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Mémoire de fin d'études

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HABITER LA MONTAGNE

Hauteluce, support d’un imaginaire de montagne Clara Prieur-Bley Mémoire de fin d’études 2020_2021


MEMBRES DU JURY

Directrice d’étude,

Claire Dauviau

Paysagiste dplg Enseignante à l’ école de la nature et du paysage - INSA CVL

Professeur encadrant, Christophe LeToquin Photographe indépendant, Enseignant en photographie à l’école de la nature et du paysage - INSA CVL

Président de Jury, NB C , sauf mention contraire, chaque visuel du document est une production personnelle soumise à des droits d’auteur.

Grégory Morisseau

Docteur en géographie Ingénieur paysagiste Co-gérant de Chorème Maître de conférence associé INSA ENP


À MARIE LOUISE, SES DESCENDANTS, LES MOUILLES D’EN HAUT Je ne saurais me souvenir de mes premières images de ces montagnes, j’avais un âge dont on ne garde que peu de souvenirs. Quelques photographies de famille me placent au même endroit où posa ma famille, deux générations avant. Le chalet. Crest-Voland. Les années ont passé et quelques souvenirs me reviennent; ma hantise de la marche et mes journées devant le chalet, à regarder les montagnes dans lesquelles ils étaient tous. Ma première étoile ratée alors que mon frère suppliait pour refaire une piste, une dernière. Les framboises sauvages sur les bords de chemin qui étaient ma seule motivation pour enfiler mes petites chaussures de randonnée. Et tant de moments passés autour du feu. Et puis un blanc, une exploration d’autres montagnes, plus loin, d’autres maisons, d’autres souvenirs. Pourtant, après presque dix ans sans revoir ces paysages, rien n’avait changé, la montagne était toujours là pour m’émerveiller.

Pierre Schoendoerffer

Aujourd’hui mes souvenirs sont rattachés au fait qu’il m’a fallu vingt-six ans pour gravir le Mont Charvin, que j’ai si longtemps observé, dessiné et rêvé. Alors je lui ai tourné le dos, je l’ai ignoré en prenant la route des Saisies qui m’emmène de l’autre côté du col. Je ne tourne pas vraiment le dos à ces paysages que je connais mais je m’offre la possibilité d’en découvrir de nouveaux, pour que mes yeux puissent contempler plus que ce que mon coeur connait. J’aimerais que ce trajet soit à la hauteur de votre imaginaire, fait de détermination pour arriver au sommet et rempli de joie à la vue des paysages bien cachés. Mais la réalité est quelque peu différente, les chemins sont maintenant goudronnés et la voiture fait le travail à ma place. Je n’ai qu’à rétrograder pour la pousser à travers le dessin des routes qui suivent la montagne. Alors je regarde d’en haut la commune d’Hauteluce, prête à m’en imprégner parce qu’elle a tout de même quelque chose des villages que je connais. Je croyais naïvement qu’elle aurait quelque chose de différent chez ses habitants et leurs chalets. Mais ils partagent cet imaginaire que j’appliquais à l’autre versant, sauf que la vue n’est pas celle du Mont Charvin. C’est celle du Mont Blanc. Et celui là je ne l’ai pas gravit, malgré mes vingt-six ans.


AUTOMNE. HIVER. PRINTEMPS. ÉTÉ.

AVANT-PROPOS

UNE ANNÉE DE PLUS, LE RYTHME DES SAISONS J’ai envie de comprendre la saisonnalité autrement, de la mettre à l’épreuve de la hauteur, des versants, de ce que l’on connait et ce que l’on imagine. De la lire, non pas par les quatre temps que l’on a toujours appris, mais par une nouvelle temporalité que je crois être celle de la montagne. À travers mon regard. Il semble parfois difficile de se défaire d’un modèle que l’on a suivi depuis toujours. Difficile de réinventer une façon de faire, seulement parce que l’on s’est rendu autre part ou que notre paysage n’est plus le même. En se déplaçant un peu, en échangeant, en étant curieux, on comprend que notre modèle ne peut s’appliquer à tous. Qu’il peut être lu à notre façon. Qu’il doit l’être.

Saisonnalité:

Définit le caractère périodique (saison, trimestre, mois...) d’un phénomène ou d’une affluence

Saison:

Période de trois mois comprise entre un équinoxe et un solstice, dont l’alternance climatique au cours d’une année est provoquée par l’inclinaison de l’axe polaire sur le plan de l’orbite terrestre. Époque de l’année caractérisée par un climat relativement constant et par un certain état de la végétation.

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Un choix de montagne Un vocabulaire pour comprendre Courte chronologie d’un imagine de récit La montagne que l’on regarde

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L’AUTOMNE

Couleurs ocre. Vent frais.

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L’HIVER

Blanc bleuté. Flocons de neige.

LE PRINTEMPS

Camaïeu de verts. Vent doux.

L’ÉTÉ

Jaune d’or. Soleil écrasant.

OUVERTURE

Travailler le champ des possibles pour étendre la lecture de Hauteluce

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document joint


1 La montagne est souvent racontée par ses grandeurs: des versants pentus et ouverts, aux couleurs verdoyantes ou d’un « Faut bien choisir sa blanc brillant. Et on regarde montagne tout de même à perte de vue. Le dessin des lignes de crête, escarpées, parce que ceux qui sont allés accidentées, infinies parfois. s’enterrer dans les Vosges là. Des étendues résineuses qui Bien de la chance pour eux. » s’ajoutent aux motifs des pierres paroles de Cédric P. apparentes. Le grand air, le grand blanc, tout en haut.

Et tout autour s’élèvent les Alpes. Par endroits sages, fixes et douces dans ses couleurs, à d’autres râpeuses, nuancées de gris seulement et presque effrayantes. Mais elles sont mon repère géographique, celui dont je parle. J’ai choisi un endroit qui pour moi prend tout son sens, mais qui pour les autres, n’attise que la curiosité ou l’imaginaire.

Christian Balichard

La montagne a toujours quelque chose de rêvé, d’imaginé. Même sans y avoir jamais mis les pieds on sait à quoi elle ressemble, on saurait en dessiner une au hasard et peutêtre même raconter des banalités ou des faits avérés. Mais chaque montagne, comme chaque océan, n’est pas similaire à celle d’à côté, appartenant parfois à des vallées faites d’histoires éloignés malgré ce seul col qui les sépare. C’est un peu comme ça que j’ai laissé divaguer mes rêveries. Et me voilà un peu plus loin que le connu, tournée vers un Beaufortain dont je ne connaissais presque que le nom.


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Curieux

La montagne appartient à ces lieux dont on rêve. Dont je rêve. Pour en parler, certains termes y sont associés sans qu’on les remettent en question. Ils définissent les sommets, les couleurs, les saisons, les actions. Les petits riens que l’on intègre à ces paysages érigés. Quand je choisis d’en parler, certains termes prennent des définitions quelque peu différentes, parce que je les confronte à mon regard, à mon vocabulaire. Je les exprime à ma façon. Je vous les définis pour que nous parlions des mêmes choses, que les images que j’ai en tête soient transparentes pour vous et que le langage soit partagé.

Je pourrais utiliser le terme générique de «touristes», qui parle de lui même. Pourtant j’aime y associer un instant de découverte, une envie de confronter son regard à quelque chose de nouveau. La curiosité m’habite toujours autant après des années à regarder ces montagnes que je connais. J’aimerais que ce soit de même pour ceux qui les regarde pour la première ou l’énième fois. Comme un regard qui cherche toujours le petit détail qui n’avait pas été capté auparavant.

Décor

L’image du décor reprend pour moi les codes théâtraux. Comme une succession d’images figées qui se lisent, de loin, comme une entité. Mais je déconstruit quelque part l’image figée et dissociée pour n’en garder que le caractère imaginé. Le décor est alors l’espace dans lequel se place la magie des paysages. Comme quelque chose de rêvé, mais qui existe pour de vrai.

Imaginaire

Lorsque je parle d’imaginaire, je convoque la rêverie, les images mentales et les espérances. Ce dont on nourrie notre tête avant de la confronter à la réalité. Je raconte les territoires à travers ce que l’on en a narré, aux images que l’on pose sur les sommets. Il est mon point de départ pour retrouver un peu des premières sensations que j’ai ressenti à la découverte des paysages de la montagne.

Quotidien

Le terme est employé pour définir une action se déroulant tous les jours, sans surprise. Il a pour moi cette récurrence des jours qui se suivent, mais dont le déroulement est imprévu. Le quotidien désigne ces habitudes prises et suivies qui pourraient être chamboulées, par un rien. Une routine mise à l’épreuve de nouveautés pour donner un autre regard au cycle des semaines.


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COURTE CHRONOLOGIE D’UN IMAGINAIRE DE RÉCITS

Wilderwurm Gletscher, H. G. Willink, 1892

La montagne aux temps des dieux

Du haut de sa montagne, Zeus regarde le monde à ses pieds. Et le monde, face à lui, ne peut qu’espérer l’ascension qui lui permettra l’immortalité des dieux. La position de Zeus n’est pas anodine, elle est à la fois céleste et décisionnelle. Il est celui qui dirige la Grèce, le royaume des dieux se mêlant à la foule des mortels. Le poète grec Hésiode dresse dans son oeuvre La Théogonie, un portrait qui illustre justement les images que l’on s’est créée depuis des millénaires, « Le grand Zeus, qui leur accorde à son gré la honte ou la gloire, les élève aisément ou aisément les renverse, affaiblit le puissant et fortifie le faible, corrige le méchant et humilie le superbe, Zeus qui tonne dans les cieux et réside sur les plus hauts sommets de l’Olympe. Dieu puissant qui entends et vois tout, écoute : dirige vers l’équité les jugements des mortels. » 1

De ces textes anciens, qui racontent la mythologie grecque, fondatrice du royaume de ceux qui mourront, une image forte est perpétuée: celle de Zeus trônant sur le Mont Olympe, aussi haut qu’il est possible d’atteindre. La montagne est sa force, synonyme de sa puissance que nul ne peut égaler. Il fait de ce lieu, caché au dessus des nuages, un palais de luxure et d’abondance pour les divinités grecques, surplombant un monde qui ne connaîtra jamais tous ces plaisirs. La montagne est réservée aux dieux et déesses, qui créent le monde.

1. Théogonie (Θεογονία, généalogie des dieux), Hésiode, VIIIième siècle av. J-C

Par la suite, la montagne a pris place dans les récits bibliques. Dieu en fait le lieu de transmission de messages sacrés. « D’un point de vue géographique, avec sa base sur terre et son sommet dans le ciel, la montagne délimite la frontière entre le ciel et la terre, entre l’icibas et l’au-delà. Dans l’histoire de l’humanité également, elle se situe au commencement et à la fin, car elle participe à la fois au chaos original qui précède l’ordre de l’histoire humaine réglée par la main de Dieu, et à l’Apocalypse, qui le clôt.»2 La montagne, de par sa grandeur, devient une épreuve à franchir pour se rapprocher de Dieu, à la façon d’un rite initiatique. Mais de par son caractère sacré, elle devient également un lieu à atteindre pour obtenir le pardon, pour se cacher de ses pêchés, un lieu que rejoignent les âmes esseulées. Les plus fervents religieux ou les humains les plus perdus se tournent vers la montagne comme refuge, toujours sous la protection mystique de Dieu qui veille depuis son sommet.

La montagne magique, héroïque

Puis vint le temps des épopées chevaleresques. « Si elle peut servir de frontière, dans la littérature, le folklore et les mentalités, c’est qu’elle borne des royaumes d’aspect mythique, où héros et égarés trouveront le lieu et l’occasion du défi, de la prouesse et de l’initiation. »3 L’image de la montagne évolue dans le temps et se construit avec les contes et légendes: elle devient le décor de vaillants chevaliers bravant le dénivelé pour combattre le maléfique. L’entrée cachée menant au royaume des morts et des enfers. On y aperçoit les ruines de châteaux

abandonnés qu’on dit maudits ou repères de sorcellerie. On y associe l’image de monstres que personne n’a jamais vu sans décéder. On raconte l’existence de grottes et cavernes renfermant des secrets et des princesses prisonnières mais dont personne ne connait la localisation. Beaucoup des écrits du Moyen-Âge se servent de la montagne et des difficultés à la traverser pour créer autour de cette figure naturelle, des contes et légendes souvent noirs ou à l’inverse très héroïques. Mais seulement pour le héros qui combat, l’image de la montagne reste infranchissable et dangereuse. Et pourtant, elle continue d’attirer et d’alimenter l’imaginaire.

Mythiques associés à la montagne

De ces contes et légendes sont nés des imaginaires que l’on continue de perpétuer: dans ces décors pittoresques et méconnus vivent des animaux que l’on raconte. Le plus connu de tous, originaire du folklore himalayen, tibétain et népalais: le yéti. Cette créature anthropomorphe, immense et au pelage aussi blanc que la neige apparait dans de nombreux récits comme l’image légendaire des montagnes. Au fil des siècles, on raconte qu’il fut aperçu, suivi, approché, mais les témoignages se perdent et personne ne sait à présent si l’on croise encore les traces de l’abominable homme des neiges.

2. Entre ciel et terre : la montagne dans l’imaginaire littéraire arabe médiéval, M.Balda-Tillier, 2014 3. Rois dormants et montagnes magiques, G.Lecuppre, 2004


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Si le yéti sévit dans les sommets enneigés, d’autres créatures toutes aussi imaginaires sont racontées dans les paysages habités. La légende raconte que les versants des montagnes sont peuplés de petits animaux, similaires au chamois, à la différence que ceux-là sont dotés de pattes plus courtes situées d’un même côté. Le dahu serait alors parfaitement adapté aux pentes abruptes, bien que condamnés à tourner à rond. On raconte aux plus naïfs que sa particularité le rend facile à capturer: de nature sociable et curieux, il vous suffit de siffler pour capter son attention. Attiré par le son, il se retournera et perdra l’équilibre car ses pattes courtes se retrouveront dans le vide. La légende du dahu, née d’une farce que l’on faisait «aux gens des villes» ou aux inconnus, s’est transmise jusqu’à s’ancrer dans les mythes associés à la montagne.

Førtifem

La conquête initiatique de la montagne

Bien moins «légendaire», le voyage initiatique fait pour moi parti des grandes images qui ont construit celles que l’on attribue aujourd’hui à la montagne. Peut-être est-ce lié à celle que l’on se fait de la montagne à cette époque: un paradis tantôt blanc, tantôt fleuri ou verdoyant. Dans l’aristocratie britannique du XVIIième siècle, apparait un tourisme «initiatique» destiné à faire connaître de nouveaux paysages, de nouvelles pratiques de loisirs et de découvertes. Les jeunes érudits étaient d’abord envoyés vers de nouveaux paysages pour enrichir leurs connaissances, confronter leur regard à des environnements bien différents de ceux connus. Les montagnes et les paysages accidentés ou collinéens de Suisse et de France, en chemin vers l’Italie, feront parti de ce qu’on appela, le Grand Tour. C’est lors de ces voyages de découvertes que les aristocrates britanniques « s’ouvrent à la beauté des paysages, désormais qualifiés de «pittoresques» (littéralement, dignes d’être peints). Les alpages, les torrents impétueux, les cascades deviennent des objets d’admiration. De terribles, les monts deviennent aimables. »4

4. Le tourisme, son histoire et son évolution, Le Cercle des Chamailleurs, 2013

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Ces voyages initiatiques sont également des découvertes d’autres modes de vie et la Suisse est racontée avec simplicité et émerveillement, entourée par les montagnes. Petit à petit, le Grand Tour se rapproche de ce que l’on qualifie de «tourisme»: un voyage fait dans le but de pratiquer un loisir. La montagne se transforme doucement en terrain de jeu pour l’alpinisme et ses stations thermales (comme celle d’Aix-les-Bains, par exemple, mais ce tourisme est alors plus tourné vers le littoral, à Granville, Fécamp, Trouville ou encore Etretat et s’ancrera dans les territoires de montagne au début du XXième siècle). La montagne sera gravie, spectatrice d’exploits d’alpinisme et de grandes randonnées. 1786 marque la première ascension du Mont-Blanc. La pratique de la montagne s’intensifie et d’autres pratiques se mettent en place, comme le ski et le ski alpin, faisant vivre les villages et leurs «stations de ski» lors des hivers (qui était la saison creuse pour les montagnards vivant de leurs terres, alors sous la neige durant ces longs mois).

Bonneville, Savoy, with Mont Blanc, J. M. W. Turner, 1803

Promettre monts et merveilles

L’expression française fait son apparition au début du XVIième siècle. Elle fait écho au général carthaginois Hannibal qui mena ses soldats dans les Alpes, leur promettant la prise de Rome après cette traversée montagnarde. On disait alors «promettre monts et vaux». Vaux, signifiant vallée, fut remplacé plus tard par merveilles, renforçant la caractère grandiose des monts. On emploie aujourd’hui l’expression pour parler de promesses considérables et merveilleuses.


9 Princesse Mononoké, Hayao Miyazaki, 1999

La quiétude des monts a quelque chose d’inspirant. On aimerait pouvoir en retranscrire la moindre nuance, l’intensité des couleurs que les ombres ne cachent pas, la caresse du vent sur les boisements jusqu’à notre joue. Les paysages changent avec les vallées, et les particularités ont été illustrées avec beaucoup de soin et de détail à travers des yeux bien différents. Des siècles de regards en ont fait ressortir un rayon bleuté de lumière qui illumine la roche nue, un mouvement de nuage qui emporte le sommet, une faune sauvage que l’on distingue à peine à l’œil nu. Un paysage encore un peu sauvage raconté par bien des façons.

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LA MONTAGNE QUE L’ON REGARDE

« Dès l’origine, et en dépit des apparences, la montagne apparait donc non pas tant comme une réalité physique qu’une construction mentale, relative, subjective. »

Histoires verticales, les usages politiques et culturels de la montagne (XIVe - XVIIIe siècles), Stéphane Gal, 2018

Bruegel l’ancien, L’hiver Disegni di Architettura, Antonia Jannone

Heidi, Edna Cooke Shoemaker

Giovanni Tommaso Borgonio, Theatrum Statuum Sabaudiæ

Leigh Wells


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L’AUTOMNE

Couleurs ocre. Vent frais. Un quotidien Des routes pour se rendre quelque part À travers le relief Voir Hauteluce Et plus loin Rien ne change plus vite que la montagne Se représenter les habitants Chronologie d’une commune Une complicité locale Une organisation marquée par un manque d’actions locales


J’ai découvert les couleurs de l’automne. J’ai retrouvé mon regard de petite fille, émerveillée et curieuse. Il avait beaucoup changé parce qu’il était mêlé à des nouveautés et des réponses que je cherchais.

J’ai beaucoup regardé la danse des nuages qui font changer la montagne, les couleurs que prenaient les forêts autour de moi, des ocres qui apparaissaient. Les chalets cachés dans la montagne d’en face, qui ne l’était pas pour moi. J’avais mis des crayons et du papier dans mon sac et j’attendais de la montagne qu’elle me donne le temps de dessiner mes questions et de rencontrer mes réponses autour d’un café. Prête à me faire habitante de la montagne le temps de quelques jours. Le décor autour de moi s’est dessiné autrement. Je n’ai pas trouvé de terrasse au soleil, pas de terrasse du tout. J’ai raté l’ouverture de la supérette alors je n’ai pas croisé grand monde. Pourtant je regardais partout autour de moi et je voyais les lumières, la nuit tombée. Ça a d’abord été une déception, un peu comme si j’avais imaginé tout un univers qui s’est avéré être bien différent et puis c’est devenu une réalité dans laquelle je me suis conforté. Ça m’a donné le temps de regarder les troupeaux se déplacer à travers les zones d’or sur la montagne. Et les nuages surtout.


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UN QUOTIDIEN Un changement de saison et ce que l’on connait est bouleversé. On ne parle jamais de l’automne près des sommets, toujours des étés et des hivers comme des souvenirs de vacances. Comme si la carte postale que l’on a envoyée figeait l’image de cette saison, désormais terminée. Pourtant l’automne rend la montagne plus douce, plus ombrée et finalement plus blanche. Les mers de nuages se posent en écume sur les versants et les villages au dessous savent que l’été touche à sa fin. La suite des jours reprend sans les embouteillages causés par les débutants sur routes sinueuses et les volets décorent de nouveau les façades des chalets de vacances. C’est la saison creuse comme ils disent, le moment de souffler, de redécouvrir les routes et les paysages dans le silence. On reprend le temps de discuter et de vivre le quotidien. Le calme après la tempête. Le calme avant la tempête.

Hauteluce

Le quotidien. Si on l’imagine à Hauteluce, on l’associe à un sentiment fort attaché à ce paysage: un nom qui a su dompter la montagne avec le soleil5, un retour au pays après avoir suivi l’appel de la grande ville, une rencontre qui ne s’est pas faite oublier. Un hasard qui est devenu quotidien. Vivre ces paysages c’est faire le choix de ce que l’on verra tous les jours de l’année à travers ses fenêtres. C’est savoir emprunter les routes quand il bruine ou quand il neige. C’est être un peu coupé du reste des routes, mais pas pour le pire. C’est juste une autre façon de vivre son quotidien ailleurs et autrement que dans les grandes villes. Avec d’autres routines et d’autres façons d’occuper ses journées.

N

«Si j’avais encore ton âge je serais toujours là, je changerais pas d’endroit. Pour rien. Je suis née ici avec les vallées, je voudrais pas en voir d’autres. Le col là haut, tu vois? C’est mon repère et je veux le voir jusqu’au dernier jour.» paroles de Jeanine S.

5. Alta, signifiant « haute », et de lucia (Luce) «lumière». Plusieurs toponymie y sont associées, «Lumière sur les hauteurs», «La vallée de Luce».


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2. Chambéry

78km de Hauteluce 1h09 en voiture

28km de Hauteluce 41m en voiture

AIN

6.

7.

3.

4.

6. Megève

31km de Hauteluce 44m en voiture

2.

7. Annecy

IT A

70km de Hauteluce 1h25 en voiture

8. Annemasse

LIE

93km de Hauteluce 1h39 en voiture

9. Genève, Suisse

èr e

100km de Hauteluce 1h50 en voiture

L’I s

J’ai suivi la tradition et j’ai gravit la montagne aidée de ma petite auto. Ce n’est pas la ville, ce n’est pas la Beauce. Il y a quelque chose d’un peu monstrueux dans ces routes. Et pourtant sans elles on perdrait beaucoup de l’émerveillement à la sortie d’un bois ou face à une autre chaine de montagne. Ce que l’on ne pourrait voir, de là où l’on est.

HAUTE-SAVOIE

e

6. Plan Local d’Urbanisme, La place au sein du territoire: une commune au cœur d’une intercommunalité dynamique, Commune de Hauteluce, 2019

5. Ugine

ôn

On lit un territoire de montagne avec sa vallée, ses villages qui forment une constellation. Hauteluce appartient au Beaufortain et fonctionne avec les communes qui l’entoure. Géographiquement et économiquement, elle inscrit son rayonnement dans celui des

26km de Hauteluce 30m en voiture

Rh

« L’interdépendance entre Hauteluce et les communes de ce massif (du Beaufortain) a en effet généré une communauté d’intérêts économiques, sociaux, culturels, touristiques, paysagers et environnementaux »6.

8.

4. Albertville

Matin et soir, un flot de véhicules emprunte les lignes goudronnées pour aller travailler, déposer les enfants, faire des courses, se déplacer. En direction des grands pôles (Albertville, Chambéry, Annecy et plus loin Grenoble et Lyon) les routes s’élargissent, la vitesse augmente en s’éloignant des sommets. Pourtant, quand la neige recouvre tout ce que l’on voyait, il faut parfois revoir sa route, prendre une autre direction pour arriver au même endroit.

9.

94km de Hauteluce 1h21 en voiture

Le

Le tracé des routes se remarque autour de nous. Elles semblent tellement incongrues qu’on se demande si l’on peut voir des gens les emprunter, par endroits. Ce dessin raconte à sa façon l’importance de ce réseau de communes qui se lient.

villes qui l’entourent et concentrent des biens et services qu’il est difficile de trouver aux abords de Hauteluce. Albertville rassemble ces rayonnements et s’attache à la constellation communale du Beaufortain.

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108km de Hauteluce 1h27 en voiture

3. Aix-les-Bains

Le moindre déplacement est biaisé par la hauteur des sommets et la sinuosité des routes. On ne compte plus en kilomètres, ils ne veulent rien dire ici. Tout est une histoire de temps. La voiture est nécessaire et même indispensable pour se rendre quelque part. Les plus vaillants empruntent les routes sur leur bicyclette pour le plaisir, mais les dénivelés compliquent les déplacements quotidiens à vélo.

E

Lac Léman

1. Grenoble

DES ROUTES POUR SE RENDRE QUELQUE PART

S U IS S

1.

ISÈRE

N 0

10

20km

HAUTES-ALPES


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A

2 200m

A’

À TRAVERS LE RELIEF

2 400m

B

2 000m

B’

2 300m

C’

C

1 900m

D’

1 900m

2 430m

Au plus haut de la commune, les sommets décrivent les limites qui forment Hauteluce. Ils s’étendent jusqu’à 2 400m d’altitude sur la Montagne d’Outray, puis le dessin des crêtes fait osciller les altitudes. En bas, le ruisseau du Dorinet serpente à 800m d’altitude et forme le dessin de la vallée. Les pentes figurent la formation des montagnes et décrivent un relief que l’on s’imagine. Un relief sur lequel on vit, plus facilement aux abords du cours d’eau, mais pas seulement. La station de ski des Saisies 1. prend place au dessus de Hauteluce, à 1 600m d’altitude. Le cœur de commune 2. a trouvé un plat sur lequel s’implanter, à 1150m d’altitude, quand les chalets éparpillés se sont installés,

plus haut, au plus près de leur activité. En bordure de forêt ou non loin des alpages. Les reliefs successifs forment comme des séquences que l’on découvre au fur et à mesure de notre cheminement, dans les limites de Hauteluce. Ils sont parfois difficile à se figurer, quand chaque ligne de crête suit ses propres découpages, quand le Ruisseau du Dorinet prend une nouvelle courbe. Les lieux habités suivent le relief qui s’accentue au dessus du lit du cours d’eau et laissent place aux espaces agricoles, aux boisement, puis aux pistes de ski. Le dernier hameau de la commune, Belleville, 3. se trouve à une altitude de 1 050m, avant que les versants n’atteignent les hauteurs.

2 480m

3.

D

B

1 000m

C

2 700m

E’

E

1 700m

1 900m

F

1 900m

A

B’

D

2 200m

1 650m

G 1.

2.

3.

E F

A’

2.

1 750m

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1.

900m

G’

1 600m

800m

B’

C’

1 100m

E’ G’

F’

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N 0

1

2km


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VOIR HAUTELUCE L’entrée à Hauteluce se fait avec les montagnes. Face à nous, la vallée s’étend des crêtes dessinées jusqu’au cours d’eau deviné. Et le motif de la montagne s’applique tout autour de nous. Alors on se dirige vers les territoires habités pour comprendre. La route principale dessine un accès direct entre le sommet et la vallée du Dorinet qui se creuse pour rejoindre le Doron un peu plus bas, à Beaufort. On s’approche de la commune avec le souvenir des anciens. Surélevées de la route dans la pente, les lignes faites de croix sont le souvenir de ceux qui ont connu tout ça avant nous. En longeant le cimetière, on prend la route du cœur de commune.Au dessus, le hameau du Chozal se tient sage. De l’autre côté de la route, l’école primaire s’élève comme un gros bâtiment plus moderne que les autres, vivant matin et soir avec le chahut des écoliers. On arrive au cœur de Hauteluce. Le passage par l’ancien bâtiment des douanes nous fait quitter les grands paysages pour nous restreindre dans la contiguïté de la rue. Entre les façades et le lacet de route partagée entre passants et automobiles. Et l’on fait face à l’église baroque de SaintJacques-d’Assyrie, bien ancrée depuis le XVIième siècle et soutenue par un tilleul remarquable qui s’étend gracieusement vers les cieux.

S’en suit la vie locale, une petite boutique paysanne de produits locaux, l’écomusée ouvert en saison (touristique, je veux dire). La façade de la mairie qui accueille le bureau de poste et la bibliothèque communale, cache quelque peu l’office de tourisme, qui se tourne vers la montagne en face. L’enseigne de la boulangerie-pâtisserie se remarque rapidement. À côté d’elle la vitrine de la supérette affiche ses horaires d’ouverture matinales et sa fermeture d’après-midi. Les vitrines artisanales égayent le gris des pierres malgré les portes fermées. Toutes les enseignes ré-ouvriront vite au retour des touristes. Une fois dépassée l’étroitesse de la rue, on retrouve un peu de visibilité sur les montagnes. Et un café, une pizzeria qui remettra son four en marche dans quelques semaines. Et un autre bistrot. Mais celui là est fermé. Comme l’autre d’ailleurs. En contre bas, je vois des personnes déposer leur compost dans les bacs de la commune, une jolie excuse pour profiter de la vue. À présent ce sont des maisons qui prennent place le long de la route qui mène de l’autre côté de la commune, vers la montagne qui devient une limite.

1.

2.

5.

3. 4.

7.

1. Les Saisies

6.

2. Cimetière 3. École élémentaire 4. Bâtiment des douanes 5. Église baroque 6. Mairie 7. Commerces


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ET PLUS LOIN La route continue et se sépare pour desservir plus bas, plus haut dans la montagne. Il y a pleins de petits chemins qui mènent à de vieux chalets isolés ou regroupés, mais il semble parfois impossible d’y accéder.

7. Ruisseau du Dorinet 8. Salle des fêtes 9. Lac de l’Infernet 10 Chapelle de Belleville

7. 8.

10

Alors la configuration de la commune laisse à penser qu’en s’y perdant on découvre toujours quelque chose qui ne nous avait pas été dévoilé auparavant. Il faut toujours continuer la visite. Elle continue vers Entre les deux Nants, Annuit, les Prés et Belleville. Vers ces hameaux qui se sont un tout petit peu détaché de ce que l’on connait de la commune. Mais sans en perdre le lien.

9.

La route monte et descend toujours un peu, on trouve souvent des maisons à l’endroit où la route suit la montagne. On se repère facilement. Entre les maisons on peut apercevoir l’enseigne d’un gîte ou de chambres à louées.

On comprend rapidement que l’on arrive vers le dernier hameau qui constitue Hauteluce. Les dernières maisons que l’on aperçoit sont perchées sur les versants et certaines sont presque imperceptibles. Mais il y a quelque chose de joli, de vivant dans la fin de la découverte. Et pour la première fois, on ressent enfin la présence du ruisseau du Dorinet, lorsque l’on passe à côté de la salle des fêtes de l’Infernet. La route nous l’avait déjà présenté, on l’a même traversé sans s’en rendre compte. Cette fois, on peut y accéder. De l’autre côté, une nouvelle route nous ramènera au cœur de village. Mais en empruntant ce versant que l’on regardait auparavant. Après Belleville, le col du Joly fait face et on ne peut le traverser quand la neige s’est déjà mise à tomber. Alors il faut faire demi-tour et retourner dans les cœurs habités.


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RIEN NE CHANGE PLUS VITE QUE LA MONTAGNE Si l’on dit les villages vivants, bruyants et colorés quand ils sont bondés de curieux, le décor des façades et vitrines prend un tout autre sens dans les instants désertés. Les activités semblent plus adaptées, plus quotidiennes, peut-être moins monétaires dans un sens. Mais je ne crois pas que la montagne soit solitaire.

peuple les rues un peu plus, mais elles ne sont pas si désertes que ça en ces mois d’automne. Il y a encore les enfants des montagnes, que l’on entend rire et chahuter en arrivant sur la commune, ils n’ont pas peur de mettre leur bonnet avant l’heure pour faire des versants leur terrain de jeu, avant que le soleil ne disparaisse derrière les sommets. Il y a encore les anciens qui ne partiront surement jamais, trop attachés à ce pays seul qu’ils connaissent. On les voit encore emprunter les chemins mal dessinés, «comme dans le temps».

J’ai croisé un vieux monsieur qui arrachait les derniers légumes de son potager et une dame qui rattrapait son chien parti humer le grand air frais. J’ai parlé au maire, conscient de l’impact du tourisme sur ses terres, mais qui ne veut pas pour autant baisser les bras. Le tourisme prend ses droits sur les saisons ici, il emplit et Chacun vaque à ses occupations, de son coté. Mais ce désemplit les chambres d’hôtel, ouvre et qui ne se passe pas dans les lieux d’habitude si vivants ferme les restaurants, veut s’emparer des et chaleureux se passe près de la cheminée. On ne terres agricoles pour montrer avec fierté fait plus de veillées comme au siècle dernier, mais les ce vieux chalet devenu étoilé. Il ne doit amitiés existent toujours et chacun prend sa voiture pas être une fatalité en soi, Il ne chassera pour rejoindre ceux qu’ils aiment de l’autre côté du col. pas ceux qui n’ont pas peur d’octobre et Le va et vient des voitures atteste de cette vie qui se fait de novembre. Pas encore. Le tourisme loin des bistrots et des troquets.

« La montagne ça a pas toujours été facile hein, mais quand tu fais un choix après tu l’assumes et même dans les mauvais jours ou les mauvaises saisons, t’as toujours la montagne qui bouge pas cellelà.» Paroles de Jean-Luc S.

CAUE de Savoie


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28

Ça raconte quelque part la vie étendue sur Hauteluce. Mais ça dit peu sur ceux qui y vivent. C’est surtout eux qu’il faut raconter, même s’ils ont été plus nombreux par le passé, forcés de quitter leurs terres vers des destinations plus fertiles, puis invités à revenir pour reprendre leur activités et rendre la vie à la vallée.

CAUE de Savoie

Une école élémentaire, une agence de voyages et cinq immobilières, deux bureaux de poste, deux banques, trois hôtels et beaucoup de gites et de chambres à loué, deux boucheries et trois boulangeries, deux supérettes et six épiceries, trente-quatre restaurants (dont la restauration rapide), deux salons de coiffure, un horloger-bijoutier, une librairie-papeterie-journaux, une bibliothèque, deux magasins de vêtements, deux magasins d’équipement électroménager, dix-neuf magasins d’arts de sports et de loisirs, une boutique fleuriste-jardinerie, un électricien, une entreprise du bâtiment, quatre médecins généralistes, douze menuisiers, charpentiers, serruriers, deux plombiers, couvreurs, chauffagistes, deux taxis, deux entreprises de réparation automobile et de matériel agricole, un terrain de tennis, un terrain de jeux extérieur, un centre équestre, un domaine skiable avec accès au domaine des Contamines-Montjoie.


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SE REPRÉSENTER LES HABITANTS

900

2.

800 L’histoire connue des communes de montagne remonte fort loin dans le temps. La montagne servit d’abord de refuge aux populations rurales ou natives des terres hautes. « Jusqu’en 1850,

l’augmentation des populations montagnardes était due à un accroissement naturel. Leur densité était devenue assez forte pour provoquer une crise économique.»7

Mais il n’en fut rien. Les routes menèrent jusqu’aux hameaux perchés, et l’industrie alla chercher les populations de montagne dans les hauteurs pour les faire rejoindre les pôles industriels. Pourtant la montagne continua son rythme de vie agricole et pastoral avec sa population.

Le XXième siècle vint bousculer le quotidien de ces villages et hameaux qui avaient été oubliés et dont l’organisation s’était faite loin des grandes villes et des productions. Hauteluce, comme le pays savoyard, se trouva rattachée aux villes d’industrie, mais ne disparut jamais. Malgré l’attrait pour une vie plus citadine, sa population ne déserta pas complètement la commune, son fonctionnement rural et la richesse de ses terres de pâtures, en alpage.

7. Notes sur les populations des montagnes européennes, R.Peattie, 1931

Aujourd’hui la commune retrouve une population attachée à son territoire. À Hauteluce la population s’équilibre, les moins de quatorze ans représentent 17%, tout comme les trentequarante quatre ans. Les classes de quinze-vingt neuf ans et de soixante-soixante quatorze ans représentent chacune 15%. Les quarante cinqcinquante neuf ans sont la population la plus présente, avec 25,5% quand les plus de soixante quinze ans sont les moins représentés avec 8%. Les classes d’âges se mélangent, dans les foyers et les rues de la commune. La parité des sexes est très bien représentée, la mixité se lit sur les terrases de café et la population se plait dans sa vallée. Hauteluce se tient bien.

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3.

1.

4.

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1968 1975 1982 1990 1999

2006

2011 2015 2020

2030

1. Les années 1960 marquent le pays d’un

3. Le regain de population attendu, à la suite

2. Vingt ans plus tard, le retour des

4. La population actuelle s’est parfois exportée

important exode rural. L’industrialisation pousse les populations reculées à se rapprocher des bassins d’emploi, dans les vallées. La montagne est désertée par beaucoup. populations en montagne se lit sur la courbe démographique. C’est un nouveau temps d’exploration et d’exploitation des ressources offertes par les territoires de montagne, par des populations qui ne sont plus seulement rurale.

des Jeux Olympiques de 1992 ne suit pas. Les offres d’emplois dans les grandes villes séduisent et la population de Hauteluce se voit de nouveau en retrait.

hors de la commune, malgré une population constante. Hauteluce change de municipalité et l’enjeu espéré est de retrouver l’attractivité sur la commune. Les projections visent à une augmentation d’une centaine d’habitants, à l’horizon 2030.


Christian Balichard

CHRONOLOGIE D’UNE COMMUNE

./.1740 À 1863

Problèmes de séparations et de délimitations des terrains communaux entre Crest-Voland et Hauteluce, de par leur accès mutuel au col des Saisies et de Bisanne

1907

Le 12 Juin paraissait le décret qui, en rattachant la Savoie à la France créait la zone franche. Les hauteurs de Hauteluce font partie de ses limites territoriales

1860

Le premier service automobile permet aux touristes d’atteindre Hauteluce

1920 1930 1931 1938

Création du syndicat agricole Désenclavement du hameau de Belleville, à présent accessible par un cheminement routier La route des cols des Saisies qui fera communiquer Hauteluce à NotreDame-de-Bellecombe est ouverte à la circulation La chapelle des apôtres du hameau de Belleville est classé et reconnu monument historique

1960 1963 1971 1992

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Dans le but de contrer l’exode rural constaté dans la vallée, les élus des communes de Hauteluce et Villard-Sur-Doron pour le Beaufortain et des communes de Crest-Voland et Cohennoz pour le Val d’Arly, créent le SIVOM (Syndicat intercommunal à vocation multiple) visant à développer un tourisme réfléchi et maîtrisé Création de la station de ski Les Saisies, sur les sommets de la commune de Hauteluce

La société d’équipement touristique et sportif de la station ContaminesMonjoie se voit confié l’aménagement et l’exploitation du secteur Belleville (Hauteluce possède désormais l’accès à deux domaines skiables) La station des Saisies accueille les Jeux Olympiques et se prépare à recevoir près de 20 000 touristes

2009

Restructuration du Sivom suite au départ de Cohennoz. Transfert de la compétence voirie aux communes de Hauteluce et Villard-Sur-Doron, sur leur périmètre communal

2012

Création de la SAEM (Société Anonyme d’Economie Mixte) Les Saisies Villages Tourisme, bras armé du SIVOM pour le marketing, les loisirs et la gestion touristique de la station.

2013

Classement du site Natura 2000 de la Tourbière des Saisies en Réserve Naturelle Régionale des Saisies Beaufortain Val d’Arly


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CAUE de Savoie

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« C’est sur que quand on est pas habitué il faut une «période d’adaptation», se souvenir où trouver du pain, prévoir les courses pour plusieurs semaines quand on a d’autres choses à faire, demander aux voisins pour s’organiser ensemble. Les voisins c’est important ici parce qu’ils sont souvent là pour te prêter quelque chose qui te manque, à charge de revanche quand tu pourras. Mais sinon, on se débrouille toujours et on a des grands garde-manger avec nos vieux chalets! Après je comprends que quand tu débarques et que t’as pas grand chose, ça devient plus compliqué, surtout si t’as déjà de la route dans les pattes. Mais c’est pas non plus infaisable, hein. Et puis avec les coops, les boulangeries qui vendent du café ou des patates, tu trouves toujours de quoi subvenir. Tu vas pas mourir de faim ici !»

Bisanne

La complicité entre les communes se fait ressentir quand le commerce de proximité ferme quelques semaines. Les villages ne semble pas s’en faire. Les habitudes sont prises depuis bien longtemps ou vite intégrées. L’organisation du quotidien comprend cette dépendance à la route et au temps. Et les villages réunis, répondent aux services de première nécessité, à quelques kilomètres près. Villard-sur-Doron se trouve sur la route entre Hauteluce, Beaufort et Albertville. C’est là qu’on trouve de l’essence. À Beaufort il y a la Coopérative Fruitière, une pharmacie et un petit supermarché. Presque toutes les communes ont leur tabac-presse, et quelque fois, on y vend également des produits de première nécessité. En dépannage.

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La dépendance aux grandes surfaces, aux communes plus grandes, mieux équipées, questionne sur le déroulement du quotidien et de l’accessibilité à ces services pour les moins mobiles ou les occupés. Pour les touristes hors saison aussi quelque part.

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Hauteluce compte deux cafés, fermés avant et après les grandes saisons pour congés bien mérités. Seule une des deux supérette, qui fait également dépôt de pain, subvient aux besoins tout au long de l’année, mais principalement pour ceux du matin.

commerces alimentaires tabac - presse station service cafés - bistrots

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UNE COMPLICITÉ LOCALE

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Mes recherches se sont d’abord tournées vers les «grands acteurs» du territoire dont les pouvoirs décisionnels touchent la commune, de loin.

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Comment pressentir le développement d’une vie locale dans un patrimoine ancré et une modernité à imaginer?

Espace habité

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En partant du concept d’habiter, étudié et réalisé par O.Lazarotti, je cherche à mettre en avant les points forts et faibles de l’organisation des acteurs sur la commune de Hauteluce. Le but étant de créer une relation plus forte et plus pérenne entre celui qui habite et son environnement proche (qu’il soit naturel ou humain). Les acteurs présentés influencent les éléments qui composent ma problématique.

Actions porteuses de nouveauté dans le «mécanisme» imaginé

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Nouveaux acteurs actifs dans le «mécanisme» imaginé

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Co-habitation

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sur le site et pour les habitants Pratiques: actions menées dans le but de rendre praticable (vivable au quotidien) les espaces, mais aussi de valoriser les pratiques présentes Valorisations: actions mises en place pour faire connaître et rendre visible la commune et son déploiement à une nouvelle échelle

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Savoirs: connaissance des besoins et des nécessités

Espace habité

Acteurs actifs dans le «mécanisme» existant

UNE ORGANISATION MARQUÉE PAR UN MANQUE D’ACTIONS LOCALES

CA UE

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Certains territoires, comme pour moi la montagne, sont soumis à de nombreux enjeux déterminés par les acteurs en place. Ce qui complexifie le travail de réflexion et de recherche vers une «solution». J’ai alors hiérarchisé les échelles pour comprendre l’emboîtement des acteurs, puis défini leurs questionnements et la façon dont ils tentaient d’y répondre. Le choix de ma problématique et de sa représentation, est porté par une volonté de

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En relevant des manques dans «les mécanismes» qui permettraient à la commune de penser autrement «l’habiter», il est possible d’imaginer des actions ou des acteurs qui pourraient imaginé de nouvelles façons de l’appréhender.

pointer un manque d’actions très locales qui serviraient à d’autres échelles plus globales. Le choix du cercle culturel d’O.Lazarotti a été un support nécessaire, que j’ai su réinterpréter visuellement et dans les faits: le fait de présenter les acteurs comme «rayonnants» autour d’une question m’a permis de rendre compte qu’il est nécessaire de soumettre ce jeu d’acteurs à d’autres professions plus «ciblées», comme celle de paysagiste, pour orienter les besoins vers des connaissances parfois oubliées par des acteurs plus «institutionnels».


de Savoie

CAUE

L’automne est une saison à laquelle on pense rarement, en montagne. Certains touristes tardifs profitent de l’accalmie pour découvrir les paysages aux couleurs changeantes, mais la plupart sont déjà partis. Les locaux sont toujours présents et leur rythme reprend un cours, que l’on qualifierait de quotidien. Le travail des semaines est suivi par les week-ends, que l’on souhaite doux et festifs. Des semaines qui suivent le tourisme estival, pendant lesquelles il faut préparer l’arrivée du tourisme hivernal. C’est la saison pour prendre son souffle tout en réparant les chaussées, redonnant un coup de neuf aux habitations et locations, en préparant les stocks et les réservations, avant le retour du grand tourisme. Une saison que l’on pourrait qualifiée de locale car tournée vers le fonctionnement de sa vallée avant d’être définie par les activités qui y prendront place. Le temps accordé à l’automne est court, la nature se fane doucement, l’excitation fait place à une routine qui définie pourtant les façons dont on habite la montagne. Qui ne sont pas si éloignées des façons dont nous habitons nos villes. Car bien que l’on aimerait pouvoir raconter que toutes les saisons sont faites de vie et d’évènements, certains temps ont besoin d’être vécu localement pour s’ouvrir, plus tard, aux nouveaux touristes et à ceux de longue date. Une saison qui nous fait comprendre sa place dans la vie de Hauteluce, mais également dans celle des territoires autour, qui forment la constellation habitée et vécue de ces territoires de montagne.


D’un regard extérieur, il parait compliqué d’influer sur un fonctionnement local et quotidien, d’un lieu que l’on n’habite pas. Pourtant, le regard que j’ai posé sur Hauteluce, m’a permis d’en lire une certaine localité. Peut-être même d’en comprendre un quotidien. L’automne est qualifié de saison creuse quand j’y vois un moment tourné vers ses habitants. En allant au delà des cœurs touristiques et en se concentrant vers les lieux qui se cachent des commerces et des grandes routes. La position de la commune dans son territoire naturel et géographique m’a fait prendre conscience de l’enchevêtrement des échelles. Les communes fonctionnent en regard les unes des autres, et en valorisant Hauteluce, je toucherai Beaufort ou Queige. Ce qui devient une force, lorsque le territoire se déploie avec des spécificités présentes quelques kilomètres hors de ma commune. Pourtant, les liaisons sont routières, données aux véhicules et le cheminement piéton est oublié. La mobilité est un vrai enjeu sur la commune. Son cœur de village exiguë, donne à voir sans qu’on ai d’espace pour s’arrêter. Il faut réfléchir dès les abords de la commune, à un itinéraire pour donner de la place aux piétons. Un réseau de services, de professions, de profils et d’envies se tisse pour accueillir de nouvelles propositions. Il doit s’appuyer sur les cheminements existants tout en les redéfinissant. Un travail d’organisation des routes et des usages est à appliquer, tant sur le cœur de Hauteluce que sur ses liaisons avec les hameaux qui s’étendent jusqu’à Belleville.

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L’HIVER

Blanc bleuté. Flocons de neiges. Il neige sur les hauteurs Une maison de montagne Depuis que l’on glisse sur la neige Chronologie des Saisies Le décor des Saisies Se souvenir de la neiger Créer la neige


Pierre Schoendoerffer

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Je ne sais pas si je me souviens de la première fois que j’ai vu la neige. À vrai dire, il est probable que je n’en ai aucun souvenirs. Exceptés ceux que l’on m’a raconté. Pourtant certaines images sonnent dans ma tête comme des premiers souvenirs de la montagne enneigée.

Au départ de la gare, une pointe de jalousie envers ceux qui étaient chaussés de moonboots, mais surtout beaucoup d’excitation. Arrivée, l’odeur du froid vif et des effluves de cheminées au loin. La neige qui recouvrait le chemin que l’on devait alors imaginer et que les grands redessinaient pendant de longues heures, la pelle à la main pendant que je m’enfonçais à moitié dans la neige fraiche. Cette même neige que j’ai mangé avec difficulté avec mes moufles, après avoir déchaussé un de mes skis en tombant. Alors, du bas des pistes, je regardais les silhouettes devenir des personnes, le nez dans mon chocolat chaud. Et je cherchais ceux que je connaissais. Et ça me plaisait, me fascinait un peu. Il y avait ceux qui était du coin, quelque part on les reconnaissaient, ils avaient cette assurance sur la neige. Il y avait ceux qui suivaient les traces dessinées par le chef de ligne, pour qui le chasse neige était oublié depuis bien longtemps. Il était vite remplacé par le tout schuss. Et il y avait ceux qui, comme moi pleurnichaient, parce que leurs jambes ne tenaient pas sur leur ski et qu’ils passaient plus de temps la tête dans la neige que dans les nuages. Je suis devenue celle qui descend en riant aux éclats au début de la journée, entourée d’une bande colorée de skieurs et qui termine toujours par prendre le dernier télésiège, parce que je n’ai pas vu le temps passer.


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IL NEIGE SUR LES HAUTEURS C’est drôle de savoir que l’on redoute toujours un peu l’arrivée de l’hiver, quand en réalité elle fait toujours écho à quelque chose de réconfortant. La neige, l’odeur des cheminées qui crépitent, les yeux éblouis et plissés. Ici pas de doute, cela fait des mois que l’on attend, que l’on se prépare, que l’on s’active pour être prêt à l’accueillir. Les bêtes sont depuis bien longtemps de retour dans les étables et l’on aperçoit la chaleur de leurs naseaux, qui s’échappe parfois des portes qui s’entrouvrent et se referment. La neige a recouvert les prairies que l’on savait vertes il y a peu encore. Le son des cloches a été remplacé par celui du mécanisme des remontepentes qui gronde dans ses rouages, du matin jusqu’à la fin de journée. Et petit à petit s’ajoute les rires, les voix, le son des chaussures de ski contre le bitume qui claque, l’arrivée des touristes qui marque l’ouverture de la saison hivernale. Hauteluce se tient prête. On ressent déjà la présence des saisonniers qui ont pris place aux Saisies. Difficile de passer à côté de ces 900 saisonniers qui viennent faire vivre la station encore déserte il y a peu.

La neige a ré-ouvert les commerces et les grandes rues de la station et du village sont comme de nouveau habitées: les restaurants sont sur le qui-vive et les chaises longues attendent les premiers skieurs fatigués de leurs descentes, les boulangeries embaument de leur odeur de pain frais les commerces adjacents et les boutiques de souvenirs sont prêtes avec leurs vitrines bien remplies et leurs portants regorgeant de cartes postales un peu passées. Les chalets aux volets fermés le reste de l’année, retrouvent la chaleur des cheminées et le va et vient continu des vacanciers. Les voisins retrouvent les amis de saison, avant qu’ils ne retournent à leur vie loin des montagnes. On ressent, dans les récits, que l’arrivée des stations de ski a fait basculer le quotidien enneigé des habitants de la montagne. L’hiver y est rude, et selon sa position face au village, il est facile d’être isolé, coupé même de la vie locale par les amas de neiges trop difficiles à déplacer. La neige recouvre les terres cultivables ou pâturables d’un épais manteau, qui restreint fortement l’activité agricole, les longs mois d’hiver.

« Le petit village de montagne que j’avais connu n’existait plus. [...] J’ai découvert un paysage défiguré par les remonte-pentes, envahis par les chalets et les immeubles, tous aussi laids les uns que les autres. Un vrai désastre. Au milieu de ce décor sans âme j’ai vainement cherché à retrouver quelques traces du village que j’avais connu. » Une soupe aux herbes sauvages, Émilie Carles, 1979


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Je crois que chacun sait parler des paysages d’hiver, des chalets recouverts de neige. De mémoire ou d’une image tirée d’un livre. Se créer une image. Ils semblent toujours un peu enfoncés dans la pente, comme si on avait creusé le versant pour y insérer les fondations de la maison. On peut en faire le dessin, simplement: un toit pentu, des murs en bois, parfois un grand balcon sur la façade et quelques fenêtres en rez-de-chaussée. Parfois une structure de pierres. Parfois seulement un gros tas de bois devant le chalet. Il y a une part de vrai à toutes ces images. L’habitat de montagne a été pensé avec des matériaux que l’on pouvait facilement trouvé dans les paysages alentours. Avec une pente, parce qu’il était nécessaire de réfléchir aux aléas du climat. L’hiver y est froid et blanc. « Le régime des vents et des pluies, qui varie d’une vallée à l’autre, l’ombre portée par les montagnes, le relief et la nature des sols, le ruissellement des eaux imposeront une solution différente pour chaque cas particulier. »8 Alors chaque maison doit faire une lecture de son paysage avant d’être construite. Quelle position prendre face à la pente, quelle inclinaison du toit pour parer les vents glacés de fond de vallée et le manteau neigeux tenace durant l’hiver, quel ensoleillement sur la façade principale permettra de réchauffer les cœurs et les bêtes?

UNE MAISON DE MONTAGNE

CAUE de Savoie 8. Maisons savoyardes, Charles Anthonioz, 1932


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48 La position de la maison était pensée pour faciliter l’accès aux différents usages: L’arrière de la maison et l’accès latéral à la grange servaient à descendre les foins coupés, battus et fagotés en amont, sur le versant. Il n’en est plus rien. La façade avant devait être accessible pour faire rentrer les bêtes et les familles. Seules les familles utilisent cette entrée à présent. L’inclinaison de la toiture a gardé son utilité pour que la neige et les pluies s’écoulent. Son avancée sur la façade permet toujours de protégé les balcons et les entrées des intempéries. Rien n’a changé. L’ensemble des volumes était réfléchi. Habiter la montagne n’est pas chose facile et l’habitat représentait à la fois le foyer, l’étable et le grenier pour les foins. Le chalet devait répondre à toutes ses fonctions. « Les chalets de la vallée de Hauteluce sont construits en poutres massives, avec d’énormes serrures, tandis qu’ailleurs ils sont souvent construits en simples planches. »9, ils ont également des fondations en pierre, ici et bien souvent ailleurs. Le Beaufortain était un pays riche de par la valeur de ses paysages et de ses produits. Le dessin des habitations s’est alors paré de pierres et de section de bois. Mais à l’intérieur il n’y a que peu de différences avec les autres bâtisses savoyardes. La grande pièce rectangulaire que forme le chalet est répartie selon les fonctions, mais toujours dans le but d’optimiser la vie à l’intérieur.

Isolée des sols glacés de l’hiver, la pièce à vivre est naturellement chauffée par la chaleur qui émane des bêtes 1. et celle des foins fagotés qui sèchent dans les greniers 2. . Il y fait bon vivre quand l’hiver peine à s’éteindre. On compte alors sur ce cœur de chaleur qu’il faudra entretenir de quelques bûches dans la cheminée, pour terminer la journée. Les étables sont au plus près, à l’abri des grands vents par les débords de la toiture. Au grenier, il n’est pas rare de constater de fins jeux entre les planches de bois qui forment les murs. Pas assez épais pour que la neige puisse s’y glisser, mais assez pour que le vent puissent y passer, aidant au séchage des foins. La pièce principale 3. , au rez-de-chaussée, est parfois séparée par de petites cloisons, des tentures qui définissent des chambrettes ou des petits espaces d’intimité, dans les grandes familles. Mais on y vit ensemble, autour de la grande table de bois qui réuni lors des repas et des petits travaux de la maison. Elle n’est jamais très loin de la cheminée ou du poêle central. Cette grande pièce est transformée au gré des besoins: on y installe un baquet pour y faire sa toilette, des nattes de paille supplémentaires au moment du couché.

2.

3.

1.

9. Maisons savoyardes, Charles Anthonioz, 1932


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Ces chalets de montagne, que l’on appelle bien souvent ferme ou simplement maison, pour ne pas les confondre avec les chalets d’alpage, ne présentent qu’un confort minimum lié à une praticité destinée au travail agricole. Le confort de vie y est réduit au détriment des bêtes et de leur fourrage. La pièce de vie s’adapte aux moments de la journée, on range et déplace pour y préparer les repas, les lectures, la nuitée. Alors il n’est pas rare d’apercevoir, aux alentours de ces fermes, des petites dépendances, semblables par leur dessin, mais aux usages bien distincts. Dans le Beaufortain, beaucoup de ces dépendances étaient des greniers, petites bâtisses reposant sur un soubassement fait de pierres qui permettait de les protéger de l’humidité mais aussi de la

présence des animaux. Elles étaient construites hors de la ferme et à l’abri des aléas et des feux qui sévissaient dans les habitations principales, pour y conserver les objets de valeur, les papiers de famille et autres petits trésors à protéger. Ces objets de valeur étaient rangés dans la partie inférieure du grenier. On trouvait, dans la partie supérieure gardée au frais et au sec, des denrées alimentaires conservées par les familles. Légumes, fromages, pains, beurre, grains mais également liqueurs, confitures, miels et petites douceurs étaient rangés dans les greniers et permettaient de subvenir aux besoins des familles le temps nécessaire à la reconstruction de leur ferme, lors d’incidents.

CAUE de Savoie

L’extérieur des habitations n’a pas changé, sauf peut-être les balcons que l’on s’est mis à décorer dans le Beaufortain, pour afficher la richesse du pays. L’aspect général ramène toujours aux récits d’antan et aux motifs décorant les poutres de bois. Le rez-de-chaussée répond désormais à tous les besoins: une cuisine aménagée, une salle d’eau, une pièce à vivre qui souvent a conservé sa place auprès de la cheminée, et un cellier, ou un accès à l’ancienne cave devenue garde manger. La partie haute n’accueille plus les foins, on a divisé l’espace, comblé les trous pour y construire des chambres et autres pièces à vivre tout en conservant un accès au solaret10, duquel on peut admirer la vallée d’en face.

Il n’est pas rare de croiser des greniers associés, dans le pays du Beaufortain. On ne sait pas toujours expliquer leur rassemblement, mais on peut imaginer des histoires qui les justifieraient: « Voilà que leur première fille était en âge de mariage, débrouillarde et curieuse. Lucien avait presque une année de plus, ils s’étaient toujours connus. Leur mariage ne fut une surprise pour personne, et les terres des deux fermes furent associées. En gage de leur union, on assembla les greniers des deux familles. Ils étaient devenus riches de terres et de bétail, on avait espoir en leur union. »

Et puis, la modernité appelle à toujours plus de modernité, un luxe récent accordé aux vallées d’altitude. Les Rothschild ont fait de Megève, non loin, à une trentaine de kilomètres en passant la frontière de la Haute-Savoie, une station réputée pour son luxe et sa modernité. La baronne Noémie de Rothschild aurait demandé la construction d’« un chalet qui ressemble aux fermes du pays mais avec un intérieur très confortable, avec de grandes fenêtres ouvertes sur les paysages, une vraie cheminée, un porche abrité des tempêtes et un ski-room pour farter les skis. »11, à l’image de la famille, souhaitant faire de la montagne un lieu de plaisir et de confort pour une classe sociale aisée. On construit désormais, un peu partout, des hôtels, des résidences de vacanciers imposantes et toutes équipées, dont l’allure rappelle quelque peu le chalet. Je veux dire qu’on leur a imposé un toit pentu et parfois un bardage bois, mais rien de plus. À vue d’œil on distingue les chalets traversés par les siècles, aux nouveaux bâtiments qui n’ont de vie que quelques mois dans l’année. Ils ne se font pas concurrence, ne cherchent pas la même clientèle souvent, mais ils font désormais parti du nouveau décor que l’on peut observer depuis les pistes de ski.

10. «Le solaret, galerie située au niveau de la grange, protège des intempéries les récoltes et le bois laissés à sécher.» Les granges en Pays de Savoie, CAUE de Savoie, 2006 11. Avoriaz : l’aventure fantastique, Montmélian, Chantal Bourreau, 2007


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52 L’arrivée des sports d’hiver a donné un tout autre regard sur la rudesse du climat. En en faisant un atout. Les villages se sont peuplés d’amateurs ou de curieux à la découverte des sommets blancs, redonnant vie aux alpages sans vaches, restaurant les vieux chalets abandonnés pour en faire des auberges où se retrouver après avoir glissé sur les pentes enneigées. Aujourd’hui ces mêmes pentes sont inlassablement descendues de décembre jusqu’à avril parfois. Des premières neiges aux dernières. Avec un peu d’aide.

DEPUIS QUE L’ON GLISSE SUR LA NEIGE

La neige a trouvé une façon de faire vivre ceux qui ne quittent pas leur vallée. Et tout a changé. La conquête des sommets était lancée et les habitants de la montagne l’ont saisi comme une opportunité, comme un moyen de contrer la longue attente du printemps et des bourgeons prenant la place des étendues neigeuses.

L’hiver devient la saison du tourisme. Les rideaux de fer arborés à la saison dernière se lèvent. Tous les commerçants se tiennent prêts, restaurants et hôtels sont déjà remplis et enregistrent les dernières réservations. La route qui relie Hauteluce aux Saisies se transforme doucement une file continue de véhicules. La station des Saisies a su s’inscrire dans le temps, comme une station familiale et authentique. Le souffle du tourisme alpin fut insufflé par Erwin Eckl en 1936 quand cet amoureux des montagnes venu d’Autriche, fit construire le premier établissement d’accueil touristique au Col des Saisies. Le désert blanc des Saisies se voit transformé, défiguré par endroits, pour répondre à l’attrait touristique et à l’opportunité pour la commune de prendre place dans le décor des sports d’hiver. « Que ce paysage est beau ! Les montagnes brillent sous le soleil, et les aiguilles de glace S’en suivra des années de réorganisation du territoire pour scintillent comme des diamants. Caroline pense que l’hiver y prenne place et offre qu’il serait agréable de vivre ici toute l’année. Mais, hélas! la neige ne tombe qu’en hiver!» une nouvelle valorisation des Caroline aux sports d’hiver, Probst, 1959 paysages.

Christian Balichard


Pierre Schoendoerffer

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CHRONOLOGIE D’UNE STATION

1930

Les Saisies mènent une vie rurale tournée vers l’agriculture, le tourisme est faible et peu répandu dans la vallée. L’hiver est long

1964

Les acteurs de la commune prennent conscience de l’impact des stations de ski sur les terres agricoles dédiées au pâturage, tout en cherchant à développer toujours plus la vocation touristique des sites

1936

Le tourisme d’hiver prend place, le premier chalet hôtel se construit au Col des Saisies (Erwin Eckl), s’en suit la construction d’un deuxième (1937), Le Signal de Bisanne

1965

La station s’agrandit et de nouveaux logements et lotissements sont construits pour répondre à la demande touristique

1942

Le Col des Saisies prend position dans la Résistance Française, les hôtels des Saisies accueillent des maquisards ainsi que des mouvements de résistance face aux Allemands présents dans les Alpes

1975

Les acteurs locaux ont pour volonté de créer un centre commercial aux Saisies, valorisant les artisans locaux

1989

Albertville est sélectionnée pour accueillir les Jeux Olympiques d’hiver de 1992. Les stations alentours se préparent au flux touristique. Se construisent de nouveaux équipements plus actuels.

1992

Lors des Jeux Olympiques d’hiver de 1992, Les Saisies accueillent 16 épreuves alpines

2009

Restructuration du Sivom suite au départ de Cohennoz. Transfert de la compétence voirie aux communes de Hauteluce et Villard-Sur-Doron, sur leur périmètre communal

2012

Création de la SAEM (Société Anonyme d’Economie Mixte) Les Saisies Villages Tourisme, bras armé du SIVOM pour le marketing, les loisirs et la gestion touristique de la station.

2013

Classement du site Natura 2000 de la Tourbière des Saisies en Réserve Naturelle Régionale des Saisies Beaufortain Val d’Arly

1946 1949

Création du premier téléski de la station reliant Les Pémonts au Col de Bisanne Suite à la deuxième guerre mondiale, le tourisme de montagne se met en place, la demande est forte et engendrera des modifications pour la pratique du ski et l’accueil des touristes

1955

Les remontées mécaniques des Saisies évolues, le bois est remplacé par de l’acier grâce à l’action d’Erwin Eckl

1960

Pour contrer l’exode rural, les élus des communes de Hauteluce et Villard-Sur-Doron (Beaufortain) et ) Crest-Voland et Cohennoz (Val d’Arly) créent le SIVOM (Syndicat intercommunal à vocation multiple) visant à développer un tourisme réfléchi et maîtrisé

1963

Création de la station de ski Les Saisies

Pascal Meunier


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ESPACE DIAMANT

LE DÉCOR DES SAISIES La station de ski des Saisies s’est pérennisée. Les Jeux Olympiques d’hiver de 1992 ont aidé à créer son image de station accessible et riche de propositions. La renommée des Saisies était posée.

Alors on se dirige vers les cabanons où l’on pourra acheter un pass vers l’espace Diamant. Des pistes de ski qui traversent les versants et offrent une nouvelle expérience à chaque descente.

Je ne saurais pas la décrire il y a trente ans et je n’ai que peu de souvenirs d’il y a dix ans. Mais aujourd’hui, son portrait est dressé. Malgré son image «authentique», la station me rappelle plus un village vacance moderne qu’une station «ayant gardé son image d’antan». Peut-être parce que je ne connais que celle là et que je ne sais pas à quoi ressemble ces grandes stations auxquelles on pense en premier comme Les Arcs 2000, Courchevel, La Plagne ou La Clusaz peut-être.

La danse des skieurs est faite de mouvements millimétrés, incertains parfois suivant des rythmes différents, entre lenteur et vitesse. Pendant que les versants suivent la cadence effrénée, la station est en effervescence. C’est son rythme. Préparer, ranger, accueillir les nouveaux venus et remercier chaleureusement les anciens, prendre les commandes de vin chaud un peu avant le déjeuner, faire disparaitre les traces de neiges et se préparer pour la vague affamée de ceux qui n’ont pas encore quitté les pistes.

Que l’on arrive de Hauteluce ou de la route de Notre-Dame-de-Bellecombe, ce sont toujours des autos alignées que l’on aperçoit en premier. Certaines traversent la station en empruntant la route principale à la recherche désespérée d’une place. À la sortie des parkings, les foules à bonnets, gants et combinaisons de ski se dirigent frénétiquement vers les magasins de location de matériel pour commencer la journée. Les loueurs sont nombreux, débordés. On doit parfois attendre sur le bitume salé, les skis et les bâtons emmêlés, que tout le monde soit équipé. Les vestes rouges des moniteurs de ski cherchent à regrouper les derniers retardataires.

Il y a les sportifs bien entendu, mais il y a ceux qui trouvent d’autres plaisirs à se trouver à la montagne. La station l’a compris.

Les prospectus qui volent des essuie-glaces ou que l’on trouve à l’entrée de chaque boutique, proposent à chacun de trouver sa place selon ses envies: randonnées des neiges, snow park, ski de fond (j’ai d’ailleurs appris que les Saisies étaient «le plus grand domaine nordique d’altitude» de France, pas mal), mais aussi détente et bien-être pour se remettre des températures parfois négatives. Le soir, restaurants et bars prennent le relais pour nous faire oublier les courbatures et rendre la journée parfaite du levé au couché. Peut-être que cela a quelque chose du village vacance si on oublie d’aller voir ce qu’il y a hors de la station. Ils sont nombreux à venir profiter des neiges éclatantes et d’une tasse de breuvage chaud au retour des pistes. Chaque hiver est attendu. On compte dessus pour redorer un peu plus l’image de la saison, faire parler de ces moments qu’on ne vit qu’ici, de ces produits qui ne nous ravissent jamais autant quand ils sont dégustés dans nos quotidiens. Alors on oublie que pour certains le quotidien est ici, à Hauteluce, aux Saisies. Pas pour les saisonniers qui rangeront leur uniforme jusqu’à la saison prochaine, mais pour les deux-cent habitants de Saisies et les cinq-cent-cinquante-sept de Hauteluce qui connaissent ces paysages en toutes saisons.

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1 000 à 2 070m d’altitude 6 villages 8 espaces ludiques 192 km de pistes skiables 158 pistes de ski alpin 82 remontées mécaniques 653 canons à neige

Près de 16 000 touristes alpins par saison


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SE SOUVENIR DE LA NEIGE Si la station devient star des hivers, la commune n’en est pas moins témoin. Il faut faire partie des courageux, au départ de Hauteluce, qui grimpent dans la navette en direction des pistes au petit matin ou qui tournent en vain jusqu’à trouver une place. Mais la neige n’enlève rien au charme du village. L’étroitesse de la rue principale prend vie, on se pousse pour éviter ceux qui se retrouvent après presque un an, on traverse un peu n’importe où pour admirer les vitrines colorées. On fait la queue pour visiter, les jours de pluie ou de grand brouillard. Et si la neige arrête de tomber, il y en aura de plus en plus. Je me souviens d’un noël sans neige il y a quelques années et on raconte que ce n’était pas le seul. La station des Saisies n’égale pas le Mont-Blanc avec ses mille-six-cent mètres d’altitude (contre les quatre-mille-huit-cent-neuf mètres du plus haut sommet d’Europe). Et si les locaux aime l’appeler «le grenier à neige de la Savoie» - de par son microclimat à la fois chaud et tempéré, mais également soumis à de fortes précipitations, la station n’est pas à l’abri de voir son enneigement diminuer. L’ensemble des territoires de montagne souffrent de l’incertitude liée à la neige. Les climatosceptiques ne pourront bientôt plus réfuter les impacts des changements climatiques sur nos paysages et nos usages. Et les observatoires redoublent d’outils mettant en avant la réalité des faits12.

Écarts des températures moyennes annuelles 1959 à 2018 par rapport à 1961-1990, Alpes du Nord

tendance linéaire

moyenne décennale

La tendance linéaire correspond ici à l’augmentation moyenne du réchauffement climatique quand la moyenne décennale met en avant l’évolution réelle du réchauffement sur les territoires des Alpes du Nord.

L’évolution des températures atteint les sommets des Alpes. Et cela depuis le début du siècle dernier. Malgré la barrière montagneuse, les effets négatifs de l’industrialisation et de la mécanisation ont touché les territoires de montagne. L’augmentation des températures a eu un effet direct sur l’enneigement des paysages. Les hivers seront moins blancs, la neige tiendra de moins en moins bien sur nos sols encore un peu trop chaud pour les saisons d’hiver. Les récits climatiques autour des évolutions passées, présentes et futures sont comme un premier temps d’acceptation de ce facteur, de cette fatalité, de l’impact du réchauffement climatique sur les territoires de montagne. Enneigement relevé à 1325m d’altitude (Col de Porte, Massif de la Chartreuse), 2020

Le tourisme s’ancrant pérennement dans la vie de la montagne, de nombreuses mesures avaient été pensées pour répondre à la demande. Les stations de ski se tournent vers la technologie, les bâtiments tout confort arborent parfois des étoiles, les parkings se font toujours plus larges pour accueillir les véhicules des familles venues prendre l’air de la montagne. Un rêve à consolider pour le tourisme d’hiver mais qui ne sera pas sans conséquences. Beaucoup de choses ont changées pour ces communes. Il fallait tirer un trait sur ce que l’on avait connu pour imaginer une nouvelle façon de faire vivre la saison des neiges. La station village a été le mécanisme par lequel les territoires d’altitude se sont inscrits dans un nouveau tourisme. La neige semblait tomber chaque hiver, sans que l’on remarque qu’elle venait à manquer un peu plus chaque année. Mais les années 1960 n’avaient pas conscience de l’enjeu global d’un réchauffement climatique qui n’existait pas encore. Ces années là ont fait preuve de créativité pour combler ce nouveau tourisme attractif. Il n’était ni question de s’en passer, ni de chercher à tempérer l’engouement pour la blancheur des paysages. Pourtant, la neige se tenait moins bien, lorsque les premiers et les derniers skieurs des saisons chaussaient leurs skis. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’une solution soit apportée.

12. L’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique (ONERC) tend à développer des indicateurs permettant de décrire les effets et conséquences du réchauffement climatique sur nos paysages. «Un indicateur est une information, associée à un phénomène, permettant d’en indiquer l’évolution dans le temps, de façon objective, et pouvant rendre compte des raisons de cette évolution.»

valeurs annuelles

moyenne «glissantes»

Les valeurs annuelles sont issues de moyennes d’enneigement calculées par l’ONERC et Météo-France sur les mois de décembre à avril chaque année, la moyenne «glissante» permet d’observer les mouvements de l’enneigement depuis 1959. En 2020, la perte d’enneigement sur le Col de Porte était estimée à 40cm en l’espace de trente ans (1990-220)


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CRÉER LA NEIGE Dans les années 1970, l’apparition des «usines à neige» redonne un peu plus de temps au plaisir de descendre les pistes. En 1973, la station de Flaine, Haute-Savoie, est la première station de ski française à se doter de ces machines à produire de la neige artificiellement. La neige devient un produit économique. Pour parer le manque de neige observé au bas des pistes, rendant difficile le retour aux stations en ski, les usines à neige transforment des particules d’eau en neige et viennent pallier au manque d’enneigement observable, ressenti certaines années. La neige devient une industrie. Il faut développer les stations, réfléchir à de nouvelles activités, adapter les stations à des modèles déjà en place et créer de la neige artificielle pour optimiser la saison des sports d’hiver. Faire reconnaitre mondialement les domaines skiables français. « L’eau est prise en amont pour être rendu dans le même bassin versant. En dix ans, on a considérablement amélioré l’efficacité des enneigeurs. On fait des pistes en prairie douce pour que la neige de culture fasse une sous couche. Aujourd’hui, avec 30 à 40 cm, on peut skier tranquille. Avec tout ce travail, on obtient des résultats extraordinaires qui en cas de défaillance d’enneigement nous permettent d’y pallier. On va skier encore longtemps, si on a de l’eau et du froid ».

J- P.Rougeaux, Valloire, Savoie pour Rue89Lyon

Dans le silence encore nocturne des stations, les journées se préparent. Les hôtels sont encore endormis et seules les pistes de ski semblent s’activer. Pourtant pas un skieur ne s’apprête à entamer sa première descente de la journée. Le décor enneigé raconte alors sa fragilité. Sous la couche neigeuse, les prairies d’alpage se sont figées le temps des neiges, les vaches sont à l’étable. Dans quelques mois seulement, toute cette énergie hivernale sera remplacée et le son des cloches remplacera le bruit étouffé des carres dans la neige fraîchement tombée. Pourtant, l’entretient des pistes n’est pas à négliger, si l’on veut conserver la beauté des paysages en toute saison. Et les préoccupations environnementales se mêlent à nos méthodes. Les Saisies ont conscience de leur fragilité, sur les paysages mais aussi dans les pratiques. La station a, par le passé, connu des hivers à attendre la neige, et les altitudes ne prenant jamais de grandes envolées, elle connait sa situation face aux enjeux climatiques: moins de neige.

La station s’engage pour ne pas impacter la renommée de ses paysages, devenant plus présente dans les préoccupations environnementales que dans la pratique des sports d’hiver dont le sort est incertain à cette altitude. Depuis 2017, elle remporte le trophée de l’éco-damage, a visée environnementale mais aussi consciencieuse. Cette initiative de la commune et de sa station de sports d’hiver, place les considérations écologiques au cœur d’un avenir «Nous sommes d’autant plus sensibilisés à envisagé. N’allant pas jusqu’aux la question du damage que la plupart de scénarios catastrophes qui prédisent nos pistes sont utilisées par les agriculteurs un taux d’enneigement si bas qu’il en zone Beaufort, l’été. D’autre part, nous deviendra impossible de skier, la sommes sur un territoire sensible, riche question de la pérennité de l’activité en zones humides dont la dimension est tout de même réfléchie. Il écologique est particulièrement surveillée. n’est plus possible de poursuivre À quoi s’ajoute la proximité d’une réserve l’évolution touristique des années naturelle régionale qui couvre une grande 1970, du moins pas sans impacter partie du domaine nordique. Toutes ces définitivement les territoires. Le caractéristiques nous obligent à intégrer terme d’adaptation fait sens et une certaine prudence dans nos pratiques.» devient indéniable. Les acteurs de Philippe Clochey, responsable du damage des Saisies la saison de ski sont étroitement liés aux autres saisons, ce qui favorise la volonté d’agir responsablement sur un territoire fragile. La station de ski représente depuis son déploiement, une économie de la neige qui a permis la reconversion agricole et industrielle des territoires de la montagne depuis les années 196013. Pourtant la tendance est à inverser, l’énergie pouvant être déployée sur d’autres sources d’intérêt et de possibilité. Une nouvelle temporalité est à imaginer, avec les saisons et les habitants de la montagne. 13. «Les stations de ski des Alpes du nord face au réchauffement climatique : une vulnérabilité croissante, le besoin d’un nouveau modèle de développement», issu du Rapport annuel de la Cour des comptes, 2018

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L’hiver est la saison attribuée à la montagne. Sûrement le plus facilement. L’image de la neige, des sports d’hiver qui induisent un fort potentiel touristique, les productions du terroir dégustées. Hauteluce en a fait son atout. La présence d’un domaine skiable familial et d’un accès au domaine reconnu des Contamine-Monjoie, par Belleville, représente un fort enjeu pour son image et l’accueil de nombreux touristes de décembre à avril. La saison se dédie alors à l’univers enneigé qui donne son rythme à l’hiver. La commune passe d’une population locale de 757 habitants à un flot de touristes continu pouvant atteindre 17 000 personnes, sur la saison. S’ajoute l’arrivée de près de 900 saisonniers qui travailleront dans les différents hôtels, restaurants et lieux d’activités. Ces chiffres permettent de s’imaginer et de comprendre le mécanisme sur place, pour l’accueil et le loisir. Ils vantent également le tourisme et sa diversité, qui mènent à découvrir à Hauteluce. Le plaisir de l’hiver mis à part, les limites des sports d’hiver se font de plus en plus transparentes. Le réchauffement climatique touche fortement ces territoires d’altitude et les solutions apportées ne résoudront plus le problème à l’horizon d’une vingtaine d’années. Pourtant, les sports d’hiver ne se remettent que très peu en question et cherchent à conserver leur monopole sur les mois de neige. Certaines solutions ont déjà été apportées pour protéger les zones d’alpages qui se transforment en domaines skiables aux premières neiges, avec l’utilisation de bio-carburant et un souci de protection des zones de passage répété pour la flore présence sous le tapis neigeux. Malgré tout, l’importance de la saison hivernale pour les territoires de montagne, se place comme un modèle qui peine à évoluer, dans un futur proche.


L’hiver fonctionne, presque indépendamment des autres saisons. On en connait aujourd’hui les limites sans connaitre l’étendue des possibilités qui pourraient contrer l’effet négatif de notre activité touristique. Il m’était impossible de raconter ou de comprendre comment se déroule la vie à Hauteluce, sans traiter du tourisme qui y prend place. Cependant, l’importance de ce tourisme et des sports d’hiver est presque un sujet qu’il faudrait traiter à part. Pleinement. Je raconte ici les activités hivernales comme appartenant aux quotidien des habitants de la commune. Sans chercher directement à proposer de solution. Mais ce regard que je porte et la connaissance que j’en ai me pousse à trouver de nouvelles façons de vivre l’hiver, pour les touristes et les locaux. Par d’autres valorisation, par le paysage qui ne bouge pas, par des pratiques qui ne nécessiteraient pas de nouvelles modifications des infrastructures actuelles. L’hiver est une saison qui doit s’inscrire autrement que par sa notoriété touristique et l’oubli de sa localité, le temps des neiges. Il doit continuer à faire vivre sa population et réfléchir à des lieux pouvant accueillir la localité. Bien que la saison soit figée par la neige, elle doit faire vivre des lieux associatifs, des échanges et un commerce local à travers des espaces communaux, en faveur de sa population. La présence d’espaces vacants le long de la route offre des possibilités d’aménagements, qui serviront à décentraliser la vie en cœur de commune. Jusqu’à Belleville.

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LE PRINTEMPS

Camaïeu de verts. Vent doux. La reprise du mouvement De l’eau dans les ruisseaux Un tissu associatif dans le paysage Des lieux pour s’exprimer Une nature qui se raconte Le bois des forêts


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C’est la plus belle saison à mes yeux. J’aime les images que j’ai posé dessus, alors que je ne crois pas y être déjà allé à ce moment de l’année.

La terre gorgée de la neige fraîchement fondue qui laisse place à la timidité des premières feuilles, un soleil de plus en plus présent qui ne parvient pas encore à se faire chaud, une respiration. Le temps des touristes s’en est allé et laisse un court répit à la nature pour se préparer à la suite.

Et d’un coup tout s’active, il y a quelque chose de l’effervescence de la fin de l’automne mais avec de nouvelles couleurs, des verts purs et l’or des arbres qui se trouve à présent dans les prairies en fleurs. On tend l’oreille au son des cloches que portent les vaches, on ne l’a pas oublié mais on en a été privé quelques temps. Quelque part on y retrouve la vie des gens sans les assaillants, mais cette fois ci elle est adoucie par la saison et le temps des fleurs.


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LA REPRISE DU MOUVEMENT On s’émerveille à nouveau des paysages. Par endroits, la neige persiste encore mais elle finira par ne plus faire parti du printemps. Je regarde la danse des couleurs qui s’animent, le soleil rencontre les nuages et à nouveau, les prairies sont un terrain de jeu pour les ombres qui forment des motifs changeants. Bientôt les fleurs accompagneront cette danse et l’on affirmera que le printemps est de retour. On se reprend d’affection pour les couleurs autour de nous. Les verts éclatent les uns après les autres sur le versant d’en face.

Face à ce paysage en mouvement, on peut s’arrêter un instant, perdre son regard dans toutes ces choses qui réapparaissent, prendre le temps de tout regarder à nouveau comme si on avait oublié. On retrouve le matin qui donne de la couleur aux premiers nuages, les sons hors de la maison qui font s’animer la journée -ceux qui nous étaient familiers et ceux que l’on retrouve grâce aux mouvements renaissants. Le départ vers la routine dans un paysage qui prend de plus en plus le temps. Le printemps sera court de temps, il faut en profiter, ne pas perdre un instant. Tout revient rapidement, comme si le rythme effréné de la nature cherchait à faire disparaitre les mois que l’on vient de vivre. Les oiseaux nous chantent leur voyage, en insistant sur leur retour, le bruit de l’eau fait craquer la glace qui la recouvrait, on croirait même que les bourgeons murmurent leur ouverture.

«Le printemps c’est joli pour se parler d’amour.» Barbara, Dis, quand reviendras-tu?

Je parle du mouvement comme s’il avait cessé de paraître à la saison dernière. Il n’en est rien. Il est simplement facilité par les couleurs qui reprennent place autour de nous. Je le dis de mon point de vue, de celui d’une fille qui n’est pas du pays et qui crains quelque part les routes enneigées. Alors je vois l’arrivée du printemps comme un renouveau, pour exprimer toute la vie en montagne.


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DE L’EAU DANS LES RUISSEAUX

« C’est ainsi que le Beaufortain, connu pour la richesse de ses alpages et l’authenticité de ses villages, est également un gisement énergétique où les hommes ont osé édifier des ouvrages parmi les plus importants que l’on n’ait jamais construits jusqu’alors. »

Beaufortain Tourisme - Communauté de Communes du Beaufortain, 2014

Doucement, les paysages de neige deviennent des paysages d’eau. Les étendues blanches fondent au soleil qui se fait chaque jour un peu plus rayonnant. D’un coup le paysage prend un caractère que l’on ne voit que ces mois là, un regard porté sur les cours d’eau qui se gorgent et font entendre le bruit de leur ruissellement. Les prairies endormies se découvrent et timidement le paysage reprend son cours. Le blanc devient bleu. Les torrents débordent, le débit s’emballe dans le grondement des turbines. L’activité hydroélectrique se réveille, les eaux de la fonte des neiges sont stockées et produiront l’énergie électrique nécessaire à alimenter le Beaufortain. Cette histoire entre la région naturelle et les énergies naturellement présentes dans ses paysages commence à la fin du XIXième siècle. À cette époque, le pays Beaufortain vit de l’agropastoralisme et de ses paysages riches de possibilités. Les cours d’eau participent au faciès des prairies qui ne jaunissent que très peu en été grâce à l’importance des eaux concentrées par la fonte des neiges. Non loin des prairies, les fonds de vallées se développent avec une diversité d’activités qui émergent en se servant des denrées offertes par les paysages. Les papeteries Aubry sont les premières à lier leur activité aux ressources hydriques présentes, en construisant

la première centrale utilisant l’énergie produite par les chutes d’eau du Venthon, non loin d’Albertville. Peu après, un tunnel est creusé sous la surface du lac naturel de la Girotte, à Hauteluce, pour alimenter le débit du Doron et l’activité des papeteries Aubry qui s’est étendue. À partir des années 40, le territoire prend conscience de la richesse de transformation de ses cours d’eau et le pays d’après-guerre entreprend de transformer ses paysages en faveur de l’énergie hydraulique pouvant être produite. «Les grands aménagements hydroélectriques laissent une empreinte indélébile sur leur environnement. Dans le Beaufortain, ils ont modelé le paysage naturel et social d’une entité particulière, géomorphologique et historique fermée sur elle-même. « L’intrusion » d’EDF pour l’aménagement de Roselend et de ses satellites a été déterminante.»

Hydroélectricité: l’impact de ses aménagements en Beaufortain, C.Ivanoff, 2017


Le barrage de Roselend, avant mise en eau, 1960

Venthon - Ancienne papeterie Aubry Léonide Ivanoff, chef d’aménagement de Roselend sur le barrage de la Girotte dans les années 1950

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Le Barrage de la Girotte est le premier qui fût construit. Les travaux débutèrent en 1942, se poursuivant sous l’occupation allemande. La main d’œuvre paysanne locale est associée à des immigrés italiens et des échappés du Service de Travail Obligatoire, du régime de Vichy. Ce qui en fit un haut lieu de la Résistance, «des réfractaires y trouveront refuge et formeront «la Compagnie du Lac» sous la responsabilité du capitaine Bulle»14. Il est le seul barrage à prendre place sur un lac naturel.

Blanc. Il comprend trois barrages : Roselend, Saint-Guérin, La Gittaz, de nombreux captages et 45km d’ouvrages souterrains.»16

«En 1946 les importants besoins énergétiques d’après guerre et le potentiel hydraulique du site ont conduit EDF à s’intéresser à la vallée de Roselend»15. Le projet du barrage nécessita huit ans de recherches et de réflexions pour que le projet puisse voir le jour. Ce barrage, le plus important du pays Beaufortain, a impliqué la destruction et mise en eau de quinze alpages et du hameau de Roselend aujourd’hui disparu des paysages. «Alimenté par le captage d’une trentaine de torrents, le complexe Roselend – La Bâthie est l’installation la plus puissante du Groupe d’Exploitation Hydraulique Savoie Mont-

En 1962 commencèrent les travaux du dernier barrage du site Roselend - La Bâthie. Bien qu’étant le plus petit des barrages, sa capacité de retenue contribue à l’alimentation du barrage de Roselend. Et son inscription dans ces paysages dictés par l’eau, renforce la présence de ces systèmes hydroélectriques, dans le Beaufortain.

Par la suite, fût construit le barrage de SaintGuérin en 1961, contribuant au remplissage de celui de Roselend par un système de vases communicants. Il est aujourd’hui un lieu de découverte du fonctionnement de l’hydroélectricité, du cycle de l’eau et de l’énergie renouvelable.

14. 15. 16. Barrages, lacs et hydroélectricité, Beaufortain Tourisme, 2015


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Alors que l’eau appartient désormais à une richesse faite de contreforts et de voûtes, de hameaux disparus et d’étendues bleues azur, on avait oublié durant ces longs mois blancs, que se cachait en dessous, une autre richesse des paysages. La richesse des sommets qui suivent le relief pour prendre des couleurs verdoyantes un peu plus bas jusqu’aux endroits que l’on habite. La neige donne un regard très particulier sur ce que l’on voit. D’un coup tout est blanc et on ne voit plus que ce qui en ressort. Les maisons, les hameaux sont la force du paysage. Les arbres aussi se découpent, les sapins forgent une identité, mais on ne les voit prendre vie qu’au moment du printemps, associés aux autres couleurs naissantes. Alors Hauteluce se dévoile de nouveau. Elle est de ces lieux qui réunissent, par le regard, par les paroles, par la vie qui s’y passe. On retrouve cette vitalité un peu plus loin, vers ces hameaux qui ne sont ni source de tourisme, ni d’animation quand la neige recouvre tout. Mais le printemps réconcilie les paysages avec ceux qui les font vivre. Comme une ébullition, tout reprend vie, les chantiers arrêtés, les travaux à commencer, les petites choses à reprendre. Le quotidien reprend un sens dans tous les lieux qui forment Hauteluce. Le cœur ne change que très peu, bien que les allées et venues aient pris un moment de répit.


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UN TISSU ASSOCIATIF, DANS LE PAYSAGE Le retour des beaux jours induit une dynamique printanière faite d’éclosions et de nouveauté tout autour. Ce n’est pas la neige qui arrête le quotidien dans la montagne, mais l’arrivée du printemps permet de retrouver un rythme un peu plus léger. On se croise un peu plus souvent à pied dans les chemins. On s’attarde un peu plus longtemps aussi, maintenant que le froid ne glace plus les oreilles. On entend de nouveau les enfants courir depuis que les parties de ballon ont remplacées les batailles de neige. Les luges ont été rangées. La chaleur s’échappe des chalets, les jardins se préparent, les journées donnent plus de temps pour s’occuper et vaquer à ses occupations. À Hauteluce, la vie locale s’anime autrement qu’avec les touristes. On retrouve les réunions d’associations autour d’un café, les groupes de marcheurs à la recherche de nouveaux sentiers et les amoureux de la nature enjoués par le retour des beaux jours.

Habiter la montagne est un choix des paysages du quotidien, de l’expression singulière des saisons en ces lieux, mais surtout d’un quotidien que l’on partage avec d’autres. Ces autres là ont peut-être fait un choix différent, mais ils sont présents aujourd’hui et leur quotidien est similaire en bien des points. Les journées prennent des rythmes qui appartiennent à chacun, mais arrive un moment que l’on a envie de partager, de raconter ou de ressentir accompagné. C’est quelque part la force de ses groupes qui se font formés autour de Hauteluce, la diversité des regroupements qui servent à se rapprocher.

La commune compte une quarantaine d’associations ou de clubs. Quarante façons de se retrouver, de parler, d’alimenter ou de débattre. Des façons de s’exprimer, parfois ensemble. C’est tout autant de moyens de valoriser la vie sur place, par les relations qu’on y crée, des sensibilités que l’on développe, des échanges que l’on attend. Dans un cadre qui évolue avec sa population. Car Hauteluce n’était pas aussi «vivante» par le passé, les activités étaient principalement agricoles, on s’entraidait pour les taches vivrières en donnant des coups de main aux autres, quand le travail de la maison était terminé. Les moments de partage

étaient souvent des veillées. On se retrouvait le soir, chez les uns ou les autres, autour du feu de cheminée pour se raconter les histoires d’antan, réelles ou imaginées. Grands et petits prenaient place dans ces échanges de récits. Aujourd’hui les moments que l’on partage ne sont plus si contraints. On organise son quotidien pour y donner du temps à ses activités qui élargissent les passions et les envies. Et cela représente un quelque chose en plus dans les moments que l’on passe dans sa vallée, avec les autres.


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DES LIEUX POUR S’EXPRIMER J’ai cherché, en arpentant les hameaux et les chemins, à trouver ces lieux de vie. À retrouver les gens quelque part. Je savais d’expérience que la station des Saisies jouait de sa carte sportive, pour enrichir sa renommée de station de sport. D’hiver bien sur, mais la demande a évoluée, pour ceux qui y vivent et ceux qui y passent en toute saison. Elle concentre les possibilités: il y a la piscine, son centre auqualudique, sa salle de fitness, son mur d’escalade et ses terrains pour jeux de raquettes. Il y a aussi le bowling, ouverts aux plus jeunes et aux plus âgés. Au retour des beaux jours, on aperçoit les activités reprendre sur les terrains extérieurs, non loin du centre aquatique et sportif du Signal. La commune cherche a valoriser ces espaces dans lesquels chacun est libre de se dépenser, de jouer et de partager sur les city stades. Il n’est pas rare d’entendre les cris des joueurs de football ou de basketball se faire plus forts que ceux de l’équipe de pétanque qui s’entraîne pour les beaux jours à venir. Je reprends la route pour retrouver Hauteluce et y découvrir ses lieux de partage. Je suis presque passée à côté des terrains de sport, en entrant sur la commune. En auto on ne les distingue presque pas, surplombants la route et les paysages de l’arrivée à Hauteluce. Pourtant juste avant d’entrer dans le cœur de

commune, se trouve dans le hameau du Chozal une base de loisirs ouverte à tous. Petits et grands peuvent y passer du temps, sur l’aire de jeux à attendre son tour de balançoire, sur le parcours de santé à se préparer pour les événements sportifs à venir, dans le city stade à disputer une partie avec les copains du coin. Il n’est pas loin de l’école élémentaire et devient un lieu où se retrouver après l’école, pour les plus jeunes, mais aussi pour les parents. Un peu plus tard dans la saison, les goûters seront remplacés par les pique-niques partagés, au Chozal. Je m’engage encore sur la route, mais cette fois-ci en direction des hameaux qui ne suivent pas la grande route. Je traverse l’étroite rue de Hauteluce en me dirigeant vers les hameaux qui mènent au Col du Joly. Je ne vois que des maisons ou des trampolines dans des jardins privés. Ils appartiennent aux familles qui en profiteront. Arrivée à Belleville, je retrouve un peu de cette sensation, qu’il existe un quotidien caché du cœur de commune. Il y a une vie hors de la centralité, qui s’appuie elle aussi sur des lieux de loisirs.

Il faut quitter la route, et pour la première fois, s’approcher au plus près du cours d’eau. Un chalet imposant arbore un écriteau «Salle de l’Infernet» et mon gps précise qu’il s’agit de la salle des fêtes (ou la salle polyvalente, selon les recherches). Il appartient à un ensemble, la grande terrasse du chalet s’ouvre sur une aire de loisirs où l’on retrouve de nombreuses activités destinées aux à tous les publics intéressés. Le terrain de tennis s’y est ajouté il y a quelques années, pour renforcer son intérêt. De l’autre côté de la petite route qui dessert l’Infernet, mon regard se tourne vers un chalet un peu caché. J’y arrive en suivant le chemin arboré et découvre le lac de l’Infernet, destiné à la pêche. Il n’était pas référencé sur ma carte, comme s’il était un secret destiné à ceux qui habitent Belleville, ou un peu plus loin. J’ajoute à ma carte mentale la présence de ces lieux, qui pour moi racontent beaucoup de la vie locale. De cette volonté de se retrouver et de consacrer du temps à des activités qui rendent vivants les paysages et ceux qui les vivent. L’été y ajoutera les randonneurs en quête d’un peu d’ombre pour pique-niquer, mais en attendant ils appartiennent à ceux de tous les jours.

Pierre Schoendoerffer


UNE NATURE QUI SE RACONTE «Je comprends maintenant pourquoi tu prenais toujours autant de temps à dessiner les arbres, ils sont tellement nombreux.» Ils sont partout. Ils forment des motifs différents et parfois surprenants mais ils font parti des dessins du paysage. La neige avait figé les possibilités en les restreignant, aux slaloms des skieurs entre les résineux persistants. Mais voilà que le printemps fait apparaître les feuillages et le tracé des chemins de forêt, comme une invitation à les réemprunter.

d’arpenter, de marquer. D’agir sur ces forêts.

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80 Légende forêts de conifères forêts mixtes forêts ouvertes forêts de feuillus

L’identité végétale de Hauteluce est d’abord faite d’épicéas (Pinea abies) représentants 70% du couvert végétal, quelques sapins (Abies alba) et mélèzes (Larix decidua) sont associés pour donner d’autres couleurs aux forets de conifères. Un peu plus loin, on retrouve des essences mélangées, dans les forets de feuillus, hêtres (Fagus sylvatica), érables (Acer campestre), sorbiers (Sorbus aucuparia L., Sorbus aria), frênes (Fraxinus excelsior), merisiers (Prunus avium), saules blancs (Salix alba L.) et aulnes glutineux (Alnus glutinosa) offrent de nouvelles teintes au printemps.

Les forêts présentes sur les territoires de Hauteluce sont l’évolution des campagnes de boisement datant du rattachement de la Savoie au pays français, en 1860. Les versants creusés par les cours d’eau, parsemés de zones rocheuses et d’éboulis auprès des crêtes se sont vu massivement plantés. Un premier «On a que très peu de temps pour la pas vers l’autonomie de ses territoires gestion des forêts. Il faut être prêt aux anciennement isolés. Le choix des essences, premiers jours du printemps. À ce moment l’emplacement des habitations vis à vis là tout se met en marche et on peut alors des forets étaient réfléchis pour accueillir démarrer les actions de coupe, d’inventaire, de nouvelles populations et leur mode de recensement dans les forêts et de gestion d’habiter.

sur les années à venir. Entretenir une forêt Aujourd’hui gérées par l’Office National des sur une si courte période c’est un peu un Forêts, le dessin des forêts cherche à être défit, mais c’est aussi le rôle de forestier. valorisé plus que développé. Le territoire Nos forêts sont l’identité de ses territoires, boisé est soumis à réflexion et gestion pour on doit faire avec leur temporalité.» que les boisements s’intègrent aux paysages T.Roper, garde forestier en mouvement. Le printemps donne le temps

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1.4km


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82 Les territoires de Hauteluce, jouent de leur végétation et des formes prises dans les paysages. Par endroits, la nature des boisements est lisible, claire, on reconnait la couleur des feuillages ou leur forme qui s’offrent à notre regard. Il arrive que tout se mélange, que l’on se rende compte que le ciel n’est plus visible entre les branches découpées des résineux et que les couleurs au sol aient pris une autre teinte, plus tendre. Aux rares contact du ruisseau, la végétation raconte encore d’autres regards, et très vite se perd dans les boisements que l’on voit au loin. Les forêts sont comme ces rues que l’on choisi ou non d’arpenter, elles détaillent des histoires bien différentes.

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LE BOIS DES FORÊTS

Le travail du bois devient une affaire de paysage, car nos modes de vie n’ont plus cette relation particulière à la forêt. Autour du lieu de vie, le bois mort était ramassé pour le chauffage. Les quelques brebis appartenant aux foyers entretenaient les lisières et les sous-bois. Aujourd’hui on achète son bois le plus souvent, et les propriétaires de brebis se font plus rares.

Malgré tout, les petites scieries se soutiennent dans les environs alpins, le local est valorisé et le respect des cycles est essentiel. Tout autour des lieux de vie, la forêt appartient à cet équilibre à préserver. L’épicéa conserve ses couleurs et continue de bâtir les versants du Beaufortain. À la sortie de la scierie, l’épicéa ne ressemble plus à ce que l’on voit dans les forêts. Les troncs, immenses et robustes, sont débités en planches, selon une épaisseur, une longueur, une densité. Elles serviront à la charpente, au bardage qui recouvrira les nouveaux chalets, à fabriquer un nouveau tabouret pour patienter jusqu’à l’été.

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Aujourd’hui il ne reste qu’une scierie, dans le Beaufortain. Une entreprise familiale reprise en 1979, face aux géants de la découpe du bois. Pour eux, et pour leur métier, il faut comprendre les paysages de forêts, la saisonnalité de la nature.

Le bois du printemps ne devrait pas servir à la construction de nos habitats. À cette période les arbres reprennent vie, la montée de sève les prépare à fleurir et à nourrir la petite faune presque invisible. Il faudrait attendre patiemment le retour de l’automne, pour que les essences aient consolidé le bois qui servira alors à fabriquer une nouvelle charpente. Et pourtant, beaucoup oublient et organisent leurs journées autour du soleil permettant de reprendre le travail. Ils oublient la noblesse des matériaux pour construire plus, plus rapidement et plus moderne. Les coupes massives en direction des grosses entreprises ou des exports, dans des pays bien lointains, accélèrent le changement dans les forêts et dans les paysages qui se sont construits dans un équilibre d’antan.

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Les essences présentes racontent à leur tour quelque chose de la montagne. Les forêts étaient pensées pour servir aux gens de la vallée. Planter, gérer, patienter, abattre, travailler, construire. Y vivre. Le bois appartient à l’identité du Beaufortain, et plus largement, des territoires de montagne, par l’histoire commune qui s’est construite. Les forêts ont servies aux populations à prendre place sur les versants.


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Le printemps à ce regard similaire à l’automne. Une saison qualifiée de «creuse» par le tourisme. Pourtant, l’arrivée printanière lance Hauteluce dans une dynamique locale, sociale et associative. Le quotidien se retrouve à nouveau partagé, les espaces de plein air sont de nouveau accessibles et la neige laisse place au fleurissement. La commune se saisit de cette saisonnalité très marquée pour donner du temps aux activités. Le printemps arrive doucement pour redonner vie à des réflexions et des fonctionnements propres à Hauteluce. La vie associative est présente et représente les intérêts portés: agriculture locale (et responsable), pratiques sportives, artisanat, découvertes, patrimoine, etc. Le temps est à nouveau favorable pour l’expression de ces intérêts et les espaces destinés à les accueillir se retrouvent occupés.

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La douceur du temps laisse également la commune reprendre son développement, ses travaux, ses envies pour les saisons suivantes, pour l’année et celles à venir. Le mouvement sur les versants et ceux des alentours, place la vie locale au cœur des préoccupations. La mairie et les offices de tourismes lancent leur campagne de tourisme pour l’été qui suivra, tout en cherchant à toujours être plus pertinent dans ses propositions. Le fonctionnement du quotidien guide les possibilités et marque un moment charnière pour répondre aux besoins des habitants de Hauteluce dans leur localité et la façon de l’exprimer pour le tourisme. Les troupeaux se préparent à monter en alpage et toutes les générations retrouvent leur place dans les rues de la commune qui desservent les vallées voisines.


Courte de temps, la saison printanière est riche de propositions. La vie locale reprend sur l’ensemble des lieux habités et la centralité des Saisies et du cœur de commune perd de son rayonnement. Il devient plus facile de lire les lieux destinés aux locaux, à leur quotidien. Hauteluce est faite de hameaux qui se suivent jusqu’aux limites montagneuses, en direction des Contamines-Montjoie. Les routes qui serpentent entre ces lieux de vie ont déjà été remises en question, pour valoriser Belleville, au plus loin et les habitants du versant d’en face. Le hameau de Belleville, particulièrement, retient mon attention, de par ses paysages et les équipements qui s’y trouvent. La salle polyvalente et le lac de l’Infernet deviennent supports de possibilités pour décentraliser les lieux connus de Hauteluce et contre-balancer la fréquentation vers ces lieux oubliés. Le chemin de Hauteluce à Belleville, dessert la majorité des hameaux qui constituent la commune et devient un lieu de projet fort à créer. Le printemps donne à voir sur l’ensemble de la commune mais doit s’appuyer sur des lieux de rencontre plus définis pour consolider sa relation à l’ensemble de ses territoires et de ses habitants. Les premières esquisses lancées à l’hiver prennent forme et la route est ponctuée des placettes extérieures accueillant des évènements. Des appels de chantiers participatifs sont en cours, la population est entendue dans les décisions prises. Certains chantiers offriront des lieux couverts pour accueillir tous les âges et leurs envies.


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L’ÉTÉ

Jaune d’or. Soleil écrasant. L’arrivée de l’été En direction des alpages Une végétation des hauteurs Protéger, valoriser, déguster Découverte de la montagne estivale À la rencontre des sentiers Un regard sur les reliefs


Mes premiers souvenirs de la montagne viennent avec l’été. Avec le temps passé dehors, à découvrir chaque fois de nouveaux lieux et de nouvelles montagnes

Tous les jours se passent avec le soleil, jusqu’à l’arrivée des orages. Les journées sont infinies et le territoire de découverte se fait toujours plus grand, lassés d’emprunter toujours les mêmes chemins. Il y avait les randonnées qui nous faisaient partir au petit matin, les heures de recherches de myrtilles sceau à la main, les visites aux alpages à la rencontre des troupeaux, les bouquets toujours plus grands, cueillis dans les prairies et le sucre des trèfles roses longtemps dégusté.

Les journées d’été avaient quelque chose de bien particulier, pour se retrouver. Chaque jour reprenait son cours, à sortir la table pour déjeuner et à compter les rares nuages du ciel bleu. En regardant les montagnes les plus loin que je pouvais voir, je croyais que la montagne ne s’arrêtait jamais. Jusqu’à la ville que j’habitais. Et je n’ai jamais compris la continuité des vallées.


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L’ARRIVÉE DE L’ÉTÉ

Le passage saisonnier se fait dans la douceur, les petits nuages fendants parfois le bleu immaculé du ciel et les journées qui durent jusqu’à l’apparition des étoiles. Mais une fois l’été affirmé, le rythme retrouve une rapidité qui s’affole tout autour. Les camions se succèdent pour s’installer dans les alpages, suivis des vachers et de leurs troupeaux, partants pour un quotidien sur les hauteurs. Dans le village, les vitrines attestent de la vie qui revient, de l’affluence attendue. Les portants sont à nouveau sortis, colorés et équipés pour les activités de l’été. Les vitrines vantent le grand air et la beauté des paysages. Les artisans mettent en valeur le travail d’une année dans des affiches et des devantures sur lesquelles se reflète le soleil. Le beaufort d’été est alors prince de la saison et les offices de tourisme emmènent les curieux à la découvertes des troupeaux en alpage.

Voilà qu’ils reviennent, qu’ils réouvrent les chalets, que le bruit des mots lancés reprend sa mélodie estivale. Le tourisme appartient aussi à l’été, quand les grands paysages appellent à la conquête des sommets, aux nuits à la belle étoile et à la découverte de nouveaux lieux pour nous éblouir. La montagne a sa part de magie, aux beaux jours. Alors, une fois encore, ceux qui vivent les paysages tout l’année se font petits pour laisser la place à ceux qui les découvrent. Et tous se partagent l’étendue de la commune: les cœurs de vie où l’on habite et ceux où l’on séjourne, les lieux où l’on se rassemble sans se demander si l’on est d’ici ou non, les endroits qui appartiennent aux paysages de la vallée. C’est alors l’occasion pour eux d’échanger les rôles à la recherche de paysages qu’ils ne vivent pas. Ailleurs.

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Sans même avoir vu le temps passer, la saisonnalité s’installe dans une nouvelle routine. Le soleil brille plus fort. L’air doux a gardé quelque chose du printemps et pourtant on ressent que l’été a pris place.


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EN DIRECTION DES ALPAGES Les préparatifs ont été lancés à la saison dernière, on a inventorié et stocké le matériel, chargé les camions, installé les parcs qui accueilleront les troupeaux et fait son sac pour la grande montée dans les alpages. Aux premiers signes de l’été, vaches et vachers quitteront la vallée pour se rendre vers les sommets escarpés.

l’on passera dans chacun pour que les vaches ne manquent pas d’herbe riche à paître. Tout en prévoyant la traite du matin. Et souvent celle du soir. La hiérarchie s’établit dans le troupeau et à la fin de l’été la reine reconduira le reste du troupeau dans la vallée.

Il est tôt, et l’ascension sera longue. Les bêtes semblent toujours un peu nerveuses lorsque commence la transhumance17. Juste après leur avoir posé, les cloches retentissent déjà. Tout le monde autour tend l’oreille, jusqu’à ce que le son disparaisse aux hautes altitudes. Il reviendra la saison terminée. Il faudra une bonne matinée au troupeau pour monter en alpage, garder le rythme et ne pas perdre des yeux les plus jeunes qui entreprennent leur première montée vers les prairies d’altitude. Les plus anciennes s’empressent de rejoindre les hauteurs, loin de l’étable dans laquelle elles viennent de passer l’année.

L’alpage est un mode d’exploitation des bêtes et des paysages, que l’on pourrait qualifier d’ancestral tant il est inscrit dans les récits et les pratiques, depuis le XIIième siècle. L’alpage que l’on définit comme étant le droit de faire paître des troupeaux dans les Alpes, est en réalité plus précis dans son application.

«Il est communément admis que l’alpage aurait donné son nom aux Alpes et non l’inverse. Ceci indique à quel point l’utilisation à des fins pastorale de ces vastes formations herbacées supra-forestières ou conquises sur la forêt, ont d’emblée été considérées comme une caractéristique clef du milieu alpin.»

Pendant que le troupeau prend place dans un nouveau décor estival, le travail se poursuit chez les alpistes. Pas de temps pour le repos, le travail de la ferme reprend dans les alpages verdoyants. Il faut définir les parcs, organiser le temps que CAUE de Savoie

17. Transhumance: « trans » (au-delà) et « humus » (le pays), la transhumance est la migration périodique du bétail (ovins, bovidés, cervidés, etc) entre pâturages d’hiver et pâturages d’été. Larousse

Anciennement, la vie pastorale dans les montagnes était faite de troupeaux et de terres que l’on cultivait. Le travail quotidien ne prenait pas de pause, et sa charge impliquait un regard constant sur les tâches à venir. L’été était de ses saisons qui ne laissent pas de répit, le temps clément permettait d’abattre le travail du sol qui durerait l’année à venir. Les vaches étaient menées dans les hauteurs, où les prairies riches et fleuries fournissaient une alimentation que l’on n’avait pas à prévoir (Cf. Carte des alapges, page 104). Alors les préoccupations se détournaient des troupeaux et l’on pouvait prévoir le reste.

La grande histoire des Alpages : premier élément de cadrage P.Lachenal, J-M.Dorioz, F.Mouthon, M.Bajard, J.Poulenard, 2017

Malgré tout, les bêtes ont longtemps été menées tous les jours aux prairies d’altitude, souvent par les plus jeunes. Aujourd’hui, l’alpage a conservé ses fonctions, menant les bêtes dans des paysages façonnés par leur présence estivale. L’équilibre reste présent, entre les bénéfices qu’apportent la nature aux troupeaux et ceux qu’ils tirent de leur présence. Pourtant, à Hauteluce comme ailleurs, les terres agricoles sont la cible des promoteurs immobiliers. Quand les villages atteignent leur capacité et que la place vient à manquer, les terres le plus proches du bâti attirent le marché de l’immobilier. La lecture étendue de Hauteluce donne à voir ses hameaux peu denses sur lesquels il serait facile de bâtir. Les terres agricoles sont nombreuses et pourtant, les constructions se rapprochent toujours plus du cœur de village. En bâtissant sur les anciennes terres agricoles, cédées par force de persuasion et durement négociées.


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Il serait possible de croire que l’histoire de cette pratique raconte une facilité pour les éleveurs, de voir les troupeaux paître une herbe qui valorisera leur lait et donc leurs fromages. Dans le pays, le beaufort est réputé pour la finesse des arômes de son fromage d’été. C’est grâce aux alpages. Mais ce ne sont pas les paysages érigés au dessus des vallées qui permettent sa valorisation. Pas seulement, je veux dire. Si la montée en l’alpage s’est perpétuée au fil des siècles, c’est que la mise en place des milieux pastoraux et des organisations humaines apportait un équilibre dans les pratiques de la montagne. L’organisation de la montagne est faite par étages, définis par leur altitude et donc par la végétation qui y pousse.

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Les alpages s’étendent de l’étage alpin 1. jusqu’à 3 000m sur l’adret18 et 2 900m sur l’ubac, à subalpin 2. allant jusqu’à 2 400m sur l’adret à 2 200m sur l’ubac, selon les versants sur lesquels on retrouve des prairies façonnées par une mosaïque de milieux et souvent issues d’anciens déboisements. Parfois rocailleux, parfois raides, les milieux participent à la richesse des prairies mais induisent aussi une structuration dans l’organisation de l’alpage. Autour du chalet d’alpage, aujourd’hui plus proche d’une ferme ou d’une citerne de lait, les prairies sont connues avec leur rythme, la composition des sols et la palette végétale qu’on y retrouve. «D’une manière générale, les choix sont guidés par la morphologie végétale : les vaches préfèrent les feuilles aux tiges, les organes jeunes et verts aux organes âgés, durcis, lignifiés, voire jaunis. Ceci explique notamment le peu d’intérêt pour les graminées au-delà de l’épiaison-floraison. Tous ces faits correspondent à des tendances qui vont s’exprimer plus ou moins selon le troupeau et ses habitudes, mais aussi selon les contraintes qui lui sont imposées. Les touffes, par exemple, finissent toujours, faute de mieux, par être plus ou moins consommées.

Alpages, Prairies et Pâturages d’altitude: l’exemple du Beaufortain, J-M.Dorioz, 1998

L’été s’organise alors, entre les changements de parcs, aidé par les chiens ou les plus jeunes, les traites quotidiennes et les paysages tout autour, paisibles et majestueux. Certains se relaient, entre la fin du mois de mai et les premiers jours d’octobre, d’autres peinent à en descendre tant le quotidien était apprécié. Les journées gardent un rythme soutenu, et après un levé aux aurores, il faut faire la traite du matin et commencer la fabrication des fromages. La saison d’alpage permet aux vachers de fabriquer leur propre fromage, sans que le lait soit ramassé puis transformé à la coopérative fruitière. S’ils le veulent. La journée s’enchaîne et il faut déplacer les parcs, débroussailler les parcelles et faire les foins. Puis viens la traite du soir, suivie de la fabrication des nouvelles meules. Ce qui laisse peu de répit pour les échanges ou les habitudes du quotidien. Pourtant, on ne se sent jamais vraiment seul. La visite se fait régulièrement. Pour renouveler les stocks, vérifier que tout va bien, être remplacé ou aider dans le travail de la journée. Sans compter les petits groupes de curieux que l’on voit passer, à la rencontre des grands horizons, et des troupeaux sur le chemin.

18. Adret, en provençal adreit, bon côté: En montagne, versant le plus ensoleillé d’une vallée, opposé à l’ubac. (Ce terme et son synonyme endroit sont surtout employés dans les Alpes ; L’adret est le versant le plus favorable aux cultures et à l’habitat.), Larousse


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UNE VÉGÉTATION DES HAUTEURS Les terres agricoles de Hauteluce sont dédiées à l’alpage en altitude, et à la production fourragère aux abords des lieux habités. Sa position à cheval sur le Val d’Arly lui permet de valoriser le lait des troupeaux n’ayant pas de terres dans le Beaufortain. En été, les éleveurs mènent paître leurs troupeaux sur ces alpages, dont la renommée de la région naturelle accroît la valeur. Le beaufort, principalement d’été, étant le fromage dont le lait est le mieux rémunéré, dans le pays français. Les riches pelouses sont un bien naturel, économique et humain, à l’arrivée des beaux jours.

Fétuque Traçante Festuca rubra Poaceae

1.

Grande Astrance Astrantia major Apiaceae

2.

Lychnis fleur de coucou Silene flos-cuculi Caryophyllaceae

3.

Salsifis des prés Tragopogon pratensis Asteraceae

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Petite pimprenelle Sangusorba minor Rosaceae

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Sauge des prés Salvia pratensis Lamiaceae

6.

Brunelle commune Prunella vulgaris CLamiaceae

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3.

6.

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PROTÉGER, VALORISER, DÉGUSTER Les années 6O, marquent un tournant important pour les territoires de montagne et la situation des producteurs laitiers. Le pays vivait de sa production laitière, de ses forêts et des scieries, des ses cours d’eau et de ses terres. L’arrivée de l’industrialisation et de la mécanisation dans ces territoires alors reculés et très ruraux, provoque un exode important qui bouleverse les quotidiens. La perte de population, isole les producteurs et entraîne une crise agricole qui remet en cause le système ancien19. La production individuelle atteint ses limites et les producteurs laitiers font face ensemble pour réfléchir à un avenir commun. Leur objectif est de valoriser leur produit transformé, le beaufort, de mutualiser les ressources et les moyens, tout en conservant la tradition de leur savoir-faire. L’obtention de l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) pour le Beaufort, en 1968, témoigne de la réussite du projet de coopération20.

Les préoccupations communes des producteurs laitiers mènent à la réflexion autour d’une structure collective. L’idée florissante permet, en 1961 l’ouverture de la Coopérative fruitière de Beaufort où le lait, issu des territoires du Beaufortain, est transformé selon un cahier des charges définit et strict et un savoir-faire qui valorise au mieux le produit. Des années de travail, de concertation et de confiance accordée aux éleveurs laitiers, mène le projet à se moderniser, dans les outils et les pratiques et à se pérenniser. Aujourd’hui, la Coopérative assure le ramassage du lait, une fois par jour le matin d’octobre à mars, puis après les traites du matin et du soir d’avril à septembre, la fabrication des fromages, l’affinage et la vente directe des produits. Elle devient actrice dans la relation entre le territoire et ses productions, ses acteurs et leur volonté de partager un savoir-faire hérité. Les étapes de fabrication du Beaufort sont soumises à un cahier des charges strict: Ramassage du lait, analyse de la qualité du lait, empresurage, écaillage, chauffage, brassage après feu, soutirage, moulage, pressage et retournement des meules, saumurage et affinage en cave pendant huit mois. 19. 20. D’après les documents de présentation de la Coopérative Fruitière de Beaufort

Aujourd’hui, la Coopértiave Fruitière s’est diversifiée, dans sa relation avec les producteurs, ses outils de production, sa communication et ces lieux de ventes. Celle de Beaufort valorise au mieux le fromage de ses terres. On peut visiter les ateliers de fabrication, les caves d’affinage, en plus de l’espace de découverte et de dégustation qui précède la boutique. Le beaufort est à l’honneur mais on y trouve également d’autres fromages locaux, le reblochon, l’abondance, la tome de Savoie, la raclette et d’autres. De nombreux producteurs locaux y vendent confitures, charcuterie, alcools locaux et confiseries. La Coopérative Fruitière a ce rôle de transparence pour l’agriculture, qui constitue ses paysages et qui les valorisent. En plus de son travail autour du lait, elle cherche a faire connaitre les acteurs premiers de ce travail et met en avant les producteurs. Elle devient médiateur entre le quotidien agricole et le tourisme, par un tourisme social qui propose des activités créatrices de lien social, qui peuvent se traduire par des propositions innovantes et tournées vers la rencontre des pratiques locales.21

21. Le tourisme social, Un tourisme qui a du sens ?, G.CAIRE, 2013

Syndicat de défense du fromage Beaufort

“Les mouvements coopératifs, mutualistes et associatifs [...] ont la volonté dans leur action quotidienne de favoriser la conciliation harmonieuse de la rigueur économique et de l’audace sociale. Pour ce faire, [ils] rassemblent les hommes responsables et s’efforcent d’introduire ainsi un nouveau type de rapports dans les relations humaines fondé sur les notions de dignité, de liberté et de solidarité”

Préambule de la première Charte de l’économie sociale rédigée par le Comité national de liaison des activités mutualistes, coopératives et associatives (CNLAMCA), 1980


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La découverte de la montagne est liée à la douceur de ces paysages estivaux, la pureté de son air et la douceur de son climat. Un lieu pour se ressourcer, prendre le temps et s’éloigner du quotidien des villes. Longtemps, les familles pouvant se le permettre envoyaient les plus jeunes pour y passer la saison, aider un vieil oncle à la ferme, profiter du cadre de vie et du décor pittoresque. L’apparition des colonies de vacances dans les montagnes suisses, à la fin du XIXième siècle, a rendue célèbre la montagne pour sa qualité de vie et les plaisirs offerts par la nature. Les enfants étaient envoyés quelques semaines dans des familles paysannes, participant aux tâches domestiques, à la cueillette, aux alpages, profitant de promenades en plein air et d’activités de groupes. Beaucoup de ces enfants découvraient alors des paysages inconnus et les effets du climat se faisaient ressentir sur leur santé et les images qu’ils gardaient de ces semaines de liberté.

sanatorium fut construit en 1900 à Hauteville, non loin du lac du Bourget. L’architecture de ces sanatoriums reprend quelques formes du chalet de montagne, principalement par la présence de vastes balcons orientés sud, qui offrent une vue sur les paysages alentours ainsi qu’une bouffée d’air pur. La montagne se fait connaitre, comme un lieu de repos, de retrait loin du quotidien pollué et bruyant des grandes villes. Et les images que l’on en garde en font un décor idyllique pour y passer un séjour estival. La quiétude des montagnes à perte de vue, s’est enrichie des images que l’on lui impose.

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DÉCOUVERTE DE LA MONTAGNE ESTIVALE La littérature a participé à ces images, en utilisant son décor pour créer des «icônes» de la montagne auxquelles la population pouvait se raccrocher. Heidi, découvrant les montagnes suisses, devint rapidement un référence chez les plus jeunes et les récits de Roger Frison-Roche, autour de la montagne et de l’ascension des sommets, rendirent accessible les paysages des hauts sommets. La montagne était alors associée à son rapport à la nature, tout autour des chalets et des lignes de crêtes, à ses paysages figés dans un temps dédié à la quiétude. Une quiétude parfois bousculée par le besoin des humains de s’inscrire dans l’histoire des lieux. La conquête des sommets a développé une relation particulière entre un territoire, ses milieux et les pratiques sportives. La randonnée, et plus récemment le trail, ont suivis cette tendance, en minimisant les sensations de vertige. Le décor, semblant intact, offre de nombreuses possibilités pour y pratiquer une activité physique ou à sensation, avec toujours une vue sur des paysages à découvrir.

Au début du XXième siècle, la montagne s’est également fait connaitre pour ses effets bénéfiques sur la santé de malades atteint de tuberculose. Le cadre de vie semblait avoir un impact positif sur leur état de santé et de nombreux centres de soin ont trouvé place dans les montagnes françaises. Le premier

Alors, il n’est pas rare d’apercevoir, au départ de Hauteluce, des petits groupes de randonneurs se préparer, carte à la main, chapeau enfoncé sur la tête et appareil photo bien accroché au cou. Au travers des paysages qui forment la commune, le tracé des sentiers est étendu. En direction du Col des Saisies qui nous emmène vers le Val d’Arly, ses étendues tournées vers le Mont-Charvin et les Aravis. Face au Mont-Blanc que l’on atteindra après avoir passé le Col du Joly. De l’autre côté de la Montagne d’Outray, à la découverte des sentiers de Roselend.

Il fait bon vivre de passer un séjour d’été en montagne.

Une vallée dans les montagnes, Gustave Doré

Feuilles d’automne, Naoko Takayori


CAUE de Savoie

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À LA RENCONTRE DES SENTIERS Les alpages ont tracé avec le temps de nombreux chemins que l’on peut aujourd’hui arpenter. La formation des montagnes se positionne comme un terrain de jeu pour les marcheurs. Le territoire de Hauteluce et ses environs s’offrent aux amoureux de la nature et l’on peut s’y promener selon ses envie et les paysages que l’on souhaite découvrir. Le passage répété des vaches montant aux alpages raconte une histoire dans les mémoires et donne vie à ses cheminements singuliers. Certains vachers empruntent ces mêmes tracés depuis des générations, comme un passage obligé dans l’année. Ça, les curieux ne le savent pas, ils suivent leur carte ou leur téléphone, les guidant dans des traces qui leur sont inconnues. Leur ascension à travers les pelouses fleuries est une aubaines pour créer des liens entre l’histoire des terres qu’il foulent et leur envie de découverte. Elle se termine parfois à la rencontre avec les bêtes, les hommes, et les productions laitières. Parfois, la richesse floristique s’est perdue à force d’être piétinée, et les vachers s’en sont allés en grommelant. Il semble compliqué de toujours associer pratiques locales et volonté de développement touristique. En mettant l’accent sur le tourisme, on détruit parfois un attachement fort des habitants de la montagne, avec les terres de leurs aïeux. On les conditionnent au second plan et on perd leur confiance.

«Avant, c’était le chemin que m’avait montré mon grand-père, à ma première montée en alpage. Maintenant ya écrit «senti de trail», je sais pas ce que ça . veut dire mais je m’en fous, j’aurais aimé qu’on parle des vaches plutôt.»

104 Légende terres d’alpage départementale routes sentiers cours d’eau

paroles de Joseph C

Aujourd’hui, le territoire de Hauteluce est constellé de promenades, de randonnées, de via ferrata qui permettent aux plus téméraires comme aux plus paisibles de profiter des chemins tracés. Selon notre rythme, on s’arrête, on se perd, on recherche la rencontre avec les gens du coin pour échanger quelques mots. Parfois déguster un petit bout de beaufort pour se donner du courage. C’est cette idée de partage des terres, entre ceux qui en ont fait leur vie et ceux qui en profitent quelques semaines, qui a posé un nouveau tourisme estival. La mode est à la connexion entre un lieu choisi par les curieux et les producteurs et productions locales. Les offices de tourisme l’ont bien saisi et l’on peut maintenant réserver son aprèsmidi, sa soirée ou même quelques nuitées, pour rencontrer les tarines et les abondances dans les paysages dessinés par la montagne. Pour s’immerger dans un quotidien d’été que l’on avait alors en tête. Mais de loin. N 0

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UN REGARD SUR LES RELIEFS

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Le relief impose les façons de se déplacer près des sommets. En auto, il suffit de suivre la route. Elle serpente, s’arrête, tourne. Le paysage défile très vite et on ne retient que des bribes de ce que l’on a vu. Alors on se rend quelque part pour la laisser et entreprendre l’ascension autrement. À pied, en VTT, à petites foulées.

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1 200m

Relief de routes

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Les sentiers marqués par le temps sont un appui important des activités estivales. Ils contournent les pentes trop raides, prennent connaissance des reliefs accidentés pour proposer des promenades adaptées à tous les niveaux et tous les profils. Au départ des lieux habités, la signalétique des panneaux jaunes nous indique où nous diriger, selon notre temps et notre façon de nous déplacer.

1 550m 1 500m

1 400m

Relief de sentier


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La saison estivale fut la première à conquérir la montagne. Elle représentait la période de travail pour les locaux, qui menaient leurs troupeaux aux alpages et terminaient le travail des foins pour l’hiver. Elle fut aussi liée à l’apparition du tourisme, qui venait se ressourcer dans la pureté des sommets. Aujourd’hui encore, l’été est une période dédiée aux activités de plein air, tant pour les locaux que pour les touristes. Les paysages offrant de nombreuses possibilités pour découvrir la beauté des paysages, des activités agricoles, des productions du terroir et du calme environnant.

Syndicat de défense du fromage Beaufort

Hauteluce, de par sa position entre différentes régions naturelles des Alpes, est un point d’accroche pour les randonnées. Le charme de son cœur de commune au caractère ancien associé à sa station sportive et touristique équipée, en font un lieu fort du tourisme. Les propositions d’activités se sont diversifiées en s’appuyant sur la richesse des paysages. La commune a mis en œuvre une relation forte entre des pratiques locales, sportives et de découverte. Cette richesse faunistique et floristique se retrouve sur l’ensemble des pelouses d’alpage qui sont occupées, chaque été, par des vachers et leurs troupeaux. Le lait du Beaufortain est valorisé par l’AOC sur son fromage et des éleveurs alentours y louent des terres pour profiter de sa renommée. Hauteluce se positionne alors, à la rencontre d’une saison estivale à consolider dans ses pratiques touristiques et de ses territoires agricoles au fort potentiel économique. Une histoire commune reste à imaginer pour que l’été gagne en force dans sa relation entre son histoire passée et celle à venir.


L’été offre des pratiques à la rencontre des grands paysages. La diversification de l’offre a eu pour effet d’ancrer le tourisme dans sa saisonnalité. Mais, par endroits, la place donnée aux activités touristiques a effacé la relation à l’histoire de la commune. Certains chemins d’alpage ancestraux se voient piétinés par des centaines de marcheurs, de VTTistes ou de traileurs, sans que son histoire soient connue. La relation entre pratiques agricoles et développement du tourisme est encore fragile. Bien que de nombreuses actions de rencontre entre les deux soient amenées, un travail de communication, de balisage et de consolidation est à entreprendre. Les nombreux chemins tracés par le passage répété des bêtes doivent servir au déploiement du tourisme sans pour autant marquer une scission entre les deux. Les propositions de rencontre avec les pratiques à vocation agricoles doivent être plus affirmées pour valoriser la vie locale et créer une relation moins superficielle entre les touristes d’un jour et les habitants de l’année. Le récit de l’été doit être fait en traçant des relations plus fines et plus tendues entre quotidien et tourisme existant. Il faut pour cela, s’appuyer sur des lieux de rencontre, valoriser le départ des randonnées par les différents hameaux. En décentralisant, une fois de plus, le cœur de Hauteluce, le projet doit rendre accessible les cœurs habités. Ici, le tourisme doit être pensé autrement. Plus consciencieusement. En accord avec le regard des habitants et en conservant l’authenticité de ses paysages. Qu’ils soient habités ou non.


OUVRAGES

SOURCES ET RÉFÉRENCES

Histoire d’une montagne, Élisée RECLUS, Infolio, Archigraphy poche, 1897 Le mont analogue, René DAUMAL, Gallimard, L’Imaginaire n° 72, 1952 Maisons savoyardes, Charles ANTHONIOZ, Librairie Dardel, 1932 Une soupe aux herbes sauvages, Émilie CARLES, Éditions Jean-Claude Simoën, 1979 La saga des Saisies, Pierre MEUNIER, Savoie vivante, La fontaine de Siloé, 2001 Histoires verticales, les usages politiques et culturels de la montagne (XIVe - XVIIIe siècles), Stéphane GAL, Champ Vallon, Époques, 2018

RECHERCHE

« Caroline » et la montagne. Ces albums populaires pour enfants qui construisent la montagne, Christophe MEUNIER, Revue de géographie alpine, 104-4, 2016 Le Programme National de Recherche Suisse «Paysages et habitats de l’Arc Alpin», Bernard LEHMANN et Paul MESSERLI, Revue de géographie alpine, 95-4, 2007 Construits identitaires et imaginaires de la territorialité: variations autour de la figure du montagnard, Bernard DEBARDIEUX, Annales de géographie n°660-661, pages 90-115, 2008 Coopération pour l’adaptation climatique dans le tourisme, Romano WYSS, Revue de géographie alpine, 101-4, 2013 Cultures et politiques dans les Alpes contemporaines, Bernard DEBARDIEUX, Revue de géographie alpine, 96-4, 2008 De l’après-ski à l’après-tourisme, une figure de transition pour les Alpes ?, Philippe BOURDEAU, Revue de géographie alpine, 97-3, 2009 Le tourisme social, Un tourisme qui a du sens ?, Gilles CAIRE, Espaces tourisme et loisirs n° 310, 2013.

Désirs de montagne ? La mobilisation de catégories

Document d’Aménagement de la forêt communale de Hauteluce, Office National des Forêts, 2019

géographie alpine, 102-3, 2014

SITES INTERNET

géographiques dans les récits biographiques d’habitants de communes suisses, Mathieu PETITE, Revue de

Dynamique de la neige de culture dans les Alpes Françaises, Pierre SPANDRE, Hugues FRANÇOIS, Samuel MORIN et Emmanuelle GEORGEMARCELPOIL, Revue de géographie alpine, 103-2, 2015

La grande histoire des Alpages : premier élément de cadrage P.ierre LACHENAL, Jean-Marcel DORIOZ, Fabrice MOUTHON, Manon BAJARD, Jérôme POULENARD, https://grandehistoirealpages.fr/la-grandehistoire-des-alpages-premier-element-de-cadrage/, 2017

Gentrification alpine : Lorsque le village de montagne devient un arrondissement métropolitain, Manfred PERLIK, Revue de géographie alpine, 99-1, 2011

La Coopérative Laitière du Beaufortain

Quand les montagnes nous invitent à repenser l’innovation sociale, Marina SOUBIROU, Lauranne JACOB, Revue de géographie alpine, 107-2, 2019

https://www.lessaisies.com/

Notes sur les populations des montagnes européennes, Roderick PEATTIE, Annales de Géographie, t. 40, n°226, 1931

RAPPORTS

Plan Local d’Urbanisme, La place au sein du territoire: une commune au cœur d’une intercommunalité dynamique, Commune de Hauteluce, 2019 Albertville - Ugine: charte architecturale et paysagère, Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de Savoie (CAUE), 2005 Les granges en Pays de Savoie, CAUE de Savoie, 2006 Alpages, prairies et pâturages d’altitude: l’exemple du Beaufortain, Jean-Marcel DORIOZ, Courrier de l’environnement de l’INRA n°35, novembre 1998 Les stations de ski des Alpes du nord face au réchauffement climatique : une vulnérabilité croissante, le besoin d’un nouveau modèle de développement, Rapport Public Annuel de la Cour des comptes, février 2018 Le changement climatique dans les Alpes du Nord, AGATE Agente Alpine des Territoires, 2018 Barrages, lacs et hydroélectricité, Beaufortain Tourisme, 2015

https://www.cooperative-de-beaufort.com/

La station de ski, Les Saisies Hydroélectricité: l’impact de ses aménagements en Beaufortain, Catherine IVANOFF, 2017 https://www.encyclopedie-energie.org/limpact-desamenagements-hydroelectriques-en-beaufortain/

Le tourisme, son histoire et son évolution, Le Cercle des Chamailleurs, 2013 http://cercledeschamailleurs.over-blog.com/article-letourisme-son-histoire-et-son-evolution-121389628.html

VIDÉO, AUDIO La Place du Village

https://www.youtube.com/channel/ UCwtJQs2l7HCXItUbf9JhPjA/featured

8 Mont-Blanc

https://www.youtube.com/channel/ UCx26N2Ju1iJ4r3m9Lhnm3Eg

Ce que la montagne nous apprend, Grand bien vous fasse!, France Inter, 2020 Habiter, Demeurer, Se loger, Matières à penser, France Culture, 2019 Vers une transition vertueuse des territoires de montagne?, Passion Montagne, France Bleu, 2020 Quand te reverrai-je, touriste merveilleux ?, Entendez-vous l’éco?, France Culture, 2020 Photothèque du CAUE de Savoie


Aux copains de près ou de loin du cœur. À ceux qui ont découvert Hauteluce avec moi. Aux Bley, au Prieur-Smester, à l’autre Prieur-Bley. Et à toutes les montagnes que l’on aime. Et il y en a. Aux Schoendoerffer. À Claire et Christophe (et Marguerite) de m’avoir poussé à faire les choses à ma façon. Et qui m’ont soutenue. Beaucoup. Au CAUE de Savoie pour avoir été transparent. Et de m’avoir donné accès à cette ressource incroyable qu’est leur banque de données photographiques. Pierre Schoendoerffer

À ceux qui ont pris 1m, 5m ou 10m de leur temps pour m’aider à comprendre comment on vit à la montagne.


Il y a des lieux dont on ne regarde que les images. On s’y rend pour la beauté de ses paysages, en oubliant parfois que certains ont fait le choix d’y être tous les jours. Je pose sur Hauteluce un regard particulier, entre l’imaginaire qui enchante les esprits et la réalité qui reste à affirmer, par endroits. Comme un nouveau chapitre, en écriture.


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