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Lire la Bible avec Rabbi Jésus

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Lire la Bible avec Rabbi JÉSUS

Une perspective juive qui bouleverse notre interprétation de la Bible

LOÏS TVERBERG

© Copyright 2017 by Lois Tverberg

Originally published in English under the title Reading the Bible with Rabbi Jesus by Baker Books, a division of Baker Publishing Group, Grand Rapids, Michigan, 49516, U.S.A.

All rights reserved.

©2026, Emeth Éditions

CLC–BP 9–F-26216 Montélimar Cedex emeth@clcfrance.com–www.emeth-editions.com

ISBN : 979-10-97546-46-5 (papier) / 979-10-97546-47-2 (epub)

Traduit de l’anglais par Anne-Angèle Cady.

Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version Louis Segond révisée, dite « à la Colombe ». Pour les autres versions, voici les abréviations utilisées : Bible Parole de vie : BPV ; Bible en français courant : BFC ; Traduction œcuménique de la Bible 2010 : TOB 2010 ; Bible du Semeur : BDS.

Diffusé en Belgique par la Centrale Biblique

Diffusé au Canada par CLC Canada

Diffusé en Suisse par RDF éditions

Diffusé aux États-Unis par CLC USA

Tous droits réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, mise en mémoire dans un système de recherche documentaire ni transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit (électronique, mécanique, par photocopie, sous forme enregistrée ou autre) sans autorisation préalable de l’éditeur, à l’exception de courtes citations dans des publications périodiques.

Couverture : Josias Marczak

Dépôt légal : février 2026

Impression n° xxx (janvier 2026) • IMEAF • F-26160 La Bégude de Mazenc www.imeaf.com

Mots clés : Antiquité, Bible, Christianisme, Église, Hébraïsme, Israël, Jésus, Judaïsme, Proche-Orient.

LOÏS TVERBERG

En mémoire de ma tendre mère, Laura Evelyn Ritland Tverberg 1922-2017

La grâce est trompeuse et la beauté vaine ; La femme qui craint l’Éternel est celle qui sera louée.

Donnez-lui du fruit de son travail, Et qu’aux portes ses œuvres la louent.

Proverbes 31:30-31

1Ouvrir la Bible avec Jésus

Emmaüs est encore là

Avez-vous déjà goûté du pain pita tout chaud confectionné par des bédouins ? C’est une sensation extraordinaire : il est moelleux et brûlant, croustillant par endroits et légèrement fumant parce qu’il vient d’être retiré du feu en plein air. Quand une vieille femme voilée et rabougrie vous en met un morceau très chaud dans les mains, il faut bien vite en arracher un bout avec les dents et le passer à votre voisin avant de vous brûler les doigts. Gorgé d’huile d’olive et d’hysope séchée, cela ne ressemble à rien que vous ayez déjà goûté.

Bien sûr, vous pouvez toujours acheter du pain pita en sachet à l’épicerie du coin. Sa valeur nutritionnelle sera exactement la même. Mais son arôme original qui vous met l’eau à la bouche ne peut tout bonnement pas être importé jusqu’à vous. De la même manière, les idées présentes dans la Bible sont souvent

mieux appréciées quand elles sont servies « toutes chaudes », c’est-à-dire dans le contexte original du Moyen-Orient qui est le leur.

Dans ce livre, Lire la Bible avec Rabbi Jésus, c’est exactement ce dont il sera question : vous aider à voyager mentalement dans l’espace et dans le temps pour relire la Bible à la manière d’un disciple du premier siècle.

Vous aurez sans doute remarqué la dernière tendance alimentaire : tout le monde semble porté sur les plats « artisanaux ». Les gens veulent goûter des saveurs authentiques, des recettes multicentenaires. Ils raffolent de fromages biologiques, de légumes du potager, de produits fermiers ou issus de coopératives. Ils veulent de la nourriture mijotée et non prête-à-manger. Cela demande plus de temps et d’efforts, mais cela vaut le coup, disent-ils.

Eh bien voilà : moi, je fais dans l’étude biblique artisanale. Nous sommes nombreux à pratiquer une étude biblique de style micro-ondes. Nous avalons tout rond une dévotion préemballée et pré-sucrée avec quelques gorgées de café avant de partir au travail. Est-il surprenant ensuite qu’elle nous paraisse aussi fade et vouée à l’oubli qu’un sandwich acheté au distributeur ?

À la fin de toute émission consacrée à la gastronomie, les participants se servent une assiette du plat qu’ils ont préparé. Le plaisir évident qu’ils éprouvent à chaque bouchée vous donne envie de traverser l’écran et d’en savourer un morceau vous aussi. Tel est mon univers et je vous invite à m’y rejoindre. Je ne pense pas qu’un seul jour passe sans qu’un élément de connaissance du monde de la Bible en rende ma lecture plus savoureuse. Étudier de cette manière prend plus de temps, évidemment. Tout le monde n’a pas le temps d’apprendre les langues mortes, de s’intéresser à des détails historiques ni à des notions culturelles, mais vous serez surpris de constater à quel point chaque petite chose apprise se révèle utile. C’est la même chose en cuisine. Tout le monde ne peut pas cultiver ses propres légumes ni tout

préparer soi-même, mais le simple fait d’ajouter des fines herbes fraîchement coupées et quelques ingrédients locaux peut relever n’importe quel plat.

Ma spécialité à moi, c’est de servir les Écritures « à la méditerranéenne ». Il y a vingt ans, j’ai été sensibilisée à l’importance d’étudier la Bible dans son contexte hébraïque et oriental d’origine et, depuis, c’est à travers cette lunette que je regarde Christ. Jusqu’à présent, j’ai consacré deux ouvrages au sujet de Rabbi Jésus. Dans Sitting at the Feet of Rabbi Jesus [S’asseoir aux pieds de Rabbi Jésus] (2009), Ann Spangler et moi-même explorons ce premier siècle qu’a connu Jésus : un monde de rabbins, de disciples, de fêtes et de prières marqués par la Torah. Nous montrons comment ce décor juif vient éclairer la vie et le ministère de Christ. Plus tard, avec Walking in the Dust of Rabbi Jesus [Marcher dans la poussière de Rabbi Jésus] (2012), je me plonge plus en profondeur dans quelques-unes des déclarations les plus importantes de Jésus replacées dans leur contexte hébraïque et je réfléchis aux incidences qu’elles ont pour nous, disciples du vingt-et-unième siècle.

Aujourd’hui, en écrivant Lire la Bible avec Rabbi Jésus, je voudrais me pencher sur des moyens de combler mentalement le fossé culturel qui sépare le monde oriental et hébraïque de Jésus de notre monde à nous, afin de lire la Bible comme les gens de l’époque. De quel équipement les chrétiens ordinaires auraientils besoin pour lire la Bible depuis la perspective hébraïque de ses premiers lecteurs ? Quelles vues d’ensemble nous faudrait-il pour comprendre ? Ce sont des questions que je n’ai pas cessé de me poser depuis que j’ai commencé à étudier le contexte culturel de la Bible.

Tenir pleinement compte du fait que Jésus était de culture juive est une avancée passablement récente dans les recherches sur le christianisme. Au cours des quelques dernières décennies, nous nous sommes aperçus que Jésus avait été placé de manière exagérée dans une société gréco-romaine, au détriment

du contexte juif. Il est entré en relation avec un large spectre de personnes – Samaritains, Romains, Grecs –, mais son origine galiléenne et son ministère demeuraient profondément juifs.1

Alors que Paul prenait la parole devant des assemblées grecques, les propos de Jésus s’inscrivaient bien mieux dans un contexte hébraïque plutôt que païen. Qu’est-ce que cela entraîne ? Voir Jésus dans un contexte qui était le sien apporte un nouvel éclairage sur son ministère et approfondit l’intelligence que nous avons de ses paroles.

une Bible en cage dorée

Pour dire vrai, avant de « goûter » la Bible servie dans son environnement original, elle m’était en grande partie difficile à avaler. Par l’éducation que j’avais reçue, j’étais convaincue qu’elle était la Parole inspirée de Dieu, mais, dans l’ensemble, je la trouvais plus déconcertante qu’inspirante. Le dernier quart de ma Bible (à partir de l’évangile de Matthieu) avait les pages cornées et était couvert de traces circulaires de tasses de café. Il était aussi rempli de passages surlignés et d’annotations. Les trois premiers quarts, en revanche, restaient immaculés.

Ce que j’apprécie le plus dans une Bible toute neuve, c’est la dorure de sa tranche. Quand vous en tordez légèrement la couverture en cuir, les pages toutes fines défilent rapidement, leur tranche scintillant dans la lumière. Une fois que vous commencez à la feuilleter régulièrement, cette lueur disparaît. C’est comme une boîte de pastels neuve. Une petite armée aux couleurs de l’arc-en-ciel vous salue quand vous l’ouvrez pour la première fois, les pointes multicolores figées dans un garde-à-vous

1 Les régions urbaines ressentaient l’influence des Grecs et certains aristocrates adoptaient carrément l’hellénisme, mais les villages de Galilée où Jésus prêchait étaient très consciencieux et religieusement conservateurs.

impeccable. Or pour colorier, vous serez bien obligé de gâter cette beauté intacte. Pour ma part, j’avais l’habitude de dessiner avec l’autre extrémité des pastels pendant quelque temps pour que les mines restent jolies.

La tranche de ma Bible conserva en majeure partie sa dorure pendant très longtemps. Non parce que je m’efforçais d’en préserver l’éclat, mais plutôt parce que je trouvais beaucoup de passages des Écritures frustrants et impénétrables. Cette tranche inaltérée formait une cage dorée qui gardait toute étrangeté enfermée à l’intérieur.

De nombreux passages me laissaient perplexe. Certes, au début, il y avait bien quelques personnages attachants, comme Noé ou Abraham. À l’école du dimanche, ils étaient représentés avec de grands yeux de biche qui leur donnaient l’air doux et accessible. Cependant, j’avais pied jusqu’à l’Exode, un peu audelà, puis j’arrivais en eaux profondes. Bien vite, je dérivais dans un océan de sacrifices, de généalogies et d’obscurs détails historiques. Personne n’osait l’admettre, mais le Nouveau Testament aussi donnait parfois du fil à retordre. Certaines déclarations de Jésus semblaient délibérément obtuses. Le royaume est comparable à un filet de pêche, à une graine, à un champ en friche… Pardon ? Sans parler de l’Apocalypse, avec ses bêtes et ses fléaux. Il n’y avait personne que j’enviais davantage que les deux disciples qui rencontrèrent Jésus sur la route d’Emmaüs, en Luc 24, et dont le cœur brûlait tandis qu’un Christ incognito les guidait à travers leur Bible en empruntant un sentier à rebours : « Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Luc 24:27).

N’aurait-il pas été formidable d’écouter ainsi Jésus raccorder tous les points pour nous montrer le vaste projet de Dieu à travers la Bible entière ? Si je pouvais me procurer la machine à remonter le temps DeLorean de Marty McFly dans Retour vers le futur, c’est sans hésiter le moment historique où je choisirais d’aller.

Où garer sa machine à remonter le temps

J’ai déjà trouvé où je garerais ma machine à remonter le temps. Il y a quelques années, j’ai passé l’hiver dans un village, tout près de Jérusalem, au nord-ouest de la ville. Pour m’y rendre, je prenais le bus Egged numéro 154. Il mettait un temps fou parce qu’il s’arrêtait prendre des passagers dans toutes les bourgades alentour avant d’entrer dans la cité. Le gros autocar ne semblait pas fait pour les routes sinueuses. Il peinait à faire ses allersretours à travers les collines de Judée. Le moteur vrombissait et il fallait rétrograder à chaque virage. Les freins crissaient dans les descentes et, dans un dernier grincement, immobilisaient le véhicule dans un hameau appelé Motza. Tout le monde poussait un soupir de soulagement quand les derniers passagers montaient à bord, impatient de voir bientôt apparaître la bretelle d’accès à l’autoroute 1. Le bus pourrait enfin rouler à la vitesse que permettent les routes modernes et se mêler à la circulation, empruntant à vive allure la grande route à six voies qui mène à l’intérieur de Jérusalem.

À ce dernier arrêt de Motza, avant de passer sous le pont, quand les portes s’écartent pour laisser monter les passagers… c’est là qu’il faut descendre. Traversez le carrefour, enfoncezvous sur quelques dizaines de mètres dans les broussailles, scrutez les herbes sèches et vous les verrez : les vestiges de la route d’Emmaüs, les pierres qu’ont foulées les sandales de Jésus. Oui, ce sont les pierres authentiques. Contrairement à beaucoup de destinations touristiques d’Israël, ces vestiges ne sont indiqués d’aucune façon. Il n’y a pas de lumières ni de clochettes, pas de boutiques de souvenirs ni de vendeurs à la sauvette proposant des glaces Magnum, de la crème pour les mains Ahava et toutes sortes de bondieuseries. Il faut seulement savoir où regarder. Croyez-le ou pas, c’est là que vous gareriez votre machine à voyager dans le temps si vous vouliez revivre la scène surprenante de la conversation avec Jésus.

Des commentaires bibliques plus anciens disent que l’emplacement d’Emmaüs est inconnu. Ou bien ils le situent à tel ou tel endroit, y compris Latroun où, depuis plus de quinze siècles, on se recueille devant un autel symbolisant Emmaüs. Personne ne croit vraiment que cet emplacement soit le bon parce qu’il se trouve à une trentaine de kilomètres de Jérusalem, distance impossible à parcourir deux fois dans la même journée en marchant : les disciples firent une première fois le trajet avec Jésus, puis revinrent à Jérusalem en toute hâte le soir même pour raconter aux autres ce qui s’était passé (v.33).

La plupart des théologiens sont désormais convaincus que l’Emmaüs mentionné par Luc se trouve ici même, sous le village de Motza, à cinq ou six kilomètres de Jérusalem. Son nom ancien était hamotsa, qui signifie « la source » et a été traduit en grec par Emmaous, ou Emmaüs. Au fil des siècles, les autochtones avaient même connaissance de l’ancienne route romaine, qui était bien plus visible il y a quelques décennies encore. Il y a quelques années seulement, ils empruntaient même le sentier que formaient les pavés restants : c’était un chemin pédestre facile et bien pratique pour accéder à la vieille ville par la porte de Jaffa qu’on atteignait en deux heures de marche. C’était « l’autoroute 1 » du monde antique.

Puisque j’ai étudié la Bible dans son contexte, cette découverte est typique des expériences que j’ai connues. Pendant des siècles, nous avons dû nous contenter de traditions ecclésiales improbables, mais quand nous regardons de plus près les documents historiques, nous trouvons des informations qui attestent les récits bibliques. Bien souvent, j’ai découvert que les habitants du coin le savaient depuis toujours.

Et parfois, la réalité du monde de Jésus se voit encore aujourd’hui, dissimulée, mais accessible à tous.

un livre juif dans un monde païen

Dans le passage qui vient juste après celui de la rencontre à Emmaüs, Jésus fait une autre apparition surprenante, cette fois devant ses disciples. À nouveau, il les conduit, leur faisant parcourir les Écritures en disant :

C’est là ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous ; il fallait que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures. Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem. v.44-47

Jésus mentionne ici sa Bible d’une manière tout à fait propre aux Juifs : il l’appelle « la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes ». Deux millénaires plus tard, les Juifs désignent toujours ainsi leurs Écritures, que les chrétiens appellent l’« Ancien Testament » (d’après le canon protestant). 2 Son nom est habituellement réduit à Tanakh, qui dérive des initiales des trois parties qui la composent : la Torah (la Loi ou le Pentateuque), les Nevi’im (les prophètes et les livres historiques) et les Ketouvim (les autres écrits : psaumes, proverbes,

2 Tout au long de ce livre, j’emploierai souvent l’expression « Ancien Testament », plutôt que « Bible hébraïque » ou « Tanakh » parce que, de manière générale, c’est une appellation connue des lecteurs chrétiens, même si elle est malheureusement porteuse d’une certaine obsolescence. Puisque beaucoup de lecteurs découvrent tout juste les problèmes de contexte dont il sera question dans cet ouvrage, je préfère employer des termes qu’ils connaissent plutôt que de leur demander continuellement d’assimiler un vocabulaire nouveau. La plupart du temps, je parlerai tout simplement des « Écritures ».

etc.). (Reportez-vous à l’annexe A pour voir la liste des livres tels qu’ils apparaissent dans le Tanakh .)

Plus je réfléchissais à la scène qui s’est déroulée sur la route d’Emmaüs, plus elle me semblait remarquable. Luc 24:27 dit que, « commençant par Moïse et par tous les prophètes, [Jésus ] leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » Les textes mêmes que je trouvais les plus opaques (les préceptes de Moïse et les livres prophétiques) étaient ceux à partir desquels il prêchait. En effet, les livres qu’il préférait citer étaient le Deutéronome et Ésaïe, et il les citait énormément.

voyager dans le temps et la culture

Après avoir guidé ses disciples dans les Écritures juives et leur avoir révélé en quoi elles annonçaient sa naissance et sa mort rédemptrice, Jésus leur confia la mission de proclamer l’Évangile à toutes les nations (Matthieu 28:19). Le mot correspondant à « nations » en hébreu est goyim (pluriel de goy), autrement dit les « Gentils », les non-juifs.

Plus j’ai analysé cela, plus j’en ai saisi les répercussions. L’éducation luthérienne que j’ai héritée de mes ancêtres américano-norvégiens était entièrement propre aux Gentils.

Comme je n’étais pas familiarisée avec le cadre de vie original de Jésus, beaucoup des notions que les auditeurs du premier siècle trouvaient dans les Écritures m’échappaient.

Admettons-le, la Bible nous est un pays étranger. Mais cela n’est guère surprenant quand on considère ce qui se produisit quelques semaines seulement après la conversation à Emmaüs. À la Pentecôte, l’Esprit de Dieu se déversa sur les disciples, faisant d’eux des traducteurs.

Dieu ne perdit pas de temps à les former pour transmettre leur message d’une langue à l’autre, d’une société à l’autre.

Plus ils s’éloignaient de Jérusalem, plus le contexte culturel de leur auditoire évoluait. En vue de communiquer de façon à ce que ceux qui les écoutaient les comprennent, ils durent recadrer la Bonne Nouvelle pour qu’elle fasse sens auprès de leurs nouveaux interlocuteurs. Il est tout simplement logique qu’après avoir fait le tour du monde, l’Évangile nous donne l’impression d’être assez éloignés de ses origines.

Si nous disposions d’une machine à remonter le temps, nous pourrions voyager dans le temps jusqu’à Emmaüs. Cependant, il y a un autre périple que nous devons entreprendre : celui qui nous mènera de notre monde occidental au décor du Moyen-Orient. Le spécialiste du Nouveau Testament Kenneth Bailey écrit ceci :

La Bible est un livre oriental. Nous la voyons à travers les verres teintés de la culture occidentale. La perte est considérable. Nous passons à côté d’un humour subtil et de nombreux sous-entendus. Nous ne comprenons pas les états d’esprit profondément ancrés qui viennent illuminer un récit ou une métaphore. […] Ce qui est écrit entre les lignes, ce qui tient du ressenti, mais n’est pas exprimé, relève de la plus haute importance.3

En effet, Bailey ajoute dans un autre livre :

Pour avoir été aux prises pendant plus d’une génération avec ce problème aussi bien en Orient qu’en Occident, j’ai le sentiment que, pour nous Occidentaux, la distance culturelle « géographique » avec le Moyen-Orient est plus grande que la distance « temporelle » avec le premier siècle. Le gouffre qui sépare l’Occident de l’Orient est plus profond et

3 Kenneth Bailey, The Cross and the Prodigal [La Croix et le prodigue], 1973.

plus large que celui qui sépare le premier siècle (au Moyen-Orient) du village du Moyen-Orient conservateur contemporain.4

Quelle idée incroyable ! Même si le bond qu’il faudrait faire pour voyager dans le temps jusqu’à la route d’Emmaüs paraît immense, le fossé qu’il y a entre nous et le monde biblique est en fait plus large culturellement que temporellement. Et si, à notre tour, nous pouvions faire le trajet jusqu’à Emmaüs aux côtés de Rabbi Jésus, mais, cette fois, pour nous ouvrir aux splendides thèmes de la Bible au sein du contexte hébraïque qui est le leur ? Dans mon livre précédent, Sitting at the Feet of Rabbi Jesus [S’asseoir aux pieds de Rabbi Jésus], j’ai particulièrement mis l’accent sur le contexte religieux juif que connaissait Jésus. Dans le présent ouvrage, je porte mon attention sur nos différences culturelles avec le monde non occidental de mentalité hébraïque qui imprègne tellement la Bible, aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament. Quelle sagesse retenir de cette vision du monde ? Que pourrions-nous bien découvrir au sujet de Christ et de sa mission qui nous était jusque-là tout à fait inconnu ? Voilà, chers lecteurs, ce que j’aimerais partager avec vous dans ce livre.

Dieu exprimait souvent sa vérité aux auditeurs antiques par des moyens que des bergers et des nomades du désert comprendraient, par des métaphores qui échappent au lecteur moderne. Le fait de nous sensibiliser à l’imagerie très ancienne de la Bible nous permettra de la lire avec un regard nouveau. Bien souvent, cette perspective permet d’y voir le Père compatissant qui se donne lui-même en sacrifice et que Christ connaissait et aimait, plutôt que la caricature sévère de Dieu que beaucoup y perçoivent.

4 Kenneth Bailey, Finding the Lost Cultural Keys to Luke 15 [Trouver les clés culturelles perdues de Luc 15], 1992.

Nous réécouterons avec des oreilles du premier siècle la façon dont Jésus s’adresse à ses contemporains, rendant clair comme de l’eau de roche le fait que les promesses de Dieu s’accomplirent et s’accomplissent en lui. En examinant comment Jésus répondit aux attentes des prophètes, nous découvrirons des vérités étonnantes sur la mission de Christ et sur notre rôle en tant que disciples.

Nous disposerons de l’équipement nécessaire pour lire les Écritures avec plus d’intelligence et d’inspiration en saisissant la perspective de son auditoire originel. Nous porterons un regard nouveau sur des notions clés de la Bible à partir d’une perspective orientale. Nous allons entreprendre un voyage dans le temps qui nous aidera à comprendre comment le peuple juif abordait l’existence et nous donnera la possibilité de redécouvrir une sagesse largement oubliée et de lire la Parole de Dieu avec une profondeur qui illuminera notre vie d’aujourd’hui.

O u T ils e T ré F le X i ON s

Lectures

1. Lisez Luc 24:13-35 en prêtant attention à la conversation qui a lieu entre Jésus et les disciples.

Quelles phrases prononcent-ils que vous ne trouvez pas claires ?

Quelles questions cela soulève-t-il ?

Quelles sont les idées présupposées par les lecteurs ?

À votre avis, que dit Jésus lorsqu’il se sert des Écritures pour expliquer sa mission ?

2. Si vous voyagiez aujourd’hui dans une région traditionnelle du Moyen-Orient, quelles différences culturelles envisageriezvous de rencontrer par rapport à l’endroit où vous vivez ?

3. Consultez l’annexe A, qui répertorie les livres des trois parties de la Bible hébraïque. Comparez cette liste avec la table des matières de votre Bible. L’emplacement de certains livres vous surprend-il ?

4. Qu’est-ce qui vous intéresse en particulier à propos du fait que la Bible soit complètement juive ?

Pour aller plus loin

• Si vous voulez en apprendre davantage sur la vraie route d’Emmaüs, renseignez-vous sur le site https://www. jerusalemperspective.com. C’est son concepteur, David Bivin, qui m’a montré pour la première fois cette ancienne route. Lisez ses rapports récents qui expliquent que, faute d’une préservation active, les pierres risquent de disparaître. (Ce journal en ligne propose également toute une série d’excellents articles sur le contexte juif du premier siècle que Jésus a connu.).5

5 NDT : ce site est en anglais

Lire la Bible avec Rabbi JÉSUS

Que se passerait-il si vous aviez la possibilité de vous asseoir à côté de Jésus et de l’écouter vous expliquer la Bible ? Quelles révélations bouleversantes pourraient alors émerger ?

De grands trésors nous attendent quand nous lisons les Écritures à la manière d’un Juif de l’époque, à travers les yeux d’un disciple de Jésus du premier siècle. Combinant une recherche minutieuse à une prose engageante, Lois Tverberg, en guide chevronnée, nous fait traverser le fossé culturel qui sépare notre monde de celui de la Bible.

À mesure que nous comprenons « comment pense la Bible », notre propre façon de raisonner se transforme à son tour et nous sommes à même d’aborder Dieu, les récits et les enseignements des Écritures sous un éclairage nouveau.

Lois Tverberg nous aide à ouvrir les yeux sur la manière dont les hommes du Moyen-Orient auraient compris Jésus et à approfondir l’amour que nous avons pour ce Livre imprégné de culture juive.

Depuis une vingtaine d’années, Lois Tverberg prêche et écrit sur les origines juives du christianisme. Sa passion est de révéler le décor antique de la Bible sous un éclairage nouveau qui approfondit et affermit la foi chrétienne. Ancienne enseignante, Lois Tverberg est une auteure et conférencière respectée.

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