

Insectes ravageurs de la canneberge au Québec

Deuxième édition






L'APCQ SOUTIENT
LA RECHERCHE POUR PRODUIRE
DES CANNEBERGES DE


P HOTO
: LUCIE LAROCHE
Guide
d’identification
Insectes ravageurs de la canneberge au Québec
Une initiative conjointe du CETAQ et du CRAAQ
AUTEURS
Isabelle Drolet, agronome Club Environnemental et Technique Atocas Québec (CETAQ)
Jean-François Landry, Ph.D., entomologiste-systématicien Centre de recherche et de développement d’Ottawa, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et Collection nationale canadienne d’insectes, d'arachnides et de nématodes (CNC)
Joseph Moisan-De Serres, M.Sc., biologiste-entomologiste Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection, ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ)
Ce projet a été réalisé dans le cadre du volet 4 du programme Prime-Vert 20132018 et il a bénéficié d’une aide financière du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) par l’entremise de la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011-2021.

DROITS D’AUTEUR
Il est interdit de reproduire, de traduire ou d’adapter cet ouvrage sans l’autorisation écrite du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec afin de respecter les droits d’auteur et d’encourager la diffusion de nouvelles connaissances.
AVERTISSEMENT
Au moment de sa rédaction, l’information contenue dans le présent ouvrage était jugée représentative du secteur de la canneberge au Québec. Son utilisation demeure sous l’entière responsabilité du lecteur.
Pour information et commentaires
Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ)
Édifice Delta 1, 2875, boulevard Laurier, 9e étage, Québec (Québec)
G1V 2M2
418 523-5411 | 1 888 535-2537
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© Gouvernement du Québec, 2018
© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada, 2018
© Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec, 2018
PPTF0122
ISBN 978-2-7649-0557-9
Dépôt légal
Bibliothèque et Archives Canada, 2018
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2018
GROUPE DE CONSULTATION - EXPERTS DE LA
PRODUCTION
France Allard, technicienne, CETAQ
Sébastien Careau, agronome, CETAQ
Jean-Pierre Deland, M.Sc., agronome, Ocean Spray
Joseph Desrouillères, agronome, CETAQ
Josée Verville, agronome, CETAQ
COORDINATION ET ÉDITION
Karine Morin, coordonnatrice des projets et des opérations, CRAAQ
Danielle Jacques, M.Sc., agronome, chargée de projets aux publications, CRAAQ
Lyne Lauzon, B.Sc.
CONCEPTION GRAPHIQUE ET MISE EN PAGE
Nathalie Nadeau, graphiste, CRAAQ
REMERCIEMENTS
Tout d’abord, merci aux auteurs de la première édition, Jean-François
Landry, Michèle Roy et Caroline Turcotte ainsi qu’à leurs collaborateurs. Ils ont été les pionniers en entomologie agricole pour la culture de la canneberge au Québec. L’outil qu’ils ont conçu est le fruit d’un travail colossal et ses utilisateurs l’ont grandement apprécié.
Un merci très spécial également aux producteurs de canneberges du Québec pour leur confiance envers le CETAQ. Les activités de dépistage ainsi que les services agronomiques associés ont grandement contribué à l’avancement des connaissances pour cette culture, grâce à quoi il a été possible de produire cette deuxième édition.
Pour la réalisation de cette nouvelle édition, merci à l’équipe de dépisteurs de la saison 2016 du CETAQ qui a effectué la collecte de chenilles, ainsi qu’aux auxiliaires de recherche du CETAQ et du MAPAQ qui ont été en charge de l’élevage des insectes.
– Dépisteurs : Alex Audet, Anthony Beaudoin, Étienne Bélanger, JulieAnne Carrier, Anne Charbonneau, Valéry Collin, Marc-Antoine Daigle, Guillaume Doyon, François Gagné, Karine Gagné, Marilou Garceau, Kévin Gauthier, Véronique Guillotin, Philippe Hamel-Huard, Annie-Pol Jutras, Véronique Lacroix, Guillaume Lapointe, Simon Lecompte, Josée Mailloux, Josée Maltais, Cynthia Roberge, Jonathan Roy et Julie-Anne Wilkinson;
– Auxiliaires de recherche : Yannick Arel-Rheault (CETAQ), Catherine Dalpé (CETAQ) et Martin Breton (MAPAQ).
Nous remercions également Andrew Smith, spécialiste des Scarabéidés, du Musée canadien de la nature, et Hume Douglas, spécialiste des Chrysomélidés au Centre de recherche et de développement d’Ottawa, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et Collection nationale canadienne d’insectes, d’arachnides et de nématodes (CNC), pour leur collaboration.
Merci à l’artiste Jessica Hsiung (AAC) pour les dessins de chenilles et de papillons.
Merci à Camille Gagnon (MAPAQ) pour les tableaux de cycles de vie et les tableaux d’informations sur la fécondité.
Nous tenons à remercier les organisations qui ont donné leur appui à la réalisation de ce document et qui ont offert une contribution en ressources humaines (par ordre alphabétique).

Enfin, un grand merci aux commanditaires pour leur contribution financière (par ordre alphabétique).






CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES
Joseph Moisan-De Serres, MAPAQ
et
Jim Baker, North Carolina State University, Bugwood.org : Exomala orientalis (A)
David Beadle : Macaria sulphurea (D); Chrysoteuchia topiaria (B)
Thomas Bentley : Ematurga amitaria (D)
Mark Brown : Colaspis cositpennis (A)
Valerie G. Bugh : Phigalia titea (E)
Maxime Chénier : Rhopobota naevana (G, H)
Elvira de Lange et Cesar Rodriguez-Saona : Choristoneura parallela (A); Limotettix vaccinii (A, B)
Isabelle Drolet, CETAQ : Acrobasis vaccinii (E, F, G); Tulsa finitella (E, F); Rhopobota naevana (I, J, K); Sparganothis sulfureana (E); Ematurga amitaria (A, B, E, F); Eutrapela clemataria (G); Orgyia antiqua (F); Chrysoteuchia topiaria (C); Anthonomus musculus (G); Systena frontalis (B); Melanoplinae (B, C)
Bernard Drouin, MAPAQ : Phyllophaga anxia (B)
Mélissa Duval, MAPAQ : Cercopidae (A)
Arthur V. Evans : Exomala orientalis (B)
Walter Zeigler Fort, Université Rutgers : Acleris minuta (A)
Karine Gauthier : Otiorhynchus ovatus (A)
Chloé Gendre : Anthonomus musculus (A)
Robert Holdcraft et Cesar Rodriguez-Saona : Exomala orientalis (C)
Eric Johnson, AAC (première édition) : Euchlaena johnsonaria (B); Epiglaea apiata (D); Plusia magnimacula (C); Hemaris gracilis (A)
Christian Lacroix, MAPAQ : Melanchra picta (A)
Olivier Lalonde : Melanchra adjuncta (B); Estigmene acrea (D, E);
Jean-François Landry, AAC (première édition) : Euchlaena johnsonaria (A)
Nathalie Laplante : Cercopidae (B)
Frank Model : Ematurga amitaria (C); Lycaena epixanthe (B, C)
Tom Murray : Campaea perlata (A); Rhabdopterus sp. (A)
Vazrick Nazari, AAC : Eupsilia tristigmata (C, D)
M.W. Nelson, MassWildlife : Hemaris gracilis (A)
John Pickering : Cleora sublunaria (C); Melanolophia sp. (C)
Michèle Roy, MAPAQ (première édition) : Cingilia catenaria (B); Acronicta impressa (A, B, C); Plusia magnimacula (A, B)
Steeve Schawann : Rhizaspidiotus dearnessi (A, B)
Malcolm Storey : Hoplia sp. (A)
Tam Stuart : Choristoneura parallela (B)
Jim Troubridge, AAC (première édition) : Chrysoteuchia topiaria (A)
David Wagner : Campaea perlata (B); Lycaena epixanthe (A)
Brandon Woo : Lichnanthe vulpina (A)
Bo Zaremba : Estigmene acrea (C); Acleris minuta (B)
Joe Zito : Hoplia modesta (B)
TABLE DES MATIÈRES
Lépidoptères
Deuxième partie : Ravageurs potentiels
Coléoptères - Chrysomélidés
Coléoptères - Curculionidés
Charançon
Coléoptères - Glaphyridés
Lichnanthe
Coléoptères - Scarabéidés
Hémiptères - Cicadellidés
La première édition du Guide d’identification des insectes ravageurs de la canneberge au Québec a été un incontournable pour appuyer les producteurs et les intervenants en phytoprotection dans l’application de la lutte intégrée. Les informations regroupées dans cet ouvrage ont été essentielles au développement de la culture de la canneberge au Québec ainsi qu’à la performance et à la qualité du dépistage dans cette culture.
Durant les deux dernières décennies, les populations d’insectes ravageurs dans les cannebergières ont cependant évolué. Une deuxième édition de cet outil de référence s’avérait donc nécessaire afin de mieux rendre compte de la situation rencontrée sur le terrain aujourd’hui. Cette nouvelle version apporte une mise à jour importante du contenu scientifique et photographique.
Cette nouvelle édition du guide rassemble un total de 46 espèces d’insectes ravageurs associées à la culture de la canneberge qui ont été répertoriées dans les plantations du Québec. Toutes les espèces de la première édition y sont à nouveau présentées, à l’exception de la Mouche à scie ou Tenthrède, Pristiphora cincta (Newman), (Hyménoptères : Tenthrédinidés). Cette dernière est fréquemment observée dans les champs de canneberges, mais elle s’alimente principalement de mauvaises herbes et de petits arbres (bouleaux, saules, etc.); elle ne cause donc pas de dommages d’importance économique aux plants de canneberges. Dix nouvelles espèces, qui se sont établies au cours des dernières années, ont été intégrées au guide. De plus, 5 chenilles rarement observées, mais se nourrissant des plants de canneberges, y sont illustrées. Enfin, il est important de signaler qu’un changement taxonomique a été apporté pour l’espèce Plusia putnami (Fausse-arpenteuse de Putnam) : l’espèce du genre Plusia retrouvée dans les cannebergières est P. magnimacula (Fausse-arpenteuse à grandes taches), une espèce qui a été nouvellement décrite en 2006 et qui avait été précédemment confondue avec P. putnami
Toutes les espèces mentionnées dans le guide ont été échantillonnées dans les cannebergières commerciales de la région des Bois-Francs, au Québec. Les individus récoltés ont été mis en élevage en laboratoire sur des plants de canneberges cultivés (variétés de Vaccinium macrocarpon). Seules les espèces qui ont complété leur développement jusqu’au stade adulte sur les plants de canneberges ont été incluses dans le guide. Cette méthodologie a permis de confirmer le statut de ravageur pour chacune des espèces. Le degré de nuisance de chaque espèce a, quant à lui, été déterminé grâce à l’ensemble des données de dépistage colligées par le Club Environnemental et Technique Atocas Québec (CETAQ).
Cette deuxième édition est également enrichie d’une section permettant de reconnaître 11 espèces d’insectes ravageurs d’importance dans d’autres régions productrices, mais qui ne sont pas présentes (à ce jour) dans les cannebergières du Québec. Face aux changements climatiques, la perspective d’expansion de l’aire de répartition de ces ravageurs pourrait devenir une menace pour la culture au Québec. C’est pourquoi la description de ces espèces potentiellement nuisibles s’avère un atout pour le milieu.
MODE
D’EMPLOI DU GUIDE
CLASSEMENT DES ESPÈCES
Dans la première partie, intitulée « Ravageurs répertoriés au Québec », les insectes sont classés selon l’ordre et la famille auxquels ils appartiennent, puis selon leur catégorie de nuisance pour la culture de la canneberge dans les plantations du Québec. Les espèces ayant ces mêmes 3 critères de classement sont ensuite présentées dans l’ordre alphabétique des noms latins. Dans la deuxième partie, intitulée « Ravageurs potentiels », les insectes sont classés uniquement selon l’ordre et la famille, puis dans l’ordre alphabétique des noms latins.
Ordres
et familles taxonomiques
La première étape d’identification d’un insecte est de reconnaître l’ordre auquel il appartient. Un ordre regroupe un grand ensemble d’espèces possédant certaines caractéristiques morphologiques communes, notamment au niveau des ailes, mais aussi de la forme de la tête, des pièces buccales, des antennes, du corps, des pattes, ainsi qu’un mode de développement et un mode de vie similaires. Chaque ordre se divise en plusieurs familles et ces familles sont composées d’espèces qui présentent des traits semblables plus spécifiques. La grande biodiversité du monde des insectes est classée en une trentaine d’ordres. Les insectes ravageurs de la canneberge proviennent de 5 ordres différents, la majorité étant des Lépidoptères mais aussi quelques espèces de Coléoptères, de Diptères, d’Orthoptères et d’Hémiptères.
Lépidoptères
Cet ordre est composé d’insectes communément appelés papillons. Les membres de cet ordre subissent une métamorphose dite complète. Cela indique que les stades immatures sont très différents du stade adulte et que l’insecte passe par un stade immobile où d’importantes transformations se produisent. Ces insectes passent par les stades œuf, larve (chenille), pupe (immobile) et adulte (papillon). Les papillons sont caractérisés par leurs 4 grandes ailes recouvertes d’écailles. Cependant, quelques rares espèces n’ont pas d’ailes ou possèdent des ailes atrophiées. Les chenilles produisent notamment de la soie avec laquelle plusieurs espèces attachent des parties de plantes où elles se nourrissent ou tissent leur cocon pour se transformer en pupe. Les Lépidoptères ravageurs de la canneberge proviennent principalement de 8 familles. Telles que présentées dans le guide (classées par ordre d’importance décroissant), les 5 principales familles sont les Pyralidés, les Tortricidés, les Géométridés, les Noctuidés et les Érébidés. Trois autres familles, les Crambidés, les Lycénidés et les Sphingidés, sont représentées chacune par une seule espèce observée occasionnellement et ayant une moindre importance économique.
Coléoptères
Les insectes de cet ordre, dont les hannetons et les scarabées sont des représentants typiques bien connus, se présentent dans une grande variété de formes et de couleurs. Ces insectes ont une métamorphose complète passant par les 4 stades : œuf, larve, pupe et adulte. À l’état adulte, les Coléoptères ont une paire d’ailes antérieures dures qui recouvrent leur abdomen et qui se joignent au milieu du dos suivant une ligne médiane bien droite : il s’agit d’une paire d’ailes modifiées appelées élytres. Cette armure coriace recouvre une paire d’ailes postérieures membraneuses, repliées au repos, qui sont utilisées pour le vol. Lorsque l’insecte se prépare à s’envoler, il écarte ses élytres et déploie ses deux ailes postérieures. Les 4 familles de Coléoptères comprenant des espèces nuisibles pour les plants de canneberges sont, telles que classées dans le guide, les Curculionidés, les Chrysomélidés, les Glaphyridés et les Scarabéidés. Cette dernière n’est représentée que par des espèces classées comme étant des ravageurs potentiels.
Diptères
Cet ordre est constitué de nombreuses espèces, parfois très abondantes, communément appelées mouches. Ce groupe inclut notamment les moustiques, les taons, les tipules et les drosophiles. Ce sont des insectes à métamorphose complète qui passent par les 4 stades de développement (œuf, larve, pupe, adulte). Le mot diptère signifie « qui a 2 ailes ». En effet, chez ces insectes, seule la paire d’ailes antérieures est développée. La paire d’ailes postérieures est absente et remplacée par de petites structures, nommées haltères, servant de balancier durant le vol. L’existence d’une seule paire d’ailes fonctionnelles permet un vol plus rapide et prolongé. On trouve une seule espèce de Diptères nuisible dans la canneberge; elle appartient à la famille des Cécidomyiidés.
Orthoptères
Cet ordre regroupe notamment les grillons, les criquets et les sauterelles. Ces insectes ont une métamorphose incomplète et ne traversent que 3 stades : œuf, larve et adulte. La plupart des espèces d’Orthoptères, à l’état adulte, ont 2 paires d’ailes. Les ailes antérieures sont droites et alignées avec le corps. Elles sont épaisses, coriaces et protègent la paire d’ailes postérieures. Les ailes postérieures sont membraneuses et servent à voler. Au repos, elles sont repliées sous la paire antérieure. Certains criquets, de la famille des Acrididés, s’attaquent aux plants de canneberges.
Hémiptères
L’ordre des Hémiptères regroupe des insectes tels que les cigales, les cicadelles, les pucerons, les cochenilles et les punaises. Tout comme les Orthoptères, leur développement comprend seulement 3 stades : il n’y a pas de stade immobile (pupe) entre la larve et l’adulte. Ce sont les pièces
buccales, de type piqueur-suceur, qui caractérisent les membres de cet ordre. Les Hémiptères ont généralement 2 paires d’ailes, qui présentent différents aspects en fonction de la famille. Elles sont parfois sclérifiées près de la tête et membraneuses au-dessus de l’abdomen, parfois entièrement membraneuses ou encore entièrement coriaces. Chez ces insectes, il existe également des formes aptères, notamment chez les pucerons et les cochenilles. Une espèce de chacune des familles des Cercopidés et des Diaspididés est nuisible occasionnellement dans la culture de canneberges au Québec. Une espèce de la famille des Cicadellidés est considérée comme un ravageur potentiel.
Catégories de nuisances
Afin de classifier chaque espèce d’insectes ravageurs du Québec selon sa nuisance pour la culture, un symbole étoilé lui a été attribué. Les différentes catégories ont été définies selon la fréquence et l’abondance de l’espèce ainsi que selon sa capacité potentielle de causer des dommages économiques importants. Cette analyse, effectuée pour chaque espèce, est basée sur les observations des producteurs en champs et la compilation des données du dépistage effectué par les professionnels en lutte intégrée.
Ravageurs principaux (¬¬¬¬)
Fréquence : espèce observée chaque année sur la majorité des sites de production.
Abondance : lorsque présente, généralement modérée ou élevée.
Potentiel de dommages économiques : élevé.
Ravageurs secondaires (¬¬¬)
Fréquence : espèce observée chaque année sur plusieurs sites de production.
Abondance : lorsque présente, généralement modérée; sauf dans des situations particulières ou locales où elle atteint un niveau élevé.
Potentiel de dommages économiques : principalement modéré.
Ravageurs mineurs (¬¬)
Fréquence : espèce observée chaque année ou de manière sporadique sur quelques sites de production.
Abondance : lorsque présente, généralement faible.
Potentiel de dommages économiques : faible.
Ravageurs occasionnels (¬)
Fréquence : présence très sporadique.
Abondance : faible.
Potentiel de dommages économiques : faible.
INFORMATIONS RELATIVES AUX ESPÈCES
NOMS DE L’ESPÈCE : nom français, nom anglais, nom latin.
ORIGINE : espèce indigène ou espèce introduite (d’origine étrangère).
RÉPARTITION : zone(s) géographique(s) où cette espèce est présente dans les milieux naturels ou agricoles de manière générale.
STATUT DE RAVAGEUR de la canneberge selon les principales régions de production en Amérique du Nord : indications pour savoir si l’espèce est reconnue comme étant un insecte nuisible de la culture aux États-Unis et au Canada.
Signification des abréviations
MA : Massachusetts
NJ : New Jersey
WI : Wisconsin
OR : Orégon
WA : Washington
N.-B. : Nouveau-Brunswick
N.-É. : Nouvelle-Écosse
QC : Québec
C.- B. : Colombie-Britannique
Légende
(Adaptation de Fitzpatrick, 2009a et Leduc, Turcotte et Allard, 2004)
Espèce absente
Espèce présente, potentiel de dommages économiques modéré à faible
Espèce présente, potentiel de dommages économiques élevé.
DESCRIPTION : descriptions morphologiques des différents stades de développement de l’insecte. Pour les espèces de la partie « Ravageurs potentiels », les stades œuf et pupe ne sont pas décrits et la description des stades immatures et adulte est plus succincte.
BIOLOGIE : informations relatives au nombre de générations par année, au stade d’hibernation et au cycle de vie de l’espèce. Pour la partie « Ravageurs potentiels », les éléments de biologie mentionnés sont basés sur les données du Massachusetts ou du New-Jersey aux États-Unis.
DOMMAGES : précisions du ou des stades de développement de l’espèce qui occasionnent les dommages. La ou les par ties de la plante généralement abîmées par l’insecte. Pour quelques espèces, des particularités associées aux dommages sont présentées ou les symptômes sont décrits plus en détail.
AUTRE(S) PLANTE(S) HÔTE(S) : liste d’espèces de plantes mentionnées dans la littérature spécialisée (voir Bibliographie à la fin du présent ouvrage), auxquelles s’ajoute évidemment la canneberge.
ESPÈCE(S) SIMILAIRE(S) : spécification de traits morphologiques qui aident à mieux distinguer des espèces qui se ressemblent. Il s’agit particulièrement de chenilles très similaires pour lesquelles il a été jugé important de faire ressortir des critères de distinction.
IDENTIFICATION DES LÉPIDOPTÈRES
TYPES DE CHENILLES DES PRINCIPALES FAMILLES
Des 46 espèces de ravageurs de la canneberge répertoriées au Québec, 40 appartiennent à l’ordre des Lépidoptères. Ces espèces occasionnent des dommages à la culture lorsqu’elles sont au stade larvaire (chenilles). Certains traits morphologiques ou comportementaux caractéristiques permettent de reconnaître rapidement les 5 principales familles taxonomiques représentatives des espèces répertoriées dans les champs de canneberges au Québec.
Pyralidés (Pyrales)
Les pyrales ont 5 paires de fausses pattes et sont généralement unicolores. Deux espèces très distinctes sont trouvées dans les cannebergières, soit la Pyrale des atocas et la Pyrale noire. Pour être en mesure de les reconnaître, se référer à leurs fiches descriptives respectives. L’Anneleur de la canneberge était anciennement considéré comme une espèce de la famille des Pyralidés. À la suite d’une révision, les pyrales ont été scindées en 2 familles, soit les Pyralidés et les Crambidés. L’Anneleur de la canneberge fait maintenant partie de la famille des Crambidés. Les larves de Crambidés possèdent des caractéristiques très similaires aux Pyralidés.
Tortricidés (Tordeuses)
Les chenilles de cette famille ont aussi 5 paires de fausses pattes. Elles ont un comportement très caractéristique : durant leur développement, elles se camouflent à l’intérieur du matériel végétal duquel elles se nourrissent. Elles sont parfois appelées enrouleuses puisqu’elles rassemblent des feuilles ou d’autres parties de plantes et les tissent autour d’elles. Elles restent constamment cachées et, lorsqu’elles sont exposées, elles cherchent immédiatement à se dissimuler entre les feuilles ou les débris. Lorsqu’elles sont dérangées, ces chenilles se tortillent vivement.
Géométridés (Arpenteuses)
Les arpenteuses ont seulement 2 paires de fausses pattes tout au long de leur développement larvaire (exceptionnellement 3 chez quelques espèces, dont l’Arpenteuse perlée). La première paire est située sur le sixième segment de l’abdomen, l’autre, sur le dixième (et dernier) segment. Leur corps est généralement dépourvu de poils. Ces chenilles se déplacent de façon caractéristique en arquant fortement le milieu de leur corps (abdomen). Lorsqu’elles sont au repos ou perturbées, elles ont l’habitude de se tenir droites et immobiles. Elles se dressent sur leurs fausses pattes et se raidissent, ressemblant alors à une courte tige.
Pour le dépistage, les Arpenteuses sont classées en 3 catégories :
Petites arpenteuses : Arpenteuse verte et Arpenteuse brune. Individuellement, les petites arpenteuses sont peu voraces. Lorsque les populations sont élevées, elles peuvent cependant causer d’importants dommages. Les petites arpenteuses sont des espèces hâtives. Elles mangent en partie ou en totalité les bourgeons qui débourrent. À mesure que les plants se développent, elles se nourrissent des nouvelles feuilles et des boutons floraux. Elles sont généralement trouvées de façon éparse aux champs.
Grosses arpenteuses : Arpenteuse bituberculée, Arpenteuse piquée jaune, Arpenteuse épineuse des feuillus. Individuellement, ces arpenteuses sont très voraces, elles peuvent défolier complètement la nouvelle pousse des plants. Elles occupent généralement des zones localisées.
Autres arpenteuses : pour les 17 autres espèces d’arpenteuses, la période de présence des lar ves aux champs et le type de dommages qu’elles occasionnent sont variables.


Silhouette d’une petite arpenteuse Silhouette d’une grosse arpenteuse (2 paires de fausses pattes) (2 paires de fausses pattes)

Silhouette d’une arpenteuse immobile (retenue par un fil de soie tendu, partant de la tête et attaché à la plante)
Noctuidés (Noctuelles)
Les chenilles de noctuelles ont 5 paires de fausses pattes (sur les segments abdominaux 3 à 6 et 10), sauf au premier et parfois au deuxième stade larvaire. Pour certaines espèces, chez la très jeune chenille, les deux premières paires de fausses pattes sont très peu développées et la chenille se déplace alors comme une arpenteuse; ce comportement s’estompe rapidement aux stades larvaires subséquents. Exceptionnellement, quelques espèces (ex. : Fausse-arpenteuse à grandes taches) ont 3 paires de fausses pattes tout au long de leur vie larvaire (les deux premières sur les cinquième et sixième segments abdominaux). Certaines chenilles de noctuelles sont diversement poilues, ce qui est notamment le cas des acronictes. Les acronictes comprennent des chenilles de toutes sortes, allant du type « sans poils » à la chenille avec une longue « fourrure », en passant par celles avec des « poils denses en brosse » ou des « touffes ». Les jeunes chenilles de noctuelles sont actives le jour et la nuit. À un stade plus avancé, les chenilles sont actives seulement la nuit et sont très voraces; elles se cachent généralement sous les plants pendant le jour.

Silhouette d’une noctuelle (sans poils) (5 paires de fausses pattes)
Érébidés

Silhouette d’une noctuelle (avec poils) (5 paires de fausses pattes)

Silhouette d’une noctuelle (de type faussearpenteuse) (3 paires de fausses pattes)
Les chenilles de la famille des Érébidés ont 5 paires de fausses pattes. Leur corps est densément poilu, aux couleurs vives, souvent avec de longues touffes ou pinceaux de poils. Cette famille a été récemment réévaluée et regroupe maintenant les espèces anciennement classées dans les familles des Lymantriidés et des Arctiidés, de même qu’un certain nombre d’anciens Noctuidés.

Silhouette d’une Érébidé (5 paires de fausses pattes non visibles)

Silhouette d’une Érébidé (5 paires de fausses pattes non visibles)
PREMIÈRE
PARTIE

Ravageurs répertoriés au Québec
Lépidoptères : Pyralidés
Pyrale des atocas ¬¬¬¬
Cranberry Fruitworm
Acrobasis vaccinii Riley
ORIGINE RÉPARTITION
Indigène
Centre et est de l’Amérique du Nord1
1. Dans les régions de l’Ouest canadien et américain, elle a peut-être été introduite avec les plantations de canneberges.
2. L’espèce est rapportée en Colombie-Britannique, mais est considérée comme étant un ravageur potentiel.
DESCRIPTION
ŒUF
• 0,4 mm, presque invisible à l’œil nu; ovale allongé; déposé individuellement, mais 2 œufs ou plus peuvent être observés sur un même fruit.
• Vert lorsque fraîchement pondu; une ligne orangée visible 1 à 2 jours avant l’éclosion (A).
• Après éclosion, la paroi blanchâtre de l’œuf vide reste présente sur le fruit (B).
• Noir lorsque parasité.


LARVE
• Cinq paires de fausses pattes.
• Premier et jeunes stades : tête jaune pâle à roussâtre; corps vert pâle ou jaune verdâtre.
• Intermédiaires et dernier stades (C) : tête jaune pâle à roussâtre ou brun pâle; plaque thoracique avec une tache noire sur les côtés; corps vert luisant avec une teinte rosée sur le dos; faible présence de poils dispersés, courts, fins et pratiquement indistincts; antennes entièrement jaunes.
• Taille à maturité : 12 à 16 mm.
PUPE
• 7 à 9 mm.
• Brunâtre.
ADULTE
• Envergure des ailes : 17 à 20 mm.


• Ailes antérieures (D) : coloration bigarrée à prédominance grise; 2 zones blanchâtres, une étroite et diffuse dans la partie basale, et l’autre, dans la partie médiane, est ornée de 2 points foncés; lignes submarginales étroites, grises et zigzaguées; petits points foncés dans les régions marginales; au repos, ailes repliées autour du corps donnant au papillon l’aspect d’une tente allongée et un peu arrondie.
• Ailes postérieures : gris pâle luisant, plus foncées aux marges, frangées.
• Caractères par ticuliers pour la distinction des sexes : (1) sous les ailes antérieures des mâles seulement, présence d’un trait costal distinct jaune or; (2) la face ventrale du segment terminal (apical) de l’abdomen du mâle est touffue et de même couleur que le reste de l’abdomen, celle de la femelle n’est pas touffue et a une teinte contrastante orangée.
BIOLOGIE
• Une génération par année.
• Hibernation : larve à maturité (stade prépupe), enveloppée dans un hibernaculum au sol.
• Cycle de vie : au printemps, généralement de la mi-mai jusqu’au début de juin, les chenilles se transforment en pupes. Les papillons émergent à partir de la mi-juin et sont présents jusqu’en août. Généralement, le pic de vol a lieu de la fin de juin à la première semaine de juillet. Ils sont actifs le soir et la nuit et sont rarement observés durant le jour. Durant leur période d’activité, on estime que les papillons se déplacent activement et abondamment dans tout l’habitat et que le mouvement des mâles et des femelles varie selon l’heure. Ils peuvent être observés tant à l’intérieur des champs que dans les environs. Un papillon peut faire un vol continu de 82 m et peut parcourir une distance de 500 m de son lieu d’origine.
La ponte commence dès le début de la nouaison et se poursuit jusqu’en août. Elle se déroulerait principalement au crépuscule, particulièrement d’une à deux heures après le coucher du soleil. Les femelles privilégient les jeunes fruits qui ont commencé à grossir pour pondre leurs œufs, plutôt que ceux étant au stade phénologique de « tête d’épingle ». Les femelles pondent leurs œufs sous les lobes, le long de la paroi intérieure du calice du fruit. Les œufs éclosent 5 à 10 jours après la ponte.
Les chenilles se logent en permanence à l’intérieur des fruits (une chenille par fruit) et s’alimentent de juillet à septembre. Il y a 6 stades larvaires. À maturité, elles se laissent tomber au sol et s’enferment dans une cellule faite de soie recouverte de sable et de débris végétaux. Le taux de survie des chenilles hibernantes est élevé malgré les inondations des champs pour la récolte et pour la protection hivernale des plants.
DOMMAGES
STADE DE L’INSECTEPARTIE DE LA PLANTE ATTAQUÉE
Larvaire
SYMPTÔMES
Fruits
La Pyrale des atocas est le plus important ravageur de la canneberge au Québec. Les chenilles s’attaquent uniquement aux fruits, lesquels rougissent prématurément. Une seule chenille peut détruire de 3 à 8 fruits, selon leur grosseur.
La très grande majorité des larves nouvellement écloses migrent du calice jusqu’à la base du pédoncule du fruit. Elles y percent un trou pour pénétrer dans le fruit, puis le referment avec de la soie (E). Quelquesunes entrent directement dans le fruit par le calice, dès leur émergence.
Elles mangent l’entièreté des graines et de la pulpe du fruit, ne laissant que des excréments à l’intérieur de celui-ci. Après avoir consommé un fruit, elles le quittent pour pénétrer à l’intérieur d’un autre. Elles entrent à des positions variées sur le fruit et les jeunes chenilles bouchent systématiquement leur trou d’entrée avec de la soie alors que les chenilles aux stades plus avancés laissent les trous béants (F). En champ, les fruits endommagés restent accrochés individuellement à leur pédoncule. Il arrive d’observer côte à côte et reliés entre eux par des fils de soie des fruits infestés et des fruits intacts. Les premiers petits fruits attaqués se dessèchent, ratatinent et sont remplis d’excréments. Les plus gros fruits deviennent brun-noir (G) et mous et sont aussi remplis d’excréments. Les fruits attaqués peuvent rester attachés au pédoncule jusqu’au printemps suivant.
AUTRES PLANTES HÔTES
Plusieurs plantes des genres Vaccinium et Gaylussacia (Éricacées); la Pyrale des atocas est un ravageur particulièrement important du bleuet en corymbe.



Lépidoptères : Pyralidés
Pyrale noire ¬¬
Hill Fireworm
Tulsa
finitella (Walker)
ORIGINE RÉPARTITION
Indigène
Nord-est de l’Amérique du Nord
STATUT DE RAVAGEUR
États-Unis Canada
IDENTIFICATION
ŒUF
• 1 mm, oblong-ovale.
• Fraîchement pondu, jaune ou rougeâtre, puis cramoisi.
LARVE
• Cinq paires de fausses pattes.
• Premier stade : tête noirâtre; corps rougeâtre, bourgogne.
• Jeunes, intermédiaires et dernier stades (A) : tête noire; plaque thoracique noire et séparée de la tête par une bande pâle translucide; corps de couleur pourpre noirâtre avec environ 8 lignes longitudinales très fines sur le dos et les côtés, sauf à l’extrémité postérieure; segments avec présence de fines rayures brun-jaune pâle plus accentuées sur les deux segments près de la tête; partie ventrale sans rayure; le dos et les côtés avec des poils pâles et épars.
• Taille à maturité : 16 à 21 mm.

PUPE
• Environ 10 mm.
• Par tie de la tête et des ailes de couleur vert olive foncé; abdomen brun noisette; segment caudal brun foncé avec un double crochet à l’apex.
ADULTE
• Envergure des ailes : 19 à 25 mm.
• Ailes antérieures (B, C) : grises avec des nuances de brun et quelques taches noires, diffuses et éparses; touffes d’écailles retroussées noires environ au tiers de la longueur à partir de la base; lignes submarginales en zigzags, gris pâle; marges avec taches noires.
• Ailes postérieures : couleur gris fumé.
• Appendices : antennes filiformes (mâles et femelles).
BIOLOGIE
• Une génération par année.
• Hibernation : pupe, au sol.



• Cycle de vie : les papillons émergent et se reproduisent en champ durant les premières semaines de juin. À partir de la troisième ou quatrième semaine de juin, les œufs commencent à éclore. La grande majorité des larves sont à maturité vers la fin de juillet. Elles s’encapsulent à l’intérieur d’un hibernaculum fabriqué de grains de sable ou de débris tissés, dans lequel elles se transforment en pupe pour hiberner (D). Au Massachusetts, on a observé que la plupart des papillons émergent en août et en septembre et pondent des œufs qui entrent en diapause tandis qu’une partie seulement de la population passe l’hiver au stade pupe.
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Photos en quatrième de couverture : Collecte d’insectes ravageurs à l’aide d’un filet fauchoir
Observation visuelle des plants de canneberges pour détecter les symptômes et la présence d’insectes ravageurs
Observation d’insectes ravageurs à la loupe binoculaire
Échantillonnage dans le cadre d’un projet expérimental
Cette deuxième édition du guide d’identification des insectes ravageurs de la canneberge au Québec est un outil de diagnostic incontournable dans l’application de programmes de lutte intégrée. Ce guide présente 46 fiches descriptives abondamment illustrées des espèces nuisibles répertoriées dans les plantations du Québec. De plus, cette nouvelle édition a été bonifiée avec l’ajout de 11 espèces de ravageurs d’importance pour d’autres régions productrices de canneberges en Amérique du Nord et pouvant présenter une menace éventuelle pour les cannebergières du Québec.


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