plus de 13 milliards de tonnes de réserves de ce minerai et devrait devenir le second producteurducontinent,derrièrel’Afriquedu Sud. La valeur totale des projets d’extraction avoisine les 12 milliards de dollars. D’ici à 2015, la production de coke devrait atteindre 20 millions de tonnes par an.

AFRIQUE AUSTRALE

Mozambique


164

Afrique australe

Namibie

Uranium en baisse, températures en hausse

L

a croissance du PIB de la Namibie devrait atteindre 4,2 % en 2012, contre 3,6 % en 2011, conséquence de la reprise des investissements dans le secteur minier. La production d’uranium devrait rebondir de 5 % en 2012, malgré les incertitudes qui pèsent sur l’économie mondiale. La filièrenamibienne(quatrièmeproducteur mondial) est en pleine expansion, avec la mise en valeur de sites jugés prometteurs. Et plusieurs groupes internationaux spécialisés dans l’extraction ont sollicité des licences d’exploitation de gisements d’uranium. Le 1er décembre 2011, Swapok Uranium en a décroché une. Cette filiale du groupe australien Extract Resources va piloter le site d’Husab, à 300 km à l’ouest de Windhoek, pour un investissement de 1,5 milliard de dollars (1,14 milliard d’euros). Ce gisement, le quatrième au monde, devrait entraîner la création de 3000 emplois pour sa construction, puis de 1 200 pour son exploitation. Ces perspectives encourageantes se dessinent alors que la production namibienne d’uranium a chuté de 27,5 % en 2011 en raison d’une saison des pluies violente, conjuguée à la baisse des cours et à une série de mouvements sociaux. Selon la Banque centrale, la production, qui a baissé à 4217 tonnes en 2011, devrait remonter à 4 486 t cette année. Malgré la

300 km

ANGOLA

Walvis Bay Windhoek

ZAMBIE

BOTSWANA

NAMIBIE Océan Atlantique

AFRIQUE DU SUD

catastrophede Fukushima, les principales compagnies, LHU et Rössing Uranium, ne pensent pas subir de revers de conjoncture. Ce qui n’est pas le cas du français Areva, qui a annoncé en décembre 2011 la suspension d’une série d’investissements danslecadred’unvastepland’économies. Parmi les gisements menacés figurent ceux de sa filiale UraMin, notamment celui de Trekkopje, en Namibie. SOUS-SOL. Si l’incertitude plane encore

sur l’uranium, le diamant a repris des couleurs. Les autorités s’investissent d’ailleurs dans la relance de la filière : un accord historique conclu en mai 2011 entre le gouvernement et le groupe De Beers a donné naissance au holding Namdeb.

Reste que la Namibie, pays à revenu intermédiaire dont le PIB par habitant dépasse les 6000 dollars par an, demeure très dépendante de ses activités minières: plus de la moitié de ses exportations sont issuesdusous-sol.Ilenrésulteunegrande sensibilité à la conjoncture mondiale, de fortes disparités de revenus, et un taux de chômage qui dépasse 50 % de la population active. La Namibie reste l’une des sociétés les plus inégalitaires au monde, et un tiers de ses 2 millions d’habitants vit avec 1 dollar par jour. Ce déséquilibre est l’un des principaux défis à relever par le gouvernement de Hifikepunye Pohamba, réélu pour un second mandat en 2009 avec plus de 76 % des voix, alors que son parti, l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Swapo), conserve la majorité absolue au Parlement. D’autant que la Namibie est très vulnérable face au réchauffement climatique. Le pays est confronté à une hausse spectaculaire de sa température: celle-ci a augmenté trois fois plus vite que la température moyenne mondiale au cours des cent dernières années. Exode rural, baisse des revenus et même pénurie d’eau d’ici à 2020… telles sont les conséquences auxquelles est exposé le pays à court terme, selon une étude de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 1966 Rébellion de l’Organisation du peuple

du Sud-Ouest africain (Swapo), dirigée par Sam Nujoma, contre l’Afrique du Sud. ■ 21 mars 1990 Indépendance. Nujoma est

élu président, puis réélu en 1994 et 1999. ■ 2001 Nujoma s’engage à ne pas participer

à l’élection présidentielle. ■ 15-16 novembre 2004 Hifikepunye

Pohamba, candidat de la Swapo, devient président. Il est réélu le 28 novembre 2009.

Le pays en bref ■ Superficie 824 290 km2. ■ Population 2,3 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 1,8 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de population 3 hab./km2. urbaine 38,6 %. ■ Espérance de vie 61 ans. ■ Alphabétisation 88,5 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,625 ; rang : 120e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), afrikaans, allemand, ovambo, herero, damara. ■ Peuplement Ovambos, Kavangos, Hereros, Damaras, Bochimans… ■ Religions Christianisme. ■ Monnaie Dollar namibien. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 10,39 dollars namibiens ; 1 $ = 8,02 dollars namibiens. ■ PIB par habitant 6 087 $. ■ Répartition du PIB Primaire 9 % ; ■ Population

secondaire 33 % ; tertiaire 58 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 9

11,7

9,2

13

Taux de croissance (en %, à prix constants) 4,3 2008

-0,7 2009

4,8

3,6

2010

2011

■ Inflation 4,5 %. ■ Investissements

directs étrangers

858 millions de $. ■ Exportations

4,1 milliards de $.

■ Importations 5,4 milliards de $. ■ Principales ressources Mines (diamants,

or, argent, uranium), élevage et pêche. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


165

D

30 km AFRIQUE DU SUD

Mbabane

mauvaise gouvernance. Et le 12 avril 2011, des leaders d’organisations étudiantes et de syndicats qui manifestaient contre la mauvaise gestion du royaume ont été arrêtés. ACTIVITÉ LIMITÉE. Les perspectives

S WA Z I L A N D

En marge des fastes de la monarchie, l’aggravation de la crise financière a fait bien des dégâts au sein des services publics, menacés de paralysie faute de trésorerie. Le gouvernement a de plus en plus de mal à verser les salaires, comme le reconnaissait en mai le ministre des Finances, Majozi Sithole, tout en annonçant la suppression de 7 000 emplois dans la fonction publique en 2011. De quoi alimenter le mécontentement des agents de l’État, qui ont menacé d’arrêter de travailler si les traitements n’étaient pas payés dans les temps. Dans ce pays où grèves et autres mouvements sont à peine tolérés par le pouvoir, l’année 2010 a été émaillée d’émeutes destinées à dénoncer la

économiques, plutôt pessimistes, ne permettent pas d’entrevoir à brève échéance une amélioration du climat social miné par le chômage et la pauvreté. La croissance a fortement reculé en 2009, frappée par le ralentissement économique mondial qui a touché les secteurs tournés vers l’exportation, notamment le textile. Mais le pays a aussi connu des difficultés propres, avec une sécheresse prolongée et une baisse des investissements directs étrangers. En 2010, l’activité a repris, tout en restant limitée. Pour 2011, les projections officielles tablent sur une croissance de 1,9 % du PIB, alors que l’inflation devrait s’établir à 7,7 % (4,5 % selon la BAD), sous l’effet décalé du relèvement des tarifs de l’eau et de l’électricité constaté en 2010. Les difficultés d’accès à l’eau et le fort taux de prévalence du VIH continuent de pénaliser le pays. En effet, le Swaziland est constamment confronté à la sécheresse, et les ressources en eau sont pour l’essentiel affectées à la production de canne à sucre, principale recette d’exportation du pays. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 6 septembre 1968 Proclamation de

l’indépendance du royaume du Swaziland. ■ 12 avril 1973 Le roi Sobhuza II dissout le

Parlement et interdit les partis politiques. ■ 10 août 1983 La reine Ntombi est intronisée. ■ 25 avril 1986 Mswati III, son fils, devient roi. ■ 21 octobre 2003 Législatives boycottées

par l’opposition. ■ 16 octobre 2008 Barnabas Dlamini

devient Premier ministre.

Le pays en bref ■ Superficie 17 360 km2. ■ Population 1,2 million d’hab. ■ Croissance

démographique 1,5 %.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Densité

de population 69 hab./km2. ■ Population urbaine 21,3 %. ■ Espérance de vie 47,5 ans. ■ Alphabétisation 86,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,522 ; rang : 140e sur 187. ■ Langues Swazi, anglais (officielles), afrikaans, zoulou… ■ Peuplement Swazis, Zoulous, Tsongas, Shangaans… ■ Religions Christianisme, animisme. ■ Monnaie Lilangeni. ■ Parité au 1.1.2012 1 € = 10,40 lilangenis ; 1 $ = 8,02 lilangenis. ■ PIB par habitant 3 332 $. ■ Répartition du PIB Primaire 7 % ; secondaire 50 % ; tertiaire 43 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 2,8

3

3,9

3,7

Taux de croissance (en %, à prix constants) 3,1

1,2

2008

2009

2

-2,1

2010

2011

■ Inflation 4,5 %. ■ Investissements

directs étrangers

93 millions de $. ■ Exportations

1,6 milliard de $.

■ Importations 1,7 milliard de $. ■ Principales ressources Charbon,

agroalimentaire (sucre), élevage, tourisme. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

NAMIBIE - SWAZILAND

ernière monarchie absolue du continent, le Swaziland, enclavé dans l’Afrique du Sud, vit quasiment ignoré du reste du monde. Sauf quand les frasques de son roi, Mswati III, défraient la chronique. Récemment, les Swazis ont appris le bannissement de la douzième épouse du roi, Nothando Dube, mère de trois enfants. Chacun sait qu’elle paie la relation extraconjugale entretenue avec un ministre, limogé depuis. Reste que les excès du monarque coûtent cher et que la santé économique précaire du royaume ne peut plus les supporter. Le 19 avril 2011, le souverain a dû annuler les festivités prévues pour son anniversaire. Au mois de juin suivant, c’est aux célébrations du jubilé d’argent qu’il a renoncé. En septembre, en revanche, pour la fête des Roseaux, les Swazis ont été surpris de le voir maintenir les cérémonies. À cette occasion, de jeunes filles aux seins nus dansent devant le roi, qui désigne celle qui viendra compléter son harem. Pour financer l’événement, il n’avait pas le choix : le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque africaine de développement (BAD) lui ayant refusé le moindre dollar, il s’est tourné vers son puissant voisin sud-africain, qui lui a prêté quelque 2,5 milliards de rands (260 millions d’euros).

MOZAMBIQUE

Le roi s’amuse, le peuple gronde

AFRIQUE AUSTRALE

Swaziland


Afrique australe

Zambie

L’alternance ne résout pas tout

S

ur le continent, les alternances démocratiques restent assez rares pour être signalées. Mais en Zambie, cela devient la règle. En septembre 2011, le pays a réussi la deuxième de son histoire en portant à la présidenceMichaelSata,unopposantqui, à 74 ans, était candidat pour la quatrième fois. La nouvelle pourrait faire passer ce pays d’Afrique australe pour un havre de tranquillité. C’est encore loin d’être le cas. Le sortant, Rupiah Banda, en sait quelque chose. Après avoir hissé la croissance à 7,6 % en 2010, puis à 6,7 % en 2011 (avec l’aide de la flambée des cours du cuivre, dont la Zambie est le premier producteur du continent), il a été impitoyablement évincé. Il est vrai que 60 % des Zambiens vivent encore au-dessous du seuil de pauvreté, et les inégalités croissantes ont alimenté la colère. IMPATIENCE. La verve légendaire de Sata

luiapermisdecapterlemécontentement. Mais pas de l’apaiser. Peu après sa victoire, des grèves sauvages perturbaient les mines, et la plus importante subissait encore des arrêts de travail début 2012. L’impatience est d’autant plus grande que Sata voulait changer la vie de ses compatriotes en quatre-vingt-dix jours. Le délai n’a bien sûr pas été tenu, mais on ne peut pas reprocher à Sata d’être timoré.

TANZANIE

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

MALAWI

166

Ndola

ZAMBIE

ANGOLA

NAM.

Lusaka

BOTSWANA

MOZAMBIQUE ZIMBABWE

200 km

Au lendemain de l’élection, de nombreux hauts fonctionnaires ont été licenciés au nom de la lutte contre la corruption, tandis qu’un comité était nommé pour rédiger une nouvelle Constitution. Le travers du président serait plutôt de confondre vitesse et précipitation. Après avoir décrété, en octobre 2011, l’arrêt des exportations de produits miniers le temps de réformer le secteur, le gouvernement a dûrenoncerdeuxjoursplustard.Ilatoutefoissuspendupendantcinqmoisl’attributiondenouvelleslicencesd’exploitationen attendant la mise en place de procédures plus contraignantes. Il lui faut se hâter: si la Zambie veut doubler sa production de cuivre d’ici à 2016, elle doit attirer 5 milliards de dollars (3,8 milliards d’euros) d’investissements supplémentaires. Pour cela, Lusaka ne peut pas se passer de la Chine, qui avait injecté 1 milliard de

dollars dans l’économie en 2010. Là aussi, Michael Sata, autrefois célèbre pour ses diatribes à la limite de la sinophobie, a su policer son discours pour ne pas trop déplaire à Pékin. Endépitdel’impressiond’amateurisme un temps donnée par le nouveau gouvernement, son programme économique n’est pas déraisonnable. Il prévoit de porter la dépense publique à 26,5 % du PIB cette année (contre 21 % en 2011) en augmentant les budgets de l’éducation et de la santé, et en mettant à contribution le secteur minier. Les royalties sur l’extraction de métaux ont déjà doublé, passant de 3 % à 6 % dans le budget 2012. Et il reste des marges de manœuvre : le secteur minier ne contribuait jusque-là qu’à 10 % des recettes fiscales, alors qu’il représente plus de 75 % des exportations en valeur. D’abord inquiets, les milieux d’affaires paraissent aujourd’hui plus sereins: si le kwacha, la monnaie nationale, a plongé après la victoire de Sata, il a débuté l’année 2012 à un niveau jamais atteint en 2011, et Standard & Poor’s a maintenu sa note des bons du Trésor zambien à B+ avec uneperspectivestable.LaZambiedispose des moyens nécessaires pour financer des réformes ambitieuses. D’après le FMI, le pays devrait connaître une croissance de 6,7 % en 2012. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Densité

■ 24 octobre 1964 Indépendance de la

Rhodésie du Nord, qui devient la Zambie. ■ 31 octobre 1991 Frederick Chiluba est élu

président. ■ 27 décembre 2001 Levy Mwanawasa est

élu président. Il meurt le 19 août 2008. ■ 30 octobre 2008 Rupiah Banda lui succède. ■ 20 septembre 2011 Michael Sata est élu

président. ■ 12 février 2012 Victoire à la CAN de football.

Le pays en bref ■ Superficie 752 610 km2. ■ Population 12,9 millions d’hab. ■ Croissance

démographique 1,6 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

de population 18 hab./km2. urbaine 35,9 %. ■ Espérance de vie 45 ans. ■ Alphabétisation 70,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,43 ; rang : 164e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), bemba, nyanja, tonga, lozi, kilunda, luvale… ■ Peuplement Tongas, Lozis, Nyanjas, Bembas… ■ Religions Christianisme, animisme. ■ Monnaie Kwacha zambien. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 6535,35 kwachas zambiens ; 1 $ = 5043,95 kwachas zambiens. ■ PIB par habitant 1 355 $. ■ Répartition du PIB Primaire 22 % ; ■ Population

secondaire 34 % ; tertiaire 44 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 14,6

16,2

12,8

18,4

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,7 2008

6,4

7,6

6,7

2009

2010

2011

■ Inflation 7,9 %. ■ Investissements

directs étrangers

1 milliard de $. ■ Exportations

7,2 milliards de $.

■ Importations 5,3 milliards de $. ■ Principales ressources Cuivre, cobalt,

pierres précieuses, tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


167

L

ZAMBIE

Harare

BOTSWANA 200 km

Bulawayo AFRIQUE DU SUD

MOZAMB.

Océan Indien

ZIMBABWE

de l’Afrique australe (SADC). Le Premier ministre, Morgan Tsvangirai, y est très encadré par les membres de la Zanu-PF, mais cela ne suffit pas au camp Mugabe. Car, au Zimbabwe, c’est le président contesté qui appelle à la tenue d’élections, tandis que l’opposition et la communauté internationale freinent des quatre fers. C’est que Robert Mugabe n’a rien lâché des postes clés de la police, de l’armée et des services de renseignements, à sa disposition en période électorale. Outre la réforme sécuritaire, Tsvangirai réclame celle des médias et l’adoption de la nouvelle Constitution avant d’envisager des élections. On voit mal en effet ce qui pourraitempêcherunscénariosimilaireàcelui de 2008 de se reproduire. Les supporteurs

de 2008, « Comrade Bob » a été mal élu. En effet, les partisans de la Zanu-PF, dont le candidat avait été devancé au premier tour par le chef de l’opposition, Morgan Les partisans du Premier ministre, Tsvangirai, du Mouvement Morgan Tsvangirai, sont toujours pour le changement démovictimes d’arrestations arbitraires. cratique (MDC), s’étaient à tel point déchaînés contre leurs adversaires que celui-ci avait jeté de Mugabe s’en prennent toujours aux partisans du Premier ministre, également l’éponge. victimes d’arrestations arbitraires. INCERTITUDES. Quatre ans après le scruTant d’incertitudes font craindre pour tin et la crise politique qui s’est ensuivie, le l’économie du pays, qui a réussi, ces derZimbabwe est toujours dirigé par le gounières années, un redressement vigouvernement d’union nationale transitoire, reux, mais fragile. Après une croissance formé en février 2009 après la médiation de 9 % en 2010, le PIB a progressé de 6 % de la Communauté de développement en 2011, d’après le Fonds monétaire ● ● ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 18 avril 1980 Indépendance totale. Robert

Mugabe devient Premier ministre. ■ 31 décembre 1987 Mugabe, fondateur de l’Union nationale africaine du ZimbabweFront patriotique (Zanu-PF), élu président. ■ 29 mars 2008 L’opposition remporte les législatives et Mugabe est devancé au premier tour de la présidentielle. Violente répression. Le 27 juin, Mugabe est réélu. ■ 15 septembre 2008 Signature d’un accord de partage du pouvoir. ■ 11 février 2009 Morgan Tsvangirai est nommé Premier ministre.

Le pays en bref

■ Superficie 390 760 km2. ■ Population 12,6 millions d’hab. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

■ Croissance

démographique 0,8 %. de population 32 hab./km2. ■ Population urbaine 38,8 %. ■ Espérance de vie 51,4 ans. ■ Alphabétisation 91,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,376 ; rang : 173e sur 187. ■ Langues Anglais (officielle), shona, ndébélé… ■ Peuplement Shonas, Ndébélés, Blancs… ■ Religions Christianisme. ■ Monnaie Dollar du Zimbabwe. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 484 dollars du Zimbabwe ; 1 $ = 373 dollars du Zimbabwe. ■ PIB par habitant 735 $. ■ Répartition du PIB Primaire 18 % ; secondaire 29 % ; tertiaire 53 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 4,4

5,8

7,5

9,2

Taux de croissance (en %, à prix constants) -17,7 2008

6

9

6

2009

2010

2011

■ Inflation 4,9 %. ■ Investissements

directs étrangers 105 millions de $. ■ Exportations 2,5 milliards de $. ■ Importations 3,8 milliards de $. ■ Principales ressources Tabac, coton, maïs, élevage, diamant, nickel, or, cuivre, charbon. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

ZAMBIE - ZIMBABWE

e doyen des chefs d’État du continent, qui dirige le Zimbabwe depuis son indépendance, en 1980, a fêté son 88e anniversaire en février. Il n’a plus, bien sûr, l’énergie qui lui a permis de tenir dans les geôles de Ian Smith, l’ex-leader du gouvernement blanc de Rhodésie du Sud, ou dans les camps de guérilleros au Mozambique voisin, lorsqu’il luttait pour la libération. Mais, surtout, d’après les révélations de WikiLeaks, Robert Mugabe serait atteint d’un cancer de la prostate métastasé qui pourrait l’emporter avant fin 2013. Harare, évidemment, dément. Mais la fréquence de ses séjours médicaux à Singapour, officiellement pour soigner une cataracte, ne rassure guère ses partisans. Car Robert Mugabe en a encore un grand nombre; il ne faudrait pas enterrer trop vite celui qui a démontré son don pour la survie politique. En particulier entre 2000 et 2008, lorsque l’économie de son pays, autrefois prospère, s’effondrait, perdant au total près de la moitié de sa production. Reconduit en 2011 à la tête de son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), cet homme politique hors norme a encore un défi à relever : remporter l’élection présidentielle. Lors du scrutin

MALAWI

L’équation Mugabe

AFRIQUE AUSTRALE

Zimbabwe


168

Afrique australe ● ● ● international (FMI). L’hyperinflation des années 2000 a été maîtrisée grâce à l’introduction du dollar américain comme l’une des monnaies d’échange zimbabwéennes. La production agricole s’est elle aussi améliorée : le secteur connaît une croissance à deux chiffres depuis 2010. Mais, compte tenu du climat politique, les investisseurs restent dans l’expectative. Et les mesures du camp présidentiel ne les rassurent pas : les entreprises étrangères au capital de plus de 500 000 dollars (381 000 euros) doivent transférer au moins 51 % de leurs actions à des Zimbabwéens sous peine de fortes amendes ou de retrait de leurs licences. Du coup, selon le FMI, la croissance serait de 3,1 % en 2012, loin des prévisions officielles (de 7,8 % à 9 %) et de ce qui permettrait de faire face à la dette (118 % du PIB fin 2010) ou de résorber le chômage (94 % de la population active en 2009). Dans un autre contexte, les bonnes nouvelles du secteur minier apparaîtraient comme une bouée de sauvetage.

un faiseur de rois. Vétéran de la lutte de libération nationale devenu businessman, il est décédé dans l’incendie de sa résidence. La vice-présidente Joyce Mujuru, leader de la faction modérée du parti, y a non seulement perdu son mari, mais aussi un précieux soutien contre la frange Aucun prétendant n’a encore osé s’attaquer au patriarche, qui reste radicale. Pour celle-ci, c’est le ministre de la Défense, le meilleur atout de la Zanu-PF. Emmerson Mnangagwa, qui fait figure de prétendant le en novembre 2011. Le cours du platine plus sérieux, même si ceux de la Sécurité (dont le pays est le troisième producteur nationale (Sydney Sekeramayi) et de la mondial) reste à un niveau très élevé et Jeunesse et de l’Indigénisation (Saviour la production d’or est stimulée par la Kasukuwere) sont aussi cités. L’intégrité découverte de filons près de KweKwe de la Zanu-PF, qui pourrait voir son aile (centre). modérée tentée par une alliance avec le Mais ces perspectives sont pour la MDC, s’en trouve menacée. Mais à ce jour aucun prétendant n’a Zanu-PF autant d’occasions de s’enrichir. osé s’attaquer au patriarche, qui reste L’appétit de ses « éléphants », déjà stimulé considéré par la Zanu-PF comme son parlafuturesuccessiondeRobertMugabe, meilleur atout pour les prochaines élecne peut qu’en être aiguisé. La lutte interne a paru s’accélérer en août 2011 avec la tions. Mugabe a beau être affaibli, isolé et mort, dans des circonstances troubles, à la tête d’un parti divisé, il est, encore et de Solomon Mujuru, présenté comme toujours, au centre du jeu zimbabwéen. ● Le commerce des diamants issus du champ de Marange (qui peut fournir à lui seul plus du quart de la production annuelle mondiale) a été réautorisé par le processus de Kimberley (qui vise à éviter le financement de groupes armés)

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Victoria

TANZANIE

SEYCHELLES

Océan Indien

169

COMORES ZAMBIE

Moroni

Antsiranana (Diégo-Suarez)

Mayotte

Mahajanga

MOZAMBIQUE

Antananarivo

Can a

ZIMBABWE

l de

Mo

zam

biq

ue

(FRANCE)

Toamasina (Tamatave)

MADAGASCAR Fianarantsoa

MAURICE Port-Louis

Saint-Denis La Réunion (FRANCE)

Toleara (Tuléar) 300 km

Océan Indien

Les regards convergent vers Tana

A

près les élections à la fois calmes et transparentes qu’ont connues Maurice et les Comores durant l’année 2010, ce fut au tour des Seychellois de se rendre aux urnes, en 2011. À l’issue d’un scrutin sans suspense, James Michel, candidat du Front progressiste du peuple seychellois (SPPF), a été réélu en mai dernier à la tête de l’archipel avec 55 % des suffrages. Mais c’est Madagascar qui, une fois de plus, a focalisé toute l’attention. La Haute Autorité de la transition a établi une feuille de route pour des élections générales crédibles et acceptables par tous. Après la signature de celle-ci par la majorité des formations politiques nationales, le chef de l’État,Andry Rajoelina, souhaite que la présidentielle – à laquelle il compte se présenter – soit organisée avant la fin de décembre 2012. Mais cette échéance reste à confirmer. D’autant que les différentes médiations peinent à donner des résultats.

L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

170 Comores 172 Madagascar 174 Maurice 176 Seychelles JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

OCÉAN INDIEN

MALAWI

Dzaoudzi


170

Océan Indien

Comores

Un président anticorruption

C

hangement de style à la tête de l’État. Le 26 mai 2011, Ikililou Dhoinine, un discret pharmacien de 49 ans, a succédé à Ahmed Abdallah Sambi, un orateur prompt à enflammer les foules. Cinq ans après son élection triomphale, et un an après la fin théorique de son mandat, ce dernier a fini par passer la main à son ancien vice-président. Il ne s’agissait là que de la deuxième alternance pacifique (la première a eu lieu en 2006) depuis l’indépendance, acquise en 1975. Et Dhoinine est le premier président originaire de Mohéli, la plus petite des trois îles qui forment l’Union des Comores. Depuis son arrivée au pouvoir, il s’est attelé à pacifier la vie politique, très mouvementée sous l’ère Sambi. Dhoinine a pris soin d’éviter les conflits de compétence avec les gouverneurs, investis en mai, et de ne pas froisser l’opposition, assez discrète depuis les dernières élections. Il a également entrepris de renouer le dialogue avec la France pour trouver une solution à la question de Mayotte, la quatrième île de l’archipel administrée par l’ancienne puissance coloniale. Dhoinine s’est surtout attaché à tenir ses engagements de campagne. Dès le mois de juin, le Parlement a voté une loi anticorruption. Une Commission

de tous les agents rémunérés par l’État. Une loi de finances rectificative votée en juin 2011 a également réduit la masse salariale de la fonction publique.

NGAZIDJA (GRANDE COMORE) Moroni

Océan Indien

COHÉSION. Malgré des « faiblesses » dans

COMORES

NDZUANI Mutsamudu (ANJOUAN)

MWALI (MOHÉLI)

Dzaoudzi MAORÉ (MAYOTTE) (France)

30 km

nationale de prévention et de lutte contre la corruption et un numéro vert ont vu le jour. Deux affaires ont depuis défrayé la chronique : un énorme scandale, en juin 2011, à la Société nationale des postes et services financiers et, en janvier 2012, la condamnation à cinq ans d’emprisonnement, dont deux ferme, d’un dignitaire religieux convaincu d’avoir tenté de soudoyer un fonctionnaire. Le président a par ailleurs entrepris d’assainir les finances publiques – condition indispensable pour obtenir l’effacement d’une partie de la dette extérieure en 2012 dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Première étape: le recensement

la mise en œuvre de ce programme, un représentant du Fonds monétaire international (FMI) a noté fin 2011 « davantage de cohésion » que par le passé. Mais la situation économique de l’archipel reste précaire. Avec une croissance supérieure à 2 % en 2011 selon le FMI, et une inflation maîtrisée, les Comores font encore partie des pays les moins avancés. Le secteur privé est embryonnaire, le tourisme ne décolle pas et le pays dépend toujours autant de sa diaspora et des aides extérieures. Une lueur d’espoir : le 16 février 2012, le Fonds monétaire arabe (FMA) a décidé d’alléger de 50 % la dette des Comores (soit environ 410000 euros). Plutôt avare en événements sociaux et politiques – hormis une tentative de déstabilisation du régime déjouée en novembre –, l’année a été marquée par des drames. En août, une soixantaine de personnes ont péri dans un naufrage au large de la Grande Comore. Et, en janvier 2012, le viol et le meurtre de deux femmes ont créé l’émoi et relancé le débat sur la peine de mort. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 7 juin 1975 L’archipel, à l’exception de

Mayotte, accède à l’indépendance. ■ Août 1997 Les îles d’Anjouan et de Mohéli

tentent de faire sécession. ■ 14 avril 2002 Azali Assoumani est élu

président de l’Union des Comores. ■ 14 mai 2006 Ahmed Abdallah Sambi est élu président. ■ 26 mai 2011 Élu le 26 décembre 2010, Ikililou Dhoinine devient président.

Le pays en bref

■ Population

urbaine 28,3 %.

■ Espérance

de vie 61,1 ans.

■ Alphabétisation 74,15 %. ■ Indice

■ Peuplement Bantous, Arabes,

Malgaches… ■ Religion Islam.

0,6

0,6

Taux de croissance (en %, à prix constants) 1 2008

1,8 2009

2,1

2,2

2010

2011

■ Monnaie Franc comorien. ■ Parité

au 1er janv. 2012 1 € = 491,97 francs comoriens ; 1 $ = 379,50 francs comoriens.

■ Population 734 750 hab.

■ Répartition

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

0,5

■ Langues Français, arabe, comorien (off.).

■ PIB

démographique 2,6 %. ■ Densité de population 309 hab./km2.

0,5

de développement humain

(2011) IDH : 0,433 ; rang : 163e sur 187.

■ Superficie 2 230 km2. ■ Croissance

PIB (en milliards de dollars, à prix courants)

par habitant 583 $.

du PIB Primaire 46 % ; secondaire 12 % ; tertiaire 42 %.

■ Inflation 2,9 %.

■ Investissements

directs étrangers

9 millions de $. ■ Exportations 18 millions de $. ■ Importations 190 millions de $. ■ Principales ressources Noix de coco,

girofle, ylang-ylang, vanille, tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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172

Océan Indien

Madagascar

Bientôt les élections?

T

rois ans après la chute de Marc Ravalomanana et la prise du pouvoir par Andry Rajoelina avec le soutien d’une partie de l’armée, la crise politique perdure à Madagascar. Certes, la situation s’est relativement décantée à la fin de 2011. Mais elle restait précaire au premier trimestre 2012, sujette aux incessants revirements de la classe politique et à un hypothétique come-back du président déchu. À plusieurs reprises, Ravalomanana a a n n o n c é s o n re t o u r d e p u i s Johannesburg, où il s’est réfugié après sa fuite en mars 2009. Sa dernière tentative a bien failli anéantir les avancées obtenues dans la douleur en 2011. Le 21 janvier 2012, l’ex-président (20022009) a embarqué dans un avion de la compagnie sud-africaine Air Link, direction Antananarivo. Mais après plusieurs heures dans les airs, l’appareil a dû faire demi-tour. Selon la Haute Autorité de la transition (HAT) malgache, il a été proposé à la compagnie aérienne de poser son avion à l’aéroport secondaire de Morondava, à l’ouest de la Grande Île. Là, Ravalomanana aurait pu être arrêté en toute discrétion, loin de la foule de ses partisans venue l’accueillir à Tana, en vertu du mandat d’arrêt émis contre lui après plusieurs condamnations par la justice malgache.

COMORES

Antananarivo

Toamasina Océan Indien

MADAGASCAR 300 km

MAURICE LA RÉUNION (France)

le 24 novembre 2011. Condamné en 2003, un an après sa fuite, à dix ans de travaux forcés, il a négocié son immunité avec les autorités de la transition, et ce malgré son statut d’opposant et son refus de signer la feuille de route, pourtant paraphée par dix des onze mouvances reconnues par la SADC. Après des mois de hauts et de bas dans les pourparlers, de sommets et de contre-sommets, et d’allers et retours entre Tana et le continent pour les médiateurs, un accord a en effet été conclu le 16 septembre 2011. Ce document, dénommé « feuille de route », présenté une première fois en janvier 2011 par le médiateur en chef, le Mozambicain Leonardo Simão, et d’abord combattu par l’opposition, a été retouché à plusieurs reprises avant d’être validé par la

Après ce énième rebondissement, la mouvance de l’ex-homme fort du pays a immédiatement suspendu sa participation aux institutions qui avaient été mises sur pied à l’issue d’âpres discussions quelques mois plus tôt. La Communauté Après des mois de hauts et de bas de développement dans les pourparlers, un accord d’Afrique australe a été conclu en septembre 2011. (SADC), chargée de la médiation, a réagi en organisant un sommet d’urgence à SADC et paraphé par dix mouvances. Pretoria, dont l’objectif était de renouer Conséquence de cet accord : le Premier le dialogue. ministre, Camille Vital, en poste depuis Deux mois plus tôt, un autre exilé de près de deux ans, et les membres de renom avait, lui, réussi à rentrer au pays. son gouvernement ont démissionné. Après plus de neuf ans d’exil en France, Le 28 octobre, Rajoelina a nommé à sa Didier Ratsiraka a regagné sa terre natale place un homme de consensus : Omer

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Population 20,7 millions d’hab.

■ 26 juin 1960 Indépendance. ■ 14 juin 1975 Didier Ratsiraka est élu

président. Réélu en 1982 et 1989, il quitte le pouvoir en 1993 et y revient en 1997. ■ Décembre 2001 Marc Ravalomanana se

proclame vainqueur de la présidentielle contre Ratsiraka, qui s’exile en juillet 2002. ■ 17 mars 2009 Ravalomanana (réélu en

2006) transfère le pouvoir à un directoire militaire, qui le confie à Andry Rajoelina. ■ 16 septembre 2011 Signature d’une

« feuille de route » pour la sortie de crise.

Le pays en bref ■ Superficie 587 040 km2. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Croissance

démographique 2,9 %. de population 34 hab./km2. ■ Population urbaine 30,6 %. ■ Espérance de vie 66,7 ans. ■ Alphabétisation 64,5 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,48 ; rang : 151e sur 187. ■ Langues Malgache, français. ■ Peuplement Merinas, Betsimitsarakas, Betsileos, Sakalavas. ■ Religions Christianisme, animisme. ■ Monnaie Ariary. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 2856,64 ariarys ; 1 $ = 2204,74 ariarys. ■ PIB par habitant 428 $. ■ Répartition du PIB Primaire 29 % ; secondaire 16 % ; tertiaire 55 %. ■ Densité

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 9,4

8,6

9,4

8,8

Taux de croissance (en %, à prix constants) 7,1 2008

-3,7

0,6

1

2009

2010

2011

■ Inflation 9,6 %. ■ Investissements

directs étrangers

860 millions de $. ■ Exportations 1,1 milliard de $. ■ Importations 2,7 milliards de $. ■ Principales ressources Agriculture, mines. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


173

qui traversent la société, les mouvements d’humeur se sont multipliés à la fin de 2011. En décembre, les magistrats ont entamé une grève sans précédent, pour protester contre la mort de l’un des leurs, probablement tué par les coups de policiers qui protestaient contre l’incarcération de l’un d’entre eux. Pendant plusieurs semaines, les tribunaux n’ont pas fonctionné. En janvier, ce sont les sous-officiers de l’armée qui ont menacé de descendre à nouveau dans la rue, mécontents de voir les promesses d’amélioration de leur condition non tenues. Dans le même temps, les enseignantschercheurs se sont mis en grève et ont demandé la démission du ministre des Finances, en raison d’indemnités non payées. Dans ce contexte incertain, la reconnaissancedesautoritésdelatransitionpar les capitales étrangères a tardé. Sans surprise, la France a été la première à reconnaître le régime. Le 7 décembre 2011, Nicolas Sarkozy a reçu Rajoelina avec les L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012

américain de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa). En deux ans, 30 % des entreprises de la filière auraient eu à fermer, et entre 25 000 et 50 000 emplois directs auraient été détruits. IMMOBILISME. Le paysage social est

plus alarmant encore. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, a déploré en juillet 2011 le régime de sanctions imposé au pays. « À Madagascar, un habitant sur deux est en situation d’insécurité alimentaire, a-t-il estimé. Les sanctions internationales que subit l’île et l’immobilisme Signe des tensions qui traversent la gouvernemental ont société, les mouvements d’humeur clairement aggravé la se sont multipliés à la fin de 2011. donne. » Selon l’Institut national de la statismajeur du conflit, l’Afrique du Sud a tique, 76 % des 21 millions de Malgaches également tendu la main à la transition, vivent dans une extrême pauvreté, contre en invitant Rajoelina aux célébrations du 68 % en 2005. Le nombre d’enfants non scolarisés a augmenté de plus de 50 % centenaire de l’ANC. Mais, tout comme entre 2008 et 2009, alors que dans le les États-Unis, Pretoria attendait, début secteur de la santé plus de 200 centres 2012, des actes forts (comme le retour ont dû fermer en janvier 2012, faute de de Ravalomanana) pour reconnaître moyens. officiellement le régime. Malgré tout, des signes d’espoir sont Le retour des aides est primordial pour visibles. Le secteur minier reste flole pays. Avant la crise, les bailleurs de rissant : cinq grands projets devraient fonds fournissaient près de 45 % du buddébuter en 2012. La pêche crevettière get de l’État. Depuis trois ans, celui-ci survit avec les moyens du bord – la dépense a aussi obtenu de bons résultats, tout comme le tourisme. Le FMI table ainsi publique a chuté de 13 % entre 2010 sur une croissance de 4,7 % en 2012. et 2011. L’économie est exsangue. Selon Face à l’extrême précarité de la majole Fonds monétaire international (FMI), rité des Malgaches, le gouvernement a la croissance, en 2011, est restée faible pris des mesures d’urgence, comme la (+ 1 %), bien en deçà des prévisions réduction des tarifs médicaux et du prix (+ 2,8 %) du début d’année. Le secteur agricole a connu une année des médicaments, ou le lancement d’un difficile, en raison notamment d’une programme de logements sociaux pour invasion de criquets. L’industrie textile, les classes moyennes qui devrait perelle, est au point mort depuis la suspenmettre la construction de 10000 maisons sion de Madagascar par le programme ou appartements à bas coût. l

LE BASKET POUR EXISTER CE FUT L’UN DES RARES MOMENTS d’éclaircie pour les Malgaches: en août 2011, le pays a organisé pour la première fois de son histoire l’Afrobasket, l’équivalent de la Coupe d’Afrique des nations de football. L’équipe nationale n’a guère brillé, mais l’essentiel – surtout pour le régime de transition – était ailleurs: il s’agissait de rappeler au continent que le pays a encore les moyens d’organiser une grande manifestation. En 2009, l’île était censée accueillir le sommet de l’Union africaine, et, en 2010, celui de la Francophonie, mais le coup de force de Rajoelina et l’exclusion internationale qui suivit l’en empêchèrent. Pour le régime de la transition, l’Afrobasket, qui devait initialement se tenir en Côte d’Ivoire, était donc une aubaine. Les autorités n’ont pas lésiné sur les moyens, d’abord pour accueillir la compétition, puis pour l’organiser… et en faire un argument sur le plan international. l JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N O 30

MADAGASCAR

PROTESTATIONS. Signe des tensions

honneurs réservés aux chefs d’État. Au cours de cette première visite officielle en France, le président de la transition a signé avec l’Agence française de développement (AFD) deux conventions de dons d’un montant total de 10 millions d’euros. En janvier, l’Union européenne (UE), auparavant très critique envers le régime transitoire, a également franchi le pas en envoyant son représentant à Madagascar, Leonidas Tezapsidis, présenter ses lettres de créance au président. L’UE a toutefois conditionné le retour des aides à l’organisation d’élections. Acteur

OCÉAN INDIEN

Beriziky, un diplomate inconnu de la plupart des Malgaches, dont le nom a été proposé par Albert Zafy. Beriziky a alors créé un gouvernement d’union nationale, composé notamment de ministres issus de la mouvance Ravalomanana, mais déserté par les hommes de Zafy : celuici, après avoir signé la feuille de route, a refusé de participer aux institutions de la transition, exigeant auparavant le règlement des questions relatives, entre autres, à l’amnistie et au retour des exilés. Les deux institutions parlementaires de la transition ont également accueilli des pro-Ravalomanana. Un gentleman’s agreement a permis aux deux principales tendances de se partager les attributions: la mouvance Ravalomanana a obtenu la présidence du Congrès de la transition (la chambre basse), avec l’élection de Mamy Rakotoarivelo ; la mouvance Rajoelina a conservé celle du Conseil supérieur de la transition (la chambre haute), avec la confirmation à son poste du général à la retraite Dolin Rasolosoa. Une fois réglées ces contingences, Andry Rajoelina a fixé comme priorité l’organisation d’élections pour en finir avec la transition. Mais le chemin jusqu’au premier scrutin depuis le début de la crise (hormis le référendum constitutionnel de novembre 2010) est semé d’embûches, tant politiques que sociales.


174

Océan Indien

Maurice

Ramgoolam gouverne à vue

I

l n’y a pas eu d’élection en 2011 à Maurice, mais le paysage politique a beaucoup évolué. La coalition issue des législatives de mai 2010 n’a pas survécu à « l’affaire MedPoint », un scandale politico-financier qui a mis en cause la ministre de la Santé, Maya Hanoomanjee. Issue du Mouvement socialiste militant (MSM) – principal allié du Parti travailliste, majoritaire, du Premier ministre –, Hanoomanjee est soupçonnée d’avoir favorisé la surévaluation du prix d’une clinique privée rachetée par l’État. Son arrestation, le 22 juillet 2011, a détruit le fragile château de cartes que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait bâti en 2010. En guise de protestation, les six ministres estampillés MSM, dont celui des Finances, Pravind Jugnauth, ont démissionné pour rejoindre l’opposition. Depuis, Ramgoolam gouverne à vue. Il ne dispose plus que d’une courte majorité au Parlement (36 sièges, contre 33 pour l’opposition) et sa position a été un peu plus fragilisée encore par la démission, le 30 mars 2012, du chef de l’État, Sir Arnerood Jugnauth (82 ans). « Je ne suis pas d’accord avec la philosophie du gouvernement et la manière dont le pays est dirigé », a expliqué celui qui présidait le pays depuis 2003 et qui comptait ainsi prendrelatêtedelacoalitiond’opposition.

2010, la production devrait à nouveau chuter de 2 % en 2011. D’autres données inquiètent: le chômage (7,8 %) reste élevé, les investissementsdirectsétrangerschutent(–25%par rapport à 2010) et l’inflation est en hausse.

Port-Louis

Océan Indien

MAURICE

10 km

Océan Indien

Sur le plan économique, l’année 2011 a été moins agitée. Même si la stagflation guette, et malgré la crise de l’euro, l’économie affiche toujours une bonne santé. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le taux de croissance est le même qu’en 2010 (+ 4,2 %). D’après les autorités, tous les secteurs profitent de cette dynamique, à commencer par les industries manufacturières (+ 3,5 %) et l’intermédiation financière (+ 5,5 %). Bien que contrasté, le bilan du secteur touristique est lui aussi positif : le nombre de visiteurs est passé de 934000 à 980000 en un an – mais les professionnels craignentuneannée2012difficile.Seulela canne à sucre, filière historique, poursuit son déclin : après une baisse de 6,4 % en

BON ÉLÈVE. Maurice reste toutefois le bon élève libéral du continent, notamment selon le palmarès « Doing Business » de la Banque mondiale (23e) et l’indice Mo Ibrahim sur la bonne gouvernance. En 2011, l’île a poursuivi sa coopération avec les pays africains et asiatiques, et s’est rapprochée de la Turquie, avec la signature d’un accord de libre-échange et la perspective d’un accord-cadre dans le domaine économique. Port-Louis veut désormais étendre son influence diplomatique, et compte pour ce faire sur la Commission de l’océan Indien. Longtemps moribonde, l’organisation a refait parler d’elle en tentant de dénouer la crise malgache en 2011. Or, pour la première fois depuis sa création, un Mauricien, Jean-Claude de L’Estrac, en deviendra le secrétaire général, en juillet 2012. Maurice compte aussi lutter contre la piraterie dans l’océan Indien. En décembre 2011, le Parlement a adopté une loi en ce sens. Ramgoolam a en outre annoncé la construction d’une prison spéciale pour les pirates. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie

■ Population 1,3 million d’hab.

■ 12 mars 1968 Indépendance. ■ 1er mars 1993 La République est proclamée. ■ 2001 Principe de la présidence tournante

adopté par le Mouvement socialiste militant d’Anerood Jugnauth et le Mouvement militant mauricien de Paul Bérenger. ■ 7 octobre 2003 Jugnauth devient

président et Bérenger, Premier ministre. ■ 5 mai 2010 Le Parti travailliste du Premier

ministre, Ramgoolam, gagne les législatives. ■ 30 mars 2012 Le président Jugnauth

démissionne.

Le pays en bref ■ Superficie 2 040 km2. JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Croissance

démographique 0,5 %. ■ Densité de population 636 hab./km2. ■ Population urbaine 41,9 %. ■ Espérance de vie 73,4 ans. ■ Alphabétisation 87,9 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,728 ; rang : 77e sur 187. ■ Langues Anglais (off.), créole, français, hindi. ■ Peuplement Indiens (Vaish), Créoles… ■ Religions Hindouisme, christianisme, islam. ■ Monnaie Roupie mauricienne. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 36,15 roupies ; 1 $ = 27,90 roupies. ■ PIB par habitant 8 520 $. ■ Répartition du PIB Primaire 4 % ; secondaire 29 % ; tertiaire 67 %.

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 9,6

8,8

9,7

11

Taux de croissance (en %, à prix constants) 5,5 2008

3 2009

4,2

4,2

2010

2011

■ Inflation 2,9 %. ■ Investissements

directs étrangers

430 millions de $. ■ Exportations 2,2 milliards de $. ■ Importations 4,4 milliards de $. ■ Principales ressources Industrie textile,

agro-industrie (sucre) et tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


176

Océan Indien

Seychelles

La menace pirate

U

n président omniprésent et disposantd’unemajoritéabsolue dans une assemblée sans opposants: à première vue, les Seychelles de 2012 ressemblent furieusement à celles des années 1980, lorsque régnait le parti unique, le Front progressistedupeupleseychellois(SPPF).Lepouvoir actuel n’a pourtant plus grand-chose à voir avec l’ancien régime. Aujourd’hui, son président est un homme bien élu. Comme attendu, James Michel a rempilé pour cinq ans (et pour un ultime mandat) à la tête du pays. Le 21 mai 2011, le président sortant a été réélu à l’issue d’une campagne sans grand relief (on notera toutefois la montée d’un courant xénophobe) et d’un scrutin jugé transparent par les observateurs étrangers en dépit des récriminations de l’opposition. Le candidat du Lepep (au pouvoir depuis 1977) l’a emporté avec 55,4 % des voix, mieux qu’en 2006 (53,7 %). Son principal opposant, Wavel Ramkalawan (Parti national des Seychelles, SNP), a recueilli 41,4 % des voix. Les deux autres candidats n’ont pas dépassé les 2 %. Sonné par cette nouvelle déroute, Ramkalawan a annoncé son retrait de la vie politique, avant de se rétracter. Le SNP a ensuite décidé de boycotter les travaux parlementaires, ce qui a conduit à la dissolution de l’Assemblée le 12 juillet

SEYCHELLES

SILHOUETTE

MAHÉ

Victoria MAHÉ 10 km

Océan Indien 10 km

150 km

PRASLIN

LA DIGUE

et à la tenue de législatives anticipées en septembre. Un fiasco pour l’image du pays : le SNP ayant appelé au boycott du scrutin après le refus du président d’engager une réforme électorale avant toute nouvelle consultation, seul un petit parti (le Mouvement populaire démocratique) a présenté des candidats face au Lepep, qui a raflé la totalité des 25 sièges. Gêné par cette hégémonie anachronique, Michel a annoncé son intention de lancer un dialogue national pour revoir le processus électoral. SATISFACTION. En attendant, il dispose

d’unemajoritéquiluipermettrademener à bien son programme. Objectifs : poursuivre la libéralisation de l’économie et réformer le secteur public tout en sauvegardantlemodèlesocialhéritédesonprédécesseur, France-Albert René. Avec des

mesures parfois impopulaires, mais qui ont évité la banqueroute du pays en 2008. Régulièrement citées en exemple par les institutions internationales, les Seychelles ont poursuivi leur redressement en 2011. La croissance a été moindre qu’en 2010 (5 %, contre 6,2 %), mais supérieure aux attentes. La dette extérieure a continué de baisser. Le tourisme, un des piliers de l’économie nationale avec la pêche et les services financiers, est la principale source de satisfaction : les visiteurs ont été encore plus nombreux qu’en 2010 (194 753, soit + 11 %). Ce redressement est toutefois menacé par l’activité des pirates somaliens. En pointe sur ce dossier, le gouvernement a multiplié les accords pour y faire face et a poursuivi la modernisation de sa marine et de sa flotte aérienne. Victoria est devenu (avec Djibouti) l’épicentre de la lutte contre la piraterie. De nombreux flibustiersontétécondamnésàdespeines de prison ferme par la justice seychelloise. Autre cheval de bataille du président : le changement climatique et ses conséquences sur les petits États insulaires. À l’étranger, James Michel a appelé à lutter contre le réchauffement de la planète. Pourprouversonengagementécologique, il a annoncé en juin 2011 que plus de la moitié du territoire seychellois sera bientôt transformé en aires protégées. ●

FICHE SIGNALÉTIQUE

Chronologie ■ 29 juin 1976 Accession à l’indépendance. ■ Juin 1977 France-Albert René président. ■ 3 décembre 1991 Loi sur le multipartisme. ■ 14 avril 2004 Le vice-président James

Michel remplace René, démissionnaire. ■ 28-30 juillet 2006 James Michel est élu

président, avec 53,7 % des suffrages. ■ Juillet 2010 Danny Faure devient

vice-président. ■ 21 mai 2011 Réélection de James Michel.

Le pays en bref ■ Superficie 450 km2. ■ Population 86525 hab. ■ Croissance

démographique – 0,9 %.

JEUNE AFRIQUE HORS-SÉRIE N 30 O

■ Densité

de population 186 hab./km2. urbaine 55,9 %. ■ Espérance de vie 73,6 ans. ■ Alphabétisation 91,8 %. ■ Indice de développement humain (2011) IDH : 0,773 ; rang : 52e sur 187. ■ Langues Créole, anglais, français (officielles). ■ Peuplement Bantous, Asiatiques, Européens, métis… ■ Religion Christianisme. ■ Monnaie Roupie des Seychelles. ■ Parité au 1er janv. 2012 1 € = 16,57 roupies des Seychelles ; 1 $ = 12,78 roupies des Seychelles. ■ PIB par habitant 11 117 $. ■ Répartition du PIB Primaire 2 % ; secondaire 19 % ; tertiaire 79 %. ■ Population

PIB (en milliards de dollars, à prix courants) 0,9

0,8

0,9

1

Taux de croissance (en %, à prix constants) -1,3

0,7

2008

2009

6,2 2010

5 2011

■ Inflation – 2,4 %. ■ Investissements

directs étrangers

369 millions de $. ■ Exportations 400 millions de $. ■ Importations 650 millions de $. ■ Principales ressources Pêche, tourisme. L’ÉTAT DE L’AFRIQUE • 2012


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Hebdomadaire international politique, économie, culture

178

Post-scriptum Par Gaston Kelman

Fondé à tunis le 17 oct. 1960 par béchir ben Yahmed (52e année) édité par SiFiJa Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 pAriS tél. : 01 44 30 19 60 ; télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com direCtion

Johnny au FMI!

L

e printemps des démocraties a commencé en tunisie. tout le monde s’en est félicité. surtout la France, même si la veille encore elle dispensait des conseils en stratégie antirébellion au régime en place et se félicitait de ses bonnes relations avec lui. mais l’on découvre parfois que les printemps n’accouchent pas que de primevères et que les floraisons ne présagent pas forcément de belles récoltes. Un an et quelques élections plus tard, les étés arabes semblent meurtriers pour la démocratie à l’occidentale. Les gens sont de nouveau dans la rue, et les islamistes au pouvoir, ou pis, des nervis de l’ancien régime. La civilisation est en souffrance. allah retrouve toute sa place dans la société, et l’on court désormais un grand risque, en tunisie, si on s’amuse à le portraiturer. La question mérite d’être posée : la civilisation, est-ce désacraliser la divinité, référence de milliards d’êtres, et la soumettre à des humiliations que l’on ne réserverait à aucun humain sous peine de procès perdu d’avance, ou bien est-ce la proclamer intouchable ? La civilisation, est-ce dénuder la femme sous le moindre prétexte et en faire un objet, ou alors lui imposer un voile dont la délicatesse et l’élégance sont parfois indéniables, comme en témoignent les indiennes ou les mauritaniennes ? La civilisation est-elle définie par les codes occidentaux ?

Plus au sud, on pourrait dire, circulez, il y a mieux à voir. en côte d’ivoire, la querelle couve désormais sous les cendres. Qu’il me soit autorisé d’émettre un vœu : que ce grand pays retrouve la paix et reprenne la place qu’il a acquise à force de travail ! Qu’importent les hommes, ces éphémères. au sénégal, les élections se sont faites avec Wade et sans ndour. Quelle horreur ! disqualifier celui que l’espérance universelle considérait comme le seul vrai concurrent du président sortant ! pauvre afrique ! il suffit d’avoir poussé la chansonnette pour se dire et être perçu capable de diriger un peuple aussi cultivé que celui du sénégal. Et pour nous prouver à quel point il en est capable, le prétendant sort une de ces sentences dont on se demande quel esprit riquiqui la lui a soufflée : « président, ce n’est pas un métier, c’est une fonction. » chansonnier aussi. et je vois bien les ambitions de Johnny Hallyday à la tête du Fonds monétaire international (Fmi). et eto’o, une fois les crampons remisés au placard, ne méritera rien de moins que de devenir président du monde par acclamation. La politique, il est temps que l’africain le comprenne, est un métier des plus difficiles et l’on n’y débarque pas en chantant Seven Seconds en five minutes, pas plus que l’on ne devient baryton parce que l’on a réussi en politique. seul l’esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’homme… ou balayer la terre. l

directeur de la publication : BécHir Ben YAHmeD (bby@jeuneafrique.com) directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed rédaCtion directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) directeurs exécutifs : marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com) rédactrice en chef déléguée : élise colette (e.colette@jeuneafrique.com) rédacteur en chef technique : laurent Giraud-coudière Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Abdelaziz Barrouhi (à Tunis), Aldo de Silva, Dominique mataillet, renaud de rochebrune Secrétariat : chantal lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), philippe perdrix (Grand angle), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), tarek moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Jean-michel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), cécile manciaux (Le Plus de J.A.), Jean-michel meyer (Économie), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine clerc, Fabien mollon, ophélie négros rédaction : pascal Airault, Youssef Aït Akdim, Stéphane Ballong, pierre Boisselet, tirthankar chanda, Julien clémençot, Georges Dougueli, tony Gamal Gabriel, malika Groga-Bada, André Silver Konan (à Abidjan), christophe le Bec, Frédéric maury, nicolas michel, pierreFrançois naudé, cherif ouazani, michael pauron, laurent de Saint périer, leïla Slimani, Justine Spiegel, tshitenge lubabu m.K., Fanny rey, marie Villacèque ; collaborateurs : edmond Bertrand, christophe Boisbouvier, Frida Dahmani, muriel Devey, André lewin, patrick Seale ; accords spéciaux : Financial Times responsable de la communication : Vanessa ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) réaliSation maquette: émeric thérond (conception graphique, premier maquettiste), christophe chauvin, Stéphanie creuzé, Valérie olivier; révision: nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir pol; fabrication: philippe martin (chef de service), christian Kasongo; service photo: Dan torres (directrice photo), nathalie clavé, Vincent Fournier, claire Vattebled; documentation: Anita corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence turenne, Angéline Veyret JeuneaFrique.Com responsable éditoriale : élise colette, avec pierre-François naudé ; rédaction : camille Dubruelh, Vincent Duhem et Jean-Sébastien Josset responsable web : Jean-marie miny ; studio : cristina Bautista et maxime pierdet VenteS et abonnementS directeur marketing et diffusion : philippe Saül ; responsable des ventes adjointe : Sandra Drouet ; chef de produit : Dhouha Boistuaud ; abonnements : Vanessa Sumyuen avec: Com&Com, Groupe Jeune afrique 18-20, avenue édouard-Herriot, 92350 le plessisrobinson. tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. e-mail : jeuneafrique@cometcom.fr l

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jeune afrique hors-série n o 30

l’état de l’afrique • 2012


Leader du secteur bancaire panafricain 2012 Global Finance Meilleure banque régionale d’Afrique – Groupe Ecobank Meilleure banque des marchés émergents: Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Sénégal, Togo 2011 Trophée des succès 2011 EMEA Finance Meilleure obligation en monnaie locale – République du Tchad Meilleure affaire portant sur une institution financière – Oceanic Bank (Nigeria) Trade Finance Affaire de l’année 2011 – Financement structuré accordé à Suneor S.A. (Sénégal) Euromoney Meilleure banque en Afrique – Groupe Ecobank Meilleure banque du Ghana – Ecobank Ghana EMEA Finance Meilleure banque d’investissement dans 4 pays Côte d’Ivoire • Cameroun • Gabon • Tchad Africa Investor Meilleure équipe de recherche en Afrique – Ecobank Capital Trophée The Banker (Financial Times) Banque de l’année dans 9 pays Burkina Faso • Burundi • Congo (République du) Guinée Bissau • Mali • Niger • République centrafricaine Sénégal • Togo Trophée African Banker Institution/projet de microfinance de l’année EB-Accion Saving and Loans Company Ghana

2010 Trophée Africa Investor-UNIDO Banque africaine de l’année Trophée African Banker Banque la plus innovante de l’année Alliance Ecobank / Nedbank Trophée Reporting financier d’Africa Investor Meilleur reporting financier Trophée The Banker (Financial Times) Banque de l’année dans 11 pays Burkina Faso • Cameroun • Congo Brazzaville • Ghana Guinée • Libéria • Mali • Niger • République centrafricaine Tchad • Togo 2009 Trophée African Banker Banque africaine de l’année IFC, membre du Groupe de la Banque mondiale Prix du Leadership des clients de l’IFC Trophée The Banker (Financial Times) Banque de l’année dans 11 pays Bénin • Burkina Faso • Cameroun• Côte d’Ivoire Libéria • Mali • Niger • République centrafricaine Sénégal • Tchad • Togo 2008 Trophée African Banker Banque la plus innovante Trophée African Business Prix de l’innovation technologique 2007 Trophée African Banker Banque de l’année

‘Meilleure banque en Afrique’ Ecobank est présente dans plus de pays d’Afrique que toute autre banque. Bénin • Burkina Faso • Burundi • Cameroun • Cap Vert • Congo (Brazzaville) Congo (République démocratique) • Côte d’Ivoire • Gabon • Gambie • Ghana Guinée • Guinée-Bissau • Kenya • Libéria • Malawi • Mali • Niger • Nigeria Ouganda • République centrafricaine • Rwanda • Sao Tomé et Principe Sénégal • Sierra Leone • Tanzanie • Tchad • Togo • Zambie • Zimbabwe Bureaux internationaux : Dubaï • Johannesburg • Londres • Luanda • Paris

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