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Le Délit - Édition du 14 janvier 2026

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Publié par la Société des publications du Daily, une association étudiante de l’Université McGill Le Délit est situé en territoire Kanien’kehá:ka non cédé. Mercredi 14 janvier 2026 | Volume 117 Numéro 1

Vive Anthony depuis 1977.


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RÉDACTION 3480 rue McTavish, bureau 107 Montréal (Québec) H3A 1B5 Téléphone : +1 514 398-6790

Le Délit, par et pour vous

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ne nouvelle année civile débute et, avec elle, une nouvelle session du Délit. Pour la plupart des étudiants et étudiantes, l’arrivée de la nouvelle année précipite toutes sortes de changements ; un nouvel appartement, de nouvelles résolutions, de nouveaux cours, ou encore de nouveaux amis. Un retour parfois brutal, parfois doux, à la réalité universitaire après quelques semaines de sursis. Le Délit, lui non plus, n’est pas épargné par ce mouvement. Ce semestre, le conseil éditorial dit au revoir à plusieurs de ses membres pour en accueillir de nouveaux. À chaque renouvellement d’équipe, Le Délit se transforme légèrement, lui aussi. Chaque éditeur et éditrice qui passe par le journal l’imprègne d’une part de sa personnalité. C’est d’ailleurs pour cette raison que Le Délit possède une « section tournante », modelée au fil des semestres par les intérêts et les ambitions des membres du journal. L’automne dernier, cette section s’intéressait aux enjeux liés à l’alimentation à travers la section « Omnivore ». Il est désormais temps de renouveler la section tournante – et, pourquoi pas, de l’écrire avec vous! Si Le Délit évolue, son mandat reste toutefois inchangé : offrir aux étudiants et étudiantes francophones un espace d’information, mais aussi de dialogue. Chaque semaine, l’équipe du journal s’efforce de proposer à la population étudiante de l’Université McGill une couverture attentive des événements du campus, de la ville et des enjeux sociaux et culturels qui la touchent de près. Depuis 1977, c’est-àdire presque 50 ans, Le Délit est la voix de la communauté francophone de McGill. Tiré chaque semaine à 3 500 exemplaires et disponible gratuitement à l’entrée de tous les bâtiments de l’Université, ainsi que dans quelques cafés

montréalais, Le Délit est votre journal : nous écrivons sur vous, pour vous et avec vous. La vie universitaire peut parfois être solitaire, et ce sentiment se fait souvent plus présent au retour de plusieurs semaines passées auprès de ses proches. On regagne le campus en janvier, sous le poids de la neige, du froid et des échéances qui s’accumulent ; on retrouve ses habitudes et ses lieux familiers, mais avec un regard légèrement différent. On sous-estime trop souvent l’importance de la communauté dans nos vies. Pourtant, appartenir à un groupe où l’on se reconnaît et où l’on se sent à sa place est essentiel. Pour les membres du conseil éditorial, Le Délit est justement cela : une communauté. Et cette communauté est aussi la vôtre. Le journal ne pourrait exister sans son lectorat, sans celles et ceux qui le lisent, le questionnent et le font vivre. Alors, pourquoi ne pas franchir le pas ce semestre et contribuer directement au journal? Que ce soit par une illustration, une photographie ou un article sur un sujet qui vous touche, vous avez votre place dans nos pages. Une belle résolution pour l’année 2026. Au nom de toute l’équipe, j’aimerais souhaiter à notre lectorat une très belle année. J’espère que vous prendrez soin de vous et de vos proches, que vous accomplirez vos projets, et que vous serez patients avec vous-mêmes s’ils n’avancent pas toujours comme prévu. Et j’espère, plus que tout, vous voir nombreux et nombreuses dans les bureaux de la rédaction en 2026.̸

Eugénie St-Pierre Rédactrice en chef

Rédactrice en chef rec@delitfrancais.com Eugénie St-Pierre Actualités actualites@delitfrancais.com Héloïse Durning Timotée Allouch-Chantepie Vacant Culture artsculture@delitfrancais.com Jiayuan Cao Rose Langlois Société societe@delitfrancais.com Juliette Elie Marius Grieb Section tournante rec@delitfrancais.com Vacant Vacant Coordonnatrice de la production production@delitfrancais.com Elie Nguyen Visuel visuel@delitfrancais.com Stu Doré Vacant Photographe visuel@delitfrancais.com Vacant Coordonnateur·rice·s de la correction correction@delitfrancais.com Vacant Vacant Coordonnateur·rice·s des réseaux sociaux reso@delitfrancais.com Vacant Vacant Contributeur·rice·s Catvy Tran, Sixtine Nicolaÿ, Dalia Djazouli, Félix Fournier, Toscane Ralaimongo Couverture Catvy Tran

BUREAU PUBLICITAIRE 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 0E7 Téléphone : +1 514 398-6790 ads@dailypublications.org Publicité et direction générale Letty Matteo Ventes et assistance administrative Letty Matteo Support graphique et technique Alice Postovskiy Comptable Boris Shedov The McGill Daily coordinating@mcgilldaily.com Andrei Li Conseil d’administration de la SPD David Choi , Andrei Li, Vincent Maraval, Letty Matteo, Rafael Miró, Sena Ho, Eugénie St-Pierre, Elie Nguyen Les opinions exprimées dans les pages du Délit sont celles de leurs auteur·e·s et ne reflètent pas les politiques ou les positions officielles de l’Université McGill. Le Délit est indépendant de l’Université McGill. Le Délit est situé en territoire Kanien’kehá:ka non cédé.

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L’usage du masculin dans les pages du Délit vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire. Les opinions de nos contributeur·rice·s ne reflètent pas nécessairement celles de l’équipe de la rédaction. Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mercredis par la Société des publications du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavant réservés). L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans le journal. Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimeries Transcontinental Transmag, Anjou (Québec).

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actualités Canada

actualites@delitfrancais.com

La liberté de la presse : bilan de l’année 2025 La liberté de la presse au Canada et dans le monde.

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u cimetière des reporters de guerre à Bayeux, en France, de grandes pierres tombales portent les noms des journalistes morts au fil des années. Devant la stèle dédiée à 2025, un petit pot aux fleurs blanches fanées rappelle silencieusement le prix payé cette année-là. Avec 2025 derrière nous, il est désormais possible de dresser le bilan de la liberté de la presse dans le monde, qui depuis quelques années continue de chuter. Les journalistes sont les premiers à en payer le prix : 67 ont été tués cette année, dont 79 % ont été délibérément ciblés dans des contextes de guerre ou de crime organisé. De plus, 503 journalistes sont encore détenus et 20 demeurent en otage. Tout cela est symptomatique d’un problème plus large : l'érosion des démocraties, la baisse de la confiance généralisée envers les médias d’information et l’affaiblissement des institutions internationales. Une vision internationale À l’échelle mondiale, le nombre de journalistes morts est généralement en baisse : 88 en 2022, 64 en 2023 et 68 en 2024. Selon l’UNESCO, cette baisse s’explique notamment par une diminution des violences dans les pays hors zones de conflit, notamment en Amérique latine et dans les Caraïbes. Le nombre de victimes de conflits, quant à lui, est en hausse. Reporter Sans Frontières (RSF) affirme que l'État d’Israël est le plus dangereux pour les journalistes, responsable à lui seul de la mort de près de 220 professionnels de la presse depuis octobre 2023.

Carte du Classement mondial de la liberté de la presse en 2025 - Reporters Sans Frontières / rsf.org risque d’inspirer d’autres acteurs partout dans le monde : « Je pense qu’on va entrer dans une période sombre. Un précédent terrible vient

ment ceux susceptibles de nuire aux intérêts de leurs bailleurs de fonds. Par ailleurs, il souligne que certaines personnes exploitent la no-

« Moins de journalistes indépendants, moins de journalistes en général, moins de liberté de presse » Rafael Miró, journaliste à La Presse

d’être établi (tdlr). » Le chef d'État israélien, quant à lui, nie avoir ciblé des reporters et dénonce les actions du Hamas qui serait, selon lui, ceux Depuis le début de la guerre, de qui « exécutent des journalistes ». grands efforts ont été déployés par les autorités israéliennes pour Au Canada contrôler les informations sortant de Gaza, notamment en empêchant Le classement annuel de RSF rétout journaliste étranger d'entrer vèle que le Canada a chuté de sept sur le territoire. Le premier ministre places en 2025, passant de la 14e à la israélien Benyamin Netanyahou cite 21e position mondiale en matière de des raisons de sécurité, expliquant liberté de la presse. que Gaza est une zone de guerre extrêmement dangereuse. Parmi les facteurs évoqués par RSF, le plus important consiste en la couD’après RSF, près de la moitié des verture médiatique des droits des journalistes tués en 2025 (43 %) ont peuples autochtones, qui reste proété abattus par l'armée israélienne. blématique dans les médias cana-

« Le Canada a chuté de sept places en 2025, passant de la 14e à la 21e position mondiale en matière de liberté de la presse » La présidente de l’organisation, Anne Bocandé, voit ce phénomène comme le reflet d’une haine grandissante à l’encontre des journalistes, et condamne l’impunité persistante qui entoure de tels actes. Lors d’une entrevue avec Le Délit, Marcello Di Cintio, auteur et journaliste canadien, se livre à ce sujet. Pour lui, l’absence de sanction envers Israël

nelle, qui complique la capacité du public à distinguer le vrai du faux. Les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle facilitent la propagation

diens. RSF note que même si le cadre légal et institutionnel du Canada protège formellement la liberté d’expression, des progrès restent nécessaires pour que l’information reflète de manière adéquate et respectueuse les enjeux autochtones. Marcello Di Cintio alerte sur le phénomène de surcharge information-

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d’un nombre incalculable de sources qui disent tout et son contraire. Ce phénomène est illustré par la crise du COVID où les vaccins étaient tour à tour loués et dénigrés. Dans ce contexte, les individus ne construisent plus leurs connaissances à partir des faits objectifs, mais cherchent les informations auxquelles ils veulent croire. « On en est à un point où l’on suppose que ce qu’on n’aime pas est un mensonge », déplore-t-il. Rafael Miró, journaliste à La Presse et ancien du Délit souligne le faible nombre de médias indépendants au Canada. « Moins de journalistes indépendants, moins de journalistes en général, moins de liberté de presse », résume-t-il. Il explique que de nombreux médias reçoivent des dons de grandes entreprises, ce qui soulève des questions quant à leur impartialité : « De grosses entreprises comme Desjardins ou Air Transat font des dons importants aux médias québécois privés, de l’ordre parfois de dizaines de milliers de dollars. Ces mêmes médias pourraient donc hésiter à lancer une enquête sur une entreprise donatrice et risquer de perdre ce financement. » Cette dépendance financière limite la capacité des médias à couvrir certains sujets sensibles, notam-

tion de liberté de la presse pour servir leurs intérêts personnels, en insistant sur leur légitimité. Ces individus veulent utiliser la presse comme plateforme pour exprimer leurs opinions extrêmes et biaisées. À ce sujet, il insiste : « Il y a une grosse différence entre la liberté d’expression et la liberté de s’exprimer dans un média. » La liberté d’expression est un droit fondamental, mais il ne faut pas la confondre avec un droit d’accès aux

sion des rédacteurs en chef, euxmêmes influencés par « les intérêts des annonceurs, l’idéologie et les préférences de leurs supérieurs ». De son côté, Marcello Di Cintio souligne que cette restriction auto-imposée se manifeste aussi à travers un usage trop souvent neutre, voire distant, du langage dans les médias, notamment dans le traitement du conflit israélo-palestinien. Il dénonce l’emploi systématique de la voix passive dans les titres, qui gomme les responsabilités. Cette forme de langue neutre contribue à brouiller la compréhension et à limiter la portée critique des reportages. Lors de notre entretien, Marcello Di Cintio remet les choses en perspective : « Nous, on se fait réduire au silence, eux, ils se font tuer. » Au cimetière des reporters de guerre, les pierres tombales témoignent du

« Nous, on se fait réduire au silence, eux, ils se font tuer » Marcello Di Cintio, journaliste médias. Eux sont régis par des règles plus strictes, par des choix éditoriaux et par des exigences de véracité de l’information et de neutralité. Cette confusion nuit à la qualité de l’information et à la crédibilité du journalisme.

prix humain payé par les journalistes dans l’exercice de leur métier, rappelant l’importance de l’effort constant pour préserver la liberté de la presse. ̸

Enfin, l’autocensure reste un enjeu majeur dans les médias canadiens, comme l’affirme Jeremy Appel, journaliste canadien. Ce dernier explique qu’« il y en a beaucoup dans les médias canadiens, en particulier dans les rédactions grand public ». L’autocensure, selon lui, Héloïse Durning s’installe peu à peu sous la pres- Éditrice Actualités

actualités

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International

Frappes au Venezuela : entre fermeté et confusion La capture du président Maduro par les États-Unis plonge le pays dans l’incertitude.

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ans la nuit du 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire sur le sol du Venezuela. De premières frappes se sont fait entendre dans Caracas à deux heures du matin. Une fois plusieurs infrastructures de défense démantelées, les forces spéciales américaines de l’unité Delta, appuyées par l’intelligence de la CIA, ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro, ainsi que sa femme, Cilia Flores. Ces derniers ont ensuite été rapatriés sur le territoire américain et font désormais face à des charges criminelles pour trafic de cocaïne, ainsi que pour collaboration avec des groupes terroristes. L’opération, appelée « Absolute Resolve », aurait fait 100 morts civiles et militaires selon le gouvernement vénézuélien. Les actions de l’administration Trump, réalisées sans le soutien formel de la Chambre des députés, sont critiquées pour leur légalité, leurs motivations, ainsi que leurs conséquences domestiques et géopolitiques.

et la communauté internationale dans une période de doute. Au Venezuela, la confusion règne autour de la succession à la présidence et la direction générale du pays. Si Trump a annoncé son intention de « diriger [lui-même] le pays », la nation sud-américaine continue pour le moment d’être dirigée par le parti de Nicolás Maduro. Sa vice-présidente et présidente par intérim, Delcy Rodriguez, se trouve désormais dans une position compliquée. Elle doit à la fois affirmer son soutien pour celui qu’elle considère encore président, tout en évitant de se mettre les États-Unis à dos. À noter que la crise politique précède l’intervention américaine. Les élections présidentielles de 2024 ont vu Maduro maintenir sa présidence, malgré un scrutin contesté et une légitimité électorale remise en question. Sa présidence n’est pas reconnue par la majorité de la communauté internationale.

Un contexte déjà tendu Si l’hémisphère occidental s’est réveillé ce matin-là surpris par la nouvelle de l’opération, celle-ci se profilait à l’horizon depuis quelques semaines déjà. En effet, depuis août 2025, l’armée américaine renforce son dispositif militaire dans les Caraïbes. Depuis septembre, l’administration Trump ordonne des frappes sur des bateaux suspectés de narcotrafic en provenance du Venezuela. Malgré la légalité contestée de ces actions, D.C. continue l’escalade en saisissant des navires transportant du pétrole vénézuélien sanctionné, à partir du 10 décembre. Pour consolider la présence américaine dans la région, les États-Unis signent, le 15 décembre, un accord avec Trinidad et Tobago afin que l’armée puisse utiliser les infrastructures aéroportuaires au large du Venezuela. Le pic de l’engagement américain est atteint lors de l’intervention militaire dans le cadre de l’opération Absolute Resolve. Au-delà des litiges géopolitiques et juridiques, l’opération est un succès militaire pour la puissance. Sans aucune perte humaine, l’armée américaine s'est infiltrée dans un pays lourdement défendu et a exfiltré son président, le tout en moins de deux heures et demie. Dans un entretien avec Le Délit, Juan Pablo Luna, professeur de sciences politiques à McGill,

Stu Doré | Le Délit candidaté sur une plateforme de noninterventionnisme en 2024. Après plusieurs engagements militaires portés, notamment en Iran et en Syrie, l’administration semble avoir fait demi-tour sur cette politique. Le Venezuela incarne plusieurs aspects de la politique internationale de la Maison-Blanche. La république bolivarienne possède no-

« Nous vivons dans un monde, le vrai monde, qui est gouverné par la force, par le pouvoir! » Stephen Miller, conseiller américain à la sécurité nationale spécialiste de l’Amérique latine, note « l’effet de démonstration (tdlr) » qui permet aux États-Unis de « définir les attentes américaines » pour la région.

tamment la plus grande réserve de pétrole du monde, avec plus de 300 milliards de barils, soit près d’un cinquième du total mondial. Si les intérêts économiques américains étaient dissiDes motivations contestées mulés dans ses interventions militaires passées, le président businessman n’a Reste à connaître les véritables mo- pas caché ses ambitions d’exploitation tivations derrière l'opération améri- de l’or noir vénézuélien. Il cite caine, alors que Donald Trump avait d’ailleurs comme justificatif « les infra-

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Au-delà des frontières vénézuéliennes, l’intervention américaine se range dans la continuité de leur politique internationale, tout en y marquant un tournant. L’héritage de la doctrine Monroe , initialement conçue par les États-Unis comme une politique anticoloniale, se voit détournée comme justificatif d’interventionnisme. Dans sa réinvention trumpienne, la « doctrine Donroe », est pour Luna « un retour idéologique de Manifest Destiny », la politique d'expansionnisme et de mise en place de la sphère d’influence américaine du 19e siècle. Il explique que « l’opérationAbsolute Resolveouvre la porte à un interventionnisme croissant ». Par exemple, « Trump n’a pas dissimulé son rôle dans les élections de mi-session en Argentine, ainsi que dans la politique économique du pays ». Cette évolution dans l’exercice de la diplomatie américaine montre le réalisme d’une certaine branche de l’administration Trump, pour qui la force brute définit la hiérarchie internationale. Notamment, le conseiller proche du président, Stephen Miller, s’est exprimé sur CNN, affirmant : « Nous vivons dans un monde, le vrai monde, qui est gouverné par la force, par le pouvoir! » Pour Luna, c’est cette vague idéologique qui est derrière l’opération américaine, cette dernière étant « symptomatique de la dégradation des normes internationales post-1945 ».

structures pétrolières gravement en- les États-Unis et le Venezuela s'accédommagées. [On va] commencer à lère ». Quant à lui, Maduro a plaidé générer des profits pour le pays ». son innocence devant un tribunal de New York, où il a rappelé qu’il était enDans la défense de l’intervention par core président de son pays. la Maison-Blanche, on trouve par Plusieurs critiques craignent que ce réaailleurs la question du narcotrafic. Enfin, vis-à-vis des enjeux internatio- lisme légitime les actions de la Russie Les accusations criminelles envers naux, le Venezuela joue un rôle sin- en Ukraine, ou habilite la Chine dans ses Nicolás Maduro montrent bien l’in- gulier en tant qu’allié de la Russie ambitions taïwanaises, ouvrant ainsi tention de l’administration Trump et de l’Iran. Maillon faible de cette des questions autour de la garantie du de combattre le trafic de drogue sur coalition non officielle, il offre une droit international. L’opération Absolute le continent américain ; cependant, alternative à l’hégémonie régio- Resolve établit donc la nouvelle fermecertaines critiques soulignent une nale américaine dans l’hémi- té américaine dans l’hémisphère occihypocrisie du président. En effet, ce sphère occidental. dental, tout en invitant plusieurs dernier avait pardonné Juan Orlaninterrogations sur l’avenir des relado Hernandez, ex-président hondu- Aucune de ces raisons ne semble tions internationales. ̸ rien, pour des crimes similaires, le convaincre la majorité des Améri1er décembre. Cette grâce semble cains sur la nécessité de cette intercontredire la véracité des motiva- vention. Selon un sondage Ipsos tions de l’opération. Luna explique pour Reuters, seulement 33 % du que « pour les États-Unis, le trafic ve- pays y est favorable. nant du Venezuela n’est pas la priorité dans le combat contre le Un avenir incertain narcotrafic. D’autant plus que le trafic s’est déplacé vers l’Équateur depuis Si l’opération est un succès pour la Timotée Allouch-Chantepie que la dégradation des relations entre Maison-Blanche, elle plonge la région Éditeur Actualités

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EN BREF

La sélection d’actus du Délit

Le Groenland : la nouvelle fixation de l’administration Trump C’est un bouleversement d’ordre international que nous offre le début de l’année 2026. En quelques jours seulement, le rapport entre les États-Unis et le reste du monde s’est dégradé. Le président américain Donald Trump et son administration, dans leur application de la loi du plus fort, ne se sont pas satisfaits de leur succès militaire au Venezuela avec la capture du président Nicolás Maduro. Dans les heures suivant l’opération menée dans le pays d’Amérique latine, Trump a profité d’une conférence de presse pour menacer sous couvert la Colombie et Cuba. Dans la foulée de cette semaine agitée, il promet aussi d’intervenir en Iran si les manifestations qui secouent le pays sont réprimées par le régime. Dans cette tournée mondiale, même les membres de l'OTAN ne sont pas été épargnés. C’est le cas du Groenland, appartenant au Danemark, qui se retrouve tout en haut de la liste du président républicain. Site géographique stratégique vis-à-vis des tensions maritimes dans l’Arctique avec la Russie, ce territoire autonome offre déjà plusieurs avantages militaires aux États-Unis. En effet, un traité datant de 1951 leur donne la capacité d’y construire, entretenir et opérer des bases militaires. Pourtant, Donald Trump martèle l’importance de posséder l'île pour des raisons de « sécurité nationale (tdlr) ». Le Canada et les grands acteurs européens ont tous manifesté leur soutien au Danemark : ils rappellent la nécessité de respecter la souveraineté du Groenland, ce qui n’apaise point les tensions entre les alliés occidentaux.

Timotée Allouch-Chantepie Éditeur Actualités

Incendie du Crans-Montana Le 9 janvier a été décrété jour de deuil national en Suisse, à la suite de l'incendie du bar Constellation à Crans-Montana, dans le canton du Valais. Survenu durant la nuit du Nouvel An, ce drame a fait 40 morts et 116 blessés, âgés en moyenne de 16 à 25 ans. Des bougies allumées, au contact du plafond du sous-sol du bar, auraient provoqué un embrasement généralisé. « C’est l’une des pires tragédies que notre pays ait connues », a déclaré Guy Parmelin, président de la Confédération suisse, durant ce qui devait être son discours traditionnel du Nouvel-An. Les Moretti, couple français copropriétaire du Constellation, font l'objet d'une enquête pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». Jacques Moretti, déjà condamné par la justice française en 2008 pour proxénétisme, a été placé en détention préventive à l'issue d'une audience de plus de six heures ce vendredi 9 janvier à Sion. Le risque de fuite était jugé élevé, compte tenu du lourd passé judiciaire de Moretti. Une mesure de détention réclamée depuis près d'une semaine par les familles des victimes, dont la colère s'est intensifiée à mesure que les premiers éléments d'enquête révélaient des manquements flagrants : voies de secours non conformes et panneaux phoniques inadaptés. D'après les autorités cantonales, aucune inspection de sécurité et d'incendie n'avait été effectuée depuis 2019. En attendant que la justice cantonale fasse toute la lumière sur cette tragédie, la Suisse s’est recueillie le vendredi 9 janvier, jour de deuil national. L’ensemble de la population a observé une minute de silence à 14 h. Une cérémonie officielle d'hommage aux victimes s'est tenue à Martigny, marquée par la présence de hauts dignitaires suisses, français et italiens. En début de soirée, les Genevois se sont recueillis autour de la cathédrale Saint-Pierre.

Dalia Djazouli Contributrice

Attentat de la plage Bondi Le 14 décembre 2025, 18h47, à quelques pas de la plage de Bondi à Sydney, l'Australie est frappée par l’attaque terroriste la plus meurtrière de son histoire. Un père et son fils, Sajid et Naveed Akram, ont ouvert le feu sur un rassemblement d’une centaine de personnes à l’occasion de la fête juive de Hanoukka. L’attaque a duré près de dix minutes et a fait 15 morts et plus de 40 blessés. Le père, Sajid Akram, 50 ans, est abattu sur place ; quant à Naveed, il est arrêté et devrait comparaître devant la justice d’ici avril pour meurtre et acte terroriste. Une enquête sur les motifs derrière l’attaque est actuellement en cours. Les autorités australiennes affirment que les auteurs n’auraient reçu ni formation ni parrainage officiel, bien que Naveed ait des connexions avec une organisation pro-État islamique. Le premier ministre australien, Anthony Albanese, a dénoncé cet acte « de pure malveillance ». Il a affirmé, lors d’une conférence de presse, sa volonté de tout faire pour éviter qu’un tel événement ne se reproduise, en commençant par un durcissement des lois sur les armes à feu. Le chef d’État israélien, Benyamin Netanyahou, s’est aussi exprimé, accusant Albanese de n’avoir rien fait pour empêcher la montée de l’antisémitisme dans son pays, et d’avoir encouragé l’attaque par sa reconnaissance de la Palestine en juin dernier. Anthony Albanese rejette ces accusations et réaffirme : « Ceci est un moment d’unité nationale où nous devons nous rassembler ». Il ajoute que « les Australiens soutiennent massivement la communauté juive en cette période difficile ». ̸

Héloïse Durning Éditrice Actualités Illustrations : Stu Doré | Le Délit

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Société société@delitfrancais.com

OPINION

Trop d’infos Cultiver son environnement médiatique.

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’année vient tout juste de commencer et on n’a déjà plus assez de doigts pour compter les mauvaises nouvelles de 2026. Évidemment, il est normal que les médias rapportent davantage d’informations à connotation négative ; elles sont plus souvent porteuses d’intérêt public. Elles prennent toutefois une place démesurée dans nos cerveaux, machines exceptionnelles, mais exceptionnellement sousadaptées à la quantité d’informations qu’on reçoit chaque jour. Je ne souhaite pas rentrer dans l’aspect scientifique de tout ça, même s’il est fascinant. Pour illustrer grossièrement le biais de négativité du cerveau humain, prenons l’exemple suivant : si je marche dans la forêt et que je vois sur mon chemin un carcajou et un milliard de magnifiques marguerites, malgré la beauté et l’abondance des fleurs, mon cerveau va allouer davantage de ressources pour traiter l’information qui a rapport au carcajou, puisque ma vie est potentiellement en danger. C’est très simplifié, mais je suis certaine que vous comprenez où je

veux en venir : une mauvaise nouvelle peut facilement prendre le dessus. Et une multitude de mauvaises nouvelles peuvent rapidement devenir écrasantes. Ce biais nous a longtemps aidés à survivre, et est sûrement encore utile, mais un effet secondaire est apparu avec l’augmentation de l’accessibilité à l’information, notamment grâce à Internet : un excès d’informations négatives.

ne devrait pas prendre sur soi le de- Elle contribue aussi à atténuer voir de changer le monde et la certaines réactions émotioncharge émotionnelle qui vient avec. nelles excessives, en plus d’aider à comprendre leur utilité. Je suis d'avis que tout le monde a le pouvoir de faire quelque chose, Par exemple, la manière dont l’inmême pour un enjeu à des milliers formation est présentée a un de kilomètres de soi, mais essayer énorme impact sur notre réaction. sans succès de combattre ne fait que L’émotion n’est pas la même en limener à un sentiment d’anxiété, sant l’annonce de la mort de George, d’impuissance, d’épuisement, de dé- six ans, yeux bleus, qui aimait

consommation de nouvelles. Quand j’avais discuté d’éco-anxiété avec l’humoriste Dhanaé A. Beaulieu, il m’avait expliqué qu’il y faisait face en plantant des arbres sur le terrain de sa coopérative d’habitation. Je n’ai pas la réponse au problème de la surdose d’informations, mais je pense que l’action concrète à petite échelle peut aussi aider.

« Une bonne littératie médiatique ne permet pas seulement de faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles. Elle contribue aussi à atténuer certaines réactions émotionnelles excessives, en plus d’aider à comprendre leur utilité »

Je ne suis pas lectrice de nouvelles à temps plein ; les informations que mon cerveau traite ne se limitent pas à cela. Je suis étudiante, éditrice, amie, sœur, fille. J’ai, comme vous, des lectures, des notes à prendre, des textos auxquels répondre, des responsabilités, des préoccupations... Quand on y ajoute les nouvelles, ça devient ra- tachement et au pessimisme qui fi- l’école et laisse ses parents dans le pidement épuisant mentalement. nit par nuire plutôt qu’aider. deuil, qu’en lisant « l’opération américaine a fait 100 morts ». Lire les Les médias ont un pouvoir réel d’in- Je pense que, pour remédier à ce nouvelles ne suffit pas pour remplir fluence sur la société. Une enquête problème, sans arrêter de s’infor- son devoir de citoyen ; il faut comqui dévoile les mauvaises condi- mer, on doit cultiver une littératie prendre ce qu’on nous dit, mais surtions de vie dans les CHSLD peut, médiatique. Une bonne littératie tout, comment on nous le dit. par exemple, mener à de réels chan- médiatique ne permet pas seulegements qui améliorent la vie des ment de faire la distinction entre Ma résolution de 2026 est d’avoir résidents. Pourtant, tout le monde les vraies et les fausses nouvelles. une meilleure hygiène dans ma

Toscane Ralaimongo

Cette session, je plante un arbre sur le terrain de la section « Opinion ». Je remets plus que jamais en question nos manières de consommer l’information, de penser, de poser nos questions, de vivre en société et de prendre soin de notre environnement (médiatique, naturel, politique, etc.). Chaque éditeur de la section « Opinion » a son angle et son style particulier. Je serai assurément moins incendiaire qu’Antoine : mon opinion la plus provocante de la session sera, peut-être, qu’on n’a pas nécessairement besoin d’une opinion tranchée pour écrire en « Opinion ». Mais, comme lui, je vous encourage fortement à contribuer à la section. « Écrivez, ça déniaise », comme il l’a dit. La section est aussi ouverte à vos positions les plus fermes, tant qu'elles sont basées sur des faits et qu’elles respectent les principes de non-discrimination du Délit, évidemment. C’est loin d’être mon premier article au Délit, mais c’est mon premier article en « Opinion » et je dois avouer que c’est un peu un saut dans le vide. C’est intimidant de dire ce que l’on pense, sans le bouclier de l’objectivité (du moins tentée, aussi bien qu’on le peut). C’est aussi libérateur et un excellent exercice de confiance en soi. Cette session, je vous propose une résolution : osez franchir le pas de lecteur à contributeur, et prenez la place à laquelle vous avez droit au sein des pages de votre journal. ̸

Juliette Elie Éditrice Opinion

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NATURE HUMAINE

Nature et culture : une opposition qui n’a pas lieu d’être Aperçu de notre nouvelle sous-section : « Nature humaine ».

O

n se plait à concevoir le monde à travers des oppositions. La gauche n’est pas la droite, ce qui est bon ne peut pas être mauvais : ce mode de pensée domine notre raisonnement logique et notre capacité analytique. À l’échelle individuelle, c’est une approche qui peut paraître anodine, voire tout simplement naturelle. Après tout, on a toujours fait comme ça. Cependant, en observant les conséquences à l’échelle écologique et philosophique de certaines de ces oppositions, on commence à s'interroger sur leur utilité et leur universalité. Un excellent point de départ est la distinction entre la nature et la culture. Noyés dans l’évidence de ce contraste, on oublie souvent que cette opposition n’est pas innée, mais plutôt le produit de contingences historiques. À l’époque des Lumières, quand les philosophes commençaient à théoriser cette séparation, il existait encore une multitude de communautés à travers le monde qui vivaient en symbiose avec leur environnement, et n’avaient jamais eu besoin d’opérer la distinction entre leur nature et leur soi-disant « culture ». Cependant, à l’heure où j’écris cet article, le mot « culture » semble presque inextricable du jargon populaire, médiatique et politique. Mais comment cette extériorité vis-à-vis du monde non-humain s’est-elle consolidée si efficacement? Quels intérêts at-elle servis? Et, dans un contexte de crises environnementales, sociales et politiques, en quoi est-il impératif de repenser cette opposition? Nature et culture : les distinguer? Quand on parle de nature, on a tendance à imaginer un monde extérieur à la société, détaché des systèmes du monde humain. Par opposition, la culture est souvent comprise comme unique à l’humain, une fondation sur laquelle se construisent les civilisations. À partir de cette rupture théorique se forme une dualité qui paraît nette et

Juliette Elie | Le Délit par des divisions abstraites entre cultures et des divisions concrètes entre les droits des humains et nonhumains. C’est sur cette base que l’environnement et la vie non-humaine sont progressivement réduits au statut d’objets à manipuler, de ressources à exploiter ou de décors passifs dont on n’a pas à prendre soin. À quel prix? La croissance économique décélère, la mission civilisatrice de l’époque coloniale est rejetée par ses destinataires, et on nous répète sans cesse que la culture est en crise. Cette fameuse culture, censée être le terrain de l’agencement humain, la mémoire vivante des accomplissements de nos nations, s’écroule devant nos yeux, au rythme de la crise environnementale.

gnie Coca-Cola. L'impératif du profit a perverti la fête culturelle de Noël, et ainsi son sens profond, nous encourageant à toujours consommer plus. Cette même marque qui transforme la signification de Noël est aussi responsable d'un total cumulé de 3,61

Coca-Cola : l’ennemi du vivant

millions de tonnes métriques d’emballages plastiques qui se retrouveront dans les systèmes aquatiques entre 2024 et 2030. Cette corrélation entre fête culturelle commercialisée et nature polluée n’est pas fortuite : après avoir commercialisé les fêtes, Coca-

Cola souille nos océans. La destruction concomitante de la nature et de la Nos grands-parents se plaignent culture est accomplie au profit des souvent que Noël a perdu son essence, mêmes intérêts économiques. cette fête chrétienne à laquelle on reproche de n’être rien de plus qu’un La dégradation de la culture et de la narituel de marketing et de consomma- ture est une seule et même tragédie. tion. Ils n’ont peut-être pas tort. L’homme a forgé son patrimoine avec Après tout, l’image aujourd’hui domi- ce que la nature lui a offert : le calennante du Père Noël vêtu de rouge n’est drier de nos fêtes et célébrations En sortant l’homme de son environnepas une tradition immémoriale, mais sociales s’est fait en accord avec le cament, on choisit de vivre dans un le produit de campagnes publicitaires lendrier de la nature et le rythme des monde où les relations matérielles, menées au 20e siècle par la compa- saisons. À présent, le progrès technoécologiques et vitales sont remplacées

le délit · mercredi 14 janvier 2026 · delitfrancais.com

contexte de lutte existentielle contre le dérèglement climatique. Pour reprendre les termes des manifestants écologiques du mouvement zadiste français, fondé sur l’occupation de zones à défendre (ZAD) contre des logiques productivistes : « Nous ne

« On veut nous faire croire qu’un avenir qui ne passe pas par la réconciliation de la société et de l’environnement est toujours possible, mais c’est de la naïveté »

« C’est seulement à travers cette solidarité entre êtres vivants qu’on peut assurer la survie des hommes et de la nature dans un contexte de lutte existentielle contre le dérèglement climatique » rigide : les humains d’un côté, la vie non-humaine de l’autre. C’est en raison de cette intuition fallacieuse que philosophes, capitalistes et conquérants du monde justifient la supériorité de l’homme sur la nature. Après tout : ce qui est divisé doit être hiérarchisé.

logique et l’industrialisation nous ont permis d’obéir à d’autres lois que celles de la nature, pour le meilleur et pour le pire – tomates sous serres et ananas en hiver sont devenus notre quotidien. Ce bouleversement des rapports entre l’humain et la nature

se fait au profit des entreprises internationales qui, en compétition entre elles, demandent toujours plus de croissance et consommation, toujours plus vite. C’est ainsi que s’est développée une logique extractiviste et coloniale, qui maintenant s’infiltre dans l’ensemble des rapports entre la société et le monde vivant.

défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. »

On veut nous faire croire qu’un avenir qui ne passe pas par la réconciliation de la société et de l’environnement est toujours possible, mais c’est de la naïveté. C’est donc en raison d’un sentiment d’indignation et par un désir de faire connaître Bienvenue! l'interdépendance du monde vivant que, ce semestre, Le Délit vous propose La distinction entre nature et une nouvelle sous-section multidisciculture a pour conséquence d'objec- plinaire : « Nature humaine ». tifier le monde non-humain. Adhérer à cette vision dualiste, c’est Cette section se réapproprie le sens légitimer la différenciation du vi- du terme pour se concentrer sur ce vant (humain et non-humain), la que ses éditeurs pensent plus pertiséparer en couches, la hiérarchiser. nent : le monde du vivant. La section L’homme n’a pas besoin de protéger « Nature humaine » vous invite à rela nature ; il a besoin de se recon- penser votre humanité! ̸ naître comme partie intégrante du monde vivant. C’est seulement à travers cette solidarité entre êtres vivants qu’on peut assurer la survie Marius Grieb des hommes et de la nature dans un Éditeur Enquête

SOCIÉTÉ

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OPINION

Pourquoi il ne faut pas fuir les débats de famille L’importance du dialogue dans une société polarisée.

L

es fêtes sont souvent l’occasion de retrouver sa famille autour d’un souper chaleureux et gourmand. Mais un élément peut totalement changer le destin festif de ces repas : les débats politiques. En effet, il suffit d’un commentaire sur les pistes cyclables ou sur l’immigration pour que le souper passe d’un moment agréable en famille à une arène de gladiateurs où tous les coups sont permis. Alors, certains, par peur que ces réunions de famille dégénèrent totalement, décident de bannir les sujets politiques, les jugeant inutiles, car simplement sources de tension. Je pense plutôt que ces débats sont loin d’être inutiles ; même s’ils sont la cause de désaccords, ils restent des conversations essentielles qu’on ne devrait pas fuir.

si elle présente une forme de diversité, l’université demeure un milieu assez homogène qui ne peut pas toujours répondre à toutes nos attentes en termes de pluralité des opinions politiques. De la même façon, nos amis vont souvent avoir tendance à partager des valeurs similaires aux nôtres, puisqu’il me semble compliqué d’être proche de personnes qui ont des valeurs totalement opposées. Ce faisant, nos amis vont également avoir tendance à partager des opinions politiques assez proches des nôtres, ce qui contribue à renforcer nos idées de base.

En comparaison, la famille est un espace très hétérogène, car elle regroupe sous un même toit plusieurs générations avec une éducation et des expériences totalement différentes d’un membre à l’autre. Je Avant d’évoquer les aspects posi- perçois ces écarts particulièrement tifs de ces débats, je tiens à quand je compare l’environnement

« Nos visions du monde sont parfois si éloignées qu’il peut être difficile de comprendre comment un proche peut défendre certaines idées, et inversement » reconnaître que je me base sur une vision assez optimiste de la famille : un espace où chacun peut exprimer ses opinions librement et être écouté. Mais je suis consciente que dans de nombreux cas, il n’est simplement pas possible d’avoir des débats respectueux et instructifs. Au lieu, la volonté de chacun d’imposer ses idées transforme le débat en un réel affrontement qui ne fait que diviser. Cependant, reconnaître que le débat n’est pas toujours possible ni utile ne signifie pas pour autant nier son importance. Il s’agit au contraire de comprendre les conditions nécessaires à un dialogue constructif, basé sur l’écoute et le respect. La famille comme un espace de diversité Ces échanges politiques en famille ont, dans un premier temps, la capacité de nous sortir de notre bulle idéologique étudiante en nous exposant à des points de vue différents. Même si on baigne dans un environnement où le débat est vivement encouragé et où la liberté d’expression est protégée, l’université reste un milieu qui manque parfois de diversité. En effet, nos classes regroupent, en majeure partie, des personnes ayant le même âge et vivant dans la même ville. Et même si les milieux sociaux diffèrent, l’université reste une opportunité coûteuse et donc réservée à une population privilégiée. Ainsi,

8 société

dans lequel mon grand-père a grandi, une ferme dans le fin fond de la France, et l’environnement dans lequel j’ai grandi, à Hong Kong et dans des lycées internationaux. Ces différents parcours de vie sont à l’origine de visions du monde différentes, qui se reflètent dans une diversité d’opinions politiques. Apprendre à accepter le désaccord C’est justement cette diversité qui rend ces débats si sensibles. Nos visions du monde sont parfois si éloignées qu’il peut être difficile de comprendre comment un proche peut défendre certaines idées, et inversement. Mais si cette différence est à l’origine de tensions, elle rend aussi ces débats si essentiels. En nous confrontant à des opinions différentes, elle nous impose une re-

Stu Doré | Le Délit

sans vouloir convaincre à tout prix, crée un espace dans lequel on peut mieux comprendre les peurs et les logiques à l’origine de certaines opinions politiques. Il ne s’agit pas d’adopter leurs idées, mais simplement de comprendre le raisonnement qui les mène à penser de cette manière.

ces représentations simplistes en nous donnant la possibilité de réellement échanger. Si les débats télévisés ont pour but de créer le spectacle plus que d’informer, le cadre familial est un espace beaucoup moins hostile où l’on ne débat pas seulement avec une idée, mais avec un oncle, une grand-mère ou Humaniser l’opposition dans un un parent. Ce lien particulier qui contexte polarisé nous unit en famille signifie que malgré nos désaccords profonds, Ce dialogue me semble d’autant il n’est pas possible de déshumaplus important dans notre ère actuelle, niser totalement l’autre. Et donc

LGBTQ+ – peuvent, dans certaines familles, être dangereux à aborder. Toutes les familles ne sont pas des environnements sûrs, et le silence est parfois une stratégie de survie plus qu’un rejet de la discussion. Enfin, encourager le débat ne signifie pas que tous les propos sont recevables. Accepter le désaccord d’opinion ne veut pas dire que des propos racistes, homophobes et discriminatoires sont acceptables.

Ainsi, dans un contexte de forte polarisation, les débats politiques en famille, lorsqu'ils sont faits de manière respectueuse, sont des moments importants où l’on peut confronter nos visions différentes, sans pour autant les caricaturer. Alors, la même sans être d’accord, on ob- prochaine fois qu’un débat éclate dans tient et on offre une vision plus votre famille, ne fuyez pas! ̸ humaine de l’opposition politique, ce qui contribue à limiter cet effet de polarisation souvent alimenté par une aliénation de l’opposition et un manque de dialogue.

« Ce lien particulier qui nous unit en famille signifie que malgré nos désaccords profonds, il n’est pas possible de déshumaniser totalement l’autre » mise en question de nos propres idées et une réelle écoute de ce que dit l’autre. C’est uniquement grâce à ce genre de dialogue – où chacun considère l’autre malgré son désaccord – qu’on peut vraiment évoluer.

où les algorithmes des réseaux sociaux ont tendance à renforcer nos idées, tandis que les médias, motivés par des incitations économiques, utilisent les débats politiques comme divertissement. Cette logique contribue à simplifier, voire à caricaturer les idées Je ne dis pas pour autant que ces dé- adverses, et renforce un climat polibats vont forcément nous permettre tique profondément divisé. Par ailleurs, il est important de garde tomber tous d’accord. Mais le fait der en tête que certains sujets d’échanger avec des personnes qui ne Les débats en famille apparaissent politiques liés à des minorités – je Sixtine Nicolaÿ partagent pas forcément nos idées, alors comme une manière de contrer pense surtout à la communauté Contributrice

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culture artsculture@delitfrancais.com

Réflexion

La chute de l’empire culturel L’apparent désintérêt des jeunes pour la culture.

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haque année, la scène culturelle voit naître de nouvelles œuvres qui battent des records de popularité. Certaines ont un tel succès qu’elles perdurent à travers le temps et se taillent une place parmi les classiques. Films, séries télévisées, livres et pièces de théâtre connaissent une incroyable popularité, tout comme leurs créateurs et leurs interprètes. Le rayonnement de la culture est parfois si fort qu’il devient un phénomène international. Il suffit de penser à la popularité fulgurante de la K-pop ou, en termes d’icônes québécoises, à Céline Dion.

plutôt à Marc Dupré, Sarah-Jeanne Labrosse, Cœur de pirate ou Karl Tremblay, par exemple.

Certains médias sont aussi davantage consommés par certains groupes. Le rap, par exemple, est un style dont l’auditoire a majoritairement entre 16 et 24 ans. Cette préférence musicale largement partagée par une même tranche d’âge crée des référents culturels. Il n’y a qu’à songer à la querelle entre Drake et Kendrick Lamar ou encore à des rappeurs populaires comme Travis Scott, Cardi B, Central Cee et Damso. Les générations consommant moins ce type de musique et de média n’ont La culture est donc d’une universa- pas ces références, et le fossé cultulité apparente, ce qui crée des réfé- rel se creuse entre les générations. rents communs pour plusieurs groupes. Pourtant, il n’est pas rare Internet : une source de culture d’entendre les générations précé- infinie dentes s’exclamer que les jeunes d’aujourd’hui ne s’intéressent pas à L’accès à l’Internet et aux récelle-ci. Mais l’intérêt pour la seaux sociaux transforment le payculture est-il réellement en déclin? sage culturel. Ce dernier n’est plus limité aux formes traditionnelles Des référents différents comme le théâtre, la littérature, la musique et la télévision : il contient Si certaines icônes sont intempo- maintenant une foule de contenus relles, d’autres laissent place à de multimédias impressionnants. Les nouveaux noms avec le temps. Les memes créent une culture à eux baby boomers n’ont pas exactement seuls. En ouvrant les commentaires les mêmes référents culturels que d’une vidéo Tik Tok, impossible de les milléniaux, et encore moins que tout comprendre sans connaître les

« Les générations consommant moins ce type de musique et de média n’ont pas ces références, et le fossé culturel se creuse entre les générations » la génération Z. Chaque génération voit naître son étoile montante, le nouveau nom incontournable de la scène culturelle. Si Guylaine Tremblay et Ginette Reno ont marqué les esprits des petits et des grands au Québec, elles ne sont pas les premiers noms qui viennent en tête aux générations plus jeunes, qui pensent

Félix Fournier provenance. Il suffit de songer à Heated Rivalry, la série record de l’heure au Canada. Il s’agit de la série la plus regardée de l’histoire de Crave, la plateforme d’origine. Du contenu dérivé de la série déferle sur Internet, ce qui encourage les utilisateurs à la visionner. Toutefois, sans les réseaux sociaux ou un abonnement à Crave, elle peut passer sous le radar de certains téléspectateurs. Le contenu viral sur Internet est également très international grâce aux utilisateurs venant du monde entier.

références de certains memes, qui deviennent des façons de réagir au Un problème de représentation contenu présenté. Entouré par des influences angloÀ cela s’ajoute la variété de contenu phones, le Québec tient à son identià laquelle sont exposés les utilisa- té distincte. La scène culturelle est teurs. Des œuvres comme des livres un excellent moyen d’encourager ou des films et séries télévisées de- l’identité locale en consommant des viennent virales peu importe leur médias locaux. Or la génération Z et Félix Fournier celles qui la suivent montrent un intérêt diminué pour la culture québécoise. Ce désintérêt est-il la conséquence d’une identification plus difficile aux médias présentés? Le Délit a sondé ses lecteurs sur son compte Instagram en leur demandant s’ils se sentaient représentés par la culture québécoise. Les résultats sont sans équivoque : c’est un non. Seulement 26% des gens ayant participé au sondage ont répondu par l’affirmative, alors que 74% ont répondu par la négative. Toutefois, Le Délit regroupe des lecteurs intéressés par l’actualité et la culture, ce qui peut influencer les résultats. Cela dit, il est vrai que le canon culturel québécois a souvent manqué de diversité. Le Québec d’aujourd’hui étant plus diversifié qu’avant, il est possible que certaines personnes ne se sentent ni représentées ni com-

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prises par les médias. Si les spectateurs ne peuvent pas s’identifier aux personnages qu’ils voient à l’écran, ils n’auront pas nécessairement envie de les regarder. Les œuvres culturelles se doivent de représenter la société telle qu’elle est, en présentant des problématiques réelles et des personnages auxquels les spectateurs peuvent s’identifier. Or, certains sujets sont mal dépeints ou tout simplement mis aux oubliettes.

scène un médecin bipolaire victime d’une psychose le menant à tuer l’un de ses collègues. Bien qu’il s’agisse d’une situation possible, la plupart des personnes ayant un trouble bipolaire ne commettent pas de crimes violents. La violence, chez les personnes bipolaires, est souvent l'œuvre de comorbidités comme l’abus de substances. Toutefois, cette distinction n’est pas précisée dans l’émission et peut contribuer à véhiculer certaines croyances néfastes pour les personnes souffrant Le Délit a demandé à certaines d’enjeux de santé mentale. personnes ayant répondu au sondage des précisions sur leur ré- Il est facile de blâmer les généraponse à la négative. Il s’avère que tions plus jeunes pour leur manque la représentation de l'apparte- d’intérêt envers la culture sans chernance ethnique, l’orientation cher à comprendre cet apparent déssexuelle, l’identité de genre et la intérêt. Les moyens de transmission santé mentale est lacunaire dans de la culture sont différents de généles médias. Ces éléments em- ration en génération et chacun forge

« Il est facile de blâmer les générations plus jeunes pour leur manque d’intérêt envers la culture sans chercher à comprendre cet apparent désintérêt » pêchent les individus de s’identifier pleinement aux personnages, qui vivent une réalité toute autre que la leur. Si les œuvres culturelles du Québec intègrent davantage de représentation multiculturelle, il est rare que le quotidien de personnages immigrants en pleine intégration soit représenté, avec tous les défis que l’arrivée dans un nouveau pays suppose. La représentation est également parfois stéréotypée ou dramatisée pour les besoins de l’intrigue. Par exemple, du côté de la santé mentale, l’émission STAT met en

un répertoire culturel à son image. La société évolue et ce changement se doit d’être reflété dans la scène culturelle. Sans cela, le déclin de la culture est assuré : chacun mérite de se sentir représenté et compris par les œuvres qui l’entourent. ̸

Rose Langlois Éditrice Culture

culture

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Littérature

Se réinventer ailleurs

Retour sur la causerie avec Fadwa Lapierre sur Expat à la librairie Livresse.

J

eudi 8 janvier 2026, 18 h 30, la librairie Livresse accueille la journaliste, chroniqueuse et désormais autrice Fadwa Lapierre pour débuter l’année avec une discussion ouverte autour de son livre Expat : Choisir de vivre à l’étranger pour le meilleur et pour le pire. Le livre, adapté de l’émission Expat pour laquelle elle a travaillé en tant que recherchiste, est paru le 5 mai dernier aux éditions Trécarré. En seulement 216 pages, Expat rassemble 75 récits d’expatriés québécois afin de répondre à une question : que signifie partir vivre ailleurs? L’envers de l’aventure Le mot « expat » évoque souvent l’aventure. Il est synonyme de liberté pour certains et source d’une immense crainte pour d’autres. Si l’appel de la nouveauté et du dépaysement est impossible à ignorer, il faut être prêt à confronter les différents défis qui l’accompagnent. Après tout, quitter sa terre natale pour se lancer dans l’inconnu – un pays où les habitants ne parlent souvent pas la même langue et ne partagent ni les mêmes coutumes, ni les mêmes valeurs – suscite parfois une profonde remise en question. Dans Expat, Fadwa Lapierre nous présente le témoignage d’Emmanuelle. Au cours de son expatriation en Chine, cette dernière se retrouve souvent seule avec sa fille âgée d’un an. Malgré toutes les applications de traduction installées sur son téléphone, elle passe « ses journées au parc à communiquer à l’aide de signes et de grands sourires avec les grands-parents chinois qui gardent leurs petits-enfants ». Dans les rues de Montréal, il n’est pas rare d’entendre des débats sur la question de l’encadrement de la langue française au Québec. Cependant, ici, si un individu ne parle pas français, il peut s’en sortir assez facilement avec l’anglais. La majorité du temps, un niveau rudimentaire suffit. Dans le cas d’Emmanuelle, la situation linguistique est complètement différente. « On refusait parfois de me prendre dans les taxis parce que

Jiayuan Cao | Le Délit

10 culture

Jiayuan Cao | Le Délit je ne parlais pas le mandarin », regardent bizarrement si tu parles qui ne partage pas les mêmes ambiconfie-t-elle à Lapierre. trop bien leur langue ». tions et visions de la vie qu’elle, en tant qu’habituée du voyage. Elle se La mère de famille exprime son re- Les moments de passage prépare d’ailleurs à quitter Montgret de ne pas s’être installée dans un réal prochainement, après y avoir « ghetto », un quartier composé maSi le choc culturel entraîne une habité pendant plusieurs années. joritairement d’autres expatriés ou rupture chez certains expatriés au Toutefois, le voyage permet égalemigrants, plutôt qu’avec les locaux. sein de leur communauté d’accueil, ment des rencontres inattendues. Ce choix était le résultat d’un désir le choix même de s’expatrier pré- Lapierre nous confie que sa mère d’intégrer la communauté locale, sente une mise à l’écart volontaire, marocaine a justement rencontré mais la langue s’est imposée comme autant territoriale que sociale. Ces son père durant son passage au le premier obstacle sur le chemin de gens font face à l’une des peurs fon- Québec, puis a décidé de rester et l’inclusion. Néanmoins, chaque ex- damentales de l’humain : celle de la fonder une famille. Parfois, un coup périence n'est pas identique. Lors de perte et de la séparation. Cela en de foudre suffit pour semer dans le la discussion, l’une des partici- vaut-il la peine d’établir une rela- cœur d’un grand aventurier le senpantes d’origine française a partagé tion avec des gens qu’on quittera tôt timent d’avoir trouvé un chez soi . son vécu lors de son séjour au Japon. ou tard? Et inversement, à quoi bon D’après ses observations, il est utile maintenir des liens avec quelqu’un Pistes de décollage de maîtriser un niveau de base de ja- qui nous quittera à tout moment? ponais pour la communication quo- Selon l’autrice, plusieurs expats reAujourd’hui, lorsqu’on parle de tidienne, mais certains Japonais « te connaissent que, malgré la techno- la littérature québécoise, on pense logie actuelle, il est difficile de notamment à des titres comme Là maintenir le contact avec ses où je me terre de Caroline Dawson proches : un éloignement s’installe ou Ru de Kim Thúy, deux œuvres lorsque l’on n’est plus présent phy- fréquemment inscrites aux listes siquement quotidiennement. Dans de lecture des cours de français du ce contexte, les enfants sont sou- secondaire à l’université. Disvent les premières victimes. Une tinctes l’une de l’autre, elles autre participante, autrefois expat, abordent pourtant un même thème livre une anecdote. Lors d’une ren- central : le racinement de jeunes trée scolaire, plusieurs élèves migrants au Québec. Ces récits, deavaient demandé à son fils : « Tes venus en quelque sorte canoniques, parents restent ici pour combien de participent à la construction d’un temps? », afin d’évaluer si cela va- imaginaire littéraire du Québec lait la peine d’investir l’énergie né- comme terre d’accueil. cessaire pour forger une amitié. Or cette perspective laisse souvent Similairement, une autre interve- dans l’ombre l’expérience innante, ayant voyagé depuis l’en- verse : celle du départ. En automne fance avec sa famille, affirme ne pas 2025, 50,18 % des étudiants rejoiêtre en mesure d’entrer dans une re- gnant McGill venaient de l’extérieur lation amoureuse. Elle se sent inca- de la province (dont 27,41 % de l'inpable de s’imaginer avec quelqu’un ternational), sans compter la diver-

sité culturelle et ethnique du corps étudiant québécois. Côtoyant quotidiennement ces réalités, on en vient parfois à oublier que le Québec n’est pas uniquement un point d’atterrissage, mais aussi un point de départ pour plusieurs. C’est précisément ce renversement que propose Expat, dans lequel Fadwa Lapierre esquisse des portraits de soixante Québécoises et Québécois à travers leurs témoignages, parfois anecdotiques, parfois lourds. Expat réunit ainsi, en quelque sorte, ces personnes dispersées à travers le monde et ramène leurs histoires au Québec. Au fil des échanges, une chose devient claire : partir vivre ailleurs n’est ni une promesse de liberté absolue ni une simple parenthèse exotique. C’est un choix qui transforme, fragilise parfois, et oblige à redéfinir ce que signifie appartenir à un lieu, à des gens, à une langue. Expat rappelle surtout l’audace nécessaire pour changer de vie. Qu’il s’agisse de quitter un pays, une ville ou simplement un milieu, ces récits témoignent d’un même élan vers le changement. C’est dans cet esprit que la librairie Livresse a ouvert l’année, nous proposant un moment de réflexion sur la manière dont vivre ailleurs nous transforme et sur ce que l’on choisit d’emporter avec nous dans la nouvelle année. ̸

Jiayuan Cao Éditrice Culture

le délit · mercredi 14 janvier 2026 · delitfrancais.com


Musique

Changer le rap queb un album à la fois Retour sur le nouvel album de Loud.

A

près trois ans à parcourir la francophonie en concerts et festivals, le rappeur québécois Loud revient en force avec un quatrième album : Douze sur douze, sorti le 12 décembre dernier. « On repart la machine, on prépare un classique », dit-il dans la chanson Splash, issue de son nouvel album.

musicaux s’allient bien dans les différentes chansons et rappellent le caractère de l’album, empreint de la vantardise caractéristique du rap, mais aussi de vulnérabilité.

et sa partenaire, des images prises sur le vif. Loud continue de faire des jeux de mots dans ses paroles, un des traits distinctifs de sa musique : « Pas d’partage ni de parenthèse / Si on est partenaire, c’est à part entière / On manquera jaUn album vulnérable mais d’essence si on part ensemble / Y a rien de passager à part ton siège, Dans son nouvel album, Loud let’s ride. » ouvre son cœur, tout particulièrement dans deux chansons : Entre Douze sur douze ne déçoit pas les adminous, avec Salomé Leclerc, et rateurs qui attendaient une nouvelle Quelque chose. La première chanson, sortie : Loud renouvelle son style et faisant état d’une rupture amoureuse montre sa vulnérabilité en gardant les

Un style reconnaissable En 2017, la chanson Toutes les femmes savent danser, tirée de son album Une année record, joue en boucle à la radio, et la popularité de Loud explose. Les albums Tout ça pour ça (2019) et Aucune promesse (2022) suivent et ne font que réaffirmer son statut d’icône du rap québécois. Son nouvel album Douze sur douze est étonnant : jeux de sonorité, features surprenants, paroles recherchées, tout est au rendez-vous pour créer un album mémorable. La liste de lecture s’ouvre avec 1/12, une courte chanson d’introduction à l’album et une réflexion sur sa montée en popularité dans les dernières années. La dernière chanson, 13/12, remplit la même fonction : un remerciement à ses proches pour les encouragements et le soutien. Ce type de chanson est devenu une habitude chez le rappeur, qui dédie bien

« Son nouvel album Douze sur douze est étonnant : jeux de sonorité, features surprenants, paroles recherchées, tout est au rendez-vous pour créer un album mémorable » Photo tirée du Facebook de Loud souvent une chanson à ceux qui à inviter un artiste à participer à la rendent son succès possible, tant ses chanson ou à incorporer certains exproducteurs que son auditoire. traits d’autres chansons. Salomé Leclerc, Ariane Moffatt, Statzz et Collaborations étonnantes Connaisseur Ticaso sont tous réunis dans cet album. La présence de ces arQuatre chansons sur les treize qui tistes peut paraître étonnante : à l’excomposent la parution contiennent ception de Connaisseur Ticaso, ils ne des features, une pratique qui consiste font pas de rap. Pourtant, les styles

douloureuse, est lourde d’émotions éléments distinctifs qui le rendent avec ses paroles poignantes : « Mais unique. Un album rempli de surprises, j’suis pas prêt à quit, quitte à prendre en collaboration avec des artistes le blâme / On mérite une dernière aux genres divers qui viennent endanse avant d’rendre l’âme. » Le tout richir la sonorité. est appuyé par une mélodie lente et minimaliste qui laisse la place à la so- Loud amorce sa tournée de concerts à litude communiquée par les paroles. travers le Québec pour Douze sur douze Dans la deuxième chanson, le rappeur le 30 janvier 2026. ̸ s’ouvre sur sa relation avec l’actrice Catherine Saint-Laurent, jusqu’ici gardée plutôt secrète. Le vidéoclip Rose Langlois compile les moments entre le rappeur Éditrice Culture

calendrier

Vos prochaines sorties

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CULTURE

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MOTS CROISÉS

Eugénie St-Pierre, Elie Nguyen | Le Délit

Horizontal

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2. Dernier roman d’Emmanuel Carrère 7. Artiste en tête d’affiche du Super Bowl (2) 8. Le Gossip Girl du campus 9. Endroit soudainement bondé en janvier à cause des résolutions 10. Prix du meilleur résultat au box-office des Golden Globes 14. Monument fruitier emblématique de Montréal 15. Rappeur québécois de Toutes les femmes savent danser 16. Série culte dont la nouvelle saison vient de sortir sur Netflix (2) 17. Bâtiment du campus pour lequel il faut des chaussettes propres 19. Où Montréal danse en manteau d’hiver 22. Œuvre existentialiste bientôt à l’affiche 23. Peuple bleu de Pandora dans le dernier film de James Cameron 24. Café préféré des étudiants en génie 25. Remplace le hot-dog man en hiver (3) 26. Nom de la section tournante du Délit l’automne dernier 29. Réconfort glacé gratuit si votre mi-session dérape 30. Chanteur américain qui s’apprête à partir en tournée mondiale The Romantic Tour (2)

1. Nouvel album de Loud au titre mathématiquement parfait (3) 3. Quitter son pays pour s’installer ailleurs 4. Artiste autochtone canadien qui revisite l’histoire coloniale à l’honneur au MBAM 5. Île arctique danoise au cœur de tensions stratégiques internationales 6. Figure incontournable de la pop québécoise, Béatrice de son vrai prénom (3) 11. Il préside l’AÉUM 12. Mot transcrit [kʀwɑsɑ̃] en API (indice: beurré!) 13. Série télé la plus regardée de l’histoire de Crave (2) 18. Les publications y commencent souvent par « cher réseau » 20. Relation harmonieuse entre l’humain et son environnement 21. Club préféré des étudiants de première année 27. Dernier rôle de Timothée Chalamet 28. Endroit sur le campus pour déguster un bánh mì (2)

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