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Le Délit du 15 septembre 2015

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Publié par la société des publications du Daily, une association étudiante de l’Université McGill

Mardi 15 septembre 2015 | Volume 105 Numéro 1

Esther a 20 ans depuis 1977


Volume 105 Numéro 1

Éditorial

Le seul journal francophone de l’Université McGill

rec@delitfrancais.com

julia denis

Le Délit

«E

st-ce qu’on peut laisser le focus sur la langue française cette fois?». –Réponse de Douglas Sweet, directeur de la communication interne de McGill, à notre liste de questions proposées pour l’entrevue menée avec la Principale Fortier début septembre (p.7). Tout à fait le type de phrase qui pourrait lancer un twerk de la joie ou un karaoké Céline Dion dans l’équipe du Délit, fervente défenseuse de la francophonie sur le campus de McGill depuis 1977. La Principale et son équipe souhaitent se concentrer sur la langue française! En entrevue avec Le Délit, Suzanne Fortier a pris le temps de nous présenter les mesures mises en place par la direction pour promouvoir la francophonie sur le campus. Elle s’adresse à nous en français, comme elle explique le faire environ 50% du temps à McGill. Ses projets sont solides et réalistes. Il faut montrer l’importance, l’utilité et l’aspect agréable d’un campus bilingue. Notre voix bientôt quarantenaire a fait écho. Le Délit ne peut que se montrer enthousiaste. Néanmoins, comme le cite notre déclaration de principe, Le Délit a aussi pour vocation de questionner, rappeler l’intérêt de l’ensemble des étudiants et de mettre la lumière sur des enjeux sociaux qui nous semblent essentiels. Derrière cette sympathique rencontre avec Suzanne Fortier se cache une direction qui souhaite rester muette sur nos autres questions à propos des mesures d’austérité. Ces questions avaient aussi leur place en cette rentrée 2015, et elles persistent même lorsqu’on nous caresse dans le sens de la langue de Molière. Est-il acceptable à l’aube de nouvelles coupes budgétaires estimées à une dizaine de millions de dollars à McGill, après les mouvements sociaux du printemps dernier, de refuser à l’un des

principaux journaux étudiants de parler d’austérité lors d’une entrevue exclusive avec la Principale? Tandis que l’AÉUM organise une Semaine Anti-Austérité du 14 au 18 septembre; McGill fait couler de l’encre car elle aurait dérogé à la loi 100 en délivrant certains bonus à son personnel administratif. Tandis que des employés de McGill –réunis sous les associations AMUSE (le Syndicat des employé(e)s occasionnels de l’université McGill) et MUNACA (l’Association accréditée du personnel non enseignant de l’Université McGill)– militent aux côtés de l’AÉUM et de l’AEFA pour un salaire minimum horaire de 15 dollars; on lit que l’ancienne principale Heather Munroe Blum aurait continué à percevoir un salaire de la part de McGill sur les deux dernières années – pour un montant de plus de 750 000 dollars. Tandis que des cours de la faculté des Arts sont supprimés et que la politique d’embauche pour les postes non-occasionnels reste gelée, l’Université trouve encore 10 000 dollars pour faire 3 121,7 litres de frappé aux fruits afin de rentrer dans le Livre Guinness des Records. Ces remarques entassées sous la forme d’anaphores ne doivent pas être lues comme un jugement sec, mais comme des questions à l’administration. Chacune de ces actions, même en ces temps incertains, ont une justification. Nous regrettons juste ce silence qui laisse malheureusement libre cours aux critiques. Alors que l’AÉUM s’est placée de façon très claire contre les mesures d’austérité, nous espérons que la direction de McGill pourra éclaircir son positionnement et ses motivations. -Extrait de la Déclaration de Principes du Délit Français. «Nous croyons que la promotion du français ne doit pas être seulement l’objet d’une résistance ou d’une protection, mais elle doit plutôt être conçue comme une contribution et un apport nécessaire et souhaitable. Notre première responsabilité est envers la communauté universitaire dans un contexte d’enjeux sociaux et communautaires plus larges. Il nous appartient de faire contrepoids aux pouvoirs en place et nous sommes conscients de notre influence sur la communauté universitaire.» x

rédaction 3480 rue McTavish, bureau B•24 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6784 Télécopieur : +1 514 398-8318 Rédacteur en chef rec@delitfrancais.com Julia Denis Actualités actualites@delitfrancais.com Laurence Nault Julien Beaupré Théophile Vareille Culture articlesculture@delitfrancais.com Céline Fabre Amandine Hamon Société societe@delitfrancais.com Esther Perrin Tabarly Économie economie@delitfrancais.com Sami Meffre Coordonnateur de la production production@delitfrancais.com Baptiste Rinner Coordonnatrices visuel visuel@delitfrancais.com Luce Engérant Eléonore Nouel Coordonnateurs de la correction correction@delitfrancais.com Yves Boju Côme de Grandmaison Coordonnatrice réseaux sociaux réso@delitfrancais.com Inès L. Dubois Multimédias Matilda Nottage Évènements Joseph Boju Webmestre web@delitfrancais.com Mathieu Ménard Contributeurs Jérémie Casavant-Dubois, Anna Dory, Joachim Dos Santos, Mahaut Engérant, Julia Faure, Ach Gaddes, Charles Gauthier-Ouellette, Morgane Jacquet, Sandra Klemet, François Legras, Vittorio Pessin, Amelia Rols Couverture Luce Engérant bureau publicitaire 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6790 Télécopieur : +1 514 398-8318 ads@dailypublications.org Publicité et direction générale Boris Shedov Représentante en ventes Letty Matteo Photocomposition Mathieu Ménard, Lauriane Giroux, Geneviève Robert The McGill Daily coordinating@mcgilldaily.com Niyousha Bastani

2 éditorial

L’usage du masculin dans les pages du Délit vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire. Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mardis par la Société des publications du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavent réservés, incluant les articles de la CUP). L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal. Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimeries Transcontinental Transmag, Anjou (Québec).

le délit · mardi 17 mars 2015 · delitfrancais.com


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International

#RéfugiésBienvenue Amnistie Internationale organise une chaîne de solidarité humaine pour les réfugiés. Julia Faure

Le Délit

Vittorio Pessin

A

mnistie Internationale a organisé, le 9 septembre 2015, un événement de solidarité sur l’esplanade de la Place des Arts de Montréal. Les manifestants, regroupés sous la bannière «#RéfugiésBienvenue» dans le centre-ville de Montréal, ont formé une chaîne humaine constituée de plusieurs centaines de personnes pour apporter leur soutien à cette cause. Pour Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie Internationale Canada Francophone, l’enjeu de cet évènement était certes d’être solidaire envers les réfugiés mais surtout «d’offrir un espace public où les gens peuvent s’indigner de la situation actuelle, mais aussi montrer leur volonté d’accueillir les réfugiés avec la pétition». Les intervenants de l’événement ont en effet insisté sur le fait que cette mobilisation n’était pas uniquement de la charité. Amnistie Internationale (plus de 3 millions de membres dans 150 pays différents) enverra une pétition au gouvernement de Stephen Harper dans deux semaines lui rappelant ses obligations juridiques devant l’article 14 de

la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et proposant des changements dans la politique migratoire. La pétition est composée de sept points, demandant notamment de supprimer les nombreux obstacles à l’immigration au Canada pour les réfugiés. Par exemple, les réfugiés syriens obtiennent en Turquie un statut de réfugiés particulier, que le Canada ne reconnaît pas. De ce fait, il est extrêmement difficile pour les 2 millions de personnes précairement installées en Turquie

d’obtenir le statut de demandeur d’asile. La pétition propose aussi de mettre en place un programme de réinstallation de 10 mille réfugiés syriens supplémentaires au Canada. Présentement, la pétition n’a que 2200 signataires, ce qui n’est pas encore suffisant: l’objectif est d’atteindre 5000 signatures. Ce ne serait pas la première fois que des actions comme celles ci parviennent à impliquer les chefs d’états. Mme Vaugrante a expliqué qu’en janvier 2014, suite à une conférence de presse, le

gouvernement avait accepté, en réponse aux pressions d’Amnistie, d’accueillir 10 000 réfugiés sur 3 ans. Quelques mois après, elle avoue que « c’est aujourd’hui loin d’être assez ». Lucas Snaije, étudiant en anthropologie à McGill, trouve que les événements comme ceux-ci sont «efficaces en terme de visibilité, car ils augmentent la prise de conscience de la population à propos de la crise humanitaire qui est en train de se produire et ultimement peuvent pousser les gouvernements à dépasser les

barrières économiques et sociales ainsi que les préjugés pour prendre des décisions davantage morales et éthiques.» D’après le dernier rapport de la Commission Européenne datant de juillet 2015, le conflit en Syrie qui dure depuis quatre ans aura déclenché «la plus grande crise humanitaire que le monde ait connu depuis la Seconde Guerre Mondiale». Plus récemment, c’est devant l’agitation médiatique de la photographie du petit Aylan Kurdi que le monde s’est ému. Depuis, plusieurs mois déjà, les associations à but non lucratif comme Amnistie Internationale documentent les conditions de vie et de voyage des réfugiés, et sont motrices dans la prise de conscience générale de leur situation. Il reste à voir où mènera la campagne d’Amnistie et des autres organismes impliqués dans l’accueil et les droits des réfugiés. Est-ce que les rassemblements de solidarité, qui se font de plus en plus nombreux, pousseront la communauté internationale à revoir ses programmes concernant les migrants? Avec un sujet aussi brûlant, on peut s’attendre à ce que cette crise soit abordée et discutée par tous les partis dans le cadre des élections fédérales canadiennes. x

Le temps presse Les partis politiques canadiens réagissent à la crise des réfugiés. Julen Beaupré et Ronny Al-Nosir

L

a crise des réfugiés syriens, depuis la publication des photos du corps du jeune Aylan El-Kurdi, trois ans, retrouvé sans vie sur une plage de la Turquie, s’est non seulement hissée en tête des priorités de la communauté internationale, mais elle s’est aussi transformée en enjeu électoral au Canada. Devant les réclamations d’intervention immédiate de la part des citoyens canadiens, les différents chefs ont réagi et chacun proposé leurs solutions pour que le Canada fasse sa part.

se rajoute à une autre annonce, faite en janvier 2015, qui affirmait la volonté du Canada d’accueillir 10 000 réfugiés syriens en 3 ans et 3 000 irakiens d’ici la fin 2015. Un fond d’aide humanitaire a aussi été créé par le ministre du développement international pour donner aux organismes de charité l’équivalent des dons canadiens jusqu’à une limite de 100 millions de dollars. Par-delà toutes ces promesses monétaires et numérales, ce qui presse, selon les partis d’opposition et une majorité de la population, c’est l’accélération du processus

d’admission des réfugiés. Entre janvier et avril 2015, seulement 924 réfugiés ont été admis. Ce à quoi, M. Harper répond que la sécurité du Canada est sa priorité numéro un et qu’il ne voudrait pas avoir à se reprocher l’admission d’un terroriste en sol canadien. Il a promis un plan pour accélérer les demandes, mais celui-ci se fait toujours attendre. L’opposition prête à agir Les chefs des partis d’opposition ont tous annoncé un plan de

réaction. M. Trudeau, chef du parti libéral a promis que, s’il prenait le pouvoir le 19 octobre prochain, il accueillerait sur le champ 25 000 réfugiés de la Syrie, et qu’ils seraient tous au Canada d’ici le 1er janvier 2016. Pour sa part, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair s’est engagé à ouvrir la frontière canadienne à 10 000 réfugiés d’ici la fin de l’année, ainsi qu’à 9 000 autres par an pour les quatre prochaines années. Mulcair a également proposé l’utilisation des Forces canadiennes pour évacuer des réfugiés, une mesure employée

La sécurité avant tout Dès le départ, le gouvernement Harper n’est pas resté silencieux sur un tel enjeu. Il a rappelé que le Canada est l’un des plus grand donateur humanitaire en Syrie et en Irak. Une annonce faite le 10 août promettait l’accueil de 10 000 réfugiés de plus d’ici quatre ans. Cela

4 actualités

Luce Engérant

par le gouvernement de Joe Clark dans les années 1970 lors la guerre du Vietnam. Du côté des provinces on sent une forte motivation pour aller de l’avant dans l’aide humanitaire. La Colombie Britannique versera 1 million de dollars pour aider les familles qui décident de parrainer, faciliter l’intégration des réfugiés ou encore encourager leur embauche. La Saskatchewan, le Manitoba et l’Alberta vont toutes dans le même sens et promettent, en ordre, de donner chacune 150 000d ollars, 40 000 dollars et 250 000 dollars. Au Québec, les dons s’élèvent à 29 millions de dollars en plus des 100 000 dollars qui iront directement aux organismes qui travaillent sur place. Cependant, il ne faut pas oublier que l’immigration est le ressort du fédéral. Les provinces n’ont aucun pouvoir en ce qui concerne les demandes d’admission. Le Canada peut-il vraiment se permettre d’attendre après l’élection pour agir, ou alors serait-il envisageable de déclarer une trêve électorale pour discuter ? x

le délit · mardi 15 septembre 2015 · delitfrancais.com


Campus

McGill X-1 fait sa grande entrée Le nouvel incubateur mcgillois tient sa première soirée démontration.

Théophile Vareille

Le Délit

T

ampon sur la main, lumières tamisées et musique funk; le Club Soda n’avait pas changé ses habitudes ce mercredi 9 septembre pour accueillir en soirée le spectacle McGill X-1. Nouveau projet du Centre Dobson, après sa fameuse grande sœur la Coupe Dobson, McGill X-1 est un incubateur de jeunes entreprises étudiantes, calqué sur le modèle des universités américaines. Thibault Maréchal, en charge du projet et ancien étudiant de McGill en gestion, se réclame du Massachusetts Institute of Technology et son Global Founders’ Skill Accelerator (ndlr: Accélérateur Global de Compétences Fondatrices) , où McGill envoyait auparavant une équipe par année. Alors que la Coupe Dobson permet à des centaines de jeunes pousses mcgilloi-

ses de s’affronter devant un jury, McGill X-1 sélectionne quelques participants de la Coupe Dobson pour les accompagner un été durant et les propulser au niveau supérieur, afin d’en faire des entreprises dynamiques et attractives. Plutôt que de concourir l’une contre l’autre, ce sont cinq équipes qui se concentrent sur la chasse à l’investisseur. Après dix semaines de travail et de préparation intenses, le grand jour est donc arrivé pour ces cinq projets. Dix semaines de multiples séminaires et ateliers, pendant lesquelles les coéquipiers ont dû s’atteler au développement d’un plan d’affaires viable et préparer leur discours aux investisseurs. Il est désormais temps pour eux de montrer qu’ils ont intégré au mieux les enseignements dispensés par leurs mentors. Des mentors parmi lesquels figurent Jeff Mallet, directeur général de Yahoo!, ou Mauro Repacci, co-fondateur et PDG de Navut.

le délit · mardi 15 septembre 2015 · delitfrancais.com

Le public, dans lequel les étudiants sont minoritaires, regarde et écoute un représentant de chaque jeune entreprise venu présenter en cinq minutes son projet sur scène là où on trouverait normalement le disc-jockey. Les cinq projets sont remarquablement variés:

de Silent Disco Squad, qui organise des manifestations publiques pendant lesquelles chacun écoute en même temps la même musique avec ses propres écouteurs, à Sensequake, qui aspire à « révolutionner » l’évaluation sismique des bâtiments.

Cinq startups qui n’ont néanmoins pas été sélectionnées pour le projet, selon Thibault Maréchal, mais bien pour leur équipe: l’intimité ou la bonne ambiance qui y règne, l’équilibre entre profils «techniques et business». Différentes fortunes attendent aussi ces 5 entreprises. Ainsi Sensequake vient de recevoir 500 000$ d’investissement quand Ananda -qui se sert de la nanotechnologie pour rendre plus rapide et économe la mise au point de médicaments- a été intégrée par Innocité, accélérateur de startups montréalais. Après une première édition réussie McGill X-1 compte bien s’améliorer l’année prochaine selon Thibault Maréchal, notamment en incorporant plus d’équipes, en se dotant de mentors «maisons» et en se concentrant sur des entreprises dont le produit répondrait déjà à une attente particulière du marché. x

actualités

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chronique

Pas facile de plaire à tous Jérémie Casavant-Dubois | Au fil de l’autre campagne

L

es partis politiques s’affrontent depuis maintenant presque un mois et demi pour l’appui des Canadiens d’un océan à l’autre. On tente de courtiser l’Ouest, les Maritimes, l’Ontario et le Québec. La tâche est colossale, mais peut-être encore plus compliquée au Québec vu la situation politique unique de la province. Du côté du Bloc Québécois, parti souverainiste, même depuis

le retour de Gilles Duceppe à la barre du navire, le parti semble toujours couler vers le fond de l’océan. Qu’est-ce que le Bloc pourrait bien dire pour faire changer l’opinion publique des Québécois en leur faveur? La réponse est simple: rien. Depuis que Gilles Duceppe et Pierre-Karl Péladeau se sont alliés en vue des élections fédérales, un vote pour le Bloc est devenu un vote pour la souveraineté. Cette alliance est non sans rappeler la campagne référendaire de 1995 où les deux partis s’étaient unis pour réaliser le projet de souveraineté. Cette fois-ci, les idées ne sont pas au rendez-vous au Bloc et Gilles Duceppe ne sert que du réchauffé sur la place publique. La fédération n’est pas en danger. Chez les troupes de Stephen Harper, le but au Québec est simple: gagner certaines circonscriptions ciblées avec des promesses précises pour leur population. Mont-Royal, la région de Québec et certains comtés au

centre du Québec sont la cible des Conservateurs. Une remontée du Bloc ferait sans doute grand plaisir à Stephen Harper, cela diviserait les votes entre le Bloc et le NPD et permettrait probablement à certains candidats conservateurs de se faufiler jusqu’à la victoire. Par contre, au Québec comme au Canada, les Conservateurs battent de l’aile suite au procès Duffy, à la récession tout juste annoncée et à la crise des réfugiés syriens. Les néo-démocrates ont de quoi se réjouir des derniers sondages. Le NPD tourne autour de 45-47% des intentions de vote dans la Belle Province. Ce qui était une vague orange en 2011 pourrait s’avérer être un tsunami orange en 2015 (le NPD avait obtenu 43% des voix au Québec en 2011). Par contre, il faut espérer que chez le NPD le sommet de la campagne ne soit pas atteint trop rapidement. Comme a dit M. Mulcair: «On ne peut malheureusement pas mettre un sondage dans une boîte de scru-

tin». La tâche de ce dernier, pour le reste de la campagne, sera de garder l’avance obtenue au Québec tout en courtisant le reste du Canada, mais surtout l’Ontario. En effet, plusieurs électeurs gardent un ressentiment fort envers le NPD depuis que l’ancien premier ministre de la province à la tête du NPDO, il y a de cela 25 ans, Bob Rae (maintenant membre du Parti Libéral) a failli mettre la province en faillite. Pour le Parti libéral du Canada, l’Ontario est le pain et le beurre. Avec le nouveau découpage électoral, l’Ontario possède 121 des 338 circonscriptions disponibles au Canada. Dans les récents sondages, le Parti Libéral est à l’Ontario ce que le NPD est au Québec: une domination de plus de 40% dans les intentions de vote. La Première Ministre de la province, Kathleen Wynne, a donné son appui à Justin Trudeau et a ouvertement dit vouloir voir sortir les Conservateurs du pouvoir.

Brève

Chronique visuelle

Librairie mystère

Un Français à Montréal

Joachim Dos Santos

L

a librairie officielle de l’université McGill (située au 3420 rue McTavish) est un endroit fortement sollicité en raison de sa grande quantité de ressources, tels que des manuels universitaires, divers articles scolaires et d’autres arborant le logo de McGill. La librairie, dont les marges sont inférieures à celle d’une librairie normale, est indépendante financièrement de McGill mais loge dans un local appartenant à l’université. En octobre 2014, Le Délit avait confirmé avec l’administration que la librairie allait fermer d’ici l’hiver 2016. À ce moment Michael Di Grappa, vice-principal administration et finances, avait justifié cette fermeture par le besoin criant d’espace de la faculté de gestion. Alors que nous sommes à quelques mois de l’hiver 2016,

6 ACTUALITÉS

la librairie est toujours en fonctionnement et ne montre aucun signe d’une fermeture prochaine. Est-ce que l’administration de l’université a décidé de changer de plan face au désarroi des étudiants? Est-ce simplement un projet repoussé? Le Délit a fait enquête. Sur place, les employés ont déclaré au Délit n’avoir pas plus d’informations concernant le mystère de la fermeture de la librairie. Les plans de l’administration de l’université pour le bâtiment semblent obscurs, même pour Monsieur Jason Kack, directeur général de la librairie. M. Kack a affirmé au Délit que la date précise de la fermeture restait inconnue, mais que fermeture il y aurait, c’est certain. Toujours selon M. Kack, la librairie de McGill devrait quitter ses locaux d’ici la fin de l’année 2015, tel que prévu. Cependant, impossible de savoir où se trouveront les nouveaux locaux.x

Le NPD et le PLC sont donc dans des situations délicates, chacun possèdant une forte avance dans une province clé tout en trainant un boulet dans l’autre. Le NPD traîne l’héritage de Bob Rae en Ontario et le PLC perd des votes au Québec avec leur loi sur la clarté qui refuserait un référendum de 50%+1. Il sera intéressant de voir comment Justin Trudeau et Tom Mulcair jongleront avec ces deux provinces en plus du reste du Canada. Si le NPD tend à trop séduire l’Ontario, il pourrait perdre ses plumes et le même principe pourrait s’appliquer au PLC s’il tentait une trop grande percée dans la Belle Province. Le Canada est un pays vaste et rempli de différentes réalités économiques, culturelles et sociales. Jongler avec les demandes de toutes les provinces et satisfaire la majorité d’entre elles relève d’un travail de chirurgien, pas de politicien! x

Paul Pieuchot

le délit · mardi 15 septembre 2015 · delitfrancais.com


L’automne au Centre Phi EXPOSITION

SPECTACLE

SPECTACLE

JACQUES PUGIN

PETER HENRY PHILLIPS

DENITIA AND SENE. + BRANKO

Du 11 août au 27 septembre

Du 10 septembre au 11 octobre

11 septembre

16 septembre

SPECTACLE

SPECTACLE

SPECTACLE

SPECTACLE

BARBARA LYNN + LIL’ BUCK SINEGAL + THE KEY-LITES

THE DEARS

19 septembre

25 septembre

EXPOSITION

SENSORY STORIES

THE DIODES

Les cavaliers du diable

TIM HECKER Fog Works II

Lancement de l’album The Origin

(BURAKA SOM SISTEMA)

Lancement de l’album Times Infinity Volume One

17 septembre

18 septembre

SPECTACLE

PROJECTION

SPECTACLE

SPECTACLE

JOUR 54

BET.E AND STEF

NINA SKY

26 septembre

28 septembre

8 octobre

10 octobre

SPECTACLE

SPECTACLE + PROJECTION

SPECTACLE

SPECTACLE

JAZZAMBOKA

VOICES FROM THE LAKE

ALLIE X

DEAD OBIES Enregistrement live du nouvel album 14, 15 et 16 octobre

Festival international de la littérature

WILLIAM BASINSKI Suivi d’une discussion 21 octobre

+ Jay Atwill

24 octobre

ÉVÉNEMENTS CINÉMATOGRAPHIQUES

BOUTIQUE

Cinéma Secret mettra en vedette un film présenté par un commissaire invité, avec cocktail et discussion.

LE RHINOCÉROS

Dans le cadre de Cinéma Cabaret, vous pourrez voir un film dans une ambiance chaleureuse, tout en dégustant des cocktails spéciaux conçus spécialement pour l’occasion.

+ Sarahmée

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Notre équipe

sami meffre

Coordonnateur Économie Avant même de savoir que son nom a en arabe la signification d’«élevé», ou «sublime», notre éditeur économie brillait déjà par son assurance. En vrai, c’est un hyperactif sensible qui saura se laisser discrètement émouvoir par les meilleurs Disneys. Sami étudie la Finance et caresse l’espoir qu’un jour, ses collègues déliites ne seront plus décomposés devant le mot «inflation». En attendant, il alterne entre la programmation informatique, sa série favorite Chuck et les éditions.

céline fabre

Coordonnatrice Culture Céline: nouvelle face de la Culture. Co-porteuse du flambeau des arts et des mœurs dans la rédaction, ce feu sacré brûle aussi dans son sein. Toujours à la recherche d’un petit concert de jazz, d’une exposition farfelue sur l’architecture en Inde, qui se dirait surpris de la voir à ce nouveau poste? Avec son passé en Correction, cette ancienne du Délit va doucement nous mijoter un bon programme cette année.

julia denis

Rédactrice en chef Quand elle ne vend pas des gaufres à Amsterdam, Julia (on prononce Giulia, c’est plus sexy) joue à la serveuse au Louvre et à la rédactrice en chef au Délit. Elle s’est fait la main à la tête de la section Société l’année dernière, et met en pratique ses recherches en Sciences Politiques sur les régimes autocratiques cette année dans nos bureaux. Malgré un emploi du temps très chargé, vous pourrez sans doute la trouver le mardi soir oùvous-savez, sur le plancher de danse du Café Campus.

amandine hamon

Coordonnatrice Culture Amandine, notre nouvelle éditrice Culture est tout ce dont le Délit avait besoin. Douce, patiente et organisée elle éditera vos textes sans pression et avec autant de passion que lorsqu’elle lit du Mark Brawley. Étudiante en Communication, Économie et Sciences Politiques, elle ne jure que par le café, la photo, la ratatouille de sa maman, et la vie culturelle montréalaise. Comptez donc sur elle pour vous dégoter le film à voir, ou la pièce de théâtre à ne pas manquer, le tout toujours dans la bonne humeur qui la caractérise.

inÈs dubois

Coordonnatrice réseaux sociaux Inès L. Dubois est en troisième année à McGill, où elle fait une majeure de Sciences Politiques et deux mineures en Études nord-américaines et Communication. En bonne responsable des réseaux sociaux du Délit, Inès est connectée en permanence et peut identifier n’importe quelle personne qu’elle croise sur le campus. Déliite le jour et hôtesse chez Chef on Call le soir, Inès ne dort pas beaucoup. Pourtant, elle est toujours ouverte et souriante.

Éléonore nouel

Coordonnatrice Photo

yves boju

Côme de grandmaison

Coordonnateur Correction

Coordonnateur Correction

Tout comme l’If, arbre sacré dont son nom provient, Yves dégage une impression de force et de maturité accentuée par un style vestimentaire hors du commun. Prenant ses racines dans la langue française, ses branches se sont développées à travers le monde, de la Catalogne (« Visca Catalunya lliure! ») au Québec. Il cherche la grandeur dans la danse (hip-hop ou break dance), la comédie musicale, et les filles déjà engagées amatrices de films et de Nutella, comme lui.

Sous ces épis blonds se cache l’homme mûr du Délit. Ancien de la section Société, vieil habitué de McGill, stoïcien convaincu, fondateur de l’Organisme pour la Conservation de Café Campus (OCCC), Côme a choisi de se retirer des turbulences du ghetto miltonien pour prendre sa pré-retraite dans la contrée de Côtedes-Neiges. Il gravira tout de même le Mont Royal chaque lundi pour titiller les fautes d’orthographes du Délit qu’il détecte comme tout véritable grand-père versaillais.

8 société

Une vision pour toute chose visuelle. Une prédilection pour les couleurs. Une relation symbiotique avec son objectif. Vous y êtes? Eléonore, photographe récidiviste du Délit, nous rejoint pour une deuxième année. Aventurière musicale, on peut compter sur elle pour découvrir de nouvelles mélodies perdues dans la jungle de la nuit et les rapporter à la machette jusqu’au bureau du Délit.

le délit · mardi 15 septembre 2015 · delitfrancais.com


2015/2016

laurence nault

Coordonnatrice Actualités Entamant sa deuxième année au Délit et sa troisième année d’études en Développement International, Laurence est maintenant à la tête de la section Actu –à laquelle elle compte bien insuffler une tournure québécoise fidèle à sa Shawinigan natale. Quand elle n’est pas occupée à jongler entre Délit, études et boulot, Laurence peut être trouvée dans son potager par belle journée, au cinéma par grand froid ou cousant au coin du feu lorsqu’au-dehors il pleut.

julien beaupré

Coordonnateur Actualités

baptiste rinner

Coordonnateur de la production Grand théoricien de la subversion en pyjama, Baptiste est avant tout un homme de culture et de passions. Passion pour la littérature auquel il se consacre avec presque autant de feu qu’à ses carrières Fifa, et passion pour le Délit, ordre monastique mixte dans lequel il est entré il y a déjà trois ans. Celui qui aurait pu gérer les transferts de Cazorla se dédie désormais corps et âme aux œuvres de Jean-Paul Sartre et consorts. Mais n’est-ce pas là la marque des hautes destinées?

Théophile vareille

Coordonnateur Actualités - Campus Né à Bruxelles, se considérant autant belge que français, ce francophone (encore un!), étudiant de deuxième année en Sciences Politiques avec mineures en Géographie et en Économie, raffole, comme nous tous, de séries et affectionne l’idée de lire des magazines plus que l’action réelle, puisqu’apparemment son nombre d’abonnements dépasse de loin sa capacité à les lire. Si l’envie vous prend, vous pourrez le rencontrer dans les locaux du Délit ou sur un terrain de rugby, mais gare à vous!

Julien est tout nouveau dans l’équipe et occupe le poste de secrétaire de rédaction de la section Actualités. Bien qu’issu des profondeurs du Québec, cet homme de la forêt a su se fondre dans la population française de McGill en faisant une majeure en Littérature et en se passionnant pour la politique. Si sa blondeur ne vous éblouit pas assez, Julien est aussi un joueur de billard insatiable et un mannequin pour chemises hawaïennes de talent.

joseph boju

Coordonnateur Évènements Si Boris Vian avait eu un enfant le 24 juillet 1993, ç’aurait été Joseph. Artiste par nature, c’est un esprit littéraire qui s’amuse aussi à crier dans les McDo. On parle ici d’un monstre qui vous assène des vers d’Apollinaire en ayant la sincère impression de vous divertir. Mais Joseph, c’est aussi un concept qui cache ses atouts sous sa barbe plus ou moins entretenue: guitariste plus qu’habile, demandezlui une sérénade au clair de lune et laissez-vous bercer par des images de romans courtois espagnols au son des «¡Ay, ostia, que cojones!» esther perrin tabarly

Coordonnatrice Société matilda nottage

Coordonnatrice Multimédias luce engérant

Coordonnatrice Illustrations La personne dont il est ici question saura très vite se reconnaître, Unanimement considérée comme la dessinatrice la plus talentueuse du Délit elle est, Curieuse d’un monde qu’elle s’approprie à coups de crayons. Et même la plus belle des description ne saurait lui rendre justice.

Étudiante de troisième année en Psychologie, Matilda vient adopter le dernier bébé du Délit, la section Multimédias. Cette année, quand elle ne sera pas en train de transformer son lapin Bunny Sanders en candidat aux élections fédérales, elle sera entièrement dévouée à la concoction de vidéos, infographies et autres créations graphiques fortement instructives. Si vous vous demandez d’où vient l’architecture impeccable de ses graphiques, c’est de sa passion pour la construction de palais de princesses sur les Sims.

Étudiante de troisième année, Esther partage son temps entre l’étude des Sciences Politiques, le coloriage, la musique française des années 80 et l’édition de la section Société. Son talent journalistique n’a d’égaux que son son amour du calembour et sa passion pour le saucisson. Diplomate en herbe, Esther espère un jour représenter le Délit à l’Assemblée Générale de l’ONU. Crédits photos ÉlÉonore nouel

x le délit · mardi 15 septembre 2015 · delitfrancais.com

société

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Société

opinion

L’arbre qui cache la forêt

societe@delitfrancais.com

Quand on discrimine sous couvert de combat pour l’égalité.

dans les cas de séparation ou de divorce ou encore une présumée symétrie de la violence dans les cas de violence conjugale. Loin de l’idée de vouloir ignorer la souffrance des hommes, Blais estime qu’il ne faut pas se centrer exclusivement sur celle-ci et occulter celle des femmes. En effet, ces militants – car leur discours s’inscrit dans un mouvement – basent leur argumentaire sur la croyance erronée que les hommes seraient en crise en raison des femmes et des féministes. C’est donc tenir pour acquis que l’égalité entre les hommes et les femmes est

atteinte, voire même que les femmes domineraient actuellement la société au détriment des hommes. Leur discours, qui peut sembler en apparence être un d’égalité, se fonde alors sur une prémisse fallacieuse. Bien qu’il existe des femmes qui intériorisent également ce genre de propos, Blais a observé au cours de ses recherches qu’il s’agit principalement d’hommes voulant maintenir le contrôle et les privilèges qu’ils possèdent sur les femmes. Cela s’inscrit donc dans une mouvance réactionnaire. Et tel qu’expliqué dans son livre, ces tensions ne datent pas d’hier. Roosh V veut s’approprier le corps des femmes et son propos grossier est d’un extrémisme qui soulève l’indignation. Il suggère notamment aux hommes de se mettre en couple avec des femmes souffrant de troubles alimentaires sous prétexte qu’elles prendront mieux soin de leur apparence. Mais il existe des formes d’antiféminisme plus douces, qui passent beaucoup plus inaperçues, mais dont les conséquences et répercussions sont réelles. Le travail des militantes n’est donc pas terminé et le féminisme a, en 2015, toute sa pertinence. Nous dénonçons collectivement le racisme, l’homophobie, la transphobie. Il faudrait faire de même avec la haine des femmes. x

vie de plusieurs siècles là où il n’est pas absorbé par la nature, et son accumulation dans l’atmosphère intercepte une partie du rayonnement solaire, et surtout terrestre, troublant fortement l’équilibrage des températures et de l’énergie reçue. En d’autres mots, cette suraccumulation de carbone bouleverse l’effet de serre. On pourrait écrire indéfiniment sur les chiffres, les causes et les conséquences du changement climatique. Reste à réfléchir aux solutions. Après un début de prise de conscience dans les années 1970, et depuis le premier rendez-vous de la communauté internationale à ce sujet, à Genève, en 1979, on peut compter les décisions concrètes sur les doigts d’une main. En 2015, les discussions des Nations Unies sur la prise d’action pour lutter contre le changement climatique reposent encore sur un accord vieux de pres-

que vingt ans, le Protocole de Kyoto (1997). Celui-ci fixait un objectif de 5% de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, les émissions de carbone pour 2013 citées ci-dessus représentent une augmentation de 61% par rapport au niveau de base fixé par le Protocole de Kyoto. La trajectoire actuelle des émissions de carbone correspond aux scénarios les plus inquiétants du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat), qui pourrait provoquer une augmentation de la température moyenne de 2 à 6°C d’ici la fin du siècle. Il ne suffit plus aux populations ni aux élites politiques de «rester saisies de la question», comme elles le font trop souvent. Tout évolue bien trop vite et trop dangereusement. Il nous faudrait savoir de quoi on parle, mettre à jour nos objectifs, adapter notre réflexion et savoir repenser notre mode de vie. x

Kharoll-Ann Souffrant

Le Délit

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u mois d’août dernier la venue à Montréal de Darius Valizadeh, plus connu sous son pseudonyme de Roosh V, pour y donner une conférence dans le cadre de sa «tournée mondiale» a fait l’objet d’une vive controverse. L’auteur et blogueur américain prône entre autre la légalisation du viol dans des propriétés privées. Le Conseil du statut de la femme, le regroupement québécois des CALACS (Centre d’Aide et de Lutte Contre les Agressions Sexuelles) et d’autres groupes de femmes ont dénoncé en chœur la venue de cet homme dans la métropole. Le maire Denis Coderre a déclaré qu’il n’était pas le bienvenu ici et la ministre responsable de la Condition féminine, Stéphanie Vallée, a aussi décrié sa venue (trop peu, trop tard dirons plusieurs). Bien que les spéculations aillent bon train pour savoir si sa conférence a réellement eu lieu ou si l’on devait accorder de l’attention à cet individu ou non, les discussions ayant pris place à propos de sa venue sur le sol canadien sont symptomatiques d’un problème bien plus profond que plusieurs qualifient d’antiféminisme. Cet antiféminisme est d’autant plus inquiétant qu’il étend ses tentacu-

matilda nottage

les non seulement sur la toile, mais parvient également à trouver écho auprès des instances gouvernementales et décisionnelles. Mélissa Blais connaît bien ce sujet. Elle est doctorante en sociologie et chargée de cours à l’Institut de recherches en études féministes de l’UQAM. Avec Francis Dupuis-Déri, enseignant en sciences politiques à l’UQAM, elle a lancé plus tôt cette année une version remaniée de l’ouvrage collectif Le mouvement masculiniste au Québec : l’antiféminisme démasqué aux éditions du Remueménage. Pour elle, il ne fait pas de

doute que lorsque l’on porte notre attention de manière exclusive sur ce blogueur, on peut oublier de mettre en lumière «le reste de la forêt» dont les divers arbres. Ceux-ci, au discours en apparence beaucoup plus respectable, mettent en péril les fragiles acquis qu’ont obtenu les femmes au cours des dernières années. Les stratégies de ces masculinistes ou de ces «hoministes» sont insidieuses. Il y a de leur part une récupération de problématiques sociales telles que le décrochage scolaire des garçons, le suicide des hommes, la garde d’enfants

chronique

Climat 101

Esther Perrin Tabarly | La minute écolo

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u’on nous bassine avec le changement climatique! Il y en a qui n’ont que ces mots à la bouche: cycle du carbone, fonte des glaces, espèces en voie de disparition, catastrophes naturelles, couche d’ozone, effet de serre. On nous montre à outrance des photos de bébés phoques à l’agonie, de

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société

montagnes d’ordures ménagères, de métropoles embrumées par la pollution. Des kilomètres de pellicule photo dédiés à la décrépitude de l’espèce humaine, qu’on nous accuse d’accélérer. On nous parle de ce qu’on devrait faire, de ce qu’on ne fait pas, de ce qu’on fait trop. On nous lance des statistiques rébarbatives à la figure, on nous fait du chantage affectif en nous projetant dans la grise vie de nos futurs enfants. Mais comment vivront-ils? Comment vivrons-nous dans trente ans? Les scénarios apocalyptiques vont bon train. Mais trêve de sarcasmes, car plus on les dénigre, plus on s’en rapproche. En 2015, il est temps de commencer à écouter les experts, les climatologues, les militants, quelques politiciens, et la planète. Parmi toutes les informations qu’on nous envoie à la pelle, a-t-on vraiment compris ce qu’est et d’où vient le problème?

L’atmosphère qui entoure notre planète est une mince couche constituée très majoritairement d’oxygène et d’azote. Les 0,1% restants sont composés d’une variété de gaz qui malgré leur faible présence ont un impact très important sur le climat. Ces gaz, que l’on connaît sous les noms de vapeur d’eau, gaz carbonique, méthane, protoxyde d’azote et ozone, ont toujours existé dans l’atmosphère. Seulement, depuis le début de l’ère industrielle, leur concentration a grandement augmenté, bouleversant les cycles naturels d’absorption et de ce fait l’équilibre habituel de l’effet de serre. Par exemple, selon le Global Carbon Project (Projet Global sur le Carbone), les émissions globales de CO2 dues à la combustion d’énergies fossiles et à la production de ciment ont atteint approximativement 9,9 milliards de tonnes pour l’année 2013. Le carbone a une durée de

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économie economie@delitfrancais.com

À vos parachutes!

Pourquoi tous les étudiants devraient surveiller l’actualité économique et financière. sami meffre

Le Délit

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et été, un véritable remueménage a été observé dans la sphère économique et financière. Les cours des produits de base –notamment celui du pétrole– se sont écroulés, tandis que le prix de l’or s’est envolé. De leur côté, les économies émergentes ont subi de fortes pressions macroéconomiques et politiques. La Chine a elle aussi pris du plomb dans l’aile quand le monde s’est réveillé face à une économie affaiblie. En pleine crise de confiance, le pays du Dragon essaie toujours de rassurer les investisseurs afin d’endiguer une importante fuite des capitaux. Mais entre la croissance faible de la demande chinoise, l’émergence de la bulle immobilière, le surendettement des économies régionales et l’éclatement de la bulle du marché des actions cet été, le gouvernement a un peu de mal à savoir où donner de la tête.

L’économie chinoise plombe les cartables Et quand l’Empire du Milieu prend l’eau, ce sont les pays exportateurs de matières premières tels que le Canada qui boivent la tasse. La santé de l’économie canadienne a pris un coup après le collapsus du cours du pétrole l’été dernier. En effet le Canada est techniquement entré en récession le 1er septembre dernier, son PIB étant en chute depuis plus de six mois consécutifs. Même si nous sommes encore loin d’une réelle crise économique, dans le contexte mondial actuel, il n’est pas complètement improbable que cette crise se matérialise. Or les dégâts qu’elle engendrerait sur l’étudiant lambda sont loin d’être négligeables. Graduer en temps de récession En 2006, Oreopoulos, von Wachter, et Heisz ont conduit une étude sur la population canadienne

pour le compte du Bureau National de Recherche Économique afin de déterminer ces impacts. Ils ont ainsi découvert qu’entrer sur le marché du travail à l’issue d’un cursus universitaire représente une large perte monétaire si l’économie est en récession. En moyenne, il s’agit d’une perte sèche de 9% sur le revenu annuel. De plus, cette perte ne disparaîtra, en moyenne, que 10 ans après la fin du cursus universitaire. Ces économistes ont aussi découvert qu’une crise économique affecte en profondeur la carrière des jeunes diplômés car ces derniers acceptent tendanciellement les opportunités disponibles, même si cela correspond à un différent choix de carrière ou à un poste avec moins de responsabilités que ce à quoi ils devraient s’attendre avec leur diplôme. De même, ils démontrent que les étudiants les plus touchés par une crise économique sont ceux dont le diplôme universitaire mène vers les professions les moins bien payées. Ils affirment ainsi que non

seulement ces jeunes diplômés seront ceux qui subiront les plus grosses pertes sur leur revenu annuel mais que ce sont pour ces mêmes diplômés que ces pertes perdureront le plus. Selon une étude de la Banque Canadienne Internationale de Commerce (BCIC), ce sont les étudiants aux beaux-arts en lettres, en sciences humaines, et en sciences sociales qui seront le plus touchés par une crise économique, tandis que les étudiants en ingénierie, mathématiques, informatique, et commerce seront les moins affectés. Ces observations sont d’autant plus alarmantes lorsque l’on prend en compte le fait que la moitié des jeunes diplômés au Canada sont issus des sciences sociales et humaines. Des chercheurs en économie comme Kahn en 2009 et plus récemment Rampell en 2011 ont trouvé des résultats similaires pour les États-Unis. Un rapport du Département des Affaires Sociales et Économiques (DESA) de l’ONU datant de 2011 confirme ces décou-

vertes et insiste sur les traumatismes psychologiques qui peuvent se manifester chez les jeunes qui entrent sur le marché du travail en temps de crise. Les conséquences d’une crise économique pourraient alors être mitigées en allongeant son cycle universitaire, ou encore en s’inscrivant dans un nouveau cursus universitaire en dernière année de cycle. Si ce nouveau cycle est en ingénierie, mathématiques ou commerce dans une université canadienne, le «parachute anticrise» sera d’autant plus efficace. L’actualité économique n’est donc pas réservée aux plus fins financiers, mais est utile à tout étudiant qui souhaite se préparer à son entrée dans le monde du travail en temps de récession. En cette dernière semaine de sélection des cours d’automne à McGill, la croissance chinoise deviendrait un facteur tout aussi important que le classement des professeurs sur Note mon Professeur (plus connu sous le nom de RateMyTeacher). x

Économies émergentes en déclin Le ciel serait-il tombé sur la tête des nouveaux pays industrialisés?

croissance est basée sur l’export souffrent soudainement d’un large manque à gagner sur leur balance commerciale. La santé de l’économie brésilienne par exemple est inextricablement liée à celle de l’économie chinoise: ses imports, essentiellement des produits de bases, vers la Chine ont été multipliés par 44 entre 2000 et 2011 (Valor Econômico, 2012). Il n’est donc pas étonnant de voir les économies comme le Brésil ou la Corée du Sud chahutées par les récents déboires de l’économie chinoise.

ach gaddes

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ous rappelez-vous vos cours de géographie lors de vos années dans le secondaire? Les marchés émergents étaient «la terre promise» des investisseurs, le salut de la croissance vieillissante des économies développées, le futur cheval de trait de l’économie mondiale. Mais à ce jour, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et leurs acolytes (Corée du Sud, Mexique, Indonésie, Turquie et Arabie Saoudite) ne sont pas au meilleur de leur forme. Le Brésil est entré en récession le 28 août dernier, la Russie est au bord d’une crise financière, la Turquie est en quasi guerre civile contre le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). L’Afrique du Sud est frappée de plein fouet par la chute des cours des produits miniers, l’Arabie Saoudite est ballotée par les cours du pétrole, la Corée du Sud (6ème exportateur mondial) a vu ses exports chuter de presque 15% en août dernier comparé à la même période l’année dernière, tandis que la croissance de l’Indonésie est au plus bas depuis 2009. Et à la barre de ce Titanic économique se tient la Chine. En proie à une chute de sa croissance,

La faute à l’or noir le pays fait face à la débandade de son marché des actions et à une possible crise de la dette publique de ses gouvernements régionaux. D’après le Financial Times, lors des treize derniers mois presque un trillion de dollars ont fui les marchés émergents pour aller se réfugier sur des marchés plus sûrs. Seuls le Mexique et l’Inde semblent avoir réussi à mitiger les dégâts. Le premier grâce à ses relations avec les Etats-Unis tandis que le second surfe sur la vague baissière des matières premières pour relancer son secteur manufacturier. De plus l’Inde a subi sa propre crise écono-

le délit · mardi 15 septembre 2015 · delitfrancais.com

mique en 2013 et se trouve donc en plein dans le mouvement haussier de son cycle économique. Une crise des exports La Chine et le cours des matières premières, particulièrement celui du pétrole, semblent être les coupables les plus évidents de la présente tourmente des marchés émergents. En effet quand le 3ème importateur mondial et premier importateur mondial de pétrole voit ses imports chuter de 15% en glissement annuel, on peut s’attendre à ce que les pays dont la

De son côté, la démarche chaloupée du cours de l’or noir semble être le résultat d’un puissant «bras de fer» entre les pays de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) et le reste des pays producteurs de pétrole. En effet le cartel pétrolier mené par l’Arabie Saoudite s’est engagé sur le sentier de la guerre en choisissant d’extraire un nombre record de barils par jour depuis le début du crash pétrolier. Le but de cette manœuvre est de forcer les pays à hauts coûts d’extraction à réduire leur production afin que le cours du pétrole se rétablisse à des niveaux raisonnables tout en permettant

aux pays de l’OPEP de conserver leur part de marché. Si cette stratégie commence enfin à porter ses fruits, elle est dévastatrice pour les gouvernements des pays émergents tel que le Kazakhstan et le Vénézuela qui financent leur réformes structurelles avec leurs exports pétroliers. Plus grave, les bas niveaux des cours des matières premières exercent une forte pression baissière sur les devises des économies émergentes ce qui a pour effet d’accentuer la fuite des capitaux, augmenter les taux d’intérêts sur la dette souveraine, et de rendre les dettes publiques libellées en devises étrangères beaucoup plus chères. En somme, même si la situation ne semble pas facile pour les économies émergentes, elle pourrait être bien pire: le bas prix du baril permet aux pays importateurs de pétrole de développer leur secteur manufacturier et force les autres à restructurer leurs économies sur un modèle plus sain que l’export de matières premières. La possible hausse des taux d’intérêts de la Réserve Fédérale américaine ce mois-ci pourrait par contre faire basculer cette situation précaire dans une véritable crise des marchés émergents, le sujet n’est donc pas clos. x

économie

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Culture

articlesculture@delitfrancais.com

musique

Les montagnes de Philémon Retour sur le lancement du tout dernier album du chanteur québécois. cÉline fabre

Le Délit

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’est sur la scène du Théâtre National, loin des sirènes du centre-ville et là où des arches de guirlandes ornent la rue Sainte Catherine, que le Québécois Philémon Cimon a fait voler les premières notes de son tout dernier album: Les femmes comme des montagnes. En cette fin d’été 2015, le défi était de recréer face au public montréalais l’ambiance d’un album enregistré dans un petit studio de la Havane. La première chose que l’on peut dire de la prestation des musiciens, c’est qu’ils ont eu la patience d’interpréter toutes les chansons qui composent cet album aux influences diverses. On a le temps de prêter attention à chaque élément et d’être un petit peu surpris quand le rythme de base de certaines chansons prend un tournure inopinée. Il est agréable de percevoir dans des chansons comme «Sur la ville», l’influence musicale de la petite île sud-américaine, presque plus présente que dans Les sessions cubaines, sorti en 2011. Désormais, les cadences et le charme fatal des rythmes latinos se font plus évidents. Si bien que, en-

traînées par un instinct charnel, les hanches des spectateurs se mettent à dessiner dans l’air des cercles plus ou moins harmonieux. Entre deux chansons, Philémon raconte que les éclats de trompette que l’on entend dans le fond de son album sont le fruit du souffle et de l’ivresse de musiciens cubains vers trois heures du matin, après une soirée bien arrosée. Il n’a pas peur de s’arrêter au tout début

d’un morceau en avouant qu’il s’est trompé d’octave, avant d’entamer la chanson à nouveau, d’une voix bien trop grave qui déclenche des rires dans le public. Mais il reprend avec sérieux: «J’suis allé te trouver dans ton pénitencier, j’ai gossé des menottes dans les planches du plancher» et les accords de basse qui accompagnent ces paroles font vibrer le plancher de la salle comme des petites décharges. Comme des pulsations

autour desquelles gravite un éventail sonore fait de coups de baguettes, notes de piano, frottements de cordes électriques et bien sûr le timbre doré de Philémon. «Comme toi j’nai plus peur de m’endormir. Mais je ne dors plus» suivi d’un accord final marque la fin de la chanson. Si le répétitif peut être lassant, il arrive que le premier sache se passer du second. Dans «Je t’ai jeté un sort», Philémon reprend la phrase

«Maintenant tu dois m’embrasser» comme un refrain qu’il répète plus d’une fois, dans un registre pop qui n’est pas sans rappeler son album précédent: L’Été. Mais sa voix à la nonchalance contrôlée ne tombe jamais dans le mélo et préserve la simplicité des textes d’un côté trop «lover»: le piège classique lorsque l’on se risque à parler d’amour. D’ailleurs, les musiciens sont là pour rappeler Philémon à l’ordre comme il l’explique en prenant un ton de victime, quand il avoue au public qu’il n’a réussi à garder qu’une ou deux chansons vraiment douces dans l’album. Entre plaisanteries et gravité, foule d’accords et mélopée, on intercepte des petits regards entre le pianiste (Papacho) et le guitariste (Nicolas Basque) qui échangent des sourires et donnent à la musique ce côté blague privée à laquelle on se plaît à participer. Vient alors le tour de la chanson éponyme de l’album, où trois violons se rajoutent au quintet musical qui ne demandait rien de mieux. Il semble alors évident que Les femmes comme des montagnes n’aurait pu se passer de ces cordes supplémentaires, ni de ces coups de trompettes qui font de cet album un accomplissement. x

exposition

Altmejd en Flux

Le MAC expose l’imaginaire de David Altmejd. LUCE ENgérant

Le Délit

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OUM BOUM BOUM – Un gorille frappe à la porte et vous tend un fragile petit pétale de pâquerette. Quelque chose cloche, et pourtant… Telle est l’expérience de FLUX, la rétrospective de David Altmejd à laquelle on pouvait assister pendant la nocturne du Musée d’Art Contemporain (MAC) le vendredi 11 septembre. Les tounes enchaînées du disc-jockey et la horde de visiteurs contrastent avec l’atmosphère singulière et introspective du sculpteur. Au moins la sécurité est déployée pour faire barrage au flot humain: une fois dans la salle d’exposition, on entre dans une clairière parsemée de visiteurs, pas plus nombreux que quelques champignons dispersés dans une forêt. Et cela tombe bien puisque l’exposition représente certains personnages sortis tout droit d’un conte de fée, d’un mythe terrible, ou d’une histoire moyenâgeuse. FLUX est le premier partenariat dans son genre: collaboration

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Culture

entre le Musée d’Art Contemporain de Montréal et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, l’exposition réunit des œuvres réalisées pendant les quinze dernières années de travail de l’artiste. C’est l’occasion pour Altmejd d’exposer dans sa ville natale: né en 1974 à Montréal il vit et travaille maintenant à New York. L’exposition commence par une tête. C’est une tête avec des cheveux, une couleur de chair et un trou béant en plein milieu. Dans ce trou poussent quelques cristaux. Cette première œuvre, composée de trois dimensions, est d’autant plus saisissante qu’elle est placée dans un coude de couloir, comme un macabre accueil. Pour amplifier l’effet frappant, on découvre au détour de la prochaine galerie que la première œuvre est inspirée de la tête de la sœur de l’artiste. Par une adroite appropriation de l’espace et mise en scène des œuvres, Altmejd guide le visiteur de sous-salle en sous-salle, l’attirant dans quelques chambres lumineuses et à travers des galeries sombres, pour lui faire découvrir ses œuvres. On imagine l’artiste

luce engèrant

créant ce parcours afin de faire entrer le public dans son imaginaire. On suit volontiers le fil de la pensée du sculpteur. Plusieurs sculptures rappellent le processus de création. Dans une grande antichambre, on découvre une énorme vitrine en plexiglas étiquetée «L’air». La police rappelle celle du fameux tableau de Magritte: La Trahison des images où on lit «Ceci n’est pas une

pipe». Mais pourtant le contenu de la vitrine n’est il pas que de l’air? Sur un squelette de plexiglas, une forme humaine est à moitié tissée de fils fins. L’œuvre nous fait l’impression d’un atelier de production ou d’une pensée en pleine création dans le cerveau, dans l’imagination de l’artiste. En entrevue, Altmejd avait dit s’être détourné de la peinture après avoir découvert le pouvoir

de la sculpture. En effet, il maîtrise à merveille la 3D. Dans une conférence donnée au MAC en juin, Altmejd expliquait qu’une «sculpture a quelque chose de très particulier que les autres mediums n’ont pas […] Elle existe dans l’espace réel, elle a potentiellement la même présence qu’un corps». À coté des ses statues de plâtre ressortent ses assemblages féeriques de cheveux synthétiques, noix de cocos, fruits divers, insectes en plastique, cristaux et latex. L’ensemble de ces oeuvres font référence à la force de la création humaine, à la métamorphose des choses, ou à l’énergie créatrice qui surgit des êtres (zèbres ou hommes). Avec l’aide de ses vitrines impressionnantes on peut découvrir des formes presque tangibles sur la face ouest, et qui se décomposent entièrement sur la face sud. Après cette visite dans l’imaginaire d’Altmejd, le visiteur ne peut que se plonger dans sa propre réflexion. Heureusement que la marée humaine qui grouillait devant l’exposition s’est dissipée et que la nuit de Montréal se prête bien a cet exercice de réflexion. x

le délit · mardi 15 septembre 2015 · delitfrancais.com


EXPOSITIONS

Les maux du monde

Le marché Bonsecours accueille la dixième édition du World Press Photo. amandine hamon

Le Délit

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mblème de la rentrée montréalaise, l’exposition annuelle World Press Photo offre, du 26 août au 27 septembre 2015, une fenêtre sur le monde. Qualifié par Le Devoir d’«électrochoc photographique», l’événement présente les photographies gagnantes de l’une des plus prestigieuses compétitions professionnelles au monde. Cette tradition a débuté en 1955 à Amsterdam et on la compare aujourd’hui aux Oscars de la photo. Ce sont donc parmi 98 000 photographies soumises au jury par 5800 photographes venus de 130 pays que 150 photos gagnantes sont sélectionnées pour être exposées dans des centaines de villes et couper le souffle de ses milliers de visiteurs. L’exposition frappe le visiteur de plein fouet parce qu’elle démontre des réalités qui semblent lointaines lorsqu’on entend parler aux actualités, mais qui deviennent soudain douloureusement proches quand on se tient devant une photographie. Le visiteur prend une claque, par exemple, lorsqu’il se retrouve planté devant une série sur les populations victimes du virus Ebola en 2014, œuvre qui valut au reporter Pete Muller le 1er Prix Reportages dans la catégorie «Information Générale».

Le visiteur est également subjugué par la série de clichés, signée Jérôme Severini qui démontre les débris du vol MH70 tombés sur des maisons, détruisant le toît

spectateur montréalais prend son temps pour regarder la photo qui exprime parfaitement la misère de quelqu’un qui a perdu sa maison. Plus loin, une explosion géante im-

de la violence humaine. On est là pour faire un constat. Grâce au cliché du photographe chinois Ronghui Chen, récompensé du 2e prix «Photos Isolées»

éléonore nouel

de certains habitants désolés. Les explications qui accompagnent les images font froid dans le dos. On imagine alors un corps toujours attaché à son siège tomber du ciel et atterrir dans sa cuisine. On avait entendu parler de ces épisodes choquants à la télévision pendant deux minutes tous les jours, puis les médias eurent d’autres chats à fouetter. Aujourd’hui, le

mortalisée par l’objectif de Bulent Kilic pour l’Agence France Presse donne elle aussi des frissons. C’est l’épisode terrorisant de la prise de Kobané par les soldats islamistes, à la frontière turque. On se demande ce que faisait ce photographe inconscient si près de l’explosion. Et pendant quelques minutes, on a l’impression d’être à la place du photographe, témoin impuissant

en Sujets Contemporains, le public se retrouve face à face avec un travailleur chinois entouré de fumée rougeâtre et protégeant ses cheveux avec un bonnet de Noël. Il fabrique des décorations de Noël mais, d’après le commentaire, l’homme ne sait pas vraiment ce qu’est Noël. Son regard droit croise alors celui du Montréalais, qui se sent piqué d’une pointe de

culpabilité. On se dirige alors vers la photo suivante. Le joueur de footbal Lionel Messi fixe la coupe dorée qu’il ne gagna pas l’année dernière dans le cliché de Bao Tailiang, qui remporte le 1er prix «Photos Isolées» pour les Sports. Le 3e Prix des Projets à long terme est accordé au photographe chinois Lu Guang pour son enquête sur le développement et l’environnement en Chine. Une photo d’un homme en train d’enterrer un bébe dans un champ grisâtre et vide arrête le visiteur. Que peut-on ressentir d’autre que de la désolation quand on est témoin d’une telle scène alors qu’on en est pourtant si loin? On est mal à l’aise. On est ensuite révolté par l’exposition annexe organisée par l’Oxfam-Québec à l’étage supérieur: débris au Népal immortalisés par Pascal Rousseau, ou encore la pauvreté et les inégalités sociales aux États-Unis mises en évidence par le reportage urbain de Tamy Emma Pepin. Pour finir, une exposition adjacente nommée Deadline par Will Steacy prévoit la fin de la presse écrite. L’étudiant mcgillois qui assiste au World Press Photo en sort révolté et ambitieux de changer le monde qui va si mal. On a mal au cœur parce que l’on ne peut pas soigner tous les maux du monde. Pourtant la qualité spectaculaire des clichés et la mise en scène agréable et fluide de l’exposition sont inspirantes. Elle donnent envie de dénoncer. x

L’homme face à la nature morte Photographies perpétuelles, la photographie en mouvement au MBAM. sandra klemet

Le Délit

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ans une petite salle cachée, au sous-sol du Musée des Beaux-Arts de Montréal, les «Photographies Perpétuelles» d’Owen Kydd jalonnent les murs et éclairent la petite galerie par le biais de panneaux numériques qui leur servent de support. La 14e Édition du Mois de la Photo propose à travers cette série la dissolution des frontières entre la vidéo, qui permet d’enregistrer le sujet de façon continue et la photo, qui permet de capturer l’instant et se détacher de toute temporalité. Les photographies perpétuelles en question sont donc une

du projet. Sur l’un des panneaux, divers bibelots sont disposés sur un sol dont le bleu et la texture rappellent ceux entourant les piscines des années 60. La lumière se reflète contre l’aluminium d’un morceau d’emballage de biscuits et scintille de manière intermittente comme le plastique transparent des bijoux de pacotille. Une petite brise fait voler ici et là les bords de ces différents objets et donne ainsi à cette nature morte et quelconque l’apparence du mouvement paisible. En face de cette dernière œuvre, un gros plan d’un couteau en argent qui semble avoir beaucoup vécu. Sur la saillante lame de ce couteau, les rayures et les rainures se succèdent comme des vagues de haine et de vie. Sur

«L’objet reflète le monde qui l’entoure et se soumet aux changements que cet environnement lui impose.» série d’images du même ou de différents sujets qui défilent en boucle. L’objet, dans le sens large du terme est ici le thème central

cette même lame, se reflètent les phares des lumières de diverses couleurs; ce sont les phares des voitures qui passent au loin, derrière

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luce engèrant

la vitre qui sépare ce couteau de la danse nocturne de la ville. Deux autres panneaux présentent également divers objets, allant de l’abat-jour vert en papier aux ballons bleus gonflables à l’hélium, en passant par un buste en marbre dont la tête à moitié coupée lui donne un aspect de vase. D’ici, c’est la représentation de l’objet et du quelconque qu’on discerne. C’est la représenta-

tion du plastique dont la texture est révélée à travers les inclinaisons de la lumière qui l’éclaire. C’est cette dite lumière, celle qui modifie les textures et se reflète sur les matériaux tels que le verre, le métal ou le plastique, qui me touche. Pourtant, plus loin, de nouvelles hypothèses émergent. La présence et le jeu de la lumière sont toujours importants,

que ce soit sous forme de phares, de jets multicolores ou d’un néon dont la lumière blanche et vive éblouit le visiteur. À droite, une sorte de sculpture et à ses côtés un homme, qui est d’ailleurs le seul être vivant doté de souffle de toute l’exposition. Il ferme les yeux et tente de se faire objet, de se faire nature morte, de camoufler toute manifestation de vie. Cependant, les paupières s’animent et de légers mouvements de visage et de tête peuvent être perçus. Non, ce n’est pas un objet. L’objet ne demande rien, n’a rien à prouver. Il est posé là, respire à travers son silence et son immobilité, s’active sous l’action des forces environnantes. L’objet reflète le monde qui l’entoure et se soumet aux changements que cet environnement lui impose. Les multiples photos d’objets statiques dégagent une certaine passivité et semblent plus majestueuse que celle de la tentative vaine de l’Homme à s’oublier; celui qui subit sa propre vie. La nature morte revient à la vie, quand l’Homme feint de faire le mort. Ce contraste révélé à travers le support d’images superposées est profondément intéressant. x

Culture

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THéâtre

Quand spectacle rime avec voyage Après la peur: douze pièces interactives à travers Montréal. Morgane Jacquet & Vassili Sztil

D

ans une approche originale de la représentation théâtrale, le metteur en scène français Armel Roussel présentait Après la peur au Théâtre d’Aujourd’hui du 1er au 5 septembre. Le spectacle présente douze mini-pièces parmi lesquelles les spectateurs doivent sélectionner quatre itinéraires. Ils sont plongés dans des univers multiples: emmenés à bord d’un minibus arpentant Montréal, dans une location de la compagnie Airbnb, voire même dans le hall du théâtre pour trente minutes de jeu. Les pièces posent des questions de société universelles, comme nos réactions face à l’immigration, le regard que l’on porte sur l’autre, la place de la jeunesse ou encore notre appréhension de la mort. La force de ces pièces réside dans la présentation de ces thèmes, effectuée de manière atypique et souvent émouvante. Après la peur, que reste-t-il de notre relations à l’autre, des sentiments que nous pouvons éprouver à son égard? C’est l’une

des grandes réflexions qui lient les différents spectacles entre eux. Armel Roussel et sa troupe de comédiens déconstruisent volontairement le «quatrième mur» traditionnel du théâtre. Ils boulversent ainsi les attentes du spectateur, qui n’est plus confortablement installé dans son fauteuil devant une scène et c’est l’intelligence émotionnelle qui parle alors. Deux représentations, Ghost Songs de Gilles Poulin-Denis et Banalités d’usage de Soeuf Elbadawi présentent parfaitement la diversité des thèmes abordés par le spectacle. La pièce Ghost Songs réussit avec succès à nous emporter avec elle en roadtrip jusqu’en Amérique. Au début de la pièce, les spectateurs montent dans une voiture et ferment les yeux. La voiture avance ensuite et on se réveille en route pour Chicago, la neige tombant sur le pare-brise. On se croirait en plein mois de février. Spectateurs à l’arrière de la voiture, nous assistons à la rencontre d’un conducteur et d’une auto-stoppeuse qu’il prend sur la route. Témoins de cette entrevue mystérieuse, nous sommes

Mahaut engérant

entraînés avec cette jeune femme sur la route qu’avait parcourue son ancêtre, une cinquantaine d’années auparavant. En sortant, les spectateurs ont réellement l’impression de laisser derrière eux un univers mystique, avec le sentiment d’avoir traversé, avec les héros de la pièce, les plaines désertes de l’Amérique. Contrairement aux autres pièces qui entraînent plus directement les spectateurs vers une réflexion, le metteur en scène Gilles Poulin-Denis cherche à nous plonger dans un univers fictif particulier qui nous permet de nous évader dans le monde des

personnages. De son côté, la pièce Banalités d’usage: Un musulman de moins nous convie à un dîner. On s’assied: un peu de vin, du pain pita, et du houmous pour le repas. Mais l’hôte n’est pas là: un enregistrement sonore est lancé, et l’on entend Soeuf Elbadawi commencer son histoire. Originaire de l’archipel des Comores, le poète Soeuf Elbadawi serait resté bloqué à la frontière où il précise qu’il est musulman. Serait-ce la raison de son arrêt à la frontière? Rien n’est précisé, seulement suggéré. Puis la voix du comédien parle

aux spectateurs de l’hospitalité, cette manière d’appréhender l’étranger, l’autre, en lui proposant d’échanger, de partager. La pièce est alors terminée. Les thèmes abordés furent forts: l’immigration, l’altérité, tous deux d’actualités. Quelle relation à l’Autre, qu’il soit musulman, immigré, les deux? La peur estelle le seul filtre de contact possible aujourd’hui? Et puis, de derrière un rideau, un homme surgit. On comprend alors que c’est Soeuf Elbadawi, le conteur de l’histoire qui n’a en fait jamais été bloqué à la frontière. Il nous parle de Moroni, sa ville natale, en chantant magnifiquement. S’ensuit une discussion tendue entre lui et un comédien qui se fait passer pour un spectateur sur les questions du vivre-ensemble, de multiculturalisme, de laïcité. On quitte la pièce avec des souvenirs forts et une expérience nouvelle du théâtre politique. x

Le metteur en scène Armel Roussel et sa troupe reviennent tous les ans à Montréal pour proposer un nouveau spectacle et poursuivre l’aventure.

Babylone sur Saint-Dominique Andréane Leclerc offre un aperçu de l’enfer avec La Putain de Babylone.

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ANNA DORY

a première représentation mondiale de la pièce La Putain de Babylone ouvrait mardi 8 septembre le festival de création radicale urbaine Grand Cru. Organisé par le théâtre La Chapelle, il propose sept pièces différentes jusqu’au 3 octobre, décrites comme étant «un pied de nez à la conformité et une invitation à plonger dans un univers décadent». La Putain de Babylone: le titre en lui-même laisse présager une pièce qui a pour but de déranger, d’aller contre la norme et les préceptes de bonne conduite. Sur ce point, le spectateur n’est pas déçu. La pièce, qui se veut une réinterprétation de la Genèse et du Livre de la révélation, a pour objectif d’amener le spectateur à questionner ses croyances: tout ce que la société a pu bâtir à partir de l’inconscient collectif dérivé de la Bible et de la religion chrétienne. Ce faisant, elle cherche aussi à ce que le plaisir soit enfin accepté comme partie intégrante de l’humanité. La trame narrative de la pièce est simple: la Putain de

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Culture

Babylone (qui est, dans la Bible, la mère des prostituées et des abominations, ainsi que la source des immoralités terrestres) est créée et maintenue en vie par Dieu afin qu’elle satisfasse ses besoins. Dieu crée alors l’Enfer pour y placer sa «putain» et, ainsi, l’Enfer devient son Paradis. La pièce s’illustre surtout par sa mise en scène. En effet,

Andréane Leclerc, metteuse en scène de la pièce et fondatrice de Nadères arts vivants, a souhaité incorporer, non pas le cirque à proprement parler, mais comme elle le dit, «la technique corporelle circassienne» dans cette représentation théâtrale. Tout au long de la pièce, les actrices jouant les «putains» peuplant l’enfer régi par «la Putain de

MARC AndrÉ goulet / Theatre de La Chapelle

Babylone» se contorsionnent et se disloquent, ce qui participe à créer une atmosphère horsnorme, dans laquelle même le corps humain ne ressemble plus à l’idée que nous en avons. La mise en scène se résume presque à cette interprétation corporelle des rôles. Les actrices n’ont pas de texte. Une voix seule intervient en chantant pour four-

nir certaines informations nécessaires à la compréhension des évènements. À certains moments la voix laisse place à une musique composée par le chanteur des Tiger Lillies. Le décor est sobre, sombre et fait très justement penser à une maison close. Bien que la mise en scène soit intéressante, on regrette de ne pas être plus amplement guidé dans la compréhension de l’œuvre théâtrale. Une des actrices, qui joue un rôle différent en marge de celui des «putains», reste impossible à identifier. Peut être représente-t-elle Dieu, ou plus simplement, la norme morale, on ne le saura jamais. De plus, le jeu et les objets utilisés restent très symboliques et obscurs, ce rend assez difficile la compréhension de ce qui se passe dans la pièce. On assiste à des tableaux sans forcément en comprendre le sens, l’oeuvre restant parfois trop hermétique pour les non-initiés. Bien que cela soit frustrant on peut toutefois se laisser porter par l’esthétique de la pièce et par la qualité des comédiennes-contorsionnistes. x

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LittÉrature

Une lecture de l’Art

Critique du Journal d’un étudiant en histoire de l’art de Maxime-Olivier Moutier. Charles Gauthier-Ouellette

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ntre les recommandations extatiques de connaissances et le curieux attrait exercé par sa pochette, le nouveau roman de Maxime-Olivier Moutier se dévoile comme un

livre particulièrement pertinent en cette rentrée scolaire. En effet, par son sujet, Journal d’un étudiant en histoire de l’art attire un public varié dans lequel l’universitaire saura s’identifier. Ainsi, le lecteur suit le parcours d’un narrateur homonyme à l’écrivain qui,

sur une décision réfléchie mais longuement reportée, retourne à l’université afin de compléter un certificat en histoire de l’art. Comme son titre l’indique, c’est sous la forme d’un journal que le narrateur se confie, en relatant autant d’interventions qu’il en faut pour faire vivre –ou revivre– la vie d’un universitaire au lecteur. Celles-ci, de la plus

infinie d’égoportraits, à l’étudiant qui se présente dans le seul but de regarder des vidéos en ligne, le narrateur observe le milieu dans lequel ils s’épanouissent. Pour ce qui est de l’apprentissage, le narrateur n’hésite pas à la transmettre au lecteur à travers sa propre expérience d’humilité et d’éducation. Grâce à une connaissance approfondie

«Le retour aux études après vingt ans d’absence ne se présente toutefois pas sans choc culturel» anodine réflexion à la plus passionnante relation amoureuse, en passant par quelques divagations fantastiques, offrent une panoplie complète des expériences vécues dans les universités d’aujourd’hui. Le retour aux études, après presque vingt ans d’absence, ne se présente toutefois pas sans choc culturel et ce dernier fait partie intégrante du roman. Ajoutant une touche d’humour subtile mais toujours bien placée, de l’étudiante qui «aime» une collection qui semble

luce engérant

de l’Art, il aborde une longue période historique et fournit des détails et renseignements sur des œuvres et des architectures des plus variées. Grâce à cet amalgame d’informations, le plongeon dans le milieu se fait aisément. Il transcende le roman et encourage le lecteur à rechercher par lui-même les créations abordées. Adroitement, l’écrivain offre, tout au long de son roman, une introduction à l’histoire de l’art sous forme de confidences et d’expériences de vie.

Lorsque la narration ne tourne pas autour de son aventure d’étudiant en histoire de l’art à l’UQAM, elle aborde l’éternel sujet d’écriture: les relations amoureuses. D’abord père de trois enfants avec une femme forte, le narrateur apparaît rapidement comme un homme ayant besoin d’une présence féminine constante à ses côtés. Entre deux visites d’une épouse trop souvent absente, son désir se satisfait donc avec diverses maîtresses, qui semblent parfois être présentes dans le seul but de remplir quelques lignes. Point plus faible du personnage de ce roman autrement magnifique: ces rencontres présentent le narrateur sous un autre jour; elles lui permettent une touche d’humour noire, tout en renforçant le personnage. Malgré toutes les difficultés que vit le narrateur, c’est avec facilité et plaisir que le lecteur le suit dans son développement. Passionné d’art ou non, ce Journal s’adresse à un public général, qui saura y trouver, si ce n’est une nouvelle passion pour l’art, un roman truffé d’humour et de scènes de la vie de tous les jours. x

Coup de boule en librairie

Sur le chemin de La Mélancolie de Zidane, de J.-P. Toussaint. Philippe Robichaud

Le Délit

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eu importe le nombre de livres que l’on lit, la masse des tomes que l’on s’impose par masochisme, par envie de dépassement de soi, ou encore par irrationnel désir d’autojustification. On ne prédit jamais les instants lors desquels le simple

l’absolu. Pour l’Hexagone, par exemple, le rapport officiel du Ministère de l’intérieur catalogue 15 054 «coups et blessures volontaires criminels ou correctionnels» pour le seul mois de juillet 2006. Ceux-là, petite poignée répertoriée par la police, sont perdus dans un océan de «coups et blessures» oubliés à jamais.

«C’est un sentiment qui n’interpelle que la mort» fait de lire agira en pied de biche sur notre cerveau. Publié aux Éditions de Minuit en 2006 («Déjà!» diront certains), La Mélancolie de Zidane est un micro-opuscule de Jean-Philippe Toussaint dont la longueur ne dépasse que de peu celle de ce billet. Pourtant, l’œuvre a la même violence sur l’esprit que le fameux coup de boule reçu sur le torse par Marco Materazzi à Berlin en juillet 2006. . . Pensons naïvement: un coup de boule, comme une œuvre, ne saurait être percutant dans

Admettons environ 15 000 titres dans les rayons de – au hasard – la Librairie française de Rome. Ce serait, disons, un le premier septembre 2015, dernier jour des vacances d’été. Une fin d’après-midi et, qui plus est, une atmosphère crépusculaire aprécipitée par la fermeture imminente du magasin. En quête de quelque chose de bien précis – un livre sur l’État islamique –, un autre livre distrait, accoté à une pile de mastodontes «pikettesques». Il attire l’attention par sa brièveté: étonnant de ne pas le voir s’envoler, tant il était à quel-

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ques phrases près de la feuille mobile. Il refusait de céder sa place sur l’étal de la librairie tel une Rosa Parks dans un bus à Montgomery. De toute évidence, ce n’est pas un roman. Mais ce n’est pas non plus un essai, un article ou poème en prose. Le portail des Éditions de Minuit cite un journaliste qui en fait un «geste littéraire» en écho à un autre geste, celui d’un footballeur à l’apogée de sa carrière, une légende vivante qui, pour ce qui de l’extérieur semble des sottises d’écoliers, a compromis son heure de gloire. Un trop-plein qui est sorti malgré lui – une nausée, en référence au titre éditorial de l’œuvre que Sartre voulait intituler Melancholia. Un geste de révolte, en partie, peut-être. Mais ce serait trop facile. C’est un sentiment qui n’interpelle que la mort: aucun jugement possible, aucune politisation possible ne peut coller à un tel geste. Par contre, le geste, lui, colle. La forme de La Mélancolie de Zidane est aussi momentanée que l’irréductible moment qui l’obsède. Voilà sans doute une bonne partie de ce qui l’a fait

remarquer: cette hardiesse de publier seul ce qui ne devait être que l’épilogue d’une série de textes sur les coupes du monde précédentes en Corée et au Japon. Si penser, d’après le mot d’Alain, c’est savoir dire «non», Toussaint en fait l’exercice impérial en refusant le recueil fourretout commode pour le bijou chétif, mais

nécessaire. Neuf ans plus tard, il confronte le passage du temps à ses souvenirs de coupe du monde dans Football (2015), fraîchement sorti des presses de Minuit. Ainsi, ce n’est qu’une fois le livre déposé, en s’éloignant d’un pas décidé que la Beauté rattrape par derrière et traite notre sœur de pute. x

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Culture

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Entrevue

«On cherche toujours à améliorer la place du français» Madame la Principale Fortier, en poste depuis 2014, a accueilli Le Délit principalement pour discuter des questions francophones à McGill. Cette rencontre lance la nouvelle rubrique «Entrevue» du Délit.

L

e Délit (LD): Nous sommes ici en tant que seul journal francophone de McGill; et vous vous adressez à nous en tant que principale francophone, alors que l’ancienne principale était anglophone. Comment jugez-vous la situation de la langue française actuellement à McGill? Suzanne Fortier (SF): Quand j’étais étudiante à McGill il n’y avait personne à peu près qui parlait français, ni dans le corps professoral, ni chez les employés… On avait peine à dire bonjour! Alors que quand je suis revenue c’était une surprise, une très belle surprise! Parce que maintenant je dirais que dans une journée normale à McGill je dois parler probablement plus de 50% du temps en français. LD: Allez-vous mettre en place des mesures supplémentaires pour améliorer la place du français à McGill? Que ce soit du point de vue académique ou administratif? SF: On cherche toujours à améliorer. Comme vous le savez déjà, les professeurs de McGill ont des cours de langue illimités. Il y a des nouveaux temps de classes qu’on doit ouvrir prochainement pour s’assurer que tous les étudiants qui veulent apprendre le français puissent en profiter. Et je pense qu’au-delà de ça, il s’agit surtout de continuer à développer l’idée que c’est non seulement utile mais très agréable d’avoir la chance d’être dans une université bilingue. LD: Et n’a-t-il jamais été envisagé de faire une sélection basée sur la francophonie? Ou d’ouvrir certaines bourses pour des francophones? SF: Non, à McGill nos critères d’admission... on en a en fait qu’un seul –sauf pour quelques programmes professionnels: c’est basé sur l’excellence académique! Mais ceci étant dit, McGill garde à peu près d’année en année toujours le même pourcentage d’étudiants francophones. On a toujours autour de 50% de nos étudiants qui viennent du Québec, donc tout ce beau monde-là parle français. Les anglophones qui vivent au Québec aujourd’hui en général parlent français. On a 25% des étudiants à peu près qui viennent du reste du Canada anglophone. Puis le reste vient de l’étranger, et le second groupe d’étudiants internationaux le plus important arrive de France.

«Quand j’étais étudiante à McGill, à peu près personne ne parlait français.» LD: Justement, en parlant de ces Français! On sait que l’année dernière fut l’année des renégociations des accords étudiants France - Québec, et la ré-augmentation des frais d’inscription pour les étudiants français dans les universités québécoises. Avez-vous observé des conséquences de cette

«A+, A, A-…». Mais on ne le fait pas parce qu’au niveau du public c’est plus intéressant d’avoir la course! Après, est-ce que McGill est premier au Canada devant Toronto…? Écoutez, on a la chance d’avoir, au Canada, un nombre de très bonnes universités qui se placent bien. Les classements à McGill sont assez consistent (ndlr, «réguliers»), on est toujours à peu près dans le même groupe d’année en année.

«Je pense que c’était important de refaire ces négociations étudiantes France-Québec.» Éléonore nouel

Originaire de Saint-Timothée, au Québec, Suzanne Fortier est diplômée de l’Université McGill (BSc 72’ et PhD 76’). Cristallographe de formation, elle est spécialisée dans l’élaboration de méthodologies faisant appel aux mathématiques et à l’intelligence artificielle pour déterminer la structure des protéines. Auteure ou coauteure de plus de 80 articles scientifiques, elle a été invitée à faire de nombreuses présentations sur ses travaux de recherche. La Professeure Fortier a enseigné à l’Université Queen’s en Ontario, avant d’être nommée présidente du Conseil de Recherches en Sciences Naturelles et en Génie du Canada (CRSNG) en 2005. Elle entame sa deuxième année en tant que principale de l’Université McGill. (source: mcgill.ca) mesure sur cette nouvelle rentrée? Une diminution du nombre d’inscrits de France? SF: Non, pas du tout. Pas à McGill. Non. LD: Nous n’avions pas eu l’occasion de vous parler au moment des renégociations de l’accord France-Québec. Aviez-vous une opinion à donner à ce sujet? SF: Oui j’avais une opinion. Je pense que c’était important de refaire ces négociations, car les choses avaient beaucoup changé. Vous savez, quand on avait eu cet accord là en 1978, je crois qu’à cette époque les frais d’inscription étaient les mêmes pour les résidents québécois et les Canadiens. On payait tous la même chose. Alors, à ce moment-là, on offrait aux Français de France les même frais d’inscription que tous les étudiants canadiens. Mais plus tard on a commencé à différencier les frais d’inscription et les Canadiens non-québécois se sont mis à payer beaucoup plus. Alors c’était de plus en plus difficile, honnêtement, d’expliquer aux Canadiens –surtout aux Canadiens de langue française!– pourquoi eux devaient payer trois fois plus que les Québécois alors qu’on offrait le même privilège aux Français. C’était un peu illogique: il y a un moment donné où il faut être cohérent. LD: Vis-à-vis de cette nouvelle mesure, est ce que l’université a déjà commencé, ou va mettre en place, des mesures de soutien pour certains étudiants français qui ne peuvent plus payer ces frais de scolarité? SF: Oui, McGill est l’une des seules universités qui a toujours eu un programme de bourse ouvert à tous les étudiants peu importe s’ils sont québécois, canadiens ou internationaux. Et on a toujours eu la politi-

que d’augmenter ce programme de bourses en parallèle avec les augmentations des frais de scolarité. Et aussi j’y travaille dans les corridors! Dès que j’en ai la chance, je partage avec le gouvernement mes inquiétudes par rapport au fait que les étudiants qui sont non-résidents québécois contribuent aussi au programme de bourse au niveau provincial mais n’y ont pas accès. Moi j’aimerais qu’on exclue cette contribution là pour les étudiants non-québécois, ou bien on ouvre cette bourse à tous les étudiants y contribuant. LD: En tant que principale, vous qui êtes chargée de l’excellence académique à McGill, comment réagissez-vous aux classements des universités de la rentrée? SF: Écoutez, je vais vous dire honnêtement moi, parce que je les regarde les classements… Il faut bien comprendre ce n’est pas un exercice scientifique, il y a une marge d’erreur qui est probablement de près de cinq rangs. Et d’ailleurs, quand j’ai rencontré les gens de QS (ndlr, une référence en terme de classements universitaires), ils m’ont dit que nous ferions mieux dans Shanghai l’année suivante (ndlr, un autre classement universitaire). Je leur ai demandé pourquoi. «Parce qu’on a annoncé l’année passée qu’un de vos anciens avait gagné un prix Nobel (ndlr, John O’Keefe, prix Nobel de médecine 2014)». Vous voyez à quel point c’est volatil! Et l’autre chose c’est qu’on ne devrait pas faire des classements en mettant «un, deux, trois, quatre…». Si vous regardez les cinq premiers, est ce que c’est Harvard, est ce que c’est le MIT, est ce que c’est Cambridge? On devrait plutôt peut mettre

LD: Quels vont être pour vous les objectifs, les grands chantiers, de cette année 2015-2016? SF: Mes grands chantiers demeurent nos cinq priorités. On ne va pas changer: on a établi nos priorités avec la communauté quelques mois après mon arrivée. Déjà «l’atout McGill» au niveau de la qualité d’apprentissage pour nos étudiants (ndlr, Mme Fortier ne semble pas encore convaincue par cette traduction française du McGill commitment) demeure notre première priorité. Puis, au niveau de la recherche il faut s’assurer que nous soyons toujours engagés à pousser les frontières de la connaissance, parce que peu d’organisations –à part les universités– le font présentement. Troisièmement l’engagement de McGill dans la communauté autour de McGill. Puis nous avons une priorité fondamentale vis-à-vis du milieu de travail à McGill pour nos employés. Et évidemment l’objectif campus! Les campus devrais-je dire! Cette année, on va faire l’étude du site de l’Hôpital Royal Victoria pour voir si on devrait chercher à l‘ajouter au campus du centre-ville (ndlr, McGill prévoirait d’annexer et de transformer l’hôpital situé au-dessus du campus). LD: Nous avons une dernière question un peu plus légère. Au bureau du Délit nous avons pris l’habitude de vous appeler Suzie, et nous voulions savoir comment vous jugiez ce surnom. SF: Ah oui pourquoi? Mais je trouve ça bizarre! Premièrement je n’ai jamais eu de surnom autre que Suzanne. Et évidemment pour moi Suzie c’est anglophone! Et puis dans mon bureau il y a déjà une Suzie… donc écoutez continuez avec Suzie et j’irai lui dire «Le Délit a écrit que tu as dis tout ça»! x Propos recueillis par

Julia Denis Le Délit

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