Ce projet est nancé par l’entremise du Programme Innovation bioalimentaire 2023-2028, Volet-5 - Soutien au transfert de connaissances et à la di usion, en vertu du Partenariat canadien pour une agriculture durable, entente conclue entre les gouvernements du Canada et du Québec.
Droits d’auteur
Il est interdit de reproduire, de traduire ou d’adapter ce guide sans l’autorisation écrite du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) a n de respecter les droits d’auteur et d’encourager la di usion de nouvelles connaissances.
Avertissements
Au moment de sa rédaction, l’information contenue dans le présent guide était jugée représentative du secteur de la production de la camerise au Québec. Son utilisation demeure sous l’entière responsabilité du lecteur ou de la lectrice.
Les marques de commerce mentionnées dans cet ouvrage le sont à titre indicatif seulement et ne constituent nullement une recommandation de la part des rédacteurs et rédactrices ou de l’éditeur.
Comment citer ce guide
Martel, P.-O., C. Lacroix, C. Turcotte, K. Hélie, L. Brown, C. Boivin, J. Lajeunesse, C. Caouette, F. Bernier Blanchet, H. Bernard et M. Gosselin. 2026. Guide de production : Camerise. Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ). 155 p.
POUR INFORMATION ET COMMENTAIRES
Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec 2875, boulevard Laurier, Édi ce Delta 1, 9e étage Québec (Québec) G1V 2M2
Suivant sa convention avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), le CRAAQ est autorisé à publier les textes du personnel du MAPAQ.
Suivant son entente avec Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), le CRAAQ est autorisé par le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada à publier les textes du personnel d’AAC.
PTF002PUB
ISBN 978-2-7649-0738-2 (imprimé)
ISBN 978-2-7649-0739-9 (PDF)
Dépôt légal
Bibliothèque et Archives Canada, 2026
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2026
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Rédaction
Pierre-Olivier Martel, agr., conseiller en horticulture fruitière, Direction régionale du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ)
Christian Lacroix, agr., conseiller régional en horticulture, Direction territoriale de la CapitaleNationale, de la Chaudière-Appalaches et de la Côte-Nord, MAPAQ
Caroline Turcotte, agr., conseillère en horticulture fruitière, Direction régionale de l’Estrie, MAPAQ
Karolane Hélie, agr., conseillère dans les petits fruits émergents et noix
Laurie Brown, agr., conseillère en petits fruits émergents, noix, PFNL et agroforesterie, Terra-Bois
Carl Boivin, agr., M. Sc., chercheur, Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA)
Julie Lajeunesse, agr., M. Sc., biologiste et chercheuse, Ferme expérimentale de Normandin, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC)
Claudia Caouette, agr., chargée de projets, Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ)
Francis Bernier Blanchet, agr., conseiller, Club agroenvironnemental de l’Estrie (CAE)
Hélène Bernard, ing., conseillère en agroenvironnement, Direction régionale de la Mauricie, MAPAQ
Manuel Gosselin, producteur de camerises, Les petits fruits du clocher
Révision scienti que
Julie Lajeunesse, agr., M. Sc., biologiste et chercheuse, Ferme expérimentale de Normandin, AAC
Révision
Francis Bernier Blanchet, agr., conseiller, CAE
Laurie Brown, agr., conseillère en petits fruits émergents, noix, PFNL et agroforesterie, Terra-Bois
Karolane Hélie, agr., conseillère dans les petits fruits émergents et noix
Christian Lacroix, agr., conseiller régional en horticulture, Direction territoriale de la CapitaleNationale, de la Chaudière-Appalaches et de la Côte-Nord, MAPAQ
Pierre-Olivier Martel, agr., conseiller en horticulture fruitière, Direction régionale du Saguenay–Lac-Saint-Jean, MAPAQ
Marc-Antoine Pelletier, président, Camerise Québec; producteur de camerises, Ferme les Délices du Rapide
Caroline Turcotte, agr., conseillère en horticulture fruitière, Direction régionale de l’Estrie, MAPAQ
Coordination, édition, conception graphique et mise en page par le CRAAQ
Guillaume Breton, chargé de projets
Lyne Lauzon, éditrice
Véronique Michaud, graphiste
Photographies
AAC/AAFC – Mireille Bellemare; AAC/AAFC – Julie Lajeunesse; Francis Bernier Blanchet; Laurie Brown; Camerise Québec; Délices du rapide; Pierre-Patrick Fillion; Karolane Hélie; IRDA; Denis Labonté; Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP) – MAPAQ; Geneviève Lachance; Christian Lacroix; Les Petits Fruilato; MAPAQ; Pierre-Olivier Martel; Joëlle Ouellet; Jonathan Roy; Samuel Simard; Andrée Tremblay; Caroline Turcotte; Charles Valois; Verger du Paradis.
Remerciements
Les rédacteurs et rédactrices ainsi que le CRAAQ remercient toutes les personnes et organisations ayant contribué de près ou de loin à la réalisation de ce guide.
AVANTPROPOS
Ce guide est né de la volonté de membres de la table sectorielle horticole du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) (Pierre-Olivier Martel, Caroline Turcotte et Christian Lacroix) et de l’équipe de Cultur’Innov1 (Laurie Brown, Francis Bernier Blanchet et Karolane Hélie) d’actualiser les connaissances relatives à la culture de la camerise au Québec. Ayant reçu l’appui de Camerise Québec2, cet ouvrage vise à outiller les productrices et producteurs actuels et futurs a n de favoriser des implantations réussies et d’améliorer la rentabilité des entreprises qui produisent ce petit fruit.
Pour écrire ce guide, le groupe de travail s’est appuyé notamment sur les travaux d’André Gagnon, l’un des pionniers de la culture de la camerise au Québec, maintenant retraité du MAPAQ. Au début des années 2000, alors qu’il était agronome au Saguenay–
Lac-Saint-Jean, André Gagnon a été parmi les premiers à s’intéresser à cette culture au Québec. En 2006, avec un groupe de passionnés, il a participé à une mission de transfert technologique à l’Université de la Saskatchewan, où une sélection de cultivars étaient mis à l’essai.
Par la suite, avec la collaboration d’autres conseillers du MAPAQ, il a mis en place un réseau d’essais dans huit régions du Québec. Désireux de partager les connaissances acquises, André Gagnon a rédigé le premier guide de production de la camerise destiné au Québec, lequel a été publié en 2015.
Depuis, les connaissances ont continué de progresser et l’engouement pour cette production s’est maintenu. La réalisation de nouveaux projets de recherche, combinée à l’expérience des producteurs et de leurs conseillers, a permis d’identi er des conditions de réussite qui justi aient de regrouper et de mettre à jour l’information disponible.
Le présent guide met en lumière les connaissances et les pratiques actuellement reconnues et les plus à jour pour l’implantation et la conduite d’un verger de camérisiers au Québec. Il s’adresse aux producteurs et productrices, et à toute autre personne souhaitant développer une production commerciale de camerises, ainsi qu’aux conseillers et conseillères agricoles qui les accompagnent.
Vous y trouverez des repères sur la plante et le fruit, le choix et la préparation du site, le choix des cultivars, la plantation, l’irrigation, la fertilisation, les pratiques culturales (taille, pollinisation, lutte contre les mauvaises herbes), la gestion des ravageurs en production conventionnelle ou biologique, la récolte et le conditionnement du petit fruit, ainsi que sur les aspects économiques et de mise en marché.
Guillaume Breton, chargé de projets
1 La Coopérative de solidarité a o ert des services-conseils dans les domaines de l’agroforesterie et des cultures émergentes entre 2017 et 2025.
2 L’association des producteurs et productrices de camerises du Québec.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION
La culture de la camerise au Québec, bien que récente, a rapidement suscité un vif intérêt. Les premières implantations ont eu lieu en 2007 et elles se sont accélérées par la suite, de sorte qu’en 2014, 115 producteurs et productrices cultivaient plus de 700 000 plants sur 300 ha pour une production annuelle d’environ 15 000 kg. C’est en 2014 qu’a été formée Camerise Québec, un regroupement de producteurs et productrices qui vise à mettre en place des actions porteuses pour le développement de la production et de la commercialisation de ce petit fruit.
En 2024, on comptait désormais 200 entreprises productrices. Cette année-là, elles ont cultivé 1 million de plants sur une super cie de 475 ha et obtenu une récolte de 350 000 kg de fruits. La lière s’étant aussi développée à travers toutes les régions du Québec, en 2024, environ 40 % de la production venait du Saguenay–Lac-Saint-Jean,13 % du Centre-du-Québec, 12 % de la Montérégie, 7 % de la Côte-Nord, 7 % de Lanaudière, 6 % de la Chaudière-Appalaches, et les 15 % restants des autres régions de la province.
Les avancées issues de la recherche et de l’expérience internationales ont fait évoluer les pratiques culturales, notamment en matière de mécanisation, de fertilisation, de pollinisation, de taille et de gestion des ravageurs. De nouveaux modèles bioclimatiques pour les principaux cultivars ont également été élaborés, ce qui améliore le suivi de la culture et la gestion des récoltes. En n, l’évaluation de plusieurs cultivars permet aujourd’hui de mieux choisir des variétés adaptées au climat et aux débouchés visés.
La production de camerises présente à la fois des avantages et des dé s. L’une de ses forces vient du fait que le camérisier est un arbuste indigène au Québec, très rustique et encore peu a ecté par les ravageurs. De plus, l’association de producteurs Camerise Québec soutient la lière et en fait la promotion, ce qui facilite les échanges, la collaboration et l’accès à de l’information de pointe.
En contrepartie, le fruit demeure encore peu connu du public, ce qui exige des e orts soutenus de mise en marché et d’éducation pour le faire connaître sous ses di érentes formes. Sa fragilité, sa durée de conservation et le pro l aromatique moins apprécié de certains cultivars peuvent réduire son attrait pour le marché frais, même si l’autocueillette demeure un canal de commercialisation intéressant. Par ailleurs, la récolte manuelle est exigeante en temps et en main-d’œuvre, et les premiers revenus stables ne sont généralement obtenus qu’après 3 à 4 ans.
Reste que la demande pour la camerise est en croissance, notamment en raison de ses propriétés santé (teneur élevée en antioxydants, bres et vitamines). Grâce à sa production précoce en été et à sa rusticité, la camerise peut occuper un créneau prometteur dans plusieurs régions et contribuer à la diversi cation des cultures de petits fruits. En e et, l’autocueillette, la transformation à la ferme et la vente à des transformateurs locaux peuvent o rir des débouchés intéressants. Des marchés extérieurs et certains créneaux industriels commencent par ailleurs à constituer des avenues de développement.
Cela dit, l’achat en vrac de grandes quantités de fruits n’est pas encore bien établi et les prix observés sur les marchés nationaux et internationaux ne permettent pas toujours d’assurer la rentabilité de grandes super cies lorsque la récolte est mécanisée. Il est donc important de se rappeler que le succès d’une entreprise demeure étroitement lié à une ré exion sur la mise en marché et à une plani cation réaliste de la commercialisation.
CHAPITRE 1 DESCRIPTION DE LA PLANTE ET DU FRUIT
Julie Lajeunesse, agr., M. Sc., biologiste et chercheuse, Agriculture et Agroalimentaire Canada
Caroline Turcotte, agr., conseillère, ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec
ORIGINE
Le camérisier (Lonicera cærulea) est une plante originaire des forêts boréales et des régions subarctiques de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Il est le seul chèvrefeuille ayant une aussi vaste distribution dans le monde. Il a été identi é pour la première fois au 16e siècle en Eurasie. Son fruit, la camerise, a longtemps été récolté à l’état sauvage dans cette région. L’utilisation du camérisier comme plante ornementale a débuté en Russie dans la deuxième moitié du 18e siècle.
Sa culture pour la production de fruits est assez récente, puisqu’elle aurait commencé vers 1890, dans l’est de la Sibérie, où elle s’est par la suite propagée grâce à des groupes de jardiniers amateurs. L’amélioration du camérisier a commencé en 1950, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) étant alors le plus grand centre d’hybridation.
En Amérique du Nord, le camérisier indigène est identi é comme une sous-espèce de L. cærulea. Dans la Flore Laurentienne, le frère Marie-Victorin l’assimile à L. villosa (Michx.) R. & S. ou « chèvrefeuille velu ». De nos jours, l’espèce indigène nord-américaine est connue sous le nom de L. cærulea ssp villosa (Figure 1.1). Au Canada, elle a été observée dans plusieurs provinces et territoires.
L. cærulea et L. cærulea ssp. villosa produisent le même genre de fruit bleu. Néanmoins, contrairement à L. cærulea, L. cærulea ssp. villosa se comporte di éremment lorsqu’il est cultivé en plein champ : il adopte un port rampant, alors qu’il a un port dressé dans son habitat naturel (B. Bors, communication personnelle, juillet 2017).
ASPECT BOTANIQUE
Le camérisier fait partie de la famille des Caprifoliacées, qui compte environ 250 espèces dans l’hémisphère Nord. Il s’agit d’un arbuste ayant di érents ports (dressé à rampant) et dont la longévité peut dépasser les 50 ans. Toutefois, il serait apte à produire des fruits seulement pendant une trentaine d’années. Cette donnée reste à con rmer pour le Québec, puisque jusqu’à maintenant tous les vergers ont moins de 30 ans.
Cet arbuste est bien adapté aux conditions de la zone 2b au Canada, ce qui lui permet de bien croître dans toutes les régions agricoles du Québec et du Canada. En e et, cette plante résiste à des températures hivernales de -45 °C et les eurs peuvent tolérer des températures allant jusqu’à -8 °C.
Les bourgeons primaire, secondaire et tertiaire sont situés sur les tiges formées un an plus tôt (Figure 1.2 a). Le bourgeon primaire est le plus gros et le plus productif des trois. Habituellement, c’est le seul qui se développera de chaque côté de la tige. S’il est endommagé ou non viable, le bourgeon secondaire se développera. En n, si le bourgeon secondaire a subi des dommages ou n’est pas viable, le bourgeon tertiaire se développera à son tour. Sur les plants très vigoureux, il est parfois possible d’observer le développement des bourgeons primaire et secondaire au même point sur la tige.
Les feuilles sont opposées et caduques (Figure 1.2 b). Les eurs, quant à elles, sont toutes hermaphrodites1, et de couleur crème à jaune clair. Elles poussent toujours en paire. À leur base se trouvent les ovaires (Figure 1.2 c). La biologie de la oraison du camérisier est une caractéristique dont il faut tenir compte pour e ectuer un choix judicieux des cultivars. En e et, cet arbuste est génétiquement auto-incompatible, c’est-à-dire qu’il ne peut s’autopolliniser. Par conséquent, deux cultivars ayant une période de oraison similaire et dont les pollens sont compatibles doivent être plantés ensemble au verger. On favorise ainsi leur pollinisation et l’obtention de rendements optimaux. Le chapitre 4 aborde plus en détail cet aspect.
Les deux eurs en paire doivent être e cacement pollinisées pour produire un fruit. Celui-ci est en fait un pseudofruit, c’est-à-dire un fruit formé de deux baies. Bien que la plupart des baies se développent dans une cupule fermée (Figure 1.2 e), il arrive que certaines d’entre elles prennent une forme atypique en raison d’une cupule ouverte qui laisse alors entrevoir les deux baies (Figure 1.2 d).
Le fruit du camérisier peut être de di érentes formes, allant de rond à ovale ou cylindrique, selon les cultivars (Figure 1.3). Il mesure entre 1,5 à 2,5 cm de long, il est charnu, de couleur bleu foncé et il a un goût légèrement amer. Il est aussi tendre et plutôt fragile. Il doit donc être récolté avec soin.
Figure 1.3.Diversité des formes de la camerise
1 Fleurs qui possèdent à la fois les organes reproducteurs mâles et femelles.
STADES PHÉNOLOGIQUES ET MODÈLES BIOCLIMATIQUES
Le développement du camérisier, comme celui de tout autre végétal, est in uencé par le climat. A n d’avoir une terminologie commune pour décrire et reconnaître les étapes marquantes de ce développement, treize stades phénologiques (BBCH2) ont été nommés, décrits et photographiés (Figure 1.4).
Dormance
•Les écailles des bourgeons sont bien serrées
•Aucun signe de croissance
Débourrement
•50 % des bourgeons sont gon és et les écailles s’ouvrent (BBCH 53)
• 50 % des premières feuilles se dégagent (BBCH 54)
Boutons
• Les boutons oraux apparaissent à l’aisselle des feuilles (BBCH 55)
• 50 % des boutons oraux sont entièrement visibles et les pétales sont fermés (BBCH 57)
Floraison
•5 % des eurs sont ouvertes (BBCH 60)
•50 % des eurs sont ouvertes et les premiers pétales tombent (BBCH 65)
2 BBCH : Échelle d’identi cation des stades de développement phénologique d’une plante, tirée de Meier et coll., 1994.
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