Le seul journal francophone de l’université McGill.
Volume 94, numéro 19
Le mardi 8 mars 2005
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En version beta depuis 1977.
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Le Délit x 8 mars 2005
L’humanité derrière le drame
éditorial
Le journal francophone de l’université McGill 3480, McTavish, bur. B-24 Montréal (Québec) H3A 1X9
Même dans le «plus meilleur» pays du monde, on tue…
Rédaction: (514) 398-6784 Publicité: (514) 398-6790 Télécopieur: (514) 398-8318
VALÉRIE VÉZINA
«
Nous sommes quatre qui voulons nous battre ...», mais, au contraire de la comptine de notre enfance, non pas se battre, mais maintenir la paix. Toute force de l’ordre, que ce soit l’armée, les policiers ou la Gendarmerie royale (GRC), est là dans le but de garder la paix, de ramener sur la «bonne voie» les déviants. Idéaliste, certes, ce mandat n’est pas des plus aisés. Par ailleurs, l’incontournable polémique, à savoir ce qu’est la bonne voie, comment l’on définit la défiance et l’importance d’une force de l’ordre en un pays, ne sera pas discutée ici (sorry!), mais son importance n’est pas négligeable. L’embuscade ayant coûté la vie à quatre gendarmes a fait couler beaucoup d’encre. D’une part, parce qu’ici, dans notre beau pays, les tueries n’arrivent pas aux trois minutes et les attaques armées sont peu fréquentes. Lorsqu’elles arrivent, elles font la une. Et on en parle pendant des jours. C’est le genre d’événements qui nous rappelle à quel point on est chanceux. La crainte de se faire tuer au coin de la rue, dans un café-Internet ou dans un trou perdu est pratiquement inexistante au Canada. Contrairement à d’autres coins du globe, comme l’Irak par exemple, où les attentats faisant des dizaines de morts sont presque «normaux», ici de tels actes sont rares. Et lorsque ça arrive, ça fait mal; ça fesse comme on dit. Évidemment, dans le cas de l’embuscade albertienne, il s’agit de gens en uniforme et non de civils. Mais cela rend-il la chose moins dramatique? En quelque sorte, oui. En quelque sorte, non. Quand on s’engage dans l’armée ou la police, on fait un métier à risque. Mourir en faisant son boulot, ça fait partie de la game. Mais les policiers vous le diront, lorsque de tels événements arrivent, on ne s’y attendait point. Certains confrères des gendarmes tués ont ramené la non-normalité, la civilité peut-être de tels actes, en déclarant: «On se sent coupable du seul fait d’être en vie». Parce que ça aurait pu être eux à la place des autres… C’est en ces moments que l’on prend
rédactrice en chef Valérie Vézina chef de pupitre-nouvelles Philippe G. Lopez chef de pupitre-culture Flora Lê rédacteur-reporteur Eleonore Fournier coordonnateur de la mise en page David Drouin-Lê coordonnateur de la photographie Éric Demers coordonnateur de la correction Julien Vinot chef illustratrice Jany Lemaire collaboration Laurence Bich-Carrière Émilie Beauchamp Agnès Beaudry Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque David Pufahl Arnaud Decroix Sébastien Lavoie Franco Fiori Clémence Repoux Philippe Mannasseh Alexandre de Lorimier Pierre-Luc Déziel Marie-Ève Maheu webmestre Bruno Angeles couverture Éric Demers
également conscience du drame derrière le froid mot «meurtre». Au-delà des lignes neutres qu’on lit dans les journaux, il y a l’homme: celui qui est mort, le père de famille, celui qui cogne tristement à la porte avec la lourde tâche d’annoncer la perte d’un mari, d’un fils. Autre facette: dans le «plus meilleur» pays du monde, on est mal préparé face à la mort, face aux situations extrêmes. Nos hommes en uniforme, comme la plupart d’entre nous d’ailleurs, sont mal préparés à affronter l’inévitable: la mort. Dans des situations extrêmes, ils réagissent parfois dans la confusion, parfois maladroitement. Ils ont beau aller à l’école, suivre d’intensifs
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On s’liche les babines
Le Délit
entraînements, faire nombre de simulations, lorsque la situation se présente pour de vrai, c’est la débandade. Admettez-le. Quelle image avez-vous des agents de la GRC? Des messieurs en uniforme rouge arborant un grand chapeau. Quoi d’autre? Ils se promènent sur des chevaux. Certes, être gendarme royal, ce n’est pas évident: candidatures serrées, entraînements difficiles, c’est la cerise sur le sundae. Mais aussi bonne soit-elle, lorsque la mort la confronte, même le bel uniforme en perd ses couleurs. Comme quoi, derrière le visage de marbre, l’homme existe toujours. x
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Eleonore fait la popote
Festivalissimo
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Le FIFA est de retour
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La DPS, le Délit et le Daily tiendront ce soir dès 18h une assemblée d’information au pavillon Arts, salle W-125. Venez poser vos questions en grand nombre!
gérance Pierre Bouillon publicité Boris Shedov photocomposition et publicité Nathalie Fortune le McGill Daily Daniel Cohen
Conseil d’administration de la Société de Publication du Daily: Emily Kingsland, Eugene Nicolov, Alexandre de Lorimier, Rachel Marcuse, Bram Sugarman John Jeffrey Wachsmuth, Daniel Cohen,Valérie Vézina, Joshua Ginsberg L’usage du masculin dans les pages du Délit français vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire. Le Délit français est publié par la Société de publications du Daily. Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et illustrations dont les droits avaient été auparavant réservés, incluant les articles de la CUP). Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill. L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal. Imprimé par Imprimerie Quebecor, St-Jean-surRichelieu, Québec. Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP) et de la Presse universitaire indépendante du Québec (PUIQ). Imprimé sur du papier recyclé. ISSN 1192-4608
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Un verre de lait c’est bien
nouvellessciences
Tout un débat entoure notre consommation de produits laitiers. Devrions-nous continuer à consommer du lait ou n’est-ce qu’une mauvaise habitude installée dans les mœurs depuis trop longtemps? ALEXANDRE DE LORIMIER
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n se le fait rabâcher depuis notre plus tendre enfance: «Bois ton verre de lait si tu veux avoir des os forts et solides. Bois ton verre de lait si tu veux avoir des dents blanches et sans caries». Et maintenant que nous gérons nous-même notre alimentation, nous rendre à l’épicerie et acheter une pinte de lait est devenu une habitude. Si vous regardez la télévision ou que vous levez les yeux dans le métro, vous avez probablement remarqué toutes ces annonces sur le lait. «Un verre de lait c’est bien, mais deux c’est mieux », ressasse une voix douce, presque maternelle. On a même recruté les deux doigts de la paix de l’époque peace and love pour nous inciter à boire du lait. Vivre sans produits laitiers, c’est d’ailleurs impensable pour beaucoup d’entre nous. Plus de yogourt, plus de fromage, plus de crème glacée : je vous entends déjà vous révolter! L’analyse nutritionnelle du lait de vache (voir encadré) montre pourtant que la majorité des gras qu’il contient sont saturés. De nombreuses études récentes font une corrélation entre les gras saturés et les maladies coronariennes. Le cholestérol est aussi associé aux maladies cardiovasculaires, dont une des conséquences est l’infarctus du myocarde, un mal qu’il faut traiter en extrême urgence. Les glucides et les protéines du lait peuvent également causer des problèmes de santé. Certaines personnes ne peuvent pas digérer son sucre principal, le lactose, car ils ne produisent pas une enzyme essentielle, la lactase. On dit que ces personnes sont intolérantes au lactose. L’intolérance au lactose touche particulièrement les personnes d’origine asiatique, amérindienne ou africaine, dans des proportions avoisinant les 95 p. cent. En contraste, 20 p. cent seulement des personnes d’origine européenne sont intolérantes au lactose. Ceci est très probablement dû à une tradition culturelle de consommation laitière chez les Européens. Pour ce qui est des protéines, ceux qui ne peuvent pas les métaboliser sont dits allergiques. Une allergie aux protéines lactiques cause une réaction systémique, alors que l’intolérance au lactose est limitée au système digestif. Les personnes atteintes de ces maux doivent s’abstenir de consommer des produits laitiers, ce qui peut être extrêmement difficile puisqu’ils
LAIT DE VACHE SOJA DQ* Énergie
122kCal
Lipides
4,8g
dont gras saturés Cholestérol Glucides Protéines
DQ*
6% 98kCal
5%
7%
4g
6%
3,1g 15%
1g
3%
19,5mg
7%
0mg
0%
11,4g
4%
8g
3%
8,1g 16%
7g 15%
VITAMINES & MINÉRAUX Calcium Fer
286mg 29% 368mg 37% 0,1mg
0% 1,6mg
9%
Phosphore
229mg 23% 225mg 23%
Riboflavine
0,5mg 31% 0,5mg 31%
Vitamine A
461IU
Vitamine B12
1,1µg 19% 3,0µg 50%
9% 500IU 10%
Vitamine C
0,5mg
Vitamine D
105IU 26% 120IU 30%
Vitamine E
0,1mg
1% 0,0mg 0% 0,0mg
0% 0%
* DQ = dose quotidienne Ces valeurs sont basées sur un régime journalier de 2000 calories. Source: www.nutritiondata.com
Valeurs nutritionnelles d’une tasse de lait de vache et de la même quantité de lait de soja.
sont présents dans de nombreuses préparations agroalimentaires. Néanmoins, du côté des vitamines et des minéraux, on voit clairement les avantages du lait. Le calcium est nécessaire pour la coagulation du sang lors d’une hémorragie et pour la fortification des os et des dents – justifiant ainsi les commentaires de votre mère. De son côté, la vitamine D permet la bonne absorption du calcium et du phosphore. Enfin, la vitamine B12 est essentielle pour la maturation des globules rouges et participe au fonctionnement du système nerveux. L’argument principal des associations anti-lait est basé sur une évidence biologique: une vache produit du lait pour son veau et non pas pour une autre espèce. L’intolérance au lactose est la preuve physiologique de cette réalité. Normalement, la production de lactase dans l’intestin chute après le sevrage du nourrisson. Cependant, chez les populations d’origine nord-européenne, une altération de la traduction du gène sur le chromosome 2 ferait persister la sécrétion de lactase. Certains médecins recommanderaient même un changement de la terminologie. En fait, plutôt que de considérer l’intolérance au lactose comme un trouble diététique, on devrait noter
la persistance du lactose chez les populations concernées. Sur un des sites de l’association américaine People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) – habilement intitulé Milk Sucks! –, on lit la phrase suivante: «Les produits laitiers sont un danger pour la santé. Ils ne contiennent pas de fibres, ni d’hydrates de carbone complexes et sont remplis de gras saturés et de cholestérol. Ils sont contaminés par le sang et le pus de la vache et sont fréquemment en contact avec des pesticides, des hormones et des antibiotiques». Sur le sujet de la qualité de vie des vaches laitières, ils affirment que les animaux sont très mal traités afin de maximiser la production. Selon PETA, l’industrie utilise notamment des hormones et l’insémination artificielle afin d’augmenter la lactation des vaches. Cependant, d’après les règlements de Santé Canada et contrairement à nos voisins du sud, l’utilisation d’hormones de croissance est interdite chez les vaches laitières. L’administration d’antibiotiques
est très contrôlée: seules les vaches malades peuvent recevoir ces traitements et leur lait n’est pas utilisé. Le débat contre la consommation humaine de produits laitiers s’inscrit dans la tradition de la défense des animaux et de l’alimentation végétalienne et biologique. D’une certaine façon, on pourrait croire que le combat d’associations comme PETA n’est que l’apparition d’un lobby pour l’industrie des produits bio et notamment des producteurs de soja. D’ailleurs, les boissons à base de soja sont souvent suggérées pour remplacer le lait dans le régime alimentaire. De surcroît, les boissons de soja ont une excellente valeur nutritionnelle. Par rapport au lait de vache, le «lait» de soja contient presque autant de protéines, peu de gras (saturés ou non) et aucun cholestérol. Afin de s’adapter au marché en tant que substitut du lait de vache, les producteurs de soja ajoutent les mêmes quantités de vitamines et de minéraux à leur
produit. En 2003, la production canadienne de lait et de ses produits dérivés employait près de 65 000 personnes et engendrait des recettes de 4,5 milliards de dollars. Ceci explique l’existence d’un important lobby du lait. Cependant, le choix entre le lait de vache et les boissons de soja reste basé sur des convictions personnelles ou des considérations de santé. Bien qu’il contienne quelques composants relativement dommageables pour la santé humaine, le lait est loin d’être dangereux. Il faudra reconsidérer bien d’autres éléments de l’alimentation occidentale avant de bannir les produits laitiers complètement. Ce serait aussi exagéré d’attribuer l’augmentation de l’incidence des crises cardiaques et de l’obésité en Amérique du Nord à la consommation de lait. Alors si vous avez pris l’habitude de noyer vos céréales dans beaucoup de lait, vous pouvez dormir tranquilles! x
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Le Délit x 8 mars 2005
John & Mark ou les nouveaux dangers d’internet
nouvellesinsolites
Ceci n’est pas un suicide: l’incompréhensible histoire du garçon qui a ourdi son propre assassinat… LAURENCE BICH-CARRIÈRE
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n fait avancer le droit comme on peut. L’an dernier, John (nom fictif), 15 ans, est devenu la première personne à être reconnue coupable d’incitation à son propre meurtre. Aujourd’hui, avec Mark, après avoir purgés respectivement la moitié et le tiers de leur peine, ils reviennent sur le tapis à cause d’une campagne sur les dangers d’Internet…
près de 2 000 pages d’impression de discussion. Mais ce n’est que lorsque Mark (nom fictif également), âgé de 17 ans aujourd’hui, arrive que le tout tourne au drame car John s’en amourache. Mark, d’ailleurs, mimait des actes sexuels à la «camirette» pour le bon plaisir de John, qu’il croyait être une fille. Le tout fini par surgir, mais Mark et John restent amis et continuent à se parler.
Étrange déception amoureuse. John, c’était cet adolescent qui s’était créé un univers de fiction dont il incarnait les divers personnages dans une salle de clavardage. Jusque-là, c’est presque mignon. Ça se corse au moment où l’on apprend qu’il y passe ses nuits et qu’il y a sur son ordinateur pour
«I love you bro» En fait, ils se parlent beaucoup plus que Mark ne le croit parce que cette agente secrète, Janet Dobinson, un croisement entre 007 et Marilyn Monroe, qu’il pense être «l’ange gardien de John» n’est autre que John lui-même. «Au début, je n’étais pas trop convaincu, je trouvais ça stupide,
témoigne Mark, mais ensuite, c’est devenu enlevant, c’était vrai». Le petit jeu dure six mois, au cours desquels «Janet» finit par convaincre Mark, devenu l’agent 47695, de mettre fin aux jours de John qui souffre d’une tumeur au cerveau. En échange de quoi, elle lui promet une rencontre avec le gotha, un révolver et 500 000£. Le 29 juin, à Altrincham, Cheshire, Mark demande à John, qui agit comme si de rien n’était, d’aller lui acheter un couteau de cuisine: John choisit un Sabatier de 6 pouces (c’est malsain, ces détails), puis se laisse entraîner dans le Green Goose Alley où Mark le poignarde deux fois, sans toutefois parvenir à le tuer, avant de fléchir et de téléphoner à la police. Les deux garçons affirmeront d’abord qu’un
étranger de noir vêtu a attaqué John, mais une caméra de surveillance dans la ruelle démentira tout. Mais pourquoi? De bien piètres explications. John n’a pu qu’évoquer qu’il était «malheureux chez lui, avec son beau-père et ses ex-amis», mais la psychologue du journal The Guardian explique que, à son avis, c’était surtout une histoire de pouvoir et de jusqu’au-boutisme: «Je ne crois pas que c’est le suicide qui ait été la motivation de cette histoire, c’est certainement plutôt l’élément de contrôle continuel. Je ne crois pas qu’il ait même voulu blesser qui que ce soit, sauf luimême». Deux morales à cette histoire: d’abord, attention à votre
Entrée en vigueur de Kyoto: économie ou environnement
orthographe. Car s’il est vrai que John prenait la peine de varier son vocabulaire selon ses personnages, tous écrivaient «maybe» (peut-être) «mybye», ce qui a permis à l’analyste psycho-informatique, Sally Hogg, de faire le lien. L’autre, c’est que cette histoire représente bien les dangers d’Internet. Enfin, c’est ce qu’en on dit les médias pour transformer cette sordide histoire en une opération de marketing. L’avertissement de Belinda Sproston, la porte-parole de CyperPatrol, est clair: «Leur discussion n’aurait jamais été permise dans une chatroom surveillée […] Les salles de clavardage sont la version moderne des «bois sombres» des contes de fée: qui sait quel méchant loup s’y cache…» x
nouvellesentrevue
Alors que le protocole de Kyoto est entré en vigueur le 16 février dernier, les dirigeants tergiversent toujours sur les mesures concrètes à adopter pour le respecter. Protection environnementale et dogme économique, deux visions qui s’opposent. MARIE-ÈVE MAHEU (MONTRÉAL CAMPUS, UQAM)
L
’ancien directeur de l’Institut économique de Montréal, aujourd’hui employé à l’Institut Fraser, l’économiste JeanLuc Migué, vilipende les proKyoto et récuse les conséquences du réchauffement planétaire. Le porte-parole du Parti Vert et de la Coalition-Vert-Kyoto, Daniel Breton, soutient pour sa part que Kyoto n’est qu’une mince avancée alors qu’il y a urgence d’agir. Montréal Campus (MC): Alors que la quasi-totalité de la communauté scientifique admet que l’activité humaine a contribué au réchauffement, dans quelle mesure est-il nécessaire d’agir dès maintenant ? Jean-Luc Migué (JLM): Le protocole de Kyoto n’est pas nécessaire. Il est aussi inutile et néfaste pour l’économie canadienne. Le traité n’est basé sur aucun fondement scientifique et économique valable. À preuve, la thèse du réchauffement de la planète, défendue par le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU, a été déconstruite par des études scientifiques rigoureuses. C’est invraisemblable dans une société soi-disant évoluée et raisonnable qu’on puisse croire en une telle fumisterie. On parle de perte de 17 à 75 milliards de dollars par année pour le Canada, c’est-à-dire de 1 à 4
p. cent du PIB. Même si Kyoto était appliqué, le maximum qu’on peut en tirer est une diminution de 0,1 °C en 100 ans. Il est sans effet, c’est donc un gaspillage de ressources. Daniel Breton (DB) : On approche du point de non-retour, c’està-dire que, si on ne met pas en application le protocole de Kyoto dès maintenant et qu’on ne passe pas au plus vite à un autre traité beaucoup plus restrictif, la vie sur terre, telle qu’on la connaît, sera grandement menacée. Le protocole est un premier pas dans la bonne direction, mais ça ne règlera pas le problème. Ça correspond à environ un dixième de ce qu’il faut faire seulement pour que la température sur Terre n’augmente pas plus. MC: Les émissions canadiennes de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de 20 p. cent par rapport au niveau enregistré en 1990. Dans ce contexte, les engagements d’Ottawa vis-à-vis du protocole sont-ils réalisables? JLM: Kyoto est irréalisable, en particulier au Canada. Notre consommation d’énergie est une des plus élevées au monde, en raison de la vaste étendue du pays et du climat nordique. En plus, l’économie canadienne est basée sur l’exportation de produits qui imposent une forte consommation d’énergie fossile: l’automobile,
l’acier, le pétrole, la pétrochimie et l’électricité. Le coût économique de l’opération garantit qu’il ne sera jamais mis en place. DB: Paul Martin n’a pas l’air du tout convaincu et convaincant dans sa résolution de lutter contre les émissions de GES. Plutôt que de les réduire, le Canada les augmente et s’éloigne de plus en plus de l’objectif. Aucune mesure concrète n’a été prise. Les objectifs du protocole sont réalistes, mais dans
la mesure où il y a une volonté politique et économique. Les lobbys du milieu des affaires affirment que ça nuira à l’économie. Comme ils sont très influents à Ottawa, le gouvernement parle beaucoup, mais ne fait pas grand-chose. MC: Selon un récent rapport produit par un groupe international mandaté par le Premier ministre Tony Blair, le point de non-retour du réchauffement climatique — produisant sécheresses, pénuries
d’eau et mauvaises récoltes — pourrait être atteint dans 10 ans. Y a-t-il à craindre pour l’avenir de la planète? JLM: Bien sûr que non. Les écolos nous ont convaincu d’adhérer à l’environnement comme à la religion. Le réchauffement de la planète par l’activité humaine est probablement sans fondement. L’Institut Fraser a publié une étude qui démontre que les conditions environnementales s’améliorent de façon fantastique depuis un demi-siècle. On fait des progrès par rapport à la qualité de l’air, de l’eau, etc. Le sentiment qu’on dégage de la propagande écologique qui est faite dans les écoles et dans les médias, c’est que la planète est menacée. Ridicule. DB: Absolument. On ne réalise pas que même si le réchauffement de la planète a l’air minime, le danger est bien présent. Les désastres naturels ne cessent d’augmenter depuis les dernières décennies. On enregistre de plus en plus de sécheresses, d’inondations et d’ouragans. On n’a encore rien vu. Si on continue dans cette direction, il y a un danger réel pour la race humaine et pour des milliers d’autres espèces d’ici quelques décennies. x
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Le Délit x 8 mars 2005
Bon appétit !
nouvelleslocal
Le projet GO de McGill donne le seul repas de la journée aux personnes âgées. ELEONORE FOURNIER
«
Voyez-vous, je suis seul, ma femme est morte il y a sept ans, alors comment voulezvous que je me fasse mon repas régulièrement?» Ainsi parle Marcel Marceau, âgé de 85 ans. Fabriquant de crème glacée pendant 38 ans, il vit aujourd’hui seul dans un appartement du Golden Mile, et reçoit cinq fois par semaine la visite de Santropol Roulant, la popote roulante qui lui sert son repas. Comme beaucoup d’autres clients du Santropol, il ne reçoit pas beaucoup de visiteurs, et s’est habillé et coiffé en l’honneur des deux bénévoles qui lui ont rendu visite. Maria Braker et Maria Abrahamowicz font toutes les deux partie du projet GO, un club de McGill qui participe aux livraisons du Santropol Roulant. «Ça m’a fait tellement du bien», déclare Abrahamowicz. «Je contribue enfin à la société». Braker ajoute: «Je suis Russe, et en Russie, ce sont des personnes âgées vraiment pitoyables. Même si le pays va s’en sortir, eux ne vont jamais s’en sortir. Le gouvernement attend qu’ils meurent. [Je vois] que les gens ici, on peut s’en occuper, et c’est un problème qu’on peut régler». Avec les seize autres bénévoles de McGill, les deux filles vont chercher des repas cuisinés dans la cuisine du Santropol, et les distribuent à des personnes en perte d’autonomie qui autrement ne pourraient pas se nourrir. Les clients sont habituellement des personnes âgées, mais il y a aussi quelques jeunes qui ont des handicaps physiques ou des maladies chroniques et qui n’ont que très peu de mobilité. Ils payent 3,50 $ pour un repas et un peu de compagnie. Selon Marc Nisbet, coordonnateur des programmes intergénérationnels du Santropol: «Les gens sont isolés et ils ne sortent pas. Juste savoir qu’il y a quelqu’un pour les aider, des fois ça leur donne la force de faire quelque chose». Il ajoute: «Il y a des gens qui ont assez d’argent pour se payer le restaurant chaque jour, mais ils n’ont pas le contact social». Certaines personnes âgées sont tellement isolées que des bénévoles comme ceux du Santropol sont leur seul contact avec le monde extérieur. Elles vivent seules, malades, souvent branchées sur des appareils respiratoires ou en chaise à roulette. Les bénévoles entrent dans des appartements renfermés et sombres, car certaines personnes supportent mal la lumière. Pour les
ajoute que les visites donnent une chance aux personnes âgées de partager leurs préoccupations et de se sentir écoutées. «L’isolation, c’est une des causes d’abus parce que les gens ne peuvent pas en parler et ça reste dans le silence. Ils ont maintenant du support et une communauté engagée». Ceux souffrant de perte d’autonomie sont souvent victimes d’abus sociaux ou économiques, car ils se sentent seuls face à la société. Ils n’ont pas la force de se plaindre si on les oublie. Quand ils ont l’impression d’être soutenus, ils ont le courage de se lever, de s’habiller, et de prendre leur place. «Si tu veux avoir un impact, dit Baker, tu l’as tout de suite. Tu vois que tu apportes son souper à la personne et que sinon elle n’a pas de souper. Alors évidemment tu reviens». Pour les clients du Santropol, les menus sont établis d’avance. Aujourd’hui, les gens ont mangé du sauté de vermicelle au poulet, et demain ce sera du jambon aux ananas. Marcel Marceau sourit: «Là, j’ai pas besoin de m’inquiéter, la porte sonne et je me cherche mon repas». x
L
Dans les cuisines de Santropol, les bénévoles se préparent à rendre service à la communauté. «Juste savoir qu’il y a quelqu’un pour les aider, des fois ça leur donne la force de faire quelque chose».
jeunes, ce n’est pas toujours facile. «[Il y avait] un super bel homme, il était toujours content de nous voir, mais chaque semaine, il devenait de plus en plus faible. Et puis un jour il a juste disparu de notre liste. Il a disparu pour de bon. On a trouvé ça très dur». Braker et Abrahamowicz, bien qu’elles déclarent n’être que là pour servir des repas, établissent des liens avec les personnes âgées, et souffrent de leur absence. «Ça fait plaisir si t’as une mauvaise journée, et tu vois
leur sourire ça te fait chaud au cœur», dit Abrahamovicz. Même les bénévoles dans la cuisine, qui n’ont pas de contact avec les clients, apprennent à les connaître. La gérante des services alimentaires, Catherine Simard, travaille pour l’organisme depuis plus d’un an. «Je leur fais à manger, donc c’est moi qui prépare les petits détails de chaque repas. Il y en a qui sont un peu plus difficiles mais [pour eux] je vais faire un peu plus d’efforts. Si quelqu’un veut manger
des patates tous les jours, je vais lui éplucher une patate tous les jours». Simard déclare avoir beaucoup grandi depuis qu’elle s’occupe de la cuisine. «Ça a changé ma vision de la vie. Je ne savais pas c’était quoi un repas végétarien, un compost, et une cuisine collective non plus. Maintenant j’étudie en action communautaire à l’Université de Montréal». L’impact de cet organisme, tant pour les bénévoles que pour les clients, est donc énorme. Nisbet
e Santropol Roulant en est à sa dixième année d’existence, et le projet GO à sa huitième. Ils regroupent une centaine de bénévoles et une dizaine de salariés. Ensemble, ils livrent plus de 33 000 repas par an, dont près d’un quart organiques.Tous les repas sont faits maison et l’organisme fait pousser beaucoup de ses légumes lui-même sur le toit du bâtiment. Il organise aussi des fêtes, des repas et des activités pour les personnes à mobilité restreinte, et partage des recettes avec eux. Leur budget, en 2004 de 584 261 $, est financé en partie par des subventions gouvernementales, et en partie par des dons privés ou venant d’autres organismes. L’organisation Centraide à elle seule finance 9 p. cent du budget annuel. x
x Pour participer: Projet GO: santropol@ssmu.mcgill.ca Santropol Roulant: info@santropolroulant.org
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Le Délit x 8 mars 2005
nouvellesinternational
Conflit israélo-palestinien Le sommet de Charm el-Cheikh, la mort de Yasser Arafat et le rôle de l’Égypte. ou membres de sa famille. Ainsi, ce n’est que rarement que le sujet est abordé dans les discussions avec son entourage. Ezzat cependant constate une atmosphère plus positive depuis la mort de Yasser Arafat et il croit également que son décès a amené un nouvel espoir de résolution du conflit. Pour ce qui a trait au sommet de Charm el-cheikh, M. Habib se garde de toute conclusion hâtive et dit attendre des résultats. Pour lui, l’implication de l’Égypte ne peut jouer un rôle que bénéfique dans la résolution du conflit car il croit fermement en la bonne volonté et en l’intelligence du président Moubarak. Par contre, il pense que le seul remède au conflit est le temps, mais que rien ne va s’arranger dans un avenir rapproché. Si cela advenait, conclut-il, il serait prouvé que Yasser Arafat représentait le véritable obstacle dans le règlement du conflit entre Israéliens et Palestiniens. Dans le salon d’un hôtel du Caire, j’ai remarqué un homme qui exposait fervemment ses théories sur l’assassinat de Rafic Hariri, survenu l’avant-veille. Constatant son grand savoir sur le Moyen-Orient, je me suis permis de lui poser quelques questions. L’ancien homme politique n’a cependant pas voulu me donner son nom, clamant que son opinion vaut autant que celle des autres Égyptiens, et qu’il n’est de toute façon pas particulièrement touché par le conflit. «Tu écriras un simple citoyen, ça devrait aller». Il croit donc que le sommet de Charm el-cheikh ne s’est pas penché sur certaines questions importantes telles le retour des réfugiés et le sort de Jérusalem, et ne représente ainsi qu’une façade. Il admet cependant que le sommet s’inscrit dans une lancée plutôt positive. L’homme soutient également que les deux gouvernements sont d’accord, que les deux peuples veulent la paix. Le problème réside selon lui dans la mauvaise volonté de quelques groupes marginaux qui rejettent l’idée de paix. Il met l’accent surtout sur l’extrême droite israélienne et rappelle l’assassinat deYitzhak Rabin en 1995 mais considère aussi le rôle de l’autorité palestinienne comme fragmentée, dont une fraction corrompue travaille indirectement pour le compte d’Israël. Pour ce qui a trait à la mort de Yasser Arafat, le citoyen érudit croit que celle-ci ne peut avoir qu’un effet positif sur l’évolution du conflit. Il représentait un obstacle car, sans
Pierre-Luc Déziel
L
e cessez-le-feu déclaré conjointement par Mahmoud Abbas et Ariel Sharon à l’issue du sommet de Charm elCheikh, en Égypte, le 8 février dernier, ainsi que la mort de Yasser Arafat en novembre représentent deux événements importants dans le contexte actuel du conflit israélopalestinien. Selon Mohamed Sid Ahmed, un analyste politique de l’hebdomadaire égyptien AlAhbram Weekly, la mort de Yasser Arafat aurait eu un impact majeur dans le conflit. En effet, la volonté du dirigeant à être perçu comme le «père» par toutes les factions palestiniennes assurait une certaine façade d’unité idéologique. Sa mort aura fait basculer la dynamique horizontale du conflit (entre l’OLP et Israël) dans une dynamique plus verticale où l’opposition se situe maintenant entre les différences idéologiques des diverses factions que l’on trouve dans chacun des camps. Dans cette perspective, certains voient le récent cessezle-feu entre les gouvernements israélien et palestinien comme le résultat de l’effet d’une tabula rasa créée par la disparition du dirigeant palestinien. Le sommet de Charm elcheikh, première rencontre officielle en sol égyptien entre le président Moubarak et Ariel Sharon à titre de Premier ministre du gouvernement israélien, marque aussi une plus forte volonté d’implication du Caire dans la résolution du conflit israélo-palestinien. On observe ce nouveau comportement par la pression qu’exerce l’Égypte sur certaines puissances extérieures afin qu’elles fournissent l’assistance financière et technique nécessaire aux Palestiniens dans la poursuite des objectifs fixés par le sommet. Elle pousse également à la réouverture d’un dialogue avec différentes factions palestiniennes, notamment le Jihad et le Hamas, dans le but de laisser une véritable chance au cessez-le-feu annoncé il y a peu. Ezzat Habib est un homme d’une cinquantaine d’années qui occupait le poste de veilleur dans une pension au Caire. Ezzat m’a avoué qu’il ne se sentait pas particulièrement concerné par le conflit israélo-palestinien. Selon lui, c’est un problème qui se règle avant tout entre dirigeants politiques et entre gouvernements. Il ne perçoit pas le conflit comme un problème qui affecte sa vie de tous les jours ni celles de ses amis, connaissances
Pierre-Luc Déziel
PIERRE-LUC DÉZIEL, COLLABORATEUR EN EXIL
le vouloir, il isolait la Palestine par son statut, son image et ses ennemis. Le «citoyen» ne croit pas non plus pertinent la forte implication du Caire dans le conflit car celui-ci ne peut se résoudre ultimement qu’entre palestiniens et israéliens. La volonté arabe, dans ce dossier, se soumet finalement à la volonté des palestiniens. En fait, il soutient que la seule résolution envisageable est la signature d’un traité de paix entre les deux peuples, dont le principal
défi sera la convergence idéologique verticale des deux camps. En ce sens, il rejoint fortement les idées de Mohamed Sid Ahmed, exposées plus haut. Bien que ces deux témoignages ne puissent évidemment pas représenter l’ensemble des points de vue d’une communauté en entier, ils illustrent bien la pensée populaire répertoriée en Egypte quant au conflit israélo-palestinien. Alors que, par exemple, la presse parle
de momentum et de bonne volonté suite au sommet de Charm elcheikh, je n’ai pas trouvé ce même enthousiasme chez les gens avec qui j’ai discuté. Il m’a semblé que plusieurs personnes avaient assez de difficultés dans leur vie quotidienne pour se sentir particulièrement touchées par celles des autres, non pas par manque de volonté, mais plutôt de temps et quelques fois par manque d’informations. x
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Forces, pas fort
culturethéâtre
Les textes d’August Stramm sont mis en scène dans la pièce Forces au théâtre de Quat’sous. FRANCO FIORI
Yanick Macdonald
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e genre de pièce où tu te dis: «Essaies-tu de me provoquer pauvrement en faisant du théâtre alternatif nouveau genre ou tu crois réellement m’apprendre quelque chose? Pis, y a-tu quelqu’un qui aime ça pour de vrai ou il faut être un snob qui se convainc d’être d’un goût plus sophistiqué?» Un discours surréaliste, manifestation de l’absurde de la condition humaine et de ses interactions, attend le spectateur perplexe (à coup sûr) de la pièce Forces. Un texte potentiellement intéressant, signé à partir des poèmes d’August Stramm, dépeint un monde lourd d’incompréhension et de vide. Mais si un tableau de Munch sait crier l’incommunicable et si un poème peut résonner dans la tête d’un lecteur en crise existentielle, il en va autrement d’une pièce de théâtre dénudée de toute sa théâtralité. Une récitation longue de 50 minutes avec des gestuelles incohérentes (sûrement profondes pour certains esthètes) qui n’offrent que des répétitions dont on pourrait très bien se passer. Le jeu de l’acteur est aussi inexistant que la mise en
Le texte de Forces est potentiellement intéressant, mais le résultat laisse perplexe.
scène. Ce qui, il y a 75 ans aurait pu passer pour innovateur et audacieux sent ici le réchauffé, voire le calciné, et démontre ostensiblement la sclérose surréalisto-post-modernetentative-faux-branché du théâtre actuel. Il est ridicule d’enfoncer des barrières déjà brisées. Présentée en une série de tableaux, l’histoire raconte le récit d’un couple dont la relation est
perturbée par l’ami de l’homme et l’amie de la femme. Le premier s’amourache de la femme qui le refuse, pendant que la seconde s’acoquine avec le mari. Le chaos amoureux trouve sa conclusion dans une scène tragique. Tout au long de la pièce, des mots sont répétés à tour de rôle par les acteurs, comme si l’un l’autre prenait indépendamment conscience de la réalité qui
l’entoure. Les mouvements des acteurs se caractérisent également par des actions redondantes. Mais bien que l’absurde puisse être un sujet d’intérêt, l’absence d’émotion ou d’aspiration de la part des acteurs remet en question l’utilité d’assister à cette démonstration. Tout simplement, on voit des mots. La mise en scène de l’émérite Stanislas Nordey brille par son absence plutôt que dans sa mouvance. L’artiste de renom pousse l’expérimentalisme à un paroxysme déjà atteint, et n’offre que quelques bons jeux d’ombres. Tout de blanc vêtus, les protagonistes (Maxime Desmons, Stéphane Jacques, MarieÈve Perron et Sonia Vigneault) défendent convenablement leur rôle limité, dans un décor blanc aux lumières blanches. La pièce s’annonce d’ailleurs très mal: comme pour s’excuser – ou s’assurer que personne ne quittera avant la fin – une femme vient annoncer avant le début de la représentation que la pièce dure 50 minutes et profite du rassemblement pour nous faire part de ses préoccupations contre les
Mariage de raison ou le drame de l’amour
problèmes pécuniaires du théâtre de Quat’sous. Malheureusement, Forces ne constitue pas l’événement théâtral nécessaire pour tirer l’établissement sans le sou de son bourbier financier. Une lueur d’espoir subsiste tout de même; je parlais de mon rejet catégorique de la pièce à mon co-locataire, qui à ma grande surprise a éprouvé pour la première fois de sa vie un intérêt marqué pour le théâtre. Il a été littéralement fasciné par cette chose qui a réussi à m’indigner à un tel point. Personnellement, c’est le genre de pièce où l’intrigue principale est de savoir si les gens applaudiront à la fin de la représentation. Le public québécois étant ce qu’il est, il n’a pas failli à sa tâche d’automate sympathique et nullement critique. x Forces est présenté jusqu’au 12 avril au théâtre de Quat’sous, 100, avenue des Pins Est (métro Sherbrooke). Pour réservation: (514) 845-7277. Pour plus d’information: www.quatsous.com.
culturethéâtre
Les Noces de sang tentent d’allier texte classique et mise en scène moderne. ARNAUD DECROIX quelles que soient les qualités de cette dernière, et la facture en définitive très classique de la pièce ne parvient jamais à se combler. Loin d’aider à mieux comprendre la signification profonde du texte de Federico García Lorca, cette mise en scène exubérante tend à perdre le spectateur, qui cherche en vain le fil conducteur de ce spectacle. La rencontre de deux talents - une écriture riche et une recherche artistique évidente - n’opère malheureusement pas tous les effets désirés. Pourtant, la collaboration entre le théâtre Le Joyeux Bûcher et celui de La Névrose aurait dû faire converger les énergies. Bien qu’il convienne aussi de saluer les efforts de Valérie Gagnon-Hamel, chargée des costumes, maquillages et accessoires, les coiffures bleutées restent inopérantes pour parvenir à redonner un peu de couleur à ce sombre tableau. Ainsi, à défaut de cette rencontre heureuse, le destin de ces Noces ne peut en être que triste. x Les Noces de sang, de Federico García Lorca, est présenté jusqu’au 12 mars à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, au 4353, rue Sainte-Catherine Est (métro Viau). Pour réservation: (514) 253-8974. Pour plus d’information: www.denise-pelletier.qc.ca.
Ève Cadieux
C
ette saison, la scène culturelle montréalaise aura porté une attention toute particulière au poète espagnol Federico García Lorca. En effet, alors que le Théâtre du Nouveau Monde a présenté jusqu’en février sa pièce La Savetière prodigieuse, c’est une autre de ses créations qui est actuellement proposée au Théâtre DenisePelletier. Les Noces de sang se présentent comme le destin tragique et contrarié de deux amants. Federico García Lorca, qui a écrit cette œuvre en 1933, trois ans avant de périr fusillé sous les balles de la garde franquiste, dépeint ici avec réalisme les sentiments ambivalents et passionnels qui unissent les êtres. Lorsqu’un mariage raisonnable se heurte à une passion dévorante, le drame n’est jamais très loin et les mécanismes propres à la tragédie antique ne sont pas ignorés de l’auteur espagnol. Toutefois, la mise en scène de Stéphane SaintJean apparaît pour le moins surprenante. L’idée initiale est excellente: présenter de manière contemporaine un texte au classicisme évident. Ainsi, la mise en scène est soignée, aidée d’une musique techno soutenue, d’un éclairage pertinent, de décors convaincants et de costumes extravagants. Toutefois, une impression de malaise ne peut manquer de s’emparer du spectateur. En effet, l’abîme entre cette modernité,
Les Noces de sang raconte le destin tragique et contrarié de deux amants.
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culturefestival
Festivalissimo Le grand festival ibéro-latinoaméricain fête ses neuf ans! CLÉMENCE REPOUX
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our ceux qui ne le savent pas encore, le Festival culturel ibéro-latinoaméricain de Montréal a lieu en ce moment jusqu’au 13 mars. C’est un événement culturel à ne manquer sous aucun prétexte, que vous soyez, comme moi, obsédés par la culture «latino», ou tout simplement curieux d’en savoir plus sur ces autres cultures. Croyezmoi, il y en a pour tous les goûts et ça vaut la peine d’y jeter un œil. Tout d’abord, la partie, je pense, la plus accessible à nous autres étudiants et aussi la plus variée: les films. Tout se passe au cinéma du Parc. Pour ceux qui ne connaissent pas cette institution du Ghetto (permettez-moi de vous dire que vous êtes en train de rater quelque chose), elle se situe au sous-sol du centre commercial, à l’intersection de Parc et Prince-Arthur. Ce cinéma est une perle dans le style old school. Il n’y a que trois salles, aux dimensions humaines, sans l’atmosphère de consommation débridée des cinémas géants. Les films qui y sont présentés sont variés, tant par leur origine géographique que par l’époque où ils ont été réalisés. Détail important: avec une carte d’étudiant, nous avons le privilège de ne payer que 7$ l’entrée. Mieux encore, les mardis, et tous les autres jours avant 18 h, c’est 6 $. Malheureusement, cela ne vaut pas pour le Festival, l’entrée est donc à 10 $ pour tout le monde. Mais ça vaut vraiment la peine. Il y en a pour tous les goûts et tous les styles.
Découvrez la diversité de la culture ibéro-latinoaméricaine lors du festival en son honneur, qui aura lieu jusqu’au 13 mars prochain.
Les films viennent d’Espagne, du Mexique, du Brésil, d’Argentine, du Chili, du Pérou, de Colombie et même... du Québec. Vendredi, j’ai réussi à convaincre l’homme de ma vie de m’accompagner pour aller voir Roma du réalisateur argentin Adolfo Aristarain. Nous avons eu tout d’abord la mauvaise
surprise du tarif du billet, puis une attente de 20 minutes avant de pouvoir accéder à la salle, où nous n’avons trouvé des places (ensemble) qu’au 2e rang (ce qui s’est avéré supportable, étant donné la taille humaine de l’écran). Nous avons été largement récompensés de nos efforts par un film qui dépassait de loin nos attentes. C’est l’histoire de la rencontre
Théâtre classique à la McGill
entre un écrivain argentin sur le retour et un jeune journaliste espagnol, auquel il dicte ses mémoires. Il sera rejoué le vendredi 11 mars à 21 h. Déconseillé cependant si vous êtes déjà déprimés… En moyenne, trois films par jour sont présentés dans le cadre du Festival. Je vous conseille de consulter leur site Web pour les horaires ainsi que pour les descriptions. Pour les passionnés de danse et de musique latino, telles que flamenco, tango, salsa: un certain nombre de spectacles auront lieu au cours de cette semaine, avec notamment le Duo Dopamina, le ballet Raíces de Colombia, l’ensemble Montréal Tango et Los Cuatro. Pour ceux qui s’intéressent à l’art, différentes expositions sont en cours, entre autres à l’Hôtel Delta, à la Tour de la Bourse, certaines jusqu’au 24 mars. Elles présentent les œuvres de Maxime Ben Haïm, Guy Benghozi, Léa Shabat, Jazzamoart, Jorge Davila, Pindaro, Luis Poirot, Valérie Simmons. Pour ceux que la culture sépharade intéresse, c’est au Salon de la Culture, qui se déroule à l’hôtel Delta, qu’il faut aller. Enfin, pour les fêtards, samedi 12 mars, à 20 h: la Noche Loca (la nuit folle) aura lieu à la Station C. x Pour la programmation des films, consultez le www.cinemaduparc.com. Pour plus d’information sur le festival: www.festivalissimo.net.
culturecampus
Pour sa 41e saison, la société Savoy de McGill présente H.M.S. Pinafore de Gilbert et Sullivan. AGNÈS BEAUDRY
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u 25 février au 12 mars, au Moyse Hall du pavillon des Arts de McGill, un groupe d’étudiants présente la 41e édition des productions de la société Savoy de l’Université McGill. Cette année, la troupe joue une comédie musicale de Gilbert et Sullivan, H.M.S. Pinafore or The Lass That Loved a Sailor. Le choix de la pièce plaira aux adeptes de théâtre classique: un lieu, le pont d’un bateau de la Royal Navy britannique, une unité de temps et une seule action, les déboires amoureux de Joséphine, interprétée par Megan Skidmore, la fille du capitaine Corcoran, joué par Sean Waugh, malchanceuse dont le cœur s’est épris d’un simple marin du nom de Ralph Rackstraw que nous présente Ivan Corpus. Et bien sûr, à la Molière, le deus ex machina, Little Buttercup que nous joue Erin Crouse,
qui vient tout arranger afin d’assurer une fin heureuse à ce tableau calculé. Je n’ai jamais adoré les pièces conformes à la règle classique. Leur principe d’unité abolissant la surprise, le choix d’action de l’auteur n’en devient que plus crucial à mes yeux. Ici, je ne peux en faire la louange! Ce défaut ne concerne que les auteurs qui sont morts depuis plus de cent ans. Mais, pour leur rendre un peu de l’hommage qui sûrement leur est dû, si ce n’est simplement que d’avoir survécu dans la mémoire, je noterai que les petites touches d’humour dispersées ont allégé la lourdeur que porte le théâtre enchaîné par la règle, dont la réplique que j’ai préférée - le marin prisonnier de son amour nous décrivant son état d’âme comme suit: «Subjective thoughts, objective feelings». Pour ce qui est du travail de la Savoy
Society, comme la plupart des productions étudiantes, le résultat procure de belles surprises, mélangées avec l’ordinaire des débutants. La mise en scène, la chorégraphie et l’interaction des personnages m’ont semblé plaisantes et originales. Ces derniers présentaient un mélange de talent surprenant et un je-ne-sais-quoi d’un peu décevant. À quoi bon par contre vous assommer de pessimisme? Je partagerai ce que j’ai aimé et si ce n’est assez, eh bien! libre à vous d’aller en juger. Je note donc trois interprètes qui me semblent s’être distingués: Megan Skidmore dans le rôle de Joséphine, Sean Waugh nous interprétant le capitaine et Sean Hitchins dans les loques du marin marginal. Les trois me semblent avoir étonnement réussi à marier l’interprétation de leur personnage à leur voix prometteuse et leur présence théâtrale.
Chant, jeu et danse que ces trois comédiens ont accomplis avec succès. Enfin, si l’on dit comédie musicale, l’on sous-entend musique! Le spectateur se sent toujours privilégié de se voir gracié d’un orchestre pour accompagner son plateau. Dans la vraie vie, c’est toujours plus beau que quand c’est enregistré! Amusant et léger, ce spectacle change les idées et cette petite dose classique permet au spectateur de reprendre son souffle et de se reposer du désordre dans lequel se trouve la scène depuis quelques années (ou quelques siècles peut-être?). x H.M.S. Pinafore se jouera les 10 et 11 mars à 20 h et le 12 mars à 14 h au Moyse Hall du pavillon des Arts de McGill. Les billets, en vente à la porte, sont au prix de 10 $ pour les étudiants.
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FIFA: quoi choisir?
culturefestival
Découvrez nos artistes grâce au Festival International du Film sur l’Art (FIFA) du 10 au 20 mars. MARIE-NOËLLE BÉLANGER-LÉVESQUE
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uf! Toute une 23e édition pour le Festival International du Film de l’Art. Reconnu à l’échelle internationale, le Festival International du Film sur l’Art (FIFA) demeure, à ce jour, l’unique festival compétitif spécialisé dans le domaine du film sur l’art de tout le continent américain. Si le 1er FIFA projetait 50 films en provenance de 12 pays dans une seule salle, c’est 270 films issus de 25 pays qui seront présentés, cette année, dans huit salles, soit le Musée des beaux-arts, le Musée d’art contemporain, le Musée McCord, le Centre canadien d’architecture, la Cinémathèque québécoise, l’ONF, le Goethe-Institut et la Cinquième Salle de la Place des Arts. Le fondateur et directeur du FIFA, René Rozon, a de quoi être fier! Tout débutera par la soirée d’ouverture avec la première nord-américaine de Napoléon, David – Le Sacre de l’image, de Patric Jean. Montréal aura aussi la chance, ce soir-là, de visionner le nouvel opus de Michelangelo Antonioni qui, à 92 ans, signe le courtmétrage Le Regard de Michel-Ange, un regard pénétrant sur le maître.
Du côté compétitif, nos cinéastes québécois s’apprêtent à affronter la concurrence au Carrefour de la création, avec des œuvres sur Mary Shelley, Molinari, Pellan ou Victor Lévy-Beaulieu. Ce qui nous permettra de (re)découvrir des artistes qui ont marqué notre histoire et notre époque, peu importe leur discipline. Voyez ainsi le design avec Mucha ou Lalique, la peinture avec Serge Lemoyne ou le surréaliste chilien Matta, la danse avec Carlos Acosta, acclamé comme le prochain Noureïev, le cinéma avec Dennis Hopper ou La Symphonie du Seigneur des Anneaux, à moins que vous ne préfériez retrouver Françoise Sagan, une vie de tous les dangers, à l’occasion de la clôture du Festival. On en profitera pour souligner le 100e anniversaire de naissance de Jean-Paul Sartre et aussi, par un hommage en photos, Jean-Pierre Perreault. À ne pas manquer les rétrospectives, telles celle des films d’art d’Alexandre Sokourov. Des films méconnus et des coups de sonde dans les profondeurs de l’âme d’artistes tels que Chostakovitch, Tarkovski ou Chaliapine. En plus, on nous réserve des événements
Dominique Lemieux pour le Cirque du Soleil, les mimographies de Jean Asselin et l’art du cirque. Un festival donc bourré de belles découvertes à faire. Il est un peu difficile, non impossible, de diriger chacun de vous vers le petit bijou qu’on vous y a réservé, mais je n’ai pas d’inquiétude que celui qui prendra le temps trouvera. Certaines projections étant présentées à moins d’une minute du campus du centre-ville, pensez-y pour une bonne soirée relaxante cette semaine… x
Accourez (mais gardez votre linge!) au FIFA.
spéciaux comme des expositions, des conférences et des tables rondes traitant de sujets reliés au domaine du film sur l’art. Agrémenteront aussi la programmation, par exemple, l’exposition de costumes créés par
Le Festival International du Film sur l’Art (FIFA) se déroulera du 10 au 20 mars dans 8 salles différentes au centre-ville. Les billets sont disponibles aux guichets de la Place des Arts, en ligne, par téléphone au (514) 842-2112 et dans la salle de projection, une heure avant les représentations. Le coût des billets est de 8,50 $ l’unité et 70 $ pour l’achat d’un carnet de 10 billets, avec un exemplaire gratuit du catalogue. Pour plus d’information, visitez le www.artfifa. com.
Œuvres de passion
culturefestival
Le FIFA présente Le Manuscrit disparu (ou L’Histoire des Contes d’Hoffmann), un film de Gérald Caillat. SÉBASTIEN LAVOIE
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acques Offenbach mourut le 5 octobre 1880, pendant les répétitions de son ouvrage le plus ambitieux, Les Contes d’Hoffmann. Cet événement donna l’opportunité à quelques chefs d’orchestre de porter cette œuvre à son terme. Dès lors, le manuscrit sera, au fils des années et au gré des intérêts, tour à tour transformé, coupé, volé, falsifié; il disparaîtra et réapparaîtra plusieurs fois à différents endroits dans le monde. Ainsi, ce film nous projette dans le temps afin d’éclaircir les merveilleux mystères de cet opéra français. Le réalisateur du film, Gérald Caillat, dont la feuille de route est intrigante (maîtrise en mathématique et en ethnologie), réussit à nous raconter cette intrigue comme s’il s’agissait d’un film à suspense. L’introduction rappelle les dernières actions et paroles du compositeur, ce qui permet de créer un climat aux allures d’une grande enquête d’investigation, une sorte de «thriller musical». L’action nous fait voyager de Paris à New York, en passant par Hambourg et la Bourgogne, et une pléiade d’acteurs (héritiers présumés, éditeurs de musiques, musicologues éminents, directeurs d’opéra, metteurs en
Le Manuscrit disparu nous transporte dans l’univers mystérieux de l’opéra français d’Hoffmann.
scènes) sera sollicitée pour ses explications et interprétations (confrontées les unes aux autres) concernant l’authentique finale de cette œuvre. Des extraits issus des plus belles productions des Contes d’Hoffmann actuelles et futures ainsi que quelques archives historiques sont montrés en parallèle avec les interviews. On va même jusqu’à présenter la vente aux enchères des documents manquants du manuscrit qui seront
éventuellement (et heureusement) achetés par un musicologue qui en fera un usage efficace pour enfin rendre justice à Jacques Offenbach. Tout le documentaire est imprégné de la musique des Contes d’Hoffmann qui demeure l’un des opéras les plus populaires et les plus joués au monde. Les péripéties s’enchaînent les unes aux autres avec un rythme digne des meilleures mélodies
d’Offenbach, mélangeant les temps forts et les temps faibles, ce qui en résulte est un beau voyage dans le temps qui nous permet de traverser ces 55 minutes avec aisance et délectation. On peut facilement déceler la passion et la connaissance du sujet chez le réalisateur en lisant les divers projets auxquels il a participé au cours des dernières années. Ainsi, cela lui permet de savoir exactement comment nous diriger à travers cet amoncellement d’informations et de commérages entourant la véridique et juste interprétation de cette composition opératique. C’est avec un travail précis et acharné que le réalisateur complète ce documentaire exceptionnellement bien orchestré sur l’historique de cette fameuse partition musicale. Le tout se dénoue de la même façon que l’œuvre d’Offenbach, c’est-à-dire de façon à ce que ne soit jamais dévoilée la véritable finale, car l’œuvre laisse place soit à l’interprétation (donc permet de terminer la pièce comme les chefs d’orchestre, musicologues, directeurs d’opéra et metteurs en scènes l’entendent) soit au mystère qui exerce son pouvoir et laisse flotter le doute éternellement
comme le font, eux aussi, les Contes d’Hoffmann. Ce documentaire me permit de confirmer mes opinions au sujet de ce Festival International du film sur l’Art; le dévouement des créateurs (et artistes) de ces films m’inspire et m’encourage à revenir pour en avoir plus. J’ai effectivement un plus grand désir (et plaisir) à participer à cet événement qu’est celui du Festival des films du monde. Je crois que ce qui distingue le FIFA est l’aspiration des créateurs et créatrices à nous offrir des œuvres bourrées de passion et d’amour. De plus, j’ai l’impression que leurs motivations consistent généralement en une reconnaissance de leurs pairs, et non pour avoir un succès uniquement commercial. Ainsi, je crois que quiconque respecte et aime l’art souhaite seulement que cet amour lui soit rendu réciproquement de la part des artisans de sa discipline. Ce qui en résulte en un festival débordant de vie, alors à vous d’en tirer profit. x Pour plus d’information sur la programmation du FIFA, visitez le www.artfifa.com
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Égale dix
culturecinéma
5 x 2 nous propose cinq moments d’un couple désespéré. DAVID PUFAHL
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ne nouvelle tendance dans les films contemporains est d’utiliser autre chose que l’ordre chronologique des événements. Pour certains films, un ordre différent donne à ceuxci une nouvelle atmosphère qui ne serait pas là si l’ordre chronologique avait été utilisé. La première fois que j’ai visionné Memento, j’étais véritablement dans la peau du personnage principal, vu que je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé l’instant d’avant, tout comme lui. Malheureusement, cela ne fonctionne pas pour 5 x 2, le nouveau film du cinéaste français François Ozon, créateur de 8 femmes et Swimming Pool. Marion (Valeria Bruni Tedeschi) et Gilles (Stéphane Freiss) se rencontrent. Ils se marient. Marion accouche. Ils vivent leur vie de couple. Ils divorcent. Ces cinq phrases résument assez bien les cinq moments du film. Comme vous l’aurez deviné, ce qui distingue ce film d’un quelconque mélodrame est que l’histoire commence par le divorce et finit par la rencontre.
La thématique principale de ce film est le sexe. En effet, dès le début, le ton est donné lorsque immédiatement après que le divorce ait été prononcé, les deux personnages décident de louer une chambre d’hôtel afin de faire l’amour une dernière fois en souvenir du bon vieux temps. On sent le désespoir de Marion, qui accepte à contrecœur. En fait, les deux personnages, même vers la fin du film, semblent toujours désespérés. Contrairement à Memento, on ne s’identifie pas du tout aux personnages. Je crois que le problème réside dans leurs personnalités. Ils ont l’air antipathiques et stéréotypés. Il est vrai que les événements qu’Ozon a choisis de nous présenter ne nous les montrent pas sous leurs meilleurs jours. On est obligé d’imaginer les bons moments qu’ils ont sûrement passés ensemble. De ce fait, une atmosphère pessimiste et oppressante imprègne le film. Je félicite Ozon de ne pas nous sortir une énième romance fleur bleue, mais je me rends compte
La rencontre: premier ou dernier moment, selon votre point de vue…
que l’inverse ne donne pas nécessairement un résultat excitant. La mise en scène de ce film est un peu trop appliquée. Ozon s’impose des conditions qui font que le film a l’air de sortir d’un cours de création d’une école de cinéma. Par exemple, à chaque fois qu’un moment finit (ces moments durent entre quinze et vingt minutes), on entend un morceau
Montréal feel the vibes de Xavier Rudd
de musique en italien et l’écran tombe au noir. Dans les moments eux-mêmes, il n’y a pas beaucoup de musique et elle vient toujours d’une source extérieure, au lieu de faire partie de la trame sonore. Mis à part l’ordre des événements, aucun autre débordement stylistique n’est admis. Bien que je n’aie pas vraiment apprécié ce film, je dois admettre que
le jeu des acteurs est impeccable. Je n’étais pas familier du tout avec les acteurs principaux, mais cela n’avait pas vraiment d’importance. Le réalisateur leur a demandé d’avoir l’air désemparé et ils font bien leur travail. Même lors de la première rencontre, où ils sont un peu plus heureux, un malaise inhérent à leur personnalité est toujours présent. La question que l’on doit se poser lorsqu’on change l’ordre des événements est de savoir si cela profite au film ou non. Dans Irréversible, un autre exemple où les actions sont racontées à rebours, cet ordre est essentiel au fonctionnement du film. Dans le cas de 5 x 2, je crois qu’aucune tension dramatique n’est ajoutée ou enlevée. Si les événements avaient été racontés par ordre chronologique, la même atmosphère pessimiste aurait été de mise. De toute façon, étant donné qu’environ cinq ans séparent le premier et le dernier moment, beaucoup d’éléments dans la vie du couple sont manquants. x
culturespectacle
Artiste acoustique contemporain, Xavier Rudd a illuminé le Cabaret Music Hall samedi dernier et a donné une performance aussi inoubliable qu’il l’est lui-même. ÉMILIE BEAUCHAMP
L
Prozac, a accueilli la foule avec un sourire calme et sûrement un joint sous la main. Cheveux blonds, allure de surfer, belle gueule et voix d’ange, Xavier Rudd a tout pour plaire a priori. Ce qui est sans compter ses multiples talents. Le chanteur ne chante pas seulement, il excelle aussi à la guitare, aux
Melissa Nannini
’auteur-compositeurinterprète Xavier Rudd, un artiste multi-instrumentaliste d’origine australienne, a épaté la galerie et a totalement satisfait ses fans venus d’aussi loin que NewYork pour voir en chair et en spectacle leur idole. Le chanteur, une espèce de Kurt Cobain sous
Xavier Rudd est un artiste multi-instrumentaliste unique qui mélange des styles de percussions exotiques, de rythmes soul, de guitare acoustique et de didgeridoo modernisé.
percussions, à l’harmonica et surtout au didgeridoo, cet instrument d’origine aborigène australienne. Pour les non connaisseurs, il s’agit d’un long tube en bois au travers duquel un son est supposé être émis lorsque l’on souffle à son embouchure. Pour ceux qui ont déjà essayé, vous savez comment il est dur de seulement réussir à faire sortir quelques vibrations de ce bout de bois. Pour les ignorants, comparez une première expérience au didgeridoo à celle de faire de la planche à neige pour une première fois sur des pistes expertes…Vous ne réussirez rien et vous vous casserez la gueule. Mais Xavier Rudd, expert en cette matière, nous amène des airs nouveaux, mélangeant rythmes exotiques, ambiance soul et pureté acoustique pour créer un style jamais vu et certes à découvrir. Rudd aborde des thèmes de spiritualité sur une musique parfois endiablée, parfois zen, toujours apaisante et nouvelle. Non seulement sa musique est-elle une expérience en elle-même, mais aussi sa performance est époustouflante: présence sur scène incroyable, interaction avec le public et surtout
de l’énergie à revendre, compte tenu que sa représentation s’est prolongée pendant 2 heures sans interruption, sauf pour les rappels (il faut dire que «Montreal really feels the good vibes», comme il dit!). L’artiste travaille pieds nus sur scène, selon la tradition aborigène australienne, battant le rythme sur les tambours au sol et offrant une musique fluide et chaleureuse, usant à merveille de la myriade d’instruments qu’il pratique. Notez une interprétation tout à fait émouvante de No Women No Cry en rappels ainsi que plusieurs scoops de son nouveau prodige Solace, qui nous est déjà offert sur les tablettes des meilleurs disquaires. Sa renommé mondiale grandit chaque jour et le jeune artiste possède déjà maints trophées et a partagé la scène et le studio avec plusieurs figures connues du milieu acoustique telles que Ben Harper, Jack Johnson et Michael Franti. Bientôt un incontournable du genre, Xavier Rudd s’annonce illustre pour son inspiration indéniablement différente et envoûtante de la musique. Malgré le fait que la plupart des gens soient venus pour Rudd
et non pour la première partie du spectacle, celle-ci s’est révélée réellement surprenante. Pour réchauffer la salle, Wil, un chanteur acoustique accompagné de sa batterie seulement, originaire de Calgary, a été (très bien) choisi. Un peu plus rock que Xavier, il nous propose ses compositions de guitare endiablées, et il a donné à l’audience le souffle d’énergie et d’ambiance pour aborder une deuxième partie un peu plus calme. Bref, les deux artistes méritent sans détour un coup d’œil à leurs œuvres respectives et ont donné à Montréal une performance inoubliable et de loin l’une des meilleures auxquelles j’ai jamais assisté. À voir pour tous les accros de musique qui se respectent. x Le dernier album de Xavier Rudd est intitulé Solace. Pour plus d’information sur les tournées, visitez le www.xavierrudd.com. Pour plus d’information sur Wil ou pour commander son album Both Hands, visitez le www.ibreakstrings.com.
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The Tangent The World That We Drive Through (InsideOut Music America)
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our un album sorti en octobre dernier, cette critique est un peu tardive, mais, contrairement à d’autres genres musicaux, le rock progressif élaboré par The Tangent est intemporel. Ce collectif suédobritannique a été créé, il y a quelques années, par Roine Stolt, la voix derrière The Flower Kings, un des plus importants groupes de son genre et de son temps. Andy Tillson (Parallel Or 90 Degrees) signe les paroles de The World That We Drive Through, l’évolution logique de The Music That Died Alone, sorti en 2003. Écouter The World That We Drive Through évoque un périple dans les forêts scandinaves, à travers les fjords norvégiens et au cœur des plaines galloises. On croirait se retrouver dans un conte de Tolkien. Tous les instruments forment une symbiose parfaite et la virtuosité des musiciens (car il s’agit bien ici d’artistes) surprend à chaque détour. La musique de The Tangent est fraîche, grâce aux instruments à vent de Theo Travis, Tori Amos The Beekeeper (Cbs/epic/wtg Records)
S
ur son neuvième album, on découvre, une fois de plus, une nouvelle Tori, plus mûre et beaucoup moins électrique. Cette fois-ci, elle fait appel à des rythmes afro-cubains, des chœurs gospels et un orgue Hammond pour accompagner son piano-signature Bösendorfer. Ce mariage crée une curieuse ambiance sans être toutefois surprenante. Malgré l’ajout de tous ces éléments, le piano garde sa place de maître. L’album s’écoute facilement et est beaucoup plus accessible musicalement que les précédents, ce qui n’est pas forcément désirable. Regroupées en six jardins, représentant chacun un monde de valeurs et de styles, les 19 chansons de l’album suivent un concept plutôt complexe. Inévitablement, il est pratiquement impossible de déchiffrer le sens des textes, plus recherchés et poétiques que jamais. Mais c’est cela qu’on adore chez cette artiste-nymphe: tout est livré à l’imagination et cela renforce beaucoup le concept de l’album, qui joue justement sur cette idée de multiples perspectives. Il est difficile de critiquer un album de 19 chansons sans au moins mentionner quelques-
autant qu’elle est complexe au moyen d’arrangements subtils de guitare et de clavier. Les paroles composées par Tillson restent caractéristiquement progressives, avec le sujet habituel de l’introspection, et sont quelque peu engagées. Il dénonce notamment l’ignorantisme et la montée en flèche de l’individualisme dans la société occidentale et prône des valeurs plus humanistes. The World That We Drive Through suit l’héritage progressif légué dans les années 60 et 70 par Genesis,Yes et même King Crimson. Les influences de jazz rappellent Return To Forever, un groupe de fusion disparu il y a bien longtemps. Les sept membres du projet ont fait leurs devoirs. Combinant à la fois des éléments de jazz fusion, de rock classique et de prog moderne, cet enregistrement m’a émerveillé d’un bout à l’autre. La complexité des chansons et leur durée (12 minutes en moyenne) pourraient intimider les néophytes. Mais après plusieurs bonnes écoutes, l’album de The Tangent ressort comme le bijou de rock progressif qu’il incarne. Tous les amateurs de rock progressif y trouveront leur compte. The World That We Drive Through est un triomphe pour ces sept virtuoses du prog. x ALEXANDRE DE LORIMIER unes des plus remarquables. Accompagnée de l’orgue et des chanteurs gospels, elle se lance pendant 6 minutes sur Witness, la plus grande réussite de l’album, et passe fluidement d’un rythme à l’autre, d’une voix à l’autre: au bout de 4 minutes, la chanson se transforme en une superbe ballade lente et douce avant de revenir aux rythmes originaux. Un grand moment! Sur The Beekeeper, elle offre une des productions les plus accomplies de sa carrière: elle utilise parfaitement chaque instrument ainsi que des sons électroniques et acoustiques pour ficeler une longue et envoûtante ballade. Dans Hoochie Woman, la surprise de l’album, Tori expérimente aux frontières du jazz et dénonce l’adultère. Résultat: une chanson tout à fait délectable et séduisante et une production remarquable. Les autres ballades ont plus de substance que sur Scarlet’s Walk, son précédent album. À noter, Ribbons Undone, Mother Revolution et Toast, trois des nombreuses perles de l’album. C’est la simplicité des mélodies, combinée à l’ensorcelante voix de Tori qui les rendent si puissantes. Pour conclure, je pense que l’album aurait été beaucoup plus accompli si un editing plus sévère avait réduit le nombre des chansons: certaines d’entre elles s’effacent à côté du reste de l’album et diluent un peu le tout. Malheureusement, Tori est trop attachée à son concept pour lâcher un des maîllons de la chaîne. Mais en général, l’album est une réussite, mais est loin d’être son meilleur. x PHILIPPE MANNASSEH