Skip to main content

LVS Septembre 2016

Page 1

44e année volume 2 – septembre 2016 – Tichri 5776

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Festival sÉFaraD 2016

Chana Tova Bonne année

lvsmagazine.com


Pour contribuer à vos succès

Une collaboration gagnante

La Banque Nationale est fière d’appuyer en continu la Communauté Sépharade Unifiée du Québec depuis son lancement.


POURQUOI UNE FONDATION PRIVÉE N’EST PAS TOUJOURS LA MEILLEURE SOLUTION ! Les gens animés d’un esprit communautaire et engagés envers la tzedakah me demandent souvent quelle est la meilleure façon de gérer leurs œuvres philanthropiques. Kathy R. Assayag Fondamentalement, deux voies s'offrent à eux : créer une fondation privée ou créer un fonds philanthropique au sein d'une fondation publique telle que La Fondation Communautaire Juive. Il est important de faire comprendre, aux détenteurs de fonds, certains aspects cachés des fondations privées. Si ceux-ci ont déjà une fondation privée, leur expérience peut les amener à se demander s'il n'existe pas une meilleure façon d'atteindre leurs objectifs. Il arrive parfois que le fardeau administratif lié à la gestion d'une fondation privée et que les questions soulevées par une succession incitent les détenteurs de fonds à rechercher des solutions plus avantageuses et durables.

Certains problèmes associés aux fondations privées Au Canada, les fondations privées ne sont pas vraiment « privées ». L'information les concernant est disponible au public et facile à obtenir dans les bases de données en ligne et sur le site de l'Agence du revenu du Canada. Cette information comprend les actifs de la fondation, ses revenus, ses dépenses, les noms des bénéficiaires de dons ainsi que les noms et adresses des fiduciaires. Les fondations privées n'offrent donc pas une véritable confidentialité. Gérer une fondation privée peut s'avérer laborieux. À tout le moins, cela nécessite un soutien administratif, la préparation d'états financiers audités, l'émission de chèques, la préparation de rapports pour Revenu Canada et la gestion des problèmes de conformité. Les règles, qui régissent les fondations privées, imposent certaines contraintes à l’émission de subvention ou au choix d’investissement. De plus, elles sont assujetties à des quotas de déboursement annuels. Cela signifie la préparation d'états financiers annuels, une tenue de livres régulière et la possibilité de problèmes de conformité. Cela demande beaucoup d’efforts. Au lieu d’être assujettis au quota de déboursement de don annuel fixe requis par l’Agence du revenu du Canada, les détenteurs de fonds de La Fondation communautaire juive peuvent, selon leur bon vouloir, choisir le montant qu’ils veulent attribuer chaque année.

Le choix d'une fondation publique La Fondation communautaire juive de Montréal (FCJ) est une fondation publique sans but lucratif. Nous existons pour inspirer, faire la promotion et innover en matière de philanthropie. De plus, nous aidons les philanthropes à atteindre leurs objectifs d'une façon concrète et efficace. La FCJ collabore étroitement avec les détenteurs de fonds et avec leurs conseillers financiers pour s'assurer que toutes les solutions possibles sont envisagées. La FCJ gère plus d'un milliard de dollars en actifs, offrant à plus de 1 700 personnes, familles et institutions détentrices de fonds des conseils en matière de taxation et de planification fiscale, une entière confidentialité ainsi que de la souplesse en matière d’investissement et d'émission de subvention. Cela permet, aux détenteurs de fonds, d'atteindre leurs objectifs tout en évitant les fardeaux associés aux fondations privées, et ce, en toute confiance et tranquillité d'esprit. Les avantages d'une fondation publique sont : • Réduction des fardeaux et des coûts. Pas de problème de conformité, de frais administratifs généraux, d'états financiers ou d'émission de chèques. • Entière confidentialité. Une fondation publique comme la FCJ soumet des données agrégées à l’Agence du revenu du Canada de sorte que les détenteurs de fonds profitent d'une entière confidentialité. À la différence d'une fondation privée, aucune information ne peut être obtenue en ligne.

• La loi fiscale canadienne n'autorise pas le don d'actions d'entreprises privées à une fondation privée. Tant qu'elles ne sont pas converties en argent, ces actions sont considérées comme un don non admissible aux fins d'impôt. En revanche, une fondation publique comme la nôtre peut accepter des actions d'entreprises privées et délivrer des reçus pour don aux fins d'impôt. Une grande partie de la richesse canadienne est investie dans les entreprises privées. Par conséquent, donner à une fondation publique s'avère un geste philanthropique intelligent comportant de nombreux avantages fiscaux. • Les clients continuent de faire appel à leurs conseillers financiers tout en profitant de l'expertise de la FCJ et de son équipe. Cela inclut de la souplesse en matière d'investissement. • La tranquillité d'esprit est un aspect très avantageux lorsqu'on transige avec une fondation publique. Au fil des ans, les fiduciaires d'une fondation privée peuvent changer. Les fiduciaires peuvent également modifier la mission et l'orientation de leurs dons. À la FCJ, les clients peuvent laisser des directives détaillées de manière à ce que leurs priorités philanthropiques soient respectées à long terme. • Par le biais de notre programme philanthropique familial, nous travaillons avec la prochaine génération en impliquant les enfants et, éventuellement, les petits-enfants dans le processus d'attribution de dons. Ainsi, ils se sentent appuyés, impliqués, engagés et désireux de poursuivre le legs des fondateurs.

En résumé, voici les avantages : • La garantie d'une supervision à long terme des fonds. • La définition de critères clairs qui seront suivis à perpétuité. • L'assurance que les vœux du fondateur seront respectés au fil des ans, donc la tranquillité d’esprit. • La capacité à choisir le nom de la fondation de manière à conserver le même legs et la même identité qu’une fondation privée. Ouvrir un fonds avec la FCJ réduit les tâches administratives et permet aux détenteurs de fonds de centraliser leurs œuvres philanthropiques en un seul endroit. C’est comme s'ils avaient un compte de banque pour tous leurs gestes de tzedakah. La FCJ émet chaque mois tous les chèques à leurs œuvres caritatives préférées et les appuie dans l'atteinte de leurs objectifs. Pour de plus amples renseignements, contactez Mme Kathy R. Assayag, B.A., IAS.A, directrice générale de la Fondation communautaire juive de Montréal. Sa passion : promouvoir la philanthropie en maximisant les avantages fiscaux. Vous pouvez la joindre à Kathy.assayag@jcfmontreal.org ou 514 345-6414, poste 3368.


Nous visons à vous simplifier la vie. En matière d’investissement, certains cabinets optent pour un mode de gestion « prêt-à-porter », avec des fonds standards et des résultats… standards. Fort de son expérience et de son haut niveau d’expertise, Pavilion privilégie plutôt une approche « haute couture ». Chaque portefeuille est constitué sur mesure pour optimiser l’équilibre rendement/risque propre à chacun.

Surpasser vos attentes

CONTACTEZ-NOUS MAINTENANT 514.933.6516 www.pavilionih.com ssebag@pavilioncorp.com SCANNEZ POUR RECEVOIR NOS PUBLICATIONS COURRIELLES Pavilion Maison de Placements est une division de Pavilion Groupe Conseils Ltée qui, avec Pavilion Advisory Group Inc., conseille sur plus de $500 milliards d’actifs clients.


‫בס”ד‬

Façonnons les leaders de demain Rendez-nous visite et voyez comment notre équipe de professionnels inspire nos élèves à réussir à l’aide de nouvelles approches d’enseignement. Nous sommes fiers de notre environnement qui est inclusif, riche en diversité et qui appuie et façonne nos élèves. Portes Ouvertes Talmud Torah le 16 novembre 2016 de 19h à 21h le 17 novembre 2016 de 8h30 à 10h30 Session interactive en matinée pour parents et enfants 4850 rue St-Kevin Portes Ouvertes Herzliah le 28 septembre 2016 de 19h à 21h Service de valet 5400 rue Westbury Profitez de nos portes ouvertes pour en savoir plus sur nos programmes éducatifs ainsi que sur notre projet passionnant concernant le nouvel immeuble Herzliah. Ouverture prévue pour l’année scolaire 2017-2018.

‫שנה טובה ומתוקה‬

azrieli-tth.ca


514.488.0790


Série 4 2014 Série 3 GT 2014

nessim malka / Directeur Des Ventes

514 814.2496

X5 2014 redessiné

60 VÉHicules en PHOtOs sur nOtre site

Plus De Véhicule d'occasion

OccasiOnBmWWestislanD.cOm

Sur véhicule sélectionné Suivez-nous !


ecolemaimonide.org

INNOVATIONS ET ACCOMPLISSEMENTS À L’ÉCOLE MAÏMONIDE

ecolemaimonide.org ecolemaimonide.org

Pour plus d’informations Pour plus d’informations contactez Laurencecontactez Fhima au Laurence Fhima au 514.744.5300 ext.234 514.744.5300 ext.234

Cette dernière année à l’école Maïmonide aura été fertile en nouvelles réalisations et activités avec plusieurs innovations et accomplissements.

rue Bourdon, St-Laurent

mbre 2016 à 19h

5615, rue Parkhaven, Côte St-Luc

15 novembre 2016 à 19h

5615, rue Parkhaven, Côte St-Luc Campus Jacob Safra Campus Parkhaven

La technologie a fait un grand bond à l’école, car les deux campus ont été dotés d’un réseau de fibre optique très performant pour une plus grande capacité et rapidité de l’Internet. Le nombre de classes numériques a augmenté avec l’ajout de projecteurs fixes, de tableaux intelligents interactifs au primaire et au secondaire. Il y a eu aussi une augmentation significative d’ordinateurs portables mis à la disposition des élèves dans des chariots mobiles. Au niveau des installations, le gymnase de Ville Saint Laurent où se déroulent les compétitions inter-écoles a été équipé d’un tableau de pointage électronique et de deux panneaux de basket-ball en plexiglass modernes grâce à la générosité de nos anciens élèves.

Un programme intensif de 5 semaines sur les moyens de défendre Israël a été organisé pour les secondaires 5 par CIJA, "le Centre de relations Juives et israéliennes " et du centre Hillel de Montréal. Un cycle de conférences du Dr David Bensoussan sur l’histoire des juifs sépharades a eu lieu pour les élèves de 3e secondaire. Nos élèves ont participé à la Zimria, au Moot Court et au Chidon Hatanach (Concours de Bible) conjointement avec les autres écoles juives.

15 novembre 2016 à 19h

Campus Parkhaven

PRIMAIRE ET SECONDAIRE

1900, rue Bourdon, St-Laurent

8 novembre 2016 à 19h Campus Jacob Safra

La cafétéria du campus a été rénovée et la bibliothèque a été complètement repensée et refaite afin d’accueillir les enfants dans un milieu convivial et attrayant pour inciter à la lecture. Sur le plan des activités, la vie juive à l’école a été rehaussée par la venue des B’not Sherout. Elles ont apporté la présence et l’esprit d’Israël à l’école en organisant un ulpan d’hébreu et en contribuant aux célébrations de toutes les fêtes juives et en maintenant une présence constante auprès des élèves.

OLE MAÏMONIDE

Au campus Parkhaven, nous avons procédé à la rénovation d’une superbe et spacieuse classe de maternelle équipée de technologie à la fine pointe pour créer un environnement des plus agréables pour les enfants qui entament leur scolarité dans notre institution.

Fidèle à notre mission, nous avons mis en place de nouveaux concours pour inciter à la promotion et à la valorisation du français à l’école : au secondaire, Concours d’art oratoire, la Dictée de Maïmo, concours de poésie, et de lecture et pièces de théâtre au primaire. Conscients de l’importance des maths et des sciences et sous la direction de notre nouveau coordonnateur, nous avons organisé une première Expo-Sciences annuelle qui a remporté un vif succès. Nous avons donné également à nos élèves un accès au site Web de mathématiques Netmaths (www.netmaths.net) pour perfectionner en ligne leurs connaissances et pratiques en mathématiques.

PRIMAIRE ET SECONDAIRE

Nous avons tenu à souligner ici quelques-unes des initiatives qui ont contribué à l’amélioration du milieu de vie ainsi qu’à la poursuite de l’excellence dans le domaine des études. Nous poursuivrons dans l’année qui vient d’autres initiatives afin de continuer dans la voie du progrès à l’école Maïmonide.

ÉCOLE MAÏMONIDE


ÉCOLE MAÏMONIDE

PRIMAIRE ET SECONDAIRE

Campus Jacob Safra

8 novembre 2016 à 19h 1900, rue Bourdon, St-Laurent Campus Parkhaven

15 novembre 2016 à 19h

5615, rue Parkhaven, Côte St-Luc

Pour plus d’informations contactez Laurence Fhima au 514.744.5300 ext.234

ecolemaimonide.org


O U V E R T AU SQUAR E DÉ CARI E Accès rapide à plus de 80 médecins

MÉDECINE FAMILIALE CARDIOLOGIE UROLOGIE GYNÉCOLOGIE GASTROENTÉROLOGIE PÉDIATRIE MÉDECINE CORPORATIVE ONCOLOGIE DENTAIRE PHYSIO PODIATRIE PHARMACIE LABORATOIRE

Couvert par la RAMQ* · Infrastructure ultramoderne Stationnement gratuit · Bistro casher

6900 Boul. Decarie, Suite M170 514 373 - ELNA (3562) elnamedical.com *Pour la majorité des services

Votre santé. Notre passion


Laurence Levy, MBA, Pl. Fin, Directrice régionale principale, Banque Privée, Est du Canada T 1.514.499.5605 M 1.514.451.0427 laurence.levy@scotiapatrimoine.com

Dan Bohadana, CFA, Banquier privé senior et chef d’équipe, Banque Privée, T: 1.514.499.5716 M 1514.996.0992 dan.bohadana@scotiapatrimoine.com

Nous sommes dans le quartier. Et nous avons hâte de vous rencontrer. Forte de son expérience et de ses connaissances, notre équipe s’engage à vous offrir des conseils à valeur ajoutée, un excellent service et des solutions financières appropriées pour vous aider à aller de l’avant financièrement. Venez nous rendre visite. Nous serons heureux de vous rencontrer.

Nos heures d’ouverture

352 Chabanel Ouest Montréal, H2N 1G6 Nathan Chocron, Directeur de succursale 514-385-2447 x7000 nathan.chocron@banquescotia.com MD

Marque déposée de La Banque de Nouvelle-Écosse.

Lundi au mercredi:

9 h 30 - 16 h

Jeudi:

9 h 30 - 17 h

Vendredi:

9 h 30 - 16 h


YOGA

CRÉEZ VOTRE PROPRE TOILE

Ce cours vous initie aux mouvements bénéfiques du yoga, qui se font en douceur pour améliorer l'amplitude articulaire, la capacité respiratoire, la souplesse, l'équilibre, le tonus musculaire et la concentration.

EXPRIMEZ-VOUS - Daniella Katzenberg

Les lundis et mercredis du 12 sept. au 23 nov. 16 h 30 à 18 h (lundi) 17 h à 18 h 30 (mercredi) 17 sessions • 160 $ Deborah Chalom — Les lundis et mercredis du 28 nov. au 21 déc. 16 h 30 à 18 h (lundi) 17 h à 18 h 30 (mercredi) 8 sessions • 75 $

COURS ET PROGRAMMES NOVATEURS RÉSERVÉS AUX 50 ANS ET PLUS NOUVELLE SAISON NOUVEAUX PROGRAMMES Découvrez notre offre élargie de cours en français. Appelez-nous pour recevoir gratuitement le nouveau Guide d'automne 2016.

CUMMINGSCENTRE.ORG

POUR EN SAVOIR PLUS APPELEZ NADINE 514.342.1234 x 7221

PROGRAMMES AUTOMNE 2016

CONTACTEZ NADINE AZOULAY 514.342.1234 POSTE 7221

POUR S'INSCRIRE 514.342.1234 x 7365

ARTISANAT ET CAFÉ Les jeudis du 6 au 27 oct. 10 h à 12 h • 4 sessions • 50 $ Gaby Orbach, BA

COURS D'ORDINATEUR Les jeudis du 13 oct. au 1 déc. 11 h à 13 h • 8 sessions • 100 $ Charles Schulman

INSCRIVEZ-VOUS ! CUMMINGSCENTRE.ORG

CLUBS SOCIAUX FAITES DES RENCONTRES Tous les lundis et mardis de 12 h à 15 h, nous nous réunissons pour partager un après-midi de détente CONTACTEZ ANNE ABECASSIS 514.342.1234 POSTE 7338

COURS D'ANGLAIS CONVERSATIONNEL POUR DÉBUTANTS NOUVEAUTÉ Les mardis du 1 nov. au 6 déc. 10 h à 11 h 30 • 6 sessions • 30 $ Agneta Hollander

DESSIN POUR LES DÉBUTANTS Les mardis du 1 nov. au 6 déc. 12 h 30 à 15 h 30 6 sessions • 95 $ Caroline Steele, BFA

FOYER DU LUNDI

CLUB DU LIVRE NOUVEAUTÉ

Les lundis • 12 h à 15 h Bingo, sorties, films Rafraîchissements seront servis Coût en fonction des activités

Lundi 26 septembre, 31 octobre, 28 novembre et 19 décembre • 13 h à 15 h 4 $ membre

CLUB DU MARDI Les mardis • 12 h à 15 h Conférences, sorties, théâtre Rafraîchissements seront servis Coût en fonction des activités


PROGRAMME DE JOUR PROGRAMME POUR LES PERSONNES ISOLÉES SOUFFRANT DE PERTES DE MÉMOIRE, DE LA MALADIE D’ALZHEIMER OU D’AUTRES FORMES DE DÉMENCE Le programme est offert dans un cadre communautaire et en petits groupes, ce qui favorise une atmosphère accueillante et confortable. Les participants, encadrés par des professionnels qualifiés, ont l’opportunité de parler de leurs inquiétudes et de leurs défis et participent à des activités qui leur permettront de stimuler leur processus cognitif et émotionnel. Art, musicothérapie, exercices physiques adaptés et jeux cognitifs sont au coeur de la programmation.

Pour information contactez Tanya 514.342.1234 x7323 Les programmes sont financés en partie par la Fondation de la famille Sam & Sadie Roth/Latsky et la Fondation Nussia & Andre Aisenstadt.

Faites les s’envoler vers un avenir prometteur Votre don va réjouir la vie de

2000 orphelins en Israël !

Il vous donnera également la chance de participer à une tombola pour gagner deux billets aller-retour pour Israël

50$

36$

deux participations

une participation

100$

72$

cinq participations

trois participations

La tombola aura lieu à Hannouka 5777 / décembre 2016 Le grand prix : deux billets aller-retour pour Israël

L’orphelinat Diskin d’Israël, Etre là, quand un parent n’est plus 1-844-780-1414 @

diskin.ca@gmail.com

@

www.diskin.org.il

2823 Bathurst St. Toronto, ON M6B 3A4


L’ÉCOLE DE L’AVENIR • THE SCHOOL OF TOMORROW

PORTES OUVERTES Section française • English section

École secondaire

École primaire

Le 20 octobre 2016 19 h

Le 14 novembre 2016 9 h et 19 h

BIALIK

JPPS

Nouvelles installations modernes Programme du Baccalauréat International® Programme revitalisé d’études juives Minyan quotidien à notre propre Synagogue de la Fondation Lederman Solide soutien académique Choix exceptionnel d’activités parascolaires 6500 ch. Kildare • Côte St-Luc, QC H4W 3B8 Bialik: 514.481.2736 • JPPS: 514.731.6456 • admissions@jppsbialik.ca Préscolaire à secondaire V

Les Écoles juives populaires et les écoles Peretz inc.

www.jppsbialik.ca


N’ATTENDEZ PAS TROP LONGTEMPS ! a votre service depuis

CONTACTEZ NOUS POUR TROUVER LES SOLUTIONS QUI VOUS CONVIENNENT

1988

Test de dépistage auditif et première consultation sans frais et sans engagement jusqu’au 31 octobre 2016 Venez rencontrer nos professionnels et bénéficiez d’un service de qualité supérieure ainsi que d’une solution simple et personnalisée à vos besoins pour retrouver le plaisir de bien entendre! • Accompagnement personnalisé • Service d’audiologie • Notre satisfaction: la qualité de vie retrouvée de nos patients Les aides auditives peuvent être couvertes par la RAMQ, CSST, Vétérans et assurances privées. Une évaluation doit être faite par l’audioprothésiste afin de déterminer si le modèle illustré convient aux besoins du patient.

MONTRÉAL

CÔTE-ST-LUC (Quartier Cavendish)

LAVAL

514-344-8554

514-487-6868

450-937-9300

5845, Côte des Neiges, bureau 475

5800, Boulevard Cavendish, Bureau W-3

1-800-550-8554 • Masliah-8.875x6.25AD_2016_FR_final.indd 1

348, Boulevard Curé-Labelle, Bureau 103

www.lescentresmasliah.com 2016-07-18 10:53 AM


SHANA TOVA SHANA TOVA SHANA TOVA UMETUKAH UMETUKAH UMETUKAH Our Montreal partners, Choula Ammar, Isaac Benizri,

Our Montreal partners, Choula Ammar, Isaac B

Our Montreal partners, Ammar, IsaacSmith, Benizri, Nos associés Montréal, Choula Ammar, Moise Hadid,de Joy Murad,Choula Erle Shrier, Shelley Moise JoySmith Murad, Erle Shrier, Shelley Sm Moise Hadid, Joy Erlefamily Shrier, Smith, and staff wishJoy youMurad, andHadid, your aShelley wonderful Isaac Benizri, Murad, Shelley et tous and staff wish you and your family a wonderful and staff wishàyou and your family a wonderfu Roshemployés Hashanah. nos vous souhaitent vous Rosh Hashanah. Rosh Hashanah. et votre famille un excellent Rosh Hashanah.

Assurance | Accounting | Taxation | Advisory Services Assurance | Taxation | /Advisory Services| Advisory S Assurance |/ Accounting Comptabilité / |Fiscalité Services-conseils Assurance Accounting | Taxation 1000 De La Gauchetiere St. W., Suite 200 1000 De La Gauchetiere St. Ouest, W., Suite 200 200 1000 rue De la Gauchetière Bureau Montréal QC 1000 De La Gauchetiere St. W., Suite 200 Montréal QC Montréal, Qc. 514 931 0841 Montréal QC 514 931 514 931 0841 0841 www.bdo.ca 514 931 0841 www.bdo.ca www.bdo.ca

www.bdo.ca

SHANA TOVA UMETUKAH Our Montreal partners, Choula Ammar, Isaac Benizri, Moise Hadid, Joy Murad, Erle Shrier, Shelley Smith, and staff wish you and your family a wonderful Rosh Hashanah. Assurance | Accounting | Taxation | Advisory Services 1000 De La Gauchetiere St. W., Suite 200 Montréal QC 514 931 0841 www.bdo.ca


Chana Tova En cette nouvelle année qui commence,

puissions-nous être unis et aller de l’avant afin que la paix, le bonheur, la santé, le succès et bien plus règnent autour de nous et dans le monde. Tous nos meilleurs vœux à vous et aux vôtres! MERCI POUR VOTRE SOUTIEN APPEL JUIF UNIFIÉ 2016 514.345.2600 • federationcja.org

#CJA16

FIERS PARTENAIRES


« Nous avons une communauté extraordinaire. Et nous devons y investir pour continuer de l’améliorer. Non seulement nous devons le faire, mais nous devons le faire de la bonne manière. » Inspirés par les bâtisseurs de la Fédération CJA, les présidents de la campagne de l’Appel juif unifié de 2016 réfléchissent au présent et rêvent à l’avenir. Propos recueillis par La Voix Sépharade. Joel Segal, président de la campagne de l’Appel juif unifié 2016, est né dans une famille montréalaise engagée dans la communauté depuis des générations. Issu du réseau des écoles juives, il s’éloigne de la communauté lorsqu’il part étudier à New York. Toutefois, dès que vient le temps d’inscrire ses fils à l’école, il ressent un réel besoin de s’approcher de nouveau de la communauté. Gilda Shahin-Abdulezer a vu de ses propres yeux tout le bien accompli par la Fédération CJA en Israël et à Montréal, et ce, en particulier au cours de la Méga Mission Montréal en Israël de 2014. Aussi, a-t-elle été honorée de se voir offrir la présidence de la Campagne de la Philanthropie des femmes. Quant à Ariel Sabbah, c’est depuis sa plus tendre enfance au Maroc qu’il sait qu’il peut compter sur la communauté. Aujourd’hui, il se sent privilégié de pouvoir lui redonner une partie de ce qu’elle lui a offert à différentes étapes de sa vie. Pourquoi avez-vous accepté la présidence de la campagne de l’Appel juif unifié de cette année? Joel Segal – J’ai hésité avant d’accepter, mais je me sens redevable envers la communauté. Je sais que la Fédération joue un rôle central dans notre communauté. Quand mes fils ont commencé l’école, je me suis rapproché du réseau des écoles juives. J’ai fait partie du conseil d’administration de leur établissement et je me suis engagé dans le Fonds Générations de la Fédération. À ce moment-là, j’ai constaté à quel point le travail de la Fédération CJA était vital. Je désire aussi faire comprendre aux donateurs qu’un don à la Campagne signifie bien plus qu’un montant d’argent. Derrière chaque don, il y a une stratégie pour transformer des vies. Gilda Shahin-Abdulezer – Les femmes de la Philanthropie des femmes, avec lesquelles je collabore depuis quelques années, m’impressionnent par leur dévouement envers la communauté. Une autre de mes sources d’inspiration fut mon père : il n’hésitait jamais à donner de son temps pour la synagogue, la Fédération et surtout, pour la Marche vers Jérusalem. À cette époque-là, je n’aimais pas l’accompagner, mais aujourd’hui je saisis l’importance de suivre les traces de ceux qui nous ont précédés et de poursuivre leur œuvre. Ariel Sabbah – La communauté a toujours fait partie de ma vie, depuis mon enfance au Maroc et jusqu’à aujourd’hui. Quand je suis arrivé à Montréal, elle a contribué à mon intégration. Elle m’a permis de me faire des amis et de me créer un environnement social. À l’université, je me suis impliqué au Centre Hillel et plus tard, ce fut à la CSUQ. Je crois sincèrement que l’action bénévole est cruciale pour l’avenir de notre communauté. Et c’est ce pour quoi je me trouve ici aujourd’hui. Comment la Fédération CJA peut-elle contribuer à façonner la communauté juive montréalaise de demain? J.S. – Pour les 20 prochaines années, je vois Montréal comme une ville forte et dynamique. Tout comme le sera notre communauté parce que nous aurons inculqué, à nos jeunes, une solide identité juive malgré toutes les influences auxquelles ils auront été exposés. Une identité qui leur permettra d’établir des liens avec d’autres jeunes de Toronto, de Washington ou de n’importe où ailleurs. Et ça, la Fédération peut nous aider à y arriver. Elle peut aussi nous aider à devenir une communauté juive modèle en Amérique du Nord grâce à des écoles, des camps de vacances ou des expériences en Israël de calibre international. Une communauté qui améliore sans cesse la qualité de vie de ses membres, et ce, de concert avec les autres communautés qu’elle côtoie. G. S.-A. – Nous avons une chance inouïe de faire partie d’une communauté aussi dynamique que celle de Montréal. Pour l’avenir, je compte sur les jeunes et même sur les très jeunes. Il faut mettre au point des programmes qui les attirent vers la communauté et pourquoi pas, des initiatives qu’ils développeraient eux-mêmes. C’est eux qui nous aideront à maintenir et à faire évoluer cette formidable organisation qu’est la Fédération CJA. A. S. – Malgré une société en perpétuel changement, la Fédération CJA continuera d’ouvrir ses portes aux membres de la communauté dans le besoin. Nous profitons aujourd’hui de la passion de ceux qui nous ont précédés. Joel Segal, président de la campagne de l’Appel juif unifié. C’est magnifique! Nous devons poursuivre le travail. Malgré l’énormité Gilda Shahin-Abdulezer, présidente de la Campagne de la tâche, nous ne devons pas baisser les bras. La communauté grandira, de la Philanthropie des femmes. Ariel Sabbah, président de la Campagne sépharade et nous continuerons d’offrir des ressources indispensables pour que et du logo de la Fédération. tous aient une chance égale de vivre selon les valeurs juives.


LVS PRÉSIDENT CSUQ Henri Elbaz

MOT DU PRÉSIDENT

retrouvez tous nos articles sur

lvsmagazine.com

ÉDITORIAL PAGE 30

Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

30

Le grand désarroi des Juifs de France  Entretien avec Victor Malka

Joseph Amzallag

32

Comment se déroule la venue des Juifs francais au Québec ?  Entretien avec

RÉDACTRICE EN CHEF

35

Partir Maurice Chalom

38

Être medecins français, Juifs pratiquants et vivre dans la campagne québécoise Quentin gobert

40

Le judaïsme américain ou le « monde du succès » Emmanuel Bloch

43

Ces juifs qui quittent la France et vont en Israël : réflexion sur la dure rencontre entre le rêve et la réalité Dov Maïmon

PRÉSIDENT LVS

Sonia Sarah Lipsyc

COLLABORATEURS Annie Ousset-Krief Martine Schiefer Elias Levy Maurice Chalom

RÉVISION DES TEXTES Martine Schiefer

lvsmagazine.com Wei Song

PUBLICITÉ ET VENTE Sabine Malka

ABONNEMENT Agnés Castiel

DESIGN ET GRAPHISME Élodie Borel

IMPRIMEUR/ PRINTER Accent impression Inc. 9300, boul. Henri Bourassa O. Bureau 100 Saint-Laurent H4S 1L5 EXPEDITION POSTALE TP Express Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. La rédaction n’est pas responsable du contenu des annonces publicitaires. Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, en tout ou en partie, du présent magazine, sans l’autorisation écrite de l’éditeur, est strictement interdite. Reproduction in whole or in part, by any means, is strictly prohibited unless authorized in writing by the editor. Convention Postale 40011565 Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée à : 5151, Côte Ste-Catherine, bureau 216 Montréal, Québec, Canada H3W 1M6 Le présent numéro est tiré à 6 000 exemplaires et acheminé par voie postale au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Des exemplaires sont également déposés dans différents endroits stratégiques à Montréal.

PAGE 47

Laetitia Sellam, Philippe Elharar et Monique Lapointe

Monde juif

47

Djihadisme et antisémitisme dans la France d'aujourd'hui :  la cécité de la gauche face au djihadisme Entretien avec Jean Birnbaum

50

L'ONU ou le mensonge érigé en forme de communication

PAGE 52

David Bensoussan

VIE JUIVE CANADIENNE

52

Une histoire de l'antisémitisme au Canada Entretien avec Ira Robinson

54

Juifs et musulmans : vivre ensemble au Québec

56

PAGE 59 59

PAGE 62

Entretien avec Dr Sonia Sarah Lipsyc et Raphaël Assor

À la découverte de la plus vieille synagogue au Canada Sharon Gubbay-Helfer

CULTURE JUIVE & ISRAÉLIENNE La société israélienne n'est pas aussi désunie qu'on le pense Entretien avec Eshkol Nevo

ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

62

Fragments d'histoire Milena Kartowski-Aiach

64

« Retour aux sources » : de Montréal au Maroc en passant par le Portugal et l'Espagne Alexis Ibgui

PAGE 66 66

PAGE 67 .com

67

PAGE 69

DÉCOUVERTE DES FIGURES DU MONDE SÉPHARADE La vie et l'œuvre du rabbin Joseph Knafo David Bensoussan

JUDAÏSME « Le Jewishlab » Entretien avec Avi Finegold / Disponible uniquement en version numérique « La comptabilité de l'âme avant  », pendant et après les fêtes du Nouvel An hébraïque et du Grand Pardon Avi Finegold

Vie communautaire

69

Nouvelles communautaires recueillies par Martine Schiefer

76

Festival Séfarad David Bensoussan


MOT DU PRÉSIDENT J’aimerais d’abord remercier et féliciter Sonia Sarah Lipsyc qui, en plus d’être responsable du Centre d’études juives Aleph, assume la fonction de rédactrice en chef de notre journal La Voix Sépharade. Les trois derniers numéros thématiques du LVS ont été publiés sous sa direction et ont été très appréciés par nos lecteurs. Nos remerciements s’adressent également à Danielle Glanz, notre ancienne directrice des communications et du LVS qui nous quitte pour le Canadian Jewish News et à qui nous souhaitons un grand succès. Notre objectif est de produire un journal de qualité qui nous servira de lien au sein de notre communauté juive, avec les autres communautés sépharades de la diaspora et également avec les autres communautés culturelles. J’ai récemment mis en place un comité de planification et de stratégies. Il est composé de jeunes et d’anciens leaders. Je tiens à m’assurer que le lien entre les générations est maintenu et que la transmission du savoir, de la sagesse et de la mémoire est assurée. Cela ne veut pas dire que nous sommes fermés aux changements, loin de là ; un changement doit nous mener vers plus d’épanouissement, plus de solidarité, vers de plus hauts sommets. Il ne doit pas nous affaiblir ni nous égarer. Je souhaite et tiens à ce que la majorité des membres de tous nos différents comités de travail proviennent de la nouvelle génération, la porte est grande ouverte. Étant donné que tous les travaux que nous faisons dans la communauté servent de matière à la formation des futurs leaders, il n'y a aucune restriction quant au nombre de jeunes qui veulent y prendre part. Béroukhim habaim, bienvenus, vous n’avez qu’à me contacter. Une de mes priorités, sinon la première, est de bâtir avec vous, jeunes communautaires, un bassin de futurs leaders qui vont assurer le développement et la réalisation du plein potentiel de notre communauté. Jeunes retraités : vous êtes détenteurs d’une expertise notoire et pouvez nous donner un bon coup de main. Il y a de nombreux programmes au sein desquels vous pouvez contribuer et

apporter beaucoup de plus-value. Je vous invite également à me contacter. J’ai récemment pris connaissance de l’étude sociodémographique de la communauté sépharade, basée sur le recensement canadien de 2011. Cette étude est à l'ordre du jour du comité de planification et de stratégies de la Communauté Sépharade Unifiée du Québec. Nous constatons que nous avons une communauté avec un taux de vieillissement galopant, un niveau élevé de pauvreté, une plus forte portion de Sépharades qui vivent loin des écoles, des synagogues et des services communautaires juifs, et un plus grand nombre de nos personnes qui vivent dans l’isolement. Notre but est de dégager les priorités et de prendre toutes les mesures nécessaires pour y remédier. Il ressort également de cette étude que notre communauté a un énorme potentiel : un pourcentage élevé de diplômés universitaires, de professionnels et une plus grande classe moyenne. Cependant, nous notons un glissement vers une certaine anglicisation au sein de notre communauté. La raison étant que les premiers immigrants ont dû inscrire leurs enfants à l’école anglaise parce que les écoles catholiques ne leur étaient pas accessibles. La réalité est que, de plus en plus, les parents et les enfants parlent anglais à la maison. Le camp Benyamin a connu encore un très vif succès cette année. Environ cent quarante enfants par semaine, du 27 juin au 12 août, dans les deux camps, à Côte-Saint-Luc et à Saint-Laurent. Trente moniteurs bien formés ont encadré les activités. Les enfants ainsi que les parents ont été enchantés par l’accueil chaleureux qu’ils recevaient chaque jour. Nous nous attendons à recevoir plus d’enfants pour le camp d’hiver Kif Kef qui se tiendra du 25 décembre 2016 au 1er janvier 2017. Notre objectif est de développer les programmes jeunesse, de doubler et même de tripler le nombre de participants en faisant de « l’outreach » auprès des enfants qui habitent à l’extérieur de Montréal ainsi que dans les écoles non juives. Notre quatrième promotion du Programme de leadership est dans sa seconde phase. Le programme s’étale sur deux ans. Plus de soixante jeunes professionnels participent à ce programme. Quinze reviennent d’un voyage « Retour aux sources » qui les a menés au Portugal, en Espagne et au Maroc. Ils ont donc suivi les déplacements de la population juive expulsée à la suite de l’Inquisition. Les participants assurent la continuité du Programme de leadership et entreprennent également des initiatives de développement communautaire. Je vais m’atteler au cours des prochains mois à renforcer l’infrastructure communautaire, à créer plus d’harmonie et de complémentarité entre institutions et programmes, à défendre les intérêts de nos membres. « Tahel shana ou birkhoteha », que la nouvelle année commence avec ses bénédictions, pour tout le kahal Israël, la communauté juive, pour vous et vos familles.

Henri Elbaz

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

27


UNE PRODUCTION

RETENEZ CES DATES

27 NOVEMBRE AU 11 DÉCEMBRE 2016 au Théâtre Outremont et au Centre Segal des Arts et de la Scène FESTIVALSEFARAD.CA


ÉDITORIAL Le terrorisme islamiste est une réalité qui frappe de nombreux et divers pays arabes, africains, européens et américains et qui a touché durement la France. La communauté juive a été l’une des premières visées au sein de l’Hexagone, et ce, depuis des années. Souvenons-nous de l’enlèvement et du martyre que subit le jeune homme Ilan Halimi dans la région parisienne et les enfants assassinés, ainsi que le père de deux d’entre eux, à bout portant, dans l’école Otsar Hatorah à Toulouse. L’attentat et la tuerie à l’Hyper Cacher en 2015, a suscité des interrogations profondes de la communauté juive de France quant à son devenir. Nous y consacrons notre Dossier spécial : « Où vont les Juifs de France ? » avec des entretiens, le premier avec le journaliste Victor Malka et le second avec des professionnels de Ometz, qui, au sein de la Fédération CJA, offrent des services aux nouveaux immigrants de la communauté juive de Montréal; des témoignages du Dr Gobert qui a immigré au Québec et exerce à Lac-Mégantic et d’Emmanuel Bloch qui a posé ses valises à New York, tous deux accompagnés de leurs familles respectives; des réflexions pertinentes comme celles de Maurice Chalom qui consacre sa chronique à cette thématique et la brillante analyse de l’Israélien Dov Maimon sur les défis que doivent relever les Juifs français qui s’installent en Israël notamment celles et ceux qui, d’origine sépharade, sont confrontés encore à une nouvelle immigration. Outre le Dossier spécial, vous découvrirez des nouvelles rubriques que vous retrouverez régulièrement dans le LVS. Monde juif présente un entretien de notre collaborateur Elias Levy avec Jean Birnbaum, l’une des figures médiatiques françaises, sur la difficulté de l’Occident et de la gauche (mais pas seulement) à penser la force dévastatrice de la dimension religieuse et de la foi dont se réclame le djihadisme. Quant à David Bensoussan, il démontre les effets pervers de certaines décisions de l’ONU sur le conflit du Proche-Orient. Vie juive canadienne propose un entretien de notre collaboratrice Annie Ousset-Krief avec le Professeur Ira Robinson à l’occasion de la sortie de son livre, en anglais, sur « Une histoire de l’antisémitisme au Canada » et un autre entretien avec les deux porteurs du projet, au sein de la CSUQ,

Raphaël Assor et moi-même sur ce mandat fédéral « Pour une citoyenneté réussie au Québec des Juifs et Musulmans originaires d’Afrique du Nord ». Sharon Gubbay-Helfer nous relate l’histoire de la Spanish and Portuguese, la plus ancienne synagogue au Québec, qui de plus est sépharade, fondée en 1768. Dans Culture juive et israélienne, Elias Levy nous rapporte les propos décapants de l’écrivain Eshkol Navo sur sa vision de la réalité israélienne. Nous avons décidé de donner systématiquement la parole aux nouvelles générations avec la rubrique Itinéraires de jeunes sépharades d’ici et d’ailleurs avec, pour ce numéro, des fragments du carnet de route, appelons-le ainsi, de Miléna Kartowski-Aïache, en quête de son identité sépharade en France, à Djerba en Tunisie, à Montréal et en Israël. Alexis Ibgui partage avec nous ses réflexions du voyage « Retour aux Sources » en Espagne, au Portugal et au Maroc, effectué dans le cadre du dynamique Programme de leadership de la CSUQ. Dans À la Découverte des figures du monde sépharade, David Bensoussan met en valeur la vie et l’œuvre foisonnante du rabbin Joseph Knafo (19e siècle) ayant vécu à Mogador. Vous y découvrirez mentionnés des noms, pour la plupart sépharades, d’éminents kabbalistes. Le rabbin Avi Finegold, à moitié sépharade et ashkénaze (mais n’est-ce pas le double héritage de certains d’entre nous ?), nous livre pour la rubrique Judaïsme ses réflexions à l’approche des fêtes juives solennelles du mois hébraïque de Tichri durant lesquelles vous aurez certainement l’occasion de feuilleter votre magazine LVS. Il a également accepté de répondre à nos questions sur l'organisme d’études juives nomade, le Jewishlab1, qu’il a créé à Montréal. Enfin la Vie communautaire, sous la plume de notre collaboratrice Martine Schiefer, nous offre l’éventail de notre riche vie communautaire au sein du monde sépharade dans notre cité québécoise. Vous retrouverez l'ensemble de ces articles dans la version numérique du LVS que nous avons lancée l’année dernière et que nous aimerions développer au fil des mois à venir. Ne manquez pas de mettre ce lien dans vos favoris : http://lvsmagazine.com. Et de noter aussi que nous sommes présents sur Facebook sous le titre LVS – La Voix Sépharade. Enfin, chers lecteurs, n’oubliez pas de nous faire part de vos commentaires en m’écrivant à slipsyc@csuq.org. Qui sait, nous aurons peut-être, sous une forme ou une autre, une rubrique des lecteurs ? En attendant, permettez-moi de vous souhaiter ainsi qu’à celles et ceux qui vous sont chers, une excellente nouvelle année… « Chana Tova Oumetouka » , qu’elle nous soit douce comme le miel qui trône sur nos tables de fêtes. J’associe à ces vœux, comme le veut notre tradition, la ville, la Province, le pays et le monde qui nous entourent. Sonia Sarah Lipsyc

1

Article disponible uniquement sur la version numérique du LVS

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

29


Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

LE GRAND DÉSARROI DES JUIFS DE FRANCE VICTOR MALKA

ENTRETIEN AVEC VICTOR MALKA PAR ANNIE OUSSET-KRIEF

ANNIE OUSSET-KRIEF

En mai dernier paraissait Le grand désarroi : enquête sur les Juifs de France (éditions Albin Michel, 2016), ouvrage fondamental pour comprendre la situation des Juifs français aujourd’hui. Les deux auteurs, les frères Victor et Salomon Malka, journalistes et écrivains, sont des figures majeures de la communauté juive. Ils sont allés à la rencontre des membres des principales communautés juives du pays : Paris, Marseille, Strasbourg, Lyon, Toulouse… Leur enquête apporte un éclairage essentiel sur une communauté qui a vécu ces dernières années des tragédies sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Victor Malka nous a accordé un entretien.

A.O.-K. –Pour qui avez-vous écrit ce livre ? Pour les lecteurs non juifs, afin de les sensibiliser aux problèmes que rencontrent les Juifs en France ? Pour les lecteurs juifs, afin de les rassurer (dans une certaine mesure) ?

V.M. –Mon frère et moi dirigeons deux des organes de presse les plus importants du judaïsme français. Salomon est rédacteur en chef de L’ Arche ; je suis, quant à moi, directeur de la publication d’Information juive. Par ailleurs, mon frère a dirigé, trente ans durant, la radio de la communauté juive (RCJ). Personnellement, j’ai été le producteur et l’animateur de l’émission hebdomadaire de France Culture « Maison d’études ». Nous nous sommes, l’un et l’autre, trouvés, depuis quelques années, surpris et décontenancés face à l’attitude souvent haineuse à l’égard d’Israël d’un grand nombre de journaux français. Israël était devenu pour cette presse le diable. Prendre, fut-ce modérément, la défense d’Israël devenait de l’ordre de l’impossible. Et nous rongions nos freins en silence. Les réseaux sociaux en particulier étaient devenus, peu à peu, les héritiers et les continuateurs de « Je suis partout »1. Cette période m’a remis en mémoire le propos que me tint un jour Nahum Goldmann2 – le président du Congrès juif mondial : « N’oubliez jamais que l’antisémitisme en France est plus grave que celui que l’on a observé en Allemagne ». Après l’affaire Merah3 et celle de l’Hyper cacher4, Salomon et moi avons décidé de refaire ce que nous avions fait, 20 ans auparavant, en joignant nos signatures pour écrire un livre sur l’assassinat de Rabin. Nous avons alors réussi à convaincre notre éditeur Albin Michel. Et nous nous sommes lancés dans une enquête à travers toutes les communautés juives du pays. Nous voulions savoir quel était leur état d’esprit. Nous nous doutions évidemment qu’il y avait un grand désarroi dans ces communautés. 30

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Ce que nous ne savions pas c’est que ce désarroi était, entre-temps, devenu celui de toute la classe politique et celui du pays. Tout au long du livre, on trouve les mots « désarroi », « inquiétude », « peur », « angoisse », mais pas une seule fois le mot « colère ». N’avez-vous donc rencontré aucun Juif en colère ? En colère contre le gouvernement, le pays, voire l’apathie des gens après les assassinats de Toulouse ? Nous ne prononçons pas le mot, mais nous disons la chose. De plus, la colère s’exprime dans la scène politique par la volonté de punir dans les urnes ceux qui l’ont provoquée. Ou encore par la volonté de changer de pays et de destin. C’est ce qui s’est passé à Toulouse où ce sont les colères qui ont généré bien des départs. Nous avons pu conclure d’une certaine manière qu’à Toulouse, les gens pensaient plutôt au départ. Mais ce n’était pas le cas au sein de la communauté de Strasbourg. Dans d’autres communautés – comme Bordeaux ou Lyon – les Juifs en sont à une étape de réflexion. Et les pères de famille conduisent cette réflexion moins par rapport à eux-mêmes que par rapport à l’avenir de leurs enfants. Cela étant, il nous fallait être justes et reconnaître que les pouvoirs publics ont fait ce qu’il est possible de faire face à un terrorisme aveugle et à des hommes qui n’aiment que la mort. Nous avons reçu à la parution de notre livre des lettres du Premier ministre Manuel Valls, du ministre de l’Intérieur, mais également du Président de la République. M. François Hollande nous a écrit : « Chers amis, votre enquête permet de nous éclairer sur des réalités parfois cruelles, mais aussi sur d’autres qui nous permettent d’espérer ».


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Vous écrivez « le judaïsme sans la France ne serait pas le judaïsme non plus ». Vraiment ? Pourtant le judaïsme en France a de nombreuses racines marocaines, tunisiennes, algériennes, espagnoles… L’histoire purement française du judaïsme n’est-elle pas qu’une facette de sa spécificité ? Sans doute avez-vous raison de dire que cette histoire n’est qu’une facette, mais reconnaissez qu’elle est de la plus haute importance. C’est la France qui, la première, il y a plus de deux siècles, a reconnu les Juifs comme citoyens. Et c’est la France qui a inspiré d’autres pays en Europe à l’imiter. Un historien qui se proposerait d’écrire une histoire des Juifs en général ne peut pas, il faut en convenir, ne pas rencontrer la France. Pensez au nombre d’intellectuels et d’hommes d’États juifs qui, par le passé, ont apporté à ce pays leurs idées et leurs engagements. Et aujourd’hui encore… Qui peut en vérité biffer d’un trait de plume l’histoire de ce qu’on a appelé le franco-judaïsme ? Vous évoquez une « dette » envers la France. Pourquoi ? Les Juifs français sont-ils redevables à la France comme le seraient de nouveaux immigrants envers leur pays d’accueil ? Pourriez-vous expliciter votre pensée ? Question difficile. Elle a fait l’objet de dizaines de livres d’écrivains et de sociologues. J’aurais envie de vous dire que l’intellectuel tel qu’il est conçu dans la culture française se rapproche beaucoup de l’idée que s’en fait – selon moi – la culture juive. Voici une petite illustration qui parle beaucoup à l’ancien élève de yeshiva (école talmudique) que je suis. Vladimir Jankélévitch (1903-1985) – qui était à la fois philosophe et Juif, un des noms les plus lumineux de ce francojudaïsme – définissait ainsi l’étude : « Cela consiste à penser tout ce qui dans une question est pensable, quoi qu’il en coûte… Les mots, il faut les tourner et les retourner dans toutes leurs faces dans l’espoir qu’une lueur en jaillira ». Or, Jankélévitch utilise ici (en toute connaissance de cause ?) une formule du traité Pirke Avoth, c’est-à-dire des Maximes des Pères (5; 21) : « Hafokh bah vahafokh bah, tourne-la et retourne-la ! »

Monde juif

Le livre s’achève sur le mot « espoir », repris dans la postface par le verbe « espérer ». Est-ce là votre conviction ? J’espère en vérité ne pas être amené à donner seul une suite à ce livre écrit à quatre mains et qui serait intitulée : « Le jour où les Juifs quittèrent la France ». Et j’ai une autre espérance : que l’on parvienne enfin à définir et à dire à haute et intelligible voix ce que nous, Juifs, voulons. Et où nous conduit-on ? Comment votre livre a-t-il été reçu dans la communauté ? Depuis la sortie du livre, nous nous sommes rendus dans la plupart des grandes communautés juives du pays. Nous y avons à nouveau ressenti une sourde inquiétude chez nos coreligionnaires. Les uns et les autres avaient besoin de se parler. Nous avons retrouvé le même désarroi que celui que nous analysons. La grande déception – et qui fait partie de ce désarroi – c’est le silence assourdissant que nous avons observé de la part des journaux et des médias arabes dans le pays. Aucun d’entre eux n’a cru devoir simplement rendre compte du livre, quitte à en dire du mal. Or, c’est également à la communauté musulmane que notre travail s’adresse.

Dans une interview que vous avez donnée tous les deux à l’hebdomadaire l’Obs, votre frère déclare être moins pessimiste que vous. Vous décririez-vous comme pessimiste ou lucide ? L’homme de gauche serait – selon une des définitions classiques enseignées naguère dans les instituts de science politique – l’homme de l’espérance et de l’optimisme. Eh bien, vérification faite sur moi-même, la vérité m’oblige à dire que je ne suis pas de gauche. Même si je place l’humour – sous toutes ses formes – à la première place de mon quotidien, de ses vertus et de ses exigences. Appelons cela : un pessimisme joyeux…

Hebdomadaire français (1930-1944) d’extrême droite, antisémite et collaborationniste avec le régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Nahum Goldmann (1895-1982), fondateur et président du Congrès juif mondial de 1948 à 1977. 3 Le 19 mars 2012, à Toulouse, devant l’école Ozar Hatorah, le terroriste islamiste franco-algérien Mohammed Merah assassine le rabbin et enseignant Jonathan Sandler et ses deux fils, Gabriel (3 ans) et Aryeh (6 ans), ainsi que la petite Myriam Monsonego (7 ans), fille du directeur de l’école. 4 Le 9 janvier 2015, des clients sont pris en otage par un terroriste islamiste à l’Hyper Cacher de Vincennes. Quatre hommes juifs sont assassinés. 1 2

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

31


Monde juif

SONIA SARAH LIPSYC

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

« COMMENT SE DÉROULE LA VENUE DES JUIFS FRANÇAIS AU QUÉBEC ? » ENTRETIEN AVEC PHILIPPE ELHARRAR, LAETITIA SELLAM ET MONIQUE LAPOINTE, PAR SONIA SARAH LIPSYC L'Agence Ometz, sous l’égide de la Fédération CJA de Montréal, offre des services aux membres de la communauté et notamment aux nouveaux immigrants1. Le programme Initiative France, sous la responsabilité de Monique Lapointe, chef des services d’immigration, a été créé pour accueillir les nouveaux immigrants de France, grâce à deux professionnels : Laetitia Sellam, consultante en intégration et Philippe Elharrar, développeur et spécialiste en emploi. Cette équipe de trois personnes a bien voulu répondre à nos questions.

Comment ce projet « Initiative France » a-t-il été créé et depuis quand ? Au printemps 2015, un groupe de travail constitué de personnes ayant une expertise éprouvée dans les domaines des affaires, de l’immigration et de l’emploi a été mis sur pied par la Fédération CJA. Ce groupe de travail a été mandaté pour élaborer une stratégie qui aiderait de façon concrète les membres de la communauté juive de France souhaitant immigrer à Montréal. Le comité a reçu des témoignages de la part de Juifs français déjà établis à Montréal et qui ont partagé leurs expériences en tant qu’immigrants au Québec. Ces témoignages ont contribué à la mise en place d’un plan d’action stratégique pour faciliter l’intégration de ces nouveaux arrivants dans la société québécoise ainsi que dans la communauté juive de Montréal. L’Agence Ometz et d’autres agences de la Fédération CJA collaborent dans la mise en œuvre des différentes phases du projet Initiative France qui a débuté officiellement en octobre 2015. Voyez-vous une augmentation de l’installation des Juifs de France au Québec et depuis quand ? Les demandes d’informations par téléphone ou courriel ont considérablement augmenté depuis les récents attentats à Paris (doublé depuis janvier 2015) et c’est pourquoi la Fédération juive de Montréal et l’Agence Ometz ont réfléchi sur des mesures d’accompagnement plus spécifiques face à cette nouvelle tendance. 32

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Pouvez-vous donner un chiffre de cette immigration depuis quelques années et spécifiquement depuis les attentats terroristes en France qui se sont accrus depuis 2015 ? Étant donné que les chiffres officiels d’immigration concernent les demandes des Français sans critères d’appartenance, il est impossible de quantifier annuellement le nombre de Français d’origine juive, présents sur le sol canadien. Le programme « Initiative France » étant trop récent, nous avons amorcé un processus de compilation des données qui pourra ultérieurement nous renseigner sur le nombre de nouveaux membres de l’agence Ometz. Les attentats et la réaction internationale qui a suivi ont été un déclencheur certainement suite à une réflexion de plus longue date, car l’antisémitisme exponentiel depuis 10 ans avait déjà provoqué des arrivées régulières d’immigrants juifs français au Québec. Ces événements engendrent, bien sûr, des pics dans nos statistiques. L’insécurité ou l’antisémitisme sont-ils les seuls facteurs qui incitent des Juifs de France à immigrer au Québec ? La morosité économique du pays est également un facteur important à prendre en considération. Les Juifs français restent-ils au Québec ou s’installent-ils plus tard dans d’autres provinces du Canada ? Basé sur nos observations, les nouveaux arrivants s’installent et demeurent principalement à Montréal.


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Quels sont les profils professionnels des Juifs français ? Professions libérales ? Business ? Autres ? Outre les professions libérales traditionnelles (avocats, docteurs, dentistes, architectes, etc.) qui arrivent, d’autres métiers se profilent tels que : opticien, pharmacien, expertcomptable, designer graphique, en marketing, en technologie de l’information, etc. Quelle est la moyenne d’âge des Juifs de France qui choisissent de venir ici ? Touchez-vous également la population estudiantine ? Nous sommes témoins d’une vague d’étudiants et de jeunes familles avec enfants. Les demandes de Français de 50 ans et plus sont plus rares. Les Juifs français qui envisagent de venir au Québec à ont-ils déjà de la famille installée ici, notamment de la communauté sépharade à majorité d’origine marocaine ? Le profil des nouveaux immigrants de France n’est pas uniforme. Certains d’entre eux ont, certes, des liens avec leur famille marocaine installée à Montréal depuis de nombreuses années avec des souvenirs d’immigration très différents. D’autres Français juifs, qui ont toujours eu une identité juive affirmée, n’ont pas systématiquement de lien avec la communauté juive sépharade de Montréal. Basé sur les observations du comité de travail, l’importance de l’identité juive est une évidence, et se définit selon deux rites différents : Ashkénaze ou Sépharade. Cependant, le mélange de ces deux origines culturelles se réalise fréquemment sans aucun a priori en France. Que propose l’Agence Ometz pour aider les Juifs français à envisager leur immigration au Québec ? Le programme s’adresse aux personnes qui ont décidé de venir vivre au Canada, ceux pour qui Aliyah (l’installation en Israël ndr) n’est pas une option et qui ont besoin d’information.

Monique Lapointe

Laetitia Sellam

Monde juif

Le dialogue avec eux peut s’enclencher entre la France et Montréal au moyen d’un numéro de téléphone direct ou par Skype. Cet accueil personnalisé, avec le soutien de l’équipe du service d’immigration, est assuré par deux professionnels qui ont été recrutés spécifiquement pour ce programme et pour répondre à tous les types de demandes : Laetitia Sellam, consultante en intégration et Philippe Elharrar, développeur d’affaires et spécialiste en emploi qui travaillent en collaboration étroite avec leurs équipes respectives. Pour les familles, les célibataires et les couples d’origine française, le premier contact est Laetitia à l’Agence Ometz. Elle les accueille avec enthousiasme pour, d’une part, leur présenter en détail les services et les ateliers offerts (intégration, emploi, communauté, social), d’autre part, pour répondre à leurs questions ou les orienter vers des services d’immigration ou d’emploi propres à leurs besoins. De plus, elle les invite à bénéficier d’une gamme de programmations socioculturelles proposées par l’Agence Ometz ainsi que par diverses agences de la communauté juive de Montréal. L’objectif principal de ce programme est d’accompagner ces nouveaux membres dans leur cheminement dès leurs premiers pas afin de les préparer au « décodage francoquébécois » et de les aider à mieux réussir leur intégration tant au niveau personnel que professionnel. C’est pourquoi malgré leur besoin primordial d’assurer un revenu suffisant grâce à un emploi convenable, il est d’autant plus important d’offrir aux nouveaux membres des opportunités d’établir des liens avec la société d’accueil. En ce sens, un « Comité de Français » a été créé basé sur les recommandations des Juifs français qui ont témoigné au comité de travail de la Fédération CJA. Ce comité est constitué de membres de la communauté qui désirent participer, bénévolement et activement, à l’intégration sociale et communautaire de ces nouveaux arrivants. PAGE SUIVANTE

Philippe Elharrar MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

33


Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Êtes-vous une agence d’emploi ? Faites-vous des mises en contact professionnelles et autres ? Un des services offerts par l’Agence Ometz est l’accompagnement des nouveaux immigrants dans leur recherche d’emploi. Dans ce contexte, Philippe Elharrar a intégré l’équipe du service d’emploi de l’Agence Ometz pour répondre aux besoins d’embauche plus spécifiques de cette immigration. L’une des priorités est d’élargir le bassin d’employeurs francophones tant au niveau de la communauté qu’au sein de la société québécoise. Pour ce faire, un « Comité d’emploi d’Initiative France » a été établi et a pour mandat de créer et gérer une structure de réseautage efficace et souple ainsi que d’acquérir des informations pertinentes qui permettront d’aider les nouveaux immigrants français à se replacer professionnellement sur le marché du travail montréalais. Ce soutien personnalisé permet aux nouveaux arrivants de devenir des travailleurs autonomes à terme dans un réseau professionnel qui leur est propre. Quelles sont les questions que vous posent le plus souvent les immigrants potentiels ? Le processus d’immigration et la reconnaissance des diplômes; comment trouver un emploi ; le choix de l’encadrement scolaire pour leurs enfants.

2. Ceux qui viennent nous rencontrer pendant leur séjour sur place sans nous avoir contactés avant. Grâce à cet accueil personnalisé apprécié, un échange mutuel se crée effectivement, ce qui nous permet de mettre à jour, en permanence, notre base de données strictement confidentielle. Quels conseils donnez-vous pour bien réussir sa venue ici ? « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Jean de La Fontaine. Une préparation rigoureuse et documentée est un moyen d’amortir les chocs culturels éventuels. Et surtout, de faire preuve d’une ouverture d’esprit positive et constructive. Comment les Juifs de France sont-ils au courant des services qui leur sont offerts ? Jusqu’à présent, le bouche-à-oreille s’est répandu très rapidement entre les deux continents. À partir de la rentrée 2016, une annonce d’information sera publiée dans divers médias en France et au Canada.

Que proposez-vous aux futurs immigrants qui se tournent vers vous ? Bénéficient-ils d’un service juridique pour leurs demandes de papiers ? Le premier pas que nous recommandons à ces futurs immigrants est de vérifier leur admissibilité sur le site officiel du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI)2. Les possibilités d’admissibilité sont devenues plurielles et complexes. Ainsi, nous leur recommandons de demander les services d’un consultant ou avocat en immigration fiable. Les conditions d’immigration ont beaucoup changé depuis cinquante ans et la venue des Juifs sépharades au Québec. Combien de temps faut-il attendre pour obtenir son statut de résident permanent ou un permis de travail fermé (pour un emploi spécifique) ou ouvert (pour tout emploi) ? Il est vrai que l’immigration des années 1960 s’est effectuée dans un contexte complètement différent. Aujourd’hui, de multiples facteurs influent sur la durée du processus d’immigration et dépendent de chaque profil d’immigrants3. Les Juifs français viennent-ils faire un voyage exploratoire ? Restent-ils en contact avec vous de retour de ce voyage par courriel ou téléphone ? Plusieurs cas de figure se présentent : 1. Ceux qui nous contactent avant d’entamer un voyage exploratoire et le préparent avec nous. Les thèmes principalement abordés sont : informations sur la procédure d’immigration, visites d’écoles et spécificités des quartiers de Montréal et alentours. 34

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

1

Voir http://www.federationcja.org/fr/initiative-france-montreal et http:// www.ometz.ca/f+immigration/ 2 http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr/accueil.html 3 La fourchette de temps pour l’obtention d’un permis de travail (fermé ou ouvert) peut prendre en moyenne actuellement de trois à six mois et la résidence permanente entre dix-huit et vingt mois. Ces estimations non exhaustives et susceptibles d’évoluer ne prennent pas en compte les statuts d’étudiants ou autres (ndr)


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Monde juif

PARTIR MAURICE CHALOM

Essayiste, romancier et directeur de publications, Maurice Chalom est titulaire d'un doctorat en éducation de l'Université de Montréal. Depuis une trentaine d'années, ses domaines d'expertise sont les mouvements migratoires, les relations interculturelles et la gestion de la diversité. Au plan communautaire, Maurice Chalom est chroniqueur à La Voix Sépharade (LVS) et programmateur au Festival du cinéma israélien de Montréal (FCIM).

Depuis quelques années, le nombre de Juifs de France en partance pour Israël atteint des sommets inégalés. Ayant crû de 60 % en 2013 avec 3 293 candidats, l’immigration vers Sion s’est accélérée en 2014 avec 7 231 nouveaux immigrants et quelque 8 000 en 2015. Et pour l’année 2016, on anticipe 6 000 nouveaux candidats à la Alyah (l’immigration vers Israël). Un record jamais atteint, selon les responsables de l’agence juive. Cet organisme semi-gouvernemental israélien chargé de la Alyah estime qu’en 2015 l’immigration a battu un record établi quinze ans auparavant avec quelque 30 000 nouveaux immigrants juifs venus du monde entier. Outre ceux de France, l’État hébreu a accueilli, l’an passé, 7 550 Juifs d’Ukraine, 7 100 de Russie et quelque 3 500 d’Amérique du Nord.

Manne made in France Fait notable, depuis la création de l’État d’Israël en 1948, la France est devenue, au cours des trois à quatre dernières années, le premier pays d’immigration juive vers le pays où, supposément, coulent le lait et le miel. Forte d'une population juive estimée entre 500 000 et 600 000 personnes, la communauté juive de France est la première communauté juive d'Europe et la seconde au monde après les États-Unis dans la diaspora « juive ». Il n’y a donc rien de surprenant à ce que les autorités israéliennes tablent sur l’Alyah de France pour redynamiser une immigration qui avait connu un relatif tassement et en font une priorité quasi nationale. Du reste, Natan Sharansky, président de l’Agence juive, n’a guère d’état d’âme à mousser cette Alyah, en déclarant qu’il n’y a « pas d’avenir pour les Juifs en France ». Au vu des récentes statistiques officielles, il semble que son appel ait trouvé écho au sein de cette communauté, au grand dam de ses dirigeants et du gouvernement français. Cette priorité n’est pas forcément goûtée des Israéliens qui voient dans cette immigration un traitement différentiel, un « deux poids deux mesures » en termes de facilité d’accès à la propriété, alors que bon nombre d’entre eux, surtout les jeunes couples, voient leur rêve de proprios s’évanouir devant la flambée des prix des appartements, d’autant que le shekel ne fait guère le poids face à l’euro et au billet vert.

Étonnant ce pays qui, après avoir assisté à la renaissance de sa langue ancestrale, affiche ses projets domiciliaires en devises étrangères. Déjà qu’ils avaient dû encaisser l’Alyah massive des Juifs russes avec soupirs d’exaspération et grincements de dents. Autant dire que, après les Russes et les Ukrainiens, les Juifs de France, les Tsarfatim, ne sont pas vraiment en odeur de sainteté; eux qui s’attendaient à ce qu’on déroule le tapis rouge à leur descente d’avion. Bonjour la désillusion et bienvenue à Sion, là où personne ne promet à qui que ce soit un jardin de roses. Si pour bon nombre de Juifs de France, c’est l’idéal sioniste historique ou religieux qui motive leur départ de l’Hexagone; pour bien d’autres, c’est le « piètre état » de la mère patrie qui les pousse à l’arrachement. Entre une crise économique qui n’en finit plus de s’éterniser avec un taux de chômage ventripotent et une création d’emplois famélique, une recrudescence de propos et actes antisémites alimentés par les diatribes de Dieudonné M’Bala M’Bala et Alain Soral, chefs de file de « Égalité et Réconciliation », une nébuleuse de la droite extrême, conspirationniste, antisémite et antisioniste; les incidents émaillant, à répétition, certaines manifestations aux vociférations de « Juifs, hors de France »; les violences antisémites : 851 actes déclarés en 2014 et 808 en 2015, selon les données croisées et validées par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) et le ministère de l’Intérieur; l’assassinat de Ozar Hatorah, une école juive de Toulouse, faisant 3 victimes dont 2 enfants; l’attaque terroriste islamiste et antisémite se soldant par 4 morts dans l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes; la présence quasi permanente de soldats en armes devant les synagogues, les écoles juives et autres lieux communautaire; le carnage niçois du quatorze juillet, avec 84 morts et plus de 350 blessés; sans oublier ce prêtre d’une commune de l’agglomération rouennaise, égorgé dans son église au cri de « Allah Akbar » : il y a de quoi foutre le camp de cette « douce France, cher pays de mon enfance bercée de tendre insouciance ». Ça fait un bail que l’insouciance s’est tirée en douce, laissant place à l’angoisse et à la méfiance.

PAGE SUIVANTE MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

35


Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Français expatriés et Juifs de France Pour bon nombre de nos coreligionnaires français, le One Fly Ticket pour Sion ou ailleurs, loin de France, se présente comme la seule solution possible, en regard de cet air empuanti, de ce climat aux teintes brunâtres et de cette ambiance nauséabonde. Le choix de la valise, pour cause d’antisémitisme sur fond d’incertitude économique, loin d’être une simple vue de l’esprit ou une paranoïa juive « vestige d’un pseudo complexe du soidisant persécuté » – comme si le parano avait systématiquement tort – s’est vu confirmé par les résultats d’un sondage sur l’antisémitisme. En mai 2014, la ligue anti-Diffamation (ADL), – fondée en 1913 et principale organisation mondiale de lutte contre l’antisémitisme à travers des programmes et services de lutte contre la haine, les préjugés et la bigoterie – a rendu public les résultats sans précédent d’un sondage mondial sur les attitudes antisémites. Il appert, à la lecture de ces résultats, qu’en France, 37 % de la population adulte, soit quelque dix-huit millions de personnes, ont des comportements antisémites, comparativement à 8 % au Royaume-Uni, 9 % aux États-Unis et 14 % au Canada. Dix-huit millions de raisons de trouver, fissa, une valise et un passeport valide. Reste le côté faux-cul et vicelard du traitement médiatique de l’exode français hors de l’Hexagone. Les Français établis à Londres (225 000), New York (30 063) ou Miami (11 262) sont présentés comme des expatriés, comme si parmi eux il n’y avait aucun Juif, seulement des Bretons, des Tourangeaux, des Alsaciens et autres Normands. Mais dès qu’il s’agit d’Israël alors là, ce ne sont plus des expatriés, mais des Juifs et seulement des Juifs (19 000, au cours des dernières années). Bien sûr, ce n’est pas dit de manière aussi explicite, mais ça susurre l’hideuse double allégeance et suppure cette cinquième colonne si chère aux adeptes du complot. Et dire que, attentat après attentat islamiste, les bien-pensants martèlent « pas d’amalgame », alors qu’il est outrageusement, joyeusement pratiqué dès lors qu’il s’agit d’Israël. L’affaire est donc entendue. Hors de l’Hexagone, la famille Boutboul, qui s’installerait n’importe où ailleurs qu’à Sion, ferait partie de la communauté française des expatriés. Mais s'il lui prenait l’envie de préférer Netanya, Jérusalem ou Tel-Aviv à Londres, Montréal ou Miami, ladite famille serait aussitôt taxée d’antipatriotisme et vilipendée pour cause d’infâmante double allégeance. Là réside toute l’ambigüité du « pas d’amalgame » : une mise en garde, un principe de précaution à géométrie variable. Ces dernières années, on a amplement parlé de la Alyah des Juifs de France et bien peu de ces centaines de milliers de Français qui ont choisi l’expatriation pour Londres, Miami, New York ou Montréal. Pour ce qui est de la « belle province », au cours de la dernière décennie, ce sont 30 000 immigrants français qui se sont établis au Québec, soit le plus fort contingent national devant l’Algérie, le Maroc et la Chine. 36

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Sélectionnés au terme d’un long processus, ces nouveaux arrivants ont en commun la jeunesse (25 à 40 ans) ainsi qu’un haut niveau de formation et de qualification. La communauté française, inscrite au Consulat général de Montréal, a également connu une forte croissance (+45 %) au cours des vingtquatre derniers mois. Rassemblant plus des deux tiers des Français installés au Québec, le nombre de Français à Montréal est aujourd’hui estimé à quelque 100 000 personnes. Parmi eux, combien sont de confession juive ? Parle-t-on de quelques centaines ou de plusieurs milliers ? Difficile à dire, puisque l’enregistrement auprès du Consulat général de France n’est pas une obligation et que ces statistiques ne sont pas davantage colligées par l’agence Ometz (courage, en hébreu), mandatée par les instances dirigeantes de la communauté juive de Montréal pour accueillir et intégrer tout nouvel immigrant.

Cruciales premières années Fondée en 1863, cette organisation est une œuvre de bienfaisance qui offre soutien et encouragement aux individus et aux familles en proposant toute une gamme de services scolaires, d’emploi et d’immigration ainsi que des services sociaux. En 2008, Ometz, nouvelle version, est la fusion de trois agences : emploi juif de Montréal (JEM), services à la famille juive (JFS) et le service aux immigrants juifs (JIAS). Forte de son expertise dans le domaine de l’emploi, des services sociaux et de l’immigration, cette agence offre ses services à quiconque faisant face, entre autres, à des difficultés d’apprentissage, une rupture familiale, un changement de carrière ou une nouvelle vie à Montréal. Indépendamment des services dispensés et de l’accompagnement offert par Ometz, les premières années d’établissement du nouvel immigrant juif de France, comme pour tout immigrant, sont déterminantes. Au cours des 12 à 24 mois suivant son arrivée, il cherche à assumer son rôle de « producteur » par l’occupation d’un emploi répondant à sa formation, ses qualifications et expériences professionnelles, et à se loger. Durant cette période, il tente de comprendre ce nouvel environnement, ce nouveau milieu de vie avec ses codes sociaux, ses us et coutumes et façons de faire. Il s’agira d’adaptation par l’expérience des « essais-erreurs  »; période correspondant au début d’un processus d’acculturation par lequel notre coreligionnaire soupèse ce qu’il est en mesure de délaisser de sa culture française (valeurs, représentations, codes sociaux, etc.) et les éléments qui seraient perçus (par lui ou les autres, à tort ou à raison) comme un « frein » à son intégration. C’est au cours de cette même période que son projet d’établissement se voit remis en question et son retour en France ou un départ vers un nouvel ailleurs envisagé, s’il réalise que les efforts (attendus) pour s’intégrer lui semblent insurmontables et que, malgré les gestes posés et les concessions de tous ordres, ses aspirations, surtout professionnelles ou en


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

lien avec son mode de vie, ne peuvent se concrétiser. Période cruciale d’incertitude et de remise en cause de son projet migratoire se traduisant par un fort sentiment d’échec, une désillusion et un désenchantement du Québec, de Montréal et/ou de la communauté juive, et par une idéalisation de la France, de sa modernité et de son « art de vivre ». Ici comme ailleurs, c’est au cours des 5 premières années d’installation, qu’entre 25 % et 30 % des nouveaux arrivants rentrent au pays ou migrent vers d’autres cieux.

Communauté en mutation Compte tenu de sa démographie, la communauté juive de Montréal est aujourd’hui en décroissance voire en déclin. Évaluée à quelque 120 000 personnes au début des années 1980, elle en compte plus ou moins 90 000 aujourd’hui. Cette décroissance est due, entre autres, à un départ lent mais continu de ses forces vives (les 25-40 ans), principalement vers l’Ontario, les provinces de l’Ouest et les États-Unis, malgré les efforts déployés par la Fédération CJA et ses agences pour les retenir; à un taux de fécondité oscillant autour de 1,6-1,8, en deçà du taux de renouvellement (2,1 enfants par femme en âge de procréer) et au vieillissement de sa population. Le défi que représentent l’attraction, l’intégration et la rétention de nouveaux immigrants se pose avec d’autant plus d’acuité que la communauté juive, à l’instar de Montréal qui affiche des soldes migratoires négatifs, est en compétition avec celles de Toronto et de Vancouver, pour accueillir et intégrer de nouveaux coreligionnaires. L’avenir de la communauté juive de Montréal dépendra de plus en plus de l’immigration et, « si la tendance se maintient » au cours des prochaines années, de celle des Juifs de France. C’est donc d’une vision à moyen-long terme et d’un énoncé de mission explicite en matière d’accueil, d’intégration et de rétention dont la communauté doit se doter, bien plus que d’un traitement « social » de ses immigrants, appréhendés comme autant de case load (nombre de cas).

Monde juif

Car c’est bien de cela dont il s’agit : faire que les Juifs de France deviennent des Juifs montréalais actifs au sein de celle-ci et qui, par leur identification, leur adhésion et leur implication, contribuent à son dynamisme. Le mode opératoire de la « gestion de l’immigration », tel que pratiqué par Ometz, a sans doute été adéquat par le passé, mais le serat-il encore au cours des prochaines années, compte tenu du profil de cette nouvelle immigration juive de France ? La question mérite d’être posée. Si le « génie juif » se reconnait à sa capacité de se réinventer, il revient aux instances dirigeantes de la communauté juive de Montréal de faire montre d’inventivité pour repenser la dimension, les mesures et les modalités d’accueil, d’intégration et de rétention, en regard de ce nouveau bassin de futurs coreligionnaires. Ce ne peut être la mission d’une seule et même institution. Maurice Chalom, Ph.D

Amis et fidèles lecteurs, à l’orée du Nouvel An, laissez-moi vous souhaiter une année emplie de santé, d’amour, de bonheur et de sérénité.

En effet, dans quelle mesure Ometz, sans pour autant préjuger d’une incompréhension ou d’un manque de sensibilité à l’égard des immigrants juifs de France, une institution imprégnée depuis 153 ans d’une culture anglo-ashkénaze assimilationniste, est-elle à même de relever ce défi qui dépasse l’approche de l’assistance et du traitement « social » ? Depuis la fusion de 2008, cette institution a pour mandat de répondre, entre autres choses, aux besoins ponctuels et urgents des nouveaux immigrants, surtout des moins nantis, par la référence et l’accompagnement; mais est-elle adéquatement outillée pour répondre aux aspirations professionnelles, éducatives, culturelles et sociales d’immigrants de culture française et séfarade, jeunes (25-40 ans), hautement scolarisés et qualifiés ? Comment passer d’une approche fondée sur l’assistance, la référence et l’accompagnement, à une démarche faisant en sorte que ces nouveaux coreligionnaires deviennent des membres à part entière, se reconnaissant dans cette communauté et s’identifiant à elle ? MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

37


Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

ÊTRE MÉDECINS FRANÇAIS, JUIFS PRATIQUANTS ET VIVRE DANS LA CAMPAGNE QUÉBÉCOISE Lyndia Dernis et Quentin Gobert, anesthésiologistes, sont installés avec leurs trois enfants à Lac-Mégantic. Dr Gobert nous livre ici le témoignage de leur immigration de France.

Lac-Mégantic

Lac-Mégantic

Couple de médecins spécialistes, nous avons quitté la France en 2013 pour nous installer au Québec. Du point de vue professionnel, les démarches de reconnaissance de diplômes ont été facilitées par l'Arrangement de reconnaissance mutuelle (ARM) signé en 2009 entre la France et le Québec. Cependant, il aura fallu compter au moins un an pour rassembler les documents (diplômes, attestations d'universités et hôpitaux, titres post doctoraux), les faire authentifier par un notaire pour envoi au Collège royal, et finaliser le processus du Collège des Médecins du Québec. S'en est suivi une longue attente pour obtenir un stage d'évaluation de trois mois, dans un hôpital universitaire québécois, pour valider la reconnaissance de diplôme et permettre la délivrance du permis d'exercice. Le Collège rencontre de grandes difficultés à organiser ces stages puisqu'il ne dispose pas de ses propres terrains de stage, mais doit faire appel aux départements de chaque spécialité, rencontrant des réticences que l'on peut imaginer. Il faut savoir qu'il y a eu des échecs à ces stages et que le Collège des médecins recommande donc de ne pas entamer les démarches administratives d'immigration tant que ce stage n'est pas effectué. 38

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Monde juif

Le Collège se charge d’ailleurs des démarches administratives pour l’obtention d’un permis de travail provisoire pour la durée du stage. Dernière chose et non des moindres, le Québec applique la préférence nationale : les médecins étrangers (sauf professeurs invités dans les universités) ne peuvent donc être engagés que dans les déserts médicaux qui auront démontré n'avoir pas pu recruter de Québécois. Ces « déserts » sont rares désormais, le nombre de médecins formés au Québec ayant considérablement augmenté ces dernières années, rendant plus compétitive l'obtention d'un poste (dont le nombre est géré par le gouvernement) pourtant obligatoire pour tous les médecins qui souhaitent exercer, Québécois ou immigrants. Dans notre cas, c'est un petit hôpital des Cantons de l'Est, le CSSS du Granit, à Lac-Mégantic, à trois heures de Montréal, le long de la frontière américaine, qui nous a contactés pour pourvoir deux postes vacants depuis quelques temps. Nouvelles formalités pour l'obtention d'un permis de travail (fastidieuses et demandant parfois plus de 5 mois d'attente, selon l'accumulation des dossiers à Citoyenneté et Immigration Canada...) et nous avons pu nous installer dans une maison de location au bord d'un lac. Nous avons eu la chance de tomber sur une équipe formidable à l'hôpital, et travaillons avec eux depuis bientôt trois ans. Évidemment, les tâches des médecins diffèrent un peu entre la France et le Québec, mais rien d'insurmontable pour qui veut faire montre d'un peu de bonne volonté, les conditions d'exercice étant meilleures et les relations interprofessionnelles plus cordiales, nous semble-t-il, ici qu'en France. Notre famille s'est agrandie d'une petite fille, née après notre installation, et nous bénéficions d'une qualité de vie incomparable : pistes de ski de fond et patins en hiver, activités nautiques sur le lac en été. Les enfants rentrent en vélo de l'école et nous profitons plus d'eux que nous le faisions en France, où nous étions abrutis de gardes. Leur intégration à l'école et à la garderie s'est faite sans heurts, même en ce qui concerne les restrictions alimentaires. De notre côté, nous nous sommes impliqués dans la vie publique, nous rencontrons et échangeons avec des Québécois soucieux de nous connaître et de se faire connaître, participons aux débats citoyens locaux et nationaux (deux lettres d'opinion que nous avions rédigées ont été publiées dans le journal La Presse). Seul bémol, la vie juive est quasi inexistante dans la province une fois franchies les limites du grand Montréal. Pas de petites communautés (sauf à Québec, la ville) éparpillées sur le territoire, « à la française ». Cela implique donc, pour une famille religieuse comme la nôtre de faire ses achats à Montréal pour le frais (la livraison de vins casher est possible en revanche, seul avantage du monopole de la Société des alcools du Québec), et de se débrouiller seul pour les offices et le Talmud Torah. Nous essayons de nous rendre dans nos familles en France ou à Montréal pour les fêtes, mais cela est le plus souvent impossible en raison des gardes à l'hôpital et de la scolarité des enfants. L'attitude des gens est bienveillante et les arrangements possibles, mais il est clair que retirer ses enfants de l'école dès la rentrée pour les fêtes du mois de Tichri1 est toujours un peu délicat, même en promettant aux enseignants de rattraper le programme. Pour les cours de Talmud, mon frère, Rabbin en Israël, a la gentillesse de me consacrer deux heures de son temps chaque semaine pour l'étude, que nous faisons par téléphone ou skype. Même si nous ne regrettons pas notre démarche, nous aurons donc sûrement, si D’ veut, de nouveaux changements à envisager dans l'avenir pour poursuivre l'éducation de nos enfants et les sortir d'un certain isolement sur le plan communautaire, car s'il est certain que le Québec est un environnement accueillant, sécuritaire, tolérant (nous n'avons connu que deux interpellations antisémites, l'une d'un collègue médecin et l'autre d'un camarade de classe de notre aînée), vivre et transmettre pleinement son judaïsme en habitant une région dite « éloignée » est un véritable défi.

Quentin Gobert

1

En l’occurrence le Nouvel An (Roch Hachana), le jour du Grand Pardon (Yom kippour) et la fête des cabanes (Souccot) (ndr)

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

39


Monde juif

EMMANUEL BLOCH

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

LE JUDAÏSME AMÉRICAIN OU LE « MONDE DU SUCCÈS » Emmanuel Bloch est avocat et doctorant en philosophie juive à l'Université Hébraïque (Jérusalem); il est également coauteur du Blog Modern Orthodox1, d’expression française, et actif sur différents sites Internet sur le judaïsme. Il partage avec nous sa réflexion sur le judaïsme américain, en tant que Juif français ayant choisi de vivre à New York.

Voilà déjà plus de deux décennies que le bâton de pèlerin ne quitte guère ma main : Juif français ayant grandi dans une pittoresque bourgade alsacienne (Colmar), mes pérégrinations m’ont amené tour à tour en Suisse, en Israël… avant de m’installer avec ma famille, depuis 5 ans, à New York.

Une fois posé que l’Amérique du Nord est actuellement un foyer juif (une expression qui pourra sembler trop audacieuse, voire à la limite de l’hérésie, à nos sensibilités sionistes, mais qui est pourtant justifiée), est-il possible d’en tracer, à gros traits, les contours socioculturels et de voir où l’exercice nous mène ?

Ce n’est que récemment que j’ai pris pleinement conscience de cette remarquable réalité : le Judaïsme américain contemporain, c’est d’une certaine manière le point culminant du Judaïsme de l’Exil. Ses succès (culturels, économiques, religieux, politiques…), son degré d’intégration dans sa culture hôte, etc., dépassent tout ce qui a pu être précédemment atteint par d’autres diasporas, y compris au cours de l’Âge d’or espagnol ou dans l’Allemagne post-émancipatoire.

La langue tout d’abord. La communauté juive américaine parle l’anglais, non seulement dans les innombrables interactions de la vie quotidienne, mais aussi en tant que vecteur de créativité intra-juive : la totalité des textes fondateurs ont été traduits dans la langue de Shakespeare, et l’immense majorité des textes secondaires également. On peut par exemple étudier les grands maîtres hassidiques en anglais. Bien plus encore, la communauté juive anglophone a développé son propre canon exclusif d’œuvres littéraires et religieuses que toute personne cultivée, désireuse de participer à une discussion intelligente, à une table de chabbat ou lors d’un débat public, se doit de maîtriser. L’anglais, en d’autres termes, est devenu une langue juive.

Qu’aurait dit Theodor Herzl2 s’il avait pu contempler le dynamisme du Judaïsme nord-américain ? Aurait-il maintenu l’intuition fondamentale de son sionisme politique, qui était que les Juifs ne peuvent pas vivre en sécurité en tant que simple minorité ethnique et religieuse au sein d’un pays étranger, alors que les faits semblent ici lui donner tort ? Si j’insiste sur ce point, c’est qu’il me semble fondamental, non seulement pour décrypter la réalité de la vie juive nordaméricaine, mais aussi afin d’en saisir les défis : les Juifs américains se sentent chez eux aux É.-U. et au Canada. Ils éprouvent pour New York, Toronto ou Los Angeles le même sentiment qu’un Juif israélien ressent pour Tel Aviv ou Jérusalem : celui d’être à la maison. La communauté juive française, ou toute autre communauté diasporique contemporaine d’ailleurs, ne saurait en dire autant. N’en déplaise à Albert Londres3, le Juif errant, une fois sorti de son ghetto ou de son mellah, est désormais arrivé en deux endroits différents de la planète : Israël et l’Amérique du Nord. Prenons cette observation comme notre fil d’Ariane. 40

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

La perception de soi ensuite. Bien que la communauté juive française soit, de manière générale, remarquablement bien intégrée à la société civile (et il faut rappeler ici que même en cette période de résurgence de l’antisémitisme et de tensions communautaristes accrues, la situation des Juifs de France reste, d’un point de vue historique, relativement bonne à tous les niveaux), il n’en demeure pas moins qu’un Juif en France reste subtilement mais décidément différent du Français lambda : il n’est jamais Monsieur (ou Madame) Tout-le-Monde. En Israël, la situation est assez paradoxalement comparable. Certes, la majorité de la population est juive, mais il n’en demeure pas moins que la différence juive reste une évidence incontestée, même si elle est désormais vécue au niveau de la collectivité toute entière : Israël, le seul îlot de démocratie au Moyen-Orient, l’État juif au milieu de ses voisins musulmans, etc.


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Ailleurs, dans les bureaux capitonnés de la diplomatie internationale, l’État juif est largement devenu le Juif des États : un paria. Plus important encore, la menace extérieure (souvent bien réelle, mais parfois fantasmée) pesant sur l’existence de l’État d’Israël représente l’un des très rares dénominateurs identitaires communs, et peut-être même le seul, permettant d’unifier la collectivité entière, par-delà ses nombreuses lignes de fracture socioreligieuses internes. Aux É.-U., par contre, le Juif n’est pas l’Autre. La communauté juive est perçue comme appartenant sociologiquement à une certaine élite blanche, très éduquée, financièrement à l'aise voire fortunée. Affirmer que les Juifs jouissent d’un plein accès au « rêve américain », c’est encore bien insuffisant : ils contribuent en effet largement à en former le cœur identitaire. À travers leurs apports décisifs dans certains domaines clefs de la vie intellectuelle, comme par exemple les arts, la finance ou l’université, les Juifs participent à modeler activement l’ethos c’est-à-dire la manière d’être nord-américaine. Dans le même temps, la communauté juive américaine se perçoit réflexivement comme une minorité jouissant d’une existence propre, conceptuellement bien distincte de celle de la majorité environnante. C’est dire que, dans un monde postmoderne en quête constante d’authenticité, l’identité juive ne se confond pas avec la plus vaste identité américaine, pas plus d’ailleurs qu’elle ne se heurte à cette dernière : les deux existent symbiotiquement et se conjuguent dans une harmonie quasi-parfaite.

Monde juif

Finalement, les valeurs morales fondamentales. Ici il nous faut opposer deux visions éthiques profondément divergentes, la première fondée sur l’idée d’obligation et la seconde sur celle du droit : dans la première vision, l’être humain moral est avant tout celui qui remplit son devoir; dans la seconde, par contre, l’être humain moral est celui qui respecte les droits inaliénables de son prochain. « L’éthique du droit  », basée sur des concepts philosophiques et juridiques contemporains (droits de l’homme), est de facture essentiellement moderne; « l’éthique de l’obligation », par contre, se fonde avant tout sur des notions traditionnelles ou religieuses : c’est Dieu qui impose des devoirs. L’idée mériterait certainement d’être nuancée, mais nous associerons ici l’éthique du droit à cette avant-garde de la modernité qu’est l’Amérique, et l’éthique du devoir à Israël – ledit devoir pouvant être conçu en termes religieux (mitsva), ou alternativement en termes non religieux (chivion ba-netel 4) : en Israël, on se serre les coudes face à l’adversité, et on porte ensemble le projet de construire l’État. Or, si les deux intuitions fondamentales se recoupent occasionnellement, elles servent dans l’ensemble de pierres angulaires à des visions très différentes de la société qu’il faut idéalement bâtir. Les Juifs américains et canadiens prônent des idéaux comme l’engagement volontaire et enthousiaste en faveur du bien commun, la tolérance envers autrui, l’inclusion des minorités, la justice sociale, etc., alors que les Juifs israéliens admirent plutôt ceux qui servent leur pays de manière exemplaire. Sans trop de surprise, les premiers sont majoritairement démocrates (centre-gauche) et libéraux, alors que les seconds sont très largement de droite et conservateurs. Certes, cette image que nous venons de restituer du Judaïsme nord-américain manque encore de nuances, qu’un plus long article devrait explorer; mais nous voudrions conclure par une rapide description du revers de la médaille – le prix non négligeable que les Juifs américains doivent payer en guise de rançon de leur succès.

PAGE SUIVANTE

Montage de la statue de la Liberté avec un « talith » (châle de prière) et un « Sefer Torah » (Rouleaux de la Torah)

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

41


Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

En premier lieu, il y a bien évidemment l’assimilation galopante – car si le Juif n’est plus l’Autre du non-Juif, l’inverse est tout aussi vrai, et alors pourquoi ne pas se marier, lorsque l’amour est au rendez-vous ? Les chiffres récemment publiés par le Pew Research Center5 donnent un taux de mariages mixtes avoisinant aujourd’hui les 60 %, en constante augmentation lors des dernières décennies. Cette réalité, que nul ne conteste vraiment, est lue différemment selon la place occupée sur l’échiquier socioreligieux. Dans les mouvements non orthodoxes, et en premier lieu le Judaïsme Libéral et le Judaïsme Conservative, la pression grandit constamment afin de trouver de nouveaux moyens de promouvoir l’inclusion des couples mixtes au sein des communautés juives établies (l’école rabbinique du mouvement Libéral considère toujours que l’on ne saurait devenir rabbin en étant marié(e) avec un non-Juif, et refuse en conséquence les candidatures de membres d’un couple mixte, mais cette position est probablement appelée à évoluer dans un futur proche). Chez les orthodoxes, pour lesquels la transmission matrilinéaire du Judaïsme reste un principe inamovible, on se résigne par avance à l’assimilation définitive de pans entiers de la population juive, et à un Judaïsme nord-américain qui sera, à terme, bien plus étriqué et bien plus orthodoxe qu’il ne l’est actuellement. Quel que soit le niveau de religiosité, la transmission de l’identité juive dans un contexte d’acceptation totale demande des efforts éducatifs considérables. C’est le deuxième défi que nous voulons mentionner – celui de l’éducation juive et de

ses coûts exorbitants. Une école Modern-Orthodox d’élite telle que Ramaz à Manhattan, dont la vocation est de donner à ses élèves une éducation d’excellent niveau, aussi bien sur le plan religieux que sur le plan profane, revient à près de 40 000 dollars par an et par enfant. Ailleurs, c’est (un peu) moins cher, mais une blague désabusée affirme que le coût de l’éducation reste encore la méthode de planning familial la plus efficace au sein de la communauté juive. À ce prix-là, on réfléchit avant d’engendrer. Troisièmement, l’inclusion des femmes et des homosexuels (ou, plus largement, des LGBT6) est souvent difficilement réconciliable avec les catégories traditionnelles, théologiques ou juridiques du Judaïsme. Ceci pose des problèmes internes considérables, surtout pour les communautés orthodoxes, moins réceptives aux changements sociaux que leurs consœurs libérales ou conservatives. Ce Judaïsme d’Amérique du Nord, avec ses avantages et ses inconvénients, nous venons de le peindre sous les traits du « Monde du succès »; or, les juifs francophones méconnaissent parfois les différentes facettes de cette réalité. Ceci demeure vrai, dans mon expérience, même pour une grande partie de ceux qui sont établis sur le terrain, et qui se regroupent dans des communautés plus ou moins homogènes de Juifs francophones expatriés dans la lointaine Amérique. Dommage ! Être Juif de nos jours, aux É.-U. ou au Canada, c’est vivre une expérience humaine remarquablement riche et passionnante. Si vous ne les connaissez pas encore, venez découvrir par vous-même les Jew-SA7 !

Emmanuel Bloch

1

http://www.modernorthodox.fr/ 1860-1904; journaliste et écrivain austro-hongrois, fondateur du mouvement sioniste et auteur de Der Judenstaat (L’État des Juifs). 3 1884-1932; journaliste et écrivain français, auteur en 1930 du livre Le Juif errant est arrivé. 4 L’égalité dans le partage du fardeau social, et notamment le service militaire. 5 Un centre de recherche américain qui utilise des outils des sciences sociales afin d’analyser divers aspects de la société américaine et mondiale, et notamment les composantes de sa démographie religieuse. 6 Acronyme de l’expression « Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres ». 7 Jeu de mot : l’expression est phonétiquement proche, en anglais, de la manière dont l’on prononce « U.S.A. », et fait ainsi référence à l’importance dont les Juifs jouissent parfois dans la vie publique américaine. 2

42

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

DOV MAIMON

Monde juif

CES JUIFS QUI QUITTENT LA FRANCE ET VONT EN ISRAËL : réflexion sur la dure rencontre entre le rêve et la réalité

Directeur de recherche au Jewish People Policy Institute (Jérusalem), un important think tank qui réfléchit à l'avenir du judaïsme mondial, Dov Maimon est notamment l’auteur d’une étude portant sur « le judaïsme européen en 2030 », où s’esquissent divers scénarios possibles pour le devenir communautaire. Ingénieur formé au Technion (Haïfa), diplômé de l’Insead (Fontainebleau) en management, professeur aux Universités de Ben Gourion (Beer-Shéva) et du Mont Scopus (Jérusalem), Dov Maimon travaille sur les rapports entre histoire, religions et politique. Membre du prestigieux comité directeur gouvernemental responsable de l’intégration des ultra-orthodoxes dans les programmes de formation universitaire, il est aussi le concepteur de plusieurs projets d’importance nationale dont le plan « La France d’abord » mis en place pour faciliter l’aliyah française.

La tentation du départ Alors que le judaïsme français avait vécu une renaissance singulière pendant le demi-siècle qui avait suivi la Shoah, depuis le début des années 2000, et d’une manière plus flagrante encore depuis trois ans, la question de l’avenir des Juifs de France s’est imposée progressivement comme un débat majeur qui hante tant les dîners en ville que les tribunes des médias nationaux. Certes, à en croire les études publiées par les instituts de sondages IFOP et IPSOS, le nombre de Juifs français qui considèrent un départ pour Israël se chiffre en centaines de milliers et le nombre de ceux qui envisagent très sérieusement de faire ce choix se chiffre à plus de 70 000 personnes1. Mais quand il en vient de transformer cette velléité en action concrète, le principe de réalité reprend du poil de la bête et, parmi le demi-million de Juifs qui habitent l’Hexagone, seuls quelques milliers font le pas et vont s’installer en Israël chaque année. Reste que l’histoire du judaïsme d’Afrique du Nord comme celle du judaïsme russophone nous apprend que quand une communauté commence à être habitée par ce type de questionnement sur le départ c’est que la machine est lancée et que le train est déjà sorti de la gare. Une fois la question de rester ou partir réglée, la question en suspens est celle de la destination de ce nouvel exode : les Juifs les plus favorisés, pour leur part, voient dans

l’Amérique du Nord, et dans la toute proche ville de Londres, des lieux propices à leur délocalisation. Pour les Juifs sépharades les plus proches de la vie communautaire, la destination qui s’impose comme la plus raisonnable et la plus abordable reste et demeure Israël. Cet intérêt grandissant pour Israël se traduit d’ailleurs par des résultats concrets : les immigrants français arrivés en Israël étaient 1 919 en 2012, 3 297 en 2013, 7 238 en 2014 et 7 835 en 20151. Depuis le début de l’année 2016 par contre, le rythme de l’aliyah (immigration)2 française patine et accuse une baisse de 30 %. Phénomène jamais vu pour cette population particulièrement sioniste : certains prétendent que plusieurs dizaines de familles de nouveaux immigrants sont retournées en France cet été. Pour les sociologues et les observateurs attentifs qui s’interrogent sur ces fluctuations radicales, il est clair que ce triplement du chiffre d’immigrants suivi par un ralentissement brusque alors que la situation en France n’a subi ni dégradation majeure ni amélioration décisive relève d’un phénomène psychologique collectif au sein de la communauté juive qui demande à être élucidé. Ce comportement en dent de scie reflète un déchirement interne et se présente comme le symptôme d’un mélange de tendances contraires qui cohabitent. Certains expliquent cette baisse numérique comme le résultat d’une attente déçue.

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

43


Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Cette réticence au passage à l’acte révèle le contrecoup d’une idéalisation et d’une romantisation du rêve israélien qui a eu la mauvaise idée de rencontrer la réalité dure et cruelle de l’Israël réel.

Émigration ou retour à la maison ? À la différence d’un Français qui s’expatrie aux États-Unis, le Juif sépharade français qui prend un billet aller simple pour Israël ne voit pas ce changement de domicile comme une décision rationnelle, mais projette dans ce mouvement de retour à la terre ancestrale, des aspirations et des attentes héritées d’un mélange très particulier de son double héritage : identité sépharade d’une part et identité française d’autre part. Quoi qu’il en soit, cette relation entre les Juifs de France et Israël et la décision de déplacer géographiquement son lieu d’habitat de France à Israël ne se limite pas à une équation économique mais touche au domaine du passionnel et de l’existentiel. En effet, cet intérêt passionné pour Israël – sentiment bien plus répandu en France que nulle part ailleurs en diaspora – relève d’une forte portée symbolique. L’émigration vers Israël résonne pour le Juif français de tradition sépharade, nourri d’un sentiment de communauté de destin foncièrement juif et d’une notion de dévouement à la patrie acquise paradoxalement sur les bancs de l’école de la République (pour illustration, mentionnons la dernière et fameuse phrase du chant des partisans : « un Français doit vivre pour Elle, pour Elle un Français doit mourir ») – comme la fin d’un parcours et un grand retour à la maison après deux mille ans d’errance. Sauf que cette maison n’est pas exactement celle qui ressemble à son imaginaire et que, si ceux qui y habitent déjà ont chacun leur chambre et y vivent assez confortablement, le nouveau venu a du mal à s’y sentir chez lui. Malgré le sentiment très fort d’identification et la joie de se retrouver enfin chez lui, le Juif sépharade qui vient s’installer en Israël est traversé par un sentiment d’étrangeté et d’aliénation. La réflexion que je souhaite partager avec les lecteurs de LVS, pour lesquels le sujet de l’émigration est loin d’être étranger, touche à la relation privilégiée – fruit d’une rencontre fortuite entre deux identités totalisantes (respectivement l’identité juive sépharade et l’identité française) et a priori mutuellement exclusives – qu’entretiennent les Juifs français d’aujourd’hui avec Israël. Quand le Juif sépharade français arrive en Israël, il se retrouve pris dans un carambolage d’identités qui lui font perdre ses repères culturels parfois eux-mêmes déjà précaires. D’un côté, quand il arrive en Israël, les gens dans la rue ressemblent à tonton et tata et cela est une source de réconfort; les fêtes juives sont célébrées dans la rue et il n’a jamais besoin de cacher sa judaïté. Mais d’un autre côté, les retrouvailles ne sont pas vraiment au rendez-vous : la langue parlée et les façons de s’exprimer lui sont étrangères, la culture et les codes culturels ne sont pas les siens, et chacune de ses rencontres avec l’institution (banque, dispensaire, école, bureau des impôts, etc.) lui est difficile, voire traumatique. Si cette difficulté d’adaptation à un nouveau pays n’est pas spécifique à Israël, un des facteurs qui rend 44

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

l’immigration en Israël particulièrement difficile est lié au fait que le Juif français sépharade, plein de bonnes intentions, qui prend la décision de « faire son aliyah », se pense souvent comme quelqu’un qui rentre à la maison de ses parents. Comme dans d’autres situations de retrouvailles, le fait de développer des attentes s’avère parfois contreproductif.

Le souvenir de l’exode oublié Une des particularités de l’immigration française en Israël est liée à ce qu’on pourrait appeler le choc culturel en série. Si la jeune génération des Juifs de France a entendu le récit de l’arrivée difficile en métropole par leurs parents et leurs grands-parents, pour les personnes les plus âgées, ce second départ réveille des souvenirs anciens souvent refoulés mais jamais vraiment oubliés. En effet, les nouveaux immigrants de France les plus âgés arrivent en Israël après avoir vécu une première expérience migratoire dans leur jeunesse. Ils se souviennent du souvenir traumatique de l’expérience d’arriver dans un pays où ils ne comprenaient pas les codes culturels et où ils se retrouvèrent d’un coup dépossédés de leurs compétences d’orientation. À l’occasion de cette seconde migration, le traumatisme de la première migration qui avait été plus ou moins refoulé refait surface et parfois se met à exploser sans crier gare. Déjà Nabuchodonosor, roi de Babylone vers 1135 avant notre ère, avait utilisé ce stratagème de déplacer par deux fois les populations qu’il conquérait. La série des deux exils successifs était sa méthode à lui pour minimiser tant que faire se peut les risques de rébellion et de subversion. En fait, la pensée de devoir refaire ses bagages et revivre l’expérience traumatique de l’immigration est en soi une forme de traumatisme. Pour les Juifs d’Algérie et de Tunisie qui avaient quitté leur pays d’origine dans des conditions difficiles et avaient lutté pour se faire enfin une place au soleil au pays de Voltaire, Baudelaire et Zola, cette idée de devoir de nouveau recommencer ailleurs leur vie prend parfois des allures lancinantes. L’arrivée en France avait été perçue, ressentie et imaginée comme une arrivée au port, la fin d’un cauchemar et le début d’un enracinement dans le pays des libertés et de la réussite sociale. L’idée de partir à nouveau et cette fois pour Israël résonne à la fois plein de promesses (« bienvenue le désenchantement ») et de crainte. Les changements qu’on va voir émerger dans les dix dernières années ne peuvent être compris sans tenir compte du lien fort – les antisémites décrivent ce lien comme « viscéral » avec des connotations quasi tribales – qu’entretiennent les Juifs de France avec Israël. La plupart des Juifs français ont un parent de première proximité en Israël, 75 % d’entre eux visitent ce pays régulièrement et l’alyah française est largement supérieure à celle des autres pays occidentaux. De 1948 à 2015, quelque 110 000 Juifs de France ont émigré en Israël, c’est-à-dire plus de 20 % de la population juive. Si on ajoute à ce chiffre leurs enfants et descendants, cet ensemble de personnes qui ont un lien très fort avec la France et la francité et se chiffre à plus de 200 000 âmes, ce qui veut dire qu’il se pourrait que le centre de gravité de


DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

la vie juive française, et en particulier les forces vives de cette communauté, se trouve déjà en Israël. Pour comprendre la centralité d'Israël dans la vie juive communautaire, il faut ajouter à ce chiffre les dizaines de milliers de Juifs français qui, sans officialiser leur statut, séjournent plusieurs mois par an en Israël et forment ce que les démographes nomment une communauté transnationale. Une des manières possibles de comprendre le regain de l’aliyah chez les Juifs de France est de le comparer à un regroupement familial. Les cellules familiales s’étaient scindées en quittant l’Afrique du Nord entre Israël, la France et dans une moindre mesure le Canada. La masse critique du groupe qui n’avait pas abandonné son héritage s’étant finalement retrouvée en Israël, les parties isolées de ce groupe sont en train de renouer avec le cœur de cette judaïté sépharade qui a trouvé en Israël un lieu d’ancrage propice à son épanouissement. Après soixante ans de demi-sommeil et de nivellement de sa spécificité culturelle, le judaïsme sépharade commence à retrouver de jour en jour ses lettres de noblesse en Israël – à partir de 2017, les poètes juifs nord-africains vont être mis au programme du baccalauréat israélien – et c’est plus que naturel que les Juifs de France les plus engagés souhaitent s’associer à ce phénomène bienheureux.

Renversement des paradigmes Dans les années soixante, quand les Juifs débarquèrent d’Afrique du Nord en France, Israël apparaissait à leurs yeux comme un pays sous-développé, rongé par un tropisme anti-sépharade et un atavisme bureaucratique qui rappelait celui des pays qu’ils avaient quittés. La France était perçue au contraire comme un pays d’avenir, égalitaire et dénué de clivage ethnique. Les témoignages des centaines de milliers de familles qui s’étaient jointes, confiantes, à l’aventure sioniste et avaient vécu l’expérience de l’exclusion et de l’austérité suffisaient pour dissuader les sursauts d’idéalisme. En conséquence, celui – et celle – qui décidait jusqu’à très récemment de faire son aliyah était considéré, au pire comme un idiot utile de la propagande sioniste, et au mieux comme une personne à moitié irrationnelle qui échangeait le confort parisien pour une plus grande cohérence identitaire. On savait bien entendu les préjugés anti-israéliens des médias français et on regrettait la politique arabe de la France mais cette blessure narcissique était largement compensée par le confort, les opportunités de carrière, la richesse culturelle et la vie facile. Pendant cinq décennies, la France avait été un véritable paradis pour les Juifs d’Afrique du Nord désargentés – allocations familiales généreuses, logements sociaux, aide à la promotion sociale, études gratuites, état de droit, bureaucratie transparente et efficace, méritocratie instituée comme principe – tout cela était pour le Juif sépharade échappé de centaines d’années en terre d’Islam une aubaine et un environnement idéal pour commencer une vie de réussite sociale et d’enracinement pérenne. L’arrivée des juifs d’Afrique du Nord, avait entraîné non seulement un changement démographique notable, mais

Monde juif

avait aussi revitalisé l’existence communautaire et le rapport à Israël. Le sommet de la créativité juive va être atteint dans les années 1970. Des auteurs tels que Levinas, Celan, Jankélévitch, Arendt et bien d’autres, se retrouvèrent au cœur des débats intellectuels les plus féconds. Les cercles d’études, d’inspiration universitaire ou non, rivés à l’étude du Talmud dans le texte se multiplièrent; la littérature kabbalistique commença à être abondamment traduite, publiée, lue, commentée — au point de constituer, parfois, une sorte de phénomène de mode hérité du « New Age » américain. Ce regain d’intérêt pour la chose juive dans la société française non juive va favoriser dans les années 1980 une forme de revivalisme chez les jeunes Juifs dont les parents avaient mis en veilleuse leurs aspirations juives pour se construire professionnellement et qui maintenant cherchaient à renouer avec leur passé et leurs racines identitaires. Après cette période bienheureuse, période où s’affirmer Juif était s’assurer l’admiration des médias et la sympathie de la faune intellectuelle parisienne, le retour à l’attitude traditionnelle française toujours mitigée envers les Juifs fut plus difficile. Le déclenchement de la seconde Intifada, suivie de près par les attentats du 11 septembre 2001, constitua indéniablement une phase nouvelle; les sentiments mitigés du Quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères ndr) à l’égard d’Israël contribuaient, par ricochet, à fragiliser la position de la communauté juive française. Face au déferlement anti-israélien de la presse nationale d’une part, et aux centaines d’agression que subissaient les jeunes Juifs dans les écoles d’autre part, la communauté ressentit une immense solitude. Le refus du gouvernement français et des médias pendant de longues années de définir la violence quasi quotidienne des « jeunes de banlieue » envers leurs voisins juifs comme de l‘antisémitisme a rappelé aux Juifs d’Algérie la logique interne des intérêts de la France qui les avait abandonnés à la vindicte populaire arabe en 1962 et démis de leurs droits en 1940. Ce sentiment de grande solitude va provoquer un retour du refoulé qui va commencer à mûrir dans les esprits et faire mettre en doute la nature inconditionnelle de l’engagement de la France pour la protection de ses citoyens juifs. Entre la France et la communauté juive militante, la rupture fut consommée, on observera par la suite des hauts et des bas en fonction des discours flatteurs des hommes politiques et de leurs actions d’éclat pour protéger la communauté et combattre l’antisémitisme, mais en profondeur quelque chose de fondamental s’était brisé. La relation passionnelle qu’avaient nourrie les Juifs d’Afrique du Nord avec la France pendant un siècle n’était désormais plus ce qu’elle était. La France avait perdu son aura et le reste n’est que littérature.

PAGE SUIVANTE

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

45


Monde juif

DOSSIER SPÉCIAL « OÙ VONT LES JUIFS DE FRANCE ? »

Perspectives d’avenir Au niveau économique, sans vraiment qu’on comprenne vraiment quand cela s’est passé, les choses ont également basculé. La France n’est plus le pays de cocagne où la vie est aisée, le judaïsme facile à assumer et l’avenir garanti. L’horizon est bouché, le déclinisme est devenu religion d’État, et les transformations démographiques, culturelles, religieuses donnent à la France un paysage humain qui n’est plus celui qui avait motivé l’arrivée massive des Juifs dans ce pays. Les choses n’allant jamais seules, cette détérioration générale se double d'un affaiblissement de la gouvernance politique et d'un regain des populismes de droite et de gauche, lesquels résonnent comme un goût de déjà-vu. Certains analystes financiers disent que d’ici cinq ans il sera plus facile de vivre en Israël qu’en France. La transformation de l’Europe en continent touristique ne va se faire d'un coup, les choses vont prendre du temps et le départ des Juifs va se faire par étape. Si les plus brillants et les plus diplômés vont partir aux É.-U., les plus intégrés socialement et culturellement vont diminuer leur profil juif et éventuellement « marraniser »3. Pour le peuple juif, ils seront comme les centaines de milliers d’Espagnols et de Portugais d’origine ethnique partiellement juive qui n’ont avec le peuple juif qu’un vague lien de parenté. L’aliyah étant tellement difficile pour ceux qui n’ont pas un métier « exportable » et la force de recommencer à zéro et la France, certes en phase de détérioration, restant encore un territoire connu, il est plus que probable que les choses vont prendre plusieurs dizaines d’années, mais dans une perspective d’un peuple qui a plus de 3000 ans, 30 ans c’est déjà demain et on peut déjà dire que le scénario de l’avenir des Juifs de France et d’Europe est déjà inscrit sur le mur.

« La France d’abord. Alors qu'à Paris, la communauté juive terrorisée par l'attentat (de l'Hyper Cacher), a conscience que son avenir n'est plus en France, pourquoi le gouvernement israélien tarde-t-il à mettre en place le plan pour l’alyha (l’immigration) française ? » Extrait du supplément du journal Makor Rishon, du 16.01.2015

Dov Maïmon

1

Résultats publiés en Janvier 2016. Selon IFOP, 43 % (215 000) des Juifs de France envisagent de partir en Israël et 13 % (65 000) considèrent cette option très sérieusement. Selon l’institut IPSOS, 35 % (175 000) envisagent de quitter la France pour Israël et 18 % (90 000) envisagent cette option sérieusement. Le nombre de Juifs qui envisagent l’expatriation mais pas forcément pour Israël est encore plus important IFOP : http://www.ifop.fr/media/pressdocument/883-1-document_file.pdf. IPSOS: http://www.fondationjudaisme.org/wp-content/uploads/PRESENTATION-GLOBALE-ENQUETE.pdf. En 2012, dans le cadre de l’étude menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union Européenne, 49 % des Juifs de France avaient exprimé leur désir de quitter la France parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité en tant que Juifs dans leur pays de résidence. Voir : http://fra.europa.eu/en/publications-and-resources/data-and-maps/survey-data-explorer-discrimination-and-hate-crime-against 2 Aliyah, littéralement « montée ». C’est ainsi qu’on désigne en hébreu l’immigration des Juifs en Israël (les nouveaux immigrants sont appelés les olim, ceux qui « montent » en terre sainte). Prenant ancrage dans la formulation biblique traditionnelle, cette formulation place d’emblée la vie sur la terre d’Israël comme un idéal et celui qui « retourne à Sion » comme une personne qui s’inscrit dans cet idéal d’élévation spirituelle. 3 Le marranisme est un terme qui fut utilisé sous l’inquisition en référence aux Juifs de la péninsule Ibérique (Portugal, Espagne) convertis au catholicisme et qui continuaient à pratiquer le judaïsme en secret. Franz Kafka, pour sa part, désignait par le terme d’« amnésie volontaire », cette stratégie de dissimulation identitaire courante chez Juifs allemands au début du 20ième siècle dans leur aspiration à la mobilité sociale.

46

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016


Monde juif

Djihadisme et antisémitisme dans la France d’aujourd’hui. JEAN BIRNBAUM

La cécité de la gauche face au djihadisme ENTRETIEN AVEC LE JOURNALISTE JEAN BIRNBAUM PAR ELIAS LEVY

ELIAS LEVY

Essayiste, Jean Birnbaum est directeur du prestigieux supplément hebdomadaire Le Monde des Livres du quotidien français Le Monde. Il est l'auteur d'un essai brillant et décapant, Un silence religieux. La gauche face au djihadisme, paru dernièrement aux Editions du Seuil. Elias Levy est journaliste à l'hebdomadaire The Canadian Jewish News (CJN) et collaborateur au magazine La Voix Sépharade et au magazine scientifique Québec Science. Lauréat du 1er Prix de Journalisme -catégorie entrevue- décerné par l'Association des magazines du Québec, il est l'auteur du livre Comprendre Israël (Éditions Ulysse).

Vous démontrez avec brio dans votre livre la grande difficulté que la gauche française a à admettre le lien très étroit qui existe entre l’idéologie djihadiste et l’islam. Comment expliquer cette incapacité à prendre en considération le facteur religieux ? Ce discours lénifiant, que j’appelle « rien-à-voiriste », part d’une intention louable. Il vise à maintenir la paix sociale et à prévenir l’amalgame entre l’islam en tant que spiritualité et le djihadisme en tant que violence sanglante. Mais dans mon livre, j’essaye de démontrer, en m’appuyant sur des exemples historiques précis, que les gouvernants et les élites intellectuelles de la gauche française adhèrent foncièrement à ce déni de la foi, ils y croient. Il y a dans la gauche une incapacité sidérante à prendre au sérieux le phénomène religieux. C’est aussi un héritage qui vient de loin : depuis plusieurs siècles, dans l’Europe sécularisée, et en France particulièrement, nous avons oublié la puissance de cette force dont se réclament aujourd’hui ceux qui tuent au nom de Dieu. Or, le discours « rien-à-voiriste », non seulement ne prévient pas l’amalgame entre l’islam spirituel et les assassins djihadistes, mais poignarde dans le dos tous les intellectuels musulmans qui eux savent très bien que l’islamisme n’a pas « rien à voir » avec l’islam. Ces derniers sont parfaitement conscients que le terrorisme islamiste est un avatar meurtrier de leur foi. Aujourd’hui, les intellectuels, les théologiens ou les simples croyants musulmans qui combattent les islamistes essayent de soustraire leur foi à ces fanatiques qui voudraient réduire celle-ci à une grimace sanglante. Affirmer que le djihadisme est sans rapport avec l’islam, ce n’est pas leur rendre service.

s’enracine dans une longue histoire de refoulement et de non-dit. Globalement, les gauches dans leurs diverses variantes, et particulièrement en France, partagent une culture politique qui ne permet pas de prendre en compte la spécificité religieuse du djihadisme, car elles se sont largement construites sur l’idée que la religion appartenait au passé, qu’elle était une sorte d’illusion vouée à être dissipée par le progrès, la croissance des forces productives, la justice sociale… La religion n’est que le « soupir de la créature opprimée », disait Karl Marx. Dès que la créature humaine n’aurait plus de raison de soupirer, une fois qu’elle serait libérée par le socialisme, il n’y aurait plus nul besoin de religion. Ainsi, de génération en génération, la gauche a eu tendance à réduire la foi à un archaïsme voué à disparaître. La gauche a érigé en credo ce qui n’est qu’un fantasme : éradiquer le religieux. Voilà pourquoi, quand des hommes tuent au nom d’Allah en plein Paris, à Bruxelles ou ailleurs dans le monde, la gauche occidentale n’y voit que du feu ! Plus les djihadistes invoquent le ciel, plus la gauche tombe des nues ! La gauche invoque souvent des justifications géopolitiques pour expliquer la nature des attentats terroristes perpétrés ces dernières années en France par des djihadistes. En janvier 2015, au lendemain des attentats très meurtriers contre les journalistes de Charlie Hebdo et les clients juifs du magasin Hyper Casher, nombreux sont les intellectuels et les hommes politiques de gauche qui s’empressèrent de conclure que ces hécatombes étaient la pure résultante d’enjeux géopolitiques : les guerres qui embrasent le MoyenOrient, le conflit israélo-palestinien…

C’est donc un déni patent de la réalité ? Oui, c’est un déni de la réalité très profond. D’autant plus profond qu’il ne résulte pas d’un quelconque complot, mais

PAGE SUIVANTE MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

47


Monde juif

Mais cette grille d’analyse, déjà réductrice pour les attentats de janvier 2015, pouvait encore plus difficilement s’appliquer aux massacres perpétrés à Paris le 13 novembre 2015. Et que dire de l’assassinat du père Jacques Hamel dans son église, à Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet dernier ? Et des attentats commis en Allemagne, pays beaucoup moins impliqué que la France dans les affaires moyen-orientales ? Ces tueries de plus en plus indiscriminées démontrent que la géopolitique n’explique pas tout, et que les enjeux symboliques et politico-spirituels pèsent de façon de plus en plus autonome. Ces crimes imposent à tous, de plus en plus violemment, l’urgence de poser cette question fondamentale : qu’est-ce que les tueurs djihadistes peuvent bien avoir dans la tête ?

C’est une question cardinale que certains préfèrent esquiver. Pour répondre à cette question, il peut être utile d’écouter ce que ces assassins disent, de lire ce qu’ils écrivent. Et alors le constat surgit : ces terroristes citent à profusion les versets du Coran, ils se réclament d’Allah, d’anges protecteurs, de révélations prophétiques… Bref, ils s’inscrivent dans une communauté de textes, et de gestes, qui est profondément religieuse. Il ne s’agit évidemment pas de nier ou minimiser des causes géopolitiques ou socioéconomiques. Mais, à ignorer sans cesse la dimension proprement religieuse du djihadisme, on passe à côté de la singularité de ce phénomène. Une violence qui s’exerce au nom de Dieu n’est pas n’importe laquelle. Affirmer, comme le font des hommes de gauche sur tous les tons, que les djihadistes n’ont « rien à voir » avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est pas du tout concerné par ces fanatiques qui se réclament du Coran. C’est suggérer que le djihadisme n’aurait nul lien avec l’islamisme, qui n’aurait lui-même aucun rapport avec l’islam. Cette position, qui peut paraître à prime abord louable, présente deux graves inconvénients : d’abord, on l’a déjà dit, elle prend à revers tous les musulmans qui se battent pour soustraire leur foi aux assassins islamistes; ensuite,elle occulte la guerre qui ravage aujourd’hui l’islam de l’intérieur, dont la terreur djihadiste est un produit direct, et dans laquelle désormais nous sommes tous, qu’on le veuille ou non, embarqués. Pour expliquer le phénomène djihadiste, la gauche met aussi de l’avant des raisons sociales ou économiques. Oui. Pour bon nombre de politiques et d’intellectuels de gauche, les principales causes du terrorisme djihadiste sont la frustration sociale et la misère intellectuelle. Or, ce cliché tenace a été mille fois démenti par les faits. Les jeunes qui rejoignent le combat des djihadistes ne sont pas tous des déshérités ou des ignorants. Des jeunes musulmans de très bonne famille, éduqués dans les meilleures universités d’Europe ou d’Amérique, se font exploser au nom du Djihad. Les terroristes qui ont détruit les Twin Towers de New York le 11 septembre 2001 n’étaient ni des déshérités ni des ignares.Contrairement à ce que croit une certaine gauche, les djihadistes ne sont pas tous des misérables. Contrairement à ce que prétend une certaine droite, ils ne sont pas non plus tous des étrangers, des réfugiés, puisqu’il 48

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

y a un « djihad de souche » à la française. La seule vraie question que nous devons nous poser n’est donc pas d’« où viennent les djihadistes? », mais « où vont-ils ? Qu’est-ce qui les aimante ? » Et alors la réponse s’impose : ce qui rassemble ces assassins, ce n’est pas une origine sociale ou nationale, mais un horizon religieux. Ce refus de prendre en considération la dimension spirituelle du djihadisme est-il une spécificité propre à la gauche ? Je cite longuement dans mon livre Karl Marx et Georges Bernanos parce que ces deux intellectuels de grand renom étaient capables de prendre à rebrousse-poil leur propre tradition intellectuelle. Culturellement, je suis moi-même issu de la gauche. Ma famille politique, presque charnelle, c’est la gauche. J’essaye donc de dévoiler un point aveugle, ou un non-dit, d’une culture politique qui est la mienne. feu Raymond Aron disait qu’en France, la gauche a toujours eu une « supériorité de prestige ». L’historien des droites, feu René Rémond, disait que les droites en France sont d’anciennes gauches qui ont peu à peu glissé vers la droite sur la scène idéologique. Aujourd’hui, les rares intellectuels français qui prennent au sérieux le religieux sont des penseurs qui se définissent comme conservateurs, notamment Rémi Brague et Pierre Manent. La plupart des intellectuels et des militants de gauche ont oublié la puissance de ce que le philosophe Michel Foucault nommait la « spiritualité politique ». Comme j’essaie de le montrer dans un chapitre sur la guerre d’Algérie, cet épisode a été une manifestation décisive de cet aveuglement de la gauche française. Celle-ci n’a pas vu, ou n’a pas voulu voir, la dimension religieuse du nationalisme algérien. Ainsi, El Moudjahid, le nom du journal du FLN - Front de libération nationale de l’Algérie -, ne signifiait pas « Le Combattant », comme l’ont longtemps cru les soutiens de la gauche française, mais « Le Combattant de la foi ». Le combat nationaliste algérien était électrisé par l’énergie religieuse, mais la gauche a préféré garder le silence sur cet aspect car elle craignait de ternir l’image du combat anticolonialiste et, déjà à l’époque, de « faire le jeu » de l’extrême droite. Étonnamment, après chaque attentat terroriste islamiste commis en France, le nombre d’actes antisémites a sensiblement augmenté. Existe-il une corrélation entre ces deux fléaux ? Ce qui est sûr, c’est que l’incapacité de la gauche à prendre au sérieux le référent religieux du djihadisme n’est pas déconnectée de l’incapacité de celle-ci à prendre aussi au sérieux la singularité des attaques antisémites perpétrées en France. À chaque fois, au lendemain d’un attentat antisémite, beaucoup ont tendance à invoquer des causes purement sociales ou économiques pour expliquer ces crimes. En France, il y a toujours eu une grande incapacité à prendre en compte le caractère antisémite des attaques ciblant uniquement des Juifs. Quand Mohammed Merah, l’auteur de la tuerie dans une école juive de Toulouse, ou Youssouf Fofana, le bourreau d’Ilan Halimi, ont commis leurs crimes, les pouvoirs publics, les autorités policières, mais aussi beaucoup de médias, ont mis un certain temps avant


Monde juif

de reconnaître la spécificité antisémite de ces forfaits. À chaque fois, il y a une tendance à rabattre ces meurtres antisémites sur un banal « fait divers », et donc une réticence collective à prendre en compte un certain rapport au symbolique, c’est-à-dire ce que les Juifs représentent dans l’imaginaire des assassins antisémites. De la même manière, il faut souligner ce que l’assassinat du père Jacques Hamel dans son église, en plein office, a de singulier. Il est crucial de mesurer la charge symbolique, religieuse, de cet acte sans précédent, dont on n’a pas fini de méditer les enjeux, et de payer les conséquences. Les politiques et les intellectuels de gauche tiennent-ils un discours plus réaliste depuis les attentats commis par des djihadistes le 13 novembre 2015 à Paris ? Hélas, pas vraiment. Des hommes politiques tels que Laurent Fabius, ancien ministre français des Affaires étrangères, ou des intellectuels comme le philosophe Alain Badiou continuent de marteler que le djihadisme n’a « rien à voir » avec la religion en général et avec l’islam en particulier. Ils ne cessent de rabattre la violence religieuse sur des causalités sociales, économiques, psychologiques… Cette évacuation du facteur religieux condamne la gauche à ne rien comprendre au djihadisme, elle la désarme. Par contre, vous rappelez dans votre livre que dans le passé des intellectuels de gauche renommés ont bien saisi la puissance religieuse de certains mouvements politiques ou sociaux musulmans. Parfaitement. Il faut citer Michel Foucault, par exemple, qui était une grande figure de la gauche intellectuelle française. Je consacre dans mon livre un chapitre entier au voyage qu’il a effectué en Iran, en 1978, aux débuts de la révolution islamique. Je rappelle à quel point ce philosophe a été frappé par la puissance autonome du religieux pendant cette insurrection de masse. Il exhorta alors les Occidentaux à arrêter de considérer la religion comme un prétexte ou un « vêtement ». La religion n’est pas toujours un vêtement qui vient voiler le réel, la religion, parfois, c’est le visage même du réel, avertissait-il. Aujourd’hui, pourtant, on retrouve encore cette métaphore du « vêtement » chez beaucoup d’intellectuels, et notamment chez un philosophe influent comme Alain Badiou. Comme si la religion n’était qu’un ornement sans importance pour les tueurs djihadistes. De Michel Foucault à Alain Badiou, de ce point de vue, il y a une vraie régression. Vous faites un parallèle entre l’internationalisme, qui dans les années 1930 encouragea des milliers de jeunes Français et Occidentaux à aller combattre en Espagne le franquisme auprès des républicains espagnols, et le djihadisme, qui attire fortement aujourd’hui des milliers de jeunes musulmans français et européens. Cette comparaison, qui a suscité l’ire de plusieurs intellectuels, dont Bernard-Henri Levy, n’est-elle pas excessive ? Non. Essayer d’entendre ce que disent les djihadistes, ce n’est pas leur tendre une oreille complaisante. Pour bon nombre d’intellectuels de gauche français, parler

d’« espérance » à propos des djihadistes, c’est leur faire un « cadeau ». Tel n’est pas mon avis. Dans les années 1930, l’écrivain catholique Georges Bernanos a essayé de comprendre la guerre civile qui ravageait l’Espagne, et notamment les crimes effroyables commis parle Général Franco, en jaugeant ces évènements funestes au « crible de l’espérance ». Pour comprendre la nature de la violence djihadiste, nous devons aussi la passer au « crible de l’espérance ». C’est pourquoi je compare les brigades internationales qui ont combattu vaillamment dans l’Espagne des années 1930 aux brigades djihadistes qui se battent aujourd’hui en Syrie. Je montre les points communs. Mais je rappelle aussi qu’il y a évidemment entre ces deux mouvements internationalistes des différences maximales, notamment en ce qui concerne le rapport que leurs combattants respectifs entretiennent avec la vie et la mort. La question qui m’obsède est la suivante : pourquoi l’espérance djihadiste est-elle aujourd’hui la seule cause pour laquelle des milliers de jeunes Européens sont prêts à aller mourir à l’autre bout du monde ? Il y a bien là une espérance. Dans leurs textes et leurs vidéos, les djihadistes ne cessent de proclamer que leur seul but est la quête de vérité, de justice et d’amour. Ce n’est pas par pur appétit de détruire ou de décapiter qu’une jeune femme de bonne famille parisienne décide, un beau matin, de partir en Syrie pour participer au Djihad. L’espérance, même si celle-ci est meurtrière, est au cœur du discours des djihadistes. C’est cette espérance qui met en mouvement des milliers de jeunes musulmans citoyens des pays occidentaux qui ont la certitude de participer à une aventure ayant comme but ultime l’instauration d’une justice sans frontières. Pour faire face au djihadisme, il faut aussi affronter cette espérance. Donc, aujourd’hui, le djihadisme serait le seul projet de société susceptible de mobiliser la jeunesse musulmane, surtout en Europe ? Force est d’admettre qu’aujourd’hui, le seul internationalisme qui met au défi, d’une façon extrêmement violente, le capitalisme globalisé, c’est le Djihad. Il n’y a pas une autre cause pour laquelle des milliers de jeunes musulmans européens sont prêts à sacrifier leur vie à l’autre bout du monde. Le seul moyen de contrer les djihadistes, c’est de réinventer urgemment une contre-espérance sans frontières. Ce ne seront certainement pas les seules valeurs françaises, ou suisses, ou belges… qui viendront à bout du djihadisme. Face à cette espérance sanglante qui dépasse les frontières et bouscule les patries, les Occidentaux doivent impérativement forger une autre espérance afin de proposer un avenir plus rayonnant à cette jeunesse musulmane désenchantée, subjuguée aujourd’hui par les sirènes du djihadisme. Pour faire pièce à l’espérance morbide des djihadistes, il est urgent de réinventer une espérance… de vie.

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

49


Monde juif

DAVID BENSOUSSAN

L’ONU ou le mensonge érigé en forme de communication David Bensoussan est ingénieur, écrivain et blogueur sur huffingtonpost et Times of Israël, en version française. Ancien Président de la CSUQ, il est notamment récipendiaire du prix Haim Zafrani (2012). Nous avons recueilli ses propos.

En date du 15 avril 2016, l’UNESCO a voté une résolution se référant à l’esplanade du Temple comme un lieu saint musulman et un lieu culturel mondial, omettant de préciser qu’il est un lieu saint juif. Comment interprétez-vous le vote de l’UNESCO ignorant le passé juif de Jérusalem ? Ce vote s’inscrit dans une politique visant à délégitimiser Israël dans les institutions internationales, à commencer par l’ONU. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, plus de 55 000 personnes dont près de 12 000 civils et de 2 500 enfants ont perdu la vie en 2015 au cours de la guerre civile. Ce nombre n’inclut pas les disparus dans les prisons du régime syrien. Qu’a fait l’ONU ? L’ONU n’a voté aucune résolution sur la Syrie. Par contre, l’ONU a voté 22 résolutions anti-israéliennes. Le ridicule ne tuant plus, une de ces résolutions porte sur le statut de la femme et nul n’est besoin de faire un dessin pour tracer la condition des femmes dans les pays accusateurs… Et cette discrimination se répercute dans d’autres institutions ? Même la Commission des droits de l’homme de l’ONU, dont l’Arabie a été élue à majorité à la tête de son comité consultatif, a condamné Israël plus que tous les pays réunis. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a adopté sa seule résolution portant spécifiquement sur un pays en condamnant Israël et en exigeant l’apport d’une « assistance technique sanitaire » à la population du Golan – qui bénéficie pleinement des services de santé israéliens – tout en gardant le silence sur le massacre de la population syrienne et le bombardement d’hôpitaux en Syrie. Force nous est de reconnaître que le bloc de votes monolithiques des 54 pays musulmans et l’influence de ces pays sur le reste des 193 pays membres des Nations Unies sont un gaspillage de ressources et d’énergies qui ne font guère avancer l’agenda international. Quelle est la position du Canada ? Les Canadiens chérissent les Nations Unies pour son travail de conciliation dans plusieurs conflits, mais surtout pour le travail de médiation réussi des Casques bleus. Avec la collaboration de Lester B. Pearson (1897-1972), ministre des Affaires extérieures du Canada et prix Nobel de la paix, le président de l’ONU Dag Hammarskjöld a contribué à l’établissement de la force de maintien de la paix après la crise de Suez en 1956. C’est ainsi que les Casques bleus sont intervenus en Égypte, à Chypre, au Liban et au Kosovo, entre autres pays. Leur travail est admirable compte tenu des situations délicates où ils évoluent. L’ONU est une arène internationale : les résolutions décisionnelles des Nations Unies appartiennent au Conseil de sécurité dans lequel les grandes puissances ont droit de veto. En effet, sitôt les grandes puissances concernées, l’ONU est pour la plupart du temps ignoré, tout comme cela a été le cas en Irak pour les Américains ou pour l’Ossétie du Sud pour les Russes. Certaines médiations onusiennes ont porté fruit, d’autres pas : elles représentent environ 23 % des tentatives de médiation entre États, les autres médiations étant l’apanage de pays, d’organisations régionales ou d’ONG. Ainsi, la paix israélo-égyptienne (1978), les accords d’Oslo (1993), les accords de Dayton sur la Bosnie-Herzégovine (1995), ceux portant sur le Kosovo (1998-99) et les accords de Sun City sur la République démocratique du Congo (2002) ont été conclus en dehors de l’ONU. Il n’est point question de remettre en cause l’ensemble du travail des Nations Unies. Mais force est de constater qu’à l’Assemblée générale des Nations Unies, le mensonge a revêtu la forme d’un moyen de communication tant les discours haineux, les accusations mensongères et les résolutions anti-israéliennes unilatérales y sont monnaie courante. Hurler avec les loups est devenu le langage officiel de bien des ambassadeurs qui, bien qu’ils émettent de la sympathie pour Israël en privé, travestissent leur message en dénigrement dans les tribunes internationales. 50

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016


Monde juif

L’agenda de l’ONU est donc détourné… Assurément. Pendant ce temps-là, les conflits et les massacres perpétrés par les pays accusateurs sont tout simplement ignorés, car ils se sont octroyé un passe-droit qui se soustrait au bon sens. La question du génocide au Darfour ne fut pas portée à l’Assemblée générale, car le Soudan est un pays arabe. La proposition d’enquête sur les crimes de guerre de l’Arabie saoudite au Yémen ou près de 2 500 civils ont péri lors des bombardements saoudiens a été retirée en février 2016 lorsque l’Arabie a menacé de retirer son appui financier aux Nations Unies1. Comment expliquer ces votes majoritaires ? Certains pays dépendent des promesses que leur font miroiter des pays associés à des puissances pétrolières; d’autres ne comptent guère s’opposer à ces dernières, car elles veulent s’assurer de leur appui politique. Revenons à cette résolution de l’UNESCO… Le 21 octobre 2015, on fait voter à l’UNESCO des résolutions voulant faire des lieux saints juifs des lieux saints musulmans tout comme la tombe de Rachel à Bethléem ou le caveau des Patriarches à Hébron. Le Waqf islamique qui est en charge du mont du Temple a détruit au bulldozer des tonnes de preuves archéologiques afin de construire une mosquée souterraine et effacer ainsi les traces du Temple de Jérusalem. Où était alors l’UNESCO ? Depuis 1967, la population juive de Jérusalem a été multipliée par 2,5 et la population musulmane a été multipliée par 5. Alors que selon l’ONU la ville jouit juridiquement d’un statut international, seules les constructions israéliennes sont critiquées. Utiliser les blocs de vote automatiques à l’ONU pour médire d’Israël ou à l’UNESCO pour dénigrer le lien des Juifs aux lieux saints ne fait que contribuer à la déchéance de ces institutions. Dans le cas particulier de la dernière résolution de l’UNESCO sur Jérusalem voulant ajouter une autre condamnation d’Israël, la France qui avait voté en faveur de la résolution a bafouillé par la suite tout un éventail d’excuses… Il est déplorable que certains puissances se joignent parfois à la fantasia des votes anti-israéliens par complaisance intéressée, quitte à écorner leur dignité. Où va-t-on ainsi selon vous ? La singularisation d’Israël et les efforts obsessifs visant à le délégitimer à propos de tout et de rien ne font que banaliser les notions de génocide et de droits de l’homme. Par le passé, le bloc prosoviétique puis aujourd’hui le bloc arabo-musulman ont dénaturé l’honnêteté des institutions internationales. La contribution négative de ces blocs ne fait que repousser les perspectives de paix. L’Égypte qui a signé un traité de paix avec Israël a continué à salir Israël dans ses médias quasi officiels et dans les institutions internationales, et il est dommage que des dispositions contre de tels agissements n’aient pas été prises en considération lors des accords de paix de Camp David. L’ONU et bien d’autres institutions sont silencieuses devant l’enseignement de la haine au sein des institutions palestiniennes, mais demandent d’Israël des concessions territoriales critiques sans exiger la responsabilisation de la partie adverse. Quand cela touche Israël, l’ONU devient telle une scène de combats d’arènes romaines de l’Antiquité, dans laquelle les spectateurs onusiens vocifèrent des appels à la condamnation. La conclusion est qu’Israël ne doit avoir de compte à rendre qu’à lui-même. Tout comme le précise l’adage biblique (Nombres 23-9) : « C’est un peuple qui vivra seul et hors mesure par rapport aux nations. »

La première mouture de cet article est parue sur le blogue de l’auteur sur quebec.huffingtonpost.ca

L'ONU

1

Une longue liste de sévices pourrait être compilée : la religion chrétienne est interdite en Arabie où le blogueur Raif Badawi a été condamné à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet, le travail forcé d’enfants au Congo, les abus contre les travailleurs étrangers au Qatar, l’emprisonnement d’opposants au Venezuela et les injustices de la Chine contre les Tibétains ne sont que des échantillons des persécutions prévalant dans le monde. Deux tiers des pays représentés à l’ONU ne sont pas démocratiques.

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

51


VIE JUIVE CANADIENNE

IRA ROBINSON

Une histoire de l’antisémitisme au Canada ENTRETIEN AVEC LE PROFESSEUR IRA ROBINSON PAR ANNIE OUSSET-KRIEF Ira Robinson, directeur de l’Institut d’études juives canadiennes de l’Université Concordia, nous offre, avec son dernier livre, une histoire exhaustive de l’antisémitisme au Canada. Cette étude, concise et précise à la fois, retrace l’histoire de ce phénomène sociétal depuis le XVIIIe siècle jusqu’à la période contemporaine. Synthèse érudite de différents travaux, l’ouvrage du Professeur Robinson présente une perspective distanciée qui permettra d’envisager la problématique de l’antisémitisme sous des angles différents.

A.O.K. – Pourquoi avoir écrit ce livre ? I.R. –De nombreuses études ont été conduites sur différentes périodes, différents aspects de l’antisémitisme au Canada, mais certaines zones demeuraient inexplorées, il manquait un récit continu, une vision globale. J’ai souhaité faire le bilan des travaux sur ce thème, en les incluant dans une chronologie qui permettrait d’avoir une vision complète depuis les débuts jusqu’à aujourd’hui (j’ai achevé mon livre fin 2014, ce qui signifie que le récit continue toujours). Mais j’ai écrit une histoire, pas L’Histoire, de l’antisémitisme, j’offre ma perspective. Mon livre est à la fois un guide pour les lecteurs et une target (cible) pour la critique : j’espère qu’il suscitera des réflexions nouvelles, et ouvrira la voie à d’autres recherches. Notez-vous une différence entre le Québec et les autres provinces canadiennes en matière d’antisémitisme ? Il ne faut pas imaginer que les problèmes d’antisémitisme soient propres au Canada français. C’est avant tout une question de perception. Il règne au Canada français une mentalité sensiblement différente : moins de retenue à discuter les problèmes, que ce soit au sujet des Juifs ou des musulmans… Si l’on observe la presse québécoise, on note une franchise qui est absente des débats au Canada anglais. Les problèmes y sont bien présents, mais abordés différemment, avec plus de réserve et de précautions verbales. Au Québec, l’Église catholique a joué un rôle dramatique dans l’expansion des sentiments antisémites. Vous mentionnez par exemple l’Abbé Charland de Sainte-Agathe, qui n’hésita pas à lancer une campagne en juillet 1939 contre l’installation de Juifs dans sa communauté. 52

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Comment expliquer ces sermons si hostiles aux Juifs ? Ces prêches sont liés à l’orientation prise par l’église. Au XIXe siècle, un mouvement moderniste a vu le jour et a défié le Vatican. Un courant très conservateur s’est créé en réaction, l’église ultramontaine, et c’est cette branche qui s’est imposée au Québec1. À la différence de la France, il n’y eut pas vraiment de mouvement anticlérical. L’église québécoise resta l’un des piliers les plus fidèles du pape. Il faudra attendre Vatican II (en 1962) pour que l’église modifie ses discours et renonce à ses postures antisémites.

Cet antisémitisme s’est accru au début du XXe siècle. Pourquoi ? Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il n’y avait pas vraiment de « question juive » au Canada. Tout cela a changé à cause de deux facteurs : l’importation des théories racistes qui avaient cours en Europe et la vague d’immigration de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Les nouveaux immigrants, parmi lesquels des dizaines de milliers de Juifs en provenance d’Europe orientale, étaient pauvres, peu instruits, peu qualifiés… Or le Canada souhaitait une immigration de fermiers qui auraient pu développer le pays. Les nouveaux immigrants n’étaient pas des fermiers, les Juifs notamment ne travaillaient pasla terre : pendant des siècles, interdiction leur avait été faite de posséder des domaines terriens. Ils allèrent rejoindre le prolétariat des villes, avec son cortège de maux sociaux, loin de l’idéal agraire souhaité par les dirigeants canadiens. Ils formèrent également de nombreux syndicats socialistes – participant de ce fait à ce qui était souvent considéré comme des activités subversives. Les Juifs furent par conséquent rejetés à de multiples titres.


VIE JUIVE CANADIENNE

Le Québec a connu un antisémitisme plus fort à cette période. Pourquoi ? Outre les raisons que je viens de mentionner, il convient d’ajouter le problème de l’intégration à la société québécoise. Pour les intellectuels québécois, le pouvoir du Canada français reposait dans les campagnes, Montréal était le symbole d’une société industrielle corrompue, dans les mains des Anglo-Canadiens. Or les Juifs qui immigrèrent au Québec s’installèrent en masse à Montréal, pas à la campagne. De plus, ces nouveaux immigrants étaient yiddishophones2. L’anglais dominait l’économie du Québec : les Juifs abandonnèrent progressivement le yiddish pour l’anglais et s’intégrèrent de fait à la société anglophone. D’autre part, les écoles catholiques francophones leur étant fermées, ils scolarisèrent leurs enfants dans les écoles protestantes anglophones. La conséquence en est que, loin de renforcer la présence francophone en terre canadienne, ils l’affaiblirent dans une certaine mesure. Ils furent alors considérés comme doublement étrangers : par la religion d’une part, la langue et leur insertion en milieu anglocanadien d’autre part.

Vous êtes américain d’origine, au Canada depuis 37 ans, comment conciliez-vous vos différentes identités ? Je m’identifie essentiellement comme Juif canadien, mais une partie de mon identité est québécoise, car le Québec francophone m’a accueilli et me reconnaît comme un citoyen qui veut faire partie de cette société. Il n’y a aucun conflit entre ces identités que j’assume. Dans votre préface, vous décrivez l’antisémitisme au Canada comme « a mild affair » (un problème modéré ). Maintenez-vous cette conclusion ? Oui. Tous les pays ont leurs failles, et le Canada ne fait pas exception. Le Canada n’est pas exempt d’antisémitisme, pas plus que les autres démocraties dans le monde. Mais il ne prend pas la tournure dramatique qu’il peut avoir en Europe aujourd’hui. Certains intellectuels juifs français se posent la question d’un avenir pour les Juifs en France. Jamais un intellectuel juif canadien ne posera cette question ! Il fait bon vivre au Canada…

Dans les années 1960, un fort contingent de Juifs marocains, francophones donc, s’installa à Montréal. Est-ce que cette immigration fut reçue avec hostilité, ou au contraire, comme un ajout heureux à la population québécoise ? La situation avait beaucoup évolué depuis les années 1930, marquées par un antisémitisme virulent qui imprégnait toute la société canadienne. Antisémitisme social et politique, symbolisé par cette terrible phrase d’un haut fonctionnaire en 1939 : « none is too many » (aucun, c’est encore trop) – le Canada avait alors fermé ses portes aux réfugiés juifs qui tentaient de fuir le nazisme3. Trente ans plus tard, le Québec était devenu plus prospère, les Québécois étaient plus éduqués, et l’Église catholique avait mis fin à son « enseignement du mépris »4 à l‘égard des Juifs, ce qui explique que l’arrivée de nouveaux immigrants juifs ne provoqua aucune réaction particulière. Un dialogue entre Juifs et catholiques s’était instauré, le Québec était plus ouvert.

La période contemporaine a vu la naissance d’une nouvelle forme d’antisémitisme, déguisée sous couvert d’antiisraélisme. Les universités semblent être au premier rang dans ce domaine. Qu’en est-il de l’Université Concordia, où vous enseignez ? Il y a eu en effet, au début des années 2000, l’émergence d’un mouvement violemment anti-israélien, et Concordia était malheureusement en tête de ce mouvement. Mais l’administration de l’université a beaucoup travaillé pour canaliser ce phénomène, et aujourd’hui, Concordia ne fait plus les gros titres. Il semblerait que tout se passe à l’Université York (Toronto). Mais même au cœur de la crise, je n’ai jamais été personnellement inquiété, et j’ai toujours pu faire cours sans subir aucune menace.

Couverture du livre de Ira Robinson, A History of Antisemitism in Canada, Wilfrid Laurier University Press, 2015

Le courant ultramontain s’est implanté au Canada dans les années 1820-1830. Il prônait la primauté de la religion sur la société civile. L’ultramontanisme a dominé le Québec pendant des décennies dans tous les domaines (toutes les notes sont de la Rédaction : NDR) 2 Le yiddish est principalement un mélange d’allemand et d’hébreu et était la langue parlée par les Juifs ashkénazes c’est-à-dire d’Europe centrale et orientale. 3 Entre 1933 et 1945, le Canada n’accueillit que 5 000 réfugiés juifs, le chiffre le plus bas de tous les pays développés. On se souvient aussi de la triste affaire du paquebot Saint-Louis qui partit d’Allemagne avec presque 1 000 Juifs allemands fuyant le nazisme qui dut retourner à Hambourg après que Cuba, le Canada et les États-Unis refusèrent d’accueillir l’ensemble de ces réfugiés. 4 L’enseignement du mépris, ouvrage de 1962 de Jules Isaac (1877-1963), qui analyse le rôle de l’Église catholique dans le développement de l’antisémitisme. 1

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

53


VIE JUIVE CANADIENNE

Juifs et Musulmans : vivre ensemble au Québec SONIA SARAH LIPSYC

ENTRETIEN AVEC DR SONIA SARAH LIPSYC ET RAPHAËL ASSOR PAR ANNIE OUSSET-KRIEF

Journée de réflexions, le 18 septembre 2016,intitulée

« Migrations comparées de Juifs et Musulmans d’Afrique du Nord au Québec » RAPHAËL ASSOR

Activité de lancement du projet

Pour une citoyenneté canadienne réussie des Juifs et Musulmans originaires d’Afrique du Nord au Québec Migrations comparées de Juifs et Musulmans d’Afrique du Nord au Québec

Le 18 septembre 2016, la Communauté Sépharade Unifiée du Québec (CSUQ) lancera un programme pour le rapprochement judéo-musulman au Québec : « Pour une citoyenneté réussie au Québec des Juifs et Musulmans originaires d’Afrique du Nord ». L’idée de cette initiative, soutenue et subventionnée par le gouvernement canadien, est née à l’issue d’une rencontre organisée il y a quelques années par Raphaël Assor (Directeur du développement des affaires de la CSUQ) avec M. Jason Kenney, alors ministre du Multiculturalisme et de la Citoyenneté, rencontre à laquelle participaient sept anciens Présidents de la Communauté Sépharade. Tous avaient fait l’éloge du Canada, terre d’accueil, et ils avaient été heureux de témoigner leur attachement à un pays qu’ils avaient contribué à développer. Le ministre avait loué ces interventions, et considéré que les Juifs sépharades étaient un modèle d’intégration. Il avait, par la suite, proposé à la Communauté Sépharade de partager son expérience avec la communauté musulmane d’Afrique du Nord, arrivée plus récemment au Canada. C’est ainsi qu’a été élaboré, sous la houlette de l’ancien directeur de la CSUQ, Robert Abitbol, ce programme axé sur un renforcement des liens entre les deux communautés. Ce projet ambitieux durera trois ans, au cours desquels se tiendront ateliers et colloques, rencontres avec les associations, mais aussi événements culturels (concerts, films…). De nombreux organismes seront partenaires de la CSUQ, parmi lesquels le Centre culturel marocain, Mémoires et Dialogue, le Centre Aleph d’études juives, La Voix Sépharade, et l’Université de Montréal, l’UQAM…Un comité aviseur suivra la mise en place du programme. Il sera composé de six membres, issus des deux communautés. Il est actuellement composé de Dr Rachida Azdouz (Université de Montréal), Avraham Elharar et David Bensoussan (ancien Président de la Communauté sépharade). 54

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Journée de réflexions organisée conjointement par ALEPH/CSUQ, la Faculté d’Aménagement, UDM et Histoire Femmes Genre et Migrations (HFGM), UQAM

Avec Dr Rachida Azdouz, Professeure Yolande Cohen, Souad Larbi Messaoud, Dr Sonia Sarah Lipsyc, Professeur Sébastien Lord, Dr Perla Serfaty Garzon et les témoins Charles Bensimon, Khadija El Bouhali, Sydney Saadia Elhaddad, Souhail Ftouh, Leila Lesbet, David Sultan, Nouzha Tahiri Dimanche 18 septembre de 10h à 16h Salon Gelber, 5151 chemin de la Côte St Catherine, Montréal Entrée gratuite Café et viennoiseries offerts et sandwichs proposés. Pour le programme détaillé : http://alephetudesjuives.ca/category/ une-citoyennete-reussie/ Pour plus d’informations : 514 733-4998 poste 3160

Nous avons rencontré, Dr Sonia Sarah Lipsyc (rédactrice en chef du magazine La Voix Sépharade et directrice de Aleph, centre d’études juives contemporaines) et Raphaël Assor, les deux porteurs du projet, qui nous ont décrit les objectifs ainsi que les travaux et activités qui sont planifiés. Nous rapportons ci-dessous l’essentiel de leur propos. Dr Sonia Sarah Lipsyc rappelle que « comme nous l’avons indiqué dans notre communiqué de presse1, ce projet a pour but de resserrer les liens qui unissent les communautés afin de favoriser la citoyenneté active et engagée et de contribuer à l’intégration des personnes et des communautés ». Elle insiste sur la dimension du dialogue qui doit prévaloir dans ce programme : « un fil conducteur qui guidera la réflexion et les travaux divers et qui ne fera l’impasse sur aucune problématique ». Ce dialogue existe déjà, puisque des manifestations culturelles ont réuni institutionnellement Juifs et Musulmans, notamment au cours des deux dernières éditions du Festival Sépharade2. « Nous avons également collaboré », relève Dr Sonia Sarah Lipsyc, « avec l’association Mémoires et Dialogue qui rassemble Musulmans et Juifs originaires du Maroc ». Pour Raphaël Assor, le programme est une opportunité pour retrouver l’histoire commune des Juifs et Musulmans en Afrique du Nord. Il rappelle que les Juifs marocains constituent environ 80 % de la communauté sépharade montréalaise.


VIE JUIVE CANADIENNE

« il y a sans doute plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous divisent » Il souligne les liens qui unissent Juifs et Musulmans et l’attachement à la terre marocaine, en dépit des événements qui poussèrent tant de Juifs à s’exiler. « Pour le Maroc, nous restons sujets marocains », me dit-il. Mais au-delà de la nostalgie qui pourrait masquer la réalité et mythifier le passé, il y a bien une histoire commune, avec ses côtés positifs et ses tensions, ses échanges et ses partages culturels : « il y a sans doute plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous divisent », avance Sonia Sarah Lipsyc. C’est cette mémoire qu’il faudrait réactiver et revisiter, afin d’établir les bases pour un véritable vivre ensemble. « Il s’agira aussi de vaincre les résistances, car dans la communauté sépharade, par exemple, il y a des hommes et des femmes qui viennent de pays musulmans (Égypte, Irak, Iran…) qu’ils ont dû quitter après avoir tout perdu, et subi parfois la torture et l’emprisonnement. Il faudra reconnaître les blessures, et le dialogue pourra s’établir durablement », s’accordent à dire les deux porteurs du projet. « Nous aborderons les aspects économiques, culturels et autres pour une intégration réussie et ancrée ici dans la réalité du Québec. Et nous partagerons nos compétences et expériences communes », ajoutent-ils. Les onze évènements prévus jusqu’en mars 2018 se divisent en quatre grandes thématiques : partage, contribution, analyse et consolidation, et recouvrent l’ensemble des problématiques liées à l’immigration et à l’intégration. Le programme commencera par une journée de réflexions, le 18 septembre 2016, intitulée « Migrations comparées de Juifs et Musulmans d’Afrique du Nord au Québec », avec deux équipes de recherche universitaire menée par Dr Perla Serfaty Garzon (UdeM) et la professeure Yolande Cohen (UQAM) qui travaillent sur le terrain. Au travers de l’étude et de la comparaison des trajectoires diverses, l’accent sera mis sur la nécessité de comprendre et d'analyser les difficultés rencontrées, mais aussi sur les réponses apportées par les instances communautaires, l’accompagnement, les aides mises en place par les collectivités. Interviendront universitaires, ainsi qu’associations et témoins, car il s’agit d’ouvrir le débat et d’élargir la réflexion aux expériences et initiatives individuelles. Confrontés au déracinement et à l’implantation dans une société d’accueil aux codes différents, comment les immigrants peuvent-ils s’adapter et évoluer avec leur nouvelle identité ?

Les analyses comparées permettront d’évaluer les modes d’adaptation des uns et des autres. Le Festival Sefarade de décembre 2016 incorporera ce programme, en produisant au cours de la journée du 4 décembre (à confirmer) des événements culturels mixtes : chants judéo-arabes, soirée de contes… Des tables rondes proposeront par ailleurs une réflexion sur les traditions d’hospitalité, centrée sur la question cruciale de la place de l’Autre. En février 2017, des ateliers seront consacrés à l’engagement citoyen, à une réflexion sur la nécessaire adoption des valeurs démocratiques du Canada. En utilisant les aspects culturels communs aux deux communautés, les interactions seraient facilitées – inscrivant alors ce rapprochement au sein de la société d’accueil tolérante et multiculturelle qu’est la société canadienne. Ce dialogue interculturel serait la meilleure garantie contre les préjugés et les intégrismes qui menacent à tout moment nos démocraties. L’objectif du programme est bien d’aboutir à l’échange et à l’entraide, et non de demeurer à un niveau de recherches académiques, c’est pourquoi seront associés institutions communautaires et immigrants ou enfants d’immigrants. Toutes les activités donneront lieu à un rapport mis en ligne, à la disposition de tous. Des extraits d’évènements seront également mis en ligne. Le projet pilote pourrait devenir exemplaire, il est même probable que le gouvernement l’amplifie dans les prochaines années et l’applique à d’autres provinces canadiennes. Retrouvailles de deux communautés, rapprochement, l’enjeu est immense : mettre au cœur du projet la convivialité, au sens premier du terme, vivre avec – vivre avec l’Autre, partager… Ici, au Québec.

1 2

Voir http://alephetudesjuives.ca/category/une-citoyennete-reussie/ Voir http://festivalsefarad.ca/colloques-2015/

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

55


VIE JUIVE CANADIENNE

SHARON GUBBAY-HELFER

À la découverte de la plus vieille synagogue au canada :

la synagogue espagnole et portugaise Sharon Gubbay Helfer est historienne orale et vidéo-biographe, fondatrice et responsable de l’entreprise Big Tree Life Stories1 qui propose des (auto) biographies sous forme de vidéos. Membre au Centre d'histoire orale et de récits numérisés à Concordia, elle est également chercheure associée à l'Institut d'Études juives canadiennes à Concordia.

J’entre dans le foyer de la synagogue hispano-portugaise de Montréal accompagnée d’une vingtaine d’étudiants de mon cours Introduction au judaïsme à l’Université de Montréal. Pour la plupart d’entre eux, c’est leur première visite dans une synagogue et ils sont fascinés. Il est neuf heures. Les hommes qui viennent pour les prières matinales sont déjà partis depuis au moins une heure. Les grandes salles en haut où se tiendront plus tard dans la journée des réunions communautaires sur des sujets d’actualité ou des célébrations restent vides, belles, silencieuses. Mais l’espace en bas où nous nous trouvons bouillonne de vie. Comme plusieurs synagogues et églises de nos jours, cette institution loue une de ses salles à une garderie, et l’effervescence de ces petites présences se fait sentir. Un peu plus loin, nous entrevoyons dans la beit midrash (la salle d’étude), le rabbin hazzan (chantre) Yehuda Abbitan, livres de Talmud et Torah sur la table, entouré d’un petit groupe de fidèles. Ils sont en train de discuter avec passion des questions de vérité ultime, en l’occurrence, s’il est possible que Dieu nous cache des secrets concernant la fin des temps, pour notre bien… Soudain, des cris de surprise de la part de quelques-unes des étudiantes qui découvrent une vaste série de portraits des présidents de la synagogue. Les premiers datent du XVIIIe siècle, des messieurs aux perruques poudrées, ayant l’air des temps révolus. Des Juifs ici au Québec ? À cette période ? En effet. Fondée en 1768, la synagogue espagnole et portugaise2 est la plus vieille au Canada. À part sa richesse historique, elle renferme une grande diversité de sous-communautés dont la provenance en dit long sur l’histoire de la diaspora juive, millénaire, ainsi que sur les grands points tournants de notre ère. De plus, comme toute synagogue depuis les débuts de l’Empire romain, celle-ci réunit les trois fonctions traditionnelles de beit tefillah (maison de prière), beit midrash (maison d’étude) et beit knesset (maison de réunions communautaires). 56

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Qu’en est-il donc de cette synagogue, pareille aux autres partout dans le monde et à travers le temps, mais dont l’histoire particulière, québécoise, fait d’elle une institution assez « distincte » ?

Premiers Juifs, première communauté, première synagogue Pendant le Régime français, les non-catholiques furent exclus par les règlements du Code noir, promulgué par Louis XIV. C’est donc aux débuts du Régime britannique qu’arrivent les premiers Juifs au Québec. Ces Juifs se risquèrent à faire le voyage transatlantique à partir de la Grande-Bretagne, ou bien sont venus des Antilles ou des colonies américaines. Tout comme les Écossais protestants qui commencèrent à arriver à la même période, certains étaient animés par l’esprit entrepreneurial. Alors qu’ils ne formaient qu’un très faible pourcentage de la population (en 1831, 0,01 % du total au Canada), leurs contributions aidèrent à structurer la vie économique de la ville de Montréal, du Québec et du Canada. Aaron Hart (1724-1800), que l’on considère comme étant le père de la communauté juive du Canada, s’installe à TroisRivières en 1761, où il ouvre un commerce, investit dans la traite des fourrures et devient seigneur. Son fils Ezekiel Hart (1767-1843), homme d’affaires et militaire, est le premier Juif élu à la Chambre d'assemblée du Bas-Canada. Parmi les neveux d’Aaron Hart, nous trouvons les quatre frères Joseph, fils de Rachel Solomon et d’Henry Joseph, grand entrepreneur de la traite des fourrures. Tous se sont distingués par leur esprit d’entreprise et leur sens civique. Abraham Joseph se présente aux élections municipales de Québec. Jesse Joseph est président de la Montreal Gas Company qui devient la Montreal Light, Heat and Power Consolidated, aujourd’hui Hydro-Québec. Parmi ses autres contributions aux villes de Montréal et de Québec, Jesse Joseph est président de la Montreal Street


VIE JUIVE CANADIENNE

Railway, qui devient plus tard la Montréal Tramways et par la suite la Société de transport de Montréal. Une autre famille fondatrice de la synagogue est celle des David, dont le patriarche, Lazarus David, a prêté un terrain à la communauté pour sa première synagogue. Son fils, David David, fut l’un des fondateurs de la Banque de Montréal et membre fondateur de l’organisme qui devient la Chambre de commerce de Montréal. Et ainsi de suite pour d’autres familles fondatrices, les Benjamin, Jacobs, Judah, Solomons et Hays, pour ne nommer que celles-là. La communauté qui fut établie en 1768 par ces hommes, par leurs frères ou leur père, porta le nom de congrégation portugaise. Pourquoi portugaise ? La désignation, tout comme la modification adoptée en 1891, congrégation espagnole et portugaise, se réfère à l’une des grandes familles culturelles juives à l’intérieur du judaïsme. Il s’agit des Juifs séfarades, le mot « séfarade » voulant dire « Espagne » en hébreu. Pendant au moins 1 000 ans, des communautés juives développèrent dans la péninsule ibérique traditions, langues, coutumes, mélodies, et ce, en relation avec les différents empires et cultures qui s’y succédèrent. Expulsés de l’Espagne en 1492 par les souverains catholiques Ferdinand et Isabelle, certains de ces Juifs trouvent refuge au Portugal, avant d’être renvoyés de ce pays quelques années plus tard. La culture et les rites que portèrent ces Juifs dans les pays de leur dispersion deviennent partie intégrante de leur identité, portée avec grande fierté à cause de toute sa richesse et sa sophistication culturelle. Même si des membres de la communauté fondatrice, y compris la famille Hart, furent membres d’une des deux autres grandes familles culturelles, les ashkénazes, le prestige associé à l’identité séfarade à cette époque fut tel que la communauté préfère s’y identifier. D’où la désignation portugaise, et par la suite espagnole et portugaise.

1918, marquant ainsi 72 ans de service pour le père et le fils. En 1892, la congrégation déménage dans un troisième édifice, rue Stanley, au nord de la rue Sainte-Catherine. L’architecte est Clarence I. de Sola, un autre fils du rabbin Abraham de Sola. Ce bel édifice de style judéo-égyptien sert bien la congrégation pendant plus d’un demi-siècle. C’est à contrecœur donc, en 1946, que la congrégation vend cet édifice au Collège Sir George Williams. Elle se trouve appauvrie par les années de la crise et par la guerre. Après une courte pause, la communauté décide d’aller de l’avant et de quitter le centre-ville. Le 13 septembre 1947, elle célèbre un premier office dans un nouveau bâtiment moderne et multifonctionnel, situé à proximité des quartiers résidentiels en construction dans le nord-ouest, dans le quartier Côte-desNeiges, près de Snowdon. Ce déménagement s’avère prévoyant. Au cours des décennies suivantes, une grande partie de la communauté juive suit. Toutefois, la synagogue connaîtra des moments difficiles à cet endroit avant de renaître de manière quasi miraculeuse à partir des années 1970.

PAGE SUIVANTE

La ville grandit, la synagogue déménage De 1768 à 1777, la vingtaine de personnes qui forment la congrégation portugaise se réunit dans des locaux loués. En 1777, elles érigent leur première synagogue sur la rue NotreDame, à l’intérieur de l’enceinte de la vieille ville fortifiée. La colonie croît assez rapidement, poursuivant son expansion vers le nord-ouest. En 1832, Moses Judah Hays, architecte et membre de la communauté, construit une deuxième synagogue pour sa congrégation. Cet édifice de fines pierres grises, à l’air classique, fut érigé rue Chenneville au nord de la rue La Gauchetière. La population juive de la ville continue d’augmenter, et la congrégation portugaise n’est plus la seule. En 1890, l’édifice de la rue Chenneville est acheté par une communauté juive roumaine, qui l’occupe jusqu’en 1929. En 1846, la congrégation portugaise fait venir de Londres un jeune rabbin. Âgé de 21 ans, Abraham de Sola est le fils du renommé révérend David Aaron de Sola. Pendant presque 40 ans de service, Abraham de Sola se fait reconnaître non seulement par sa communauté pour ses qualités d’orateur dynamique, mais également par la population montréalaise, pour ses activités en tant que professeur de langues sémitiques et orientales à l’Université McGill. En 1882, Abraham de Sola est suivi comme rabbin par son fils, Meldola de Sola, qui préside de manière exemplaire jusqu’en

Dr Abraham de Sola, rabbin à la synaguoge de 1846 à 1882

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

57


VIE JUIVE CANADIENNE

Séfarade? Ashkénaze? Mizrachi ?… une évolution quasi miraculeuse Malgré son nom, changé en 1890 pour The Corporation of Spanish and Portuguese Jews, Shearith Israël, la composition de la congrégation cesse d’être à majorité séfarade dès 1860. Les nouveaux membres sont de provenance ashkénaze, cette autre grande famille culturelle qui a évolué pendant plus de 1 000 années en Europe, en France, en Allemagne, en Pologne et dans l’ancienne Union soviétique. La langue des ashkénazes, le yiddish, ainsi que leurs coutumes alimentaires et vestimentaires, leurs chants et leurs mélodies de prière portent l’empreinte des cultures chrétiennes avoisinantes. Ces éléments culturels diffèrent ainsi des séfarades, dont l’évolution largement à l’intérieur des empires musulmans a légué des couleurs bien différentes. Les nouveaux membres ashkénazes de la synagogue ressemblent aux séfarades en faisant partie de la bourgeoisie. Cette communauté n’a jamais été celle des pauvres, comme l’étaient les petites synagogues autour du boulevard SaintLaurent à partir des années 1850, qui desservaient les immigrants juifs venus sans le sou de l’Europe de l’Est. Toutefois, le fait d’être une communauté presque exclusivement ashkénaze pratiquant le rite séfarade apporte une certaine confusion identitaire. La fidélité à ses racines et la fierté qui s’y associe vont à l’encontre des habitudes de la majorité. C’est en 1970 que le jeune Howard Joseph arrive de Schenectady, dans l’État de New York, pour travailler aux côtés du très respecté rabbin Solomon Frank et pour prendre la relève comme rabbin à la synagogue espagnole et portugaise. Sous sa présidence, le nombre de familles membres de la synagogue passe de 330 à 700. Cette croissance fulgurante est due en grande partie à la vision du rabbin Joseph, conscient de l’importance d’accueillir de nouveaux immigrants juifs issus de différents pays arabes. La raison de ces immigrations remonte aux retombées politiques de la création de l’État d’Israël en 1948. Cet événement ainsi que les nouveaux nationalismes à la même période dans les pays arabes ont forcé les Juifs à fuir l’Iraq, l’Égypte, le Maroc et plus tard le Liban. Les communautés juives de ces pays étaient millénaires. Les Juifs de Bagdad y comptaient 2 500 années de présence. Chaque groupe est arrivé au Québec avec des rites colorés d’une culture propre, avec ses propres mélodies et variations. À Montréal, ils se sont regroupés pour prier entre eux. Le rabbin Joseph apprécia profondément l’attachement de ces groupes à leurs coutumes. Ainsi, il a ouvert les portes de sa synagogue pour les inviter à entrer, en leur offrant la possibilité de garder leurs rites. Les Irakiens, les Marocains et les Libanais ont leurs propres salles de prière lors des grandes fêtes de Roch Hashana et Yom Kippour. Toutes ces sous-communautés sont séfarades ou mizrachis (orientales). Un grand apport des communautés marocaine et libanaise fut leur préférence pour la langue française, ce qui fait que cette langue est sur un pied d’égalité avec l’anglais parlé dans la synagogue qui a des racines britanniques. On a aussi accordé une salle de prière à une communauté

58

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

ashkénaze, formée de sept petites synagogues qui étaient à l’origine celles des immigrants pauvres venus de l’Europe de l’Est, une des seules ethnies du paysage juif montréalais qui manquait ! Dans la vision du rabbin Joseph, il y a de la place pour toutes ces cultures sous la grande tente de l’orthodoxie moderne. Malgré les différentes coutumes, tous respectent les commandements de la même loi juive.

À l’heure actuelle Notre matinée de visites à la synagogue se termine par une séance de questions-réponses avec le rabbin. S’attendant à se trouver face à un vieux monsieur avec des cheveux grisonnants et des boudins, les étudiants s’étonnent de voir cet homme qui arrive avec quelques minutes de retard, un peu essoufflé, casque de bicyclette à la main. Né en Israël, élevé à Winnipeg, le rabbin Schachar Orenstein compte des racines séfarades parmi ses ancêtres ashkénazes. Orenstein incarne la relève orthodoxe moderne. Il leur parle de Teva Québec3, l’alliance juive pour l’environnement au Québec, qu’il a fondée. Il répond également avec simplicité et franchise à toutes les questions des étudiants, allant de la perspective juive sur le Messie, à sa fête juive favorite et au sort des Palestiniens. Il partage aussi ses soucis concernant l’intention du gouvernement d’interdire toute forme d’enseignement religieux dans les centres de la petite enfance et les garderies subventionnées. C’est surtout les implications pour la capacité de transmettre le judaïsme à la prochaine génération qui l’inquiète. Nos échanges sont accompagnés d’une musique joyeuse, mais persistante, qui nous vient de la salle d’à côté. De petites voix s’élèvent au son d’une guitare. C’est Moshe Scodnick, Mr. Music, qui visite les enfants de la garderie. Nous apprenons par la suite que Mr. Music et le rabbin Orenstein viennent de faire un CD pour enfants avec des chansons en hébreu et en français, Bonjour mes amis. Contributions, défis, négociations, la vie de cette vénérable institution continue d’évoluer au sein d’un Québec en mouvement.

Sharon Gubbay Helfer Cet article est paru dans la Revue Cap-aux-Diamants, n° 105, « Une réalité méconnue.Les Juifs au Québec », p.15-19.

1

http://sharongubbayhelfer.wix.com http://thespanish.org 3 http://www.kuppah.org/choose/charities/teva-quebec 2


CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE

ESHKOL NEVO

« La société israélienne n’est pas aussi désunie qu’on le pense » ENTRETIEN AVEC L’ÉCRIVAIN ISRAÉLIEN ESHKOL NEVO PAR ELIAS LEVY

Avec quatre romans remarquables, Quatre maisons et un exil; Le cours du jeu est bouleversé; Neuland; Jours de miel, traduits en une vingtaine de langues – les versions françaises de ces livres ont été publiées par les Éditions Gallimard –, l’écrivain israélien Eshkol Nevo s’est imposé comme l’un des grands auteurs de sa génération, celle qui succède aux Amos Oz, Avraham B. Yehoshua, David Grossman. Né en 1971 à Jérusalem, ce brillant écrivain porte le prénom de famille de son grand-père maternel, Levy Eshkol, qui fut Premier ministre d’Israël de 1963 à 1969. Dans les romans d’Eshkol Nevo, des destins individuels croisent l’Histoire collective d’Israël. Des récits de vie passionnants racontés avec délicatesse, humour et perspicacité. Acclamé par la critique et le grand public en Israël et publié par les plus grands éditeurs dans le monde entier, Eshkol Nevo est considéré aujourd’hui comme l’une des voix les plus originales de la scène littéraire internationale. Son dernier cru littéraire , Jours de miel, est paru récemment aux Éditions Gallimard. Dans ce roman magnifique, Eshkol Nevo médite en filigrane, avec une maestria littéraire époustouflante, sur les différends politiques, sociaux et religieux qui lacèrent aujourd’hui la société israélienne. Un grand tour de force littéraire. Quand un riche Américain, Jeremiah Mendelstrum, décide de faire un legs à la Ville des Justes, en Galilée, afin que la municipalité y édifie un Mikvé – bain rituel – à la mémoire de son épouse décédée, il ne sait pas encore que ce don va chambarder profondément l’existence paisible des habitants russes, Juifs orthodoxes et arabes de cette bourgade multiethnique… Jours de miel est une radioscopie saisissante de la société israélienne. Eshkol Nevo vit près de Tel-Aviv avec sa femme, une Sabra – native d’Israël – sépharade d’origine marocaine, et leurs deux enfants. Rencontre avec un fervent ambassadeur de la fascinante littérature israélienne, traduite aujourd’hui en 72 langues. Vous avez fondé une école d’écriture. Présentez-nous cette institution. J’ai enseigné pendant quinze ans l’« écriture créative » – « creative writing » – à l’Académie des Beaux-Arts Bezalel de Jérusalem, à l’Université de Tel-Aviv et au Sapir College, établi près de Sderot. En 2014, j’ai cofondé avec une amie, la poétesse Orit Gidali, la première école israélienne d’« écriture créative », dénommée Sadnaothabait – expression hébraïque signifiant « les ateliers du jour » –, qui accueille chaque année quelque 300 élèves. Située en plein cœur du marché aux puces de Jaffa, cette école propose différents cours spécialisés : écriture journalistique, écriture journalistique sur Internet, écriture de chansons, écriture narrative autobiographique, écriture de fictions, écriture thérapeutique… Dix-sept personnes, dont moi et Orit, écrivains, éditeurs, scénaristes, journalistes, une chanteuse, une psychologue… animent les cours et les ateliers d’écriture offerts. Une trentaine d’étudiants ont déjà publié leurs écrits. Les livres de plusieurs d’entre eux ont obtenu de prestigieux prix littéraires et sont même devenus des best-sellers.

Quel est le profil de vos étudiants ? Nous avons dans nos classes des représentants de toutes les « Tribus d’Israël » : des Juifs religieux, dont des orthodoxes; des laïcs; des Arabes, dont plusieurs femmes musulmanes portant le voile… Nos élèves proviennent de différents milieux culturels et horizons socioéconomiques. Les plus jeunes ont 21 ans, ils viennent de sortir de l’armée, le plus âgé a 80 ans. Les élèves débutent leurs cours avec des a priori mutuels, souvent tenaces, mais, au fur et à mesure qu’ils travaillent ensemble sur des projets d’écriture et échangent leurs idées, des préjugés qu’ils avaient au départ les uns envers les autres s’estompent progressivement. Plusieurs élèves sont même devenus de bons amis. C’est ce que j’aime dans l’apprentissage des techniques d’écriture. Celui-ci permet de transcender les catégories sociales, qui sont très nombreuses en Israël.

PAGE SUIVANTE

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

59


CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE Quand ces élèves issus des diverses couches de la société israélienne se retrouvent ensemble dans une classe de cours face à une feuille vierge de papier, ils sont tous au même niveau. Cela ne veut pas dire pour autant que les divergences de vues, souvent profondes, qui les divisent se soient estompées soudainement. Mais ces projets d’écriture permettent à des Israéliens aux antipodes les uns des autres de partager une expérience commune qu’ils n’auraient certainement pas pu vivre ailleurs. Dans votre roman Quatre maisons et un exil, vous abordez frontalement la sulfureuse question palestinienne. Ce livre, qui a suscité une vive controverse lors de sa parution en Israël, vous a valu des critiques fulminantes. Initialement, je n’avais pas prévu d’aborder dans ce roman ce sujet très épineux, et toujours tabou en Israël. Avant d’entamer l’écriture de Quatre maisons et un exil, j’ai effectué des recherches sur l’histoire de Maoz Sion, une localité située à mi-chemin entre Tel-Aviv et Jérusalem, où se déroule le récit de ce roman. Un jour, en déambulant dans cette bourgade, j’ai vu au loin les ruines de grandes maisons anciennes. Mon accompagnateur m’apprit que ces vestiges étaient les restes des demeures ayant appartenu à des familles palestiniennes qui furent contraintes de quitter sur-le-champ leur terroir natal en 1948, quand la première guerre israélo-arabe éclata. J’ai été abasourdi par cette révélation inopinée. Je me suis dit alors que je ne pouvais pas relater dans Quatre maisons et un exil l’histoire tumultueuse de dizaines de milliers de Juifs persécutés qui trouvèrent refuge dans l’État d’Israël naissant et ignorer complètement la tragédie que vécurent aussi plusieurs centaines de milliers de Palestiniens au lendemain de la concrétisation du rêve millénaire sioniste. Jusque-là, j’ignorais tout du récit historique de la Naqba, la « catastrophe » qu’a été pour les Palestiniens la création de l’État d’Israël. On n’a jamais enseigné aux écoliers et aux lycéens israéliens cette version très sombre de l’Histoire d’Israël. On nous a toujours raconté que lorsque la Guerre d’Indépendance d’Israël éclata en 1948, les habitants arabes se sont enfuis volontairement, répondant ainsi à l’appel lancé par les chefs d’États arabes qui étaient résolus à annihiler en quelques jours l’État juif embryonnaire. Ce récit trop simpliste a été mis en charpie par les « nouveaux historiens » israéliens – la majorité de ces historiens ont aujourd’hui des cheveux très grisonnants ! – qui ont démontré, en s’appuyant sur des archives militaires inédites, que la réalité sur le terrain fut tout autre. J’ai décidé de recueillir les témoignages des Palestiniens qui ont vécu la Guerre de 1948 toujours en vie, âgés aujourd’hui de 70 ou 80 ans. Ces témoignages de Palestiniens ont sensiblement modifié la perception que vous aviez jusque-là du conflit israélo-arabe ? Ce furent des rencontres éprouvantes et très tendues. J’ai compris en écoutant ces témoignages fort poignants la profondeur de la douleur qu’éprouvent les Palestiniens. J’ai pris alors conscience du grand dilemme historique et psychologique auquel les Israéliens sont confrontés aujourd’hui : accepter le récit historique palestinien, dont l’un des principaux corollaires est le « droit au retour » 60

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

des Palestiniens sur la terre où a été édifié l’État hébreu, c’est hypothéquer l’avenir d’Israël en tant que nation du peuple juif. La grande majorité des Israéliens n’accepteront jamais que des milliers de descendants des Palestiniens forcés à l’exil en 1948 retournent en Israël, car cela signifierait bel et bien la fin du rêve sioniste. Force est de rappeler que toutes les nations, les États-Unis d’Amérique, la France, l’Allemagne, la Russie, la Pologne… ont été bâties en expulsant des territoires qu’elles ont conquis pendant des guerres des minorités qui y vivaient depuis des lustres. Pourquoi le récit historique national d’Israël devrait-il être plus vierge que celui des autres nations ? Relater dans Quatre maisons et un exil la tragédie palestinienne, en me basant sur les témoignages clés de Palestiniens ayant vécu ce drame de l’Histoire de la fondation de l’État d’Israël, a été un travail d’écriture très ardu. Beaucoup de jeunes Israéliens ont découvert aussi le drame palestinien en lisant votre roman. Oui. Quatre maisons et un exil est étudié dans les lycées. C’est tout à l’honneur de cette vigoureuse démocratie qu’est Israël, surtout lorsqu’on sait que le ministère de l’Éducation, qui a donné son aval à l’incorporation de ce livre fort controversé dans le cursus des études littéraires des étudiants israéliens du niveau secondaire, est dirigé aujourd’hui par des apparatchiks de droite. Je suis très fier que les étudiants israéliens découvrent grâce à la lecture de ce roman l’autre version, plus sombre, qu’on ne leur a jamais enseignée, de l’Histoire du conflit israélo-palestinien.

Quel regard portez-vous sur l’Israël d’aujourd’hui ? La société israélienne a beaucoup changé depuis l’été 2011, quand une énorme révolte sociale révulsa tout le pays1. Ce mouvement social a rapproché des Israéliens toutes générations confondues, issus de toutes les couches de la société, qui se battent pour la même cause : bâtir un Israël plus égalitaire. Une révolution silencieuse est aussi en cours dans le monde juif orthodoxe. Des jeunes hommes et jeunes femmes orthodoxes ne craignent plus de remettre en question l’hégémonie tyrannique exercée par les Rabbins orthodoxes depuis la création de l’État d’Israël. Aujourd’hui, dans le monde juif orthodoxe israélien, les jeunes sont moins effrayés que leurs aînés par la société laïque. De nombreux jeunes juifs orthodoxes ont lu Jours de miel, un livre que des Rabbins ultra-orthodoxes ont fustigé avec véhémence alors qu’ils n’ont même pas pris la peine de lire une seule ligne de ce roman. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes laïcs israéliens, désireux de découvrir d’une manière plus exhaustive leurs racines identitaires, lisent la Bible et étudient des textes sacrés de la tradition juive. Il y a à peine dix ans, cela aurait été impensable. À cette époque, les jeunes qui se définissaient comme laïcs exécraient la Bible et les religieux. La société israélienne d’aujourd’hui est beaucoup moins fragmentée qu’on ne le pense. De nouveaux ponts sont bâtis chaque jour entre des groupes qui s’ignoraient complètement il y a encore quelques années, notamment entre les orthodoxes et les séculiers.


CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE

Quel est le plus grand défi auquel Israël fait face aujourd’hui ? Le problème le plus dramatique auquel Israël a toujours été confronté est les relations entre Juifs et Arabes. L’actuel Premier ministre d’Israël, Benyamin Netanyahou, a commis une immense bourde lors des dernières élections générales lorsqu’il a déclaré sans ambages que la minorité arabe constitue une réelle menace pour l’avenir de l’État d’Israël qui, à ses yeux, doit être exclusivement juif. En tenant des propos aussi offensants et injustes à l’endroit des Arabes israéliens, il a contribué à renforcer le stéréotype ayant pignon sur rue dans la communauté juive israélienne voulant que les Arabes constituent une « cinquième colonne » très pernicieuse. S’il est vrai qu’il y a des villes israéliennes où les tensions entre Juifs et Arabes sont très palpables, il est vrai aussi que dans plusieurs régions du pays les deux communautés cohabitent harmonieusement depuis longtemps. C’est le cas en Galilée, où le modèle de coexistence entre Juifs et Arabes s’est avéré fructueux depuis la création d’Israël, il y a 68 ans. Dans votre roman-fleuve Neuland, le rêve sioniste a changé de lieu. Ce n’est plus la vallée de Jezréel ni les collines dorées de Jérusalem, mais l’Altiplano et le lac Titicaca qui attirent les exilés de Sion. Les chamans et leurs plantes hallucinogènes ont remplacé les « hommes nouveaux », le Kibboutz et les figures bibliques. On a qualifié ce roman de « réquisitoire anti-israélien ». Cette critique cinglante vous a-t-elle offusqué ? Lors de sa parution en hébreu en 2012, Neuland, suscita un débat houleux en Israël. Bon nombre de mes lecteurs m’ont reproché d’avoir écrit un roman antisioniste vitriolique. J’ai essayé de leur expliquer, souvent en vain, qu’il s’agit, au contraire, de mon livre le plus sioniste. Pour moi, être sioniste ou pro-Israël, ce n’est certainement pas être proNetanyahou. Neuland est une œuvre de fiction qui regorge d’amour pour Israël. Ce roman est une ode sincère à l’aventure nationale la plus exaltante du XXe siècle: le Sionisme. Neuland est une métaphore sur les options nationales qui sont proposées aujourd’hui aux Israéliens: un nationalisme de plus en plus ethnocentrique et exclusionniste ou un nationalisme inclusif et tolérant. Il est indéniable que l’Israël de la deuxième décade du XXIe siècle est aux antipodes de l’Israël rêvé par l’architecte du Sionisme, Theodor Herzl. Mais, en dépit des menaces lancinantes quotidiennes qui pèsent sur les Israéliens, Israël est parvenu à demeurer une démocratie coriace et exemplaire, sauf en période de guerre. Une démocratie en guerre est toujours encline à se métamorphoser en une pseudo-démocratie car, quand le pays est attaqué, ses citoyens sont très réfractaires à critiquer leurs gouvernants pour ne pas fournir de « nouvelles munitions » aux ennemis qui l’assaillent. C’est le prix qu’une démocratie doit payer en temps de guerre.

Êtes-vous optimiste ou pessimiste quant à l’avenir d’Israël ? Tous les Israéliens devraient être très fiers des réalisations extraordinaires qu’Israël a accomplies en l’espace de 68 ans sur les plans économique, social, scientifique, technologique… Malgré ses ombres, ses faiblesses, ses échecs et ses conflits internes, Israël est aujourd’hui une démocratie vibrante et une nation très performante dans deux créneaux fondamentaux du XXIe siècle : l’Économie du savoir et la Haute technologie. Cependant, je fais partie de ceux qui croient résolument qu’une démocratie est toujours perfectible. Nous devons continuer à nous battre pour qu’Israël soit un pays plus juste et plus égalitaire pour tous ses citoyens. C’est un combat ardu et de longue haleine. En ce qui a trait à l’avenir d’Israël, je ne suis pas aussi pessimiste que mes confrères écrivains Amos Oz ou Avraham B. Yehoshua. Il est vrai que je suis plus jeune que ces derniers. Je ne partage pas du tout leur pessimisme et leur sentiment de désespoir. Je suis convaincu que des hommes épris de paix, et déterminés à surmonter des défis titanesques, peuvent changer positivement une société, et aussi le cours de l’Histoire de leur pays. Il ne faut jamais capituler. L’une des figures de proue de la droite nationaliste israélienne, feu Menachem Begin, est demeuré pendant trois décennies dans l’opposition avant d’être élu, en 1977, Premier ministre d’Israël. Aujourd’hui, Israël est un laboratoire humain, social et économique bouillonnant et hypercréatif. Je ne pourrais vivre nulle part ailleurs. La langue hébraïque est mon adrénaline quotidienne. Je continuerai à me battre fougueusement pour forger un Israël qui n’abandonnera jamais ses citoyens les plus démunis ou discriminés. Est-ce une utopie ? Non, c’est un rêve, certes très ambitieux, mais réalisable.

Neuland par Nevo Eshkol

Quatre maisons et un exil par Nevo Eshkol Jours de miel par Nevo Eshkol

1

Connue sous le nom de « la révolte des tentes  » (ndr)

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

61


ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

Fragments d'histoire PAR MILÉNA KARTOWSKIAÏACH

D’origine sépharade par son père et ashkénaze par sa mère, Miléna Kartowski-Aïach est titulaire d’une licence en philosophie et d’un master de recherche en socio-anthropologie des religions ainsi que d’un diplôme de l’école des arts politiques de sciences PO Paris. Elle poursuit son doctorat en anthropologie à l’université d'Aix-Marseille. Sa thèse porte sur : « un chant d’exil en terre promise ? La création artistique engagée chez les jeunes artistes Mizrahi 1 en israël : construction identitaire, rébellion et désir de retour. » Elle a notamment travaillé sur la culture des Judéo-Berbères du Maroc, et mené une ethnographie dans les montagnes de l’Atlas. Elle est également chanteuse, auteure et développe depuis plusieurs années un théâtre anthropologique laboratoire de recherche et création, en lien avec ses terrains de recherche. Ce texte inaugure une série de fragments d’histoire(s) issus du carnet de route et de recherche de l’auteure, qui a parcouru le monde à la recherche de ses racines, mais aussi d’elle-même. La rédaction du LVS est heureuse de vous en donner la primeur.

« Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que je t'indiquerai. » (Genèse 12; 1)

Faut-il s’arracher pour devenir ? Quitter le pays natal, le foyer parental et tendre vers un idéal ? Un incertain, un ailleurs, une ligne de fuite en douceur ? Tomber vers l’inconnu avec grâce. Effacer ses marques pour apprendre à marcher derechef, sans appui, sans cliché, sans voix familière et se désaccoutumer. Naître à soi et s’inventer, loin de toute attache-racine, loin de toute filiation. Un amont effacé et une tension ultime vers l’instant d’après. Comme un cycle retrouvé, celui de l’être déchargé, qui ne charrie ni image, ni souvenir, ni trauma hérité. Un être à l’aube de ses possibles et qui a su briser les chaînes du conditionnement. Lucide, limpide dans ses choix et libre. Il ne doit pas se souvenir, il ne doit pas accomplir, il ne doit pas appartenir. Face aux abîmes de la non-appartenance, il sourit et léger, il avance. Équilibriste confiant, il embrasse son ultime solitude et caresse sa renaissance. Sa mémoire est à construire sur un cours descendant. Fugue intouchable, il est ce fluide vital sans entrave et se joue de la vie avec brio, tout en nuance. Séraphin dans la plénitude de l’existence, il vole toujours plus haut, andante, andante. Beauté insoumise, amant inconditionnel, il est, il est… Ce rêve que je fais souvent où les appartenances s’évanouissent et les douleurs avec. Mais ma chimère n’a qu’un temps puisque le réel m’empoigne à nouveau et qu’il me faut vivre avec mes ascendants. La lutte est vaine puisque nous sommes inexorablement un maillon dans la chaîne des générations et que nous sommes responsables face à nos héritages. Être dépositaire, mais aussi transmetteur, catalyseur, révélateur. J’ai souvent voulu m’enfuir, effacer ce qui collait à ma peau et explorer les contrées les plus lointaines, mais mes origines revenaient toujours de plus belle. 62

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

L’échappée est un sublime leurre. Alors j’ai décidé d’embrasser mes passés au présent, de construire poétiquement les souvenirs brumeux des aïeux, et de remonter le fil de l’histoire bien avant les guerres. Oui, car longtemps j’ai cru que nous étions les enfants de la destruction et du néant, les rescapés qui cherchaient des bribes de vie et d’espoir dans les interstices de la catastrophe. Égarés au monde, effarés devant l’immensité du désastre. Il a fallu transformer l’innommable et réinjecter beaucoup de souffle. Mais surtout commencer à tisser de nouveau nos destins communs, se lier, s’interconnecter malgré les morts, les destructions, les exils et les séparations. Tenter de rassembler les fragments de pierres tombales épars dans les cimetières d’Ighil N’oughou, village de l’AntiAtlas marocain et de Bizerte en Tunisie, et photographier nos synagogues, nos mikveh (bains rituels), nos portes laissés à l’abandon en Pologne, en Algérie ou sous la menace de l’effacement dans un Moyen-Orient à feu et à sang. Numériser ce qui n’est déjà plus et créer un géo-musée des patrimoines juifs en terre d’islam2. Nous grandissons, nous troisième génération, dans les récits qui s’éloignent à mesure que le temps court. Chaque soir, dans les bains moussants de mon enfance, mon père me contait les récits de son Bab-El-Oued natif. Je m’imaginais une Algérie de miel où les effluves divins guidaient les cœurs, éternelle, forte et poétique. Je savais que papa avait dû quitter son pays et qu’il portait péniblement les fractures de cet arrachement sous ses récits fertiles, mais guère plus. Je voyais ma famille juive d’Algérie fragmentée, déchirée, souvent amère et peu encline à s’épancher. Ils constituaient cet autre pan de moi-même que je voulais conjurer, jusqu’à notre patronyme commun auquel je ne voulais me rallier.


ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

J’ai toujours joué sur cette ligne sinueuse de l’identité judéo-algérienne. Dans le quartier populaire où j’ai grandi à Paris, je ne taisais pas ces origines pour me rallier au groupe et peut-être même parfois me protéger. Bouclier ambivalent qui intriguait dès lors que j’énonçais ma judéité. Parmi mes proches peu connaissaient mes racines méditerranéennes. La shoah, la yiddishkayt3 et la figure pittoresque de mon grandpère rescapé étaient au centre de mon existence et, afin de reconstituer les tessons du vase et de sublimer nos douleurs inhérentes, je m’étais rendue en Pologne, en Allemagne, à New York et jusqu’à Montréal. Mais les printemps arabes ont éclaté et avec eux l’intuition profonde qu’il me fallait rencontrer les dernières communautés juives du Maghreb et devenir à mon tour témoin. J’ai alors décidé de quitter mes études de philosophie, où j’étais frustrée par cette absence substantielle d’application directe des idées à notre société dans une visée politique et engagée pour l’anthropologie qui tente de saisir les réels et de créer des écritures plurielles pour les décrypter. Je me suis rendue sur l’ile de Djerba en Tunisie afin de rencontrer les communautés juives de Houmt Souk, Hara Kebira et Hara Sghira, lors de Pessah 2012. Dix familles juives viennent alors de quitter l’île pour Israël, les touristes sont absents, et les artisans peinent à haranguer les quelques visiteurs fantômes dont je fais partie. Il n’y a plus de patrouille policière à l’entrée de la Hara Kebira où juifs et musulmans vivent de concert, désormais dans une tension palpable et parfois violente. Les ordures jonchent le pavé brûlant de chaleur. Torpeur électrique et rues vides. Les femmes ne sortent plus depuis plusieurs jours pour s’adonner à la lourde tâche du nettoyage de Pessah et le gan (jardin d’enfants) vient de fermer ses portes. Je suis seule dans une ville déserte où la communauté se dérobe à mes velléités et questions. L’unique ouvrage scientifique francophone sur les communautés juives de Djerba, Juifs en terre d’Islam. Les communautés de Djerba écrit par Lucette Valensi et Abraham L. Udovitch et publié en 1984 aux Archives contemporaines m’accompagne, mais trente ans après, la communauté n’a-t-elle pas radicalement évolué ? A-t-elle préservé ses traditions millénaires grâce à l’insularité et à son absence d’écoles de l’Alliance israélite universelle ? La technologie n’a-t-elle pas pénétré le tissu de la jeunesse ? Que m’est-il permis d’espérer dans cette période trouble d’incertitudes et de peurs ? Chaque jour je parcours 2 km pour me rendre à la Hara Kebira et je prends place dans la gargote qui vend des bricks. C’est le seul espace ouvert et qui peut se prêter aux rencontres avec la communauté dans la commensalité. Je commande dès lors plusieurs bricks, zélée dans ma recherche, malgré les cris de l’intestin éreinté par la harissa, mais les rencontres se font rares et difficiles, car les Juifs parlent pour leur grande majorité l’arabe et l’hébreu biblique. Ma constance dans l’échoppe commence à éveiller les soupçons. Depuis la révolution, de nombreux journalistes peu scrupuleux

se sont rendus au chevet de la communauté afin de recueillir ses impressions et intentions. Je décide de quitter mon poste à l’orée de la Hara pour me rendre à Houmt Souk, où les bijoutiers juifs parlent aussi le français et devraient pouvoir plus aisément s’ouvrir. Le fils du célèbre chanteur, Yaakov Bchiri, figure de la musique judéo-tunisienne et roi des mariages djerbiens, devrait également y tenir une boutique. Arrivée sur la petite place du souk, où juifs et musulmans jouent aux cartes et dominos, les badauds m’indiquent immédiatement le magasin de M. Bchiri. Dans la pénombre de l’antre remplie de vêtements, il est le premier à me parler librement et avec acuité de la communauté. Il a parcouru le monde, a vécu plusieurs vies avant de décider de venir se réinstaller à Djerba dont il connaît les limites.Je l’accompagne à la Hara pour acheter l’agneau de Pessah qui vient du continent. Un seul et petit étal où une vingtaine d’hommes attendent déterminés les morceaux dévolus. Le boucher et à la fois shohet (abatteur rituel), fait face aux invectives des clients sur la qualité de la viande et le rationnement auquel ils sont soumis cette année. Sur le trottoir, un employé brûle au chalumeau les têtes qui peinent à noircir et semblent éprises de stupeur. J’observe la scène, seule femme et étrangère dans les lieux. Ce souvenir, je le garde précieusement, car il marque le début d’un long travail en cours sur les communautés juives en terre d’Islam, leurs départs et reconstruction en Israël ou ailleurs en diaspora. Un travail sur la transmission intergénérationnelle et l’acculturation, la revendication des origines et l’oubli volontaire. Sépharade, Juif du Maghreb et du MoyenOrient, mizrahi, Juif-arabe, judéo-berbère… Qui sont-ils ? Qui sommes-nous ? Nous, la jeune génération vivant à Paris, Montréal ou Jérusalem. Quelles attaches gardons-nous avec les pays d’origine, connus ou inconnus ? Ce départ des aïeux a-t-il définitivement brisé nos ancrages ? Retourner sur les lieux ? Péleriner ? Demander un passeport ? Apprendre le judéo-arabe, le pratiquer, de la Goulette à Belleville, puis à son tour l’enseigner. Danser ce qui s’impose aux sens et pleurer sur les réminiscences des goûts de l’enfance. S’inviter réciproquement à déguster un tajine, une loubia, une pkaila4 et rire de nous, de nos cuisines, de nos récurrences maladroites comme si nous étions nés à Alger, Marrakech et Gabès. Une partie de nous demeure là-bas et nous revendiquons notre lien millénaire aux lieux, à la terre. Nous voulons revenir, inexorablement, comme atteints de nostalgie, et révéler ce que nous portons, ce que nous taisons et qui ne demande qu’à vivre.

Miléna Kartowski-Aïach

Terme utilisé en Israël pour désigner les Juifs originaires du Moyen-Orient et du Maghreb 2 C’est la mission que s’est donnée le groupe de recherche Diarna.org 3 Le monde yiddish, constitué par la langue, la culture et la cuisine 4 Plat chaud typique de la cuisine judéo-tunisienne à base de haricots et d’épinards (ndr) 1

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

63


ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

Retour aux sources : ALEXIS IBGUI

de Montréal au Maroc en passant par le Portugal et l’Espagne Avocate en litige exerçant à Montréal, Alexis Ibgui a vécu au Maroc jusqu’en 2010. En 2016, elle a participé au Programme de leadership dirigé par la Communauté Sépharade Unifiée du Québec (CSUQ) et au voyage « Retour aux Sources » qui marque la clôture de ce programme.

Mon professeur d’histoire juive au secondaire répétait systématiquement une phrase avant de commencer son cours. Il disait avec l’accent si caractéristique de nos ascendants : « Écoutez parce que c’est important, vous devez savoir d’où vous venez pour savoir où vous vous rendez ». Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais vraiment compris cette phrase jusqu’à récemment. J’ai toujours pensé que mon cher professeur, paix à son âme, commençait ses cours par cette citation dans l’espoir assez saugrenu d’inciter de jeunes adolescents victimes de l’ère numérique à écouter ses exposés interminables. Mais le 27 juin 2016, j’ai pris le chemin pour comprendre le sens de ces mots avec douze autres jeunes professionnels1 du Programme de leadership dirigé par la Communauté Sépharade Unifiée du Québec (CSUQ). Nous avons entrepris un voyage identitaire vers le Portugal, l’Espagne et le Maroc, considérant que nous sommes des Juifs sépharades issus de l'émigration résultante de l'expulsion des Juifs d'Espagne et du Portugal au 15e siècle. Nous sommes donc arrivés à Lisbonne où nous attendait le rabbin Barukh Benito Garzon, ancien Grand Rabbin de Madrid. Un être extraordinaire qui a joué le rôle de guide touristique, spirituel et religieux au cours du voyage.

simplement magnifique, ou serait-ce un sentiment étrange d’attache très profonde qui m’habite ? Je ne saurais le dire mais c’est probablement la partie du voyage que j’ai le plus appréciée. Notre shabbat à la Grande Synagogue de Madrid fut mémorable ! Un rapprochement s’était fait au sein du groupe, une complicité est née et des liens d’amitié se sont créés. L’atmosphère du voyage, déjà au beau fixe, s’est bonifiée. En Espagne, nous avons eu l’opportunité de visiter un grand nombre de sites, notamment le Musée de l’Inquisition, la synagogue Samuel Abulafia, la synagogue de Maïmonide, La Casa Museo Sefaradi, ainsi que le Vieux Quartier Juif (Juderia). À chaque occasion, le rabbin Garzon agrémentait les visites par des récits sur l’histoire de nos ancêtres. J’étais alors captive de la magie du vieux temps, je voyais la vie dans les rues juives du passé. C’est avec grand regret que nous avons dû quitter le rabbin Garzon pour continuer le reste de notre voyage au Maroc. Le 8 juillet, nous arrivions donc en terre d’Islam. Comme nos ancêtres, nous avons emprunté le détroit de Gibraltar pour arriver au port de Tanger. Le Maroc, c’était chez moi il n’y a pas si longtemps, c’est le pays où j’ai grandi, je l’ai quitté il y a seulement six ans et pourtant je l’ai vu différemment, comme la terre d’accueil de nos ancêtres.

Que dire du Portugal ? C’est un pays avec beaucoup d’attraits, certes. Festif, culturel, créatif, certains diraient qu’il a tout pour lui. Pourtant ce qui m’a vraiment interpellé lors de notre séjour c’est qu’aujourd’hui c’est un pays sans Juifs et ce n’est pas les quatre cents derniers membres de cette communauté qui peuvent dissimuler cette triste réalité. Nous avons visité les villes de Lisbonne, Tomar et Belmonte. Chacune disposait d’un quartier juif et d’une synagogue, pourtant je ne me souviens pas y avoir croisé un Juif, à part peut-être à Belmonte. C’est dans ces lieux désertés que pèse le souvenir de l’expulsion et des raisons qui ont conduit à la diaspora des sépharades.

Aujourd’hui, alors qu’il reste près de deux milles Juifs établis au Maroc2, l’empreinte qu’ont laissée nos pères est encore forte. Je pense en particulier à cette journée où nous avons visité les remparts de la Scala d’Essaouira et péleriné la tombe du grand Rabbi Haim Pinto (1748–1845). C’est une femme qui nous a ouvert l’entrée du cimetière vers la tombe du saint et de la synagogue. Au cours d’une brève discussion, elle nous expliqua qu’on devait ouvrir le Sefer Torah, les Rouleaux de la Torah, pour prier parce que cela faisait trop longtemps que personne ne l’avait fait. Qui aurait cru que cette femme n’était pas juive ? Plus encore, qui aurait cru qu’elle était musulmane ?

C’est avec cette pensée que nous avons pris le chemin de l’Espagne. J’ai toujours adoré l’Espagne et aujourd’hui je me pose la question, est-ce parce que c’est un pays tout

Cette rencontre m’a fait réfléchir. Il fut un temps non si lointain où nous étions chez nous, d’abord au Portugal et en Espagne, puis au Maroc.

64

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016


ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

À cette pensée un souffle sort de ma gorge et deux mots que ma chère grand-mère disait souvent me reviennent, ces deux mots magiques, intraduisibles, qui témoignent à la fois de souvenirs et de nostalgie, cette expression que tout marocain connaît : Ya Hasra... Le temps est à la fois médecin et destructeur. D’un côté, il permet de cicatriser les blessures du passé subies par nos pères, mais de l’autre il peut arriver qu’il efface petit à petit notre identité culturelle. Or, une grande partie de cette identité et de ce que nous sommes nous vient du vécu de nos ancêtres, c'est ce qui fait notre charme et notre originalité, ce qui nous distingue et nous singularise. Les générations passent et cette singularité, ce sentiment d’appartenance à une communauté sépharade s’amenuise et c’est bien dommage.

Palais Royal Rabat, Maroc

Je pourrais clavarder encore plusieurs heures pour décrire mon expérience et ce fabuleux voyage identitaire organisé par les membres de notre communauté, mais j’espère à tout le moins que ces quelques lignes, dans le cadre de cet article, sauront motiver certains jeunes de notre belle communauté à s’investir et à participer à ce genre de programme afin de préserver les aspects essentiels de notre culture sépharade, parce que croyez-le ou non, nous devons savoir d’où nous venons pour savoir où nous nous rendons.

Alexis Ibgui

1

Steven Acoca, Marissa Benlolo, Yaniv Cohen-Scali, Ariel, Dan et Eva Derhy, Lauriane Maman, Olivia Medalsy, Stéphanie Pasin, Patrick Sinaï et l’auteure de cet article ainsi que les deux professionnels de la CSUQ, Alexia Maman et Benjamin Bitton (ndr) 2 Les Juifs étaient présents au Maroc depuis l’Antiquité. Ils étaient encore 265 000 personnes en 1948

Juderia - quartier juif de Belmonte, Portugal. En presence du Rabbin B. Garzon

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

65


DÉCOUVERTE DES FIGURES DU MONDE SÉPHARADE

La vie et l’œuvre de Rabbi Joseph Knafo (19 siècle) e

PAR DAVID BENSOUSSAN Nous remercions l’auteur de nous autoriser à prendre un extrait de ce texte sur l’une des figures rabbiniques majeures de Mogador1.

Né au 19e siècle à Mogador et enterré dans cette même ville, R. Yossef Knafo (1825-1900) fut l’élève de R. Abraham Coriat. Il passa un certain nombre d’années à Marrakech auprès de R. Jacob Édaoudi avant de retourner à Mogador et de se consacrer à l’étude et à l’enseignement de la Torah de même qu’à la publication de ses livres. Il enseignait à la synagogue Slat Elkahal, synagogue qui fut érigée à même les dons de la communauté. C’est dans cette même synagogue qu’officieront plus tard son fils David et son petit-fils Shlomo (voir photo).

R.David et R.Moché Knafo, les enfants de R.Joseph Knafo

L’érudition de R. Yossef Knafo est impressionnante et les auteurs et ouvrages auxquels il se réfère témoignent d’une connaissance profonde de la philosophie et de la mystique juive. Il cite souvent le maître de la kabbale R. Isaac Louria Ashkenazi dit le AriZal (1534-1572), R.Hayim Vital (1542-1620), R. Hayim Benattar (1696-1743), auteur du commentaire Or Hahayim et R. Shalom Shérabi (1720–1777). R. Yossef Knafo a visé à populariser la mystique juive qu’il considérait intégrale à la foi et la pratique religieuse. Il fut le premier traducteur des contes hassidiques du Baal Chemtov (1698-1760) en Occident, contes qu’il rendit en judéo-arabe. Ancré dans la tradition sépharade, R. Yossef Knafo a su assumer les écoles de pensée sépharade et ashkénaze. En outre, il fut ouvert aux influences européennes qui se sont faites ressentir à Mogador au XIXe siècle.

Pour l’essentiel, ses œuvres revêtent un caractère didactique. Il y en eut dix neuf dont certaines sont encore à l’état de manuscrits. (…) Paru en 1874, son premier ouvrage Zevah Pessah est un commentaire de la Hagada de Pessah et des Maximes des pères (Pirqé Avoth) du Talmud. Cet ouvrage sera scindé par la suite en deux autres : Yéfé Enaïm et Tov Roi. L’ouvrage Or Brit Kodesh est un traité sur la foi et la morale. Hassadim Tovim est un commentaire de différents passages de la Bible partiellement écrit en judéo-arabe. Shomer Shabbat traite des rituels et prières du Shabbat et Minhat Erav de la prière quotidienne de l’après-midi. Ce dernier ouvrage fut réimprimé en 1996 à la mémoire de son petit-fils Shlomo, qui, de son vivant, avait réimprimé en Israël l’ouvrage Zakh Venaki traitant de sujets essentiels dans le judaïsme tels que le respect des parents, du Shabbat, etc. La famille Knafo détient d’autres manuscrits : Badé Aharone renferme des propos et des réflexions sur l’œuvre de Haïm Vital; Yossef Bessétér traite de la Kabbale; Méat Tsori traite du Shabbat et des fêtes juives; Méat Mayim est un livre de commentaires variés et Kol Zimra, une exégèse du Pentateuque. Dans son anthologie des rabbins du Maroc Malké Rabaname, R. Yossef Ben Naïm mentionne d’autres manuscrits : Zéir Shem, Hout Shel Hassed, Mikanaf Haarvets, Meat Dvash, Raglé Hakissé et Tehilot Israel. L’association familiale de Or Brit Kodesh a réédité les ouvrages Zakh Venaki, Minhat Erev, Tov Roi, Zevah Pessah et Yefé Enaïm. Quant au manuscrit de l’ouvrage Or Brit Kodesh, il a été reproduit sous forme de photocopies par les éditions Copy Corner de Brooklyn, New York. 1

66

Publié dans l’ouvrage collectif « La vie et l’œuvre de R. Yossef Knafo », sous la direction d’Asher Knafo, Les Éditions Ot Brit Kodesh, 2002. Voir l’intégralité du texte sur etc. http://www.editionsdulys.com/uploads/3/8/9/9/3899427/spiritualit_7_-_la_vie_et_loeuvre_de_r._yossef_knafo.pdf

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016


JUDAÏSME

« La comptabilité de l’âme » avant, pendant et après

les fêtes du Nouvel An hébraïque et du Grand Pardon

Le rabbin Avi Finegold est le créateur du Jewish Learning Lab (Centre d’éducation juive à Montréal) et directeur général du Conseil Rabbinique de Montréal.

J’ai vu un jour un tee-shirt qui arborait le slogan : « Les rabbins aiment Cheshvan »1. J’y pense chaque année à la même période, car c’est une phrase qui décrit bien notre réalité professionnelle… Nous sommes, nous les rabbins, souvent exténués après un mois épuisant rempli d’offices religieux, de sermons et de rencontres avec une multitude de personnes. La plupart d’entre elles se présentent rarement pendant l’année, mais font l’effort de venir pendant les fêtes que ce soit par sens du devoir ou par sentiment de culpabilité. Les rabbins aiment donc Cheshvan, le mois qui suit celui où se célèbrent Rosh Hashana (Nouvel An), Yom Kippour (Grand pardon) et Souccot (fête des cabanes) un mois sans aucune fête notable ce qui leur permet de respirer, de reprendre leur souffle et de se remettre du déluge du travail qu’ils viennent de vivre.

Dans ma vie professionnelle, je cumule deux responsabilités, directeur général pour le Conseil Rabbinique de Montréal, où j’épaule mes confrères rabbins afin de les aider à mieux gérer leur vie professionnelle, et enseignant principal pour le Jewish Learning Lab2, un institut de formation en études juives pour adultes, où la majeure partie de mes étudiants sont souvent laïcs et n’assistent qu’aux fêtes principales. À l’approche de ces fêtes, j’ai pensé à eux et à la manière dont ils arrivent à cette période de l’année. Ce que j’entends régulièrement de leur part est que les responsables des Congrégations ne sont conscients ni de leur faible niveau de connaissances religieuses ni de leur difficulté à assister à un office religieux qui les rejoint très peu ou pas du tout. La majorité de ces personnes se sentent, en général, ignorantes par rapport au savoir des représentants de la Congrégation, ce qui crée un fossé entre la chaire et l’assistance.

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

67


JUDAÏSME

Cependant, les gens devraient se sentir autorisés à discuter de ce point avec leur rabbin et à combler ce fossé. Quels seraient donc les enseignements pour se préparer aux fêtes dont pourraient bénéficier la majorité des personnes de la part de rabbins et que serait-il possible d’apprendre les uns des autres ? Premièrement, la période des grandes fêtes juives est semblable à la saison la plus achalandée de plusieurs professions. Les comptables et la période des impôts, les enseignants et la rentrée scolaire : tout le monde sait que cette période occupée de l’année requiert davantage de travail, mais peut être très gratifiante. D’ailleurs, les professionnels savent à quoi s’en tenir en s’engageant dans ces carrières et doivent planifier en conséquence. En fait, si nous leur posons la question, ils répondront que le succès ou l’échec de la pleine saison dépend de la planification. De la même manière, les rabbins ont Eloul, le mois avant les fêtes principales du mois de Tishri pour réfléchir et planifier la saison à venir. Plusieurs rabbins que je connais ont, à cet effet, un dossier intitulé « sermons » sur leur disque dur qu’ils mettent à jour régulièrement avant Rosh Hashana.

Il reste que cette préparation peut paraître intimidante pour la personne laïque. Il y a plusieurs années, un livre sur les fêtes juives est paru sous le titre « This is real and you are completely unprepared » (« C’est une réalité à laquelle vous n’êtes pas préparée »)5. Son auteur, le rabbin Alan Lew fait remarquer qu’il n’existe pas de préparation idéale pour ces fêtes, des solennités bien trop impressionnantes et grandioses pour y être suffisamment préparés. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire ! On doit s’y préparer le plus possible tout en faisant confiance à son processus d’apprentissage. Chaque année, je relis entièrement le livre du rabbin Alan Lew et pense à son message principal. Nous pouvons maintenant ajouter une nouvelle signification au slogan du tee-shirt mentionné plus haut, Cheshvan n’est pas seulement une pause après la période achalandée de l’année, c’est la ligne d’arrivée après un marathon ! Un moment pour prendre un verre et réfléchir à l’accomplissement d’un objectif majeur avec un état d’esprit amélioré. La préparation d’Eloul est un entraînement personnel pour l’âme en préparation de cette la ligne d’arrivée. Espérons qu’il n’y aura pas que les rabbins qui aimeront Cheshvan.

Eloul est un moment privilégié pour les rabbins, non seulement pour planifier l’ensemble du matériel de chaque office religieux, mais pour faire l’étude ou la « comptabilité de son âme », cheshbon hanefesh3, en hébreu, tout comme le comptable demande à son client d’amener l’ensemble de ses reçus et factures en préparation de sa déclaration fiscale. Cheshbon hanefesh est une période propice à la remise en cause de nos pensées, de nos entêtements ou caprices afin de nous réconcilier avec nous-mêmes et de commencer sereinement les fêtes. Reprenons la même image : vous ne souhaitez probablement pas paraïtre désorganisé devant votre comptable en lui apportant un ensemble de factures pêle-mêle, que vous empilerez sur son bureau tout comme les rabbins ne veulent pas commencer Rosh Hashana avec un lourd bagage émotionnel à « empiler » sur Le Livre de la Vie4 !

Rabbin Avi Finegold Traduction : Lily Serreau

Est-ce que les laïques peuvent s’identifier à tout cela ? Bien sûr. Tout particulièrement, une fois qu’ils ont conscience qu’il n’est point nécessaire d’avoir une formation particulière. Les laïques n’ont pas de discours ou d’offices religieux à préparer ou à donner, mais, en tant que participants, ils tireraient avantage à relire les livres de prières avant de se présenter à la synagogue pour Rosh Hashana ou Yom Kippour. En agissant ainsi, ils se familiariseraient avec le texte et sa traduction. Aussi je les encourage à relever tout passage intéressant ou pertinent, ne serait-ce que deux ou trois pages. Les rabbins passent plusieurs heures avant de trouver un article ou une parole significative pour leur sermon. Les laïques pourraient faire de même afin de trouver leur ancrage dans leurs livres de prières. De surcroît, il faut reconnaître que le livre des prières est un texte difficile d'approche, même pour les rabbins ! Plusieurs autres sources adaptées à vos besoins (baladodiffusion, vidéos, etc.) sont disponibles sur Internet et constituent un bon complément d'apprentissage. 68

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

1

Mois hébraïque, tombant généralement en octobre/novembre et qui succède au mois de Tichri durant lequel se déroulent les grandes fêtes solennelles vers septembre/octobre (ndr). 2 http://jewishlearninglab.com/ 3 Cette expression est généralement traduite par examen de conscience ou littéralement le compte de son âme, ici comptabilité en résonnance avec la métaphore utilisée par l’auteur (ndr). 4 Little, Brown and Company, 2003. 5 Dans la tradition juive, l’un des livres ouvert devant D’ au moment du jugement de Rosh Hashana et sur lequel chacun(e) espère être inscrit pour l’année à venir (ndr).


Vie communautaire

Quel bel été au Camps Benyamin ! Du 27 juin au 12 août 2016, plus de 140 enfants ont vécu sept semaines d’activités intenses dans les deux camps Benyamin de Côte-Saint-Luc et Ville-Saint-Laurent. Cris de joie, activités et surtout de l’amitié pour ces jeunes qui ont visité le Parc Aquatique St-Sauveur, le Zoo de Granby, Arbraska, La Ronde, le Parc Safari et le Super Aqua Club. Mais pour les enfants comme pour leurs parents, c’est l’attention et l’affection des animateurs qui comptent bien davantage !

L’Académie Yéchiva Yavné a célébré cette année son 25e anniversaire. Un grand Gala organisé de concert avec la compagnie Concept Duo a eu lieu le 7 juin à la Congrégation Shaar Hashomayim, pour souligner cette commémoration en présence du Rabbin et Tzadik (pieux) Yitzhak Dovid Grossman, fondateur et président du projet éducatif Migdal Ohr en Israël et récipiendaire du Prix d’Israël en 2004, médaille présidentielle de distinction. Le réputé chanteur israélien Yonathan Razel, accompagné par l’Orchestre symphonique des Musiciens du Monde, dirigé par Yossi Milo, a produit une prestation magistrale. Laurent Amram, fondateur des laboratoires CDL et des cliniques ELNA et actuel président de l’Académie Yéchiva Yavné, et son épouse, Noémi, ont été honorés lors de cette soirée qui a réuni plus de 400 invités, dont plusieurs personnalités communautaires et gouvernementales. « Yavné a toujours misé sur l’excellence éducative. Notre école offre un enseignement de Torah et académique de haute qualité et équilibré dans un environnement propice à l’épanouissement de chaque élève, tout en transmettant les valeurs du riche patrimoine sépharade », a dit Laurent Amram. « L’Académie Yéchiva Yavné est une école “très communautaire” qui n’a jamais refusé d’accueillir un enfant parce que ses parents n’avaient pas les moyens financiers de défrayer intégralement les coûts de sa scolarité », souligne Saadia Elhadad, Président fondateur de l’Académie Yechiva Yavné. « Le taux de réussite des élèves de Yavné aux examens finaux du secondaire du ministère de l’Éducation du Québec est de 100 % et zéro décrochage. La majorité des élèves qui ont séjourné un an en Israël poursuivent ensuite des études post-secondaires au Cégep et des études universitaires », rappelle Martine Knapp, directrice administratrice. « Malgré ces bons résultats académiques, souligne Saadia Elhadad, n’oublions pas que l’essentiel de notre travail demeure d’éduquer nos enfants dans le chemin de la Torah et des mitzvot, commandements. » Il va sans dire que cette éducation équilibrée procure aux enfants les outils matériels et spirituels nécessaires pour les aider à affronter les défis de demain, les vrais défis de la vie !

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

69


Vie communautaire

La Mission de solidarité Le 25 février dernier, certains bénévoles dont Marcel Elbaz le président de la Mission sont partis célébrer 42 Bar-Mitzvot pour des enfants orphelins ou de familles démunies de Beer-Sheva et des régions environnantes au Kotel à Jérusalem. Il est important de remercier sincèrement tous les généreux donateurs qui ont permis la réalisation de ce magnifique projet.

Le Bazar Les 22 et 23 mai derniers, sous la présidence d’Alain Mechaly, le Bazar annuel a permis de ramasser des fonds, lesquels sont remis à la Mission de solidarité des Bar-Mitzvot. Le Bazar a cette année encore connu un grand succès grâce aux efforts d’une soixantaine de bénévoles et à la précieuse collaboration de Jocelyne et Ralph Bitton.

LA MISSION DE SOLIDARITÉ EN ISRAËL : Novembre 2016 • Célébration des Bar-Mitzvot • Volontariat dans la région de Beer-sheva • Visites touristiques, religieuses, rencontres de dignitaires Pour toute information complémentaire, n'hesitez pas à contacter Sabine Malka au 514 733-4998, poste 8230

Places limitées

Le mardi 5 avril 2016, de nombreux invités ont assisté au gala annuel de Shaaré Hessed dans la salle de bal de l’hôtel Windsor. La soirée prestigieuse avait pour président d’honneur, M. Michel Bitton, en présence du président de Hessed, M. Marc Kakon et du président sortant, M. Michael Goodman. Plusieurs allocutions et la présentation d’une vidéo de témoignages ainsi que les performances des artistes Les oiseaux de paradis et de Los Niños, chanteurs et musiciens du groupe Gipsy Kings, ont agrémenté la soirée.

M. Yossi Suissa, M. Michel Bitton, M. Michael Goodman, M. Nissim Amar, M. Marc Kakon. 70

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Nous tenons à remercier les commanditaires de la soirée pour leur soutien, soit Le Groupe MK, Kamus Nova Scotia. Goodman Heritage Fund et PSB Boisjoli. Hessed a pour mission de soutenir les personnes démunies de la communauté, que ce soit en fonds d’urgence ou en moyens récurrents, et collabore également avec de nombreux autres organismes de la communauté tel que Ometz de la Fédération CJA.


Vie communautaire

Soirée Hommage aux femmes avec Pierre Arcand, Député provincial de Mont-Royal et l’Honorable Marlene Jennings, marraine d’honneur et les participantes de la table ronde « Ces femmes d’hier et d’aujourd’hui qui nous inspirent » avec Dr Sonia Sarah Lipsyc, Wafa Berny (UQAM), Dr Vania Jimenez, cofondatrice de la Maison bleue et Batsheva Schneur, enseignante à l’Académie Beth Rivkah de Montréal.

Sonia Sarah Lipsyc et Sébastien Doane dans la sequence « Paroles divines » dans l’émission « Plus on est de fous plus on lit » animée par Marie Louise Arsenault sur RadioCanada.Cette séquence mensuelle abordait le regard des traditions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) sur des thèmes divers (statut des femmes, sciences et religions, violence et religions, etc.). Vous pouvez les réécouter sur :

.ca/category/radio/ es iv ju es ud et ph le /a :/ http

La 11e édition du Festival du Cinéma Israélien de Montréal (FCIM) a été présentée du 25 mai au 5 juin 2016, au Cinéma Guzzo Spheretech14. Créé en 2006, nul n’aurait pu prévoir la longévité ni prédire le succès de ce Festival. Cette année plus de 2 400 personnes ont pu visionner les 15 longs métrages dont Le dernier jour d’Yitzak Rabin du réalisateur Amos Gitaï présenté en ouverture. Le Prix du Jury a été décerné à Akafot du réalisateur Lee Gilat. Tous nos remerciements à M. Vincent Guzzo, vice-président des Cinémas Guzzo ainsi qu’à M. Anthony Housefather, député fédéral de Mont-Royal, qui a accepté la présidence d’honneur du festival de cette année.

Le dernier jour d'Yitzhak Rabin

Hakafot MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

71


Vie communautaire

Tournoi annuel de golf

Quatuor Banque de Montréal

Shlomo Levy, secrétaire - CSUQ et coprésident - Golf Swing 2017, Eric Levy, Tomas Plekanec joueur des Canadiens de Montréal

L’équipe des bénévoles

Le lundi 20 juin dernier, les passionnés de golf ont vécu une superbe journée au club de golf Hillsdale, l’un des plus beaux terrains au Québec à seulement 40 minutes du centre-ville. Ce tournoi est l’une des plus grandes activités de la communauté, une occasion unique de réunir des gens d’affaires avec des représentants de tous les domaines professionnels. L’événement permet aussi d’apporter du soutien à différentes causes communautaires, notamment les programmes et activités de la CSUQ. La journée s’est terminée par une soirée de clôture avec cocktail dinatoire, vente aux enchères, tombola et annonce du nom des gagnants.

72

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Les coprésidents de l’événement, M. Dan Derhy et M. Jacques Golbert ainsi que le comité organisateur sont les auteurs de ce succès. Le commanditaire officiel du tournoi, la Banque de Montréal, ravi de la qualité de l’événement a déjà promis de s’y joindre de nouveau l’an prochain. Les présidents seront Shlomo Levy et Patrick Essiminy.

Adeptes de golf, réservez déjà le lundi 12 juin 2017 dans votre agenda !


2016 La Communauté Sépharade Unifiée du Québec, son comité du tournoi GolfSwing 2016 ainsi que ses co-présidents Dan Derhy et Jacques Golbert adressent leurs plus sincères remerciements à tous les donateurs, les commanditaires, les participants ainsi qu’aux nombreux bénévoles qui ont fait de cet évènement un succès sans précédent. En effet, grâce à la générosité de vous tous, nous avons pu dépasser nos attentes. Votre soutien continu permet aux enfants de notre communauté, à participer à nos camps (d’été et d’hiver), et nous permet aussi d’assurer la continuité et le développement des programmes récréatifs, culturels, sociaux, éducatifs et artistiques.

The Communauté Sépharade Unifiée du Québec, the 2016 GolfSwing tournament committee and its co-chairs, Dan Derhy and Jacques Golbert, extend their most sincere thanks to all of the donors, sponsors, participants and the many volunteers who made this event an unprecedented success. Thanks to your support and generosity we were able to exceed our goals. Your continued support allows the children of our community to participate in our summer and winter camps, and enables us to ensure the continuity and development of recreational, cultural, social, educational and artistic programs.

Patrick Essiminy et Shlomo Levy vous invitent au Golf Swing 2017, le lundi 12 juin 2017 au Club de Golf Hillsdale.

Patrick Essiminy and Shlomo Levy cordially invite you to the Golf Swing 2017 tournament on Monday, June 12, 2017 at the Hillsdale Golf & Country Club.

Au plaisir de vous compter parmi nous !

Hope to see you there!

De gauche à droite: Dan Derhy, co-président - GolfSwing 2015 et 2016; Jacques Golbert, co-président - GolfSwing 2016; Patrick Essiminy, co-président - GolfSwing 2017; Shlomo Levy, secrétaire général - CSUQ et MC et co-président - GolfSwing 2017. COMMANDITE OFFICIELLE • OFFICIAL SPONSOR

COMMANDITES PLATINE • PLATINUM SPONSORS

COMMANDITES • SPONSORS

Derhy Services Médicaux Benjamin Dahan

THREAD COLLECTIVE

COMMANDITES DA LA JOURNÉE • SPONSORS OF THE DAY

Autobus Seguin Isabel K. Ayalon Charcuterie Amsellem

Valerie Choucroun Club de Golf Hillsdale Nadav Cohen | DJ Naviko

Hector Larivée Guy Michaeli | DJ Fynn Mimimelon

Marvid Poultry Pavilion Report Collection

S&M Café Dana Sitbon Tomapure

SACS CADEAUX • GIFT BAGS

Banque Nationale du Canada Change Derhy | Trusts & Estates

Excel Toner Lifestyle Linen Chest

Loft Hotel Natural Peds

Rubino Karen Aflalo & Ralph Cohen Shabe Alex Trafikant

TOMBOLA ET ENCHÈRE • RAFFLE AND AUCTION

A New You Bløme Club de Golf Hillsdale

Doucet Latendresse Excel Toner Hotel des Gouverneurs

Shlomo Levy Lifestyle Loft Hotel

Michael Kors Natural David Ohayon

Pajar Prostident Tip Top Hockey Academy

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN ET GÉNÉROSITÉ • THANK YOU FOR YOUR SUPPORT & GENEROSITY

Victoria Park


Vie communautaire

Le Tournoi de tennis, qui comprend aussi un tournoi de soccer depuis cette année, est un événement d’une journée réunissant une centaine de joueurs chaque année. Ainsi, le dimanche 22 mai dernier, les participants ont connu une journée extraordinaire remplie de leurs exploits et de toutes sortes d’activités agréables grâce au travail remarquable du président de l’événement, M. David Ohayon. Tenu au Club sportif CDL de Ville-Saint-Laurent, le tournoi de tennis et soccer est tellement apprécié de ceux qui y participent que la préparation du tournoi de l’an prochain est d’ores et déjà en marche.

Commanditaire du tournoi, Michael Bliah, Le site David Ohayon, président du tournoi (au centre) en compangnie de Patrick Bensoussan et Eric Mechaly, organisateurs du tournoi de soccer

F I E R S C O M M A N D I TA I R E S

Dr. Laurent Oiknine

S A C S G A D E AU X

Derhy

David Ohayon

Karen Aflalo & Ralph Cohen Shabe

Richard Seman

Serge Zagury

TO M B O L A E T E N C H È R E S TIPTOP H KEY ACAD OC

David Ohayon

Mike Ohayon

Y EM

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN ET GÉNÉROSITÉ

RETENEZ LA DATE

PRINTEMPS 2017 LA TRADITION CONTINUE…

Le tournoi annuel de tennis, squash & soccer au bénéfice de la CSUQ MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

Info : 514-733-4998

tennis.csuq.org

Melanie Loubaton


Vie communautaire

La préparation du Festival Séfarad 2016 est en marche… Il aura lieu du 27 novembre au 11 décembre 2016. Un cycle de conférences invitant et de tables rondes parmi lesquelles celle commémorant la « Journée des réfugiés juifs des pays arabes et d’iran » complètera un ensemble de spectacles reflétant la tradition, le renouveau et la fusion des genres. Nous pouvons d’ores et déjà annoncer la venue de Jacques Attali, personnalité reconnue mondialement, pour deux conférences. Sans en dévoiler encore tous les détails, nous pouvons aussi mentionner que le comité du Festival Sefarad présidé par Dave Dadoun travaille sur : - Un spectacle musical avec la venue d'une vedette internationale - Un spectacle d'humour pour les jeunes et moins jeunes - Une soirée de musique avec des airs andalous - Une activité s’inspirant de l’émission de télévision Dragon's den ou Dans l'antre des dragons suivie d'une table ronde avec de jeunes entrepreneurs dans les nouvelles technologies - Un ou des shabatons dont sûrement un pour les « célibataires » - Et d'autres activités festives

mence !

Que la fête com

Ce festival veut se distinguer par son ouverture aux jeunes qui seront représentés dans un comité de programmation qui tient à tenir compte de leurs intérêts et de leurs préoccupations. Si vous souhaitez faire entendre votre voix et surtout vous investir en tant que bénévole, contactez la CSUQ au 514 733-4998 et demandez Raphaël Assor.

Citoyenneté espagnole Le 24 juin 2015, le parlement espagnol a approuvé à l’unanimité la Loi 12 relative à la concession de la nationalité espagnole aux Sépharades originaires d’Espagne. Cette loi est entrée en vigueur le 1er octobre 2015 pour une durée de trois ans. Elle marque un tournant essentiel dans les relations des Sépharades avec le peuple espagnol. Les conditions d’obtention de la citoyenneté espagnole sont indiquées sur le site de la communauté sépharade (csuq.org) sous la rubrique Citoyenneté espagnole. La communauté sépharade gère ce programme de concert avec le consul général d’Espagne, M. Antonio Bullõn, dont la collaboration est exceptionnelle. À ce jour, plus de cent familles se sont prévalues de ce programme et nous en espérons davantage. L’Espagne nous offre de partager avec tous les Espagnols leur destin national et aussi cette terre où ont vécu nos ancêtres. Raphaël Assor, responsable du programme pour la citoyenneté espagnole, 514 733-4998

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016

75


Vie communautaire

Jacques Attali, une personnalité hors du commun au prochain Festival Séfarad 2016

CEMBRE É D 0 1 IR O S I D E M SA

EMBRE DIMANCHE 11 DÉC

Conférence de Jacques Attali « Choc des civilisations ou dialogue des civilisations »

Conférence sur l’ouvrage « Peut-on prévoir l’avenir  ? »

Chef d'orchestre invité de l’orchestre Musiciens du monde dont Yossi Milo est le chef d'orchestre attitré. Auteur prolifique, conseiller du président Mitterrand, premier Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et cofondateur de PlaNet Finance, Jacques Attali est une personne dont le brillant intellect ne se limite pas aux milieux intellectuels ou universitaires : il est également proactif dans la vie économique et politique française et met ses aptitudes au service de nombreuses causes internationales. Il traite des grandes questions de l’actualité dans un billet hebdomadaire dans le journal l’Express. Originaire d’Alger, Jacques Attali est diplômé de l’École polytechnique, du Corps des mines, de l’institut d’études politiques de Paris, de l’École nationale d’administration et est titulaire d’un doctorat d’État en sciences économiques. Au niveau des ONG, il a fondé l’Action contre la faim, mis en place le programme de développement de nouvelles technologies et a lancé un programme international d’action contre les inondations au Bangladesh. Il a lancé l’idée de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, et a fondé PlaNet Finance, organisme de microfinance présent dans 88 pays. Conseiller du président Mitterrand, il a été également consulté par les Présidents Sarkozy et Hollande. Il a préparé un programme politique pour le prochain Président de la France et serait prêt à s’engager dans la course présidentielle s’il ne se trouve pas un politicien qui l’adopte. Il a publié de nombreuses biographies dont celle du banquier Sigmund Warburg, des romans dont

suivie d’une signature de livres de l'auteur.

La Confrérie des Éveillés qui retrace les parcours philosophiques de Maimonide et d’Averroès dans l’Espagne andalouse du temps de l’Âge d’or alors que, selon un poète juif, « On vivait en arabe, on pensait en grec et on priait en hébreu. »; des mémoires « Verbatim »; des rapports comme « Une économie positive » ainsi qu’une cinquantaine d’essais dont Le dictionnaire amoureux du judaïsme, un ouvrage personnel sur l’histoire et la culture juive, les Juifs, le monde et l’argent; 300 décisions pour changer la France qui, entre autres mesures, prône l’ouverture des professions réglementées; Histoires du temps qui est une histoire de la mesure du temps; Bruits dans lequel il est avancé que l’expression musicale est aussi l’expression d’un monde et d’un mode de vie en devenir ; L’homme nomade qui traite de l’histoire de l’humanité au travers de ses déplacements, du métissage des sociétés et des réactions de xénophobie; 1492, année qui démarque un nouvel envol civilisationnel et bien d’autres encore. Humaniste, Attali prône une idéologie du respect, celle de l’ouverture au changement et à l’altruisme. Son optimisme lui permet de concevoir un avenir en déminant au présent les semences des crises futures. Jacques Attali a toujours répondu aux invitations de la communauté sépharade de Montréal et a conseillé ses leaders. Passionné de musique, il a dirigé de nombreux orchestres symphoniques dans le monde. C’est au tour de Montréal de l’écouter lors de la tenue du prochain Festival Séfarad. David Bensoussan

76

MAGAZINE LVS

ROCH HACHANA 2016


J.Events présente pour la première fois au Québec

Goûte

ax ! M u a s r laitie s t i u d ro Rend z aux p

• Plus économique que la marque prépondérante • Ultra Fort possède 25 % plus de comprimés que la marque prépondérante

les produits laitiers plus digestes

• Figure sur la Liste de médicaments du Québec (RAMQ) • Sans gluten • Certification kasher

Le Dimanche 20 novembre 2016 de 10h à 19h au Crowne Plaza Volare

Entrée g et parkin gratuits

6600 Chemin de la Côte de Liesse Montréal

Une journée unique avec plus de 60 exposants qui font de vos mariages, anniversaires, Bar/Bat Mitsva, showers... Une vraie réussite ! Venez à la rencontre des meilleurs traiteurs, salles de réceptions, animations, photographes, limousines, professionnels de l’habillement, des décors et du bien-être.

*Anciennement ®

Oakville, ON L6H 6R4 • www.sterimaxinc.com • 1-800-881-3550

Venez nombreux en famille et entre amis pour

Disponible à votre pharmacie locale

Infos : (514)662 9056 jewishpartyshow@gmail.com www.jewishpartyshow.com Exposants ? Vite ! Contactez-nous, il reste quelques stands.

Century 21 Vision

Agence immoblière

5517 Avenue Monkland Montréal, QC H4A 1C8

Sonia OHNONA

Bur. Fax.

(514) 649-2618 (514) 564-5585

Courtier immobilier résidentiel

Cell. (514)

649-2618

Vendre votre propriété? Acheter ou même louer? Je suis la mieux placée pour vous représenter et vous conseiller sur le marché actuel de l’immobilier. Je vise toujours le grand public aussi bien au Canada qu’à l’international. Les sites Web comme Century21global.com peuvent traiter des demandes de renseignements et envoyer des communications en 16 langues. Votre propriété devient donc accessible à un grand nombre d’acheteurs et investisseurs immobiliers ouvrant ainsi un nouveau marché lucratif. Appelez moi pour une consultation gratuite et une évaluation de votre propriété. Sell your property? Buy or even rent? I will advise you on the current real estate market. Websites like Century21global.com can process inquiries and send communications in 16 languages. Your property becomes accessible to a large number of buyers and property investors opening a new lucrative market. Please call me for a free consultation and evaluation of your property.

Félicitations M. et Mme Menahem Sadoun ainsi que M. et Mme Max Elmaleh sont heureux de vous annoncer le mariage de leurs enfants Audrey et Stephane qui a eu lieu le 10 juillet 2016 à Montréal. Nous leur souhaitons un très grand mazaltov et tous nos voeux de bonheur.

Mazal Tov à Dr Déborah Cohen qui a complété son diplôme de médecine à l'Université de Tel-Aviv et poursuivra sa résidence en Obstétrique et Gynécologie aux États-Unis.


retrouvez tous nos articles sur

lvsmagazine.com DOSSIER SPÉCIAL

Monde juif VIE JUIVE CANADIENNE

Vie communautaire

ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

JUDAÏSME

CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE

DÉCOUVERTE DES FIGURES DU MONDE SÉPHARADES

Découvrez ou redécouvrez votre magazine en version numérique

HEVERA KADISHA de Rabbi Shimon bar Yohaï Confrérie du dernier devoir

Nous informons la population que la Communauté Sépharade Unifiée de Québec possède un cimetière communautaire à Beaconsfield avec des lots à prix très abordables.

URGENCE ?

Appeler M. David Benizri 514-824-7573

Pour toute information appelez 514-733-4998


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
LVS Septembre 2016 by CSUQ - Issuu