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2012 - Les électorats politiques

2012 Elections

Les électorats politiques Les territoires de l’élection présidentielle

N°6 Avril 2012 Michel Bussi Professeur de géographie - Université de Rouen www.cevipof.com

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2012 - Les électorats politiques

N°6 Avril 2012 Michel Bussi Professeur de géographie - Université de Rouen

Les territoires de l’élection présidentielle La géographie électorale demeure une clé d’entrée pertinente pour décrypter les enjeux présidentiels. Les analyses géographiques de l’élection de 2007 avaient mis en évidence des logiques géographiques extrêmement fortes, dont une organisation est-ouest de la France. Quelle est la géographie électorale de la France à la veille des scrutins de 2012 ?

Une élection nationale ? L’élection présidentielle française est par essence une élection nationale, dans laquelle aucun découpage territorial autre que celui de la France n’intervient. La campagne est d’ailleurs clairement marquée par cette dimension nationale  : les médias mobilisés délivrent la même information à l’ensemble des Français, les sondages qui rythment la campagne sont fondés sur des échantillons uniquement représentatifs à l’échelle nationale, les thèmes de la campagne laissent peu de place à des débats pourtant essentiels tels que la décentralisation ou l’administration des collectivités locales. Pour ne citer qu’un exemple, la suppression ou non du cumul des mandats, réforme fondamentale dans le fonctionnement des territoires politiques français, n’est presque jamais abordée par les journalistes. Autres conséquences, les élections législatives, dont rien ne permet d’affirmer qu’elles donneront obligatoirement la même majorité politique que celle du président élu en 2012, apparaissent noyés par l’impact médiatique de la présidentielle, et il faudra attendre l’après second tour pour contextualiser les enjeux et situer les positions des candidats à la députation dans des rapports de forces locaux. Il serait cependant faux d’en conclure que l’élection présidentielle française est un scrutin « nationalisé » dans lequel il est vain de rechercher des comportements géographiquement différenciés. Pour au moins trois raisons, la géographie www.cevipof.com

électorale demeure une clé d’entrée pertinente pour décrypter les enjeux présidentiels : - Parce qu’en dépit d’une campagne largement

nationale, la régionalisation des votes, notamment à travers la différentiation gauchedroite, reste forte. - Parce que les partis les plus récents possèdent souvent des implantations géographiques très marquées, qu’il s’agisse par exemple du Front national ou des Verts. - Parce qu’on ne vote pas de la même façon en ville, dans les périphéries des agglomérations et dans les zones rurales. À l’est du nouveau ? Les analyses géographiques de l’élection de 2007, en particulier du second tour, avaient mis en évidence des logiques géographiques extrêmement fortes, dont une organisation est-ouest de la France. Nicolas Sarkozy était majoritaire presque partout en France à l’est d’une ligne Paris-Lyon-Marseille, un espace identifié depuis plusieurs élections comme votant plus que la moyenne pour le Front national. C’est dans cette partie de la France globalement plus ouvrière, plus urbaine, plus industrielle et plus touchée par la crise économique, que la droite a progressé entre 2002 et 2007, alors que, de façon presque symétrique, le Front national baissait. Pour 2012, l’enjeu pour Nicolas Sarkozy sera de maintenir, au moins au second tour, un niveau de vote élevé

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2012 - Les électorats politiques dans ces espaces, aujourd’hui un triple mouvement : un vote Mélenchon au premier tour puis Hollande au second, ou l’abstention. Les sites de Gandrange ou de Florange apparaissaient hautement symboliques de ces enjeux (Cf. Annexe 1 - carte Présidentielles 2007 - second tour). Deux France de gauche ? À l’inverse, les analyses des élections de 2007 confirment la bonne implantation du Parti socialiste dans l’ouest de la France. Si le sudouest est une terre depuis longtemps radicale, les territoires atlantique ou breton, qui sont longtemps restées des terres de mission pour la gauche, apparaissent désormais fidèles aux socialistes, notamment depuis qu’ils y gèrent une majorité de villes et l’ensemble des régions. François Hollande, à partir de son fief rural de Corrèze, ne devrait guère avoir de mal à être majoritaire au sein de ces territoires, tout comme Ségolène Royal l’avait été il y a cinq ans dans son fief de Poitou-Charentes. Il s’y est d’ailleurs largement imposé lors des primaires citoyennes en septembre 2011. Les régions industrielles et ouvrières du nord (Nord-Pas-de-Calais, Picardie et Haute-Normandie) rassemblent en revanche d’autres importantes fédérations socialistes au sein desquelles le soutien à François Hollande peut apparaître moins évident. C’est Martine Aubry qui y arrivait le plus souvent en tête lors des primaires, et la proximité, tant géographique que politique, du candidat socialiste apparaît plus faible. Même sans disposer de sondages régionaux, on peut supposer que ce sont dans ces régions du nord que le vote Mélenchon progresse, se dilatant à partir des anciens foyers communistes qui y possèdent encore de solides mandats municipaux. Les cartes pourraient explicitement faire apparaître à l’issue du premier tour « deux France de gauche », même si jusqu’à présent, le report des voix de « la gauche de la gauche » au second tour s’est toujours opéré sans pertes, ou presque (Cf. Annexe 2 carte Les Primaires Citoyennes Socialistes second tour). www.cevipof.com

Villes et périphéries ? Depuis une dizaine d’années, les études des géographes ont mis en évidence un gradient assez discriminant des votes  : la distance à la ville. En moyenne, les partis gouvernementaux (centre, UMP, PS et Verts) obtiennent des niveaux plus élevés en centre ville, et les partis protestataires dans les périphéries. Plus en détail, c’est le centre (Bayrou), les Verts et le PS qui semblent s’imposer dans les «  hyper  » centres villes, mais l’enjeu de la campagne se joue en partie dans les espaces périurbains (environ un quart de la population française), où le vote en faveur du Front national bat des records. Les premiers sondages «  contextualisés  » de 2012 laissent apparaître que cette tendance se renforce, Marine Le Pen obtenant des intentions de votes supérieures à celles de son père dans ces vastes périphéries urbaines pavillonnaires, alors que le candidat socialiste n’y perce pas. Il ne s’agit, cependant, que de moyennes et des études plus précises au niveau intra-urbain à l’échelle des bureaux de vote montrent que la classe sociale reste un déterminant particulièrement puissant du vote  : les villes se divisent entre des quartiers de droite ou de gauche selon des logiques spatiales claires, fondées principalement sur le coût de l’immobilier et le prestige des quartiers, même si certains fronts d’embourgeoisement contribuent à nuancer cette dichotomie, notamment en faveur du centre ou de l’écologie politique. Au final, les cartes des votes qui se dessinent ne sont jamais aléatoires. Leurs régularités peuvent même sembler anachroniques dans un contexte de forte individualisation de l’opinion et d’homogénéisation nationale de la campagne électorale, comme si, malgré tout, d’invisibles mais très actifs niveaux intermédiaires structuraient la socialisation politique, à l’échelle locale comme régionale.

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Pour aller plus loin : > BUSSI (Michel) et BADARIOTTI (Dominique), Pour une nouvelle géographie du politique  : territoire, démocratie, élections, Paris, Anthropos, Villes-géographie, 2004, 300  p. [ISBN 978-2-7178-4764-2] > BUSSI (Michel), COLANGE (Céline) et GOSSET (Jean-Paul), « Élections présidentielles 2007, typologie des candidats : les deux France », Cybergeo : European Journal of Geography, Points chauds, Débats, Élections présidentielles 2007 en France, 26 avril 2007. http://cybergeo.revues.org/pdf/5733 > WIEDER (Thomas) «  Dans la France péri-urbaine, le "survote" pour le Front national exprime une colère sourde », Élections présidentielles 2012, Le Monde.fr, 28 janvier 2012. http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/02/28/dans-la-franceperi-urbaine-le-survote-pour-le-fn-exprime-une-colere-sourde_1649247_1471069.html > Cartelec : des grandes villes françaises à l’échelle des bureaux de vote http://www.cartelec.net/

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