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Axxon Exclusif decembre 2019

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DÉCEMBRE 2019

Association professionnelle pour tous les kinésithérapeutes

Exclusif

À LA UNE

La kinésithérapie en santé mentale et psychomotricité Magazine réservé aux membres. Pour et par les kinésithérapeutes


SOMMAIRE

EXXTRA

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Littérature spécialisée Il y a consentement et consentement

LITTÉRATURE SPÉCIALISÉE La Hernie Discale Lombaire Diagnostic, prise en charge et traitement

Par Jean-Luc Barat, Regis Levasseur, Henry-francois Parent

AXXON EN ACTION

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AXXON fête ses 10 ans

EXXPERT

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Données probantes en faveur de l’intégration de la kinésithérapie aux soins de santé mentale

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Soins de santé mentale : il est difficile de savoir si l’offre de soins répond à la demande

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Activités physiques, rééducation et santé mentale Maladie de Parkinson et activité physique : impacts sur les symptômes et ressenti des patients

AXXON EXCLUSIF

PUBLICATION DE L’ASBL AXXON –

DÉCEMBRE 2019 TRIMESTRIEL, ANNÉE 11, IMPERIASTRAAT

16 – 1930 ZAVENTEM, BUREAU DE DÉPÔT: BRUXELLES, NUMÉRO D’AGRÉMENT: P910666 – RÉDACTION & COPYWRITING SÉBASTIEN KOSZULAP – SOPHIE JANS – REDACTION@AXXON.BE – TRADUCTION: EMILY VAN COOLPUT – CONCEPT ET RÉALISATION: C3CREATIES – IMPRESSION: SYMETA – ADRESSE DE CORRESPONDANCE: AXXON IMPERIASTRAAT 16 – 1930 ZAVENTEM, T 02/709.70.80 WWW.AXXON.BE, NUMÉRO DE COMPTE POUR LES COTISATIONS BE18 3631 0868 1365 Vous recevez cette revue en fonction du nom et de l’adresse qui se trouvent dans notre base de données. Suite à la mise en application de la loi du 8 décembre 1992 sur la protection de la vie privée, vous avez la possibilité et le droit de modifier vos données. Les articles/publicités paraissent sous la responsabilité des auteurs/firmes. AXXON se réserve le droit de refuser des textes et/ou publicités qui pourraient nuire à la profession. © Tout texte ou partie de texte ne peut être copié/photocopié sans l’autorisation écrite de l’éditeur, quelle qu’en soit l’utilisation.

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DÉCEMBRE 2019

PROMOTION MEMBRES D’AXXON

73,75 €

TVA 6% incluse

(Prix normal : 81,95 €) Une prise en charge adaptée à chaque patient intégrant les données de l’examen clinique, les facteurs de risque, les antécédents et comorbidités est absolument nécessaire. Cet ouvrage dresse un état des lieux des aspects cliniques et thérapeutiques, traitement médical, prise en charge en rééducation, techniques percutanées, traitement chirurgical et traite aussi des aspects périopératoires (gestion de la douleur, incidence socio-professionnelle, place de l’ambulatoire et aspects médico-légaux). L’apport de l’EMG, de l’imagerie, la corrélation radioclinique déterminante dans la prise en charge de cette pathologie et de la rhumatologie

sont largement abordés dans ce contexte pathologique impliquant plusieurs spécialités (orthopédie, neurochirurgie, rhumatologie et MPR). Rédigé de façon pratique et didactique avec plus de 300 illustrations, des vignettes cliniques, des exposés des indications et contre-indications, l’ouvrage permet au spécialiste de poser l’indication adaptée à chaque patient. Editeur : Elsevier-Masson Date de publication : 2019 Nombre de pages : 240 ISBN : 9782294762864

VOUS POUVEZ COMMANDER CE LIVRE EN LIGNE AVEC LE CODE DE PROMOTION AXXON10GZ2709 VIA WWW.ACCO.BE/LAHERNIE CETTE RÉDUCTION EST VALABLE JUSQU’AU 28 FÉVRIER 2020.


BERNARD LAPLANCHE PRÉSIDENT AXXON QUALITÉ EN KINÉSITHÉRAPIE

ÉDITO

Passé, présent, mais surtout futur Vous le savez, votre association de défense professionnelle vient de fêter ses 10 ans. L’occasion bien sûr de jeter un œil dans le rétroviseur pour méditer sur tout ce qui a été accompli dans le passé, mais aussi et surtout de nous tourner résolument vers l’avenir.

25 – 35 ans sont à la fois les kinésithérapeutes actifs les plus nombreux mais paradoxalement ceux qui adhèrent le moins à l’association professionnelle, nous avons décidé d’axer majoritairement nos campagnes vers ces jeunes kinésithérapeutes.

J’ai le grand honneur d’avoir été désigné pour les 4 années à venir à la présidence de l’aile francophone de notre association. En étroite collaboration avec l’ensemble de mes collaborateurs, nous avons décidé que notre vision devait revenir à l’essentiel. D’une part, le travail et l’objectif de l’aile francophone d’AXXON doit être d’améliorer nos relations avec les kinésithérapeutes de terrain, qu’ils professent en pratique libérale ou en milieux hospitaliers/institutionnels. Afin d’assurer un meilleur contact, chaque province dispose maintenant d’un représentant qui est également administrateur d’AXXON QeK. Son rôle sera de mener des actions de proximité, avec l’objectif de diffuser une information claire et pertinente mais aussi et surtout d’être à l’écoute des problèmes que chaque kinésithérapeute rencontre dans son activité quotidienne. D’autre part, après avoir constaté que les kinésithérapeutes se trouvant dans la tranche d’âge

“Tournonsnous vers l’avenir”

À l’avenir, notre communication sera également orientée vers les canaux particulièrement utilisés aujourd’hui, tels que Facebook ou LinkedIn. Dans ce monde où tout doit toujours aller plus vite - au grand dam des plus vieilles générations - nous devons nous adapter. Face aux défis qui nous attendent, quels outils seront à notre disposition pour répondre qualitativement à l’ensemble des soins de demain ? Si en Belgique, nous n’avons rien à envier à personne au niveau de nos infrastructures et de la qualité des soins dispensés, nous devons hélas constater que des améliorations sont nécessaires au niveau de la coordination des soins. Des choses se mettent en place : on parle de trajets de soins ou encore de projets autour des maladies chroniques, mais tant que nous fonctionnerons « en silo », la multidisciplinarité indispensable aux soins de demain ne sera pas abordable. Adepte de la pensée positive, je reste toutefois confiant en nos capacités d’adaptation aux changements et je ne doute pas que notre belle profession retrouve dans un avenir proche la place qu’elle mérite dans le secteur des soins de santé. Ce qui sera bénéfique à l’ensemble des kinésithérapeutes, mais aussi aux patients qui nous sont confiés.

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SOURCE NEWSLETTER E-SANTÉ WALLONIE N°33 – SEPTEMBRE 2019

Il y a consentement et consentement Bernadette Pirsoul, chargée de projet pour la Luss (la Ligue des usagers des services de santé, soit la fédération francophone des associations de patients), inventorie pour e-santé Wallonie les consentements - car ils sont pluriels - que les patients s’attendent à donner si de leur côté les professionnels se plient correctement à leur devoir. Un message-clef des soignés à l’attention des soignants : « dites-nous à quoi un oui nous engage ». Il existe un consentement éclairé aux soins, qui découle de la loi sur les droits du patient de 2002, entame Bernadette Pirsoul. « Un prestataire de soins est supposé demander l’avis du patient avant tout acte. » Ainsi se doit-il d’informer un futur opéré des risques inhérents à l’intervention qu’il va subir ou de simplement annoncer, en pénétrant dans sa chambre : “Je viens vous faire une prise de sang”. Dans le premier cas, il existe d’ailleurs des formulaires spécifiques que le patient signe ; dans le second, le fait qu’il tende son bras traduit son acceptation. Quant à l’adjectif “éclairé”, il souligne que le patient doit pouvoir décider en connaissance de cause. Essais

“Un prestataire de soins est supposé demander l’avis du patient avant tout acte” 04

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cliniques et autres “fins scientifiques”. Il existe également un consentement à prendre part à une étude clinique « qui doit être plus que bien éclairé ! », insiste la représentante de la Luss. Les essais cliniques s’inscrivent dans un cadre légal strict, national et international. Il y a plus d’un demi-siècle déjà, l’Association médicale mondiale a en outre élaboré la “déclaration d’Helsinki”.

L’idéal, dans l’absolu… Le Réseau santé wallon examine pour le moment la piste d’une ouverture totale momentanée des documents de santé d’une personne à un professionnel de santé précis, sur ordre ponctuel de cette même personne. « Pour nous, même si c’est peut-être difficile à implémenter techniquement, l’idéal serait qu’en plus de l’actuelle grille des droits d’accès par profession, le patient puisse au cas par cas choisir à qui montrer quoi », indique la représentante de la Luss. « Je devrais pouvoir autoriser mon kiné, par exemple, à voir ma dernière radio, mais pas mon dossier gynéco. »


C’est un énoncé de principes éthiques applicables à la recherche médicale impliquant des êtres humains, maintes fois actualisé. Il consigne noir sur blanc la nécessité d’un consentement libre et éclairé du participant.

“Le patient donne parfois son consentement sans savoir à quoi il correspond” «  Il faut également recueillir l’accord du patient avant que ses données de santé ne soient collectées et exploitées à des fins d’évaluations statistiques, d’études épidémiologiques, … ». Pour Bernadette Pirsoul, « c’est encore différent que d’être enrôlé dans un essai pour la mise au point d’un nouveau médicament. La vigilance est néanmoins de mise, quant à la finalité de l’opération et les garanties de confidentialité offertes. » À force de compiler des données - mêmes

anonymisées - dans des registres (des comportements à risque, des prothèses et implants, des trajets de soins…), on thésaurise des pièces de puzzle qui, emboîtées, finissent par révéler une image assez nette du patient, identifiable par recoupement.

Un accord qui englobe les DPP Venons-en au consentement éclairé au partage électronique des données de santé sur les réseaux officiels - comme le Réseau santé wallon, le Réseau santé bruxellois et leurs homologues flamands - et via les coffres-forts de première ligne Intermed, Brusafe et Vitalink. Outre le fait que le patient donne parfois ce consentement sans trop savoir à quoi il correspond (voir l’encadré “Un ressenti tenace parmi les patients”), « il ignore généralement que ce consentement s’étend aussi

au partage qui s’opère via les DPP des pharmaciens, les “dossiers pharmaceutiques partagés” », clarifie Bernadette Pirsoul. Ce système, pour mémoire, permet aux pharmaciens d’officine de consulter mutuellement les données de leur dossier local, dans une optique d’amélioration des soins pharmaceutiques qu’ils assurent parfois à des patients qu’ils ne connaissent pas. On peut encore citer comme autres consentements que doit donner le patient, celui qui concerne l’entrée dans un trajet de soins (en l’occurrence, il s’incarne dans un contrat tripartite – patient/ généraliste/spécialiste – à signer) ou encore le consentement à être inclus parmi les patients chroniques spécifiquement pris en charge par l’un des projets pilotes soins intégrés.

Un ressenti tenace parmi les patients Pour Bernadette Pirsoul, le recueil du consentement du patient devrait devenir un réflexe chez les professionnels. Comme le fait (de prendre le temps) d’expliquer à quoi un “oui” engage vraiment. La chargée de projet de la Luss évoque – même si une amélioration est intervenue – une époque pas si lointaine où l’inscription des patients au réseau de santé de leur région se faisait à la faveur d’une consultation ou d’une admission à l’hôpital, sans qu’on ne le leur signale explicitement. « Il reste un sentiment tenace chez les patients que nous rencontrons : celui, quand ils tendent leur carte d’identité électronique, de ne pas trop savoir si l’hôpital n’en profite pas pour “faire des choses” à leur insu. » Par ailleurs, « les patients sont en attente d’explications sur la portée d’un consentement qu’ils donnent », indique Bernadette Pirsoul. Si l’on prend le cas du partage de données, « ils se demandent les risques qu’ils courent éventuellement en dévoilant tel

ou tel aspect de leur état de santé ou de leur passé médical. » Bien sûr, il existe dans le cadre des réseaux officiels d’échange de données électroniques de santé - comme le Réseau santé wallon – des balises pour protéger les données (l’accès est conditionné par le métier du prestataire, il dépend de l’existence d’un lien thérapeutique et d’une logique de continuité des soins et des exclusions que le patient peut avoir prononcées…). Les filtres sont plus fins encore pour les données à caractère psychiatrique. Mais la Luss insiste auprès des patients : « Discutez de cette crainte avec le médecin qui vous suit régulièrement, mettezvous d’accord sur ce que vous souhaitez dévoiler ou pas ». Bernadette Pirsoul ajoute que le médecin a alors l’obligation d’expliquer au patient ce que l’omission qu’il réclame pourrait lui faire courir comme risques, médicalement.

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AXXON EN ACTION

SOPHIE JANS

2009 - 2019

AXXON fête ses 10 ans Ce 4 octobre, AXXON soufflait ses 10 bougies. L’occasion pour quelques personnalités du secteur de la kinésithérapie de faire le bilan des années écoulées… mais aussi et surtout de lever un coin du voile sur ce que l’avenir nous réserve ! Nous vous proposons de découvrir à travers les lignes qui suivent la contribution des orateurs présents pour l’événement ainsi que leur vision de la kinésithérapie de demain.

Préparer la kinésithérapie à affronter l’avenir PR DIRK VISSERS UNIVERSITÉ D’ANVERS En Flandre, des études de kinésithérapie sont actuellement proposées dans cinq universités et reposent sur un trajet de cinq ans au minimum – un baccalauréat en trois ans de 180 crédits et un master en deux ans de 120 crédits. En Belgique francophone, la formation est organisée dans 8 hautes écoles et 3 universités et se fait en 4 ans (3 années de baccalauréat + 1 année de master). Nos formations comptent ainsi parmi les plus longues et les plus approfondies d’Europe… et pourtant, ceci ne se reflète toujours pas dans un accès direct à nos services, alors que les patients ont déjà la possibilité de se rendre

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chez le kinésithérapeute sans prescription médicale dans la moitié des pays d’Europe. Tout au long de leur formation, nos étudiants en kinésithérapie acquièrent néanmoins les compétences qui doivent leur permettre d’exercer leur profession de cette manière. En dix ans d’existence, AXXON a vu évoluer non seulement la profession, mais aussi les formations. L’augmentation du nombre d’étudiants a débouché sur un glissement vers un apprentissage mixte (« blended learning ») associant enseignement classique et étude autonome à l’aide de plateformes numériques, capsules vidéo et séquences d’instructions.


La profession aussi a vu ces derniers temps émerger la notion de «  kinésithérapie mixte  », où la technologie est utilisée pour apporter un soutien au traitement conventionnel par le biais d’un coaching à distance ou d’un monitoring des données. Dans un contexte où les kinésithérapeutes néerlandais ont déjà la possibilité d’attester des vidéoconsultations avec leurs patients et où notre propre ministre de la Santé souhaite faciliter l’utilisation d’applis dans les soins de santé, les compétences numériques ne cessent de gagner en importance pour les kinésithérapeutes. Ceci ouvre également la voie à une collecte accrue de données susceptibles d’être analysées, ce qui signifie du même coup que la thérapie fondée sur des données (data-driven therapy) pourrait devenir un complément majeur pour l’evidence-based therapy. Pour rendre ces évolutions possibles à l’intérieur de la kinésithérapie, il serait nécessaire de mettre en place une plateforme où puissent être rassemblées d’une manière sûre, éthique et structurée un maximum de données, dont l’analyse pourra déboucher sur des notions nouvelles dans notre secteur. Bien évidemment, cette collecte de données n’est possible que si les kinésithérapeutes et leurs patients sont prêts à utiliser la technologie

nécessaire (p.ex. moniteur d’activité, montre intelligente…). Je suis donc particulièrement heureux de la volonté d’AXXON de développer et d’implémenter dans notre pays un « écosystème » numérique pour la kinésithérapie – une plateforme conviviale qui sera capable de communiquer de manière intuitive avec les applications de télécoaching et de monitoring des données, avec les logiciels de gestion spécifiques au secteur de la kinésithérapie et avec les logiciels utilisés par les autres prestataires de soins, afin de spécifier s’il existe des preuves que la kinésithérapie est indiquée dans la trajectoire de soins d’un patient ou client spécifique. Dans le même temps, je voudrais attirer l’attention des centres de connaissance sur la nécessité d’intégrer les compétences numériques aux formations de kinésithérapie existantes. Les étudiants doivent être en mesure d’utiliser les nouvelles technologies en faisant preuve d’esprit critique… mais les kinésithérapeutes déjà en activité devraient également avoir l’occasion de développer leurs compétences numériques et de se familiariser avec les possibilités et les limites des applis, plateformes et dispositifs portables existants et émergents.

Le Center for Health and Technology (CHaT) de l’université d’Anvers a résolu, en collaboration avec AXXON, de lancer en octobre 2020 un post-graduat dédié à la « Smart Health », qui s’adressera aux prestataires de soins désireux de contribuer à porter l’innovation technologique dans le domaine de la santé (www.smart-health.be).

Le Pr Dirk Vissers est chargé de cours en sciences de la revalidation et kinésithérapie à la faculté de médecine et sciences de la santé de l’université d’Anvers. Il est également le viceprésident du Center for Health and Technology (CHaT) de l’université d’Anvers et membre du groupe de travail « Digital Health Care in Physiotherapy Education » de l’ENPHE.

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AXXON EN ACTION

Objectifs politiques du Conseil Fédéral de la Kinésithérapie PR PETER VAN ROY PRÉSIDENT DU CFK La fondation d’AXXON, en 2009, a marqué un véritable tournant dans l’histoire des organisations professionnelles du secteur de la kinésithérapie dans notre pays. Après l’introduction de la loi régulant son exercice, la kinésithérapie avait besoin d’unir ses forces pour assurer sa défense professionnelle… et c’est toujours le cas aujourd’hui, tant il est vrai que la société qui nous entoure et même nos responsables politiques ont souvent encore de notre métier une image stéréotypée héritée des années ’60 et ’70 du siècle dernier. Il existe donc clairement un besoin de continuer à promouvoir la kinésithérapie en 2020, mais aussi de veiller à ce que le chapitre qui la concerne dans la législation sur les professions de santé soit modernisé et actualisé plutôt que de retourner en arrière. En conséquence, le Conseil Fédéral de la Kinésithérapie et le Groupe de Travail Kinésithérapie de la Commission de Planification ont réalisé un mémorandum présentant les points-clés de la politique à mener durant la période 2019-2024. En voici un aperçu :

1. Création d’un organe de déontologie pour la kinésithérapie

2. Implémentation de l’Accès Direct à la Kinésithérapie (ADK) sous conditions Nous parlons ici d’un ADK défini dans le contexte de la CIF et qui s’inscrit dans le cadre des compétences du kinésithérapeute en Belgique en 2020, où le patient est placé au centre des préoccupations et où la profession est exercée de manière autonome, avec à la clé un gain de temps et d’efficience.

3. Développement d’un plan consolidé pour les spécialisations à l’intérieur de la kinésithérapie (QPP) Le CFK continue à se battre pour faire reconnaître les qualifications professionnelles particulières en kinésithérapie du sport, kinésithérapie en gériatrie et kinésithérapie psychomotrice. L’objectif serait également d’inscrire la thérapie de l’œdème parmi les qualifications professionnelles particulières.

4. Collaboration multidisciplinaire Encourager le recours à la kinésithérapie dans les différentes circonstances où une approche multidisciplinaire est opportune et où la kinésithérapie peut représenter une plus-value.

Il s’agirait d’un organe à quatre niveaux, conforme aux normes européennes et appliquant une déontologie positive consistant à informer, accompagner et, si nécessaire, sanctionner.

Accès direct à la kinésithérapie JONATHON KRUGER CEO WCPT - TEXTE RÉDIGÉ PAR SOPHIE JANS

Jonathon Kruger occupe le poste de CEO de la World Confederation for Physical Therapy depuis 2016. Avant de rejoindre la WCPT, il a exercé la kinésithérapie puis travaillé pour l’Australian Medical Association.

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Bien des choses ont changé depuis la fondation de la WCPT, en 1951. Au fil des années, l’organisation a ainsi évolué d’un petit groupe de 11 membres à une structure qui en compte 120, dans des pays entre lesquels les différences en matière d’exercice professionnel, de législation et de formation sont parfois considérables. C’est en 1976 en Australie qu’a été posée pour la première fois la question de savoir si les kinésithérapeutes n’étaient pas, finalement, à même de faire office de premier point de

contact au sein des soins de santé en lieu et place du médecin. L’avis de l’association professionnelle australienne que leurs compétences étaient suffisantes a suscité à l’époque bien des remous dans la communauté internationale. Tous les pays n’étaient en effet pas partisans de cet accès direct, qui suppose évidemment aussi davantage de responsabilités, de dévouement et d’autodiscipline. En 1978, il a été décidé que chaque pays serait libre de déterminer s’il était ou non opportun d’autoriser l’accès direct à la kinésithérapie,


5. Investir dans la prévention Investir dans la prévention, la réduction et/ou le rétablissement des problèmes posturaux, moteurs et fonctionnels qui relèvent du champ de compétences du kinésithérapeute dans les différents systèmes sur lesquels il intervient.

6. Être attentif au vieillissement, aux problèmes chroniques et à la polypathologie S’efforcer d’obtenir un statut adapté et de promouvoir le kinésithérapeute actif dans le domaine de la gériatrie ainsi qu’un rôle pour le kinésithérapeute dans la stratégie de réactivation et de revalidation dans la gestion des maisons de repos et de soins.

9. Développement d’un trajet de formation en cinq ans en Communauté française Le CFK est favorable à une réforme de la formation en kinésithérapie en Communauté française en vue d’en aligner la durée sur la Communauté flamande.

10. Extended Scope Physiotherapy Sur la base des compétences du kinésithérapeute dans le domaine de la recherche, du traitement et de la prévention, reprendre de façon positive l’idée des glissements de fonctions dans les professions de soins pour des tâches qui ne sont pas immédiatement perçues comme incombant au kinésithérapeute.

7. Continuer à œuvrer à la réforme de l’AR 78 Les réformes doivent s’inscrire dans la lignée de la formation et du profil de compétences actuels du kinésithérapeute, mais aussi de l’évolution internationale de la profession et de ses spécialisations.

8. Amélioration du statut des kinésithérapeutes hospitaliers S’efforcer de faire adapter la loi sur les hôpitaux, avec mention explicite et délimitation claire du statut du kinésithérapeute hospitalier en tant que partenaire à part entière à l’intérieur d’un modèle de soins multidisciplinaire organisé, avec le niveau d’autonomie correspondant.

sans que ceci n’affecte le code de déontologie de la profession. Plus de quatre décennies plus tard, le dossier demeure particulièrement épineux… même si ce qui était autrefois la principale pomme de discorde est aujourd’hui devenu ce qui unit un nombre croissant de membres. La WCPT est partisane d’un système permettant aux patients qui le souhaitent de s’adresser d’emblée à un kinésithérapeute, qui favorise leur autonomie et améliore l’accessibilité des soins. L’organisation se bat toutefois aussi pour parvenir à un

modèle de remboursement à l’intérieur des structures d’assurance maladie qui ne soit pas basé sur le renvoi par un médecin. Les membres de l’organisation sont donc encouragés à mettre en place un système d’accès direct dans leur pays où région ; dans ce contexte, il est également essentiel que les futurs kinésithérapeutes soient préparés à cette réalité au cours de leur formation. La voie vers une pratique professionnelle indépendante n’est toutefois pas largement ouverte à tous. L’Australie a eu la chance, dans

Peter Van Roy est professeur émérite de la VUB, où il a enseigné l’anatomie et la biomécanique. Il est actuellement président du CFK et président du comité de recherche de l’Université de Kinésithérapie SOMT Amersfoort.

les années ’70, de ne pas avoir à surmonter d’obstacles juridiques, mais il existe encore bien d’autres pièges – ainsi le financement, des facteurs d’ordre culturel ou encore, on l’a dit, la formation en kinésithérapie elle-même. À l’échelon international, nous avons toutefois plus de points communs que de différences. En développant des réseaux de contacts et en partageant nos idées et stratégies, l’accès direct pour tous les kinésithérapeutes qui le souhaitent n’est plus qu’une question de temps !


EXXPERT

MICHEL PROBST, TINE VAN DAMME, DAVY VANCAMPFORT

Données probantes en faveur de l’intégration de la kinésithérapie aux soins de santé mentale Pas toujours reconnu à sa juste valeur, le rôle du kinésithérapeute dans le domaine de la santé mentale est pourtant très important. Cet article a pour but de vous en expliquer les raisons. Les kinésithérapeutes qui ont suivi une formation en soins de santé mentale ont acquis, en sus des compétences propres à leur profession de base, des aptitudes techniques et communicationnelles plus spécifiques qui doivent leur permettre de dispenser un traitement optimal aux personnes victimes de troubles psychologiques. Leur intervention se concentre sur la santé aussi bien physique que mentale de patients confrontés à une détresse psychologique, à des difficultés psychosociales ou à des troubles psychiatriques. Au travers du « corps en mouvement », ils ciblent non seulement les dysfonctions mais aussi les facultés saines qui existent chez la personne, en vue d’accroître l’activation, la participation, le bien-être et l’autonomisation. L’attention est ainsi déplacée vers les talents et vers d’autres domaines de la vie et nous convainquons ces patients d’accroître leur résilience par le biais d’exercices physiques. La littérature comporte de nos jours abondance de preuves que « bouger », au sens le plus large du terme,

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a un effet bénéfique sur la santé physique et mentale. L’activité physique fait en outre partie intégrante de la psychopathologie et constitue un point de départ important pour tous les programmes de revalidation en santé mentale. Des programmes d’activité physique sur mesure ont un effet manifeste sur la santé physique et visent alors l’allègement des symptômes, mais ils influencent aussi de façon positive la confiance en soi et la qualité de vie. Nonobstant l’abondance de données probantes, le rôle du kinésithérapeute dans le domaine de la santé mentale et de la psychiatrie n’est toujours pas reconnu partout. De nombreux confrères se bornent aux aspects purement fonctionnels de la profession et sont confrontés à certaines barrières pour s’engager dans le domaine de la santé mentale. Au travers de cette publication, nous espérons attirer l’attention sur la kinésithérapie en santé mentale partout dans le monde.


La santé physique des personnes confrontées à un état de détresse ou à des troubles psychologiques Chez les personnes confrontées à des troubles de santé mentale transitoires ou chroniques, un comportement plus sédentaire, une inactivité physique marquée, de moins bonnes habitudes alimentaires et les effets secondaires des traitements psychotropes débouchent souvent sur une augmentation de la prévalence des maladies cardiovasculaires, des cardiopathies ischémiques, de l’hypertension, du diabète, des affections des voies respiratoires, du syndrome métabolique, de l’obésité, des douleurs musculo-squelettiques chroniques, des troubles du sommeil, de l’ostéoporose et du risque de chutes. Leur espérance de vie aussi est sensiblement abaissée. La recherche a par ailleurs révélé que les personnes atteintes de maladies somatiques présentent souvent aussi des troubles mentaux comorbides. Un quart des patients victimes d’une pathologie chronique de l’appareil locomoteur souffrent ainsi d’au moins un problème psychologique concomitant.

La sédentarité est parfois qualifiée de «  nouveau tabagisme » en raison de son impact négatif sur la santé physique.

La santé mentale des personnes confrontées à un état de détresse ou à des troubles psychologiques Comme le montrent clairement les articles ci-dessus, l’activité physique a également un impact sur la santé mentale des personnes atteintes de schizophrénie, de dépression, d’anxiété, de stress post-traumatique et de troubles de l’alimentation ou du sommeil. Leur proposer des activités physiques spécifiques, de la relaxation et une thérapie ou des exercices axés sur la perception du corps peut avoir pour elles un effet bénéfique. Cela ne permet bien évidemment pas de résoudre tous les problèmes comme par enchantement, mais la kinésithérapie peut tout de même déjà déboucher sur un allègement des symptômes, une augmentation de l’activité cérébrale, une amélioration de la qualité de vie et une meilleure compréhension par le patient de son propre fonctionnement psychologique.

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EXXPERT

Le traitement Chez les personnes victimes de problèmes psychologiques, le traitement de kinésithérapie consistera principalement à motiver le patient à mener à bien les objectifs thérapeutiques fixés d’un commun accord. Les entretiens motivationnels et le recours au cadre de référence de la théorie de l’autodétermination peuvent représenter ici d’excellents outils. À côté de ces aptitudes empruntées au domaine de la psychologie, le kinésithérapeute accordera une grande attention à l’activation et à la participation de ces personnes, en tenant compte des facteurs contextuels susceptibles d’avoir un rôle à jouer. Parmi ses atouts spécifiques, on peut citer «  le bien-être et l’activité physique  »,

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« le stress et la relaxation », « la conscience sensorielle, corporelle et motrice », « la douleur chronique physique et psychologique », « la confiance en son propre corps, la proximité et l’attouchement », etc. Cette liste reprend les principaux thèmes susceptibles de représenter une source de difficultés pour les personnes en état de détresse psychologique et auxquels les kinésithérapeutes peuvent apporter une réponse positive. Pour des informations plus détaillées, nous vous invitons à consulter le récent ouvrage de Probst en Skjaerven (2018), dont vous trouverez la référence ci-contre.

Probst, M., Skjaerven, L. (2018). Physiotherapy in mental health and psychiatry, a scientific and clinical based approach. London: Elsevier. ISBN: 9780702072680


Références Babson, K., Heinz, A., Ramirez, G., Puckett, M., Woodward, S (2015). The interactive role of exercise and sleep on veteran recovery from symptoms of PTSD. Mental Health and Physical Activity, 8, 15-20 Herring, M.P., O’Connor, P.J., Dishman, R.K. (2010). The effect of exercise training on anxiety symptoms among patients: a systematic review. Archives Internal Medicine, 22;170(4):321-31. doi: 10.1001/ archinternmed.2009.530. Miller, W.R., Rollnick, S. (2012). Motivational interviewing, helping people change. 3rd revised edition. New York, NY: The Guildford Press. Probst, M. (2017). Physiotherapy and Mental Health. In T. Suzuki (ed), Clinical Physical Therapy. IntechOpen, DOI: 10.5772/67595. Available from: https://www.intechopen.com/books/clinical-physical-therapy/ physiotherapy-and-mental-health. Probst, M., Skjaerven, L. (2018). Physiotherapy in mental health and psychiatry, a scientific and clinical based approach. London: Elsevier. Probst, M., Majewski, M.L., Albertsen, M., Catalan-Matamoros, D., Danielsen, M., De Herdt, A., Duskova Zakova, H., Fabricius, S., Joern, C., Kjolstad, G., Patovirta, M., Philip-Raverty, S., Tyyska, E., Vancampfort, D. (2013). Physiotherapy for patients with anorexia nervosa. Advances in Eating Disorders; Theory, Research and Practice 1: 224-238. DOI: 10.1080/21662630.2013.798562 Schuch, F.B., Vancampfort, D., Richards, J., Rosenbaum, S., Ward, P.B., Stubbs, B. (2016). Exercise as a treatment for depression: A meta-analysis adjusting for publication bias. Journal of Psychiatric Research 77: 42–51. Stubbs, B., Probst, M., Soundy, A., Parker, A., De Herdt, A., De Hert, M., Mitchell, A., Vancampfort, D. (2014). Physiotherapists can help implement physical activity programmes in clinical practice. British Journal of Psychiatry, 204, 164-164. Stubbs, B., Vancampfort, D., Rosenbaum, S., Firth, J., Cosco, T., Veronese, N., Salum, A., Schuch, F.B. (2017). An examination of the anxiolytic effects of exercise for people with anxiety and stress-related disorders: A meta-analysis. Psychiatry Res. 249:102-108. doi: 10.1016/j.psychres.2016.12.020. Vancampfort, D., Vansteelandt, K., Scheewe, T., Probst, M., Knapen, J., De Herdt, A., De Hert; M. (2012). Yoga in schizophrenia: a systematic review of randomised controlled trials. Acta Psychiatrica Scandinavica 126: 12-20. DOI: 10.1111/j.1600-0447.2012.01865.x Vancampfort, D., De Hert, M., Vansteenkiste, M., De Herdt, A., Scheewe, T.W., Soundy, A., Stubbs, B., Probst, M. (2013). The importance of self-determined motivation towards physical activity in patients with schizophrenia. Psychiatry Res. 210(3):812-8. doi: 10.1016/j.psychres.2013.10.004. Vancampfort D, Rosenbaum S, Schuch F, Ward P, Richards J, Mugisha J, Probst M, Stubbs B. Cardiorespiratory fitness in severe mental illness: A systematic review and Meta-analysis. Sports Medicine. 2016; DOI: http://dx.doi.org/10.1007/s40279-016-0574-1

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KCE

Soins de santé mentale : il est difficile de savoir si l’offre de soins répond à la demande Les soins de santé mentale ont fait l’objet d’un certain nombre de réformes au cours des dernières décennies dans notre pays. Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a été chargé de cartographier le paysage actuel de ces soins et d’en identifier les lacunes et les possibles recoupements. Comme les besoins de la population belge ne sont pas connus – car il n’existe pas de chiffres fiables sur ce sujet – le KCE n’a pas été en mesure de vérifier si l’offre de soins correspond à ces besoins. En plus d’un système efficace d’encodage des données et d’une incitation des acteurs concernés à procéder à l’encodage, le gouvernement devrait renforcer sa politique de soins orientés vers la communauté, notamment en rendant les soins de santé mentale plus accessibles (notamment sur le plan financier), en prévoyant des lieux où l’information nécessaire serait facilement abordable et en élargissant l’offre d’habitats adaptés. Une cartographie des soins de santé mentale Au cours des dernières décennies, les soins de santé mentale ont fait l’objet de plusieurs réorganisations, au fil des réformes successives de l’État. Ces réorganisations se marquent toutes par une volonté croissante de sortir ces soins des hôpitaux et autres lieux de soins résidentiels. En 2016, il a été décidé, de commun accord entre les autorités de santé fédérales et fédérées, de se focaliser encore davantage sur les soins dispensés au sein de la communauté, afin de permettre aux personnes confrontées à des problèmes de santé mentale d’être traitées dans leur environnement familier et de reprendre ensuite plus facilement le cours de leur vie. C’est dans ce contexte qu’il a été demandé au KCE de dresser un état des lieux des soins de santé mentale (pour les adultes).

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Le KCE a analysé la littérature scientifique, les bases de données, les sites internet et les rapports annuels des différents acteurs des soins de santé mentale. Une très large consultation de toutes les parties prenantes, dont les associations de patients et de familles de patients, a été réalisée via des focus groupes et des enquêtes en ligne.

Les besoins de soins sont mal connus L’enquête nationale de santé fournit des données concernant les problèmes auto-rapportés de santé mentale mais le principal problème rencontré par le KCE est qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de chiffres fiables sur les besoins en soins de santé mentale de la population belge. Par conséquent, les chercheurs du KCE n’ont pas été en mesure de vérifier si l’offre actuelle de soins est suffisante et accessible, s’il y a des doubles emplois et si toutes les personnes qui ont des problèmes de santé mentale reçoivent bien les soins dont elles ont besoin.

Il est donc prioritaire de mettre en place des systèmes efficaces d’encodage des chiffres relatifs aux problèmes de santé mentale, aux soins nécessaires, à l’offre et à l’utilisation de ces soins, à leurs coûts, à leur qualité, etc.. Ces données seront principalement utiles pour les processus de soins et pourront également servir à la politique de santé et à la recherche. Cela prendra beaucoup de temps mais, en attendant, d’autres mesures peuvent être prises (voir ci-dessous) pour poursuivre et renforcer la politique actuelle, à tous les niveaux de compétence. À l’avenir, il est également prévu de collecter des données épidémiologiques sur les besoins en santé mentale en première ligne dans le cadre du projet sur le remboursement des soins psychologiques pour adultes.


Les arbres et la forêt Le KCE a constaté l’étendue, la grande diversité, mais aussi la complexité de l’éventail des soins de santé mentale proposés dans notre pays. Il en résulte une offre de soins peu visible et peu lisible, tant pour les citoyens que pour les prestataires de soins et les responsables politiques. Il est donc souhaitable de clarifier les points d’accès aux soins et à l’information, qui doivent être facilement accessibles pour toutes les personnes qui en ont besoin, mais aussi pour leurs familles et aidants proches. Ces points d’accès pourraient être des médecins généralistes, des maisons médicales, des services de santé au travail, des CPAS, etc. Divers réseaux de soins de santé mentale sont déjà en train de mettre en place de tels points d’accès. À l’avenir, il serait souhaitable que toutes les informations sur l’offre de soins de santé mentale et physique soient réunies en ligne sur un portail unique.

Renforcer les soins au sein de la communauté et les habitats adaptés Par ailleurs, le KCE préconise de renforcer l’offre de soins (psychologues, psychiatres, médecins généralistes, maisons médicales, services de santé mentale, équipes mobiles, centres de plannings familiaux, etc.) dans l’environnement proche des personnes confrontées à des problèmes de santé mentale et de rendre cette offre financièrement plus accessible. De cette façon, les problèmes de santé mentale pourraient être traités plus tôt, ce qui allégerait le recours aux services d’urgence et aux hospitalisations. La continuité des soins entre l’hôpital et l’extérieur doit également être améliorée. L’offre d’habitats adaptés, où les personnes ayant des problèmes de santé mentale peuvent bénéficier d’un soutien psychosocial tout en

restant dans leur environnement, doit être considérablement accrue, afin de favoriser la réinsertion sociale et de prévenir les institutionnalisations.

Oser aborder le sujet La prévention des problèmes de santé mentale et leur prise en charge précoce passent par leur déstigmatisation, tant dans la population en général que chez les employeurs et chez les soignants euxmêmes. Il existe pour cela diverses possibilités, comme les campagnes médiatiques, ou l’incorporation de la santé mentale dans les programmes d’enseignement général et dans les programmes de formation des prestataires de soins. Retrouvez plus d’informations à ce sujet en consultant le document Reports 318B disponible sur le site web du KCE : www.kce.fgov.be.

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JEAN-PIERRE BLETON KINÉSITHÉRAPEUTE - UNITÉ JAMES PARKINSON - FONDATION OPHTALMOLOGIQUE DE ROTHSCHILD – PARIS

Activités physiques, rééducation et santé mentale La santé mentale est une partie essentielle de l’état de santé général. L’intérêt de l’activité physique pour améliorer la qualité de vie, l’humeur, les états dépressifs et l’anxiété est actuellement largement reconnu. AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE REPRODUCTION DE KINÉSITHÉRAPIE SCIENTIFIQUE. TOUTE RÉFÉRENCE À CET ARTICLE SERA MENTIONNÉE TELLE QUE : BLETON JP. ACTIVITÉS PHYSIQUES, RÉÉDUCATION ET SANTÉ MENTALE. KINESITHER SCIENT 2013;545:43-4. TOUS DROITS RÉSERVÉS.

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Cette influence positive de l’activité physique (AP) est naturellement retrouvée en santé mentale où, de plus en plus souvent, rééducation et AP sont associées aux traitements médicaux et psychologiques. Elle a montré son effet positif, quel que soit le degré de sévérité des pathologies psychiatriques, aussi bien dans les formes modérées de dépression où l’AP agit comme un élément antidépressif, que dans des pathologies particulièrement sévères où elle agit comme un adjuvant important du traitement. Il est bien sûr évident que l’AP ne remplace pas le traitement médical et psychothérapique, mais participe au traitement, en particulier des comorbidités. Une comorbidité est l’apparition d’un autre trouble de n’importe quelle nature au cours de l’évolution de la pathologie initiale pour laquelle le malade est suivi. Les comorbidités sont, pour les malades psychiatriques et, plus particulièrement schizophréniques, un facteur de diminution de l’espérance de vie. C’est en particulier le cas pour les comorbidités vasculaires et oncologiques.

Les comorbidités cardiovasculaires Les patients atteints d’une pathologie mentale sévère telle que la schizophrénie présentent un risque accru de morbidité et de mortalité par rapport à la population générale, avec une réduction de l’espérance de vie en rapport essentiellement avec des événements cardio-vasculaires comme l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral. Ce risque est accentué par le tabagisme chez ces malades, dont la consommation de tabac est largement plus élevée. Elle augmente non seulement le risque cardio-vasculaire mais aussi le risque oncologique. La lutte contre le tabagisme au sein de cette population est une priorité à laquelle l’AP participe.

L’évaluation de la tolérance à l’exercice peut être réalisée par des tests simples à mettre en œuvre comme le test de marche de 6 minutes (TM6). Le TM6 est un test validé, d’usage courant qui permet d’évaluer la marche sur un plan fonctionnel et donne des indications sur les capacités d’endurance du patient. Il constitue un élément pronostique fiable chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque car il existe une bonne corrélation entre la distance de marche et le pic de VO2.

« L’activité physique ne remplace pas le traitement médical et psychothérapique mais participe au traitement, en particulier des comorbidités »

La prise de poids La prise de poids lors d’un traitement psychotrope chez les patients souffrant de troubles psychiatriques est une comorbidité fréquemment observée. La difficulté d’équilibrer l’alimentation et le manque d’AP s’associent aux conséquences des effets des médicaments. La prise de poids peut se manifester par une simple surcharge pondérale mais peut mener à une obésité sévère. La surveillance du poids des patients est calculée par des pesées régulières mais également par le calcul de l’indice de masse corporelle (IMC qui est exprimé en kg/m2 et obtenu en divisant le poids par le carré de la taille). La prise de poids augmente le risque d’apparition de complications somatiques multiples : hypertension

artérielle, insuffisance coronarienne, accident vasculaire cérébral, diabète, troubles respiratoires, troubles orthopédiques ou oncologiques), mais également celui de complications psychologiques et sociales. Les conséquences de la prise de poids sont parfois si sévères ou si mal vécues qu’elles conduisent à un arrêt du traitement et font courir le risque de rechute de la pathologie psychiatrique. La prise en charge de la prise de poids comporte des mesures associant la surveillance régulière et précoce du poids et de ses variations, et un bilan biologique régulier. La mise en place de mesures hygiéno-diététiques et la pratique d’AP peuvent être associées à un régime alimentaire. Le suivi par des séances régulières de rééducation ou d’AP est un temps supplémentaire pour rappeler les consignes d’hygiène alimentaire et un moment privilégié pour porter attention à son corps.

Les syndromes extrapyramidaux des neuroleptiques Les neuroleptiques peuvent être à l’origine de syndromes extra-pyramidaux : syndromes parkinsoniens, dyskinésies aiguës ou tardives, dystonies pour lesquels une rééducation spécifique de type rééducation de la maladie de Parkinson ou des dystonies primaires est utile. Les différentes recommandations s’accordent pour confirmer l’intérêt d’une AP régulière de l’ordre de 3 à 5 fois par semaine avec un temps de pratique d’environ trois heures hebdomadaires, 25 minutes minimum par séance. Ce temps hebdomadaire comprend des exercices pratiqués sur un mode aérobie d’intensité modérée pour les 2/3 du temps et d’intensité plus soutenue le reste du temps.

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TRUDY BEKKERING CEBAM, COCHRANE BELGIQUE MARTINE GOOSSENS CEBAM

Maladie de Parkinson et activité physique : impacts sur les symptômes et ressenti des patients Quel est le vécu des personnes atteintes de la maladie de Parkinson par rapport à l’activité physique ? Quels sont les facilitateurs et les barrières pour démarrer et maintenir leur engagement dans l’activité physique ? Ce sont les questions cliniques développées dans cette revue. Contexte Pour une meilleure santé, les guides de pratique recommandent une activité physique régulière. Bon nombre d’études chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson montrent qu’un programme d’activité physique a des effets positifs sur les symptômes physiques et le bien-être général. L’activité physique regroupe les exercices physiques de la vie quotidienne, donc durant les loisirs, à la maison, au travail ou en pratiquant un sport. Malgré ces recommandations, peu de personnes atteintes de la maladie de Parkinson s’engagent à pratiquer une activité physique régulière. Pour promouvoir l’activité physique, il est important de savoir quel est le vécu des patients à ce propos.

Critères de sélection pour les études Cette revue comprend des études qui ont examiné les expériences et les opinions des personnes atteintes de la maladie de Parkinson par rapport à l’activité physique et aux programmes visant à encourager l’activité physique et à augmenter l’adhérence et la persévérance.

Résumé des résultats La revue inclut dix-sept études qui ont rapporté 105 expériences et opinions de patients. Celles-ci ont été regroupées en catégories. La qualité méthodologique était changeante tandis que les preuves étaient en général de certitude faible. Les personnes atteintes de la maladie de Parkinson considèrent l’activité physique comme positive. Les participants font état d’une amélioration du fonctionnement physique et mental et d’un meilleur

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contrôle des symptômes. Ils mentionnent également des changements généraux, notamment un sentiment de satisfaction, une plus grande confiance et un bien-être accru. Ils évoquent un impact de la maladie de Parkinson sur tous les aspects liés à l’activité physique. En effet, la fluctuation des symptômes provoque des difficultés à la fois physiques et émotionnelles. Pour maximiser la participation, il est important d’adapter le niveau et la nature des activités et de mettre en œuvre des stratégies d’adaptation individuelles. La participation à des activités physiques dépend aussi de la personne. Les participants apprécient les activités qu’ils trouvent pertinentes et qui sont adaptées à leurs besoins et à leurs préférences. La façon dont les participants perçoivent l’activité physique est influencée par leurs attentes et leur auto-évaluation des progrès. Des facteurs externes peuvent influencer le vécu des participants par rapport à l’activité physique. Impliquer les membres de la famille ou les amis ainsi que l’utilisation de la musique rendent les séances agréables et augmentent le bien-être. D’autres facteurs sont le soutien de la part des instructeurs qui veillent à ce que les programmes soient structurés et faciles à réaliser, qui expliquent la pertinence des activités et offrent un soutien aux participants. Le fait de faire des progrès stimule la confiance des participants et améliore leur participation. Les catalyseurs de participation sont un désir personnel de vouloir être indépendant et être convaincus que l’activité physique peut mettre un frein à la détérioration ou arrêter


la détérioration. La motivation est renforcée lorsque les personnes éprouvent une amélioration des symptômes et qu’elles se sentent responsables de leur propre santé. Les facteurs motivationnels sont les caractéristiques de la personne, telles que les habitudes d’activité physique, la recherche d’informations, l’endurance, la résolution de problèmes et l’intérêt porté à l’activité. Les obstacles sont le manque de temps, de faibles attentes quant aux résultats et les défis culturels. Se comparer aux autres peut motiver mais aussi bien entraver. Le désir et la capacité d’entreprendre des activités physiques sont influencés par des facteurs tels que la difficulté à obtenir un premier diagnostic, l’accessibilité des activités, les symptômes de la maladie (à la fois physiques et psychologiques) et leur gravité. Les participants rapportent que d’autres personnes, comme les membres du groupe, la famille, les amis et les collègues, encouragent à démarrer et continuer une activité physique.

Conclusion Les personnes atteintes de la maladie de Parkinson sont positives par rapport à l’activité physique et la considèrent comme agréable. L’activité physique leur permet de contrôler les symptômes et d’améliorer le bien-être général et la qualité de vie. Les facteurs favorisant le maintien de l’activité physique sont les caractéristiques de la maladie, les caractéristiques de la personne, la conception du programme, le soutien de la part de tiers et l’environnement physique et social. Une des limitations de cette revue est qu’elle ne concerne que les personnes atteintes de la maladie de Parkinson qui sont actives et non celles qui ne le sont pas.

Référence Hunter H, Lovegrove C, Haas B et al. Experiences of people with Parkinson’s disease and their views on physical activity interventions: a qualitative systematic review. JBI Database of Systematic Reviews and Implementation Reports. 17(4):548-613, April 2019. Note : cette revue systématique a été réalisée par le Joanna Briggs Institute (JBI). Vous pouvez retrouver plus d’information en surfant sur www.joannabriggs.org.

Implication pour la pratique Les patients atteints de la maladie de Parkinson préfèrent un programme d’activité physique qu’elles trouvent utile et qui correspond à leurs besoins. Un tel programme leur permet de démarrer et de maintenir leur engagement dans l’activité physique.

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