MARS 2022
Association professionnelle pour tous les kinésithérapeutes
Exclusif
À LA UNE
Kinésithérapie chez les personnes âgées Magazine réservé aux membres. Pour et par les kinésithérapeutes AXXON_exclusief_53_MRT22_FR.indd 1
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SOMMAIRE
EXXTRA
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Littérature spécialisée
LITTÉRATURE SPÉCIALISÉE Les étirements en kinésithérapie Avec 50 exercices indispensables
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Les points d’action d’AXXON pour 2022
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Regard dans le rétroviseur sur la kinésithérapie en gériatrie La kinésithérapie en gériatrie fait de la haute couture Fourniture d’informations aux personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral
’AXXON : PROMOTION MEMBRES D LIVRE EN
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AXXON EXCLUSIF PUBLICATION DE L’ASBL AXXON MARS 2022 TRIMESTRIEL – ANNÉE 13 – N° 53 – IMPERIASTRAAT 16 – 1930 ZAVENTEM BUREAU DE DÉPÔT: BRUXELLES X NUMÉRO D’AGRÉMENT: P910666 ÉDITEUR RESPONSABLE: PETER BRUYNOOGHE – IMPERIASTRAAT 16 – 1930 ZAVENTEM RÉDACTION & COPYWRITING: SÉBASTIEN KOSZULAP & HELENA D.MILONAS – REDACTION@AXXON.BE TRADUCTION: EMILY VAN COOLPUT CONCEPT ET RÉALISATION: C3CREATIES IMPRESSION: SYMETA ADRESSE DE CORRESPONDANCE AXXON: IMPERIASTRAAT 16 – 1930 ZAVENTEM – TÉL : 02 709 70 80 – WWW.AXXON.BE NUMÉRO DE COMPTE POUR LES COTISATIONS: BE18 3631 0868 1365 Vous recevez cette revue en fonction du nom et de l’adresse qui se trouvent dans notre base de données. Suite à la mise en application de la loi du 8 décembre 1992 sur la protection de la vie privée, vous avez la possibilité et le droit de modifier vos données. Les articles/publicités paraissent sous la responsabilité des auteurs/firmes. AXXON se réserve le droit de refuser des textes et/ou publicités qui pourraient nuire à la profession. © Tout texte ou partie de texte ne peut être copié/photocopié sans l’autorisation écrite de l’éditeur, quelle qu’en soit l’utilisation.
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Les étirements ou stretching sont indispensables à la pratique sportive mais aussi comme outil de prévention du vieillissement. Ce guide pratique en présente les bases physiologiques, méthodologiques et posturales. L’auteur présente sa méthode inscrite dans l’orientation evidence based et propose un programme détaillé pour chaque sport, pathologie et région anatomique selon l’âge.
Auteur : Hubert Tisal Editeur : Elsevier Masson Date de publication : Février 2022 Nombre de pages : 208 ISBN : 9782294775451
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BERNARD LAPLANCHE PRÉSIDENT AXXON QUALITÉ EN KINÉSITHÉRAPIE
ÉDITO
Soins aux personnes âgées : toujours aussi peu reconnus ! En mars 2020, mon éditorial était consacré aux soins envers les personnes âgées. Force est de constater qu’en deux ans, peu d’attention a été réservée à cette catégorie de patients, alors que les chiffres démontrent que le nombre de personnes âgées augmente d’année en année, conformément aux diverses planifications établies.
officiellement été mis en place en 2017. Malheureusement, très peu de kinésithérapeutes francophones sont actifs en son sein. Je vous invite donc, si vous estimez comme moi que les soins au profit de nos aînés doivent être mieux considérés, mieux reconnus et mieux rémunérés, à le rallier afin de faire évoluer cette matière efficacement et rapidement.
Fin 2020, selon les informations présentes sur le site web de STATBEL, il y avait 11.492.641 habitants en Belgique. 19,17 % d’entre eux, soit 2.202.684 de personnes, avaient 65 ans ou plus. Ce pourcentage grandit chaque année et implique forcément un accroissement des prises en charge par les kinésithérapeutes. En dépit de cela, la qualification professionnelle particulière (QPP) en gériatrie, bien qu’existante, n’est toujours pas reconnue aujourd’hui. Ce dossier est pourtant sur le bureau des ministres fédéraux de la santé depuis le mandat de Madame Onkelinx… L’AXXON Belgian Clinical Interest Group (ABCIG) « Kinésithérapie chez les personnes âgées », fruit de la collaboration entre AXXON, des associations d’intérêts cliniques spécifiques et des kinésithérapeutes représentant ce domaine de la kinésithérapie, a quant à lui
Pour rappel, c’est au sein des ABCIG (et des ABSG, les AXXON Belgian Specialised Groups) que les dossiers relatifs à leur matière respective sont conçus pour être présentés aux différentes parties prenantes. Ils constituent des plateformes de consultation au sein d’AXXON où sont discutés les problèmes rencontrés et participent à la diffusion des informations spécifiques vers nos membres. Pour plus d’informations, vous pouvez bien entendu prendre contact avec notre secrétariat, mais aussi et surtout consulter la page web dédiée aux ABSG et aux ABCIG présente sur www.axxon.be.
« Ralliez l’ABCIG “Kinésithérapie chez les personnes âgées” »
Cet AXXON Exclusif consacré aux soins envers les personnes âgées vous permettra de lire des articles réalisés par des experts en la matière, qui vous informeront sur l’évolution des soins dans ce domaine de plus en plus large. Je vous en souhaite bonne lecture et vous donne rendez-vous, je l’espère, au sein de l’ABCIG « Kinésithérapie chez les personnes âgées » pour, ensemble, faire évoluer les choses.
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PETER BRUYNOOGHE, LIEN VAN TILBORGH
Les points d’action d’AXXON pour 2022 Au cours des mois à venir, votre organisation professionnelle s’attachera à suivre certains dossiers particulièrement de près ! Projets transversaux dans le cadre des soins adéquats (appropriate care) Conformément aux propositions du Comité de l’assurance, un montant de 49 millions € a été attribué dans le cadre de l’objectif budgétaire 2022 à une enveloppe destinée au financement de projets transversaux. Concrètement, cette notion recouvre des trajets/trajectoires de soins et des initiatives de soins intégrés qui ont pour point de
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départ la collaboration entre le médecin de famille et l’ensemble des prestataires de première ligne – parfois élargie au médecin spécialiste et à d’autres soignants – dans le but d’assurer un meilleur suivi du patient, y compris au niveau de la prévention secondaire et tertiaire. En 2022, AXXON veut être étroitement impliquée dans la suite du développement de ces projets transversaux multidisciplinaires, qui touchent aux domaines suivants :
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Trajet préliminaire pour les personnes à risque de diabète et pour le suivi des patients diabétiques + trajet de soins pour les enfants souffrant d’obésité. AXXON est convaincue que la kinésithérapie a un rôle incontestable à jouer dans ces trajets de soins. Trajectoire de soins périnatale (prénatale et postnatale) pour les femmes vulnérables. Des études ont démontré que la kinésithérapie aussi bien prénatale que postnatale peut jouer un rôle important dans la prévention des problèmes de dos, de plancher pelvien, etc. Les membres de l’ABCIG BICAP ont été consultés pour l’étude du KCE sur laquelle se basera cette trajectoire de soins. Trajectoire de soins pré- et post-transplantation abdominale en vue de la prévention des facteurs de risque cardiovasculaires, de la réduction des complications après une greffe abdominale et de l’amélioration de la qualité de vie et de l’espérance de vie du patient (4,9 millions €). Une meilleure condition générale (sur le plan aussi bien musculaire que cardiorespiratoire) avant une opération lourde comme l’est une transplantation débouche sur un meilleur processus de rétablissement. Là encore, la kinésithérapie a un rôle indéniable à jouer sur ce plan. Davantage de soins psychiatriques mais aussi somatiques pour les jeunes confrontés à des problèmes de santé mentale, dans la philosophie d’un esprit sain dans un corps sain. Un corps sain et suffisamment d’énergie sont des conditions indispensables pour se sentir bien dans sa peau et la résilience psychologique est étroitement liée au bien-être physique. À l’inverse, les troubles psychologiques se manifestent parfois d’abord sous la forme de plaintes somatiques. Réduction des réadmissions (nouvelles périodes d’hospitalisation) grâce à la mise en place d’une meilleure revalidation pulmonaire et à l’accroissement de la qualité de vie des patients concernés au travers d’une amélioration de leurs capacités fonctionnelles (5 millions €). Divers projets dans le cadre de la prévention secondaire et tertiaire en première ligne. Pour chaque thème sera constituée une équipe de projet,
qui se chargera de soumettre au Comité de l’assurance une note concernant la portée et le timing des différents dossiers. Celle-ci précisera également l’implication des Commissions d’accords et de conventions et du collège des médecins-directeurs, ainsi que la méthodologie utilisée et les modalités du rapportage et de la communication. Le Comité de l’assurance est considéré comme le gestionnaire des initiatives transversales et c’est donc lui qui devra les valider.
Adaptation de la Loi relative à l’exercice des professions des soins de santé En 2015, l’AR 78 a été converti en une loi coordonnée relative à l’exercice des professions des soins de santé (LEPS). Aujourd’hui, 7 ans plus tard, bien des dispositions de la LEPS sont dépassées. Les lacunes du texte sont devenues évidentes et la Loi Qualité, qui entrera intégralement en vigueur le 1er juillet 2022, ne corrigera qu’en partie ses imperfections. AXXON souhaite aujourd’hui élaborer elle-même un certain nombre d’Arrêtés Royaux en étroite collaboration avec des conseillers juridiques. Ses deux principaux objectifs étant de rendre ainsi possible un accès direct aux soins de kinésithérapie et d’assurer un ancrage légal aux activités de prévention. En rédigeant le texte nousmêmes, nous espérons pouvoir contourner la lenteur de la prise de décision politique. Des arguments solides seront néanmoins indispensables pour faire passer ces adaptations législatives ! Il est évident que l’AR 78 tel qu’il avait été rédigé à l’époque avait pour seul but de préserver l’accessibilité financière du système pour le patient. Une étude de la littérature étrangère révèle que, lorsque l’accès direct est possible, il n’y a pas de remboursement par l’assurance maladie, celui-ci étant réservé aux patients porteurs d’une prescription de renvoi rédigée par un médecin. En Belgique, il est toutefois purement et simplement impossible de consulter un kinésithérapeute sans lui avoir été référé. Une adaptation de la LEPS sera également indispensable pour l’implémentation d’un nouveau modèle de revenus au sein du secteur de la kinésithérapie (avec, par exemple, la possibilité de poser certains actes en-dehors du cadre de l’assurance maladie). AXXON espère également que la première phase de la refonte de la nomenclature, qui est évidemment étroitement liée à cette problématique, pourra être clôturée au cours des premiers mois de cette année.
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Étude sur la plus-value économique de la kinésithérapie Quelles économies la kinésithérapie peut-elle rapporter aux autorités ? Combien d’années de vie ajustées pour la qualité (QALY, pour « Quality-Adjusted Life Year » en anglais : www.physio-pedia.com) peut rapporter un traitement ? Cette année, AXXON a l’intention de se lancer dans l’analyse de l’impact économique de la kinésithérapie dans le cadre spécifique du système de soins belge. S’il est possible de démontrer de façon objective que la kinésithérapie et la prévention génèrent des économies pour le budget de la santé sur le long terme, les autorités accepteront peut-être d’accorder des moyens supplémentaires à notre secteur. En 2020, l’Australian Physiotherapy Association a fait appel à un bureau d’études pour réaliser une analyse coûts-bénéfices des traitements de kinésithérapie. La conclusion générale de son rapport est que la kinésithérapie livre un bénéfice économique net, que l’on évalue le coût du traitement en fonction de son impact sur la qualité de vie ou que l’on compare la kinésithérapie à d’autres approches thérapeutiques (www.australian.physio/economicvalue).
Projet “Lombalgies” dans le cadre de l’art. 56 Après approbation au sein de l’INAMI, le projet Low Back Pain Direct Access (voir l’AXXON Exclusif du mois de juin 2021) a également reçu en novembre 2021 l’accord du comité d’éthique de l’UHasselt, ce qui signifie que le projet pourra être intégralement déployé en 2022.
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Après une première présélection, les kinésithérapeutes retenus participeront à quatre modules d’elearning portant sur l’évaluation et le traitement des lombalgies. Ile bénéficieront également d’une formation de rappel des directives en vigueur. Bien que l’objectif de ce projet soit en première instance de démontrer les bénéfices de l’accès direct à la kinésithérapie dans le traitement des lombalgies, la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG) et son pendant flamand Domus medica y seront également étroitement impliquées. Les cercles de médecine générale informeront les médecins de famille locaux de la présence de kinésithérapeutes participants à proximité, afin de leur permettre d’informer leurs patients atteints de lombalgies (chroniques) de la possibilité d’accéder plus rapidement à un traitement de kinésithérapie en cas de plaintes aiguës. Une communication efficace entre le médecin généraliste et le kinésithérapeute concernant le statut, le traitement et l’évolution du patient reste également essentielle.
Projet maladie artérielle périphérique Le projet relatif à la maladie artérielle périphérique s’est terminé fin 2021 et le solde de son budget INAMI sera utilisé pour implémenter www.ClaudicatioCare.be sur l’ensemble du territoire belge. Via ce site web, les kinésithérapeutes auront la possibilité de s’inscrire à différentes formations qui leur permettront de se spécialiser dans la prise en charge de la claudication, avec à la clé une reconnaissance officielle. Les patients et médecins pourront quant à eux y retrouver les prestataires qui ont réussi la
formation. Une étude néerlandaise a démontré que le recours à une thérapie de marche supervisée en lieu et place d’une opération pouvait déboucher sur une économie de 33 millions d’euros pour le système des soins de santé. Cette approche a pour principal effet d’accroître la distance de marche maximale, ce qui, pour nombre de patients, se double d’une amélioration significative de leur qualité de vie. Elle présente en outre l’avantage de pouvoir se pratiquer dans les environs immédiats du domicile, ce qui lui assure une compliance extrêmement élevée.
Suivi et accompagnement des personnes confrontées aux effets à long terme d’une infection au COVID-19 Certaines personnes présentant des antécédents d’infection à SARSCoV-2 probable ou confirmée ont développé des plaintes prolongées, le plus souvent endéans les trois mois suivant la survenue de la maladie, avec des symptômes tels qu’une fatigue, un essoufflement, des troubles cognitifs mais parfois aussi d’autres problèmes ayant généralement un impact sur le fonctionnement quotidien. Ces plaintes persistent durant au moins deux mois et ne peuvent être expliquées par un autre diagnostic. Autant dire qu’il est capital de reconnaître ces patients et de leur assurer un suivi et un accompagnement de qualité. Pour ce faire, un groupe de travail comprenant des représentants des mutuelles, des patients, des universités, du réseau EBP, du KCE, de Fedris, des sociétés scientifiques de médecine générale et d’AXXON a été constitué.
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Ce groupe de travail se focalisera sur : la réalisation du bilan diagnostique et l’élaboration du plan de traitement ; la coordination de l’ensemble des besoins des patients ; la diffusion d’une information de grande qualité, avec un aperçu des preuves scientifiques actuellement disponibles ; le remboursement des frais de traitement pour ce groupe de malades.
Face au caractère multidisciplinaire de la maladie et à l’évolution constante des connaissances scientifiques à son sujet, l’INAMI continuera à travailler en étroite collaboration avec diverses instances gouvernementales telles que le SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement, le KCE et Sciensano. Les Régions aussi seront impliquées, par exemple au niveau de la revalidation. Les patients qui souffrent de plaintes prolongées ont en effet besoin de programmes de revalidation coordonnés et multidisciplinaires proposés non
seulement dans les établissements de soins après une hospitalisation, mais aussi au domicile. La pandémie du COVID-19 a une fois encore mis en avant l’importance de la kinésithérapie, notamment dans la prise en charge des troubles respiratoires. Le grand défi sera de trouver un équilibre entre la fatigue résiduelle après l’infection et le besoin de réentraîner les muscles déconditionnés.
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GERALD CREMER KINÉSITHÉRAPEUTE SPÉCIALISÉ EN GÉRIATRIE, CHU UCL MONT-GODINNE
Regard dans le rétroviseur sur la kinésithérapie en gériatrie Kinésithérapeute au sein du service hospitalier de Médecine gériatrique du CHU UCL Mont-Godinne depuis 29 ans, Gerald Cremer nous dépeint l’évolution des soins de kinésithérapie gériatrique, sur base de son expérience personnelle. Le service hospitalier de Médecine gériatrique du CHU UCL Mont-Godinne est le tout premier service de ce genre créé en Wallonie1. C’était en 1987, par le premier médecin francophone belge spécialisé en gériatrie, le Professeur Christian Swine, et il n’y avait pas meilleur endroit pour casser les idées préconçues sur la gériatrie. À l’époque, le mot « gériatrie » était communément associé à des idées peu séduisantes : mouroir, soins palliatifs, antichambre des homes, « on ne peut plus rien faire », pipi-caca-gaga, etc. Je suis arrivé dans ce service en 1993, pour mon dernier stage en kinésithérapie. Quelle surprise de découvrir qu’il ne s’agissait pas d’un service « garage », dans lequel je m’attendais à voir des patients pour lesquels il n’y avait plus rien à faire : trop âgés, trop déments, trop je ne sais quoi pour encore envisager une prise en soins curatifs. J’étais, comme de nombreuses personnes, imbibé de clichés sur la gériatrie. Quel étonnement également de voir des patients en meilleur état en fin de séjour qu’en début d’hospitalisation. Je fus tout autant stupéfait d’apprendre que globalement, la patientèle du service était « fidèle » au point de refuser une localisation dans l’hôpital ailleurs que dans le service de gériatrie. Cela me fait penser à une célèbre réplique du film Bienvenue chez les Ch’tis : « Ici, on braie deux fois : quand on arrive et quand on repart ».
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En fait, en y réfléchissant, je n’avais jamais entendu parler de gériatrie durant mes études de kinésithérapeute, même pas dans un cours de pathologie ! Le hasard m’avait parachuté au bon endroit et au bon moment. Je me trouvais dans le seul « service G » universitaire de l’UCL à cette époque, le laboratoire de la « nouvelle vision de la Médecine gériatrique », où tout était à créer dans le domaine de la kinésithérapie.
Évolution Dans cette « couveuse » académique, on nous parlait de quelques nouveaux concepts qui allaient fondamentalement métamorphoser l’environnement de la gériatrie. En voici quelques exemples certainement non-exhaustifs : Le Dr Mary E. Tinetti2, gériatre américaine, est la première à étudier le « syndrome gériatrique de la chute ». C’est une nouveauté de sortir de l’algorithme enseigné jusquelà aux futurs médecins, basé sur la réflexion par organe et autour des pathologies. L’identification d’un syndrome est une approche très efficace et pragmatique qui permet de nommer assez sommairement un problème et d’agir rapidement. L’exemple de la chute explicite cette approche : une fois identifiée, toute une équipe interdisciplinaire peut commencer sa réflexion pour agir et entamer une prévention secondaire. N’est-ce pas une astuce épatante pour démédicaliser un problème ? Le médecin n’est plus soliste, mais devient chef d’orchestre d’une musique plus riche.
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Linda Fried, autre gériatre américaine, fait un buzz avec son concept de « frailty », ou « fragilité » en traduction française, développé au début des années 2000. Elle imagine un test de dépistage permettant d’identifier les personnes qui sont susceptibles de connaître, à court ou moyen terme, un déclin gériatrique les précipitant dans la dépendance. Son échelle « Fried frailty scale », « le phénotype selon Fried »3,4, offre au monde gériatrique une nouvelle expertise, sur laquelle le kinésithérapeute peut s’appuyer pour déterminer les repères de « normalité » des performances physiques des personnes âgées. Cette nouvelle expertise permet de définir chez qui et comment prévenir un déclin gériatrique. Son approche principalement physique a ensuite été complétée par d’autres écoles, comme celle de Rockwood au Canada, qui apportait une vision plus globale de la fragilité, notamment dans ses dimensions sociales ou psychologiques.
Syndrome de Désadaptation PsychoMotrice Le Gérontopole Pierre Pfitzenmeyer de Dijon, composé du Professeur Gaudet (†), du Professeur Pfitzenmeyer (†), du Dr Tavernier-Vidal et de France Mouray (kinésithérapeute)5, nous a amené le concept de la « Régression PsychoMotrice (RPM) », aussi appelé « Syndrome de Désadaptation PsychoMotrice » (SDPM). Celui-ci nous permet de mieux comprendre le fonctionnement de nos patients âgés ; il inclut la
motricité, la cognition et le comportement. Notre service kiné a beaucoup travaillé sur la divulgation de cette idée et est devenu officieusement porte-parole du SDPM en Belgique francophone. Au cours de ces travaux, nous avons développé un test de dépistage du SDPM que nous avons appelé le « Get Up Early test »6. L’objectif initial de ce test était l’identification des patients âgés hospitalisés nécessitant une attitude particulière de prévention du déclin fonctionnel. Si les travaux scientifiques spécifiquement menés dans le domaine de la gériatrie sont actuellement très nombreux, ce n’était pas le cas dans les années 70. Il fallut attendre les années 80 pour voir apparaître les premières évidences (par exemple, auprès des vétérans américains) montrant que le processus d’évaluation gériatrique standardisée permettait d’améliorer l’autonomie des personnes et d’optimaliser leur plan de sortie. Ensuite, de nombreuses études d’intervention puis de méta-analyses ont consolidé ces données, apportant des lettres de noblesse à la discipline. Dans les années 50 et 60, de nombreuses sociétés de gériatrie voient le jour : la Société Belge de Gérontologie et de Gériatrie (SBGG) en 19507, la SFGG (France), l’International Association of Geriatry and Gerontology (IAGG), etc. Ces sociétés réunissent les professionnels
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de la gériatrie, toutes disciplines confondues. Elles formulent des consensus de pratique, de politique, d’éthique et des recommandations. La SBGG7 organise d’ailleurs plusieurs congrès annuels accessibles à toutes les professions de la gériatrie (par exemple « Les Journées d’Automne de la SBGG » à Liège, ou « Le Winter Meeting » à Ostende). Ces séminaires sont l’occasion de partager des travaux scientifiques et de faire des publications orales ou affichées. Les paramédicaux profitent de ces évènements pour exposer leur participation dans la communauté scientifique. La SBGG est l’unique organe national réunissant au sein d’une seule société tous les professionnels spécifiques de la gériatrie dans le but d’influencer les politiques en lien avec la personne âgée.
Programme de soins pour le patient gériatrique Le 29 janvier 2007, un texte de loi intitulé « Programme de soins pour le patient gériatrique » (PDS) est publié au Moniteur Belge8. Cet Arrêté Royal fixe d’une part les normes auxquelles le programme de soins pour le patient gériatrique
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doit répondre pour être agréé et, d’autre part, des normes complémentaires spéciales pour l’agrément d’hôpitaux et de services hospitaliers9. Les secteurs résidentiel et domicile ne sont pas visés par cet AR, mais bénéficient du gain de reconnaissance de la gériatrie. Le texte de loi débute par la définition du patient gériatrique, ce qui permet de cibler le patient requérant une approche spécifique. Le patient gériatrique doit avoir plus de 75 ans et réunir plusieurs des critères suivants :
1
Fragilité et homéostasie réduite
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Polypathologie active
3
Tableau clinique atypique
4
Pharmacocinétique perturbée
5
Risque de déclin fonctionnel
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Risque de malnutrition
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Tendance à être inactif et à rester alité, avec un risque accru d’institutionnalisation et de dépendance dans la réalisation des activités de la vie quotidienne
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Problèmes psychosociaux9
Il saute aux yeux que la définition du patient gériatrique indique déjà le concours nécessaire de la kinésithérapie (points 5 et 7) : « […] L’objectif principal du programme de soins est d’obtenir, à travers une approche pluridisciplinaire, la récupération optimale des performances fonctionnelles et la meilleure autonomie et qualité de vie de la personne âgée. »9 « […] Le PDS pour patients est axé sur le processus pluridisciplinaire diagnostique thérapeutique, ainsi que sur la réadaptation fonctionnelle et le suivi du patient gériatrique. »9 Il apparait donc, d’après ces quelques extraits de l’AR, que le kinésithérapeute est indispensable pour la prise en charge d’un patient gériatrique. Voyons donc plus en détail comment son financement peut être organisé dans les différents composants du PDS.
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Le programme de soins se compose :
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D’un service de gériatrie agréé (indice G) avec ses normes d’encadrement et la composition de l’équipe pluridisciplinaire, qui comprend également la présence impérative de kinésithérapeutes. Les normes de x patients/ETP kiné ne sont pas communiquées, tout comme le statut salarié ou indépendant.
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D’une consultation de gériatrie
3
D’un hôpital de jour pour patients gériatriques. Les points 2 et 3 sont généralement réunis et fonctionnent sous le mode interdisciplinaire. L’expertise kiné y est fréquemment sollicitée. Un hôpital de jour pour patients gériatriques peut avoir une visée diagnostique ou une mission de revalidation. La présence kiné est une fois de plus indispensable, mais le financement n’est simplement pas défini : la prestation du kinésithérapeute est incluse dans un forfait journalier pluridisciplinaire. Un engagement sous contrat salarié est prévu, mais dans une petite malle de mandats à répartir sur toute l’équipe (comprenant d’autres paramédicaux : infirmière, psychologue, neuropsychologue, ergothérapeute, diététicienne). La permanence physique d’un kinésithérapeute à horaire fixe n’est pratiquement pas envisageable, en raison du programme à la carte des bénéficiaires. Le statut d’indépendant du kinésithérapeute est invivable : seule une facturation d’une prestation M12 à 12,76 € est possible, alors qu’une consultation nécessite au minimum 1 heure de prestation sur place !
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D’une liaison interne, une équipe qui permet de mettre les principes gériatriques et l’expertise pluridisciplinaire gériatrique à la disposition du médecin spécialiste traitant et des équipes, pour les patients gériatriques hospitalisés dans l’ensemble de l’hôpital9. Parmi les missions de la liaison gériatrique (LG) apparait la détection et l’évaluation de la fragilité (motrice comprise) ainsi que l’élaboration d’un plan de soins pour la sortie. Curieusement, le législateur n’a pas prévu la contribution des kinésithérapeutes dans ce secteur. Cet oubli, en cours depuis 2007, ne permet donc pas de financement pour un kinésithérapeute dans ce secteur. Le « Get Up Early test » (voir plus haut) a donc été créé pour pallier l’absence du kinésithérapeute dans l’équipe de liaison gériatrique.
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D’une liaison externe, qui sert à optimaliser la continuité des soins, à éviter les admissions inutiles et à développer des synergies et des réseaux de collaboration fonctionnelle. Elle organise des soins gériatriques de qualité en dehors de l’hôpital et établit des contacts concrets avec les soins à domicile9.
Le PDS pour patients gériatriques à l’hôpital est une innovation extraordinaire que seule la Belgique possède. Il a permis de clarifier les missions de la Médecine gériatrique, de mettre en lumière l’expertise et le savoirfaire des acteurs professionnels en gériatrie. La reconnaissance d’une compétence particulière dans notre domaine nous nourrit et nous motive, malgré une pénibilité croissante dans le contexte de l’explosion démographique de notre patientèle attribuée. En tant que kinésithérapeutes, notre plus grande préoccupation reste la viabilité financière : la plus grande difficulté pour nous reste la quasi-impossibilité d’un équilibre financier. Pour un kinésithérapeute indépendant, il est impossible de réaliser un nombre de prestations confortable. Il est également impossible de trouver un financement décent pour les interventions en hôpital de jour ou en liaison. L’intégration dans un fonctionnement interdisciplinaire qui demande réunions, communication, etc., n’est financièrement pas couvert non plus.
Spécialisation en gériatrie Une spécialisation en gériatrie existe dans quelques écoles d’enseignement supérieur pour professions de la santé. Elle est même imposée dans certaines fonctions (infirmière en chef, chef de programme de soins), mais ce diplôme n’est pas valorisé. Qui, dans ce contexte, souhaite effectuer une année d’étude sérieuse à ses frais, sans en avoir une reconnaissance de titre ou simplement pécuniaire ? La spécialisation en gériatrie (anciennement appelée par les infirmiers « la 4ème année ») est également accessible à d’autres professions : ergothérapeutes, kinésithérapeutes, logopèdes, diététiciens, éducateurs, futurs directeurs de maisons de repos, assistants sociaux, etc. Il y a quelques années, la kinésithérapie gériatrique était candidate à la reconnaissance en tant que qualification professionnelle particulière (QPP). Malgré un dossier rondement ficelé par un groupe de travail constitué d’experts, de représentants d’AXXON et d’académiques, la ministre de la Santé de cette époque
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n’a jamais donné son accord. Elle considérait que la gériatrie était une compétence de base suffisamment acquise lors des études. En France, il existe bien un diplôme interuniversitaire de kinésithérapie et de réadaptation en gériatrie, mais là aussi, ce diplôme n’a pas trouvé d’autre reconnaissance que la fierté de ceux qui en disposent. Faut-il arriver à la presque extinction de la race pour activer la prise de conscience d’une nécessité de reconnaissance ? Si notre discipline souffre d’un manque de vocations, cela pourrait s’expliquer par le désinvestissement de notre nomenclature M, qui décourage tout kinésithérapeute à poursuivre la prise en soins de ses patients âgés admis en résidence communautaire. Pour rappel, au sein des structures d’hébergement cohabitent généralement deux statuts administratifs (MR ou MRS) du patient attribué sur seule base d’un score au test de Katz (capacités fonctionnelles pour les activités de la vie journalière). Pour les résidents en statut MR (maison de repos), le libre choix du kinésithérapeute reste théoriquement exigible par le patient, mais le
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kinésithérapeute doit appliquer de nouveaux codes de prestations. Les prestations sont dorénavant rabotées à une durée de 20 minutes, ce qui correspond à un M16 gratifié de 14,75 €. Même la prestation « Rapport écrit » passe d’un M24 au domicile (34,62 €) à un M14.5 en MR (14,75 €) : ni le patient, ni le traitement, ni même la prescription médicale n’ont pourtant changé ! Comment autrement qu’en accusant d’âgisme peut-on expliquer des héritages de nomenclature M qui pénalisent les personnes âgées en résidence communautaire ? Pour les résidents en statut MRS (maison de repos et de soins), la nomenclature M ne peut plus s’appliquer, il est donc impossible de poursuivre un traitement entamé par un kinésithérapeute libéral. Au patient MRS s’applique un forfait de prix à la journée, comprenant la gratuité des soins de kiné donnés par du personnel salarié. Attention : il n’est pas garanti que le patient va poursuivre son traitement kinésithérapique, car chaque maison constitue librement son « pool paramédical » entre différentes professions (kinésithérapeute, ergothérapeute, logopède, éducateur, diététicien, pharmacien
clinique). Il n’est du coup plus garanti que la prescription d’un médecin ordonnant un traitement kinésithérapique spécifique soit honorée, puisque la maison de repos ne doit répondre que de l’obligation de mettre à disposition du patient MRS une prise en charge paramédicale. Cette cloison administrative entre patients MR et MRS provoque également des paradoxes : un patient MRS qui s’améliore sur le plan fonctionnel se voit pénalisé en étant reclassé en MR. A contrario, un patient dépendant (score au test de Katz élevé) peut être maintenu en statut MR si la structure a déjà rempli son nombre de lits MRS agréés. Une direction de maison de repos tient à exploiter à 100 % son nombre de lits MRS, afin d’étoffer son personnel supplémentaire subsidié : il n’est donc pas rare que des patients (souvent à leur insu) fassent des allerretours entre les deux statuts, toujours par nécessité de ne pas laisser de lits MRS vides. Loin de moi l’envie d’accuser les structures, qui font tout ce qui est possible pour ne pas pénaliser le patient âgé, mais notre profession de kinésithérapeute est maltraitée dans ce système géré par l’INAMI.
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Conclusion Si ce constat quant aux conditions de travail du kinésithérapeute gériatrique dans les maisons de repos est assez critique, il faut souligner le fait que les kinésithérapeutes ont contribué à l’évolution qualitative spectaculaire des soins donnés et à la transformation des homes en lieux de vie. Globalement, les kinésithérapeutes gériatriques ont délibérément choisi leur domaine avec la motivation de prodiguer des soins aux plus fragiles, sans y trouver un attrait pécuniaire. La spécialisation en kinésithérapie gériatrique a connu ces 30 dernières années un regain de considération. La formation dans les écoles a enfin accordé une place à la gériatrie, ce qui a grandement contribué à la compréhension et au sens d’une approche spécifique. Le législateur nous a même donné des missions claires : la récupération optimale des performances fonctionnelles et une meilleure autonomie et qualité de vie9. Si on peut dire que la gériatrie a progressé à pas de géant, la kinésithérapie gériatrique, freinée par une sous-représentation dans l’élaboration des conventions et de la nomenclature ainsi que par
les règles de fonctionnement des maisons de repos, ne progresse malheureusement qu’à pas de souris. Avec l’explosion démographique du quatrième âge, il n’a jamais été aussi évident que la kinésithérapie est attendue pour retarder la dépendance et pour permettre le maintien à la maison de tout un pan de notre société. Des réformes profondes soutenues par AXXON sont attendues par le secteur. Cet article est basé sur mon expérience dans le domaine de la gériatrie en milieu hospitalier. J’espère que mes réflexions vous auront permis d’en apprendre plus sur l’évolution du travail de kinésithérapeute dans ce domaine et j’espère également avoir contribué à la reconnaissance et à la fierté de ceux qui ont fait de la kinésithérapie gériatrique une passion. Je ne peux que répéter ma satisfaction personnelle d’exercer dans ce domaine qui ne cesse de se développer et je souhaite que les anciens stéréotypes associés au mot gériatrie n’existent plus : l’heure est venue où la qualité des soins donnés doit devenir un leitmotiv.
Références 1)
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7)
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9)
https://wallex.wallonie.be/eli/arrete/ 2007/01/29/2007022208/2007/09/ 01?doc=8617&rev=775418#:~:text= Le%20programme%20de%20soins%20pour %20le%20patient%20g%C3%A9riatrique %20est%20ax%C3%A9,le%20suivi%20du %20patient%20g%C3%A9riatrique
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CHRISTOPHE BERLEMONT KINÉSITHÉRAPEUTE SPÉCIALISÉ EN ORTHO-GÉRIATRIE (ERASME) ET CHARGÉ D’EXERCICES (ULB & HELB)
La kinésithérapie en gériatrie fait de la haute couture Le vieillissement démographique s’accompagne d’une augmentation des prises en charge. Dans ce contexte gériatrique, quel est l’apport du kinésithérapeute ? « Les personnes âgées ne sont plus dans le coup », Les troubles de l’équilibre
« elles sont inutiles », « condamnées à la sénilité », « ne méritent pas qu’on les soigne » : autant de stéréotypes1 qui sont ancrés dans l’inconscient collectif et qui ont été pérennisés jusqu’à ressurgir dans le contexte actuel de la pandémie. Selon ces caricatures, vieillir est synonyme de dépendance. Or, il n’existe pas de modèle-type de la personne âgée2 : à plus de 95 ans, Tony Bennett continue ses concerts. Fauja Singh devenait en 2011 le premier centenaire à terminer le marathon de Toronto. Et que dire de la reine Elisabeth, qui détient le record de longévité sur le trône anglais avec plus de 68 ans de règne ? Vieillir n’est pas synonyme de dépendance !3 Néanmoins, si Flaubert parlait de la vieillesse « comme d’une déchéance », Chateaubriand « d’un naufrage » et Shakespeare « d’une période sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien », il faut bien reconnaître une chose à ces illustres ancêtres : l’homme n’est pas éternel. Cependant, le vieillissement n’est pas, à l’image des définitions données, une simple histoire de « pertes ». Il est par définition « Un processus biologique à l’œuvre dès le début de l’existence, qui modifie constamment, à notre insu, la structure et le fonctionnement de notre être ». L’humain est donc en constante adaptation4. Le patient gériatrique sera cet être unique : ce puzzle de pathologies multiples, d’enchevêtrements de facteurs somatiques, psychiques et sociaux et des compensations mises en place au fil du temps5. Par conséquent, la kinésithérapie en gériatrie se doit d’être une prise en charge de haute couture, adaptée à cette complexité et réalisée par un spécialiste. Nous pourrions expliquer en détail les algorithmes décisionnels qui permettent de cibler un traitement à apporter pour chaque circonstance faisant appel aux compétences du kinésithérapeute (démence, constipation, troubles cardio-respiratoires, dépression, etc.), mais nous ciblerons dans cet article les troubles de l’équilibre.
14
La théorie des grands syndromes gériatriques implique selon le Pr J.P. Bouchon6 trois éléments cumulatifs : le vieillissement, les affections chroniques et les facteurs aigus. Suivant cette logique, le vieillissement reste compensé tant qu’il persiste des réserves fonctionnelles. Souvent, la survenue de chutes est le révélateur brutal de l’installation progressive de décompensations qui sont d’origine multiple : perte de poids, sarcopénie, fatigue, inactivité, ostéopénie, maladies aigües, etc. Au niveau épidémiologique : près de 33 % des personnes âgées tombent au moins dans l’année. Ce chiffre monte à 45 % à plus de 80 ans et à 55 % à 90 ans et plus7. Il s’agit probablement de sous-estimations, dans la mesure ou seules 20 % des chutes sont portées à l’attention du professionnel de soins8. Ces chutes peuvent dans le pire des cas entraîner le décès du patient ou son hospitalisation à la suite de traumatismes physiques. La prise en charge repose sur des programmes de renforcement musculaire, de rééducation de l’équilibre au sens large et des programmes communautaires pouvant comporter une sensibilisation à la prévention des chutes et des exercices dynamiques9.
Syndrome de Désadaptation PsychoMotrice (SDPM) La troisième conséquence importante et souvent méconnue de la chute est l’apparition d’une phobie à la verticalisation et à la marche10, consécutive de l’impact psychologique de la chute et notamment du gisement au sol. Ce dernier, même sans traumatisme physique, devra toujours être considéré comme une situation révélatrice d’une décompensation pouvant nécessiter une prise en charge préventive. Son impact psychologique devra être systématiquement contrôlé : dans certaines situations, le patient présente après une chute un déjettement complet dans son fauteuil. Debout, il présente une position pathognomonique de véliplanchiste (Figure 1), avec une tendance à la chute en arrière et un schéma en triple flexion : comme si le patient se tenait sur une planche à voile.
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Figure 1 : la position du véliplanchiste.
Figure 2 : phobie à la verticalisation.
La première à décrire ce syndrome post-chute est l’équipe de Murphy et Al. au début des année 8010. Elle décrit dans 1/3 des chutes l’installation rapide d’une altération de l’équilibre dynamique et statique, avec une apparition d’une rétropulsion. Dans les années 90, l’équipe du professeur Gaudet11 complète le tableau clinique par la description de signes neurologiques typiques, comme l’akinésie principalement axiale, une hypertonie oppositionnelle révélant des atteintes sous-corticales globales et l’altération des automatismes posturaux, notamment des réactions de protections « parachutes ». Passant de l’appellation « régression psychomotrice » à celle de désadaptation, Pfitzenmeyer tente d’en donner une définition en 200312 : « Décompensation des fonctions motrices représentées par la fonction posturale, la marche et les automatismes psychomoteurs, liée à un trouble de la programmation de la posture et du mouvement consécutive à une altération des structures sous-corticofrontales ». En 2006, Manckoundia13 complète le tableau clinique par des troubles psychocomportementaux regroupant une phobie de la verticalisation et de la marche (Figure 2) dans la forme aigüe, tandis qu’une bradyphrénie, une aboulie et une démotivation sont notées dans sa forme chronique.
Le patient, bien qu’indemne souvent physiquement, finit du fait de sa phobie et de son opposition aux soins par souffrir des effets de son alitement, pouvant aller jusqu’à l’apparition d’un syndrome de glissement où il aura tendance à se laisser mourir. Le dépistage et la prise en charge du SDPM constituent ainsi une urgence gériatrique.
Evaluation du SDPM Peu d’études définissent une EBP. Néanmoins, les recommandations des tests à pratiquer sont 14,15,16 :
1
L’évaluation de la vitesse de marche : les patients qui développent une phobie de la marche auront une vitesse de marche inférieure à 0.6 0.8 m.s-1. Néanmoins, elle sera peu spécifique au SDPM.
2
Le test de marche en double tâche : il sera impossible pour le patient de réaliser une tâche de décompte tout en marchant.
3
L’examen de la posture statique : il nous montre le déjettement postérieur.
4
Le Test Minimum Moteur (TMM) : il montrera des capacités réduites de notre patient à nous aider dans sa vie quotidienne (le fait de se tourner dans son lit, d’aller aux toilettes, etc.)
Figure 3 : test de provocation.
5
L’état de fragilité.
6
La recherche de notion de chute dans les 6 mois précédents : nécessite de creuser l’historique du patient dont le motif d’admission peut être différent de la chute.
7
Evaluations complémentaires : le test de provocation (Figure 3) présent dans l’échelle de Tinetti (poussée antéro-postérieure), évaluation de l’équilibre la plus usuellement utilisée en gériatrie, peut s’avérer un premier élément de suspicion du syndrome. Le Fonctional Reach Test de Duncan dans lequel le patient doit, en partant d’une position à 90°, se pencher bras tendu en avant au-delà de 25 cm – ce que ne pourra pas faire le patient SDPM – est également un test simple et efficace. La présence de traumatismes de la face (Figure 4) doit nous évoquer l’absence de réaction « parachute » et la présence potentielle d’un SDPM.
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Figure 4 : traumatismes faciaux.
Figure 5 : animations et mouvement antérieur.
Figure 7 : réacquérir les mouvements antérieurs.
Traitement
Traitement des signes comportementaux :
Les rapports de cas suggèrent qu’il faut entreprendre une réadaptation motrice ciblée aux objectifs de vie du patient, avec pour but la correction de la rétropulsion11,17 . Elle comprend :
La prise en charge des signes comportementaux sera primordiale puisqu’ils seront le premier frein à l’adhérence du traitement physique : l’objectif sera de travailler sur toutes les questions de la relation (à soi, aux autres, à l’espace, au temps et aux objets) afin d’instaurer avec le patient un climat de confiance mutuelle20,21. Les outils comprennent :
1
La valorisation de la personne par des jeux de repersonnalisation.
2
Le passage en position assise au bord du lit avec comme leitmotiv de ne jamais se substituer aux gestes mais de les faciliter.
3
Stimuler : faire participer à des animations (Figure 5), éviter que le patient s’installe dans un syndrome de glissement.
4
Réactiver et rééduquer la marche : l’inciter à marcher (Figure 6).
5
Réactivation des stratégies de posture, des réactions parachutes et apprentissage du relever du sol : réacquérir les mouvements antérieurs pour sortir du déjettement postérieur (Figures 7-8).
Récemment, de nouvelles études utilisent également des robots de marche18 ou encore la réalité virtuelle comme outils pour sortir le patient de sa phobie19.
Figure 8 : réacquérir les mouvements parachutes.
16
Figure 6 : allongement du pas.
1
Les techniques psychocorporelles (Figure 9).
2
Des techniques de relaxation.
3
Des médiations corporelles.
4
L’expressivité posturale et gestuelle.
5
Le jeu corporel.
En 2020, au sein du service de gériatrie de l’hôpital Erasme, nous avons entrepris un travail préparatoire réalisé par une psychomotricienne via l’approche psychocorporelle (inspirée de G. Ponton et H. Wintrebert) afin de diminuer l’anxiété présente chez les personnes âgées souffrant du SDPM, avant d’entreprendre les exercices de marche et de verticalisation. Scannez le QR code ci-contre afin de visionner une vidéo présentant l’évolution d’une patiente SDPM.
Figure 9 : l’approche psychocorporelle.
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Conclusion Le syndrome post-chute est un problème fréquemment observé chez la personne âgée, affectant près d’1/5 à 1/3 des chuteurs. Non reconnu et non traité, il évolue vers un syndrome de glissement aux répercussions physiques, psychiques et sociales graves. Seule la kinésithérapie spécifique instaurée rapidement permet
d’éviter une telle évolution. Bien entendu, la prévention sera également un volet essentiel de la prise en charge gériatrique globale. Elle passera par le dépistage des sujets à risques, le suivi médical et moteur, la stabilisation des pathologies chroniques et l’utilisation et la création d’outils de dépistage22,23.
Références 1)
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2)
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TRUDY BEKKERING1 EMMANUEL SIMONS1,2 MARTINE GOOSSENS (1)
Fourniture d’informations aux personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral Quels sont les effets de la fourniture active ou passive d’informations aux patients et à leurs soignants après un AVC ? C’est la question développée dans cette revue. Contexte Un accident vasculaire cérébral (AVC), s’il n’est pas fatal, peut entraîner une déficience physique ou cognitive, avec des conséquences psychologiques et sociales éventuelles à long terme. Cette déficience peut avoir un impact très important pour les personnes touchées, mais aussi pour leur entourage. De nombreux patients ayant subi un AVC et leurs familles ne sont pas satisfaites des informations reçues, notamment de la quantité, du contenu, de la manière dont et du moment où elles ont été prodiguées, et éprouvent un grand besoin d’informations pertinentes et utiles.
Critères de sélection des études Cette revue Cochrane a inclus des études randomisées examinant l’effet de la fourniture d’informations aux personnes et leurs soignants après un accident vasculaire cérébral. Ces études ont comparé la fourniture
18
d’informations versus soins habituels, la fourniture d’informations associée à une autre thérapie versus cette autre thérapie seule ou une fourniture active d’informations versus une fourniture passive d’informations. La dernière recherche a été effectuée en mai 2019.
Résumé des résultats La revue a inclus 33 études portant sur 5.255 participants et 3.134 soignants, dont 22 ont examiné une forme active de fourniture d’informations et 11 une forme passive de fourniture d’informations. Dans le cas d’une intervention active, la participation active du patient est attendue. En outre, un suivi et des informations ont été proposés par le thérapeute. Les informations passives sont données de manière ponctuelle sans suivi ultérieur. De nombreuses études présentaient des lacunes méthodologiques, de sorte que le degré de certitude des preuves était généralement faible.
Informations actives après un accident vasculaire cérébral La fourniture active d’informations pouvait augmenter les connaissances sur l’AVC (SMD 0,41, IC à 95% 0,17 à 0,65 ; 3 études, 275 participants) et réduire légèrement l’anxiété ou la dépression chez un certain nombre de personnes (anxiété RR 0,85, IC à 95% 0,68 à 1,06 ; 5 études, 1.132 participants : dépression RR 0,83, IC à 95% 0,68 à 1,01 ; 6 études, 1.315 participants). Cette intervention était susceptible de diminuer les sentiments de dépression (score moyen sur la sous-échelle dépression de l’Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS) -0,8, IC à 95% -1,27 à -0,34 ; 8 études, 1.405 participants : degré de certitude modéré) et peutêtre aussi les sentiments d’anxiété (diminution moyenne sur la souséchelle anxiété de l’HADS -0,73, IC à 95% -1,10 à -0,36 ; 6 études, 1.171 participants, faible degré de
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certitude). Elle est également susceptible d’améliorer la qualité de vie, bien que cette conclusion ne repose que sur une seule étude.
Informations actives pour soignants Les informations actives peuvent réduire légèrement les sentiments d’anxiété et de dépression chez les soignants (différence moyenne sur la sous-échelle anxiété de l’HADS -0,40 (IC à 95% -1,51 à 0,70) ; 3 études, 921 participants : sur la sous-échelle dépression de l’HADS -0,30 (IC à 95% -1,53 à 0,92) ; 3 études, 924 participants, les deux avec un faible degré de certitude). Par contre, il y avait probablement peu ou pas d’effet sur la qualité de vie des soignants. Les preuves étaient incertaines par rapport aux effets sur les connaissances des soignants relatives à l’AVC et le nombre de soignants souffrant d’anxiété ou de dépression.
Informations passives Les informations passives données aux personnes après un AVC peuvent légèrement augmenter les sentiments d’anxiété et de dépression (différence moyenne sur la sous-échelle anxiété de l’HADS 0,67, IC à 95% -0,37 à 1,71 ; et sur la sous-échelle dépression de l’HADS 0,39, IC à 95% -0,61 à 1,38 ; 3 études, 227 participants, faible degré de certitude). Les preuves étaient incertaines quant aux effets sur les connaissances liées à l’AVC,
la qualité de vie et le nombre de personnes souffrant d’anxiété ou de dépression. Les preuves relatives aux effets des informations passives prodiguées aux soignants sur leurs connaissances de l’AVC et sur leurs sentiments d’anxiété et de dépression étaient incertaines. Aucune étude n’a examiné l’effet sur la qualité de vie des soignants.
Conclusion La fourniture active d’informations était susceptible d’améliorer les connaissances et la qualité de vie des patients ayant subi un AVC et de réduire l’anxiété et la dépression. Les effets de la fourniture active d’informations sur l’anxiété et la dépression sont très faibles et probablement pas cliniquement pertinents. La fourniture passive d’informations pouvait au contraire augmenter l’anxiété et la dépression, mais là encore, la taille de l’effet n’était peut-être pas pertinente. Les preuves pour les autres mesures de résultat et pour les soignants étaient incertaines.
Implications pour la pratique La fourniture active d’informations, assortie d’un suivi sous forme d’explications complémentaires ou de renforcement, semble être utile pour les personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral, mais aussi pour leurs soignants.
Références 1. Centre Belge pour l’Evidence Based Medicine (Cebam), Cochrane Belgique 2. UVC-Brugmann Crocker TF, Brown L, Lam N, Wray F, Knapp P, Forster A. Information provision for stroke survivors and their carers. Cochrane Database of Systematic Reviews 2021, Issue 11. Art. No.: CD001919. DOI: 10.1002/14651858.CD001919.pub4. Accessed 21 December 2021. Consultez le texte intégral de cette revue Cochrane via la Cebam Digital Library for Health : www.cebam.be/fr/cdlh Cochrane Corner En collaboration avec le CEBAM, Cochrane Belgique : www.cebam.be
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