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SABATO 22 02 25 FR

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PORTUGAL

OBRIGADO! TOUR

D’HORIZON DES HOTSPOTS, DU TOURBILLON CRÉATIF LUSITANIEN, ET DE CES BELGES QUI ONT UN PIED LÀ-BAS

P.14 SUR PLACE LES TALENTS CRÉATIFS BELGES DÉCLARENT LEUR FLAMME AU PORTUGAL

«Saudade».Ce mot portugais est considéré comme l’un des plus beaux du monde. Il exprime un désir vague pour quelque chose d’inaccessible, une forme de nostalgie pour ce qui est perdu. Un sentiment profond, presque spirituel, qui semble hanter l’âme.

Dans ce numéro, des designers belges témoignent de l’importance de la saudade dans leur amour pour le Portugal.Heleen Fivez,du studio de design et galerie Omarcity, le décrit avec justesse: «Notre vie est à la fois trépidante et excitante.Nous vivons intensément et sommes toujours en action. Au Portugal, nous nous tournons vers l’intérieur, mais cela ne se fait pas naturellement. Il faut toujours du temps pour atterrir. Culturellement, il y a moins de choses ici et,pour un bon petit restaurant, il faut faire un long trajet.Cela vous oblige à ralentir naturellement et cela vous apaise.L’accent est mis sur vous-même,votre famille et la vie en plein air.C’est précisément cette simplicité qui crée de l’espace

P.34

RUINES ROMAINES, MONASTÈRES, VINS ET GASTRONOMIE: L’ALENTEJO EST LA NOUVELLE TOSCANE

dans ma tête - pour la concentration,l’énergie et de nouvelles idées.» Un équilibre de vie qui semble nous faire défaut à tous.

Le designer,artiste et entrepreneur Lionel Jadot s’engage dans un projet local géant:Barrosinha.Un domaine qui englobera des résidences d’artistes, une taverne, une bodega et un hôtel, et bientôt peut-être aussi des pavillons architecturaux.«Nous voulons créer de la valeur ajoutée avec un projet analogique, ‘fait main’: une déclaration dans un monde qui devient de plus en plus numérique ou virtuel. Parfois, j’ai l’impression que nous sommes tombés dans une grande simulation informatique, où les gens sont perdus. C’est pourquoi j’appelle Barrosinha ‘big craft versus big data’.» Une quête de sens et d’authenticité,en quelque sorte une saudade à l’état pur.

AN BOGAERTS RÉDACTRICE EN CHEF

P.42

TIKTOK ET INSTAGRAM, VITRINES DE L’ART DU FOULARD PRATIQUÉ PAR CLAUDYA MOREIRA

P.06 MON SÁBADO LE SAMEDI DE DIEGO MOREIRA, JOUR DE VEILLE DE MATCH

P.50

CHAUSSURE À SON PIED RUI OLIVEIRA REMET LE MADE IN PORTUGAL À L’HONNEUR

P.54

LE GOÛT DE LISBONNE LES CHEFS QUI METTENT L’EAU À LA BOUCHE DANS LA CAPITALE

P.60

LA COLLECTION DE VINS DE MADÈRE DU TOP CHEF GERT DE MANGELEER

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Le samedi de Diego Moreira, joueur de foot belgo-portugais au RC Strasbourg Alsace: trois douches, deux buffets de Céline et une bible dans sa valise. Reportage: Eline Broeckx Photo: Benjamin Hincker

MON SÁBADO DIEGO MOREIRA

«Comme le dimanche est un jour de match,le samedi est un jour de travail pour moi», confie Diego Moreira (20 ans), joueur de foot professionnel depuis le mois d’août dernier et qui a rejoint le RC Strasbourg Alsace, club de Ligue 1 française. «Je suis habitué à ce rythme et c’est tant mieux, car c’est la seule voie vers le succès.Cette motivation profonde me fait voir les contraintes comme des défis à relever.»

Diego Moreira nourrit l’ambition de jouer dans les plus grands clubs européens,de disputer la Ligue des champions et de remporter la Coupe du monde.Pour l’heure,il s’épanouit dans sa vie,à quelques encablures du centre de Strasbourg.«Mais si notre entraîneur nous accorde quelques jours de repos,je m’empresse de retrouver ma famille et mes amis à Liège ou à Lisbonne pour me ressourcer auprès des miens et taper dans le ballon avec mes petits frères. Ma passion pour le football ne me quitte jamais vraiment.» (rires)

8H00 - «Je me réveille sous la douche.Tout est chronométré pour que je puisse claquer la porte à 8h20 précises.»

8H40 - «Comme à mon habitude, j’arrive avec cinq minutes d’avance au Racing Soprema Parc, notre centre d’entraînement. Je prends le petit déjeuner avec les autres joueurs, c’est ma deuxième famille. Deux œufs sur le plat, deux tranches de pain beurrées,un verre de jus d’orange et quelques échanges plus tard, je suis prêt à affronter la journée.»

JOUEUR DE FOOT PRO AU

RC STRASBOURG ALSACE.

VIT ENTRE STRASBOURG, LISBONNE ET LIÈGE.

Pour moi, le samedi est: «UN JOUR DE TRAVAIL. JE ME SUIS HABITUÉ À CE RYTHME ET TANT MIEUX: C’EST LE SEUL MOYEN D’ATTEINDRE LE

PLUS HAUT NIVEAU.»

9H15 - «Avec les kinés du RCSA, je me prépare pour les efforts à venir. Leur rôle ne se limite pas à la préparation physique; je les consulte souvent et nous avons des conversations sincères.»

10H00 - «Réunion avec notre entraîneur,l’ancien professionnel britannique Liam Rosenior.L’objectif principal:anticiper la victoire du lendemain.»

11H00 - «Après quelques exercices de musculation, je rejoins le terrain pour un entraînement. Court, comme toujours la veille d’un match.»

12H00 - «Je retourne voir les kinés pour intensifier les exercices et étirer en profondeur les muscles sollicités lors des coups de pied arrêtés.»

12H30 - «C’est l’heure du déjeuner.Céline,notre experte en nutrition, compose nos buffets pour optimiser nos performances.Aujourd’hui, je me régale avec mon plat favori: poulet, semoule et légumes.»

13H30 - «Après une douche rapide,je regagne mon domicile où je prépare mes affaires avec soin car nous jouons demain et nous passerons la nuit à l’hôtel. Ma Bible, mon talisman, est aussi indispensable que mes vêtements.

CI-DESSOUS DE LA SÉANCE DE MUSCULATION AUX RÉUNIONS AVEC L’ÉQUIPE, LA ROUTINE MATINALE DE DIEGO MOREIRA LE PRÉPARE PHYSIQUEMENT ET MENTALEMENT À RELEVER LES DÉFIS DE LA JOURNÉE.

Ma boîte à musique est également du voyage pour écouter ma playlist de chansons entraînantes avant le match.Un morceau en particulier est mon secret pour me mettre dans les meilleures dispositions possible avant de fouler la pelouse.»

14H00 - «Je me repose pour me préparer mentalement. Je regarde le manga ‘One Piece’ et la série policière ‘Power’. Je somnole un peu et je me détends en jouant à la PlayStation 5.»

18H50 - «L’équipe se rassemble au Racing Soprema Parc:le bus partira à 19h pour nous emmener à l’hôtel.»

20H00 - «Nous arrivons et nous nous retrouvons sans tarder au buffet préparé par Céline. Une demi-heure plus tard, les premiers joueurs retournent auprès des kinés.»

20H45 - «Consigne est donnée de ne pas quitter l’hôtel avant demain.Je me retire dans ma chambre en attendant mon tour pour préparer mes jambes pour le match.Pendant que les autres sont occupés, je regarde mes séries, je prends des nouvelles de ma famille et je fais quelques parties de Uno avec les autres joueurs dans la salle d’attente.»

22H00 - «Une fois prêt, je regagne ma chambre et je prends ma dernière douche de la journée.»

22H50 - «Avant de sombrer dans le sommeil, je lis ‘Vaincre’, de Siya Kolisi, le premier capitaine noir de l’équipe nationale de rugby d’Afrique du Sud. Il raconte les moments d’émotions intenses vécus au cours de sa carrière,la manière dont il les a gérés et comment il a concilié vie professionnelle et vie personnelle. Je suis prêt.» ◆

TROIS BONS PLANS À LISBONNE

1. SEEN «LES RARES SOIRÉES OÙ JE SORS DÎNER, J’AIME DÉCOUVRIR DE NOUVELLES SAVEURS. MAIS CE RESTAURANT SUR LE TOIT ME DONNE ENVIE D’Y REVENIR RÉGULIÈREMENT.» WWW.SEENLX.COM

2. COLOMBO «LE PLUS GRAND CENTRE COMMERCIAL D’EUROPE. J’AIME

ALLER Y FAIRE DU SHOPPING AVEC MES PETITS FRÈRES.» WWW.COLOMBO.PT

3. AVENIDA DA LIBERDADE «UNE MAGNIFIQUE AVENUE COMMERÇANTE OÙ IL EST AGRÉABLE DE FLÂNER. ON Y TROUVE TOUTES LES MARQUES DE LUXE.» WWW.AVLIBERDADE.COM

Çà & là

GARCÉ & DIMOFSKI REVISITENT DE FOND EN COMBLE LE PORTUGAL ◆ LA MODE TOUTE ÉMOTION DE LIDIJA KOLOVRAT ◆ LES SAVONNETTES HISTORIQUES DE CLAUS PORTO ◆ L’IRONIE MONUMENTALE DE L’ARTISTE JOANA VASCONCELOS

SNEAK PREVIEW

PAS À PAS

Attention: lire un magazine peut changer votre vie!

Quand Olivier Garcé, l’un des membres du duo de designers Garcé & Dimofski, découvre l’ancien magazine portugais «Orpheu», c’est une révélation. Il en découle une collection de huit tapis inspirée par le Portugal, nommée d’après le titre de ce journal littéraire daté de 1915 et lancé par le poète Fernando Pessoa. Ce dernier était passionné par l’architecture moderniste et l’art fauve entre autres, des influences aujourd’hui revisitées pour 2025.

Les fameux azulejos,que l’on retrouve aussi sur la couverture de ce numéro, ont également inspiré cette création. «Les

motifs et palettes de couleurs portugais -bleu, blanc et toute la gamme des marrons- évoquent la nostalgie et la résilience», explique Dimofski. La collection de tapis a été officiellement dévoilée il y a quelques semaines lors de la Paris Fashion Week et elle est éditée par le spécialiste marocain des tapis, Ben Rugs.

COLLECTION «ORPHEU», À PARTIR DE 815 EUROS LE MÈTRE CARRÉ. WWW.BENIRUGS.COM

THE PORTUGAL COLLECTION EST UNE RÉFÉRENCE POUR LES AMATEURS DE VIN PORTUGAIS DE BELGIQUE.

LE 23 MARS, À LA GALERIE BORTIER DE BRUXELLES, AURA LIEU UNE DÉGUSTATION EXCLUSIVE QUI PERMETTRA DE DÉCOUVRIR ONZE DES MEILLEURS DOMAINES VITICOLES LUSITANIENS.

40 EUROS. WWW.THEPORTUGALCOLLECTION.BE WWW.BORTIER.BE

De escarpins géants faits de marmites et de couvercles en acier inoxydable.Un lit de comprimés de valium présentés sous blister. Avec une ironie mordante, JoanaVasconcelos transforme des objets du quotidien en installations monumentales engagées.Ainsi, l’artiste portugaise a été l’invitée d’honneur de la 70E édition de la Brafa.

Sa notoriété s’est affirmée avec «A Noiva» («La Mariée», photo du haut), un lustre d’un blanc immaculé composé de 14.000 tampons noués. Cette œuvre a fait sensation lorsqu’elle l’a présentée en 2012 au Palais deVersailles. En effet, la Portugaise est la première femme et la plus jeune artiste à se voir offrir une exposition

solo. Un évènement en soi, suivi d’un succès retentissant, l’expo ayant attiré plus de 1,6 million de visiteurs.

L’artiste avait déjà été acclamée pour sa participation à la Biennale deVenise en 2005 et,en 2018,son travail a été couronné par la rétrospective «I’mYour Mirror» au Musée Guggenheim de Bilbao.Plus récemment,en 2023,son pavillon féerique et immersif «Wedding Cake» (photo du bas), un «gâteau de mariage» de 365m², a fasciné les foules. À Bruxelles, l’artiste invite le public à se balader parmi des énormes gouttes multicolores faites de textiles de la maison Dior éclairées par des LED. À Madrid, au Palacio de Liria, ses œuvres dialoguent avec celles de Goya et de Rubens, entre autres.

«THE ENCHANTED FOREST», JUSQU’AU 12/04. WWW.PRVBGALLERY.COM

«FLAMBOYANT», JUSQU’AU 31/07. WWW.PALACIODELIRIA.COM

AU PARFUM

S’il ne fallait rapporter qu’un seul souvenir du Portugal, il faudrait choisir une savonnette Claus Porto joliment emballée et divinement parfumée. Cette savonnerie historique a été fondée en 1887 par Ferdinand Claus et Georges Schweder au cœur de la Cidade Invicta («la ville invaincue»). La boutique de Porto affiche d’ailleurs «Since 1887» en lettres dorées sur sa devanture. Après la Première Guerre mondiale, un des employés, le Portugais Achilles Alves de Brito, reprend l’entreprise. Quatre générations plus tard, Claus Porto est devenue une marque de luxe mondiale proposant savons, parfums, bougies et produits de rasage.Authentiques et empreints de nostalgie, tous les produits sont encore fabriqués selon la méthode artisanale d’origine et emballés à la main. Les motifs chatoyants des emballages proviennent des riches archives conservées dans un coffre-fort au siège à Porto.

UNE BOUTIQUE À LISBONNE, UNE À PORTO ET UNE BOUTIQUE EN LIGNE. WWW.CLAUSPORTO.COM

TO DISCOVER ONE OF A KIND

Le point culminant de ModaLisboa -la semaine de la mode à Lisbonne- est toujours la présentation de Lidija Kolovrat, artiste visuelle et créatrice de mode. Originaire de Bosnie, elle vit et travaille au Portugal depuis 1990. La nouvelle collection printemps-été,intitulée «My Portugal», est une réflexion sur sa vie ici et sur l’influence de ce pays au fil des décennies. «Je me suis immergée dans cette culture,embrassant et repoussant ce pays tour à tour.»

Avec ce mélange d’émotions devenu sa signature, l’artiste, qui crée également des vidéos et des installations, considère les vêtements comme profondément personnels: des pièces uniques, faites à la main dans le KolovratLab, souvent sur mesure. «Nous accordons une attention particulière à l’individualité de chaque client,car une pièce Kolovrat doit correspondre à qui vous êtes vraiment.»

BOUTIQUE ET ATELIER AU 79 RUA DOM PEDRO, À LISBONNE. WWW.LIDIJAKOLOVRAT.COM

«Je peux t’habiller extérieurement, mais intérieurement, tu devras te déshabiller toi-même.»

Lidija Kolovrat

TO SHOP

Design

LES BELGES AU PORTUGAL : A MATCH MADE IN (DESIGN) HEAVEN. VINCENT VAN DUYSEN, JEAN-PHILIPPE DEMEYER, LIONEL JADOT ET HELEEN FIVEZ TÉMOIGNENT DE LEUR ATTACHEMENT ET DE LEURS PROJETS AU PORTUGAL. «LA SIMPLICITÉ PERMET DE LAISSER LIBRE COURS À DE NOUVELLES IDÉES.»

EM PORTUGAL

LES BELGES ET LE PORTUGAL, UN MATCH MADE IN (DESIGN) HEAVEN. DE L’EMPREINTE STYLISTIQUE DE VINCENT VAN DUYSEN ET JEAN-PHILIPPE DEMEYER À L’EXPÉRIMENTATION REBELLE DE LIONEL JADOT ET À LA QUÊTE CRÉATIVE D’HELEEN FIVEZ: AU PORTUGAL, TOUS ONT TROUVÉ UNE SECONDE PATRIE AINSI QU’UN TERRAIN DE JEU POUR LEUR TALENT. «LA SIMPLICITÉ QUI RÈGNE ICI CRÉE UN ESPACE DE CONCENTRATION, D’ÉNERGIE ET D’IDÉES NOUVELLES.»

REPORTAGE: THIJS DEMEULEMEESTER ET KLAAR WOUTERS

REPORTAGE:

THIJS DEMEULEMEESTER

Miguel Guedes De Sousa, entrepreneur dans le secteur de l’hôtellerie de luxe au Portugal, voue une affection particulière aux Belges. Pour la conception de ses clubs, hôtels, villas avec services hôteliers et bars de plage à Lisbonne et Comporta, il collabore avec VINCENT VAN DUYSEN et JEAN-PHILIPPE DEMEYER . Pourquoi ces talents belges ont-ils sa préférence? Est-ce parce qu’ils possèdent tous deux une résidence de vacances dans la région? Ou y a-t-il une autre raison? «J’apprécie le style de Vincent; mon épouse préfère celui de Jean-Philippe.»

«Il m’a fallu cinq ans pour prononcer correctement le nom de Vincent Van Duysen», plaisante Miguel Guedes De Sousa. «Duysen» sonne chez le PDG portugais du groupe hôtelier JNĉQUOI plus comme «dozen» (douzaine en anglais): cela tombe bien, car il a plus d’une douzaine de projets en cours avec l’architecte-designer anversois.À Lisbonne la JNĉQUOI House est en cours de construction, alors que la boutique Fashion Clinic a ouvert ses portes en 2024. Et le Beach Club JNĉQUOI sur la Praia do Pego, une des plus belles plages de Comporta,a été inauguré en 2023.

LASSÉ DE SAINT-TROPEZ

On reconnaît la patte deVincentVan Duysen:des planchers en bois mènent à une «grange» archéty-

pale au toit de chaume et aux terrasses intimistes.«L’architecture sereine,inspirée des maisons de pêcheurs locales,se fond avec les dunes environnantes.Tout est conçu dans les moindres détails,y compris les chaises de plage», explique De Sousa. «Le JNĉQUOI Beach Club nage à contre-courant: ici, pas de bling-bling, pas de parade de seaux de champagne, pas de beats assourdissants; nous optons pour le silence et la nature.Notre public en a assez de l’ambiance survoltée de Mykonos ou de Saint-Tropez.Chez nous, on trouvera la tranquillité.» Le projet reflète la vision spécifique deVan Duysen sur Comporta. «Je l’associe à un refuge où l’on peut échapper au monde», dit-il. «Un lieu pour ralentir et se reconnecter avec la nature.»

De Sousa reste discret,mais il prévoit de lancer ce printemps un projet gigantesque sur 164 hectares à Comporta:des dizaines de villas avec services hôteliers,des restaurants,un club de tennis, une piscine ronde de 33 mètres,un bar à vins et un spa.Les villas,

À GAUCHE PAOLA AMORIM ET MIGUEL GUEDES DE SOUSA, LE DUO DYNAMIQUE DERRIÈRE JNĈQUOI, REDÉFINISSENT LES FRONTIÈRES DU LIFESTYLE ET DE L’HÔTELLERIE AU PORTUGAL.

CI-DESSUS POUR FROU FROU, JP DEMEYER & CO CONÇOIT UNE APPROCHE À 360°, QUI COMPREND LA DÉCORATION D’INTÉRIEUR CERTES, MAIS S’ÉTEND AUX ASSIETTES, AU NOM ET AU MARKETING: TOUT DOIT ÊTRE COORDONNÉ.

conçues parVincentVan Duysen Architects, «seront mises sur le marché dès cet été», peut-on lire sur le site.

«Ce sera un projet unique, mais avant de communiquer à ce sujet, nous voulons rassembler une communauté», confie De Sousa de manière énigmatique. «Ce que je peux dire: sur le plan architectural,le projet global est en ligne avec la maison personnelle deVincentVan Duysen à Melides,près de Comporta.»

AIMABLE ET SOPHISTIQUÉ

Pour ceux qui n’ont pas les images de la maison de vacances de Vincent Van Duysen: l’architecte y a combiné des influences de Luis Barragán, Jørn Utzon et de la célèbre Casa Malaparte à Capri. Pourtant, elle ne semble jamais être un corps étranger dans cette région prisée. En termes de matériaux, de disposition, de proportions et d’implantation, elle est représentative de la région.

«J’ai rencontré Vincent lors d’un dîner à Comporta. Je n’avais aucune idée de qui il était, mais j’ai immédiatement ressenti une affinité. Quand il m’a invité dans sa maison à Melides, j’ai été bouleversé.Avec des matériaux simples -du bois, des carreaux de terre cuite et du béton- il a conçu un chef-d’œuvre contemporain. Je suis devenu un grand admirateur de son travail et de sa philosophie: il va dans le détail du détail. Mais je suis encore plus fan de sa personnalité: c’est un homme aimable et humble. Un visionnaire avec un goût incroyablement sophistiqué.Son dévouement,son savoir-faire et son souci du détail rendent son travail exceptionnel», explique De Sousa.

«Certains designers culminent à vingt ans. Lui, il a construit son œuvre progressivement et est aujourd’hui au sommet de sa carrière. Comme moi, en fait: il m’a fallu du temps pour arriver ici. J’ai déjà fait tant de choses dans ma vie (De Sousa a notamment travaillé pour le groupe hôtelier Aman, NDLR), mais maintenant j’ai la vision, le courage et le savoir-faire pour réaliser mes rêves les plus fous.»

WHEN ABBA MEETS CHINA

Miguel Guedes De Sousa et son épouse, Paola Amorim, parcourent le monde pour découvrir de nouveaux hôtels, bars, restaurants ou architectes d’intérieur. «Je reviens de Paris.Avant l’heure du déjeuner, j’avais déjà visité dix nouveaux restaurants. À NewYork, je loue simplement un Uber pour toute la jour-

née. La dernière fois, je suis entré et sorti de 27 restaurants,juste pour m’imprégner de l’ambiance», affirme-t-il.

Nous rencontrons De Sousa dans son quartier général à Lisbonne, où des aquarelles colorées ornent les murs. Ce sont des designs peints à la main pour Frou Frou,un club-restaurant que notre compatriote Jean-Philippe Demeyer a pensé pour le groupe JNĉQUOI de De Sousa dans la capitale. Le lieu est une «expérience multisensorielle»: un restaurant gastronomique teinté de Chine avec un système sonore immersif.Pour leur première collaboration,Demeyer a eu carte blanche -c’est ainsi que le talent du Brugeois s’épanouit.«Abba meets China», décrit l’architecte d’intérieur. Mais on pourrait aussi dire: le «Lotus Bleu» de Tintin rencontre Salvador Dalí.«Nous avons incorporé,entre autres,des dragons chinois et de la porcelaine.Mais le plafond bleu vif est inspiré du fard à paupières d’Agnetha Fältskog, la chanteuse blonde d’Abba.

«Nous dessinons la carte du silence et de la nature. Notre clientèle en a assez de l’ambiance survoltée de Mykonos et de Saint-Tropez.»

Et les murs ont été recouverts de sept couches de franges colorées,inspiré d’une robe de la créatrice de mode belge Ann Salens», ajoute Demeyer. Il y a encore plus de Belges dans l’intérieur surréaliste du club-restaurant qui se trouve sur l’avenida da Liberdade, les Champs-Élysées de Lisbonne.Tous les tissus d’ameublement,rideaux et tapis ont été produits par des ateliers belges avec qui JP Demeyer & Co travaille depuis des années.

CLIENTS DE RÊVE

JP Demeyer et Co. a conçu l’intérieur de Frou Frou, mais aussi le logo et le nom. Remarquable, car un entrepreneur comme De Sousa aurait pu faire appel à une grande agence de branding. «Notre approche s’entend à 360°. Les assiettes, la décoration, le nom, le marketing: tout doit être coordonné», précise-t-il. «Jean-Philippe est extrêmement doué pour cela. Sa créativité est unique. J’ai déjà dit à mon équipe:faites beaucoup de projets avec lui,car dans cinq ans,il sera mondialement connu.Il n’a pas encore atteint son apogée,mais il deviendra grand, j’en suis sûr.»

«Nous avons rencontré Miguel De Sousa par le biais de sa compagne,PaolaAmorim,active dans le secteur de l’énergie et de la mode», témoigne Demeyer. «Elle avait vu notre villa à Comporta dans le magazine Architectural Digest USA et nous avons reçu un message via Instagram qu’elle avait peut-être un projet pour nous.Nous avons eu quatre semaines pour élaborer un concept global, ce qui est assez rapide. Mais à leur énergie, nous avons immédiatement senti:ils n’ont peur de rien, ils suivent leur instinct, mais savent comment s’y prendre.Ce sont des clients de rêve.J’aimerais tant ne travailler que pour de telles personnes.»

DÉLICIEUX

Après Lisbonne,la joyeuse bande a eu l’occasion de concevoir un Deli au cœur de Comporta:un lieu de restauration convivial ouvert du matin jusqu’au soir. Le menu ainsi que l’aménagement sont

À DROITE ET CI-DESSOUS VINCENT

VAN DUYSEN S’EST INSPIRÉ DES MAISONS DE PÊCHEURS LOCALES, POUR QUE LE JNĈQUOI BEACH

CLUB SE FONDE AVEC LES DUNES ENVIRONNANTES.

inspirés du Portugal.À l’étage, Demeyer & Co a conçu une suite avec fonction conciergerie. Une chambre principale est prévue, ainsi que trois lits jumeaux. «Bientôt, nous lancerons quelque chose de nouveau avec Jean-Philippe Demeyer: Frou Frou on the beach», annonce De Sousa. «Une réinterprétation du Frou Frou de Lisbonne dans le village de Comporta. J’espère que l’ouverture aura lieu l’année prochaine. Ce sera un truc fou.»

Curieux de voir comment la combinaison Van Duysen et JC Demeyer & Co se déroulera à Comporta. Normalement, De Sousa garde séparément les adresses des deux Belges,car leurs styles, leur utilisation des couleurs et leur définition du luxe sont à l’opposé. «Je sais qu’ils sont amis et apprécient le travail de l’un de l’autre,mais esthétiquement,ce sont des contraires.Pour Frou Frou, nous n’aurions jamais demandé àVincent, cela n’aurait pas fonctionné», dit De Sousa. «Le style deVincent me plaît davantage. J’ai une passion pour l’hospitalité, la nature et le luxe ‘pieds

nus’. Mon épouse, en revanche, aime la mode, les couleurs vives, les imprimés chargés, les intérieurs superposés, les adresses funky over the top. Sa préférence va à Demeyer: sans retenue et sans limites.»

LIBERTÉ ET IMAGINATION

Ces deux opposés rendent inévitablement le portefeuille de JNĉQUOI très intrigant.«D’où le nom JNĉQUOI: vous ne pouvez pas verbaliser qui nous sommes, vous devez vivre nos concepts par vousmême. Nous ne sommes pas un Four Seasons ni un intercontinental,qui se ressemblent tous de Los Angeles àTokyo.Nous avons la liberté et l’imagination de surprendre notre public grâce à des lieux complètement différents. Par conter, le niveau de service,élevé,est le même partout,même si chaque adresse est unique. Et pour cela, nous comptons sur les Belges.»

WWW.JNCQUOI.COM

Les bonnes adresses de Jean-Philippe Demeyer

◆ RESTAURANTE AZENHAS

DO MAR

«Un restaurant de poisson avec vue sur la mer à Colares (Sintra). Il se trouve à proximité d’un bassin de marée naturel qui se remplit à marée haute.»

◆ JAVA ROOFTOP

«Ce rooftopbar à Lisbonne est un point de chute idéal pour prendre un verre avec vue sur la ville.»

◆ GROUND BURGER

«Les meilleurs burgers de Lisbonne. Ici, tout est fait maison.»

◆ TIA ROSA

«Un excellent petit restaurant de cuisine traditionnelle à Melides.»

◆ VILLA MARISCOS

«Ce restaurant de poisson de Grandola a pour spécialités les pouces-pieds à déguster avec une bière.»

◆ RESTAURANTE SAL

«Un super restaurant sur la Praia do Carvalhal à Comporta.»

◆ MAGNOLIA

«Un petit bar à vin sympa, une bonne adresse pour prendre un brunch à Lisbonne.»

◆ HOTEL DAS AMOREIRA

«Un top «baby grand hotel» à Lisbonne.»

◆ GULATO COMPORTA

«La meilleure crème glacée artisanale de Comporta.»

◆ SÃO LOURENÇO DO BARROCAL

«Un merveilleux hôtel en pleine nature dans l’Alentejo.» (photo)

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Quand il fait froid ici, HELEEN FIVEZ , fondatrice du studio créatif Omarcity, s’exile en famille au Portugal. La vie y est, certes, plus lente, mais c’est loin d’être une pause. Là-bas, c’est l’occasion pour elle de découvrir des métiers et des savoir-faire qui peuvent enrichir le design contemporain. «Je n’ai pas pour ambition d’être la plus grande des entrepreneuses, mais certainement la plus heureuse.»

«Il pleut», dit-elle, presque contrite. Heleen Fivez porte un pull en laine lorsqu’on s’entretient avec elle. «C’est le désagrément ici: le pays n’est pas préparé aux intempéries. La maison devient humide et froide, mais cela passe vite. Bientôt, vous me retrouverez dehors.» C’est là qu’elle aspire à être: entourée de la nature et de sa famille.

Pour la quatrième fois, Heleen Fivez, son époux Pieter Bogaerts et leurs trois enfants Omar (8 ans),Louisa (6 ans) et Ray (3 ans) passent l’hiver à Cavaleiro, une station balnéaire de l’Alentejo.Ils louent une maison de vacances au sein d’une ferme équestre,au milieu des dunes et face à l’océanAtlantique.Ce n’est qu’à la mi-avril qu’ils regagnent Anvers. Il ne s’agit pas d’une pause: les enfants sont scolarisés, le couple continue de travailler, mais différemment.«Depuis sept ans,nous accueillons des artistes et designers chez nous, c’est une résidence pour nous-mêmes.»

ÉPRISE D’UNE CHAISE EN FIL

En 2018, Fivez fonde Omarcity, un studio créatif offrant une plateforme aux designers durables du monde entier. L’histoire

débute avec une chaise: lorsque Fivez tombe sous le charme des chaises en fil colorées de la marque Tucurinca, en Colombie. Lorsqu’elle rencontre à Paris Rafael Zuniga, l’homme derrière cette marque, le courant passe et elle décide alors, avec son époux, d’entamer une collaboration avec Tucurinca.

Aujourd’hui, le couple représente huit marques de design, dont le label ukrainien Faina, la marque textile colombienneAmgs,la collection de céramiques de Felipa Almeida et les luminaires d’Adrián Cruz. Ils travaillent aussi avec des designers belges tels que Pillars et les labels de céramique Partine et Lerry Ceramics.

«Avec Omarcity, nous recherchons des marques qui s’appuient sur des traditions séculaires, mais qui les transcendent pour atteindre un certain niveau de design»,explique Fivez.«Tucurinca a été un coup de maître. Ma connexion avec Rafael a tracé le parcours que je voulais suivre. Je n’ai pas pour ambition d’être la plus grande des entrepreneuses,mais certainement la plus heureuse.Je crois en une collaboration plus humaine.Je veux écrire une histoire durable avec chaque designer, ce qui requiert les mêmes valeurs et du temps.C’est ainsi que l’on peut grandir, au-delà de la simple distribution d’un produit.»

Cela se reflète dans leur QG à Anvers,devenu par la force des choses à la fois showroom, galerie, espace événementiel, co-atelier et maison d’hôtes,accueillant un artiste en résidence tous les trois mois.Depuis la fin de l’année dernière,s’y est ajouté un nouveau protagoniste, Softlab, un lieu de découverte sensorielle axé sur l’adoucissement, aménagé par sept designers textiles. Omarcity a évolué vers un studio qui co-crée, conçoit et organise de plus en plus. Pourquoi ajouter un volet portugais? «Il y a vingt ans, j’ai vécu au Portugal», répond Fivez.«J’ai beaucoup voyagé,mais la beauté du Portugal me touche toujours. La nature, le rythme de vie et les métiers traditionnels.»

Les tapis d’arraiolos,fabriqués à la main depuis le MoyenÂge,en sont un bel exemple.«Les motifs racontent des histoires de la vie quotidienne.C’est un processus laborieux, et cela a un coût.»

De nombreux ateliers ont aujourd’hui disparu et il est difficile de trouver des artisans maîtrisant

REPORTAGE: KLAAR WAUTERS

PHOTOS:

THESE ARE THE DAYS

À DROITE HELEEN FIVEZ ET SA FAMILLE EXPLORENT LE PORTUGAL, QU’ILS PERÇOIVENT COMME UN LIEU DE TRAVAIL ALTERNATIF, OÙ L’ACCENT EST MIS SUR LA NATURE ET LA CRÉATION D’UN ESPACE DE CONCEPTION.

«Je crois en une collaboration plus humaine. Je veux écrire une histoire durable avec chaque designer, ce qui demande d’avoir les mêmes valeurs et du temps.»

encore cette technique. «Pourtant, une nouvelle génération parvient à réinterpréter ces anciens métiers. Mon époux et moi voulons, avec Omarcity, rechercher ce type de produits de design -des objets séduisants au-delà des frontières.»

TERRE ACCAPARÉE

Leur ambition était de créer au Portugal un hub créatif similaire à celui d’Anvers, mais ce projet a été revu. «Ces dix dernières années, beaucoup de choses ont changé au Portugal»,dit Fivez.«Les promoteurs et les riches investisseurs se sont accaparé de grandes parties du pays,suscitant le mécontentement des autochtones. Nous avons revu notre approche: nous recherchons de talentueux labels correspondant à Omarcity, mais aussi à établir de véritables collaborations.»

Avec Fabricaal notamment, une ancienne manufacture textile où des sexagénaires travaillent encore sur des métiers à tisser en bois. Il y a cinq ans, l’entreprise a été reprise par trois créatifs de la région.«Ils ont réussi à ne pas brusquer la tradition en guidant l’entreprise dans une nouvelle voie en produisant des tapis,des poufs et des couvertures.»

Omarcity travaille avec eux sur un meuble basé sur un cadre Tucurinca. «Le coussin d’assise est tissé par Fabricaal et nous y intégrons un plateau de table en plastique recyclé,un design d’une entreprise de design bruxelloise.»

Une autre collaboration a vu le jour avecViúva Lamego, une fabrique d’azulejos, les célèbres carreaux portugais. Omarcity compte lancer une collection de carreaux avec leur expertise. Ici, pas de machines,seulement du travail manuel.«Viúva Lamego a réussi à intégrer l’artisanat de la céramique traditionnelle à d’autres disciplines.Ils collaborent avec des architectes et artistes comme Rem Koolhaas,Bela Silva,Hervé Di Rosa etAiWeiwei. Grâce à ces partenariats, ils peuvent préserver et

donner un avenir à l’aspect traditionnel.»

Ces collaborations rendent Fivez optimiste,mais un changement est nécessaire.«En Belgique,on observe un regain d’intérêt pour les métiers, mais souvent la connaissance manque. Ici au Portugal,cette connaissance est bien présente,mais il y a un fossé entre la jeune et la vieille génération,entre la ville et la campagne. Soit on reste figé dans la tradition, soit on abandonne l’artisanat pour la production de masse.»

Un contact clé au Portugal est Felipa Almeida, historienne de l’art qui dirige un studio créatif à Lisbonne. «Felipa n’est pas seulement curatrice: c’est aussi une créatrice d’ambiances magiques. Elle connaît la vieille génération et les jeunes designers et sait créer les connexions entre les deux.Nous partageons une vision et une ambition similaires, et nous nous retrouvons dans la manière presque familiale de collaborer.»

AvecAlmeida,Fivez planche actuellement sur un événement pour mars 2026. «Une exposition, des ateliers, des conférences et probablement un voyage dans un ancien palácio portugais, propriété de Lionel Bensemoun et neuf autres créatifs.»

GRAND LUXE

Avec tout ce qui est en préparation,le Portugal n’est pourtant ni une pause carrière, ni une parenthèse dans son parcours professionnel. Cela dit, le rythme y est plus lent. «Notre vie à Anvers est trépidante et excitante. Nous vivons la saison hivernale à fond et sommes toujours en action.Au Portugal, nous nous tournons vers l’intérieur, mais cela ne se fait pas aisément. Il faut du temps pour se poser -plus pour nous que pour les enfants. Il y a moins de choses à faire sur le plan culturel et, pour un bon restaurant, il faut parfois faire un long trajet. Cela nous ralentit de façon naturellement et nous libère de l’agitation. L’accent est mis sur soi-même, la famille et la vie au grand air. Ici, nous marchons, courons, nageons, faisons du vélo, et nous nous appuyons sur vous-même et

À GAUCHE LORS DE VACANCES EN COLOMBIE, FIVEZ DÉCOUVRE LES CHAISES EN FIL DE FER DE TUCURINCA, CE QUI L’A INCITÉE À CRÉER UNE PLATEFORME POUR LES MARQUES ARTISANALES ET DURABLES.

CI-CONTRE LA COLLABORATION

AVEC FABRICAAL, UNE ANCIENNE

USINE DE TISSAGE PORTUGAISE, DONNE NAISSANCE À DES PIÈCES

QUI ASSOCIENT DES TECHNIQUES

TRADITIONNELLES À DES MATÉRIAUX

MODERNES COMME LE PLASTIQUE RECYCLÉ.

À DROITE ET CI-DESSOUS EN COLLABORATION AVEC VIÚVA LAMEGO, UN FABRICANT DE CARRELAGE, OMARCITY TRAVAILLE SUR UNE COLLECTION QUI MÊLE L’ARTISANAT TRADITIONNEL À L’ART ET À L’ARCHITECTURE CONTEMPORAINS.

notre famille.Cette simplicité libère mon esprit et me permet de mieux me concentrer, d’avoir plus d’énergie et de nouvelles idées.»

Les enfants -Omar, Louisa et Ray- poursuivent leurs études grâce à un mélange d’enseignement à domicile et d’apprentissage par l’expérience. Avec les enfants d’une autre famille belge, ils suivent des cours dans une petite salle de classe à proximité. «Nous sommes les entrepreneurs de notre propre vie et c’est ce que nous trouvons beau. Nous déterminons le rythme et l’accent,même sur le plan de l’enseignement.En plus des connaissances scolaires, nous discutons avec les enseignantes des valeurs que nous trouvons importantes et elles s’en inspirent. C’est impossible dans notre pays, donc c’est du luxe.»

POINT D’INTERROGATION

Quand ils sont au Portugal, la Belgique ne leur manque (presque) pas. La famille et les amis viennent régulièrement leur rendre visite et sont

tout aussi attachés à cette pause dans la nature. De plus, la famille ne reste jamais assez longtemps pour avoir le mal du pays. «Nous voyons chaque année comment non seulement nous, mais aussi nos enfants, ralentissent et s’adoucissent. En vivant de cette manière, vous ouvrez une boîte que vous refermez chaque fois. Cela soulève beaucoup de questions: si vous voyez cela, voulez-vous encore l’autre? La combinaison est-elle bonne ou vaut-il mieux faire un choix? Si nous nous sentons ici tellement plus calmes et plus doux, pourquoi ne pas simplement déménager? Mais nous connaissons la réponse: nous aurions du mal à nous passer du terrain de jeu que nous avons installé dans notre maison àAnvers.Nous nous concentrons sur le présent: à ce stade, l’écart entre les deux pays a du sens. Que nous réserve le prochain hiver? Mystère.»

WWW.OMARCITY.WORLD

Les bonnes adresses de Heleen Fivez au Portugal

◆ NAPERON:

«Fine dining à Odeceixe. La cuisine portugaise avec des saveurs et des techniques de haut niveau.»

◆ CRAVEIRAL FARMHOUSE:

«Hôtel de luxe, ferme, jardin biologique, résidence d’art, bien-être et restaurant à Odemira. Tout ce que l’on mange ici vient du potager.»

◆ SAZANAMI:

«Un mini restaurant japonais dans un endroit inattendu à l’intérieur des terres. Dans les collines autour du village rural de São Martinho das Amoreiras vit un gourou, c’est pourquoi ce restaurant s’y trouve.»

◆ PADARIA:

«Les meilleurs pastéis de Zambujeira do mar. Le pain aussi est délicieux. Il faut être matinal, car dès 9 heures, il n’y a déjà plus rien à acheter.»

◆ TUA MADRE:

«Délicieux vins naturels et plats bio à Évora.»

◆ JAM HOTEL:

«Magnifique hôtel boutique à Lisbonne, conçu par le designer belge Lionel Jadot, pour lequel nous avons apporté notre petite pierre à l’édifice. L’hôtel incarne le design et le savoir-faire.» (photo)

◆ DOMINGO PIZZARIA:

«Des pizzas au levain très prisées à São Luís, un hameau de montagne. La pizzeria n’est ouverte que le dimanche.»

◆ LES PUCES DE LOULÉ:

«Très grand marché avec beaucoup de bric-à-brac, ce qui permet de chiner des trésors. Le village de São Luis accueille un marché de fermiers et de hippies convivial et Estremoz est le meilleur marché aux puces pour la céramique vintage, le textile et le design.»

REPORTAGE:

THIJS DEMEULEMEESTER

À 25 minutes de la plage de Comporta, Barrosinha est un vaste domaine de 2.000 hectares, abritant ateliers pour créateurs, hôtel, taverne et vignoble. LIONEL JADOT et quelques investisseurs souhaitent y expérimenter une «nouvelle forme d’hospitalité», où artistes, locaux et hôtes cohabitent en harmonie. Barrosinha deviendra-t-elle le nouveau Comporta, les Ateliers Zaventem ou le Château La Coste combinés? «Nos investisseurs doivent être un peu pirates, tout comme nous.»

À DROITE L’ARCHITECTE D’INTÉRIEUR

LIONEL JADOT, BASÉ À BRUXELLES, ET

LE FABRICANT DE MEUBLES MIRCEA

ANGHEL SOUHAITENT TRANSFORMER

BARROSINHA EN UN LIEU OÙ POUR LES

ARTISTES ET LES ARTISANS.

Certains projets demandent un grain de folie et Barrosinha est l’un d’eux. Fruit de l’audace de Lionel Jadot,l’ampleur et le potentiel de développement de ce domaine portugais sont si grands que l’on peut se demander par où commencer.«Le domaine s’étend sur 2.000 hectares»,lance l’architecte d’intérieur bruxellois. «Il y a des collines, des vallées,la rivière Sado,des chapelles,des villages,des écoles, des habitations, un aérodrome, un stade de foot, des fermes, des hangars industriels, une carrière d’argile et une briqueterie -tous les bâtiments sont en briques et tuiles d’argile locale.»

Autrefois, plus de mille habitants vivaient à Barrosinha; aujourd’hui, ils sont environ 120. Jusqu’aux années 1990, l’agriculture et l’industrie étaient prédominantes. On y cultivait du riz, de l’eucalyptus et des fruits, et on y élevait des porcs, en plus de produire du vin et du liège. «Nous redonnons vie à la bodega,mais nous préférons nous débarrasser de l’élevage de porcs,du riz et de l’eucalyptus:cela pèse trop sur le terroir.Nous voulons laisser la nature se régénérer autant que possible. L’architecte paysagiste belge Bas Smets viendra voir comment transformer l’environnement en un écosystème sain.»

ANCIEN TRADER EN BOURSE

Ce que Lionel Jadot, Mircea Anghel, fabricant de meubles,et quelques investisseurs entendent réaliser à Barrosinha n’est pas simple à expliquer.«A safe port for light-minded people»: ces quelques mots sur Instagram expriment déjà une idée, mais cela reste flou. Peut-être qu’«agrotourisme artistique» serait plus précis, bien que toujours vague. En réalité, Lionel Jadot entend parler de ce domaine à 30 kilomètres de Comporta grâce à Mircea Anghel. L’ancien trader, désormais artisan-menuisier,y vit et travaille depuis la pandémie. Celui-ci avait un studio à Lisbonne, à 250 mètres de The Jam, l’hôtel urbain conçu par Jadot. Les deux se rencontrent par le plus grand des hasards et entament une étroite collaboration pour la partie sur-mesure pour The Jam. C’est ainsi que Jadot fonctionne: il n’hésite pas à accorder sa confiance et à donner son énergie à ceux en qui il croit. «Quand mon atelier à Lisbonne est devenu trop petit,il y a cinq ans,j’ai déménagé avec ma famille

à Barrosinha où je connaissais un constructeur de bateaux avec qui je collaborais depuis longtemps», se souvient Anghel. Dès qu’il s’installe, il appelle Jadot: «Lionel, cet endroit est incroyable. Tu dois venir ici. Nous devons faire quelque chose.»

DRAPEAU ET MONNAIE PROPRES

Ceux qui connaissent Lionel Jadot savent qu’il n’a pas froid aux yeux. Il file à la découverte de Barrosinha. Et là, lui aussi tombe sous le charme. «Je vois Barrosinha comme un pays à part. Je voudrais y introduire un drapeau et une monnaie propres»,dit-il en riant. «Quand j’ai vu les hangars industriels vides, j’ai vu des espaces pour des ateliers comme à Zaventem.» Il fait référence à son projet Zaventem Ateliers pour lequel il a transformé une ancienne usine en cluster d’ateliers pour créateurs contemporains, dont Arno Declercq, Maison Jonckers et Adeline Halot. Nulle part en Belgique la concentration de créativité artisanale n’est aussi qualitative qu’ici.

À GAUCHE LA BODEGA DU DOMAINE SE VOIT OFFRIR UN NOUVEL AVENIR, MAIS C’EST LA NATURE QUI EST AU CŒUR DE LA RÉGÉNÉRATION DE L’ÉCOSYSTÈME.

À DROITE BARROSINHA, UN DOMAINE DE 2.000 HECTARES, OFFRE LE MÉLANGE PARFAIT DE NATURE, D’HISTOIRE ET DE POTENTIEL CRÉATIF.

C’est justement pour cela qu’il est tentant de surnommer le projet de Barrosinha,«lesAteliers Zaventem portugais».En réalité, cela ne tient pas la route. «Il y a des ateliers pour créateurs, mais aussi des résidences d’artistes, une taverne, une bodega et un hôtel de quarante lits», explique Jadot. «Ici, nous pouvons faire évoluer le concept des Zaventem Ateliers dans une nouvelle forme d’hospitalité. Barrosinha devient une sorte de co-living, où artistes, créateurs, clients de l’hôtel ou du restaurant, villageois et passants vivent ensemble. Même les habitués de Comporta seront attirés par l’énergie brute de Barrosinha. Pour autant, Dela ne doit pas devenir un Comporta bis. Cette proximité nous aidera certainement, mais on ne verra pas de voiturettes de golf ici.»

ALLUMER LE FEU

Tous deux sont des rêveurs aventuriers dont les plans audacieux deviennent de plus en plus concrets.Après de longues négociations avec l’ancien propriétaire, un consortium de banques portugaises, ils obtiennent le domaine de Barrosinha en bail emphytéotique pour dix ans.«Avec une option d’achat au bout de dix ans»,préciseAnghel.Bien que le financement ne soit pas encore finalisé, une équipe de 45 personnes a déjà commencé les grands travaux. L’asphalte a été retiré, le patio a été peint et des toiles d’ombrage ont été fabriquées avec des filets de pêche récupérés.La taverne est opérationnelle,l’hôtel est ouvert malgré une transformation.

Des ateliers dans les anciens hangars, quatre sont déjà occupés:un parAnghel,un par Jadot,un par le designer portugais Ivan Daniel Cova et un par l’atelier bruxellois Frizbee Ceramics. «Nous lançons le casting pour les trente restants. Nous recherchons des personnes qui sont, comme nous, des pirates avec le feu intérieur.‘Feed the fire’ est notre devise. Nous investissons beaucoup d’argent et d’énergie dans ce projet, mais si nous n’y parvenons pas, nous aurons au moins tout donné.»

BIG CRAFT VERSUS BIG DATA

Les investisseurs (existants et futurs) doivent également partager cet état d’esprit. «Ils doivent pouvoir penser ‘out of the box’, et avoir de l’audace», pointe Jadot. «Barrosinha est tellement immense que nous pouvons voir grand, mais nous ne voulons pas de constructions sans âme, qui ne visent que le rendement.

CI-DESSOUS DES HANGARS INDUSTRIELS AUX STUDIOS DE CRÉATION, BARROSINHA OFFRE UN ESPACE AUX ARTISTES POUR DÉVELOPPER LEUR TRAVAIL.

Construire ici ne peut se faire que de manière significative et intelligente.J’aimerais,par exemple, collaborer avec de grands architectes pour réaliser des pavillons ‘into the wild’. Nous voulons créer de la valeur ajoutée avec un projet analogique, fait main, qui serait comme un manifeste dans un monde de plus en plus numérique et virtuel. Parfois, j’ai l’impression que nous sommes dans une simulation informatique géante où les gens sont perdus.Voilà pourquoi j’appelle Barrosinha: big craft versus big data.»

Le problème réside dans le fait que les investisseurs ou les développeurs aiment plutôt s’engager dans un projet qu’ils peuvent facilement intégrer dans un fichier Excel. «Et ici, ce n’est pas possible!», s’exclame Jadot. «Nous avons besoin d’investisseurs qui partagent notre sens de l’aventure. Notre projet est un grand chantier

Les bonnes adresses de Lionel Jadot

◆ JAM HOTEL

«Un hôtel de charme sur le front de mer à Lisbonne, que j’ai conçu en collaboration avec Mircea Anghel.»

◆ PONTO FINAL (ci-dessus)

«Un restaurant de fruits de mer à Almada, sur l’autre rive du Tage, à Lisbonne. L’endroit idéal pour profiter des couchers de soleil sur la ville.»

◆ CALIPO

«J’ai participé à la conception de cet agritourisme avec résidence d’artistes dans l’Alentejo.»

◆ PALÁCIO DO GRILO (ci-dessous)

«Un restaurant installé dans un palais du XVIIIe siècle à Beato, un quartier de Lisbonne. Dans cet endroit merveilleux, on devient l’acteur d’une représentation gastronomique.»

◆ FONTE DA TELHA

«Un ancien village de pêcheurs sur la Costa da Caparica, où règne une atmosphère très cool.»

CI-DESSOUS À LA TAVERNE

BARROSINHA, L’ÉNERGIE VIBRANTE

DE SES CRÉATEURS RENCONTRE

L’HOSPITALITÉ DE LA CAMPAGNE

PORTUGAISE.

«in progress», notre business plan est évolutif. Quand ils entendent ces mots, la plupart des candidats se retirent, mais pas tous. C’est le cas du créateur de la plateforme cryptographique Ethereum par exemple. Quand il est venu nous rendre visite à Barrosinha,il a décidé d’y investir.»

MirceaAnghel connaît les business plans et les tableaux Excel sur le bout des doigts vu qu’il vient du monde du trading et des hedge funds.«Mircea est précis: ce n’est pas pour rien qu’il a gagné plus d’une olympiade de mathématiques»,ajoute Jadot. «Il pense constamment en dehors des sentiers battus et c’est ce que j’apprécie chez lui.»

Aujourd’hui,Anghel et Jadot sont les directeurs créatifs de ce projet et la direction commerciale est entre les mains d’Edouard Fernandez,un investisseur portugais et développeur immobilier qui a participé à la réalisation du projet Diagonal Mar à Barcelone -le développement d’une zone industrielle en plaque tournante trendy.

BRUT ET AUTHENTIQUE

La question est de savoir comment Barrosinha évoluera à mesure que de nouveaux investisseurs

monteront à bord. Le domaine pourra cocher de nombreuses cases: hôtel, restaurant, domaine viticole, art, architecture et design. Pourrait-il devenir le nouveau Château La Coste, ce domaine viticole près d’Aix-en-Provence qui possède également un restaurant, un hôtel et un parc de sculptures? «Rien à voir: Barrosinha ne sera pas aussi chic», répond Jadot. «Cet endroit doit rester brut et nature.»

Comme Jadot lui-même en fait? «Eh bien oui, malgré le temps qui passe, je suis toujours aussi honnête, humble et positif que possible. Si je commence à prendre la grosse tête, tu peux me donner un coup de pied aux fesses», s’amuse-t-il. «Nous ne sommes qu’un grain de poussière dans l’univers. Quand je me lance, c’est parce que j’y crois et qu’il est authentique. Barrosinha n’est pas un investissement immobilier standard qui nous permettra de nous enrichir: nous voulons nous amuser.We keep the fire burning.» ◆

WWW.HERDADEDABARROSINHA.PT INSTAGRAM:@BARROSINHA___

S’inspirer

ALENTEJO & ÉVORA OU LA RAISON POUR LAQUELLE LES AMATEURS DE TOSCANE VONT CHANGER DE VILLÉGIATURE ◆ CEINTURES ET HOODIES: CLAUDYA MOREIRA A L’ART DE NOUER LES FOULARDS ◆ CHAUSSURE À SON PIED: RUI OLIVEIRA REMET LE MADE IN PORTUGAL AU CENTRE DU JEU DE LA MODE ET DES SNEAKERS VEJA

UN AIR DE TOSCANE

HISTOIRE, CULTURE, PAYSAGES INFINIS, TRADITION CULINAIRE ET VITICOLE REMONTANT À L’ÉPOQUE ROMAINE: LA RÉGION PORTUGAISE DE L’ALENTEJO ET SA CAPITALE ÉVORA ONT TOUT POUR DEVENIR LA RÉVÉLATION EUROPÉENNE DE L’ANNÉE.

PHOTOS: ALEXANDER D’HIET

REPORTAGE: BERT VOET

Peu connaissent Évora, et même à Lisbonne, on s’interroge sur sa nomination de Capitale européenne de la Culture 2027. Cette ignorance est injustifiée: Évora sera la destination urbaine alternative par excellence. Hors des sentiers battus, elle regorge de découvertes fascinantes. Capitale historique de l’Alentejo, au nord de l’Algarve,cette région couvre 30% du territoire portugais, mais n’abrite que 5% de la population. On dit souvent qu’ici,les gens ont toujours le temps.C’est sur ce concept que repose 2027: «Vagar», ou l’art de vivre lentement.

Depuis Lisbonne, nous roulons une heure et demie vers l’Est.À la station-service, où nous commandons des pastéis de nata encore tièdes, la serveuse parle un anglais surprenant. Nous atteignons le centre historique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986, ceinturé d’une enceinte datant en grande partie du XIVE siècle avec des sections du IIIE siècle, époque où Évora était une plaque tournante de l’Empire romain. L’aqueduc de 12 kilomètres que nous traversons date de cette époque, bien que ce que nous en voyons date du XVIE siècle, quand Évora était la deuxième ville après Lisbonne.Le tremblement de terre de 1755 a épargné Évora,faisant d’elle la plus belle ville de ce siècle d’or portugais.L’architecture,avec ses maisons et bâtiments blanc-jaune,attire l’œil.Le blanc,pour les étés torrides; le jaune, couleur contre les mauvais esprits.

«Plus tard, c’était surtout pour faire comme les autres», explique Libânio Murteira Reis. «Aujourd’hui, on ne fait pas ce que l’on veut ici: le patrimoine mondial impose des règles.»

Professeur émérite d’histoire, Reis est le guide idéal. Il nous conduit là où il a acquis son savoir. En 1559, les jésuites y ont fondé la deuxième université du pays, apportant leurs lumières religieuses et intellectuelles. Deux siècles plus tard, ils ont été emportés par une vague de fanatisme religieux. L’université a fermé et Évora a décliné. L’institution n’a rouvert qu’en 1973, d’abord comme école secondaire,puis comme université d’État, en 1979. Reis a fréquenté les deux, comme élève et enseignant. À travers la cour intérieure d’origine,il nous mène au monastère et à ses salles de classe de géographie,de philosophie et de physique.

Ici, on dit «vagar»: un mode de vie que l’on peut qualifier de «slow living».

Elles illustrent à quel point les jésuites dominaient la vie intellectuelle. Sur les carreaux bleus de Delft datant du siècle des Lumières, nous voyons Aristote, Socrate et Platon, le miroir d’Archimède à Syracuse, mais aussi la découverte de la pression atmosphérique et du magnétisme au XVIIE siècle, magnifiquement illustrée. La Sala dos Actos est incontournable pour les amateurs d’histoire et d’architecture, et la bibliothèque abrite des peintures fantastiques -qui a déjà vu Marie en déesse de la sagesse?Avec 50.000 habitants,Évora compte aujourd’hui 8.000 étudiants. L’université est pionnière en architecture paysagère.

OS ET CRÂNES

Toutes les rues mènent à la place Giraldo, où une pierre commémorative rappelle l’Inquisition. Entre 1536 et 1821, des hommes et des femmes y ont été décapités ou brûlés sur un bûcher. Les musulmans et juifs portugais ont été contraints de se convertir.De nombreux juifs ont fui versAnvers.Reis espère accueillir leurs descendants pour explorer leur patrimoine. Le

À GAUCHE L’ARCHITECTURE DE LA CHARMANTE VILLE D’ÉVORA SORT DE L’ORDINAIRE: LA PLUPART DES MAISONS ET DES BÂTIMENTS SONT PEINTS EN JAUNE ET BLANC.

CI-DESSUS L’AQUEDUC DE 12 KILOMÈTRES DE LONG A ÉTÉ

CONSTRUIT AU XVIe SIÈCLE, MAIS IL COMPORTE ÉGALEMENT DES ÉLÉMENTS DATANT DE L’ÉPOQUE ROMAINE.

Les Franciscains ont recouvert toute la chapelle des os et des crânes des cinq mille victimes anonymes des épidémies qui ont frappé la région.

CI-DESSOUS PARMI LES

NOMBREUX TRÉSORS

ARCHITECTURAUX D’ÉVORA, LES VESTIGES DE L’UNIQUE

FORUM ROMAIN DU PORTUGAL.

monument est la plus grande cathédrale médiévale du Portugal, construite après la reconquête chrétienne au XIIe siècle.L’église est pleine d’art,dont des représentations d’une Marie enceinte extrêmement rare en dehors du Portugal.La terrasse sur le toit offre une vue phénoménale sur le paysage environnant.L’église dorée São Francisco est également grandiose, et sa chapelle est l’attraction principale de la ville.

«Nós ossos que aqui estamos,pelos vossos esperamos»,est-il écrit au-dessus de l’entrée.«Nous,les os qui sommes ici,attendons les vôtres.» Au XVIIE siècle, ce dortoir a été transformé en lieu de méditation sur l’au-delà. «Certains moines s’adonnaient à l’alcool et aux femmes», rit Reis. Les Franciscains ont recouvert toute la chapelle des os et des crânes des cinq mille

victimes anonymes des nombreuses épidémies qui ont frappé la région.

DÉCOR POUR DIOR

Les ruines du temple romain, le seul du Portugal, rappellent l’époque où le patrimoine était traité avec moins d’égards: du XIVE au XIXE siècle, une boucherie s’y était installée. «Enfants, nous y faisions de l’escalade», confie Reis.

À proximité se trouve ce qui sera le fer de lance de la Capitale culturelle:le Palácio Duques de Cadaval,où nous attend Diana,onzième duchesse de Cadaval. Elle travaille sur un projet avec Joana Vasconcelos, connue pour ses installations monumentales. L’artiste portugaise a été la première femme et la plus jeune artiste contemporaine à exposer au Château deVersailles, suivi par tous les grands musées, et elle a eu une rétrospective au Musée Guggenheim de Bilbao.

En 2013,elle a créé «Valkyrie Miss Dior» pour l’exposition «Esprit Dior, Miss Dior» au Grand Palais à Paris, une installation spectaculaire qui a ensuite fait le tour du monde. En 2023, elle a de nouveau travaillé pour Dior, notamment sur un décor lors des Fashion Days à Paris. «Cette installation était aussi grande que ce palais», précise Diana de Cadaval.«En 2027,Joana sera l’attraction principale.»

PLUMES DE POULET

Le palais appartient à la famille depuis six siècles. On peut y admirer une belle collection d’art,qui change constamment.Bien que les Cadaval disent tenir «vagar» en haute estime, elle traverse les salons comme un tourbillon. La collection est un mélange d’art classique et moderne, avec un accent mis sur l’Afrique,où sa sœur cadetteAlexandra travaille et voyage beaucoup. Cette dernière a également séjourné chez des tribus indigènes et y a emmené le photographe d’art mozambicain Mauro Pinto. Il y a aussi beaucoup de travaux de son compatriote Gonçalo Mabunda. La Sud-Africaine Esther Mahlangu, aujourd’hui âgée de 89 ans, est omniprésente. «Elle ne sait ni lire ni écrire, mais elle aide son village grâce à son art», commente Diana de Cadaval. «Elle peignait à l’origine des fresques murales, jusqu’à ce que notre galeriste l’encourage à essayer aussi sur toile. Elle peint de manière inimitable avec des plumes de poulet.» En 1991, Mahlangu a peint une BMW Art Car. Elle a également transformé

À DROITE LE PALÁCIO DUQUES DE CADAVAL APPARTIENT À LA MÊME FAMILLE DEPUIS SIX SIÈCLES. DIANA, LA ONZIÈME DUCHESSE DE CADAVAL, Y ORGANISE DES EXPOSITIONS D’ART. LE PALAIS COMPREND ÉGALEMENT

L’IGREJA DOS LÓIOS, LA PLUS BELLE ÉGLISE PRIVÉE DU PORTUGAL.

une Casal, une moto portugaise de 1965 appartenant au père de Diana, en œuvre d’art.

Parmi les œuvres, on trouve des portraits de famille, du XVIE siècle à aujourd’hui. La mère de Diana, Claudine Marguerite Marianne Tritz, a été représentée parWilliam Klein comme l’une des femmes les plus élégantes de New York, où elle possédait des boutiques de mode.«C’est sous son impulsion que cette maison a été rénovée et ouverte au public -toute l’année, six jours par semaine», raconte Diana. «C’est elle qui a aussi lancé notre festival de musique annuel.»

ENVOYÉS EN EXIL

La famille entretient elle-même le palais.Elle possède de nombreux domaines, châteaux et autres biens immobiliers,et tire des revenus considérables de Casa Cadaval, qui cultive des vignes, élève des chevaux et gère un cheptel.Tout cela est le travail de son cousin,alors qu’elle gère ce palais,vient en aide aux moins fortunés par le biais de plusieurs fondations et écrit des romans historiques.Elle organise également des événements et des mariages ici, et accueille des invités pour des déjeuners et des dîners. «Nous avons investi des millions, mais nous n’y vivons pas en permanence.Une maison a besoin d’un cœur qui bat.C’est une façon de rencontrer des gens et d’honorer notre patrimoine.»

Le palais comprend l’Igreja dos Lóios, peutêtre la plus belle église privée du Portugal,bien que beaucoup passent sans la remarquer.Entre évêques et autres religieux,ses ancêtres y sont enterrés ainsi que son père, décédé en 2001. Elle raconte comment le fondateur de l’église rêvait d’y rassembler tout le monde, ce qui ne s’est pas fait sans difficulté. Le titre de «duc de Cadaval» est dû au lien de parenté avec la maison de Bragance, la famille royale portugaise. La famille de Cadaval a joué un rôle important dans la défense du royaume contre les invasions espagnoles, mais après avoir soutenu Miguel Ier pendant la guerre civile portugaise des années 1820, les ducs ont dû s’exiler. Pendant des générations, la famille a résidé en France et en Suisse -où Diana est née. Son père, João Álvares Pereira de Melo, le dixième duc de Cadaval, a été le premier à revenir en 1960. «Un an plus tôt, il a rapatrié par bateau vingt cercueils de ses ancêtres pour les enterrer ici»,raconte-t-elle.«Ce sera aussi ma dernière demeure, oui.» Qu’en pense-t-elle? «C’est un soulagement.Je sais où je finirai:confortablement installée parmi les miens.»

LES BONNES ADRESSES

GASTRONOMIE

Après le patrimoine culturel d’Évora, la gastronomie est la seconde raison pour laquelle les visiteurs affluent en Alentejo. Ici, le bacalhau se décline en une multitude de variantes,mais d’autres délices culinaires attendent d’être découverts.

DOM JOAQUIM

La cuisine traditionnelle est servie avec élégance. Le «porco preto»,le célèbre porc noir de l’Alentejo, est à l’honneur. Nous dégustons ses joues («bobechas»). Le poulet à la «sauce au sang», qui a fait parler de lui dans l’émission télé du chef Sergio Herman est aussi à la carte. Rua dos Penedos 6, Évora. www.restaurantedomjoaquim.pt

CAFÉ ALENTEJO

Dans un bâtiment qui a conservé une grande partie de son architecture d’origine,on retrouve une tradition du XVe siècle.La cuisine ancestrale de l’Alentejo repose sur le pain et les «migas»: le pain rassis est trempé dans de l’eau ou du bouillon, puis frit dans de l’huile d’olive, des herbes aromatiques et parfois du saindoux.Nous le dégustons en accompagnement de côtes de porc à l’orange et aux asperges sauvages. La queue de bœuf mijotée cinq heures dans du vin rouge n’est pas une recette traditionnelle, mais Rita Simão en a fait sa spécialité.

Rua Raimundo 5, Évora. www.restaurantecafealentejo.com

CAVALARIÇA

L’intérieur,l’équipe et l’interprétation moderne de la cuisine portugaise du restaurant du Palácio Duques impressionnent. Nous goûtons le lapin mariné en escabèche présenté en taco: original et délicieux. La perdrix – disponible toute l’année dans la région – est servie avec des girolles, accompagnée de riz cuit dans un bouillon de poulet et de foie gras, un plat mémorable.

Rua Augusto Filipe Simões 9, Évora. www.cavalarica.com

VINS

La culture viticole en Alentejo remonte à l’époque romaine.Pendant la domination maure,la production de vin a été stoppée, mais elle a repris au Moyen Âge, grâce à l’influence des moines.

◆ ADEGA DA CARTUXA

Près du centre se trouve l’Adega da Cartuxa, installée dans un ancien monastère qui, au XIXE siècle, est passé entre les mains de la famille Eugénio deAlmeida,une des plus grandes fortunes du Portugal. Quand le jeune Vasco Maria Eugénio de Almeida hérite du domaine,il investit dans les techniques modernes de viticulture et fonde Cartuxa. En 1963, le philanthrope sans descendance en fait une fondation.Cartuxa produit certains des meilleurs vins rouges du Portugal.Vous pouvez réserver une visite et une dégustation -hélas, l’iconique Pera Manca n’en fait pas partie. Vous pouvez cependant en acheter une bouteille à 350 euros, à condition de faire la visite. Quinta de Valbom, Évora. www.cartuxa.pt

◆ FITAPRETA VINHOS

Le célèbre vigneron António Maçanita réside et travaille dans un lieu exceptionnel. Après avoir étudié les sciences agricoles, il fait ses classes dans de grandes maisons -Merryvale Vineyards en Californie, d’Arenberg en Australie et LynchBages à Bordeaux- avant de fonder Fitapreta Vinhos en 2004. En 2016, il découvre la ruine souterraine d’un monastère où avait lieu la production de vin. Il la restaure et l’intègre à un nouveau bâtiment.Maçanita relance des vins historiques et des cépages oubliés pour préserver ce terroir unique. Cela lui a valu des récompenses et des controverses, notamment pour son travail sur une deuxième cave aux Açores,où il utilise le cépage interdit isabella. Il n’ajoute pas de sulfites et laisse l’ensemble s’oxyder complètement. Paço do Morgado de Oliveira,Estrada M527 km10, Évora. www.antoniomacanita.com

◆ GERAÇÕES DA TALHA Frades, un village de 700 habitants, est la capitale du vin deTalha. Il y a environ cinquante petites caves, dont trois sont commercialement actives. Parmi elles, la vigneronneTeresa Caeiro (29 ans) applique, depuis 2019, la méthode «talmas», comme sa famille le fait depuis 250 ans. Le vignoble n’est pas irrigué et toutes les variétés de raisin -avec la peau et les pépins- sont vinifiées ensemble par fermentation spontanée en amphore d’argile. Cela donne des vins bruts. Caeiro produit à peine 12.000 litres, mais ses vins sont disponibles en Belgique, notamment via The Portugal Collection. Rua de Lisboa, 29A,Vila de Frades. www.geracoesdatalha.com

HÉBERGEMENT

◆ MOURA SUITES

Ce boutique hôtel est installé dans un manoir du XVE siècle, en plein centre d’Évora. Largo Portas de Moura 28, Évora. www.mourasuiteshotelevora.com

◆ MONTIMERSO SKYSCAPE COUNTRYHOUSE

Près d’un des villages médiévaux les mieux préservés du Portugal, Montimerso Skyscape Countryhouse est un bel exemple de la façon dont le zéro déchet se combine au luxe suprême. L’accueil est chaleureux et la vue depuis la piscine à débordement (non chauffée) est à couper le souffle. Cet endroit convivial (aussi pour les enfants et les animaux domestiques) est le premier au monde à être reconnu par l’UNESCO comme «destination de tourisme stellaire»,car il y a un observatoire et un astrophysicien vient chaque mois. Herdade Geralda - Estrada Nacional Nº 256, Monsaraz. www.montimerso.pt

◆ QUINTA DO PARAL

Le luxe discret aurait été inventé en Alentejo. L’Allemand Dieter Morszeck,qui a vendu en 2016 la marque de valises Rimowa au groupe LVMH, en est tombé éperdument amoureux. Avec le vigneron Luís Morgado Leão, il a repensé le domaine viticole historique Quinta do Paral et a mis l’accent sur la durabilité et le respect de la tradition alentejane. C’est aussi un hôtel viticole qui vise la perfection et a été inclus lors de son ouverture en août 2024 parmi les «Leading Hotels of theWorld». Quinta do Paral,Apartado 31 P,Vidigueira. www.quintadoparal.com

FITAPRETA VINHOS

REPORTAGE: THIJS DEMEULEMEESTER PHOTOS: ALEXANDER D’HIET

Comment allez-vous? «Bien, merci! Je suis pleinement investi dans mon rôle à la tête de Samba, un atelier de chaussures qui, depuis trois ans,collabore avec des grandes marques -Veja notamment mais aussi Clarks, Hugo Boss,Vivienne Westwood. Notre usine se trouve à Felgueiras,l’épicentre de la production de chaussures au Portugal. Ici, 80% de la population active gravite autour de cette industrie.On dit même qu’ici,les habitants naissent dans une boîte à chaussures. Mon enfance a été bercée par les effluves du cuir: ma mère était couturière et mon père travaillait comme vendeur dans un atelier de chaussures.»

Avez-vous le sentiment d’avoir réussi? «Le chemin est encore long.Samba est une entreprise familiale transmise depuis trois générations. Je souhaite lui insuffler une dynamique nouvelle, une vision différente de celle de mes prédécesseurs.À 18 ans,l’idée de rester dans la région ne m’enchantait guère. J’aspirais à découvrir le monde,à faire carrière à l’international.J’ai ainsi travaillé,entre autres, aux Nations Unies à New York. À Bruxelles, j’ai intégré

l’équipe d’Anders Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN de 2009 à 2014. Son bureau privé m’a offert l’opportunité de côtoyer des chefs d’État tels que Barack Obama,Angela Merkel,Nicolas Sarkozy et José Zapatero.J’aimais la vie au centre du pouvoir, mais j’ai décidé d’arrêter suite à un déjeuner avec une Norvégienne qui avait travaillé toute sa vie pour l’OTAN. Elle avait eu une carrière exceptionnelle, mais était absente lors de moments familiaux importants.‘Es-tu sûr de ton choix?’, m’ont demandé mes amis et ma famille lorsque j’ai décidé, à 30 ans, de retourner à mes racines. Je suis très heureux ici, mais si je pouvais me dédoubler, je combinerais les deux emplois.»

Quelles sont vos préoccupations? «Le monde évolue à toute vitesse.Pendant la crise du coronavirus, la production en Europe a connu un essor sans précédent,l’Asie étant incapable de redémarrer rapidement. En 2022, la production a explosé, mais la logistique s’est avérée cauchemardesque pour acheminer les matériaux et les matières premières à temps. En 2023, l’inflation s’est fait sentir, et 2024 a été marquée par la montée des extrêmes en politique, avec Trump en point d’orgue provisoire.Le monde devient de plus en plus polarisé, à l’image du climat. Dès lors, il est ardu d’établir des stratégies et de planifier: il faut s’adapter constamment.»

LA BEAUTÉ DU GESTE

RUI OLIVEIRA

Dans cette rubrique, nous donnons la parole à ceux qui pratiquent la beauté du geste au quotidien. Cette semaine: Rui Oliveira nous explique pourquoi il a mis fin à sa carrière diplomatique, parle de l’engagement durable de Veja et du défi de valoriser le Made in Portugal.

CI-CONTRE NUI OLIVEIRA DANS L’ATELIER DE SAMBA À FELGUEIRAS, UNE RÉGION PORTUGAISE SPÉCIALISÉE DANS LA FABRICATION DE CHAUSSURES.

CI-DESSUS TRENTE

FOURNISSEURS, TRENTE

MATIÈRES, TRENTE

OPÉRATIONS: LA PRODUCTION

DE CHAUSSURES EST UNE

ACTIVITÉ COMPLEXE.

FABRIQUÉ EN EUROPE *

«Nous sommes fiers de collaborer avec Veja, car son approche est unique», lance Rui Oliveira, qui dirige l’unité de production de Samba. «Veja produisait ses sneakers au Brésil depuis 2005, mais elle a rapatrié une partie de cette production pour se rapprocher de sa clientèle européenne -d’où le label Made in Europe. En plus des sneakers V-90 Aegean, nous produirons bientôt d’autres modèles. Et nous souhaitons utiliser des matériaux et des matières premières locales.»

Comparer le Made in Europe avec le Made

«En tant que fabricants, nous souhaitons nous inscrire pleinement dans la démarche de durabilité, telle que prônée par Veja. Avec, par exemple, une traçabilité complète.»

Qu’est-ce qui vous tient particulièrement à cœur? «En tant que fabricants de chaussures, nous souhaitons nous inscrire pleinement dans la démarche de durabilité prônée par Veja. Nous visons, par exemple, une traçabilité complète de nos matières premières: nous voulons connaître avec précision leur origine, les conditions de leur production, le traitement des travailleurs. Acquérir une paire de Veja, c’est soutenir directement les nombreuses familles qui travaillent dans les plantations de coton et de caoutchouc au Brésil et au Pérou, et qui sont bien mieux rémunérées que dans d’autres entreprises. Que signifie la durabilité dans notre secteur? S’agit-il d’énergie propre? De travailler avec des matières recyclées? De produire moins, mais mieux? Je n’ai pas encore de réponse définitive à ces questions. Produire des chaussures 100% durables relève de l’utopie, mais nous tendons vers cet idéal. Cette exigence nous rend moins compétitifs par rapport à ceux qui ne respectent pas ces règles. La différence est la suivante: je peux dormir sur mes deux oreilles, tandis que d’autres devraient avoir des remords.»

Quels sont vos projets en cours? «Nous produisons actuellement la sneaker V-90 pour Veja. À l’avenir, nous élargirons notre col-

laboration à d’autres types de chaussures. La production portugaise reste modeste -environ 500.000 paires par an- comparée aux 4 millions produites au Brésil. Cela peut sembler considérable,mais c’est cent fois moins qu’une marque comme Nike. Bien sûr,Veja souhaite réaliser des bénéfices,mais l’entreprise aspire avant tout à créer un impact positif et à se distinguer par son approche. Il y a ceux qui portent du Veja et les autres. Porter cette marque, c’est un manifeste.»

Quelles ont été vos erreurs? «Dans la production de chaussures, l’adage est le suivant: trente fournisseurs, trente matériaux, trente opérations. Ce processus de fabrication est, selon moi, bien plus complexe que, par exemple, la confection de vêtements. De nombreuses étapes sont encore réalisées à la main, comme le collage des semelles, les coutures ou l’insertion des lacets. Des erreurs sont toujours possibles, mais nous effectuons un contrôle qualité rigoureux et testons les modèles avant de lancer la production.»

Qu’est-ce qui requiert votre attention? «Dans l’esprit du consommateur, le label Made in Portugal ne jouit pas encore du prestige du Made in Italy. Pourtant, en pratique, la différence de qualité est minime.» ◆

in Vietnam, c’est comparer des pommes et des poires. «La différence ne réside pas seulement dans le prix ou la qualité, mais aussi dans le cadre légal, les conditions de travail, le travail des enfants, la certification et la sécurité. Sébastien Kopp et FrançoisGhislain Morillion, les fondateurs de Veja, ont pu constater des pratiques contestables et ils ont donc adopté une approche différente lors de la fondation de Veja il y a 20 ans. Ici aussi, Veja s’engage à respecter les principes de durabilité et l’éthique qui l’animent depuis ses débuts au Brésil.»

Queen

REPORTAGE: NATALIE HELSEN
CRÉDIT: DIOGO PARRINHA.

of scarves

Dans un monde où les influenceurs se consacrent à la vente de produits, Claudya Moreira captive plusieurs millions de personnes grâce à ses #scarfhacks. Entre ses mains, les foulards se transforment en cravates baroques, en ceintures, en roses et même en capuches. Rencontre avec la «queen of scarves» de TikTok: «Vous voulez des foulards? Bien. Je vais vous en donner!».

«Porter un foulard doit être facile: qui voudrait

Quand le monde s’est arrêté de tourner en février 2020, Claudya Moreira (39 ans) a fait comme 850 millions de personnes: elle a téléchargé l’application TikTok. Pour tromper l’ennui, elle fait du lipsync et des battles de danse avec son fils. «C’était fun, mais j’étais super nulle.» L’algorithme lui soumet une vidéo de quelqu’un qui transforme un foulard en top. La Portugaise,descendante d’une longue lignée de Capverdiennes, se dit alors: «S’il y a bien une chose que je connais, ce sont les foulards. Ça, je peux le faire.» Elle pioche dans son placard, s’exerce devant un miroir et poste son premier #scarfhack. En pleine pandémie, alors que personne ne peut mettre le nez dehors, c’est une bouffée d’air frais: ses créations font le tour des réseaux sociaux.

Aujourd’hui,Claudya Moreira peut faire mille choses avec un simple carré de tissu. Elle montre surTikTok et Instagram comment transformer un T-shirt avec un foulard (7,8 millions de vues),comment un foulard peut remplacer une blouse (5,5

millions de vues) ou comment,détail très tendance, un foulard d’hiver peut devenir une capuche (1,3 million de vues). Des magazines tels que Vogue etVanity Fair l’ont surnommée «Scarf Wizard» et «Scarf Queen» et, de Lisbonne à la FashionWeek de NewYork, elle rencontre des gens inspirés par ses conseils de style. «Je vois directement si cette personne a regardé une de mes vidéos ou si elle a été influencée par quelqu’un d’autre. Les grandes marques s’inspirent parfois de mon travail, créant des éditoriaux influencés par mes styles de foulards. Je le considère comme un compliment: cela prouve que je fais du bon travail», sourit-elle.

PARCOURS SEMÉ D’EMBÛCHES

Claudya Moreira nous parle depuis sa maison à Cascais, un village de pêcheurs sur l’océan Atlantique à 15 minutes de route de Lisbonne. «Toute ma vie, j’ai vécu entourée d’eau. Cela m’inspire pour créer mes designs.» Après ses premières vidéos,elle lance Zafia,sa marque de foulards.Aujourd’hui,la boutique en ligne est temporairement hors ligne, dans l’attente de la nouvelle collection qui sera présentée cet été accompagnée d’un bel ouvrage sur «l’art du foulard».

Avec plus de 1,1 million de followers sur TikTok et pas moins de 575.000 sur Instagram, sa propre marque et une liste impressionnante de collaborations d’influenceurs,The Queen of Scarfs est aujourd’hui à la tête d’un business florissant. Pourtant, ce chemin vers ce succès a été semé d’embûches. 2020 n’a pas seulement été l’année où Claudya Moreira a posté ses premières vidéos surTikTok:c’était aussi une année de changements majeurs.Lors de notre entretien,elle a confié que cela faisait cinq ans qu’elle avait quitté la Suisse pour emménager au Portugal avec son fils adolescent pour s’installer avec celui qui est aujourd’hui son époux et son partenaire commercial.

«Je pensais continuer à travailler en tant que mannequin,mais,une semaine après mon arrivée, le pays s’est mis sur pause à cause de la pandémie; catastrophe! J’ai toujours été très indépendante et comme mère célibataire, je me suis débrouillée toute seule.Dépendre de mon partenaire était une situation que je ne pouvais pas accepter,mais il n’y avait pas moyen de trouver du travail.D’abord,j’ai créé du contenu avec mon fils,juste pour le plaisir, mais,ensuite,j’ai aussi posté des tenues que j’aimais.

passer sa journée à le remettre en place?»

La mode m’a toujours inspirée -j’ai suivi une école d’été à la Central Saint Martins School of Design à Londres.Je partageais donc déjà ce que j’aimais en matière de mode -mon style est plutôt élégant- et cela ne marchait pas si bien, jusqu’au jour où j’ai été inspirée par cette vidéo de foulards.Après avoir fait la mienne, je l’ai postée sur TikTok et ça m’a lancée.»

CINQ JOURS

Pour Claudya Moreira, ces vidéos de foulard sont un moyen de nouer son passé avec son avenir.«Toute ma vie, j’ai été entourée de femmes qui portaient des foulards: ma grand-mère, ma mère, mes tantes. Comme presque toutes les femmes noires, les Capverdiennes portent des foulards pour protéger leurs cheveux,mais c’est aussi une tradition.Lorsque j’avais quatre ans,ma mère a déménagé à Lisbonne, me laissant avec ma grand-mère. Je suis restée avec elle jusqu’à mes sept ans, sa présence et ses foulards ont eu une grande influence sur moi. Puis j’ai rejoint,en avion,seule,ma mère à Lisbonne.Aujourd’hui, j’ai décidé de donner un nouvel élan à cette tradition.»

«Les instructions des tutoriels doivent être clairement présentées, elles doivent être reproductibles et, surtout, je veux que ce soit quelque chose que l’on puisse faire soi-même.»

Qu’elle ait commencé à porter des styles de foulards beaucoup plus complexes au cours des cinq dernières années découle de l’interaction avec la communauté en ligne, dit-elle. «Les progrès et les innovations sont souvent le résultat de ce que les gens me demandent.Voyez-le ainsi: ma vie entière n’est qu’une somme de défis. Autrefois, je faisais du sport -du 100 mètres haies au Sporting Club de Lisbonne- et ne pas essayer de s’améliorer n’était pas une option.Voilà pourquoi, quand quelqu’un me demande de créer quelque chose qu’il n’a jamais vu,je n’hésite pas à essayer. L’un des défi les plus difficiles que j’ai relevé? Réaliser une capuche avec un foulard. Cela m’a pris trois jours, mais (elle sourit) le résultat était meilleur que ce que j’avais espéré.» Nombre de vues à ce jour de la capuche:509.000. Un autre consistait à emballer une bouteille dans un foulard en soie, je pense que j’y ai consacré cinq jours pour trouver une méthode qui soit non seulement esthétique, mais aussi qui permet de reproduire chaque étape facilement.»

À GAUCHE DE MANNEQUIN À

CRÉATRICE DE CONTENU ET

ENTREPRENEUSE: CLAUDYA

MOREIRA A BÂTI UN EMPIRE

À PARTIR DE FOULARDS. SA

MARQUE ZAFIA ALLIE LES

TRADITIONS CAPVERDIENNES À

LA MODE CONTEMPORAINE.

«Les tutoriels représentent différents défis», poursuit Claudya Moreira. «Les instructions doivent être clairement présentées, elles doivent être reproductibles et, surtout, je veux que ce soit quelque chose que l’on puisse faire soi-même.Je veux que porter un foulard soit confortable:qui voudrait passer sa journée à vérifier si le foulard est toujours bien en place?» Ses abonnés en témoignent dans toutes les langues:«Ça marche vraiment, merci!», s’exclame l’un d’entre eux en... kirghize.

«Presque toutes les femmes noires, y compris les Capverdiennes, portent des foulards pour protéger leurs cheveux.»

«Ce n’était pas dans mes projets:j’ai commencé à poster mes foulards noués et voilà», confie la Portugaise. «J’ai su que j’avais fait quelque chose d’intéressant quand le Vogue US m’a envoyé un e-mail disant‘Nous aimons ce que vous faites avec les foulards et nous voudrions vous interviewer.’ Je me suis demandé si c’était une blague et, après quelques recherches sur Internet,j’ai compris que non: j’avais bien été contactée par une vraie personne. Et j’ai réalisé que ce que je faisais était bien plus que de partager des vidéos de ce que j’aimais: j’aidais les gens en leur montrant qu’un foulard est beaucoup plus pratique qu’ils ne pouvaient l’imaginer. Et cela, cinq mois après avoir mis en ligne mon premier tutoriel.»

BOUTIQUE

EN LIGNE

Avant cette première interview avec leVogue US, Claudya Moreira avait déjà pris les devants et lancé sa propre marque de foulards,Zafia.«En commentaire de chaque vidéo,on me demandait où trouver le foulard que j’avais utilisé.Du coup,je me suis dit que ce serait une bonne idée de leur proposer mes propres modèles de foulards.»

Aujourd’hui, la boutique en ligne de Zafia est temporairement «en construction»:la nouvelle

CI-DESSOUS LES ASTUCES DE CLAUDYA MOREIRA POUR NOUER UN FOULARD ONT ÉTÉ COPIÉES PAR DE GRANDES MARQUES COMME ZARA: «JE LE PRENDS COMME UN COMPLIMENT:

C’EST LA PREUVE QUE CE QUE JE FAIS FONCTIONNE.»

collection (conçue par le duo) est inspirée de ses racines capverdiennes et de la vie au bord de la mer, et doit encore être photographiée. Désormais, elle n’utilise plus que de la soie. «Quand j’ai commencé, je n’avais aucune connaissance des matières ni des affaires.Ma marque était une réponse à ma communauté en mode ‘Vous voulez des foulards? Et bien, je vais vous en donner!’ Je n’étais pas très consciente de l’importance des matières: je voulais surtout offrir un beau choix.Aujourd’hui,j’ai fait plus de recherches et je sais que, pour les foulards, aucune matière n’est meilleure ni plus durable que la soie.»

Sa marque, qui proposera bientôt des foulards d’été et des foulards d’hiver,est entièrement financée par les activités principales de la créatrice: le mannequinat et, depuis qu’elle poste des tutoriels en ligne,l’influence et la création de contenu.«Cela rapporte suffisamment pour mettre de l’argent de côté.D’autre part, je suis très stricte en ce qui concerne mes collaborateurs et ma façon de travailler, ce qui représente un engagement important. En tant que mannequin, on amène son corps lors d’une prise de vue et c’est tout,alors qu’en tant que créatrice de contenu,je conçois les idées,je choisis les tenues,je propose les plans et j’édite les images. Il y a cinq ans, je n’y connaissais rien; aujourd’hui je suis une femme d’affaires qui négocie des contrats.» ◆

CLAUDYA MOREIRA A LANCÉ SES ATELIERS DE FOULARDS À LISBONNE. ELLE PARTAGE LES PROCHAINES DATES SUR SES COMPTES. WWW.INSTAGRAM.COM/CLAUDYAMOREIRA, WWW.TIKTOK.COM/@CLAUDYAMOREIRA1

Bon appétit

LE GOÛT DE LISBONNE: UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE CHEFS LUSITANIENS NOUS MET L’EAU À LA BOUCHE ◆ VIEUX VINS DE MADÈRE: LA COLLECTION À BOIRE DU CHEF ÉTOILÉ GERT DE MANGELEER

REPORTAGE:

LAURA CENTRELLA

En se promenant à Lisbonne, on remarque qu’à tous les coins de rue, on peut acheter les fameux pasteis de nata, des tartelettes au flan qui ont été créées au XIXE siècle par les religieuses du monastère des Hiéronymites à Belém. Dans un café-boutique tout proche, on se presse pour savourer ces petits délices.En plus de ce dessert,la cuisine portugaise a pour spécialité le bacalhau (morue séchée et salée) décliné de mille et une manières. «Le Portugal est l’un des rares pays à avoir comme spécialité un produit qui n’est pas pêché dans ses eaux», pointe José Avillez, un des plus célèbres chefs portugais, que nous avons rencontré dans son restaurant doublement étoilé Belcanto, dans le quartier du Chiado.

L’INFLUENCE DES ANCIENNES COLONIES

Dans la capitale portugaise,les grandes découvertes sont toujours très présentes,comme l’illustre le monument érigé à la mémoire des navigateurs portugais des XVE et XVIE siècles sur la rive du Tage,à Belém.«Des chefs comme JoséAvillez ou João Rodrigues ont commencé à travailler sur notre identité. Ils ont identifié les produits et les plats traditionnels les plus importants, comme le cozido (un ragoût de viandes et de légumes, NDLR). Ensuite, ils ont commencé à introduire d’autres influences historiques, comme celles de l’empire colonial que nous avons eu»,explique Alexandra Prado Coelho, journaliste gastronomique pour l’influent quotidien Publico.JoséAvillez plussoie:«La première révolution alimentaire a commencé ici.Comme les marins partaient aux quatre coins du monde, il y a eu de nombreux échanges. Nous avons apporté la tempura au Japon. Nous avons la canja (soupe de riz au poulet, NdlR), qui rappelle le congee chinois. L’un des desserts typiques thaïlandais est quelque chose qui est complètement portugais, les fios de ovos, des cheveux d’œufs»

S’IMPOSER FACE À L’ESPAGNE

Malgré cette longueur d’avance, le Portugal a longtemps été éclipsé par l’Espagne. «Il y a toujours eu une confusion entre les gastronomies portugaise et espagnole.Le fait qu’il y ait longtemps eu un guide Michelin commun n’a pas aidé»,constateAlexandra Prado Coelho.«L’Espagne a été à l’origine d’une des plus grandes révolutions culinaires de ces 30 dernières années. Du coup, le Portugal a été un peu éclipsé,mais je pense qu’on a enfin compris que le Portugal a une identité culinaire forte», poursuit Avillez.

Jusqu’en 2023, il n’y avait donc qu’un seul guide Michelin pour la péninsule ibérique,mais ce n’est désormais plus le cas. Le lancement de l’édition Portugal aura lieu à Porto ce 25 février.«Il y a eu des déceptions l’an dernier et aucun trois étoiles. Cette année, on parle beaucoup d’Hans Neuner, du restaurant Ocean enAlgarve,ou de JoséAvillez, à Lisbonne.On a aussi vu les inspecteurs parcourir tout le pays,même les plus petits villages,ce qui est bon signe», confie la journaliste lusophone.

CHEFS ON FIRE

La scène gastronomique lisboète est donc en plein boom, menée par le phénomène des nouvelles tascas (bistrots),plus modernes.«Depuis sept ans,il y a un vrai changement.Après la première vague de chefs reconnus à l’étranger,une gastronomie de qualité plus accessible s’est développée et a créé une belle dynamique dans la capitale.Des adresses créatives qui travaillent les produits locaux et durables, comme Pigmeu au Campo de Ourique, Sem ou Vibe, dirigé par le chef italien Mattia Stanchieri», se réjouit Alexandra Prado Coelho.

Un constat partagé parAvillez:«En 2008,à mes débuts, Lisbonne attirait dix millions de touristes par an;aujourd’hui,c’est pas moins de 35 millions. Le tourisme fait le succès des restaurants gastronomiques. Mais pas que: nous avons des restaurants portugais de toutes sortes,mais aussi des restaurants japonais, péruviens, mexicains.»

Des événements de premier plan ont lancé cette nouvelle émulation. Fondé en 2018 à Cascais par la société événementielle Lohad,«Chefs on Fire» propose aux chefs du pays,étoilés ou non,de relever le défi de cuisiner à la flamme.Au-delà de l’inspiration qu’amènent ces rencontres entre chefs, le public est invité à découvrir une gastronomie de qualité dans un lieu pittoresque sur fond de musique live. Et cet événement a tellement de succès qu’il a fait des petits: en plus de Cascais, il a lieu à Aveiro,Foz Côa et même,depuis 2024,à Madrid!

LE GOÛT DE

LISBONNE

JOÃO SÁ

Une cuisine fusion à l’image de Lisbonne

João Sá est né à Sintra, quand ses parents sont rentrés au Portugal après l’indépendance de l’Angola. Si la cuisine qu’il propose dans son restaurant Sála* est portugaise, cette identité angolaise a aussi marqué certaines de ses préparations, comme un muamba, un snack inspiré par un ragoût de poulet angolais.Autre influence fusion, la cuisine juive et mauresque. «J’ai découvert ce couscous à Trás-os-Montes. Les Juifs l’ont appris auprès des Maures de Lisbonne avant de se réfugier dans le nord-est du Portugal pour échapper aux persécutions. Aujourd’hui, il n’y a plus que trois vieilles dames qui le font», explique le chef, qui le prépare à sa manière,avec une purée de coriandre et des fruits de mer de saison. João Sá est aussi un chef engagé.Il collabore avec OceanAlive, une ONG active dans l’estuaire de Sado, près de Lisbonne, «qui œuvre à la protection de la flore marine qui absorbe dix fois plus de CO2 qu’une forêt».C’est auprès des «gardiennes de l’océan»,des pêcheuses qui travaillent avec l’association, que le chef se fournit en poissons et coquillages.

WWW.RESTAURANTESALA.PT

LES SIX CHEFS À SUIVRE

JOSÉ AVILLEZ

Précurseur de la haute gastronomie portugaise

Depuis plus de 20 ans, José Avillez, chef du restaurant Belcanto**, explore la cuisine de son pays, contribuant à la populariser à travers le monde. Il a 15 restaurants, au Portugal, mais aussi à Dubaï et à Macau. «Notre pays est petit, mais sa géographie est très diversifiée. Nous avons une nourriture incroyable!», s’enthousiasme le chef, qui fut le premier à proposer une cuisine portugaise contemporaine et gastronomique.«Nous avons réinterprété la cuisine portugaise avec beaucoup de respect pour la tradition, la culture, l’identité et les ingrédients, mais en réduisant le gras et en corrigeant les durées de cuisson, tout en essayant d’être créatifs et de raconter des histoires.» Comme celle de ce cochon de lait,qui était un plat de pauvres.«Ce n’était pas un repas luxueux, mais quand les gens ont commencé à faire des kilomètres pour venir en manger, dans les petits restaurants, c’est devenu une spécialité.Nous essayons d’en faire une version gastronomique.» Sous une peau délicieusement croustillante, la poitrine de porc fondante est servie avec un jus de viande et un condiment à l’orange.

À GAUCHE JOSÉ AVILLEZ (BELCANTO)

PROPOSE UNE CUISINE PORTUGAISE

GASTRONOMIQUE ET INTERPRÊTE

LES CLASSIQUES DE MANIÈRE

SOPHISTIQUÉE ET CRÉATIVE.

CI-DESSOUS ET À DROITE À SANTA

JOANA, NUÑO MENDES PROPOSE DES SAVEURS PORTUGAISES DANS UN MONASTÈRE À L’INTÉRIEUR DESIGN.

NUÑO MENDES

Le chef qui a réussi à Londres

Né au Portugal, formé à San Francisco, le chef étoilé Nuño Mendes a connu le succès à Londres, où il a été à la tête de nombreux restaurants gastronomiques (Viajante,Mãos,Chiltern Firehouse), mais aussi de formidables tables plus décontractées (Taberna do mercado,Lisboeta).Si,aujourd’hui,la plupart de ces adresses sont fermées, ce Lisboète vient d’inaugurer une adresse dans sa ville natale: le Santa Joana, dans l’hôtel Locke de Santa Joana. Installé dans un ancien couvent du XVIIE siècle, on est d’abord frappé par le design qui met en valeur des artistes portugais.Alors que l’on s’installe sur l’un des tabourets du bar, Nuño Mendes nous confie que «le plus grand luxe ici, à Lisbonne,c’est de pouvoir déguster des produits venus de 300 kilomètres à la ronde» en nous faisant goûter une huître de l’estuaire de Sado avec une eau de tomates,des œufs de poisson et de l’huile d’olive. Le chef concocte une cuisine qui fait la part belle à ses souvenirs d’enfance ainsi qu’au riche passé commercial du Portugal.

WWW.SANTAJOANALISBOA.COM

CI-DESSOUS GRÂCE À SA TECHNIQUE

RAFFINÉE ET SES PRODUITS

EXCLUSIVEMENT PORTUGAIS, MARLENE

VIEIRA S’EST FAIT UNE PLACE AU PANTHÉON DE LA GASTRONOMIE.

La seule Portugaise au sein de la haute gastronomie

Il n’y a que trois femmes à la tête d’un restaurant gastronomique au Portugal. Et l’unique Portugaise est MarleneVieira. Son restaurant, Marlene, se trouve dans l’Alfama, à Lisbonne, comme celui de son époux João Sá. Cette cheffe de caractère dirige deux autres adresses, plus accessibles, dont une dans le très touristiqueTime Out Market.Vieira n’utilise que des produits portugais pour mettre en valeur les saveurs locales, avec un accent mis sur les textures et l’exploration des différentes techniques. Elle propose ainsi un chawanmushi japonais, mais avec un bouillon à la coriandre et aux clams. On est conquis par sa version raffinée de la feijoada au calamar et haricots. «La feijoada est un plat portugais. À Setubal, on la prépare traditionnellement avec du calamar et on le sert avec du riz. Les Portugais sont les plus grands consommateurs de riz après les Chinois», confie celle qui propose un plat à base de riz du pays dans tous ses menus.Le monde gastronomique adore son travail et lui prédit une étoile.

ANDRÉ CRUZ

Un lien profond avec le Portugal rural

Au Portugal,le mouvement mené par les chefs du monde rural prend de l’ampleur.Même s’il a pris la succession de João Rodrigues au Feitoria* depuis un peu plus de deux ans,à Lisbonne donc,le chef André Cruz (36 ans) est profondément attaché à ses racines rurales. Il utilise ainsi nombre d’ingrédients (dont du miel) en provenance de la ferme de ses parents à Pinhal Novo,un village au sud de la capitale.Dans son menu,on trouve des anguilles fumées d’Aveiro et du thon sauvage des Açores. Le chef utilise 90% de produits portugais pour créer une cuisine brillante et raffinée. Il propose, par exemple, une formidable version contemporaine du bacalhau à Brás, une recette traditionnelle de morue accompagnée de pommes allumettes. On verrait bien ce jeune chef décrocher deux étoiles.

WWW.RESTAURANTEFEITORIA.COM

JOÃO RODRIGUES

La mise en valeur des producteurs portugais

S’il a décroché une étoile pour le restaurant Feitoria à Belém, dont il a été à la tête de 2009 à 2022,João Rodrigues s’est surtout investi, depuis 2015, dans le Projecto Matéria, qu’il a fondé avec son épouse.Un projet de cartographie de tous les meilleurs producteurs et fermiers du Portugal,accessible à tous en ligne.C’est ce qui a vraiment changé la donne pour élever la gastronomie du pays. Quand on s’attable au Canalha, son bistrot ouvert en 2023 à Belém, on est émerveillé par le banc de poissons et de fruits de mer,avant de se régaler d’une cuisine simple et accessible, préparée avec les meilleurs produits.Ah ce poulpe «à Lagareiro», confit dans l’huile d’olive et l’ail, un délice! On comprend que l’adresse soit rapidement devenue une institution de la capitale.

L’univers des collectionneurs est fait de rêves, de possessions et (parfois) d’obsessions. Cette semaine, nous découvrons la collection de vieux vins de Madère de Gert De Mangeleer.

COLLECT & SHOW

GERT DE MANGELEER

GERT DE MANGELEER

◆ APRÈS SES HUMANITÉS, IL S’INSCRIT À L’ÉCOLE HÔTELIÈRE TER GROENE POORTE À BRUGES.

◆ AVEC SON PARTENAIRE COMMERCIAL, LE SOMMELIER

JOACHIM BOUDENS, IL A DÉCROCHÉ

TROIS ÉTOILES MICHELIN POUR SON RESTAURANT HERTOG JAN À BRUGES.

◆ AUJOURD’HUI, LE DUO DIRIGE

HERTOG JAN AT BOTANIC (ANVERS), LESS EATERY (BRUGES), BAR BULOT (BRUGES ET ANVERS) ET BABÚ (GAND ET GEEL).

REPORTAGE: BERT VOET

PHOTO: WOUTER MAECKELBERGHE

«J’emballe toutes mes bouteilles de valeur dans du film plastique»,confie Gert De Mangeleer (47 ans) en nous montrant sa cave.«Une bonne cave est légèrement humide et mais si je devais les vendre aux enchères, des étiquettes abîmées réduiraient leur valeur.» Environ 700 bouteilles y sont entreposées.

«J’aime être ici. C’est agréable de les avoir: c’est à la fois un plaisir et un investissement. Je n’ai pas le temps de m’informer pour investir en bourse, alors je place mon argent dans mes entreprises et le vin; ça, je maîtrise. J’ai des bouteilles spéciales, difficiles à trouver, comme des Coche-Dury et des Rayas. Certaines, achetées 100 euros, valent aujourd’hui 2.000 euros.Si leur valeur baisse,je les boirai -cela me va aussi! Mais cela ne risque pas d’arriver,même pour les madères:leur production est limitée et les vieilles bouteilles se font rares.»

Les vieux vins de Madère sont une catégorie à part, selon le chef: «Une bouteille de Petrus du XIXE siècle a de la valeur en tant qu’objet,un peu comme une œuvre d’art,mais c’est du vinaigre.Le madère,c’est différent:la bouteille la plus ancienne du monde date de 1795.Oui,je l’ai goûtée et c’est incroyable comme un vin peut résister au temps. Le madère s’améliore avec les années.»

PETITE FOLIE

«Après un repas, un verre de madère et un cigare,de la bonne musique et un feu ouvert,c’est magnifique», confie De Mangeleer. «Le madère a une palette phénoménalement large, complexe et intense; tout ce que j’aime. Pour moi, c’est aussi un vin de méditation. Il me calme et me permet de me perdre dans mes pensées.Surtout après une bouteille entière -je plaisante.»

Pour le madère, on ne parle pas de «vintage»: l’année («colheita») inscrite sur l’étiquette fait référence à l’année de vendange. Pour les madères de qualité, il est aussi mentionné «frasqueira», ce qui signifie qu’ils ont vieilli au moins 25 ans en fût.Le chef me fait goûter un D’Oliveira de 1990, fait avec du malvasia, un raisin doux et le commente: «Cette orange, ce confit, ce picotis dans le nez, le volatil, l’éthéré, un peu lactique, le poivre aussi -je pourrais le sentir pendant des heures. J’ai aussi

CI-CONTRE LE CHEF GERT DE MANGELEER POSSÈDE UNE IMPRESSIONNANTE COLLECTION DE VINS DE MADÈRE, DONT DES BOUTEILLES DU XIXe SIÈCLE.

CI-DESSUS LE CHEF GERT DE

MANGELEER RECENSE SES BOUTEILLES

DANS UN FICHIER EXCEL, ELLES Y SONT CLASSÉES PAR ANNÉE ET PAR

VALEUR.

«Contrairement au vin et au porto, une bouteille de madère peut rester ouverte longtemps.»

un Barbeito verdelho de 1981. Et des Henriques & Henriques de quinze et vingt ans. Le raisin terrantez est mon préféré, mais il est en voie d’extinction.»

«J’achète surtout des madères secs comme les D’Oliveira, car ce sont eux qui prennent le plus de valeur.J’ai acheté huit bouteilles de mon année de naissance (1977) à 100 euros pièce;aujourd’hui, elles coûtent 550 euros. J’en ai bu une. Ou plutôt non: deux. Pour fêter mon anniversaire, il m’arrive d’ouvrir une bouteille. J’essaie de la faire durer tout l’été, mais si un ami qui s’y connaît passe et que nous avons déjà bu un verre, je suis généreux. Le lendemain, je me lamente quand je vois le niveau.» (rire)

POIRE POUR LA SOIF

«Les bouteilles vont et viennent, mais je ne bois rien de plus vieux que mon année de naissance. Je goûte parfois des bouteilles très chères, au restaurant, mais celles de ma collection restent à la cave.» Nous remarquons une quarantaine de bouteilles de collection,dont certaines datent du XIXe siècle. «Je ne peux pas me résoudre à déboucher quelque chose comme ça. Le groupe Hertog Jan est financièrement sain,mais si cela devait changer, je vendrais ma cave à vin.Cette cave est un mix de plaisir,de fierté et de poire pour la soif.J’aime aussi juste contempler mes bouteilles.»

«Je sais: une fois qu’une bouteille est ouverte, je ne peux pas m’empêcher de me servir un petit verre de temps en temps, ce qui fait qu’au bout d’un mois, elle est vide -je devrais collectionner des bouteilles vides,mais ça ne me dit rien»,commente-t-il en riant. «Contrairement au vin et au porto, une bouteille de madère peut rester ouverte assez longtemps.Ce vin a été élevé avec une oxydation: le liquide a donc ‘appris’ à composer avec l’oxygène environnant.»

Il allume devant nous son ordinateur

portable et nous montre un fichier Excel. Les bouteilles sont classées par année et leur valeur est notée. «Je les ai achetées petit à petit depuis le début des années 2000. Pour mon anniversaire, je me suis fournis chez The Portugal Collection de Bert Jeuris. Il a la plus grande collection de madère du monde et fournit des restaurants étoilés aux quatre coins du globe. Je reçois aussi régulièrement une bouteille en cadeau d’amis ou de clients fidèles.»

«Regarde la 50», dit-il, faisant référence à sa bouteille D’Oliveira verdelho de 1850.Il a aussi «la 75» et «la 88».Il compare le prix de 2013 et celui de 2024. «Ce D’Oliveira 1875 coûtait 955 euros; il en vaut 2.400 aujourd’hui. Ma bouteille la plus ancienne date de 1834. Elle coûtait 1.150 euros en 2013. Maintenant, elle n’est même plus disponible.Avant, je craquais parfois pour une bouteille extrêmement ancienne que je buvais tout au long de l’automne et de l’hiver. C’est comme une capsule temporelle magique. Peu de choses peuvent me faire cet effet-là. Je n’ai pas encore bu de vin de 1834, ni mangé de steak, de beurre, ni de fromage de 1834.» «Ces derniers temps, je n’ai pas acheté de bouteille de collection. Lors d’une vente, j’ai enchéri sur la toute dernière bouteille de 1795, mais j’ai abandonné: elle est partie à plus de 10.000 euros. Nous avons d’autres priorités: quatre enfants qui grandissent, la vie qui devient de plus en plus chère -et le madère aussi! Peut-être que j’en achèterai à nouveau à un autre stade de ma vie.» Gert De Mangeleer est un chasseur de madère dans l’âme. «Je n’achète pas lors de ventes aux enchères comme celles de Christie’s ou de Sotheby’s. Je ne suis qu’un simple entrepreneur et je ne fais pas le poids face à un Japonais fortuné qui peut faire monter les enchères sans regarder la valeur véritable d’une bouteille, simplement parce qu’il veut l’avoir. Je regarde parfois sur le site Catawiki -en fait,non,plutôt chaque semaine»,avouet-il.«J’y ai déjà chiné des madères rares.Ainsi,j’ai pu obtenir une bouteille de 1940 pour 265 euros alors qu’elle était évaluée à 310 euros en 2013. Parfois, il faut juste avoir un peu de chance.» ◆

Un gadget peut s’avérer indispensable pour alléger le poids de l’existence. Cette semaine: le LeafyPod. Ou pourquoi on (n’)a (pas) besoin d’un pot de fleurs intelligent pour prendre soin de ses plantes.

GO GO GADGET

LE POT DE FLEURS INTELLIGENT

REPORTAGE:

FREEK EVERS

ILLUSTRATION:

STUDIO PONG

UTILITÉ

Entretenir une plante d’intérieur est un défi. Il faut trouver le juste milieu:trop peu d’eau et elle meurt de soif;trop d’eau et elle se noie.Heureusement, le LeafyPod va régler ce problème d’hydratation. En effet, ce pot de fleurs est pourvu de capteurs qui communiquent des informations précises sur les besoins en eau de la plante.

INNOVATION

Selon les concepteurs du LeafyPod, quatre facteurs principaux expliquent le mal-être des plantes d’intérieur: un substrat trop humide ou trop aride; trop ou pas assez de lumière; des variations thermiques extrêmes; une hygrométrie inadéquate. Ce pot de fleurs intelligent est doté de capteurs qui surveillent tous ces paramètres. La plante est-elle trop exposée à la lumière? On reçoit une notification sur son smartphone pour la mettre à l’ombre.

UTILISATION

La communication avec le pot de fleurs intelligent s’effectue via le LeafyPod Bridge, un petit dispositif qui sert de concentrateur de communication entre le LeafyPod et le réseau domestique. Lors de l’installation,on précise dans l’application quelle est la variété de plantes qui s’y trouvera. L’algorithme apprend comment la plante réagit lorsqu’elle est arrosée et ajuste le programme d’arrosage en conséquence. Chaque semaine, l’application envoie un compte rendu de la santé de la plante, ce qui permet de faire des ajustements si nécessaire.

Le LeafyPod dispose d’un réservoir d’eau d’un litre,ce qui est suffisant pour deux semaines environ.Si l’on part en voyage,on peut le prolonger jusqu’à quatre semaines: l’application envoie un rappel pour remplir le réservoir. Comme la charge de la batterie dure environ six mois,le pot n’a pas besoin d’être branché.

PRIX

Le LeafyPod d’un diamètre de 17,20cm est,pour l’instant, disponible uniquement aux États-Unis, en précommande (au prix de 197 dollars). Ses concepteurs prévoient également de proposer ce modèle en différentes tailles et couleurs. Les amis des plantes sont invités à choisir leur modèle préféré sur www.leafypod.one et espérer qu’ils livrent bientôt en Belgique.

YOURWINDOW TOANEXCEPTIONAL SETTING

AVENUE DE LA FLORIDE, UCCLE

Le paradoxe du quotidien selon Anton Gudim.

COLLABORATEURS: ELINE BROECKX, LAURA CENTRELLA, THIJS DEMEULEMEESTER, FREEK EVERS, NATALIE HELSEN, BERT VOET, KLAAR WOUTERS PHOTOGRAPHIE: ALEXANDER D’HIET, BENJAMIN HINCKER, WOUTER MAECKELBERGHE, THESE ARE THE DAYS COUVERTURE: GETTY IMAGES ILLUSTRATIONS : ANTON GUDIM, STUDIO PONG JOURNALISTE DIGITAL: ELINE BROECKX CHEF DIGITAL: DRIES CEUPPENS REWRITING: NATACHA BOULVAIN RÉDACTION FINALE: AURÉLIE KOCH RÉDACTION PHOTO & COORDINATION: NATHALIE WARNY MISE EN PAGE: CHRISTINE DUBOIS, DAVID STEENHUYSE ART DIRECTOR: PHILIP VAN BASTELAERE RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE: ELS MAES RÉDACTRICE EN CHEF: AN BOGAERTS CREATIVE DIRECTOR: GERDA ACKAERT ABONNEMENTS: TÉL. 0800/55.150, ABONNEMENT@LECHO.BE ANNONCEURS: TRUSTMEDIA, AVENUE DU PORT 86C, BTE 309, 1000 BRUXELLES, TÉL. 02/422.05.11 SABATO@TRUSTMEDIA.BE ÉDITEUR RESPONSABLE: PETER QUAGHEBEUR SABATO EST IMPRIMÉ CHEZ ROULARTA PRINTING.

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