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Les Psaumes au quotidien

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Les

PsaumeS auQuotidien

Traduction pour l’étude accompagnée de notes explicatives et d’une réflexion en lien avec le passage du jour.

ALEC MOTYER

© 2026, éditions CLC France

BP 9 – F-26216 Montélimar Cedex

Tél. : +33 (0) 4 75 90 20 54 editions@clcfrance.com – www.clcfrance.com

ISBN : 978-2-7222-0497-3 (papier) / 978-2-7222-0498-0 (epub)

Titre original : Psalms By The Day, Christian Focus Publications Ltd, 2016.

Diffusé en Belgique par la Centrale Biblique

Diffusé au Canada par CLC Canada

Diffusé aux États-Unis par CLC USA

Diffusé en Suisse par les éditions Emmaüs

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés.

Traduction de l’anglais par Corinne Chaumeau, adaptation et annotations éditoriales par Denis Coutier et correction par Nelly Lalin.

Couverture : Josias Marczak

Dépôt légal : juin 2026

Impression (mai 2026) • Multiprint • Bulgarie

Mots-clés : Psaumes, méditation biblique, dévotion quotidienne, prière, vie spirituelle, consolation, encouragement

ALEC MOTYER

Traduction pour l’étude accompagnée de notes explicatives et d’une réflexion en lien avec le passage du jour.

Ce livre constitue un vrai trésor, en rassemblant dans un seul ouvrage toute une vie d’érudition, la fidélité d’un prédicateur dévoué et la sagesse d‘un berger. Grâce à une traduction inédite de chaque psaume émaillée de notes pertinentes, se clôturant par des résumés suscitant la réflexion et invitant de façon stimulante à la mise en pratique, ces lectures quotidiennes sont un merveilleux moyen de redécouvrir tout à nouveau ces précieux chants bibliques !

Jonathan Lamb PDG et ministre détaché Keswick Ministries. Vice Président de IFES, Directeur honoraire, Langham Preaching

Ce livre est une combinaison rêvée, celle qui réunit le livre des Psaumes, présentés comme un moment de méditation quotidienne, et le célèbre érudit Alec Motyer. Cet ouvrage est un trésor inestimable par son niveau d’érudition, son orthodoxie, son pragmatisme, tout en étant empreint de l’amour du Seigneur et du désir de voir son peuple vivre une plus grande intimité avec Lui. Chaque chrétien a besoin d‘être immergé dans les Psaumes, où sa vie se révèle dans toutes ses dimensions émotionnelles, comme cela nous est révélé ici.

Et cependant, il nous arrive encore trop souvent d’avoir du mal à reconnaître Christ dans leurs lignes. Celui qui se saisit de ce livre se rendra compte que non seulement il apprend à lire et à comprendre la dimension chrétienne du texte des Psaumes, mais il peut également découvrir que sa vie de prière se transforme de façon radicale et puissante.

Carl R. Trueman

Professeur de théologie historique et d’histoire du christianisme, chaire « Paul Woolley »

Séminaire de théologie de Westminster Philadelphie , Pennsylvanie

À

Timothy Dudley-Smith

Auteur de cantiques, Évêque, Précieux ami Avec toute mon affection et mon respect.

TABLE DES MATIÈRES

À propos de l'auteur 8

........................................................ 9 Introduction ..............................................11

15 Note de l’éditeur 17

Jour 1 Psaumes 1 et 2 ............................19

Jour 2 Psaumes 3 à 7 ............................ 23

Jour 3 Psaumes 8 à 10 .......................... 33

Jour 4 Psaumes 11 à 14 41

Jour 5 Psaumes 15 à 17 47

Jour 6 Psaume 18 ................................. 52

Jour 7 Psaumes 19 à 21 ........................ 58

Jour 8 Psaumes 22 et 23 64

Jour 9 Psaumes 24 et 25 69

Jour 10 Psaumes 26 à 28 .........................74

Jour 11 Psaumes 29 à 31 ........................ 80

Jour 12 Psaumes 32 et 33 87

Jour 13 Psaume 34 92

Jour 14 Psaumes 35 et 36 ....................... 96

Jour 15 Psaume 37 ............................... 102

Jour 16 Psaumes 38 et 39 ..................... 107

Jour 17 Psaumes 40 et 41 112

Jour 18 Psaumes 42 et 43 ..................... 118

Jour 19 Psaumes 44 et 45 ..................... 122

Jour 20 Psaumes 46 à 48 ..................... 128

Jour 21 Psaumes 49 et 50 134

Jour 22 Psaumes 51 et 52 ..................... 140

Jour 23 Psaumes 53 à 55 .......................147

Jour 24 Psaumes 56 à 58 .......................154

Jour 25 Psaumes 59 et 60 161

Jour 26 Psaumes 61 à 63 .......................167

Jour 27 Psaumes 64 et 65......................173

Jour 28 Psaumes 66 et 67......................178

Jour 29 Psaume 68 183

Jour 30 Psaume 69 ............................... 189

Jour 31 Psaumes 70 et 71 ..................... 194

Jour 32 Psaume 72 ............................... 199

Jour 33 Psaume 73 203

Jour 34 Psaumes 74 et 75 208

Jour 35 Psaumes 76 et 77 ......................214

Jour 36 Psaume 78 ................................ 219

Jour 37 Psaumes 79 et 80 226

Jour 38 Psaumes 81 à 83 231

Jour 39 Psaumes 84 à 86 ...................... 237

Jour 40 Psaumes 87 et 88..................... 243

Jour 41 Psaume 89 ............................... 248

Jour 42 Psaumes 90 à 92 255

Jour 43 Psaumes 93 et 94 .................... 263

Jour 44 Psaumes 95 et 96 .................... 268

Jour 45 Psaumes 97 et 98 ................... 272

Jour 46 Psaumes 99 et 100 276

Jour 47 Psaumes 101 et 102 ................. 279

Jour 48 Psaume 103 ............................. 284

Jour 49 Psaume 104 ............................ 287

Jour 50 Psaume 105 291

Jour 51 Psaume 106 ............................. 295 Jour 52 Psaume 107 ............................. 300 Jour 53 Psaumes 108 et 109 ................. 305

Jour 54 Psaumes 110 à 112 310 Jour 55 Psaumes 113 à 116 ................... 315 Jour 56 Psaumes 117 et 118.................. 322

Jour 57 Psaume 119.1-24 ..................... 326 Jour 58 Psaume 119.25-48 330 Jour 59 Psaume 119.49-72 ................... 334

Jour 60 Psaume 119.73-96 ................... 338

Jour 61 Psaume 119.97-120 .................. 342

Jour 62 Psaume 119.121-144 346

Jour 63 Psaume 119.145-176 ................ 350

Jour 64 Psaumes 120 à 122 ..................355

Jour 65 Psaumes 123 à 125 ................. 360

Jour 66 Psaumes 126 à 128 364

Jour 67 Psaumes 129 à 131 ................. 369

Jour 68 Psaumes 132 à 134 ................. 373

Jour 69 Psaumes 135 et 136 ................ 378

Jour 70 Psaumes 137 à 139 383

Jour 71 Psaumes 140 à 143 ................. 389

Jour 72 Psaumes 144 et 145 ................ 396

Jour 73 Psaumes 146 à 150 ................. 401

À PROPOS DE L'AUTEUR

Alec Motyer (1924-2016), théologien et bibliste irlandais renommé, spécialiste de l’Ancien Testament, ancien directeur de Trinity College Bristol, et également pasteur. Auteur de nombreux commentaires reconnus, très apprécié pour la clarté, la profondeur spirituelle et la dimension christocentrique de ses écrits.

PRÉFACE

L’après-midi du 24 mai 1738, John Wesley a été invité à assister à un service à la cathédrale Saint-Paul de Londres. Au cours de ce service, avec l’assemblée, il priait le Psaume 130. Il était particulièrement secoué par la puissance de ce psaume à tel point qu’il l’a écrit en entier dans son journal plus tard dans la journée. En fait, ce psaume décrivait ce que Dieu était sur le point d’accomplir dans le cœur de Wesley : « Du fond de l’abîme je t’invoque, ô Éternel ! Seigneur, écoute ma voix ! Que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications ! […] Car la miséricorde est auprès de l’Éternel, et la rédemption est auprès de lui en abondance. » Ce soir-là, Wesley a reçu l’assurance profonde et durable du pardon de tout péché. Dès ce jour, Dieu s’est servi de lui pour changer le destin de l’Angleterre, de l’Amérique et de régions éloignées du monde.

Les Psaumes nous enseignent comment réagir face à la tristesse, au doute, à la peur, au découragement, à la colère, à l’incrédulité, à la victoire et à la joie. Ils sondent nos sentiments par rapport à Dieu et au monde qui nous entoure. Presque tous les psaumes reflètent, d’une manière ou d’une autre, nos propres luttes et nos joies d’aujourd’hui.

Le livre des Psaumes était le recueil de chants du peuple de Dieu. Il était utilisé dans le cadre du culte au temple, de la prière et de la louange à la synagogue, ainsi qu’à la maison. Au cours des siècles, les croyants juifs chantaient les psaumes lorsqu’ils se rendaient à Jérusalem pour leurs fêtes religieuses annuelles. Jésus et ses disciples ont chanté quelquesuns de ces hymnes en quittant la chambre haute après leur dernier repas. Les premiers chrétiens chantaient « des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels » (Éphésiens 5.19), y compris en prison (Actes 16.25) et à d’autres moments difficiles.

Dans sa préface au livre des Psaumes, Calvin écrit :

« J’ai l’habitude d’appeler ce livre « une anatomie de toutes les parties de l’âme » ; car il n’y a pas une émotion dont on puisse être conscient qui ne soit représentée ici comme dans un miroir. Ou plutôt, le Saint-Esprit a ici attiré sur la vie tous les chagrins, les peines, les craintes, les doutes, les espoirs, les soucis, les perplexités, bref, toutes les émotions distrayantes avec lesquelles l’esprit des hommes a l’habitude d’être agité. Il n’y a pas d’autre livre où l’on trouve autant de délivrances, ni où les preuves et les expériences de la providence et de la sollicitude paternelles que Dieu exerce à notre égard sont célébrées avec une telle splendeur de diction. Il n’y a pas d’autre livre où l’on nous enseigne plus parfaitement la bonne manière de louer Dieu. »

J’avais 19 ans lorsqu’on m’a parlé pour la première fois d’Alec Motyer qui était directeur adjoint du Clifton Theological College qui préparait les ministres pour l’Église Anglicane. Contemporain de John Stott, Dick Lucas et David Shepherd, il faisait partie de ces prédicateurs anglicans exceptionnels qui ont eu un impact considérable sur le mouvement IVCF (les GBU en Grande Bretagne). Après l’avoir entendu, j’étais saisi non par sa connaissance et érudition exceptionnelle mais par sa piété puissante qui faisait envie. J’ai aussitôt acheté le commentaire biblique en un volume publié par IVP (GBU) car c’est Motyer qui y avait écrit le commentaire sur les Psaumes. C’est ainsi qu’a démarré mon attachement aux Psaumes car auparavant je les lisais très rarement, ne m’estimant pas poète dans l’âme.

Motyer a décrit les Psaumes comme étant une fenêtre sur l’Ancien Testament car ils nous dévoilent la vraie vie des croyants de l’époque. Il disait « Voilà des gens qui en savaient beaucoup moins sur Dieu que nous et qui pourtant l’aimaient beaucoup plus ». Il estimait que ces textes étaient instructifs et qu’à leur lecture on en sortait avec une théologie enrichie.

Dans ce présent livre qui nous permet de lire tous les Psaumes en 73 jours, Motyer approfondit non seulement notre compréhension du texte mais il nous fait aussi découvrir Jésus-Christ dans ces poèmes et cantiques. Par conséquent, cela nous pousse à « la louange de la gloire de sa grâce » !

Au fur et à mesure de votre lecture de ce livre, priez les Psaumes. Ils transformeront votre regard sur Dieu et sur le monde ; ils nourriront votre louange et vous aideront à exprimer ces sentiments parfois indicibles : la tristesse, l’incrédulité, la colère, mais aussi la victoire et la joie.

Mike Evans

ancien directeur de l’institut biblique de genève

AVANT-PROPOS

Il y a environ vingt-cinq ans, j’ai eu la chance d’entendre Alec Motyer donner, en seulement quelques messages, l’un des meilleurs résumés de la Bible que j’aie jamais entendus, peut-être même le meilleur. J’étais alors étudiant, et m’adressais moi-même à d’autres étudiants lors de cette même conférence. Mais en apprenant qu’Alec Motyer allait s’exprimer sur ce sujet, je n’ai pas pu résister à l’envie d’assister à tous ses cours. Ce qu’il m’a transmis ce jour-là, dans sa manière de considérer la Parole de Dieu, est resté pour moi un cadeau toujours aussi précieux aujourd’hui.

Vous tenez en main trois présents. Le premier réside dans le fait que l’un de nos plus fins lettrés a mis à profit ses connaissances et sa longue expérience de linguiste et de chrétien pour nous offrir une traduction inédite des cent cinquante psaumes au complet. Cela constitue en soi un cadeau fort précieux. La traduction se révèle innovante de bien des manières : l’utilisation de Yah et de Yahvé, le choix des mots, même certaines expressions modernes. Cependant, ces traductions n’ont pas été faites, comme c’est souvent le cas, par des personnes qui attachent plus de poids à la forme de leur communication qu’à la compréhension du texte. Alec Motyer a guidé des générations de pasteurs, y compris moi, dans leur compréhension de la Parole de Dieu. Sa façon de considérer l’Ancien Testament comme un ensemble construit autour de Christ apporte une plénitude et une résonance à sa lecture des Psaumes qui ressemble à la manière dont notre Seigneur nous a enseigné à les lire. Et cette lecture se retrouve dans la traduction même. Si vous voulez découvrir de quelle façon il a appréhendé la traduction des Psaumes, prenez le temps de lire l’introduction. Vous y trouverez également, intégrés dans la traduction, de brefs comptes rendus dans lesquels responsables de groupes d’étude biblique et prédicateurs peuvent puiser leur inspiration quant à la manière de transmettre leur message.

Deuxième présent que nous fait Alex Motyer : les notes qu’il fournit. Soyons clairs : en préparant la rédaction de cet avant-propos, j’ai lu chaque mot de ce livre. Et les notes à elles seules constituent une aide précieuse pour le chrétien soucieux de comprendre et d’apprécier les Psaumes. Des affirmations sans détour, qui pourraient sembler exagérées de la part de quelqu’un d’autre, s’imposent tout simplement d’elles-mêmes sous la plume de A. Motyer. Quelques exemples : « le Psaume 51 est le texte central de l’Ancien Testament sur le thème de la repentance ». Ailleurs, grâce à ses notes, il éduque le lecteur en le formant à la poésie hébraïque et à ce qui se faisait ou pas en la matière. D’autre part, ce qui dans le Psaume 105 a été une pierre d’achoppement pour nombre de commentateurs est explicité par ses soins comme étant un accent volontairement porté par son auteur sur notre obéissance. Enfin, le « Temps de la réflexion » relatif à l’épreuve traversée par

Ézéchias dans les Psaumes 123 à 125 est particulièrement éclairant ! Le lecteur trouvera ainsi beaucoup d’autres notes ouvrant de nouvelles perspectives.

Certaines d’entre elles résolvent des problèmes apparents. Dans d’autres, j’y ai découvert de nouvelles façons de comprendre ce qu’écrit le psalmiste, en suggérant parfois de nouveaux axes d’interprétation du texte entier et en rendant souvent Christ plus perceptible au travers du psaume. Il ne cesse, avec délicatesse et persuasion, de donner à lire les Psaumes comme étant construits autour de Christ. Tout bien considéré, nous avons là, même dans les notes, une rare combinaison de connaissances textuelles et grammaticales du psautier, associée à une vaste connaissance des Écritures dans leur ensemble, Ancien et Nouveau Testament, jointe à une théologie méthodique et une expérience de chrétien, le tout délivré avec la chaleur d’un frère en Christ qui se tient lui-même davantage pour un élève que pour un professeur, ayant reçu plus qu’il ne pourra jamais offrir.

Le « Temps de la réflexion » et la méditation qu’il renferme est le dernier présent sur lequel l’auteur nous quitte. Ceux-ci jouent le rôle d’un commentaire pour le lecteur un peu impressionné par les notes spécifiques données en marge du texte. Ils résument l’apport des psaumes étudiés. Et pourtant ils sont plus qu’un simple résumé. Ils nous aident à mettre en perspective la signification ou l’importance de ce que nous avons lu, et souvent au point que j’en étais amené à vouloir relire, ne serait-ce que ça, le psaume que je venais de parcourir. Jetez un œil à ce qu’il dit du Psaume 37 par exemple, qui illustre bien ce que je viens d’expliquer, ou à ses remarques concernant les Psaumes 61 à 63 évoquant l’espérance. Méditant sur le Psaume 69, Motyer écrit : « La seule solution qui nous reste pour échapper au Fils de l’Homme, notre Juge, est de s’enfuir en courant vers le Fils de l’Homme, notre Sauveur. » L’enseignement des Psaumes sur le Roi messianique résumé de façon fulgurante dans le « Temps de la réflexion » qui suit le Psaume 72 est un exploit éblouissant qui ne manque pas de nous encourager ! Les formules lapidaires autant que savantes sont légion : « Délaisser la prière revient à embrasser la cause de l’athéisme. » (page 286).

Dans ces « Temps de la réflexion », qui tiennent lieu de conclusions, la longue expérience chrétienne de Motyer, sa connaissance du Nouveau Testament ainsi que de l’Ancien, interagissent avec les Psaumes, étant entendu que tous sont là à notre service. Ces réflexions ont un caractère pédagogique sans être ardues, sont remplies de piété sans affectation. Ses méditations, issues d’une lecture intelligente et méticuleuse des Psaumes, produisent un fruit qui ne tarde pas à naître. Et tandis que nous jetons un regard pardessus son épaule, nous apprenons à mieux lire les Psaumes pour nous-mêmes et pour ceux que nous devrons peut-être enseigner.

Tout au long de cet ouvrage, le texte de Motyer nous offre une combinaison pleine de saveur : riche, abondante et présentée de façon synthétique. Depuis des générations, Alec Motyer fut l’un des plus doués qui soient pour faire cohabiter les plus infimes détails avec une vision panoramique du récit biblique. Et ce, d’une façon qui n’a rien de faussement originale ou innovante, mais qui se révèle fidèle au texte et allant de soi, dès l’instant où nous les remarquons. Dans ces lignes, un maître de la théologie biblique et systématique nous démontre combien cette distinction même est artificielle. Il y

parvient en nous emmenant dans le livre des hymnes de l’église, les Psaumes, et tout cela en seulement 73 jours !

Bonne lecture et que ces lignes vous soient profitables.

Mark Dever

Pasteur principal Église Baptiste Capitol Hill et Président de 9Marks .org

INTRODUCTION

Ami lecteur, un mot d’explication avant de vous lancer

L’objectif de cet ouvrage n’est pas d’essayer de vous dire ce que signifient les Psaumes mais de vous aider, si possible, à découvrir leur signification par vous-même. Vous êtes invité à utiliser tous les à-côtés qui se trouvent dans ce livre à cette fin. Je suppose que les grands récits de l’Ancien Testament sont ceux que l’on retrouve le plus dans nos écoles du dimanche (en tout cas, si vous êtes de ma génération), mais à travers les siècles, et je pèse mes mots, ce sont les Psaumes qui ont parlé à l’Église de la manière la plus audible. Même à des époques relativement récentes, ils ont apporté à nos cultes d’adoration du dimanche infiniment plus qu’on ne leur permet de le faire de nos jours. Mais nous pouvons vous et moi ramener, au cœur de nos propres vies, les Psaumes et leurs richesses immenses. Laissez-moi, je vous prie, jouer un petit rôle par l’intermédiaire de ce livre dans votre reconquête personnelle de tant de merveilleux trésors.

1. La traduction. Il n’est, somme toute, pas très utile de jouer sur les mots tels que « littéral » ou « paraphrase ». Mon intention en proposant ma propre traduction des Psaumes est de vous emmener au plus près possible de l’original en hébreu. Cela aboutit très souvent à respecter l’ordre des mots de l’hébreu, même si cela sonne maladroitement en français, car l’ordre des mots traduit l’emphase.

2. Un découpage en lignes courtes. Je l’ai souhaité d’une part car la traduction présentée avec de rapides retours à la ligne s’accommode bien avec la façon dont fonctionne la poésie hébraïque. Mais j’ai choisi cette présentation également pour une autre raison, celle d’inciter à une lecture lente, avec l’espoir de vous aider à faire une halte à chaque réflexion personnelle pour lui accorder le poids qu’elle mérite !

3. Je redoute terriblement que l’enthousiasme que j’éprouve pour la lecture analytique se révèle fastidieux et encombrant à vos yeux. J’ai attrapé ce délicieux virus quand j’étais tout jeune : pour moi, l’outil analytique est le plus sûr moyen de mener une étude biblique fructueuse. Mais si vous trouviez cela trop lourd, poursuivez simplement votre lecture. Peut-être les notes que j’ai placées ici et là ouvriront-elles de temps en temps quelques portes à votre compréhension.

4. Si vous trouvez les textes trop volumineux sur une journée en particulier, pourquoi ne pas répartir l’ensemble sur deux jours ou davantage ?

5. En hébreu, l’usage de la conjonction de coordination « et » est extrêmement fréquent. L’hébreu ne l’utilise pas pour introduire une subordonnée, car il préfère ajouter une nouvelle proposition indépendante introduite par cette conjonction. Cela revient à dire que, dans la pratique, la conjonction a une grande variété de significations. Mais j’ai opté pour l’usage du mot « et » en laissant au lecteur le soin de juger avec bon sens (ce que fait l’hébreu de toute façon) s’il signifie « mais » ou quelque autre sens.

6. Les mots et adjectifs. Même lorsque l’hébreu dispose d’un adjectif adapté (« saint » est un cas d’espèce), il préfère souvent exprimer l’idée sous-tendue par l’adjectif en utilisant le substantif correspondant : « une montagne de sainteté » au lieu de « une montagne sainte ». Parce que je suis convaincu qu’il s’agit là d’une façon plus emphatique d’exprimer la même idée–et que cela a été utilisé dans ce contexte sciemment–j’ai conservé le mot sous sa forme construite plutôt que de le faire redevenir un adjectif.

7. Au début, le nom divin « Yahvé » sonnera étrangement à vos oreilles, sachant qu’il désigne l’appellation « Le Seigneur » selon la convention française établie (quoique fausse). Ceux d’entre nous qui sommes d’une génération plus ancienne gardent en mémoire l’usage selon lequel, autrefois, lorsque nous appelions une personne par son prénom, il s’agissait d’un privilège que l’on nous octroyait et qui n’allait pas du tout de soi. Cela avait un sens très spécial pour nous lorsqu’un ami plus âgé nous disait « Appelez-moi par mon prénom, je vous en prie » : la relation venait d’entrer dans une nouvelle dimension d’intimité et de privilège. C’est ce qui se passe dans Genèse 4.26 lorsque les hommes commencèrent à appeler Dieu par son nom personnel ; mieux encore, c’est ce qui se passe lorsque la signification de ce nom est révélée à Moïse (Exode 3.15). Plus tard, c’est par un sentiment complètement erroné de révérence qu’il fut décrété que « le Nom est trop saint pour que nous le prononcions », et c’est ainsi que l’habitude vint de remplacer ce nom par l’expression « Le Seigneur ». Non et non ! Il nous a honorés de ce privilège et nous devrions apprendre (tardivement) à vivre au bénéfice de celui-ci. L’hébreu dispose de deux noms principaux pour désigner « Dieu ». Il y a le pluriel elohim, Dieu dans la plénitude de ses attributs divins–pour simplifier, je le traduis par « Dieu »–et le singulier el, que je traduis « Dieu transcendant ». Mais il n’existe qu’un seul « Nom ». « Dieu » est ce qu’il est ; « Yahvé » est qui il est.

J’espère vraiment que vous apprécierez mon livre . Vous allez aimer les Psaumes , je n’en doute pas.

NOTE DE L’ÉDITEUR

concernant l’adaptation française

Pour l’adaptation française de cet ouvrage, nous souhaitions que le propos soit accessible au plus grand nombre tout étant pertinent pour l’hébraïsant.

Le lexique hébreu a ainsi été pensé selon ce double impératif : plutôt que d’utiliser une transcription strictement orthographique, nous avons privilégié la phonétique. L’objectif était que leur lecture naturelle soit la plus proche possible du son original, de façon à pouvoir être prononçable sans difficulté par tout francophone. Seules quelques exceptions, entérinées par l’usage, ont étés maintenues. Ainsi, le lecteur pourra lire les transcriptions comme il lit du français, sachant que toute lettre écrite se prononce et que les digrammes (ou diphtongues) ne se prononcent pas. Les nombreux trémas et accents circonflexes qui colorent les transcriptions n’ont pas d’autre utilité que de le rappeler. Par exemple, ai et et ne se prononcent pas « hé » mais respectivement « aille » et « êtes », d’où les graphies aï et ët ; de même en et an ne se prononcent pas comme dans « pendant » mais respectivement comme dans « benne » et « plane », d’où les graphies ën et ân ; enfin on ne se prononce pas comme dans « bon » mais comme dans « bonne », d’où la graphie ôn. Les deux seules lettres ne se lisant pas comme en français sont h et k, dont le soulignement signale des sons gutturaux se prononçant comme l’allemand achtung ou l’arabe Khaled. La spontanéité tentée de cette transcription phonétique se faisant toutefois au détriment de toute précision orthographique, nous avons ajouté entre crochets la graphie hébraïque elle-même, qui permettra à l’hébraïsant de lire à la source, sans passer par aucun travestissement latin.

Nous avons suivi une même logique pour les termes grammaticaux, qui peuvent varier selon les grammaires consultées. Ainsi, ce qu’Alec Motyer nomme en anglais perfect peut être désigné en français par « parfait » ou « accompli » ; le terme usité en hébreu étant qatal. De la même manière, ce que l’auteur nomme imperfect peut être désigné en français par « imparfait », « inaccompli » ou encore « futur » ; le terme usité en hébreu étant yiqtol. Nous avons opté pour les désignations hébraïques, qui se retrouvent dans toutes grammaires, étant tirées de la conjugaison elle-même. Ces questions de terminologie n’affecteront toutefois nullement la compréhension du propos car l’auteur, ne présupposant aucune connaissance en la matière de la part de son lecteur, en explicite les conséquences pour la compréhension immédiate du texte. Dans les rares occasions où il nous a semblé qu’un complément en ce domaine pourrait être nécessaire, nous l’avons fourni.

Enfin, l’auteur indique quelques fois une incertitude quant à la signification d’un terme, laisse ouvert plusieurs interprétations possibles ou aborde un aspect lié à des questions d'établissement de texte dont les opinions peuvent varier. Nous nous sommes alors parfois autorisés à faire connaître au lecteur la compréhension des traducteurs juifs hellénisants de l’Antiquité, principalement par l’intermédiaire de la version dite des Septante. Que le lecteur n’y voit qu’un complément d’information mis à sa disposition dans l’étude et la méditation du divin recueil de poèmes.

De quelque nature qu’elles soient, les interventions de l’éditeur sont toujours entre crochets. Lorsqu'elles comportent la mention NdlT, il s'agit de notes de la traductrice.

Abréviations des traductions de la Bible citées :

BDS : Bible du Semeur

LXX : Traduction française libre de la version grecque des Septante

NBS : Nouvelle Bible Segond

PDV : Parole de Vie

S21 : Segond 21

TOB : Traduction Œcuménique de la Bible

TRF : Traduction du Rabbinat Français

Jour 1 Psaumes 1 et 2

Un

Psaume

1

choix capital et ses conséquences

A.1. Être différent des autres ici-bas attire la faveur divine

1. Béni 1  est l’homme qui a décidé 2  de ne pas marcher selon 3  le conseil des méchants, ni selon la voie des pécheurs 4 , de prendre position, et de ne pas s’asseoir sur le siège des hommes cyniques 5

B.1. Prendre plaisir dans la Loi de Dieu permet de tenir ferme

2. Bien au contraire 6 , dans la loi 7  de Yahvé réside son plaisir 8 , et sur son enseignement, il médite jour et nuit.

C.1. La sécurité, c’est être comme un arbre verdoyant

3. À cause de cela, il est comme un arbre, transplanté 9 à côté de cours d’eau, qui rend son fruit en sa saison, et dont les feuilles ne se flétrissent pas –et quoi qu’il fasse, il prospère 10 .

1 Selon le contexte, le mot hébreu ashreï [ירשא] peut être traduit de trois façons différentes : A. « être sous la bénédiction de Dieu » (comme ici) ; B. « être heureux » dans le cadre de son activité ou en raison de l’endroit où la vie nous a placés (par exemple 1 Rois 10.8) ; C. s’applique à « celui qui agit de façon moralement juste, qui accomplit ce qui se doit d’être fait » (par exemple le psaume 137.8-9).

2 Les trois verbes « marcher », « prendre position » et « s’asseoir » sont au qatal, qui implique ici une attitude invariable ou une décision bien arrêtée dans trois aspects de la vie (cf. Deutéronome 6.17) : A. « marcher » évoque le quotidien de la vie ordinaire ; B. « prendre position », avoir le courage de ses opinions ; C. « s’asseoir », s’associer à telle ou telle compagnie.

3 « Selon » : littéralement « dans » ; ici au sens de « en accord avec ».

4 Les mots « méchants » et « pécheurs » sont des mots au sens général assez flou. Si nous tentons d’être plus précis, « méchant » pourrait venir d’un verbe signifiant « branlant », « lâche ». L’étymologie de « pécheurs » serait ceux qui « ratent la cible ». Comparez ce verbe, dans un contexte « séculier », à son usage dans Juges 20.16.

5 letsïm [םיצל] ceux qui optent pour une attitude méprisante et sarcastique ou qui « salissent » tout ce qui est spirituel ou digne de respect.

6 Exprime avec beaucoup de force une alternative : « En revanche… ».

7 torah [הרות], « enseignement », est généralement traduit par Loi. Si un « enseignement » peut en effet prendre la forme d’une législation, elle n’en reste pas moins une « instruction », comme, par exemple, dans Proverbes 4.1 : ce qu’un père attentionné donne à ses enfants bien aimés. [LXX : «loi»]

8 Notez l’emphase, non sur une obéissance extérieure (comme au verset 1), mais sur des réalités intérieures : « plaisir », le délice de la volonté ; « médite », dirigeant et nourrissant ainsi l’esprit. Comparez Josué 1.8. La piété commence à l’intérieur de soi.

9 shatal [לתש], transplanter. Le Psaume 92.14-15 illustre le sens visé ici : il ne s’agit pas de la localisation naturelle de l’arbre, ni de l’endroit où il se trouva autrefois, mais d’un nouveau lieu, choisi pour sa fertilité ; il désigne, dans le Psaume 92, la position que nous avons par grâce.

10 Exprime une position de foi. Tout concourt, et concourra toujours, au bien du juste (c.-à-d. ceux qui sont en règle avec Dieu) cf. Ésaïe 3.10.

C.2. Et l’insécurité ? C’est être comme la balle emportée par le vent

4. Il n’en est pas ainsi pour les méchants ! Bien au contraire 11 –comme de la balle que le vent fait tournoyer !

B.2. Ne pas tenir ferme entraîne un jugement divin

5. C’est pourquoi, les méchants ne se dresseront pas 12  lors du jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des justes 13 ,

A.2. De toute éternité, cette différence s’explique

6. car Yahvé connaît 14  la voie des justes, et la voie des méchants périra 15 .  Psaume 2

Le Roi des rois oint par Dieu

A.1. Les rois se soulèvent

1. Pourquoi les nations sont-elles tumultueuses 16 , et les États 17  ruminent-ils des complots vains ?

2. Les rois de la terre prennent leurs positions, et les potentats 18  siègent en conclave contre Yahvé et contre son Oint :

3. ‘Allons ! Arrachons-nous de leurs liens, et rejetons loin de nous leurs entraves.’

B.1. Le Seigneur parle

4. Celui qui siège sur son trône 19  dans les cieux 20  rit 21 !

Le Souverain 22  se moque d’eux !

11 Comme au verset 2.

12 Le verbe « se dresser » est à prendre dans le sens de « être fondé juridiquement », « tenir ferme lorsque l’on est traîné en justice » [NdlT : « avoir un dossier solide »].

13 tsadiqïm [םיקידצ], « justes », c.-à-d. en règle avec Dieu, voir aussi verset 6.

14 yada’ [עדי], « connaître », a souvent le sens, comme ici, d’être « intimement conscient d’entretenir une tendre relation avec ». Comparez Exode 2.25. L’emphase dans l’hébreu justifierait de le rendre ainsi : « Comme Yahvé connaît bien (…) ! »

15 C.-à-d. que les habitudes de vie qui les caractérisent mèneront à la mort. Notez que le premier mot de ce psaume est « béni » et que le dernier est « périra » : c’est par ce choix (et cet avertissement) que débute le livre des Psaumes

16 Le qatal et le yiqtol alternent : « sont dans l’agitation tumultueuse » et « siègent » sont au qatal, donnant ainsi le sentiment d’une détermination arrêtée tandis que « ruminent » et « campent » sont au yiqtol, exprimant de ce fait des actions qui se répètent, un comportement habituel.

17 leoumïm [םימאל] habituellement rendu par « peuples ». Le verbe qui en est la racine n’est pas utilisé dans la Bible, mais l’étude de langues voisines suggère « amener ensemble », « faire cause commune ». Pour donner à ce mot un sens distinct, « les États » est une traduction légitime.

18 rozenïm [םינזור] cf. Juges 5.3 et Ésaïe 40.23. On pense que le verbe qui en est la racine signifie « avoir du poids », « être judicieux ». Sur la monnaie d’Écosse et du nord de l’Irlande, la mention « ceux qui ont la tête élevée » (« high heid yins »), rend parfaitement le sens ici, en en traduisant toute la pompe et la position sociale.

19 La signification du verbe yashav [בשי] dépend souvent du contexte, en l’occurrence celle de « siéger sur le trône » ; cf. Psaume 123.1 (d’autres versions, telles la NBS ou Darby optent pour « habiter » [LXX : « l’habitant »]).

20 L’emphase est mise sur « Celui qui siège » et « le Souverain », soulignant la réalité du règne et de la puissance de Yahvé.

21 « Se rit » et « se moque » sont au yiqtol, exprimant soit un aspect duratif : « n’arrête pas de rire ! », soit une emphase : « il se rit de cela ! », d’où l’usage des points d’exclamation.

22 adonaï [ינדא] qui a le sens de « Seigneur » ou « Maître », est toujours en rapport avec la souveraineté de Yahvé.

5. Alors 23 , il leur parlera dans son exaspération 24 , et dans sa colère il les terrifiera :

6. ‘En ce qui me concerne 25 , j’ai installé mon Roi sur Sion, la colline de ma sainteté 26 .’

B.2. Le Fils parle

7. Je veux citer 27 le décret de Yahvé 28 . Il m’a dit : ‘Tu es mon Fils 29 ; je t’ai moi-même engendré aujourd’hui.

8. Demande-moi, et je te donnerai des nations pour héritage, c’est certain, et comme propriété, les confins extrêmes de la terre.

9. Tu les paîtras 30  avec un sceptre de fer ; comme le vase d’un potier, tu les feras voler en éclats.’

A.2. Les rois se soumettent

10. Maintenant donc, rois, agissez avec prudence. Acceptez la correction, juges 31 de la terre.

11. Servez Yahvé avec crainte, et exultez avec tremblements 32

12. Embrassez le Fils, de peur qu’il ne s’exaspère 33 ,

23 Le marqueur temporel « alors » indique un moment particulier dans le temps : lorsque son rire se sera éteint et que le temps de la patience sera passé.

24 harôn [ןורח] fait partie d’un champ lexical étendu désignant la « colère ». Quant à ‘af [ףע], terme qui signifie également le « nez », il désigne ici le souffle nasal de l’exaspération.

25 L’utilisation du pronom personnel ani [ינא], « Je », marque dans ce contexte une emphase.

26 Ou bien « ma sainte montagne ». L’hébreu peut exprimer un adjectif en ayant recours à une juxtaposition de deux noms, l’un gouvernant l’autre (l’état construit). Toutefois, lorsqu’un adjectif est déjà présent (comme ici le mot « saint »), cette association de noms est très probablement un moyen de souligner l’emphase : « la montagne où est présente ma sainteté, laquelle constitue sa caractéristique la plus importante ».

27 Le verbe prend une forme cohortative, c.-à-d. qu’il exprime une détermination personnelle forte.

28 « Décret » vient du verbe haqaq [קקח], « graver », ce qui est sculpté dans le roc comme une chose immuable.

29 Comparez avec 2 Samuel 7.14, la promesse du roi davidique. Le Psaume 2 a peutêtre été un « psaume du couronnement », avec, en son cœur, cette affirmation de filiation (dans le sens d’une adoption). Bien évidemment, ceci est littéralement vrai concernant Jésus : Actes 13.33 ; Hébreux 1.5 ; 5.5 ; comparez Jean 1.18, et ailleurs.

30 Le verbe « mener paître » préserve l’image du « sceptre de fer » de toute notion d’oppression ou de cruauté mais évoque plutôt la fermeté et la force. Envers ses ennemis, il ne s’agit évidemment pas de la même chose (comparez Marc 1.24) : la double image du « sceptre de fer » et du « pot brisé » souligne le contraste entre pouvoir absolu et totale impuissance. [Tel qu’il est ici conjugué, le verbe hébreu en question peut signifier soit « briser », « détruire », du verbe ra’a’ [עער] ; soit « mener paître », « conduire », « nourrir », du verbe ra’a [הער]. La plupart des traductions modernes choisissent la notion de destruction. Cependant, d’anciennes traductions, telle la LXX, traduisent effectivement par la notion de conduite par le berger. En ce cas, plutôt que par « sceptre », shevet [טבש] est traduit par « bâton ». La question semble ici de déterminer si le parallélisme entre les deux stiques de ce verset est synonymique ou antithétique (cf. KUEN, Alfred, Comment interpréter la Bible, éd. Emmaüs, 1991, p. 197).]

31 Ne se limite pas aux juges des cours de justice. De même que, tout au long de l’Ancien Testament, le mot « jugement » n’équivaut pas au seul fait de « passer en jugement / condamnation ». Par exemple, le Psaume 98.7-9 décrit la terre se réjouissant de ce que Yahvé vient pour « juger » car il vient pour « prendre des décisions avec autorité » qui « rétabliront toutes choses ». Ici, les « juges » désignent ceux qui prennent les décisions en ce monde.

32 « Crainte […] tremblements » : le salut cause une joie qui est tout à fait consciente d’être imméritée à titre personnel, qui réalise la grandeur de la compassion divine et l’infaillible sainteté de Dieu. Méditez sur le « peut-être » de Sophonie 2.3 ; comparez avec Exode 20.20.

33 Voir plus haut au verset 5.

et que vous ne périssiez pour 34  votre voie lorsque sa colère s’enflammera, même un peu.

Bénis 35  sont tous ceux qui cherchent en lui leur refuge !

34 L’hébreu n’a pas de préposition au mot « voie ». Ce pourrait être « sur ton chemin » :

« tandis que tu chemines insouciant » (comparez Matthieu 5.25). « Pour votre voie » signifie « en rétribution de la manière de vivre dont vous ne vous êtes pas détourné ».

35 Voir le psaume 1.1.

Le temps de la réflexion

Avez-vous remarqué que le Psaume 2 se termine là où commence le Psaume 1, par des bénédictions prononcées sur l’homme décrit au Psaume 1.1 et sur tous ceux décrits au Psaume 2.12 ? Ceci a pour effet de mettre entre crochets les deux psaumes l’un avec l’autre. Ils semblent très différents, pourtant lorsque l’on se laisse guider par cette « mise entre crochets », nous décelons leur caractère complémentaire. Tout d’abord, le Psaume 1.1 décrit la manière bénie de vivre. Cet homme-là vit en accord avec des directives distinctes (conseils), des principes distincts (prend position), des convictions distinctes fermement établies (s’assoit). Dans Psaume 2.12, il est mis l’accent sur une relation particulière, ici, avec le Roi Oint, le Fils du Seigneur, au travers d’un dévouement personnel (embrassez ; comparez 1 Rois 19.18) et d’un abandon plein de confiance (cherche refuge). Deuxièmement, chaque psaume parle – chacun à sa façon – de ce que le Psaume 1.3 appelle la vie transplantée. Ni l’homme du Psaume 1, ni tous ceux évoqués au Psaume 2.12, ne sont là où ils étaient auparavant ; un grand changement s’est produit, une nouvelle position a été acquise. Au Psaume 1, la vie nouvelle vient des eaux vivifiantes ; au Psaume 2, on parle d’un « roi » qui, jadis, avait fait acte de soumission au Roi du Seigneur qui règne sur Sion. Le Psaume 87 décrit cela comme l’acquisition d’une nouvelle citoyenneté (comparez Philippiens 3.20), et par là même l’accès à de nouvelles possibilités, de nouvelles ressources et de nouveaux privilèges. Troisièmement, dans chaque cas, c’est en prêtant attention à la Parole de Dieu que naissent la nouvelle position et la nouvelle vie. La Parole du Seigneur a été proclamée aux rois de la terre (Psaume 2.2) leur annonçant que leur rébellion était sans issue, car son Roi était déjà à l’œuvre dans Sion (Psaume 2.6) – une parole confirmée par le témoignage du Fils selon lequel, en application du décret du Père, il était de son droit de posséder et de diriger la terre jusqu’à ses limites les plus reculées (Psaume 2.8-9). Au Psaume 1.23, les eaux qui abreuvent et rafraîchissent l’arbre transplanté résultent de la joie et du temps passé à méditer l’enseignement du Seigneur. Le cœur même du Psaume 2 trouve son accomplissement dans le règne de Jésus, le Roi du Seigneur, dans la ville de Sion de l’époque (Hébreux 12.22-24) et dans l’éternelle Sion (Apocalypse 22.10 ; 22-27 ; 22.1) ; le cœur même du Psaume 1 trouve son accomplissement dans la provision que le Seigneur offre au travers de sa Parole, inspirée et achevée (2 Timothée 3.10-17) ; le cœur de la vie spirituelle réside, ainsi que nous l’enseignent les Psaumes, dans notre dévotion (Psaume 2.12a) et le recours que nous exerçons continuellement auprès du Seigneur Jésus (Psaume 2.12b), ainsi qu’à l’attention assidue que nous portons à la Parole de Dieu (Psaume 1.2).

2

Psaume 3

Affronter un nouveau jour

1. Un chant 1  de David lorsqu’il fuyait devant son fils Absalom 2  .

A.1. Le problème

2. Yahvé, que 3  mes adversaires sont nombreux !

Qu’ils sont nombreux, ceux qui s’élèvent contre moi !

3. Qu’ils sont nombreux ceux qui disent à mon âme 4 , ‘Il n’y a point de salut pour lui en Dieu !’ (Selah) 5

B.1. L’affirmation

4. Et toi 6 , Yahvé, tu es un bouclier autour de moi, ma gloire, 7  et Celui qui relève ma tête !

C. L’assurance

5. De ma voix 8 , je ne cessais de crier à Yahvé, et il m’a répondu assurément, de Sion, la colline de sa sainteté. 9  (Selah)

6. Quant à moi, je 10  me suis allongé et j’ai dormi 11 ; je me suis réveillé, car c’est Yahvé qui continue de me soutenir. 12

7. Je ne crains pas les myriades de ceux qui, tout autour, ont pris position contre moi.

1 mizmor [רומזמ] du verbe zamar [רמז] « faire de la musique », d’où « une composition musicale », un « chant ». Même en pleine fuite pour sauver sa vie, David a encore le cœur à chanter ! Le psaume nous apprend à affronter les jours difficiles. Pour autant que nous le sachions, ces « titres » ont toujours fait partie intégrante du texte des Psaumes, considérés comme le verset 1 dès que la numérotation des versets fut mise en place. Ils méritent d’être considérés comme une pertinente introduction à leur psaume.

2 Voir 2 Samuel 15.17.

3 L’exclamation « Que […] ! » n’apparaît qu’une seule fois mais, selon la versification hébraïque, elle régit également les deux lignes suivantes. L’inimitié est concrète et forte (stique 1), active (stique 2), triomphaliste et pleine d’assurance (stiques 3 et 4).

4 « Âme », nefesh [שפנ], est ici une manière emphatique de signifier le « moi », la personne par essence, considérée comme le cœur de son être et de son individualité.

5 Le terme selah [הלס] est trouvé plus de soixante-dix fois dans le livre des Psaumes, mais sans signification claire de nos jours. Il semble être une indication sur la manière dont le psaume devait être chanté pendant l’adoration. [LXX : « interlude ».]

6 Un « toi » emphatique, soulignant le fait de se tourner délibérément vers Yahvé, de se concentrer sur lui face à l’adversité, étape prioritaire lorsque surviennent les jours difficiles.

7 À ce moment précis, David a perdu toute « gloire » terrestre (cf. 2 Samuel 15.30). Mais sa vraie gloire demeure : la présence de Yahvé qui l’environne.

8 « De ma voix » décrit l’articulation à haute voix de notre prière, avec nos propres mots, nous approchant personnellement de Yahvé pour lui confier tout ce que nous savons de la situation.

9 Voir Psaume 2.6. Absalom s’était emparé de la Montagne de Sion, mais Yahvé n’a pas abdiqué de « l’authentique » Sion.

10 Le pronom personnel « je » est ici emphatique : « Imaginez-moi, dans la situation où je me retrouvais, passant pourtant une bonne nuit de sommeil ! »

11 Forme cohortative, exprimant ici l’emphase : « Et comme j’ai bien dormi ! »

12 Le Seigneur est mon oreiller ! Notez l’accent mis sur « Yahvé ».

B.2. La prière

8. Lève-toi, Yahvé ! 13

Sauve-moi, mon Dieu !

A.2. La solution

Car tu frapperas certainement tous mes ennemis sur la joue ; les dents des méchants, tu briseras sans aucun doute ! 14

9. À Yahvé appartient le salut !

Sur ton peuple 15 , ta bénédiction ! (Selah)

Psaume 4

Affronter une autre nuit 16

1. Appartient au conducteur de louange 17 ; pour instruments à cordes 18 ; un chant 19  de David.

A.1. Prier Dieu avec assurance

2. Quand j’appelle, réponds-moi, Dieu de ma justice. 20  Dans l’adversité, tu auras certainement compassion de moi.

Accorde-moi ta grâce 21  et entends ma prière.

B.1. Les détracteurs sapent la confiance en soi

3. Fils de l’homme, jusqu’à quand ma gloire deviendra-t-elle ignominie ?

Combien de temps aimerez-vous ce qui ne vaut rien, chercherez 22  -vous à tromper ? (Selah)

13 Comparez Nombres 10.35. David voitil son minuscule groupe en fuite comme une image du peuple de Dieu engagé dans une marche en avant – ainsi capable de faire sien cet ancien cri d’exhortation ?

14 L’emploi du qatal exprime ici la certitude que l’action exprimée, bien que située dans le futur, va infailliblement se produire. « Frappe sur la joue » évoque une réprimande ; « brise les dents » parle d’un désarmement, de rendre inoffensif (à l’instar de l’expression « il aboie mais ne mord pas »).

15 Ceux qui se sont ralliés à David, tous ceux envers qui il se sent responsable en tant que roi. Sa prière porte ainsi au-delà du souci de sa propre personne.

16 Un autre psaume probablement rédigé pendant sa fuite devant Absalom. David va affronter une nouvelle nuit sous les étoiles ! Ce qui donne aux troupes d’Absalom vingt-quatre heures supplémentaires pour poursuivre et attaquer, accroissant d’autant la menace !

17 Littéralement « À l’Éminent » ; cette mention se retrouve au début de cinquante-quatre psaumes. Dans 2 Chroniques 34.13, il est diversement traduit par l’acte de « surveiller », de « diriger » ou d’être « responsable de », c.-à-d. par un rôle de supervision. Dans 1 Chroniques 16, il est rapporté que David avait engagé des conducteurs de louange. On peut supposer que, à une époque où les psaumes n’étaient pas encore rassemblés dans ce qui est devenu notre livre des Psaumes, certains « conducteurs de louange » avaient rassemblé, sous ses bons auspices, une première collection à partir de diverses sources. [LXX : eis to telos, généralement traduit par « pour la fin (ou la finalité) ». Ce terme pourrait aussi s’appliquer à la souveraineté décisive, c.-à-d. « à la personne ayant autorité ». Théodotion propose « pour la victoire » ; Aquila lit « à celui qui produit la victoire » et enfin la version de Symmaque est « chant de victoire ».]

18 neguïnôt [תוניגנ] du verbe naguân [ןגנ] « frapper », supposé généralement être le fait de frapper un instrument à cordes. [LXX : psalmoïs, qui désigne primitivement l’action de tendre puis de lâcher, faire vibrer, une corde.]

19 Voir Psaume 3 (l’en-tête).

20 C’est-à-dire « mon juste Dieu », le Dieu qui ne déviera jamais de ce qui est juste ; de la justesse de ses principes et de ses promesses.

21 Comme toujours dans la Bible, la grâce est, depuis sa première mention dans Genèse 6.8, la pure bonté imméritée et injustifiée de Dieu.

22 « Rechercher » a comme souvent le sens de « vouer votre vie et votre énergie à un but donné » (comme suivre Absalom, pourtant sans espoir).

C. La spiritualité en sept points 23

4. Sachez donc que Yahvé a mis à part pour luimême le bien-aimé (Yahvé entendra quand je l’appellerai !).

5. Soyez inquiets, et cessez de pécher. Parlez en vos cœurs sur votre couche, et gardez le silence. 24  (Selah)

6. Sacrifiez des sacrifices de justice, et mettez votre confiance en Yahvé.

B.2. Les opposants répandent le découragement

7. Beaucoup disent : Qui nous fera voir le bien ? (Fais lever sur nous la lumière de ta face, Yahvé !) 25

A.2. La paix par le repos en Yahvé

8. Tu m’as accordé la paix dans le cœur, plus que lorsque leur blé et leur vin nouveau, en leur saison, abondaient. 26

9. Dans la paix je m’allongerai et je m’endormirai 27  immédiatement. Car c’est toi seul, Yahvé, qui me fait vivre en sécurité.

Psaume 5

Un nouveau jour commence

28

:

place à la prière et à la droiture !

1. Appartenant au conducteur de louange 29 ; pour la nehilôt 30 ; un chant de David.

A.1. Regarder à Dieu et démarrer la journée en priant

2. Mes mots 31  – accorde-leur ton écoute, Yahvé. Discerne 32  ma méditation.

3. Prête attention à la voix de mon appel à l’aide, mon Roi et mon Dieu,

23 À qui s’adressent ces versets ? En principe, aux ennemis de David qui sont appelés à se repentir ; mais ensuite, à ceux qui suivent David lui-même, en leur apprenant comment agir et réagir devant les problèmes et les dangers qu’ils affrontent ; troisièmement, à nous – dans quel état d’esprit allons-nous faire face aux vicissitudes de la vie ? Voici sept commandements : A. appuyez-vous sur cette vérité que Yahvé veille sur les siens (verset 4) ; B. vous ne pouvez vous empêcher d’avoir peur (verset 5a), mais ne laissez pas cette peur vous mener au péché (verset 5b) ; C. profitez de moments intimes réguliers (verset 5c) et D. restez calme et silencieux devant Dieu (verset 5d) ; E. utilisez les vecteurs de grâce donnés par Dieu, F. en respectant l’esprit dans lequel ils sont censés être utilisés (verset 6a) et G. conservez toujours une attitude de totale confiance (verset 6b).

24 Ou bien « restez calme ». L’idée d’arrêter de parler offre un contraste frappant avec l’attitude des détracteurs des versets 3 et 7.

25 Pour la deuxième fois (voir au verset 4), une prière comme « décochée » vers Dieu, comparez Néhémie 2.4.

26 C’est-à-dire plus qu’aucune joie purement terrestre, profane.

27 Actes 12.6.

28 Le Psaume 5 ne donne pas d’indication de temps ni de lieu mais il serait pertinent de le situer lors de la fuite devant Absalom : David fait face à un nouveau jour de fuite et de danger.

29 Voir l’en-tête du Psaume 4.

30 Sens inconnu : vient, selon certains, de halal [ ללח] « forer (des trous) », d’où le mot « flûtes ». Comparez avec 1 Samuel 10.5. [La LXX, y voyant la racine nahal [ לחנ] propose une interprétation que peu ont suivi : « pour l’héritière / celle qui prend possession ».]

31 Il est, en français, très maladroit de commencer la phrase par « Mes mots » mais nous suivons l’hébreu car c’est ainsi que David souligne l’importance du fait de parler à Dieu.

32 C’est-à-dire : « va droit au cœur de ce que je suis en train de ressentir et de dire ». Tout comme « mes mots » souligne l’importance de la prière, « discerne » nécessite une écoute intime.

car c’est toi que je prie sans relâche.

4. Yahvé, au matin tu entendras ma voix ; au matin 33 , je te l’exposerai 34 , et je ne cesserai de guetter 35 .

B.1. Le sort des méchants

5. Car tu n’es pas un Dieu transcendant 36  qui prend plaisir à la méchanceté ; une personne malveillante ne sera pas ton invitée 37 ;

6. les arrogants 38  ne tiendront pas devant tes yeux ; tu hais tous les fauteurs de troubles 39 ;

7. tu détruiras ceux qui parlent la fausseté ; le sanguinaire 40  et l’homme fourbe tu as en abomination, Yahvé.

C. Une vie spirituelle équilibrée

a) Avec Dieu

8. Pour ma part 41 , dans l’abondance de ton fidèle amour 42  je viendrai dans notre maison 43 ; je me prosternerai avec adoration, tourné vers le temple de ta sainteté dans la crainte de toi.

b) Devant le monde

9. Yahvé, conduis-moi dans ta justice à cause de mes adversaires 44 ; rends droit, devant moi, ton chemin.

33 La répétition « matin […] matin » ne signifie pas simplement « chaque matin » (quoique cela puisse être le cas), mais souligne le moment : la première chose à faire en débutant sa journée.

34 Verbe ‘arak [ךרע], « mettre les choses dans l’ordre approprié » : le sacrifice (Genèse 22.9), la ligne de combat (1 Samuel 17.8), un exposé systématisé (Ésaïe 44.7).

35 C’est-à-dire guetter la réponse de Yahvé, cf. Habakuk 2.1.

36 Le nom le plus usité pour désigner « Dieu » est la forme plurielle elohïm [םיהלא], Dieu dans la plénitude de ses attributs divins. Ici nous avons le nom singulier el [לא], Dieu dans sa divinité transcendantale. [Précisons que elohïm est vraisemblablement la forme plurielle de eloha [הולא], el étant quant à lui le singulier de elïm [םלא] / elïm [םילא] : cf. Psaume 29.1 et sa note.]

37 Verbe gour [רוג] : être un résident étranger, prendre un logement temporaire, rechercher asile, être invité pour la nuit.

38 holelïm [םיללוה] : vantard, arrogants et vains, insensés, irréfléchis, violents ; au mépris de toute sécurité (2 Rois 9.20).

39 avën [ןוא], « peine, affliction » (Genèse 35.18 ; Proverbes 22.8) ; « idolâtrie » (1 Samuel 15.23 ; Osée 12.11) : « méchanceté », ce qui est généralement mauvais dans la vie d’une personne (Ésaïe 1.13).

40 Littéralement « homme de sang », d’où « sanguinaire », « assoiffé de sang » ou coupable d’avoir versé le sang. Quelqu’un n’ayant fondamentalement aucun respect pour la vie. « Fourbe », qui n’a aucun respect pour la vérité.

41 Emploi emphatique du pronom personnel « je », soulignant une résolution et un engagement personnels.

42 heced [דסח], pour désigner l’amour engagé que Dieu a pour son peuple. La compassion est un amour rempli d’émotion ; heced est l’amour « immuable / qui s’engage », et qui fait dire au marié « oui, je le veux », un amour marqué par la détermination et l’engagement. La compassion est un amour qui vient du cœur, être amoureux ; heced, c’est l’engagement d’un amour authentique, un acte de volonté proclamé.

43 « Maison » et « temple » n’impliquent pas de devoir dater ce psaume postérieurement au projet de construction de Salomon. Comparez avec 1 Samuel 1.9, 24 ; 3.3, où la tente installée à Siloh est désignée comme la « maison » et le « temple » du Seigneur.

44 shorër [ררוש], d’une racine verbale inconnue pouvant signifier « fixer les yeux sur » – en particulier avec hostilité (Psaumes 27.11 ; 54.7 ; 56.2 et 59.11). Le sens est ici « garde-moi sur le chemin de la droiture car je suis sans cesse observé ». Les observateurs hostiles sont décrits aux versets 10-11.

B.2. Le sort des rebelles

10. Car dans leur bouche il n’y a pas de fiabilité ; en leur être intérieur ne résonne qu’une ruine totale 45 ; leur gorge 46  est une tombe ouverte ; avec leur langue, ils mettent en œuvre ce qui est glissant.

11. Déclare-les coupables 47 , ô Dieu ! Que leur chute soit le résultat de leurs plans ! 48  Car 49  l’abondance de leurs rébellions en fait des bannis, car ils se sont révoltés contre toi.

A.2. Recevoir de Dieu la joie, la faveur, la protection

12. Et 50  puissent tous ceux qui prennent refuge en toi se réjouir ; pour toujours, qu’ils poussent des cris de joie retentissants 51 , et puisses-tu les protéger, et puissent-ils exulter en toi, ceux qui aiment ton nom !

13. Car tu béniras toi-même le juste 52 , Yahvé ; comme un bouclier de corps 53 , dans ta faveur, tu l’encercleras 54 .

Psau me 6

Un grave danger, une magnifique délivrance

1. Appartient au conducteur de louange ; pour instruments à cordes ; pour la Huitième ; un chant de David 55 .

45 Littéralement « leur intérieur est en totale ruine », apposition caractéristique de l’hébreu, c.-à-d. lorsqu’une chose est totalement identifiée à une autre : « ils sont fondamentalement corrompus ».

46 C’est-à-dire qu’ils « dévorent » autrui pour leur propre satisfaction : insatiables, impitoyables arrogants.

47 Verbe ashâm [ םשא] utilisé pour « l’offrande de culpabilité » (Lévitique 5-6), celle qui nécessitait une restitution envers la personne offensée et aussi envers Dieu, c.-à-d. qui traite tous les aspects du péché. En l’occurrence : « ne laisse aucun aspect de leur culpabilité passer inaperçu et rester impuni ».

48 Le verset 11b appelle à la rétribution morale – ce que méritent leurs plans ; le verset 12b aspire à voir la réaction divine devant les offenses causées à Dieu.

49 C’est-à-dire « en paiement de ».

50 L’usage de la conjonction dans l’hébreu est suffisamment souple pour s’adapter à tout type de lien grammatical suggéré par le contexte. Si l’intention est de mettre en avant le contraste entre les versets 10-11 et 12-13, elle peut prendre le sens de « mais ». J’ai préféré l’idée de continuation dans la description de la gouvernance divine et morale.

51 Verbe ‘alats [ צלע], signifiant « lancer un cri retentissant ». Dans le contexte ici : « exulter de façon tonitruante ».

52 Comme d’usage, « celui qui est ‘‘en règle avec Dieu’’ ».

53 Le plus large des boucliers, couvrant tout le corps : 1 Samuel 17.7, 41 ; Psaume 91.4.

54 Verbe ‘atar [ רטע], généralement traduit par « encercler ». Cependant, il pourrait aussi signifier le fait de « poser un cercle » sur la tête, c.-à-d. ici : « tu le couronneras ». [LXX : « comme d’un bouclier de faveur, tu nous as couronnés ».]

55 Voir l’en-tête du Psaume 5. shemïnit [תינימש] désigne littéralement un « huitième », ce qui peut être une directive musicale dont le sens a été perdu. Certains préfèrent y voir « (une harpe) à huit cordes ». La suggestion la plus intéressante (cf. Thirtle and Bullinger, For the chief musicians [Au chef des chantres], Londres, 1908, p. 72), fruit d’une étude sur 1 Chroniques 15.21, est que ce mot se réfère à la huitième compagnie qui conduisait l’Arche au sein de la procession soigneusement orchestrée par David : ce serait donc une chorale de lévites qui aurait été appelée « la Huitième ». La préposition ‘al [ לע], « pour », pourrait signifier « la responsabilité de ». [TRF : « à l’octave ».]

A.1. L’âme terrifiée 56

2. Yahvé, que ce ne soit pas dans ton exaspération 57  que tu me réprouves, et que ce ne soit pas dans ta colère que tu me disciplines.

3. Accorde-moi ta grâce, Yahvé, car je suis en train de dépérir. Guéris-moi Yahvé, car mes os 58  sont terrifiés,

4. et mon âme même est terrifiée à l’extrême. Et toi, Yahvé – jusqu’à quand ? 59

B.1. Premier désir : que Yahvé revienne

5. Oh reviens, Yahvé ! Oh libère mon âme ! Sauve-moi, car tu t’es engagé à aimer 60 .

6. Puisque dans la mort 61  on ne se souvient pas de toi ; dans le Shéol 62  qui te remercie ?

C. Chagrin sur chagrin

7. Je suis épuisé à force de gémir ; toute la nuit j’inonde 63  mon lit –ma couche par mes larmes se dissout 64

8. Les brimades font décliner ma vue 65  –elle vieillit à cause de tous mes adversaires.

B.2. Second désir : le départ des adversaires

9. Éloignez-vous de moi, vous tous, fauteurs de troubles 66 ,

56 Si nous dations également ce psaume à l’époque où David fuyait devant Absalom, nous ne pourrions que constater combien cette expérience fut épuisante pour le roi ; celui-ci ne pouvait que s’interroger sur le fardeau de cette haine incessante qui ne lui laissait pas de répit (versets 9 à 11), autant que se troubler : le Seigneur, dans sa colère, l’avait-il rejeté (versets 2 à 4) ?

57 Il est naturellement logique d’être amené à penser que Dieu est offensé lorsque l’on a expérimenté de grandes difficultés et vécu un grand choc. Dans 2 Samuel (à partir du chapitre 11), nous voyons comment son comportement avec Bath-Schéba, ainsi que son implication dans la mort de Urie, l’ont inhibé dès qu’il fut question de réagir au viol de Tamar par Amnon, au meurtre de Amnon par Absalom et finalement comment il fut facile pour Absalom (fils « gâté pourri ») de se rebeller, avec le tempérament explosif qui était le sien. L’expérience de la terreur vécue par David trouvait suffisamment de fondement dans ses propres péchés et ses erreurs. Pas étonnant qu’il ait nourri l’idée de la colère divine !

58 Le mot « os », ‘etsëm [םצע], désigne la structure physique dans sa stabilité et sa résilience. La tension et la pression qui naissent de la situation que connaît David sont telles qu’il lui semble impossible que son corps même en subisse davantage. « Âme », nefesh [שפנ], nous introduit dans le domaine du ressenti : l’esprit et les émotions de David, sa vie même, sont tous cruellement menacés.

59 Seule une intervention divine le sauvera, mais viendra-t-elle à temps ?

60 Voir note 42 plus haut.

61 Cette affirmation au sujet de la mort doit être prise dans son contexte : (a) David sent qu’il ne peut plus supporter l’accumulation de ses difficultés actuelles. Sa vie elle-même est en danger. (b) S’il devait mourir à l’instant, il s’agirait d’une mort sous le coup de la colère de Dieu : une telle mort annonce le désespoir d’une éternité privée de la communion avec Dieu.

62 Dans l’Ancien Testament, sheol [לואש] désigne le nom donné au « lieu » où les morts poursuivent leur existence. Cf. Psaumes 49.14-16 et 73.23-24. [LXX : hadês, terme qui sera également utilisé par les auteurs du Nouveau Testament.]

63 saha [החש], « nager » (cf. Ésaïe 25.11). Ici, la conjugaison au mode hiphil indique la causativité d’une action simple, c.-à-d. « faire nager » : inondé, saturé de pleurs, le lit baigne dans les larmes.

64 maça [הסמ] cf. Josué 14.8 ; Psaumes 39.12 et 147.18.

65 ‘ashash [ששע], cf. Psaume 31.10-11.

66 Voir Psaume 5, note 39.

car Yahvé a entendu la voix 67  de mes pleurs.

10. Yahvé m’a entendu supplier pour recevoir la grâce. Yahvé lui-même accepte 68  ma prière 69

A.2. Des ennemis terrifiés

11. Tous mes ennemis récolteront la honte 70  et seront terrifiés, ils rebrousseront chemin, récolteront la honte –soudainement !

67 « Voix », qol [ לוק], est souvent utilisé (comme c’est le cas ici) dans le sens de « son ».

68 Le verbe laqah [ חקל], « prendre, accepter », utilisé en lien avec la prière ne se retrouve qu’ici. Il s’agit en quelque sorte de l’étape consécutive au fait « d’entendre » : Yahvé a approuvé la requête et l’a « prise en compte » afin d’y répondre.

69 Dans cette ligne, à la fois « Yahvé » et « prière » se voient attribuer une place très emphatique. « Yahvé en personne a accepté cette prière – et c’est ma prière qu’il a acceptée ».

70 Le verbe bosh [ שוב], signifie plus que « se sentir honteux », « ressentir de l’embarras » ; cela va jusqu’à « moissonner la honte » – être déçu par tout ce que l’on a espéré.

1. Un shigayôn de David qu’il chanta à Yahvé suite aux paroles de Cush, un Benjamite. 71

A.1. La prière

2. Yahvé, mon Dieu en toi je me suis réfugié. Sauve-moi de tous ceux qui me poursuivent, et délivre-moi,

3. de peur que, comme un lion, ils ne me déchirent, ne me mettent en pièces et qu’il n’y ait personne pour délivrer.

B.1. Le péché et la sanction

4. Yahvé, mon Dieu, si j’ai fait cela, 72  s’il se trouve de la déviance dans ma main ;

5. si j’ai payé de retour, celui qui était en paix avec moi, par le mal, et que j’ai dépouillé ceux qui me sont hostiles sans cause –

6. qu’un ennemi poursuive mon âme, et me rattrape, et qu’il foule aux pieds ma vie à terre, et que dans la poussière il fasse habiter ma gloire. (Selah)

71 Bien des éléments restent obscurs dans cet en-tête. Shigayôn [ ןויגש] (dont la seule autre mention dans toute la Bible est en Habakuk 3.1) est un terme dont la signification est incertaine. Beaucoup le rattachent au mot shaga [הגש], « s’égarer, se perdre » – dans le sens de « être angoissé » – ce qui annoncerait donc un poème émotionnellement intense. Cela me paraît un peu tiré par les cheveux. Thirtle et Bullinger (ouvrage cité à la note 55 du psaume précédent) préfèrent shag [ גאש], « rugir » (cf. Amos 1.2), comme le cri pressant lancé vers Dieu dans le Psaume 38.10. C’est possible, quoique incertain. « Chanta » : shir [ ריש], cf. en-tête du Psaume 45. Cush est inconnu par ailleurs. Les Benjamites étaient peut-être parmi ceux qui critiquaient David au sein de la cour du roi Saül, lui-même Benjamite (cf. 1 Samuel 22.7 ; 24.9 ; 26.19). Il est également à noter que les Benjamites étaient impliqués dans le mouvement de révolte d’Absalom (2 Samuel 19.16-17). L’une de ces explications pouvait fournir le cadre du Psaume 7. [Comme neguïnot, la LXX traduit shigayôn par psalmos, cf. Psaume 4, note 18.]

72 « Cela » désigne à la fois ce dont Cush a accusé David ainsi que les iniquités qui sont listées dans la foulée ; ou bien l’un des deux.

C.1. Le Dieu qui juge

7. Dresse-toi, Yahvé, dans ton exaspération 73 ; lève-toi contre les déchaînements 74  de ceux qui me sont hostiles, et réveille-toi en ma faveur : c’est le jugement que tu as ordonné.

8. L’assemblée des États t’entourera : au-dessus d’elle 75 , bien haut, reviens, je t’en prie –

9. Yahvé siégera en personne pour juger les peuples.

C.2. Debout devant le Dieu juste

Prononce un jugement sur moi, Yahvé, selon ma droiture 76 , et, en accord avec mon intégrité, qu’il tombe sur moi.

10. S’il te plaît, que le mal des méchants prenne fin, et établis le juste. Il en est un qui passe vraiment au crible les esprits et les sentiments 77  –un 78  Dieu juste !

C.3. Le Dieu qui juge

11. Mon bouclier est sur 79  Dieu, le Sauveur de celui qui est droit dans le cœur.

12. Dieu 80  est un juste juge : un Dieu transcendant qui s’indigne chaque jour.

13. Si l’on ne fait pas demi-tour 81 , il aiguisera cette épée qui lui appartient ; son arc 82  il bandera 83 , c’est certain, et il le tiendra prêt.

14. Et pour s’en servir, il préparera à coup sûr des instruments de mort ; il fera de ses flèches des incendies.

73 Voir Psaume 2.5.

74 Du verbe ‘avar [ רבע], « traverser, aller au-delà des limites », d’où « une colère qui éclate, qui se déverse ».

75 David dépeint Yahvé siégeant sur les hauteurs pour juger le monde. Il s’agit du Jugement dernier que ni lui ni ses opposants ne peuvent éviter. Pourtant, même devant ce tribunal, il a l’assurance d’être lavé de toute accusation. Il n’est pas pour lui de formule plus frappante pour clamer son innocence dans l’urgence présente.

76 Au sein des psaumes, de telles déclarations doivent toujours être liées à leur contexte. Il ne s’agit pas de revendiquer une perfection exempte de tout péché, mais de clamer son innocence dans la situation présente.

77 Littéralement « les cœurs et les reins » : le premier évoquant l’esprit, la volonté, la conscience, l’imagination ; le second renvoyant aux émotions. Pris ensemble, ils désignent l’entière nature humaine considérée de façon introspective.

78 Il arrive parfois (comme ici) que l’article indéfini soit plus emphatique que l’article défini ! [Précisons que l’hébreu ne possède pas d’article indéfini ; ce que le français exprime par ce dernier, l’hébreu l’exprime par l’absence d’article défini. On peut donc aussi traduire : « Dieu juste ! » ou avec l’emphase : « Ô Dieu Juste ! ».]

79 C’est-à-dire : Dieu est le porteur de mon bouclier (marchant devant moi pour me garder, cf. 1 Samuel 17.7 ; 1 Chroniques 18.7).

Ma défense est sous sa responsabilité.

80 Les deux mots utilisés pour désigner Dieu se retrouvent dans ce verset. Le premier est le pluriel elohïm, Dieu dans la plénitude de ses attributs divins. Le second est le singulier el, le Dieu transcendant. [Cf. Psaume 5, note 36.]

81 « Faire demi-tour » est l’expression de la repentance dans l’Ancien Testament : se détourner de… et revenir à…

82 L’usage combiné de l’épée et de l’arc illustre qu’il ne saurait y avoir d’échappatoire au jugement divin : l’épée atteint ceux qui sont proches, la flèche ceux qui sont éloignés.

83 L’emploi du qatal exprime ici la certitude que l’action exprimée, bien que située dans le futur, va infailliblement se produire.

B.2. Le péché et la sanction

84

15. Prêtez attention ! Il œuvre avec malveillance, et imagine les problèmes, et enfante un mensonge.

16. Il a créé une fosse et l’a creusée ; et il est tombé dans le gouffre qu’il a fait !

17. Ses problèmes lui reviendront sur la tête, et sur son crâne sa violence redescendra.

A.2. La louange

18. Je rendrai grâce à Yahvé selon sa justice, et j’en ferai de la musique pour le nom de Yahvé, le Très-Haut 85

84 Les parties B (versets 4-6 et 15-17) expriment les deux façons dont la loi morale fonctionne dans le monde : les versets 4-6 nous rappellent qu’un Dieu juste gouverne en parfaite justice ; les versets 15-17 nous rappellent que le péché ne peut se comporter, par nature, que comme un boomerang.

85 Les bornes encadrant le psaume sont « Yahvé » (premier mot) et « Yahvé le TrèsHaut » (dernier mot). La vie se déroule au sein de ce cadre (y compris ses épreuves les plus douloureuses).

Le temps de la réflexion

Que les Psaumes 3 à 7 aient tous été rédigés au temps de la révolte d’Absalom reste dans une large mesure une hypothèse (sauf en ce qui concerne le Psaume 3). Ce qui ne peut être nié en revanche, c’est qu’ils sont apparus pendant une période (ou des périodes) d’hostilité. Par comparaison, l’esprit enjoué des Psaumes 3 et 4 adopte un ton nettement plus inamical dans le Psaume 5, laissant apparaître une conscience plus aiguë de la méchanceté à laquelle est confronté David. Puis survient la « terreur » relatée dans le Psaume 6.3, 4, 11 et, pour finir, le sentiment solennel du jugement divin et du jugement éternel, qui est la préoccupation du Psaume 7. Ce sont des psaumes assurément adaptés aux périodes troublées–offrant de nombreuses leçons à toutes les âmes tourmentées. Une simple observation laisse voir une leçon absolument fondamentale. Sur les quelque cinquante-cinq versets de ces psaumes, environ quinze concernent les ennemis et leurs menaces, mais à peu près trente portent sur des vérités, les pensées de Dieu ainsi que des descriptions de prières et de louanges. Quelle que soit la forme que prend le problème–l’hostilité des autres, des problèmes propres à certaines circonstances et autres tragédies, des chagrins personnels–il tend à nous faire rentrer en nous-mêmes, à nous pousser à nous retirer pour « panser nos blessures », pour chercher un coin où nous pouvons geindre tout notre saoul, nous répandre sur l’injustice de la vie, et raconter à l’envi combien nous sommes malheureux ! David est un homme bien trop réaliste pour dire « oubliez vos problèmes ». Ni ses problèmes ni les nôtres ne sont à tenir pour négligeables ou sans conséquences. Non, n’essayez pas de les oublier, mais plutôt regardez-les bien en face et décrivez-les, comme le font ces psaumes. Il est bien souvent plus angoissant de devoir affronter quelque chose de vague que de le faire franchement et en toute connaissance de cause. Mais contrebalancez toujours les problèmes, les blessures, les peines ou quoi que ce soit, par les grandes vérités concernant le Seigneur et en ayant recours à la prière et à la louange. Voyez comment débutent nos psaumes : Yahvé (Psaume 3) ; Dieu de ma justice (Psaume 4) ; Écoute […] Yahvé (Psaume 5) ; Yahvé (Psaume 6) ; Yahvé mon Dieu (Psaume 7). Jetez à nouveau un œil sur les vérités révélées au Psaume 4 : le Dieu qui répond à la prière (verset 2) ; qui met à part ceux qu’il aime d’un geste protecteur (verset 4) ; qui donne plus de joie que ce que le monde peut apporter (verset 8) ; et qui nous garde en sécurité et dans la paix (verset 9). L’esprit qui a emmagasiné la vérité est un esprit fortifié.

8

Le pouvoir des impuissants

1. Appartient au conducteur de louange 1 ; pour la guittite 2 ; un chant 3 de David.

A.1. Yahvé le Souverain

2. Yahvé, notre Souverain, combien est magnifique 4 ton nom 5 sur toute la terre !

B.1. La loi de Yahvé

Toi qui as mis ta splendeur au-dessus des cieux –3. de la bouche des bébés et des enfants au sein 6 tu as fondé 7 la force, à cause de tes adversaires, afin d’apaiser 8 l’ennemi et le vengeur !

C. La condescendance de Yahvé

4. Lorsque je contemple tes cieux 9 , les œuvres de tes doigts 10 , la lune et les étoiles que tu as établies,

5. qu’est-ce que l’homme en soi 11 pour que tu te souviennes de lui, et le fils de l’homme 12 pour que tu le visites 13 ! –

1 Voir l’en-tête du Psaume 4.

2 Signification incertaine. Gath étant alors une ville philistine, la guittite était-elle un instrument de musique philistin ? Ou une mélodie liée à cette ville ? Le singulier gat [ תג] signifie « pressoir à vin » : était-ce une mélodie associée aux vendanges, à la moisson ? De même aux Psaumes 81 et 84.

3 Voir l’en-tête du Psaume 3.

4 adir [ רידא] associe le sens de dignité, d’une position de noblesse, avec l’idée de magnificence et de puissance. Notez le parallèle avec « splendeur ». Cf. Psaumes 76.5 et 93.4 ; Ésaïe 33.21, « majestueux ».

5 Le « nom » signifie que la référence porte non sur Dieu dans sa réalité divine mais sur Yahvé tel qu’il s’est fait lui-même connaître à son peuple. La révélation unique faite à Israël est destinée au monde entier.

6 Les humains dans leurs faiblesses, leurs plus grandes vulnérabilités. Cf. 1 Corinthiens 1.27. On peut songer à la délivrance de David des mains d’Absalom, alors qu’il se voyait lui-même si exposé et désarmé (comme dans les Psaumes 3 à 7) ou, plus tôt, à sa délivrance des menaces de Saül (1 Samuel 23.14ss ; 25 ; 26).

7 C’est-à-dire : « tu as posé les fondations de / pour ».

8 shabbat [ תבש] « se reposer, s’arrêter, faire silence », ici sous une forme causative : « faire se reposer, faire cesser, calmer ».

9 L’absence de référence au soleil indique qu’il s’agit d’un psaume nocturne, imprégné de la splendeur majestueuse du ciel la nuit.

10 La « main » est le membre de l’engagement personnel ; « les doigts » poussent cette image un peu plus loin – l’attention portée aux détails.

11 « L’homme en soi » traduit enosh [ שונא], mot dérivé à l’origine incertaine, mais qui vient peut-être du verbe peu habituel anash [ שנא], devenir faible. Quoi qu’il en soit, enosh représente l’humanité dans sa vulnérabilité, sa faiblesse.

12 Ou « fils d’Adam ». Si « l’humanité en soi » exprime la fragilité, « fils de l’homme » exprime la mortalité.

13 Très souvent utilisé dans le sens de « prêter attention à, prendre soin de ».

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