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La courbe J

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LA COURBE J

MOURIR POUR RENAÎTRE AVEC JÉSUS CHAQUE JOUR

© 2026, éditions Vida

CLC–BP 9 – F-26216 Montélimar Cedex vida@clcfrance.com – www.vida-editions.com

ISBN : 978-2-38391-261-3 (papier) / 978-2-38391-961-2 (epub)

Responsable éditoriale : Claire Trestour

Titre original : J- curve, Dying & Rising with Jesus in Everyday Life © 2019 by Paul E. Miller

Published by Crossway 1300 Crescent Street Wheaton, Illinois 60187.

Traduit de l’anglais par Loanne Procopio.

Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version Louis Segond révisée, dite « à la Colombe ».

Diffusé en Belgique par la Centrale Biblique

Diffusé au Canada par CLC Canada

Diffusé aux États-Unis par CLC USA

Diffusé en Suisse par RDF Édition

Tous droits réservés. Toute reproduction ou transmission, totale ou partielle, par voie électronique, mécanique ou autre, ainsi que tout enregistrement ou photocopie, sont interdits sans le consentement préalable de l’éditeur.

Couverture : Jennyfer Val Katende

Dépôt légal : juillet 2026

Impression (juin 2026) – Totem – Pologne

Mots-clés : 1. Croissance spirituelle. Transformation intérieure. 2. Sanctification. Souffrance. 3. Réflexion chrétienne. Foi.

PAUL E. MILLER

LA COURBE J

MOURIR POUR RENAÎTRE AVEC JÉSUS CHAQUE JOUR

« Les mots me manquent pour dire à quel point j’ai trouvé ce livre vivifiant. Voilà des années maintenant que je creuse les Écritures et les articles académiques afin de mieux comprendre ces thèmes de l’union avec Christ, de la mort et de la résurrection avec lui, et de la transformation du croyant à l’image de Christ. Il me manquait un ouvrage qui se focalise sur l’aspect concret et réaliste que Paul Miller cerne si admirablement. Les exemples qu’il tire de la vie de tous les jours (de celle des « saints ordinaires », mais aussi de la sienne) nous aident à voir à quoi ces vérités de l’Évangile ressemblent en pratique. Il m’est arrivé plus d’une fois de m’exclamer : « À elle seule, cette phrase vaut bien le prix du livre entier ! » J’ai hâte qu’il soit publié – j’aimerais que tous les membres de mon Église le lisent. »

C. D. « Jimmy »  Agan III, pasteur principal d’Intown Community Church à Atlanta, en Géorgie

« J’aime énormément ce livre. L’importance que Miller accorde à la résurrection est un véritable festin pour moi. Je suis enthousiasmé par l’accent qu’il met sur l’union avec Christ ; l’Évangile, en effet, est plus que la seule justification. Cependant, j’ai préféré la cinquième partie, celle qui porte sur la communauté formée par la courbe J. C’est un Évangile merveilleux, encore plus grand et plus centré sur Jésus ! Nous avons besoin de ce message, et le style de Paul Miller est tout à fait juste : il s’appuie sur les contributions de spécialistes en la matière tout en incluant son expérience personnelle et des exemples d’autres personnes. C’est exactement ce dont nous avons besoin pour être équipés à vivre selon l’Évangile au sein d’une culture chrétienne sur le déclin. »

D. Clair Davis, professeur émérite d’histoire de l’Église au Westminster Theological Seminary

« Dans cet ouvrage plein de sagesse et facile à lire, nous découvrons comment les doctrines bien-aimées de la justification et de l’union avec Christ façonnent les pensées, les paroles, les émotions et les actions du croyant. Je recommande vivement ce livre pour quiconque cherche à être un disciple de Christ sur la base de son Évangile. »

Dan Doriani, professeur de théologie au Covenant Theological Seminary

« Paul Miller traite magistralement du sujet de la vie chrétienne dans une perspective biblique. Armé d’un réalisme à toute épreuve quant au fait que nous sommes obnubilés par nous-mêmes, soucieux de notre apparence et portés sur un individualisme caractéristique de notre époque, il présente un modèle biblique de vie qui nous libère et fait naître la joie. J’espère que cette approche de la vie à la fois si contre-culturelle et si désespérément indispensable exercera une influence croissante sur le christianisme à travers le monde. »

Ajith Fernando, directeur de l’enseignement pour Youth for Christ, au Sri Lanka ; auteur de Discipling in a Multicultural World [Faire des disciples dans un monde multiculturel]

« Le livre précédent de Paul Miller sur la prière, A Praying Life [Une vie en prière], a eu un profond impact sur ma compréhension de la prière et sur ma façon de l’enseigner. À ce jour, je crois qu’il s’agit du livre le plus important de notre génération sur le sujet ! Je suis ravi qu’il ait porté son attention sur un autre thème mal compris et oublié, à savoir la puissance de vie nouvelle qui découle de notre vision de nous-mêmes, en tant que croyants : morts au péché et vivants pour Dieu en Christ. L’auteur parvient à présenter des vérités fondamentales de manière accessible, et vous verrez pourquoi dans cet ouvrage – parce qu’il les vit. Ce livre n’est pas un positionnement théologique, mais un simple guide rédigé par quelqu’un qui a l’habitude d’emprunter ce sentier, et qui désire vous montrer que vous aussi, vous pouvez y marcher. »

J. D. Greear, président de la Southern Baptist Convention ; auteur de Not God Enough [Pas assez bon] ; pasteur de The Summit Church à Raleigh-Durham, en Caroline du Nord

« J’ai apprécié bien des aspects de ce livre. L’apôtre Paul nous dit que les croyants sont morts et ressuscités avec Jésus. Paul Miller nous aide à découvrir ce à quoi cette vérité ressemble dans la vie de tous les jours. Son enseignement vise juste et sera d’une grande aide pour beaucoup. »

John M. Frame, professeur émérite de théologie systématique et de philosophie au Reformed Theological Seminary

« Dans l’Évangile, et dans notre vie en tant que chrétiens, rien n’importe davantage que la réalité de notre union avec Christ telle que les Écritures nous l’enseignent. Je salue Paul Miller pour son désir de mettre en pratique cet enseignement dans les questions touchant à notre vie de disciple. »

Richard B. Gaffin Jr., professeur émérite de théologie biblique et systématique au Westminster Theological Seminary

« Paul Miller a attentivement observé Jésus. Il a attentivement observé comment l’œuvre de la grâce agit dans la vie de l’apôtre Paul et dans la sienne. Alors, prenez le temps de lire ce livre attentivement. Vous deviendrez une personne plus profonde, plus sage, plus authentique, plus humble, plus joyeuse, plus intentionnelle. Et vous marcherez dans la lumière d’un pas plus assuré. »

David Powlison, directeur exécutif de Christian Counseling & Educational Foundation

« Je reconnais que j’avais un fort a priori avant même d’ouvrir ce livre : j’étais enthousiaste de découvrir le nouvel ouvrage de Paul Miller, La courbe J. La gloire et la grâce de Philippiens  2.5-11 figurent au cœur de celui-ci, et l’auteur nous offre une introduction accessible, opportune et théologiquement juste de la vie en Christ. Paul Miller a la réputation d’aimer profondément l’Évangile et d’être maître en l’art d’illustrer son propos, et ces deux qualités sont amplement mises en avant ici. Ce livre nous montre comment vivre selon les rythmes de l’Évangile, à la vitesse de la grâce. Une vie d’union et de communion avec Jésus n’a jamais semblé aussi belle et pratique. »

Scotty Ward Smith, pasteur émérite de Christ Community Church à Franklin, Tennessee ; enseignant en résidence à West End Community Church à Nashville, Tennessee

« “Qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive.” Qu’est-ce que Jésus nous demande de faire – ou d’être – au juste ? À quoi cela ressemble-t-il dans

notre quotidien ? Ces questions sont intensément pratiques dès l’instant où je me réveille le matin. Et c’est la raison pour laquelle j’aime beaucoup le nouveau livre de Paul Miller, La courbe J : mourir pour renaître avec Jésus chaque jour. Je n’ai jamais lu un ouvrage aussi pratique sur la manière dont un chrétien peut s’épanouir dans la détresse la plus profonde. Ce livre révolutionnera votre vision de la souffrance et votre relation avec Christ. Si vous avez soif d’une vie transformatrice avec votre Sauveur, ce livre est le meilleur guide pratique qui soit. »

Joni Eareckson Tada, fondatrice de Joni and Friends

« Les notes de bas de page et la sagacité de ce livre suggèrent que l’auteur a beaucoup lu et beaucoup réfléchi au sujet. Les histoires, ainsi que l’accent mis sur le côté pratique, révèlent que l’auteur a payé le prix fort – la lacération de son ego – pour commencer à apprendre non seulement la puissance de la résurrection de Christ, mais également la communion à ses souffrances. Et quelle communion guérisseuse, féconde et joyeuse, même ! En seulement trois douzaines de chapitres palpitants, Paul Miller aide le lecteur à voir ce qu’il manque dans la plupart des vies chrétiennes – à savoir qu’elles sont sous-chrétiennes ! Ce livre démontre comment la foi en Christ peut s’approcher davantage du but désiré par Dieu : l’immersion en Christ 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et l’expression d’un amour à l’image de celui de Christ pour nous. En intégrant la croix et la résurrection d’une manière exceptionnellement imagée et encourageante, cet ouvrage vous mettra certainement au défi et changera de nombreuses vies. »

Robert W. Yarbrough, professeur de Nouveau Testament au Covenant Theological Seminary

À Ashley M. Frearson, notre fille bien-aimée (16 novembre 1975 – 9 septembre 2018).

Nous avons hâte de te revoir !

Merci à

Tina Harrell et Catharine Grigsby. Votre générosité a permis que ce livre voie le jour.

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PARTIE 2 : MOURIR AVEC JÉSUS

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PARTIE 4 : RESSUSCITER AVEC JÉSUS

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24. Le secret d’une vie sans irritation .......................................253

25. Le réalisme de la résurrection .............................................261

26. Différer la résurrection au nom de l’amour ........................269

27. Redevenir humain .............................................................279

28. L’art de vivre sur la courbe J...............................................293

29. Une vue d’ensemble ..........................................................307

PARTIE 5 : FORMER UNE COMMUNAUTÉ

30. La puissance de la faiblesse

31. L’Esprit au centre ...............................................................337

32. L’amour avance avec précaution .........................................347

33. Le leadership s’abaisse ........................................................359

34. Préserver la pureté de Jésus ................................................373

35. Jésus ..................................................................................381

36. La beauté d’une communauté centrée sur Jésus

PARTIE 1

DÉCOUVRIR LA COURBE J

Qu’est-ce que la courbe J ?

Dans quel cadre théologique plus large la courbe J s’inscrit-elle ?

Quel est le lien entre la courbe J et la justification par la foi ?

« Plus jamais »

La courbe J et son utilité

Si vous êtes l’aidant d’une personne atteinte de multiples handicaps, vous n’avez jamais le temps de vous ennuyer. Votre vie, généralement, est plutôt agréable ; pourtant, vous savez qu’une catastrophe n’est jamais très loin, et ce, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. De ce fait, une partie de votre cerveau est toujours en alerte. Je voulais permettre à mon épouse Jill de respirer un peu, alors j’ai profité d’un déplacement professionnel (j’étais orateur lors d’une conférence) pour emmener Kim, notre fille handicapée.

C’était un vendredi de janvier, en 2001. Kim et moi étions en route vers l’aéroport de Philadelphie. Pour ce voyage vers la Floride, j’avais pris deux valises ainsi qu’une grande boîte sur laquelle étaient inscrits les mots « seeJesus »1. Aussitôt notre voiture garée, Kim s’est mise à fouiller dans le bagage cabine. S’apercevant que sa mère n’y avait pas mis le livre audio que Kim cherchait, elle a commencé à gémir d’une voix faible – un bruit tellement irritant que Jill et moi avons pensé le breveter pour le vendre aux interrogateurs de la CIA. Oubliez la torture de la goutte d’eau : il vous suffit de diffuser ce son émis par Kim et n’importe quel prisonnier choisira de coopérer. En arrivant à l’arrêt de bus, j’ai expliqué à Kim que nous devions attendre le bus, ce qui n’a pas manqué de rendre son gémissement encore plus fort et désagréable. Les gens nous regardaient. Mes

1. N.d.T. : « Voir Jésus ». Il s’agit du nom du ministère de Paul E. Miller.

yeux se sont posés sur ma boîte. N’y avait-il pas un moyen que je cache l’inscription « seeJesus » ? J’avais l’air d’un fanatique religieux. En voyant le bus arriver, une pensée angoissante m’a traversé l’esprit : « Comment vais-je pouvoir mettre les valises et Kim dans le bus en même temps ? » J’ai décidé de l’aider à monter d’abord, puis de m’occuper des valises ensuite. Alors que je traînais péniblement mes bagages, la porte arrière s’est refermée sur moi, pour le plus grand bonheur de Kim. Son sens de l’humour est bien affûté, et c’est avec un immense sourire qu’elle m’a observé, toujours écrasé par la porte, crier au conducteur de toutes mes forces pour qu’il arrête son bus.

Le trajet jusqu’au terminal s’est déroulé sans encombre : tant que Kim est en mouvement, elle va bien. Mais la zone d’enregistrement était pleine à craquer et la file d’attente faisait le tour du terminal. Sachant que nous raterions notre vol si nous devions attendre aussi longtemps, je me suis dirigé vers les escaliers mécaniques avec Kim d’un côté et les bagages de l’autre. En arrivant aux portillons de sécurité, la queue dans laquelle nous nous trouvions fusionnait avec une seconde file, créant ainsi une très longue file d’attente.

Le gémissement de Kim reprit de plus belle. Heureusement, elle a le don d’avancer rapidement dans les files d’attente. Elle se tient si près des gens devant elle qu’elle finit par leur rentrer dedans. Évidemment, ils n’aiment pas cela, mais en se retournant, ils voient qu’elle est handicapée et nous laissent souvent passer.

Lorsque nous sommes enfin arrivés aux contrôles de sécurité, Kim a refusé de placer son synthétiseur vocal sur le tapis roulant. Elle a commencé à se disputer avec l’agent de sécurité en tapant « C’est ma voix » sur son ordinateur. J’ai arraché sa « voix » de ses mains et l’ai déposée sur le tapis roulant, et Kim s’est mise à gémir à nouveau. Ma boîte « seeJesus » n’a pas manqué d’attirer l’attention et la suspicion, et un agent particulièrement scrupuleux l’a méticuleusement scannée.

Une fois les contrôles de sécurité passés, il nous restait vingt minutes avant la fermeture de notre porte d’embarquement. J’ai vérifié notre vol sur l’écran. Nous étions dans le mauvais terminal.

Nous nous trouvions dans le terminal C alors que notre avion partait du terminal B. Nous n’y arriverions jamais. J’ai couru vers l’une de ces voiturettes qui transportent les voyageurs dans l’aéroport et j’ai imploré le conducteur de nous aider. Il a bien voulu nous emmener jusqu’au bon terminal. Mais alors que nous descendions un long couloir, nous nous sommes retrouvés coincés derrière un homme sur son téléphone portable. Malgré le klaxon assourdissant et répété de notre voiturette, il n’accéléra pas sa cadence, d’une lenteur insoutenable. Kim, voyant que le stress me gagnait, retrouvait le sourire.

Nous avons finalement réussi à embarquer. Une fois assis, la tension dans mes épaules s’est amoindrie. J’ai installé Kim et ai branché son livre audio. Puis, le personnel de cabine a demandé à Kim d’éteindre ses appareils électroniques. Elle a éteint son livre audio, mais a refusé d’éteindre son synthétiseur vocal. J’ai tendu la main pour le faire moi-même, et Kim s’est remise à geindre. Quelques minutes plus tard, le commandement de bord a annoncé : « Il y a onze avions avant nous, nous allons devoir attendre une quinzaine de minutes avant de décoller. » Kim ne pouvait pas voir la procession d’avions devant nous, mais le simple fait de devoir attendre a suffi à déclencher une énorme crise. J’ai commencé à l’avertir : « Si tu n’arrêtes pas tout de suite, on n’ira pas à Disney », mais puisque c’était l’une des raisons pour lesquelles j’avais voulu l’emmener avec moi, j’ai ravalé mon ultimatum. Impuissant et gêné, je me suis dit en moi-même : « C’était vraiment une erreur. Plus jamais je ne l’emmènerai avec moi. Plus jamais. »

Le lendemain était un samedi, et j’ai eu le temps de réfléchir à ma réaction. Je me suis rendu compte que j’avais oublié la courbe J : l’idée souvent formulée par l’apôtre Paul selon laquelle la vie chrétienne normale reproduit sans cesse la mort et la résurrection de Jésus. J’appelle cette idée la courbe J du fait qu’à l’image de la lettre J, la trajectoire de la vie de Jésus descend d’abord dans la mort avant de remonter dans la résurrection.

Comme la vie terrestre de Jésus, le point d’arrivée du J est plus haut que son point de départ. C’est le motif de la vie de Jésus, mais

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aussi de la nôtre, de nos moments quotidiens. Lorsque Kim et moi étions dans l’avion, je pensais que la situation était catastrophique. Tout s’était mal passé. Pourtant, l’apôtre Paul nous rappelle que la courbe J représente la trajectoire normale de la vie chrétienne. Notre vie reflète celle de Jésus. Le schéma ci-après montre la courbe J de Jésus ainsi que nos courbes J actuelles.

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Schéma 1A. La courbe J de Jésus et nos courbes en J

LA COURBE EN J DE JÉSUS

NOS COURBES EN J

Notons une différence cruciale, à savoir que la courbe J de Jésus expie nos péchés, alors que les nôtres en sont incapables. Sa courbe à lui n’a lieu qu’une seule fois, alors que notre vie est remplie de nombreuses courbes J, comme autant d’échos à la sienne. (Par souci de clarté, j’utilise le terme « courbe J » par défaut pour exprimer nos expériences actuelles.) Nous verrons que nos courbes J suivent chacune leur propre cadence. Cependant, elles ont toujours ces points en commun :

1. elles marquent le début de souffrances lors desquelles le mal est affaibli ou anéanti ; 2. elles affaiblissent la chair et nous façonnent à l’image de Christ ; 3. elles conduisent à une résurrection actuelle, en temps réel.

Mourir et ressusciter sur le trajet vers la Floride

Du fait que j’ai réalisé que notre voyage désastreux était en réalité le début d’une courbe J, notre périple, auparavant d’un gris morne, s’est revêtu de couleurs chatoyantes. À l’instar de Jésus, j’ai connu une mort, puis une résurrection. Les deux sont inextricablement emmêlés. Les péripéties de vendredi m’avaient épuisé (la mort), ce qui a créé en moi un esprit d’humilité alors que je devais enseigner le samedi (la résurrection). J’étais devant un groupe de personnes attentives à la moindre de mes paroles. Bien évidemment, je suis reconnaissant qu’ils aient été des auditeurs aussi attentifs, mais j’ai conscience qu’il est potentiellement toxique d’être l’objet de louanges de la part des hommes. J’ai tendance à commettre deux péchés typiques des leaders : je parle trop et n’écoute pas assez. Ce vendredi-là, en me faisant mourir à moi-même, Dieu m’a fait un cadeau : il m’a inoculé contre l’orgueil qui se cache derrière le succès et la popularité.

Dans une courbe J, l’œuvre d’amour qui a lieu révèle notre cœur de manières inattendues. Ce vendredi-là, devant trois groupes différents (à l’arrêt de bus, dans la file d’attente avant le contrôle de sécurité, et dans l’avion), j’étais bien trop préoccupé par l’image que je projetais. À vrai dire, mon désir de cacher ma boîte « seeJesus », à l’arrêt de bus, démontrait que j’avais honte de lui. Pourtant, c’est précisément de cela que j’avais besoin : voir Jésus dans son humilité et ne pas me détourner du chemin de faiblesse sur lequel il me conduisait. C’est le message même de ce livre.

La résurrection a de multiples facettes. Après ce déplacement en Floride, j’ai annoncé à Kim que je lui donnerais 50$ si elle acceptait que je lui pose quelques questions devant le public lors d’un banquet à Washington, DC, pour l’association Young Life. Alors que je la questionnais sur notre voyage en Floride, elle se mit à rire et à

se taper la tête chaque fois que nous évoquions un moment drôle de l’histoire. J’étais heureux rien qu’en la regardant. Une fois l’entretien terminé, je me mettais sur le côté afin de lui permettre de prendre son synthétiseur vocal et de retourner s’asseoir. Elle n’a pas bougé d’un pouce. Devant 250 personnes, elle a épelé sur son ordinateur le mot A-R-G-E-N-T. Autrement dit : « Papa, où est l’argent promis ? » En voilà, une résurrection !

Le bon moment pour redécouvrir la courbe J

L’« effondrement » par lequel Kim et moi sommes passés, en route vers la Floride, représente un microcosme de l’effondrement culturel de la civilisation occidentale. La montée en force de l’incrédulité et l’attrait du libéralisme séculier touchent pratiquement tous les foyers chrétiens. Cinquante ans en arrière, il était rare qu’un enfant abandonne la foi ; lorsque c’était le cas, il était considéré comme une brebis galeuse. Mais de nos jours, un enfant dans chaque foyer chrétien ou presque abandonne la foi.

Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Une jeune épouse que nous appellerons Sarah, issue d’une bonne Église, a confié à l’un de mes amis : « Je me sens trop à l’étroit dans mon mariage, désormais. » Ce constat pourrait s’appliquer à une relation avec un petit ami immature, mais Sarah considérait qu’elle était « trop à l’étroit » dans les vœux sacrés faits à son mari. Et le vocabulaire thérapeutique permettait de masquer sa trahison.

Les émotions de Sarah se trouvaient au cœur de son processus décisionnel. Je suis quasiment certain qu’elle a été confrontée à une certaine immaturité chez son mari, qu’elle a instinctivement mis de côté la moralité biblique avec laquelle elle a grandi (« Sois fidèle dans le mariage »), lui préférant la vision morale centrale de notre époque, que je qualifie d’émotionnalisme2. Notre culture a

2. Alasdair MacIntyre, un philosophe moral renommé, écrit : « La force philosophique non reconnue de l’émotivisme explique en partie sa force culturelle. » Après la vertu : étude de théorie morale, Paris, PUF, 2013, p. 22.

adopté une nouvelle grille de lecture morale que résume cette question : « Quelles émotions est-ce que cela suscite en toi ? ». Ce faisant, l’émotionnalisme rend la fidélité quasiment impossible, alors même que la fidélité est au cœur de l’existence. L’émotionnalisme place les émotions au centre, et ainsi les déforme et les amplifie. Comme nous le découvrirons, la courbe J n’équilibre pas seulement nos émotions ; elle les aide à prendre vie.

Notre monde se remplit de plus en plus de gens à l’image de Sarah qui ont adopté l’esprit de notre ère. Comme l’exprime si bien William Butler Yeats dans son poème La seconde venue, « le centre ne peut tenir ». Comment l’Église peut-elle donc survivre, et même s’épanouir, alors que le monde perd la tête dans son idolâtrie du moi sacré ? En réalité, c’est précisément le bon moment pour redécouvrir la signification de la mort et de la résurrection de Jésus. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre : pour préparer l’Épouse, celle promise à l’Agneau, à la souffrance.

Ce livre, cependant, n’a pas pour sujet de nous aider à faire face à la souffrance. Mon objectif, cher lecteur, est plutôt de vous emmener dans la mort et la résurrection de Jésus – de réajuster votre perception de ce qu’est la vie chrétienne normale, et ainsi de vous délivrer du cynisme et du désespoir. En plongeant dans cette courbe J, c’est votre vision entière de votre rapport à la vie qui s’en trouvera transformée : dites adieu au monde du ressentiment, de la susceptibilité et de la mauvaise humeur en général. Entrez dans le monde de Jésus, un monde rempli de joie, d’espérance et d’amour.

Nous examinerons deux approches culturelles qui nous empêchent de vivre la courbe J : l’approche du manager et l’approche du thérapeute3. Le manager étudie mon voyage avec Kim et

Voir p. 8-24 pour la description de MacIntyre de l’emprise de l’émotivisme (l’émotionnalisme) sur notre culture. Mon fils John et moi avons inventé le terme émotionnalisme [N.d.T. « feelism »].

3. Je porte une haute estime au travail de nombreux managers et thérapeutes compétents. Ma propre occupation m’amène à exercer ces deux rôles. Comme vous le verrez, c’est plutôt une mentalité culturelle dans son ensemble, un système de valeurs, que je critique.

remarque : « Vous auriez dû prévoir plus de temps » (c’est vrai), « Il n’est pas sage de cumuler trop de responsabilités, par exemple enseigner lors d’une conférence et s’occuper de Kim » (c’est peut-être vrai), et « Vous auriez dû avoir une autre personne avec vous pour vous aider » (c’est effectivement ce que j’ai fait la fois suivante). Le thérapeute analyse le même voyage et déclare : « Vous devez penser à votre propre bien-être » (c’est vrai). Il demande ensuite : « Est-ce que vous luttez avec la colère ? » (oui ; Kim fait ressortir le meilleur et le pire de moi-même), ou « Vous avez déjà pensé à la placer dans une institution plus adaptée ? » (non ; Kim est un cadeau de Dieu et l’une de mes amies les plus chères). Les discours du manager et du thérapeute contiennent des principes sages, mais il leur manque l’amour. Parce qu’ils restent sur leurs gardes et refusent de prendre des risques, ils passent à côté de la vie dans toute sa richesse. Ils ne voient pas que dans les rebondissements de ce voyage en Floride, Dieu était en train de ressusciter mon âme et de m’arracher du piège de l’orgueil. Ils ne voient pas non plus que ma mini-mort a donné à Jill une mini-résurrection. C’est ainsi que l’amour fonctionne. Lorsque je me sentais honteux et frustré envers Kim, je reflétais l’état de l’Église. J’avais oublié la courbe J. Tout comme Martin Luther a redécouvert la justification par la foi au début du xvie siècle, il nous faut redécouvrir la courbe J au cœur de la vague déferlante du mal et de l’incrédulité qui s’abat sur notre époque.

À l’image d’un diamant, chaque facette de la courbe J réfracte la lumière légèrement différemment ; et cette lumière, c’est le miracle de la mort et de la résurrection de Jésus. Dans les pages qui suivent, nous cheminerons aux côtés de l’apôtre Paul alors qu’il vit et enseigne la courbe J dans ses écrits comme dans sa propre existence.

Vous pensez peut-être que je surestime l’importance de la courbe J. Toutefois, l’apôtre écrit davantage sur la question de la courbe J que sur la justification par la foi, le thème pourtant central des épîtres aux Romains et aux Galates. Le sujet de la courbe J domine en effet la lettre aux Philippiens, 1 et 2 Corinthiens, Romains 6 et 8, Colossiens  1 et 3, et Éphésiens 1 ; elle est également illustrée dans Philémon, 1 Thessaloniciens, et Actes. C’est

par l’épître aux Philippiens que nous débuterons notre examen des écrits de Paul au sujet de la courbe J.

Lorsque j’ai expliqué le concept particulier de la courbe J à un groupe de pasteurs, ces derniers se demandaient pourquoi ils n’en avaient jamais entendu parler auparavant. L’un d’entre eux a remarqué : « Peut-être que nous sommes davantage focalisés sur l’aspect théologique que sur l’aspect pratique. » J’ai objecté : « La réalité, c’est que notre vision théologique est trop étroite. » Mon but est d’ajouter à notre approche de Romains et de Galates une perspective paulinienne trop souvent négligée qu’est la courbe J.

Au fil des pages, notre compréhension de la courbe J et de la façon dont elle transforme notre quotidien, jusque dans nos émotions, deviendra de plus en plus nette. Voici un aperçu des points que nous aborderons :

• La première partie, « Découvrir la courbe J », présente et explore le lien entre celle-ci et trois grandes vérités de la Réforme : (1) la chair, (2) la justification par la foi, et (3) l’union avec Christ. L’absence d’intégration de la courbe J avec ces vérités a engendré un déséquilibre théologique, et par conséquent une faiblesse dans notre manière de vivre.

• La deuxième partie, « Mourir avec Jésus », nous fait cheminer sur la courbe J, d’abord vers le bas et la mort, puis vers le haut et la résurrection. Après un aperçu des trois types de courbes J, nous en examinerons deux plus en détail : la courbe J de la repentance, où nous mettons nos péchés à mort, et la courbe J de la souffrance, où la souffrance extérieure nous conduit à mourir avec Jésus.

• La troisième partie, « La descente de l’amour », explore la courbe J de l’amour, où l’amour mène à la souffrance, en regardant à la descente de l’amour de Jésus. Nous étudierons l’ADN de l’amour, à savoir l’humilité et l’incarnation. Par ADN, j’entends la structure profonde qui imprègne l’ensemble. Nous considérerons également le risque de se retrouver coincé dans le fait de mourir et de transformer l’humilité en idole.

• La quatrième partie, « Ressusciter avec Jésus », se concentre sur la résurrection dans la courbe J. Nous verrons que Paul considère la vie sous l’angle de la résurrection. Il tisse une tapisserie d’amour en incarnant la mort et la résurrection de Jésus dans sa propre vie, ainsi que dans celle de ses compagnons d’œuvre. Nous suivrons Paul dans ses voyages et découvrirons des réflexions sur l’art de vivre dans la mort et la résurrection de Jésus.

La cinquième partie, « Former une communauté en forme de J », détourne notre regard de l’individu pour le fixer sur la communauté. Paul emploie la courbe J pour refaçonner une communauté entière à l’image de Jésus. Nous nous immiscerons dans le quotidien de la vie dans l’Antiquité, alors que Paul se sert de la courbe J pour confronter inlassablement une culture qui a empêché l’Évangile de former une communauté véritablement centrée sur Jésus. Parce que ce livre parle de l’Évangile dans notre vie de tous les jours, j’ai inclus mes propres expériences ainsi que les histoires d’autres personnes – Luther, Mère Teresa, et Joni Eareckson Tada. Notre principal centre d’intérêt, cependant, sera la quête de Paul pour trouver Jésus et lui ressembler. Au fil des pages, nous aurons affaire à des gobelets qui fuient, des joueurs de hockey qui restent sur le banc de touche, un mouton prénommé Ed, et tout un tas de problèmes du quotidien. Ces récits ne se contentent pas d’illustrer la courbe J, ils l’incarnent. L’objectif est qu’ils vous aident à raconter vos propres histoires à la lumière de la mort et de la résurrection de Jésus. « Incarner » signifie simplement de donner à une idée une forme tangible ou visible. Bienvenue à notre pèlerinage dans le merveilleux Évangile !

« Je prends ta place »

un amour qui se substitue

Le dimanche après notre vol mémorable pour la Floride, Kim et moi sommes allés à Disney World. Ayant manqué le tram de justesse, nous étions contraints de patienter quelques minutes, et les gémissements de Kim ont repris. J’ai décidé d’appeler mon épouse Jill pour voir comment les choses se passaient à la maison. Ma fille Ashley a décroché : « Toutes les cinq minutes, Maman s’exclame : “C’est tellement silencieux quand Kim n’est pas là !” ». La mort pour moi, la résurrection pour Jill. La substitution est le cœur de l’amour.

Toutes les grandes histoires d’amour intègrent la notion de substitution. Dans Les Misérables, par exemple, lorsque Jean Valjean vole des couverts en argent à l’évêque, la police le conduit devant ce dernier afin qu’il atteste du vol en question. Dans un triomphe d’amour époustouflant, l’évêque assure aux policiers qu’il avait fait cadeau de ces couverts à Jean Valjean. Il va même jusqu’à réprimander Jean Valjean pour avoir oublié de prendre aussi les chandeliers en argent. Au grand désarroi des policiers qui savent que l’évêque couvre le délit de Jean Valjean, l’évêque remet à celui-ci ses chandeliers. Il substitue ses objets en argent à la liberté de Jean Valjean. Voilà à quoi ressemble l’amour.

Suppléer à ce qui manque aux afflictions de Christ

ET SI DIEU ÉTAIT À L’ŒUVRE

CŒUR MÊME DE VOS ÉPREUVES ?

J’ai découvert la courbe J à la fin des années 80, après avoir écrit un cours décrivant l’application pratique de l’Évangile dans la vie de tous les jours. J’ai remarqué que l’apôtre Paul ne se contentait pas de prêcher l’Évangile ; il le vivait à nouveau. Des textes tels que Colossiens 1.24 ont particulièrement attiré mon attention sur ce fait :

Les contrariétés, les déceptions et les saisons de souffrance peuvent troubler notre foi et obscurcir notre espérance. Pourtant, l’apôtre Paul nous invite à voir notre vie à la lumière de l’Évangile : un chemin de mort et de résurrection avec Jésus — ce que Paul Miller appelle la « Courbe J ».

Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous et je supplée dans ma chair à ce qui manque aux afflictions du Christ pour son corps qui est l’Église.

Cette image de La Courbe J aide à comprendre le mouvement de la vie chrétienne : en suivant Christ dans la fidélité et l’amour, nous sommes souvent conduits à descendre avec lui dans la souffrance, tout en expérimentant sa puissance de résurrection au quotidien.

Ainsi, nos expériences ne sont pas dénuées de sens ni hors du plan de Dieu. Dans l’épreuve, il façonne en nous une foi plus solide, un amour plus vrai et une espérance plus enracinée.

Schéma 2A. ma mort et la résurrection de Jill

À travers un enseignement biblique clair et accessible, ce livre vous aidera à reconnaître l’action de Dieu dans les moments difficiles et à marcher avec confiance à la suite du Christ. Car c’est dans la descente que Dieu accomplit en nous son œuvre la plus profonde pour nous conduire vers la vie.

PAUL E. MILLER est directeur exécutif de seeJesus, une organisation internationale dédiée à la formation de disciples, qu’elle accompagne à travers des séminaires et des études bibliques interactives. Il est aussi l’auteur du livre Une Eglise en prière.

ISBN : 978-2-38391-261-3

ISBN : 978-23839-1215-6

Paul déclare qu’il se réjouit dans ses souffrances. Quelle expression étrange, dérangeante même. La plupart d’entre nous supportent

Vie chrétienne

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La courbe J by Librairie chrétienne CLC - Issuu