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Featured artist - REN

REN (BIO.)

(english version follows)

Quand le spectateur devient acteur

De l’abstraction au street art, en passant par le collage, la customisation d’objets et l’upcycling, Renaud Piquard, alias Ren (Verviers, Belgique, aujourd’hui installé à Dison), construit une pratique faite de couleur, de matière et de rupture. Retour sur son parcours…

Tout commence bien avant qu’il ne se mette réellement à peindre.

Dès son enfance, il découvre l’art dans les expositions visitées en famille, dans les murs croisés au fil des villes parcourues avec ses parents, mais aussi dans le cadre de ses études artistiques, avant les années 2000. Très tôt, il s’intéresse à l’histoire de l’art, aux artistes, aux formes de création, contemporaines ou non. Pourtant, pendant longtemps, cela reste du côté du regard.

J’étais curieux de la création artistique et de ses facettes multiples, mais je suis resté non pratiquant durant toutes ces années.

En parallèle, un autre univers prend de la place. Celui du skate, qu’il pratique durant de nombreuses années. Celui, plus large, de la culture urbaine. Le graffiti n’est jamais loin, même s’il n’y entre pas vraiment.

J’ai toujours été proche de la culture skate, sans être passé par le graff réellement. Juste quelques tags…

La musique, elle aussi, agit comme une toile de fond permanente. De Nirvana à Nas, de Stephan Eicher à Ben Harper, de Daft Punk à Springsteen, jusqu’à Orelsan ou Linkin Park, ses références sont multiples. En peinture, son regard circule tout aussi librement, de Michel-Ange à Jérôme Bosch, de Basquiat à Banksy.

Mais Ren n’a jamais aimé les cases.

Je n’aime pas appartenir à un mouvement. J’ai toujours eu l’impression d’être enfermé ou limité. Mais être inspiré, oui, bien évidemment.

Pendant des années, il observe, absorbe, apprend. Puis, à un moment, le rapport à l’art change de nature. Ce qui était jusque-là un plaisir devient un besoin.

Mon art a commencé comme un plaisir, un passe-temps, et est devenu un véritable besoin.

Le basculement n’est pas seulement technique. Il est aussi intérieur. Il passe par une forme de légitimation personnelle, par le dépassement du syndrome de l’imposteur, par le fait de se donner enfin le droit d’en être.

Le spectateur devient acteur.

Très vite, la peinture s’impose comme le moyen le plus juste pour dire ce qu’il ne formule pas toujours avec les mots.

J’avais tellement de choses à dire, je ne savais pas toujours par où commencer. C’est plus simple pour moi de m’exprimer via la peinture que par les mots.

Il travaille seul. Cela lui correspond. Cette solitude n’est pas un retrait, mais une nécessité.

Ça me permet de m’isoler et de ressentir de la joie. De me sentir vibrer, de me sentir libre.

Peindre devient alors une manière de se retrouver, mais aussi de se dépasser. Une sorte de thérapie, un cheminement plus qu’un résultat.

Je suis un peintre randonneur qui n’a pas de but précis.

Au départ, il explore des techniques plus simples, notamment le pouring. Puis, avec le temps, le travail gagne en complexité. Il pousse ses recherches dans l’abstraction, cherche à découvrir et à maîtriser de nouvelles techniques. La peinture acrylique devient centrale, mais elle n’est pas seule : colle, pochoirs, gravier, encres, tout ce qui passe entre ses mains peut entrer dans le travail, à condition de durer.

Peu à peu, un langage visuel s’affirme.

Des fonds abstraits, construits avec patience et structure, sont traversés par de grandes déchirures plus brutes, plus instinctives, plus street dans leur énergie. Une tension s’installe entre lenteur et vitesse, entre construction et geste, entre maîtrise et accident. À cela s’ajoute l’explosion des couleurs, devenue l’un des marqueurs les plus immédiatement perceptibles de son travail.

Lors d’une exposition à Paris, cette signature est repérée d’emblée.

Les gens me disaient : “Ah oui, c’est toi les déchirures.”

Mais la reconnaissance n’est pas la finalité. Ren se méfie de ce qui flatte trop vite.

Le piège est de faire du décoratif pour plaire au plus grand nombre.

Son art, tel qu’il le formule aujourd’hui, se veut « gentil et bienveillant ». Pour autant, il ne cherche ni la facilité, ni l’ornement pur. Ce qui compte, c’est de rester intègre, de continuer à apprivoiser sa liberté, de prendre des risques pour faire évoluer sa peinture.

À un moment, une autre étape s’ouvre. Il sent qu’il a fait le tour des petits formats et de certaines techniques plus simples. Des rencontres avec d’autres artistes liégeois l’aident à aller plus loin. Sa famille, elle aussi, le pousse en avant et croit en lui.

Alors il priorise.

D’autres activités passent au second plan. Le temps se réorganise. La peinture prend une place de plus en plus grande. Jusqu’à envahir la maison, de la cuisine à la chambre à coucher, en passant par le garage transformé en véritable espace de travail.

Dans le même temps, son rapport à la création ne se limite pas à sa pratique personnelle. Dans son travail d’éducateur, il anime des ateliers artistiques avec des personnes présentant un handicap mental et/ou physique. Une autre manière de faire vivre l’art : comme espace d’expression, de présence et de partage.

Ses œuvres, elles-mêmes, suivent plusieurs trajectoires. Certaines prennent place dans des maisons de collectionneurs ou de clients. D’autres deviennent des « œuvres voyageuses », déposées par lui ou par des amis aux quatre coins du monde, pour appartenir à celles et ceux qui les découvrent et osent les ramasser.

Elles appartiennent à qui va les découvrir et oser les ramasser.

Une phrase, d’ailleurs, semble traverser tout son rapport à la création :

Ce que tu as donné va rester pour toujours et ce que tu gardes va disparaître.

Aujourd’hui, Ren avance avec cette même ligne de conduite : continuer à chercher, continuer à se faire du bien, continuer à sortir de sa timidité, à rencontrer des gens, à donner du sens à sa vie. Exposer un jour à La Boverie, à Liège, fait partie des horizons qu’il évoque, autant pour le lieu que pour ce qu’il représente à ses yeux.

Et lorsqu’il parle de ce qui le pousse encore à créer, il revient toujours à cette idée de liberté, sans doute la plus centrale de toutes.

Un adulte créatif est un enfant qui a survécu.

Créer, chez lui, n’est pas un aboutissement.

C’est un mouvement.

Ren, the biography.

From watching… to doing.

From abstraction to torn surfaces, through collage, object customisation and upcycling, Renaud Piquard Ren (Verviers, Belgium) builds a practice shaped by colour, material and tension.

It begins long before painting.

As a child, then a teenager, he encounters art through family exhibitions, through the walls of cities travelled with his parents, and through artistic studies before the 2000s. There is curiosity. A real interest in art history. In contemporary creation.

But no action.

I was curious about art in all its forms… but I stayed a non-practitioner for a long time.

At the same time, another world surrounds him. Skate culture. Years of practice. Urban references. Present, but never fully entered.

I’ve always felt close to it… but I never really went through it. Just a few tags.

Music runs in parallel. From Nirvana to Nas. From Daft Punk to Springsteen. From Orelsan to Linkin Park. A constant background.

Painting follows the same freedom. From Michelangelo to Jérôme Bosch. From Basquiat to Banksy.

No boundaries.

I don’t like belonging to a movement. I’ve always felt it was limiting.

For years, he observes. He absorbs. He stays on the side. Until something shifts.

My art started as a pleasure… and became a necessity.

The change is not only technical. It is internal. A need to express. A need to exist through it.

I have so much to say… and it’s easier for me to express it through painting than through words.

Painting becomes a space apart.

Solitary. But chosen.

It allows me to isolate myself… to feel joy… to feel free.” No fixed destination.
I’m a wandering painter without a defined destination.”

The point is not to reach. But to move. To allow accidents. Unexpected encounters.

Constant questioning.

At first, the work is simple. Pouring. Direct techniques.

Then it evolves.

More structure. More layers.

More control and at the same time, more letting go.

A language emerges.

Abstract backgrounds, built slowly, with patience. Crossed by raw tears.

More instinctive. More direct. Almost brutal.

A tension.

Slow construction. Fast gesture.

In Paris, it becomes visible.

Ah yes… you’re the one with the tears.

But recognition is not the goal.

The trap is to make decorative work just to please the greatest number.

What matters is elsewhere.

Freedom. Risk. Integrity.

At some point, something else shifts.

Small formats are no longer enough. Simple techniques either.

Encounters with other artists in Liège push him further. His family supports him.

So he makes space. Other activities fade. Time reorganises.

Painting expands. Into the house.

From the kitchen to the bedroom.

To the garage which becomes the studio.

Not a hobby anymore. A necessity.

At the same time, his relationship to art extends beyond himself.

As an educator, he leads artistic workshops with people living with mental and/or physical disabilities.

Another space of expression. Direct. Essential.

Beyond words. His works follow different paths.

Some remain in homes. Others travel.

Left in different places. By him. By others.

“They belong to whoever discovers them… and dares to pick them up.

A gesture that echoes something deeper:

What you give will remain forever… and what you keep will disappear.

Today, Ren continues.

To search. To experiment.

To have fun. To feel good. To stay free.

Some places remain in mind. La Boverie, in Liège.

Not as a goal. As a resonance. And always, this idea:

A creative adult is a child who survived.

Nothing to conclude. Only to continue.

PUBLICATION CREDITS

Artist

Renaud Piquard

Storytelling

Crysalid Arts

Curation & Layout

Crysalid Arts

Production

Crysalid Arts

Year

2026

© Crysalid Arts. All rights reserved.

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