Skip to main content

Perfectio — Levier (Édition spéciale hiver 2019)

Page 1

ÉDITION SPÉCIALE

votre référence en formation des adultes

LEVIER HIVER 2019


ta b l e d e s m at i è r e s

INTRODUCTION

02 - INTÉGRATION

4 Mot de la rédactrice en chef

22 Accès Carrières Études – une porte d’entrée qui mène au succès!

6 Mot du directeur général 6 Mot du président

01 - AMPLEUR 8 Le Programme d’alphabétisation et de formation de base 12 L’alphabétisation et le développement des compétences essentielles au service du développement économique 16 Rendre accessible le marché de l’emploi aux gens à faible niveau de littératie 18 En quoi les compétences numériques ont-elles une incidence sur la société actuelle et de demain?

PRODUCTION Rédactrice en chef : Rachel Anne Normand révision linguistique : Pascale Lacelle Graphisme : Gabrielle Dubois Impression : Bradda Printing Services inc.

25 Les Partenariats en éducation et formation des adultes : un projet innovateur en coordination de services 26 Programme Tourisme et emploi : un partenariat public et privé qui rapporte 28 L’importance des projets communautaires pour l’alphabétisation et la formation de base

03 - RECONNAISSANCE 30 Ce que les employeurs ont à dire 33 Ce que les personnes apprenantes ont à dire

04 - SYNERGIE 38 L’aiguillage : une approche indispensable 40 Le développement de ressources en alphabétisation : une expertise incontournable et nécessaire 42 La formation continue : un investissement qui rapporte!

Cette publication est conforme à la nouvelle orthographe. ~ Dans cette revue, le générique masculin est employé dans le simple but d’alléger le texte.


4

Évolution du réseau

MOT DE LA RÉDACTRICE

EN CHEF R a c h e l A n n e No r m a n d


Levier [l(e)vjé] ce qui sert à soulever, à mouvoir, à surmonter quelque résistance1 L’éducation des adultes ne se résume pas à l’obtention d’un diplôme ou d’un certificat. Elle est là, omniprésente, tout au long et tout au large de la vie. Elle répond à une plura­ lité de besoins, d’aptitudes, d’antécédents et d’aspirations qui varient selon les personnes et les étapes de leur existence. Elle prend plusieurs formes, s’incarne dans une diver­ sité d’activités, d’approches, de méthodes et touche différentes sphères de la vie. La formation offerte par les établissements scolaires formels, tels les collèges et univer­ sités, n’est pas la seule voie envisageable pour les adultes dans leurs efforts visant à maintenir et développer des compétences. En effet, le Programme d’alphabétisation et de formation de base (AFB) du ministère de la Formation et des Collèges et Universités est une composante intrinsèque, un maillon incontournable de l’éducation des adultes. À l’heure actuelle, il est indispensable de mettre en relief les possibilités de ce vecteur de croissance, car à mon avis, la réussite éducative se manifeste lorsqu’elle permet aux gens de développer leur autonomie et de devenir des acteurs dans leur vie per­ sonnelle, professionnelle et communautaire. 1

Dictionnaire Larousse

C’est précisément ce qu’offre le Programme AFB grâce aux cinq voies de transition du cadre du curriculum en littératie des adultes de l’Ontario. La présente édition démontre de quelles manières le Programme AFB est un levier vers la création d’acteurs sociaux individuels ou collectifs capables de pleinement exer­ cer leurs rôles dans la société d’aujourd’hui tout en les préparant à celle de demain. D’abord, on découvre dans Ampleur l’a­ pport du programme au développement économique et de la main-d’œuvre. Puis, Intégration met de l’avant les façons dont les partenaires travaillent de concert à l’assurance d’une population pleinement alphabétisée par l’entremise de projets div­ ers. Comme toutes les personnes appre­­­­­­­­ nantes adultes sont uniques, les parcours d’apprentissage diffèrent. La section Reconnaissance donne un aperçu des multiples façons dont celles-ci ont réu­ ssi leurs démarches d’apprentissage. « Reconnaissance » comprend aussi des témoignages d’employeurs ayant profité des occasions de perfectionnement profe­ ssio­nnel proposées par le Programme AFB.

Enfin, dans un système harmonieux tel le Programme AFB, les participants sont sou­ tenus durant et après leur parcours en vue de réaliser leur plein potentiel. Les agences communautaires et les partenaires asso­ ciés sont des piliers cruciaux pour assurer la réussite. La section Synergie permet de projeter une lumière sur l’importance du soutien communautaire et des façons dont la complémentarité des services est une valeur ajoutée et un appui nécessaire à la réussite de l’adulte. Je termine en remerciant les centres membres de la Coalition ontarienne de for­ mation des adultes qui ont su nous épauler par leurs conseils, suggestions et contribu­ tions littéraires. Sans eux, le Programme AFB francophone ne rayonnerait pas comme il le fait et cette édition n’aurait pas la portée et la résonnance de la réalité du terrain qu'on a su lui insuffler. En espérant que Levier rend dument compte de la valeur du Programme AFB dans le vaste secteur de l’éducation des adultes, je vous souhaite une excellente lecture.

•


MOT DU DIRECTEUR GÉNÉRAL M i c h e l R o b i l l a rd Chers lecteurs, je vous invite à lire cette édition spéciale du Perfectio qui met en valeur les résultats de plusieurs années d’eff­ orts des membres du réseau d’alphabétisation et de formation de base (AFB) francophone. L’ équipe éditoriale a choisi de pré­ senter des articles qui démontrent clairement que le Programme AFB du ministère de la Formation et des Collèges et Univer­ sités est un vecteur de développement économique, social et communautaire pour la collectivité francophone de l’Ontario. Archimède, un mathématicien de la Grèce antique, croyait si fer­ mement à la puissance du levier qu’il aurait dit : « Donnez-moi un point fixe et un levier et je soulèverai la Terre. ». À la Coalition ontarienne de formation des adultes, nous sommes tous un peu des disciples d’Archimède, car nous croyons que le Programme AFB est un levier si puissant qu’il nous permet de changer des vies.

En effet, il permet aux personnes apprenantes de développer et mettre à jour leurs compétences essentielles et génériques pour ainsi intégrer le marché du travail, conserver leur emploi ou obte­ nir un meilleur emploi. Entre autres, grâce à des projets spéciaux comme les programmes Tourisme et emploi et Accès Carrières Études, les services d’AFB facilitent l’intégration économique, pro­ fessionnelle et sociale. Par ailleurs, les nombreux partenariats que le réseau a développés avec divers groupes communautaires partout en province nous appuient dans l’aiguillage et dans la mise en place d’une appro­ che dite holistique (wraparound approach en anglais). Cela per­ met d’orienter les personnes apprenantes vers des services qui répondent à leurs besoins uniques. Enfin, pour illustrer l’effet de levier, quoi de mieux que de laisser parler les personnes qui sont au centre de nos actions, soit les personnes apprenantes et le personnel des centres d’AFB francophones. La section Reconnaissance, qui met en scène des témoignages, est éloquente en matière de retombées positives que le Programme AFB a su avoir sur le parcours personnel et professionnel des clients ainsi que sur les employeurs, pour qui les retombées sont aussi importantes. Les formations gratuites du Programme AFB offrent un retour sur investissement fort intéressant, dont font preuve ces témoignages.

•

Bonne lecture!

MOT DU PRÉSIDENT

Renaud Saint-Cyr

Depuis 1998, la Coalition ontarienne de formation des adultes (COFA) et son réseau de centres de formation à travers la province ont formé des milliers d’adultes francophones. Le regroupement de pro­­­­f­e­ ssionnels en alphabétisation et formation de base (AFB) que représente la COFA offre des services de formation qui servent de tremplin vers l’emploi ou vers l’autono­ mie aux adultes francophones de l’Ontario. Afin d’assurer l’atteinte de leurs objectifs, le réseau mise sur des pratiques qui se sont avérées gagnantes au fil du temps.

et de ressources pour soutenir les adultes en formation.

D’abord, une offre de services de qualité est d’une importance capitale. Pour ce faire, la COFA poursuit son travail de professionna­ lisation du réseau et ainsi, elle assure que les professionnels des centres d’AFB soient bien équipés en matière de compétences

Enfin, dans le but d’optimiser les ressources sur le terrain et de permettre d’accroi­ tre l’accès à la formation pour les adultes francophones de l’Ontario, la COFA a développé des partenariats avec des orga­ nismes publics et privés tels la Fédération

Puis, les décisions quant aux priorités et orientations sont informées par des données probantes fournies entre autres par le ministère de la Formation et des Collèges et Universités et d’autres sources importantes de données comme celles provenant du Conference Board du Canada et du Programme pour l’évalua­ tion internationale des compétences des adultes. C’est ainsi que l’on assure la perti­ nence des actions et la réussite.

des ainés et des retraités francophones de l’Ontario, l’Université de Hearst, la Société économique de l’Ontario, le Conseil de la coopération de l’Ontario et HT Hospitality Training Inc. Elle voit au développement du continuum de l’éducation et de la formation en coordonnant des initiatives qui visent l’intégration de ces services, telles les Par­ tenariats régionaux en éducation et forma­ tion des adultes francophones de l’Ontario qui regroupent les partenaires du secteur de l’AFB, soit les collèges, les conseils sco­ laires et les centres de formation. Cette édition spéciale du Perfectio témoi­ gne des pratiques gagnantes, du travail accompli chaque jour par les membres du réseau et ses incidences sur les adultes. J’en suis très fier et je vous invite à lire avec avidité.

•


Évolution du réseau

01

AMPLEUR

7


Év A mopl luetui ro n d u r é s e a u

LE PROGRAMME D’ALPHABÉTISATION ET DE FORMATION DE BASE

P a r P a s c a l e L a c e l l e • R é d a c t r i c e - ré v i s e u re , C O FA

Ce texte est rédigé à partir de divers articles parus dans le bulletin d’information 2018 des Organismes provinciaux de soutien en littératie (OPSL) avec l’approbation des auteurs concernés. Comme vous le verrez en lisant l’ensemble de cette édition du Perfectio, il est crucial d’accroitre les niveaux de littératie, de nu­ mératie et de littératie numérique en Ontario. Pour ce faire, le mi­ nistère de la Formation et des Collèges et Universités (MFCU), par l’entremise d’Emploi Ontario, finance le Programme d’alphabé­ tisation et de formation de base (AFB). Ce programme s’adresse aux adultes voulant améliorer leurs compétences en littératie, en numératie et en litté­ratie numérique afin d’atteindre leurs buts en matière d’études secondaires ou postsecondaires, d’emploi, de for­ mation en apprentissage ou d’autonomie. Il est offert par trois sec­ teurs, soient les organismes communautaires, les conseils scolaires et les collèges, qui ensemble répondent efficacement aux besoins variés des personnes apprenantes adultes en Ontario dans quatre groupes : les anglophones, les francophones, les Autochtones et les personnes sourdes et malentendantes. Cet article traitera de l’importance du Programme AFB sur l’ensemble de ces quatre groupes culturels.

«

8


Ampleur

APERÇU DU PROGRAMME Le Programme AFB offre un excellent rapport qualité-prix, car il représente une fraction du budget global d’Emploi Ontario, tout en aidant un nombre important de personnes apprenantes adultes à acquérir les compétences nécessaires pour obtenir ou conser­ ver un emploi. Les cours d’alphabétisation sont gratuits et offerts par divers modes de prestation, notamment le tutorat individuel, la formation en petit groupe et en salle de classe, et la formation en ligne à travers le programme d’Apprentissage en ligne. Afin d’aider les personnes apprenantes adultes à atteindre leurs buts, les orga­ nismes d’alphabétisation de l’Ontario travaillent en étroite collabora­ tion avec divers intervenants communautaires (comme Ontario au travail, les services sociaux, les services d’emploi, et d’autres four­ nisseurs de services d’éducation, employeurs, organismes commu­ nautaires, etc.). Le Programme AFB s’adresse aux personnes qui doivent mettre à niveau leurs compétences essentielles pour atteindre divers objec­ tifs à long terme, mais vise en particulier les gens qui ont le plus besoin de services, entre autres les personnes qui ont un niveau de scolarité inférieur à la 12e année, qui sont prestataires de soutien du revenu, qui ne sont plus aux études ou en formation depuis plus de six ans, qui ont des antécédents d’interruption des études ou qui souffrent de handicap. Par exemple, les données les plus récentes nous indiquent que : › 44 % des participants ont un niveau de scolarité inférieur à la 12e ou 13e année (CPO); › 24 % des participants ont une 12e ou 13e année comme plus haut niveau de scolarité atteint; › 12 % des participants ont déclaré être handicapé; › 59 % des participants sont au chômage, mais plus de 30 % d’entre eux participent au marché du travail dans une cer­ taine mesure (temps plein, temps partiel, travail autonome ou sous-emploi)1. En moyenne, plus du tiers des personnes apprenantes servies visent un but d’emploi ou de formation en apprentissage. Le Programme AFB est unique en ce sens que le curriculum sur lequel il se base permet d’établir un programme souple centré sur le client et des approches novatrices. Le cadre du curriculum en littératie des adultes de l’Ontario (CLAO) est axé sur six grandes compétences « imbriquées dans des tâches authentiques [et] qui montrent comment l’apprentissage de la littératie se transfère à des activités liées au but2 », peu importe la voie choisie.

Un autre exemple de la souplesse du programme est l’offre d’op­ tions de formation favorisant l’amélioration des compétences des personnes actuellement sur le marché de l’emploi pour qu’elles puissent maintenir leur poste ou augmenter leurs possibilités d’em­ ploi. De plus, le programme est prêt et apte à répondre aux besoins actuels et futurs du marché du travail. Par exemple, la formation ciblée liée aux besoins du marché du travail local peut aider à com­ bler l’écart entre les compétences que recherchent les employeurs et les lacunes actuelles dans la main-d’œuvre disponible. De nom­ breux organismes de prestation de services répondent aux besoins locaux en créant des programmes de formation ciblés qui intègrent les compétences génériques, les compétences essentielles (p. ex., la littératie, la numératie, les compétences numériques de base) et les compétences techniques nécessaires pour des professions ou des groupes de professions précis. De toute évidence, le Programme AFB est efficace et offre diverses options pour aider les personnes apprenantes à trouver un emploi ou à améliorer leur situation d’emploi actuelle, et ce, dans l’ensemble de la province. Pour mieux comprendre l’importance d’accroitre les niveaux de littératie, de numératie et de littératie numérique en On­ tario, voici quelques statistiques démontrant la situation d’alphabéti­ sation dans la province.

COMPÉTENCES EN LITTÉRATIE EN ONTARIO La littératie est une compétence essentielle en Ontario au XXIe siècle. Cependant, beaucoup de gens dans la province ne possèdent pas les compétences en littératie dont ils ont besoin à la maison, au tra­ vail et dans la vie quotidienne. En fait, un Ontarien sur six (ou 15 %) de 16 à 65 ans se classe au niveau 1 ou moins en littératie. Les per­ sonnes qui se classent à ce niveau sont confrontées à de sérieux défis en littératie et ont de la difficulté à lire même le texte le plus élémentaire3. Une autre tranche de 32 % d’Ontariens se classe au niveau 2, ce qui signifie qu’ils peuvent lire, mais avec difficulté, et qu’ils éprouveront probablement des problèmes avec les formulaires et les directives de base de la vie quotidienne, comme les contrats de travail ou de location, les modes d’emploi de médicaments, et plus encore4.

« AUJOURD’HUI, JE PEUX DIRE QUE JE SAIS LIRE ET ÉCRIRE ET QUE JE N’A I PLUS À ME CACHER DU MONDE. »

Ministère de la Formation et des Collèges et Universités, Rapport sur l’alphabétisation et la formation de base (AFB) en Ontario, [En ligne]. [http://www.tcu.gov.on.ca/fre/eopg/ programs/lbs_regional_lsp_prev.html] (Consulté le 6 novembre 2018). 2 Id., « En quoi consiste le cadre du curriculum en littératie des adultes de l’Ontario? », [En ligne]. [http://www.tcu.gov.on.ca/fre/eopg/programs/lbs_oalcf_overview.html] (Consulté le 17 janvier 2019). 3 Statistique Canada, Les compétences au Canada : Premiers résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), 2013, p. 17. 4 Loc. cit. 1

9


10

Ampleur

COMPÉTENCES EN NUMÉRATIE EN ONTARIO

ALPHABÉTISATION ET SANTÉ

Les compétences en numératie constituent un défi encore plus important pour les 22 % d’Ontariens âgés de 16 à 65 ans qui se classent au niveau 1 ou moins en numératie. De plus, 31 % des Ontariens se sont classés au niveau 2, ce qui signifie qu’ils ont de la difficulté à accomplir des tâches de numératie courantes5.

L’incidence des faibles niveaux de littératie sur la santé est un pro­ blème très grave. Les Canadiens présentant les plus faibles niveaux de littératie sont plus de deux fois plus susceptibles d’être en mauvaise santé que les Canadiens dont le niveau de littératie est plus élevé11.

Au total, 53 % des Ontariens se classent en deçà du niveau 3 de numératie. Selon Emploi et Développement social Canada et le Conference Board du Canada, il faut au moins des compétences en numératie de niveau 3 pour bien fonctionner dans la société cana­ dienne moderne6.

« JE PEUX FAIRE MON TRAVAIL : FAIRE L’ÉPICERIE, ALLER À LA BANQUE ET ÊTRE PLUS AUTONOME. À L’AVENIR, J’ESPÈRE DEVENIR UNE PERSONNE REMARQUABLE ET DÉCROCHER UN BON EMPLOI. »

ALPHABÉTISATION ET PAUVRETÉ La relation est forte entre le niveau de littératie et la probabilité de vivre dans la pauvreté. Au Canada, 46 % des adultes ayant les niveaux de littératie plus faibles (niveaux 1 et 2) vivent dans un mé­ nage à faible revenu7. En comparaison, seulement 8 % des adultes se classant dans les catégories supérieures de littératie (4 et 5) vivent dans un ménage à faible revenu8.

TAUX D’OBTENTION DU DIPLÔME D’ÉTUDES SECONDAIRES EN ONTARIO En 2016, le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires a augmenté pour atteindre 86,5 % en Ontario. Toutefois, cela signifie quand même que 13,5 % des jeunes n’ont pas terminé leurs études secondaires9. De plus, 10,4 % de tous les Ontariens de 25 à 64 ans n’ont pas obtenu leur diplôme d’études secondaires10.

« DANS MON COURS D’ALPHABÉTISATION, JE REÇOIS L’AIDE DONT J’AI TOUJOURS EU BESOIN. JE RÉUSSIS MIEUX QUE JAMAIS. J’AI L’INTENTION D’OBTENIR MON GED ET DE DÉCRO‑ CHER UN MEILLEUR EMPLOI PLUS TARD. »

« DEPUIS QUE JE PARTICIPE À UN PROGRAMME D’AL‑ PHABÉTISATION, C’EST BEAUCOUP PLUS FACILE DE ME DÉBROUILLER DANS LA VIE ET JE NE SAIS PAS COMMENT J’AI PU SURVIVRE AVEC L’ÉDU‑­­ ­CATION QUE J’AVAIS. J’ARRIVE MAINTENANT À COMPRENDRE LES CHOSES PAR MOI-MÊME ET JE N’AI PLUS BESOIN DE POSER AUTANT DE QUESTIONS. »

ALPHABÉTISATION ET EMPLOI Les niveaux de compétences sont également étroitement liés aux bons résultats en matière d’emploi. Les Canadiens ayant un faible niveau de littératie ont plus de deux fois plus de risques d’être au chômage que les personnes ayant des compétences supérieures en littératie12. De plus, le niveau de scolarité est fortement lié à l’emploi. En 2016, seulement 55 % des Canadiens de 45 à 64 ans qui n’avaient pas ter­ miné leurs études secondaires occupaient un emploi. En revanche, le taux d’emploi était de 82 % pour ceux qui avaient obtenu un diplô­ me collégial ou universitaire13. La recherche a également révélé qu’environ 45 % des Canadiens occu­pant un emploi précaire ou « sans contrat » n’ont qu’un diplô­ me d’études secondaires comme plus haut niveau de scolarité14.

« GRÂCE À MES NOUVELLES COMPÉTENCES ET À MA NOUVELLE ESTIME DE SOI, JE ME SENS PLUS CAPABLE DE TROUVER UN BON TRAVAIL QUE JE MÉRITE. »

LITTÉRATIE NUMÉRIQUE C’est en 2012, dans le cadre du Programme pour l’évaluation inter­ nationale des compétences des adultes (PEICA), que les outils tech­ nologiques ont été intégrés à la résolution de problèmes. « Il ne s’agit

Ibid., p. 21. Loc. cit. 7 Andrew Heisz, Geranda Notten, Jerry Situ, Regards sur la société canadienne : Le lien entre les compétences et le faible revenu, Statistique Canada, février 2016. 8 Loc. cit. 9 Ministère de l’Éducation de l’Ontario, Taux d’obtention du diplôme dans la province en 2016, 8 mai 2017. 10 Statistique Canada, Scolarité – Faits saillants en tableaux, Recensement de 2016, 23 novembre 2017. 11 Craig Alexander et Jonathan Bendiner, Étude spéciale : Littératie et numératie : La situation au Canada se détériore, Services économiques TD, 12 décembre 2013, p. 8. 12 Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Perspectives de l’OCDE sur les compétences 2013 : Premiers résultats de l’Évaluation des compétences des adultes, éditions OCDE, 2013. 13 Statistique Canada, Indicateurs de l’éducation au Canada : une perspective internationale, décembre 2017. 14 Linda Jacobsen et Andrea Long, Dimensions sociales et sanitaires des compétences des adultes au Canada : Résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), 2018, p. 82. 5

6


Ampleur

pas de mesurer la capacité [des adultes] à utiliser ces outils en soi, mais plutôt [leur] capacité à les utiliser pour accomplir des tâches concrètes afin de réaliser un objectif donné15. » Le PEICA a donc me­ suré la « résolution de problèmes dans des environnements tech­ nologiques » (RP-ET), et les données pour l’Ontario sont éloquentes. En effet, 44 % des Ontariens se classent aux niveaux les plus bas en RP-ET (niveau 1 ou inférieur), tandis que 38 % se classent aux niveaux 2 et 3 (les deux niveaux supérieurs) et 18 % n’ont pas répondu à l’enquête16. À l’heure actuelle, près de 100 % de la population de moins de 45 ans utilise la technologie et les ordinateurs. Cependant, même avec l’amé­ lioration des niveaux de littératie numérique, il faut encore des com­ pétences plus élevées en littératie pour obtenir des résultats positifs dans la vie, comme l’état de santé autodéclaré et l’efficacité politique17. C’est ce qu’illustrent assez clairement les données du PEICA en RP-ET, démontrant que les compétences en littératie numérique s’appuient sur les compétences en littératie et en numératie.

« JE ME SUIS INSCRIT À UN PROGRAMME D’A LPHABÉTISATION PARCE QUE J’EN AVAIS ASSEZ QUE LES AUTRES ME DISENT QUE J’ÉTAIS STUPIDE ET QUE JE NE SAVAIS RIEN. JE CROIS QUE JE LEUR AI PROUVÉ LE CONTRAIRE! JE VAIS MIEUX MAIN‑ TENANT ET JE SUIS FIER DE MOI. »

ALPHABÉTISATION ET ENGAGEMENT CIVIQUE L’ efficacité politique augmente radicalement avec l’amélioration de la scolarité et des compétences. L’ efficacité politique a été mesurée

15 16 17 18 19

en déterminant dans quelle mesure les personnes interrogées sont d’accord ou en désaccord avec l’affirmation suivante : « Les gens comme moi ne sont pas consultés au sujet des mesures prises par le gouvernement18 ». Parmi les Canadiens n’ayant pas de diplôme d’études secondaires, seulement 32 % font preuve d’une efficacité politique positive, contre 60 % des personnes qui ont obtenu un baccalauréat ou plus19.

« L’ALPHABÉTISATION M’A AIDÉ À LIRE LE JOURNAL. MAINTENANT, JE SUIS CAPABLE DE DONNER MON OPINION SUR CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE. » À l’heure actuelle, les formateurs en AFB collaborent avec le MFCU afin de renforcer le système d’éducation des adultes de l’Ontario. Le processus est conçu de façon à aborder bon nombre des ques­ tions soulevées dans le rapport d’évaluation du Programme AFB, notamment l’augmentation du financement, la gestion du rende­ ment, la conception du curriculum et le renouvèlement de l’image de marque, le markéting, l’accessibilité et la sensibilisation. Le but ultime est d’augmenter les niveaux de littératie, de numératie et de résolution de problèmes numériques de tous les Ontariens, qu’ils soient anglophones, francophones, Autochtones ou sourds et malentendants. Le Programme AFB vise à aider ceux-ci à possé­ der les compétences nécessaires pour occuper les emplois de demain, s’intégrer à la société et participer au développement de leur communauté, contribuant ainsi à l’épanouissement de leur culture et, ultimement, à l’économie de la province.

•

Julien Bérard-Chagnon, Les compétences en littératie des francophones de l’Ontario : état des lieux et enjeux émergents, 2015, p. 21. Statistique Canada, Les compétences au Canada : Premiers résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, 2013, p. 91. Linda Jacobsen et Andrea Long, op. cit., p. 32. Ibid., p. 26-27, 51. Loc. cit.

100

ALPHABÉTISATION ET EMPLOI Les niveaux de compétences sont étroitement liés aux bons résultats en matière d’emploi. Les Canadiens ayant un faible niveau de littératie ont deux fois plus de risques d’être au chômage que les personnes ayant un niveau de littératie plus élevé.

75 50 25 0

Niveau de littéra­ tie élevé

Faible niveau de littératie

PROBABILITÉ D’ÊTRE AU CHÔMAGE

11


12

Évolution du réseau

L’ALPHABÉTISATION ET LE DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES ESSENTIELLES AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE Pa r Pa u l D e c i u s • Fo r m a t e u r , C e n t re Mo i j ’a p p re n d s L’époque où tout le monde avait les mêmes chances de trouver un emploi et d’y rester tranquillement jusqu’à la retraite sans trop se soucier d’aller à la recherche d’un minimum de savoirs est révolue. En fait, le développement rapide des technologies, l’évolution de la transformation du marché du travail et l’émergence de la mondiali­ sation nous amènent à une société en profonde mutation. Ce chan­ gement qui s’est opéré sur le marché du travail pousse les adultes vers la quête d’une formation leur permettant d’augmenter leur niveau de compétences en littératie et en numératie. Par consé­ quent, l’apprentissage continu devient une réalité à laquelle les individus doivent s’adapter s’ils veulent non seulement obtenir un emploi, mais aussi le conserver. Cette réalité, qui devient une si­ tuation de plus en plus préoccupante, a toujours été au cœur des

débats dans les milieux éducatif et social et suscite de nombreuses interrogations. De ce fait, la question « Que faudrait-il faire à court et moyen termes pour éradiquer l’analphabétisme au sein de notre société? » se pose avec acuité. Dans cette perspective, nous esti­ mons que la politique éducative de notre pays en général et de l’Ontario en particulier doit intervenir de manière plus structurée dans le programme d’alphabétisation pour les individus de plus de 16 ans. Le but poursuivi par cet article est de démontrer comment l’alphabétisation et le développement des compétences essen­ tielles peuvent conduire à l’épanouissement des individus, d’une part, et contribuer au développement économique au moyen de la formation continue des gens, d’autre part.


Ampleur

L’A LPHABÉTISATION ET LE DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES ESSENTIELLES : UN AGENT D’ÉPANOUISSEMENT POUR DES NOUVEAUX ARRIVANTS Depuis leur création en 1986, les centres d’alphabétisation au Canada ont pour mission de travailler à l’éradication de l’analpha­ bétisme dans notre société. Avec l’arrivée massive d’immigrants au Canada, ces centres qui accueillent une affluence diversifiée de nouveaux arrivants francophones doivent faire face à un autre défi : celui de favoriser l’intégration de ces derniers au sein de la société canadienne. Selon Pierre Keable, « [l]’intégration est la résultante d’un processus d’apprentissage et de développement qui implique : une fonctionnalité dans l’exécution de rôles sociaux […], des relations adéquates […] avec [des] groupes […] dans les­ quelles [sic] on se sent apprécié et investi en tant qu’individu1 ». Vue sous cet angle, l’intégration nécessite deux conditions : une volonté de s’insérer et de s’adapter ainsi qu’une démarche indi­ viduelle pour le faire, c’est-à-dire l’intégralité de la personne. En effet, nouvellement arrivés au Canada, les immigrants peuvent se heurter à des obstacles les plus subtils, à savoir : le choc culturel, le faible niveau de scolarité et la difficulté à s’intégrer à la société canadienne. Ces barrières peuvent entraver la volonté des immi­ grants adultes de s’adapter à la société d’accueil ainsi que leur démarche individuelle pour le faire. Les centres d’alphabétisation constituent donc l’une des portes d’entrée qui conduisent vers des moyens visant à amoindrir et à éliminer ces obstacles.

,,

« QUE FAUDRAIT-IL FAIRE À COURT ET MOYEN TERMES POUR ÉRADIQUER L’ANALPHABÉTISME AU SEIN DE NOTRE SOCIÉTÉ? »

Quand un individu laisse sa terre natale pour s’installer dans un autre pays, il se produit dans sa vie un évènement troublant appe­ lé choc culturel. Arrivés au Canada, les immigrants sont exposés aux tensions de la culture de la société d’accueil, qui est différente de celle de leur pays d’origine. Ce choc se manifeste dans tous les aspects de leur vie et engendre le plus souvent un sentiment d’insé­ curité chez eux. Voilà déjà un défi pour les centres d’alphabétisation en Ontario, qui doivent mettre en place des structures de base qui favoriseront la pleine intégration des personnes apprenantes immi­ grantes au sein de la société canadienne. 1 2 3

En réalité, nous sommes tous conscients que la meilleure façon d’aider un immigrant à développer son plein potentiel et à garder ses valeurs est de lui donner une formation de base dans sa propre langue. La formation de base en français est donc de première importance pour les immigrants francophones. Non seulement la connaissance de la langue leur permet de s’intégrer à la société d’accueil, mais elle est aussi indispensable à tout autre apprentissage. Sans cette maitrise de la langue, leur accès à l’égalité des chances est compromis. Mon expérience en tant que formateur me permet de constater qu’un grand nombre d’adultes ne possèdent pas les capacités de lecture et d’écriture leur permettant de poursuivre leurs études secondaires, voire postsecondaires. Au fait, même si ces personnes apprenantes arrivent d’un pays où le français est la langue officielle, le fait que le système scolaire de leur pays est différent de celui du Canada constitue un obstacle à leur intégration dans une école secondaire. La personne apprenante adulte peut, dans une cer­ taine mesure, se trouver dans une situation humiliante d’infériorité, de remise en cause de tous les acquis personnels qui font son posi­ tionnement social2. Étant devenu conscient de son faible niveau de scolarité, suivre une formation peut signifier pour lui qu’il n’est pas assez bon pour faire le travail. Il est appelé à se rendre en formation, parfois malgré lui. Dès lors, on peut comprendre qu’avec des indivi­ dus qui ne sont pas toujours présents de leur plein gré, le formateur doit disposer d’une palette de compétences et de qualités aussi précieuses que variées pour réussir à concilier l’apprentissage et la pédagogie­3. D’une part, il doit faire une autoévaluation du soutien qu’il apporte aux personnes apprenantes afin de s’assurer que son accompagnement parvient à les motiver; d’autre part, il doit reco­ nnaitre les différences culturelles, ce qui favorise la participation de la personne apprenante et l’amélioration de son apprentissage. Les centres d’alphabétisation deviennent de plus en plus le moyen privilégié que choisissent les personnes apprenantes immi­ grantes pour atteindre leurs vis­ées ultimes d’intégration et de leur participation à la vie collective.

L’ALPHABÉTISATION ET LE DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES ESSENTIELLES : UN OUTIL DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE D’entrée de jeu, on est unanime à reconnaitre qu’on est confronté à un marché du travail où la rareté d’emploi se fait rapidement sen­ tir. Ainsi, les employeurs qui ont le choix entre plusieurs candidats choisiront les plus qualifiés, ce qui limite à coup sûr la chance des analphabètes de trouver un emploi. L’ alphabétisation des adultes devient donc un atout incontournable et un prérequis pour le mar­ ché du travail. Pénétré de cette vérité, Éric Duchemin, cité dans un rapport sur l’intégration des jeunes immigrants au marché du

Pierre Keable, L’intégration sociale, un cadre conceptuel porteur de changements, Centre jeunesse de Montréal, 2007. J. L. Wautier et F. Vileyn, « L’andragogie : utopie ou réalité », Transfusion clinique et biologique, vol. 11, nO 3, juillet 2004, p. 169–172. Isabelle Cauden et Frédérique Cuisiniez, La boîte à outils des formateurs – 2e édition, Paris, Éditions Dunod, 2012.

13


Ampleur

travail, soutient que « [l]es premières expériences de travail, le tâtonnement, la familiarisation, le recyclage ou la formation, sont des premiers pas avant de s’orienter vers une activité professionnelle plus stable­4 ». D’emblée, la vision privilégiée dans ce texte, on l’aura compris, est la formation. En effet, on assiste chaque année à une augmentation du taux de décrochage scolaire. À cela s’ajoute l’arrivée massive d’immigrants qui n’ont pas achevé leur cycle primaire. Ces derniers, qui sont ve­ nus d’horizons divers, se sont retrouvés dans l’impossibilité de bien fonctionner à la maison, au travail, voire de s’adapter aux exigences d’une économie axée sur le savoir. Vu que le lien entre l’éducation et le bienêtre individuel se confirme de plus en plus, il est évident que la formation de base apparait comme un droit. Dans ce contexte, les centres d’alphabétisation jouent un rôle prépondérant dans la formation de nombreuses personnes en leur prodiguant des connaissances transversales. En créant un espace commun où les gens reçoivent une formation de base qui leur permet de trouver un emploi, les centres d’alphabétisation contribuent de manière positive au développement socioéconomique des adultes. C’est ce qu’a confirmé Carine Villemagne dans un projet de recherche paru dans la revue Éducation et francophonie en soulignant que « non seulement l’alphabétisme a des répercussions sur le niveau socioéconomique de l’adulte, mais il influence aussi ses condi­ tions de vie ainsi que sa capacité à exercer ses rôles sociaux5 ». L’ éducation en général et l’alphabétisation en particulier, renchérit Myriam Odyssée Amenanka Asezo, « sont des atouts considé­ rables qui procurent à un individu une certaine ouverture d’esprit sur les plans tant social, intellectuel qu’économique; elles per­ mettent aux personnes de se doter de certaines compétences en vue de leur développement intégral6 ». De plus, l’incorporation du numérique dans la plupart des champs de travail complique aussi l’accès des personnes analphabètes au marché de l’emploi. C’est pourquoi les centres d’alphabétisation introduisent des cours d’informatique dans leur programme. Ainsi, les personnes apprenantes adultes peuvent profiter de l’implantation de la technologie de l’information pour faciliter leur apprentissage, sur­ tout en utilisant l’ordinateur et l’Internet. En effet, permettre aux adultes de retourner aux études produira des changements profonds tant sur le plan psychologique que sur le plan social. Cette opportunité est synonyme d’un manque à combler pour atteindre ses objectifs dans la société dans laquelle on se trouve. Donc alphabétiser et dé­ velopper les compétences essentielles, c’est donner l’espoir aux per­ sonnes appre­nantes adultes de devenir elles-mêmes des citoyens et

citoyennes utiles, à part entière, qui contribuent à la construction de leur communauté.

LA NÉCESSITÉ D’UNE FORMATION EN PERMANENCE De nos jours, l’apprentissage continu devient une réalité avec la­ quelle les individus doivent conjuguer s’ils veulent réussir leur plan de carrière et lutter pour leur existence. La formation « permet aux travailleurs, tout au long de leur carrière, d’augmenter leur niveau de compétences et de mettre à niveau leurs connaissances afin d’accroitre leurs possibilités d’avancement, améliorer leur sécurité d’emploi ou augmenter leur salaire7 ». L’ éducation des adultes de­ vient un impératif sur le lieu de travail, à la maison ainsi que dans les communautés. Qu’il s’agisse de se former pour répondre aux exi­ gences du marché de l’emploi ou d’aller à l’école à l’âge adulte pour la première fois de sa vie, il est certain qu’aujourd’hui, la formation des adultes représente une condition nécessaire pour garantir la survie de nombreuses personnes sur cette planète. C’est dans cette circons­ tance que les centres d’alphabétisation ne cessent d’accueillir une panoplie de personnes apprenantes qui cherchent à améliorer leurs compétences en littératie, en numératie ou en informatique.

«

DONC ALPHABÉTISER, C’EST DONNER L’ESPOIR AUX PERSONNES APPRENANTES ADULTES DE DEVE‑ NIR ELLES-MÊMES DES CITOYENS ET CITOYENNES UTILES, À PART ENTIÈRE, QUI CONTRIBUENT À LA CONSTRUCTION DE LEUR COMMUNAUTÉ.

Ensuite, avec le recul de l’âge de la retraite, il devient nécessaire pour les personnes âgées de suivre régulièrement des séances de formation. Jungwee Park, dans son article La formation liée à l’emploi chez les travailleurs âgés pour Statistique Canada, observe que « [d]e juillet 2007 à juin 2008, 32 % des travailleurs âgés de 55 à 64 ans ont reçu de la formation comparativement à 45 % des 25 à 54 ans8 ». Il est évident que la demande de formation pour des employés est un fait observable aussi bien au secteur privé qu’au secteur public. Il en résulte que la tendance spontanée de la plu­ part des employeurs dans les deux secteurs sera de favoriser la for­

Claudia Larochelle et Thomas Lapointe, L’intégration des jeunes issus de l’immigration et des minorités visibles au marché du travail de la ville de Québec, 2006, p. 19. Carine Villemagne, « Défis et principales orientations d’un projet de recherche ancré dans des problématiques socio-environnementales locales et destiné à des adultes peu alphabétisés en situation d’exclusion », Éducation et francophonie, vol. 37, no 2, 2009, p. 119-131. 6 Myriam Odyssée Amenanka Asezo, « S’alphabétiser en français dans un milieu anglophone : défi à relever pour l’intégration des francophones analphabètes sur le marché de l’emploi de Toronto », Reflets : Revue d’intervention sociale et communautaire, vol. 6, no 2, automne 2000, p. 221-225. 7 Jungwee Park, « Formation liée à l’emploi chez les travailleurs âgés », L’emploi et le revenu en perspective, vol. 24, no 2, été 2012, p. 4, [En ligne]. [https://www150.statcan.gc.ca/ n1/fr/pub/75-001-x/2012002/article/11652-fra.pdf?st=LawYoiUn] (Consulté le 7 décembre 2018). 8 Ibid., p. 3. 4 5

«

14


Ampleur

mation reliée directement à la productivité du travail9. Décidément, tous ceux qui n’ont pas eu leur diplôme d’études secondaires n’ont d’autre recours que les centres d’alphabétisation pour pouvoir amé­ liorer leurs compétences afin de conserver leur emploi. C’est pourquoi les pouvoirs publics, dans le cadre de la cinquième et la sixième Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA V et VI), ont élaboré des politiques, des stratégies et des plans d’action afin d’améliorer la compétence des adultes et leur efficacité sur le marché du travail. Il devient de plus en plus important pour les adultes de se doter de nouvelles connaissances pour faire face aux multiples bouleversements que connait le marché de l’emploi. Par exemple, au Canada, le rapport de 2008 que le Conseil des ministres de l’Éducation a soumis à l’Organi­ sation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) renseigne sur les perspectives de l’élaboration des poli­ tiques et des pratiques de l’éducation et de la formation des adultes ainsi que sur les principales difficultés à surmonter en la matière. Le document, publié par le Conseil des ministres de l’Éducation sous le titre L’Éducation au Canada – Horizon 2020, met aussi l’accent sur la formation des adultes. C’est dans ce contexte que le ministère de la Formation et des Collèges et Universités a jugé bon de faire la pro­ motion de l’alphabétisation en Ontario. « L’ objectif de ce programme est que les apprenantes et les apprenants puissent améliorer leur aptitude à l’emploi, se préparer à compléter leur éducation secon­ daire, avoir accès à la formation post-secondaire ou professionnelle et accroître leur autonomie fonctionnelle10. » Il est aussi important de noter que nous ne sommes plus à l’époque où les séminaires d’occasion constituaient les rares opportunités pour les adultes de se former11. Aujourd’hui, la formation des adultes devient un fait social qui assure le développement au sens large du terme. Finalement, il devient de plus en plus urgent pour certaines per­ sonnes d’acquérir un niveau adéquat d’éducation pour intégrer pleinement la société d’aujourd’hui. Selon l’UNESCO, il y a plus de 774 millions de personnes de 15 ans et plus qui sont analpha­ bètes dans le monde. Cela a un impact négatif sur ces individus dont les droits fondamentaux sont menacés et qui s’adaptent

difficilement dans un monde en pleine mutation. Ainsi, lors de la cinquième conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA V) de l’UNESCO à Hambourg, en 1997, les partici­ pants s’entendaient sur le fait que « [l]’éducation des adultes contribue à leur autosuffisance et à leur autonomie personnelle, à l’exercice des droits fondamentaux et à l’amélioration de la pro­ ductivité et de l’efficacité du travail12 ». Donc, il est évident que la formation offerte par les centres d’alphabétisation a un impact positif sur le développement économique du pays.

CONCLUSION Somme toute, afin de renforcer, de consolider et de promouvoir le capital humain, l’alphabétisation joue un rôle indispensable. Le soutien dont elle doit bénéficier aujourd’hui ouvrira la voie au dé­ veloppement économique du pays. Ainsi, tenant compte de son importance, l’alphabétisation devient une responsabilité collective. Dans ce processus de l’alphabétisation des adultes, le rôle des accompagnateurs et des formateurs est crucial; un fait que les organisations internationales et les sociétés civiles ne contestent pas. En effet, ce n’est pas sans raison que le document issu des CONFINTEA V et VI, La Déclaration de Hambourg, l’Agenda pour le futur, ainsi que le Cadre d’action de Belém reconnaissent tous le rôle critique des facilitateurs et des formateurs d’adultes dans la qualité de l’apprentissage et de l’éducation des adultes. Au fait, si les programmes d’accompagnement offerts par les centres d’al­ phabétisation sont maintenus, l’intégration fonctionnelle des immi­ grants au travail comme ailleurs deviendra plus facile. Ceci réduirait de manière raisonnable le nombre des bénéficiaires de l’aide sociale et faciliterait du même coup le développement économique du pays.

•

RÉFÉRENCE Conseil des ministres de l’Éducation (Canada) et Commission canadienne pour l’UNESCO. Évolution de l’éducation et des apprentissages des adultes, 2008, 119 pages. [Rapport sur la situation au Canada]. [https://www.cmec.ca/Publications/Lists/ Publications/Attachments/194/FINAL%20CONFINTEA%20VI%20FR.pdf] (Consulté le 1er octobre 2014).

Jean-Paul Lefebvre, L’éducation des adultes : comment relever les défis, Montréal, Boréal express, 1985, 170 p. Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences, La formation et le développement des compétences des adultes en Ontario : inventaires des stratégies gouvernementales, des politiques et des programmes, 2015, p. 5, [En ligne]. [http://bv.cdeacf.ca/RA_PDF/56170.pdf] (Consulté le 7 décembre 2018). 11 Jean-Paul Lefebvre, op. cit. 12 Institut de l’UNESCO pour l’Éducation, Éducation des adultes : La Déclaration de Hambourg, l’Agenda pour l’avenir, 5e Conférence internationale sur l’éducation des adultes, 1997, p. 29, [En ligne]. [http://unesdoc.unesco.org/images/0011/001161/116114fo.pdf] (Consulté le 24 septembre 2014). 9

10

15


RENDRE ACCESSIBLE LE MARCHÉ DE L’EMPLOI AUX GENS À FAIBLE NIVEAU DE LITTÉRATIE Pa r Hu s s e i n L i b a n • Fo r m a t e u r , P ro g ra m m e d e f o r m a t i o n à d i s t a n c e

De nos jours, le marché du travail se com­ plexifie et ne cesse d’évoluer rapidement de telle sorte que même les personnes les mieux averties et les mieux instruites de la société, dans le souci de ne pas se retrou­ ver désarmées face aux besoins du marché, se dotent de la formation continue — que ce soit en suivant un programme de mise à niveau des compétences essentielles, en réalisant des études postsecondaires, en s’inscrivant à des ateliers ou des webinaires, en effectuant des stages, etc. Cela dit, il existe en Ontario un grand nombre de personnes dont le niveau de littératie est faible et pour qui l’accès au marché du tra­ vail peut constituer un défi de taille. Selon le Programme pour l’évaluation internatio­ nale des compétences des adultes, 47,8 % des Franco-Ontariens se situeraient à un

niveau égal ou inférieur à 2 sur l’échelle de la littératie, contre 42,2 % des anglophones de la province1; écart qui s’expliquerait, entre autres, par le fait que les programmes d’accompagnement en français sont sou­ vent moindres que ceux offerts en anglais. Ces personnes faiblement alphabétisées se retrouvent avec des compétences souvent insuffisantes pour pourvoir certains postes dont les exigences demandent un haut niveau de compétences en littératie, en numératie et en informatique. Alors, pour pallier cet obstacle, ces personnes n’ont pas d’autre choix que de cibler les emplois requérant moins d’aptitudes en compré­ hension de l’écrit et exigeant moins de lec­ ture, des emplois tels qu’ouvrier dans la construction, aide-cuisinier, préposé à l’entre­ tien ménager, etc. Quoiqu’éphémère, cette

solution procure à la personne un apport financier susceptible d’atténuer ses difficultés. Cela dit, un autre défi de taille se pose. Il se trouve que le vocabulaire employé dans les annonces d’emploi, par exemple aptitude, expérience, exigences, rémunération, prête au mieux à la confusion et au pire à l’incompréhension chez les personnes peu alphabétisées, et ainsi les met en situation d’échec lorsque vient le temps de poser leur candidature à un poste quelconque. Comme l’aurait dit Platon : « La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses. » Faute d’un langage standard en vigueur dans la province, dans un monde idéal, il faudrait que les employeurs recourent à un style simple et un vocabulaire nor­ malisé à l’échelle de la province pour que

Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), Emploi et Développement social Canada, Statistique Canada, Les compétences au Canada : Premiers résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), 2013, p. 104, [En ligne]. [http://www.cmec.ca/Publications/Lists/Publications/Attachments/315/Canadian-PIAAC-Report.FR.pdf] (Consulté le 17 décembre 2018). 1


Ampleur

la terminologie soit comprise de tous. Qui plus est, les personnes faiblement alphabétisées n’ont pas les compétences requises pour rédiger un dossier de can­ didature qui satisfera aux exigences, voire qui sera compréhensible. Dans ces cas, elles ne sont pas en mesure de décrocher une entrevue et ne peuvent se dénicher un emploi. Quelle est donc la solution? De prime abord, l’on pense tout de suite aux centres de services à l’emploi, qui appuient les chercheurs d’emploi en offr­ ant des ateliers de formation comprenant la réd­action de curriculum vitae, du coun­ seling à l’emploi, des cours d’informatique, et bien plus encore. C’est une voie indis­ pensable pour toute personne cherchant à intégrer la main-d’œuvre et qui nécessite de l’appui pour le faire. De plus, les services des centres d’emploi sont gratuits. Cela dit, cette formation et ces ressources sont-elles accessibles aux personnes peu alphabétisées? Malgré tout l’apport de ces centres, ceux-ci se heurtent à une limite dans la mesure où ils ne répondent pas à la question de fond : celle de la littératie.

IL ARRIVE DONC SOUVENT QUE LES CHERCHEURS D’EMPLOI, UNE FOIS LA FORMATION ACHEVÉE DANS LES CENTRES D’EMPLOI, REVIENNENT À LA CASE DÉPART OÙ ILS SE TROUVENT À NE PAS AVOIR LES COMPÉTENCES REQUISES POUR ACCÉDER À DU TRAVAIL.

Ils continuent à éprouver de la difficulté à lire, comprendre et interpréter les offres d’emploi. Qui plus est, il leur est encore im­ possible de rédiger un curriculum vitae et une lettre de motivation convenables.

LE PROGRAMME D’ALPHABÉTISA‑ TION ET DE FORMATION DE BASE (AFB) : DE LOIN L’ULTIME REMÈDE La particularité et la force du Programme AFB, vecteur essentiel favorisant l’épa­ nouissement personnel et professionnel, c’est qu’il vise la pérennité du savoir, et du coup rend les personnes autonomes en définitive. De ce fait, les acteurs du Programme AFB en Ontario s’activent sans relâche à contribuer à cet effort. D’abord, ils s’assurent que la clientèle peu alphabétisée acquiert les compétences essentielles comme définies dans le cadre du curriculum en littératie des adultes de l’Ontario2 selon les cinq voies de transition, à savoir : l’emploi, la formation en appren­ tissage, les études secondaires, les études postsecondaires et l’autonomie. Ils offrent des leçons sur mesure s’inscrivant dans les besoins des personnes apprenantes en littératie, en numératie et en informatique. Ces formations leur permettent de com­ bler leurs lacunes en matière de savoir, et posent aussi les fondements pour acquérir de nouvelles compétences. Grâce aux composantes « Rechercher et utiliser de l’information » et « Commu­ niquer des idées et de l’information » du programme, les personnes apprenantes acquièrent les outils nécessaires pour trouver, sélectionner, évaluer et interpréter des sources d’information comme des affi­ chages de poste, par exemple. Ils explorent des modes de communication verbale et écrite leur permettant d’assimiler les notions nécessaires pour communiquer des messages efficacement. Puisque le Programme AFB repose sur l’approche

axée sur les tâches authentiques et les plans d’apprentissage individualisés, les personnes apprenantes en quête d’emploi ont l’occasion de mettre en application leurs apprentissages au profit de leurs objectifs. Ils s’exercent à lire des affichages ou des descriptions de poste, à en saisir le sens et à déduire les exigences deman­ dées pour y répondre adéquatement. Ils rédigent des textes continus et non conti­ nus leur permettant d’acquérir les capaci­ tés nécessaires pour rédiger un dossier de candidature en bonne et due forme. À la fin de leur parcours d’apprentissage, les personnes apprenantes sont auto­ nomes et la pérennité des savoirs s’ins­ talle. C’est à ce moment que l’on passe à l’aiguillage. Les chercheurs d’emploi sont dès lors dirigés vers un centre de services à l’emploi qui offrira des formations com­ plémentaires et des ressources pour qu’ils puissent poursuivre et atteindre leurs ob­ jectifs d’emploi. Pour conclure, le Programme AFB consti­ tue un outil puissant pour combattre la pré­ carité de l’emploi chez les gens à faible ni­ veau de littératie. Ainsi, il va sans dire qu’il faut redoubler les efforts pour préparer nos concitoyens aux défis du marché du tra­ vail, et du coup leur permettre de réaliser leur plein potentiel, car cela profitera à la société dans son ensemble. À long terme, malgré les progrès réalisés, un combat accru contre le décrochage scolaire — une des sources principales du phénomène de faible littératie — constituera un remède ultime à ce problème.

•

Ministère de la Formation et des Collèges et Universités, En quoi consiste le cadre du curriculum en littératie des adultes de l’Ontario? [En ligne]. [http://www.tcu.gov.on.ca/fre/ eopg/programs/lbs_oalcf_overview.html] (Consulté le 18 décembre 2018). 2

17


18

Ampleur

EN QUOI LES COMPÉTENCES NUMÉRIQUES ONT-ELLES UNE INCIDENCE SUR LA SOCIÉTÉ ACTUELLE ET DE DEMAIN? Par Chantal Hudon • Directrice générale, La Route du Savoir

Si on vous demandait de définir les compétences numériques, sauriez-vous le faire? En possédez-vous? Il faut comprendre que les compétences numériques englobent bien plus que la capa­ cité de comprendre et d’appliquer des informations présentées dans différents formats par des ordinateurs ou tout autre appareil numérique. À leur sens le plus large, elles englobent aujourd’hui les compétences de communication et la maitrise de l’Internet, de l’informatique ainsi que des médias sociaux1. L’utilisation opti­ misée des ressources numériques s’ajoute aux sources littéraires scientifiques traditionnelles, et ce, tant dans le domaine scolaire que dans la vie de tous les jours. Une personne qui possède ces compétences devrait être capable de reconnaitre les besoins d’information, de formuler des questions adéquates, d’utiliser des

stratégies de recherche efficaces et de critiquer le contenu d’infor­ mation. De plus, elle reconnait qu’une information adéquate, per­ tinente et suffisamment complète est à la base d’une bonne prise de décision et a la possibilité d’intégrer les nouvelles informations dans un recueil existant de connaissances2. Ce sont ces capacités que l’employeur recherche dans le marché du travail d’aujourd’hui. Des études nous démontrent que la plupart des travailleurs se situent en dessous du niveau 3 en ce qui concerne les com­ pétences numériques3. L’atteinte de niveaux plus élevés est primordiale pour obtenir une main-d’œuvre hautement qualifiée. Les personnes peu alphabétisées peuvent être particulièrement désavantagées par rapport au marché du travail de l’avenir. La

https://fr.wikipedia.org/wiki/Habileté_numérique. Consulté le 16 janvier 2019. https://fr.wikipedia.org/wiki/Littératie. Consulté le 16 janvier 2019. 3 Community Literacy of Ontario, « Plus que les mots ne peuvent le dire, L’alphabétisation : ça compte », Bulletin d’information, décembre 2018, p. 4 à 9, [En ligne]. [https://www. coalition.ca/wp-content/uploads/2019/01/PSOL-Decembre2018-FR.pdf] (Consulté le 16 janvier 2019). 1

2


Évolution du réseau

robotique et l’intelligence artificielle transforment radicalement le milieu du travail et augmentent la demande de travailleurs possédant les compétences requises pour un marché en croissance. « Alors que la demande de travailleurs hautement qua­ lifiés augmente (en hausse de 19 % depuis 1998, selon Statistique Canada), le besoin de travailleurs peu spécialisés diminue (en baisse de 11 % au cours de la même période)4. »

COMPTE TENU DES NIVEAUX DE LITTÉ­ RATIE ET DE NUMÉRATIE EXIGÉS AU CANADA, À CE JOUR, DE NOMBREUX CANA‑ DIENS N’ONT PAS LES COMPÉTENCES EN LITTÉRATIE, EN NUMÉRATIE ET EN TECH‑ NOLOGIE NUMÉRIQUE NÉCESSAIRES POUR OCCUPER LES EMPLOIS DE L’AVENIR5.

Une enquête internationale a mesuré la résolution de problèmes dans un environnement à forte composante technologique. En Ontario, 44 % des Ontariens ont obtenu les notes les plus faibles en résolution de problèmes dans des environnements technologiques (au niveau 1 ou moins), tandis que 38 % ont démontré des compétences aux niveaux 2 ou 3 (les deux niveaux les plus élevés); 18 % n’ont pas répondu à l’enquête6. À l’heure actuelle, la proportion de la population canadienne de moins de 45 ans qui utilise la technologie et les ordinateurs s’élève à près de 100 %. Bien que l’on note une amélioration de la littératie numé­ rique, des compétences plus élevées en littératie sont nécessaires pour voir des résultats positifs en matière d’état de santé autodéclaré et d’efficacité politique, par exemple7. La transformation numérique est accélérée par la croissance ex­ plosive des données et des appareils connectés. En effet, la GSMA estime que d’ici 2020, nous vivrons dans un monde avec 25,6 milliards d’appareils connectés, toutes technologies confondues8. Pourtant, la transformation des activités numériques ne se limite pas à l’automatisation et à la perturbation du modèle d’affaires; les Ontariens ont besoin des connaissances, des compétences et de

Ibid, p. 6. Loc. cit. 6 Statistique Canada, Les compétences au Canada : Premiers résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, 2013. 7 Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), Dimensions sociales et sanitaires des compétences des adultes au Canada, Résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, « Graphique 2.1 Littératie, numératie et RP-ET – Proportion de la population âgée de 16 à 65 ans ayant des résultats sociaux », 2018, p. 32. 8 Affaires mondiales Canada, Investir au Canada, 2016, p. 2. 4 5

19


20 A m p l e u r

l’expérience nécessaires pour favoriser la transformation et main­ tenir les avantages économiques. Les employeurs réorientent déjà leurs efforts de recrutement afin d’embaucher les personnes ayant les compétences nécessaires pour alimenter leur transformation numérique. Malgré les suppressions d’emplois dans le secteur des services, les entreprises embauchent plus d’employés pour acquérir les compétences re­ quises à la transformation de l’entreprise en services de paiement mobile et en services numériques, pour citer quelques exemples. Ces compétences sont très différentes de celles rencontrées il y a des décennies, mais pour réussir dans l’industrie des paiements numériques, les employeurs devront embaucher et former leurs employés différemment afin d’innover et de croitre. La main-d’œuvre de demain participera de façon active dans le cadre de son travail au développement de la capacité numérique, en particulier la compétence générale, les compétences numé­ riques, le comportement, la mentalité et la culture de l’entreprise. Du point de vue de la gestion du personnel, la capacité numérique comprend où, comment et qui les employeurs recruteront et les fa­ çons dont ils assureront le perfectionnement de tout le personnel. Dans le cadre de la capacité numérique, les employeurs s’efforcent déjà de mobiliser davantage les employés au moyen des médias numériques et de l’apprentissage en ligne. Le monde de l’éducation accentue la plus-value des compétences numériques pour les personnes apprenantes en matière de motivation, d’estime de soi, d’autonomie, de créativité et d’ap­ titude au travail en collaboration. Il ne faut pas sous-estimer les effets formateurs bénéfiques pour les personnes utilisant des outils numériques.

LE MINISTÈRE DE LA FORMA‑ TION ET DES COLLÈGES ET UNI‑ VERSITÉS L’A BIEN COMPRIS EN INJECTANT, EN MARS 2018, LES FONDS NÉCESSAIRES AU RENOU‑ VÈLEMENT DES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION DES CENTRES D’ALPHABÉTISATION ET DE FORMATION DE BASE (AFB). Grâce à cette initiative, les centres d’AFB ont maintenant l’opp­ ortunité d’exploiter au maximum la grande compétence D, Utiliser la technologie numérique, du cadre du curriculum en

littératie des adultes de l’Ontario (CLAO). Il est important de bien comprendre que cette grande compétence comprend des tâches qui exigent des interactions importantes avec la composante nu­ mérique d’appareils ainsi que des compétences et habiletés en littératie et en numératie. De fait, lorsqu’il est question de tech­ nologie numérique, plusieurs tâches exigent la lecture de textes, l’interprétation de données, la saisie de texte, etc. C’est pour cette raison que la grande compétence est de plus en plus essentielle. Elle englobe plusieurs groupes de tâches du CLAO tels que Interpréter des documents (A2), Rédiger des textes continus (B2), Remplir et créer des documents (B3), Utiliser des mesures (C3) et Gérer des données (C4). Enfin, il est crucial de ne pas oublier l’importance d’offrir un service de qualité dans un environnement d’apprentissage mixte qui per­ met aux personnes apprenantes de développer leurs compétences numériques. Le Programme de formation à distance (F@D) de la Coalition ontarienne de formation des adultes est un incontour­ nable dans la réussite des objectifs en matière de prestation de services en AFB.

NOTRE MISSION EST CLAIRE : FORMER DES PERSONNES APPRENANTES AFIN QU’ELLES DÉVELOPPENT LES COMPÉTENCES ESSEN‑ TIELLES ET LES APTITUDES NÉCESSAIRES POUR FAIRE PARTIE D’UNE MAIN-D’ŒUVRE HAUTEMENT QUALIFIÉE. C’est pour cette raison qu’il est important pour les centres d’AFB d’inclure dans leurs formations les cours en ligne du Programme F@D. La formation mixte donne la possibilité aux adultes francophones de l’Ontario d’atteindre leurs objec­ tifs de formation en suivant des cours en classe et en ligne selon deux formats : en direct ou en apprentissage auto­ nome. Concrètement, elle donne l’opportunité aux personnes appre­ nantes d’avoir des programmes de formation de qualité répondant à leurs besoins, une assistance personnalisée, et les ressources mat­érielles et technologiques nécessaires pour assu­ rer leur réussite. En mettant de l’avant l’apport du Programme AFB au développe­ ment des habiletés technologiques de la population ontarienne, il nous sera plus facile de combler l’écart des compétences numériques actuelles afin de maintenir une économie productive et axée sur l’avenir.

•


Évolution du réseau

02

INTÉGRATION

21


22

IÉnvtoélgurtai toino nd u r é s e a u

ACCÈS CARRIÈRES ÉTUDES

UNE PORTE D’ENTRÉE QUI MÈNE AU SUCCÈS!

Par Sonia Hotte • Chef, Programme d’accès (Alphabétisation et formation de base), Collège Boréal

Lorsqu’un adulte est à la recherche d’un pourvoyeur de ser­ vices qui peut l’appuyer dans son but de retourner aux études, de décrocher un bon emploi, de recevoir une promotion dans son emploi actuel ou de parfaire ses connaissances dans un domaine quelconque, plusieurs portes d’entrée s’ouvrent à lui. Derrière les portes des 24 collèges de l’Ontario se retrouve Accès Carrières Études (ACE), une composante gratuite du Programme d’alphabé­ tisation et de formation de base (AFB) en Ontario. ACE est conçu de sorte à préparer les étudiants à réussir leur formation postse­ condaire et leur apprentissage. Une personne apprenante adulte qui choisit cette voie choisit le succès, peu importe son but.

est l’un des premiers programmes approuvés et livrés aux collèges depuis leur ouverture en 1967. Plus de 50 ans plus tard, il demeure un des seuls programmes à l’échelle du système qui est encore livré dans les 24 collèges de l’Ontario. En 2004, dans un élan de modernisation, de rafraichissement et de restructuration, le programme a adopté son nouveau nom, Accès Carrières Études (ACE), afin de : › s’assurer qu’il satisfaisait les besoins des personnes appre­ nantes adultes qui se préparaient à suivre un programme collégial ou un programme d’apprentissage;

UN PEU D’HISTOIRE

› rétablir l’équivalence à la 12e année;

Le programme ACE, jadis nommé Programme de formation de base pour le développement des compétences, niveau 4 (FBDC),

› fournir une livraison constante et homogène dans tous les 24 collèges pour promouvoir la reconnaissance du pro­ gramme et la mobilité des étudiants parmi tous les collèges.


Intégration

LES MULTIPLES FACETTES DU PROGRAMME ACE Une équivalence à la 12e année Pour recevoir un certificat ACE, les personnes apprenantes doivent réussir quatre cours : communication française ou anglaise (selon la langue du collège), mathématiques générales et deux cours au choix parmi les suivants : biologie, chimie, physique, informatique, autogestion/autodiscipline ou d’autres cours de mathématiques. Comme les cours ACE sont équivalents aux cours offerts dans les écoles secondaires de l’Ontario, le programme est reconnu par les collèges et les programmes d’apprentissage de la province à des fins d’admission à des programmes de formation menant à un certificat ou à un diplôme d’études collégiales. Il est aussi re­ connu par un nombre croissant d’employeurs. Plusieurs années passées, le ministère de l’Éducation a demandé au Service des programmes d’études Canada (CSC) d’effectuer une comparai­ son entre les cours ACE et les cours des écoles secondaires dans le but d’établir des équivalences. Voir plus bas les résultats de cette analyse.

DES ATTENTES ÉLEVÉES En 2004, les 24 collèges se sont entendus pour que la note de passage des cours ACE soit fixée à 70 %. Aujourd’hui, la plupart des collèges exigent encore cette même note de passage. Celle-ci

COURS ACE

semble peut-être exigeante, mais il faut considérer que le mandat des collèges est de préparer les étudiants afin qu’ils réussissent dans leurs études et dans le monde du travail. Réussir avec une note inférieure à 70 % n’est pas de bon augure pour le succès. De plus, dès l’approbation du programme, il était important pour les collèges de se distinguer des programmes de crédits adultes offerts par les écoles secondaires où la note de passage est typiquement 50 %. Ce point demeure important à ce jour. Le modèle de l’apprentissage par la maitrise est ce qui est utilisé par la plupart des collèges; cela signifie que les personnes appre­ nantes doivent réussir leurs évaluations et leurs travaux formatifs avec une note de passage d’au moins 70 % avant de passer à l’éva­ luation sommative et enfin au prochain module. Ce modèle fait en sorte que, normalement, la personne apprenante réussit son cours avec une moyenne plus élevée que la note de passage.

LES RETOMBÉES DU PROGRAMME ACE Que représente le programme ACE pour les collèges? Beaucoup! Le programme génère un revenu pour les col­ lèges par l’entremise de personnes apprenantes ACE faisant la transition vers des études collégiales. De plus, la qualité des programmes, des cours et des formations ACE pro­ duit des étudiants adultes outillés avec les compétences et connaissances nécessaires pour gouter au succès au collège.

COURS DES ÉCOLES SECONDAIRES DE L’ONTARIO

ANGLAIS ACE Communication anglaise

English 12e année précollégial ENG 4C

MATHÉMATIQUES ACE Mathématiques apprentis

Méthodes des mathématiques 12e année précollégial MAP 4C

ACE Mathématiques pour affaires

Méthodes des mathématiques 12e année précollégial MAP 4C

ACE Mathématiques pour les technologies

Mathématiques de la technologie au collège 12e année précollégial MCT 4C

ACE Mathématiques générales

Méthodes des mathématiques 12e année précollégial MAP 4C

SCIENCES ACE Biologie

Biologie 11e année précollégial SBI 3C

ACE Physique

Physique 11e année préuniversitaire SPH 3U

ACE Chimie

Chimie 11e année préuniversitaire SCH 4C

23


24

Intégration

Voici quelques données probantes, tirées des rapports 2015-2016 et 2016-2017 du College Sector Committee for Adult upgrading (CSC)1, qui démontrent l’ampleur des programmes ACE. Nombre d’étudiants inscrits aux programmes ACE qui se sont par la suite inscrits à un programme postsecondaire collégial* :

2010-20 1 1 = 3 654 20 1 1-2012 = 3 792 2012-2013 = 3 807 2013-2014 = 3 589 2014-2015 = 3 070 2015-2016 = 3 364 2016-2017 ** = 3 7 50 * Il est à noter que ces données représentent seulement les étudiants qui ont poursuivi leurs études dans le même collège où ils ont suivi le programme ACE et n’incluent pas les étudiants qui ont suivi les cours ACE à distance. Ces chiffres sont donc réellement plus élevés. ** Deux collèges n’ont pas pu fournir de données pour l’année 2016-2017.

Autres données pour l’année 2016-2017 : › Les 3 750 étudiants inscrits représentent un revenu de près de 9 millions de dollars en frais de scolarité, en plus des subventions de fonctionnement, pour l’ensemble des collèges de l’Ontario. › La moyenne pondérée cumulative de ces étudiants est 3,15. › Le taux de réussite de ces étudiants était de 77 % après leur premier semestre (11 % incomplet et 12 % échec). › 71 % des étudiants ont continué leurs études au 2e semestre. Il est facile de constater que le programme ACE est une valeur ajoutée pour les collèges, produisant des étudiants matures et outillés pour le succès. Que représente le programme ACE pour les personnes apprenantes? La flexibilité. Bien entendu, pas toutes les personnes apprenantes cherchent à recevoir le plein certificat ACE. La plupart suivent seu­‑ lement les cours nécessaires pour répondre aux exigences de leur demande d’admission au postsecondaire. De fait, plusieurs ont déjà leur diplôme d’études secondaires de l’Ontario ou ont le

statut de candidat adulte. Toutefois, ceux-ci ne répondent pas né­ cessairement tous aux critères d’admissibilité en matière d’antécé­ dent d’étude. Les cours ACE, en style à la carte, deviennent alors la solution. Le programme ACE permet aussi aux personnes apprenantes d’avoir un horaire flexible et de compléter leur parcours d’appren­ tissage en mode accéléré ou modéré selon leurs besoins indivi­ duels. Parfois, les circonstances de la vie font qu’une personne est dans l’impossibilité de se déplacer pour faire ses études ou qu’elle doit interrompre temporairement ses études. Heureusement, les personnes apprenantes interrompant leurs études peuvent les reprendre là où elles se sont arrêtées, et celles qui ne peuvent se déplacer ont l’option de suivre tous leurs cours ACE en ligne par l’entremise d’ACE Distance, un programme aussi subventionné par le MFCU. ACE Distance fournit une livraison asynchrone de dix cours ACE en français et en anglais. Une assistance technique est disponible en tout temps. Ainsi, les personnes apprenantes peuvent suivre des cours en face à face, en ligne, en mode hybride, de façon autonome ou en groupe selon leur choix et leurs besoins. L’ andragogie est le domaine d’expertise des collèges. L’ adulte en formation qui choisit de franchir le seuil d’un collège pour suivre le programme ACE est donc assuré de recevoir une formation de qua­ lité axée sur ses besoins. Le milieu collégial permet un encadrement nécessaire pour l’amélioration ou l’acquisition des compétences essen­tielles et académiques. De plus, les collèges sont de véritables guichets uniques et permettent aux adultes en formation de recevoir tous les services de formation, de mise à niveau et d’emploi sous un même toit. Les candidats qui s’inscrivent à un cours ACE deviennent étudiants du collège et ont accès à tous ses services, parmi lesquels on compte des services d’appui à l’apprentissage, d’immigration et d’établissement, ainsi que des services pour les personnes ayant des besoins particuliers et les étudiants autochtones. Effectivement, le grand avantage du programme ACE est que l’adulte en formation a l’occasion de se préparer pour le collège, au collège. En conclusion, l’on peut constater qu’ACE offre véritablement une approche individualisée et centrée sur les besoins de la personne; cette approche est la pierre angulaire de ce programme flexible. La personne apprenante choisit de franchir la porte du programme ACE, niché dans le milieu convivial et chaleureux des 24 collèges de l’Ontario où une culture andragogique s’impose, choisit un pro­ gramme flexible et de qualité qui lui permettra d’être entouré de ses pairs dans un environnement qui promeut la confiance et l’estime de soi en plus d’acquérir les compétences et les connai­ssances nécessaires pour connaitre le succès, peu importe son but.

•

Référence :

Certaines informations utilisées dans cet article furent prises du Academic and Career Entrance (ACE) Reference Guide 2018 produit par le College Sector Committee for Adult Upgrading.

College Sector Committee for Adult Upgrading (CSC), Prepared for Success 2015-2016 & 2016-2017, [En ligne]. [https://cscau.com/archives/past-prepared-for-success/] (Consulté le 2 décembre 2018). 1


Intégration

LES PARTENARIATS EN ÉDUCATION ET FORMATION DES ADULTES :

UN PROJET INNOVATEUR EN COORDINATION DE SERVICES Pa r G u y L e v e s q u e • C o o rd o n n a t e u r d e p ro j e t s , C O FA

Avec la mise en œuvre et l’ouverture du Centre prototype et virtuel d’information, d’évaluation et d’aiguillage (CIEA) du nord de l’Ontario, la Coalition ontarienne de formation des adultes (COFA), les Partenariats en édu­ cation et formation des adultes francophones (PEFA) régionaux et la Stratégie provinciale de l’éducation et de la formation des adultes francophones (SPEFAF) orientent leurs forces vers l’ouverture d’autres centres dans l’est et le centre-sud-ouest de l’Ontario. Les CIEA se veulent des guichets d’entrée cen­ tralisés pour l’éducation et la formation des adultes sur l’ensemble du territoire. D’ici deux ans, si le financement est au rendez-vous, il y aura en Ontario français trois CIEA régionaux dont la structure de gouvernance relèverait des PEFA. Afin d’assurer un avenir straté­ gique, il sera important que les PEFA, de concert avec la COFA et la SPEFAF, siègent à la Table provinciale des CIEA régionaux. Sachant que le secteur de l’éducation et de la formation des adultes doit répondre aux cinq voies du cadre du curriculum en litté­ ratie des adultes de l’Ontario, ce regroupe­ ment provincial devrait explorer l’avènement

d’intervenants des secteurs de l’apprentissage et des métiers, de l’employabilité (centres de services à l’emploi) et de l’immigration. Ainsi, il couvrira tout le spectre de l’éducation postse­ condaire, de la formation et de l’emploi. Ce cheminement visant à élargir le cadre de l’éducation et de la formation des adultes se base aussi sur les résultats d’études pré­ sentées lors d’un Symposium ontarien en apprentissage et métiers de langue fran­ çaise ayant eu lieu en mai 2015. L’ une des études sur la pénurie de main-d’œuvre dans le domaine de l’apprentissage et des métiers formulait que les deux collèges de langue française en Ontario estiment qu’une mei­ lleure acquisition de compétences de base pour les étudiants (par exemple en écriture, en lecture et en mathématiques) est néce­ ssaire afin de leur permettre de mieux réussir les programmes collégiaux liés à l’apprentissage et aux métiers. D’autres recommandations formulaient que : › les collèges et conseils scolaires de langue française devraient travailler avec les partenaires locaux et régionaux

comme les conseils scolaires, les collèges et les centres communau­ taires de formation des adultes pour s’assurer que les apprentis reçoivent les services adaptés à leurs besoins; › tous les acteurs du réseau (em­ ployeurs, fournisseurs de services d’emploi, bureaux régionaux du minis­ tère de la Formation et des Collèges et Universités, collèges, conseils scolaires et centres communautaires de forma­ tion des adultes) devraient travailler en plus étroite collaboration les uns avec les autres. Les enjeux de réseautage, d’innovation et d’efficience deviennent primordiaux pour les intervenants dans les milieux concernés. Les trois CIEA régionaux correspondent à cette effervescence d’innovation, et le regroupement de la Table provinciale pourra, à l’aide de toutes les informations factuelles, étaler sa vision ainsi qu’avoir le sentiment de répondre aux besoins de sa clientèle, soit les personnes apprenantes adultes francophones de l’Ontario.

•

CRÉATION

ÉVOLUTION

MISE EN ŒUVRE

Mars 2011 : Début des activités de trois PEFA : Centre Sud-Ouest, Est et Nord

Octobre 2011 : Première rencontre de la Table provin­ ciale de concertation pour regrouper les trois PEFA régionaux afin qu’ils développent leur vision

Octobre 2017 : Début de la mise en œuvre du CIEA du Nord

Mars 2011 : Mise sur pied d’un PEFA régional constitué de conseils scolaires et collèges de langue française, de centres communau­ taires de formation d’adultes fran­ cophones et de la COFA

Mars 2013 : Symposium ontarien de l’éducation et de la formation des adultes francophones

Mars 2019 : Ouverture prévue du centre

Octobre 2014 à mars 2018 : Quinze forums régio­ naux pour sensibiliser les intervenants au concept de l’accès multiservice des PEFA régionaux

Juin 2019 : Validation prévue du rapport d’évaluation et les recommandations tou­ chant la structure de gouvernance, la gestion financière et la mise en œuvre du centre

25


26

Intégration

PROGRAMME

TOURISME ET EMPLOI UN PARTENARIAT PUBLIC

ET PRIVÉ QUI RAPPORTE

Pa r G a b r i e l l e L o p e z • A n a l y s t e p r i n c i p a l e , C O FA En tant qu’organisme de soutien à l’échelle provinciale, la Coalition ontarienne de for­ mation des adultes (COFA) agit comme voix puissante dans la promotion de l’alphabéti­ sation et de la formation continue. Elle sensi­ bilise et conseille les principaux détenteurs d’intérêts et le public en général aux bien­ faits sociaux et économiques d’avoir une population pleinement alphabétisée, en plus d’offrir des occasions de perfectionnement professionnel et de formation à distance aux adultes francophones de l’Ontario. La COFA croit aussi à l’importance de la recherche dans le but d’améliorer la pratique et de susciter l’innovation. Par conséquent, elle s’investit à réaliser divers projets.

Centre FORA, a entrepris la réalisation d’un projet pilote de formation en milieu hôtelier. Depuis le 1er juin 2017, la COFA et ses par­ tenaires offrent une formation spécialisée en services d’hôtellerie en français de 15 semaines, incluant trois semaines de stage, pour des adultes moins alphabétisés et des nouveaux arrivants francophones. Forte du travail d’élaboration des contenus de cours effectué par le Centre FORA, cette forma­ tion permet aux participants de développer les compétences essentielles, génériques, techniques et langagières liées au poste de préposé à l’entretien ménager et ainsi d’in­ tégrer le marché du travail dans le domaine hôtelier dans la région d’Ottawa.

Le projet Tourisme et ressources humaines francophones dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire — Une approche intégrée figure parmi ce type de projets. Il vise à trouver des méthodes plus efficientes et performantes de travailler avec les adultes faiblement alphabétisés et les nouveaux arrivants et de répondre aux besoins du marché de l’emploi.

LE PROJET A POUR OBJECTIFS :

La COFA, conjointement avec ses parte­ naires de livraison de service, HT Hospitality Training Inc., le Centre Moi j’apprends et le

› de combler les lacunes des partici­ pants francophones en milieu minori­ taire à Ottawa en matière d’alphabéti­ sation et de compétences essentielles; › d’accroitre leur employabilité en leur permettant d’avoir en main les outils et les compétences nécessaires pour accéder à un emploi dans l’industrie du tourisme; › de faciliter l’intégration professionnelle et sociale des participants; et

› de répondre aux besoins perpétuellement croissants en ressources humaines du secteur touristique de l’Ontario. Une première cohorte s’est tenue entre le 26 février et le 16 mai 2018. Sur les 23 parti­ cipants de cette cohorte, 15 d’entre eux ont trouvé un emploi dans le secteur hôtelier ou à travers la voie alternative, créée dans le cadre de ce projet. Cette voie alternative a été mise sur pied dans le but d’assurer des occasions d’emploi à des participants qui n’ont pu obtenir un poste en milieu hôte­ lier, mais qui ont tout de même acquis div­ erses compétences pouvant leur permettre d’obtenir un poste de préposé à l’entretien ménager dans des établissements de soins de longue durée. Une deuxième cohorte s’est déroulée du 28 mai au 17 aout 2018. Elle comptait 17 par­ ticipants, dont dix d’entre eux ont décroché un emploi en milieu hôtelier et deux en rési­ dence pour personnes âgées. Par conséquent, des deux cohortes, 25 par­ ticipants ont trouvé des emplois bien rému­ nérés et ont quitté le programme Ontario au travail. De toute évidence, les retombées


Évolution du réseau

économiques, sociales et communautaires d’un tel projet sont considérables. Trois employeurs du milieu hôtelier ont participé à ces premières cohortes en offrant des stages et, dans certains cas, des emplois. Il s’agit des hôtels Westin, Albert at Bay et BW Victoria Suites. Trois employeurs représentant des établissements de soins de longue durée situés à Ottawa ont égale­ ment participé au projet. Trois autres cohortes sont prévues d’ici la fin du projet. Celui-ci, qui est une première en Ontario, réunit un organisme francophone de formation des adultes et un partenaire anglophone du secteur privé pour produire un programme intégré en hôtellerie, en français, s’adressant aux adultes faiblement alphabétisés. Les défis sont grands puisque le partenaire privé opère sur des bases différentes que celles du partenaire prove­ nant du secteur public. En effet, l’entreprise

privée mise sur la contribution directe des individus et recherche tout naturellement un rendement financier, ce qui est dans l’ordre des choses, alors que les entreprises sociales qui ont pour mission le développement holistique des adultes peu alphabétisés visent à encadrer les parti­ cipants pour assurer leur progression et leur succès sur plusieurs plans : leur rôle parental, leur autonomie économique, leur participation citoyenne, etc. Les approches de travail adoptées visent une insertion sociale et économique. Cependant, l’avantage d’une telle asso­ ciation est qu’elle est complémentaire. Au début, un temps est nécessaire pour per­ mettre aux partenaires d’apprendre à mieux se connaitre et à comprendre les mandats et fonctionnements respectifs et ainsi, de permettre à la confiance de s’installer mu­ tuellement. Une fois cette période d’appri­ voisement entamée, il devient alors possible

de travailler plus étroitement ensemble. Ces partenariats finissent par s’harmoniser sous une même bannière, c’est-à-dire celle d’un seul projet réunissant plusieurs partenaires. Nos actions deviennent de plus en plus transparentes pour le participant, qui lui ne voit qu’un seul programme. Rejoindre les personnes apprenantes repré­ sente un défi constant pour les organismes qui travaillent avec des personnes faible­ ment alphabétisées. Ce type de partenariat nous permet d’élargir notre offre de forma­ tion afin qu’elle réponde davantage aux besoins du marché du travail et de ceux des participants qui souhaitent trouver un em­ ploi rapidement, en plus de nous permettre de rejoindre une clientèle qui d’ordinaire ne viendrait pas à nous. C’est ce qu’on appelle un partenariat gagnant-gagnant tant pour les partenaires que pour les participants.

•

27


28 I n t é g r a t i o n

L’IMPORTANCE DES PROJETS

COMMUNAUTAIRES POUR L’A LPHABÉTISATION ET LA FORMATION DE BASE Par Peggy Morin • Coordonnatrice, C e n t r e d ’ é d u c a t i o n d e s a d u l t e s d e Ne w L i s k e a r d Nous connaissons tous le proverbe sénégalais qui dit : il faut tout un village pour élever un enfant. Et bien, cet enfant devient un jour un adulte, et ce n’est pas parce qu’il n’est plus jeune que son appren­ tissage prend fin. Au contraire, son apprentissage continue toute sa vie, et un bon « village », c’est-à-dire sa communauté, l’encourage à développer ses compétences et ses habiletés et à chercher des occasions de perfectionnement. C’est pourquoi il est important que les fournisseurs de services d’alphabétisation et de formation de base (AFB) encouragent les liens avec leur collectivité. Le Programme AFB d’Emploi Ontario et du ministère de la Formation et des Collèges et Universités aide les adultes à atteindre leurs buts en développant leurs compétences en littératie, en numératie et en technologie numérique. C’est grâce à une communication entre les partenaires, les personnes apprenantes et les fournisseurs de ser­ vices d’AFB que ces derniers comprennent davantage les besoins des adultes de leur communauté. Quels sont les avantages pour nous, centres de formation pour adultes, de travailler de concert avec nos partenaires? Et surtout, pourquoi réalisons-nous des projets communautaires? Les raisons sont nombreuses. C’est en impliquant nos confrères communau­ taires que nous pouvons : › connaitre les besoins de la collectivité et mieux y répondre; › voir concrètement l’incidence qu’ont nos formations sur le quotidien des personnes apprenantes; › valoriser et responsabiliser certains individus, groupes et organismes; › développer un sens d’appartenance; › stimuler l’économie; › offrir des possibilités aux participants de mettre en application leurs apprentissages dans des situations authentiques afin de rendre leur apprentissage significatif;

› donner la chance à un plus grand nombre de personnes de prendre part à l’éducation et à la formation aux adultes; et › développer une communauté saine, active et engagée. Manifestement, la participation communautaire comporte plu­ sieurs avantages pour toutes les parties concernées. Tout le monde gagne à participer à des projets communautaires. Le Centre d’éducation des adultes (CÉA) de New Liskeard a bien compris l’importance de ce type de projets. Au cours de la der­ nière année, le CÉA a entrepris et mené à terme divers projets avec toutes sortes de partenaires qui avaient à cœur l’éducation et la formation des adultes. En voici quelques-uns : › Dans le cadre d’ateliers en menuiserie offerts à l’École secon­ daire catholique Sainte-Marie, les personnes apprenantes du CÉA ont mis en application leurs apprentissages en numératie dans un contexte authentique. En effet, elles ont construit des meubles pour le Camp Jeunesse en marche. D’une part, les per­ sonnes apprenantes ont pu valider leurs apprentissage, d’autre part, la communauté a profité d’une main-d’œuvre gratuite. › Grâce à la collaboration de l’Union culturelle des Francoontariennes, les femmes de 50 ans et plus de la région de Temiskaming Shores ont eu la chance de suivre une série d’ateliers en finances personnelles. Ces ateliers leur ont permis de consolider les acquis faits en matière de ges­ tion d’argent. En travaillant avec des partenaires communautaires, les centres de formation pour adultes peuvent réussir à faire une différence pour leurs personnes apprenantes, ainsi que dans leur communauté. Que le projet soit réalisé dans le cadre d’un cours de menuiserie ou d’ateliers en finances personnelles, les retombées vont au-delà des murs du centre. Les gestes communautaires s’étendent de façon exponentielle. Finalement, c’est tout le « village » qui tire profit de telles initiatives.

•


É v o l u t i o n d u r é s e a u 29

03

RECONNAISSANCE


30 R e c o n n a i s s a n c e

CE QUE LES EMPLOYEURS ONT À DIRE Comme nous avions constaté quelques lacunes au niveau du français écrit chez nos employés, onze d’entre eux ont suivi le cours en ligne Du français en quelques clics offert par le Programme de formation à distance (F@D) en plus d’une formation en présentiel dans nos bureaux. Nos em­ ployés ont suivi ces formations gratuites sur leur propre temps ainsi que sur les heures de travail. Ceux-ci ont acquis une meilleure maitrise de l’ortho­ graphe et de l’application des règles de conjugaison et de gra­mmaire. Ils utilisent à présent moins d’anglicismes. Ils ont aussi augmenté leur confiance en soi en ce qui concerne la rédaction de messages en français destinés à leurs clients et à leur direction. Nous voyons l’importance d’offrir des occasions de for­ mation et de perfectionnement à nos employés, leur en offrant régulièrement. Souvent, ces formations sont en anglais. Nous aimerions donc leur donner plus de forma­ tions avancées en français. Ceci était un excellent début.

- Association canadiennefrançaise de l’Ontario • Conseil régional des Mille-Îles

En 2013, le Centre culturel Louis-Hémon a fait appel aux services de FormationPLUS afin de former deux employées qui avaient besoin d’améliorer leur français écrit pour un projet lors duquel elles devaient rédiger des rapports, de la publicité et un recueil de textes et d’anecdotes de gens de la communauté de Chapleau. La formation a été offerte sur les lieux et pendant les heures de travail. Les deux employées ont travaillé la compétence de rédaction, à savoir comm­ ent communiquer des idées et de l’information, ainsi que comment rechercher et utiliser de l’information. Nous avons vendu 225 exemplaires du recueil de textes, soit trois fois le nombre prévu, ce qui montre à quel point il était bien fait. Grâce à la formation et au programme Partenariat pour la création d’emplois de l’Ontario, les employés ont pu trav­ ailler pendant un an sur ce projet pour ensuite dénicher des emplois. L’une d’elles travaille maintenant à l’école élémen­ taire de Chapleau et l’autre, dans un centre de réhabilitation à Timmins. Pour voir le recueil : www.quatrain.org/heritage/regard.pdf

- Centre culturel Louis-Hémon


Reconnaissance

Mes collègues et moi avons eu l’honneur d’accueillir madame Sylvie Guy, qui avait comme mandat d’appuyer plusieurs de nos élèves dans le domaine de la lecture. Il nous fut très évident dès ses débuts que nous avions gagné le gros lot. Madame Guy s’est vite mise à la tâche afin de venir en aide à maintes élèves. Son entregent et ses grandes qualités humaines ont su plaire à l’ensemble des élèves et du personnel qu’elle côtoyait. Tout en jasant au quotidien, Madame Guy me parta­ geait quelques détails des dernières étapes de son par­ cours scolaire. Elle était très fière de me raconter que ses quelques cours au centre La Clef en alphabétisation et formation de base lui avaient permis d’acquérir plusieurs connaissances et compétences en numératie, en littéra­ tie et en littératie numérique. Les tâches authentiques lui ont permis d’acquérir plusieurs compétences transférables et applicables aux travaux journaliers d’aide-enseignante. De plus, elle nous partageait que ces tâches assuraient une continuité logique dans ses apprentissages. En gros, madame Guy est très heureuse et fière de son parcours éducatif.

- École catholique St-Jude

À la suite de l’incendie qui a détruit la Fromagerie St-Albert, nous avons fait appel au Centre Moi j’apprends. Celui-ci nous a aidé à dresser le bilan des compétences de nos employés et à développer un plan de formation pour bien les préparer à utiliser nos nouveaux équipements. L’aide et le soutien prodigués par le Centre Moi j’apprends pour nous accompagner à développer des formations en français adaptées à nos besoins et nos employés ont été essentiels à la réussite du démarrage de notre nouvelle usine, à la reprise de nos activités, et à la création de nom­ breux emplois.

- Fromagerie St-Albert

La Direction de la gestion des paiements et des per­ ceptions de Kirkland Lake s’est donné pour mandat de promouvoir les deux langues officielles et de s’efforcer d’améliorer les habiletés en français de ses employés, car le bilinguisme est un atout très précieux pour les fonctionnaires. Les membres du personnel de la direction suivent chaque semaine des cours de français grâce à un partenariat avec le Centre de formation des adultes (CFA) de Kirkland Lake. Depuis septembre 2017, une quinzaine de participants consacrent deux heures par semaine à de la formation en français. Concrètement, le personnel a l’occasion de revoir et pratiquer de nombreux éléments du français, dont la conversation, la lecture et l’écriture. Le partenariat encourage l’apprentissage à tous les niveaux. Il s’agit d’une excellente approche pour les employés qui sou­ haitent obtenir l’accès à des cours de français et pour les fonctionnaires qui veulent améliorer leurs compé­ tences ou maintenir leurs acquis. Les employés d’Anciens Combattants Canada se rendent dans les locaux du centre pour y recevoir la formation. Ils ont ainsi un meilleur accès à des ressources d’appren­ tissage. Quatre d’entre eux participent à de la formation mixte grâce au Programme de formation à distance (F@D). Les vétérans et leurs familles, surtout les francophones, sont reconnaissants d’être servis en français. La Direction des paiements et des recouvrements sert des vétérans partout au Canada. Une telle initiative permet de souligner la valeur et l’importance d’offrir des ser­ vices dans les deux langues officielles. Le financement des gouvernements du Canada et de l’Ontario permet d’offrir ce service gratuitement.

- Agente des services financiers, Anciens Combattants Canada

««

L’ an dernier, on m’a approchée dans le but d’accueillir une apprenante adulte qui avait besoin d’un dernier crédit pour obtenir son diplôme d’études secondaires de l’Ontario. Elle désirait faire un stage d’éducation coopérative dans un contexte d’école primaire.

31


32

Reconnaissance

Participer à un programme de perfectionnement du fran­ çais avec ABC Communautaire a augmenté la confiance de nos employés et a réussi à faire dissiper leurs doutes quant à l’utilisation du français. Nos employés suivent une formation à distance deux heures par semaine. Les superviseurs vérifient de façon indirecte leurs apprentissages et les félicitent de leur progrès. Lors d’embauches, nous voyons le potentiel de l’apprentissage du français. Le ministère des Transports exige, pour la plupart des postes désignés, un niveau avancé de la langue française. Nous voulons promouvoir l’apprentissage du français (avancé) en milieu de travail afin d’offrir un service en français équivalent au service offert en anglais. Le programme de perfectionnement aide les employés à maintenir le niveau linguistique requis pour mieux servir le public francophone et francophile dans les régions dési­ gnées, leur assurant ainsi un service de qualité dans leur langue conforme à la loi sur les services en français. D’avoir des employés mieux formés en français ne peut donc être que bénéfique pour l’image professionnelle de l’organisme ainsi que sa réputation. Le service à la clientèle est aussi amélioré, car les employés sont mieux outillés pour servir les gens et comprendre les besoins de la clientèle franco­ phone afin de régler les demandes plus rapidement. Ainsi, on gagne le respect des gens par rapport à l’organisme et on minimise le nombre de plaintes reçues.

- L e m i n i s t è r e d e s Tr a n s p o r t s d e l’Ontario de St. Catharines et le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs

La participation de nos employés à un programme de per­ fectionnement du français avec ABC Communautaire leur a donné la confiance de mieux s’exprimer en français au travail. Les employés du Niagara’s Children Centre doivent être en mesure de servir des familles diversifiées, incluant celles dont l’anglais est limité et qui doivent parfois deman­ der l’aide d’un interprète pour certains services en français. Nos travailleurs doivent être certifiés pour avoir le droit de parler en français avec un client. Pour ce faire, ils doivent réussir un test de compétences linguistiques. Le pro­ gramme de perfectionnement est un bon début. Avoir la possibilité de parler en français toutes les semaines entre collègues lors des cours de conversation aide beaucoup! C’est important pour nous d’offrir un tel programme, car nous voulons nous assurer que la qualité de nos services en français est à la hauteur de nos services en anglais. Comme la présence francophone est forte dans la région du Niagara, fournir de bons services en français est une priorité, et ce, non seulement parce que notre organisme est tenu par la loi d’offrir des services en français, mais aussi parce que nous voulons offrir les meilleurs services possible aux familles francophones. Offrir à nos employés l’occasion de suivre une formation en français les encourage à utiliser le français au travail et à possiblement réussir le test de compétences linguistiques. Le fait que la formation se donne durant les heures de tra­ vail représente aussi un plus pour les employés. Celle-ci est efficace et permet aux employés d’avoir un meilleur niveau de compétences grammaticales et de gagner de la confiance en eux-mêmes afin de communiquer en fran­ çais avec les clients. C’est donc un premier pas important pour répondre aux demandes de la clientèle francophone.

- Niagara's Children Centre

Au cours des dernières années, une quinzaine de nos employés ont reçu de la formation gratuite au Carrefour de formation pour adultes, tant sur leur propre temps que sur les heures de travail. Nous avons fait appel aux services de formation du Carrefour pour former nos employés sur quelques aspects indispensables pour le travail, soit sur le logiciel Excel afin de développer leurs habi­ letés avec le tabulateur et augmenter leur compréhension de l’utilité de ce logiciel; sur Outlook et Windows afin de déve­lopper des compétences de base pour faciliter la promotion d’employés au poste de contremaitre; et en mathématiques pour aider les employés à effectuer leurs tâches de production. Grâce à ces formations, nos employés ont acquis des habiletés qui les rendent plus performants au travail, leur permettant ainsi de conserver leur poste au sein de l’entreprise.

- Moulure Alexandria Moulding


Reconnaissance

CE QUE LES PERSONNES APPRENANTES ONT À DIRE J’ai décidé de suivre des cours avec le Centre de forma­ tion pour adultes de Greenstone (CFAG) afin d’améliorer mon français parlé et écrit. Grâce à la formation reçue, j’ai atteint mon objectif — je me sens plus à l’aise de rédiger des phrases et de discuter en français avec ma famille. De plus, ma formation en français m’a aidée à m’introduire dans un conseil d’administration au sein de ma commu­ nauté. Le CFAG m’a donné les outils nécessaires pour en arriver là où je suis, et j’aimerais maintenant pousser mon apprentissage encore plus loin!

- D i a n e H . [ G e r a l d t o n ]

Les cours ACE en ligne m’aident à améliorer mes compé­ tences en informatique et me permettent plus de liberté quant à mon horaire. Les cours d’autogestion et de commu­ nication anglaise, conçus sur la réalité de la vie canadienne, ainsi que le cours de mathématiques me permettront de poursuivre mes projets d’études collégiales. L’ apprentissage continu et les outils mis à ma disposition m’aident avant tout à être plus productif. Les cours à distance, l’appro­che métho­ dologique qui fait appel à l’analyse critique et les recherches approfondies sur le programme à étudier répondent à mes attentes parce qu’elles me montrent comment mieux connaitre et comprendre les éléments fondamentaux pour construire mon projet d’avenir.

- W i l f r i d D . [ We l l a n d ]

À la suite d’une mise à pied, je me suis présentée au Centre de services à l’emploi à Hawkesbury. Je répondais aux cri­ tères du programme Deuxième Carrière, donc j’ai choisi la formation de commis de bureau offerte par La Cité, for­ mation donnée en ligne. Le programme comportait une section sur les logiciels Word et Excel, que je ne conn­ aissais pas; d’ailleurs, je n’avais aucune notion de base de l’ordinateur. Je suis donc venue chercher de l’aide au Centre Moi j’apprends. Ma formatrice a ciblé mes besoins pour réussir mon cours d’informatique. Grâce aux ateliers que j’ai suivis au centre, j’ai réussi mon cours avec une note de passage de A+. Maintenant, je travaille à l’Hôpital Général de Hawkesbury dans mon domaine de formation. De plus, j’ai transmis les notions que j’ai apprises à mon conjoint, et nous avons acheté un ordinateur pour les besoins quotidiens de notre famille.

- S y l v i e F. [ H a w k e s b u r y ]

À mon arrivée au Centre de formation du Nipissing, je travaillais à temps partiel comme préposée aux ser­ vices de soutien à la personne. Je venais au centre pour pouvoir améliorer mon français auprès de la clientèle francophone. J’ai ensuite décidé de changer de carrière pour aller dans les Forces armées canadiennes. Je devais passer le test d’aptitude pour pouvoir être admise, mais j’avais besoin d’aide avec les mathématiques pour réussir. Le centre m’a aidée. Une fois le test passé, j’ai eu une offre d’emploi dans la cuisine à la base militaire. J’ai donc participé à la formation dans le domaine de l’art culinaire offerte par les Forces armées canadiennes, ainsi qu’à un camp d’entrai­ nement pour passer la dernière étape de mon embauche. En janvier, j’étais de retour au Centre de formation du Nipissing pour pouvoir continuer ma formation en fran­ çais afin de mieux servir la clientèle.

- Je s s i e - L e e [ No r t h B a y ]

33


Reconnaissance

Je dois beaucoup au programme Accès Carrières Études (ACE), dont la qualité et le contenu des cours ainsi que le dynamisme des enseignants m’ont permis de me rendre là où je suis, c’est-à-dire étudiant en première année dans le programme des techniques en administration des affaires au Collège Boréal, campus de Windsor. Le programme ACE a fait de moi un étudiant déterminé à atteindre ses objectifs. Je suis également employé du collège, où j’encadre d’autres étudiants dans certains cours tout en continuant à suivre mon programme, que je terminerai d’ici l’an prochain.

- Martin Junior I. [Windsor]

Je me suis inscrit au Centre Moi j’apprends pour de l’appui en français et en mathématiques alors que je tra­ vaillais vers l’obtention de mon diplôme d’études secon­ daires de l’Ontario (DESO) avec le Centre d’éducation et de formation de l’Est ontarien. Il m’était souvent difficile de rester motivé, parce que mes études n’étaient pas ma priorité. J’ai souvent mis tout ça de côté, mais je savais que la porte du Centre Moi j’apprends m’était toujours ouverte. Quelques années plus tard, je suis revenu plus déterminé que jamais. Ma fille allait bientôt commencer le secondaire et je voulais lui montrer qu’on peut accomplir ce qu’on veut quand on est déterminé, peu importe notre âge. Je pense avoir démontré beaucoup de courage en conciliant famille, études et travail. Je conduisais mes enfants à l’école avant de me rendre au centre de forma­ tion, puis je partais travailler en soirée. Bien que j’étais à certains moments tenté d’abandonner, j’ai tenu bon et réussi à terminer mes cours pour obtenir mon DESO. Mes efforts ont été récompensés : je suis maintenant inscrit à un programme d’apprentissage en charpente­ rie à La Cité.

- Alexandru P. [Cornwall]

J’ai entendu parler du Centre Moi j’apprends de ma mère qui le fréquentait en tant qu’apprenante. Je me suis inscrite au cours de français pour améliorer mon écriture ainsi qu’à des cours supplémentaires tels que « Estime de soi » et « Savais-tu que? ». Ceux-ci m’ont permis d’apprendre de nouvelles techniques d’écriture et d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences en français. Je m’étais donné comme but d’apprentissage de pour­ suivre mes études à La Cité collégiale. J’ai donc entre­ pris des études en techniques des services en loisirs. Durant celles-ci, j’ai profité des services du Centre Moi j’apprends pour effectuer certains de mes travaux et pro­ jets. J’ai donc obtenu mon diplôme collégial avec succès! Quelques mois après l’obtention de mon diplôme, j’ai dé­ cidé de faire du bénévolat au centre à titre d’assistanteformatrice. Ceci m’a permis de mettre en pratique les nou­ velles connaissances que j’avais acquises et de mieux me préparer à m’intégrer au marché du travail. Après deux ans de bénévolat au centre, la directrice m’a offert un poste à temps partiel. Je remercie grandement le personnel du Centre Moi j’apprends de m’avoir encou­ ragée à atteindre mes objectifs. Aujourd’hui, je suis fière d’être à leur emploi.

- J u l i e N. [ O t t a w a ]

««

34

Je cherchais à améliorer mes compétences en techno­ logie numérique afin de produire des rapports pour les différents comités auxquels je siège. Je trouvais difficile de me servir de plusieurs programmes informatiques et je ressentais une certaine peur de mal faire mon travail et de le perdre. Grâce à ma formation, je m’améliore constamment et je me sers régulièrement des com­ pétences que j’ai acquises, que ce soit pour faire des rapports ou envoyer des courriels. Mes apprentissages m’ont aussi permis de m’intégrer dans d’autres organi­ sations au sein de la communauté francophone.

- Ni c o l e P . [ G e ra l d t o n ]


Reconnaissance

Je suis vraiment fier d’avoir fréquenté le Centre Moi j’apprends. C’est ma tante qui, en février 2007, m’a ins­ crit au centre, car je ne pouvais faire les démarches moi-même. J’avais alors 18 ans et j’étais au pays depuis quelques mois. En Haïti, j’avais peu fréquenté l’école et je n’avais pas appris à écrire le français. J’étais très timide et je pou­ vais difficilement m’exprimer en français canadien. Dès mes débuts au Centre Moi j’apprends, les formatrices et les personnes apprenantes m’ont accepté comme j’étais et ont voulu m’aider. Je devais travailler fort si je voulais réu­ssir mes études. J’ai fréquenté le centre de septembre 2007 à juin 2014. C’était long, mais il ne faut pas oublier que je partais de très loin. Pendant toutes ces années, j’ai pu compter sur les encouragements et l’aide de beaucoup de per­ sonnes du centre. Je suis vraiment reconnaissant d’avoir eu la possibilité d’acquérir et d’approfondir mes conn­ aissances du français, du calcul et de l’informatique. En septembre 2014, je suis allé au Carrefour pen­ dant deux ans. En juin 2016, j’ai obtenu mon diplôme d’études secondaires. Que je me suis senti heureux et fier lors de la remise des diplômes! J’avais maintenant la possibilité de poursuivre mon rêve, soit d’obtenir une formation professionnelle. En septembre 2016, je me suis inscrit à La Cité collégiale dans le programme de gestion de la sécurité. Je reviens toujours au Centre Moi j’apprends pour obtenir l’aide dont j’ai besoin pour mes projets scolaires. Pour conclure, c’est grâce à l’appui du Centre Moi j’apprends que j’ai fait preuve d’autant de persévérance et de courage pour entreprendre mes études collégiales.

- Wislin X. [Ottawa]

Le programme Accès Carrières Études (ACE) m’a beau­ coup préparée pour le marché du travail, m’ayant ouvert la voie vers une formation en éducation à la petite enfance. Après avoir terminé la première partie de cette formation, j’ai obtenu mon premier emploi au Canada comme éducatrice à la petite enfance. Travailler avec les enfants, ce n’est pas facile et ça demande de l’endurance, de la patience et surtout, de la communi­ cation avec les enfants et les parents. Toutes ces compé­ tences, je les ai acquises grâce à ACE. Ce programme était très difficile; quand je l’ai commencé, je ne pensais pas réussir. Mais les conseils du gestionnaire de programme et la motivation, l’encouragement et l’accompagnement du formateur m’ont permis d’avoir la confiance et la persévé­ rance nécessaires pour continuer et réussir. Aujourd’hui, je n’ai plus peur d’étudier dans n’importe quel programme. Je dois ma réussite de cette première partie de formation à tous ceux qui m’ont aidée au Collège Boréal ainsi qu’au programme ACE, que je recommande à 100 %.

- Ghislaine M. [London]

Les animaux et leur bienêtre m’ont toujours passionnée. Je voulais obtenir un diplôme de techniques de soins vétérinaires au collège, mais pour ce faire, je devais avoir un crédit de biologie de 12e année, que je n’avais pas été en mesure d’obtenir au secondaire. Je me suis donc inscrite au programme Accès Carrières Études et j’ai ter­ miné mon cours de biologie. Grâce à cela, je suis main­ tenant inscrite à ma première année dans le programme collégial de mes rêves.

- Paige [Kapuskasing]

À la recommandation du Centre de services à l’emploi, je me suis inscrite au Centre Moi j’apprends, car j’étais sans emploi. J’ai profité de cette occasion pour approfondir mes connaissances des logiciels Word et Excel. Cette formation m’a aidée à me trouver un emploi. Présentement, je suis commis multidisciplinaire à l’Hôpital Général de Hawkesbury. Mon temps passé au Centre Moi j’apprends m’a permis d’augmenter ma confiance en moi et m’a donné la motivation de persévérer malgré les difficultés.

- Louise S. [Hawkesbury]

35


36

Reconnaissance

J’ai découvert le Centre Moi j’apprends par l’entremise du Centre de services à l’emploi de Rockland. À ma première rencontre avec les formatrices du centre, je leur ai fait part de mon objectif : m’inscrire à une formation de commis de bureau en milieu de la santé au Centre d’éducation et de formation de l’est de l’Ontario (CEFEO), formation qui s’offrirait en octobre de cette année-là. En allant au Centre Moi j’apprends, j’ai eu la chance d’amé­ liorer mes connaissances en communication, en calcul et en informatique. Ce parcours de formation m’a aussi per­ mis de réaliser que mon rêve était atteignable. Sans m’en apercevoir, ma confiance en moi-même a augmenté. Comme prévu, en octobre, j’ai commencé mes cours au CEFEO, et j’ai obtenu mon certificat en juin de l’année sui­ vante. Dans le cadre de mon cours, je devais faire un stage avec l’Équipe de santé familiale de Clarence-Rockland. Le tout s’est tellement bien passé! À la fin de ce stage, un poste s’est ouvert. J’ai passé une entrevue et j’ai décroché l’emploi. Je travaille maintenant comme secrétaire médi­ cale depuis six ans. Je suis très heureuse au travail, et tout cela grâce au Centre Moi j’apprends et à leur partenariat avec le CEFEO.

- Linda D. [Rockland]

Accès Carrières Études (ACE) est un excellent programme. Les formateurs qui m’ont appuyée ont de bonnes com­ pétences dans toutes sortes de matières. L’ aide à la for­ mation m’a permis de poursuivre des études sans avoir à m’inquiéter des frais de gardiennage. Je n’aurais jamais pu le faire sans cette précieuse aide financière. J’ai développé des connaissances et des outils qui vont m’être utiles à long terme et j’ai obtenu un emploi en tant qu’éducatrice à la petite enfance, tout grâce au programme ACE.

- Macy [Kapuskasing]

J’ai décidé de suivre une formation pour apprendre à me servir du programme Excel afin de mieux m’avancer à mon travail. J’ai certainement atteint mon objectif d’appr­ entissage; ma formation m’a aidé à effectuer plus de projets et à créer des programmes à l’intérieur de mon département. Mon apprentissage a aussi augmenté ma confiance en mes habiletés au travail et au quotidien. Grâce à mes acquis, je suis en mesure d’aider ma femme à la maison et j’ai même eu la chance de travailler sur un projet pour un voisin qui a une petite entreprise.

- A l a i n F. [ A l e x a n d r i a ]

À la suite d’un accident de travail, puisque je ne pouvais plus travailler dans le domaine de la construction, j’ai dû me réorienter vers un nouvel emploi. J’ai vite réalisé que de nos jours, tout emploi demande une certaine connaissance en informatique, chose que je n’avais pas du tout. La Commission des accidentés m’a en­ couragé à suivre une formation en informatique. C’est pourquoi je me suis présenté au Centre Moi j’apprends. Après mon opération, j’ai pu m’inscrire à un cours à La Cité collégiale en gestion de la sécurité. Les connaissances en informatique que j’ai acquises lors de ma formation au Centre Moi j’apprends me sont fort utiles pour accéder à mes cours et à mes devoirs. Je m’en sers également comme outil de travail pour les corrections de mes travaux. J’ai maintenant presque terminé un semestre et tout se déroule très bien. Dans deux ans, j’aurai un certificat en main, et beaucoup de portes s’ouvriront à moi. Je suis content d’avoir eu la chance de me familiariser avec les ordinateurs en attendant mon opération. Cela me permettra d’avoir une deuxième carrière dans un nou­ veau domaine.

- S e r g e B . [ Ha w k e s b u r y ]


Évolution du réseau

04

SYN E R G I E

37


L’aiguillage : UNE APPROCHE INDISPENSABLE Par Rycke Mialou • Coordonnateur par intérim, Centre de formation des adultes – La Clé

J’ai longtemps réfléchi à mon apport à cette édition du Perfectio et voici où mon choix de sujet de rédaction s’est arrêté : l’aiguillage. Celui-ci a été un vecteur de succès pour ma carrière et mon inté­ gration dans une nouvelle communauté. En effet, en m’installant dans une ville que je n’avais eu l’occasion de visiter que deux ou trois fois au préalable, j’ai vite découvert que ce n’était pas assez pour savoir quels étaient les endroits où ma famille et moi pourrions obtenir des services de base. Qui plus est, mon employeur, qui avait motivé ma raison de démé­ nager, a rencontré des difficultés financières et, par conséquent, ne pouvait plus me garder à l’emploi. Je me suis donc retrouvé sans travail en l’espace de quelques mois après mon déménagement dans le comté de Simcoe. J’ai eu recours aux services d’agences d’emploi rapide, mais sans succès.

Je me suis par la suite tourné vers le YMCA qui offrait des ser­ vices aux nouveaux immigrants, ce que je n’étais pas. Mais grâce à celui-ci, j’ai été dirigé vers un autre fournisseur de services qui était spécialisé dans la recherche d’emploi sous l’emblème d’Emploi Ontario. C’est là que mes barrières linguistiques se sont révélées, car bien que je pusse avoir une conversation de base en anglais, cer­ tains termes m’étaient totalement inconnus. Heureusement, je suis tombé sur une offre d’emploi au Collège Boréal. Mon entrée dans les locaux du centre d’emploi du Collège Boréal ressemblait à une entrée dans la terre promise, si je peux me permettre l’expression. Les employés parlaient en français. En français! Imaginez-vous. Du jour au lendemain, j’ai appris qu’il y avait plus de francophones dans la ville et ses environs. J’ai découvert que je pouvais avoir du service totalement en français — que ce soit en matière d’emploi,


d’éducation, de la santé ou même du domaine financier, et plus encore. La communauté française était et est bel et bien active dans ma ville, il fallait juste la trouver, et cela s’est fait grâce au service d’aiguillage. En résumé, après tout ceci, je suis passé de chercheur d’emploi isolé à membre actif sur le marché de l’emploi et dans ma communauté francophone. Cette expérience à succès est la raison pour laquelle je jure par l’aiguillage dans mes activités de tous les jours à titre de directeur général d’un centre de formation des adultes. Dans notre domaine de l’alphabétisation et de la formation de base (AFB), il est de plus en plus difficile d’être efficace sans être capable de diriger nos clients, les personnes apprenantes, vers d’autres ressources disponibles. L’aiguillage par définition est « l’action d’orienter quelqu’un » ou « une action dans une autre direction »1. N’est-ce pas ce que nous, fournisseurs de services d’AFB, faisons tous les jours avec les gens qui viennent vers nous? Le besoin en aiguillage est grandissant et très important pour aider ces per­ sonnes qui se tournent vers nous pour du service. À mon avis, dans un contexte d’approche axée sur le résultat, il existe deux sortes d’aiguillage : l’aiguillage efficace et l’aiguillage non effi­ cace. Ma définition de l’aiguillage non efficace est de donner ou d’offrir un service qui ne reflète pas nos forces. Avec la présence de tous nos partenaires qui offrent des services différents ou simi­ laires aux nôtres, il est très important de reconnaitre en quoi nous excellons ou pas afin de servir le client au meilleur de nos capaci­ tés. Lorsqu’un service demandé ne correspond pas à notre offre, il est notre devoir de se renseigner sur les agences qui seraient mieux disposées à offrir le service demandé et d’y recommander le client. C’est ce que l’on appelle l’approche holistique ou enveloppante (wraparound, en anglais), approche préconisée par le secteur de l’AFB.

1

Dictionnaire Larousse français

L’approche holistique ou enveloppante en éducation des adultes consiste d’abord à prendre conscience de la nécessité d’aider les personnes apprenantes adultes dans diverses sphères de leur vie, évitant ainsi de ne s’en tenir qu’à la dimension d’apprentissage. L’ étiquette « enveloppante » fait référence au fait que des ser­ vices sont mis à disposition pour entourer la personne apprenante de manière à la soutenir dans tous les aspects de sa vie, lui permettant ainsi d’être dans l’état optimal pour réussir son parcours d’apprentissage. L’intervention des agences commu­ nautaires est indispensable pour prodiguer cette méthode. Ce qui la rend efficace, c’est la coopération de partenaires dans divers contextes, qui suivent tous le même plan et travaillent dans le but d’aider l’adulte. Les services intégrés se sont révélés efficaces pour garantir que les personnes apprenantes puissent d’abord accéder à la formation, puis la réussir avec succès. Pour pouvoir pratiquer une approche holistique auprès de sa clien­ tèle, il faut avant tout reconnaitre ses besoins et connaitre les offres de services communautaires. L’ empathie est aussi à préconiser. La personne en face de nous a peut-être déjà essayé de demander de l’appui ailleurs sans qu’il y ait eu un résultat positif. Il faut être à son écoute et parler son langage. Comme nous avons pu le constater par mes expériences per­ sonnelles, l’aiguillage est primordial. Le Programme AFB repose sur celui-ci, car ses services ne sont qu’un tremplin pour les personnes apprenantes. Très souvent, la formation en AFB constitue la pre­ mière étape dans une démarche d’amélioration de leur situation personnelle ou professionnelle. Grâce à l’approche holistique dans laquelle s’insère l’aiguillage, l’on peut assurer l’atteinte des buts de nos clients de façon rapide et efficace.

•


40 É v o l u t i o n d u r é s e a u

LE DÉVELOPPEMENT DE RESSOURCES EN ALPHABÉTISATION une expertise incontournable et nécessaire P a r   Ja c q u e l i n e G a u t h i e r • D i re c t r i c e g é n é ra l e , C e n t re F O R A

Un peu partout en province, voire au pays, une armée d’indi­ vidus dévoués et profondément engagés investit des heures et beaucoup d’énergie afin d’offrir de la formation destinée aux adultes qui rêvent d’un avenir meilleur et qui comptent sur cet appui pour effectuer une transition réu­ssie vers un emploi, des études postsecondaires, une formation en apprentissage, l’école secondaire ou encore, pour accroitre leur autonomie. Or, les formateurs œuvrant dans le milieu de l’alphabétisation et de la formation de base ont besoin d’une variété de ressources pour leur permettre de faire ce travail. Heureusement, depuis une tren­ taine d’années, le réseau d’organismes d’appui a évolué en Ontario. Le résultat aujourd’hui : le début d’une vaste richesse de ressources andragogiques qui répondent spécifiquement aux identités cultu­ relles variées et aux besoins de formation de milliers de personnes apprenantes francophones, anglophones, autochtones, sourdes, malentendantes, aveugles et nouvellement arrivées au Canada. Parmi ces organismes du réseau d’appui en Ontario, soulignons la contribution des suivants : › les Learning Networks of Ontario, qui réunissent 16 réseaux d’alphabétisation; › la Deaf Literacy Initiative, qui offre des services à la commu­ nauté sourde et aveugle; › la Ontario Native Literacy Coalition, qui développe du maté­ riel pour les personnes apprenantes autochtones;

› la Coalition ontarienne de formation des adultes, qui développe des cours et offre un Programme de formation à distance s’adressant aux adultes francophones; › Alpha Plus, qui offre des outils, de la formation et du coaching aux organismes intégrant la technologie dans leur formation; et › le Centre FORA (Centre franco-ontarien de ressources en alphabétisation), qui est responsable de l’élaboration de matériel en français.

EXPERTISE ÉVOLUÉE DANS LE DÉVELOPPEMENT DE RESSOURCES Dans les années 1990, le Centre FORA et d’autres organismes d’appui ont consacré tous leurs efforts à répertorier et à évaluer le matériel existant en alphabétisation provenant du Canada. Étant donné que la culture franco-ontarienne n’était pas reflétée dans le matériel répertorié en français, le besoin de ce genre de ressources pour les francophones de la province était vite très évident. Cette constatation a entrainé la production de nombreux petits romans pour lecteurs débutants, une série sur la santé et une autre sur l'histoire, puis de ressources en mathématiques et en employabilité. Au fil des années, grâce au mandat unique en édition du Centre FORA, les membres de celui-ci ont développé une solide expertise


Synergie

en rédaction de ressources en langage simple et clair, c’est-à-dire en écriture simple (voir ci-dessous).

L’écriture simple… pas toujours si simple! Qu’est-ce que la rédaction en langage simple? Essen‑ tiellement, il s’agit d’écrire des textes qui présentent l’information de façon claire et facile à comprendre pour tous. Les mots sont précis, clairs et pertinents; les phrases relativement courtes et simples. On accorde beaucoup d’attention à la façon dont le texte est disposé. L’accessibilité de l’information est au cœur de cette façon d’écrire. Et depuis l’arrivée du cadre du curriculum en littératie des adultes en Ontario (CLAO) en mars 2011, l’accent a été mis par­ tout dans la province sur la connaissance et la mise en œuvre du cadre, l’intégration de l’employabilité et de la technologie dans la rédaction de matériel ainsi que la création de tâches et d’activités authentiques axées sur six grandes compétences : › Rechercher et utiliser de l’information › Communiquer des idées et de l’information › Comprendre et utiliser des nombres › Utiliser la technologie numérique › Gérer l’apprentissage › S’engager avec les autres En plus d’une expertise en écriture simple, plusieurs autres domaines d’expertise sont interpelés lors de la préparation de matériel andragogique, tout en gardant en tête la préparation et le soutien à l’emploi, notamment : › les révisions linguistique et andragogique; › la mise en page et l’impression de matériel; › la connaissance, la maitrise et l’intégration des compétences essentielles; › la connaissance et l’insertion des compétences génériques (voir ci-contre); › l’intégration des éléments audios, visuels, audiovisuels et interactifs en ligne; › la conception de stratégies d’enseignement pour les formatrices; › l’utilisation de nouvelles technologies, un élément impor­ tant qui a permis d’avoir un effet positif sur les communau­ tés éloignées. Ces expertises nécessaires au développement de ressources sont évidentes dans les productions du Centre FORA, ce qui lui per­ met d’occuper une place avantageuse au sein de l’industrie de

l’édition, grâce à de nombreux partenariats ministériels. De plus, au fil des ans, il a su s’adapter aux changements technologiques. La validation de matériel est aussi une étape incontournable dans la production de ressources. Parmi ses productions les plus populaires, le Centre FORA compte : › Expressions — une collection de textes rédigés par les per­ sonnes apprenantes; › PILA (Programme d’intervention en lecture pour adultes) — un programme d’apprentissage de la lecture pour les lec­ teurs débutants; › MÉTA-Phare — un programme préparatoire à l’emploi; › Mode : Emploi — une collection présentant des métiers, accompagnée de fiches d’exploitation andragogique; › Ressources pour les nouveaux arrivants, Intégration Participation — une série de cinq cahiers pour but de faciliter l’intégra­ tion des nouveaux arrivants francophones dans leur commu­ nauté et de fournir des notions essentielles à leur intégration au marché du travail; › Modules en numératie — deux modules intitulés La gestion de l’argent liés aux compétences essentielles et génériques visant les jeunes francophones; et › AFMT — le programme Apprentissage et formation en milieu de travail composé de six modules liés à des métiers qui adressent les habiletés nécessaires pour travailler dans une petite entreprise de produits et de services. En raison de la technologie qui évolue rapidement et du monde de travail qui change constamment, il est crucial que les organismes de soutien en formation des adultes puissent continuer à être flexibles tout en demeurant sensibles aux nouvelles réalités. Grâce au financement du ministère de la Formation et des Collèges et Universités, la production de matériel en formation des adultes demeure une stratégie clé pour permettre à la clientèle adulte d’atteindre ses objectifs de formation. Ainsi, chaque individu, qu’il s’agisse d’un Ontarien de souche ou d’un nouvel arrivant, pourra avoir en main les outils nécessaires pour contribuer pleinement à l’économie de la province et du pays.

•

Les compétences génériques Au-delà des neuf compétences essentielles, les employeurs recher­ chent de plus en plus des personnes qui possèdent d’excellentes compétences génériques (soft skills, en anglais). Celles-ci s’acquièrent à l’aide d’expériences personnelles et professionnelles. Elles permettent d’apprendre, de s’adapter au changement, d’avoir confiance en soi et de travailler avec les autres. En développement de ressources, il s’agit de développer du matériel permettant d’acquérir des comportements et des attitudes qui ne sont pas nécessairement associés à un emploi parti­­­‑­ ­culier et qui peuvent donc être transférés d’un emploi à l’autre.

41


42

Synergie

La formation continue :

UN INVESTISSEMENT QUI RAPPORTE! Pa r J u l i e B r i s s o n • Fo r m a t r i c e , L a R o u t e d u S a v o i r Il y a maintenant dix ans que mon aventure à titre de formatrice au centre de formation La Route du Savoir a vu le jour. Depuis ce temps, je suis constamment à la recherche d’occasions de perfec­ tionnement qui me donneront de nouvelles idées de cours ou d’ate­ liers à offrir aux personnes apprenantes cherchant à enrichir leurs compétences et qui me permettront aussi de mieux les servir et les aiguiller. Qui n’a jamais eu besoin, au cours de sa vie, d’ajouter des cordes à son arc? Au fil des ans, je me suis rendu compte qu’avoir un baccalauréat en andragogie n’est pas toujours suffisant dans le domaine de l’al­ phabétisation et de la formation de base des adultes (AFB). Notre société change rapidement, et nous devons nous y adapter continu­ ellement. C’est la raison pour laquelle je me fais un devoir de suivre chaque année des ateliers sur différents sujets afin d’augmenter mes connaissances et compétences pour m’aider dans mes tâches quotidiennes et, du même coup, offrir du soutien aux personnes apprenantes que j’ai l’occasion de former. Au printemps dernier, en faisant une recherche sur des services pour appuyer une apprenante, je suis tombée par hasard sur un site Internet qui a capté mon attention : L’ Institut de formation en matière de violence faite aux femmes1, un programme d’Action onta­ rienne contre la violence faite aux femmes qui offre des formations complètement gratuites. Ayant déjà eu des apprenantes victimes de violence conjugale, je me suis dit qu’il serait intéressant de m’inscrire à une séance afin de reconnaitre les signes d’une personne victime de violence et d’apprendre comment je pourrais mieux appuyer et aiguiller de futures clientes pouvant vivre une telle situation. J’ai aussi constaté que j’ignorais l’ampleur du phénomène et que je me devais de sensibiliser mes personnes apprenantes à ce sujet délicat. Jamais je ne me serais douté qu’à la suite de mon perfectionnement, j’ouvrirais la porte sur un énorme projet. 1

https://institutdeformation.ca/. Consulté le 15 décembre 2018.

Après une rencontre avec le Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle de Kingston, mon idée de projet de sensibilisation a sou­ dainement pris de l’ampleur. Quelques semaines plus tard, plusieurs organismes se sont greffés au projet pour organiser des journées de sensibilisation contre la violence faite aux femmes. Ce qui ne devait être à l’origine que des activités d’apprentissage pour la voie de l’au­ tonomie s’est transformé, grâce à la collaboration de plusieurs per­ sonnes concernées, en trois journées de conférences et de séances d’information, et ce, non seulement pour les personnes apprenantes de La Route du Savoir, mais pour toute la communauté francophone de Kingston. Quelle belle façon d’informer les gens sur tous les ser­ vices en français offerts dans la collectivité, tout en sensibilisant ceux-ci à un sujet qui nous touche tous de près ou de loin! Qu’elle porte sur la violence faite aux femmes ou sur tout autre propos, la formation continue est un investissement qui rapporte à tous : des personnes apprenantes, des formateurs, voire des comm­ unautés entières. Ce projet a permis aux citoyens de Kingston d’être mieux renseignés sur un sujet dont on parle peu, tout en démontrant que la formation est l’affaire de tous et que lorsque plu­ sieurs organismes travaillent ensemble dans un but commun, le résultat ne peut être que positif. Dans notre cas, cela a mené à un meilleur aiguillage de nos clients. C’est dans cette optique que j’invite tous les praticiens œuvrant auprès d’adultes à suivre de telles formations pouvant être avan­ tageuses non seulement pour eux-mêmes, mais surtout pour leurs personnes apprenantes. En tant que formateurs au sein de nos communautés, nous avons l’occasion de faire une différence dans la vie de nos clients. Alors je n’ai qu’une seule question pour vous : quelle vie avez-vous le pouvoir de changer aujourd’hui?

•


1 877 464-0504 | 613 842-5369

INFO@COALITION.CA

WWW.COALITION.CA

435 , RUE DONALD, BUREAU 301 , OTTAWA (ONTARIO) K 1 K 4 X 5

Financement offert par le gouvernement du Canada dans le cadre de la Subvention canadienne pour l’emploi. Prestation des programmes assurée par le gouvernement de l’Ontario. Les opinions exprimées dans cette publication ne réflètent pas nécessairement celles du ministère.


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Perfectio — Levier (Édition spéciale hiver 2019) by COFA - Issuu