AVANT PROPOS
« Le réemploi accompagne l’histoire humaine, depuis les peaux des animaux servant de vêtements jusqu’aux colonnes reprises dans un nouveau temple : c’est une question de moindre effort et d’économie » Jean-Marc Huygen, 2008.
Le bâtiment et les travaux publics sont les premiers créateurs de déchets en France, avec 460 millions de tonnes de déchets par an. Les chantiers du Var ont génèré 3,6 millions de tonnes de déchets en 2020. Les déchets inertes ayant un fort potentiel de réemploi et de réutilisation, représentent 94% de la quantité totale des déchets, contre 4% de déchets non inertes et 2% de déchets dangereux. Face à cette quantité importante de déchets générés, le secteur connaît aussi une hausse des prix des matières premières et une pénurie des matériaux de construction. Dans ce contexte, les pratiques architecturales et urbaines sont amenées à être remodelées, pour intégrer dans le processus du projet les ressources disponibles sur nos territoires. Réemploi, réutilisation ou recyclage, ces actions de prévention et/ou de gestion des déchets nécessitent une prise de conscience des enjeux environnementaux, économiques et sociaux actuels. L’exposition est l’occasion de rendre visible la richesse des ressources disponibles sur nos territoires, autour de nous, sous nos mains et pieds, et l’histoire qu’elles racontent. Voir, regarder, parcourir, écouter, comprendre et échanger, permettrons de construire ensemble une vision commune de l’existant et coconstruire une solution pour préserver le déjà-là. Du déchet à la ressource, le chemin reste à dessiner…
Avant de « [re]gardez les [re]ssources », revenons ensemble à l’histoire concomittante du bâtiment et du réemploi. Réemploi et réutilisation des matériaux existent depuis l’Antiquité : les villes romaines étaient reconstruites à partir des matériaux issus des destructions. Il s’agissait de raconter une nouvelle histoire avec de l’ancien. La Révolution Française a été une période opportune dans l’histoire du réemploi : des ventes publiques ont fait circuler une masse considérable de ressources issues des déconstructions des biens nationaux. Jusqu’au XIXème siècle, le réemploi et la réutilisation restent des pratiques courantes, facilitées par l’utilisation de matériaux simples, peu transformés, peu transportés, bon marché et une main d’œuvre importante et peu coûteuse. Au XXème siècle les coûts de main d’œuvre augmentent, il faut réduire le temps des chantiers. Le réemploi et la réutilisation sont ainsi délaissés, remplacés par des moyens mécaniques puissants et des schémas de production complexes. L’après-guerre, période de dynamisme économique et de reconstruction, se distingue par une montée en puissance de la production industrielle et de la préfabrication. De nouveaux produits sont commercialisés, une les procédés de construction se standardisent et une
machinisation de la démolition pour des soucis de rapidité et de gain économique. Après 1975, pendant la période post-moderne, le rythme de la construction neuve est ralenti et un marché conséquent de réhabilitation et de reconversion se met en place. Le réemploi réapparaît ainsi à l’échelle des bâtiments plutôt qu’à l’échelle des matériaux. Le XXIème siècle sera le siècle du réemploi «revisité». Les défis écologiques actuels, la pénurie des matériaux de construction, la hausse des prix des matières premières et l’actualité règlementaire sur la prévention des déchets de chantier, nous mènent à interroger le sens de ce que nous considérons comme ressource. Des pratiques de réemploi et de réutilisation émergent, des expérimentations se mettent en œuvre, des prototypes se dessinent pour redonner des usages à des ressources existantes. L’histoire du réemploi se superpose à celle des matériaux. Pour continuer de les raconter, il est important d’écrire ou de réécrire un récit des matériaux perpétuant le sujet : concevoir avec des matériaux de réemploi, des matériaux réemployables facilement. Cette pratique demeure marginale. Encore en cours
de développement, elle nécessite de l’attention, une meilleure compréhension du bâtiment et de ses ressources, désamorcer les freins, trouver les leviers nous permettant de définir des pistes d’action pour un réemploi efficace et raisonné. Une prise de conscience et de recul par tous les acteurs est nécessaire, afin de tirer les leçons des pratiques historiques et émergeantes. Main dans la main, nous y arriverons…
JEAN-JACQUES CASTILLON Président de la Fédération du BTP du Var
Déchet de chantier : matière à dire… et à faire L’engagement de la Fédération du BTP du Var dans la problématique des déchets de chantiers n’est plus à démontrer. Sans remonter jusqu’à ses premiers faits d’armes, il y a près de 25 ans avec la rédaction du premier projet de plan départemental de gestion des déchets de chantier, ses activités l’amènent fréquemment à cette préoccupation majeure de la branche professionnelle en plusieurs situations : • Dans la lutte contre les décharges illégales, tout d’abord, où la Fédération se constitue systématiquement partie civile dans les procédures judiciaires initiées dans le département ; • Auprès des générations futures de bâtisseurs grâce à la visite de chantiers ou de sites exemplaires pour sensibiliser les jeunes Varois, scolaires et apprentis, aux vertus de l’économie circulaire ; • En faveur des entreprises qui disposent d’un accompagnement pour les aider à améliorer leurs pratiques de tri sur les chantiers ; • Enfin, pour une maîtrise d’ouvrage et une maîtrise d’œuvre éclairées sur les enjeux techniques et financiers liés aux déchets de chantiers grâce au parcours de formation inédit #MONCHANTIERMESDECHETS qu’elle a initié pour tous les acteurs du chantier. Cet engagement sur tous les fronts est né d’un constat et d’une conviction. Le constat, c’est celui des décharges illégales dans le département. Les déchets de chantiers y occupent, à notre corps défendant, une place prépondérante qu’ils soient issus de terrassements de masse ou de la démolition comme de la construction de bâtiments. Ces agissements de quelques-uns,
malfaisants, portent non seulement atteinte à notre environnement naturel mais aussi à l’image des métiers de la construction et sont une source de concurrence déloyale importante pour le secteur du BTP ; un dysfonctionnement majeur de notre industrie mais aussi une voie de progrès. La conviction, c’est que nous avons tous un intérêt à agir pour inverser ce constat, chacun ayant un rôle à jouer pour assurer la chaine des responsabilités. D’un côté le bénéficiaire des travaux, maître de l’ouvrage à qui il revient d’assurer la traçabilité et le coût de gestion des déchets, conseillé par son maître d’œuvre. De l’autre, les entreprises de BTP et les professionnels du déchet dans le cadre de leurs obligations réglementaires respectives et le nouvel environnement de la filière REP PMCB (responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction du bâtiment). En investiguant le champ artistique et le geste architectural que peut inspirer le déchet, en maniant l’art et la matière, le CAUE donne à voir toute la dimension esthétique du déchet et contribue à lui redonner ses lettres de noblesse, en ce qu’il porte en lui la promesse d’une ressource nouvelle, celle de la matière première secondaire. On le voit, en s’intéressant aux déchets de chantier, il y a matière à dire… et à faire !
MARC LAURIOL Président du CAUE Var, Conseiller Départemental du Var
Participer au ménagement de nos paysages varois… Se rencontrer, partager, donner envie et passer à l’action… Comment les déchets de chantier varois peuvent devenir des éco-matériaux, sources de créativité et de savoir-faire, [re]ssources de projets ? Depuis l’ère industrielle et l’abondance énergétique, la transformation de nos paysages n’a fait que s’accélérer. Construire, déconstruire, reconstruire : le secteur du bâtiment et des travaux publics est le plus gros producteur de la masse annuelle de déchets. A l’inverse, nous n’imaginons que peu leur fin de vie. Nous ignorons souvent les actions, les personnes, les transports et les énergies nécessaires à leurs parcours. Nous sommes pourtant tenus d’assurer leur gestion et ce, jusqu’à leur élimination ou leur valorisation. Pour aborder ce thème, l’équipe du CAUE Var a souhaité s’associer avec la Fédération du BTP du Var, sensible à la question et acteur incontournable de la gestion des déchets de chantier. Dans chaque territoire, la question des déchets interfère nos décisions politiques, nos pratiques d’aménagement, notre rapport au monde, nos modes de vie et de consommation. À partir de l’itinérance de l’artiste-photographe Léna Durr, le CAUE Var invite à regarder des déchets pour leurs qualités esthétiques et à [re] considérer les potentiels d’une économie circulaire, où les aménagements et constructions resteraient indéfiniment des gisements. Ces matériaux - par le diagnostic, la dépose, la récolte, le tri, le stockage, le traitement, la
communication, la conception, la distribution, et la mise en œuvre - recèlent une autre richesse : le besoin d’une main-d’œuvre et d’un savoir-faire nondélocalisable. Abondants et épuisables à la fois, considérer les déchets comme des ressources semble une des issues indispensables pour tendre vers le 0 déchet de chantier et répondre aux enjeux écologiques, sociétaux et économiques actuels. Cette saison culturelle 2023 Ceci n’est pas un déchet - [Re]garder les [Re]ssources complète la série consacrée aux ressources locales. Elle prend la suite de trois expositions portant sur les thèmes de l’eau (Eautochtone - l’eau varoise, matrice forte et fragile, 2021) puis des matériaux bio&géosourcés (Entrez dans la pierre - un récit d’architectures varoises, 2022 / Terres, fibres, bois, pierres - révéler les ressources varoises, printemps 2023). A travers ses missions, le CAUE Var et ses partenaires travaillent au quotidien à la préservation de la qualité de notre cadre de vie. Penser le développement de notre territoire dans la transition écologique, c’est aider les collectivités et les habitants dans leurs choix, pour des projets raisonnés qui font sens dans les paysages et la vie des Varoises et Varois, et de tous les amoureux de notre beau Département.
SAFA BEN KHEDHER Commissaire d’exposition
« Chaque fois, une exposition est une sorte de question posée » Christian Boltanski, 2007. L’ère de la transition écologique suscite de nombreuses questions : quelle transition ? Quelle pérennité d’un modèle en cours de définition ? Quel sens lui donner dans un monde en perpétuelle évolution ? L’économie circulaire repose sur notre rapport à l’existant, à ce qui nous entoure. Elle cherche à prolonger la durée de vie de nos ressources, pour contrer la production nouvelle prélevant infiniment la matière première. Les ressources nous permettent de satisfaire nos besoins et réinterrogent la notion d’utilité. La dichotomie utile/inutile renvoie à la notion de « déchet » de « détritus », de l’inutilisable. Tout « déchet » est-il inutile ? S’il est encore utile, n’est-il pas plutôt une ressource ? Le déchet est le résultat d’une production industrielle massive et linéaire qui dessine aux éléments extraits ou produits, un chemin unique au-delà duquel ils sont considérés comme obsolètes. Dépasser ce modèle est avant tout revoir notre rapport aux « déchets », à la fin de vie des éléments dont nous disposons. Cette question est d’ordre général, elle concerne aussi bien les déchets ménagers que les déchets issus des activités économiques. Ici, nous nous focalisons sur les déchets de nos chantiers. La construction censée être « fixe et pérenne » (Lexique national de l’urbanisme publié dans le décret 2015-1783 du 28 décembre 2015) génère une masse de « déchets » avec parfois un fort potentiel d’utilisation. Exposer des déchets-ressources est un premier pas vers une prise de conscience commune et une réponse co-construite aux questions soulevées. [Re]garder, se poser et s’interroger pour réfléchir au
devenir des [re]ssources abandonnées ou vouées à l’abandon. Exposer c’est rappeler, remettre en lumière et garder en mémoire de qui nous entoure. L’oubli étant l’ennemi d’une vie prolongée et l’allié de l’abandon. Être conscient de la richesse des ressources est la clé d’une pensée, pour et par ce qui est disponible, au lieu d’une recherche infinie de production à partir d’une matière première finie. Nous avons le choix de parcourir nos ressources, de les regarder, les contourner sous différents angles de vues, et d’imaginer avec du bon sens, de nouveaux usages. Penser sur le long terme, comprendre notre environnement et nos situations de projets, [re] garder nos ressources est notre responsabilité collective. Ce qui est important n’est pas pour autant ce que nous arrivons à faire de nos ressources, mais bien le chemin réalisé pour y arriver. Un parcours à suivre en passant de la Rue des Arts jusqu’au CAUE Var…
LÉNA DURR Photographe
Il m’est difficile de parler de mon travail. Je remercie Alexandre Telliez-Moreni, d’avoir trouvé les mots justes. La série que nous propose Léna Durr s’inscrit dans la jeune tradition de la commande photographique, née en France avec la « mission photographique de la DATAR », au milieu des années 80, et dont l’approche, d’abord affiliée à celle des reportages, s’est enrichie au fil des décennies de l’apport du regard d’artistes plasticiens. Car, autant dissiper d’emblée tout malentendu, Léna Durr est avant tout une plasticienne, qui utilise la photographie dans sa pratique, au même titre que d’autres médiums (vidéo, installation, etc.). Après « Habitats sauvages », une exposition personnelle consacrée à des formes d’autoconstructions, au sein desquelles la réutilisation d’objets et de matériaux modestes occupe une place importante, et revendiquée, par les habitants de sa galerie de portraits, comme un acte à la fois économique et écologique, l’artiste confie avoir vu la commande du CAUE sur les déchets du BTP, comme une opportunité de prolonger ces recherches, lui offrant de surcroît, la possibilité d’appréhender le cycle de vie de ces matériaux et de ces objets dans sa globalité. Cette proposition concorde par ailleurs avec l’évolution de sa démarche, qui a récemment amorcé un virage documentaire : Goldenage (2018), Jeanne Marguerite (2019), la Mouraria (2022). Pour autant, derrière l’apparente évidence du sujet, la plasticienne, qui a fait de l’exploration des marges, un de ses sujets de prédilection, et qui privilégie habituellement l’utilisation de la mise en scène
d’objets et de personnages dans la construction de ses photographies, s’est inévitablement heurtée à un casse-tête, au moment de construire des images à partir de simples matériaux inertes. Le spectateur averti saura apprécier la façon dont elle se joue des contraintes de cet exercice stylistique, pour les tourner à son avantage. A partir de jeux d’échelle, de profondeur et de cadrage, qui désorientent, ou plutôt réorientent notre regard, elle fabrique des mises en scène, sans intervenir directement dans le « décor ». Si les objets, qui occupent une place centrale dans son œuvre - et qu’elle puise habituellement dans sa collection personnelle - ne s’affichent pas ici frontalement, ils sont pourtant omniprésents à travers les formes variées qu’ils revêtent, du détail à l’accumulation, de l’absurde au surréalisme. Enfin, et bien que la série dépeigne une filière industrielle normée et institutionnalisée, l’artiste parvient, au sein de cet univers, à construire un récit décalé, nourri des marges qu’elle entrevoit. Des marges, dévoilée notamment à travers ces portraits de travailleurs, œuvrant dans l’ombre, pour donner une seconde vie aux déchets du BTP. Son témoignage photographique nous rappelle, que si les déchets étaient plus visibles au quotidien, nous serions vraisemblablement plus vigilants, quant à nos modes de consommation, de construction et d’habiter. A l’instar d’ « Habitats sauvages » il laisse aussi entrevoir des pistes possibles de résilience face aux défis que nous imposent le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité et la raréfaction des ressources.
LE MOT DE L’ÉQUIPE
Être un déchet, quelle vie ! De toute taille, de toute matière, de toute couleur, Né dans un grand fracas, dans le bruit La poussière, les odeurs, les chocs, les éboulements… Je suis multiple et mal aimé. Encore matériau j’étais simplement là, Invisible et présent, Parfois mis en valeur, Parfois ennobli par des mains amoureuses d’artisans patients Parfois torturé dans les feux de l’enfer des usines de transformation Cuit, recuit, laminé, concassé, fondu, moulé je finissais dénaturé, caché. On m’accuse d’avoir consommé trop d’énergie Mais je n’ai rien demandé ! Le progrès, vous connaissez ? Vos maisons, vos routes, votre grille-pain ou votre ordinateur ? Vous connaissez ? Vos belles tenues dernier cri ? Vous connaissez ? De camion en site de collecte, De camion en site de tri, De camion en usine de recyclage, De valorisation, D'incinération, De camion en site d'enfouissement où on me relègue comme un renégat Matière, matériau, déchet, rebut Tel est mon dessein Mais combien de fois, abandonné au détour d’un chemin, je disparais des radars ? Ma vie peut être prolongée pourtant. Déchet, je peux redevenir matériau et matière Tel un Phoenix je peux renaître Telle Galatée devenue vivante par l’amour de Pygmalion Si votre regard sur moi change, c’est moi qui changerai.
PRÉAMBULE
Du déchet à la ressource : des usages possibles ?
Qui n’a jamais apporté sa pierre à l’édifice ? Nous sommes toutes et tous constructeurs et acteur(rice)s du bâtiment. C’est parce que l’architecture est un bien commun, dont on est tous responsables, que nous devons nous embarquer dans l’histoire, le présent et le devenir de la matière, des matériaux et des bâtiments. Le récit du déchet à la ressource est conjugué à l’inconditionnel : il exprime le passé dans le futur. Faire de nos déchets des ressources ou plutôt ne pas faire de nos ressources des déchets ? L’essentiel est de permettre à nos bâtiments d’exister, de vivre, de survivre et de perdurer. Il ne suffit pas de voir mais de regarder, de lire entre les lignes et de co-écrire ensemble la suite de l’histoire. Il ne suffit pas de lire mais de relire, comprendre, se projeter. Il ne suffit pas d’écrire mais de continuer à écrire sans effacer le début de l’histoire, une histoire qui dure dans le temps et révèle les traces du vécu et des usages. Construire autrement ! Mais comment ? À chaque nouvelle époque ou époque revisitée, pour répondre à de nouveaux besoins et/ou pour marquer une nouvelle histoire, nous avons tous entendu dire « il est temps de construire autrement ». Le temps de le faire n’est-il pas venu ? Ou peut-être est-il toujours temps de construire autrement ? Il faut peut-être construire tout court, avec du bon sens et en se posant les bonnes questions. Il faut peut-être ne pas construire tout le temps, partout, ou ne pas construire du tout…
[Re]gardez les [re]ssources est l’histoire d’un bâtiment né dans le Var, sans date de naissance précise. Il existe depuis l’histoire de l’Homme et des matériaux. A vouloir vivre et revivre, il est vêtu d’une diversité de matériaux, de matières, de composition et de recompositions. Il n’accepte pas de céder à la mort et à la disparition. Il décide de garder mémoire, de renaître tant de fois que possible, de raconter, de se faire raconter, sans laisser sécher l’encre de la plume qui trace son existence avec bon sens.
« Quand on construit, au moment où on fait ce petit acte de patrimoine, il faut penser à ce que l’on transmet de soi en s’appuyant sur le passé, sur ce qui pré-existe, fût-ce des restes d’outils, de matière, de territoires, ou de cultures » Patrick Bouchain, 2006.
Il était une fois un bâtiment installé dans le Var, ancré dans son territoire et prenant toute la lumière d’une histoire qui se veut sans fin. Une histoire qui retrace celle des matériaux et des époques de construction. Conçu et construit avec des matières et matériaux divers, il est riche de son univers : des tuiles, du bois, de la brique, des pierres, du verre, etc. Des matières qui ne sont pas faites de la même manière, ni posées de la même façon. Des matériaux avec des caractéristiques variées : simples ou composites, faits à la main ou à l’aide d’une machine. Chacun exige un savoir-faire particulier, le point de départ d’une histoire et d’un vécu. Du matin au soir, le bâtiment est au service de ses habitants et répond à nos besoins et attentes. Il accueille, loge, héberge, expose, vend, réunit, soigne, éduque, restaure, sert, anime, archive, stocke, divertit, distrait… Il est toujours là pour nous. Qu’il faisse beau ou non, qu’il faisse chaud ou froid, qu’il fasse jour ou nuit, il est là. Nous l’avons pensé, conçu, construit, vécu et nous continuons à vouloir le conserver, le soutenir, le faire exister pour nous. Comme tout vivant, le bâtiment nécessite de l’entretien. Il demande de l’attention, du soin, du soutien et de l’amour. Il en a besoin pour trouver du sens et une raison de vivre. Sinon, il abandonne… Il abandonne quand il ne trouve pas le moyen de continuer à écrire son histoire et à la raconter. Il abandonne quand il n’est pas entouré de bonnes mains qui le protègent. Il abandonne quand il ne forme plus unité mais pièces détachées. Il abandonne quand on cesse de lui donner une raison de vivre, des usages et des situations humaines. Il abandonne quand il est abandonné.
Un jour, le bâtiment perd un peu la forme. Il est encore utile pour nous, mais pas tout à fait en bonne santé. Apparaissent, des petites fissures à l’extérieur, et à l’intérieur, des traces d’usure sur l’enduit, des trous dans les carreaux de sol, etc. Il est toujours là pour nous mais nous demande de l’attention. Il est bien debout mais il ne le sera pas forcément pour toujours. Nous décidons de lui accorder le temps qu’il mérite pour vivre longtemps, « respirer de nouveaux usages » et raconter de nouvelles histoires. Nous lui tendons la main pour lui apporter notre soutien. Nous décidons de le réhabiliter pour éviter qu’il nous abandonne, pour ne pas démolir son histoire tracée à l’encre des matières et des matériaux.
« La mort est dure, plus dure encore le chagrin » Claude-Lévi Strauss, 1962.
En janvier 2023, une loi Anti-gaspillage et économie circulaire (AGEC) voit le jour. Elle oblige les maîtres d’ouvrages publics et privés à diagnostiquer tout bâtiment en amont de toute démolition ou réhabilitation significative, lorsque la surface de plancher de ce dernier dépasse 1 000 m². Nous l’avons entendu dans les médias, lu dans les articles de presse et compris grâce au dernier mini-guide Réemploi, réutilisation et architecture, produit par le CAUE Var. Nous ne l’avons peut-être pas encore mis en pratique, par manque d’occasions ou parce que nous pensons que nous manquons d’expérience et d’expertise pour le faire. Est-il nécessaire de le faire ? Pourquoi doit-on vraiment le faire ? Comme un médecin qui soigne son patient, nous sommes tenus de faire ce diagnostic : comprendre l’histoire du bâtiment et de toutes ses composantes, être conscient des causes et effets et distinguer les pathologies. Faire l’inventaire de tout ce qui forme le bâtiment et apprendre à le connaître. Comme un jardinier qui prend soin, nous sommes tenus d’être à l’écoute du bâtiment pour ne pas le laisser s’assécher. Comme tout vivant, le bâtiment doit « respirer par les usages » pour continuer de vivre. Nous y sommes ! Nous sommes en février 2023 et souhaitons réhabiliter le bâtiment. Si la loi oblige à le diagnostiquer, notre histoire et notre vécu nous poussent à le faire. Quelle que soit sa surface, le bâtiment est un héritage, un patrimoine à préserver. Quelle que soit sa raison de vivre, il doit être notre raison de vivre. Il doit continuer à exister pour qu’on existe. Vers une nouvelle vie, le bâtiment parcourt les temps du passé, du présent, vers un futur meilleur. Ses matières, matériaux et produits racontent son histoire et retracent son chemin à venir.
Une nouvelle vie ? Ou peut-être une vie tout court, une vie sauvée, révélée, éclairée.
« Tout change avec la mécanisation des travaux de démolition, […] les logiques de récupération et de réemploi ont besoin de mains beaucoup plus que des moteurs » Michaël Ghyoot, 2022
À la visite du bâtiment, il nous accueille à bras ouverts. Il sait qu’il sera beaucoup mieux si nous pensons à lui. Il sait qu’il vivra encore plus longtemps si nous agissons. Nous nous approchons de lui, nous contemplons ses détails, de sa peau extérieure à son noyau intérieur. Il est riche d’histoires, de matériaux et de compositions. Si nous ne le réhabilitons pas, il sera voué à disparaître. Il finira par être démoli, il deviendra poussière. La démolition n’a pas de sens. Le récit qu’il a tant raconté finira par être oublié, archivé, l’encre écoulée et les traces délaissées. Ne l’abandonnons pas. En tout cas, pas avant d’essayer de le sauver, de le faire respirer encore et encore et de prolonger sa vie. On le sait ! Une démolition c’est beaucoup de déchets, de concassés, de détritus et de poussières. Cette démarche n’est pas la nôtre. C’est vrai qu’il s’agit du chemin le plus court, mais pour arriver où ? Parfois, en se laissant aller dans les creux d’un sentier inédit, on arrive à trouver notre bonheur et découvrir le génie d’un paysage nouveau. Des réflexions communes nous conduisent à faire un diagnostic de l’ensemble du corps du bâtiment. Ce dernier nous amène à définir les opportunités d’usages possibles : les matières et matériaux à conserver sur site et/ou à restaurer, les éléments à déconstruire pour les réemployer dans le bâtiment ; et d’autres à réutiliser pour d’autres bâtiments avoisinants qui demandent aussi d’être sauvés. De la démolition à la déconstruction, les outils ne sont pas les mêmes, la matière vit différemment ou parfois perd la vie. Du déchet à la ressource, le chemin diffère. Nous optons pour une dépose soignée des éléments qui ne seront pas conservés en l’état, sur place. Du déchet
à la ressource, les échelles de temps ne sont pas les mêmes, le rapport à la matière et à la main savante de l’Homme sont différents et la matière grise n’est pas utilisée de la même manière. Du déchet à la ressource, le bâtiment existe différemment. Du déchet à la ressource, il est perçu autrement.
« D'un point de vue planétaire ou global, le patrimoine est l’ensemble des choses dont nous disposons au temps T pour aborder le temps T+1 » Rapport de Brundtland, 1988
Voir que « ceci n’est pas un déchet » nécessite une prise de conscience du potentiel que le matériau ou produit possède. Voir autrement, c’est prendre le temps de regarder, de creuser les échelles de la matière, de lire entre les lignes du bâtiment et d’ouvrir le champ des possibles. Entre voir et regarder, le temps prend le dessus et notre regard ne passe pas par la matière et le matériau, il les parcourt. Septembre 2023, le bâtiment est là, toujours là. Sa mémoire, son histoire et ses souvenirs sont là. Il est encore debout ! Il nous fixe du regard en nous chuchotant « oui, je suis là, regardez-moi, encore et encore ». Nous le voyons dans sa globalité, et puis nous regardons ses détails, matériaux, produits et équipements. Oui, nous le regardons au lieu de le voir. Nous ne l’avons jamais vu de cette manière. Nous l’avons toujours vu sans le regarder vraiment. Tous les matins, nous passons devant, comme si notre regard l’ignorait ou comme si notre cerveau ne voulait pas creuser au-delà de sa simple existence, pour voir la multitude des possibilités qui s’offrent à lui. Aujourd’hui, nous passons devant, les matières et matériaux sont exposés tout le long de la rue où il existe encore. Ils sont riches, inspirants, différents mais forment un ensemble. Unis par la matière, la couleur, le rythme ou la forme, ils se dessinent autrement que des déchets, des détritus. Tout simplement parce que notre regard change et prend conscience de ce que ces trésors peuvent être et devenir. Nous identifions des usages possibles, de nouvelles vies ou plutôt une vie prolongée, infinie de ces trésors cachés par le mot « déchets ». Le bâtiment varois, comme tout bâtiment est une richesse : il nous apprend par sa présence à lutter
contre son abandon. Il nous invite à le révéler, le conserver, le réhabiliter et lui offrir des vies et des usages intemporels. Il est aussi solidaire et serviable. Il accepte de transmettre aux autres bâtiments des éléments de son corps si leur conservation et/ou réhabilitation s’avèrent impossibles. Il se soucie de son contexte, de son environnement, et de nous, habitants. Aujourd’hui, dans le tas de cailloux, nous voyons des murets pour nos extérieurs ; dans la terre d’excavation, des murs en pisé ; dans le bois des palettes, du mobilier ; dans les morceaux de pierre, une reconstruction ; et dans les carreaux anciens, une mémoire de lieu. Nous voyons dans tout ce que nous regardons un usage, un intérêt et une histoire à raconter.
« Les pratiques anciennes peuvent fournir des outils pour repenser le projet aujourd’hui » Laure Jacquin, 2022
Janvier 2024, le bâtiment revit. Ses matières et matériaux retrouvent des usages et de la place. Exposer permet de voir et de regarder. Exposer permet de poser les bonnes questions et coconstruire les réponses. Exposer la mémoire du bâtiment à travers ses matières et produits, c’est lui conférer un caractère intemporel. Notre regard change, notre relation à ce qui nous entoure n’est plus la même. Le bâtiment est un héritage qui demande d’être transmis de génération en génération. Construire autrement ! Mais comment ? Le bâtiment nous renseigne et nous enseigne. Il nous questionne sur son devenir, par son expérience. Par la connaissance de ses matières, ses matériaux et produits, leurs diagnostics et les opportunités d’usages qu’ils offrent, le bâtiment nous laisse prendre du recul pour apprendre. Il nous donne des leçons pour construire autrement. Tout « déchet » n’est pas déchet, au sens du détritus, de l’inutilisable. Mais tout « déchet » n’est pas non plus une ressource. Le parcours du déchet à la ressource que le bâtiment trace tous les jours, n’est pas évident. Il dépend de l’état de la ressource, de son usage à un instant T et son usage en devenir. Il dépend aussi de l’action de dépose, de déconstruction ou de démolition. Dans les différents cas de figures, le bâtiment est le même mais l’action menée et les moyens de faire sont très différents. Pour éviter que les ressources du bâtiment ne deviennent des déchets, il importe d’interroger et de réinterroger le bâtiment. De quoi est-il construit, de quelle manière et pour quels usages ? Quoi, comment et pour quelles raisons construire aujourd’hui ?
Le bâtiment cherche à répondre à des usages par les moyens qu’on lui donne. Il est nécessaire peutêtre d’inverser les échelles : ne plus dessiner le bâtiment et puis choisir les ressources à intégrer au dessin, mais plutôt dessiner selon les ressources disponibles. Commencer par la fin. Commencer par ce qu’on a sous les mains et sous les pieds pour un bâtiment qui dure dans le temps. Sur le chemin de la prévention des déchets, par le réemploi et la réutilisation des matériaux, le bâtiment croise des difficultés, des freins liés à sa mise en œuvre, ses assemblages et les choix qui ont été faits. Nous devrons nous inspirer de son parcours pour lui dessiner un autre chemin plus résistant, plus durable. Construire autrement, c’est construire pour que le bâtiment dure, pour que la prévention des « déchets » soit plus efficace. Construire autrement, c’est donner du sens à tout ce qui nous entoure.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » Antoine Lavoisier
Face au bâtiment, à la matière et aux matériaux, nous sommes impressionnés par la richesse transmise, par l’histoire racontée et par le parcours vécu. Face à cette richesse, les opportunités de projets et les usages possibles se multiplient, se décomposent et se composent. Que doit-on faire de ces ressources ? Quelle(s) action(s) mener ? Quel(s) chemin(s) prendre ? Quel(s) usage(s) choisir ? Tout dépend de tout : du contexte, de l’environnement du bâtiment, du programme, des usages et de l’état physique et sanitaire des ressources. Tout dépend ! Toutes les ressources du bâtiment ne se contentent pas d’un seul traitement, ne prennent pas un seul chemin et n’espèrent pas une même vie. Le cas échéant, elles perdent leurs richesses. Les ressources demandent de l’attention à différentes échelles : du bâtiment à la matière. Au cas par cas et avec du bon sens, le choix doit être inspiré de la situation particulière du bâtiment. De la conservation, au réemploi, à la réutilisation jusqu’au recyclage, les actions diffèrent, les moyens d’y aboutir aussi. Il n’existe pas une solution, mais des solutions. Il n’existe pas un bon choix mais le choix qui correspond le mieux à l’existant. Le bâtiment ne tolère pas les recettes pré-établies, ni les leçons dictées. Il se veut le miroir de son contexte et de son environnement. Il se dessine par le crayon des ressources disponibles sur nos territoires. Il se colorie avec le pinceau de la durabilité et de l’intemporalité. Le temps s’efface pour laisser paraître des temps et des univers : mille et un univers ! Plus jamais de dessins figés, plus jamais de chemins guidés. Le bâtiment se veut être une transmission, un apprentissage et un patrimoine vivant.
En le fixant d’un regard assoiffé, nous lui demandons comment il imagine son avenir. D’un ton sûr, il nous répond « infini mais certain. Un avenir inspiré du présent et enrichi du passé. Un avenir où les idées reçues ne sont plus perçues. Un avenir où le monde se construit sur lui-même, pour et par ses ressources ». Cette réponse nous amène à la recherche du bon sens. Le bon sens sans déchets, ou peut-être pas complètement. Le bon sens avec les ressources déjà-là.
« Le réemploi, loin de se limiter à une dimension secondaire de l’acte de construire, constitue une ressource première pour opérer la transition écologique de l’architecture » Philippe Simay, 2021
La question des ressources, bien que récurrente dans les discours actuels, est encore à creuser. Elle se manifeste sous plusieurs formes : matière première, matériau composite, produit, équipement, etc. Ce bâtiment varois est une ressource en soi. Nous sommes tous responsables de cet héritage et acteurs de son développement. Nous sommes les personnages principaux de son histoire. Commencer par l’échelle du bâtiment est une manière de rendre hommage à un ensemble et de creuser les pistes de sa conservation et sa réhabilitation complète ou partielle, avant de passer à l’échelle des produits, équipements et matériaux. Si nous ne considérons pas le bâtiment comme ressource à part entière, une recherche de prévention des déchets à l’échelle d’une démolition serait obsolète. Une recherche de sens nécessite de redonner du sens à l’ensemble avant de diagnostiquer ses parties. Les échelles de subsidiarité font que plus on intervient sur la matière, plus on la complexifie, moins elle est réutilisable. Moins d’interventions on apporte, plus de possibilités s’offrent à la ressource. Entre conserver, réhabiliter, réemployer en l’état ou réutiliser, les interventions sur la ressource ne sont pas identiques, ne demandent pas le même temps de travail, ni les mêmes moyens. Plus on brûle les étapes, moins les retours en arrière sont possibles et les usages imaginables. Plus on prend le temps d’agir et on laisse le temps et la parole à la matière, plus la valorisation est possible et moins l’énergie est dépensée. Le temps est le maître-mot dans l’histoire du bâtiment-ressource. L’anticipation est la maîtresse des actions. Pensons à long terme quitte à passer plus de temps à concevoir et à construire. Une pensée du bâtiment par les ressources disponibles, prévient la génération des déchets qui débordent
des déchetteries et des décharges professionnelles. Le chemin vers un bâtiment-ressource doit-être parcouru par tout le monde : habitants, acteurs du bâtiment, acteurs locaux et institutionnels. Chaque acteur doit apporter sa pierre à l’édifice. L’histoire du bâtiment est co-construite, co-écrite et « cotransmise ». Le bâtiment, toujours debout, nous regarde en souriant. Rassuré par un avenir prometteur, il n’est plus dans la crainte de ne pas pouvoir persister, d’être abandonné, de nous abandonner. Son histoire lui semble intemporelle, son héritage infini et sa mémoire inoubliée ou inoubliable.
BIOGRAPHIES Safa Ben Khedher, architecte doctorante
Passionnée par l‘architecture vivante, avec un fort engagement pour l’économie circulaire, elle est diplômée de l’ENSA de Marseille, avec un projet de fin d’étude et un mémoire de recherche développant une pensée pour l’architecture de demain. Convaincue que l’architecture est un apprentissage continu, elle remporte en 2018 et 2019 deux concours sur la mutation des espaces et des équipements. Toujours orientée vers une pratique du métier entre recherche et action, elle est Habilitée à la maîtrise d’œuvre en son nom propre de l’ENSA de Montpellier en 2020. Depuis novembre 2020, ses envies professionnelles convergent vers une thèse CIFRE en architecture et ville. Le réusage comme ressource vers une nouvelle pratique : opportunité de projets négociés entre transition écologique, faisabilité opérationnelle et pérennité du processus, tel est son sujet de thèse à l’image de son apprentissage et ses convictions, en collaboration avec l’agence d’architecture et d’urbanisme Bresson Schindlbeck Architectes Associées. Sa recherche vise à considérer le « réusage » des ressources comme un processus global et non seulement comme un projet architectural. En 2022, elle rédige pour le CAUE Var, le miniguide « Réemploi, réutilisation et architecture » . La valorisation et la communication des processus et savoir-faire comme leviers au développement et à la pérennisation des pratiques, est au cœur de ses préoccupations. Elle prolonge aujourd’hui ce travail en tant que commissaire de l’exposition vers la construction d’une culture commune autour de ce sujet.
BIOGRAPHIES Hildegarde Laszak, dessinatrice artiste plasticienne Hildegarde Laszak pratique le dessin comme d’autres font de l’exercice, avec une régularité qui tient de la nécessité. C’est en tout cas l’impression que l’on a lorsque l’on fait face à un de ses murs de dessins aux formats, aux factures et aux sujets aussi différents qu’ils peuvent l’être. Ses personnages griffonnés, Hildegarde Laszak les emprunte aux faits divers ou à la vie quotidienne, le plus souvent associés à une phrase qui fait basculer le sens du côté de l’absurde ou du cocasse, ils reflètent le regard amusé, subjectif et clairvoyant que porte l’artiste sur ce qui l’entoure. Drôles ou touchants, irrévérencieux ou intimes, ils semblent jouir d’une liberté sans borne. Ses collages sont grinçants, ils manient sans retenue l’humour noir pour détourner des images souvent violentes trouvées dans de vieux magazines. L’œuvre d’Hildegarde Laszak est vivifiante, elle dresse un portrait circonspect de l’époque frénétique dans laquelle elle s’inscrit. « Le travail de commande est toujours un exercice d’équilibriste pour un.e dessinateur.e (à la différence d’un.e illustrateur.e), puisqu’il s’agit de faire cohabiter le militantisme qui l’habite et l’intention du commanditaire. Mais quand les convictions personnelles se rejoignent, la tâche est plus aisée et j’espère que mon vocabulaire graphique remplira son rôle de légèreté. »
Léna Durr, artiste plasticienne
Léna Durr est une artiste plasticienne diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design Toulon Provence Méditerranée. Son travail, qui mêle la photographie, la vidéo, l’audio et l’installation, est exposé dans la Région Sud, en France et en Europe, depuis 2015. De la mise en scène méticuleusement réfléchie, à la photographie documentaire sociale, Léna Durr explore les marges de notre société. En 2022, le Centre d’Art Contemporain de Châteauvert, produit son exposition Habitats Sauvages, qui fait partie du festival international de la photographie d’Arles. En 2023, le Département du Var soutient son travail en faisant l’acquisition de trois œuvres issues de cette série.
REMERCIEMENTS Marc Lauriol Conseiller Départemental, Président du CAUE Var, Directeur général de l’ODEL Wilfrid Jaubert Directeur général du CAUE Var et le conseil d’administration du CAUE Var remercient pour leur soutien, leur accompagnement, leur engagement : Jean Louis Masson Président du Département du Var Josée Massi Maire de Toulon Hélène Audibert Adjointe au Maire de Toulon Audrey Pasquali-Cerny Présidente de VarAménagement Développement Michaël SEBBAN & La Banque des territoires SCI Equerre Semard développement Jean-Jacques Castillon Président de la Fédération du BTP du Var Cyril Bolliet Secrétaire général de la Fédération du BTP du Var Safa Ben Khedher Commissaire de l'exposition, architecte et doctorante Léna Durr Photographe, artiste plasticienne Hildegarde Laszak Dessinatrice, artiste Plasticienne L’équipe du CAUE Var Alexandra, Clémence, Clément, Cloé, Emmanuelle, Eric, Jocelyne, Julie, Mathilde, Maxime, Mireille, Pierre, Morgane, Louis et Marie
Ministère de la culture, DRAC PACA, Inspection Académique du Var, Fédération Nationale des CAUE, Fédération Française du Paysage, Syndicat des Architectes du Var, RATP DEV, ESAD TPM et plus particulièrement, Magalie Rastello, Emy Navarro, Phyllis Januel, Lilou Qvistgaard, Diego Albizúrez, Service des fêtes et cérémonies de la Ville de Toulon, Librairies Charlemagne, Manugraph Communication, ADO La Garde, Bresson Schindlbeck Architecture, Atelier Aïno, Raediviva, Pierre Lanoux Authentic Matériaux Anciens, Frédéric et Alicia Sclavo - Sofovar, Damien Chatoux et Romain Vincent - Revalver, Faycel Benabi - R+Eveil, Maguy Gautier - EcoRecept, Antoine Gonzalez - 3AG Recyclage, Sophie Lethuin-Farge - Vinci Autoroute, Jean-Philippe Livigni - LV Bâtiment, Guillaume Harant - Château La Martinette à Lorgues. L’ensemble des propriétaires, maîtres d'œuvre et acteurs ayant participé à la réalisation de cette exposition. Avec CECI N’EST PAS UN DÉCHET… , le CAUE Var participe à la vie culturelle de la Ville de Toulon, de la Métropole TPM et du Département du Var.