Habiter la montagne
Une constellation vers les coeurs oubliés Clara Prieur-Bley Projet de fin d’études 2020_2021
MEMBRES DU JURY
Directrice d’étude,
Claire Dauviau
Paysagiste dplg Enseignante à l’ école de la nature et du paysage - INSA CVL
Professeur encadrant, Christophe LeToquin Photographe indépendant, Enseignant en photographie à l’école de la nature et du paysage - INSA CVL
Président de Jury,
Grégory Morisseau
Représentant la Maîtrise d’Ouvrage,
Florence Fombonne Rouvier
Docteur en géographie Ingénieur paysagiste Co-gérant de Chorème Maître de conférence associé INSA ENP
Directrice du CAUE de Savoie Urbaniste
Anne Immelé Reconnue pour ses compétences professionnelles, Photographe NB C , sauf mention contraire, chaque visuel du document est une production personnelle soumise à des droits d’auteur.
Ancienne élève de l’École,
Ingénieure Paysagiste
Anaïs Ancellin
En observant les paysages faits de lignes de crête et de fond de vallée, je me suis interrogé sur COMMENT EST-CE QU’ON sur Comment habiter la montagne ? HABITE LA MONTAGNE. Je vous emmène dans les Alpes, plus précisément dans la région naturelle du Beaufortain et les territoires de la commune de Hauteluce. Je vais vous la présenter à travers sa saisonnalité qui donne un regard juste sur son territoire. La saisonnalité à été pour moi un outil dans ma compréhension du site et dans l’expression de ce que veut dire
Habiter la montagne.
Domaine skiable
200 habitants à l’année + 1000 saisonniers le temps de l’hiver,
parfois d’un été
+ 16 000 touristes
Un accès à la station de sports d’hiver des Contamines-Monjoie, par Belleville
Cœur de village
557 habitants à l’année,
Un cœur de village en toute saison: une école primaire, une mairie, une poste, une bibliothèque, une supérette Des hameaux qui suivent le cours d’eau, le Dorinet Des terres agricoles dédiées à l’activité laitière, pour la production du Beaufort
L’HIVER
Megève
Annecy Je commence par l’hiver, qui est une saison qui s’imagine facilement en montagne, avec ses versants recouverts d’un épais manteau de neige, qui parfois peine à fondre et peut durer de novembre à avril. C’est la saison des sports d’hiver, et Hauteluce est bien loti avec sa station de ski des Saisies et son accès à la station des Contamines-Montjoie par Belleville (de l’autre côté du Col du Joly) qui marque les limites de la commune. En hiver, les Saisies accueillent 16OOO vacanciers contre 200 habitants à l’année. La question des sports d’hiver, j’ai rapidement décidé de m’en détacher pour me concentrer sur les lieux où l’on vit toute l’année. Pourtant je ne peux omettre l’importance des Saisies dans sa relation aux montagnes et aux communes autour. Lorsque la station ferme, seuls commerces restent ouverts et une complicité locale devient essentielle.
Praz-sur-Arly Notre-Damede-Bellecombe
N
0
1
Crest-Voland
3km
Les Saisies Cohennoz
Hauteluce
Ugine Queige
Beaufort Villard-surDoron
Albertville
LE PRINTEMPS
L’AUTOMNE
L’hiver laisse ensuite la place au printemps et dévoile un quotidien qui se lit à Hauteluce avec les communes autour.
Vient ensuite l’automne qui se faufile entre ces deux saisons fortes pour redonner toute la place aux lieux que l’on habite et dans lesquels on vit. Hauteluce est fait des ses sommets qui lui servent de limites, son cours d’eau en fond de vallée sur lequel s’appuie le tracé des routes qui desservent les cœurs oubliés. Ce sont les pratiques passées qui ont donné ce dessin à Hauteluce, avec des espaces agricoles de production fourragère autour desquels se sont implanté les habitations et ont formés les hameaux de Hauteluce. Ces hameaux dépendent des rayonnements principaux sans pour autant être compris dans les dynamiques.
La douceur printanière permet doucement de se réapproprier les lieux extérieurs et de retrouver des moments du quotidien, dans les déplacements et les usages. Les terres dévoilent des prairies verdoyantes, le tintement des cloches se fait de nouveau entendre et les travaux reprennent là ou ils avaient été laissés. Le printemps prépare également l’été qui retrouvera ses touristes et ses pratiques. Les troupeaux sont menés dans les alpages, ces prairies qui surplombe les versants habités.
L’ÉTÉ L’été est la saison des pratiques agricoles et les alpages font pleinement parti de Hauteluce et le Beaufortain. Le Beaufortain est un territoire à la flore riche et variée qui permet de valoriser le lait qui sera transformé en Beaufort. Ce fromage à l’appellation d’origine protégée donne son identité aux territoires et les valorise à l’échelle nationale, car il est le lait le mieux rémunéré de France. L’été est alors une saison riche à Hauteluce, avec le retour du tourisme qui arpente les paysages, et l’agriculture qui s’exprime pleinement avec les troupeaux que l’on retrouve au détour des randonnées.
En effet, dans ma lecture de Hauteluce, la station des Saisies se lit avec sa relation au Val d’Arly quand Hauteluce se tourne vers les communes du Beaufortain dans les usages quotidiens, les commerces, les lieux dans lesquels on travaille et on se rend. Ses rayonnements principaux forment une constellations qui excluent la vie dans les cœurs oubliés.
Mon travail intervient alors pour relier ces cœurs oubliés aux rayonnement de Hauteluce, pour en faire des cœurs habités vivants. Il s’appuie sur des volontés réelles de la part de la commune, pour définir ce que veut dire
Habiter la montagne
La saisonnalité m’a alors permis d’en tirer des enjeux forts, qui s’appuie également sur les documents d’urbanisme et de concertation de la commune. Et pour comprendre
Habiter la montagne
il faut comprendre comment on habite, dans les avec une volonté d’accueillir une nouvelle population, espaces, comment on s’est saisit des lieux pour y valoriser en protégeant les terres agricoles et leur activité, l’agriculture mais également comment s’emparer du paysage pour en faire un terrain de jeu pour tous.
L’Infernet
Les Saisies
La Ruelle
Annuit
Hauteluce
Une nouvelle constellation induite par le projet
Et ces relations, je les visualise comme une constellation qui se lisent dans le choix des espaces sur lesquels j’interviens et que je vais à présent vous raconter.
Peuplement d’épicéas Peuplement de feuillus Forêt mixte Cours d’eau et affluents Terres agricoles Bâti existant Réseau de routes Territoires de projet
LES BALCONS DE HAUTELUCE Le parking conserve sa place et sert à accueillir l’épicerie ambulante qui valorise les productions locales et permet de créer un lien social pour les habitants du cœur de village. Pour qu’il ne se perde pas. En dessous, sur le coteau sur lequel il s’appuie, je décide d’offrir un instant qui nous fait oublier les routes au dessus et en dessous: un balcon ouvert sur les montagnes en face et celles un peu plus loin. Comme une invitation à prendre le temps et à se diriger un peu plus loin.
Dans l’idée de rassembler les lieux de vie, les moments de rencontre, je me positionne d’abord dans le rayonnement de Hauteluce, ou plus précisément, dans un espace existant de Hauteluce dont le rayonnement sert aujourd’hui à poser sa voiture avant de rejoindre d’autres lieux. Cet espace prend son sens avec cette ouverture aux paysages qu’il offre. On quitte la densité exiguë de la rue principale du cœur de village pour s’arrêter un instant. Le long de la route, une série de parkings prennent place et le dernier nous laisse apercevoir le mont Blanc, les jours de beau temps.
Route_ 6.5m
Parking_ 6m
Balcon_ 8m
Les balcons de Hauteluce marquent un nouveau temps pour contempler les paysages
Il faut ensuite reprendre la route, suivre l’itinéraire de l’épicerie mobile pour rejoindre les nouveaux cœurs habités, autrefois oubliés.
N
0
0.5
1.5m
LES PRAIRIES D’ANNUIT
Un nouveau hameau, nous fait quitter la route principale pour rejoindre un parking régie par les rencontres. Matin et soir, les habitants des prairies d’Annuit se croisent avant de prendre la route. Le parking offre à la fois un espace de stationnement et un terrain d’expériences. Les gens j’y retrouvent les jours de l’épicerie, les plus petits s’y donnent rendez-vous avant de partir en exploration et les poiriers en fleurs appellent au détour aux premiers signes du printemps.
Partager des usages
Un parking au détour de la route, qui dessert des chemins piétons vers les habitations. On s’y gare, on y fait du vélo ou on y passe (cueillir une poire) sur le chemin des prairies.
Forêt d’épicea
Sens de la pente
Alignement de poiriers
Forêt de feuillus Alignement de poiriers 0
10
30m
N
Érable plane
Signifier les allées habitées avec des érables planes
La présence d’érables planes indique des cheminements d’un autre type, presque comme des chemins tracés par la volonté. Ils nous emmènent vers les prairies d’Annuit, où l’on habite dans des habitats qui conservent leur architecture typique de montagne, mais dont l’espace a été pensé pour permettre à de nouveaux profils de s’y installer. Un chalet fait de deux logements, parfois trois. Ils sont pensés pour accueillir à la fois des nouvelles familles, dans les logements, mais peuvent également servir aux habitations saisonnières, aux logements secondaires ou de passage.
100m2 Partager des chalets en conservant leur identité, une architecture qui s’adapte aux nouveaux visages de Hauteluce
100m2
200m2 Adapter les habitats par de nouvelles propositions
Des deux côtés des nouvelles habitations, les chemins nous invitent à découvrir le Dorinet, non plus seulement à le deviner par la présence de la végétation de ripisylve qui marque le paysage.
Habiter les espaces partagés
Une proposition de lieux où se croiser, échanger des banalités et se retrouver de temps en temps pour fêter les saisons.
Les prairies du Dorinet apparaissent, en contre bas, et offrent un nouveau terrain de jeu pour l’imagination. Un enchevêtrement d’estrades bordent les prairies ouvertes, parfois comme le prolongement du chemin, parfois comme un promontoire pour observer les moments de vie. Et un nouveau rapport au Dorinet qui se cachait derrière . Le Dorinet est un cours d’eau dont il faut se méfier, car il découle des activités hydroélectriques en amont, il est soumis à un risque très aléatoire de fort débit quand le barrage régule son niveau. Je me suis saisi d’un système de maintien des berges qui me permet de rendre accessible le Dorinet, tout en gardant une certaine distance de sécurité. Un système de structure porteuse faite de fer à béton ancrés dans le sol haut des prairies et du lit du Dorinet qui utilise le bois mort, les petits branchages, ainsi que d’autres déchets naturels pour fixer les berges tout en permettant d’y développer un habitat naturel pour la faune présente. Ces nouvelles berges permettent par moments de re rapprocher de la découverte et parfois de s’y tenir à distance, jouant sur les emprises au sol, plus ou moins grandes et sur les hauteurs qui s’élèvent sur l’autre rive pour se fondre presque dans la densité des épicéas.
Structure porteuse modulable_ poreuse pour les mouvements de biodivesité maintenue pour tenir le bois et la croissance des végétaux
Bois morts, branchages, cailloux, petits végétaux
Estrade bois_ 10m
Armature des berges_ 5m
LE PARC AGRICOLE DE L’INFERNET
Forêt d’épicea Forêt de feuillus Alignement de poiriers
Le parc agricole de l’Infernet s’appuie sur un rayonnement existant (à tout petit halo) avec la présence de la salle des fêtes qui surplombe le terrain de tennis et des aires de jeux pour enfants et de l’étang de pêche. Sa lecture était pour moi décousue, faite de petits espaces qui se juxtaposait sans qu’il y ai de dialogue. J’ai voulu penser autrement son rayonnement. J’accroche la salle des fêtes à une place centrale, une estrade en bois qui rejoint le petit bâtiment agricole pour en faire un espace traversé, vivant et qui ouvre le regard aux possibilités tout autour.
Érable plane Saule blanc
B
B’
A
A’
On s’y rend depuis le parking qui offre un point haut sur le parc. Ce nouveau parking prend place sur un monticule existant qui servait de dépôt plus ou moins sauvage de matériaux, je me suis servi du dénivelé pour offrir un premier regard surplombant sur les espaces qui constituent l’internet. En contrebas du parking, un accès à niveau permet d’accéder à un espace de stockage des matériaux conservé, et organisé pour l’ensemble de la commune. Il pourra répondre à la problématique de la commune quant à la gestion du compostage issu des exploitations agricoles.
A’
A Praire de pâture_ 30m
Chemin_ 6m
Parking_ 12m
Zone de stockage de matériaux_ 16m
Un nouveau relief pour séquencer les espaces et organiser les accès au parc agricole de l’Infernet
B
B’ Gestion différenciée
Chemin des prairies_ 5m
Entre nous les barrières, des chemins qui traversent les prairies ouvertes et de pâture
Une grande prairie ouverte nous accueille. Cet espace d’un hectare est pensé avec sa végétation dans ses formes. L’ensemble des prairies peut être séparé par des chemins de tonte dont le dessin varie selon la qualité des prairies et les besoins pour les troupeaux. Les parcs sont cerclés de barrières et peuvent facilement être déplacés au retour des vaches. La place se transforme selon les saisons, on y fête le printemps, les beaux jours à l’ombre des poiriers, la fête des rentrées et le cinéma en plein air d’été. Depuis celle-ci on découvre un nouveau relief, qui crée comme un « cocon » autour du terrain de tennis et sur lequel s’appuie le nouvel espace de jeux qui s’étend jusqu’à la maison des enfants de Hauteluce avec comme passage, la route qui traverse le Dorinet. Cet espace est pédagogique, ouvert comme un centre aéré. On y fait des petits ateliers de découverte, on y prépare des sorties, on y apprend à reconnaitre la nature, on partage. Un petit parking se dessine et on s’y gare le temps d’un après-midi pêche ou rapidement pour être déposé quand on est en retard. Le trop plein de l’étang de pêche dessine un petit sillon qui clapote sous un saule majestueux. Le parc agricole de l’internet se saisi de possibilités et des espaces, en les liant plus qu’en les segmentant. Ils sont des lieux qui changent et s’adapte, avec les saisons, avec le temps.
Dans une volonté de voir plus loin, le parc agricole pourrait s’étendre aux parcelles adjacentes, pour ouvrir les prairies de pâtures. Deux Passerelles sont pensées pour se saisir de la topographie donnée par la présence de l’eau, une haute, comme un pont et l’autre basse, comme un observatoire de plus près. Ces deux passages prennent place dans la ripisylve dont une première coupe à été réalisée pour ouvrir la végétation et retirer les épicéas qui nous empêchent de voir les nuages passer par cette densité sombre de feuillage. Cet éclaircissement sera suivi par des coupes successives tous les deux ans, selon les individus, pour ouvrir l’accès au Dorinet et permettre, par une restauration des sols, d’étendre les pratiques sur le parc agricole de l’Infernet.
Ouvrir l’accès au Dorinet
Effectuer des coupes successives tous les 2ans dans les boisements d’Épicéas. Étendre la lecture du parc agricole à de nouvelles prairies pâturables.
La neige est tombée, elle a fondu, et le parking de Belleville a retrouvé son calme. Un peu plus loin, là où la route nous indique de faire demi tour, un dernier espace prend place. Ce parking qui donne accès à la télécabine de la Ruelle nous emmène vers les sommets. En hiver, en été, la télécabine de la Ruelle fait la liaison avec la station des Contamines Montjoie, au pied du Mont-Blanc. Pour moi il est l’accroche d’une nouvelle liaison avec son territoire. Au dessus de nous, cachés par les cimes des épicéas, le barrage de la Girotte atteste de l’histoire ancienne et actuelle de Hauteluce avec l’hydroélectricité. Alors, comme un ouverture vers les sommets, j’assoie cet espace d’un contrefort, faisant face au versant habité dont la promenade offre un parcours à flanc de montagne jusqu’au barrage, nous surplombant. Arrivé en haut, la descente peut se faire au gré des volontés, en retroussant chemin ou en empruntant un des chemins de randonnées qui rejoint Belleville par le Col du Joly ou par la route souvent déserte qui serpente entre les prairies d’alpage d’été.
Le contrefort de la Ruelle, une relation qui se marque avec l’histoire hydroélectrique de Hauteluce
Télécabine de la Ruelle _ Vers les Contamines-Monjoie Centrale hydroélectrique
Barrage de la Girotte Télécabine de la Ruelle
N
N
0
3
9m
Promenade_ 2m Parking_ 70m
Passerelle_ 30m
Contrefort_ 15m
0
50
150m
Tous ces lieux proposent un nouveau regard sur les façons d’habiter cette commune de montagne. En étant habités, ces cœurs oubliés permettent d’y créer nouveaux souvenirs se créent. J’en ai retrouvé quelques uns pour les partager. Ce sont des moments que l’on vit simplement, qui se répètent, que l’on oublie parfois, ceux qui font toujours sourire. Et au milieu de tout ça, il y a le souvenir de tous ces moments qui se mêlent et qui nous ramèneront toujours aux constellations de Hauteluce.
Il y a des lieux dont on ne regarde que les images. On s’y rend pour la beauté de ses paysages, en oubliant parfois que certains ont fait le choix d’y être tous les jours. Je pose sur Hauteluce un regard particulier, entre l’imaginaire qui enchante les esprits et une réalité que j’affirme par endroits. Comme un nouveau chapitre, écrit.