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UNE RÉFORME DU LYCÉE POUR MOINS DE SERVICE PUBLIC SCOLAIRE ET PLUS D’INÉGALITÉS

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ARC INTERNATIONAL

L’outil de travail en péril

PAGE 3 POLITIQUE CLIMATIQUE

JUSTICE SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE SONT PARTIE LIÉE

SEAFRANCE : Et voguent les licenciements... PAGE 6

ÉTATS-UNIS - AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES

«L’OFFENSIVE HÉGÉMONIQUE» DES ÉTATS-UNIS

128, B OULEVARD B ASLY - 62300 LENS -T ÉL . 03.21.74.89.89- FAX 03.21.74.89.88 (e-mail : liberte.62@wanadoo.fr) - 1,30

PAGE 14 € - N°892 DU V ENDREDI 18 AU J EUDI 24 D ÉCEMBRE 2009


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Événement QUELLE IMAGE LA JEUNESSE SE FAIT-ELLE AUJOURD’HUI DU SYNDICALISME ? JEUNES SALARIÉS ENTRE ENGAGEMENT AU TRAVAIL ET TRAVAIL DE L’ENGAGEMENT

A jeune génération qui entre sur le marché du travail seraitelle réfractaire à lʼaction collective et à la démarche de lʼengagement ? Force est de constater que les conditions de lʼinsertion professionnelle dans un contexte de crise prédisposent les nouveaux entrants à niveler par le bas leurs ambitions et leurs espoirs. Le passage par le sas de la précarité se révèle, pour la grande majorité dʼentre eux, obligé. Dans tous les secteurs, lʼemploi est sous tension. Si la dégradation du travail transforme insidieusement les salariés «aînés» en capital variable en sursis (ou en chômeurs en puissance), elle fait apparaître les jeunes comme une force de travail en pointillés. Une génération contrainte de confirmer dʼemblée son «employabilité», périssable et remplaçable au gré des besoins de lʼentreprise. Une génération à la fois flexible et réflexive, enthousiaste et contrariée, attachante et détachée. Les jeunes salariés, et particulièrement les jeunes diplômés, vivent le rapport au travail comme une tension permanente entre engagement et distanciation. Le travail représente à leurs yeux lʼun des concepts gouverneurs de leur projet de vie. Cʼest une mise à lʼépreuve redoutée mais souhaitable. Une occasion de prouver leurs capacités et dʼéprouver leur propre valeur. La «réussite», la «carrière», voire lʼépanouissement professionnel sont revendiqués avec conviction. Lʼacquisition de diplômes, liée à la massification de lʼenseignement supérieur, rend cette approche «ascensionnelle» plus exigeante. Au lieu de lire dans cette disposition le triomphe de lʼindividualisme, on peut y voir la volonté dʼune appropriation

PAR MICHEL VAKALOULIS, SOCIOLOGUE

active des circonstances de la vie professionnelle. Lʼexistence dʼune telle volonté est la condition préalable de toute mobilisation durable.

Mais la finalité du travail ne se limite pas à une simple visée dʼaccomplissement de soi. Les jeunes salariés se déclarent au même titre attachés à lʼutilité de leur métier. Tel est le marqueur identitaire qui sous-tend leur professionnalisme. Or, lʼorientation dominante des entreprises, indexée sur des critères de rentabilité financière, rend extrêmement difficile la réalisation de cette aspiration. Dès lors, cʼest lʼactivité de travail elle-même qui apparaît entravée, reniée, dévalorisée. Une activité saturée de dispositifs dʼévaluation et de performance, mais en perte de sens et de substance. Cʼest précisément, cet échec, relatif mais récurrent, discontinu mais omniprésent, qui est à lʼorigine de lʼimplication désenchantée des jeunes au sein de lʼentreprise. Cette crise structurelle de confiance, qui prend aujourdʼhui des formes plus tranchées, exacerbées, les condamne à la vigilance permanente. Cʼest à partir de lʼattachement des jeunes salariés à la défense de la qualité et de lʼutilité sociale du travail que la rencontre avec le mouvement syndical est envisageable. Les jeunes reconnaissent la positivité du syndicalisme et souhaitent même son renforcement en tant que «contrepouvoir» représentatif dans lʼentreprise. En même temps, ils méconnaissent le syndicalisme réellement existant et, le plus souvent, ils sʼen font une image vieillotte et caricaturale. Ils ne sont pas en principe hostiles à lʼidée de lʼengagement. Mais

ils arrivent rarement à concrétiser dans leur quotidien lʼutilité de lʼengagement syndical comme prolongement de leurs propres préoccupations et projections. Les défaillances du syndicalisme, en particulier la raréfaction de la présence militante sur le terrain, ainsi que la crainte de prendre lʼadhésion comme un «paquet global» plutôt que comme une option «à la carte» pèsent sur les velléités de syndicalisation.

Mais lʼabsence dʼadhésion nʼempêche ni lʼexpression de la contestation ni la participation à lʼaction collective. Comme lʼattestent certains conflits récents, les jeunes salariés sont capables de compenser lʼab-

sence dʼexpérience par une redoutable virulence revendicative et un remarquable sens de la communication, y compris médiatique. Ils peuvent vivre lʼengagement sans se reconnaître formellement dans la figure de militant, voire de lʼadhérent. Pour autant ils ne sont pas, comme le proclame hâtivement la vogue postmoderne, une «génération zapping». Même quand ils zappent, ils font des choix précis. Ils expérimentent le monde avec intensité et envie de découverte tout en étant en quête de repères collectifs.

De son côté, le syndicalisme a du mal à composer avec cette volonté obstinée de créativité dans le travail.

Il peine à transformer la défiance des jeunes à lʼégard de toute sorte de «formatage» en défi pour conquérir de nouveaux espaces de liberté en articulant initiative personnelle et cadre collectif. Il tarde à élaborer un projet de reconquête sociale en prenant au sérieux son immense potentiel. En ce sens, le «rajeunissement» du syndicalisme ne se joue pas simplement au niveau du rééquilibrage générationnel du militantisme. Plus fondamentalement, il est étroitement lié au renouveau syndical lui-même, dont lʼun des enjeux est la réappropriation des problématiques sociales et sociétales de la jeunesse.

POURQUOI LE DÉBAT SUR L’IDENTITÉ NATIONALE EST-IL UNE OPÉRATION DANGEREUSE ? UNE INQUIÉTANTE BOMBE À RETARDEMENT EST MISE EN PLACE

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ʼIDENTITÉ nationale nʼest pas un sujet tabou ni un gros mot. En parler est tout à fait légitime. Cependant, nous sommes conduits tout logiquement à refuser le cadre dans lequel le gouvernement veut circonscrire un débat qui, tel quʼil nous est proposé et dans le contexte politique dans lequel il sʼinsère, apparaît dʼentrée ouvertement dʼinspiration et dʼintention xénophobes, propice à tous les dérapages racistes. Nous sommes conduits à le refuser pour deux raisons. La première. Il est porteur dʼexclusion et de rejet. Étape supplémentaire dʼun processus qui plonge ses racines dans la campagne pour la présidentielle, le débat aujourdʼhui lancé par le président de la République trouve sa place dans un dispositif qui cherche, avec la création dʼun ministère de lʼImmigration et de lʼIdentité nationale, à induire une relation entre les deux et à présenter lʼimmigration comme un danger et une menace pour cette identité. Cʼest une conception dʼexclusion : lʼAutre, lʼimmigré, est considéré comme un corps étranger à la France, ce qui laisse entendre que celle-ci est minée de lʼintérieur. Par ailleurs, le fait que ce débat vienne en prolongement direct de celui sur

PAR MOULOUD AOUNIT, COPRÉSIDENT DU MRAP

la burqa montre à lʼévidence que lʼinitiative présidentielle ne fait que cibler davantage les populations arabo-musulmanes en les stigmatisant toujours plus. Lʼannexe de la circulaire adressée aux préfets ne fait dʼailleurs que donner corps à nombre de stéréotypes accentuant la construction dʼune dichotomie fantasmatique entre un «eux» et un «nous» préjudiciable à un vivreensemble dont la République doit être le catalyseur et le garant. Donner des gages aux électeurs du Front national nʼest bien entendu pas étranger au lancement de ce débat. La proximité des élections régionales le laisse légitimement penser. Néanmoins, nʼy voir quʼune instrumentalisation politicienne reste insuffisant car on assiste, avec le discours de Dakar, le projet de loi sur les bienfaits du colonialisme, le projet de mise en place de statistiques ethniques, à un véritable chantier de (re)structuration idéologique dont la cohérence nʼest pas seulement dictée par des préoccupations électorales. La seconde raison qui nous conduit à refuser ce débat est quʼil est un moyen de faire diversion des vrais problèmes qui minent et détruisent le

vivre-ensemble, à savoir la crise profonde et le renoncement de la République à donner corps à ses marqueurs fondamentaux qui la symbolisent, lui donnent sens et suscitent lʼadhésion de tous. Si ce débat visait à construire le vivre-ensemble sans exclure, sʼil posait les vrais problèmes qui menacent la cohésion sociale, à savoir les logiques de détricotage systématique des acquis, la casse programmée des droits, si le débat portait sur les moyens de remédier à lʼexclusion et à la précarité, pourquoi pas ?

Mais on laisse libre cours à tous les fantasmes autour dʼune identité nationale que lʼon voudrait définir en la figeant à jamais, alors même quʼelle a vocation à être en perpétuelle évolution. Fantasmes qui ne sont que les symptômes et les révélateurs dʼune grave crise des valeurs originelles et identitaires de la République. En vérité, on assiste à une faillite des politiques dites dʼintégration : dans le contexte économique, social et politique actuel, quel sens peut avoir lʼégalité des droits pour les immigrés et leurs descendants ? La persistance des discriminations -2-

économiques, sociales, institutionnelles, spatiales, y compris celles dont sont victimes leurs enfants français, a miné, plus que tout autre facteur, les fondements mêmes de notre République. Cette crise met également en évidence le décalage flagrant entre les affirmations dʼune défense universelle des droits de lʼhomme et leur négation dans la pratique, tant dans le domaine de lʼimmigration que dans celui du traitement de la question des sanspapiers.

Ce nʼest certainement pas le lancement dʼun débat sur lʼidentité nationale propice à tous les dérapages et surenchères xénophobes qui pourra guérir la société française du malaise persistant que génère une crise dʼabord économique et même existentielle. Bien au contraire, cʼest dʼévidence à un débat dangereux que nous convie le président de la République, se comportant en lʼoccurrence en véritable apprenti sorcier et qui, à lʼinstar des propos tenus par le préfet Girod de Langlade, ou par M. Brice Hortefeux, va libérer la parole raciste et favoriser voire justifier un passage à lʼacte tout en installant une inquiétante bombe à retardement.

Aujourdʼhui, lʼexemple de la Suisse montre les dangers que génère lʼinstrumentalisation de la xénophobie, et plus particulièrement de lʼislamophobie, démarche politique irresponsable qui finit par créer des situations dʼhumiliation propices à des attitudes de repli communautaire portant gravement atteinte à lʼunité et la cohésion sociale.

En conclusion, il nous faut poser les vrais problèmes, circonscrire avec intelligence et pédagogie les vrais enjeux, ceux qui taraudent notre société et qui entament sa confiance dans lʼavenir. Face aux menaces lourdes de conséquences que représentent la casse des services publics, le développement du chômage et de la précarité ainsi que la régression des droits, il nous faut plaider et agir pour un développement des solidarités, donner sens et vie à lʼégalité et la citoyenneté, reconnaître les droits de tous ceux qui résident sur notre sol. Contexte oblige, lʼurgence est à lʼapaisement en tournant délibérément le dos au débat tel quʼil est proposé, débat figé, corseté, inutile et dangereux : lʼidentité ne se décrète pas, elle se vit et se construit de manière permanente, citoyenne, par tous, et pour tous. Liberté 62 n°892 - Le 18 Décembre 2009


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Événement ARC INTERNATIONAL

L’OUTIL DE TRAVAIL EN GRAVE DANGER

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“J'espère me tromper, mais je suis persuadé qu'on ne sera plus que 3 000 d'ici à 2012. Nous assistons à des suppressions dʼemplois, à dose homéopathique, cʼest une catastrophe pour lʼemploi et pour toute la région, observe Philippe Maës, secrétaire de la CGT de lʼentreprise, un emploi chez nous entraîne trois autres emplois, cʼest dire la gravité de la situation. Cʼest une crise sans précédent, à Arc International. Nous sommes dans un mouvement généralisé de stagnation, voire de réorientation complète des produits. Tous les secteurs nous préoccupent et lʼunité de “Blaringhem” - le Cristal - est fermée. Cʼest la fin de tout un savoir-faire, cʼen est fini du produit historique de la société. Le Cristal qui est une image de marque sera toujours commercialisé mais produit ailleurs. Cela fait des années quʼil nʼy a plus dʼembauches et les intérimaires sont rayés de la carte.” Ce commentaire de Philippe Maës, secrétaire de la CGT, en dit long sur lʼambiance sociale actuelle. Le climat se dégrade de jour en jour. Frédérique Specque, secrétaire du comité dʼentreprise, ne dit pas autre chose.

I

L y aura des licenciements secs à Arc International dans un très proche avenir ! En 2011... C'est ce qu'a annoncé le président du directoire Guillaume de Fougières, en comité d'entreprise en fin de semaine dernière. Plus de 1000 ? Plus de 1500 ? La direction dépassée par le retentissement médiatique minimise la situation... La détérioration de lʼemploi ne date pas dʼaujourdʼhui. Depuis octobre 2004, près de 3000 suppressions d'emplois, et lʼaccord de méthode (signé par les syndicats), exceptées la CGT et FO, tout est chamboulé. La situation de lʼemploi à Arc International reste fortement préoccupante. Mettre tous les intéressés autour de la table et avancer dans des propositions concrètes pour lʼemploi et le tissu industriel du Nord/Pas-de-Calais : cette proposition dʼAlain Bruneel (président de la commission de développement économique) rebondit alors que lʼavenir dʼune des plus grandes entreprises privées de la région est plomblé. Quels indicatifs ? La direction est fragilisée. 6000 salariés ont subi un chômage partiel pour une longue période. Le site voisin de Saverglass est dans la même situation alors que lʼon promettait aux nouveaux embauchés (350) monts et merveilles. Arc International, est partie prenante du Pôle de compétitivité MAUD dont lʼobjectif vise à développer la recherche dans le domaine de la chimie et des matériaux de performance pour les arts de la table. Ce pôle est financé par lʼargent public (État, Conseil régional...). Quelle est la réalité ? Ce Pôle ne joue pas son rôle car nous ne voyons pas dʼeffets positifs sur lʼemploi. Et que dire du Contrat de site, signé par les pouvoirs publics pour revitaliser le bassin dʼemplois de lʼAudomarois. Tout cela est inquiétant.

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Quelle finalité ?

À Arc International, la finalité est le capitalisme familial et lʼentreprise familiale, mais “la famille Durand” va perdre 4000 de ses membres. “Sur la profitabilité, il faudra aller plus loin, nous sommes en retard”, annonçait, il nʼy a pas si longtemps un membre du conseil de surveillance. Les salariés trinquent : la situation actuelle à Arc International, nʼest guère favorable, ni aux salariés, ni à lʼemploi, ni à lʼavenir dʼune des plus grandes entreprises privées du pays. Cʼest le moins que lʼon puisse dire. La direction nʼévoque plus la palinodie dʼaucun licenciement sec. Et cette situation devient de plus en plus inquiétante pour tous celles et tous ceux qui y travaillent. La stratégie dʼArc International est préoccupante et le mécontentement est général à lʼintérieur de lʼentreprise. Un processus sʼest engagé, cʼest sûr, mais pas en faveur des sala-

riés. Lʼaccord de méthode ? La CGT a refusé de le signer, car audelà de la forme, il y a le fond. Et le fond, dʼici 2010, cʼest la finalité évidente dʼun plan de suppression dʼemplois qui va se préciser. Les externalisations, les mutualisations, les filialisations tout cela a pour but de faire baisser les effectifs. Dʼautres salaires (en diminution), dʼautres conditions de travail, dʼautres horaires, une autre organisation voient le jour. Tout est lancé maintenant par la direction pour les usines extérieures. Il va falloir poursuivre la capacité de production pour être au plus près des clients. Et la direction de déclarer récemment : “nous nʼhésiterons pas à prendre des décisions difficiles lorsquʼune activité se révèlera non rentable” En reprenant un peu lʼhistorique de ces dernières années, on notait un effectif de 12 000 personnes, voire un peu plus dans les années 2001, 2002.

Exiger

“On subit toujours et on nʼexige pas”, déplore un syndicaliste ; Quant à la mise en route de Saverglass, au début de lʼannée 2008, sur le site dʼArques, cédé par Arc International, avec de fortes subventions publiques, cela ne doit pas être lʼarbre qui cache la forêt. Cette situation ne lʼest assurément pas pour les salariés de lʼAudomarois. Refuser toute résignation, cʼest aussi le sens de lʼinitiative lancée par la CGT. Cʼest une bataille de longue durée. Un processus de destruction de ce qui a fait la force dʼArc International est en route. Les effets boomerang sont constants, les sites de par le monde (Émirats, Chine, Espagne, Roumanie, États-Unis) sont voués à se développer au détriment du site dʼArques.

Préserver le site est possibe, mais cela doit découler dʼune volonté basée sur un projet industriel. Un pôle financier public aiderait à voir plus clair. Aujourdʼhui, la crise a bon dos et ce sont toujours les travailleurs qui paient les dégâts du capitalisme. Didier, salarié à Arc International depuis 33 ans, souligne : “jamais lʼambiance dans lʼentreprise nʼa été si détestable, avec un stress permanent. Ce qui nous attend nʼest rien à côté de ce que nous vivons actuellement. Et, malheureusement, il y a ce “chacun pour soi” qui plombe encore plus la situation actuelle. Jusquʼau jour où...” Bertrand Péricaud, secrétaire de la fédération du PCF, déplore la liberté totale des entreprises, dans un cadre juridique sans garde-fous, à licencier à foison. Et cela est valable dans tous les secteurs industriels et dans toutes les zones géographiques. Pierre Pirierros

Philippe Maës, secrétaire de la CGT d'Arc International, a participé avec Alain Bruneel, conseiller régional, à un débat sur l'emploi (Photo Liberté 62)

CONTRE LA RÉFORME TERRITORIALE : MOBILISATION GÉNÉRALE !

ÔTÉ cour, Sarkozy lâche ses lieutenants Hortefeux, Besson, Morano… pour distiller la haine contre les immigrés, sans avoir lʼair dʼy toucher, dans un «débat» sur lʼidentité nationale génétiquement marqué du sceau de lʼinfamie et de la manipulation, par diversion, de lʼopinion. Côté Jardins du Luxembourg et à lʼAssemblée, il poursuit avec lʼUMP le travail de sape des fondements républicains du pays. Prélude à la réforme territoriale, la suppression de la taxe professionnelle adoptée par le Sénat après un simulacre de protestation de Raffarin, voudrait sonner le glas de la capacité des élus et des populations à résister et à intervenir, de manière autonome

Liberté 62 n°892 - Le 18 Décembre 2009

et libre, dans la détermination des choix dʼune gestion qui soit démocratique, sociale et ancrée dans la satisfaction des besoins dʼavenir de nos territoires. Nous sommes aujourdʼhui au pied du mur de lʼargent totalitaire que Sarkozy et les siens bâtissent patiemment, méthodiquement au service du tout financier, contre les acquis et repères de civilisation de la Libération, et pour étouffer des solidarités républicaines remontant à la Révolution. Aujourdʼhui, ce sont les départements quʼils veulent faire disparaître et les communes dont ils veulent réduire les compétences à lʼapplication de pansements sur les plaies vives que leur société capitaliste entretient au sel !

Les états occidentaux mènent une guerre aux peuples, se comportant en véritables prédateurs au service exclusif de la haute finance, pillant les richesses nationales, cassant les services publics et creusant des déficits vertigineux. Les élus et les militants communistes ont beaucoup fait ces derniers temps pour mettre des pare-feu, organiser la résistance, par exemple contre la privatisation de la Poste. Notre projet ne se situe-t-il pas dʼabord dans la résistance ?! La taxe professionnelle, compensée un an seulement, va être supprimée pour une «contribution économique» des entreprises rabotée de 6 milliards dʼeuros, sous maîtrise de lʼEtat. -3-

Les impôts locaux vont ainsi connaître de nouvelles envolées après les élections régionales. Cela nʼempêchera pas lʼassèchement rapide des capacités financières des communes et des communautés. La fin de la clause de compétence générale des collectivités territoriales, région et département, leur interdira dʼintervenir en matière dʼinvestissements culturels, sportifs, scolaires locaux, pendant que les élus communaux seront soumis à une obligation dʼautofinancement de leurs projets dʼinvestissements à hauteur minimum de 50%, avant de très aléatoires subventions gouvernementales. Autant dire quʼils seront à la merci de lʼEtat… Nous ne sommes pas devins en

disant que les conséquences engendrées par ces mesures sʼannoncent dramatiques pour nos populations, les associations et le tissu économique déjà très dégradé de notre grande région. LʼEtat met tout son poids dans cette attaque historique contre les fondements civilisateurs et démocratiques de lʼidentité nationale. Face à des enjeux dʼune extraordinaire gravité, ne devons-nous pas être à lʼinitiative dʼune grande mobilisation des forces vives locales, en proposant partout, et en premier lieu, lʼorganisation de conseils municipaux extraordinaires largement ouverts à la population ? Jean-Louis Fossier


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Social 49ème CONGRÈS DE LA CGT

LE CHOIX DE L’EFFICACITÉ OFFENSIVE

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Les délégués des syndicats CGT réunis en congrès font le choix de porter de manière offensive les ambitions des salariés : celles de lʼégalité et de la parité, de la paix, de la jeunesse, de la démocratie, de lʼefficacité, de lʼunité, de la solidarité et des conquêtes sociales.

L

A S ouffrance des salariés actifs et retraités avec ou sans papiers, privés dʼemploi est le symptôme dʼun travail malade, dʼune démocratie amputée, dʼune citoyenneté qui reste aux portes des entreprises. Les exigences de profit et dʼaccumulation financière détournent le travail de sa vocation à être utile socialement pour répondre aux besoins sociaux et humains. Les syndicats CGT décident de sʼengager immédiatement, durablement et solidairement, dans une campagne revendicative de grande ampleur pour les salaires et le pouvoir dʼachat, lʼemploi et les retraites. La politique voulue par le patronat et orchestrée par le gouvernement fait payer une addition particulièrement élevée aux salariés et à la population. Elle préserve un système inefficace et injuste qui cultive la concurrence et la division entre salariés et entre générations. La moitié des dividendes versée aux actionnaires suffirait à dégager 120 milliards dʼeuros pour les investissements, lʼemploi, les salaires, lʼégalité entre les femmes et les hommes, la retraite, les minima sociaux et la protection sociale.

La sortie de crise passe nécessairement par la revalorisation du travail. Le système financier doit être mobilisé au service de lʼemploi et de la formation. Cʼest pourquoi, la CGT, agit pour conquérir la sécurité sociale professionnelle et un nouveau statut du travail salarié. Il faut construire une dynamique unitaire dans les entreprises, les professions et les territoires pour un rapport de forces pérenne et favorable aux salariés, aux retraités et aux privés dʼemploi. Il faut agir en faveur dʼune nouvelle conception de la démocratie par lʼintervention des salariés et des citoyens sur les choix politiques et de gestion afin de les tourner vers

la satisfaction des besoins humains et fondamentaux. Cela exige une véritable démocratie sociale. Nous condamnons la répression et la criminalisation de lʼactivité syndicale, la discrimination. Agir ensemble dès aujourdʼhui sur les lieux de travail appelle à la mobilisation et au déploiement de tous les syndiqués dans la solidarité interprofessionnelle et intergénérationnelle. Les délégués des syndicats au 49ème Congrès de la CGT donnent aussi rendez-vous au monde du travail le 24 mars pour une grande journée de mobilisation et dʼaction à lʼappel de la Confédération européenne des

Syndicats qui portera haut et fort, en France et en Europe, notre volonté de changement. Mobilisation Cette journée de mobilisation sera un moment de tous ensemble dans la campagne pour lʼemploi, les salaires, et la retraite. Sans attendre cette date, le congrès appelle à un développement de la mobilisation et des actions. Le congrès de la CGT décide dʼengager une campagne nationale pour promouvoir la place, les missions et le développement du service public afin de mieux répondre aux besoins sociaux de toutes et tous.

Un million de chômeurs épuiseront leurs droits à indemnisation en 2010, après 850.000 cette année, selon une note de Pôle emploi. Réunis pour leur négociation sur “la gestion sociale des conséquences de la crise sur lʼemploi”, patronat et syndicats ont prévu de se pencher sur la question des chômeurs en fin de droits à partir de fin janvier, pour une séance plénière le 26 février, date beaucoup trop éloignée selon les syndicats, qui déplorent le manque de réactivité face à une situation urgente et grave. Selon les chiffres de Pôle emploi, le nombre de sorties du régime dʼassurance chômage pour fin dʼindemnisation est estimé à 850.000 en 2009 et 1.000.000 en 2010 et le nombre dʼentrées en ASS est estimé à 149.000 en 2009 et 170.000 en 2010, soit moins de 20% qui seraient éligibles à lʼAllocation spécifique de solidarité (ASS), environ 450 euros versés par lʼEtat sous condition de ressources du ménage. «La négociation portait sur les mesures dʼurgence face à la crise, or on est en train dʼescamoter un point important, la problématique des fins de droit, ce nʼest pas acceptable», a souligné Maurad Rahbi de la CGT. Cʼest la priorité des priorités, il faut prendre le problème à bras le corps comme pour le chômage partiel... Il faut que lʼEtat modifie les règles pour quʼon en intègre beaucoup plus en ASS, cʼest dʼabord eux que la crise concerne et cʼest eux quʼon traite en dernier, on ne peut pas continuer à ce rythme.»

UN MILLION DE CHÔMEURS EN FIN DE DROITS EN 2010

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La révision générale des politiques publiques, la réforme des collectivités territoriales, la loi «Hôpital Patients Santé Territoires», la déréglementation, les privatisations, visent à réduire les dépenses utiles pour les salariés, les familles et à livrer les activités de service public au secteur marchand. Cette politique nuit aux services publics nécessaires, à lʼaménagement du territoire et au développement économique. Cette campagne nourrit et nourrira celle pour une véritable politique industrielle et dʼemplois. Elle vise des réponses concrètes et efficaces pour les milliers de salariés qui ont perdu leur emploi et pour celles et ceux qui travaillent mais qui nʼarrivent pas à en vivre. Au regard de la crise, il y a urgence à obtenir des réformes structurelles. Cette résolution de la CGT et de ses syndicats concrétise leur engagement pour lʼémancipation des salariés, la revalorisation du travail, le développement humain durable. Un des grands thèmes défendu à ce congrès fut la confiance à donner tous les salariés actifs et retraités, privés dʼemplois, sur leurs capacités à construire le rassemblement le plus large possible, une force de résistance et de conquête sociale. Bernard Thibault a été élu pour la quatrième fois, secrétaire général de la CGT. Liberté 62 n°892 - Le 18 Décembre 2009


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Social

ÉQUIPEMENTIERS AUTOMOBILES : FRANÇAISE DE MÉCANIQUE, STA-RUITZ

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LES SALARIÉS DANS LA SPIRALE DES ALÉAS FINANCIERS DES CONSTRUCTEURS

LʼAutomobile représente 20% du secteur industriel du Nord/Pas-de-Calais, soit plus de 55 000 salariés. Aujourd'hui, les directions des constructeurs et des équipementiers ne peuvent minimiser les conséquences de la décision de Renault de supprimer 4000 emplois. Les conséquences apparaissent, dès maintenant, comme une véritable épée de Damoclès sur tous les postes de travail existants et dans toutes les zones géographiques de la région. Le prétexte est tout trouvé, c'est Le financement du commerce mondial qui s'est "gravement détérioré" en raison de l'une des plus graves crises financières qu'ait connu la planète...

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ES “grands noms” des équipementiers automobiles taillent de plus en plus dans leurs effectifs, en France mais pas seulement, et ils ne se limitent plus aux intérimaires, ils suppriment aussi des CDI. Les équipementiers suivent les usines des constructeurs. Renault, cʼest un puzzle gigantesque à lʼéchelle du Nord/Pas-de-Calais, du pays, de lʼEurope, voire du monde. Les entreprises veulent être de plus en plus compétitives sur le marché automobile mais aussi hors automobile. Rachats, restructurations, compressions de personnel, cʼest la règle générale établie par les directions des équipementiers automobiles. Lʼemploi stable, à temps plein, et d'un salaire convenable en rapport avec la

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qualification des travailleurs est un socle revendicatif solide. STA-Ruitz

Les commandes de boîte de vitesse automatiques sont un baromètre évident de la santé d'une entreprise. Jean-Paul Boulet, syndicaliste CGT à STA-Ruitz, (820 salariés), souligne les méfaits structurels dans un secteur comme celui de Renault, où la CGT a présenté un projet industriel contrecarrant toutes les idées reçues dans les médias sur le rôle de lʼautomobile dans lʼéconomie. Des sites sont fragilisés, comme à la STA, (Société de transmission automatique). Chez Renault, de nombreux avant-projets sont déclarés comme "non rentables". La capacité de répondre à ce

redéploiement industriel, d'assurer l'emploi est sous-tendue par le savoir-faire des salariés. Mais ce savoir-faire suffira-t-il face à la tourmente généralisée ? Les donneurs dʼordre font la pluie et le beau temps, ils sont propriétaires, actionnaires et commanditaires des unités quʼils dirigent dans la région, mais pas seulement. Les situations de précarité sʼaccentuent tandis que la productivité maximale assure des taux de rentabilité extrêmement importants. Française de Mécanique

Conditions et rythmes de travail, fortes cadences, santé professionnelle, changements intempestifs de postes de travail : la CGT de la Française de Mécanique est sur tous les fronts et cela ne date pas dʼaujourdʼhui. La vigilance s'impo-

se à l'heure des décisions de management de Renault. La situation générale de lʼautomobile et des constructeurs Renault et PSA, principaux actionnaires de la FM, nʼest pas sans conséquences directes sur le climat social de lʼentreprise. “Et pourtant, dit la CGT, nous produisons 7500 moteurs par jour, avec tout ce que cela comporte de contraintes et dʼefforts de la part des travailleurs. ll nʼy a plus de politique industrielle ; lʼhabillage de créations quant aux postes de travail est insupportable”, insistent élus du comité dʼentreprise et délégués de la CGT. La fermeture de la fonderie, il y a trois ans, a dʼénormes conséquences sur les effectifs; aussi, de 4757 salariés en CDI et 755 intérimaires, en 2003, les chiffres actuels sont de 3932 salariés en CDI et 420 intéri-

maires. Sur cette courte période, on assiste à une baisse de plus de 1000 personnes, intérimaires compris. Lʼemploi est au coeur des préoccupations des salariés et des syndicalistes. Plus que jamais. Aujourd'hui, l'effectif se situe en dessous des 3800 personnes. Le Pas-de-Calais est confronté à une redistribution des cartes chez, quasiment, tous les équipementiers automobiles et les activités sous-traitantes, Faurecia, STA Ruitz, Plastic Omnium, Valéo. Lorsque des fusions se concrétisent, les postes de travail diminuent. Des “mises en concurrence” dans des mêmes entreprises aboutissent à des licenciements collectifs, (Faurecia Marles et Auchel). Pierre Pirierros

CHIMIE :

POUR UNE VÉRITABLE POLITIQUE INDUSTRIELLE DANS LE PAS-DE-CALAIS

Faurecia, Plastic Omnium, Bridgestone à Béthune, Grande Paroisse à Mazingarbe, Cray Valley, Arkema... : dans ces entreprises, les syndicalistes de la CGT Chimie exigent une autre politique industrielle et une autre utilisation des richesses créées. ES profits explosent, un nouveau record historique est atteint concernant les fusions-acquisitions avec 1 130 milliards de dollars au niveau mondial. Les entreprises du CAC 40 annoncent des profits faramineux, dont TOTAL est le «leader». Dans le même temps, les groupes de la pharmacie, de la chimie, du pétrole, de la plasturgie du caoutchouc restructurent à tout va, ferment les entreprises, vont sʼimplanter dans des pays à bas coût de main dʼœuvre laissant en France des milliers de salariés dans le désœuvrement le plus complet, le tout avec la protection des politiques porteurs des idées libérales pour soi-disant lʼEurope de demain. Jusquʼoù iront-ils dans leur démarche de casse de nos outils de production et de lʼabandon de celles et ceux qui créent les richesses de notre pays ? Depuis des années, les pouvoirs successifs considèrent que les entreprises nʼont que des droits. Cʼest en ce sens que les patrons des industries font de cette campagne électorale un de leur cheval de bataille pour imposer la déréglementation, la baisse du coût du travail et des impôts, au nom de la mondialisation et de lʼavenir de lʼEurope du capitalisme. Les 64 milliards dʼeuros dʼaides dont ont bénéficié les entreprises en 2006 avec lʼargent des contribuables, sans aucun contrôle,

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nʼont eu pour effets que de «payer» les plans sociaux des entreprises, pour quelle efficacité économique et sociale ? Alors que les dirigeants dʼentreprises, le pouvoir en place, nous rappellent sans cesse que nous nʼavons que le devoir dʼaccepter lʼinacceptable et notamment les atteintes aux libertés pour museler toutes les velléités qui pourraient surgir du monde du travail. Leurs positions restent fragiles, pour peu que nous nous accaparions des affaires que les tenants

du capital considèrent comme leur chasse gardée. Il nʼy aura pas dʼautre alternative que de changer fondamentalement les choix économiques et sociaux. Quel candidat est le mieux à même de porter dʼautres alternatives ? En partant des aspirations des salariés, la préoccupation première de ceux-ci est avant tout dʼavoir : - un emploi stable et non la précarité que lʼon veut nous imposer comme mode de travail universel. - un salaire qui puisse répondre aux -5-

besoins élémentaires pour vivre décemment ; de plus, la hausse du pouvoir dʼachat est essentielle pour relancer lʼéconomie, cʼest ce que propose la CGT avec le SMIC porté à 1500 euros tout de suite, avec une revalorisation des grilles de classifications des conventions collectives. - une protection sociale digne de ce nom, pour répondre aux besoins de santé inter génération des salariés, de leurs familles, financée par lʼemployeur, comme par ailleurs nous devons exiger une retraite pour les

salariés à la hauteur de leurs besoins. Pour cela, faut-il encore que les entreprises répondent à ces besoins, ce qui devrait avant tout être leur finalité. A quoi doivent servir les richesses créées par les salariés ? A alimenter la «bulle» financière ou être au service des salariés et des populations ? Cʼest pourquoi nous devons exiger des investissements matériels et humains pour trouver une véritable efficacité économique dont notre pays a besoin. Combattre lʼidée libérale qui consiste à opposer les salariés dʼun pays à un autre sans autre objectif que lʼexploitation à outrance, nous sommes encore loin de lʼEurope des peuples telle quʼon la voudrait. En 2005, lors du référendum sur la constitution européenne, les Français se sont prononcés contre cette politique libérale que lʼon veut une nouvelle fois nous servir. “Cʼest pourquoi, disent les syndicalistes CGT de la Chimie, il est de notre devoir de nous inscrire dans cette campagne électorale en faisant part auprès des salariés mais aussi des élus locaux et nationaux, au cours des débats publics, de nos revendications en matière de politique industrielle et de progrès social. Nous devons dés à présent coordonner nos luttes, et elles sont nombreuses pour imposer dʼautres choix, à lʼexemple des Arkéma, des Smoby, des Rhodia, et bien dʼautres encore”.


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Société POLITIQUE CLIMATIQUE M N CJ

JUSTICE SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE SONT PARTIE LIÉE

De même que «la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires» comme le disait Clémenceau, l'écologie est une chose trop sérieuse pour n'être que l'affaire des Verts.

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EAN-FRANÇOIS CARON n'a pas du mettre souvent les pieds dans les entreprises. Il vient seulement de se rendre compte que les organisations syndicales s'occupent de problèmes écologiques. Le vice-président Vert de la région a observé récemment que des syndicalistes avaient soulevé l'aberration de faire fabriquer en Pologne des peintures pour la construction automobile régionale (Voix du Nord du 11 décembre dernier). À croire qu'il n'y aurait que les Verts et autres mouvances se réclamant de l'écologie pour s'occuper de ce problème. Au contraire, les Verts ont du retard dans la prise en compte des problèmes relatifs à l'environnement industriel et aux conditions de travail. Il y a bien longtemps, avant que n'existent les partis écologiques, que les syndicats et les militants communistes s'étaient accaparés de ces combats. Par la suite, l'attitude des Verts fut de refuser de prendre clairement la défense de la planète sur le terrain de la lutte politique, envoyant dos à dos partis politiques et type de société. Une attitude qui a mené à des impasses et à des contradictions difficiles à résoudre dans le carcan étroit du parti écologiste. Aujourd'hui, le message n'est pas plus clair. Cohen-Bendit et les siens soutiennent la constitution européenne et la «concurrence libre et non faussée», synonyme de délocalisation généralisée, donc de transports de marchandises à outrance par supercamions et super tankers. Le yaourt faisant deux fois le tour du monde avant d'atterrir sur nos

Que proposent les communistes ?

tables n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Et certains écolos pour sauver la planète proposent de stopper la croissance comme si tous les habitants vivaient sur le même pied d'égalité. Les grands fléaux, la pauvreté, la faim, la maladie, la privatisation d'eau potable, la mortalité enfantile massive ne sont pas écartés, loin s'en faut. Et ces fléaux eux-mêmes induisent la dégradation de la nature. Les gouvernements des nations industrialisées, ceux qui pillent les ressource du Tiers monde pour accroître les richesses d'une poignée de sociétés multinationales ont évidemment une responsabilité particulière. «Le capital épuise l'homme et la nature» a écrit Marx. De la pollution des nappes phréatiques par les rejets industriels sauvages aux incendies qui ravagent nos forêts méditerranéennes abandonnées, du transfert de déchets dangereux vers les pays pauvres aux enfants

vivant sur les décharges géantes de Calcutta, cette réalité demeure. Cela montre le lien indissociable entre choix de développement économique et social et solutions aux problèmes écologiques. C'est ce lien que les Verts n'ont pas encore compris ou très peu montrant du doigt le simple particulier en ignorant souvent les grands prédateurs de notre environnement. De même, si l'écologie a des dimensions planètaires, elle se vit aussi au quotidien. Transports en commun peu nombreux ou inconfortables, files de camions sur les routes, logements mal insonorisés, urbanisme sauvage au littoral et de la montagne, usines dangereuses d'abord pour ceux qui y travaillent... À ce niveau, les Verts sont certes plus présents mais applaudissent des deux mains à la taxe carbone du gouvernement qui va toucher plus particulièrement les familles les plus modestes.

Il faut remettre en cause le capitalisme, qui impose des fonctionnements économiques néfastes pour l'environnement. Il est donc souhaitable que les ressources naturelles soient considérées comme bien commun de l'humanité et non comme marchandises et sources de profits. L'urgence est au développement de toutes les énergies non productrices de gaz à effets de serre. Pour autant, le droit à l'énergie doit être garant à tous. À court et moyen terme, le nucléaire est incontournable mais parallèlement le PCF se prononce pour un vaste plan de développement des énergies renouvelables. La recherche fondamentale et appliquée doit prendre un nouvel essor, car ces sources d'énergie sont complémentaires. La production d'électricité doit être développée et organisée dans le secteur public, qui assurera une véritable sûreté et transparence, avec de nouveaux droits de regard et d'intervention des salariés, des citoyens et des élus. Cela s'accompagne de moyens pour l'émergence d'une quatrième génération de centrales nucléaires, plus sûres, plus économes et moins productrices de déchets. Il est impératif de stopper les directives européennes de libéralisation qui visent à soumettre l'énergie aux exigences des marchés financiers. C'est à dire aller à l'encontre de Cohn-Bendit qui, à l'unisson de Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région Île de France, voudrait privatiser et démanteler EDF. Une mobilisation financière consé-

quente est indispensable pour développer les transports en commun de service public et les transports propres (rail, fluvial), l'isolation des bâtiments, la voiture de l'après-pétrole... Dans ce contexte, le PCF refuse tout nouvel impôt qui, telle la taxe carbone, viserait de façon injuste et inefficace et inégalitaire les ménages. Il suffirait d'imposer les super-profits des groupes pétroliers comme Total, la spéculation financière, et de réduire les dépenses nucléaires militaires. À l'échelle du monde, un nouveau mode économique et financier est nécessaire pour accompagner les pays les plus pauvres dans une démarche de coopération et de développement. À cette fin, les communistes proposent la création d'une agence mondiale de l'environnement qui rendrait cohérent le développement durable de la planète en matière sociale et environnementale. Il y a urgence à ce que chacune et chacun s'empare de ces enjeux. Si des bouleversements majeurs seront nécessaires dans l'organisation de nos sociétés, ceux-ci ne pourront pas se faire sur le dos des travailleurs, qui doivent au contraire en être à l'initiative. Il est temps que les travailleurs s'emparent de ces questions et élaborent eux-mêmes leurs propres revendications, en alliant urgence sociale et climatique. Les communistes sont disponibles pour ouvrir des espaces publics de débat, de confrontation, de rassemblement et de luttes, dans le respect des opinions des uns et des autres. Jean-Michel Humez

SEAFRANCE :

LE PLAN DE REDRESSEMENT ADOPTÉ À UNE TRÈS COURTE MAJORITÉ

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A CFDT, syndicat majoritaire de la compagnie de ferries SeaFrance, a accepté de signer, mercredi dernier, un plan de redressement négocié par médiateur et qui prévoit 482 suppressions de postes. “L'acceptation du plan de redressement, avec les gains de productivité induits, ouvre la voie à une recapitalisation de la société par son actionnaire unique, la SNCF, souligne Vincent Launay, directeur général adjoint de SeaFrance.” C'est un accord a minima ; le plan de redressement a fait l'objet d'une consultation des salariés mardi, favorable au projet à une très courte majorité (562 voix pour, 560 contre).

Et voguent les licenciements...

Impasse ?

Face à l'impasse des négociations, des salariés de SeaFrance avaient bloqué le port de Calais le

Et voguent les licenciements... (Photo Liberté 62) -6-

15 octobre pour réclamer la nomination d'un médiateur. Ce dernier avait formulé début décembre des recommandations aussitôt rejetées par la CFDT, malgré la réduction du nombre de suppressions de postes. Les mots prennent tout leur sens dès lors quʼils expriment une situation donnée, cʼest ce qui se passe, ces dernièrs jours, pour les salariés (toutes catégories sociales confondues) de SeaFrance avec lʼannonce des résultats du référendum. Cʼest lʼobjectif visé par une direction qui dit “perdre beaucoup dʼargent chaque jour” et en fait un argument de défense. Il est impératif dʼavoir toutes les données en mains ; les salariés ont toute latitude à sʼexprimer et à prendre à bras le corps une situation qui se dégrade de jour en jour. Courant novembre 2008, la CGT, exprimait la plus grande des vigi-

lances et connaissait la teneur dʼun plan de licenciements mais cʼétait un secret de polichinelle. Fin septembre dernier, Jacky Hénin, député européen, intervenait auprès du préfet du Pas-deCalais et demandait dans son courrier la nomination dʼun médiateur. Le dialogue social est une base incontournable et cʼest cet aspect que défendent les syndicalistes, concomittamment, avec la défense du service public que dʼaucuns combattent sans vergogne. La situation financière de “SeaFrance” préoccupe la direction générale de la SNCF ; sans tomber dans aucun schématisme automatique, les salariés nʼont pas à payer les dégâts financiers. Toutefois, lʼavenir reste plombé avec des centaines de licenciements. P.P.

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Enseignement

UNE RÉFORME DU LYCÉE POUR MOINS DE SERVICE PUBLIC SCOLAIRE ET PLUS D’INÉGALITÉS

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Manifestations, blocages dʼétablissements, distributions de tracts..., le projet gouvernemental de réforme du lycée fait lʼobjet dʼune contestation grandissante de la part des élèves et des enseignants. Pour faire le point sur ce projet porté par Luc Chatel, ministre de lʼEducation nationale, Liberté 62 sʼest entretenu avec Romain Gény, professeur de Sciences Economiques et Sociales (SES) au lycée Pablo Picasso dʼAvion, responsable local du SNES. travaillant en demi-groupe pour travailler en module ou en TP. Cela se fait beaucoup en Sciences Physiques et en SVT (Sciences de la Vie et de la Terre ndlr) mais aussi en Histoire, en Français et en SES. Toutes ces heures qui permettent dʼavoir la classe par moitié et de travailler de manière plus individualisée avec les élèves, eh bien, elles nʼapparaissent plus dans les grilles horaires des élèves ! Il nʼy a plus que des horaires en classe complète. En compensation, le projet de réforme prévoit de nous donner officiellement dix heures qui ne sont affectées à aucune discipline. De cette manière, dans chaque établissement, les profs seront mis en concurrence pour récupérer ces heures de dédoublement dans leurs disciplines respectives. Parce que, évidemment, si vous ne récupérez pas dʼheures, à terme, votre poste est menacé. Cela nous ramène à une gestion des ressources humaines fondées sur la concurrence entre les salariés et cela veut dire aussi que, dʼun lycée à lʼautre, les horaires ne seront plus les mêmes pour une discipline donnée. Un élève pourra se retrouver dans un lycée avec zéro heures dédoublées en Maths alors que sʼil était allé dans un autre lycée, il aurait eu trois heures dédoublées en Maths par exemple. Pratiquement, cʼest la fin de lʼégalité des élèves face à lʼéducation.»

• Liberté 62 : «Actuellement, Luc Chatel, le ministre de lʼEducation nationale se dépense beaucoup dans les médias pour faire la promotion de son projet de réforme des lycées, réforme qui, si on sʼen réfère à son discours, devrait satisfaire les élèves, leur parents et les enseignants. Pourquoi nʼest-ce pas le cas ?»

— Romain Gény : «Oui, si on la rapporte à la communication du ministre, effectivement, cette réforme du lycée est sensée assurer un meilleur accompagnement de lʼélève. Elle est sensée proposer une meilleure orientation et donner plus de souplesse grâce à lʼautonomie des établissements. En fait, il nʼen est rien, et, à lʼexamen, cʼest même tout le contraire. Dans son contenu, cette réforme porte sur des changements de structure et des changements dʼorganisation. En ce qui concerne les changements de structure, la première modification est celle qui concerne les classes de seconde générale. Dès la rentrée prochaine, si la réforme passe, très concrètement, cʼest une diminuLiberté 62 n°892 - Le 18 Décembre 2009

tion des horaires des élèves dʼenviron deux heures qui est programmée. Sachant que lorsquʼon enlève une heure aux élèves au niveau national, on supprime 900 postes et quʼil y a 16 000 postes à supprimer à la rentrée prochaine selon le gouvernement, on voit à quoi sert tout dʼabord cette mesure. Dans la réforme, il y a aussi la suppression de lʼaide individualisée pour toutes les classes de seconde. Lʼaide individualisée, ce sont deux heures dʼenseignement données en tout petit groupe : des groupes de huit élèves maximum en Français et en Maths notamment. Cʼest un dispositif qui existe depuis une petite dizaine dʼannées maintenant. Ce point est un argument de poids à opposer au ministre qui affirme quʼavec sa réforme, le travail de lycée sera plus personnalisé et mieux accompagné. En fait, cʼest lʼinverse quʼil fait : supprimer un dispositif qui permet dʼavoir des élèves en tout petit groupe. Autre point de la réforme : la disparition des horaires dits de dédoublement cʼest-à-dire de la possibilité de diviser la classe en

• Liberté 62 : «Mais la création dʼun accompagnement personnalisé proposé avec le projet de réforme de Luc Chatel nʼest-il pas un progrès ?»

— Romain Gény : «Oui, cʼest la dernière grande dernière nouveauté ! Le problème, cʼest que cʼest vraiment de lʼaffichage mensonger de la part du ministre. Dʼun côté, on supprime lʼaide individualisée, de lʼautre, on crée de lʼaccompagnement personnalisé. Apparemment cʼest équivalent contre équivalent : lʼaccompagnement personnalisé, cʼest deux heures et lʼaide individualisée, deux heures : cela a lʼair de se compenser. Sauf que lʼaccompagnement personnalisé tel quʼil est prévu sʼeffectuera en classe complète cʼest-à-dire que les élèves seront «accompagnés de façon personnalisée» à 35 par classe. Les parents commencent à se rendre compte de la supercherie. Si ces heures peuvent être dédoublées, théoriquement, et pourraient être données, en demi classe, ce que prévoit la réforme cʼest que si on veut les dédoubler, il faudra prendre ces heures sur les dix heures de dédoublement déjà offertes : ce sera, pratiquement, -7-

moins de dédoublement pour les disciplines et encore plus de pénurie à gérer.»

• Liberté 62 : «Lʼannée dernière, la réforme de Xavier Darcos sur le lycée avait été repoussée suite à la mobilisation des lycéens et des enseignants. Quʼest-ce qui distingue la réforme du lycée de lʼannée dernière et celle dʼaujourdʼhui ?»

— Romain Gény : «Avec la mobilisation de lʼannée dernière, nous avons mis en échec le gouvernement sur un certain nombre de choses notamment sur tout ce qui concerne lʼorganisation quʼon appelait modulaire et semestrielle de lʼannée scolaire. Le but de Xavier Darcos était de faire un lycée avec des modules, à la carte, organisé sur plusieurs semestres : cʼétait un lycée complètement éclaté et sans séries. Ces «propositions», officiellement, sont absentes de la réforme actuelle. Cela dit, dans certaines disciplines, apparaissent dans les grilles de seconde des horaires qui ne sont plus hebdomadaires mais annuels. Au fond, le gouvernement nʼa pas complètement lâché sur ce point. Ce qui ne change pas, cʼest que la réforme portée par Luc Chatel est tout sauf pédagogique. Elle nʼest pas du tout pensée pour améliorer la réussite des élèves et notamment en direction des élèves des classes populaires. Elle nʼest pas du tout pensée en termes de formation du citoyen. Pour le comprendre encore mieux, il faut se pencher sur ce quʼelle contient en terme de réforme de lʼorganisation des enseignements. À peu près toutes les disciplines perdent des heures mais certaines plus que dʼautres. Le débat sur lʼHistoire-Géo montre quelque chose de particulier mais cela est vrai aussi pour les SES, la SVT ou les Sciences Physiques. Comment former mieux le citoyen ? En le formant moins ? Encore une fois, cette réforme nʼa pas du tout été été pensée pour contruire un lycée plus intelligent ou plus efficace mais pour supprimer des postes. Dans le détail, si on prend la seconde, les disciplines qui souffrent le plus ce sont désormais ce quʼon appelle les enseignements dʼexploration qui actuellement sʼappellent les disciplines dʼorientation. De trois heures par semaine, avec la réforme, elles passent à une heure et demie. Leur horaire est divisé par deux. Les enseignements concernés sont en particulier les enseignements technologiques, industriels et tertiaires, bref, toutes ces disciplines qui ont fait pour beaucoup dans la démocratisation du lycée. Pour les SES,

cʼest pareil : on passe de trois heures à une heure et demie. Si on regarde le cycle première et terminale, les SES perdent deux heures en première et une heure et demi en terminale. En série S, une diminution des enseignements scientifiques est programmée : il y aura moins de Maths, moins de Sciences Physiques et moins de SVT. En première L, il nʼy aura plus de Maths du tout. Les langues vivantes sont particulièrement massacrées aussi par la réforme de Luc Chatel . La particularité des langues vivantes, cʼest que tous les horaires de langue, LV1 comme LV2, seront globalisés. Toutes les terminales auront quatre heures de langue et chaque établissement établira la répartition horaire entre LV1 et LV2 à sa convenance. Encore une inégalité entre les établissement. Pour les série L, ce sera une heure de moins pour les langues vivantes par rapport à la situation actuelle. Avec la suppression de lʼHistoire-Géo en terminale et son introduction en première dans le cadre dʼun tronc commun à toutes les séries lʼidée, encore une fois, est de supprimer des postes et de diminuer lʼoffre éducative publique.»

• Liberté 62 : «Avec cette réforme, nʼest-ce pas le bac, sa qualité et sa généralité, qui est visée ?»

— Romain Gény : «Officiellement, non. Mais à partir du moment où tous les élèves nʼont pas le même horaire dʼun lycée à lʼautre, comment maintenir le bac si tous nʼont pas eu le même contenu dʼenseignement en fonction de sa scolarité ? Cette menace sur le bac nʼest pas à exprimée explicitement mais pèse particulièrement sur les filières technologiques et techniques. Il y a quelque chose qui se développe depuis pas mal dʼannées, cʼest le contrôle en cours de formation. Ce nʼest pas en soi une mauvaise chose mais le développement dʼun contrôle par les profs pendant lʼannée cela veut dire que la note obtenue au bac et émise pour partie par le prof fait sortir le bac de lʼanonymat et de la garantie dʼune validité universelle. Avec un tel contrôle purement local, le bac tend à devenir un bac «maison», un bac à géométrie variable selon les réputations des établissements. Effectivement, avec des horaires qui changent dʼun établissement à lʼautre, derrière la réforme de Luc Chatel, une grave menace pèse sur le bac et lʼégalité des élèves devant lʼéducation.»

Propos recueillis par Jérôme Skalski


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Département

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Ce samedi 19 décembre à 17 heures

SOCIÉTÉ PORTUAIRE UNIQUE CALAIS-BOULOGNE... ET LES MANŒUVRES PAS TRÈS CLAIRES DES CCI...

À l'occasion de la session du Conseil régional, cette semaine, Marielle Cuvelier a fait une intervention remarquée que nous reproduisons : «Monsieur le Président, Une courte intervention sur le budget transports-infrastructures et plus précisément sur les ports... 1) Pour vous redire notre opposition (formulée en commission permanente le 7 novembre dernier) au fait d'avoir décidé de ne pas réclamer aux chambres de commerce de Calais et Boulogne les 19 et 2 (soit 21 millions d'euros), de droits portuaires pour 2010. 2) Sur les conditions du débat sur le projet «Calais Port 2015», notre groupe souhaite rappeler ici ses interventions des plénières de juin 2008 (le vote sur la société portuaire unique), et du 25 juin 2009 (sur notamment la demande d'Audit financier des CCI en vue de la société portuaire unique). Notre collègue Claude Vanzavelberg vous avait appelé à la commission permanente du 7 novembre sa demande écrite datant du 26 juin dernier. 3) Nous trouvons scandaleux que le document de synthèse de cet audit ne lui soit parvenu que le lendemain des réunions publiques soit le 17 novembre dernier avec, qui plus est, une lettre d'accompagnement du président de la CCI Calaisienne, M. Puissesseau, lui demandant de ne pas évoquer ces informations «sensibles» qui «doi-

vent demeurer confidentielles car relatives aux projets de développement des ports de Calais et Boulogne». Cet audit financier a été remis aux CCI, le 1er septembre pourtant ! 4) Par souci de transparence, nous tenions à vous indiquer que Monsieur Teniere Buchot, président de la commission du débat public, avait répondu le 20 novembre à notre collègue en lui écrivant, je cite : «Je vous confirme la prise en considération de vos remarques

que la commission versera au dossier qui sera remis à la CNDP». 5) Si on ajoute à cela les informations données le 24 novembre par IFW (revue spécialisée dans le Fret international), faisant état du report probable du projet «Douvres 2013» à 2016 voire 2018... je pense qu'il serait souhaitable que l'exécutif régional (et nos services), intègrent enfin les remarques publiques formulées depuis plus de deux ans par notre groupe. Je vous remercie.»

Calais, le port au petit matin… (Photo Liberté 62)

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HÉNIN-BEAUMONT

DEMANDE DE REJET DES RECOURS EN ANNULATION DES ÉLECTIONS : SATISFACTION DU PCF

OUR la section d'HéninBeaumont du PCF , David Noël a pris acte avec satisfaction de la demande de rejet des recours en annulation des élections municipales de juin 2009 présentée lundi par le rapporteur public au Tribunal Administratif de Lille. Gérard Dalongeville et Steeve Briois cherchaient conjointement à plonger Hénin-Beaumont dans le chaos en provoquant une troisième élection municipale en moins de deux ans. Ce scénario catastrophe aurait immanquablement provoqué une abstention énorme à la hauteur de la déception et du dégoût des Héninois et Beaumontois, qui sont écrasés d'impôts et en ont marre de voir leur ville faire la une de l'actualité judiciaire. Le Tribunal Administratif devrait logiquement suivre les conclusions du rapporteur public. Le PCF d'HéninBeaumont appelle Gérard Dalongeville et Steeve Briois à faire preuve de dignité, à accepter le verdict du TA et à ne pas prolonger cette bataille judiciaire qui n'en finit pas et désespère notre population. Les conclusions du rapporteur public sont un soulagement pour l'équipe municipale qui devrait voir sa légitimité électorale confirmée. Pour autant, David Noël considère que l'Alliance Républicaine restera marquée à jamais du sceau de l'indignité et de l'illégitimité politique. - En faisant le choix du repli sur soi et de l'isolement sectaire entre les deux tours des élections et surtout après, en refusant de tendre la main aux autres listes de gauche ayant pris part à l'union sacrée contre le FN et notamment à la liste Un Nouvel Elan

pour Hénin-Beaumont à laquelle participait le PCF, l'Alliance Républicaine a trahi ses engagements de campagne sur le respect, l'ouverture et la transparence, a déçu les électeurs républicains et a perdu beaucoup de sa légitimité. - La révélation par le Front National de ce qu'il faut bien appeler une complicité entre l'Alliance Républicaine et le FN dans la préparation du débat télévisé de 2008 et dans l'élaboration du recours en annulation des élections de 2008 marquera pour toujours les chefs de l'Alliance Républicaine du sceau de la trahison, de l'infamie et de l'indignité politique. - Le rapprochement de Georges Bouquillon, la tête pensante de l'Alliance Républicaine et de JeanMarie Alexandre, le parrain politique de Gérard Dalongeville, qui l'a continuellement soutenu depuis 2001 est une insulte à la population héninoise et à tous ceux qui ont combattu le système Dalongeville-Alexandre. En rejoignant le MRC 62, Georges Bouquillon s'est disqualifié et a disqualifié par la même occasion le mouvement qu'il dirige avec Daniel Duquenne. Avec ses partenaires de l'association politique Un Nouvel Elan pour Hénin-Beaumont, David Noël affirme que le PCF d'Hénin-Beaumont continuera de se battre pour que notre ville retrouve la sérénité à laquelle elle a droit. Utiles à leurs concitoyens, les communistes seront une alternative à la fois au Front National et à une majorité municipale qui voit sa légitimité électorale confirmée, mais a perdu toute légitimité politique. Liberté 62 n°892 - Le 18 Décembre 2009


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Calais LE «RÊVE AMÉRICAIN» DE L'ENTREPRISE CUNO LES ATTAQUES

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Ces dernières années, les grands groupes industriels ont utilisé pour prétexte la compétitivité pour mettre en œuvre une politique qui consiste à imposer des sacrifices aux salariés et dans le même temps demander des aides au gouvernement. La crise économique leur sert aujourd'hui d'alibi pour brader et délocaliser nos entreprises. Dernier exemple significatif : l'entreprise CUNO.

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RÉÉE en 1959, cette entreprise se situe sur la commune des Attaques. Leader mondial dans la conception, la production et la commercialisation de gammes complètes de produits de filtration pour l'industrie pharmaceutique, cosmétique, automobile, des vins et spiritueux, du traitement de l'eau, de la métallurgie et du nucléaire. Précisément dans ce domaine, l'entreprise CUNO fournit l'ensemble des centrales mégawatts de notre pays et en assure les pièces de rechange. Or, en 2005, le groupe 3M, géant américain, intéressé par les 200 brevets et les 300 marques déposées par CUNO, rachète l'entreprise favorisant ainsi son expansion et renforçant son hégémonie sur le marché mondial. C'est toujours dans la même logique, qu'en septembre 2009, le groupe 3M annonce son intention de fermer son site français sous les fallacieuses excuses de baisse de commandes, de pression des clients sur les prix et un «durcissement de l'environnement concurrentiel». En réalité cette décision intempestive a pour but la délocalisation de la production de filtres vers les ÉtatsUnis et pour faire des économies en s'implantant dans des pays à faible

coût de main-d'œuvre. Et c'est 96 personnes, hommes et femmes qui ont consacrés, pour nombre d'entre eux, des décennies à leur entreprise qui sont jetés dans l'insécurité sociale. Le rêve américain dans toute sa splendeur ! Une nouvelle preuve que quand le capitalisme ultralibéral n'est pas réglementé, encadré, contrôlé, et si nécessaire sanctionné, il ne fait fi d'aucune considération humaine et génére sans scrupule la désolation sur des bassins de vie en toute impunité. Car, les grands groupes comme 3M bénéficient de la complicité implicite du gouvernement (les déclinaisons UMPistes locales ne sont pas en reste lorsqu'elles sont aux affaires), qui proteste hypocritement sur la scène médiatique, mais acquiesce lâchement et cupidement en coulisse. Ainsi, il arrive parfois que nous entendions ou lisions ça et là, devant notre petite lucarne ou devant notre feuille de chou des membres élus de l'UMP, la main sur le coeur nous affirmer qu'ils comprennent la situation de ces pauvres salariés victimes de «patrons voyous» et qui plus tard sans états d'âmes, dans un grand hôtel parisien (le Bristol) accueillent, chaleureusement et en grande pompe, cette même racaille empanachée

dans un «premier cercle» de généreux donateurs pour recevoir leur obole en contrepartie de leur allégeance... Et une grosse enveloppe par ci ! Et une magnifique Rolex par là ! Malheureusement, si nous laissons un blanc-seing à nos gouvernants, il y a peu de chance que les choses évoluent, le chômage ne diminuera pas, l'injustice sociale ne s'atténuera pas, les délocalisations ne stopperont pas et d'autres «CUNO» disparaîtront. Pour cause, les responsables de l'UMP n'ont nul intérêt à mordre ni même à contrarier les mains qui les nourrissent ou plutôt les engraissent. Mais, fort heureusement, la résistance n'est pas éteinte, elle est active et se fait entendre. AvEc, d'une part les salariés qui, avec leurs syndicats, résistent. Ainsi, les syndicats de CUNO les Attaques ont, dans un premier temps, déclenché une procédure d'alerte et fait appel à un cabinet d'expertise comptable pour prouver la fiabilité et la viabilité de leur entreprise. Et, le rapport de ce cabinet est édifiant puisque dans ses conclusions, il indique que : «la fermeture du site de Les Attaques est une décision prise par le groupe de façon précipitée... Le motif écono-

CALAIS, DU 27 AU 31 DÉCEMBRE COMME UN PARFUM D'HUMANITÉ, VOICI VENIR LES FEUX D'HIVER !

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'ÉVÉNEMENT de cette fin d'année se déroulera immanquablement à Calais les 6ème Feux d'hiver organisés par la Scène nationale Le Channel du 27 au 31 décembre. Une manifestation artistique, festive et populai-

re venant comme un parfum d'humanité, réchauffer l'atmosphère de cette ville où l'humanité justement ne règne pas toujours (la faute à qui M. Besson ?). Les anciens abattoirs rénovés (10 minutes à pied à partir de la gare et de l'hôtel

de ville) vont se métamorphoser une fois encore, en joyeux désordre incandescent, chaque jour de 7 heures du matin jusqu'au coeur de la nuit avec embrasement des feux à à l'intérieur comme à l'extérieur des lieux. Les Feux d'hiver... une ville réinventée dans la ville, «sans casque lourd ni reconduite à la frontière», «amicale et enluminée, tout en éveil et en curiosité, de l'aube à la nuit tombée». On y vient de l'Europe entière. Alors, pourquoi pas vous ? Il y a à voir, mais aussi à lire et même à boire et à manger. Les spectacle les plus chers sont à 3 euros, les autres sont gratuits ! Le programme est extrêmement riche. À consulter complet sur www.lechannel.org * Le Channel, 173 boulevard Gambetta à Calais.

L’ACTUALITÉ DE LA SEMAINE VUE PAR BABOUSE

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mique des suppressions de postes visées par le projet ne paraît pas établi.» Puis dans un second temps, ils se sont mis en grève pour obliger leur direction à les respecter et prendre en considération leurs revendications. Ils ont enfin interpellé les pouvoirs publics les invitant à une table ronde organisée dans la mairie des Attaques, le 12 novembre 2009. D'autre part, les élus de gauche ont répondu favorablement à l'appel des salariés et se sont associés à eux pour tenter de pérenniser le site. Parmi les élus présents et conscients de l'importance de préserver le site, Jacky Hénin avait dès l'annonce de fermeture en septembre, fait part aux salariés de CUNO de son soutien et sa disponibilité. AInsi, présent lors de la table ronde du 12 novembre, il s'engagea à interpeller le premier ministre et le Commissaire Européen à l'Industrie afin de les sensibiliser à la nécessité de sauver le site, un savoir-faire et un fleuron de l'industrie française et européenne. Puis, il a réitéré son soutien au personnel en venant partager avec lui un moment convivial et apprécié sur le piquet de grève. Pour conclure, même si la fermeture de CUNO Les Attaques est plus

ou moins programmée, la mobilisation des uns et des autres a permis aux salariés de CUNO de se faire entendre et de voir aboutir leurs revendications. Cependant, il faudra bien que dans ce pays, mais également en Europe, les consciences se réveillent, pour que cesse cette hémorragie, pour que l'on réglemente les marchés que l'on garantisse pour tous l'équité sociale, pour que l'on pourchasse les pirates, qui comme 3M, abordent, pillent et sabordent nos entreprises, faute de quoi non seulement nous deviendrons dangereusement dépendant de pays émergents, mais nous vivrons sur des territoires économiquement dévastés avec une population désoeuvrée et désabusée. Enfin, méfions-nous des débats malsains dans lesquels on voudrait nous faire venir, le véritable danger pour notre identité nationale ne réside pas dans le nombre de minarets que l'on pourrait construire dans notre pays, mais plutôt dans le nombre d'entreprises que les grands groupes internationaux vont encore détruire dans l'avenir, nous laissant ainsi orphelin d'un patrimoine, d'un savoir-faire, de compétences et d'une richesse transmise par d'autres générations.

VŒUX DE LA SECTION DU PCF Jeudi 14 janvier, salle Caron avec la participation de Alain Bocquet et Jacky Hénin ÇA NE VA PAS ENSEMBLE !

Le dernier conseil municipal à Calais a eu lieu le 9 décembre. Comme à son habitude, l'UMP a défendu par la voix de Natacha Bouchart la politique de Sarkozy, rien d'étonnant bien sûr ! Les militants communistes distribuent actuellement au porte à porte leur journal «Réalités du Calaisis» portant notamment sur la faramineuse hausse de 15% en moyenne des impôts locaux... Une réalité qui n'a pas plu à la maire UMP qui a fait enlever les affiches du PCF dénonçant cette arnaque (notre photo). Par contre, la nouvelle municipalité n'hésite pas à afficher à grands frais ses promesses !

EN BREF...

● Droit de regard Chaque semaine, l'équipe Bouchart gravit un échelon sur l'échelle de la bêtise. Dernier exemple en date : la semaine passée quand «La Voix du Nord» nous apprenait que Mesdames Catoire et Graziella ne seraient peut être plus à l'affiche de la fameuse revue patoisante (comme ils le sont depuis plus de 25 ans...) car... la municipalité voudrait un droit de regard sur leurs textes. Oui Madame ! C'est ça la démocratie en bouchardie. Dans la même veine que le député UMP Eric Raoult qui souhaiterait que les écrivains aient un devoir de réserve (suite aux déclarations de Marie N'Diaye, prix Goncourt 2009, parues en août dernier dans «Les Inrockuptibles» sur la France de Sarko)... De mieux en mieux. On se demande s'ils se rendent compte de l'énormité de ce qu'ils

disent. Moralité : les staliniens ne sont pas forcément ceux que l'on croit.

● Scoop : la neige ça fond C'est bien avec la municipalité, ça change... Pour les fêtes de fin d'année, Natacha Bouchart a décidé de mettre le paquet (de neige), et de recréer un «village des neiges» sur la place d'Armes. Au programme : balade en raquettes, piste de ski de fond, piste de luge... le tout sur de la vraie neige bien sûr. Enfin, ça c'est ce qui était annoncé par la municipalité. Les Calaisiens qui ont décidé de venir y voir de plus près ce week-end n'ont pas été déçus. La cata. Tout a déjà fondu comme neige au soleil et en plus y a pas de soleil... Combien elles coûtent déjà les animations de Noël de Natacha ? Ah oui, 480.000 euros... Nous y reviendrons.


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Monde ÉTATS-UNIS - AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES

«L’OFFENSIVE HÉGÉMONIQUE» DES ÉTATS-UNIS

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ANS son discours dʼouverture au 8e sommet de lʼALBATLC (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - traité de commerce des peuples) qui sʼest tenu à la Havane les 13 et 14 décembre, Raul Castro déclarait : «Lʼétablissement de bases militaires dans la région est lʼexpression dʼune offensive hégémonique de la part du gouvernement américain et constitue un acte dʼagression contre toute lʼAmérique latine et les Caraïbes. Elle confirme leur intention dʼappliquer leur doctrine politico-militaire visant à occuper et à dominer coûte que coûte le territoire quʼils ont toujours considéré comme leur arrière-cour. La réactivation de la IVe flotte (NDLR : au large du Brésil) avec une capacité dʼobjectifs opérationnels et stratégiques tels quʼénoncés, de manoeuvres même dans les eaux territoriales des pays de la région prouve que lʼEmpire ne sʼimposera aucune limite sauf celle qui viendra de la résistance que nous serons capables dʼopposer». Cette appréciation de R. Castro de la politique actuelle du gouvernement américain en Amérique latine et aux Caraïbes rejoint les propos récents dʼHugo Chavez et dʼEvo Moralès sur lʼinstallation des bases américaines en Colombie mais aussi ceux de pays réunis au sommet de lʼUNASUR fin août 2009. Alors quʼen avril 2009, Barack Obama, au sommet des Amérique à Trinidad-Tobago avait annoncé de nouvelles relations entre les États-Unis et lʼAmérique latine, dans un esprit dʼouverture, il nʼa fallu que quelques mois pour que les pays membres de lʼALBA et au delà expriment leurs inquiétudes face à lʼinterventionnisme américain sur le Continent. Le recul de lʼinfluence américaine sur le continent

Pour de nombreux analystes, lʼAmérique latine a cessé dʼêtre lʼarrière cour des États-Unis, au plan économique comme au plan politique même si elle garde des liens privilégiés avec les ÉtatsUnis. Le recul de lʼinfluence étatsunienne a coïncidé pour lʼessentiel avec les deux présidences Bush, mais il avait déjà commencé au temps de B. Clinton. Au plan économique, les pays dʼAmérique latine et des Caraïbes, même les plus dépendants de Washington, développent des relations économiques et commerciales avec les pays asiatiques et notamment avec la Chine, mais aussi avec lʼInde. Dans le cadre des relations économiques Sud-Sud, les pays dʼAmérique latine nouent des liens avec les pays africains et avec lʼIran. Le dernier voyage du président iranien Ahmadinejad nʼavait pas quʼune portée politique, il visait également le développement de relations commerciales avec des pays latino-américains, Bolivie, Vénézuéla et surtout Brésil (pour lʼapprovisionnement en uranium). Sur le continent, le Brésil, année après année, sʼimpose comme un acteur économique et politique de premier plan, contrariant les inté-

rêts des États-Unis et développent ses relations avec la Chine. Perdant son quasi monopole économique, les États-Unis perdent aussi leur influence politique. On a coutume désormais de distinguer les pays de gauche radicale et les pays de gauche modérée : les premiers sʼopposant à lʼempire, les seconds prêts à composer avec lui en acceptant «lʼéconomie de marché». Or le situation un plus complexe, car des pays dits modérés comme le Brésil ou lʼArgentine sʼaffranchissent de la tutelle américaine. Pays «radicaux» et pays «modérés» ont ensemble repoussé la zone de libre échange pour toute lʼAmérique tentait dʼimposer Bush (ZLEA).

tantes se trouvent au Vénézuéla (pétrole et gaz) en Équateur (pétrole et gaz) en Bolivie (gaz) et au Brésil (pétrole et gaz). Aucun de ces pays nʼest favorable à des engagements à long terme avec les États-Unis. Les trois pays membres de lʼALBA (Vénézuéla, Bolivie, Équateur) sont hostiles à lʼEmpire, le Brésil est en concurrence avec lui. Le second enjeu est géostratégique, dʼordre politique. Le danger le plus important pour les ÉtatsUnis, outre les initiatives brésiliennes est lʼALBA, cʼest-à-dire un nouveau mode de relations entre les nations sud-américaines et des Caraïbes, en liaison avec les mouvements sociaux, préconisa une

Nʼayant pu obtenir lʼALCA ou ZLEA (zone de libre échange pour toute lʼAmérique), ils ont signé des traités de libre échange avec certains pays. Au delà des pays, lʼEmpire peut compter sur les forces hostiles au changement sur les oligarchies. R. Castro dans son discours dʼouverture au 8ème sommet de lʼALBA distinguent deux forces historiques en Amérique latine : «un modèle politique dépendant, élitiste et exploiteur hérité du colonialisme et du néo-colonialisme, subordonné à lʼEmpire et du coté opposé, des forces politiques révolutionnaires et progressistes qui représentent. Les classes traditionnellement marginalisées et discriminées».

Voies de la prospérité» visant à créer sous la houlette des ÉtatsUnis, lʼalliance de pays situés le long du pacifique : Chili, Pérou, Colombie, Panama et Mexique. LʼÉquateur serait ainsi le seul débouché pour le Brésil sur le Pacifique vers lʼAsie. Autre initiative des États-Unis : la signature en octobre 2009 dʼun accord avec la Colombie sur la mise à disposition de lʼarmée américaine de 7 bases militaires dont la base de Palanquero utilisable par de gros bombardiers. Lʼobjectif selon la Colombie et les États-Unis : lutter contre le trafic de drogue, le crime organisé et le terrorisme (les FARC et lʼELN, guérilla guévariste).

Des organisations dʼintégration se sont mises en place, intégration économique comme le MERCOSUR (marché commun du Sud de lʼAmérique) lʼALBATIC, intégration économique et culturelle et de coopération politique, lʼUNASUR (Union des nations sud-américaines) intégration politique. Les États-Unis sont absents de ces organisations et ne parviennent même plus à contrôler lʼOEA (organisation des États américains) comme ils le faisaient autrefois. La réunion de Trinité et Tobago a montré le recul des États-Uns alors même que B. Obama tentait de retrouver la place dominante des États-Unis.

intégration continentale sur la base de lʼindépendance des nations, de leur coopération et de la pleine reconnaissance des identités. En effet, lʼALBA (alternative bolivarienne pour les Amériques devenue alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) prétend sʼadresser à tout le continent sud-américain pour des coopérations économiques et culturelles avec la mise en place grâce à la Banque du sud dʼentreprises «grand nationales» (par opposition aux transnationales ou multinationales) dans le domaine de lʼénergie, de la pêche de lʼagriculture, des mines et télécommunications. La création du sucre, monnaie de compte entrant en vigueur en janvier 2010 permettra de sʼaffranchir du dollar. La coopération culturelle et de communication dépasse les pays de lʼALBA. Ainsi Telesur, la chaîne de télévision a pour pays fondateurs, le Vénézuéla, Cuba, lʼUruguay et lʼArgentine et comme pays observateurs la Russie, lʼIran, Haïti. LʼALBA, en dénonçant le «consensus de Washinton», crédo du libéralisme sur le continent américain met en cause lʼhégémonie des États-Unis et le système luimême.

Les États-Unis sʼappuient donc sur ces pays et sur les forces qui lui sont subordonnées pour préserver leur propre pouvoir. Ainsi les États-Unis ont-ils soutenus, voire même initié le coup dʼÉtat militaire au Honduras et continuent à soutenir le régime issu du putsch en validant les dernières élections présidentielles et législatives. Le 24 juillet 2009, au Costa Rica sʼest tenu le 9e sommet Tuxtla visant à faire progresser le plan Pueblo-Panama, appelé MIDP (projet dʼintégration et de développement américain). À lʼorigine, il sʼagissait dʼun vaste plan dʼinfrastructures : autoroute des ÉtatsUnis jusquʼau Panama, construction de barrages soit plus de 100 projets pour un montant de 8 milliards de dollars. Ces infrastructures sont construites sans aucun respect des populations (notamment amérindiennes) et de la biodiversité. Au sommet de 2009, sʼest ajoutée la préoccupation de la «sécurité». Il sʼagit, toujours selon le même prétexte invoqué par les ÉtatsUnis pour justifier leur intervention de lutter contre le trafic de drogue, le crime organisé et le terrorisme. Il sʼagit dʼétendre à toute la région, jusquʼau Panama «lʼinitiative de Mérida» pour le Mexique qui permet à des agents et des militaires américains de pénétrer dans les territoires. Le MIDP est en quelque sorte une réactivation de la ZLEA (zone de libre échange pour lʼAmérique) repoussée sous lʼère Bush et une opportunité pour lʼinterventionnisme militaire étatsunien. Ont été aussi proposées «les

Le président Uribe présente cet accord comme la suite du plan Colombie signé en 1999 par le président colombien Pestrana et le président américain B. Clinton, pour la période 1999-2005. Le trafic de drogue nʼa pas cessé, en revanche des milliers de paysans ont été déplacés et leurs cultures ruinées. En 2005, G.W. Bush avait voulu prolonger le plan Colombie par lʼinitiative régionale Andine, cʼestà-dire étendre le plan à toute la région. Le Vénézuéla a repoussé la proposition du Bush. En 2009, le gouvernement de B. Obama installe ses bases en Colombie, créant une vive tension avec le Vénézuéla directement visé, mais aussi avec lʼÉquateur. Il est également question dʼinstaller une base au Panama où un gouvernement de droite a été élu, ce qui mettrait fin à la neutralité du Panama, décidée au temps du président J. Carter. Si, en janvier, le Chili basculait à droite comme lʼindiquent les sondages, cela «donnerait des ailes à une droite réactionnaire qui veut freiner les mouvements populaires à lʼœuvre en Amérique latine» comme le dit Guillermo Teillier, président du parti communiste chilien, surtout après le putsch du Honduras. Lors de la réception dʼOslo, le prix Nobel de la paix B. Obama a expliqué que la guerre en Afganistan était une guerre juste puisquʼil fallait lutter contre le terrorisme et défendre les intérêts américains. Lʼexplication vaut-elle pour lʼAmérique latine ?

Sommet de l’Alba à La Havane (de gauche à droite) : Daniel Ortega ; Hugo Chavez ; Raul Castro et Evo Morales. Photo AFP

Les objectifs de la politique américaine

Même si la politique extérieure américaine semble davantage tournée vers le Moyen Orient et lʼAsie, lʼAmérique latine reste un enjeu fondamental. Un enjeu dʼabord énergétique. Les discussions actuelles sur le réchauffement climatique montrent que les États-Unis continuent de miser, au moins dans la période actuelle, sur les hydrocarbures. Or lʼAmérique latine pourvoit à 30% des besoins en pétrole des États-Unis avec pour principaux fournisseurs le Mexique, le Vénézuéla, mais aussi lʼÉquateur, la Colombie et de plus en plus le Brésil. Le gouvernement américain souhaiterait augmenter cette proportion pour diminuer sa dépendance à lʼégard du Moyen Orient et de lʼAfrique de lʼOuest. Or, les réserves les plus impor-

La contre-offensive américaine

Les États-Unis ne se résignent pas à leur recul et veulent reconquérir le terrain perdu. Pour cette reconquête, les ÉtatsUnis sʼappuient sur certains alliés : la Colombie, le Mexique, le Pérou et aussi le Costa Rica. - 14 -

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ARCHITECTURE

LES EMPREINTES INDUSTRIELLES DU NORD/PAS-DE-CALAIS

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ʼARCHITECTURE nous offre maintes occasions de découvrir les empreintes qui ont modifié nos connaissances. Aussi, lʼindustrie avec les grandes mutations du XIXème siècle a marqué tout le paysage de la région. Ces formes des «châteaux» expriment le pouvoir du capitalisme «triomphant» ; aujourdʼhui, tout est dans une certaine idée dʼun continuum historique et patrimonial. Cʼest un regard «obligatoire» en face de ce qui existe ou de ce qui a existé. Les manufactures diverses démarrent au XVIIème siècle. La révolution industrielle prit son essor depuis la forge. Le patrimoine industriel est devenu une composante indissociable de notre environnement. Durant ces deux derniers siècles, la révolution industrielle a extrait, transformé, transporté et négocié le paysage comme jamais auparavant. Elle a laissé un patrimoine technique, formel et culturel exceptionnel. Quid de la ville pour et par lʼindustrie ? Il est vrai que le tertiaire ou les services nʼont pas la même place et ne laisseront que très peu de traces (voire pas du tout) dans nʼimporte quelle localité. Richesses Lʼhéritage industriel est riche, parce quʼil intègre une architecture, des machines et des procédés, des productions avec une certaine cohérence. Les nécessités techniques de lʼextraction du charbon dans le bassin minier du Nord/Pas-de-Calais ont développé tout un impact environnemental qui perdure aujourdʼhui… Les charbonnages ont façonné le territoire : regardons les terrils, ces collines artificielles, qui étaient synonymes de lʼexpansion économique. Dʼaucuns lʼinterprètent comme une «archéologie industrielle» liée aux histoires locales, au monde du travail, aux protections actuelles des sites (Lewarde, Loos-en-Gohelle, Oignies, Auchel, Wallers- Arenberg, etc…) En juillet

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1849, un premier sondage était ouvert à Annay-sous-Lens, ce fut le début dʼune très grande aventure humaine, économique, technique, voire technologique. La permanence du tourisme industriel prouve lʼintérêt grandissant de la population pour son patrimoine. il devient, alors, possible de s'interroger sur le phénomène de la construction de la ville industrielle autour de ses unités de production. Dans de nombreuses villes, il est courant de lire sur les plaques ; rues de lʼIndustrie, de la Fabrique, de la Fonderie, des Métaux, des Fosses minières. Le témoignage de ces traces reste indélébile et la répétition des motifs industriels et des manufactures conserve un aspect de toponymie approfondie. Aux impératifs du charbon, de la sidérurgie, du textile, lʼon comprend aisément lʼimportance des architectures «colossales». Le paysage industriel et urbain ou semi-urbain de lʼessor industriel nous incite à observer la fonction première. Il est fait grand cas, actuellement, de la place de la mine alors que les premiers coups de pioche du Louvre-Lens vont démarrer avec emphase. Cʼest lʼhistoire de tout un territoire. Chevalements, molettes, cheminées, tours, jeux de briques, poutres métalliques, colonnes en fonte, sont les vecteurs dʼun pragmatisme industriel évident. Les

populations locales vivaient à proximité des lieux de production. Le logement en est «la suite logique» de tout un accompagnement social, (vu à travers, bien évidemment, le prisme dʼun esprit de paternalisme). La reconversion et la réhabilitation de certaines usines traduisent tout un système de valeurs, rendu actuel par la transmission «usuelle» de ces identités. Nous sommes dans un monde en mouvement mais dans le même temps, cʼest lʼintérêt historique qui prédomine, il est impossible de le soustraire à notre regard contemporain. Les décisions de lʼurbanisme représentent un tel enjeu quʼil est impossible dʼen diminuer lʼimportance de toutes les strates qui le définissent (Euralille, par exemple, est un ensemble dʼavant-garde, il nʼy a pas si longtemps lʼon trouvait à cet endroit le quartier des Dondaines avec un bidonville en périphérie immédiate de la gare SNCF). Les nouvelles valeurs dʼusage - tel le terril - transforment sa conservation en lieu de loisirs. Cʼest le trait dʼunion intergénérationnel. Le regain dʼintérêt est immense et les publications sur tous ces domaines sont légion. Valoriser le patrimoine hérité, cʼest répondre à une certaine idée de la modernité. Pierre Pirierros - 19 -

Le chevalement…

Dans l'extraction minière, le chevalement est la structure qui sert à descendre et remonter les mineurs, ainsi que le minerai, via une cage d'ascenseur. Qu'il soit en bois, en métal ou en béton, le chevalement remplit toujours la même fonction: il supporte les molettes par dessus lesquelles passent les câbles d'extraction qui, mus par la machinerie, plongent au droit du puits pour retenir la cage. Élément essentiel d'une exploitation minière souterraine, le chevalement en est le bâtiment de loin le plus visible et le plus haut avec les terrils et, de fait, le plus symbolique. C'est pourquoi sa fonction va au delà du lien entre «le jour» et «le fond» : par la diversité de son architecture (aucun chevalement n'étant identique à un autre), il souligne la particularité du paysage minier, mais permet également d'identifier la compagnie minière qui l'a élevé. Dans notre région, les chevalements étaient parfois désignés par le terme «beffroi», en raison de leur forme. Au-delà de cette diversité, la forme des chevalements revêt néanmoins des formes répétitives, essentiellement en fonction de l'emplacement de la machine d'extraction : lorsque celle-ci est située au sol (dans un bâtiment dédié ou dans le même hall que le chevalement), la tour du chevalet s'élèvera jusqu'au niveau des molettes et s'appuiera sur de forts jambages obliques afin de contrer les forces de traction du câble aussi bien que des cages au sein du puits; lorsque le constructeur choisit de placer la machine en haut du chevalet, ce dernier prendra généralement la forme d'une tour en béton ou en acier (avoisinant les 60 mètres).


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