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Magie et miracles

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GUIDE THÉOLOGIQUE DU SURNATUREL DANS LA FICTION


© 2026, éditions LLB BP 9 – F-26216 Montélimar Cedex llb@clcfrance.com – www.editions-llb.fr ISBN : 978-2-85031-950-1 (papier) / 978-2-85031-951-8 (Epub) Responsable éditorial : Robin Da Silva Publié initialement en anglais sous le titre : On Magic & Miracles–A Theological Guide to Discerning Fictional Magic Copyright © 2025 B&H Publishing Group, Brentwood, Tennessee, USA Traduit de l’anglais par Claire Romerowski ; notes éditoriales par Denis Coutier. Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version Louis Segond révisée, dite « à la Colombe ». Diffusé en Belgique par la Centrale Biblique – centrale-biblique.com Diffusé au Canada par CLC Canada – clccanada.com Diffusé aux États-Unis par CLC USA – clcusa.org Diffusé en Suisse par la Maison de la Bible – maisonbible.ch Tous droits réservés. Toute reproduction ou transmission, totale ou partielle, par voie électronique, mécanique ou autre, ainsi que tout enregistrement ou photocopie, sont interdits sans le consentement préalable de l’éditeur. Les Éditions LLB sont une branche de la Ligue pour la Lecture de la Bible en France. La Ligue a pour objectif de faire connaitre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et d’encourager les personnes de tout âge à rencontrer Dieu, chaque jour, au moyen de la Bible et de la prière. Couverture : B&H Publishing Group Dépôt légal : novembre 2026 Impression n°xxxxxxx (octobre 2026) • IMEAF • F-26160 La Bégude-de-Mazenc www.imeaf.com Mots-clés : théologie, apologétique, christianisme, culture


marıan a. jacobs

MAGIE & MIRACLeS GUIDE THÉOLOGIQUE DU SURNATUREL DANS LA FICTION


Ce livre est dédié à ma communauté de Realm Makers dont les sub-créations glorifient Dieu et font grandir notre foi.


Table des matières

Table des matières Remerciements Préface Introduction

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Partie I : La magie et les miracles : poser les bases théologiques 1. 2. 3. 4. 5. 6.

Magie ou miracle ? Le visible et l’invisible Et si ce n’était qu’une illusion ? L’occultisme aujourd’hui Identifier la source du surnaturel La fin et les moyens

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Partie II : Analyser la magie dans la fiction à la lumière des Écritures 7. Pourquoi l’Église a-t-elle besoin de fantasy ? 8. Les dangers des extrêmes 9. Parents, vous avez un superpouvoir ! 10. Principes de base en littérature 11. Analyser la fiction avec discernement 12. Et Harry Potter ? 13. Conclusion

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Pour aller plus loin Notes de fin

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Remerciements

Remerciements

J

e suis remplie de gratitude envers toutes les personnes par lesquelles Dieu a pourvu pour rendre possible la publication de ce livre. J’aimerais d’abord remercier mon mari pour son soutien constant, ses retours, ses grandes réflexions et ses encouragements. Tim, tu me complètes dans beaucoup de domaines et, sans toi, je ne serais ni la personne ni l’écrivaine que je suis aujourd’hui. Merci à mes enfants : votre enthousiasme et votre soif de sagesse me poussent à persévérer quand je suis découragée. Merci à toute ma famille et tout spécialement à Melissa et à Maman de toujours m’encourager et de votre patience quand je ne fais que parler de démons. Je suis infiniment reconnaissante à l’équipe des éditions B&H* qui a travaillé dur pour m’aider à publier ce livre. Un grand merci à Clarissa Dufresne : tu es une éditrice extraordinaire et c’est un plaisir de travailler avec toi. Merci à Madison Trammel de B&H Academic, qui a été la première à s’intéresser à ce projet et qui m’a mise en contact avec les bonnes personnes. J’aimerais aussi remercier mon agent, Steve Laube, qui m’a si bien accompagnée et encouragée. Je remercie mes amis pour leur soutien, leur inspiration et leurs encouragements à persévérer dans l’écriture quand je traversais des saisons de vie difficiles. Merci à la communauté de Lorehaven : Laura, Stephen, Josiah, Eli, Zack, Ticia, Daniel, Andy, Jenneth, Jessica, Jasmine, Lacy, * NdE : éditeur de la langue originale. 9


Magie et miracles

Parker et tous les autres. Vous êtes une source intarissable de sagesse et de secours dans les difficultés. Merci à mes autres amis de Realm Makers, en particulier Brianna et Cathy, pour vos prières et votre soutien. Je suis infiniment reconnaissante aux membres de mon Église : Stacy, Mike, les Miller et mon groupe de maison. Vos infatigables prières m’ont épaulée pendant de nombreux mois. Enfin, merci à Caryn et à Georgia pour vos encouragements constants. Merci à mes premiers relecteurs, Tim et Shannon, qui ont accepté de déchiffrer mes pires brouillons et mes idées en cours de développement. Sans vous, ce livre ne serait pas ce qu’il est devenu. Merci aussi à mes autres relecteurs, Mike, Jasmine et Stephen, pour leurs précieuses remarques et leurs encouragements. Et bien que, pour la plupart, je ne vous connaisse pas personnellement, j’aimerais remercier tous les anciens adeptes du New Age et les repentis de l’occultisme qui ont eu le courage de rendre public leur témoignage. Votre foi extraordinaire en Jésus dans les pires tempêtes a affermi la mienne et a été source d’une grande inspiration. Enfin, je veux remercier Dieu pour sa présence et son conseil permanent. Bien souvent, je me sentais dépassée par la quantité d’informations nouvelles où tout s’embrouillait dans mon esprit. Mais le Seigneur a toujours été là pour m’enseigner (par une prédication ou par sa Parole) chaque fois que je l’appelais à l’aide. Il m’a aussi consolée et protégée dans les périodes de combat spirituel. Sans le bouclier qu’il est pour moi, je n’aurais pas pu terminer l’écriture de cet ouvrage.

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Préface

Préface

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’ai toujours été passionné de fantasy. J’ai reçu mon premier exemplaire du Seigneur des anneaux quand j’avais environ treize ans et je me suis littéralement plongé dans cet univers. J’ai ensuite découvert C. S. Lewis, mais aussi Madeleine L’Engle et Stephen Lawhead – parmi tant d’autres. Je ne me suis jamais arrêté de lire de la fantasy et je continue trente ans plus tard ! Cet amour particulier pour le genre de la fantasy, qui s’est rapidement doublé de celui pour la science-fiction, n’a cependant pas été sans obstacle. Dans le milieu évangélique que je fréquentais alors, il y avait une méfiance obsessionnelle envers ce genre : que l’auteur ait été chrétien n’avait pas d’importance. Le simple fait que Tolkien ait créé des elfes et des orcs le mettait au même niveau qu’un chamane invoquant des esprits démoniaques. Vous souriez, pensant que j’exagère un peu. Pas du tout. Sachant que je lisais Tolkien, on m’a même proposé de purifier la maison des esprits mauvais que j’y avais fait entrer à cause de mes lectures discutables. Là aussi, peut-être que cela va vous faire sourire en pensant que c’était quand même un peu exagéré ! Si je parle de mon entrée dans ce monde de la fantasy, c’est parce que les réactions que j’ai rencontrées expliquent pourquoi un livre comme celui de Marian Jacobs est nécessaire. L’auteur souhaite, avec ce livre, nous aider à éviter deux extrêmes. Le premier est de surestimer la réalité de l’activité démoniaque en lui donnant plus de puissance que l’Écriture

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ne lui en donne. Ces forces pourraient ainsi utiliser à notre insu des livres de fantasy faisant place à de la « magie » pour nous influencer – que nous soyons chrétiens ou non. Même un chrétien habité par le Saint-Esprit pourrait « ouvrir une porte » à l’activité démoniaque par la simple lecture de certains romans. Le deuxième extrême est d’ignorer la question du lien entre fantasy et magie en sous-estimant l’existence et l’activité démoniaque. Cette dérive va souvent de pair avec une minimisation du rôle du surnaturel. L’auteur nous aide à éviter ces deux écueils et, pour ce faire, en revient à l’Écriture, qu’elle prend avec un sérieux remarquable : la nature de la magie dans l’Ancien et le Nouveau Testament est abordée dans de nombreux chapitres. Elle ne se contente pas non plus de citer des versets bibliques, notamment ceux tirés des interdictions à pratiquer la magie. Elle construit une vraie théologie de la magie en évoquant, par exemple, des convertis du New Age. Rien que cela rend le livre vraiment pertinent. Mais ce n’est pas le seul atout de ces treize chapitres. Jacobs nous offre une réflexion sérieuse sur la magie « biblique », ainsi que sa distinction avec divers types de magie trouvés dans la fantasy. En faisant cela, elle nous pose une question : tous les livres dans lesquels la magie est utilisée sont-ils équivalents ? Toutes les utilisations de la « magie » sont-elles identiques ? Jacobs nous suggère de répondre négativement pour ensuite chercher une voie plus équilibrée – plus sage, même. Le lecteur rencontrera aussi une réflexion sur la différence entre magie et miracles, ainsi qu’une remise en question du matérialisme qui a contribué de manière significative à former notre monde moderne. L’auteur réagit avec sagesse et conviction contre ce matérialisme (qui rejette l’existence spirituelle), mais aussi contre le sensationnalisme (qui nourrit une fascination malsaine pour le monde spirituel). Dans ces pages, Marian Jacobs nous invite à prendre au sérieux le monde de la magie et celui de la fantasy. C’est parce que la magie n’est pas prise au sérieux qu’il n’y a pas de sérieuse réflexion sur le discernement des formes magiques en 12


Préface

littérature. C’est parce que la fantasy n’est pas prise au sérieux qu’elle souffre parfois d’une attitude naïve à son encontre (qu’elle soit positive ou négative). L’approche de Jacobs est très pédagogique : pas à pas, elle nous invite à l’accompagner dans une réflexion sérieuse, biblique et pratique. Comme elle le dit elle-même, l’une des questions à laquelle elle est régulièrement confrontée est la suivante : « Mon enfant sera-t-il attiré par l’occultisme s’il lit des romans fantastiques ? » Si la réaction qui consiste à faire un exorcisme à la simple mention de Tolkien est excessive, la question prend au sérieux une réalité que Jacobs ne veut pas cacher : le monde surnaturel existe et les esprits mauvais aussi ! Ce souci parental est bien légitime et vient d’une volonté de suivre et d’aimer Dieu. En pratique, qu’est-ce que cela donne ? En un mot : le discernement. Rien de simple dans ce que suggère Jacobs. Pas d’incantation magique, pas de vision, pas de potion, mais la simple sagesse que Dieu nous donne. Jacobs ne vous propose pas de liste d’ouvrages de fantasy qui seraient acceptables et d’autres qui ne le seraient pas, comme si la relation de la littérature à la magie pouvait se résoudre en une liste plus ou moins légaliste d’ouvrages autorisés. Il n’y a pas d’index de la littérature fantastique chrétienne. Reste la règle quotidienne de la vie chrétienne : le discernement de la volonté de Dieu. Le discernement de la nature de la magie dans la fantasy est proposé à travers cinq questions fondamentales que le lecteur parcourra avec profondeur et attention : la source de la magie, son objectif, la motivation spirituelle de celui qui l’utilise, le contexte éthique dans lequel la magie est utilisée et la technique avec laquelle elle est utilisée. Si je mentionne ces cinq questions ici, ce n’est pas pour « spoiler » votre plaisir, mais pour souligner la profondeur de la réflexion théologique qui est proposée. Ces questions sont cruciales à un bon discernement : nous retrouvons une fois encore la volonté pédagogique de l’auteur.

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Ce discernement est une forme d’éducation. C’est tout d’abord une formation à la lecture et à l’appréciation de la fantasy, étape importante surtout pour les parents qui veulent comprendre l’attirance de leurs enfants pour ce genre. C’est ensuite une formation à l’imagination car l’auteur est convaincue (ce à quoi je réponds par un profond Amen !) que nous souffrons d’un tragique déficit de capacité à imaginer – et suivant G. K. Chesterton, j’ajouterai que cela s’aggrave d’un profond manque d’émerveillement. L’antidote à la méfiance, dont la fantasy souffre dans certains milieux, ne peut pas être simplement une meilleure familiarité avec ce genre littéraire. Nous devons retrouver une capacité à être surpris par des mots nouveaux, émerveillés par un monde différent et, cependant, fidèle au Dieu créateur. Le discernement est enfin une formation spirituelle, car la capacité à imaginer et à nous émerveiller fait partie de la vie chrétienne. Vous allez entrer dans un monde nouveau – un monde périlleux, disait Tolkien –, mais dans ce dernier une chose ne changera jamais et vous pouvez faire confiance à l’auteur : elle veut toujours nous aider à rediriger nos yeux, notre cœur et notre imagination vers Dieu ! C’est lui le Dieu qui nous a créés pour imaginer et nous vivons ce merveilleux don sous son regard. Le Créateur de notre monde est aussi le créateur de notre imagination, laquelle doit être modelée par lui. Comme l’écrivait Tolkien : « Dieu est le Seigneur des anges, des hommes – et des elfes. » Il est le Dieu de la fantasy. Yannick Imbert Aix-en-Provence, Mars 2026

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Introduction

Introduction

J

’ai grandi dans les années 90, nourrie de films de science-fiction et de fantasy. Des princesses Disney à la trilogie originale de Star Wars, en passant par Labyrinthe de Jim Henson, le cinéma de l’imaginaire était le pain quotidien de notre foyer. J’avais passé douze ans quand je me suis mise à la lecture. Après avoir découvert la fantasy, je me suis rapidement mise à lire puis à écrire des romans de l’imaginaire*. J’étais au courant des débats suscités par Harry Potter, mais je ne me sentais pas du tout concernée. Des chrétiens semblaient croire qu’en lisant des histoires de magie imaginaire, leurs enfants voudraient devenir sorciers. Quant à moi, rien ne me rebutait autant que la vraie sorcellerie. Je crois qu’après m’avoir sauvée à un jeune âge, Dieu m’a protégée de toute tentation dans ce domaine.

* Le terme « littérature de l’imaginaire » désigne autant de genres que la science-fiction, le fantastique, le merveilleux, la fantasy et leurs nombreux sous-genres. NdE : Dans un cadre français, il nous paraît utile de tenter une définition de la « fantasy » du point de vue du genre littéraire : ce terme nous semble s’être imposé en France pour désigner un genre où la quête se déroule majoritairement dans un univers imaginaire, lequel a la particularité d’être relativement élaboré (il a sa géographie, son histoire, sa culture). Traditionnellement, le genre « fantastique » désigne plutôt un récit dans lequel un élément surnaturel fait irruption dans la réalité, avec une notion d’étrangeté, d’insolite. Le genre « merveilleux » se définit quant à lui par la présence du surnaturel dans un contexte où ce dernier est un élément accepté, constitutif de l’univers décrit, tels les contes de fées. Ainsi, La peau de chagrin d’Honoré de Balzac appartient au fantastique ; Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes appartient au merveilleux, tandis que La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero appartient à la fantasy. Toutefois, Marian A. Jacobs emploie régulièrement le terme « fantasy » dans un sens large, synonyme de « littérature de l’imaginaire ». 15


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Quand je voyais dans les boutiques des bibelots fantastiques à côté d’objets New Age, je me sentais à la fois attirée par les figurines de dragons et dégoûtée par les articles occultes exposés dans le même rayon. Souvent, je m’éloignais avec un sentiment de tristesse mêlée de culpabilité. Je ne savais quasiment rien au sujet de l’occultisme ni des autres formes de spiritualité, pourtant ces figurines si chouettes étaient pour moi comme souillées par leur proximité avec des « pierres de guérison », des bouquets de sauge et de l’encens à brûler. Aujourd’hui, je sais faire la différence entre ces différents articles et je ne me sens pas coupable d’acheter ce qui est exposé à côté d’un produit occulte. Toujours est-il qu’enfant, renoncer à tout cela, y compris aux dragons, me permettait de me sentir en règle face à ma conscience encore immature. Les enfants ne sont pas les seuls dont le discernement est en cours de développement. En réalité, la conscience du chrétien se construit tout au long de sa vie à mesure que Dieu le fait grandir en sainteté par divers moyens. Une fois adultes, nous continuons de nous interroger sur la meilleure façon de faire le tri dans ce que nous regardons ou lisons. Comment savoir si le contenu de tel livre ou de tel film s’apparente plutôt à une inoffensive figurine de dragon ou à une planche de ouija ? Vous avez peut-être ouvert ce livre dans l’espoir qu’il vous aide à décider quels romans de fantasy donner à lire à vos enfants, si toutefois vous choisissez de les laisser lire de la fantasy. Peut-être lisez-vous ce genre, mais vous vous interrogez quand même au sujet de la magie dans un cadre fictionnel. Ou alors, vous n’en lisez pas mais vous êtes curieux de découvrir ce que la Bible dit de la magie et des miracles. La parole de Dieu n’affirme-t-elle pas en Deutéronome 18.9-12 que la magie est une abomination ? Pourtant, beaucoup de chrétiens aiment Le Monde de Narnia et Le Seigneur des Anneaux, des romans de fantasy qui parlent de magie. Or, certains théologiens parmi les meilleurs ne comprennent pas pourquoi l’Église n’a rien contre la « puissante magie » d’Aslan alors que la Bible condamne avec virulence les pratiques magiques. Comment 16


Introduction

enseigner à nos enfants le discernement quand nous sommes nousmêmes perdus ? En général, les personnes qui se sentent libres de lire des livres ou de regarder des films de fantasy expliquent que « ce n’est qu’une histoire, pas la réalité ». Un tel argument montre qu’elles comprennent qu’il existe une différence entre magie occulte et magie fantastique, même si elles ne savent pas toujours où et comment situer la frontière. Cela prouve aussi que, bien qu’elles ne saisissent pas toutes les implications de ce qu’elles affirment, ces personnes savent au fond d’elles-mêmes que les histoires ne font pas que développer une intrigue mais se servent aussi de métaphores et de sens cachés pour parler du monde réel. Par exemple, Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique n’est pas seulement l’histoire de quatre enfants et d’un lion qui se battent contre une méchante reine dans un autre monde. C’est aussi une histoire qui évoque le pardon, l’Évangile et l’autorité suprême de Christ qui a vaincu notre accusateur en se sacrifiant, en souffrant et en se laissant humilier. Ainsi, « ce n’est qu’une histoire » est une réponse insuffisante. Qu’en est-il des livres de fantasy qui décrivent des pratiques similaires à celle de l’occultisme ? Peuvent-ils constituer un danger pour leurs lecteurs ? Les histoires ne sont pas qu’un divertissement, mais l’un des moyens les plus efficaces par lequel l’humanité appréhende la vérité et le mensonge. Des études ont prouvé que la fiction nous fait grandir en empathie, nous permet de mieux nous mettre à la place des autres et de comprendre leur façon de penser, leurs joies et leurs souffrances1. Ce lien émotionnel entre personnage et lecteur peut, en fonction de l’histoire, soit diriger notre cœur et notre esprit vers la vérité, soit nous en détourner. « Garde ton cœur » nous dit Proverbes 4.23 : cette exhortation n’est pas seulement valable dans les relations, mais aussi quand nous choisissons dans quelles histoires nous plonger et à quels personnages nous identifier. Étant donné l’empathie suscitée en nous par les histoires, il est important de se demander si un livre ou un personnage attachant peut pousser 17


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quelqu’un à se lancer dans l’occultisme. Certains chrétiens affirmeront que oui, d’autres que non, mais même si leur conviction peut être forte, rien n’a encore été prouvé. S’il existe une différence entre la magie fantastique et les pratiques occultes, quelle est-elle ? Et comment la Bible peut-elle nous aider à répondre à cette question alors qu’elle ne parle ni de fiction ni de divertissement ? Quand je me suis mise en quête de réponses à ces questions, j’ai cru qu’en soulevant le voile, je ferais apparaître le tableau au mur. Au lieu de cela, j’ai découvert une porte vers un autre monde. J’ai trouvé les réponses à mes questions, mais j’ai aussi découvert bien mieux. En explorant ce royaume inconnu de magie et de miracles, je désirais plus que tout y demeurer pour l’éternité avec l’Ancien des jours. Plus que jamais auparavant, je désirais connaître Christ et vivre avec lui la plus profonde intimité que ce royaume terrestre puisse m’offrir. Dans ce livre, vous étudierez la théologie de la magie et acquerrez des outils pratiques pour l’appliquer aux histoires et aux jeux. Mais ce que je désire plus encore, c’est que vous tombiez en adoration devant Christ à l’instant même où vous franchirez cette porte avec moi. Jésus est la seule vraie Parole de puissance ; il est Roi sur toutes choses à la fois dans le monde céleste et dans le monde terrestre : « Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs. Tout a été créé par lui et pour lui […] Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude et de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix » (Colossiens 1.16, 19-20). L’autorité et la majesté de Christ restent la réponse et l’élément central, même dans une étude sur la fiction et le surnaturel.

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Introduction

Posons les bases La plupart des livres chrétiens qui traitent de discernement plongent dans le vif du sujet dès le premier chapitre, car les bases sont déjà posées. Cela ne sera pas possible ici. En raison de l’absence presque totale d’études théologiques consacrées à la magie au sein de l’Église contemporaine, j’ai été forcée de rédiger toute une première partie qui aura peut-être à vos yeux des allures d’introduction. Une grande part des ressources que j’ai trouvées sur le sujet soit tendaient au libéralisme, soit n’étaient plus éditées, ou alors leur auteur était issu d’une dénomination différente de la mienne*. Nous aurons donc beaucoup de chemin à parcourir ensemble avant de pouvoir creuser le sujet de la littérature et des systèmes magiques dans la fiction. Les fondations de la maison que nous souhaitons bâtir n’ont pas encore été posées : notre terrain est en friche, parsemé de ronces et de mauvaises herbes. Nous commencerons donc par étudier la théologie du surnaturel et verrons en quoi cela est important pour comprendre la magie dans la fantasy. Nous procéderons de la sorte pour trois raisons. La première, c’est qu’il existe déjà, au moins dans le monde anglophone, énormément de livres, de sites internet et de chaînes YouTube consacrés à l’analyse de films et de livres dans une perspective chrétienne. Je ne souhaite pas que cet ouvrage vienne allonger la liste. La deuxième raison, c’est que le thème de la magie et des miracles a fait par le passé l’objet d’une négligence révoltante au sein de l’Église et que celle-ci a désespérément besoin de réajuster sa théologie du monde spirituel et de l’occultisme. Ce réajustement devrait fortement influencer la réflexion du chrétien sur la magie dans la fiction. Enfin, la troisième raison, c’est que je ne veux pas me contenter de vous servir du saumon en papillote, mais vous apprendre à * NdE : L’auteur est protestante évangélique. Si cette question peut influer sur la perception de certains points particuliers, le traitement de fond du sujet reste similaire. 19


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pêcher. Mon but n’est pas de référencer en détail tous les types de magie réels ou inventés. Non, je voudrais plutôt vous fournir les principes de base nécessaires à une approche saine et autonome de la magie dans la fiction. Je vous donnerai des exemples, mais ce que je souhaite avant tout, c’est que vous refermiez ce livre en vous sentant capable de discerner par vous-même les différentes sortes de surnaturel fictif à l’aide de la Bible. Je désire vous équiper d’une nouvelle boîte à outils et non d’une liste de livres, de films et de jeux à bannir. Si vous êtes tenté de sauter la première partie et d’aller directement aux chapitres pratiques pour obtenir les réponses à vos questions, je vous en prie, retenez-vous. Soyez patient pendant que nous posons les fondations de notre maison car, comme tout bon fondement, elles tournent nos regards vers Jésus. Si vous ne comprenez pas réellement le rapport entre la magie et Christ et son royaume dans lequel les valeurs sont renversées, je vous garantis que vous ne comprendrez pas la mise en pratique que je vous propose, ou que vous ne la suivrez pas correctement. La théologie du surnaturel étant rarement étudiée dans l’Église, vous serez sans doute confronté à des informations nouvelles au cours de votre lecture. Certaines vous choqueront peut-être et vous forceront à remettre en question ce qu’on vous a enseigné ou à vous demander si ce livre est une source fiable. Lorsque cela arrivera, interrompez votre lecture pour étudier la parole de Dieu. Lisez-la, priez et recherchez la conduite du Saint-Esprit. Aucun livre n’est parfait en dehors de la Bible, qui est sans erreurs, et mon livre ne fait pas exception à cette règle. Il est bon d’être confrontés à la réflexion et aux recherches d’autres chrétiens sur différents sujets, y compris celui-ci, non pas parce que ces sources seraient parfaites ou auraient autorité suprême, mais parce que les idées nouvelles nous obligent à ouvrir notre Bible avec de nouvelles questions en tête. C’est ce que je voudrais que vous fassiez tout en lisant ce livre, afin que vous puissiez acquérir de nouvelles perspectives dans votre étude personnelle des Écritures. 20


Introduction

Notes sur les œuvres mentionnées Quand je mentionne un livre à titre d’exemple, j’en résume l’intrigue en note de bas de page. Afin d’aborder un large éventail de systèmes de magie, il arrive que je parle de livres que je ne lirais pas en temps normal et que je ne recommande pas. Quand nous n’avons personne pour nous conseiller, il est difficile de savoir si un livre est approprié ou non, que ce soit pour nous-mêmes ou pour notre enfant. Je vous recommande donc de lire mes notes car le fait que je mentionne un livre ou un film ne signifie pas forcément que celui-ci est approprié pour tous les âges, ou approprié tout court. Je n’ai pas inclus de notes pour les films car vous trouverez des critiques en ligne, notamment dans la section « Guide parental » du site IMDb.com*.

* NdE : L’auteur cite encore deux sources qui n’existent cependant qu’en anglais : pluggedin.com et un site internet dédié à la littérature fantastique chrétienne, lorehaven.com. 21


Partie I

PARTIE I LA MAgie eT les MirAcles : PoseR les bAses Théologiques

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Magie ou miracle ?

Chapitre 1

Magie ou miracle ?

L

e Seigneur des Anneaux, Le Monde de Narnia ou encore, plus récemment, Harry Potter : la magie dans la fiction fait débat parmi les chrétiens depuis des décennies. Nous avons fini par former deux camps, l’un en faveur et l’autre en défaveur de la littérature fantastique. Dans chaque camp, nous trouvons des croyants humbles et soucieux de suivre ce que dit la Bible, mais aussi des extrémistes dogmatiques. La quantité d’articles et de livres écrits par les deux camps à ce sujet dépasse ce que la plupart d’entre nous ne prendrons jamais la peine de lire, et la majorité traite de Harry Potter. Il existe beaucoup d’histoires de magie, mais c’est la saga de J. K. Rowling qui, en raison de son succès mondial, a soulevé le plus de questionnements ces dernières années. Nous pouvons avoir l’impression que la culture moderne a entraîné une montée en puissance de cette magie fictive que tant de chrétiens jugent dangereuse. Pourtant, cela fait des siècles que les croyants racontent des histoires qui présentent la magie sous un angle positif, et ce, malgré le clair interdit biblique sur la sorcellerie. La tradition orale, les contes de fées, ainsi que des œuvres du Moyen-Âge telles que le cycle arthurien (xiie siècle), les Contes de Canterbury (xive siècle) ou La Reine des fées (xvie siècle) ne sont que quelques exemples de fantasy chrétienne où l’élément magique joue un rôle*. * NdE : nous pourrions ajouter à cette liste l’un des livres chrétiens les plus lus : 25


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Bien que le genre de la fantasy ne soit pas né avec J. R. R. Tolkien et C. S. Lewis, leurs histoires imprégnées de foi ont eu un impact culturel retentissant dans le monde entier. Parmi les œuvres qui ont façonné le genre avant le xixe et le xxe siècles figurent Phantastes de George MacDonald, Pinocchio de Carlo Collodi, Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, Elle de Henry Rider Haggard ou encore Dracula de Bram Stoker. Mais depuis que Tolkien a publié Le Seigneur des Anneaux, la première saga de fantasy épique, le genre connaît un succès phénoménal. Aujourd’hui, la fantasy fait partie des genres les plus appréciés et se décline au cinéma, à la télévision, en jeux de société et en jeux vidéo. Bien que Le Seigneur des Anneaux ait été la raison principale du succès de la fantasy, Le Monde de Narnia n’a pas grand-chose à lui envier2. La création de la Terre du Milieu marque les débuts de la construction de mondes fictifs et de la « sub-création » (création humaine qui imite celle de Dieu3). Mais de son côté, à la Table de pierre, Narnia établit le modèle suprême de l’alliance de la magie avec le christianisme. Tolkien parle du « Feu Secret » pour désigner la puissance créatrice de Dieu4. Dans le Silmarillon, il dit aussi que Gandalf, le bon « magicien », était un Maiar, c’est-à-dire une sorte d’ange5. Mais c’est Lewis qui fait des allusions flagrantes à la théologie, et notamment à l’Évangile, en parlant de « puissante magie » et d’« incantation » dans Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique : Voilà ce que cela veut dire, expliqua Aslan. La sorcière connaissait la puissante magie. Mais il existe une magie Le Voyage du pèlerin de John Bunyan (xviie siècle), dans lequel nombre d’éléments, quoique métaphoriques, n’en sont pas moins résolument fantastiques. Dans la suite de son exposé, Marian A. Jacobs fera souvent référence à J. R. R. Tolkien et C. S. Lewis, tant leurs influences ont été décisives dans le développement du genre littéraire appelé « fantasy ». C’est aussi parce que leur apport est fondamentalement lié à leur foi chrétienne, comme le démontre l’auteur par la suite. 26


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plus puissante encore, qu’elle ne connaît pas. Le savoir de la sorcière remonte seulement à la nuit des temps. Mais, si elle avait pu voir un peu plus loin, dans le silence et l’obscurité qui précédèrent la nuit des temps, elle aurait lu là une incantation différente. Et elle aurait su que si une victime consentante, qui n’avait pas commis de trahison, était tuée à la place d’un traître, la Table se briserait et la mort ellemême serait vaincue6. Lewis livre ici une vision de la magie très différente de celle de la plupart des chrétiens. Il n’est pas le premier écrivain à employer le mot « magie » de cette façon. Mais parce que Tolkien et lui ont attisé la flamme de la fantasy, l’explication d’Aslan, à la fois surprenante et magnifique, a pris pour ses lecteurs un sens nouveau et plus profond. La saga de Narnia s’est vendue à plus de cent millions d’exemplaires, a été traduite en quarante-sept langues et adaptée en plusieurs films7. On ne saurait exagérer la popularité et l’impact de cette saga classique. Bien que la puissante magie de Lewis n’ait pas que des adeptes, celle-ci est loin d’avoir soulevé le centième de l’opposition suscitée par Harry Potter. En effectuant une recherche sur internet, j’ai trouvé au moins dix ouvrages consacrés aux thèmes bibliques dans cette saga, dont Looking for God in Harry Potter [Trouver Dieu dans Harry Potter] de John Granger8. En faisant une nouvelle recherche, j’ai découvert des titres plus critiques tels que Harry Potter et la Bible : la menace derrière la magie ? de Richard Abanes9. Les opposants à Harry Potter se sont battus au nom de toute la communauté chrétienne pour condamner cette saga ainsi que presque toutes formes de surnaturel dans la fantasy. Bien que d’autres aient tenté d’encourager l’Église à considérer le sujet de la magie fictive comme une affaire de liberté personnelle, l’auteur de la saga, J. K. Rowling, a été l’objet de discours de haine, de calomnies et même de menaces de mort de la part de croyants10. Leur principale inquiétude, c’est que l’histoire 27


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de Harry pousse ses lecteurs à l’occultisme. Voici ce que déclare Linda LaFond du média chrétien CBN : Ces dernières années, le wiccanisme, le New Age et l’occultisme se sont introduits dans la culture mainstream. C’est pourquoi il est facile, pour les enfants qui ne se méfient pas et désirent en savoir plus sur le monde de Harry, de tomber sur des livres, des sites et des forums occultes. Les chrétiens craignent qu’attirés par l’univers de Harry Potter, les enfants trouvent une porte grande ouverte sur la sorcellerie sans se rendre compte de la réalité démoniaque qu’elle dissimule11. Harry Potter n’est pas la seule œuvre à susciter la méfiance pour ces raisons ; c’est le cas de beaucoup d’autres livres et films de fantasy. Mais cette saga pose d’innombrables questions, et ce, pas seulement en raison de son formidable succès. En effet, en 2007, Rowling a déclaré qu’elle avait grandi dans l’Église anglicane et qu’elle était membre de l’Église d’Écosse12. De plus, ses livres mêlent plusieurs thèmes ouvertement bibliques et traités avec habileté dans un univers complexe et fascinant qui combine la magie fictive avec des pratiques semblables à celles de l’occultisme. Il est donc compréhensible que les chrétiens ne sachent pas quoi en penser. L’ex-sorcière Kristine McGuire, dans son livre Escaping the Cauldron : Exposing Occult Influences in Everyday Life [Échappée du chaudron : l’influence réelle du monde occulte], parle librement de son ancienne fascination pour l’occultisme et de son cheminement vers Christ. Au sujet de Harry Potter, elle reconnaît que les livres contiennent plusieurs descriptions de pratiques occultes et voici la conclusion qu’elle en tire : « La vraie question, selon moi, c’est “est-ce que la personne manifestait déjà un intérêt [pour l’occultisme] avant de lire les livres ou de regarder les films ? ” Honnêtement, le lecteur ou le spectateur lambda ne sera probablement jamais tenté par la sorcellerie à cause de Harry Potter13. » 28


Magie ou miracle ?

McGuire a-t-elle raison en disant que Harry Potter n’est dangereux que si l’on manifeste déjà un intérêt pour le monde occulte (ou, comme le dit Lewis, une « convoitise spirituelle14 ») ? Si oui, existe-t-il des livres, des films ou des jeux plus dangereux encore ? Comment savoir lesquels représentent un danger ? Et que penser du fait que de grands hommes chrétiens tels que Lewis ou Tolkien incluent de la magie dans leurs romans alors que la Bible affirme qu’il est mal de pratiquer la magie ? Il y a sûrement une différence entre la « puissante magie » d’Aslan et les sorts que Harry jette avec sa baguette, non ? Si oui, quelle est cette différence ? Est-il possible de distinguer la « bonne » de la « mauvaise » magie lorsque nous choisissons un livre, pour nous ou pour nos enfants ? Le problème n’en est que plus complexe pour les chrétiens auteurs de fiction fantastique qui aspirent à tisser des intrigues à la manière de ces deux génies de la littérature*. Lewis et Tolkien, professeurs à Oxford, ont étudié la philosophie et étaient théologiens autodidactes. Comment le tout-un-chacun de nos Églises d’aujourd’hui peut-il espérer évaluer avec discernement l’usage de la magie dans la fiction sans connaissances philosophiques et théologiques particulières ? Comment savoir quand le mot « magie » doit être utilisé ou non ? Ce n’est sans doute pas spécifiquement à cause de C. S. Lewis que le mot « magie » est devenu un terme générique désignant toute forme de surnaturel. Cependant, je crois qu’il a joué un rôle important dans l’usage actuel de ce mot comme terme global pour tout phénomène surnaturel, y compris les miracles, les superpouvoirs, la Force de Star Wars, et j’en passe. Ouvrez un livre de fantasy contemporain et la « magie » que vous y trouverez pourra s’apparenter à l’occultisme, aux superpouvoirs, aux dons * NdT : Il est important de noter, comme le lecteur le constatera dans la suite de ce livre, qu’il existe aux États-Unis un marché de la fiction chrétienne beaucoup plus important que dans le monde francophone. De plus, beaucoup de romans publiés sur le marché séculier sont écrits par des croyants et reflètent plus ou moins leurs convictions. L’auteur, elle-même écrivaine de fiction, aborde donc aussi son sujet dans la perspective du chrétien qui désire écrire et publier de la fantasy. 29


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surnaturels innés, à des techniques scientifiques et à bien d’autres choses. Et c’est sans nul doute à l’influence des œuvres de Lewis et de Tolkien que nous devons cet usage littéraire très large*. Étant donné ce regroupement de sens dans notre esprit, comment identifier la véritable nature du « bon » et du « mauvais » surnaturel ? Avant d’analyser des titres précis, nous nous interrogerons sur le fossé qui s’est creusé au fil des décennies entre les mots « magie » et « miracles », et sur le sens qui leur est donné dans la Bible.

Qu’est-ce que la magie ? Beaucoup de chrétiens aujourd’hui pensent que toute forme de magie est mauvaise et contraire à la loi de Dieu, tandis que les miracles sont des événements orchestrés par Dieu lui-même. D’autres croient que, dans la Bible, la grande différence entre le « bon » et le « mauvais » surnaturel, c’est que le mauvais surnaturel (donc la magie) nécessite l’usage d’incantations et de sorts, l’interprétation des présages, etc. D’autres encore ont suggéré l’idée que l’occultisme se pratique dans un contexte précis et selon une méthodologie rigoureuse alors que Jésus est capable d’accomplir des miracles n’importe où et n’importe quand15. Certains vont jusqu’à affirmer que toute magie, même celle dont parle la Bible (pensez aux magiciens du pharaon qui changent leurs bâtons en serpents) n’est qu’illusion**. * NdE : Ce constat nous paraît propre au monde anglo-saxon, où le merveilleux a bien davantage été considéré comme un genre à part entière, sinon un élément culturel reconnu, dans les milieux intellectuels. Si la France n’a pas la même histoire littéraire, le « siècle des lumières » ayant relégué ce genre à la littérature enfantine (on se reportera à l’excellent ouvrage d’Irène Fernandez, Défense et illustration de la féérie, éditions Philippe Rey, 2012), l’ambiguïté terminologique sur le terme « magie » nous semble toutefois similaire. Quant au lecteur désireux de connaître ce que C. S. Lewis entend par ce mot, il tirera grand profit de la lecture de la lettre xix de son ouvrage posthume Lettres à Malcolm, Le Mont-Pèlerin : éditions Raphaël, 2000. ** « Les trois signes miraculeux dont nous traitons (le bâton transformé en serpent, l’eau changée en sang et l’invasion de grenouilles) ont en commun le fait que tous trois ont été reproduits par les magiciens de Pharaon. Mais il serait peut-être plus 30


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Cependant, la Bible ne dit ni ne suggère jamais que la magie n’est pas réelle. Il arrive que des personnes fassent croire qu’elles possèdent des pouvoirs psychiques, mais celles qui sont véritablement engagées dans l’occultisme ne sont ni des illusionnistes ni des prestidigitateurs. Dans les chapitres suivants, nous nous pencherons sur la question de la réalité de la magie. Pour l’instant, il nous faut oublier la méthodologie (les sorts, les pierres, les baguettes), car la véritable différence entre la magie et les miracles ne réside pas en premier lieu dans la technique mais dans la source (Dieu ou Satan) et dans l’objectif (glorifier Dieu ou glorifier l’individu qui pratique la magie). Il existe aussi d’autres indices : l’attitude de cœur et le contexte du phénomène surnaturel à la lumière des valeurs renversées du royaume de Christ. La divination, la nécromancie et les pratiques de ce genre viennent de Satan et des démons (des esprits déchus). En revanche, ce que nous avons l’habitude d’appeler « miracles » vient de Dieu et a pour but de le glorifier. La Bible mentionne parfois des phénomènes miroirs, lorsque Dieu et les démons accomplissent des actes identiques ou similaires. C’est ce que j’appelle la « magie miroir ». L’ex-sorcière Julie Lopez dit : « L’Ennemi ne crée rien, il ne fait que copier16. » Par exemple, en Exode 7 et 8, les magiciens de Pharaon imitent les « signes et prodiges » de Moïse en transformant des bâtons en serpents, en changeant de l’eau en sang et en faisant apparaître des grenouilles. Ce genre de texte doit être interprété avec prudence : S’agit-il vraiment de magie ? Quelle différence y a-t-il entre Moïse et les magiciens du pharaon ? Nous y reviendrons au chapitre trois. exact de dire qu’ils en ont produit une contrefaçon, car il est probable qu’il s’agisse en réalité de tromperie et de prestidigitation. Cependant, Satan peut donner à ses serviteurs le pouvoir d’accomplir des “prodiges mensongers” (2 Thessaloniciens 2.910 ; Matthieu 24.24 ; Apocalypse 13.11-15) et il est possible que cela ait été la source de leur puissance. » (Warren W. Wiersbe, Be Delivered : Finding Freedom by Following God – Old Testament Commentary : Exodus, Colorado Springs : David C. Cook, 1998, ebook, p. 37). 31


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Satan peut imiter les miracles divins, mais le contexte dans lequel ces phénomènes se produisent diffère complètement de celui du surnaturel divin. Les choses se compliquent encore quand la sorcellerie est pratiquée par des croyants, qui ont mal compris la nature de la magie. Ce syncréLE SEIGNEUR DES ANNEAUX, tisme* continue de croître, de pair avec l’occultisme New Age, et ce, malLE MONDE DE NARNIA, POTTER, gré 1 Corinthiens 10.21 qui HARRY nous met en garde…de ne pas « boire la coupe DES GRANDS CLASSIQUES LA désormais FANTASY possible de du Seigneur et la coupe des démons ». Ainsi,DE il est AUX RÉCITS PLUS MODERNES, LES CHRÉTIENS LAde QUESTION LAplanche MAGIE DANS commanderDÉBATTENT en ligne un DE tarot prière ouDE une de ouija pour LA FICTION DEPUIS DES DÉCENNIES. communiquer avec le Saint-Esprit ! Dans Ritual Magic for Conservative chrétiens lisent et conservateurs], écrivent des œuvres de cathoChristians [Magieertains rituelle pour chrétiens le prêtre fantasy, convaincus d’exprimer la créativité que Dieu lique et occultiste Frère A. D. A estiment prétendque quece la magie est une pratique leur a donnée. D’autres genre de littérature n’est pas sans danger, craignant qu’il renforce l’attrait chrétienne très ancienne et va jusqu’à proposer une méthodologie pour de l’occultisme. Le Livre du Deutéronome condamne 17 Kristine McGuire était encore proie de ce syncrés’en servir . Lorsque effectivement les sortilèges et la magie. Cela la s’applique-til, par principe, à la magie imaginaire ? tisme, elle a découvert que beaucoup d’autres personnes partageaient Y a-t-il une différence entre la « puissante magie » d’Aslan ses convictions s’adonnaient mêmes pratiques « Un jour, sur un à laet Table de Pierre et aux les sorts de Harry Potter ?: La magie fi ctive peut-elle conduire à un occultisme bien réel ? tombée coup de tête, j’ai tapé sur internet “sorcière chrétienne”. Je suis Adultes et enfants se sont tous interrogés sur ces questions à la renverse alors en voyant résultats : des s’est milliers de sites web corresponque le les genre fantastique imposé comme l’un des genres C’était littéraires et cinématographiques les plus traçaient daient à ma recherche. la preuve que d’autres personnes populaires de notre culture. leur propre chemin de sorcier tout en pensant rester attachées à Jésus. Je Dans ce guide, Marian A. Jacobs explore la théologie 18 » n’étais pas seule de la !magie en s’appuyant sur les différents contextes des événements dans la Bible.deElle en Ce livre n’a pas pour surnaturels but de fairerapportés une étude détaillée la sorcellerie et dégage des principes bibliques concrets à même d’aider du syncrétisme. Certes, illesestcinéphiles, important que cela existe. les lecteurs, les d’être joueursconscients et les parents à discerner un usage de la fantasy qui honore Dieu et édifi er Mais il n’est pas nécessaire d’en posséder une connaissance complète pour son peuple. voir en quoi cela doit influencer notre évaluation des nombreuses formes lire et écrire des œuvres mêlant fantasy, science-fiction, théologie de magie quiJ’aime dansdelacesfiction. qu’il nous c’est bien en et existent éthique. Chacun thèmes Ce me passionne, mais faut, j’affectionne particulièrement écrire sur leurs points de convergence. Je suis titulaire comprendre les principes fondamentaux. Au chapitre quatre, nous verd’une licence en arts du spectacle, mariée à Tim, professeur de théologie et de philosophie, suis maman de trois enfants très turbulentsun qui rendent rons si l’occultisme Newet jeAge représente véritablement danger.

C

notre vie à la foi folle et merveilleuse. − Marian A. Jacobs

22 € TTC

32

www.editions-llb.fr

Réf. : LLBM720

* Le syncrétisme est le fait de fusionner différents éléments appartenant à desThéologie systèmes ISBN : 978-2-85031-950-1 religieux ou philosophiques distincts (souvent fondamentalement inconciliables) pour aboutir à un nouveau système composite.


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