LE VILLAGE CORSE, DU DÉBUT À LA FIN ?
Mémoire de fin d’études Faculté d’Architecture La Cambre Horta, ULB Année 2017-2018 Madeleine Cimignani, sous la direction de Victor Brunfaut. Photo de couverture et de chapitres, Madeleine Cimignani.
« In Corsica, tanti paesi, tanti usanze »1
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En Corse, tant de villages, tant d’habitudes, dicton corse.
S O M M A I R E
Sommaire
REMERCIEMENTS
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INTRODUCTION
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CHAPITRE 1 L›ARCHITECTURE VERNACULAIRE A NOTRE EPOQUE
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1- Qu’est-ce-que l’architecture vernaculaire ?.............................................25 2- L’architecture vernaculaire : un « génie du lieu ».....................................28 3- L’architecture vernaculaire : un patrimoine culturel................................31 A- LA notion de pAtrimoine et Le pAtrimoine cuLtureL..................................................31 B- LA reconnAissAnce du vernAcuLAire............................................................................34 4- Préservation et transmission du patrimoine vernaculaire et paysager en France ..................................................................................................37 CHAPITRE 2 LA CORSE ET SON ARCHITECTURE
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1- Le contexte géographique.....................................................................47 A- LocALisAtion..................................................................................................................47 B- Le cLimAt........................................................................................................................49 c- Le soL............................................................................................................................49 d- LA végétAtion................................................................................................................51 e- L’eAu...............................................................................................................................52 2- Le contexte historique et humain..........................................................53
A- L’Architecture........................................................................................................... 118 a) L’état actuel du bâti traditionnel......................................................................... 119 b) Le bâti non traditionnel...................................................................................... 129 B- L’évoLution des modes de vie.................................................................................... 132 a) La population et les modes d’habiter.................................................................. 132 b) Le caractère habitable des habitations ................................................................135 c) Les commerces et services................................................................................... 138 c- L’AttAchement des hABitAnts Au viLLAge.................................................................. 139 3- Et demain ?...................................................................................... 141 A- QueLs enseignements tirer de LA situAtion ActueLLe ?........................................... 141 a) Un constat : le dépeuplement et les causes..........................................................141 b) Rendre le village à nouveau attractif...................................................................142 B- QueL Avenir pour Le viLLAge ?................................................................................... 153 a) L’abandon........................................................................................................... 153 b) Le repeuplement................................................................................................. 153 c- L’impAct des poLitiQues de préservAtion et de déveLoppement................................155 a) Une entraide intercommunale............................................................................ 155 b) Les risques des règlementations de construction : l’exemple de la toiture.......... 157 d- concLusion................................................................................................................ 158 CONCLUSION
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BIBLIOGRAPHIE
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A- L’histoire......................................................................................................................53 B- Les modes de vie trAditionneLs....................................................................................59 c- Les us, coutumes et trAditions...................................................................................65 3- L’architecture vernaculaire de Corse..................................................... 72 CHAPITRE 3 ETUDE DE CAS : LE VILLAGE DE SANTA REPARATA DI MORIANI
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1- Présentation du village : de 1800 à nos jours........................................... 93 A- situAtion et impLAntAtion........................................................................................... 93 B- Activités sociALes et économiQues........................................................................... 106 c- L’Architecture du viLLAge.........................................................................................108 a) Évolution du bâti et de la démographie...............................................................108 b) Intégration au site par l’architecture traditionnelle.............................................109 c) Habitations et espaces communautaires..............................................................112 2- Un village en mutation....................................................................... 118
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REMERCIEMENTS
Remerciements
Je tiens tout d’abord à remercier mon promoteur de mémoire ; Victor Brunfaut professeur à la Faculté d’Architecture la Cambre Horta de m’avoir aidé à mener à bien ce mémoire. Je remercie également les nombreuses personnes rencontrées lors de mes recherches ainsi que les habitants du village de Santa Reparata di Moriani qui ont accepté de m’ouvrir leur porte et de répondre à mes questions. Merci pour la richesse et la sensibilité de vos réponses. Enfin, je tiens à remercier toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin à l’élaboration de ce mémoire.
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INTRODUCTION
Introduction
Alors que nous vivons dans des sociétés de plus en plus cosmopolites, à l’heure de la mondialisation, où les transports et les voyages n’ont jamais été si faciles et nombreux, la question de la recherche de repères identitaires et de leur préservation est au centre de débats politiques et sociaux. De même, face à la modernité toujours plus recherchée, on oppose les traditions qui semblent dépassées et rétrogrades. Mon but à travers ce mémoire traitant de l’architecture vernaculaire des montagnes corses, n’est pas de prôner le repli identitaire ou le refus de la modernité, bien au contraire mais plutôt la compréhension, le partage et la transmission de traditions qui me sont chères. La Corse, décrite par le géographe Friedrich Ratzel comme « une montagne dans la mer », de par son caractère insulaire a développé et conservé ses propres traditions, encore fermement ancrée dans les modes de vies de son peuple. La langue corse est enseignée dans les écoles, les fêtes, coutumes et superstitions animent la vie des Corses et la religion garde une place importante dans la vie de chacun. Si une tradition est, par définition, une pratique ou un savoir hérité du passé, répété de génération en génération, elle n’est pas pour autant figée. En effet elle s’adapte aux besoins culturels influencés par l’histoire et évoluent au cours de celle-ci. Ainsi de nombreux anthropologues, dont Gérard Lenclud, pensent que les traditions ne doivent pas être traitées comme étant, seulement, un héritage du passé, mais comme « un morceau de passé taillé à la mesure du présent »2.
2 LENCLUD Gérard, « Qu’est-ce que la tradition ? », in Marcel Détienne (dir.), Transcrire les mythologies, Albin Michel, 1994, p.34.
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Introduction
Mais la Corse a surtout une importance particulière à mes yeux : il s’agit de la montagne où j’ai grandi et où je veux vivre. Tous les jours, je me plais à contempler le paysage qui m’entoure, la mer Méditerranée au loin, les villages voisins situés sur la crête de collines et le « maquis » épais qui les entoure… C’est pourquoi en tant qu’étudiante en architecture et future architecte, l’avenir de cet environnement me préoccupe. Faut-il conserver l’architecture vernaculaire des villages corses pour préserver les us et coutumes ainsi que l’identité de sa population ? Ces deux éléments sont-ils indissociables ? De plus, la montagne, de par son caractère calme, ressourçant et rassurant est un territoire qui attire de nouveaux habitants, vacanciers ou résidents à l’année. Les villages corses, malgré leur progressif dépeuplement, font quand même l’objet de nouvelles constructions ou de rénovations. Je m’interroge donc sur comment construire aujourd’hui dans un environnement aux paysages si particulier en s’inscrivant dans sa tradition insulaire / régionale ? Pour répondre à cette double préoccupation de conservation et de construction au sein des villages corses, je m’attacherai à définir dans un premier temps l’architecture vernaculaire, son rapport à la terre à laquelle elle se rattache et questionner les raisons qui peuvent pousser à vouloir la préserver. J’aborderai la dimension écologique de l’architecture traditionnelle ainsi que les thèmes du génie du lieu et de la patrimonialisation afin d’expliquer pourquoi il me semble primordial de s’intéresser à l’habitat vernaculaire et d’en tirer des enseignements. Dans un second temps, je décrirai plus spécifiquement l’architecture vernaculaire en Corse et tenterai d’en comprendre les origines. Pour cela, je dresserai un rapide portrait de l’histoire de l’île et de ses particularités topographiques et climatiques. De plus, j’exposerai les modes de vie traditionnels des Corses et l’impact qu’ils ont eu sur les modes d’habiter. Je partagerai également quelques-unes des traditions et essaierai d’évaluer l’impact qu’elles ont eu sur l’architecture de « l’île de Beauté », par le passé et aujourd’hui encore.
Comment peut-on influencer leur destin ? Analyser ce village permettra d’en tirer des conclusions à plus large échelle sur l’ensemble des villages des montagnes corses. En effet, ces villages sont de plus en plus dépeuplés et nous concentrer sur l’un d’eux pourrait nous aider à comprendre pourquoi et à évaluer le caractère inéluctable ou non de ce phénomène. Afin de mener à bien ce travail, je me suis rendue sur place, pour réaliser un relevé du village, de comprendre son évolution, et d’interroger les quelques habitants qui y demeurent encore. Cette expérience, très enrichissante, m’a poussé à m’interroger sur le bien-fondé et la manière de préserver l’architecture traditionnelle et éventuellement de bâtir de nouvelles habitations dans ces hameaux. Les maisons doivent-elles refléter les modes de vie des occupants ? Doit-on conserver des éléments architecturaux devenus obsolètes ? Et si oui, pourquoi ? Alors que les diverses politiques de protection et de préservation régionales et communales de l’architecture corse semblent d’avantage privilégier des critères et enjeux esthétiques, comment s’inspirer de l’architecture traditionnelle pour bâtir aujourd’hui sans tomber dans le mimétisme ou le pastiche ? En conclusion, s’intéresser au fil de ce mémoire à l’habitat traditionnel des montagnes de Corse sera, pour moi, un moyen de comprendre l’architecture « de mon île » et son évolution de façon à m’en inspirer dans ma pratique future, mais aussi un moyen de faire connaître et de partager une histoire et une culture qui m’importent car « transmettre un héritage, c’est aussi croire qu’une tradition continue de vivre »3. En effet, je pense que tirer des enseignements de l’architecture traditionnelle tout en tenant compte des innovations contemporaine et des besoins actuels de ses populations villageoises est une mission intéressante ainsi qu’une belle expérience pour l’architecte que je veux devenir.
Enfin à travers l’étude du cas du village de montagne de Santa Reparata di Moriani, divisé en deux hameaux, je souhaiterai évoquer le problème des villages corses, qui se dépeuplent peu à peu. Quel avenir se dessine pour ces villages ? L’abandon, la muséification ou le repeuplement ? 3
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CASALONGA Paul et BOHL Xavier, Le bâti ancien en corse, Paris-la-défense, EDF, 1984.
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CHAPITRE 1 L’ARCHITECTURE VERNACULAIRE A NOTRE EPOQUE
Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
L’habitat est une façon pour l’homme d’occuper l’espace afin de s’abriter et qui peut prendre différentes formes architecturales. Selon le dictionnaire de français Larousse, il « est une partie de l’environnement définie par un ensemble de facteurs physiques, et dans laquelle vit un individu, une population4, … ». Dans cette première partie du mémoire, je désirerai mettre en avant la relation qui peut exister entre un lieu et une architecture et, parallèlement, entre un lieu et l’être humain afin de comprendre le sentiment et l’atmosphère qui peuvent se dégager de cette union, entre la création de l’homme et la nature. Nous parlerons, ici de l’architecture vernaculaire, c’est-à-dire, une architecture qui, évidemment, est liée à son lieu mais nous verrons que cette architecture peut également être liée à une histoire et à une vie passée. Nous tenterons donc de définir cette architecture singulière ainsi que ses différents aspects à travers la pensée de plusieurs auteurs, critiques et architectes. Puis, nous nous intéresserons à ce qu’elle représente pour notre société en tant que « gardien » de la mémoire d’un lieu et d’une vie, mais aussi en tant que source d’inspiration pour l’avenir. Ensuite, nous parlerons de la reconnaissance de cette architecture en tant que patrimoine culturel à conserver et à transmettre, ainsi que des moyens mis en place en France, et notamment en Corse, pour y parvenir.
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Larousse [Electronic version], http://www.larousse.fr/
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Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
1-
QU’EST-CE-QUE L’ARCHITECTURE VERNACULAIRE ?
Le terme « vernaculaire » désignait au XVIIIème siècle5 : « tous ce qui est particulier à un pays », il signifie aujourd’hui ce qui est « propre à un pays, à ses habitants ». Bernard Rudofsky, architecte, historien et professeur, publie en 1964 son livre Architecture Without Architects dans lequel il met en évidence un type d’architecture (une architecture sans architecte). L’idée qu’il souhaite véhiculer est que ce type d’architecture qu’il nomme « architecture sans maître » témoigne d’un savoir-faire et d’une philosophie représentant « la plus grande source inexplorée d’inspiration architecturale pour l’homme de l’ère industrielle » tout en nous montrant la beauté de cette « architecture résultant de l’exercice de l’intelligence humaine confronté à la nécessité »6. En 1980, le Centre d’étude et de recherches sur l’architecture vernaculaire (CERAV), définit « un bâtiment vernaculaire comme appartenant à un ensemble de bâtiments surgis lors d’un même mouvement de construction ou de reconstruction. Ce mouvement affecte une ou plusieurs régions et s’inscrit dans une période variant d’une région à une autre selon des décalages de quelques décennies à un siècle ou plus. Reflet de changements économiques, un type de bâtiment vernaculaire est caractéristique non seulement d’une époque donnée, mais aussi de la classe sociale qui l’a fait construire et l’a utilisé »7.
5 Dans TLFi : Trésor de la langue Française informatisé, http://www.atilf.fr/tlfi, ATILF - CNRS & Université de Lorraine. 6 RUDOFSKY Bernard, Architecture without Architects: A short introduction to non-pedigreed architecture, Museum of Modern Art, New York, 1965, 124 p. 7 LASSURE Christian, « L’architecture vernaculaire : essai de définition », in L’architecture vernaculaire, sup. N°3, 1983.
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Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
En 1997, le professeur et historien de l’architecture Paul Olivier a, dans un ouvrage incontournable sur le sujet, défini l’architecture vernaculaire comme étant « l’architecture des gens, l’architecture sans architecte, faisant appel aux matériaux disponibles sur place et mettant en œuvre des techniques traditionnelles »8. Il parle également de « l’influence des traits culturels, l’impact des milieux physiques, le rôle des matériaux et des techniques, les étapes de la construction, les détails d’aménagement, l’importance des éléments symboliques et décoratifs, les méthodes de classification typologique, la variété des usages et des fonctions »9.
faire transmis, mais aussi par intuition. Elle est le résultat d’une communication profonde entre l’Homme et le milieu (notamment naturel) qui l’entoure. L’architecture vernaculaire représente ainsi l’identité d’un « lieu » au sens large du terme car elle est l’œuvre humaine ancrée dans un territoire, fruit d’une histoire et expression d’une culture locale dont la richesse et la beauté se trouvent dans le caractère unique et dans la mémoire qu’elle véhicule.
Nous pouvons aisément conclure que l’architecture vernaculaire est liée au territoire. Elle tient compte de l’utilisation de ressources naturelles du site (climat, matériaux, topographie) ou s’y adapte de manière à composer un habitat en harmonie avec son paysage. En effet, les matériaux utilisés dans la construction sont des matériaux disponibles sur place, et le bâtiment construit s’adapte au climat et à la topographie par des moyens naturels. Les ouvertures sont plus ou moins grandes suivant le besoin de se protéger ou non de la chaleur, et l’implantation de l’habitation se fait en fonction de l’aspect du terrain car ce type d’architecture est une construction simple et naturelle qui a tendance à s’adapter et non altérer. L’architecture vernaculaire d’un lieu s’inscrit dans les traditions et l’histoire de ce lieu (typologie, mise en œuvre, savoir-faire). La typologie va dépendre des besoins et des usages de la population qui l’a créée, comme par exemple la nécessité de se protéger contre des envahisseurs ou le besoin d’espaces nécessaires à un certain mode de vie ou une activité économique particulière. La manière de construire cette architecture réside également dans la transmission de génération en génération des savoir-faire avec plus ou moins d’évolutions. En effet, il ne faut pas oublier que l’architecture vernaculaire n’est pas une architecture du passé, elle évolue en fonction du temps. Elle est une architecture qui n’a pas été créée par un professionnel mais par l’habitant lui-même, non seulement par besoin et grâce au savoir-
8 OLIVIER Paul, Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World. Cambridge University Press, Cambridge, 1997, 2500 p. 9
Ibidem
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Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
2-
L’ARCHITECTURE VERNACULAIRE : UN « GÉNIE DU LIEU »
(sites, paysages, bâtiments, objets) et immatériels (mémoire, récits oraux, documents écrits, rituels, festivals, métiers, savoir-faire, valeurs, odeurs), physiques et spirituels, qui donne du sens, de la valeur, de l’émotion et du mystère au lieu »13. En effet, l’expression « esprit du lieu » énonce elle-même ces deux éléments fondamentaux de matériel et d’immatériel. L’esprit évoque la pensée, la mémoire, l’humain ; le lieu, lui, renvoie au site géographique, au monde physique. Une relation dialectique existe entre les deux éléments : « L’esprit construit le lieu et, en même temps, le lieu investit et structure l’esprit »14.
Le « génie du lieu », « Genius loci » pour les civilisations antiques romaines, serait un esprit protecteur propre à chaque lieu : « Genii Loci. Les Genii de la mythologie romaine sont des êtres immanents qui habitent non seulement les lieux, mais aussi les individus. Ils symbolisent l’être spirituel des choses et des personnes, et ils ont pour fonction essentielle de les conserver en existence. Le génie, par sa nature unique, veille au lieu et lui donne son identité propre, plus encore, le rend sacré. Le génie anime le lieu d’un principe vital »10. De cet « esprit protecteur » découle la notion « d’esprit du lieu ». Chaque lieu est doté d’un caractère qui le distingue et d’un imaginaire auquel l’homme se rattache et s’identifie. Cette notion n’est pas facile à définir mais plusieurs analystes, tels que Turgeon11 et Norberg-Schulz12, la voient comme une synthèse d’éléments matériels et immatériels qui marquent le site de manière significative et lui donnent son identité. En 2008, lors de la Déclaration de Québec sur la sauvegarde de l’esprit du lieu, celui-ci est défini comme étant « l’ensemble des éléments matériels
Cette union d’éléments matériels et immatériels créerait une ambiance spécifique au lieu, une atmosphère. C’est cette ambiance que l’on ressent et qui nous permet de nous identifier à un milieu ou au contraire de s’y sentir étranger. Christian Norberg-Schulz, architecte, historien et théoricien de l’architecture, a introduit la notion « d’espace existentiel », un espace dénué de tout sens mathématique, qui se concentre sur la relation de l’homme à son milieu. Dans son livre « Genius loci : Paysage, ambiance, architecture », il développe son idée du concept d’architecture comme étant la représentation concrète de cet « espace existentiel » : « l’homme habite lorsqu’il réussit à s’orienter dans un milieu et à s’identifier à lui, ou plus simplement lorsqu’il expérimente la signification du milieu »15. L’interaction entre l’être humain et le milieu impacte l’un et l’autre et peut créer un lien fort de dépendance. De ce lien, homme-milieu (immatériel-matériel), va naître un habitat, une culture, un genre de vie avec tous les éléments ou équipements qui s’y rattachent et par conséquent une architecture. L’architecture vernaculaire, qui est liée à l’Homme et au milieu, aurait donc une importance primordiale dans l’esprit du lieu, car elle représente elle aussi une union entre matérialité et immatérialité. Elle jouerait un rôle
10 TURGEON Laurier, L’esprit du lieu : entre matériel et immatériel. 16th ICOMOS General Assembly and International Symposium: « Finding the spirit of place – between the tangible and the intangible ». 29 sept – 4 oct 2008, Québec. 11 Laurier Turgeon est titulaire d’une Chaire de recherche du Canada en patrimoine, professeur titulaire au Département d’histoire de l’Université Laval et membre de la commission canadienne pour l’UNESCO depuis 2004. Il est également auteur et directeur de publications scientifiques en lien avec la notion de patrimoine.
13
Déclaration de Québec sur la sauvegarde de l’esprit du lieu, Canada, 2008.
14 TURGEON Laurier, Introduction. Du matériel à l’immatériel. Nouveaux défis, nouveaux enjeux, Ethnologie française, 2010/3, vol. 40, p.389-399.
12 Christian Norberg-Schulz (1926-2000) était un architecte, un historien et un théoricien de l’architecture norvégien. Il a enseigné à l’Université de Yale en 1965, à l’École d’Architecture et de Design d’Oslo de 1966 à 1992 et au Département d’Architecture du MIT en 1974.
15 NORBERG-SCHULZ Christian, Genius loci : Paysage, ambiance, architecture. Mardaga, Bruxelles, 1997, 213 p.
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Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
essentiel dans la composition du « génie du lieu », c’est-à-dire l’identité d’un lieu et d’une population car elle participe à créer cette atmosphère propre à un endroit en révélant les traces d’un passé et d’une culture.
3-
A-
L’ARCHITECTURE VERNACULAIRE : UN PATRIMOINE CULTUREL
LA notion de pAtrimoine et Le pAtrimoine cuLtureL
L’origine du mot patrimoine, formé à partir du terme latin « pater » signifiant le père, désigne « l’ensemble des biens, des droits hérités du père ». Le dictionnaire de Furetière16 définit le patrimoine comme étant « un bien ancien dans la famille, ou du moins qu’on a hérité de son père ». Cette définition donnée du patrimoine inscrit ce concept dans le domaine du privé. Il faudra attendre la Révolution française pour assister à une évolution vers un patrimoine devenu national appartenant à la collectivité. Aujourd’hui, le mot patrimoine définit « les biens matériels et intellectuels hérités par une communauté » et « apparaît comme une archéologie de nous-mêmes, une quête de notre authenticité plus ou moins enfouie qu’il s’agit de ne pas perdre et qui, impose à la société une responsabilité, un devoir de mémoire, vis-à-vis des générations futures »17. Cet héritage du passé nous sert à conserver la mémoire du temps et de nos ancêtres, il nous aide à comprendre leur évolution au cours des générations et tend à devenir une inspiration. Le concept de patrimoine à évolué au cours du temps, Jean-Pierre Babelon et André Chastel, dans leur ouvrage « La notion de patrimoine », mettent
16 FURETIERE Antoine, Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français, tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts. Éditions Veuve Delaune, Paris, 1732. 17 ROBERT Yves, Théorie de la conservation et de la restauration des patrimoines, Presses Universitaires de Bruxelles, Bruxelles, 2014, 238 p.
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Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
en évidence cette évolution en nommant six repères que l’on peut classer en deux groupes : les dimensions fondatrices du patrimoine, c’est-à-dire les valeurs traditionnelles de celui-ci et les dimensions modernes du patrimoine : ce sont celles mises en place durant la Révolution française.
-
-
Les monuments : toutes réalisations particulièrement remarquables en raison de leur intérêt historique, archéologique, artistique, scientifique, social ou technique, y compris les installations ou les éléments décoratifs faisant partie intégrante de ces réalisations ;
Parmi les dimensions fondatrices :
-
La dimension religieuse datant de l’Antiquité. La dimension monarchique et sa relation au pouvoir depuis le Moyen Age. La dimension familiale et son aspect identitaire de l’époque médiévale.
Les ensembles architecturaux : groupements homogènes de constructions urbaines ou rurales remarquables par leur intérêt historique, archéologique, artistique, scientifique, social ou technique et suffisamment cohérent pour faire l’objet d’une délimitation topographique ;
-
Les sites : œuvres combinées de l’homme et de la nature, partiellement construites et constituant des espaces suffisamment caractéristiques et homogènes pour faire lors d’une délimitation topographique, remarquables par leur intérêt historique, archéologique, artistique, scientifique, social ou technique.
Parmi les dimensions modernes : -
La dimension nationale depuis la Révolution française, « la famille devient nationale ». La dimension administrative à partir du XIXe siècle : la gestion collective du patrimoine créant le concept de monument historique et l’élaboration des inventaires. La dimension scientifique durant le XXe siècle, le patrimoine n’est plus considéré comme la mémoire de la nation mais représente toutes les histoires du pays.
C’est ce qu’on appelle l’explosion du champ patrimonial : « le terrain de prédilection n’est plus le paysage romantique parsemé de ruines, mais le monde de nos grands-parents, voire de nos parents, dont il s’agit de conserver chaque trace… »18.
Un cas particulier est à prendre en considération, il s’agit du patrimoine immatériel. D’après la définition20 de l’UNESCO, le patrimoine oral et immatériel prend en compte « l’ensemble des créations émanant d’une communauté culturelle fondées sur la tradition, exprimées par un groupe ou par des individus et reconnues comme répondant aux attentes de la communauté en tant qu’expressions de l’identité culturelle et sociale de celle-ci, les normes et les valeurs se transmettant oralement, par imitation ou par d’autres manières. Ses formes comprennent, entre autres, la langue, la littérature, la musique, la danse, les jeux, la mythologie, les rites, les coutumes et le savoirfaire de l’artisanat, l’architecture et d’autre arts ».
Désormais le concept de patrimoine s’étend à de plus en plus de catégories de biens culturels, comme l’architecture vernaculaire et les paysages naturels.
Un patrimoine est donc constitué de biens matériels et immatériels qui peuvent être classifiés en deux catégories : le patrimoine culturel (langues, livres, traditions, édifices…) et le patrimoine naturel (paysages, sites, espèces animales ou végétales…).
D’après la Convention de Grenade19 de 1985, l’expression « patrimoine architectural » est considérée comme comprenant les biens immeubles suivants :
La Convention de Faro21 de 2005 met en avant le potentiel et la valeur que représente le patrimoine culturel pour la société. Le patrimoine culturel est ainsi défini comme « un ensemble de ressources héritées du passé que des personnes
18
Ibidem
20
UNESCO, Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, art. 2. Paris, 2003.
19 Convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural de l’Europe ou Convention de Grenade, adoptée le 3 octobre 1985.
21 Convention - cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société ou Convention de Faro, adoptée le 27 octobre 2005.
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considèrent, par-delà le régime de propriété des biens, comme un reflet et une expression de leurs valeurs, croyances, savoirs et traditions en continuelles évolution. Cela inclut tous les aspects de l’environnement résultant de l’interaction dans le temps entre les personnes et les lieux ». Il est considéré comme étant une ressource de développement durable et permet d’améliorer la qualité de vie d’une société.
C’est de ces recommandation qu’a émergé le concept d’intégration d’une architecture actuelle au site dans lequel elle se trouvera avec des paramètres à respecter comme « l’harmonie des hauteurs, couleurs, matériaux et formes, constantes dans l’agencement des façades et des toitures, rapports des volumes bâtis et des espaces ainsi que leurs proportions moyennes et l’implantation des édifices 23». En 1999, l’ICOMOS (International Council on Monuments and Sites), face à l’uniformisation de la culture et des phénomènes de mondialisation, témoigne de l’importance du patrimoine bâti vernaculaire, car celui-ci est « l’expression fondamentale de la culture d’une collectivité, de ses relations avec son territoire et, en même temps, l’expression de la diversité culturelle du monde 24», et de la nécessité de l’entretenir et de le protéger. L’organisation rédige alors la Charte du patrimoine bâti vernaculaire, qui en définit les principes généraux, les principes de conservation et les orientations pratiques.
B-
LA reconnAissAnce du vernAcuLAire
C’est suite à la prise de conscience concernant les dangers menaçant les sites naturels et culturels et la nécessité de préserver les monuments historiques que fut rédigée la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO. L’objectif était d’identifier, de protéger et de préserver les patrimoines culturel et naturel à travers le monde, dont on considère la valeur exceptionnelle pour l’humanité. Mais au cours du XXe siècle bien d’autres documents officiels ont été publiés, notamment Les Recommandations de l’UNESCO concernant la sauvegarde des ensembles historiques ou traditionnels et leur rôle dans la vie contemporaine, rédigées en 1976. Par « ensembles historiques ou traditionnels », la recommandation entend « tout groupement de constructions et d’espaces y compris les sites archéologiques et paléontologiques constituant un établissement humain en milieu urbain comme en milieu rural, dont la cohésion et la valeur sont reconnues du point de vue archéologique, architectural, historique, préhistorique, esthétique ou socioculturel. Parmi ces ensembles qui sont d’une très grande variété, on peut distinguer notamment les sites préhistoriques, les villes historiques, les quartiers urbains anciens, les villages et hameaux ainsi que les ensembles monumentaux homogènes, étant entendu que ces derniers devront le plus souvent être conservés dans leur intégrité22 ».
Par le terme « bâti vernaculaire » repris dans son titre, la charte désigne des bâtiments présentant les caractéristiques suivantes : -
Un mode de construction partagé par la communauté ; Un caractère local ou régional en réponse à son environnement ; Une cohérence de style, de forme et d’aspect, ou un recours à des types de constructions traditionnels ; Une expertise traditionnelle en composition et en construction transmise de façon informelle ; Une réponse efficace aux contraintes fonctionnelles, sociales et environnementales ; Une application efficace de systèmes et du savoir-faire propres à la construction traditionnelle.
23 UNESCO, Recommandations concernant la sauvegarde des ensembles historiques ou traditionnels et leur rôle dans la vie contemporaine, art. IV. Nairobi, 1976. 22 UNESCO, Recommandations concernant la sauvegarde des ensembles historiques ou traditionnels et leur rôle dans la vie contemporaine, art. I. Nairobi, 1976.
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24
ICOMOS, Charte du patrimoine bâti vernaculaire. Mexique, oct.1999.
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La culture traditionnelle et l’architecture traditionnelle font partie intégrante d’une société. C’est un patrimoine culturel transmis et hérité de génération en génération qui demande à être protégé et conservé, car il est le reflet de cette société et permet de perpétuer son identité.
4- PRÉSERVATION ET TRANSMISSION DU PATRIMOINE VERNACULAIRE ET PAYSAGER EN FRANCE
La reconnaissance de notre patrimoine vernaculaire et paysager est amorcée par l’élargissement du champ patrimonial et la décentralisation de la politique française du patrimoine bâti. Différents moyens à différentes échelles sont alors mis en place dans le but de conserver et transmettre notre héritage tels que des organismes ou des documents d’urbanisme. Nous avons choisi de n’en évoquer que quelques-uns ici : certains que nous estimons important car ils sont les « déclencheurs » de la mise en valeur du « petit patrimoine », c’est-à-dire le patrimoine culturel, mais aussi naturel, transmis entre les générations en milieu rural, et d’autres qui sont d’actualité en Corse car notre sujet d’étude se situe dans cette région. La France crée en 1996 la Fondation du patrimoine dont le but a été de promouvoir la connaissance, la conservation et la mise en valeur du patrimoine de proximité ou petit patrimoine. Pour cela, elle identifie les édifices et sites menacés et sensibilise les acteurs locaux à la nécessité de leur restauration tout en aidant les collectivités locales à financer des projets. André Malraux, ministre de la culture durant l’ère Pompidou, fonde en 1962 l’Inventaire général du patrimoine culturel dont la mission originelle était de « recenser et décrire l’ensemble des constructions présentant un intérêt culturel ou artistique ainsi que l’ensemble des œuvres et objets d’art créés ou conservés en France depuis les origines »25. A partir de 2005, la réalisation de l’inventaire a été progressivement transférée aux régions et est actuellement formulée ainsi
25 Décret n° 64-203 du 4 mars 1964, intitulé « Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France ».
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Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
: « recenser, étudier et faire connaître les éléments du patrimoine qui présente un intérêt culturel, historique ou scientifique » 26. Un bien inventorié à l’inventaire général du patrimoine culturel n’est donc pas forcément un monument historique, tout bien culturel appartenant à l’histoire, comme le bâti vernaculaire, peut en être l’objet. Le Parc naturel régional (PNR) est créé pour appuyer un développement économique et social du territoire, tout en préservant et valorisant le patrimoine naturel, culturel et paysager. Il a pour mission la protection et gestion du patrimoine naturel, culturel et paysager, l’aménagement du territoire, le développement économique et social, l’accueil, l’éducation et l’information ainsi que l’expérimentation et l’innovation. En Corse, le PNR existe depuis 1972 et couvre une superficie de 350 510 hectares (40% de l’île) et héberge 26 700 habitants. Le Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement (CAUE) est présent dans presque chaque département, il assure des missions de service public pour la promotion et le développement de la qualité architecturale, urbaine et environnementale. Les CAUE ont pour mission de conseiller, de développer l’information, la sensibilité et l’esprit de participation du public dans le domaine de l’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement. Le plan local d’urbanisme (PLU) est un document d’urbanisme qui fixe les règles générales d’utilisations des sols pour l’ensemble d’un territoire, communal ou intercommunal. Le PLU expose un diagnostic en précisant les besoins pour établir un projet d’aménagement et de développement durable et comporte des orientations d’aménagement et de programmation plus ou moins strictes suivant les communes.
Les règles générales d’urbanisme (RNU) s’appliquent en cas d’absence de PLU ou CC. Elles portent notamment sur la localisation et la desserte des constructions, les conditions d’implantation et le volume des constructions, les règles relatives à l’aspect des constructions. Le caractère général du RNU fait que les règles sont moins bien adaptées aux réalités et aux besoins locaux, en opposition au PLU. En effet, le RNU s’applique de la même manière dans toute la France. Le schéma de cohérence territoriale (SCoT) détermine à l’échelle de plusieurs communes ou groupements de communes, un projet de territoire visant à mettre en cohérence l’ensemble des politiques sectorielles notamment en matière d’habitat, de mobilité, d’aménagement commercial, d’environnement et de paysage. En Corse, les documents d’urbanisme ne s’appliquent pas dans toutes les communes. En effet, sur 358 d’entre elles, 113 ne possèdent toujours pas de plans locaux d’urbanisme ou de cartes communales, et les règles de constructions sont fixées par le règlement national d’urbanisme. Or, ce n’est pas pour autant que les communes qui ne prescrivent ni plan local d’urbanisme ni carte communale, ont un territoire moins riche et moins sensible du point de vue paysager et patrimonial. En effet, ces communes se trouvent principalement dans l’intérieur de la Corse, c’est-à-dire dans une zone montagneuse, alors que c’est principalement à cet endroit que se concentre l’habitat vernaculaire de la Corse.
Les cartes communales (CC) peuvent être élaborées par les communes quand celles-ci ne sont pas dotées de PLU. Elles délimitent les secteurs où les constructions sont autorisées et ceux où elles ne sont pas admises sans y définir des règles d’urbanisme spécifiques comme le fait le plan local d’urbanisme. Néanmoins, un cahier de recommandation paysagères et architecturales peut être élaboré par la commune de façon à attirer la responsabilité individuelle vis-à-vis d’un patrimoine collectif et d’accompagner l’évolution des projets.
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Loi n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, art. 95.
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Fig. 1. État d’avancement de la planification locale, référence : https://www.aue.corsica/ Evaluation-et-suivi-du-PADDUC_r33.html
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Chapitre 1 L’architecture vernaculaire à notre époque
Néanmoins, nous pouvons questionner les prescriptions dictées par la règlementation des différents documents d’urbanisme relatif à la préservation du patrimoine architectural au regard des différentes définitions et explications en lien avec l’architecture vernaculaire que nous avons fournies dans ce chapitre. Dans les faits, les textes privilégient principalement la conservation d’éléments ou de critères visuels extérieurs « esthétiques » du bâti vernaculaire et un certain mimétisme est imposé aux nouvelles constructions. En voulant imiter visuellement l’ancien et le traditionnel, sans tenir compte des techniques et savoir-faire de construction et en ne questionnant plus les liens qui unissent le bâtiment à ses occupants et à l’usage qu’ils font de ce dernier, ne nous éloignons nous pas de la préservation du patrimoine vernaculaire recherchée à l’origine ? Ainsi nous souhaiterions réfléchir à l’amélioration de la préservation et de la transmission du bâti traditionnel corse et pour cela nous demander s’il n’existe pas d’autres éléments de l’architecture vernaculaire, autre que l’aspect extérieur des constructions, qui permettraient à un milieu de préserver son « esprit » et à une population de perpétuer son identité ?
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CHAPITRE 2 LA CORSE ET SON ARCHITECTURE
Chapitre 2 La Corse et son architecture
La sauvegarde de l’architecture vernaculaire, comme nous l’avons vu précédemment, tient une grande importance dans la préservation de l’identité d’un peuple car c’est un héritage culturel qui représente l’essence d’un lieu et auquel nous pouvons nous rattacher tout en véhiculant la mémoire d’une vie passée, celle de nos ancêtres. Dans cette partie du mémoire nous allons nous intéresser à l’architecture vernaculaire des villages de Corse. Nous commencerons par exposer les caractéristiques physiques de cette région, son caractère montagneux ainsi que ses diversités géologique, climatique et végétale, puis son histoire, le mode de vie et les traditions culturelles et sociales de sa population afin de comprendre comment cette architecture a été fabriquée et vécue de manière à en dresser un portrait. Nous voulons également montrer l’importance du village aux yeux de ses premiers habitants, liée au sentiment de sécurité et de vie communautaire qu’il promettait et pourquoi ce sentiment a perduré dans le temps et est toujours présent aujourd’hui encore. En effet, nous autres corses possédons tous un village auquel nous pouvons nous rattacher, le village dont nous sommes « originaires » même si nous n’y avons peu ou même jamais vraiment vécu, nous sommes liés à lui car c’est le village de nos parents ou grands-parents, de nos ancêtres. Le village est pour les corses « l’origine du monde », nos origines, et nous nous devons de les préserver.
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
1-
A-
LE CONTEXTE GÉOGRAPHIQUE
LocALisAtion
La Corse est une île de la Méditerranée et une région française faisant partie de la région géographique italienne. Elle est située à 171 km au sud-est de Menton (côte d’Azur, France), à 83 km à l’ouest de la Toscane (Italie) et à 12 km au nord de la Sardaigne (île italienne). Sa façade orientale baigne dans la mer Tyrrhénienne, le nord dans la mer Ligurienne et la façade occidentale dans la mer Méditerranée. Elle mesure 183 km du nord au sud et 82 km dans sa plus grande largeur est-ouest. Sa superficie est de 8 720 km2 et compte une population de 323 092 habitants d’après le recensement de l’INSEE27 au 1er janvier 2014. La Corse est divisée en deux départements la Haute-Corse et la Corse-du-Sud, autrefois appelés l’En-Deçà-des-Monts (Haute-Corse) et l’AuDelà-des-Monts, séparés par une ligne montagneuse naturelle nord-ouest/ sud-est. Elle comprend 5 arrondissements, 26 cantons et 358 communes.
Fig. 2. Localisation
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Institut national de la statistique et des études économiques
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
B-
Le cLimAt
La Corse possède un climat méditerranéen variant en fonction de l’altitude et des vents. En général les étés sont très chauds et les hivers sont doux mais un écart de température considérable peut être ressenti entre la plaine et la montagne à cause de la différence de dénivelé important entre le littoral et le sommet des crêtes rocheuses à l’arrière du pays. En effet, audessous de 500 mètres d’altitude le climat est relativement chaud avec une température annuelle moyenne de 16°C alors qu’en montagne le climat est plus rude : la température moyenne annuelle est de 10°C et la neige et la pluie peuvent y être abondantes. Les précipitations sont quasi inexistantes pendant la période estivale et très abondantes en octobre-novembre et février-mars, elles dépendent des vents marins.
c-
Le soL
La Corse est nettement montagneuse, 55% du territoire est audessus de 400 m d’altitude et l’altitude moyenne est de 968 m. En raison de la proximité entre le littorale et l’altitude des sommets, sur une superficie de 8720 km2 seulement 20% du territoire possède une pente inférieure à 25%. La Corse est un pays de montagnes, formé de versants, de crêtes et de gorges possédant deux zones principales bien particulières différenciée par le type de roche qui les caractérise : une zone cristalline et une zone schisteuse. La Corse « cristalline » représente la plus grande partie, elle occupe les deux tiers de l’île c’est à dire tout l’Ouest et le Sud depuis la Balagne jusqu’à Solenzara. Ce socle est composé de roches plutoniques (granites, diorites, gabbros) et d’un complexe volcanique rhyolitique. C’est la partie la plus rude de l’île où les montagnes sont les plus âpres et les sommets les plus
Fig. 3. Répartition des cantons
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
élevés, dont le « Monte Cinto » le plus haut sommet de la Corse (2710 m), faisant d’elle la zone la plus inaccessible et moins peuplée de Corse jusqu’au XVIIIème siècle. La Corse « schisteuse » se trouve sur la partie Nord-Est de l’île, elle est constituée de schistes lustrés (ophiolites, schistes sériciteux, prasinites, cipolins, quartzites, serpentines, gneiss, etc). Ici le relief est plus faible, avec des sommets ne dépassant pas 1200 mètres mais l’altitude moyenne reste très élevée : 50% de la zone est au-dessus de 400m. Les formes des montagnes sont plus régulières et adoucies faisant de cette partie de l’île le territoire le plus pénétrable. Jusqu’au XVIIIème siècle elle était presque entièrement occupée et exploitée, c’était la partie de la Corse la plus peuplée.
Fig. 4. Relief
Fig. 5. Zones rocheuses
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d- LA végétAtion La diversité du climat corse participe au développement de toute sorte de formes végétales. Les arbres fruitiers, oliviers et agrumes, ainsi que les vignes poussent aux altitudes les plus basses, sur les pentes se développent différents types de chênes ainsi que le pin maritime et le châtaignier et à plus haute altitude, le hêtre, le sapin… Une végétation sauvage s’est développée sur une grande partie de l’île : le « maquis » et avec elle une faune riche et variée.
Fig. 6. Pentes
Fig. 7. Répartition de la végétation
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
e-
L’eAu
2-
LE CONTEXTE HISTORIQUE ET HUMAIN
La Corse possède de nombreux cours d’eau créés par les torrents d’eau très rapides descendant de la chaîne de montagne à 2000 m d’altitude jusqu’à la mer. Elle possède aussi de nombreux lacs d’origine glaciaire et de dimensions modestes situés dans les hautes montagnes, ainsi que trois étangs relativement vastes sur la côte orientale.
A-
L’histoire
De la Préhistoire à la fin de l’Antiquité : de – 9.000 aux invasions romaines Si les premières preuves d’occupation humaines découvertes en Corse semblent dater de 9000 avant notre ère, il est très difficile d’identifier l’origine des premiers Corses : étaient-ils Ibères, Ligures ou Africains ? Plus de 500 dolmens et menhirs (dont certains anthropomorphiques) sont érigés sur l’île entre 5000 et 1500 av.J.C. attestant de son occupation. La civilisation des « Torréens » s’illustre à partir du second millénaire avant notre ère, par la construction de murailles et de fortifications de gros blocs de granit à but défensif. Du VIe au IIIème siècle avant notre ère, la Corse a subi de nombreuses invasions du fait de sa position stratégique en Méditerranée et de l’attrait de ses ressources : les Phocéens arrivèrent en premier et fondèrent la cité d’Alalia, l’actuelle Aleria : ils importèrent notamment la culture de la vigne, du blé mais également des infrastructures citadines. Ils ne parvinrent pourtant pas à pénétrer l’intérieur des terres et furent délogés par d’autres envahisseurs : les Carthaginois.
Fig. 8. Cours d’eau
Les siècles suivants virent se succéder les Etrusques, commerçant avec la peuplade du Cap-Corse qui travaillait le fer et cultivait la vigne et le blé, les Syracusains qui bâtirent Syracusenus Portus, l’actuel Porto-Vecchio, mais aussi les Ibères, les Libyens, ou les Ligures.
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Malgré tout, Gênes disputa la Corse aux Pisans pendant un siècle et remporta la victoire lors de la bataille de Maloria, le 6 août 1284. L’occupation Romaine En 259 av. J.C, débuta la conquête romaine, qui fut longue et meurtrière et força les corses à se retrancher dans la montagne tandis que les Romains jouissaient des avantages de la plaine côtière. Pendant deux siècles la civilisation autochtone réussit à résister à l’envahisseur mais les troupes romaines finirent par pénétrer l’intérieur de l’île et les corses furent alors forcés de vivre sous l’ordre romain. Ces derniers choisirent Aleria comme capitale et établirent de nombreux ports sur l’île. Les Romains propagèrent leur culture mais surtout le christianisme. De nombreux édifices chrétiens furent ainsi progressivement érigés en Corse.
Les Invasions du Haut Moyen Age Au IVème siècle, la chute de l’empire romain met fin à la période de calme relatif en Corse et les invasions barbares reprennent. Vandales, Goths, Byzantins et Maures se disputent l’île jusqu’au 11ème siècle. Les razzias, saccages et persécutions forcèrent les insulaires rescapés à chercher refuge dans les montagnes et à y mener une vie autarcique.
La domination de Pise et la pax pisana L’Église, inquiète du sort des corses, tenta de récupérer l’île mais ne parvint pas à la protéger des razzias sarrasines « extrêmement meurtrières »28. Au XIème siècle, le Pape plaça la Corse sous la direction de Pise qui réussit à défaire les Maures en 1014. La domination de Pise, apporta une période de grande prospérité à l’île : la pax pisana. De grands travaux de construction furent menés à bien et une seconde vague d’édifices religieux fut bâtie dans des styles pisan et roman.
28 288 p.
BOREL-LEANDRI Jean-Marie, Architecture et vie traditionnelle en corse. Paris, Edition Serg, 1978,
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La domination Génoise Gênes domina la Corse pendant 500 ans sans jamais réellement parvenir à installer la paix. En effet, elle devait faire face à des puissances extérieures qui voulaient s’approprier l’île, comme la Maison d’Aragon29, soutenue par la papauté, les Turcs, les Pisans et les Français. D’autre part, le peuple Corse, pourtant sous le joug de grandes puissances depuis des siècles refusait de se soumettre et se disputait l’intérieur de l’île tout en nouant des alliances avec de grandes maisons européennes. Ainsi, en 1556, Sampiero Corso30, soutenu par la France, mena une révolution dans le but de défaire les Génois et proclama le rattachement de la Corse à la France. L’île fut pourtant rendue peu de temps après aux Génois suite à des manœuvres politiques entre différentes puissances européennes. A cause des guères incessante que Gênes mena pour conserver son emprise sur la Corse, son empreinte sur l’île se limita à une architecture défensive : les tours génoises. Près de 80 édifices furent bâtis au 16ème siècle, ceinturant l’ensemble du territoire, leur fonction étant de repérer l’arrivée de navires ennemis.
Les révolutions et l’indépendance Durant les siècles d’occupation génoise, la Corse connut de nombreuses disettes. En plus d’importants impôts et taxes demandés par les Gênois, l’absence de justice et l’impossibilité pour les corses d’accéder à
29 Le royaume d’Aragon est une entité politique du Nord-Est de la péninsule Ibérique, née en 1035 de l’union des comtés d’Aragon, du Sobrare et de la Ribagorce, et disparue en 1707 avec son intégration au sein du royaume d’Espagne par les décrets de Nueva Planta. 30 Sampiero D’Ornano ou Sampiero Corso (1498-1567) fut un « condottiere » corse (chef d’armée de mercenaires), qui fit une grande partie de sa carrière au service de la France, notamment lors de l’expédition française en Corse de 1553. Il est la première figure du nationalisme Corse.
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
des postes administratifs, amenèrent le peuple à prendre les armes en 1729. Des émeutes éclatèrent dans tout le pays et la noblesse, se joignant au peuple commença à chercher des alliés étrangers. En dernier recours Gênes entama des négociations et accorda des concessions au peuple corse et proclama en 1732 la paix de Corte dans le but de conserver son contrôle de l’île. Pourtant cela ne fut pas suffisant et les corses proclamèrent leur indépendance en janvier 1735 et instaurent une monarchie constitutionnelle.
peuple corse avait toujours été hostile aux gouvernements étrangers, des liens particuliers se développèrent avec la France, en lien avec l’engouement éprouvé à l’égard de Napoléon 1er. Le bonapartisme perdura durant tout le 19eme siècle. Sous le Second Empire, la famille corse Abbatucci, ayant la confiance de l’empereur Louis Napoléon Bonaparte, mena de grands projets de développement : 2000km de routes furent créés, l’exploitation des forêts débuta, les marais furent asséchés, des industries virent le jour, des bâtiments publics furent érigés et les ports de Bastia et d’Ajaccio aménagés.
Finalement la France parvint à reprendre le contrôle de l’île et écrasa les indépendantistes en 1740. La période contemporaine Toutefois l’activisme corse perdura et en 1755, c’est Pascal Paoli 31 qui réussit à reprendre l’île aux Génois et proclama l’indépendance de la Corse. Il instaura une république et lança de grandes mesures de développement, aussi bien économique, territorial que culturel. L’île resta indépendante pendant 14 années. Le 8 mai 1769, les armées du Roi de France l’emportèrent sur les indépendantistes lors de la « Bataille du Ponte Novu ».
La Corse fut occupée durant la Seconde Guerre Mondiale par les troupes italiennes de Mussolini. Grâce entre autres au réseau de résistance qui s’organisa sur l’île, la Corse fut le premier département français libéré.
La Corse Française Suite à la Révolution Française, l’assemblé nationale, nouvellement créée, décréta la Corse française suite une demande écrite émanant d’un groupe patriotique corse. Le peuple souhaita néanmoins préserver son identité et Pascal Paoli fut élu gouverneur de l’île. Elle devint officiellement un département français en 1811, sous Napoléon Bonaparte32 sacré empereur des Français en 1804. Alors que le
31 Pascal Paoli (1725-1807), le « Père de la Patrie » Corse, était un fervent défenseur de la démocratie et du progrès, il fut élu « Général de la nation Corse » et créa un gouvernement de la nation et fonda une constitution républicaine. 32
Un nombre très important d’hommes corses fut mobilisé durant la Première Guerre Mondiale : un décret spécial permit d’enrôler les pères de famille nombreuse ainsi que des hommes plus âgés que ceux mobilisés sur le continent. Le nombre de soldats natifs de l’île morts durant la guerre fut donc très conséquent. Ainsi en 1919, il ne restait pas suffisamment d’hommes valides pour gérer les exploitations agricoles, et la jeune génération, faute de transmission du savoir-faire de ses pères, dût renoncer aux exploitations et chercher des emplois dans les villes.
La période de décolonisation française et notamment l’indépendance de l’Algérie poussa de nombreux pieds-noirs à venir s’installer en Corse ce qui amena des bouleversements économiques. Alors que l’île devint une région en 1970 et qu’elle fut divisée en deux départements : Haute-Corse et Corse-du-Sud en 1976, ces années virent aussi renaître les mouvements indépendantistes. Le Fond de Libération de la Corse (FLNC) fut créé en 1976. Les trente années suivantes furent marquées par de nombreux attentats dont le plus tragique fut l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Parallèlement à ces événements, de nombreuses manifestations pacifistes eurent lieu. Ainsi, le gouvernement français prit en considérations les spécificités et les revendications corses. En 1982, une Assemblée de Corse fut élue, à la différence des autres régions françaises,
Napoléon Bonaparte ou Napoléon Ier (1769-1821).
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et acquit des responsabilités dans les domaines des affaires culturelles et du développement local. En 1991, le statut de Collectivité Territoriale fut accordé à l’île.
de partout à la disparition mais nullement disposée à raccourcir ses vieux jours, aspirant plutôt à aménager sa retraite, espérée longue »33.
BA travers ce bref résumé de l’histoire de la Corse, on peut mettre en avant le rapport particulier que l’île a entretenu durant des siècles avec les civilisations étrangères : souvent ces peuples ont joué le rôle d’envahisseurs ou de colonisateurs, apportant culture et savoir-faire mais surtout la guerre. Tout au long de son histoire, le peuple corse a montré d’étonnantes capacités de résistance et de résilience aux diverses tentatives de domination et d’assimilation. Cachés dans les montagnes, vivant en autarcie, survivant grâce aux ressources naturelles de l’île, ils ont pu maintenir leurs traditions, leur langue et leur spécificité tout en continuant à alimenter les révoltes et les mouvements indépendantistes contre les divers envahisseurs. Ce même comportement est observé à notre époque par l’anthropologue et directeur de recherche honoraire au CNRS Gérard Lenclud. Il mena à partir des années 1970 une étude ethnographique et historique en Corse et mit en évidence une fracture entre la Corse littorale, soutenue par l’État français et une Corse villageoise plus traditionnelle, attachée à ses valeurs et désirant être autosuffisante.
Les modes de vie trAditionneLs
La Corse, par son insularité et son histoire a longtemps vécu repliée sur elle-même et a été obligée de vivre en autosuffisance. Nous pouvons comprendre le sentiment de danger éprouvé par les corses vis à vis de la mer, cela ne fut pas sans conséquence sur la manière d’habiter et de vivre. En effet, l’abandon des plaines côtières, possédant le sol le plus favorable à l’exploitation agricole, pour se réfugier dans la montagne rend la vie en autarcie plus difficile. Les paysans se doivent donc de produire les éléments essentiels à leur survie ; il en résulte un mode d’exploitation relativement élémentaire. Mais la Corse, avec sa diversité climatique, ses particularités topographiques et son important réseau hydrographique, abonde de ressources naturelles, nous allons voir comment la vie humaine s’y est adaptée. Raoul Blanchard dans son article « Les genres de vie en Corse et leur évolution »34, publié en 1914, distingue quatre types de mode de vie traditionnels en Corse : le type méditerranéen, le type châtaigneraie, le type de la transhumance et le type alpin. Il ne faut pas oublier qu’au début du XXème siècle la Corse possédait encore « une économie de subsistance, de troc »35, et que les échanges ne se faisaient qu’au sein de l’île elle-même.
Lenclud écrit : « la société villageoise s’accroche à la montagne. Elle y maintient […] un modèle d’existence largement hérité de son passé proche mais dont les évolutions en cours sur le littoral semblent préparer la disparition. [Cette société est] promise 33 LENCLUD Gérard, En Corse. Une société en mosaïque. Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2012, 270 p. 34 BLANCHARD Raoul, « Les genres de vie en Corse et leur évolution ». Revue de Géographie Alpine, numéro 2, 1914, pp. 187-238. 35
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RAULIN Henri, RAVIS-GIORDANI Georges, Corse, Paris, Berger-Levrault, 1978, 251p.
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Fig. 9. Situation des différents modes de vie
Le type méditerranéen Il s’étendait à toute la Corse, et correspondait à la culture des céréales, des arbres fruitiers (olives, vignes et agrumes) et l’exploitation du bétail sans transhumance. Il se développait sur les basses montagnes, audessous de 500 mètres et non sur la plaine côtière car elle était dangereuse et insalubre. Les basses montagnes possèdent le même climat que celui de la plaine mais le relief et les pentes formant des sites « abrités » permettaient aux habitants d’exploiter ces terrains en sécurité. La température douce, même en hiver, permettait la croissance des arbres fruitiers et la maturation rapide des céréales. En ce qui concerne le bétail, il était élevé en liberté : il pouvait rester toute l’année dans les basses montagnes ou monter et descendre de quelques mètres suivant la saison.
cuite ou transformée en farine pour faire le pain ou encore la « pulenda »36. Il faut préciser que si le châtaignier pousse en abondance dans cette région, créant ainsi un type de vie particulier, le type de la châtaigneraie, cet arbre est également présent et utilisé dans toute la Corse. Ainsi les maisons étaient dotées d’un grenier appelé « u seccatoghjiu », séchoir en français, ainsi que d’un « fucone », le foyer, situé à l’étage inférieur permettant de sécher les châtaignes pour en faire de la farine. Les produits de la Châtaigneraie n’étaient pas suffisants pour un élevage caprin, néanmoins on pouvait trouver des troupeaux de porcs dans quelques villages. Il n’était pas possible non plus d’y cultiver des céréales ou des arbres fruitiers à cause de l’altitude et donc du climat, mais l’abondance de la châtaigne et sa transformation relativement simple, permettaient des échanges entre cette partie de l’île et les autres où d’autre aliments pouvaient être cultivés.
Le type de la Châtaigneraie On pouvait l’observer dans la Corse schisteuse du Nord-est, en montagne à une altitude moyenne. La zone habitable se situait entre 500 et 700 mètres car en dessous de 500 mètres les pentes étaient trop raides pour y vivre. A cette altitude un arbre se développe en abondance : le châtaignier ; il a d’ailleurs donné son nom à la région : la Castagniccia. La châtaigne était l’aliment de base du paysan corse, elle pouvait être mangée crue ou 58
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Plat traditionnel corse à base de farine de châtaigne mélangée à de l’eau.
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Le type de la transhumance La transhumance ou « déplacement saisonnier d’un troupeau en vue de rejoindre une zone où il pourra se nourrir »37 est un « phénomène […] d’origine naturelle »38 : tout animal se déplace de région en région instinctivement suivant les saisons. En Corse, la population paysanne possédant un cheptel se déplaçait avec lui de la haute montagne vers les basses plaines en passant par la montagne moyenne. La transhumance permettait donc l’exploitation des différents sites selon leur altitude tant pour l’élevage que pour l’agriculture. La montagne de la Corse, avec ses différences d’altitudes et de climat concentrés sur un petit territoire, se prêtait particulièrement bien au mode de vie qu’est la transhumance. En effet, la haute montagne (à partir de 1000 mètres), est une zone très froide et rude en hiver mais devient une zone de ressources précieuses pour le pâturage en été quand la sècheresse atteint les plaines et les basses montagnes. On retrouvait ce genre de vie principalement dans la Corse granitique car il s’adaptait très bien aux particularités de cette zone montagneuse. Il se développait sur trois zones distinctes d’altitudes variées : la haute montagne où la population paysanne passait l’été, à partir du mois de juin, vivant dans des petites cabanes en pierres sèches et fabriquant les fromages ; les plaines près de la mer, régions plus basses et plus chaudes où la population s’installait vers le milieu du mois de novembre quand le climat se refroidissait en moyenne montagne. La population vivait alors dans des cabanes en bois ou en pierres brutes primitives car, près de la plage, elles risquaient d’être détruites par les envahisseurs. Enfin, la moyenne montagne (entre 600 et 900 mètres), abritait les villages et l’habitat principal paysan, situés entre les deux autres niveaux et assez éloignés de la mer « hostile ». La population vivait en moyenne montagne durant le printemps et l’automne lors de la période de jardinage et de la cueillette des châtaignes. Les jardins potagers étaient aussi très importants pour la population corse qui devait se suffire à lui-même : on retrouvait des jardins en terrasses dans tous les villages. Fig. 10. Habitat pastoral en Balagne, référence : BOREL-LEANDRI Jean-Marie, Architecture et vie traditionnelle en corse, édition Serg, 1978
37 38 288 p.
Larousse [Electronic version], http://www.larousse.fr/ BOREL-LEANDRI Jean-Marie, Architecture et vie traditionnelle en corse. Paris, Edition Serg, 1978,
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Le type alpin
Enfin, les troupeaux effectuant la transhumance, les paysans ne construisaient ni étable ni fenil41 près des habitations.
Contrairement à ce que son nom semble indiquer, le type alpin ne désignait pas un mode de vie en haute montagne, mais était lié au style de vie adopté par la population paysanne de certains villages dont la situation et l’emplacement étaient particuliers. Il était caractéristique des villages d’Asco, du Niolu et de Giussani implantés dans des vallées enfermées entre deux montagnes, à une altitude modérée, offrant ainsi une protection naturelle aux corses contre les envahisseurs. Les pentes des vallées procuraient aux habitants de ces villages un emplacement pour les cultures et le pâturage d’été, mais elle ne pouvait pas nourrir les troupeaux en hiver à cause de la neige. Le cheminement pour accéder aux basses montagnes et aux plaines côtières était difficile et lent : la transhumance était donc seulement opérée par le père et son cheptel, alors que le reste de la famille demeurait en sécurité au village. C’était un genre de vie qui combinait agriculture vivrière de montagne (essentiellement destinée à l’autoconsommation et à une économie de subsistance) et pastoralisme transhumant.
Les modes de vie d’une population sont un des nombreux facteurs qui façonnent l’architecture vernaculaire. Ainsi la connaissance des genres de vie traditionnels corses nous permet de comprendre les particularités de l’architecture traditionnelle de l’île, qui seront détaillées plus loin dans ce mémoire. Nous pouvons néanmoins dès à présent tirer quelques enseignements des précédents paragraphes. Tout d’abord comme le relève Paul Méjean dans son article « Notes sur la maison corse », publié en 1932 : « dans l’ensemble, le Corse est plutôt un pasteur qu’un laboureur »39. Ainsi, le paysan corse n’employait pratiquement pas d’animaux de trait, il n’y avait donc pas, ou très rarement, d’écuries aux abords des maisons. Ensuite, les faibles récoltes n’étaient constituées que « de fruits, de légumes et de grain »40 : les granges pour les stocker n’étaient pas nécessaires, une pièce de la maison suffisait.
39 MÉJEAN Paul, « Notes sur la maison corse ». Revue de géographie alpine, tome 20, n°4, 1932, p. 655-676. 40
Ibidem
c-
Les us, coutumes et trAditions
Comment naissent et meurent les traditions ? C’est une question à laquelle j’essaierai d’apporter une réponse simple en prenant l’exemple de la Corse. Tout d’abord qu’est-ce qu’une tradition ? Selon le dictionnaire Larousse, une tradition est un « ensemble de légendes, de faits, de doctrines, d’opinions, de coutumes, d’usages, etc., transmis oralement sur un long espace de temps » ou « une manière d’agir ou de penser transmise depuis des générations à l’intérieur d’un groupe »42. Donc la tradition est en quelque sorte la mémoire d’un groupe de personnes, d’une communauté. Ces traditions vont être reproduites par les nouvelles générations mais en même temps modifiées. Elles vont évoluer et de nouvelles seront créées mais l’esprit des ancêtres sera toujours présent. Selon Christophe Prochasson, historien français, la tradition « sert à fabriquer de l’entre soi »43, « c’est un mode de justification sur lequel on s’appuie pour légitimer une parole, une pratique, etc, et qu’il convient de respecter car le non-respect d’une tradition est considéré comme le rejet d’une communauté »44. Les traditions sont créées par une communauté car elle en a besoin pour subsister.
41
Il s’agit d’un local où l’on rentre et conserve le foin utilisé pour nourrir le bétail.
42
Larousse [Electronic version], http://www.larousse.fr/.
43 BROUÉ Caroline, « La Grande Table (1ère partie) : De la naissance à la mort d’une tradition ». [Enregistrement vidéo] [en ligne]. Diffusée en août 2012, France culture. Disponible sur : https://www. franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/de-la-naissance-la-mort-dune-tradition (Consulté le 22 novembre 2017). 44
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Ibidem
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
Si les traditions se transmettent par la parole des anciennes générations, la disparition de ces générations entrainerait la disparition des traditions si celles-ci n’ont pas été oralement données. En Corse, les traditions sont nées dans les villages car c’est là que les communautés se sont formées ou du moins là où elles se sont toujours retrouvées. Elles y ont été transmises de génération en génération par les anciens aux plus jeunes. Elles continueraient encore d’être transmises aujourd’hui si les plus jeunes n’avaient pas quitté le village. Pour prendre un exemple, mes frères parlent la langue corse car ils l’ont appris au « village ». Abandonner le village reviendrait un peu à abandonner les traditions, nos traditions, notre identité.
« La légende voudrait qu’un jour de tempête, un capitaine de marine napolitain implora la Vierge Marie de sauver des flots son bateau et son équipage. Quelques minutes plus tard, après que l’homme ait fini sa prière, le ciel se dégagea et permit aux marins d’arriver en Corse. Personne ne sait comment la statue est arrivée dans le village, mais toujours selon le mythe, le capitaine aurait acheté une représentation en bois de la Vierge à son retour à Naples et l’aurait ensuite confié aux Corses. Lors de son transport à dos d’âne, l’animal se serait arrêté dans le village de Casamaccioli et refusa catégoriquement d’en partir. Et la statue n’en partie plus » 45.
Je vais donc maintenant partager quelques traditions et coutumes corses qui sont importantes encore aujourd’hui ou qui ont eu un impact sur la manière de vivre des générations passées. Tout d’abord il est important de mentionner que la religion occupe une place importante dans les traditions en Corse. En effet, l’île est chrétienne et beaucoup de rites ancestraux viennent de cette foi chrétienne, notamment de la dévotion des Saints et de la Vierge, d’ailleurs tous les villages possèdent leur église et quand le village est divisé en plusieurs hameaux, ceux-ci abritent également une petite chapelle. De plus, il n’existe pas une maison traditionnelle dépourvue de la niche dédiée à la statue d’un Saint ou de la Vierge. Des fêtes, processions, pèlerinages sont organisés en leur honneur et plus particulièrement la fête de la Vierge qui est célébrée le 15 août et le 8 septembre. La Vierge est « patronne » de la Corse depuis 1735, faute de souverain terrestre à installer sur le trône, et le cantique « Dio vi salvi Regina » est choisi comme hymne national en son honneur. Les fêtes religieuses, qui sont toujours d’actualité, sont fêtées dans les villages et parmi elles les deux plus importantes sont « la Santa di u Niolu » et le « Catenacciu ». La Santa di u Niolu
Fig. 11. Procession de la Santa di u Niolu, référence : https://www.francebleu.fr/infos/faits-diversjustice/santa-di-u-niolu-religion-violence-et-tradition-1505112644.
Cette fête se déroule tous les 8 septembre depuis cinq siècles dans le village de Casamaccioli, jour de la nativité de la Vierge Marie et accueille près de 2000 personnes, insulaires et touristes. Au programme se trouvent messes et chants traditionnels ainsi qu’une foire pastorale et commerciale. La Vierge est fêtée dans presque toute la Corse mais celle-ci reste la plus importante, les célébrations se terminent par une procession où une statue de la Vierge est portée par les membres des confréries. 45 A.A/ France 3 Corse ViaStella, A Santa di u Niolu : la Corse rend hommage à sa patronne. [en ligne]. Disponible sur : https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/santa-di-u-niolu-corse-rend-hommage-sapatronne-1324181.html. (Consulté le 7 février 2018).
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
U Catenacciu Cette fête se déroule à Pâques la nuit du vendredi Saint dans le village de Sartène où près de 3000 personnes, insulaires et touristes, se rassemblent pour commémorer le supplice du Christ. Plusieurs années avant la procession, un homme est choisi anonymement pour être le « Catenacciu »46, qui signifie l’enchaîné. Le pénitent devra porter une croix en chêne massif de 40 kg sur plusieurs kilomètres dans les ruelles escarpées de Sartène, avec ses pieds entravés par de lourdes chaînes. Il sera coiffé d’une cagoule rouge, pieds nus et vêtu de rouge et devra tomber trois fois comme le Christ.
Parmi les fêtes traditionnelles se déroulant au sein des villages nous retrouvons des fêtes non religieuses comme la fête de la noisette à Cervioni en Castagniccia ou encore la fête de la châtaigne à Bocognano en Corse du Sud. Ces fêtes sont plus récentes (20 à 30 ans) et sont fêtées chaque année dans leur village respectif. Certains rituels se font plus rares comme les rituels de protection, destinés à protéger la maison ainsi que ses habitants. Ils étaient utilisés, et le sont toujours pour certains, en cas de tempête ou d’orage. De petits pains bénits47 étaient posés sur le rebord des fenêtres ou encore un œuf pondu le jour de l’Ascension48 était gardé précieusement dans la maison. Pour se protéger contre le mauvais œil les anciens plaçaient une corne de bouc ou de chèvre sur la porte de la maison. Il existe aussi des prières de guérison destinées à guérir une brûlure, une verrue, une insolation, l’arthrose, etc. qui sont encore pratiquées aujourd’hui. La plus connue est « l’ochju », une prière contre le mauvais œil que l’on apprend le soir de noël, j’ai moi-même eu l’honneur de l’apprendre il y a quelques années au sein du village dont est originaire ma mère et je l’ai également transmise quelques années plus tard à ma cousine.
Fig. 12. U Catenacciu, référence : https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/le-catenacciutraditions-et-sens-moderne-de-la-procession-du-vendredi-saint-959931.html
46 A.A/ France 3 Corse ViaStella, Le « Catenacciu » : traditions et sens moderne de la procession du Vendredi saint. [En ligne]. Disponible sur : https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/le-catenacciu-traditions-etsens-moderne-de-la-procession-du-vendredi-saint-959931.html. (Consulté le 7 février 2018).
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Parmi les traditions et rituels très anciens et perdus, j’aimerais parler de la veillée qui est un rituel d’après dîner où la famille, les amis et voisins se retrouvaient autour du « fucone » pour se détendre en attendant le sommeil. C’était aussi le moment où les anciens racontaient au plus jeunes les choses du quotidien, des anecdotes, des histoires mystérieuses ou encore chantaient « una paghjella », un chant traditionnel corse à trois voix, celui-ci est encore très pratiqué de nos jours. Le « fucone » était le foyer qui permettait aux habitants de se réchauffer ou encore de cuire les aliments. Cet élément était très important car il symbolisait la vie et la famille et cela se retrouvait dans le langage. Les expressions telles que « son fucone est démoli » ou « il ne lui est même pas resté la cendre dans le fucone » signifient le malheur d’une personne. Bien que les veillées ne soient plus pratiquées, les « fuconi » eux sont quelquefois conservés au sein des maisons traditionnelles ou même reconstitués.
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Ils sont distribués tous les ans lors de la messe de la Saint Roch le 16 août.
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Il a la réputation de ne pas pourrir.
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
Les traditions de l’île, qu’elles soient d’origine religieuse ou non, sont nées au sein des villages et prennent place au cœur de leur architecture. Encore aujourd’hui c’est dans le village, au sein de cette architecture traditionnelle remplie d’histoire, que nous nous retrouvons pour les moments de fête. Ces traditions ont été créées par des communautés très soudées car elles ont partagé la même histoire tourmentée et leur survie dépendait de cette solidarité, qui est d’ailleurs encore très présente aujourd’hui. Ceci est très probablement lié au fait que la « paix » relative à l’annexion française, qui a permis aux insulaires de s’ouvrir à la plaine et à une nouvelle économie, est relativement récente. En effet, elle ne s’est vraiment installée qu’à la fin du 19e siècle et les modes de vie traditionnels eux ont perduré jusqu’à la moitié du 20ème siècle. De ce fait, les Corses sont encore très attachés à leur sol et leurs traditions et leur volonté de les protéger se manifeste de plus en plus de nos jours. En effet, nous pouvons prendre l’exemple de la langue corse qui fut reconnue comme « langue régionale » par l’autorité publique et de ce fait commença à être enseignée de manière facultative, aujourd’hui certaines écoles proposent des cursus bilingues en corse, des émission radio ou télévisée se font entièrement en corse. En 2013, l’assemblée de Corse adopte la proposition de statut pour la co-officialité et la revitalisation de la langue corse. Mais qu’en est-il de l’architecture ?
Fig. 13. Fucone et séchoir à San Giovanni di Moriani, photo : Madeleine Cimignani
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
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L’ARCHITECTURE VERNACULAIRE DE CORSE
Aujourd’hui, le village représente pour les corses « l’origine du monde ». S’ils n’ont pas toujours vécu retranchés dans les villages de montagne, ils y ont été forcés à plusieurs reprises. En effet, nous avons précédemment vu que la plaine qui est proche de la mer convenait mieux à une vie agro-pastorale que la montagne car il est plus facile d’exploiter ou d’élever des animaux sur un terrain plat. D’ailleurs, il existait et existe toujours des habitations situées dans les basses terres qui ont été construites pendant les « moments de paix » que l’île a connu entre deux invasions permettant au paysan et sa famille d’exploiter les terrains de la plaine et au berger de descendre le cheptel pendant l’hiver. Mais ces moments de paix n’ont jamais duré très longtemps ce qui força les habitants à regagner la montagne à chaque fois. L’habitat traditionnel peut être analysé sous des angles variés et classifiés en différentes catégories. L’objectif de ce chapitre n’est pas d’en dresser une liste exhaustive, aussi nous concentrerons notre attention sur l’habitat rural montagnard. Nous tenterons de le comprendre et de le décrire dans toute sa diversité et sa complexité en nous basant sur trois éléments déterminants à nos yeux : les ressources disponibles, les différents types de groupement de bâtiments, et le milieu social des habitants.
Fig. 14. L’Oriu Addastricciola, Monaccia d’Aullène, Corse du sud, référence : https://corse-sauvage. fr/?post/2012/12/09/Aventures-archéologiques-2012.
Nous avons vu que la Corse est divisée en deux zones : une zone granitique et une zone schisteuse. Cette différence de ressources naturelles disponibles en fonction des régions de l’île a eu un impact certain sur l’architecture des villages, visuel évidemment mais aussi en termes de technique constructive. Nous décrirons plus en détail par la suite les particularités de l’habitat de schiste et de l’habitat de granit.
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
Au sein de ces deux zones, nous retrouvons des habitats groupés en village et d’autres isolés. L’habitat isolé était temporaire, situé soit dans les basses terres (casetta) soit dans la haute montagne (habitat pastoral). Il permettait de jouir pleinement des ressources naturelles en fonction des saisons. Enfin nous pouvons différencier les maisons en fonction de la classe sociale de leurs habitants. Il existait des « maisons de maître » (palazzu, torra, casone) et des « maisons paysannes » (casa, casetta). Les premières étaient généralement plus grandes et avaient des finitions plus soignées mais l’architecture restait simple, sans superflu, car la maison rurale traditionnelle corse était avant tout l’outil de l’exploitation du sol. Le poète corse Michel Lorenzi di Bradi écrivit à ce sujet : « il n’y eut jamais un art corse. Le Corse qui, sans répit, a fait la guerre a été un soldat et non pas un artiste » 49.
« soudée », contribuaient à maintenir le sentiment d’appartenance à une communauté. Ainsi le village se développait suivant cette vie communautaire et des espaces et équipements partagés (fontaine, lavoir, placette, four à pain communautaire, chapelle) étaient créés pour parfaire à cette vie Nous pouvons distinguer différentes typologies50 de village en fonctions de l’implantation des habitations les unes par rapport aux autres. Ces variations découlent des contraintes topographiques du site où la communauté s’est installée. Nous trouvons des villages linéaires, des villages rayonnants, des villages amphithéâtres et enfin des villages dissociés en hameaux.
L’architecture vernaculaire, par définition, tire son origine des milieux physiques et sociaux qui l’entourent. Nous venons de décrire les modes de vie traditionnels corses et comment ils se sont adaptés à leur territoire. L’activité agro-pastorale et le milieu montagnard ont donc influencé l’habitat traditionnel des montagnes. Ainsi, les habitations répondaient seulement aux besoins les plus élémentaires de la population : elles étaient groupées pour former le village et étaient démunies de toutes décorations architecturales.
L’implantation du village L’origine du choix de l’implantation, de la composition et de l’aspect des villages réside dans le besoin de protection et de défense de sa population soumise aux troubles de son histoire. Ces villages aux allures de forteresses furent bâtis sur les crêtes de montagnes, en hauteur, assez éloignés de la mer dangereuse et insalubre, et sont entourés de la végétation dense et difficile à traverser du célèbre « maquis de Corse ». L’habitat était groupé suivant un parcellaire réduit pour permettre une meilleure défense en dépit de la pauvreté des moyens. En effet, le fait de grouper les habitations diminue le nombre total de façades et permettait de circuler facilement de maisons en maisons sans passer par l’extérieur. Ces villages, renfermant une population
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Fig. 15. Typologies de villages
LORENZI DI BRADI Michel, La Corse inconnue. Paris, Éditions Payot, 1928, 304 p.
50 SEPRA (Société d’études et de programmation pour l’aménagement), L’habitat rural en castagniccia, étude réalisée à la demande du Ministère de l’agriculture, région Corse. Direction départementale de l’agriculture de la Corse, Atelier régional d’études économiques et d’aménagement rural, 1979.
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
Les habitations Le choix d’un site d’implantation montagneux, rocheux et pentu a influencé l’architecture des habitations au sein du village. Elles se développent alors en hauteur car la topographie du site rendait difficile le développement horizontal, de plus la hauteur de la maison favorisait sa défense. La présence de la roche, liée à l’implantation sur crête de montagne, était doublement importante : premièrement les fondations de la maison se faisaient directement sur la roche : le roc n’était pas creusé, au contraire c’était la construction qui s’adaptait et épousait la pente. Deuxièmement, les murs étaient construits avec des pierres trouvées sur place issues de cette même roche. La maison était donc la continuité de la roche, de plus le groupement de ses maisons créait une muraille haute de plusieurs étages. Le nombre de niveaux dépendait de la taille de la famille mais on en comptait au moins trois : la cave, l’étage de vie de la famille et le grenier. La cave était réservée aux animaux comme les ânes. Elle servait de lieu de stockage des récoltes ou de pressoir dans les régions vinicoles. Le grenier, tout comme la cave, servait de stockage pour les provisions, en général pour les fruits secs. Le plancher des différents étages était constitué de planches de bois de châtaigner posées directement sur les poutres aussi en châtaigner. L’écart entre les planches laissait apercevoir l’étage inférieur.
Fig. 16. Village de Loreto du Casinca, castagniccia-casinca/loreto-di-casinca/
référence
:
http://www.nuvellaghju.com/la-corse/la-
Fig. 18. Coupe maison traditionnelle
Fig. 17. Intégration à la pente et à la roche
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
Le mur était relativement épais. Sa largeur, d’au moins 80 cm, assurait sa solidité et son étanchéité. Il était composé de deux parements avec fourrage et des pierres de lien en boutisse. On pouvait aussi apercevoir des « trous d’échafaudage » laissés par les madriers utilisés au fur et à mesure de l’élévation du mur, ainsi que des niches de différentes formes et tailles en fonction de leur utilité. La « niche mangeoire » servait de mangeoire à âne et était située en rez-de-chaussée, la « niche sainte » située plus en hauteur était destinée à abriter la statue d’un Saint, les « niches urinali » situées de part et d’autre des fenêtres des chambres permettaient d’y déposer les vases de nuit.
Fig. 20. Mur de maison traditionnelle
Fig. 19. Plancher de maison traditionnelle
Nous remarquerons que des nouvelles constructions, c’est-à-dire des constructions non traditionnelles datant du 20e et 21e siècle, possèdent souvent une niche pour les Saints. Ceci peut témoigner soit de l’importance, toujours actuelle, de la religion en Corse soit de la volonté de reproduire un élément traditionnel par nostalgie car la plupart du temps la niche n’est pas utilisée.
Fig. 21. Trous d’échafaudage, habitat à Santa Lucia di Moriani, photo : Madeleine Cimignani
Fig. 22. Fenêtre, habitat à San Giovanni du Moriani, photo : Madeleine Cimignani
Les ouvertures étaient de petites dimensions pour des raisons défensives mais aussi pour préserver l’intimité des habitants et pour se protéger du soleil. Cependant les baies étaient conçues pour présenter un ébrasement intérieur offrant un apport lumineux plus important qu’avec des fenêtres aux embrasures classiques tout en diminuant les échanges thermiques. Les volets servant à occulter les fenêtres se trouvaient à l’origine à l’intérieur, ils étaient en bois et étaient utilisés en l’absence de vitre. Ils furent par la suite remplacés par les persiennes, apparues à la période génoise. Elles étaient composées de nombreuses lamelles suffisamment espacées et étaient munies de jalousies abattantes permettant de contrôler l’intensité de la luminosité tout en ventilant l’intérieur. Fig. 23. Niches non utilisées, habitats à Santa Lucia di Moriani, photo : Madeleine Cimignani (2 photos)
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
Les toitures étaient à deux versant et la couverture, comme développé par la suite, dépendait de la région où se situait la maison. La structure de la charpente restait toutefois la même : la simplicité des assemblages des pièces de bois dénotait d’un souci d’économie. Le plan de la maison était généralement rectangulaire, l’entrée à l’étage de vie se faisait directement par l’extérieur, la liaison directe de la cave à l’étage n’était pas indispensable. En effet, le terrain souvent en pente facilitait l’accès à l’étage par l’extérieur : un petit escalier de quelques marches suffisait pour accéder à la porte, il était en bois à l’origine et on pouvait le retirer facilement.
Les variations régionales La Corse schisteuse, comme son nom l’indique, regorge d’une roche composée de schiste lustré, de calcaire et de grès injectés de serpentines. Ce matériau n’est pas homogène ce qui rend son emploi difficile. Les blocs taillés sont de tailles inégales, d’aspect rude et de couleur sombre bleuté, rendant l’assemblage complexe mais il peut être transformé en plaques de schistes (lauzes) et servir de couverture de toiture. Les murs de l’habitat de la Corse schisteuse sont composés de moellons bruts, posés soit à joint vif ou avec de la terre glaise et la couverture est constituée de lauzes de schistes. En plus d’être un excellent isolant thermique et phonique, la lauze crée un effet de mouvement : « lorsque les rayons rasants du soleil portent les ombres du soir sur les plaques bleues, grises, ou gris-vert, mouchetées par endroits de lichens orangés, il en émane une impression de vie intense : le toit est la cinquième façade de la maison »51.
Fig. 24. Exemple de plan d’une maison traditionnelle
A cet étage se trouvait la salle, « A salla », c’était la pièce de vie et de cohabitation ouverte à tous, famille, voisins ou amis y étaient accueillis pour partager un repas ou simplement se rassembler. Elle se situait à l’avant dernier niveau de la maison ou au deuxième niveau si la bâtisse n’en possède que trois. C’était également dans cette pièce que l’on préparait la nourriture et dans laquelle on retrouvait les éléments importants à la vie familiale comme le four à pain, l’évier ainsi que le foyer.
L’emploi de la roche schisteuse dans la composition des murs et de la couverture des habitations assure la continuité de matériaux entre les constructions des hommes et le milieu naturel. L’habitat en Corse schisteuse s’apparente donc à un bloc.
51 288 p.
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BOREL-LEANDRI Jean-Marie, Architecture et vie traditionnelle en corse. Paris, Edition Serg, 1978,
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Fig. 25. Vue toitures lauze à Penta di Casinca, référence : http://domainedevalle.fr/excursions.php. Chapitre 2 Lasur Corse et sonde architecture
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Fig. 26. Appareillage de schiste, habitat à Santa Lucia di Moriani, photo : Madeleine Cimignani
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Fig. 27. Appareillage de granit, habitat à Levie, référence : BOREL-LEANDRI Jean-Marie, Architecture et vie traditionnelle en corse. Paris, Edition Serg, 1978, 288 p.
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Chapitre 2 La Corse et son architecture
La Corse cristalline du Sud de l’île est composée d’une roche de granit et granulite. Le matériau est dur, compact et homogène de couleur verte, bleue ou grise. Il peut être taillé en blocs réguliers et donne des formes nettes, nues et une couleur sombre aux habitations. Les murs sont faits de blocs de granits équarris posés à joint vif, la toiture est recouverte de tuiles canal, de couleur jaune pâle, façonnées à la main. La partie cristalline du Nord de l’île est composée d’une roche de granit où apparaissent des porphyres. Ici, les granits sont moins compacts et moins durs. Les murs sont faits de blocs grossièrement équarris, les façades sont plus rudes et les toitures des maisons les plus anciennes sont plates. « Les toitures étaient des terrasses recouvertes de terre battues où l’on y faisait sécher le blé »52.
La Corse a subi invasions, razzias et guerres durant des siècles et son architecture, si particulière, n’a pas été épargnée. En effet, beaucoup de maisons et de villages ont été détruits malgré tous les efforts défensifs déployés dès la création des villages par les habitants. Néanmoins, les maisons furent reconstruites « de la même manière jusqu’à la première guerre mondiale »53, directement sur les ruines des anciennes habitations grâce aux savoir-faire et techniques, et au souvenir du bien gravé dans la mémoire des habitants. Aujourd’hui, les modes de vie se sont modernisés et les modes d’habiter ont évolué. L’architecture des villages corses s’est-elle transformée, si oui de quelle manière et pourquoi ? Quelle population habite les villages aujourd’hui ? Périodiquement comme dans le passé ou à l’année ? Quelles en sont les raisons ? Afin de tenter de répondre à ces questions, nous concentrerons notre analyse dans la prochaine partie sur le village de Santa Reparata di Moriani.
52 BLANCHARD Raoul, « Les genres de vie en Corse et leur évolution », Recueil des travaux de l’institut de géographie alpine, tome 2, n°2, 1914, p. 187-238. 53
STEIN Annick, Maisons de corse. Paris, Hazan, 2001, 159 p.
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CHAPITRE 3 ETUDE DE CAS : LE VILLAGE DE SANTA REPARATA DI MORIANI
Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Dans la partie précédente nous avons exposé les liens qui unissent l’architecture vernaculaire des villages corses aux us et coutumes et à l’identité de sa population. Cette dernière a été conçue, comme nous l’avons vu, pour répondre aux besoins élémentaires de ses habitants. Aujourd’hui pourtant, les modes de vie et les besoins ont changé et ils continueront d’évoluer dans le futur. Les préoccupations défensives et la résistance à l’envahisseur déterminantes dans le choix d’implantation des villages et dans l’évolution de l’architecture vernaculaire de l’île par exemple ne sont aujourd’hui plus d’actualité. Les villages isolés se dépeuplent peu à peu. Ce phénomène est-il inévitable ? Comment rénover et construire aujourd’hui dans cet environnement si particulier tout en s’inscrivant dans sa tradition régionale afin qu’elle continue d’exister ? Dans cette partie du mémoire et grâce à l’étude de cas du village dépeuplé de Santa Reparata di Moriani, nous tenterons de mesurer l’impact que l’évolution des besoins a pu avoir sur l’habitation traditionnelle des villages et de quelles manières les habitants s’y sont adaptés. Pour mener à bien cette analyse je me suis rendue au village plusieurs fois afin d’y effectuer des relevés mais aussi pour interviewer les habitants. J’ai également contacté les mairies de plusieurs communes de façon à prendre connaissance des différents moyens et politiques de préservation du patrimoine architectural. Nous commencerons par présenter le village, sa situation et son implantation mais également l’évolution de la manière de vivre et d’habiter de ses occupants. Puis nous présenterons les transformations apportées au bâti traditionnel, ainsi que les difficultés rencontrées lors de ces rénovations, qui ont été nécessaires et dictées par l’évolution des besoins. Nous observerons également de quelles manières les nouvelles constructions se sont intégrées. L’objectif étant de comprendre les causes de l’abandon progressif des villages corses et d’identifier et de questionner les moyens mis en place actuellement par les communes afin de prévenir de cette éventualité de manière à conserver notre héritage, nos origines et de perpétuer notre identité. 88
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
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A-
PRÉSENTATION DU VILLAGE : DE 1800 À NOS JOURS
situAtion et impLAntAtion
Santa Reparata di Moriani est une luxuriante vallée se trouvant dans le canton de Campoloro di Moriani dans la « Castagniccia ». Le village fait partie de l’ensemble des communes de la « Costa Verde ». Il est situé à 625 mètres d’altitude et à 17 km de la côte. Le village est composé de deux hameaux implantés à une distance de 1,3 km l’un de l’autre et perchés dans le nid de verdure de la châtaigneraie : Forci et Penti.
Fig. 28. Situation du village
Fig. 29. Accès au village de la plaine
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Fig. 30. Composition du village
Fig. 32. Hameau de Penti, photo : Madeleine Cimignani.
Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
La nécessité de se protéger, de se nourrir en exploitant les terres et de s’approvisionner en eau, a conditionné l’implantation du village et des hameaux. En effet, Forci est perché à flanc de montagne et a vue sur la vallée et la mer, tandis que Penti est caché entre deux reliefs. Cette disposition témoigne bien du besoin de la population de créer un abri lui offrant sécurité ainsi qu’une longue vue alentour de manière à pouvoir s’organiser en cas d’attaque. Comme tous les villages se trouvant sur l’île, Santa Reparata di Moriani bénéficie de sa propre église qui est aussi perchée sur un relief et précède les deux hameaux. Il y a entre les deux hameaux un petit emplacement dans lequel se trouvent la mairie, la salle des fêtes, un gîte d’étape, ainsi qu’un ancien séchoir communautaire puis un peu plus loin se trouve la « fontaine du milieu », « a funtana di mezzu », qui servait à approvisionner le village.
Fig. 31. Hameau de Forci et l’église du village, photo : Madeleine Cimignani.
Fig. 33. Implantation du village dans le relief
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Fig. 34. Eglise de Santa Reparata di Moriani, photo : Madeleine Cimignani
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Fig. 35. Séchoir en avant et en arrière gîte sur la gauche et mairie sur la droite, photo : Madeleine Cimignani
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Fig. 38. Vue sur la mer de Forci, photo : Madeleine Cimignani
Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Fig. 36. Fontaine du milieu, photo : Madeleine Cimignani
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Fig. 37. Forci en avant et Penti en arrière, référence : https://www. corsicamea. fr/paesi/ pinzu.htm
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Le village de Santa Reparata di Moriani était, à l’origine, composés de trois hameaux. En plus de Forci et Penti on pouvait aussi trouver « Pinzu : le hameaux martyr ». Ce dernier, dont il ne reste que des ruines, a été abandonné au début du 19e siècle à cause de son histoire tragique. En effet, en 1800 la République Française envoya ses soldats pour réprimer les dernières insurrections. Les habitants de Pinzu trépassèrent après trois jours de combats, une partie des survivants furent alors exécutés, 167 hommes envoyés au bagne d’Embrun et beaucoup de femmes se suicidèrent.
Fig. 39. Ruines de Pinzu, référence : https://www. corsicamea.fr/paesi/pinzu.htm
Fig. 40. Situation du hameau de Pinzu sur carte
Personne ne connait exactement l’origine du village. Cependant, la maison la plus ancienne date de 1689 et se trouve à Forci : c’était une maison tour (torra). Ces maisons n’étaient pas à l’origine destinées à être habitées en permanence, elles étaient construites principalement pour des raisons défensives. On ne peut pas dire avec certitude si d’autres maisons ont été construite avant elle et détruite depuis, néanmoins nous remarquons que cette maison tour se trouve au centre du hameau. Ceci peut signifier qu’elle a été la première maison du village à être construite mais personne ne peut garantir que le hameau se soit développé quasiment en même temps ou à plusieurs décennies d’intervalle.
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Fig. 41. Village texturĂŠ
Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
B-
Activités sociALes et économiQues
Le village de Santa Reparata di Moriani se situe en Castagniccia, c’est-à-dire, dans la châtaigneraie de la Corse schisteuse du Nord-est. Nous avons décrit le style de vie traditionnel de cette « microrégion » dans la partie 2 du mémoire. Ici, les activités économique et agricole étaient basées sur l’exploitation de la châtaigne car son arbre s’y trouvait en abondance. Les familles disposaient chacune de quelques animaux pour leur consommation personnelle et certains villages possédaient des troupeaux de porcs. Les jardins potagers étaient aussi très importants pour une population qui devait se suffire à elle-même. On retrouvait des jardins en terrasses dans tous les villages.
maison et ses habitants, il était aussi utilisé pour la cuisson de la nourriture en suspendant au-dessus de celui-ci une marmite à l’aide d’une chaîne, ainsi qu’à sécher les châtaignes et la charcuterie suspendues au plafond. C’était également autour du foyer qu’on se rassemblait le soir et où se déroulaient les veillées. Le dernier niveau de la maison, le grenier, servait de stockage pour les provisions, en général pour les fruits secs. On y trouvait aussi le séchoir à châtaignes : « u seccatoghiu ». Le séchoir était un plafond à claire-voie, composé de lattes en bois de châtaigniers, sur lequel étaient étalées les châtaignes en attendant d’être séchées par la chaleur du foyer.
Cette façon de vivre traditionnelle a perduré au sein du village jusqu’au milieu du 20e siècle et a pris définitivement fin dans les années 708054. Elle était organisée autour d’un système agro-pastoral et du travail de la terre facilité par l’entre-aide. Elle fonctionnait à un rythme continu : chaque membre du village accomplissait ses taches personnelles, qui variaient au fil des saisons55. L’automne était réservé principalement à la cueillette des champignons et des châtaignes. Ce produit, nous l’avons vu, était l’aliment de base qui pouvait être mangé cru ou cuit ou transformé en farine. La farine de châtaigne pouvait être utilisée de différentes façons. En hiver, le cochon était sacrifié et la charcuterie préparée. Au printemps, on préparait les jardins potagers, c’était aussi le moment du grand nettoyage et de la lessive annuelle où les femmes se retrouvaient entre elles au lavoir du village. L’été était réservé au nettoyage des châtaigneraies et aux préparations des réserves pour l’hiver. Le pain était cuit une fois par semaine toute l’année, soit dans le four familial, soit dans le four communautaire. Tout au long de l’année, les muletiers emmenaient de village en village leurs produits en échange d’autres denrées. Le foyer, « U fucone », était un socle fait de pierres dans lequel un feu était allumé. Il était de taille assez généreuse, environ un mètre carré, et surélevé de 30 centimètres par rapport au sol. En plus de réchauffer la
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Fig. 42. Schéma d’un séchoir et de son fucone
Cette manière de vivre n’est plus d’actualité dans le village, la châtaigne n’est plus ramassée par besoin mais par plaisir et très rarement. Les métiers ont évolué et la terre n’est plus autant travaillée. Cependant le partage et l’entre-aide au sein de la communauté continuent d’exister.
Entretien avec un habitant du village.
55 BOREL-LEANDRI Jean-Marie, Architecture et vie traditionnelle en corse. Paris, Édition Serg, 1978, 288 p.
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
c-
L’Architecture du viLLAge
a) Évolution du bâti et de la démographie
à descendre vivre en plaine. Les conditions de vies y étaient plus faciles qu’au village. Le recensement de la population montre une baisse importante et constante de la population à partir de 1896. Aujourd’hui, le recensement de la population nous dit que 51 habitants résident à Santa Reparata di Moriani mais nous verrons que cela ne reflète pas la réalité et que finalement très peu de personnes habitent le village à l’année.
Le plan masse depuis 1868 Si nous comparons les plans masse du village entre le cadastre Napoléonien de 1868 et le cadastre actuel, nous pouvons constater que la masse du bâti n’a pas subi une évolution importante et que le village est resté assez figé. En effet, parmi les principaux changements nous n’observons que dix nouvelles habitations dont cinq ont été construites de manière traditionnelle et les cinq autres avec des matériaux modernes. Nous remarquons également deux séchoirs à châtaignes indépendants construits en pierre et trois habitations tombées en ruines. Fig. 44. Évolution de la population, source : Ldh/EHESS/Cassini jusqu’en 1999 puis Insee à partir de 2006.
b) Intégration au site par l’architecture traditionnelle Une symbiose existe à Santa Reparata di Moriani entre ce que l’homme a bâti et la nature. Les deux hameaux qui composent le village s’intègrent harmonieusement à la montagne en épousant judicieusement son relief : leur tissu, dicté par la topographie du site, offre une certaine fluidité de circulation, nous le remarquons bien à Penti. Les ruelles contournent les îlots de maisons et créent, notamment à Forci, un réseau formé par deux types de voiries : des voiries suivant les courbes de niveaux en distribution horizontale et d’autres perpendiculaires aux courbes de niveaux pour la distribution verticale.
Fig. 43. Comparaison des cadastres
La démographie depuis 1800 Le faible nombre de nouvelles constructions est lié à l’apaisement des razzias et des guerres qui a encouragé la population à quitter le village et 106
Fig. 45. Circulation Penti
Fig. 46. Circulation Forci
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Fig. 47. Penti, photos : Madeleine Cimignani (5 photos)
Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Les habitations sont groupées les unes aux autres et sont implantées suivant le mouvement du relief tout en fusionnant avec la pente et la roche présente sur le site. En effet, la partie semi-enterrée de la maison est utilisée comme cave et l’entrée donnant accès à l’habitation se situe sur la partie haute de la pente de manière à séparer les deux accès à l’habitation. Les fondations s’appuient directement sur la roche, comme nous l’avons vu précédemment, celle-ci est également présente physiquement à l’intérieur de la maison. De plus, le matériau de construction utilisé pour les murs et la couverture de la toiture est la pierre, issue de cette même roche.
permettaient aux habitants de se retrouver en grand nombre. Aujourd’hui elles sont moins utilisées car les villageois sont moins nombreux et l’intérieur des maisons est plus confortable et plus équipé qu’il ne l’était à l’époque.
c) Habitations et espaces communautaires Actuellement, le hameau de Penti est composé de 32 habitations dont une en cours de rénovation, de 2 fontaines, d’une chapelle, de 4 placettes, de 2 séchoirs à châtaignes communautaires et de 3 habitations en devenir de ruine. A Forci il y a 54 habitations, une fontaine, 5 placettes, deux fours à pain dont un communautaire a été rénové, un séchoir à châtaigne, une maison d’hôte, une chapelle et 2 ruines. Les équipements et les espaces traditionnels tel que les chapelles, l’église, les placettes, les fours à pain, les fontaines ou les séchoirs étaient des éléments importants à la vie communautaire traditionnelle du village. Aujourd’hui, leur utilisation, pour la plupart, est devenue obsolète mais ils font partie intégrante de l’environnement et du village. Un des habitants a choisi de retirer le four à pain traditionnel situé dans le mur de sa maison et d’utiliser l’espace restant pour créer une pièce d’eau. Un autre habitant a préféré rénover le sien qu’il utilise de temps en temps. Un autre a été conservé mais n’est plus utilisé. Les placettes se trouvent au carrefour de ruelles ou à l’entrée de la chapelle. Elles étaient un lieu important sur le plan social à l’époque car elles
Fig. 49. Places à Penti
Fig. 50. Places à Forci
Les fontaines sont alimentées par une source de montagne, elles procurent aux habitants de l’eau fraîche pour toute l’année. Trois des fontaines sont toujours fonctionnelles, celle de Forci est en cours de rénovation. Certains des équipements ont été détruits, d’autres laissés à l’abandon mais certains ont été rénovés et conservés et sont même encore utilisés. Une des habitantes a conservé le séchoir de sa maison qu’elle a rénové et est utilisé maintenant en tant que décoration car une dalle a été coulée par-dessus. Elle a également reproduit un « fucone », par nostalgie, et pour conserver « l’esprit » d’une manière de vivre qu’elle a connu. Une autre habitante a transformé un des séchoirs communautaires en cuisine d’été.
Fig. 48. Coupes des hameaux
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113 Fig. 51. Compositions du hameau de Penti
114 Fig. 52. Composition du hameau de Forci
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
2-
UN VILLAGE EN MUTATION
a) L’état actuel du bâti traditionnel Le cadre de ce travail ne m’a pas permis de dresser un bilan ou un portrait de chaque habitation du village et de son niveau de dégradation. De plus ce n’est pas l’objectif de ce mémoire de lister toutes les éventuelles rénovations qui ont eu lieu au sein du village. En revanche, je cherche à illustrer, à travers l’analyse de Santa Reparata di Moriani, le dépeuplement et l’abandon qui menacent énormément de nombreux villages de montagne corses et à en comprendre les causes. De manière très synthétique, sur 87 bâtiments destinés à l’habitation :
A-
-
L’Architecture
Fig. 53. État du bâti traditionnel à Penti
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2 sont en ruines 71 ont été rénovés 9 n’ont été que partiellement rénovés 6 sont des bâtiments originels (non rénovés) dont 1 en cours de rénovation et 3 en devenir de ruine
Fig. 54. État du bâti traditionnel à Forci
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Les ruines
Les bâtiments rénovés
Quand on visite le village on est frappé par la présence de ruines. Cela n’est pas une particularité de Santa Reparata di Moriani car la majorité des villages corses, si ce n’est pas la totalité, en possèdent au moins une. Dans ce village, il y en a actuellement deux : ces bâtiments ont été laissés à l’abandon à cause des indivisions. En effet, la maison traditionnelle corse était habitée et partagée par plusieurs générations d’une même famille, les héritiers étaient donc nombreux créant ainsi beaucoup d’indivis à notre époque. Souvent les copropriétaires n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le devenir de la maison et celle-ci tombe en ruine. De plus, dans le cas d’une de ces bâtisses se trouvant à Forci qui est dans cet état depuis longtemps, les propriétaires ont déposé une demande de permis de construire, pour la rénover. Elle a été refusée car l’ancien propriétaire avait donné l’autorisation au voisin de créer une fenêtre sur la façade mitoyenne. Ainsi, les ruines ne pouvant être rénovées, pour cause d’indivision ou autre, restent figées.
Nous remarquons quelques « tendances » dans la rénovation des bâtiments, notamment : -
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Les bâtiments partiellement rénovés Les bâtiments qui ne sont que partiellement rénovés sont ceux dont la toiture et/ou les planchers ont été refaits mais ne possèdent pas d’équipement ou d’électroménager ou très peu. Deux de ces bâtiments ont vu leur rénovation se stopper pour cause de manque de budget. L’un d’eux avait été racheté par la mairie dans le but d’en faire des appartements à vendre ou à louer. Un autre est actuellement en vente, quant aux autres, les habitants veulent les conserver malgré le fait qu’ils n’y habitent pas. Ces bâtiments ne sont pas habités à l’exception d’un alors qui n’est pas habitable56, nous reviendrons sur les critères d’habitabilité plus loin dans ce mémoire, celui-ci est habitée à l’année par une personne qui n’a ni les moyens de la rénover ni la possibilité de partir du village car c’est son lieu de travail.
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Le changement de matérialité de couverture des toitures, ainsi que la charpente que nous verrons un peu plus en détail par la suite. Les planchers sont entièrement refaits en béton. Les poutres originelles sont généralement conservées et mise en valeur au sein de la maison. Le recouvrement des façades avec du ciment pour mieux isoler la maison, mais ceci donna l’effet inverse car l’eau s’infiltre entre le ciment et la pierre et crée des problèmes d’humidité à l’intérieur de la maison. L’ajout d’électroménager ainsi que l’installation d’un réseau électrique. Les murs intérieurs sont généralement recouverts de plaques de plâtre de manière à cacher les fils électriques et pour mieux isoler mais souvent au moins un mur intérieur est laissé en pierres apparentes quand c’est possible. Les combles, abritant le séchoir, ont été réhabilités en chambre de manière à gagner de l’espace. Certaines chambres originelles ont été réhabilitées en pièces d’eau car la maison traditionnelle n’en possède pas. L’extérieur de la maison est resté sobre, l’ajout de décorations ou d’ornements est rare. Des fenêtres sont percées dans les murs pignons quand c’est possible. Les bâtiments originels (non rénovés)
Une de ces habitations est actuellement en cours de rénovation, elle deviendra une maison de vacance ou de repos, nous reviendrons sur ce cas-là dans la dernière partie du mémoire de manière à en montrer la complexité. Une autre a été rachetée par un habitant qui possède la maison mitoyenne à celle-ci dans l’optique de la rénover pour, soit la louer soit agrandir sa maison. Trois ont été laissées à l’abandon pour cause d’indivision. Ces bâtiments ne sont pas habitables car les planchers et la toiture sont en mauvais état et doivent être entièrement rénovés à l’exception d’un dont les planchers et la toiture sont en bon état.
56 Cette maison manque de luminosité, possède très peu d’électroménagers, les planchers ne sont pas tous rénové et la toiture non plus, elle ne possède pas non plus de salle de douche.
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120 Fig. 55. Habitat partiellement rénové et habité (4 photos)
121 Fig. 56. Bâtiment originel avec plancher et toiture en bon état (4 photos)
Fig. 57. Vue sur les toitures de Penti avec les trois matérialités différentes, photo : Madeleine Cimignani.
Fig. 58. Composition d’une toiture en lauze
Les toitures Quand nous regardons le village depuis la vallée, la diversité des toitures et de leur matérialité en particulier nous interpelle. C’est pour cela que j’ai choisi de porter mon attention sur l’évolution des toitures au fil des siècles car c’est un élément très important et caractéristique de l’architecture vernaculaire de la Corse schisteuse. De plus, il me semble que c’est un bon exemple pour illustrer la complexité et l’ambivalence de la conservation ou de la rénovation d’un élément traditionnel de l’architecture des villages de montagne. Nous pouvons voir dans ce village des toitures en tuiles, de diverses couleurs, se mélanger aux toitures de lauzes. En effet, nous savons qu’en Corse schisteuse, la toiture de la maison traditionnelle est, à l’origine, à deux pans et en lauze créant ainsi une harmonie de la maison avec le paysage des
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
fondations jusqu’à la toiture, faisant de celle-ci « la cinquième façade »57. La lauze est une plaque de schiste taillée et posée en superposition de manière à couvrir la maison. Cette caractéristique de l’architecture traditionnelle de la Corse est un élément typique du lieu dans lequel elle a été mise en œuvre (la zone schisteuse de la Haute-Corse) et elle prend part, fondamentalement, au façonnage de l’identité du site par son intégration infaillible à l’environnement mais également pour l’esthétique qu’elle dégage. Mais comme nous l’avons mentionné plus haut, dans ce village beaucoup de toiture ne sont plus composées de lauzes mais de tuiles. En effet,
la lauze possède beaucoup de qualités, notamment visuelles par sa « beauté » car elle s’intègre à l’environnement en rappelant la roche présente sur le site mais c’est aussi un excellent isolant thermique et acoustique. Néanmoins, les lauzes d’une toiture ont tendance à bouger avec le temps créant ainsi des problèmes d’infiltration d’eau, c’est pour cela qu’un grand nombre de toiture doivent être rénovées. En effet, dans le village de Santa Reparata la tuile, de couleur soit rouge/orange soit brune/marron, a remplacé la lauze. Le choix de changer de matérialité vient du fait que rénover une toiture en lauze tout en gardant son matériau d’origine coute très cher et les tailleurs de pierre se font de plus en plus rares. A l’époque, les habitants taillaient la lauze directement dans la roche qu’ils trouvaient sur le site. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, nous la récupérons dans des carrières, et seulement deux carrières de schiste sont toujours en activité en Corse dont une se trouvant à Orezza en Castagniccia.
57 Atelier régional des Sites et Paysages de Corse, Contribution à une étude de l’architecture en Corse. Corse, Ministère de la qualité de la vie. Environnement, 1975, 80 p.).
Fig. 59. Matérialité des toitures à Penti
Fig. 60. Matérialité des toitures à Forci
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
La tuile est donc la solution économique, cependant les murs des maisons traditionnelles du village ne sont généralement pas droits et beaucoup d’habitants ont rencontrés des difficultés pour la poser. De plus, les villageois ont rencontré des problèmes d’isolation thermique sous les combles qui sont souvent réhabilités et cela cause un certain désagrément. Même si les habitants auraient préféré la lauze, ils sont plutôt satisfaits des couvertures en tuiles. La tuile rouge, toutefois, ne fait pas esthétiquement l’unanimité comparée à la tuile dans les tons de couleur brune / marron qui, elle, à tendance à bien vieillir et s’intégrer au paysage. En ce qui concerne la charpente, celle-ci est construite avec le bois du châtaigner qui est réputé pour être un bois très résistant « qui peut tenir des
siècles, surtout s’il est coupé à la bonne lune »58. Cependant, à cause des infiltrations d’eau, liées aux mouvements des lauzes, les poutres ainsi que les solives en châtaigner ont tendance à pourrir. C’est pour cela qu’elles doivent être changées lors d’une rénovation, si la maison avait été laissée à l’abandon. b) Le bâti non traditionnel Les changements apportés au village ne concernent pas seulement le bâti traditionnel, en effet quelques nouvelles constructions se sont introduites dans le paysage. Il me semble donc intéressant de voir de quelle manière ces nouvelles constructions se sont intégrées dans le village, notamment par leur
58
Fig. 61. Implantation du bâti non traditionnel à Penti
Un habitant de Santa Lucia di Moriani.
Fig. 62. Implantation du bâti non traditionnel à Forci
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
architecture et par la manière dont elle se sont implantées mais également de voir si toutes ses nouvelles constructions ont conservé le même usage et la même fonction que les bâtiments traditionnels qui étaient, eux, destinés soit à l’habitation unifamiliale soit à l’exploitation et ce durant toute l’année. De plus, nous connaissons l’attachement des habitants à leur village et donc à son « atmosphère » qu’ils souhaitent conserver, il serait donc également intéressant de voir si quelques-unes de ces nouvelles constructions ont tenté de reproduire l’architecture ou certains éléments d’architecture issus du traditionnel. Tout d’abord, ces nouvelles habitations ont été construites entre la fin du 20e siècle et le 21e siècle : leurs murs sont donc en briques et la toiture en tuiles excepté pour la maison la plus récente dont la toiture est recouverte de lauzes. De plus, nous constatons qu’elles sont isolées du reste du bâti dans chaque hameau. Cette implantation découle notamment des règles d’urbanisme spécifique aux villages, très anciennes, qui dictent la position à respecter d’une construction par rapport à la parcelle. Les façades des constructions doivent donc se positionner soit à trois mètres de la limite de la parcelle soit sur la limite de la parcelle. Mais une implantation isolée vient également des besoins contemporains de ses habitants qui préfèrent éviter un maximum le vis-à-vis.
Cet homme a par la suite construit une autre maison juste à côté de la précédente, pour lui, afin de venir y passer l’été de temps en temps. Les murs sont en brique et la toiture est recouverte de tuiles. Une nouvelle construction offre un usage jusqu’alors inédit dans le village. A cet emplacement se trouvait une bâtisse traditionnelle, qui se dégradait faute d’entretien à cause de l’indivision du bien ainsi qu’une ruine. Elles ont été achetées par un habitant du village, qui possédait la maison voisine afin de les réhabiliter pour pouvoir les louer pour des saisonniers désirant passer leurs vacances dans le village. Elles ont donc été transformées en maison d’hôte : elles ne sont plus des maisons unifamiliales mais sont donc habitées périodiquement par des personnes différentes.
La maison la plus récente « imite » la toiture traditionnelle et a été construite par des personnes originaires du village. Ils projettent d’y habiter une moitié de l’année une fois retraités alors que pendant l’hiver, ils vivront sur le continent. Ces habitants ont choisi de couvrir leur toiture en lauzes pour rappeler la toiture traditionnelle et de manière à bien s’intégrer dans l’environnement du village. La maison familiale est actuellement occupée par un parent de la propriétaire de cette nouvelle maison. Une autre de ces constructions possède un volume qui rappelle celui de la maison traditionnelle. Celle-ci a été construite dans les années 70 par un habitant originaire du village, actuellement retraité, dont la maison familiale traditionnelle a été léguée à d’autres membres de sa famille. La maison, est composée de trois étages indépendants dont deux étages ont été vendus il y a quelques années et un qui est en vente actuellement. Son volume est semblable à celui des anciennes bâtisses : elle possède également un plan étroit et une hauteur de trois étages, du fait que la parcelle est très étroite.
Fig. 63. Maison d’hôte (maison de l’acheteur, maison achetée, ruine acheté)
Ce changement de fonction parmi ces nouvelles constructions est très intéressant car c’est une toute autre manière d’habiter par rapport à celle qui date d’avant le 20e siècle. La dernière maison a été construite avec les mêmes matériaux « modernes » mais contrairement aux autres, elle n’est plus habitée, même pendant l’été.
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
B-
L’évoLution des modes de vie
a) La population et les modes d’habiter En plus des changements observés dans la manière de construire et dans l’usage des bâtiments, nous pouvons également constater des évolutions dans les modes d’habiter. Nous avons décrit dans le chapitre précédent le mode de vie relié à la châtaigneraie. Il impliquait que les habitants demeuraient au village à l’année et axaient leur emploi du temps sur la récolte des châtaignes contrairement aux autres types de vie qui poussaient les paysans corses à pratiquer la « transhumance », c’est-à-dire à se déplacer entre montagne et mer suivant la saison. De plus, toutes les générations d’une même famille
vivaient dans la même maison. Nous pouvons nous interroger sur comment vivent les habitants dans le village aujourd’hui et qui sont-ils ? Nous remarquons aujourd’hui dans ce village de la châtaigneraie une grande variation saisonnière de l’occupation du bâti, comme c’était le cas pour les autres modes de vie traditionnels décrits précédemment. En effet, 21 habitants y vivent à l’année contre à peu près 150 en été. Une nouvelle façon d’habiter est également apparue : la location. Sur les onze maisons occupées à l’année cinq sont des locations alors qu’en été la majorité de la population est constituée de propriétaires qui retournent passer un moment dans leur village d’origine. Cette population occasionnelle ou estivale vit en hiver soit à Bastia ou Moriani soit sur le continent. De plus, la maison familiale n’est plus habitée par toutes les générations d’une même famille : ce mode d’habiter a presque disparu.
Fig. 65. Maisons habitées à l’année à Forci
Fig. 64. Maisons habitées à l’année à Penti
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
En effet, nous remarquons que les jeunes générations préfèrent construire une nouvelle habitation, en général proche de la maison familiale, plutôt que de vivre avec le reste de la famille. De même, si l’habitation est partagée par plusieurs membres d’une même famille, celle-ci est découpée en plusieurs unités habitables ou appartements. Ce qui explique également pourquoi les plans actuels des maisons traditionnelles sont très irréguliers : elles ont subi de nombreuses divisions. La population qui occupe le village, à l’année ou occasionnellement, est composée pour la majorité des personnes qui sont originaires de Santa Reparata di Moriani. Parmi eux, plus d’une vingtaine ont plus de 80 ans, ce sont généralement eux qui occupent la maison familiale, leurs enfants montent assez régulièrement passer du temps au village mais les petits enfants presque jamais. Enfin, beaucoup de touristes viennent également passer l’été dans le village pour profiter de ses paysages et du calme notamment grâce à la maison d’hôte qui a été construite et qui est occupée entièrement pendant toute la période estivale.
Beaucoup de maisons ne sont pas habitées pour la majorité du temps dans les villages et pourraient être louées. Malheureusement ce n’est pas le cas car soit les habitants les conservent dans le but d’y habiter de temps en temps, soit elles ne sont pas habitables. b) Le caractère habitable des habitations Les problèmes d’un point de vue technique, sanitaire et sécuritaire qui nuisent à l’habitabilité des maisons du village sont : -
L’absence de cuisine et/ou de pièces d’eau (la salle de douche et les toilettes) : il faut donc trouver l’espace dans la maison de manière à pouvoir les insérer dans le plan.
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L’absence de réseaux électriques et hydrauliques : la plomberie et l’électricité sont à faire entièrement et l’épaisseur des murs de pierre complique ce travail.
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Les risques d’infiltration de l’eau par la toiture si elle n’est pas rénovée car nous avons vu que la lauze à tendance à bouger avec le temps.
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Les risques d’effondrement du plancher lié à sa vétusté, car celuici n’est constitué que d’un assemblage de planches de châtaigner posées directement sur des poutres.
Les habitants à l’année Il y a 21 habitants, dont 5 enfants, vivant à l’année dans le village de Santa Reparata di Moriani. Parmi eux six sont propriétaires et originaires du village, ils résident ici également pendant l’hiver car ils ne désirent pas quitter leur lieu de naissance. Parmi eux, cinq sont des personnes âgées à la retraite et le dernier est un berger qui possède son cheptel dans le village. Un de ces habitants possède un appartement à Bastia mais n’y va pas souvent car il préfère rester au village. Les deux autres habitants propriétaires ne sont pas originaires de Corse et ont acheté une maison dans le village il y a 10 ans alors que leur lieu de travail se situe à Bastia. Ce qu’ils recherchaient était principalement le sentiment d’isolement, de plus le prix d’achat de la maison était avantageux. Parmi les locataires, trois sont originaires du village : deux se sont installés ici depuis leur retraite alors qu’ils vivaient avant cela à Paris et le troisième car il désirait rester dans son village d’origine bien qu’il ne possède plus la maison familiale, léguée à d’autre membres de sa famille. De plus, une bergère, qui possède son cheptel dans le village, s’y est installée en raison du loyer bon marché. Enfin, les derniers locataires ont emménagé à Santa Reparata di Moriani car ils recherchaient l’isolement et la tranquillité.
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Mais il y a également des problèmes d’habitabilité qui sont liés au confort au sein de la maison y compris une fois les soucis techniques, sanitaires et sécuritaires évoqués précédemment résolus : -
Le manque de luminosité
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Les circulations abondantes et étroites dans les maisons mais aussi au sein du village.
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
L’habitabilité est étroitement liée à la notion de confort. Le confort, lui, est défini comme étant un « ensemble des commodités, des agréments qui produit le bien-être matériel59 ». Il s’agit donc d’une notion subjective. Le confort est propre à chacun, alors comment, théoriquement, peut-on différencier une maison confortable d’une maison qui ne l’est pas ? Pascal Amphoux, architecte et géographe à Lausanne, a mis en évidence trois types de confort : le « confort de commodité » qui est lié à l’utilité même d’un équipement et à sa capacité à assumer sa fonction ; le « confort de maîtrise », qui est relatif à l’utilisation de l’objet, à la manière dont l’usager va s’en servir, l’auteur écrit : « le confort de l’habitant c’est peut être avant tout celui
de l’activité domestique »60 ; et enfin le « confort de réserve » qui a un sens spatial, temporel, et psychologique à la fois. Il est lié, premièrement, à l’idée que l’on a d’un espace ou d’un objet, c’est imaginer ce qu’on va en faire, par exemple, « la cave ou le grenier jouaient ce rôle-là, jadis, et pourraient être réhabilité »61. Ce type de confort est représenté par une attente virtuelle. Deuxièmement, il témoigne de la relation entre l’objet et le sujet, dans la configuration spatiale d’une pièce, l’ambiance qui s’en dégage, etc., tout ce qui crée le sentiment d’être chez-soi. L’habitabilité d’une maison dépend donc principalement de sa capacité à répondre aux besoins de son habitant.
60 AMPHOUX Pascal, « Vers une théorie des trois conforts ». Département d’architecture de l’EPFL, Annuaire 90, 1990, p. 27-30. 59
Larousse [Electronic version], http://www.larousse.fr/.
Fig. 66. Habitabilité à Penti
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Ibidem.
Fig. 67. Habitabilité à Forci
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Nous allons illustrer par le biais d’un exemple un manque de « confort de commodité » d’une habitation de Santa Reparata di Moriani. En effet, nous savons que la maison traditionnelle corse se développe sur la hauteur et que les ouvertures sont très étroites, ceci pose des problèmes de luminosité et de circulation dans la maison. Même si certains habitants disent qu’ils ont l’habitude de monter et descendre les escaliers, y compris les plus âgés, il ne faut pas en négliger la pénibilité même pour les personnes les plus jeunes. D’ailleurs, un des habitants du village permet à son voisin d’utiliser son entrée afin qu’il accède plus facilement à sa propre maison. Avant, le voisin devait faire le tour de l’îlot pour rentrer chez lui et utiliser un escalier qui possède beaucoup de marches.
pouvant conduire doivent demander de l’aide aux voisins pour se déplacer (rendez-vous médicaux, achats de tous les jours, etc.). En effet, la Corse, en général, n’est pas bien desservie en transport en commun même au sein des plus grandes villes et les villages ne le sont que très rarement. Bien que les habitants de la Corse soient habitués à se déplacer en voiture, ils ont tendance à éviter les routes de villages sinueuses, étroites, longues et souvent détériorées.
c-
L’AttAchement des hABitAnts Au viLLAge
Nous venons de voir que l’architecture et les modes de vie ont évolué au sein du village, pourtant quelque chose semble être resté inchangé : l’attachement des habitants aux lieux. Même si la vie n’y était pas facile et presque misérable, ce qui força beaucoup d’habitants à descendre vivre sur la plaine dès qu’ils en ont eu l’occasion, je pense qu’on ne peut négliger l’attachement à un bien, à un village ou à une maison, ou même à une manière de vivre que l’on a connu.
Fig. 68. Le passage autorisé
c) Les commerces et services Le village est très pauvre en commerces et services depuis l’exode montagnard vers la plaine. En effet, jusqu’en 1960, le village disposait de deux écoles (60 élèves en tout) et de petits commerces, notamment des boulangeries et des épiceries, un bar, et également d’un transport en commun qui permettait aux habitants de descendre à la plaine et de remonter à Santa Reparata. Aujourd’hui, il n’y a plus d’école, les petits commerces ont fermé, de plus ils étaient déjà assez chers au 20e siècle pour une population relativement pauvre. Les habitants allaient souvent acheter des produits dans les autres villages où les prix étaient plus abordables. Cependant, un gîte d’étape faisant également restaurant a été construit et est ouvert pendant l’été et un boucher monte avec son camion une fois par semaine toute l’année. Néanmoins, plus aucun transport en commun ne dessert le village et les personnes âgées ne 136
En effet, malgré la circulation difficile entre les étages d’une maison, le manque d’infrastructures qui isole les habitants et l’absence de commerces qui complexifie l’accès aux biens de consommation surtout pendant l’hiver quand la neige aggrave la situation, certains habitants veulent tout de même rester y vivre toute l’année, ce qui est une preuve de leur attachement à leur maison et à leur village d’origine. De plus, même les habitants qui n’y vivent qu’une partie de l’année, ou même jamais, entretiennent et conservent leur héritage patrimonial car il est difficile pour eux de vendre leur bien. Quand tout de même, ils décident de le mettre en vente, le bien est très souvent surestimé car sa valeur « immatérielle » dépasse sa valeur « matérielle ».
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Nous constatons que certaines maisons du village qui ne sont pas habitées sont habitables car les propriétaires veulent les entretenir. La demeure est ainsi « gardée au cas où »62 pour ne pas qu’elle tombe en ruine et ne ils ne veulent « absolument pas la vendre »63 non plus car c’est l’héritage de leur famille, ils y ont vécu la majeure partie de leur vie, et ils y sont donc attachés. Nous remarquons également que deux maisons sont en vente mais comme le prix de vente dépasse la valeur « matérielle » du bien il est très difficile de trouver des acheteurs.
3-
A-
ET DEMAIN ?
QueLs enseignements tirer de LA situAtion ActueLLe ?
a) Un constat : le dépeuplement et les causes : Le dépeuplement du village de Santa Reparata di Moriani, et de bien d’autres également, est lié à plusieurs causes : -
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Une habitante de Penti vivant occasionnellement dans sa maison.
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Un habitant à Forci vivant à l’année.
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Le manque d’accessibilité. Le manque d’attrait économique. Le caractère pas ou peu habitable des habitations traditionnelles et le manque de moyen pour les entretenir ou les rénover.
Le dépeuplement du village est lié premièrement à sa situation. En effet, nous savons que les villages corses sont cachés dans la montagne et que la difficulté de leur accès était recherchée par les habitants qui devaient se protéger des envahisseurs. Le tracé des routes a donc été difficile et commandé par le relief, il en a résulté des chemins longs et très sinueux ce qui est très contraignant car la majorité des Corses travaillent dans les grandes villes ou à la plaine. De plus, le village se trouve à une altitude de plus de 600 mètres, il est donc possible qu’il y neige pendant l’hiver rendant l’accessibilité d’autant plus difficile voire impossible. Deuxièmement, le manque de commerces et de services résulte également de la situation du village, car nous avons vu que même s’il y en avait à l’époque, le prix de la marchandise était assez élevé de manière à pouvoir rentabiliser le transport. Et enfin, l’architecture et la conception des habitations traditionnelles qui doivent être rénovées pour 139
Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
devenir habitables sont une des causes du dépeuplement. Les rénovations sont complexes, nous le verrons par la suite, peuvent coûter très cher et prennent du temps. Et ceci est rendu encore plus difficile à cause des indivisions car il faut avoir l’accord de tous les copropriétaires pour pouvoir rénover ou vendre à une personne qui souhaite rénover. Nous pouvons nous demander s’il existe un moyen de ralentir le dépeuplement de Santa Reparata di Moriani mais également des autres villages, et même de favoriser leur repeuplement.
plus attachées au village et à leur maison sont celles qui y ont déjà vécu une partie de leur vie et qu’elles sont âgées. Mais nous savons aussi que parmi ces personnes âgées très peu finalement habitent le village en hiver. Augmenter la population hivernale du village nécessiterait premièrement de faciliter la vie de ces habitants en mettant à disposition des moyens de transport pour ceux qui ne peuvent pas conduire mais aussi de favoriser la réouverture de commerces de proximité. En ce qui concerne les familles, il faudrait arranger la route pour que l’accès au village soit moins contraignant et plus rapide, mettre en place un réseau de ramassage scolaire et implanter des activités attractives, pour leur permettre de vivre au village tout en travaillant à la plaine ou dans les grandes villes. Et si tous les villages voisins y participaient ?
b) Rendre le village à nouveau attractif Soutenir la rénovation Un milieu qui restera séduisant
Le village possède des qualités qui n’ont jamais disparu comme la beauté du paysage vert qui l’entoure ainsi que de la vue qu’il offre et qui surplombe la vallée. Il a conservé son charme traditionnel et procure toujours un sentiment d’isolement, de calme et de sécurité. Ceci est un point fort qui pourrait favoriser un repeuplement car nous savons que des habitants se sont installés dans le village à la recherche de cette sensation « d’être perdu au milieu de la nature ». Mais le caractère calme, ressourçant et rassurant du milieu montagnard du village de Santa Reparata di Moriani suffira-t-il à attirer de nouveaux habitants sachant que la Corse, par son caractère « île montagne », possède une proximité notable entre le littoral et les hauteurs et que ce sentiment de dépaysement et d’isolement de plus en plus recherché peut être trouvé à une distance beaucoup plus proche de la mer ?
Garantir l’accès et favoriser la réouverture des commerces de proximité
Rénover, avec toutes les difficultés que ça sous-entend, de manière à faciliter la vie au sein de la maison. Nous avons eu l’occasion de visiter une maison traditionnelle qui est actuellement en cours de rénovation dans le village, ainsi que d’en apprendre davantage sur la difficulté non seulement de rénover le bien mais également de l’acquérir entièrement. En effet, cette maison possédait 16 héritiers et le propriétaire actuel était très intéressé à l’idée de la garder car, étant originaire du village, il a voulu garder un pied dans le village de ses racines. Il a dû pour cela obtenir l’accord des 15 autres propriétaires dont trois étaient évidemment réticents. En ce qui concerne la rénovation, les seuls éléments issus de l’habitation d’origine que le propriétaire peut conserver, de manière à garantir la sécurité du bâtiment, sont les murs. En effet, la maison était à l’abandon et les planchers ainsi que toutes les poutres ont été fragilisés à cause de l’infiltration de l’eau par la toiture. La maison n’était donc pas habitable et il est également dangereux d’y circuler même pour réaliser les travaux de rénovation. De plus, la structure originelle doit être refaite entièrement car elle est très complexe et irrégulière tout comme les escaliers, l’électricité et la plomberie. Il faut également ajouter de l’électroménager et des équipements nécessaires au confort et aux besoins actuels.
Garantir l’accessibilité du village et construire des infrastructures de transport nous semble primordial. En effet, nous savons que les personnes les 140
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145 Fig. 69. Maison en cours de rĂŠnovation (14 photos)
Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
L’habitant a déjà rénové toute la toiture et posé des tuiles de couleur rouge/orange sur conseil du CAUE de Bastia. Il a réhabilité la partie haute de la cave en salle de douche. Son projet pour le reste de la rénovation concerne :
exemples de la restauration et la restructuration du village de Colletta di Castelbianco en 1993-95 de Giancarlo De Carlo et la restructuration du village de Monte Carasso en 1990 de Luigi Snozzi.
L’agrandissement des fenêtres dans la hauteur. La mise en place d’une structure à l’intérieur de la maison pour les planchers en réutilisant certains anciens emplacements de poutre. La conservation d’au moins un mur en pierre. La roche du site est présente dans l’habitation de la cave jusqu’au deuxième étage, il souhaiterait la mettre en valeur dans une des pièces mais celle-ci apporte beaucoup d’humidité et de fraicheur, qui serait agréable en été mais problématique en hiver. La construction d’une terrasse extérieure au 3ème niveau de la maison. La réhabilitation du séchoir en chambre. La réutilisation des pierres des escaliers intérieurs afin de couvrir la dalle d’entrée à l’extérieur.
Giancarlo De Carlo, dans son projet, voulait revitaliser et actualiser le village tout en conservant son identité64. La restauration des habitations en ruines et l’ajout de nouveaux logements ont dû répondre au confort moderne mais sans dénaturer le site. Pour cela, il a choisi de créer des porosités entre les habitations en transformant l’espace intérieur du bâti existant sans en toucher son enveloppe extérieure. Les nouvelles constructions, elles, suivent les lignes « organiques » du tissu du village pour ne pas en dénaturer sa configuration originelle.
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Tout ceci prend énormément de temps, d’autant plus que le propriétaire de la maison souhaite tout faire lui-même car, à ses yeux, remettre en état son héritage relève d’une mission personnelle. Cela lui permet aussi de réaliser des économies.
Des besoins qui ont évolués
L’architecture traditionnelle des maisons des villages corses est un bloc de pierre qui se développe sur sa hauteur. C’est une architecture massive et compacte qui favorisa la protection des habitants au sein de leur maison. Aujourd’hui, les besoins actuels viennent s’opposer aux besoins passés. En effet, la population ne désire plus « s’enfermer » dans la maison mais au contraire s’ouvrir sur l’extérieur. Alors comment construire de nouvelles habitations adaptées aux besoins contemporains sans compromettre l’identité du village ?
Luigi Snozzi, pour redynamiser et restructurer le village à Monte Carasso, a constitué un nouveau centre du village dans lequel il a placé de nombreux bâtiments et équipements de services tout en harmonisant moderne et traditionnel65. Pour cela, il utilisa l’ancien couvent dont il rénova certaines caractéristiques architectoniques (colonnades du rez-de-chaussée et galeries aux étages). Il créa également un jeu architectural en fabriquant une aile neuve et horizontale qui surplombe et met en valeur les ruines de la partie la plus ancienne du couvent originel. Il proposa aussi de délimiter visuellement le parcellaire en utilisant un matériau brut en substitution aux pierres sèches de manière à préciser les formes des espaces publics. De plus, l’architecte autorisa de construire sur les limites des parcelles privées sans imposer de seuil de densité pour donner plus de liberté à chaque nouvelle construction.
Certains architectes ont dû relever le défi d’inscrire un nouveau bâtiment ou de reconstruire dans des sites, ayant de fortes charges symboliques et historique grâce à une lecture attentive des lieux. Nous pouvons citer les
64 ENSAG, Penser l’architecture et la ville, un abécédaire, 2012-2013, http://www.grenoble.archi. fr/abecedaire/files/assets/common/downloads/1KNOP-POMMIER-Intro%20DEF.pdf.
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65 ROTBART Judith et SALOMON Laurent, « Le territoire, le maire et l’architecte », http://www. salomon-architectes.com/v2/ecrits/Visiteur16-03.pdf.
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Fig. 70. Le village de Colletta di Castelbianco, province de Savone, Ligurie en Italie, référence : https://placesjournal.org/assets/legacy/ pdfs/colletta-di-castelbianco.pdf.
Fig. 71. Coupes schématiques exprimant la porosité entre es habitations, référence:http://www.grenoble.archi.fr/abecedaire/files/assets/ common/downloads/1KNOP-POMMIER-Intro%20DEF.pdf.
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Fig. 72. Galerie de l’ancien couvent du village de Monte Carasso, canton du Tessin en Suisse, référence : http://www.salomon-architectes.com/v2/ecrits/Visiteur16-03.pdf.
Fig. 73. Maquette de Monte Carasso avec limites, référence : http://www.salomon-architectes.com/ v2/ecrits/Visiteur16-03.pdf.
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Un village sans villageois est un village sans âme
B-
QueL Avenir pour Le viLLAge ?
a) L’abandon La majorité des habitants sont pessimistes quant à l’avenir du village et pensent que c’est peut-être son destin que de disparaître. En effet, ils constatent que les propriétaires délaissent de plus en plus leur héritage, souvent difficile à gérer et à rénover, et les jeunes ne sont plus intéressés à l’idée de vivre dans le village, car il y a très peu de divertissement voire pas du tout, et par conséquent la population vieillit. Le village est-il vraiment voué à l’abandon comme le pensent ses habitants ? Son destin est-il déjà tracé ou pouvons-nous encore trouver des solutions pour encourager son repeuplement ? Car l’abandon progressif des villages corses pose un problème pour la préservation de leur héritage culturel et il me semble donc important d’essayer de trouver des solutions.
b) Le repeuplement Le repeuplement est primordial car préserver les traditions et l’architecture vernaculaire des villages corses nécessite de les garder habités, nous rejetons donc l’idée de village abandonné qui serait une sorte de musée ou un vestige du passé. Il faut donc réussir à les repeupler. On a vu précédemment qu’il y avait des pistes de réflexions, mais comment faire pour préserver également l’ « âme » des villages. 152
Nous avons bien vu que le village de Santa Reparata di Moriani possède un patrimoine remarquable par le caractère traditionnel et vernaculaire de son architecture et par son paysage naturel. J’ai demandé aux habitants ce qu’ils pensaient des transformations apportées au bâti existant et de l’aspect des nouvelles constructions, notamment de l’effacement graduel de la toiture en lauze, et de l’impact de ses changements sur « l’esprit du lieu ». En effet, la lauze est un élément important de l’architecture traditionnelle du village et de la Haute-Corse et elle participe fortement à créer cette « ambiance » que l’on essaie de conserver. Par leur réponse, j’ai constaté que, oui, évidemment la conservation de cette « atmosphère » à une grande importance à leurs yeux car elle représente un enjeu environnemental et identitaire mais comme me l’a dit un habitant à l’année du village : « ce qui me fait le plus plaisir, c’est de voir que des gens veulent venir habiter dans le village. S’ils utilisent des matériaux traditionnels ce n’est qu’un plus ». Alors de quelle manière sauver le village afin de préserver son identité et son architecture ?
Un village vivant mais uniquement en été ?
L’hypothèse du village vacance comme vecteur de redynamisation est intéressante, Effectivement la population du village augmente considérablement en été car les locaux aiment retourner au village pour passer leurs vacances dans la « fraîcheur » de la montagne mais les touristes également apprécient le dépaysement qu’il procure. En effet la Corse est très réputée pour son tourisme grâce à ses paysages particuliers et le côté « mystique » et traditionnel qu’elle a su garder. Je pense donc que des moyens peuvent être mis en place de manière à augmenter encore d’avantage cette population estivale. Néanmoins, transformer le village en « village vacance » ou « village de repos » qui ne serait habité qu’en été ou qu’occasionnellement
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
permettrait de prévenir de son abandon total mais cela changerait sa fonction première. Est-ce le futur que nous voulons pour lui ? En effet, intensifier la population estivale du village permettrait dans un premier temps de relancer son économie, en favorisant le tourisme et en encourageant les plus jeunes générations à venir. Pour cela, la commune pourrait créer plus de logements temporaires en rénovant les ruines ou les maisons à l’abandon ce qui permettrait également d’en sauver l’architecture traditionnelle. Évidemment, il faudra solliciter les propriétaires de ces bâtiments, souvent nombreux et souvent réticents à l’idée de vendre. Puis, l’environnement montagnard du village comporte de nombreuses randonnées aux paysages toujours plus éblouissants, rénover un des séchoirs existant en l’état permettrait de faire découvrir une façon de faire traditionnelle. Créer des activités adéquates (aménagement de terrains de jeu, organisation de soirées, etc…) pour le tourisme mais également pour les jeunes insulaires pourrait également faire augmenter la population estivale. De plus, encourager les jeunes à venir permettrait de plus les sensibiliser à l’idée d’habiter définitivement le village.
a) Une entraide intercommunale La communauté des communes de la Costa Verde a été créée le 1er janvier 1993, parmi les premières de Corse, dont le but principal était la réhabilitation patrimoniale. Actuellement elle comprend 23 communes entre villages et plaines dont 9372 habitants, et propose une stratégie de développement, en partenariat avec des associations, avec comme projet de construire et valoriser l’identité de l’ensemble des communes, dynamiser son économie, améliorer la qualité de vie et développer les axes de communication.
Fig. 74. Plan des communes affiliées à la Communauté des communes en 2013, référence : http://www.costaverde.fr/fr/communaute-communes-costa-verde_10/.
c-
L’impAct des poLitiQues de préservAtion et de déveLoppement
En quoi ces politiques peuvent aider ou freiner le repeuplement des villages et à la préservation de l’architecture vernaculaire qu’ils habitent ?
La communauté des communes a déjà contribué à quelques projets de développement, de mise en valeur et d’amélioration du territoire en plaine et montagne. A la plaine, elle a permis la création de nombreuses activités de loisir et sportives, ainsi que de logements saisonniers. En montagne, elle a aidé à la rénovation d’une école primaire accueillant 15 élèves, la création et mise en valeur des chemins de randonnées avec, notamment, le gîte d’étape qui se situe à Santa Reparata di Moriani et positionné sur le tracé de grande randonnée « Mare a mare ». Enfin, elle a pris part à l’aménagement des hameaux par la rénovation des églises et des chapelles mais aussi de fontaines, de lavoirs et la remise en état des ruelles.
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
Ces interventions ont participé et participent toujours à promouvoir une relance de l’activité touristique, mais ces aménagements, mis à part les randonnées, se situent principalement en plaine. Or nous savons que le gîte situé dans le hameau de Forci est complet pendant toute la période estivale, alors pourquoi ne développer ses diverses activités ou bâtir de logements qu’en plaine ? De plus, l’aménagement des hameaux afin de préserver leur caractère et leur architecture pour ne pas perdre leur « charme », sans proposer d’aide à l’amélioration de la vie des habitants à l’intérieur de leur maison, ne favoriserait il pas une fixation de ses hameaux dans le temps ? Avec la création récente des Plans locaux d’urbanisme Intercommunaux, la communauté des communes de la Costa Verde va devoir se pencher sur le dossier de l’urbanisme et des règlementations en termes d’habitat devront être établis. Également, la possibilité d’élaboration d’un Schéma de cohérence territoriale (SCoT) pourrait être mise en œuvre qui, lui, imposerait ses orientations aux plans locaux d’Urbanisme, aux plans de déplacements urbain, aux programmes locaux de l’habitat, etc. b) Les risques des règlementations de construction : l’exemple de la toiture Nous savons que la religion chrétienne occupe une place importante en Corse et que chaque village et hameau possède églises et chapelles. Certains même des couvents. Ces édifices religieux sont donc nombreux et se répartissent dans toute la Corse. Ils représentent, d’un point de vue historique et architectural, un patrimoine culturel remarquable qui tend à être conservé. En effet, plusieurs de ses édifices sont classés ou inscrits aux monuments historiques. Dans la « Costa Verde », sept bâtiments religieux en font partie, et avec cela, des périmètres de protections sont créés autour d’eux et des prescriptions architecturales sont imposées par les Architectes des Bâtiments de France en cas de nouvelles constructions ou de travaux à effectuer sur un bâtiment situé près de ses monuments. Ce sont les « abords d’un monument historique », ils délimitent un périmètre de 500 mètres autour de l’édifice.
matérialité pour leur couverture : soit en lauzes, soit en tuiles canal de couleur « rouge vieillit ». L’intention des Architectes des bâtiments de France est de promouvoir une qualité d’architecture s’intégrant harmonieusement dans le paysage par l’utilisation de matériaux traditionnels. L’étude de cas du village de Santa Reparata di Moriani, semblable à de nombreux villages corses, nous a permis de dresser les causes de son progressif dépeuplement et du risque d’abandon qui le menace. Nous avons notamment mis en avant la difficulté et le coût de la rénovation de l’habitat traditionnel mais aussi le manque d’infrastructures. La désertification menace également le patrimoine architectural ainsi que l’identité du village. Je me pose donc la question de l’impact que peuvent avoir des règlementations imposées aux abords des monuments historiques sur le dépeuplement des villages en Corse. En effet, je pense qu’imposer plus de contraintes de construction alors qu’il en existe déjà un bon nombre au sein de ses villages ne résoudra pas leur problème premier qui est le risque d’abandon, au contraire cela pourrait accélérer le phénomène. De plus, nous avons décrit dans la partie 2 de ce mémoire les caractéristiques de l’habitat traditionnel de la zone schisteuse de Corse qui possède une toiture en lauze et dans la partie 3 les difficultés rencontrées quant à son utilisation comme couverture. Nous avons également appris que ce matériau est très cher et long à poser. Concernant la tuile rouge, arrivée à la fin du 20e siècle, celle-ci ne plait pas aux habitants. Nous pouvons donc nous questionner sur le choix, imposé par ces prescriptions architecturales concernant les abords de monuments historiques, entre ces deux différents types de matérialité. Évidemment ces prescriptions ne concernent pas que la toiture des habitations mais aussi la couleur des façades, les tailles de fenêtres, l’implantation sur le site, etc. Quelles libertés reste t’il pour les habitants dans la construction de leur maison ?
Nous parlerons ici des prescriptions architecturales concernant les toitures car, comme vu précédemment, la toiture en lauze est une caractéristique importante de la région d’un point de vue esthétique mais aussi identitaire. En « Costa Verde », les prescriptions architecturales concernant les toitures au sein de ces périmètres sont les mêmes pour toutes les communes. Elles imposent des toits à deux pants et de faible pente, comme elles l’étaient dans l’architecture de la maison traditionnelle, et proposent deux choix de 156
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Chapitre 3 Étude de cas : le village de Santa Reparata di Moriani
d- concLusion
ses modes de vies changent, l’architecture vernaculaire doit par définition évoluer également car si elle reste figée elle risque de ne plus être habitée.
L’étude de cas du village de Santa Reparata di Moriani nous a permis de nous rendre compte de l’éventualité d’un abandon des villages corses et des risques que cela représente quant à la préservation de l’architecture traditionnelle de la Corse et de l’identité de son peuple. Nous avons donc cherché les causes du dépeuplement progressif du village étudié. Celles-ci sont notamment liées à la conception même de son architecture vernaculaire et de l’implantation du village qui résultent des besoins anciens et d’une manière d’habiter traditionnelle. Or, cette architecture conçue pour se protéger de l’extérieur ainsi que l’isolation du village accentué par son accès volontairement difficile ne sont pas adaptées aux besoins et modes d’habiter contemporains. L’analyse de l’état actuel du village nous a permis de nous en rendre compte. Le bâti a subi de nombreuses transformations, qui ont été nécessaires pour assurer l’habitabilité des maisons ainsi que leur confort mais qui pourraient être encore améliorées. En effet, ces modifications du bâti sont indispensables mais en même temps très contraignantes et ne sont malheureusement pas à la portée à tout le monde. Cependant, quelques villageois demeurent toujours dans les villages, non seulement parce qu’ils en ont les moyens ou qu’ils ne ressentent pas le besoin de vivre proche des commerces, mais parce qu’ils y sont attachés. On l’a dit, les Corses, tous originaires d’un village, sont très attachés à leurs racines et leur héritage. Cet attachement perdure encore aujourd’hui car même si leur habitat principal se trouve en plaine ou dans les grandes villes ils ont toujours tendance à retourner « à la source » pendant le weekend ou les vacances. Dans le cas contraire, ils conservent tout de même leur maison de village car elle représente quelque chose d’important pour eux, quelque chose qui leur permet de se rappeler qui ils sont et d’où ils viennent, un élément matériel concret qui rend réel le sentiment d’appartenir à un endroit ou une communauté. C’est un « point d’ancrage » auquel ils peuvent se rattacher. Nous avons également pu constater, que le destin des villages corses n’est pas tracé. En effet il existe plusieurs alternatives pour les « sauver » de l’abandon grâce à une entraide collective et des interventions pensées et appropriées à chaque situation de manière à favoriser un repeuplement. La conservation en état d’une architecture ou le mimétisme des nouvelles constructions dans le but de préserver le patrimoine vernaculaire va à l’encontre de l’idée même que représente l’architecture vernaculaire pour une société. En effet, si les activités économiques d’une population ainsi que 158
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C O N C L U S I O N
Conclusion
Ce présent mémoire fut très enrichissant d’un point de vue personnel car il m’a permis de découvrir et de redécouvrir toute la « beauté » de mon île, la Corse et de mon peuple, au travers de son histoire, de ses paysages et de son architecture vernaculaire. Il m’a donné l’opportunité de comprendre les origines des paysages bâtis des montagnes corses et de réfléchir, en me positionnant en tant qu’architecte, sur leur avenir. J’ai ainsi pu chercher des réponses efficaces quant à la perpétuation de notre identité au travers de notre patrimoine architectural vernaculaire. Tout d’abord, nous nous sommes familiarisés avec l’architecture vernaculaire, ce qu’elle évoque et ce qu’elle représente pour une société. C’est un élément matériel qui possède une dimension immatérielle, elle est en perpétuelle relation avec son histoire, son territoire et la population qui l’habite. Elle est la garante de la mémoire d’un lieu et d’une vie qui évoluent et continueront d’évoluer dans le temps. L’étude et la compréhension de ce patrimoine culturel qui évolue en même temps que les hommes, qu’est l’architecture vernaculaire, prouve qu’elle est une source d’inspiration non seulement dans sa conception, qui répond à des problématiques climatiques et durables actuelles, mais aussi qu’elle incarne l’identité d’une société que l’on cherche à affirmer de plus en plus aujourd’hui à l’heure de la mondialisation. Ainsi, la volonté de protéger le patrimoine culturel et paysager de manière à perpétuer une identité ne doit pas conduire à une conservation qui va le figer dans le temps ou à un mimétisme qui ne reflètera pas l’évolution des besoins ou envies de la société et de ses moyens. Après l’analyse de l’architecture traditionnelle des montagnes corses, nous pouvons confirmer qu’elle s’adapte à des contraintes appartenant à des façons de vivre et d’habiter passées qui contrastent amplement avec nos modes de vie contemporains. En effet, elle répond à un besoin de se protéger de l’extérieur, que nous avons pu comprendre par l’exploration de l’histoire de la Corse, alors qu’aujourd’hui nous désirons nous ouvrir 162
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Conclusion
sur le monde. L’architecture traditionnelle s’est renfermée dans un espace, le village, qui avait été créé de manière à équilibrer la sécurité et la survie de sa communauté. Cette dernière vécut de cette manière pendant très longtemps et ne l’abandonna que depuis très peu de temps. Le peuple corse est par conséquent toujours très attaché à ses origines qui demeurent dans un village ainsi qu’à son habitation dont il a hérité de ses ancêtres. En effet, nous pouvons le constater à travers le souhait et le besoin qu’il ressent de la conserver même si elle ne convient plus à son mode d’habiter. L’architecture vernaculaire des montagnes corses revêt donc une importance primordiale dans la perpétuation de l’identité de son peuple ainsi que dans la préservation des traditions auxquelles elle est liée et auxquelles son peuple est toujours très attaché. Les liens qui unissent ces deux éléments (traditions et architecture) ne les rendent pas pour autant indissociables car ils n’évoluent pas en même temps. Les changements que l’on observe dans les modes d’habiter ou dans la pratique des traditions impliquent, par la suite, une modification de leur environnement et de l’architecture.
le bâti traditionnel déjà existant dans les villages corses de manière à l’adapter pleinement aux modes d’habiter contemporains, sans oublier que ceux-ci continueront d’évoluer, tout en préservant « l’esprit » qu’il véhicule. L’architecture vernaculaire des montagnes fait partie de l’identité du peuple Corse mais il faut accepter qu’elle évolue avec lui.
L’étude du cas du village de Santa Reparata di Moriani, ainsi que de l’évolution des modes d’habiter de ses occupants et de l’impact que celle-ci a eu sur son architecture, nous a permis de lister les difficultés et les problèmes qu’on rencontre si on habite ou désire habiter une maison qui ne convient plus aux besoins actuels de la population. Nous avons également mis en avant les risques encourus lorsque les manières d’habiter évoluent dans un environnement qui ne parvient pas à s’adapter aux changements. En effet, le futur d’un village en dépend et celui-ci doit rester habité si on veut préserver son architecture et par conséquent l’identité de la Corse et de son peuple. Tout ceci nous a permis de tirer de précieux enseignements sur la manière de construire aujourd’hui dans les villages corses mais également de prévenir leur abandon. De plus, l’intérêt porté sur l’esthétique extérieur d’une construction, comme par exemple le fait de ne plus construire les maisons en pierre mais d’utiliser ce matériau en guise de parement, ne représente pas un enjeu majeur du point de vue environnemental ou identitaire. Un élément issu de l’architecture vernaculaire des villages corses peut être réutilisé aujourd’hui dans l’intention de préserver les paysages de l’île : l’implantation sur le site. L’architecture traditionnelle s’adapte au terrain et ne le transforme pas, ainsi elle épouse le relief qui lui permet de maintenir une continuité. Nous pouvons donc conclure que pour qu’une maison soit habitable et confortable elle doit refléter les modes de vie de ses occupants. Il est possible de construire dans les villages corses un habitat contemporain qui ne compromet pas le paysage mais qui met en valeur l’habitat traditionnel qui l’entoure. Nous pouvons donc désormais réfléchir à comment transformer 164
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ARTICLES :
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LE VILLAGE CORSE, DU DÉBUT À LA FIN ?
Mémoire de fin d’études Faculté d’Architecture La Cambre Horta, ULB Année 2017-2018 Madeleine Cimignani, sous la direction de Victor Brunfaut. Photo de couverture et de chapitres, Madeleine Cimignani.