DÉCEMBRE 2020
Association professionnelle pour tous les kinésithérapeutes
Exclusif
À LA UNE
Kinésithérapie et diététique Magazine réservé aux membres. Pour et par les kinésithérapeutes
SOMMAIRE
EXXTRA
EXXTRA
02
Littérature spécialisée
AXXON EN ACTION
04
La collaboration entre kinés et diététiciens : essentielle pour optimiser la prise en charge du patient
EXXPERT
08
Obésité : réduire la masse grasse, mais renforcer les muscles !
14
L’amélioration de la sensibilité à l’insuline par l’activité physique et l’alimentation chez les patients diabétiques
18
Des antioxydants pour prévenir ou réduire les douleurs musculaires
20
Participez au congrès 2020 de l’ER-WCPT en ligne !
AXXON EXCLUSIF
PUBLICATION DE L’ASBL AXXON
DÉCEMBRE 2020 TRIMESTRIEL – ANNÉE 12 – N° 48 – IMPERIASTRAAT 16 – 1930 ZAVENTEM BUREAU DE DÉPÔT: BRUXELLES X NUMÉRO D’AGRÉMENT: P910666 ÉDITEUR RESPONSABLE: PETER BRUYNOOGHE – IMPERIASTRAAT 16 – 1930 ZAVENTEM RÉDACTION & COPYWRITING: SÉBASTIEN KOSZULAP & SOPHIE JANS – REDACTION@AXXON.BE TRADUCTION: EMILY VAN COOLPUT
CONCEPT ET RÉALISATION: C3CREATIES IMPRESSION: SYMETA ADRESSE DE CORRESPONDANCE AXXON: IMPERIASTRAAT 16 – 1930 ZAVENTEM – TÉL : 02 709 70 80 – WWW.AXXON.BE NUMÉRO DE COMPTE POUR LES COTISATIONS: BE18 3631 0868 1365 Vous recevez cette revue en fonction du nom et de l’adresse qui se trouvent dans notre base de données. Suite à la mise en application de la loi du 8 décembre 1992 sur la protection de la vie privée, vous avez la possibilité et le droit de modifier vos données. Les articles/publicités paraissent sous la responsabilité des auteurs/firmes. AXXON se réserve le droit de refuser des textes et/ou publicités qui pourraient nuire à la profession. © Tout texte ou partie de texte ne peut être copié/photocopié sans l’autorisation écrite de l’éditeur, quelle qu’en soit l’utilisation.
02
DÉCEMBRE 2020
LITTÉRATURE SPÉCIALISÉE Mémo-guide de rééducation - 2e édition L’essentiel au bout des doigts Véritable best-seller en langue anglaise, cette nouvelle édition du Mémo-guide de rééducation constitue un outil indispensable grâce à un accès aisé et rapide aux données clés essentielles et mises à jour de la discipline. Organisé en 6 grandes parties (Anatomie neurologique et ostéomusculaire ; Évaluation neuromusculosquelettique ; Neurologie ; Système cardiorespiratoire ; Pathologie ; Pharmacologie), cette nouvelle édition offre dans un volume compact et pratique une somme d’informations indispensables : • Plus de 300 illustrations en bichromie : appareil locomoteur, tests neurodynamiques, système nerveux central, territoires d’innervation sensitive et motrice, etc. ; • Présentation par ordre alphabétique pour un meilleur repérage : muscles de A à Z, pathologies de A à Z, médicaments de A à Z ; • Techniques thérapeutiques mises à jour et contre-indications de traitement ; • Plusieurs annexes pratiques spécifiques : échelles d’évaluation, score de Glasgow, gestes de premiers secours, unités de mesure et tables de conversion, valeurs de référence en biochimie et hématologie.
PROMOTION MEMBRES D’AXXON
32,90 €
TVA 6% incluse
(Prix normal : 36,55 €) Rédigé dans un esprit de concision adapté à l’usage fréquent au quotidien, cet ouvrage accompagne de manière efficace l’étudiant tout au long de ses études, pendant ses stages et au-delà, ainsi que le praticien. Auteurs : Jonathan Kenyon, Karen Kenyon, Michel Pillu Editeur : Elsevier Masson Date de publication : 2020 Nombre de pages : 384 ISBN : 9782294772580
COMMANDEZ CE LIVRE EN LIGNE DIRECTEMENT SUR
WWW.ACCO.BE
RÉDUCTION VALABLE JUSQU’AU 31 DÉCEMBRE 2020
ÉDITO
BERNARD LAPLANCHE PRÉSIDENT AXXON QUALITÉ EN KINÉSITHÉRAPIE
Les kinésithérapeutes dans la tourmente du COVID-19. Et après… Personne ne peut ignorer aujourd’hui à quel point les kinésithérapeutes ont été malmenés durant cette période de crise. Et c’est malheureusement bien loin d’être fini. De l’oubli général au début de la crise, lors de la distribution de l’équipement de protection individuelle (EPI) pour une prise en charge des patients en toute sécurité, en passant par les choix difficiles en matière de bonne continuité des soins ; de la mise à l’écart des kinésithérapeutes hospitaliers - et autres - sous forme de chômage technique (parfois), aux incertitudes relatives à la reprise de nos activités ; de la perte de revenus pour beaucoup d’entre nous, aux craintes légitimes face à un avenir incertain…
dans lequel nous sommes - par défaut - très peu présents. Qu’il est indispensable de créer un cadastre dynamique de l’activité des kinésithérapeutes en Belgique. Cela doit être une de nos priorités. Il en va de même pour d’autres acteurs du secteur des soins, confrontés aux mêmes problématiques.
Quelles leçons pouvons-nous tirer de tout cela ? Que l’évolution des soins autour de la personne s’oriente aujourd’hui vers plus d’interdisciplinarité. Quelle doit être la place du kinésithérapeute dans ce contexte ? Il ne peut pas, comme cela a trop souvent été le cas par le passé, être considéré comme la dernière roue de la charrette. Nous devons nous battre pour définir notre rôle, notamment au niveau de la prévention, un domaine
Les kinés ont été malmenés : quelles leçons en tirer ?
Le nombre de membres francophones d’AXXON n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui. Cela reflète la qualité du travail effectué par AXXON, majoritairement dans sa communication. Mais cela reflète également le besoin des kinésithérapeutes d’être soutenus par une association forte, professionnelle et cohérente. L’année 2021 se profile à l’horizon. AXXON Qualité en Kinésithérapie se veut dynamique et prépare déjà l’avenir. Sans cesse, nous continuerons à défendre au mieux les intérêts de tous les kinésithérapeutes. Il n’est plus nécessaire de démontrer l’utilité d’une association active : ce besoin s’est assurément avéré d’autant plus flagrant au cours de la crise que nous traversons. Pour la bonne évolution de la kinésithérapie, il est aujourd’hui indispensable que la prise de conscience se généralise et que nous soyons demain bien plus nombreux qu’aujourd’hui à vouloir faire entendre nos voix. AXXON Qualité en Kinésithérapie est plus que jamais à votre écoute : c’est ensemble que nous construirons un avenir meilleur pour tous les kinésithérapeutes.
DÉCEMBRE 2020
03
AXXON EN ACTION PETER BRUYNOOGHE PRÉSIDENT AXXON, PHYSICAL THERAPY IN BELGIUM RIAN VAN SCHAIK ET DIRK LEMAITRE CO-PRÉSIDENTS DE LA VLAAMSE BEROEPSVERENIGING VAN DIËTISTEN (VBVD)
La collaboration entre kinés et diététiciens : essentielle pour optimiser la prise en charge du patient Les diététiciens et les kinésithérapeutes pourraient travailler main dans la main dans de nombreux domaines : une collaboration entre nos deux professions constituerait une réelle plus-value, tant cette synergie pourrait amplifier les effets du traitement de nombreux patients et permettre en prime d’optimiser les moyens mis à disposition du secteur de la santé. Il ne fait aucun doute que les kinésithérapeutes amenés à traiter et coacher des personnes prédiabétiques, diabétiques de type 2, obèses ou atteintes de maladies cardiaques sont régulièrement confrontés aux (mauvaises) habitudes alimentaires de ces groupes de patients… Où est l’intérêt de s’escrimer à inciter un patient obèse à bouger mieux et davantage s’il continue, en parallèle, à se complaire dans des comportements malsains face à la nourriture ? Une collaboration entre kinésithérapeutes et diététiciens s’impose, raison pour laquelle AXXON a décidé de se tourner vers l’Union Professionnelle des Diététiciens de Langue Française (UPDLF) et de son pendant flamand, la Vlaamse Beroepsvereniging van Diëtisten (VBVD).
04
DÉCEMBRE 2020
Collaboration entre AXXON, l’UPDLF et la VBVD L’actuelle pandémie du coronavirus a un impact colossal sur notre vie privée, mais aussi sur notre réalité professionnelle. En tant que soignants, nous observons clairement les effets du COVID-19 chez nos patients et on attend aussi de nous que nous assurions un encadrement optimal à ce groupe de malades. Les conséquences de l’affection sont graves et se traduisent, en cas d’admission aux soins intensifs, par une énorme perte de masse musculaire de l’ordre de 0,5 à 1 kg par jour, souvent en combinaison avec une fatigue extrême, une perte de capacité pulmonaire, une neuropathie, une perte du goût et de l’odorat et des troubles de la déglutition (après intubation). Cette accumulation de plaintes se solde souvent aussi par des problèmes de dépression. Il est évident qu’une collaboration optimale est nécessaire entre médecins traitants, infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, diététiciens, psychologues, logopèdes, … pour aider ces patients gravement malades à se rétablir.
Face à la désinformation propagée sur internet par des gourous de l’alimentation concernant le rôle de celle-ci sur le COVID-19, AXXON, l’UPDLF, la VBVD et la Vlaamse Vereniging van Klinische Voeding en Metabolisme (VVKVM) insistent sur les conséquences dramatiques de l’infection au COVID-19 pour les patients et l’importance d’une alimentation sur mesure doublée de kinésithérapie à l’hôpital, mais aussi en première ligne pour les malades suivis à domicile. Les conséquences du COVID-19 peuvent persister plusieurs mois voire plusieurs années et il est possible que certains malades ne s’en remettent jamais complètement. La VBVD a également adressé une lettre à Maggie De Block (qui occupait encore à l’époque le poste de ministre de la Santé publique) et à l’INAMI, avec un appel insistant à rembourser la prise en charge par le diététicien en combinaison avec la thérapie motrice dispensée par le kinésithérapeute au cours de l’hospitalisation et en première ligne. Le risque accru d’infection
au COVID-19 sévère chez les personnes en surpoids et obèses a également été mis en avant. La ministre De Block a repris l’accompagnement nutritionnel par le diététicien dans la trajectoire de soins multidisciplinaires aux soins intensifs et au cours de la rééducation par le kinésithérapeute. Le médecin spécialiste en revalidation peut donc, pour ce groupe de patients, faire appel au diététicien pour quelques consultations. L’INAMI exige toutefois pour cela une collaboration avec un kinésithérapeute, élargie si possible à d’autres professions paramédicales. Malheureusement, cette mesure est limitée aux institutions et services de revalidation et nous ne pouvons que déplorer le fait que les patients qui ont dû affronter l’infection à la maison n’aient pas l’opportunité de bénéficier d’un bon soutien multidisciplinaire pouvant leur assurer un meilleur rétablissement. Il est clair que ceci peut déboucher sur des congés-maladie prolongés, une productivité réduite dans la société et une perte de qualité de vie
pour le patient. AXXON et l’UPDLF doivent se pencher ensemble sur le remboursement pour les patients post-COVID en première ligne par le biais d’un code de revalidation multidisciplinaire. Une collaboration poussée pourrait éventuellement voir le jour sur d’autres terrains. AXXON est en effet convaincue que la collaboration entre diététiciens et kinésithérapeutes devrait être déployée dans bien d’autres domaines, tant cette synergie amplifie les effets du traitement. Sont concernés les domaines suivants :
1. Le surpoids et l’obésité chez l’enfant et l’adolescent
2. Les conseils nutritionnels chez les
prédiabétiques et diabétiques de type II
3. La malnutrition et la sarcopenie 4. Le traitement des patients post-COVID 5. Les conseils nutritionnels chez les sportifs (de haut niveau)
DÉCEMBRE 2020
05
AXXON EN ACTION
vie des jeunes patients, mais aussi celui de leur famille et les changements de comportements que cela implique ne se font pas du jour au lendemain. C’est pour cela qu’a été approuvée une trajectoire d’accompagnement de deux ans, avec 3,5 heures d’encadrement par le diététicien au cours de la première année et 2 heures au cours de la seconde. Chez l’adulte, l’intervention du diététicien n’est pas remboursée, ce qui n’empêche pas de nombreux patients à faire appel à ses compétences. La collaboration avec un kinésithérapeute représente dans ce contexte une importante plus-value.
2. Conseils nutritionnels chez les prédiabétiques et diabétiques de type II Comme chez les patients en surpoids et obèses, des conseils nutritionnels adaptés sont très importants chez les prédiabétiques et diabétiques de type II. Les diabétiques de type II peuvent faire appel à un « éducateur diabète », mais aussi à un kinésithérapeute pour des conseils adaptés en matière d’activité physique. L’activité physique revêt une importance fondamentale dans le traitement du diabète de type II, éventuellement en combinaison avec un régime et un traitement pharmacologique. Des interventions en ce sens semblent en mesure d’améliorer encore le contrôle glycémique (HbA1c), tant chez les patients diabétiques de type II sous traitement oral chronique que chez ceux qui reçoivent une insulinothérapie exogène.
3. Malnutrition et sarcopénie 1. Surpoids et obésité chez l’enfant et l’adolescent D’après le sondage de consommation alimentaire de 2014, on compterait dans la population belge près de 50 % de personnes en surpoids, dont 15 % d’obèses (BMI > 30). Ces chiffres ne cessent d’augmenter. Cet état de fait est lourd de conséquences pour la santé publique (risques accrus de diabète, de troubles cardiovasculaires, de plaintes articulaires, d’apnées du sommeil, de certains types de cancer, de bien-être réduit, de symptômes dépressifs, etc.) et accroît les coûts pour la collectivité par le biais de frais de santé plus élevés, d’un risque accru d’absentéisme pour maladie et d’une participation plus faible au monde du travail. Les autorités ont prévu le remboursement des conseils nutritionnels pour les enfants et les jeunes (de 6 à 17 ans) confrontés à un problème de surpoids ou d’obésité. Il est clair qu’un entraînement ou des conseils d’activité physique dispensés par un kinésithérapeute peuvent jouer un rôle important dans leur prise en charge. En outre, il importe d’améliorer non seulement le mode de
06
DÉCEMBRE 2020
Qu’elle soit consécutive à une maladie comme le cancer, à une opération, à un traitement, à un incident cardiovasculaire, à une maladie neurodégénérative ou qu’elle se manifeste chez un patient gériatrique, suite par exemple à un deuil, la malnutrition doit être activement dépistée et prise en charge. Des conseils nutritionnels en association avec un programme d’activité physique sur mesure sont absolument indispensables pour améliorer l’état nutritionnel et la condition physique. Ils aident de plus les patients à mieux affronter une chimiothérapie ou une immunothérapie. Une perte de force et de masse musculaire qui s’accélère sous l’effet du vieillissement ou de la maladie demande une attention accrue et une étroite collaboration entre le diététicien et le kinésithérapeute. Les patients qui enregistrent une forte perte de poids suite à une opération bariatrique risquent également de développer une sarcopénie. Ces personnes présentent un risque de malnutrition à cause d’apports alimentaires plus limités, doublés d’une modification des processus digestifs. Bien sûr, perdre du poids était le but de l’intervention… mais les effets concomitants nécessitent une surveillance attentive.
Ces patients devront être suivis à vie par un médecin et bénéficier de contrôles de laboratoire réguliers et de l’administration de vitamines qu’ils ne sont plus suffisamment capables d’assimiler par eux-mêmes. Ils auront aussi besoin d’un accompagnement à plus long terme par le diététicien et le kinésithérapeute, qui les aideront à adopter durablement un mode de vie plus sain.
4. Traitement des patients postCOVID La pandémie du coronavirus demande également une collaboration entre diététiciens et kinésithérapeutes telle qu’elle a été exposée plus haut, afin de prendre en charge la perte de poids extrême due principalement à une perte de la masse et de la force musculaires, à une baisse d’appétit, à des troubles de la mastication et de la déglutition et, souvent, à des plaintes gastrointestinales.
5. Conseils nutritionnels chez les sportifs (de haut niveau) On entend par « pratique sportive de haut niveau » une pratique sportive impliquant plus de trois séances hebdomadaires d’entraînement ou de sport intensif d’une durée de deux heures. On sait que ceci nécessite une alimentation de qualité et riche en protéines. N’importe quel diététicien peut évidemment dispenser ce conseil ; ceux qui se spécialisent dans l’accompagnement des sportifs sont toutefois formés aux recommandations nutritionnelles adaptées à diverses situations, comme par exemple la préparation d’une compétition. La collaboration entre le kinésithérapeute et le diététicien est nécessaire pour parvenir à un accompagnement de qualité et prévenir ou traiter les troubles alimentaires. Il existe de nombreuses interfaces où diététiciens et kinésithérapeutes
peuvent et doivent travailler main dans la main. Nous voyons dans cette collaboration entre nos deux professions une réelle plus-value. L’objectif n’est évidemment pas de s’approprier l’expertise des autres, mais d’associer les atouts des deux groupes professionnels pour parvenir à un meilleur résultat pour le patient. Nous nous efforcerons également de convaincre les autorités de développer de nouveaux codes de nomenclature multidisciplinaires pour le coaching et l’éducation des groupes de patients susmentionnés en première ligne (à domicile) et en seconde ligne (à l’hôpital). Il s’agirait d’un pas important vers la prévention des soins, qui pourrait, à terme, déboucher sur une optimisation conséquente des moyens limités du budget de la santé.
DÉCEMBRE 2020
07
EXXPERT
PROF. DR. DOMINIQUE HANSEN PHD, FESC
Obésité : réduire la masse grasse, mais renforcer les muscles !
Alimentation et exercice dans l’obésité sarcopénique Introduction Synthèse L’obésité sarcopénique est une pathologie médicale progressive caractérisée par une faiblesse musculaire et une perte de masse musculaire chez une personne affichant un indice de masse corporelle (BMI) > 30 kg/m². Bien que son diagnostic reste sujet à discussion, on estime que ce syndrome est présent chez 5-10 % des individus obèses. Dans la mesure où il est associé à un pronostic fortement altéré (réduction significative de l’espérance de vie), il est important de l’identifier et de le traiter le plus rapidement possible. Pour traiter l’obésité sarcopénique, on recommande de combiner un entraînement de force et d’endurance, une restriction calorique modérée et une supplémentation adéquate. Bien des recherches restent néanmoins nécessaires pour optimiser cette prise en charge, dont tout porte à croire qu’elle devrait être multidisciplinaire.
08
DÉCEMBRE 2020
Malgré les efforts significatifs des soignants, des associations et des autorités, la prévalence de l’obésité et de l’excédent pondéral continue à augmenter. À l’échelon de la planète, la proportion de personnes affichant un BMI >25 kg/m² est ainsi passée de 29 % en 1980 à 37 % en 2013 chez les hommes et de 30 % à 38 % chez les femmes1. Sachant qu’environ 23 % des enfants et adolescents occidentaux présentent actuellement un BMI correspondant à un surpoids voire à une franche obésité1, faire reculer la prévalence de cette problématique dans un avenir proche risque d’être un sérieux défi ! Indépendamment du fait que les sujets obèses voient leur espérance de vie grevée par la présence de maladies cardiovasculaires et métaboliques, oncologiques, gastrointestinales, pulmonaires, etc., on peut assister chez eux à des modifications de la composition corporelle donnant naissance à une nouvelle entité clinique, l’obésité sarcopénique, qui mériterait beaucoup plus d’attention et de recherche, en particulier dans la pratique clinique. Les diététiciens et autres prestataires de soins (médecins, kinésithérapeutes) devraient notamment être mieux
conscients qu’une perte de poids chez un patient obèse peut entraîner une sarcopénie, car celle-ci n’est pas sans gravité. Dans cet article, nous nous arrêterons de façon plus approfondie sur la définition et le diagnostic de l’obésité sarcopénique, sur ses dangers potentiels et sur les interventions recommandées au niveau de l’alimentation et de l’activité physique.
Définition et diagnostic de l’obésité sarcopénique L’obésité sarcopénique peut être définie comme une pathologie médicale progressive caractérisée par une perte de masse musculaire et la survenue d’une faiblesse musculaire chez une personne affichant un BMI ≥ 30 kg/m² 2. Il s’agit d’un syndrome qui n’est souvent pas reconnu à temps, parce que les différents intervenants (à commencer par le patient lui-même) ont tendance à trop se focaliser sur la perte de poids sans tenir suffisamment
compte des modifications de la masse et de la force musculaires. Il importe donc en première instance de souligner que les programmes de prise en charge de l’obésité doivent s’efforcer d’obtenir une perte de poids progressive tout en préservant la masse musculaire, la force musculaire et une bonne condition physique. Le diagnostic de l’obésité sarcopénique est toutefois délicat à poser, parce qu’il n’existe pas à ce jour de consensus international sur les valeurs-seuils pour la définir. Les critères appliqués par différentes organisations sont repris au tableau 1. Tout le monde s’accorde néanmoins sur le fait qu’il convient d’évaluer aussi bien le fonctionnement physique (par le biais de la vitesse de marche) que la force musculaire (force de préhension) et la masse maigre (imagerie DEXA). Les valeurs seuils pour ces divers paramètres ne sont toutefois pas les mêmes partout.
Il semble en outre que la méthode d’évaluation la plus efficace reste l’imagerie DEXA, qui n’est pas toujours disponible dans la pratique clinique. Ceci explique sans doute en partie le manque de données exactes sur la prévalence de l’obésité sarcopénique, dont on estime qu’elle est présente chez 5-10 % des individus obèses. L’impédancemétrie est une mesure relativement simple et bon marché, mais ce n’est pas toujours une méthode optimale pour établir une sarcopénie en présence de modifications du statut d’hydratation et/ou d’un œdème périphérique3. Pour rendre malgré tout possible un dépistage de l’obésité sarcopénique dans la pratique clinique, nous avons repris au tableau 2 les seuils qui s’appliquent aux sujets européens d’ethnicité caucasienne.
DÉCEMBRE 2020
09
EXXPERT
Tableau 1. Critères de définition de l’obésité sarcopénique Association
Fonctionnement physique
Force musculaire
European Working Group on Sarcopenia in Older People (EWGSOP 2010)
Vitesse de marche < 0,8m/sec
International Working Group on Sarcopenia (IWGS 2011)
Vitesse de marche < 1,0m/sec
Asian Working Group for Sarcopenia (AWGS 2014)
Vitesse de marche < 0,8m/sec
ou
Foundation for the NIH Sarcopenia Project (FNIHSP 2014)
Vitesse de marche < 0,8m/sec
et
ou
Force de préhension : Hommes < 30kg Femmes < 20kg
Masse musculaire et
DEXA MMA/taille² : Hommes ≤ 7,23kg/m² Femmes ≤ 5,67kg/m²
et
DEXA MMA/taille² : Hommes ≤ 7,23kg/m² Femmes ≤ 5,67kg/m²
Force de préhension : Hommes < 26kg Femmes < 18kg
et
DEXA MMA/taille² : Hommes ≤ 7,0kg/m² Femmes ≤ 5,4kg/m²
Force de préhension : Hommes < 26kg Femmes < 16kg
et
DEXA MMA/BMI Hommes < 789 Femmes < 512
D’après MMA : masse maigre appendiculaire (bras et jambes uniquement)2
Tableau 2. Critères de l’obésité sarcopénique chez les Européens d’ethnicité caucasienne Fonctionnement physique Vitesse de marche < 0,8m/sec
Force musculaire ou
Force de préhension : Hommes < 30kg Femmes < 20kg
Masse musculaire et
DEXA MMA/taille² : Hommes ≤ 7,23kg/m² Femmes ≤ 5,67kg/m²
D’après MMA : masse maigre appendiculaire (bras et jambes uniquement)2
PLAATS VO 10
DÉCEMBRE 2020
Pathophysiologie de l’obésité sarcopénique La vision classique est qu’une sarcopénie peut survenir chez les sujets obèses sous l’effet conjoint d’un manque d’activité physique (ou plutôt d’une sédentarité excessive) et d’apports alimentaires en protéines insuffisants2. Il est exact que les myocytes doivent être stimulés pour activer les processus anaboliques et provoquer ainsi une hypertrophie des fibres musculaires. Une consommation suffisante de protéines revêt sur ce plan une importance cruciale, puisque ce processus requiert la présence de quantités suffisantes d’acides aminés. Néanmoins, il semble que la pathophysiologie de la sarcopénie chez le sujet obèse soit en réalité sensiblement plus complexe. D’après la littérature, ce processus semble en effet influencé de façon significative par une série de facteurs, à savoir l’inflammation (l’obésité est un état qui peut s’accompagner d’une inflammation chronique de bas grade), le stress oxydatif (l’obésité est un état qui peut s’accompagner d’un stress oxydatif prolongé), la
résistance à l’insuline (présente chez de nombreuses personnes obèses), des modifications moléculaires des muscles squelettiques favorisant le catabolisme et/ou des modifications hormonales (telles que l’hypogonadisme, qui peut être présent chez certains sujets obèses)4. Ceci signifie également que certaines personnes obèses y sont davantage prédisposées que d’autres et devront être suivies de façon plus rapprochée. En outre, on peut déjà déduire de ce qui précède qu’une dose suffisante d’exercice et des apports protéiques optimaux ne seront pas toujours suffisants et qu’il faudra parfois tabler également sur d’autres interventions (voir plus bas). L’obésité sarcopénique est une maladie dangereuse parce qu’elle affecte significativement l’espérance de vie5. Sa survenue (en sus de la présence d’une obésité) est associée à un risque indépendant supplémentaire de décès prématuré de 24 %, qui se remarque surtout chez les hommes5. On soupçonne que cette mortalité supplémentaire est due surtout à la dégradation du
profil de risque cardiovasculaire et donc à une mortalité cardiovasculaire plus élevée, mais aussi à la présence plus fréquente d’un syndrome et d’une inflammation métaboliques, ainsi qu’à une plus grande fragilité5.
Traitement de l’obésité sarcopénique Le traitement de l’obésité sarcopénique est extrêmement complexe. Les programmes classiques de réduction de la masse grasse chez les sujets obèses s’efforcent de préserver la masse musculaire, ce qui peut déjà représenter un défi conséquent. Chez les personnes obèses qui présentent déjà une sarcopénie, l’objectif sera cette fois d’accroître la masse musculaire tout en réduisant la masse grasse. Il va sans dire que l’élaboration du plan de traitement des personnes atteintes d’une obésité sarcopénique demandera un soin tout particulier et que la réalisation de ses objectifs prendra aussi plus de temps.
OOR BEELD DÉCEMBRE 2020
11
EXXPERT
leucine), à augmenter à 1,5 g/kg/jour en cas de résistance anabolique (quoique celle-ci puisse être difficile à objectiver). Comme nous l’avons dit plus haut, une restriction calorique trop stricte n’est pas à conseiller ; on recommande chez ces patients de limiter la restriction à 500-750 kcal/jour au maximum. Une supplémentation en vitamine D (jusqu’à 50.000UI/ semaine) n’est conseillée qu’en présence d’une déficience établie (par test sanguin). L’impact d’autres suppléments alimentaires n’a pas été suffisamment étudié jusqu’ici. Ils ne sont donc pas recommandés en routine dans le traitement de l’obésité sarcopénique. Une restriction calorique trop stricte est fermement déconseillée en présence d’une obésité sarcopénique, car ce type de programme se solde par une perte de masse musculaire d’environ 3 kg en moyenne en l’espace de quelques mois – et c’est justement ce que l’on cherche à éviter dans ce cas de figure6. L’adjonction d’un entraînement en endurance (30-60 min d’activité quotidienne d’intensité modérée – marche, vélo, etc.) au programme de restriction calorique semble en mesure de minimiser cette perte de masse musculaire6, mais d’autres ajustements seront également nécessaires pour parvenir à un programme sur mesure chez les patients obèses qui présentent une sarcopénie7, 8 (Tableau 3).
Quel type d’effort ? Une première adaptation importante concerne le type d’effort. Bien qu’un entraînement en endurance (marche, vélo, step, etc. 3 jours/semaine, > 350 kcal par séance, intensité modérée) puisse suffire au maintien de la masse musculaire chez les sujets obèses soumis à une restriction calorique6, un entraînement de force est beaucoup plus efficace et permet d’obtenir une augmentation de la
12
DÉCEMBRE 2020
masse musculaire. Il est important dans ce cadre que les personnes qui présentent une obésité sarcopénique entraînent tous les grands groupes musculaires (cuisses, mollets, ceinture scapulaire, muscles de l’abdomen et du dos) au moins trois jours par semaine à raison de trois séries et 12-15 répétitions par groupe musculaire. En principe, la dernière répétition de la dernière série devrait encore juste pouvoir être réalisée (correctement), ce qui correspond alors à un entraînement de force d’intensité modérée (60-70 % de la force musculaire maximale). Même chez les personnes qui ne sont plus en mesure d’effectuer ces exercices elles-mêmes, il existe des alternatives comme l’électrostimulation musculaire. Cette intervention est particulièrement efficace pour développer la masse musculaire9.
Adaptations nutritionnelles Une seconde adaptation importante concerne l’alimentation7, 8. Dans le contexte qui nous occupe, on recommande chez les sujets obèses présentant une sarcopénie une consommation quotidienne de protéines de 1,0-1,2 g/kg/jour (avec apports élevés en
Des interventions prometteuses pour l’avenir Néanmoins, il arrive que l’approche détaillée ci-dessus livre malgré tout des résultats décevants10. Tout porte donc à croire que des interventions supplémentaires devraient être explorées et, si elles s’avèrent efficaces, mises en application dans le futur. Il conviendrait notamment de s’attarder dans le traitement de l’obésité sarcopénique sur des mesures (potentiellement prometteuses) telles que l’inhibition de l’inflammation, l’augmentation de la sensibilité à l’insuline, la prise de suppléments alimentaires (anaboliques) ou un traitement hormonal adjuvant (en cas de déficience établie). Il est clair que l’obésité sarcopénique appelle une prise en charge multidisciplinaire où le diététicien aussi aura un rôle important à jouer, en étroite concertation avec d’autres soignants. Le kinésithérapeute, spécialiste du mouvement, est un autre acteur de premier plan à impliquer dans le traitement de l’obésité, afin que le risque de sarcopénie soit reconnu et évité autant que faire se peut.
Tableau 3. Composantes du plan de traitement de l’obésité sarcopénique Entraînement en endurance
Marche, vélo, step, aviron, etc. 3 jours/semaine, >350 kcal/séance, intensité modérée (RPE Borg 12-14/20, 70-75 % de la fréquence cardiaque maximale)
Entraînement de force
Entraînement avec poids pour tous les grands groupes musculaires, 12-15 répétitions/série, 3 séries par groupe musculaire, intensité modérée (60-70 % de la force musculaire maximale)
Entraînement musculaire chez les patients « non rééducables »
Électrostimulation musculaire ciblant les grands groupes musculaires 3 jours/semaine durant 15 minutes par groupe musculaire, intensité modérée (nette contraction musculaire, mais sans atteindre un niveau douloureux)
Intervention alimentaire Apports en protéines de 1,0-1,2 g/kg/jour, monter à 1,5 g/kg/jour en cas de résistance anabolique, consommation suffisante d’acides aminés (leucine surtout), restriction calorique de maximum 500-750 kcal/jour
Supplémentation
Supplémentation en vitamine D (jusqu’à 50.000UI/semaine maximum) en cas de déficience démontrée.
Qui est Dominique Hansen ? Né en 1980 à Bilzen, Dominique Hansen est professeur en rééducation et physiologie de l’effort dans les maladies internes et vice-doyen de la faculté des sciences de la rééducation de l’université d’Hasselt. Il est également chercheur au Hartcentrum et à l’hôpital Jessa d’Hasselt.
Références 1. Ng M, Fleming T, Robinson M, et al. Global, regional, andnationalprevalence of overweightandobesity in children and adults during 19802013: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2013. Lancet. 2014;384(9945):766-81. 2. Lee DC, Shook RP, et al. Physical activity and sarcopenic obesity: definition, assessment, prevalence and mechanism.Future Sci OA. 2016;2(3):FSO127. 3. Rubbieri G, Mossello E, Di Bari M.Techniquesforthe diagnosis of sarcopenia.Clin Cases Miner Bone Metab. 2014;11(3):181-4 4. Choi KM1.Sarcopenia and sarcopenicobesity. Korean J Intern Med. 2016;31(6):1054-1060.
5. Tian S, Xu Y. Association of sarcopenic obesity with the risk of all-cause mortality: A metaanalysis of prospective cohort studies. GeriatrGerontol Int. 2016;16(2):155-66. 6. Weinheimer EM, Sands LP, Campbell WW. A systematic review of the separate and combined effects of energy restriction and exercise on fatfree mass in middle-aged and older adults: implications for sarcopenic obesity. Nutr Rev. 2010;68(7):375-88. 7. Cruz-Jentoft AJ, Landi F, Schneider SM, et al. Prevalence of and interventions for sarcopenia in ageing adults: a systematic review. Report of the International Sarcopenia Initiative (EWGSOP and IWGS). Age Ageing. 2014;43(6):748-59.
8. Goisser S, Kemmler W, Porzel S, et al. Sarcopenic obesity and complex interventions with nutrition and exercise in community-dwelling older persons--a narrative review. ClinInterv Aging. 2015;10:1267-82. 9. Dirks ML, Hansen D, Van Assche A, et al. Neuromuscular electrical stimulation prevents muscle wasting in critically ill, comatose patients. Clin Sci. 2015;128:357-65. 10. Kim H, Kim M, Kojima N, et al. Exercise and Nutritional Supplementation on Community-Dwelling Elderly Japanese Women With Sarcopenic Obesity: A Randomized Controlled Trial. J Am Med Dir Assoc. 2016;17(11):10111019.
DÉCEMBRE 2020
13
EXXPERT
L’amélioration de la sensibilité à l’insuline par l’activité physique et l’alimentation chez les patients diabétiques Les facteurs de risque génétiques, environnementaux et métaboliques contribuent ensemble au développement du diabète de type 2. Dans la physiopathologie, il se produit soit une réduction de la production d’insuline par les cellules bêta de Langerhans, soit une insulinorésistance liée au surpoids rendant l’insuline moins active. Comment rendre l’insuline plus active ? L’alimentation peut-elle réduire les risques de diabète de type 2?
De la diminution de sensibilité à l’insuline au diabète de type 2 L’insuline, seule hormone hypoglycémiante de l’organisme, est produite en réponse à une augmentation de la glycémie. Par son rôle hypoglycémiant, elle va favoriser l’utilisation du glucose : par le foie et les muscles pour le stockage sous forme de glycogène par le tissu adipeux pour le stockage sous forme de triglycérides par les tissus périphériques pour la synthèse protéique (anabolisme) et la production d’énergie par l’organisme. L’insuline est l’hormone de stockage de prédilection. À l’inverse, le glucagon, hormone hyperglycémiante, est produite en réponse à un besoin en glucose, caractérisé par une baisse de la glycémie. Le glucagon est l’hormone du « déstockage ».
14
DÉCEMBRE 2020
C’est à travers la régulation de ces 2 hormones que la glycémie reste stable (80 à 120mg/dl), malgré des apports alimentaires discontinus et variables (selon les prises alimentaires) et une dépense énergétique de l’organisme constante et variable (selon les activités et la température par exemple).
Quel est l’impact de la prise de poids sur la glycémie ? Lors d’une prise pondérale, l’augmentation de la masse graisseuse se caractérise par une augmentation des triglycérides dans le tissu adipeux. Cette accumulation est associée à une diminution de la sensibilité à l’insuline qui, bien que libérée par le pancréas en réponse à l’augmentation de la glycémie, n’a plus la même efficacité sur la régulation de la glycémie (moins de récepteurs cellulaires) : c’est le stade de l’intolérance glucidique. Progressivement, cette dérégulation se caractérise par une résistance à l’insuline, entraînant une hyperinsulinémie associée à une hyperlipémie et une hyperglycémie chronique (>110mg/dl) devenant progressivement permanente, évoluant ainsi vers un diabète de type 2 (>126mg/dl). L’ensemble de ces phénomènes se traduit par une inflammation1, 13.
ISABELLE NAMÈCHE DIÉTÉTICIENNE AGRÉÉE, SPÉCIALISÉE EN MICRONUTRITION, MEMBRE DU GROUPEMENT DES DIÉTÉTICIENS DU SPORT (GROUPE D’EXPERTS ISSUS DE L’UNION PROFESSIONNELLE DES DIÉTÉTICIENS DE LANGUE FRANÇAISE ASBL)
L’exercice physique et la prise en charge nutritionnelle sont deux éléments clés dans la prise en charge du diabète et plus précisément dans la gestion de la glycémie :
Intérêt d’une activité physique sur la sensibilité à l’insuline L’activité physique améliore la sensibilité à l’insuline et participe ainsi à la prévention du diabète de type 28, 9. En cas de diabète avéré, l’exercice entraîne une diminution de la glycémie et ce, quel que soit le type d’activité14. Il est démontré que la sensibilité à l’insuline est augmentée jusqu’à seize heures après la pratique d’une activité physique2, ce qui démontre l’intérêt de la pratique régulière d’une activité physique dans le traitement du surpoids, de l’obésité et la prévention du diabète de type 2. Une pratique régulière aura une efficacité sur la perte de poids en raison de l’augmentation de la dépense énergétique (ce qui est loin d’être l’intérêt majeur), de l’élévation du métabolisme basal lié à l’augmentation de la masse musculaire (qui ne sera observée que si l’alimentation est suffisamment riche en énergie et en protéines), mais surtout une meilleure sensibilité à l’insuline qui entraîne une utilisation accrue du glucose par les tissus périphériques (muscles) et donc une régulation de la glycémie plus fine.
Une alimentation adaptée joue un rôle essentiel dans la prévention et le traitement du diabète de type 2 Elle visera à assurer une bonne couverture nutritionnelle, une répartition énergétique correcte par le maintien d’une glycémie stable ainsi qu’une perte pondérale sous forme de masse graisseuse, afin d’améliorer la sensibilité à l’insuline.
En cas de résistance à l’insuline et/ ou de diabète, il convient de répartir les aliments qui apportent des glucides tout au long de la journée afin de maintenir une glycémie la plus stable possible. Les sources de glucides sont les féculents (pain, pâtes, riz, pomme de terre, céréales,…), les fruits, les légumineuses (haricots, fèves, pois chiches, petits pois, lentilles,…), le lait et ses dérivés, sans oublier les sucreries (biscuits, confiseries, sodas,…)
Notion d’index et de charge glycémique L’index glycémique (« IG ») est la faculté d’un aliment à élever la glycémie. À quantité égale de glucides, certains aliments ont peu d’effet sur la glycémie, ils sont peu hyperglycémiants (ex: fruits oléagineux, légumes,…), alors que d’autres aliments élèvent fortement la glycémie : ils sont très hyperglycémiants (ex: purée, céréales petit déjeuner,…). La charge glycémique (« CG ») va tenir compte de la qualité de l’aliment (IG) mais aussi de la quantité de glucides ingérée (taille de la portion), notion plus précise que l’IG mais plus complexe (ex : pomme IG 40, 15g de glucides CG faible = (40X15)/100 = 6) La glycémie est influencée par la quantité mais aussi la qualité des glucides. Plus la charge glycémique est élevée, plus l’IG augmente.
Facteurs influençant l’IG La teneur en fibres : digestion de l’amidon plus lente IG plus faible ; La teneur en amylopectine : type d’amidon ayant un IG plus élevé (riz blanc, pomme de terre, amidon de maïs...) ;
Le degré de cuisson : cuisson intensive (industrielle) IG plus élevé (pain de mie, flocons de pommes de terre, céréales petit déjeuner,...) ; La durée de cuisson : cuisson prolongée IG élevé (pâtes très cuites, pommes de terre cuites à l’eau) ; La teneur en amidon résistant : l’amidon refroidi (ou séché) a un IG plus faible (pâtes, lentilles ou pommes de terre cuites et refroidies, pain rassis IG plus bas que ces mêmes aliments fraîchement cuits ou pain frais) ; La transformation des aliments : les aliments ultra-transformés (échelle NOVA) IG très élevé ; La mixité du repas : féculents accompagnés d’une viande/ volaille/poisson/oeuf, de légumes et d’une matière grasse IG plus faible que si consommés seuls; Pastification du blé dur : processus technique visant à « sécher » les pâtes, entraînant un ralentissement de la cuisson de l’amidon IG plus faible ; La texture : purée, aliments mixés ou liquides IG plus élevé (jus, compote, purée de pommes de terre, farine blanche très fine mouture…) ; Le degré de mûrissement : fruits bien mûrs teneur en sucres plus élevée IG plus élevé (banane mûre, poire juteuse ou vieille pomme de terre…) ; L’effet de certains végétaux sur la glycémie les polyphénols réduisent l’IG (thé vert, épices,…).
DÉCEMBRE 2020
15
EXXPERT
Intérêt de certains nutriments sur la sensibilité à l’insuline Les acides gras essentiels de type « oméga 3 » Anti-inflammatoires puissants. Sources alimentaires : poissons gras (saumon, sardine, maquereau, anchois,… minimum 1x/semaine), œufs enrichis (type Columbus®), huiles poly-insaturées utilisation à froid (colza, noix, caméline…), fruits oléagineux (noix et graines de lin,…). La vitamine D Vitamine liposoluble, antiinflammatoire, a de nombreux rôles sur la santé (santé osseuse, immunité,…) et contribue entre autres au maintien d’une bonne glycémie en diminuant la résistance à l’insuline. Source principale : synthèse cutanée sous les effets des rayons UV (80%). Sources alimentaires : huile ou foie de morue, poissons gras, produits laitiers entiers, margarine, aliments enrichis, compléments alimentaires. La cannelle et le cumin Polyphénols aux propriétés antioxydantes, pouvant aisément être ajoutées (tisanes, yaourts, gâteaux, fruits). Doses efficaces à partir de 1g de poudre de cannelle et de 3g de poudre de cumin. Zinc Elément trace essentiel dans le contrôle de la glycémie pour lequel il est intéressant de s’assurer du bon statut biologique.
16
DÉCEMBRE 2020
Chrome À titre informatif, élément trace efficace à dose élevée (1g/j sous forme de picolinate de chrome), ne pouvant pas être apporté par l’alimentation.
En pratique : Consommer des aliments riches en fibres (ex : pâtes complètes, riz complet, pain gris,…) ; Accompagner les aliments riches en amidon (pâtes) avec des aliments à très faible IG (légumes) ; Favoriser des repas mixtes (féculent + VVPOLAV [ViandesVo l a i l l e s - P o i s s o n s - O e u f s Légumineuses-Alternatives Végétales] + légumes + matière grasse) ; Préférer les cuissons douces, les pâtes « al dente », les spaghettis aux pâtes fraîches, les pommes de terre vapeur ; Consommer des féculents refroidis, en accompagnement ou en plat froid ; Préférer les aliments entiers, crus, non épluchés plutôt que découpés, réduits en purée ou en jus ; Choisir des pommes de terre à chair ferme plutôt que farineuse, nouvelles plutôt qu’anciennes ; Faire tremper les légumineuses afin d’en réduire la durée de cuisson ; Préférer les fruits pas trop mûrs ;
Favoriser la consommation d’aliments naturellement riches en polyphénols (thé vert, cumin, cannelle) ; Consommer des glucides en quantité adaptée à son niveau d’activité physique ; Limiter l’alcool et les boissons sucrées en général ; Favoriser une activité physique après un extra sucré.
Conclusion Le diabète est en constante élévation ces dernières années et est corrélé à une augmentation de la prévalence du surpoids et de l’obésité, à travers un mode de vie de plus en plus sédentaire. Le traitement s’associe à la pratique régulière d’une activité physique adaptée (en fonction de l’âge, du sexe, de l’état de santé et de la condition physique) et d’une alimentation spécifique (répondant à des besoins sur base des recommandations nutritionnelles en vigueur et du type d’activité pratiquée). Il convient de s’entourer de professionnels (médecin, kinésithérapeute, diététicien du sport) pour améliorer son état de santé et concilier le plaisir de bouger avec le plaisir de la table, par une activité attrayante et confortable et une alimentation variée, saine et savoureuse.
Contact Vous pouvez contacter Isabelle Namèche via isabelle.nameche@gmail.com
Références 1 Andrès, E., Youcef, N. D., Cui, Y. et Vermorken, A. J. M. « Processus Inflammatoires, Insulinorésistance et Physiopathologie du Diabète et Maladies Associées ». Médecine Thérapeutique 22, n°3 (juin 2016): 143-150. doi:10.1684/met.2016.0569. 2 Borghouts, L. B., et Keizer, H. A.. « Exercise and Insulin Sensitivity: A Review ». International Journal of Sports Medicine 21, no 1 (janvier 2000): 1-12. https://doi.org/10.1055/s-2000-8847. 3 Crawford, P. « Effectiveness of Cinnamon for Lowering Hemoglobin A1C in Patients with Type 2 Diabetes: A Randomized, Controlled Trial ». The Journal of the American Board of Family Medicine 22, no 5 (septembre 2009): 507-512. https://doi. org/10.3122/jabfm.2009.05.080093. 4 Djoussé, L., Biggs, M. L., Lemaitre, R. N., King, I. B., Song, X., Ix, J. H., Mukamal, K. J., Siscovick, D. S. et Mozaffarian, D. « Plasma Omega-3 Fatty Acids and Incident Diabetes in Older Adults ». The American Journal of Clinical Nutrition 94, no 2 (août 2011): 527-533. https://doi.org/10.3945/ ajcn.111.013334. 5 Jayawardena, R., Ranasinghe, P., Galappatthy, P., Malkanthi, R. L. D. K., Constantine, G. R. et Katulanda, P.. « Effects of Zinc Supplementation on Diabetes Mellitus: A Systematic Review and MetaAnalysis ». Diabetology & Metabolic Syndrome 4, no 13 (avril 2012): 1-11. https://doi. org/10.1186/1758-5996-4-13. 6 Kai, L., Zhou, R., Wang, B., Chen, K., Shi, L.-Y., Zhu, J._D. et Mi, M.-T.. « Effect of Green Tea on Glucose Control and Insulin Sensitivity: A MetaAnalysis of 17 Randomized Controlled Trials ». The American Journal of Clinical Nutrition 98, no 2 (août 2013): 340-348. https://doi.org/10.3945/ ajcn.112.052746. 7 Kirkham, S., Akilen, R., Sharma, S. et Tsiami, A.. « The Potential of Cinnamon to Reduce Blood Glucose Levels in Patients with Type 2 Diabetes and Insulin Resistance ». Diabetes, Obesity & Metabolism 11, no 12 (novembre 2009): 11001113. https:// doi.org/10.1111/j.1463-1326.2009.01094.x.
9 Kumar, A. S., Maiya, A. G., Shastry, B. A., Vaishali, K., Ravishankar, N., Hazari, A., Gundmi, S. et Jadhav, R. « Exercise and Insulin Resistance in Type 2 Diabetes Mellitus: A Systematic Review and MetaAnalysis ». Annals of Physical and Rehabilitation Medicine 62, no 2 (mars 2019): 98-103. https:// doi.org/10.1016/j.rehab.2018.11.001. 10 Martin, J., Wang, Z. Q., Zhang, X. H., Wachtel, D., Volaufova, J., Matthews, D. E. et Cefalu, W. T. « Chromium Picolinate Supplementation Attenuates Body Weight Gain and Increases Insulin Sensitivity in Subjects With Type 2 Diabetes ». Diabetes Care 29, no 8 (août 2006): 1826-1832. https://doi. org/10.2337/dc06-0254. 11 Nagao, T., Meguro, S., Hase, T., Otsuka, K., Komikado, M., Tokimitsu, I., Yamamoto, T. et Yamamoto, K. « A Catechin-Rich Beverage Improves Obesity and Blood Glucose Control in Patients With Type 2 Diabetes ». Obesity 17, no 2 (février 2009): 310-317. https://doi.org/10.1038/ oby.2008.505. 12 Polychronopoulos, E., Zeimbekis, A., Kastorini, C.M., Papairakleous, N., Vlachou, J., Bountziouka, V. et Panagiotakos, D. B. « Effects of Black and Green Tea Consumption on Blood Glucose Levels in NonObese Elderly Men and Women from Mediterranean Islands (MEDIS Epidemiological Study) ». European Journal of Nutrition 47, no 1 (février 2008): 10-16. https://doi.org/10.1007/s00394-007-0690-7. 13 Urakawa, H., Katsuki, A., Sumida, Y., Gabazza, E. C., Murashima, S., Morioka, K., Maruyama, N., Kitagawa, N., Tanaka, T., Hori, Y., Nakatani, K., Yano, Y. et Adachi, Y. « Oxidative Stress Is Associated with Adiposity and Insulin Resistance in Men ». Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism 88, n°10 (octobre 2003): 4673-4676. DOI: 10.1210/jc.2003-030202 14 Zeqiri, S., Ylli, A. et Zeqiri, M.. « The Effect of Physical Activity in Glycemia in Patients with Diabetes Mellitus ». Medicinski Arhiv 61, no 3 (janvier 2007): 146-149.
8 Kourtoglou, G. I. « Insulin Therapy and Exercise ». Diabetes Research and Clinical Practice 93, n°1 (août 2011): S73-S77. https://doi.org/10.1016/ S0168-8227(11)70017-1.
DÉCEMBRE 2020
17
EXXPERT
TRUDY BEKKERING1 SIMONS EMMANUEL1,2 MARTINE GOOSSENS1
Des antioxydants pour prévenir ou réduire les douleurs musculaires Quel est l’effet (souhaité et indésirable) des suppléments antioxydants et des aliments enrichis en antioxydants pour prévenir ou réduire les douleurs musculaires après l’exercice ? C’est la question développée dans cette revue. Contexte Les douleurs musculaires surviennent principalement après un exercice intense ou inhabituel et culminent entre 24 et 72 heures après le début de cet exercice. Beaucoup de personnes prennent, juste avant ou après l’exercice, des suppléments antioxydants tels que les vitamines C et/ou E ou des aliments enrichis en antioxydants (tarte aux cerises ou jus de grenade), parce qu’ils permettraient de prévenir ou réduire par la suite les douleurs musculaires.
Critères de sélection des études La revue systématique Cochrane comprenait des études contrôlées et randomisées comparant l’effet des antioxydants à celui d’un placebo. Les études incluses portaient sur l’apport de tout type de supplément antioxydant ainsi que des aliments et des régimes riches en antioxydants dans le but de prévenir ou de réduire les douleurs musculaires. Les études combinant des suppléments antioxydants avec d’autres suppléments n’ont pas été retenues. La dernière recherche documentaire datait de février 2017.
Résumé des résultats La revue systématique compte 60 études avec un total de 1089 participants. L’âge variait de 16 à 55 ans. Près de 90 % des participants étaient du sexe masculin et leur
18
DÉCEMBRE 2020
statut d’entraînement était sédentaire à moyennement entraîné. Les antioxydants utilisés dans les études variaient considérablement, en ce qui concerne le moment de la prise, la dose, la fréquence, la durée et le type par exemple. Toutes les études ont utilisé une dose supérieure à l’apport journalier recommandé. Presque toutes présentaient des problèmes au niveau de leur conception, diminuant notre confiance dans les résultats. La sommation des résultats pour les douleurs musculaires suggère un léger effet en faveur des antioxydants pour la plupart des moments de suivi : jusqu’à 6 heures (DMS -0,30, IC à 95 % -0,56 à -0,04 ; 525 participants, 21 études ; preuves de faible certitude) ; après 24 heures (DMS -0,13, IC à 95 % -0,27 à 0,00 ; 936 participants, 41 études ; preuves de certitude modérée) ; après 48 heures (DMS -0,24, IC à 95 % -0,42 à -0,07 ; 1047 participants, 45 études ; preuves de faible certitude) ; après 72 heures (DMS -0,19, IC à 95 % -0,38 à -0,00 ; 657 participants, 28 études ; preuves de certitude modérée) et après 96 heures (DMS -0,05, IC à 95 % -0,29 à 0,19 ; 436 participants, 17 études ; preuves de faible certitude). En recensant ces effets sur une échelle de 0 à 10 afin de quantifier la différence réelle entre les groupes, l’IC
à 95 % pour les cinq moments de suivi semble être inférieur à la différence minimale importante, suggérant que les effets trouvés ne sont probablement pas suffisamment importants pour être significatifs dans la pratique. Aucune étude n’a évalué les sentiments subjectifs de récupération. Il n’y avait aucune différence dans les sous-groupes en ce qui concerne le type d’exercice ou la source de financement de l’étude. Seulement 9 études ont évalué les effets secondaires. Deux d’entre elles ont effectivement trouvé des effets secondaires, pour la plupart des effets secondaires gastro-intestinaux légers.
Conclusion Il existe des preuves de certitude faible à modérée selon lesquelles les suppléments d’antioxydants n’apportent pas de réduction cliniquement pertinente de la douleur musculaire jusqu’à 6 heures ou 1, 2, 3 ou 4 jours après l’exercice. Il n’y a aucune preuve de récupération subjective et les preuves concernant les effets secondaires de ces suppléments sont limitées.
Implications pour la pratique Il est peu probable que les suppléments antioxydants soient utiles pour prévenir ou réduire les douleurs musculaires après l’exercice.
Référence 1. Centre Belge pour l’Evidence Based Medicine (Cebam), Cochrane Belgique
Consultez le texte intégral de cette revue Cochrane via la Cebam Digital Library for Health: www.cebam.be/fr/cdlh
2. CHU-Brugmann
Cochrane Corner En collaboration avec le CEBAM, Cochrane Belgique: www.cebam.be
Ranchordas MK, Rogerson D, Soltani H, Costello JT. Antioxidants for preventing and reducing muscle soreness after exercise. Cochrane Database of Systematic Reviews 2017, Issue 12. Art. No.: CD009789. DOI: 10.1002/14651858.CD009789.pub2.
DÉCEMBRE 2020
19
24 UFC
5th European Congress on Physiotherapy Education Le congrès 2020 de l'ER-WCPT prévu à Louvain aura finalement entièrement lieu en ligne : il sera accessible partout dans le monde à partir du 11 septembre 2020 et vous pourrez visionner chaque exposé de chez vous quand vous le voudrez et autant de fois que vous le souhaiterez. Vous pourrez également interroger les différents intervenants via une session de questions/réponses.
DATES
du 11 septembre 2020 au 31 janvier 2021
Inscrivez-vous dès à présent à cet évènement de renommée internationale! www.kuleuvencongres.be/er-wcpt2020
CONTACT
er-wcpt2020@kuleuven.be