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Cahier de Création 2016.

Page 1

Trois poèmes très courts je voudrais que tu sois

ma chine sauvage

parmi les rizières nos ébats narrés par Charles Tisseyre * on se barry-white sur la banquette arrière (de ta honda civic) *

Mitch Clarke

nos amours lavées avec les bas Charles G-Ouellette

Fonte enneigée Inès Léopoldie-Dubois

II cahier création

le délit · mardi 5 avril 2016 · delitfrancais.com


Une alternative au lait maternel magdalena morales

À mon raton Mon amour de raton, mon tout petit chaton nous sommes pareils tous les deux quand se croisent nos yeux Tu exposes et étales les ordures sociétales

Raton, raton, ô doux raton Si le gris de tes poils ne reflète plus l’écaille de ces cabanons hostiles où l’hiver tu fourmilles alors déploie ton pelage, envole

toi

Mamie Raton

Mais que font les jeunes...

le délit · mardi 5 avril 2016 · delitfrancais.com

mahaut engérant

cahier création

III


Le Trajet de mon Français Je voulais bavarder, mais j’étais nul en français Donc j’ai décidé de quitter ce pays de l’anglais Un exchange oui, une bonne idée mais où? J’ai besoin d’une ville francophone mais dois finir mes études Pourquoi pas Montréal? C’est une très belle ville Je pourrais parler français pendant que je fais du ski Donc j’ai dit au revoir à ma copine et à ma famille J’ai fait mes bagages et puis je suis parti Je suis arrivé enthousiaste et passionné Donc j’ai essayé de parler mon meilleur français Mais les gens m’ont répondu en anglais parfait J’ai dû leur dire ‘Non, je veux pratiquer’ Cette petite phrase j’ai dit à peu près deux milles fois Puis on parle français pendent deux minute ou trois Jusqu’à ce que ce soit impossible de comprendre l’accent bizarre Les phrases comme «Tabarnac ça c’est plus cher que hier!» Ce n’est pas la faute de mes potes si je ne les comprends pas Je parlerais couramment si j’avais fait mes devoirs Parfois avec mes amis quand on se saoule Je crois que je parle français comme si j’étais Charles de Gaulles Mais le matin je me réveille et je me rendre compte Que mon français en fait n’était pas si brillant Tant pis je commence à faire de moins en moins fautes Et j’espère ça veut dire une super bonne note

esther perrin tabarly

cameron knox (FRSL 407) Cameron Knox est étudiant du Centre d’enseignement du français de l’Université.

Délit d’initié J’écris depuis une adresse courriel temporaire. Le temps m’est compté. Les secondes filent, le temps se dilate. Ma prose d’idée se hâte. Je sens venir les images, les pensées, les mots. Je fume la marijuana jusqu’au mégot. Je crois être Genet, c’est le frylosophe qui parle. Un jour je partirai avant d’avoir tout bu. J’ai ouï dire, par la magie d’un site bleu comme les songes Que vous cherchiez des créateurs Me voici devant vous. Je voudrais chanter le sous-sol Les canapés éventrés Les ressorts rouillés La brûlure de l’alcool. On n’oublie pas les nuits sans sommeil Les lignes fiévreuses tracées sur un écran Les ratures, les retours, les erreurs à rebours. L’absence de lumière allumait des soleils. ... He he he he, non mais arrête Le blizzard nous guette, alors toi aussi, oui toi frère de sang et de larmes, tu sais que c’est possible, que là, là, plus loin, il y en a une qui t’attend, une qui te dira des mots insensés, des mots qui domptent la grêle, qui niquent la douleur parce que c’est pas important, c’est juste une putain d’illusion, et tu sais qu’on est des géants, des soldats sans armées plus grand que des généraux et... Mais... je m’égare ... Comme dans les sentiers de neiges inviolés, tracés sous les étoiles. Côte des Neiges, je me souviens Quand les espaces nous manquaient Quand le sécuritaire tuait le spirituel Quand 1977 fois nous nous regardions, sûrs de rien Quand la vie nous électrisait Nous tentions tout.

Didier Normand

IVcahier création

le délit · mardi 5 avril 2016 · delitfrancais.com


Love Letters I Claire gignoux

Je ne sais si j’aime ou je suis aimé

S

i je pouvais te dire tout ce qui me traverse… Mais je n’en ai pas le courage. Par peur de te perdre, je tais mes doutes, par peur de blesser. Mais pourquoi, si tu m’importes tellement, m’es-tu étranger? Je ne sais si j’aime ou je suis aimé. Oui, parce qu’à force de me détacher, je me suis perdu: je t’ai perdu. Je ne connais ni peine, ni remède; je me retrouve seul sur la grève. L’océan dans lequel je me suis abandonné s’étend sur l’horizon. Je ne sais comment l’approcher, t’approcher, m’approcher; tout est flou et perdu à penser. Mon cœur ne saute que rarement de joie: à quoi devrais-je l’imputer? Le sursaut d’amour je ne le ressens… J’ai désappris à aimer. En face de ce doute grandissant, je prends ma plume pour m’exprimer. Je t’ai laissé champs libre sur le papier de mon cœur: dessine-y les grandes lignes de notre avenir tout tracé. Si, par malheur, tu désires renouer, songe! mon cœur, à tout ce que tu laisseras de côté. J’abandonne cette encre ternie, ce papier froissé, ce cœur froid. La nuit en moi respire et je m’effondre et m’efface, sans faire de bruit.

alioth smith

Love Letters II le délit · mardi 5 avril 2016 · delitfrancais.com

cahier création

V


Désillusions désespérées, dandys déprimés, destruction macabre et affolée. Maux de tête et migraines, les mots tournent et tremblent au sein d’une symphonie dont les cris déchirés parviennent encore à l’oreille noircie, sous le chant des grillons, sous les hurlements d’une Humanité torturée, sous les cymbales maltraitées, sous les tambours déliés, sous l’organisation oppressive qui enchaine et qui assassine. Liberté, liberté, liberté, libération, solitude et désespoir; que m’importe l’égalité, que m’importent les principes moraux dont s’affuble une bourgeoisie dépravée? Vous ne m’intéressez pas, les larmes coulent sous les coups dont m’assène le chagrin, lent, lourd et pesant. Mais maintenant, aujourd’hui, dans ce moment funeste, le silence du monde m’apparait dans sa terrible réalité, délesté de toute leurre et de tout mirage, linceul pur et délavé dont la cape cramoisie se cramponne aux cris du carême sacré et en oublie ses promesses.

Le Monde à l’envers

Car je suis libre et je vois clair; le voile de Maya s’est déchiré, percé, détruit, brûlé, immolé, saccagé, sage et éreinté; moi, moi seule, ma propre personne (qui suis-je?) en suis responsable, Ponce Pilate s’est effacé derrière les chants olympiens qui résonnent dans les collines, dans les montagnes bleues, dans les vallées, dans les villages déserts. marxbord

dorénavan écrire kom sa né pas un problème jécri toujour colonialité et lon me comprend toujour alor peu importe

Dorénavant écrire comme cela n’est pas un problème J’écris toujours développement et l’on me comprend toujours alors peu importe ? Silvia Nicolas

camille biscay

VI cahier création

le délit · mardi 5 avril 2016 · delitfrancais.com


Mamie

jules tomi

Mon cousin

le délit · mardi 5 avril 2016 · delitfrancais.com

J’ai penché les yeux, un peu triste. Elle est retournée voir le client pour confirmer la commande et est rentrée dans le bistro, sortant quelques minutes plus tard avec le thé qu’il avait commandé. J’ai boudé le journal, ramassant plutôt la revue qui traînait sur une autre table et j’ai cherché les gros titres en tournant rapidement les pages. Comme je n’avais pas vraiment la tête à réfléchir avec toute la fatigue accumulée, j’ai simplement regardé les caricatures qu’il y avait, patientant jusqu’à l’ouverture du Louvre qui était prévue à 9h00. Le seul autre client qu’il y avait sur la terrasse était l’homme qui avait commandé un thé. Il buvait à petite gorgée, tenant d’une main le Coran qu’il récitait à voix basse. Je n’étais pas bien sûr s’il lisait ou priait, mais au bout d’un moment, il a levé les yeux en ma direction et m’a souri. J’ai hoché la tête pour répondre à son sourire et il s’est finalement levé, laissant quelques euros sur la table et s’est approché. -Vous aimez? m’a-t-il demandé. J’avais dû croire qu’il savait que j’étais un touriste, car j’ai commencé à balbutier que l’idée que je m’étais faite cette ville était mieux, mais que je me laissais tout de même jusqu’à la fin de mon séjour avant de juger, qu’il me restait tout de même l’amour à trouver. -Je parle de la revue, vous aimez? a-t-il insisté. J’ai levé les yeux en sa direction et j’ai aperçu des traits sévères sur un teint de sable. J’ai déposé la revue sur la table, jetant rapidement un coup d’œil à la couverture. J’ai fini par lui répondre que j’étais indifférent et qu’il allait falloir que je demande des explications à mon cousin pour qu’il puisse m’aider à comprendre ce que tout ça voulait dire. Il a commencé à jouer dans sa barbe et a fini par le dire qu’il aimait bien la revue, qu’il était un peu attristé que tout le monde le juge, mais qu’il comprenait après tout ce que la ville avait dû traverser au courant de la dernière année. -C’est terrible, a-t-il ajouté. Paris ne mérite pas ça. Ni aucune autre ville. Et il est parti. en me souhaitant bonne journée. J’ai regardé ma montre, 8h30, j’allais avoir assez de temps pour marcher jusqu’au musée et appeler mon cousin. Il était censé revenir de Bruxelles ce matin.

photographies de couverture: s’y perdre (I); se reprendre (II), Vittorio pessin modèle:wassily

Le café, bien trop chaud, m’a brûlé les lèvres, je l’ai donc déposé sur le coin de la petite table en verre, soufflant à distance, la fumée qui se dissipait. Je n’avais pas l’habitude d’un café en début de journée, encore moins dans une ville comme Paris, mais j’ai fait exception et pour me donner un air de connaisseur, j’avais même demandé à la serveuse de m’apporter le lait et le sucre à part, insistant sur le fait que je préférais moi-même doser l’intensité de mon réveil. Tout ça n’était que des prétextes, je détestais le café, je n’en prenais que pour combattre le décalage horaire. Je m’étais installé sur la terrasse d’un bistro, près de la Seine, à l’abri des congestions de la ville, sachant pertinemment que le manque de sommeil bercé par la musicalité des klaxons m’aurait fait perdre la tête. J’ai jugé quelques travailleurs qui passaient sous le soleil qui peinait à sortir des draps, et j’ai ensuite cherché à écouter le chant des oiseaux. Sans succès. C’était la première fois que je rendais visite à mon cousin, lui qui était habituellement toujours débordé par les heures supplémentaires, stressé à temps plein, incapable de dormir plus de cinq heures dans son magnifique appartement du 15e, quartier qu’il qualifiait, lui-même d’ailleurs hautain et prétentieux. Il se défendait malgré tout en disant que l’appartement avait été l’aboutissement d’un concours de circonstances plus que d’une propre décision personnelle. Son arrière grand-mère l’avait acheté durant l’entre-deux-guerres, et il en avait hérité à son décès au même titre qu’une panoplie de souvenirs qu’il n’avait pas vraiment souhaité, mais qu’il n’avait su se départir. Mon cousin m’avait fortement suggéré de devancer mon voyage que j’avais initialement planifié pour la mi-juin. Il m’avait dit que ça allait m’éviter les foules estivales et comme j’adorais l’histoire et ne me voyais pas attendre des heures pour entrer au Louvre, j’avais suivi son conseil et j’avais acheté mon billet le soir même. Un Parisien a bousculé la table ce qui a eut pour effet de renversé la majeure partie de mon café sur la table. J’ai blasphémé une séquence de mots qu’il ne comprenait pas et je l’ai regardé disparaître à l’intersection. La serveuse qui avait vu la scène au moment de répondre à un nouveau client s’est immédiatement empressée de venir m’aider à nettoyer et m’a simplement commenté: -Ne vous en faites pas, ça arrive tous les jours. Les gens ne savent plus comment vivre ici, vous savez, avec tout ce qui s’est passé...

Cédric Demers

cahier création

VII


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