Genre, violences et espaces publics : La vulnérabilité des femmes en question Marylène Lieber Éditeur : LES PRESSES DE SCIENCES PO (25/09/2008)
THÉORIE D’AMÉNAGEMENT DE LA VILLE ET DE SES ESPACES PUBLICS ANNE JARRIGEON
ACHARD CÉCILE - M2 AUDE- FICHE DE LECTURE 2020
Genre, violences et espaces publics : La vulnérabilité des femmes en question Marylène Lieber Éditeur : LES PRESSES DE SCIENCES PO (25/09/2008) AMÉNAGEMENT DE LA VILLE ET DE SES ESPACES PUBLICS « La femme était plus petite et plus faible, il y avait entre elle et l’homme une différence qu’elle ne pouvait surmonter, une différence imposée par la nature, la chose la plus humiliante et la plus dégradante que l’on pût imaginer dans une société virile. Pour ceux qui considèrent que la domination de la nature est le véritable objectif, l’infériorité biologique reste une marque indélébile, la faiblesse imprimée par la nature, la cicatrice qui invite à la violence . » Horkheimer, Adorno 1974 [1947], p. 271 INTRODUCTION Cette thèse dénonce par les sciences sociales les inégalités sexuées dans l’usage de l’espace public. Toutes formes de violences, des plus anodine comme les sifflements et insultes, aux plus humiliantes, violence physique et sexuelle, forment un continuum de violences de genre de divers degrés. Ces différentes formes d’atteintes à l’intégrité physique des femmes exercées dans différent environnement (conjugal, domestique, du travail et des espaces publics) sont une atteinte direct à leur autonomie et donc à leur citoyenneté. Le cœur de l’ouvrage est l’hypothèse que ces violences sexuées ne sont pas dues à une soi-disante vulnérabilité organique, mais sont une manière de réaffirmer la dimension structurelle des rapports entre homme et femme. Elle met ainsi en exergue l’anomie structurelle de ségrégation dont est victime le genre féminin tout comme par ailleurs les identités minoritaire renforcant ainsi l’inequation entre vulnérabilité physique et sociale. Effectivement, ces formes de discriminations sont légitimées car elles nourrissent un ordre sexué de répartition des rôles et des comportements sociaux. Or, cette structure binaire est instituée par une société patriarcale dont la neutralité renvois aux normes conformées uniquement à la masculinité. «Dans cette optique, les «riques évidents» que courent les femmes lorsqu’elles se déplacent dans l’espace public ne sont pas la conséquence de leur appartenance sexuée, mais participent de la production de cette appartenance.» Le genre et les rapports sociaux de sexe p 16 La remise en cause de ce postula des femmes vulnérables dans les espaces publiques permet de justifier auprès des instances politique des solutions concrête pour lutter contre cette ségégation encore tabou. Ainsi toutes mesures de compensation de cette peur, engendré par cette discrimination sexué, par le biais d’aides exterieurs sont critiquées par l’auteur comme des solutions de court terme renforcant cette construction sociale contre laquel il faut lutter. «Dans cette étude, il s’agit de donner à voir certaines des formes de violences que les femmes subissent plus paticulièrement et de documenter leurs incidences négatives sur la citoyenneté des femmes afin de faire émerger des formes routinières de discriminations qui persistent, malgré un arsenal de mesures juridiques.» Structurellement, la thèse est construite en quatre parties : une relecture genrée des statistiques
publique, une analyse des différent système de politique publique de sécurité en précisant celle qui contribue à la construction d’une figure vulnérable de la femme et celle qui la remet en question, un retour critique du projet politique de réduction de la ségrégation sexuée de la Mairie de Paris en 2015 et enfin une exploration du rapport à la mobilité et des espaces publics des Parisiennes, concluant sur une approche des formes de résistance féministe. Les problématiques que soulèvent l’ouvrage sont nombreuses et intérrogent notamment en quoi la différence de force physique essentialisé justifie un facteur de discrimination sur le plan social des femmes. Et comment cette différence biologique transforme par naturalisation le genre féminin en victime à moins que ce soit une société patriarcale, orienté selon l’idéologie masculine dominante, qui créait le contexte de cette attribution. Est ce aux femmes d’intérioriser un comportement stratégique adopté à un environnement normé par et pour les hommes et hostile à leurs caractéristiques ou à l’environnement de devenir paritaire en prenant comme standard universel les besoins des deux genres ? «En d’autres termes, la « naturalisation » attribue à des effets du « sexe » (biologique) le « genre » (sociohistoriquement construit).» Gérard MAUGER, « NATURALISATION, sociologie », Encyclopædia Universalis Le facteur de vulnérabilité lié aux caractéristiques biologique des femmes légitimes t’il une responsabilité de leurs parts en cas d’agression si elles n’ont pas adopté un comportement défensif ? Ou bien est ce l’environnement et le contexte social le coupable en cas de violence à leur encontre ? Comment évaluer et prendre en compte la situation des femmes dans un environnement et contexte sujet au sexisme d’une société patriarcal, discriminante tant dans la répartition des rôles sexué dans le foyer, qu’au travail que dans l’appropriation des espaces publics ? Comment démontrer que ce sont ces discriminations, sociales, économiques, politiques et culturels qui naturalise le facteur de vulnérabilité lié aux femmes ? Comment inversement la remise en cause de la vulnérabilité assignée au genre féminin passe par la reconnaissance par les instances publiques de ces discriminations et violences sexuées alors tabou ? «Pour toutes, l’objectif est de ne pas se faire remarquer comme «femme», donc cible potentielle.» La production d’une féminité respectable p 253 chap 6 Le facteur de vulnérabilité associé aux femmes n’est il qu’une construction sociale d’une société patriarcale pour assurer la dominance du genre masculin dans l’espace public ? «On peut postuler que ces paradoxes renforcent non seulement l’idée selon laquelle ce sont les femmes qui sont en fautes ( de ne pas avoir su ne passe faire repérer) mais aussi leur culpabilité ( «qu’ai-je fait pour me faire agresser?»), culpabilité qui est un moyen de contrôle social efficace, puisqu’intériorisé.» Une question de tenue p 259 . Le sentiment anxiogène, de vulnérabilité, de peur, ressenti par les femmes hors de leur domicile seraitil entretenu dans le but de nourrir une discrimination sexuée ? La remise en question de l’essence vulnérable des femmes, permettrait-elle réellement une responsabilisation des instances publiques sur la question des violences discriminatoire fondée sur le genre ? Pourquoi le risque d’être agressée sur la voie publique n’est-il pas considéré comme relevant de l’intervention publique ; pourquoi est-ce aux femmes de faire attention ?
Dans quelles mesures la violence subie par les femmes ( physique, sociale ou législative) est-elle un moyen de bannir la femme de l’espace politique ? Ainsi en quoi l’urbanisme contribue à entretenir une identité de soi-disant vulnérabilité des femmes, légitimant ainsi les formes de discriminations persistantes à leur encontre ? Quel rôle actif l’aménagement urbain peut-il jouer pour redessiner un contexte, un milieu, permettant aux femmes d’être autonome, et ainsi de déconstruire les stéréotypes de genre ? I Environnement,
sentiment d’insécurité, violence recensée dans les espaces publics
La violence sexuelle se manifeste le plus souvent conjuguée à d’autres formes de violences difficilement mesurable, surtout verbale et physique.Ainsi une femme sur cinq a vécu en continuum une forme de violence sexuelle grave au moins une fois dans sa vie. Pourtant, seule une petite partie des victimes signale les faits à la police. La violence sexuelle peut se produire dans tous les contextes, mais la catégorie d’auteurs qui utilisent le plus souvent des formes graves de violence sexuelle restent les partenaires dans des espaces privés, connus. Ainsi les femmes disent avoir aussi le sentiment d’être les plus exposées aux agressions dans les espaces publics, alors que les taux de victimisation rapportés sont relativement faibles. « (…) la vulnérabilité n’existe qu’en situation. Les institutions humaines protègent toujours, dans leur agencement même des circonstances, certains individus, et en exposent d’autres à différentes formes d’événements et de torts. » Féminisme et vulnérabilité, Cahiers du Genre 2015/1 (n° 58) de Natacha Borgeaud-Garciandía
Guide référentiel Genre et espace public, Mairie de Paris 2016, extrait de la présentaion Genre et Ville de Lucile Biarrotte
II Stratégies pour contourner les réserves des institutions de securité publique «Les points de vue considérés comme trop menaçants pour l’idée d’une différence naturelle entre les sexes sont quasi systématiquement écarté. (...) Les restrictions qui sont imposées aux femmes quant à leur usage se l’espace urbain ont une influence d taille sur leur autonomie et, de ce fait, sur leur accès à l’espace public. Le non-débat public à cet égard, comme l’évidence de leur vulnérabilité soi-disant «naturelle», ne sont donc pas sans conséquence sur leur accès à une véritable citoyenneté.» p 201 L réaffirmation d’un ordre social sexué chap 4 Dans les années 1990, le terme de violence s’est subsitué à la terminologie dominant dominé sous forme du couple hommes violent-femmes victimes. p51 Cette asignation à un stérétype de comportement sexué rejoins la campagne de sensibilisation de Valérie Pécresse. Ces mesures devraient permettrent l’émergence des « chiffres noirs » du harcèlement Doc 2 :Les réseaux franciliens de la SNCF et de la RATP sexuel mais sans remise en cause de la perception lancent, lundi 5 mars, une campagne de sensibilisation comme «victime potentielles». intitulée « Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel »
doc 3 : Photo des Taxis Rose à tarif préférentiel le soir pour les femmes
Ainsi des mesure comme les Taxis Rose en Italie (doc 3) ou l’actuelle expérimentation ayant lieu sur quelques lignes de bus en Seine-Saint-Denis et en Seine-et-Marne : l’arrêt à la demande, et non pas seulement aux arrêts officiels, le soir, afin que les femmes puissent descendre des véhicules au plus près de leur domicile ne remette pas en cause la source du problème provoquant ces mesures : l’insécurité social et environementale . En effet ici aucune dispositions pour la sécurité des femmes est pensée en rapport avec l’espace urbain.
« L’hypothèse principale de ce travail est que l’absence de débat public sur l’évidence que recouvre la soidisant vulnérabilité des femmes contribue à fixer ces identités, alors qu’un tel débat permettrait de mettre en lumière des formes de discriminations persistantes à l’encontre des femmes. (...) Aussi, s’attaquer aux violences envers les femmes implique-t-il de les replacer systématiquement dans le contexte de pouvoir qui les produisent» p 23 À l’initiative de Marguerite Stern cette campagne de sensibilisation menée par les féministes pour dénoncer un des plus haut degrés des violences sexuées replace au contraire la question de la sécurité des femmes dans un contexte politique, remettant en cause la structure sociale et non le comportement naturel et personel des femmes.
III Prévention du sentiment d’insécurité pour deconstruire la perception des femmes comme «victime potentielles» «La peur est conceptualisée en relation avec l’espace : des espaces, privés ou publics, générant la peur sont recensés, comme par exemple les zones sans contrôle formel ou informel, les lieux monofonctionnels, déserts à certaines heures et ceux dans laquels il est difficile de s’orienter.» genre et politiques locales de securité p80 chap 2 Une autre manière d’assurer la sécurité des femmes dans l’espace urbain est d’adapter l’environnement physique et rythmique de la ville. Typiquement les marches exploratoires nées au Québec effectuées pour tenir compte de leurs ressentie lors d’aménagement ou de réaménagement de certains quartiers ou de certaines stations de métro. Une initiative de ce type permet aux femmes de s’approprier l’espace public et donc de s’y déplacer sans peur. La protection d’un tiers, les stratégies d’évitements pour éviter les conflits dus à la présence de son genre féminin dans un territoire masculin tant à disparaître pour un partage plus paritaire de l’espace. Il est bien sur bon de rappeler que cette prise en condition du genre par les politiques locales de sécurité demande une certaine stratégie et délicatesse puisque s’appuie sur la dénonciation taboue de violences discriminante envers les femmes. Il y a donc une véritable résistance à ce mode de conception inclusif qui revient à accuser pour certains acteurs l’ensemble des hommes d’être des agresseurs tandis que les statistiques conventionnelles par le taux faible d’agression des femmes dans l’espace publique tant à les soutenir dans ce déni.
doc 4 : Photo des actions menée actuellement par genre et ville
Conclusion
Le positionnement féministe clairement assumé de l’auteur dans cet ouvrage scientifique m’a personnellement ouvert à une relecture filtré par ses analyses de mon environnement et de mes habitudes propre. C’est donc une prise de conscience de la façon dont certaine de mes expériences sont sexuées dans un processus social de différenciation sexuelle. Et combien ces habitudes intériorisées sont le fruit de pratiques sociales inégalitaires et non d’une qualité innée. . Cette fiche est non exhaustive de l’ensemble de l’œuvre de Marylène Lieber et c’est plus attaché à la manière dont ses références sociologique qualitative (des observations, des entretiens) et quantitative (statistiques) démontrent dans un style clair et construit que le sentiment de peur affiché par les femmes est socialement considéré comme une évidence plutôt que lié à leur « nature ».
Bibliographie - Who speaks? And who listens? The relationship between planners and women’s participation in local planning in a multi-cultural urban environment Carina Listerborn, GeoJournal, Vol. 70, No. 1 (2007), pp. 61-74, éditeur : Springer URL: http://www.jstor.org/stable/41148207 . - Guide méthodologique des marches exploratoires, des femmes s’engagent pour la sécurité de leur quartier. Hervé Masure, Hors-série, Cahiers pratique, les Éditions du CIV - Guide référentiel sur le «genre et l’espace public» Guide méthodologique pour construire une ville égalitaire, Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris - Féminisme et vulnérabilité Sandra Boehringer et Estelle Ferrarese, Dans Cahiers du Genre 2015/1 (n° 58), pages 5 à 19, Mis en ligne sur Cairn.info le 15/04/2015 - De la violence et des femmes Cécile Dauphin et Arlette Farge, Éditeur : ALBIN MICHEL (28/08/1997) Sitographie - http://www.womenability.org/ The project for gender fair cites - http://www.genre-et-ville.org/ Plateforme d’Innovation Urbaine / Innovation in Urban Planning - http://sexes.blogs.liberation.fr Pourquoi les femmes ont-elles peur dans la rue ? Article du blog « les 400 culs» de Libération, article du 6 JANVIER 2020 - https://www.genreenaction.net/ «Les femmes, une population vulnérable et clé pour le développement» Jean Michel Mignot, de la Cellule d’appui environnemental et social de l’Agence Française de Développement, fait un point sur la prise en compte de la problématique du genre dans les projets financés par l’AFD. - https://www.icrc.org/fr/doc/resources/documents/misc/women-vulnerability-010307.htm COMITÉ INTERNATIONAL DE LA CROIX-ROUGE Les femmes dans la guerre : plus vulnérables que les hommes ? 01-03-2007 Éclairagede Florence Tercier - Genre, Participation et Urbanisme Intervention du Présentation du 27/11/2019 de Lucile Biarrotte -https://fr.wikihow.com Affirmer sa féminité