Le drapeau espagnol : un symbole qui continue de traumatiser Aujourd’hui en Espagne, des décennies après la transition démocratique, le drapeau espagnol continue de subsister comme un symbole national qui, pour une partie de la population, conserve une forte charge émotionnelle. Bien que le gouvernement retire progressivement les vestiges matériels de la dictature franquiste grâce à la Loi de Mémoire Historique, le drapeau reste utilisé sans remise en question dans l’espace public. Cependant, pour certaines personnes âgées, sa présence demeure une source d’angoisse et d’anxiété. Il semble qu’avec la transition démocratique amorcée en 1975, on ait considéré que le passé appartenait au passé. Néanmoins, toute la population n’a pas pu ou voulu oublier les horreurs de la dictature. Pour beaucoup, en particulier ceux qui ont vécu directement le franquisme, le drapeau continue de fonctionner comme un rappel douloureux de décennies marquées par la peur, la répression et la perte de libertés. Une question essentielle se pose alors : comment un symbole national peut-il provoquer de l’anxiété et du traumatisme ? « Une, Grande et Libre » Le drapeau espagnol actuel trouve son origine au XVIIIe siècle et se caractérise par trois bandes horizontales : deux rouges et une jaune (gualda) au centre. Officiellement, il représente aujourd’hui l’unité de l’État, le cadre constitutionnel et le système démocratique. Cependant, la signification institutionnelle d’un symbole ne coïncide pas toujours avec l’expérience personnelle de ceux qui le perçoivent. La différence entre le drapeau franquiste et le drapeau actuel se limite, en apparence, à l’écusson. Pendant la dictature, celui-ci incluait des éléments fortement idéologiques comme l’aigle de Saint Jean, les colonnes d’Hercule et la devise « Une, Grande et Libre », directement associée au régime de Franco. Bien que ces symboles aient été retirés après la transition, la continuité visuelle du drapeau rouge et jaune crée une certaine ambiguïté. Durant le franquisme, le drapeau a été utilisé de manière systématique comme un outil de propagande et de contrôle. Il était omniprésent dans les écoles, les bâtiments publics et les cérémonies officielles, associé à un nationalisme imposé et excluant. Il n’existait aucun pluralisme symbolique : le drapeau représentait le régime et ne permettait pas d’interprétations alternatives. Pour ceux qui ont grandi dans ce contexte, ce symbole est resté profondément lié à l’autoritarisme et à la répression politique. Des traumatismes qui collent au drapeau D’un point de vue psychologique, le traumatisme ne disparaît pas avec le temps. Le traumatisme collectif, surtout lorsqu’il n’a pas été pleinement reconnu, peut être réactivé par des symboles qui agissent comme des déclencheurs. Dans le cas de nombreuses personnes âgées, la vue du drapeau peut provoquer des souvenirs intrusifs, un malaise physique ou même des crises d’angoisse. Ces réactions ne relèvent pas nécessairement d’une position politique actuelle, mais d’expériences vécues dans un contexte de peur, de silence imposé et de violence institutionnelle. De plus, ces traumatismes peuvent être transmis indirectement aux générations suivantes, à travers des récits familiaux ou des silences significatifs. Séparer le drapeau du passé Aujourd’hui, le drapeau espagnol a retrouvé une place centrale dans le débat public. Les manifestations, les tensions territoriales en Catalogne ou au Pays basque, ainsi que les discours nationalistes, ont multiplié sa présence sur les balcons, dans les protestations et lors d’événements politiques. Pour une partie de la population, ce retour est perçu comme la résurgence de discours excluants rappelant, même symboliquement, le passé autoritaire. Ainsi, la société espagnole est confrontée à une profonde division face à un même symbole. Tandis que pour beaucoup, le drapeau est un emblème neutre, voire une source de fierté démocratique, pour