LES ANIMAUX
QUI EXISTENT PEUT-ÊTRE du professeur O’Logh Stéphane Nicolet
Jean-Baptiste Drouot
À tous les petits curieux qui savent que croire qu’on sait, c’est savoir qu’on ne sait pas… enfin, je crois. S. N. Pour Bianca, cet animal qui existe bel et bien ! J.-B. D.
Les animaux qui existent peut-être, du professeur O’Logh Copyright © 2020 Stéphane Nicolet Copyright © 2020 Jean-Baptiste Drouot Copyright © 2020 Comme des géants inc. Conception graphique : Jolin Masson Révision : Valérie Litalien et Lise Duquette Infographie : Jolin Masson Les illustrations ont été réalisées à l’encre et à l’aquarelle. Dépôt légal : 2e trimestre 2020 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Titre : Les animaux qui existent peut-être, du professeur O’Logh / Stéphane Nicolet, auteur ; Jean-Baptiste Drouot, illustrateur. Noms : Nicolet, Stéphane, auteur. | Drouot, Jean-Baptiste, illustrateur. Identifiants : Canadiana 20190037431 | ISBN 9782924332535 (couverture rigide) Classification: LCC PS8627.I256 C47 2020 | CDD jC843/.6 — dc23 Imprimé en Pologne Comme des géants inc. 38, rue Sainte-Anne Varennes (Québec) J3X 1R5 www.commedesgeants.com
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 153 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
LES A NIMAUX
QUI EXISTENT PEUT-ÊTR E du professeur O’Logh Stéphane Nicolet
Jean-Baptiste Drouot
NOTE DE L’ÉDITEUR
Dans ce livre d’animaux, comme dans la plupart des livres d’animaux, il y a des animaux. Tous ont été observés, détaillés, dessinés et classifiés par le professeur O’Logh, scientifique méconnu et orphelin de naissance. Cet ouvrage rare a été édité par nos soins à partir du carnet du professeur. On a retrouvé ce cahier dans la jungle des Korowai (contrairement à son auteur, qu’on n’a retrouvé nulle part). Il existe seulement 78 exemplaires de cette publication dans le monde. Les créatures qui y figurent sont si incroyables que le professeur a dû les classer selon un système de catégories scientifiques complètement nouveau et incroyablement révolutionnaire. Tellement révolutionnaire que la Société Royale de Zoologie l’a refusé et a banni le pauvre homme en le qualifiant de misérable mytho cinglé (ce qui n’est ni très royal ni très scientifique). Aucun de ces animaux n’a pu être observé depuis, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’existent pas, même si certains prétendent que c’est le cas. En tout cas, personne n’a jamais prouvé qu’ils n’existent pas. Vous trouverez ci-contre une transcription de la première page du carnet, qui a été retrouvé fort abîmé.
J’aime bien les animaux domestiques aussi, mais pas chez moi. – Professeur O’Logh
Cher lecteur inconnu, Je ne sais pas comment tu as bien pu tomber sur mon carnet ni quand tu le liras. Tout a commencé comme ça : un jour où j’en avais marre de ma bonne vieille Angleterre pluvieuse, de ses moutons blancs et de ses escargots gris d’ennui, j’ai décidé de parcourir le vaste monde à la recherche de nouveaux animaux très exotiques, vraiment inconnus et, si possible, tout à fait extraordinaires. Ces animaux, je les ai trouvés, je le jure sur la tête de ma pauvre mère. Ils sont tous consignés dans ce carnet. J’espère, cher lecteur du futur, que mon travail est aujourd’hui reconnu et que la communauté scientifique est enfin prête à l’accepter, car le monde doit savoir. Bisous. – Arturo
TABLE DES MATIÈRES
1.
Les animaux doux au toucher Planches I à VIII
2.
Les animaux qui bavent Planches IX à XII
3.
Les animaux surnaturels Planches XIII à XVIII
5.
Les animaux qui font des trucs dégoûtants Planches XXV à XXX
4.
Les animaux qui chantent faux Planches XIX à XXIV
6.
Les animaux pas inutiles Planches XXXI à XXXVI
7.
Les animaux pas sympas Planches XXXVII à XL
9.
Les animaux louches Planches XLVII à LII
8.
Les animaux qui ne volent plus Planches XLI à XLVI
1 Les animaux doux au toucher
planche I
LE
GLOUBICÉPHALE grosse tête sympa cerveau
nageoire dorsale encore une
petites jambes atrophiées mais costaudes super doux (surtout sous le menton)
nageoire ventrale
tout un tas de nageoires en plus
Signes particuliers Adore la saucisse fumée. Son cri, le vourstissement, ne peut être perçu par l’oreille humaine et c’est tant mieux.. Plus il mange, plus il est velouté.
largeur 6 mètres
Habitat Fosse des Mariannes / île de Guam
planche II
Selon les autochtones, le gloubicéphale (ou grachalot) est un sacré goinfre. Il doit engloutir plusieurs tonnes de nourriture par jour. Ses multiples nageoires et sa paire de jambes lui sont alors bien utiles : il peut chercher sa nourriture au plus profond des abysses ou simplement au camion de hot-dogs. Malgré son énorme tête, le gloubicéphale est un peu neuneu, car son estomac se situe dans son crâne et son cerveau, ailleurs… bien plus bas. Il est couvert d’une peau douce comme le velours, ce qui ne sert absolument à rien puisque personne ne l’a jamais touché. Il est très, très, très* rare que l’on puisse observer le gloubicéphale dans son environnement naturel. D’ailleurs, il est certainement occupé à bâfrer des calmars albinos au fond des océans au moment où vous lisez ces lignes.
Fig. 1 Gloubicéphale chassant 253 hot-dogs sauce cheddar
* Non mais vraiment très rare !
planche III
LE
FLAMANVRIER oreilles longues à poil court portée de 3 à 4 petits
poils soyeux comme une barbe de hipster
pattes sans poil
genoux à l’envers spécimen (équilibre instable) s’apprêtant à dormir
Signes particuliers Porte ses petits sur son dos jusqu’à ce qu’ils sachent courir de leurs propres pattes. Pouvoir isolant du pelage : 0,069 λ.
queue : 80 cm queue longue à poil long
poids 12 kilos dont 9 de poils Longueur 2 m
Habitat Salar d’Uyuni en Bolivie
planche IV
Cet étrange animal possède la grâce du flamant rose et la pilosité du lévrier afghan. Dans la vase des marais salants, quand le soleil embrase le crépuscule, on peut parfois l’admirer, en train de dormir sur trois pattes malgré son très mauvais équilibre. Il ferait mieux de dormir sur un canapé, mais ça laisserait des poils roses partout. De toute façon, ça ne lui viendrait pas à l’idée, car le flamanvrier n’est pas très futé : par exemple, quand on lui jette une balle, il court sans s’arrêter et ne revient jamais (sauf certains spécimens endurants qui peuvent accomplir un tour complet de la planète et revenir à leur point de départ). Très recherché pour sa fourrure, le flamanvrier est une espèce menacée. Observer ces animaux qui piaillent dans un désert de sel est très distrayant. On aimerait tant comprendre ce qu’ils se disent…
Attention, derrière vous, des touristes !
Parle plus fort, on n’entend rien !
Des TOU-RIS-TES ! En position !
Fig. 1 troupeau de flamanvriers faisant plaisir aux touristes
AAAAAAH !
planche V
LE
FÖORB laine de mouton queue de mouton tête de mouton
Bê êêê
êê
ao
uuu
uh!
cri de mouton odeur de mouton
pattes de mouton
Signe particulier Se distingue seulement du vrai mouton par le fait que sa laine peut tout à fait se laver à 60°C sans rétrécir*.
largeur 80 cm
* Encore faut-il le repérer, le tondre et savoir tricoter.
Habitat Finlande, dans la région de Kaakkurivaara
planche VI
Le grand mignon et horrible föorb est un prédateur très choupinou et très doux qui se nourrit uniquement de laine de moutons vivants : on dit qu’il est trichotillomane. Il ressemble d’ailleurs en tous points à un mouton duveteux, si ce n’est sa mâchoire aiguisée comme une tondeuse à doubles lames de titanium auto-affûtées. Là où le föorb vit, dans les prairies finlandaises, il n’est pas rare de voir grelotter des troupeaux de moutons entièrement nus. On notera que même les moutons ayant gardé leur pelage grelottent un peu dans les prairies finlandaises. Même si le föorb, ce roi du mimétisme, est absolument impossible à observer, on peut, en tendant bien l’oreille, l’entendre glapir de sinistre façon au milieu des troupeaux insouciants de leur funeste sort. Normalement, il chasse seul pour éviter les confusions.
AYEU !
Faut pas se gêner, Aato !
GNAP! Pardon, Ärvo ! Je t’avais pas reconnu ! Fig. 1 deux spécimens essayant la chasse en meute
planche VII
LE
CHAETODON MOQUETTUS nageoires molles, toujours en nombre impair forme générale variable selon la température de l’eau
visage imberbe yeux narines
narines yeux
poil laineux de type angora vous pouvez recompter, c’est TOUJOURS impair
Signes particuliers Il est très difficile de distinguer ses yeux de ses narines.
rayon 1,5 m
diamètre 3 m
Élevé en eau froide, il peut devenir triangulaire, mais rarement isocèle.
périmètre 9,42 m
aire 7,7 m2
Habitat Plages du nord de Madagascar
planche VIII
Le chaetodon moquettus est couramment appelé poisson-carpette. Le spécimen présenté ici ne serait qu’un bébé puisque les adultes font de 2 à 3 mètres de diamètre (si l’on en croit les autochtones). Ce poisson évolue au ras du fond de la mer, ce qui explique qu’il soit tout pelé d’un côté et que ses yeux et ses narines soient tous de l’autre côté. Très plat et velu, il suffit de le faire sécher pour le transformer en un magnifique tapis. Il est tout à fait inoffensif et même plutôt curieux, ce qui explique qu’il soit aujourd’hui disparu. Mais, après tout, qui n’aime pas les tapis ? Attention ! Il existe des espèces très proches, dont le comportement est beaucoup plus agressif. Ces contrefaçons, souvent séchées à la va-vite, inondent le marché mondial.
Kiki !!
Kiki !!
Kiki ?
Mon Kiki ?
Fig. 1 les ravages de la contrefaçon
2 Les animaux qui bavent
planche IX
LE
BRUSHINGOPTÈRE ailes déplumées
brushing impeccable quelle que soit la météo
corps mou
peau moite
quatre pattes à trois doigts, ce qui fait douze doigts
Signes particuliers Se nourrit exclusivement de fromage et de jus de poisson fermenté (nuoc-mâm). Sait compter jusqu’à douze.
envergure 1,6308654 m (environ)
Habitat Irlande, autour des fromageries
planche X
Connu pour sa coiffure remarquable, le brushingoptère est aussi affublé d’une haleine insoutenable. Malgré son aspect repoussant, il est d’excellente compagnie : aveuglément fidèle et facétieux, il détrônerait facilement le chien à la place du meilleur ami de l’homme. Malheureusement, il postillonne aussi énormément, ce qui explique probablement son lamentable échec au diplôme d’animal de compagnie. Depuis cette défaite, mort de honte, il reste très discret. Il est cependant facile à pister puisqu’il laisse traîner derrière lui une étrange odeur de laque coiffante cheddar/karité. Certains passionnés ont tenté d’élever le brushingoptère, mais l’équipement est trop contraignant. Les abandons sont courants.
Toi aussi, ton maître t’a abandonné ?
Fig. 1 les dérives de l’élevage amateur
Ah non, pfas du tfout. Il est zufte partfi faire pfipfi, ze pensfe.
planche XI
LA
TCHOUMINE ARGENTÉE « trompe » chroniquement irritée
concentrée sur sa sieste
deux membres inutiles 27 tétines ventrales
genre de grosse limace à écailles
Signe particulier Rien à signaler.
longueur étirée 18 cm
Habitat Le monde entier, pourvu que les conditions soient réunies
planche XII
Cette créature rocambolesque vit allongée lascivement dans les flaques des déserts ou dans les stationnements souterrains. Ces endroits étant très pauvres en flaques, elle les remplit elle-même de son propre mucus (sa bave, pour les débutants en sécrétions corporelles). Cette espèce ne comprend que des femelles, comme en témoignent leurs vingt-sept mamelles. Ces mamelles sont strictement inutiles puisqu’il n’y a aucun mâle et donc fatalement pas de bébés. La population reste stable malgré tout. On en conclut que les tchoumines sont tout bonnement immortelles. C’est bien dommage d’être inutile et éternel, mais bon, c’est comme ça. En y regardant de plus près, il s’agirait plutôt de morve que de bave. Cela expliquerait le museau rouge des tchoumines et les éternuements glaçants que l’on peut entendre la nuit dans les déserts et les stationnements souterrains.
1, 2, 3, 4…
A TC H O U M
À tes souhaits ! �ù j’en étais ?… 1, 2, 3, 4, 5…
A TC H O U M
À tes souhaits ! 1, 2, 3…
Fig. 1 Tchoumine essayant de compter ses mamelles
Le feuilletage s'arrĂŞte ici.
Le feuilletage s'arrĂŞte ici.
Dans ce livre d’animaux, comme dans la plupart des livres d’animaux, il y a des animaux. Tous ont été observés, détaillés, dessinés et classifiés par le grand professeur O’Logh, scientifique méconnu et orphelin de naissance. Aucun de ces animaux n’a pu être observé par d’autres biologistes, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’existent pas, même si certains prétendent que c’est le cas. En tout cas, personne n’a jamais prouvé qu’ils n’existent pas.
ISBN 978-2-924332-53-5