• 6, PLACE DU GRAND SABLON • WOLUWE SHOPPING CENTER
LANGOHR, NAMUR
L’OR DU TEMPS, SPA
DELRUE 1904, TOURNAI
CASTEUR, WAREGEM
TOLLET, WATERLOO
Quand j’avais six ans, vers le milieu des années 1980, notre maison était devenue le point de rencontre des jeunes du quartier. Chaque matin, midi et soir, un camarade frappait à notre porte pour admirer le trésor qui avait pris possession de notre salon: le Commodore Amiga 1000. Cet ordinateur personnel, lourd comme une enclume, était le premier du village. Il fallait patienter quatre longues minutes pour qu’il démarre, pendant que MS-DOS affichait un charabia incompréhensible sur un écran noir. Deux jeux étaient à notre disposition: «King’s Quest»,une aventure lente et pixelisée sur un roi et son miroir magique, et «Ver l’infini», la version rudimentaire faite maison par mon père de ce qui deviendrait plus tard «Snake».
Bon, je viens de vérifier, ce Commodore Amiga ne vaut pas grand-chose aujourd’hui. Nous aurions mieux fait d’investir dans le tout
premier ordinateur Apple. En effet, les appareils Apple s’avèrent être un investissement très solide avec le temps. Et si en plus vous avez conservé la boîte, c’est parfois même jackpot! «Le carton et le polystyrène autour d’un jeu valent souvent plus que le jeu lui-même!», explique en effet Jeroen Wittevrongel du magasin Games & Co à Ostende.
L’entrepreneur technologique Peter Hinssen a quant à lui créé son propre musée Apple: «The Apple Chapel». Sa pièce préférée? L’Apple Lisa, un ordinateur qui n’a pas du tout marché. D’ailleurs, dans le monde du jeu vidéo, les versions qui ont été des échecs sont les plus recherchées. Qui sait, le «Ver l’infini» de mon père pourrait encore avoir un bel avenir?
AN BOGAERTS
RÉDACTRICE EN CHEF
P.16
VOUS AIMEZ L’ART ET LES FLEURS? VOUS ALLEZ ADORER LES CRÉATIONS FLORALES D’HARRIET PARRY
P.24
40 ANS DE STIJL: 8 MOMENTS-CLÉS DE LA BOUTIQUE QUI A RÉVOLUTIONNÉ LE QUARTIER DANSAERT
P.40
DE LA GAMEBOY AU COMMODORE 64: LA TECH VINTAGE VAUT DE L’OR
P.06
MON SABATO: LE SAMEDI DU CHAMPION DE GOLF THOMAS DETRY À DUBAÏ
P.46
EAUX D’APÉRO: CES PARFUMS GRISANTS ENRICHIS DES ARÔMES DE SPIRITUEUX
P.50
AUTOMOBILE CLUB DE FRANCE: VISITE EXCLUSIVE DU PLUS SELECT DES CLUBS AUTO
P.56
KITCHEN ROULETTE: ANNA WYNANTS PASSE LE TÉMOIN AVEC UNE TARTE POMME-MISO
Le samedi de ThomasDetry(32 ans), meilleur golfeur belge au classement mondial: partie de golf informelle, récupération musculaire dans un bain glacé, et lecture du Financial Times à Dubaï.
Reportage: Laura Keersmaekers
MON SABATO THOMAS DETRY
En février, le golfeur Thomas Detry a remporté son tout premier titre sur le PGA Tour, le prestigieux circuit professionnel américain -une première pour la Belgique! Ce Bruxellois parfaitement quadrilingue -il parle français, néerlandais, anglais et espagnol- s’est hissé à la 22e place du classement mondial, la meilleure position jamais atteinte par un Belge. «J’ai énormément joué ces dernières semaines. Depuis fin décembre, j’ai enchaîné les tournois, chaque semaine du jeudi au dimanche.Alors, un samedi à la maison, sans compétition, c’est encore plus appréciable.»
Et sa maison,c’est à Dubaï.Il y a quatre ans,Thomas Detry a quitté la Belgique pour s’installer aux Émirats arabes unis. «Il y a ici une grande communauté internationale, avec de nombreux Européens,ce qui permet de se créer plus facilement un cercle d’amis.Et bien sûr,le soleil brille toute l’année,ce qui est idéal pour le golf!»
6H00 - «Comme nous avons de jeunes enfants, nous nous levons tôt chaque jour. Mais nous ne pouvons pas nous plaindre, car nos filles Sophia Dolores et Alba Elizabeth dorment d’une traite.»
7H30 - «Notre rendez-vous incontournable au club de golf.Avec un groupe d’amis européens, dont un Belge, je dispute une partie surThe Els Club.La plupart sont des amateurs, mais il arrive que d’autres golfeurs professionnels se joignent à
GOLFEUR PROFESSIONNEL. ORIGINAIRE DE BRUXELLES, VIT À DUBAÏ. VAINQUEUR DU PHOENIX OPEN. 22 E AU CLASSEMENT MONDIAL.
DEPUIS LE DÉBUT DE L’ANNÉE, THOMAS DETRY PARTICIPE CHAQUE SEMAINE À UN TOURNOI DE GOLF, DU JEUDI AU DIMANCHE. UN SAMEDI À DUBAÏ SANS COMPÉTITION EST DONC PARTICULIÈREMENT APPRÉCIÉ.
nous.Comme je suis membre du club,c’est mon point de chute habituel dans la ville.Nous préférons jouer tôt, quand la température est agréable et qu’il n’y a pas encore de touristes sur le parcours. Le golf est un sport chronophage -une partie dure facilement trois heures.Comme nous avons tous l’esprit de compétition et que nous aimons gagner,nous misons de l’argent.Ce ne sont pas de grosses sommes, mais ça ajoute un peu de piment. Personne n’aime perdre.»
11H00 - «Nous prenons notre lunch tôt, dans le lounge privé réservé aux membres du club.Je choisis toujours la même chose:un‘butter chicken’ et une San Pellegrino. Je n’ai même pas besoin de les demander: les serveurs connaissent ma commande par cœur.»
12H00 - «Je rejoins ma femme et mes filles à table. Après leur lunch, je joue un moment avec elles avant que la plus jeune ne parte faire sa sieste.»
13H00 - «J’essaie de m’entraîner chaque jour à la salle de sport. La sieste de ma plus jeune fille est le moment idéal pour ça. Mon coach personnel m’a préparé un programme combinant musculation, cardio et, de temps en temps, stretching. Après mon entraînement, j’aime prendre un bain glacé pour aider mes muscles à récupérer.»
15H00 - «Assez de sport pour aujourd’hui! Maintenant, je me consacre pleinement à ma
CI-DESSOUS MÊME LE SAMEDI, THOMAS DETRY JOUE UNE PARTIE DE GOLF À THE ELS CLUB, LE CLUB DANS LEQUEL IL EST MEMBRE À DUBAÏ.
famille. Nous aimons aller à l’aire de jeux, ou dans un espace de jeux couvert avec des structures rembourrées.À Dubaï, il y en a énormément,et toutes climatisées.La ville est idéale pour les enfants: du soleil toute l’année, une multitude d’activités et un environnement sûr.»
16H00 - «Après la séance de jeu, direction la piscine ou la plage. En hiver et au printemps, il fait entre 25 et 28°C, des conditions parfaites pour les enfants.»
17H00 - «Je suis un fervent supporter de Chelsea. Je n’ai jamais joué au football moi-même, mais j’adore regarder un match de Premier League le samedi.L’an dernier,je suivais aussi Burnley,l’équipe deVincent Kompany,mais depuis son départ, je me concentre sur Chelsea.Ma femme,Sarah,et mon caddie sont tous deux britanniques,et au Royaume-Uni,le football est presque une religion. On peut même parler de véritable culte: chaque famille a son équipe favorite, qu’elle suit avec ferveur. Dans la famille de ma femme, c’est Chelsea.»
19H00 - «La plupart du temps, nous dînons en famille. Nous avons un abonnement à Hello Chef, l’équivalent de HelloFresh à Dubaï.Nous sélectionnons à l’avance des recettes saines, puis les ingrédients et les recettes sont livrés à domicile. Le soir,nous cuisinons ensemble dans une ambiance détendue.»
20H00 - «En tant que jeunes parents, nous ne sortons plus beaucoup, alors nos soirées se terminent souvent sur le canapé devant Netflix. J’aime aussi lire le Financial Times sur mon iPad. Une soirée tranquille, où je profite pleinement de ce moment de calme.»
22H00 – «Je suis un couche-tôt,même le samedi.J’aime dormir et je tiens à optimiser mon sommeil,parce que demain, mes filles seront réveillées dès six heures.»
À Dubaï: «LE SOLEIL BRILLE TOUTE L’ANNÉE, CE QUI EST IDÉAL POUR LE GOLF!»
3 BONS PLANS
1. SUSHISAMBA DUBAI «MON RESTAURANT
PRÉFÉRÉ. IL Y A DES SUCCURSALES PARTOUT DANS LE MONDE, MAIS CELLE DE DUBAÏ EST VRAIMENT EXCEPTIONNELLE. LA CUISINE EST DÉLICIEUSE ET L’AMBIANCE, TOUJOURS AU RENDEZ-VOUS.»
WWW.SUSHISAMBA.COM
2. «SKIN IN THE GAME»
«CE LIVRE M’A BEAUCOUP APPRIS. LA LEÇON LA PLUS
IMPORTANTE: POUR ÊTRE RÉELLEMENT MOTIVÉ, IL FAUT ÊTRE DIRECTEMENT IMPLIQUÉ.»
3. HEADSPACE «LA MÉDITATION M’A ÉNORMÉMENT AIDÉ DANS MA CARRIÈRE SPORTIVE. QUAND JE RESSENS DU STRESS LORS D’UN TOURNOI IMPORTANT, J’ESSAIE DE MÉDITER CHAQUE MATIN PENDANT QUINZE MINUTES AVEC CETTE APPLI DE MÉDITATION.» WWW.HEADSPACE.COM
Çà & Là
La beauté selon Dries: après Paris, Bruxelles va accueillir le temple de l’accessoire signé Dries Van Noten ◆ Les robes et leur écrin: le MoMu à Anvers fusionne mode et intérieur ◆ Tous dans la rue! Lucile Soufflet insuffle vie au mobilier urbain ◆ Pacman, élevé au rang de maquillage: Bobbi Brown tient le joystick.
TO SHOP
LA BEAUTÉ SELON DRIES
Il y a un an et demi, Dries Van Noten ouvrait une boutique entièrement dédiée aux accessoires, bijoux et à sa collection grandissante de parfums et maquillage, dans un bel immeuble du quai Malaquais, à Paris, à proximité de ses boutiques homme et femme. «Pour moi, les parfums et les cosmétiques ne sont pas des projets annexes», expliquait-il lors de l’ouverture. Le concept est désormais suivi dans la rue Antoine Dansaert, à Bruxelles, où une boutique dédiée ouvrira ce mois-ci, avec uniquement des
produits de beauté et accessoires signés DriesVan Noten.Le lieu sera à l’image de la créativité du maître: unique. «Je détesterais développer un concept quelque part sans respecter l’environnement»,avait-il également déclaré.Entre-temps,Van Noten a laissé sa maison de couture entre de bonnes mains -le premier défilé de son successeur Julian Klausner a été unanimement salué- et l’expansion de la marque avec des parfums et du maquillage s’est avérée dès le départ un succès commercial. Rendez-vous le 25 mars. (EM)
RUE ANTOINE DANSAERT 89 À BRUXELLES.
WWW.DRIESVANNOTEN.COM
CI-DESSOUS UN ANS ET DEMI APRÈS
PARIS (EN PHOTO), BRUXELLES
ACCUEILLE ELLE AUSSI UNE BOUTIQUE
DRIES VAN NOTEN, EXCLUSIVEMENT
DÉDIÉE À LA BEAUTÉ, AUX
ACCESSOIRES ET AUX BIJOUX.
SLOGAN MÉMORABLE
TOUT LE MONDE CONNAÎT L’IMMORTEL SLOGAN DE L’ORÉAL, «PARCE QUE JE LE VAUX BIEN», MAIS CE MINIDOCUMENTAIRE REND ENFIN HOMMAGE
À LA FEMME QUI L’A CRÉÉ, IL Y A 54 ANS. ILON SPECHT, RÉDACTRICE
PUBLICITAIRE À L’AGENCE MCCANN, EST DÉCÉDÉE L’ANNÉE DERNIÈRE, MAIS DANS CE PORTRAIT EXCEPTIONNEL, ELLE PARLE DE SA CARRIÈRE
FASCINANTE DANS UN SECTEUR DOMINÉ PAR LES DON DRAPER. (EM)
«THE FINAL COPY OF ILON SPECHT», RÉALISÉ PAR BEN PROUDFOOT. SUR PRIME VIDEO.
BACK TO BACK
Laisser une impression marquante en quittant la scène? Dévoiler un majestueux «back cleavage» est la tendance repérée chez de nombreuses stars des tapis rouges, à l’image de l’actrice de The Substance et fille d’Andie MacDowell, Margaret Qualley, (en photo), ici en robe et bijoux Chanel. Le dress code? Un dos nu sublimé par un bijou spectaculaire, une inspiration également idéale pour les mariages et garden-parties en tous genres. Il ne reste plus qu’à perfectionner votre pose pour les photos, un regard furtif lancé par-dessus l’épaule... (EM)
La mode et la décoration d’intérieur s’influencent, se rejoignent et se fondent, rien de nouveau sous le soleil. Cependant, le Musée de la Mode d’Anvers éclaire le contexte historique de cette relation, encore méconnu. Par exemple, l’architecte HenryVan deVelde a également conçu des vêtements pour femmes. Dans l’idéal de l’Art nouveau, architecture, mobilier, décoration, vêtements et accessoires devaient s’unir pour former une œuvre d’art totale, conciliant beauté et fonctionnalité dans tous les aspects de la vie quotidienne.
L’exposition remonte également plus loin dans le temps, jusqu’à l’époque victorienne, où les femmes aisées décoraient leur intérieur et se paraient de tissus drapés, de franges, de volants et de broderies. Elles se fondaient ainsi visuellement dans leur environnement, au risque de s’y effacer. Des stylistes contemporains réinterprètent cette symbiose de manière conceptuelle en transformant littéralement des éléments d’intérieur en vêtements, à l’instar d’Hussein Chalayan (photo).Mais des créateurs comme Maison Martin Margiela,Ann Demeulemeester et Raf Simons explorent également la relation historique entre intérieur et mode, ce qui apparaît aussi bien dans l’exposition que dans l’impressionnant catalogue. (EM)
«FASHION & INTERIORS. A GENDERED AFFAIR», DU 29 MARS AU 3 AOÛT, WWW.MOMU.BE. UN OUVRAGE EN ANGLAIS (224 PAGES) EST PUBLIÉ CHEZ HANNIBAL BOOKS, 55 EUROS. WWW.HANNIBALBOOKS.BE
TO SHINE
TO VISIT
LIÈGE GOURMAND
Le principe d’équilibre qui fait tenir notre pays depuis des décennies semble être une règle d’or, y compris dans l’horeca. Il y a quelque temps, l’hôtel-restaurant Yust Anvers, temple de la branchitude avec ses lofts et chambres pour courts et longs séjours, a été rebaptisé avec succès Eppo et s’est imposé comme une destination culinaire incontournable pour les touristes comme pour les locaux.
Il était donc logique queYust Liège suive le même chemin: dans le quartier en plein essor de la futuriste gare de Calatrava,le nouveau bar
à manger Pépin entend séduire un large public, bien au-delà des clients de l’hôtel. Sa carte mise sur la diversité: des classiques de brasserie (les «incontournables»),une sélection évolutive de plats de saison et des snacks à partager (ou non, bien sûr). Une cuisine française revisitée, avec une attention particulière portée aux plats végétariens et vegan,comme ce chou farci au butternut (photo). Il faudra patienter encore un peu pour l’ouverture d’un tout nouveauYust à Bruxelles, accompagné de son hotspot gourmand. (EM)
WWW.PEPIN.YUST.COM
BROSSE ENGAGÉE
LA PLUPART DES BROSSES À CHEVEUX HAUT DE GAMME SONT ENCORE FABRIQUÉES AVEC DES SOIES DE SANGLIER, MAIS CETTE ALTERNATIVE RESPECTUEUSE DES ANIMAUX EST ENTIÈREMENT VEGAN ET FABRIQUÉE À PARTIR DE MATÉRIAUX DURABLES. DE PLUS, SON DÉGRADÉ DE COULEURS RAPPELLE UN COUCHER DE SOLEIL SUR UNE PLAGE TROPICALE. (EM)
VEGAN BRUSH, SUNSET LIMITED EDITION, 31 EUROS SUR WWW.AUTHENTICBEAUTYCONCEPT.BE
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ENTRE ÉLÉGANCE & PERFORMANCE, NE JAMAIS CHOISIR
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ICÔNE URBAINE
Le site historique du Grand-Hornu, ancienne mine de charbon classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, mérite à lui seul une journée d’escapade à Mons. Le CID, Centre d’Innovation et de Design, offre une raison supplémentaire de s’y rendre avec cette superbe rétrospective consacrée à Lucile Soufflet, perle discrète du design belge.
Née à Charleroi en 1975 et formée au design industriel à La Cambre, Soufflet s’est fait connaître principalement par son approche singulière du mobilier urbain. Les formes inattendues de ses assises invitent à repenser la
relation à l’espace public,à son contexte,à l’autre.Qu’est-ce qui nous rend uniques,et que partageons-nous avec l’autre? À travers ses créations, elle insuffle poésie et espièglerie aux lieux qu’elle investit,comme avec son banc circulaire enserrant un arbre,ou ses sièges à la ligne ondulante qui semblent épouser le corps.
Le deuxième volet de l’exposition est consacré au travail d’atelier délicat et précis de Soufflet, avec des objets en verre et en céramique créés dans son atelier bruxellois.(EM)
«COMMON GROUNDS», JUSQU’AU 24 AOÛT AU CID GRAND-HORNU. WWW.COLLECTIONS.CID-GRAND-HORNU.BE
GAME FACE
‘TO PUT A GAME FACE’ SIGNIFIE ADOPTER UNE ATTITUDE CONCENTRÉE ET DÉTERMINÉE POUR SE PRÉPARER MENTALEMENT ET PHYSIQUEMENT À UNE COMPÉTITION OU UN DÉFI IMPORTANT. LES ADEPTES DE LA BEAUTÉ SAVENT D’ORES ET DÉJÀ CE QU’IL LEUR RESTE À FAIRE POUR METTRE LA MAIN SUR CETTE COLLECTION EN ÉDITION LIMITÉE. (EM) BOBBI BROWN PAC-MAN COLLECTION. ÉDITION LIMITÉE, DISPONIBLE DÈS LE MOIS D’AVRIL SUR WWW.DOUGLAS.BE ET WWW.BOBBIBROWN.BE
TO VISIT
16 — 38
Les fleurs, l’art et la mode
De l’art ou des fleurs? Harriet Parry choisit les deux et invente un nouvel univers ◆ 40 ans de Stijl: l’épopée d’une boutique de mode devenue référence du glamour en 8 événements
◆ Savoir-faire: le lunetier Ludovic n’a pas appris le métier à l’école, mais est devenu un exemple pour ses pairs.
REPORTAGE: ELS MAES
ART FLO RAL
LA NATURE EST UNE ŒUVRE D’ART EN SOI, MAIS ENTRE LES MAINS DE L’ARTISTE FLORALE HARRIET PARRY, CHAQUE BOUQUET DEVIENT UN UNIVERS COLORÉ MÊLANT HUMOUR, FANTAISIE ET NOSTALGIE.
On entend parfois dire qu’il faut dissocier l’artiste de son œuvre -généralement lorsque l’artiste en question a eu un comportement plus que problématique.Mais bien plus souvent, on se réjouit au contraire de constater que l’artiste et sa création ne font qu’un. Comme aujourd’hui, lorsque, sur mon écran Zoom, apparaît un concentré de créativité et d’énergie. Une personne qui ne se contente pas de dire bonjour,mais lance un joyeux «hiiiii hellooooo» en chantant.
Avec sa peau diaphane, ses boucles rousses indomptées et ses lèvres rouge vif, l’artiste britannique Harriet Parry semble tout droit sortie d’une toile préraphaélite d’Edward Burne-Jones. Elle porte une blouse orange vif et une cravate rouge, qui tranchent délicieusement avec le mur vert qui se trouve derrière elle. Celui-ci est couvert de cadres aux moulures dorées, de croquis et de bibelots anciens.Mais ça,je le savais déjà,car je venais tout juste de découvrir son intérieur fascinant grâce à une vidéo deTheWorld Of Interiors, partagée sur son compte Instagram.
Nous éclatons toutes deux de rire face au contraste: elle, pareille à une fleur exubérante
devant son «wonder wall» artistique;moi,en pull à col roulé noir devant un arrière-plan immaculé et impersonnel, digne d’un bureau d’entreprise. «Voilà, c’est ça, ma mission!», s’exclame-telle. «Apporter un peu de gaieté et de couleur dans le monde. On en a tous besoin!»
TÊTE DE FEMME
Harriet Parry est une artiste florale. Pas une fleuriste qui réalise des bouquets sur commande, mais une véritable créatrice qui imagine des compositions originales pour des événements, des shootings de mode, des plateaux de tournage et des campagnes publicitaires.Parmi ses clients?Vogue, Burberry et Hermès -ou, plus inattendu, un couple qui désirait un mariage entièrement placé sous le signe de Salvador Dalí.Mais elle crée aussi pour elle-même,parce que la créativité est un muscle qu’il faut entraîner, et parce que son parcours professionnel atypique lui a appris que l’audace paie.Mais commençons par le commencement,car il a fallu un certain temps à Harriet avant d’oser se revendiquer «artiste florale».
Vousavezétudiélesbeaux-arts.Commentunediplômée en art en vient-elle à travailler avec des fleurs? «Enfant, je ne faisais que ça! J’ai grandi à la campagne et je passais ma vie dehors, dans la nature. Ma grand-mère avait un jardin magnifique,et c’est d’elle que je tiens mon amour des fleurs.Un jour, nous avons même remporté un concours d’art floral lors de la fête du village!»
«Mon conseil à tous les artistes, c’est justement de ne jamais négliger leurs projets personnels. Continuez à créer des choses folles, pour le plaisir et pour nourrir votre confiance en vous.»
CI-CONTRE HARRIET PARRY CRÉE DES COMPOSITIONS FLORALES ARTISTIQUES POUR DES ÉVÉNEMENTS, DES SÉANCES PHOTO DE MODE, DES PLATEAUX DE TOURNAGE ET DES CAMPAGNES PUBLICITAIRES. SES CLIENTS? VOGUE, BURBERRY OU HERMÈS, MAIS AUSSI UN COUPLE SOUHAITANT DÉCORER TOUTE LEUR FÊTE DE MARIAGE DANS LE STYLE DE SALVADOR DALÍ.
«Une fois mon diplôme d’art en poche,je me suis installée à Londres pour mes premiers jobs. Je faisais un peu de décoration d’intérieur et de direction artistique, tout en conservant cette passion pour les fleurs en arrière-plan. Et pour être tout à fait honnête, je pensais que le métier de fleuriste n’était pas pour moi, parce qu’il faut se lever vraiment très tôt pour aller au marché aux fleurs!» (rires)
«Lorsque j’ai finalement commencé à travailler avec les fleurs, vers 2012, tout s’est mis en place naturellement.Comme je n’avais pas suivi de formation classique, j’ai dû improviser et sortir des sentiers battus. C’était merveilleux de découvrir que mon amour de la nature et mes connaissances artistiques pouvaient se nourrir mutuellement pour donner naissance à quelque chose d’original.»
Maisilfallaitaussiseleveravantl’aubepour aller au marché aux fleurs? «Je suis un peu plus âgée maintenant, et je fais un peu moins la fête! (rires) Parfois, je n’arrive pas avant 8 heures, et c’est très bien aussi.Tout dépend de la commande. Mais j’adore aussi me retrouver au milieu des fleurs fraîches dès 4 ou 5 heures du matin,en plein cœur de Londres,alors que toute la ville est plongée dans l’obscurité et le silence.»
«La plupart du temps, je vais au New Covent Garden Market, près de la Battersea Power Station, mais j’achète aussi des fleurs auprès de quelques petites entreprises familiales situées à proximité. C’est le lien avec la nature et la camaraderie qui règne dans le milieu qui rendent ce métier si spécial. Le monde des fleurs est une communauté extraordinaire, c’est vraiment devenu ma deuxième famille. D’ailleurs, j’ai décroché toutes mes premières commandes grâce à des relations nouées sur le marché. C’est incroyable de voir à quel point ces gens sont chaleureux et joyeux, alors qu’ils doivent se lever en pleine nuit.C’est la meilleure preuve que les fleurs ont un véritable pouvoir magique! (rires) «Les fleurs et les bavardages rendent les gens heureux -même aux aurores!»
CI-DESSUS ET CI-DESSOUS HARRIET
PUBLIE DE NOMBREUX TRAVAUX
PERSONNELS, S’INSPIRANT DE
PORTRAITS PEINTS PAR DES ARTISTES
TELS QUE KEES VAN DONGEN, PABLO
PICASSO OU VINCENT VAN GOGH.
Vous avez une liste de clients impressionnante,mais ce sont surtoutvosprojetspersonnelsquivousontfaitvotreréputation. Notammentvos‘flowerinterpretations’,quevouspartagezsur Instagram-commel’imagedenotrecouverture,votreréinterprétationde‘Têtedefemme’deKeesVanDongen.«Lorsque je visitais un musée ou une galerie, j’achetais toujours des cartes postales, et elles sont maintenant toutes accrochées sur mes placards de cuisine.Les œuvres figuratives sont devenues pour moi un jeu de couleurs et de formes: ici un iris, là une tige de rose... C’est ainsi que j’ai commencé à recréer des tableaux uniquement avec des fleurs. J’ai commencé par des œuvres iconiques et immédiatement reconnaissables deVan Gogh ou Picasso, puis, peu à peu,c’est aussi devenu un moyen de faire découvrir au public des artistes qu’ils ne connaissent peut-être pas encore. J’adore partir d’une référence concrète et laisser libre cours à mon imagination. Je trouve qu’il est beaucoup plus difficile de créer sans point de départ précis, et cette approche me permet en outre d’associer l’art et les fleurs d’une manière qui,visiblement,touche beaucoup de monde.»
«Je viens justement de commencer un livre qui réunira presque exclusivement des‘flower interpretations’d’œuvres d’artistes femmes restées dans l’ombre.Comme je souhaite suivre le rythme des saisons pour les créations du livre,ce projet va encore m’occuper pendant au moins un an. Mais c’est aussi une façon de donner une certaine pérennité à mon travail,par nature éphémère, afin que tout ne disparaisse pas.»
AutresuccèssurInstagram:vos‘floralhumans’,desportraits florauxquevousavezcrééspendantleconfinement.«À la base, c’était simplement une manière de rester en contact avec les gens pendant cette période de solitude.J’avais écrit:‘Envoyez-moi un selfie et je ferai votre portrait floral’.À l’époque, comme il était impossible d’acheter des fleurs fraîches,j’ai dû improviser avec ce que j’avais sous la main: des fleurs séchées, des plantes du jardin, des branches ramassées au parc... Même les morceaux de tissu que je trouvais chez moi faisaient l’affaire.Finalement,j’ai appris à voir un nez ou une oreille dans presque n’importe quoi. J’ai ainsi réalisé des portraits pour des personnes aux quatre coins du monde et tissé de merveilleux liens.»
EtcelavousavaluunemissionpourHermès?
«J’en suis encore extrêmement fière. Ils m’avaient donné carte blanche, appréciant mon travail et mon style. Pour moi, ces ‘floral humans’ parés de vêtements et d’accessoires Hermès sont mes créations les plus réussies:on dirait presque des personnages en 3D, prêts à prendre vie.»
«Mais surtout, cette collaboration m’a confirmé qu’il valait la peine de suivre ma propre voie. Quand j’ai commencé dans le stylisme floral, je recevais parfois des briefings très cadrés, très éloignés de mon propre style. On me montrait une photo Pinterest en me disant:on veut exactement ça.Où est la satisfaction en tant qu’artiste? Refuser des missions n’est jamais simple,mais avec le recul, j’ai souvent regretté d’avoir accepté certains projets. Aujourd’hui, si on me sollicite pour une grande installation en fleurs artificielles destinée à décorer une façade,par exemple,je préfère orienter le client vers l’un de mes nombreux talentueux confrères.»
Alors que beaucoup d’indépendants du secteur créatif établissent une distinction claire entre lesprojetsalimentairesetletravailpersonnel,réalisé pourleplaisir?«Mon conseil à tous les artistes,c’est justement de ne jamais négliger leurs projets personnels. Continuez à créer des choses folles, pour le plaisir et pour nourrir votre confiance en vous.
CI-DESSUS LES MARQUES, TELLES
QU’HERMÈS À GAUCHE ET MOOOI
À DROITE) FONT DE PLUS EN PLUS
SOUVENT APPEL AU TALENT DE LA CRÉATRICE, POUR ANIMER LEURS
SHOWROOM OU LEURS EXPOS
ÉPHÉMÈRES.
Aujourd’hui, il existe de nombreuses façons de présenter son travail libre. Je sais que sans les réseaux sociaux, je n’aurais jamais pu construire la carrière que j’ai aujourd’hui.Investir du temps et de l’énergie dans ses projets personnels finit toujours par porter ses fruits, car c’est ce qui fait votre singularité.»
«Prenez mes miniatures, par exemple. Je peux passer des heures, totalement absorbée, à bricoler sur ma table de cuisine. C’est fascinant de constater que les plus petits fragments d’une plante peuvent soudain former une fleur entière -vous voyez? Et puis un jour, la marque de parfums Penhaligon’s m’a demandé de réaliser tout un décor miniature pour un de leurs lancements. Ce sont les plus belles missions, parce qu’on vous choisit pour créer quelque chose qui vous définit.»
Le printemps est là.Est-ce aussi le début d’une nouvelle saisonpourlesfleuristes?«Ce qui est merveilleux avec la nature, c’est qu’elle est en perpétuel renouveau.Durant les mois d’hiver, les mimosa duveteux et éclatants illuminaient les sombres journées comme de petites explosions de soleil. En ce moment, les pavots d’Islande sont partout, et bientôt, tout le monde sera de nouveau obsédé par les pivoines.Mais au-delà de ça,j’essaie de ne pas trop me préoccuper des tendances et des modes. C’est aussi une règle d’or pour les créatifs:si vous avez une bonne idée,ne la cherchez pas sur Google.De toute façon,tout a déjà été fait,et il est trop difficile de rester fidèle à soi-même quand on se compare constamment aux autres.Heureusement,j’ai l’impression qu’aujourd’hui, les gens sont plus que jamais ouverts aux créations originales et audacieuses. Et ça, c’est une excellente nouvelle.»
«Parfois, je reçois des briefings très cadrés, très éloignés de mon propre style. On me montre une photo Pinterest en me disant: on veut exactement ça. Où est la satisfaction en tant qu’artiste?»
L’art floral soulève inévitablement la question de la durabilité.Nous décorons nos intérieurs avec des fleurs parce que nousaimonslanature,maistoutel’industriequisecachederrièreaunimpactdésastreuxsurl’environnement.«Absolument, et les choses évoluent bien trop lentement dans ce domaine. Pour l’alimentation,les consommateurs commencent à prendre conscience des enjeux écologiques,mais les fleurs conservent une image innocente. Pendant longtemps, il était tout à fait normal d’utiliser d’énormes quantités de mousse florale,alors qu’il existe de nombreuses alternatives pour peu qu’on fasse preuve de créativité. On peut par exemple utiliser de la mousse végétale pour retenir l’humidité, ou travailler avec de petits vases, du grillage réutilisable...J’essaie d’expliquer à mes clients pourquoi certaines pratiques ne sont plus acceptables. Je considère que notre mission est de valoriser la beauté des fleurs et des plantes locales et de saison. Faire venir par avion des cargaisons entières de roses rouges d’Équateur pour la Saint-Valentin, c’est une absurdité. Qui a décidé que c’était ça, le romantisme? Il est grand temps d’y mettre un terme.»
Jesuispeut-êtreinondéedecontenusflorauxenraisondes algorithmesdesréseauxsociaux,simplementparcequejesuis descomptescommelevôtre,maisilsembleyavoirunvéritable engouementpourtoutcequiatraitauxfleurs.Ilyadeuxans, toutlemondevoulaitprendredescoursdecéramique,maisaujourd’hui,cesontlesmasterclassesd’artfloralquisontlesplus courues.«Oui, absolument! Récemment, alors que je travaillais sur le plateau d’un shooting de mode, le mannequin est venu me voir à la fin pour me demander des conseils sur l’apprentissage de l’art floral. Dans le passé, les cours d’art floral semblaient réservés aux vieilles dames, mais aujourd’hui, c’est toute une jeune génération qui se passionne pour ce domaine. Cet intérêt se reflète partout:dans la mode,la décoration d’intérieur, et même l’alimentation: les pâtisseries retrouvent le charme des petites fleurs anciennes, et les plats ornés de fleurs comestibles sont plus tendance que jamais.»
«Dans le passé, les cours d’art floral semblaient réservés aux vieilles dames, mais aujourd’hui, c’est toute une jeune génération qui se passionne pour ce domaine.»
CI-DESSOUS MÊME SI LES COMMANDES
AFFLUENT, HARRIET PARRY PRIVILÉGIE
LES CIRCUITS COURTS: «JE VAIS AU NEW COVENT GARDEN MARKET, MAIS
J’ACHÈTE AUSSI DES FLEURS AUPRÈS
DE QUELQUES PETITES ENTREPRISES
FAMILIALES SITUÉES À PROXIMITÉ.»
«Les fleurs apportent une touche de nostalgie, et elles nous rappellent l’essentiel: elles s’épanouissent et fanent, dans un cycle perpétuel qui ne s’arrête jamais.»
Ou, pour reprendre la célèbre citation de DavidHockney:«N’oubliezpasqu’ilsnepeuvent pasannulerleprintemps»«Exactement! Quoi qu’il arrive, aussi sombre et morose que puisse parfois sembler le monde,de nouvelles fleurs continueront toujours à éclore. Il me paraît naturel que dans les périodes difficiles, nous trouvions du réconfort et de la joie dans la pureté et la beauté des fleurs.»
«Travailler avec des fleurs est chaque jour un plaisir.Il faut les traiter avec beaucoup de soin,justement parce qu’elles sont fragiles et éphémères. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à lâcher prise, que ce soit pour les objets ou pour les souvenirs du passé que je ressasse sans cesse. Il est d’ailleurs assez ironique que je travaille avec un matériau aussi éphémère. Idéalement, je voudrais pouvoir conserver pour l’éternité chaque fleur que je touche. Chaque jour, je suis obligée de laisser le passé derrière moi et de vivre dans l’instant présent. Les fleurs sont une leçon de vie,jour après jour.» ◆
WWW.HARRIETPARRYFLOWERS.COM
IG: @FLOWERINTERPRETATIONS, @FLORALHUMANS ET @HARRIETPARRYFLOWERS
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DEPUIS 40 ANS, LE STYLE SE DIT
DEMANDEZ À N’IMPORTE QUEL BRUXELLOIS QUI L’A VÉCU, ET IL VOUS DIRA À QUEL POINT LA RUE ANTOINE DANSAERT ÉTAIT AUTREFOIS SINISTRE. TOUT A CHANGÉ IL Y A ENVIRON QUARANTE ANS, LORSQUE SONJA NOËL S’Y EST INSTALLÉE AVEC SA BOUTIQUE STIJL, INTRODUISANT LA MODE ET CRÉANT UNE MINI-RÉVOLUTION URBAINE AVANT-GARDISTE. DES SIX D’ANVERS À MARIE ADAM-LEENAERDT AUJOURD’HUI, LE MUSÉE MODE & DENTELLE À BRUXELLES CONSACRE UNE RÉTROSPECTIVE À CET HÉRITAGE. «JE N’AVAIS PAS D’EXEMPLE, ALORS J’EN SUIS DEVENUE UN.» UNE INSTITUTION EN 8 MOMENTS-CLÉS.
TEXTE:
NATALIE HELSEN
PHOTOS:
ARCHIEF STIJL E.A.
L’OUVERTURE DE STIJL
SEPTEMBRE 1984
La rencontre qui allait changer sa vie est tombée à point nommé. Étudiante en dernière année d’histoire de l’art à Bruxelles et de nouveau célibataire, Sonja Noël fait chez une amie la connaissance d’Imelda, une Suissesse très branchée, propriétaire d’une boutique à Lausanne. Imelda envisage de s’implanter à Bruxelles et lui lance une proposition: ouvrir une boutique ensemble. «À l’époque, je m’intéressais davantage à l’art, et j’aurais sans doute ouvert une galerie ou quelque chose dans le design. Mais quand on est jeune, on a envie de tout essayer, et j’ai su changer de cap rapidement. Après moins de cinq minutes de conversation, j’en étais sûre: c’était ce que je voulais. Avoir sa propre boutique, c’est la liberté. La liberté de choisir comment organiser à la fois son espace et sa vie.»
Alors qu’à l’époque,la plupart des boutiques se concentraient dans le haut de la ville,Sonja Noël fréquentait le centre-ville,où elle retrouvait ses amis artistes dans des cafés comme L’Archiduc, Le Falstaff ou encore le Beursschouwburg. Elle connaissait bien le quartier: beaucoup de bâtiments vacants, beaucoup de
lieux industriels,et surtout,des prix dérisoires.«En d’autres termes, avec énormément de possibilités de développement.»
Au final, Imelda a renoncé au projet -les réglementations et les taxes à l’importation rendaient l’entreprise belgo-suisse trop compliquée. Mais Sonja,elle,était lancée -tout comme Stijl.«Si j’ai paniqué? Pas du tout. Comme Imelda avait déjà acheté la première collection,je n’avais rien à perdre.J’étais surtout excitée.Comme je n’avais jamais fait ça auparavant,j’ai tout simplement foncé.»
Sur la photo, prise quelques jours après l’ouverture, on aperçoit l’une des premières pièces vendues chez Stijl: un manteau avant-gardiste de la marque suisse A Propos,que Sonja avait découverte grâce à Imelda.Détail insolite:comme elle se souvenait encore de la personne qui l’avait acheté en 1984, elle a réussi à remettre la main sur cet exemplaire précis pour l’exposition.
CI-CONTRE CETTE PHOTO A ÉTÉ PRISE EN 1984, JUSTE APRÈS L’OUVERTURE DE STIJL. CE MANTEAU DE LA MARQUE SUISSE A PROPOS. RESTE TOUT À FAIT TENDANCE, AUJOURD’HUI ENCORE.
COUP DE FOUDRE MARINA YEE
«Marina Yee se souvient elle aussi encore très bien de notre première rencontre», sourit Sonja Noël. Au début des années 1980, le Plan textile belge tente de mettre l’industrie nationale à l’honneur grâce à ‘De Gouden Spoel’, un concours de design organisé tous les deux ans. Parmi les candidats,la jeune créatrice anversoise Marina Yee tente sa chance. «Elle raconte toujours que j’étais tellement impressionnée par ses manteaux que je l’ai immédiatement abordée en lui déclarant:‘Je dois absolument vendre tes pièces dans ma boutique’.Avec le recul, c’était d’une naïveté totale, car bien sûr, Marina ne présentait que des prototypes, pas une véritable collection. Et pourtant, j’ai vendu ces pièces chez Stijl -des manteaux aux accessoires,y compris des lunettes de soleil fabriquées avec du matériel de dentiste.»
Ce fut le début d’une longue amitié, y compris avec d’autres amis de MarinaYee, bien avant qu’ils ne deviennent mondialement célèbres. «Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs, Walter Van Beirendonck... Je les connaissais déjà bien avant qu’ils ne deviennent célèbres, grâce à Marina.» Lorsqu’ils sont partis à Londres et ont accédé à la notoriété en tant que ‘Six d’Anvers’, Marina m’a même lancé: ‘Sonja,viens avec nous!’.Dès qu’ils ont commencé à produire leurs propres collections, ils savaient qu’ils pouvaient compter sur moi à Bruxelles.Stijl a introduit un concept de boutique inédit.Je n’avais ni prédécesseurs ni modèles à suivre,si bien qu’avec le temps,Stijl est lui-même devenu une référence – bien au-delà des frontières.»
CI-CONTRE LA DÉCOUVERTE DU TRAVAIL DE MARINA YEE A MARQUÉ LE DÉBUT D’UNE AMITIÉ DURABLE, TOUT COMME AVEC CEUX QUI DEVIENDRAIENT PLUS TARD CONNUS SOUS LE NOM DES «SIX D’ANVERS».
Stijl a introduit un concept de boutique inédit. Je n’avais ni prédécesseurs ni modèles à suivre, si bien qu’avec le temps, Stijl est lui-même devenu une référence, bien au-delà des frontières.
EVENTS, EVENTS, EVENTS!
Les événements de mode à grande échelle n’ont pas attendu l’ère d’Instagram pour exister, la preuve en images. Autrefois, les boutiques organisaient leurs propres défilés Stijl les mettait en scène dans la rue, à l’opéra et même à la piscine.«Mon compagnon de l’époque,Walter deWeerdt,sortait d’une école de cinéma et avait une vision résolument maximaliste. Il adorait organiser des événements, et nous nous sommes lancés», se souvient Sonja Noël. «Avec SvenViaene, nous avons mis en scène un théâtre inspiré par le théâtre d’ombres chinoises du Beursschouwburg,pour présenter la collection d’hiver.Une autre fois,nous avons contacté feu Gerard Mortier,alors directeur de La Monnaie,qui souhaitait ouvrir l’opéra à un plus large public.Nous lui avons demandé s’il serait possible de louer le bâtiment pour un défilé,et il a accepté.La salle était pleine à craquer: tous les Bruxellois curieux et audacieux étaient là.»
Avec l’essor d’internet et l’accélération de la diffusion des informations et des images, l’impact commercial de ces grands shows s’est peu à peu estompé.Aujourd’hui,Sonja Noël préfère investir dans des événements de plus petite envergure: «Par exemple, des présentations de collections en boutique, en présence du créateur. Car ne vous y trompez pas: les clients aiment toujours autant le contact direct.»
CI-CONTRE ET À DROITE AUCUN
LIEU N’ÉTAIT TROP AMBITIEUX POUR
STIJL EN MATIÈRE DE DÉFILÉS: DE LA BEURSSCHOUWBURG ET LA MONNAIE
À LA PISCINE DU RÉSIDENCE PALACE.
PAS DE BUSTES, MAIS DE LA
LINGERIE
L’histoire la plus marquante,et pourtant souvent oubliée de Stijl?
Le nombre de boutiques que Sonja Noël a ouvertes.Moins d’un an après ses débuts, elle inaugurait déjà, avec Walter de Weerdt, une boutique pour hommes juste à côté de Stijl. Puis, en 1987, lorsqu’un local s’est libéré en face, la suite lui a semblé évidente. «Je sentais que la lingerie évoluait. Elle devenait plus sportive, et c’est précisément ce que je souhaitais mettre en avant.» Stijl Underwear était né. «Là encore, c’était un concept inédit: beaucoup plus minimaliste, sans ces affreux bustes ni ces gros plans sur les affiches.» (grimace) «Je me suis dit: dehors tout ça!
Chez Underwear,on essayait la lingerie comme n’importe quel vêtement,dans de grandes cabines d’essayage en briques de verre. L’aménagement existe toujours:la boutique a d’abord été reprise par Geertje Milis,puis l’année dernière par les sœurs Prophete.»
Au fil du temps, l’offre a évolué. «Ma sélection était encore très exclusive (à l’époque,on pouvait encore le dire!),tandis que les nouvelles propriétaires ont élargi l’offre, et avec succès. C’est une évolution normale: en tant que propriétaire de boutique, on ne peut pas tricher, on doit choisir son offre en accord avec sa propre sensibilité.»
L’ouverture d’Underwear, en 1987, a d’ailleurs donné lieu à l’un des défilés les plus spectaculaires du Résidence Palace, conçu par Michel Polak, l’architecte de la Villa Empain: «Les mannequins défilaient autour du bassin et sur l’iconique escalier Art déco de la piscine. Dans l’eau: des nageuses synchronisées, portant nos toutes dernières collections. Oui, car nous venions tout juste de nous lancer dans le swimwear!»
À 33 ans,Sonja Noël avait trois enfants et trois boutiques.«Je ne sais pas comment je m’en sortais à l’époque.Tout ce que je sais, c’est qu’à cet âge-là,on avait beaucoup plus d’énergie»,expliquet-elle en souriant. Et d’autres boutiques allaient encore suivre...
PREMIÈRE BOUTIQUE
MAISON MARTIN
MARGIELA AU MONDE
En 1988, Sonja Noël fut la première à acheter des pièces de Martin Margiela.«Même de la collection de lancement,qui n’a jamais été mise sur le marché, j’ai réussi à vendre des pièces.»
«À mesure que Margiela lançait de nouvelles lignes -la gamme plus accessible MM6, des chaussures, des accessoires-, ses collections ont fini par prendre tellement d’ampleur que j’ai voulu lui consacrer une boutique à part entière.»
Noël est ainsi devenue la toute première propriétaire d’une boutique Maison Martin Margiela au monde, fidèle à son approche éprouvée: «Nous avons ouvert rue Léon Lepage, en face du café Au Laboureur, à une époque où l’endroit était encore très brut.»
Reprise plus tard par NicolaVercraeye,la boutique a fermé ses portes en 2020. Mais l’aménagement, conçu par Margiela lui-même, est resté intact. Depuis 2021, il accueille la librairie Saint-Martin Bookshop, spécialisée dans les livres d’art.
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L’ÉVANGILE VERT D’HALELUJA
2010-2014
Bien avant que la durabilité ne devienne un sujet brûlant et que toutes les marques ne se sentent obligées d’en parler, Sonja Noël voulait prouver que produire de manière responsable et adopter la slow fashion n’avait rien d’ennuyeux. En 2010, elle ouvre Haleluja. «Pas avec deux l, mais un seul - je trouvais que ça sonnait plus international», explique-t-elle. Dans les rayons, on trouvait notamment Honest by Bruno Pieters, Jan Jan Van Essche et les créations ingénieusement upcyclées de Christopher Raeburn, qui offrait une nouvelle vie à des surplus militaires.
En 2014, Haleluja a fermé ses portes pour faire place à une boutique Stijl dédiée à la mode masculine.«Avec le recul,nous avons peutêtre arrêté trop tôt.Depuis,et surtout après la pandémie,presque toutes les marques avec lesquelles je travaille misent sur la durabilité, souvent sans en faire un argument marketing.Rick Owens,par exemple,utilise très peu de plastique ou de dérivés du pétrole dans ses collections et emballages, et le cuir est de plus en plus tanné naturellement.»
Détail amusant: l’un des tout premiers manteaux militaires de Christopher Raeburn a fait son retour chez Stijl à l’occasion de l’exposition. Pour Sonja, la preuve ultime du caractère visionnaire et intemporel du concept: «Cette pièce pourrait parfaitement avoir été conçue aujourd’hui.»
«Je n’avais rien à perdre et j’étais surtout excitée. Comme je n’avais jamais fait ça auparavant, j’ai tout simplement foncé.»
THE FIRST TO SHOW
2010-2014
Dans le monde de la mode, c’est bien connu: alors que d’autres boutiques attendent de voir comment les choses évoluent, Stijl ose être la première à miser sur de toutes nouvelles collections. «En effectuant des recherches pour préparer l’exposition, je me suis replongée dans d’anciennes interviews et j’ai réalisé que je travaille toujours selon les mêmes principes qu’à mes débuts,dans les années 1980»,confie Sonja Noël. «Règle numéro un: je n’intègre de nouveaux créateurs à mon offre que s’ils apportent quelque chose de véritablement nouveau,un style que je n’ai encore jamais vu auparavant. Et cela arrive rarement. La dernière fois? C’était la Bruxelloise Marie Adam-Leenaerdt -j’ai directement acheté sa collection. Il est rare qu’une personne de son âge ait une vision aussi affirmée.Quelle personnalité! Et cela se reflète dans ses vêtements: les porter, c’est s’affirmer.»
Illustration: Leonie
L’EXPOSITION 40+ YEARS OF STIJL
S’il y a une chose que la fondatrice de Stijl tient à préciser, c’est qu’elle ne porte pas ce projet seule: «Ici, on plaisante souvent en disant que Sonja fait tout, et que tout ce qu’elle ne fait pas, c’est son mari Erik van der Post qui s’en charge!» (rires). «Il gère l’aspect commercial, même s’il aime se qualifier avec dérision de concierge de luxe -et il a raison: quelqu’un doit bien s’occuper des ampoules à remplacer!»
Le même principe s’applique à l’exposition qui ouvrira bientôt ses portes à Bruxelles: si elle repose sur l’histoire de Sonja Noël et la façon dont Stijl a traduit la mode iconique dans la vie quotidienne, sa conception est entièrement entre les mains de sa fille,Aya Noël. «Je suis convaincue qu’un bon œil est un don inné - on l’a, ou on ne l’a pas.Aya explorait déjà mon armoire à chaussures avant même de savoir marcher.Alors que ses frères insistaient pour que je leur choisisse des vêtements ordinaires, elle voulait toujours des pièces audacieuses.C’est ce qui la rend unique.Le fait d’avoir étudié et vécu à l’étranger pendant douze ans (Aya Noël est journaliste et critique de mode,NDLR) lui permet d’avoir le recul nécessaire sur cette histoire. Du concept à l’organisation thématique, en passant par les textes et le magazine qui accompagne l’exposition,c’est elle qui a tout imaginé.» ◆
«40+ YEARS OF STIJL»: DU 18 AVRIL AU 11 JANVIER 2026, AU MUSÉE MODE & DENTELLE, RUE DE LA VIOLETTE 12 À BRUXELLES. WWW.FASHIONANDLACEMUSEUM.BRUSSELS
CI-CONTRE AYA NOËL, AYANT GRANDI DANS L’UNIVERS DE LA MODE, EST DEVENUE JOURNALISTE ET EXPERTE EN LA MATIÈRE. ICI, À CÔTÉ DE SA MÈRE SONJA, ELLE ASSURE LE COMMISSARIAT DE L’EXPOSITION.
«Je suis convaincue qu’un bon œil est un don inné -on l’a, ou on ne l’a pas. Aya explorait déjà mon armoire à chaussures avant même de savoir marcher.»
REPORTAGE:
THIJS DEMEULEMEESTER
PHOTO:
ALEXANDER D’HIET
Comment vous sentez-vous? «Bien, notre carnet de commandes est bien rempli. Nous avons fondé notre atelier il y a dix ans, et nous avons maintenant des clients du monde entier qui passent commande pour des lunettes sur mesure. Nous en fabriquons environ septante par an,avec un délai d’attente de trois à quatre mois. Le problème, c’est que les gens ne découvrent pas toujours notre atelier au moment où ils ont besoin de lunettes, mais parfois des années plus tard. Une paire de lunettes, ce n’est presque jamais un achat impulsif. Nous devons rester présents à leur esprit afin qu’ils pensent à nous le moment venu.»
Qu’est-ce qui est essentiel pour vous? «Les gens disent parfois: ‘Je n’ai pas une tête à lunettes’, alors que c’est une simple question de physionomie.Lorsqu’on se base sur les lignes du visage,des yeux, des sourcils et de la mâchoire,il existe toujours une monture parfaitement adaptée à chaque visage. Certains clients franchissent notre porte en disant:‘Je dois porter des lunettes.’Non,vous ne devez pas, vous voulez en porter.C’est ce changement de perspective qui doit s’opérer lorsqu’on entre dans notre atelier.»
Comment fonctionnez-vous? «Notre véritable luxe, c’est le temps que nous consacrons à nos clients. Pour chaque paire de lunettes, nous programmons quatre rendez-vous dans notre atelier. Un jour, un père a reçu de ses quatre filles un chèque-cadeau pour des lunettes sur mesure chez nous.À chaque visite,elles l’ont accompagné. Et lorsque ses lunettes ont été prêtes, il a confié:‘Je ne sais pas ce qui m’a fait le plus plaisir: les lunettes ou le temps passé avec mes filles’.»
Que pensez-vous de votre chemin? «Je suis plutôt fier du chemin parcouru.Après mes secondaires,je n’ai pas pu poursuivre des études supérieures comme mes copains, une réelle frustration à l’époque. Mais vingt ans plus tard,je vends mes lunettes aux quatre coins du monde.Je voyage beaucoup pour mon travail:tous les trois ou quatre mois,je me rends àAbu Dhabi,à Dubaï et au Koweït.Je travaille aussi à Londres,Genève,Paris et Knokke, où je prends personnellement les mesures de mes clients et leur présente des modèles. Je n’ai jamais suivi de formation officielle en lunetterie, seulement des stages auprès de maîtres artisans à l’étranger. Et aujourd’hui,des écoles envoient leurs étudiants dans notre atelier pour apprendre le métier.Il y a même des opticiens qui viennent ici en teambuilding. Oui, c’est une grande fierté.»
Qu’est-ce qui vous rend unique? «Le métier de lunetier n’existe pas en tant que tel en Belgique. Il y en a un à Paris, deux à Londres et un à NewYork, mais ce dernier est spécialisé dans les montures très excentriques. Nous avons développé notre propre approche. Lors du premier rendez-vous, nous réalisons une quinzaine de mesures du visage et échangeons avec le client concernant ses souhaits. Lors du second rendez-vous, je présente six modèles différents, tous dessinés sur mesure. Nous choisissons ensuite la couleur et le matériau: acétate, corne de buffle, aluminium, bois tropical, or... Nous avons même déjà fabriqué une monture sertie de 200 diamants. Lors du troisième rendez-vous, nous procédons aux ajustements de la monture, qui est alors presque terminée: nous prenons une heure pour l’adapter parfaitement à la morphologie du visage. Nous effectuons
LA BEAUTÉ DU GESTE
LUDOVIC ELENS
Dans cette rubrique, nous donnons la parole à ceux qui pratiquent la beauté du geste au quotidien. Cette semaine, entretien avec Ludovic Elens, lunetier bruxellois et fondateur de Lunetier Ludovic, à propos de lunettes brise-glace, du Petit Prince et de son ‘wall of shame’.
CI-DESSOUS CHEZ LUNETIER LUDOVIC, QUATRE RENDEZVOUS SONT NÉCESSAIRES
POUR OBTENIR DES LUNETTES
SUR MESURE PARFAITES,
CELA PEUT PRENDRE TROIS À QUATRE MOIS.
«Le nom de notre marque et l’année de fabrication sont présents sur la monture, mais certains choisissent aussi d’y ajouter une devise.»
les derniers ajustements formels ainsi que les mesures optiques nécessaires à la commande des verres.Avec ses lunettes, le client doit avoir de l’allure, mais il doit également voir parfaitement. C’est aussi lors de ce rendez-vous que nous choisissons une gravure personnalisée. Le nom de notre marque et l’année de fabrication sont toujours présents sur la monture, mais certains clients choisissent également d’ajouter une devise ou un message personnel. Un juge a fait graver ‘Le bien, le juste et le vrai’ sur ses lunettes. Un autre client a choisi une citation tirée du ‘Nom de la rose’ d’Umberto Eco. Mais la plus demandée est tirée du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry:‘On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.’ Enfin, le quatrième et dernier rendez-vous est celui de la livraison.»
Avez-vous déjà commis une erreur? «Comme dit le proverbe: vérifier deux fois et couper une fois. Pourtant, dans les premières années de Lunetier Ludovic, il m’est arrivé de prendre de mauvaises mesures ou de mal découper certaines montures. Dans notre atelier, nous avons un ‘wall of shame’, un mur où sont exposées les lunettes ratées. L’idée était de les y accrocher temporairement pour éventuellement en récupérer certaines afin d’en faire de belles pièces. Je
UNE COLLECTION SOLAIRE AVEC SCABAL *
Lunetier Ludovic est le seul en Belgique à proposer des lunettes entièrement sur mesure. Mais son atelier situé au Sablon propose aussi du semi-mesure, des modèles existants dont la forme est ajustée. «Notre collection ‘Jazz’ comprend seize modèles, disponibles en plusieurs tailles et matériaux. Le délai d’attente est de trois semaines», précise Ludovic Elens.
Il s’apprête également à lancer sa toute première collection de lunettes solaires en prêt-à-porter, en collaboration avec
le spécialiste belge du textile Scabal. «Ce ne sera pas du sur mesure, mais des modèles prêts à l’emploi, proposés à 1.400 euros», ajoute-t-il. «Ils seront disponibles dans les boutiques Scabal de Bruxelles, Paris, Londres et Genève. Il s’agit d’ne alliance naturelle: nous partageons avec Scabal le même amour de la qualité, de l’élégance intemporelle et du savoir-faire artisanal.»
www.lunetierludovic.be wwwscabal.com
22.03.25
peux vous dire qu’en dix ans, nous n’en avons sauvé aucune. Mais ces erreurs nous poussent à l’excellence.Si le moindre doute subsiste quant à la qualité d’une monture,il n’y a pas d’hésitation: on recommence.‘Le client va-t-il le remarquer?’ est une question que je ne me pose jamais.Seule la perfection n’est permise.»
Que devez-vous faire de toute urgence? «Beaucoup de gens ne savent même pas que les lunettes sur mesure existent. Je dois faire mieux connaître mon savoir-faire. En tant qu’entreprise, j’ai l’ambition de me développer, mais pas au détriment de la qualité ou du savoir-faire. La Belgique évolue progressivement vers une économie de services et relègue l’industrie manufacturière au second plan, alors qu’il est essentiel de transmettre l’intelligence de la main, le savoir-faire.»
«L’artisanat a un prix,notamment parce que je tiens à rémunérer correctement mes collaborateurs. Le prix d’une paire de lunettes en semi-mesure débute à partir de 1.100 euros, tandis que le prix d’un modèle entièrement sur mesure dépend des matériaux et des finitions. C’est un investissement,certes,mais si vous portez vos lunettes tous les jours, le ‘cost per wear’ est bien inférieur à celui d’un sac à main ou d’un imperméable.»
Qu’est-ce qui fait votre fierté? «Certains clients me disent parfois: ‘À chaque fois que je porte vos lunettes,on me complimente’.Pourtant,mes designs sont souvent très épurés. C’est ce que j’appelle la créativité subtile: une monture dont la forme et les lignes épousent parfaitement la morphologie du visage. Un chef d’entreprise très respecté m’a un jour confié que les jeunes entrepreneurs hésitaient parfois à l’aborder, alors qu’il souhaitait justement réseauter avec de petites start-ups. Il a donc choisi des lunettes ‘brise-glace’, afin que les gens puissent le complimenter et engager la conversation.Sa monture est devenue une véritable ‘conversation piece’, un moyen de faciliter les échanges.» ◆
Vintage
De la gameboy aux cartes de visite signées Steve Jobs: les objets vintech valent de l’or ◆ Automobile Club de France: attention, n’oubliez pas votre cravate pour vous rendre dans ce lieu chicplus-ultra de Paris ◆ Un soupçon de gin ou de whisky: la nouvelle ivresse des parfums de créateurs. 40 — 54
REPORTAGE:
THIJS DEMEULEMEESTER
ILLUSTRATION:
PHILIP VAN BASTELAERE
UNE CARTE DE VISITE SIGNÉE DE LA MAIN DE STEVE JOBS? 181.000 DOLLARS. LE PREMIER ORDINATEUR APPLE-1 DE 1976? AU MOINS 300.000 DOLLARS. UN JEU VIDÉO «SUPER MARIO BROS» DE 1985? 2,5 MILLIONS DE DOLLARS. UN IPHONE DE PREMIÈRE GÉNÉRATION SCELLÉ DANS SON EMBALLAGE D’ORIGINE? 75.000 DOLLARS. LES COLLECTIONNEURS DE VINTECH ACQUIÈRENT DES ARTEFACTS EMBLÉMATIQUES DE L’HISTOIRE DE L’INFORMATIQUE, DES JEUX VIDÉO ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS. IL SUFFIT DE DEMANDER À PETER HINSSEN OU AUX ENTREPRENEURS DE LA SILICON VALLEY. «VOUS VOYEZ CES PASSIONNÉS QUI VONT ADMIRER LEURS VOITURES DE COLLECTION AVANT D’ALLER DORMIR? MOI, JE FAIS PAREIL AVEC MES COMMODORE.»
S«teve Jobs and the Apple Revolution.» Ce n’est pas le nom d’un groupe de reprises funk, mais l’intitulé de la dernière vente aux enchères dédiée aux artefacts Apple, organisée par la maison américaine RR Auction. La pièce la plus surprenante? Un iPhone 4 Go de première génération, dans son emballage d’origine. Prix estimé? 75.000 dollars. La pièce phare? Un ordinateur Apple-1 encore fonctionnel, accompagné de son manuel d’origine, estimé à 300.000 euros.Il y a vingt ans,il ne valait même pas un dixième de cette somme.«C’est le tout premier ordinateur personnel d’Apple,fabriqué à la main en 1976 par SteveWozniak et commercialisé par Steve Jobs.Moins de 200 exemplaires ont été produits,et ceux qui fonctionnent sont encore plus rares.En posséder un, c’est détenir un lien tangible avec les fondateurs légendaires d’Apple.Sa rareté et son importance dans l’histoire de la tech en font un objet extrêmement convoité», explique Bobby Eaton, directeur des opérations chez RR Auction. Basée à Boston, cette maison de ventes aux enchères est l’une des rares au monde à se spécialiser dans les ordinateurs, téléphones et jeux vintage,un marché désormais appelé «vintech», le vintage de laTech.
PAUL ALLEN
Il y a exactement un an,ils faisaient la une des médias du monde entier en vendant une carte de visite signée de la main de Steve Jobs en 1983, adjugée pour 181.000 dollars. «En quatre ans, le marché des ordinateurs et jeux vidéo vintage de Catawiki a doublé. Et l’intérêt ne fera qu’augmenter, y compris chez les femmes», observeTobyWickwire, spécialiste de la vintech pour la plateforme d’achats en ligne Catawiki. «Autrefois, la vintech était l’apanage de quelques nerds qui connaissaient son histoire, mais aujourd’hui, elle devient mainstream. Même les grandes maisons de vente aux enchères s’y mettent.»
De fait:en 2024,Christie’s a adjugé unApple-1 pour 945.000 dollars, un exemplaire issu de la collection privée de Paul Allen, cofondateur de Microsoft. Une provenance prestigieuse qui a contribué à faire grimper son prix. Mais ce sont précisément ces pionniers qui détiennent les véritables trésors.«De nombreux
À GAUCHE «APPLE CHAPEL», LE SANCTUAIRE PRIVÉ DE PETER HINSSEN
DÉDIÉ AUX SOUVENIRS D’APPLE, ABRITE UNE COLLECTION IMPRESSIONNANTE.
DES TOUT PREMIERS MACS AUX PROTOTYPES LES PLUS RARES, CHAQUE
PIÈCE TROUVE SA PLACE DANS UNE ANCIENNE ÉGLISE À MATER.
CI-DESSOUS PROTOTYPES, MATÉRIEL MARKETING, MANUELS... LA COLLECTION DE PETER HINSSEN SE CLASSE PARMI LES TROIS MEILLEURES
D’EUROPE ET FIGURE DANS LE TOP 10 MONDIAL.
objets uniques proviennent directement d’anciens employés d’Apple, qui ont participé aux innovations des premières années», explique Eaton. «Ou encore d’early adopters et de collectionneurs qui ont soigneusement conservé ces pièces au fil des décennies.»
APPLE CHAPEL
Peter Hinssen, entrepreneur belge dans la Tech, auteur à succès et conférencier de renommée internationale,est un fidèle client de RRAuction. Depuis des années, il se consacre avec passion à la constitution d’une vaste collection d’artefacts Apple vintage. «Ma collection figure parmi les trois plus importantes d’Europe et dans le top dix mondial.La plus grande collection privée,l’Apple
«Ma
femme me répète sans cesse que j’aurais
mieux fait d’acheter des actions Apple plutôt que tout ce bric-à-brac. Elle n’a peut-être pas tort.»
Museum,est installée dans un ancien supermarché à Varsovie. De mon côté, j’ai acheté une église à Mater,près d’Audenarde,que j’ai rebaptiséeApple Chapel.Elle abrite des pièces retraçant toute l’histoire d’Apple,de 1976 à aujourd’hui»,explique-t-il. «Ordinateurs, prototypes, manuels, logiciels, rapports annuels,matériel marketing:ma passion a pris des proportions démesurées.Tout a commencé en 1981,lorsque j’ai commencé à programmer sur un Apple-2.À partir de 1984,nous avons toujours eu des ordinateurs Apple à la maison,et je n’ai jamais rien jeté. Je collectionne depuis 2000. Mon attachement à la marque ne m’a jamais quitté.»
Peter Hinssen n’a pas de curateur pour gérer sa collection, et tient à guider lui-même les visites organisées dans son Apple Chapel. «Il m’est déjà arrivé de voir un petit nuage de fumée s’échapper d’un vieilApple que je venais fièrement d’allumer devant mes visiteurs. Je sens alors mon estomac se nouer et je me demande: combien d’argent vient encore de partir en volutes? De toute façon, ma femme me répète sans cesse que j’aurais mieux fait d’acheter des actions Apple plutôt que tout ce bric-à-brac. Elle n’a peut-être pas tort.»
ENTERRÉES
La collection de Hinssen se concentre sur les débuts d’Apple, de 1976 à 1997. Il lui manque un Apple-1. «Ce serait la pièce maîtresse de ma collection», confie-t-il. «Je ne cherche pas l’exhaustivité.J’ai du mal à collectionner des pièces qui ne me plaisent pas. En tant qu’ingénieur, je perçois la beauté d’une carte mère ou d’un prototype. Ouvrez un vieux Mac de 1984, et vous verrez à l’intérieur les signatures de ceux qui l’ont construit. Ça me donne des frissons. Ce qui est fou,c’est que les piècesApple les plus rares ont été les plus grands flops commerciaux. Mon préféré est l’Apple Lisa, le premier ordinateur doté d’une interface graphique et d’une souris. J’en possède
désormais quatre, alors qu’il n’en existe que très peu:les stocks invendus ont été détruits à l’époque. Apple a tout simplement jeté ces machines dans le désert de l’Utah. C’est pourquoi elles sont quasiment introuvables aujourd’hui.»
«Une histoire similaire circule dans le monde des jeux vidéo»,explique Ben Allossery,spécialiste belge du gaming.«En 1982,lorsque le jeu‘E.T.The Extra-Terrestrial’ s’est révélé être un fiasco total, l’éditeur Atari a enterré les centaines de milliers de cartouches invendues dans le désert du Nouveau-Mexique. En 2014, une partie de ce stock a été exhumée lors du tournage d’un documentaire surAtari.Et aujourd’hui,ce jeu est devenu un objet de collection, alors qu’il était considéré comme l’un des pires jeux jamais créés.»Wickwire,de chez Catawiki, confirme l’anecdote. «Lorsque ce stock de cartouches exhumées a été mis en vente,j’en ai acheté une.J’ai eu la bonne idée de garder la boîte scellée.Un ami,en revanche,a ouvert la sienne...et une odeur épouvantable s’en est échappée.»
BUZZ ALDRIN
L’antiquaire Luca Cableri est convaincu que la vintech s’imposera en tant que nouveau domaine de collection. «J’ai déjà enchéri plusieurs fois sur un Apple-1 et des objets ayant appartenu à Steve Jobs, mais les prix sont devenus exorbitants», soupiret-il.Avec sa galerie Theatrum Mundi à Arezzo, il s’est spécialisé dans la création de cabinets de curiosités contemporains. Dès le XVE siècle, souverains et intellectuels collectionnaient des artefacts et objets d’art qu’ils réunissaient dans un cabinet de curiosités: coquillages, minéraux, instruments de mesure, animaux naturalisés, globes terrestres, objets insolites… Ces cabinets incarnaient à la fois le savoir encyclopédique, la richesse et la sagesse universelle. Mais ils représentaient avant tout de véritables condensés d’histoires: celles des grands voyages de découverte, d’animaux et civilisations
exotiques que personne n’avait encore jamais vus,et des avancées technologiques dans le domaine de la navigation. «Si je devais constituer un cabinet de curiosités moderne pour un collectionneur, j’y intégrerais des artefacts qui ont marqué notre époque. Comme le costume original du film Batman de 1989, ou une moonboot portée par Buzz Aldrin lors de l’expédition lunaire Apollo 11. Un Apple-1 y aurait tout à fait sa place.»
GAMING AU MOYEN-ORIENT
Les artefacts liés à l’histoire de l’informatique, du gaming et des télécommunications ne sont pas si difficiles à dénicher: eBay, Catawiki ou encore les marchés aux puces restent de bonnes sources. Quel est alors le conseil essentiel pour un collectionneur débutant? «Ne surtout pas ouvrir la boîte! Les enchères s’envolent lorsqu’il s’agit d’ordinateurs, téléphones, jeux ou consoles encore scellés dans leur emballage d’origine», explique JeroenWittevrongel de Games&Co.
Dans sa boutique d’Ostende, des collectionneurs venus de toute l’Europe affluent pour acheter des jeux rétro, des bornes d’arcade vintage et des flippers rares.«Mais je vends aussi en ligne, où j’ai 15.000 pièces en stock»,précise-t-il.Le record? Un exemplaire scellé de «Super Mario Bros.» de 1985, adjugé en 2021 pour la somme astronomique de 2 millions de dollars.Un exemplaire scellé de «Super Mario 64» pour Nintendo 64 est quant à lui parti pour 1,5 million en 2021.«La vintech est certainement plus rentable qu’un compte épargne!», lanceWittevrongel. Games&Co est spécialisé dans les jeux rares,les éditions difficiles à trouver,ainsi que les bornes d’arcade et les flippers.«Depuis la pandémie,les prix ont triplé.Un flipper‘TheAddams Family’ coûtait 1.500 euros à l’époque, mais il atteint maintenant 9.000 euros. Il existe même des groupes d’investissement qui en font un objet de spéculation.»
Jeroen Wittevrongel constate que ses jeux les plus chers partent actuellement vers le Moyen-Orient. «Aux Émirats, ils n’ont pas cette culture du jeu vidéo, avec laquelle nous avons grandi en Europe,au Japon et aux États-Unis.Ceux qui disposent de gros budgets cherchent à combler ce retard et achètent des jeux historiques, en commençant par les plus rares. Et quand ils se mettent à collectionner,c’est directement au plus haut niveau.»
TRÉSORS DE LA SILICON VALLEY
Jusqu’il y a peu,Thijs Bastiaens détenait l’une des plus grandes collections privées de jeux vidéo en Europe: 12.000 pièces,
dont la plupart encore scellées dans leur boîte d’origine. «Toute ma collection a été rachetée par le milliardaire suédois Lars Wingefors, CEO d’Embracer Group, un consortium d’entreprises spécialisées dans les jeux vidéo et le divertissement. Son équipe m’a contacté pour intégrer ma collection à leur musée d’archives, l’Embracer Games Archive.»
«Nintendo a ouvert son propre musée à Kyoto. Aux Pays-Bas, un musée du jeu vidéo a également vu le jour à Zoetermeer,avec une collection couvrant presque toutes les consoles», explique Allossery, spécialiste du gaming. «Les musées participent régulièrement à nos enchères», confirme Eaton de chez RRAuction.«Nos acheteurs de memorabilia informatiques vintage sont souvent des entrepreneursTech à succès,des cadres de la Silicon Valley et des collectionneurs privés avertis.La plupart sont des baby-boomers disposant de fonds conséquents, et souvent des personnes ayant des souvenirs personnels de la période pionnière du personal computing. »
CAVE AUX COMMODORE
«Tout ce marché est alimenté par la nostalgie», affirme Yves Kerwyn, cofondateur de Green IT Globe et fervent collectionneur de Commodore.La cave de sa maison a été transformée pour accueillir sa collection. «Je suis né en 1971. Les ordinateurs de ma jeunesse étaient encore compréhensibles,ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.Je fais partie de ces gens qui, en lisant la trilogie de Bill Gates,ont les larmes aux yeux dès la préface,parce que je me reconnais totalement dans ce qu’il faisait à treize ans. Beaucoup de ceux qui ont travaillé chez Microsoft ont commencé leur carrière chez Commodore. Pour moi, c’était l’inverse: j’ai passé 17 ans chez Microsoft,mais je ne collectionne que des Commodore. Le langage Basic utilisé sur ces machines a été écrit par Bill Gates lui-même.Alors, quand je démarre un de mes Commodore,j’interagis directement avec la programmation de Gates. C’est un morceau d’histoire de l’informatique qui se déroule sous mes yeux.»
En termes de valeur, la collection d’Yves Kerwyn n’est pas comparable à celle de Peter Hinssen, qui est d’ailleurs un ami. «On peut déjà trouver un Commodore en état de marche pour 100 à 200 euros. S’il n’est pas jauni par le temps, il peut coûter un peu plus cher»,ajoute-t-il.«Comme ils sont abordables,je me permets de les bricoler un peu.Aujourd’hui,on peut faire beaucoup plus avec un Commodore que dans les années 1980.J’ai installé des logiciels Commodore dans maTesla et sur mon smartphone.Pendant les vacances de Noël,j’ai acheté des trains miniatures Märklin,que je contrôle maintenant avec mon Commodore.Comme vous pouvez le constater,c’est une vraie obsession.»
«Vous voyez ces passionnés qui vont admirer leurs voitures de collection avant d’aller dormir? Moi,je fais pareil avec mes Commodore.Il me faut ce rituel pour m’endormir paisiblement.»
DèslesbeauxjoursenEurope,leClubMed2metlecapsurlaMéditerranée, suivant des itinéraires entre l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Turquie et la Tunisie. Que votre croisière soit brève (3 jours) ou plus longue (jusqu’à 23 jours),profitezdetouscesinstantsàbord,votreregardseportantverschaque escale comme une nouvelle aventure à vivre. Déambulez dans les ruelles pavées d’un village perché, contemplez un amphithéâtre antique sous le soleil, oulaissez-vousenivrerparlessenteursd’orangersetdefleurssauvages.
Lorsque l’hiver s’installe en Europe, le voilier met le cap sur les Caraïbes. Tout débute par une transatlantique, qui, de Dakar, vous mènera sur le continent sud-américain,auxportesdel’AmazonieetdesCaraïbes.Puis,toutaulongde l’hiver, le mythique yacht naviguera d’une île à un autre paradis antillais, vous laissantvousimprégnerdechaleuretdesoleilpendantquelesjoursdiminuent prèsdecheznous.Loindufroidetdurythmeeffrénéduquotidien,perdez-vous dansdesvillagescréolescolorésetdesjardinstropicaux,avantdeplongeràla rencontredepoissonsmulticolores.
À bord du Club Med 2, chaque croisière est pensée pour offrir un moment unique. Les croisières thématiques, conçues pour répondre aux envies de chacun,apportentunetouched’exclusivité.Lesamateursdebien-êtrepeuvent embarquer pour une croisière dédiée au yoga, tandis que les passionnés de golfprofitentdeparcoursimaginéspoureux.Quantauxfamilles,descroisières spéciales leur promettent des moments inoubliables, aussi bien pour les petits quepourlesgrands.
L’expérienceàbordduClubMed2vabienau-delàdela navigation.Dèsquel’onfranchitlepont,onpénètredans un univers où tout est conçu pour le plaisir des sens. Les164cabines,baignéesdelumièrenaturelle,invitent àladétente,bercéesparlebleudelamer.
La gastronomie occupe une place centrale à bord. Du petit-déjeuner sur le pont audînersouslesétoiles,lesdeuxrestaurantsduvoilier,leMonte-CarloetleSaintTropez,proposentunecuisinefineetgourmande...Pourprolongerleplaisir,quatre barsincitentàdesinstantsdepartage.
Au-delàdesescalesetdesplaisirsgastronomiques,leClubMed2offreunéventail d’activités pour combler toutes les envies. Les amateurs de sport apprécieront lasalledefitnessavecvuepanoramique,tandisquelespassionnésdebien-être pourrontprofiterduspabySothys.Pourlesamoureuxdelamer,levoilierdispose d’unhallnautique,pointdedépartpourdesaventuresenkayak,wingfoil,paddle ouplongéesous-marine.
Etlorsquelesoleilsecouche,lamagieopèreencore.Entreconcertslive,soirées dansantes et fêtes sous les étoiles, les nuits à bord du Club Med 2 ont ce goût inimitable de liberté et de légèreté. Plus qu’une croisière, c’est une aventure portéeparleventetleplaisirdel’inattendu.
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Alors que le Dry January et la Tournée Minérale gagnent en popularité, notre fascination pour les riches arômes des spiritueux s’accroît. Les parfums aux notes de cognac fruité, de gin épicé ou de champagne effervescent offrent une expérience olfactive raffinée et empreinte de nostalgie. Même pour ceux qui préfèrent une approche plus sobre de la vie.
REPORTAGE:
SOFIE ALBRECHT
PHOTO: WOUT HENDRICKX
Eau d’apéro
«Le bois de santal a des arômes crémeux qui ajoutent une
Les parfums aux notes «boozy» (alcoolisées NDLR) célèbrent les plaisirs de la vie:ils évoquent la chaleur des soirées conviviales en bonne compagnie, autour d’un bon repas et d’un verre raffiné. Ces fragrances se révèlent en outre étonnamment polyvalentes.
Les notes sucrées de la liqueur ou les arômes chaleureux du whisky et du cognac distillent une sensation d’un certain luxe pendant les mois d’hiver,tandis que la fraîcheur épicée du gin ou les pétillants accents d’agrumes du limoncello sont parfaits pour les journées ensoleillées. De quoi permettre à chacun de trouver un parfum en harmonie avec ses goûts,son style ou son humeur. L’expérimentation autour des accords inspirés des spiritueux n’a rien de nouveau: les maisons de parfumerie Frapin et By Kilian en ont même fait leur signature. Toutes deux sont d’ailleurs intimement liées à l’univers du cognac: Frapin est producteur de cognac, tandis que le fondateur
CI-DESSOUS QUAND ON PENSE AUX PARFUMS, LES NOTES DE FLEURS, DE BOIS OU DES RÉSINES SONT GÉNÉRALEMENT CHOISIES. AUJOURD’HUI, LES ESSENCES LIQUOREUSES ET SPIRITUEUSES S’INVITENT DANS LES PARFUMS ET LEUR CONFÈRENT PLUS DE PROFONDEUR.
de By Kilian, Kilian Hennessy, est un descendant de la famille Hennessy, qui a bâti sa fortune sur ce spiritueux. Pour célébrer le soixantième anniversaire d’Habit Rouge,Guerlain a fait vieillir son emblématique parfum masculin pendant quelques semaines en fûts de chêne, enrichissant ainsi son caractère ambré et cuiré de subtiles nuances boisées.La maison de parfumerie omanaiseAmouage est allée encore plus loin,en expérimentant des temps de maturation plus longs et des techniques d’infusion empruntées à l’industrie du whisky et du cognac.
DOUBLE INFUSION, DOUBLE EFFET
L’infusion est une méthode d’extraction ancienne consistant à immerger des ingrédients dans un liquide, comme l’alcool, afin d’en libérer subtilement les arômes et les saveurs. Ce procédé est largement utilisé dans le vieillissement de spiritueux tels que le whisky, le cognac, le rhum, le gin, la tequila et la vodka. Renaud Salmon, le directeur artistique belge d’Amouage, a exploré cette technique en infusant des copeaux de bois de santal pour «The Essences», une nouvelle ligne déclinant trois parfums. «Le bois de santal développe des arômes doux et onctueux qui ajoutent une dimension supplémentaire au parfum sans en altérer la fragrance», explique-t-il. «De plus, il contient peu d’allergènes.»
Les parfumeurs se sont retrouvés face à un défi inédit:comment anticiper l’effet combiné de l’infusion et d’une maturation plus longue lors du développement d’un parfum? «Cela requiert de l’expérience et de l’intuition», explique Salmon. «On sait que les notes de fond,comme les bois,les résines et les baumes,vieillissent bien,tandis que les ingrédients plus fragiles, comme les agrumes et les fleurs,s’y prêtent moins.Mais ce fut malgré tout un processus d’apprentissage jalonné de surprises.»
Renaud Salmon a opté pour une double infusion:il a ajouté des copeaux de bois de santal de soixante ans d’âge à l’huile de parfum dans des cuves en inox, tandis que l’alcool (bioéthanol) a été vieilli dans des fûts de chêne à chauffe moyenne. «Le degré de chauffe influence fortement le développement des arômes»,explique-t-il.«Une chauffe légère donne des notes
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2. BY KILIAN «ANGEL’S SHARE PARADIS» REPOSE SUR UNE NOTE DE FOND DE COGNAC, SUBLIMÉE PAR DES SENTEURS DE LIQUEUR DE FRAMBOISE, DE ROSE, DE FÈVE TONKA ET UN ACCORD PRALINÉ. EXTRAIT DE PARFUM 50 ML, 340 EUROS. WWW.BYKILIAN.COM
dimension supplémentaire sans changer le parfum.»
vertes,une chauffe moyenne apporte des accents beurrés,tandis qu’une chauffe intense produit des nuances fumées et torréfiées évoquant le café. L’alcool, inodore, acquiert ainsi un subtil parfum boisé,qui ajoute une patine supplémentaire au parfum.»
Selon Cécile Zarokian, parfumeuse chez Outlands, cette double infusion confère à la fragrance davantage de profondeur, de richesse et d’intensité.
IMPORTANCE DE LA MATURATION
Au cours du processus de maturation, les ingrédients évoluent et des synergies apparaissent, ce qui rend le parfum plus complexe,plus nuancé et plus harmonieux.Cette étape améliore également les qualités techniques du parfum, en le rendant plus intense et en prolongeant sa tenue sur la peau. «En moyenne, un parfum bénéficie de deux à trois semaines de maturation,mais je recommande généralement le double», explique Bertrand Duchafour, le nez derrière «Reasons».«Tout comme pour le vin,la maturation rehausse la qualité du parfum. Les ingrédients naturels, en particulier les résines (comme le benjoin et la myrrhe) et les bois (comme le patchouli), gagnent en caractère avec le temps.»
Aux côtés des parfumeurs, Salmon a suivi chaque mois l’évolution des deux infusions.Après six mois,ils ont jugé l’effet optimal, tant pour les huiles de parfum que pour le bioéthanol. Pour stopper le processus de macération, de l’alcool est ajouté jusqu’à atteindre la concentration souhaitée (dans ce cas, 30% pour un extrait de parfum), après quoi le mélange est refroidi et filtré. En parfumerie, l’objectif est généralement d’assurer une qualité olfactive aussi constante que possible,mais Duchafour explique que certaines notes, comme le patchouli, continuent d’évoluer bien après la mise en flacon.En raison du long processus de macération et de la double infusion,il existe un risque que les lots produits ultérieurement soient légèrement différents, ce qui ne préoccupe en rien Salmon: «Cette expérimentation nous a énormément appris et a conféré aux parfums une dimension supplémentaire,quelque chose d’inhabituel et d’unique. Pour moi, c’est l’essence même du luxe.» ◆
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2.
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UN PADDOCK DE
PRESTIGE
À
Je sonne au 6, place de la Concorde à Paris, où un concierge me fait entrer dans le majestueux hôtel particulier. On m’avait prévenu:sans costume ni cravate, impossible de franchir le seuil de l’Automobile Club de France (les initiés disent juste «l’Automobile Club», NDLR). Et sans invitation non plus. Celle-ci, je la dois au Royal Automobile Club of Flanders, fondé en 1899 sous le nom de Koninklijke Automobielclub derVlaanderen. Obtenir de surcroît l’autorisation de réaliser un reportage relève de l’exceptionnel.
Le président du club, le comteYann de Pontbriand, salue la comtesse Anne-Caroline d’Ursel d’un élégant baisemain. La comtesse a pris la présidence du club flamand l’an dernier. Mais ici, à Paris, ce serait impossible: les femmes ne peuvent même pas devenir membres.
L’Automobile Club est une institution, et non des moindres. Il s’agit du plus ancien et sans doute du plus exclusif des clubs automobiles au monde. Il a d’ailleurs été cofondé par un Belge, après la première course automobile de vitesse: Paris-Bordeaux-Paris, disputée du 11 au 13 juin 1895 sur une distance de 1.190 kilomètres. Émile Levassor fut le premier à franchir la ligne d’arrivée au volant de sa Panhard & Levassor,au bout de 48 heures et 47 minutes de course.Pourtant, c’est la Peugeot de Paul Koechlin qui fut déclarée vainqueur: Levassor pilotait un biplace, alors que le règlement imposait un véhicule à quatre places. Le baron belge Étienne van Zuylen van Nyevelt ne s’illustra pas particulièrement lors de cette course, mais il allait jouer un rôle clé dans les débuts de la culture automobile.
«Le 2 novembre de cette même année,ils se sont retrouvés à quatre pour déjeuner», raconte Yann de Pontbriand. «Aux côtés du baron van Zuylen,il y avait le comte Albert de Dion, le journaliste sportif Paul Meyan et Edmond Récopé.Dix jours plus tard, notre club voyait le jour.»
HAUTES SPHÈRES
L’accession d’un Belge à la présidence ne découlait pas uniquement de son ardeur pour l’innovation, à une époque où les automobiles se frayaient un chemin entre locomotives à vapeur et calèches, et où l’enthousiasme pour ce nouveau
moyen de transport atteignait son apogée.Le baron charismatique, uni par les liens du mariage à Hélène de Rothschild, jouissait également d’un avantage considérable. L’appartenance de celleci à la branche française de l’influente famille de banquiers lui ouvrait les portes des cercles les plus éminents de l’élite mondiale.Un atout primordial pour assurer le financement du nouveau club et lui conférer, dès sa création, une envergure internationale.
«Ce qui m’a toujours fasciné,c’est la diversité des technologies explorées à l’époque», avoue le comte de Pontbriand à propos de l’esprit qui régnait alors. «Lors de cette première course, des voitures à vapeur, électriques et à moteur à essence étaient en lice. C’est le moteur à combustion qui s’est imposé,et de loin.Soudain,une technologie révolutionnaire avait vu le jour: un
CI-CONTRE L’AUTOMOBILE CLUB DE FRANCE À PARIS DÉPASSE LE SIMPLE
CADRE D’UN CLUB AUTOMOBILE.
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moteur pratique, offrant une grande autonomie, synonyme d’une liberté sans précédent.Mais qui aurait pu imaginer qu’il poserait les bases d’une industrie mondiale telle que nous la connaissons aujourd’hui? Personne n’aurait osé en rêver.»
Ce n’est pas un hasard si le premier club automobile voit le jour en France.LesAllemands ont certes construit les premières voitures,et plusieurs modèles participant à cette première course de vitesse embarquaient d’ailleurs un moteur Daimler, mais Panhard & Levassor et Peugeot sont en 1891 les premiers à produire des automobiles en série.Au tournant du siècle,la France domine l’industrie automobile,jusqu’à ce que Ford introduise la production de masse aux États-Unis.
24 HEURES DU MANS
L’emplacement initial, sur la place de l’Opéra, se révèle rapidement trop exigu.Après un intermède dans une villa du bois de Boulogne, le club fait l’acquisition de l’historique hôtel Plessis-Bellière, un des plus beaux hôtels particuliers de Paris.Après quelques rénovations, le club s’y installe en 1899, puis achète l’hôtel de Moreau voisin en 1903. L’Automobile Club possède d’ailleurs toujours ces deux bâtiments, qui totalisent plus de 10.000 mètres carrés.La location de la salle numéro 8 à la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) remonte elle aussi à ces années pionnières. «En 1904, l’Automobile Club de France a proposé à d’autres clubs européens de fonder l’Association Internationale des Automobiles Clubs Reconnus (AIACR), le prédécesseur de la FIA, à laquelle les États-Unis ont ensuite également adhéré, et dont le siège se trouve toujours ici», explique le comte.
L’Automobile Club a sans conteste joué un rôle clé dans le développement du sport automobile. En 1906, il autorise notamment la Sarthe à organiser une course,événement qui allait conduire plus tard à la création des légendaires 24 Heures du Mans. Le club réglementait les courses dans toute la France,y compris le Grand Prix national annuel.
CI-DESSUS «LA SÉLECTION DES MEMBRES SUIT UNE
PROCÉDURE RIGOUREUSE ET NE RETIENT QUE LES
CANDIDATS LES PLUS COURTOIS ET LES PLUS EN PHASE AVEC LES VALEURS DU CLUB», EXPLIQUE LE PRÉSIDENT, LE COMTE YANN DE PONTBRIAND.
Aujourd’hui, le sport automobile français est supervisé par la FFSA (Fédération Française du Sport automobile), fondée par le club en 1952. «Nous restons très impliqués dans les questions de mobilité et de sécurité», souligne le comte de Pontbriand.«Nous sommes attachés à la liberté et la flexibilité qu’offre l’automobile, mais sommes également engagés dans la protection des cyclistes, motocyclistes et utilisateurs de trottinettes. À ses débuts,notre club était étroitement impliqué dans l’élaboration du Code de la route et délivrait les permis de conduire. Aujourd’hui, on compte chaque année 3.500 décès sur les routes françaises. La sécurité demeure un enjeu majeur.»
PISCINE SIGNÉE GUSTAVE EIFFEL
Le club repose sur trois piliers: la promotion de la culture automobile et de son industrie, le développement du cercle social et du bien-être des membres,ainsi que la valorisation de l’excellence française.Ce dernier point ne se limite pas à l’automobile, mais s’étend aussi à la gastronomie et à la culture, par exemple. La diversité des activités du club apparaît d’emblée tandis que le comte me fait visiter l’hôtel particulier. En montant à l’étage, nous percevons déjà l’odeur de la piscine, un chef-d’œuvre signé Gustave Eiffel, réputé somptueux, mais accessible uniquement aux membres. «Je ne peux pas enfreindre les règles que j’édicte moi-même», explique le comte de Pontbriand avec un sourire. Il nous fait tout de même découvrir le péristyle, le somptueux salon «Gordon Bennett» et le bar «Peugeot» à l’esthétique résolument moderne,après quoi nous nous retrouvons soudain dans l’une des plus grandes bibliothèques privées de France,qui dispose de son propre bibliothécaire. Ses 53.000 ouvrages ne sont cependant pas consacrés à l’automobile,mais à la littérature -essentiellement française, cela va de soi. «De la culture pour le cercle,de la nourriture pour l’esprit!» Des dîners réunissant plus de 200 convives y sont organisés,
«Nos valeurs sont celles d’un gentleman: ne pas voler, dire la vérité et faire preuve de courtoisie.»
«Ici, on ne parle pas de business, ni de politique, ni de religion. Ces sujets restent à la porte. Ils sont source de discorde».
ainsi que des cocktails, des conférences et des concerts.
Le club abrite également un impressionnant fonds d’archives retraçant l’histoire de l’automobile jusqu’en 1924, placé sous la supervision d’un archiviste attitré. L’auditorium «André et Édouard Michelin» accueille des projections de films, des conférences et des remises de prix. En plus des nombreux salons, les membres disposent d’une salle de sport, d’un salon de coiffure, d’un service de massage et même d’une agence de voyages privée. Le club possède aussi une équipe de billard et propose diverses activités,du yoga au squash en passant par le tir au pigeon et l’escrime.
Nous dînons dans les Salons Concorde,avant d’être conduits sur le toit-terrasse,d’où la vue est tout simplement phénoménale sur laVille Lumière. Quel lieu exceptionnel.
NI BUSINESS, NI POLITIQUE
Aujourd’hui,l’Automobile Club emploie pas moins de 150 personnes,principalement dans l’administration,la cuisine et le service.Ses revenus proviennent en grande partie de la location de ses espaces:les entreprises peuvent y recevoir jusqu’à 300 invités, et des cocktails privés, ainsi que des mariages, y sont également organisés.Sans oublier,bien sûr,la cotisation des 2.200 membres. «Ce n’est pas donné, mais cela reste abordable!», s’exclame le comte de Pontbriand en riant.«La meilleure preuve? Nous avons une liste d’attente de 80 candidats,soit à peu près le nombre que nous admettons chaque année.»
On dit qu’il s’agit du club automobile le plus exclusif au monde? Le comte esquisse un sourire. «Nous sommes sélectifs quant à la qualité de nos membres»,répond-il.«Et une procédure statutaire veille à cette sélection.Après avoir déposé son dossier, chaque candidat passe un premier entretien avec un rapporteur, puis se présente devant une commission de douze personnes qui statue sur son admission. Nos exigences sont simples: la volonté de respecter la culture de cette maison. Nos valeurs sont celles
d’un gentleman:ne pas voler,dire la vérité et faire preuve de courtoisie. Ce filtre protège le cercle. L’origine et la fortune n’ont pas d’importance.Ce qui compte, c’est d’être un gentleman. Et aussi: ni business,ni politique,ni religion.Ces sujets restent à la porte. Ils sont source de discorde, et c’est précisément ce que nous voulons éviter.»
«Vouliez-vous parler du fait que nous n’acceptons pas de membres féminins?» Conscient du côté sensible de la question,le comte aborde lui-même le sujet, mais livre une explication pragmatique. «Notre infrastructure ne se prête pas à accueillir un club mixte, notamment parce que nous ne pouvons pas aménager de vestiaires séparés dans la salle de sport et la piscine.Mais ce n’est pas tout noir ou tout blanc: les épouses de nos membres bénéficient d’un statut particulier et peuvent profiter de nombreux avantages. Elles peuvent tout à fait venir déjeuner ici, y compris avec des amies. D’autres invitées sont également les bienvenues à nombre de nos activités.En réalité,cela résout déjà en grande partie le problème.»
Quant à savoir si l’adhésion des femmes sera un jour possible,un autre élément entre en jeu.«Je ne l’exclus pas, mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Nous observons ce qui se passe dans d’autres clubs: partout où des femmes ou des couples ont été admis, l’ambiance a changé. Cela rejoint aussi notre volonté d’éviter les conflits, c’est vrai.» ◆
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Bon appétit
Quatre recettes pour un chef: Anna Wynants finit en beauté avec une tarte Tatin ◆ Chef-d’œuvre: vous n’êtes pas déprimé? Prenez donc une petite pilule ◆ L’esprit bistro de quartier comme on les aime: Marlu, à Rhode-Saint-Genèse, séduit.
KITCHEN ROULETTE ANNA WYNANTS TARTE ET CARAMEL POMME-MISO
Dans notre rubrique Kitchen Roulette, un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant, ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié. Cette semaine, Anna Wynants est aux commandes pour la quatrième et dernière fois. La cheffe du restaurant De Keukentafel, à Oosterzele, cuisine avec les produits récoltés dans son propre potager et conclut son passage par un dessert aux pommes d’automne, conservées tout l’hiver dans sa cave.
«La cuisine,c’est aussi savoir sublimer les restes. Pour ce dessert, un pain légèrement rassis fera parfaitement l’affaire. Quant à nos pommes de conservation, elles ont perdu de leur croquant à la fin de l’hiver,mais ce n’est pas un problème pour cette version de la tarte Tatin. Et le miso présent dans le caramel, lui, vient équilibrer le sucré avec une touche délicatement salée.»
INGRÉDIENTS
(pour 1 grande tarte ou 4 petites tartelettes)
Pour la tarte
◆ 4 pommes
Pour la pâte grasse
◆ 200 g de farine
◆ 100 g de beurre mou
◆ 100 g de sucre de canne
◆ 1 œuf
◆ 1,5 g de sel
Pour le caramel pomme-miso
◆ 40 g de sucre brun
◆ 80 g de sucre de canne
◆ 80 g de beurre
◆ 100 g de jus de pomme
◆ 4 cuillères à soupe de miso blanc (pâte beige à base de soja fermenté, disponible dans les supermarchés asiatiques)
Pour la glace «crème perdue» (version glacée du pain perdu)
◆ 0,5 l de lait
◆ 0,5 l de crème
◆ 3 tranches de pain au levain grillées
◆ 8 jaunes d’œufs
◆ 200 grammes de sucre
◆ Une sorbetière
Pour le crumble au levain
◆ 100 grammes de pain au levain
◆ 100 grammes de sucre
PRÉPARATION
Glace «crème perdue»
◆ Versez le lait et la crème dans une casserole sur les tranches de pain grillées et faites chauffer doucement pour extraire toute la saveur du pain grillé.
◆ Pendant ce temps, fouettez les jaunes d’œufs avec le sucre jusqu’à obtention d’un mélange crémeux.
◆ Filtrez le mélange lait-crème, puis incorporez-le à la préparation œufs-sucre.
Un chef joue à la kitchen roulette et c’est vous qui raflez la mise.
«La cuisine, c’est aussi savoir sublimer les restes. Des pommes ayant perdu leur croquant conviennent parfaitement pour cette version de la tarte Tatin.»
◆ Faites chauffer à feu doux en remuant continuellement jusqu’à ce que la crème épaississe et nappe le dos de la cuillère, à la manière d’une crème anglaise.
◆ Laissez refroidir, ajoutez une pincée de sel, puis mettez à turbiner en sorbetière.
Crumble
◆ Mixez finement le pain et le sucre.
◆ Étalez le mélange sur une plaque et faites cuire au four pendant 10 minutes à 180 °C, en remuant à mi-cuisson. Le crumble est prêt lorsqu’il est bien doré.
◆ Vous manquez de temps? Pour une version express, incorporez simplement le crumble à une bonne glace à la vanille du commerce.
Pâte grasse
◆ Pétrissez tous les ingrédients jusqu’à obtention d’une boule de pâte homogène et ferme.
◆ Abaissez la pâte sur une épaisseur de 3 mm, puis découpez-la selon la forme souhaitée: une grande tarte ou quatre petites.
Caramel pomme-miso
◆ Faites fondre le beurre dans une poêle.
◆ Ajoutez le sucre, le jus de pomme et le miso, puis mélangez bien.
◆ Laissez mijoter quelques minutes à feu doux.
CI-CONTRE ANNA WYNANTS PRÔNE
UNE CUISINE VÉGÉTARIENNE, «DU CHAMP À LA FOURCHETTE». POUR LE DESSERT, PAS DE GASPILLAGE, ELLE RÉCUPÈRE UN PAIN LÉGÈREMENT
RASSIS POUR UNE VERSION DE LA TARTE TATIN QUI TRANSCENDE LES SAISONS.
Tarte Tatin
◆ Versez une généreuse couche de caramel dans le(s) moule(s), puis disposez les quartiers de pomme préalablement épluchés.
◆ Recouvrez ensuite avec la pâte abaissée.
◆ Faites cuire pendant 25 minutes dans un four préchauffé à 180 °C.
◆ Laissez refroidir une minute, puis placez une assiette sur la tarte.
◆ D’un geste rapide, retournez le moule sur l’assiette, puis retirez-le délicatement.
FINITION
◆ Servez une part de tarte Tatin accompagnée d’une quenelle de glace à la ‘crème perdue’ et parsemée de crumble croustillant.
CONSEIL BOISSON
◆ ‘Nectar’, Cidre Brut, Julien Thurel, 2018, France
Des pommes dans l’assiette,des pommes dans le verre. Ce cidre raffiné offre un équilibre parfait entre douceur et acidité. Il est élaboré à partir des variétés de pommes Avrolles et Locard, récoltées à la main par Julien Thurel, agriculteur bio, autour de sa ferme située dans la vallée de la Loire, au nord d’Orléans. Après 30 jours de maturation, les pommes sont pressées puis fermentent spontanément grâce à leurs levures naturelles. Sa longue maturation en bouteille confère une belle finesse au cidre. Avec son faible degré d’alcool (6%), il accompagnera élégamment un dessert aux saveurs généreuses.
18,5 EUROS. DISPONIBLE SUR WWW.ELCIDER.BE
LE 5 AVRIL, ANNA WYNANTS PASSERA LE RELAIS À KAREN SHU, LA CHEFFE AMÉRICANOPHILIPPINE DU RESTAURANT VEGAN AND/OR À ANVERS. «JE SUIS KAREN SUR INSTAGRAM ET SES PLATS SEMBLENT TOUJOURS RAFFINÉS ET INVENTIFS: ELLE PROUVE À QUEL POINT LA CUISINE VEGAN PEUT ÊTRE SURPRENANTE.»
CARTE SUR TABLE MARLU
REPORTAGE: JAN SCHEIDTWEILER
Sur une petite place de Rhode-Saint-Genèse, une version contemporaine du bistrot de quartier. Notre critique est conquis.
En quête d’une bonne pizza,d’un bar à vin convivial ou d’un bistrot où bien manger pour moins de 40 euros? Pour ce type d’adresses, Le Fooding s’impose peu à peu comme le guide de référence. Depuis 2023, cet éditeur français s’est spécialisé dans la sélection de restaurants branchés et accessibles,loin du snobisme gastronomique qui caractérise parfois Michelin et Gault&Millau.
L’une des nouvelles adresses répertoriées sur le site belge du Fooding est Marlu, à Rhode-SaintGenèse.Marc De Ridder et JulienVan Den Neste, deux amis,ont transformé une maison mitoyenne située sur la place,en face de l’église Notre-Dame, en une adresse accessible et de bon goût. Dans la première partie de ce petit restaurant baigné de lumière, on profite d’une vue sur un comptoir en terrazzo. Dans la seconde, on aperçoit le chef Julien Van Den Neste s’activer dans sa cuisine ouverte. Passé par des maisons gastronomiques comme l’Écailler du Palais Royal et la Villa Lorraine, il propose ici une cuisine décomplexée, loin des exigences des grands guides:chez Marlu, point de caviar ni de homard, mais plutôt une cuisine savoureuse à prix doux.
En salle, Marc De Ridder présente le menu sur une planchette en bois.Le midi,Marlu propose un lunch en deux services pour 25 euros,avec un
plat principal au choix. Le soir, le menu s’étoffe légèrement, tout en restant abordable: trois services pour 39 euros.Dans les assiettes,on retrouve une étonnante diversité de saveurs tendance,de la ’nduja épicée au miso.Nous ne sommes pas dans un énième bistro servant du vol-au-vent.
La truite saumonée, marinée et finement tranchée,constitue une excellente entrée:légère et fraîche,elle est joliment accompagnée de chou cru imprégné d’une marinade expressive aux graines de moutarde.Un gel citron,justement dosé,vient parfaire l’équilibre.
En revanche,la présentation du plat principal ne remportera pas de prix d’élégance:des tranches de filet de bœuf -qui semblent presque pochéescôtoient une sucrine un peu brouillonne, dont la face noircie révèle une cuisson à feu vif.Pourtant, chaque élément de cette assiette creuse regorge de saveurs, du riz à sushi au bouillon intense qui baigne le fond de l’assiette.Le dessert est tout aussi gourmand: un fondant au chocolat au cœur irrésistiblement coulant, accompagné de crème fouettée et caramel au sirop d’érable (9 euros). Une adresse de quartier comme on aimerait en voir plus souvent!
CETTE ENSEIGNE A FAIT L’OBJET D’UNE VISITE ANONYME, FINANCÉE PAR SABATO.
Chez Marlu, point de caviar ni de homard, mais une cuisine savoureuse.
ADRESSE?
MARLU
PARVIS DE NOTRE DAME 3 1640 RHODE-SAINT-GENÈSE TÉL. 02/380.44.51
WWW.RESTAURANTMARLU.BE
FERMÉ LE SAMEDI, LE DIMANCHE ET LE LUNDI.
DÉCIBELS?
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LES PLATS, 14,40 EUROS POUR LES BOISSONS).
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ON Y RETOURNE? J’Y RETOURNERAI AVEC BEAUCOUP DE PLAISIR.
CHEZ MARLU, À RHODE-SAINT-GENÈSE, TOUT EST AXÉ SUR LES SAVEURS, PAS SUR LE SNOBISME.
CHEF-D’ŒUVRE
Matthieu Beudaert, historien de l’art et chef du restaurant Table d’Amis, revisite l’actualité artistique en cuisine. Cette semaine: Pill Clock (Red and White Pills) de Carsten Höller.
REPORTAGE: THIJS DEMEULEMEESTER
PHOTO: PIET DE KERSGIETER
«La galerie Micheline Szwajcer, sise à Anvers, présente en ce moment une installation singulière, ‘Pill Clock’ de l’artiste Carsten Höller», lance le chef Matthieu Beudaert. «Vous connaissez peut-être Höller pour son carrousel à rotation ralentie, exhibé à la Triennale de Courtrai en 2018, ou encore pour ses amanites gigantesques suspendues inversées au plafond de la Fondation Prada de Milan. Cette fois, un module fixé au plafond de la galerie libère des pilules rouges et blanches à intervalles de trois secondes, que les visiteurs peuvent emporter. Cela évoque la montagne de confiseries de l’artiste conceptuel Félix González-Torres, également laissée en libre-service au public.»
«L’art interactif de Höller possède une dimension d’Alice au pays des merveilles, à la fois sombre et ludique. Le péril et la distraction sont intrinsèquement liés,en particulier lorsqu’il s’agit d’ingérer des pilules de manière irréfléchie. Leur chute mécanique m’a fait penser au popcorn.J’en ai envisagé une transposition culinaire, teintée d’une pointe de danger:du sarrasin soufflé, relevé de pimentón de la Vera, un paprika fumé et piquant. Un en-cas savoureux et épicé, qui apporte aussi du croquant aux plats, comme les salades.»
L’EXPOSITION «TURN, FLY, FALL, FLY» DE CARSTEN HÖLLER EST À DÉCOUVRIR JUSQU’AU 29 MARS À LA GALERIE MICHELINE SZWAJCER. VERLATSTRAAT 14 À ANVERS. WWW.GMS.BE
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UTILITÉ
Il est fort probable que la parution de ce numéro suscite une vague de missives indignées de la part de musiciens passionnés.En effet,quelle justification pourrait prévaloir à l’échange d’une guitare classique ou électrique contre une alternative numérique pliable... dépourvue de cordes? Et c’est ici qu’entre en scène la LiberLive C1 Stringless Guitar.
INNOVATION
La LiberLive C1 substitue les cordes traditionnelles par des pavés tactiles, ce qui, selon ses concepteurs,présente au moins trois avantages: la caisse de résonance a été supplantée par un haut-parleur intégré, sa conception compacte et pliable favorise également une portabilité optimale, et l’accordage relève désormais du passé. Mais alors, comment la production sonore est-elle réalisée par cet instrument? Par une simple pression des pavés tactiles, comme on le ferait avec des cordes.
UTILISATION
La guitare sans cordes est principalement destinée aux novices, mais les aficionados de la guitare aérienne y trouveront également leur compte. Un simple déploiement, une connexion à un smartphone via Bluetooth, et c’est parti! L’application offre la possibilité de jouer en karaoké sur des compositions préférées ou d’improviser sur des rythmes d’accompagnement préenregistrés.
La C1 n’est pas conçue pour exécuter de mélodies ou de riffs complexes, mais elle permet l’adjonction de sonorités de basse,de piano ou de batterie à la performance. Selon certains influenceurs sur TikTok, la qualité acoustique du haut-parleur intégré est adéquate pour la pratique domestique, mais il ne faut pas espérer enflammer le public d’un festival tel que Rock Werchter.Fort heureusement,le branchement à un ampli est envisageable. Enfin, pour jouer les rock-stars,la recharge se fait via un port USB-C.
PRIX
La LiberLive C1 et son étui de transport sont tarifés à 499 euros. Un montant supérieur au prix moyen d’un ensemble de démarrage pour une guitare acoustique ou électrique, mais la C1 offre la perspective d’une carrière de rockstar immédiate.
Un gadget peut s’avérer indispensable pour alléger le poids de l’existence. Cette semaine: la LiberLive C1 Stringless Guitar. Ou pourquoi vous (n’)avez (pas) besoin d’une guitare avec des cordes virtuelles.
GO GO GADGET
GUITARE SANS CORDES
REPORTAGE: FREEK EVERS
ILLUSTRATION: STUDIO PONG
Le paradoxe du quotidien selon Anton Gudim.
JOURNALISTES: SOFIE ALBRECHT, IRIS DE FEIJTER, THIJS DEMEULEMEESTER, FREEK EVERS, NATALIE HELSEN, LAURA KEERSMAEKERS, JAN SCHEIDTWEILER, BERT VOET, ANNA WYNANTS PHOTOGRAPHES: EVA BEEUSAERT, ALEXANDER D’HIET, PIET DE KERSGIETER, WOUT HENDRICKX, BOB VAN MOL PHOTO DE COUVERTURE: COURTESY OF HARRIET PARRY ILLUSTRATEURS : ANTON GUDIM, STUDIO PONG JOURNALISTE DIGITAL: ELINE BROECKX CHEF DIGITAL: DRIES CEUPPENS TRADUCTION: COLINGUA.BE REWRITING: NATACHA BOULVAIN RÉDACTION FINALE: AURÉLIE KOCH RÉDACTION PHOTO & COORDINATION: NATHALIE WARNY MISE EN PAGE: DAVID STEENHUYSE ART DIRECTOR: PHILIP VAN BASTELAERE RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE: ELS MAES RÉDACTRICE EN CHEF: AN BOGAERTS CREATIVE DIRECTOR: GERDA ACKAERT ABONNEMENTS: TÉL. 0800/55.150, ABONNEMENT@LECHO.BE ANNONCEURS: TRUSTMEDIA, AVENUE DU PORT 86C, BTE 309, 1000 BRUXELLES, TÉL. 02/422.05.11 SABATO@TRUSTMEDIA.BE ÉDITEUR RESPONSABLE: PETER QUAGHEBEUR SABATO EST IMPRIMÉ CHEZ ROULARTA PRINTING.