HISTOIRE MILITAI RE DU CANADA
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COMBAT Richard Foot
Le Canada et l’opération Apollo : les premiers jours de la guerre en Afghanistan Voir l’article à la page 5 Des soldats de reconnaissance et un tireur d’élite du 3e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, vêtus d’uniformes britanniques, lancent le premier assaut de combat du Canada depuis la guerre de Corée sur une montagne de l’est de l’Afghanistan surnommée The Whale, le 13 mars 2002.
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Vol. 101, No 5 | SEPTEMBRE / OCTOBRE 2026
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PRÉSIDENTE DU CONSEIL Sharon McKeown VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL Berkley Lawrence SECRÉTAIRE DU CONSEIL Bill Chafe DIRECTEURS Steven Clark, Dermod Coombs, Randy Hayley, Trevor Jenvenne, Bruce Julian, Valerie MacGregor, Jack MacIsaac La revue Légion est publiée par Canvet Publications Ltd. DIRECTEUR GÉNÉRAL Jason Duprau RÉDACTEUR Aaron Kylie
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ÉDITORIAL
NOUVEAU CAP
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geste est lourd de sens. En juillet dernier, le Canada a annoncé que la société allemande Thyssenkrupp Marine Systems serait le fournisseur privilégié du Programme de sous-marins canadiens de patrouille. Cette initiative prévoit la livraison d’un maximum de 12 sousmarins modernes entre le milieu et la fin des années 2030, pour un cout estimé à 100 milliards de dollars – le plus gros projet d’approvisionnement militaire de l’histoire du pays. Cette décision est hautement symbolique et pourrait donner un nouveau cap aux Forces armées canadiennes, longtemps décriées. D’abord, alors que le gouvernement s’est engagé à plus que doubler ses dépenses consacrées à la défense et à la sécurité – pour les porter à 5 % du produit intérieur brut d’ici 2035 – et dans un contexte de recomposition des alliances mondiales, l’ampleur de cet investissement dans de nouveaux submersibles est considérable. Le pays pourrait devenir le plus grand exploitant de sous-marins de type 212CD. Et s’il obtient les 12 navires, le Canada se classerait actuellement au 10e rang des pays disposant d’une flotte sous-marine. Les submersibles, qui serviront à défendre le plus long littoral du monde, renforceront considérablement les moyens de la Marine royale canadienne et contribueront à renouer avec l’illustre passé de cette force qui comptait parmi les plus grandes marines du monde (seules les flottes des États-Unis et du Royaume-Uni lui étaient supérieures à la fin de la Seconde
Guerre mondiale). Cette puissance renouvelée pourrait-elle aussi stimuler le recrutement? « La future flotte de sousmarins du Canada assurera la sécurité de nos côtes et de nos eaux, tout en générant des retombées considérables et durables pour les travailleurs et les industries de chez nous, a déclaré le premier ministre Mark Carney lors de l’annonce. Nous bâtirons cette flotte pour bâtir un Canada plus fort. » Ainsi, les nouveaux sousmarins pourraient incarner l’évolution actuelle des Forces armées canadiennes. Première acquisition militaire majeure effectuée sous la direction de M. Carney, les bâtiments s’inscrivent dans le prolongement de sa promesse de juin 2025 d’« acquérir de
submersibles arriveront-ils « en avance sur le calendrier » en 2034? Et les 212CD qui n’ont pas fait leurs preuves, dont aucun exemplaire n’a encore été achevé ni utilisé dans le monde, fonctionneront-ils comme prévu et sans connaitre les problèmes courants des premiers bâtiments d’une nouvelle classe? Il suffit de regarder le bilan des sous-marins de la classe Victoria pour constater les dérives possibles en matière d’approvisionnement. Ces quatre bâtiments, achetés d’occasion en 1998 au prix d’environ 750 millions de dollars et livrés entre 2000 et 2004, connaissent depuis de nombreux problèmes : l’un d’eux a été rendu inutilisable par un incendie en mer, lors de son acheminement vers le Canada, et un seul est aujourd’hui en état de naviguer. Stephen Fuhr, secrétaire d’État à l’Approvisionnement en matière de défense, a rejeté ces inquiétudes lors de l’annonce du mois de juillet. « Ceci est une évolution; ce n’est pas vraiment du nouveau, a-t-il déclaré à propos de la nouvelle variante du sous-marin
Cette décision est hautement symbolique et pourrait donner un nouveau cap aux Forces armées canadiennes, longtemps décriées. nouveaux équipements et de nouvelles technologies, renforcer notre capacité industrielle de défense et tenir notre engagement face à l’OTAN », ainsi que de l’injection de 81,1 milliards de dollars sur cinq ans prévue dans le premier budget de son gouvernement pour réarmer les FAC. Ils constitueront un test décisif de sa capacité à concrétiser ses engagements. Le contrat avec Thyssenkrupp concernant les bâtiments sera-t-il conclu d’ici la fin de 2027? Les quatre premiers
de type 212 construit pour l’A llemagne et l’Italie entre 1998 et 2017. Nous faisons affaire avec l’un des constructeurs les plus compétents du monde. » Si le projet échoue, les Canadiens continueront probablement à se méfier des grands projets d’approvisionnement militaire. En revanche, si tout se passe bien, il pourrait représenter l’une des premières grandes réussites de l’ambition de M. Carney de rebâtir et de réarmer les FAC, et d’y investir de nouveau.
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dmonton est bien loin du Shah-i-Kot, dans l’est de l’A fghanistan : plus de 10 000 kilomètres à vol d’oiseau, mais une distance plus grande encore sur le plan psychologique. Pour le caporal Rob Furlong, le regard plissé derrière la lunette de son fusil tandis qu’il observait un groupe de combattants ennemis un aprèsmidi de mars 2002, les austères montagnes du Shah-i-Kot semblaient à mille lieues de chez lui. Quelques mois plus tôt, à la suite des attentats du 11 septembre, le 3e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (3 PPCLI), l’unité du caporal Furlong, avait reçu l’ordre de quitter sa base d’Edmonton pour être déployé au cœur du bastion d’al-Qaïda, en Afghanistan. En mars, les forces américaines et les forces rebelles afghanes avaient évincé le régime taliban de la capitale, Kaboul, et des dizaines de combattants talibans et d’al-Qaïda en déroute – parmi lesquels se trouvaient peut-être des cerveaux saoudiens des attentats du 11 septembre, comme Oussama ben Laden – se seraient regroupés dans le Shah-i-Kot, près de la frontière avec le Pakistan, pour y livrer un dernier combat. Cinq tireurs d’élite canadiens du 3 PPCLI avaient été détachés auprès d’une force participant à un ambitieux assaut aérien dirigé par les Américains afin de chasser l’ennemi de la région. Les Canadiens étaient répartis en deux équipes de trois tireurs : le caporal Furlong et le caporal-chef Tim McMeekin étaient jumelés à un soldat américain chargé de les protéger pendant qu’ils accomplissaient leur mission.
Le premier jour de l’assaut, l’équipe fut déposée dans les montagnes par un hélicoptère. Elle passa plusieurs jours à ratisser les crêtes enneigées et les éperons rocheux à la recherche de cibles et en appui des forces américaines et afghanes déployées dans la vallée. L’ennemi se révéla cependant plus nombreux que prévu : plusieurs milliers de combattants d’al-Qaïda opposèrent une forte résistance. Des hélicoptères américains furent abattus et les pertes de la coalition s’alourdirent. Parfois elle-même prise sous le feu direct de mortiers et de fusils, l’équipe de tireurs d’élite repérait et abattait des insurgés qui transportaient des armes dans la vallée ou vers les cols de montagne. Vers le sixième jour, le caporalchef McMeekin repéra à l’aide de son télémètre trois combattants ennemis qui transportaient des mortiers et d’autres armes dans la vallée, à plus de deux kilomètres de distance. C’était une portée considérable pour tenter un tir, même pour des tireurs d’élite chevronnés. Allongé sur le sol rocheux avec son fusil McMillan TAC-50, le caporal Furlong plaça dans sa ligne de mire le combattant qui représentait la menace la plus immédiate : celui qui transportait une mitrailleuse de fabrication russe. Il confirma la distance exacte auprès du caporal-chef, régla l’élévation de son fusil, calma sa respiration et posa doucement le doigt sur la détente. « Prêt », dit-il. « Feu », répondit le caporalchef McMeekin. La balle de calibre 50 fendit l’air en tournoyant et frappa le sol tout près du mitrailleur ennemi. Le caporal-chef indiqua une correction. Le caporal Furlong rechargea son arme, ajusta son tir et fit à nouveau feu, atteignant cette fois-là le sac à dos de l’homme. Bien que les combattants ennemis se soient précipités à couvert, ils restaient exposés, car ils ne savaient pas d’où venaient les coups de feu. Le caporal rechargea son arme et ajusta de nouveau son tir;
sa troisième balle atteignit la cible en pleine poitrine. Le caporal-chef qui observait l’action à l’aide de son télémètre confirma l’impact mortel. Le caporal Furlong venait d’abattre un homme à 2 430 mètres, ce qui constituait alors le tir mortel à la plus longue distance jamais enregistrée dans l’histoire. Il s’agissait d’un jour de grande importance pour le Canada en Afghanistan : il annonçait non seulement les capacités de combat exceptionnelles des soldats canadiens, mais aussi l’engagement de leur pays dans la longue et périlleuse guerre qui s’annonçait. Les dirigeants politiques du Canada furent « ébranlés jusque dans leurs fondements » le 11 septembre 2001, écrivirent Janice Gross Stein et Eugene Lang dans The Unexpected War: Canada in Kandahar (La guerre inattendue : le Canada à Kandahar, NDT). Fait notable, le ministre de la Défense, Art Eggleton, et le général Ray Henault, chef d’état-major de la Défense, étaient tous deux en Europe ce matin-là – respectivement en Bulgarie et en Hongrie, où le général Henault assistait à une réunion de généraux de l’OTAN. Ils regardèrent avec horreur des terroristes d’al-Qaïda diriger des avions de ligne contre les tours du World Trade Center et le Pentagone, tandis qu’un quatrième avion détourné s’écrasait dans la campagne de Pennsylvanie. Le Canada se retrouva immédiatement en première ligne. Non seulement 24 Canadiens figuraient-ils parmi les 3 000 personnes tuées lors des attaques, mais les aéroports aux quatre coins du pays servirent de sites d’atterrissage d’urgence pour plus de 220 avions à destination des États-Unis. De Vancouver à Gander, T.-N.–L., les collectivités offrirent réconfort, nourriture et hébergement aux dizaines de milliers de passagers bloqués. Alors que le chaos s’installait, le ministre Eggleton et le général Henault s’empressèrent de rentrer à Ottawa, où le gouvernement du
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Une équipe canadienne de tireurs d’élite du groupement tactique du 3 PPCLI, vêtue d’un treillis britannique spécialisé, observe le terrain près de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan.
premier ministre, Jean Chrétien, prenait la mesure d’un monde géopolitique radicalement transformé et tentait de déterminer dans l’urgence comment le Canada devait réagir. « Les membres du gouvernement Chrétien, écrivirent Janice Gross Stein et Eugene Lang, […] n’avaient aucune idée du rôle que l’armée canadienne devait, pouvait ou allait jouer en Afghanistan. En fait, Ottawa s’évertua pendant plusieurs mois à élaborer une politique sur l’A fghanistan qui réponde aux principaux objectifs politiques du gouvernement tout en étant acceptable pour le public canadien. » Dans les semaines précédant le 11 septembre, le gouvernement préparait un budget fédéral axé sur l’éducation postsecondaire. Ce projet fut balayé et remplacé à la hâte par un budget consacré à la sécurité nationale, qui prévoyait une enveloppe sans précédent de 7,7 milliards de dollars destinée aux organismes de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Les préoccupations concernant la sécurité étant centrées sur le territoire national plutôt qu’à l’étranger, peu de fonds supplémentaires furent accordés aux Forces armées. Parallèlement, le gouvernement savait qu’une forme de contribution militaire était inévitable. Cela devint particulièrement évident en octobre, lorsque l’OTAN invoqua, pour la première fois en 52 ans d’existence, l’article 5 du traité fondateur de l’alliance, selon lequel toute attaque perpétrée contre un membre de l’OTAN est une attaque perpétrée contre tous. La participation militaire du Canada était alors légalement obligatoire. Selon Janice Gross Stein et Eugene Lang, le Cabinet et les hauts fonctionnaires étaient divisés sur la marche à suivre. Certains voulaient envoyer immédiatement des troupes canadiennes
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Les Américains « étaient curieux parce qu’ils ne nous connaissaient pas vraiment », raconta l’un de ses membres. Au début, les gens disaient : « C’est qui, bordel, la FOI 2? »
se joindre aux forces américaines engagées dans l’assaut contre le bastion d’al-Qaïda à Kandahar, dans le sud de l’A fghanistan. D’autres préféraient confier aux troupes canadiennes une mission moins risquée, peut-être aux côtés des alliés européens au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), une force de stabilisation pour Kaboul placée sous mandat de l’ONU. De leur côté, certains hauts responsables militaires, inquiets de l’état de négligence prolongée et de la surcharge des Forces armées canadiennes, préféraient une contribution symbolique à la force navale qui se constituait dans la mer d’A rabie. Une semaine après que l’OTAN eut invoqué l’article 5, le ministre Eggleton annonça l’opération Apollo, la contribution officielle du Canada à la mission militaire des États-Unis en Afghanistan.
Le nom Apollo – celui du programme américain d’alunissage – fut choisi délibérément pour témoigner de la solidarité du Canada avec les États-Unis. L’annonce d’Eggleton ne faisait toutefois aucune mention du déploiement de troupes canadiennes en Afghanistan. La Marine devait plutôt renforcer la flotte de la coalition qui se constituait au large du Pakistan, et le NCSM Halifax reçut l’ordre de se dérouter de l’Espagne, où la frégate participait à des exercices de l’OTAN, vers la mer d’A rabie. Neuf jours plus tard, une force opérationnelle navale commandée par le commodore Drew Robertson quitta Halifax à destination de l’Asie du Sud. Le départ des bâtiments de guerre eut lieu en grande pompe sous les yeux de milliers de sympathisants – et de familles de marins inquiètes – qui les saluaient depuis la rive.
Stephen J. Thorne/La Presse Canadienne; John Horton
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L’artiste John Horton représente une équipe d’arraisonnement canadienne qui s’approche d’un navire-citerne marchand en mer d’Arabie pendant la guerre en Afghanistan.
Parmi la foule se trouvait Laura Nurse, dont le fiancé, le matelot de 2e classe Scott Shaw, faisait déjà route vers l’Asie du Sud à bord du NCSM Halifax. Son navire et son équipage devaient rentrer au pays un mois plus tard, au terme de leur mission auprès de l’OTAN, mais ils étaient désormais déployés pour une durée indéterminée dans le cadre de ce que le président américain George W. Bush appelait la guerre contre le terrorisme. « Si j’avais su à l’époque qu’il partait à la guerre, j’aurais épousé mon petit marin le jour même de son départ, avoua alors Laura Nurse au National Post. Je crains de ne jamais le revoir. » En janvier, six navires de guerre canadiens étaient déployés en mer d’A rabie, un tiers de la flotte de surface de la marine. Au cours des deux années suivantes, 16 contretorpilleurs, frégates et ravitailleurs de la Marine royale du Canada, de même que plus de 4 000 marins, participèrent à l’effort. Ils protégeaient les navires américains qui lançaient des frappes aériennes contre l’A fghanistan et patrouillaient en mer d’A rabie et dans le golfe d’Oman, arraisonnant des centaines de bateaux suspects à la recherche de drogue, d’armes et d’agents d’al-Qaïda essayant de s’enfuir d’Asie du Sud-Ouest par la mer.
Ce que les Canadiens et bon nombre de hauts responsables du gouvernement fédéral ignoraient, c’est que, dès décembre 2001, outre la contribution navale largement mise en valeur, des soldats canadiens avaient été discrètement envoyés en Afghanistan. Un contingent de la Force opérationnelle interarmées 2 (FOI 2), l’unité d’élite des forces spéciales canadiennes, était déjà sur le terrain, où il appuyait les forces spéciales américaines dans leur traque des dirigeants talibans et d’al-Qaïda. Quelque 40 soldats de la FOI 2 se joignirent à des agents venus d’A llemagne, du Danemark, de Turquie et d’autres pays au sein de la force opérationnelle K-Bar, un regroupement de forces spéciales placé sous commandement des États-Unis. Cette force avait pour mission de traquer et de capturer ou de tuer les combattants ennemis dans le sud de l’A fghanistan. D’abord basée au Pakistan, puis sur une piste d’atterrissage conquise dans la province de Helmand et baptisée Camp Rhino, la force opérationnelle K-Bar s’installa ensuite sur le terrain d’aviation de Kandahar, l’ancien quartier général d’al-Qaïda. Ce n’est que le 21 janvier 2002 que la population apprit que des Canadiens combattaient en Afghanistan, lorsque les journaux publièrent une photographie
d’agence montrant des Canadiens masqués – portant des treillis de camouflage verts, contrairement à leurs homologues américains vêtus de brun désert – escortant trois détenus ennemis sur la rampe d’un hélicoptère américain à Kandahar. Cette image provoqua un tollé à la Chambre des communes. Les députés de l’opposition accusèrent le gouvernement d’avoir trompé le Parlement quant à la véritable ampleur de l’engagement du Canada en Afghanistan et soulevèrent des questions sur la collaboration apparente des Forces canadiennes avec les efforts controversés des États-Unis visant à capturer puis à transférer les « combattants ennemis illégaux » vers la prison américaine de la baie de Guantánamo, à Cuba, dont le statut juridique demeurait flou. Lorsque les forces spéciales canadiennes arrivèrent pour la première fois en Afghanistan, la FOI 2 était encore méconnue dans le milieu très fermé des unités spécialisées de l’OTAN. Les Américains « étaient curieux parce qu’ils ne nous connaissaient pas vraiment, raconta l’un de ses membres au Toronto Star en 2010. Au début, les gens disaient “C’est qui, bordel, la FOI 2?” ». Les Canadiens firent vite leurs preuves, accomplissant une gamme de missions, notamment des raids contre des installations et des repaires ennemis, la capture de hauts responsables talibans et le guidage de frappes aériennes depuis des postes d’observation en montagne. Comme les autres unités de la force opérationnelle K-Bar, la FOI 2 reçut la U.S. Presidential Unit Citation des États-Unis pour « son héroïsme extraordinaire et son rendement exceptionnel dans l’accomplissement de sa mission face à l’ennemi en Afghanistan ». Tandis que les prouesses de la FOI 2 se déroulaient dans le secret, le gouvernement Chrétien continuait de tergiverser sur la façon de soutenir la guerre en Afghanistan de façon plus tangible que le déploiement maritime. Au début, Ottawa chercha à se joindre
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à la force de stabilisation de la FIAS dirigée par les Britanniques; cependant, le Royaume-Uni lui opposa une fin de non-recevoir, affirmant que, hormis une composante du génie, il n’avait pas besoin d’un important contingent de l’A rmée canadienne à Kaboul. Entre-temps, les planificateurs militaires américains demandèrent au Canada de fournir un groupement tactique à Kandahar. Les forces américaines avaient fort à faire pour traquer les combattants talibans et d’al-Qaïda encore présents à Kandahar et dans les environs, et elles voulaient l’aide du Canada pour protéger le terrain d’aviation de Kandahar, une base d’une importance cruciale pour les opérations dans le sud de l’Afghanistan. Le Cabinet accepta et promit qu’un bataillon d’infanterie serait déployé dans la ville – au cœur d’une guerre ouverte – dès février. La décision « marquait un tournant majeur dans la réflexion politique et militaire à Ottawa, écrivirent Janice Gross Stein et Eugene Lang. Ce serait la première mission de combat pour les Forces canadiennes depuis la guerre de Corée, cinquante ans plus tôt. » Après des décennies de missions humanitaires ou de stabilisation dans les Balkans, en Afrique et au Moyen-Orient, il s’agissait d’une occasion longtemps attendue pour les Forces armées de « montrer au public qu’elles constituaient une force de combat bien entrainée, et non de simples soldats de la paix coiffés du béret bleu ».
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L’avant-garde du contingent d’infanterie promis par le Canada – un détachement de reconnaissance du 3 PPCLI commandé par le lieutenant-colonel Pat Stogran – arriva au terrain d’aviation de Kandahar le 14 janvier 2002. Comme la plupart des soldats qui arrivaient alors dans la ville, ses membres furent transportés à bord d’un C-17 Globemaster américain, qui descendit en spirale au-dessus de la piste pour éviter les tirs ennemis, un tarmac plongé dans l’obscurité, au milieu des carcasses d’appareils soviétiques abandonnés datant des années 1980. « L’aérogare internationale, dévastée, n’était éclairée que par la lueur de barils de 50 gallons enflammés, autour desquels des fusiliers marins américains, lourdement armés, sales et coiffés d’une tuque, se penchaient au-dessus des flammes pour se réchauffer les mains, écrivit l’historien Sean M. Maloney dans The Canadian Army in Afghanistan, une histoire officielle du conflit en trois volumes publiée en 2022. On se serait cru dans un film postapocalyptique. » Le reste du groupement tactique du 3 PPCLI atterrit deux semaines plus tard. Conduit sur une parcelle de terrain dégagée près de la piste où il n’y avait ni sacs de sable ni autres ouvrages défensifs, il reçut l’ordre d’y établir son campement. Le lieutenant-colonel Stogran commandait en tout quelque 1 000 soldats, provenant principalement d’Edmonton, mais aussi d’unités de partout au Canada.
En plus de capacités logistiques, de transmissions et de génie de combat, le groupement tactique comptait trois compagnies d’infanterie légère, un escadron des Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians) équipé de véhicules de surveillance Coyote et un peloton de mortiers du 1er régiment de la Royal Canadian Horse Artillery. Aux côtés de la petite équipe de la FOI 2 qui était déjà sur place et qui opérait de façon totalement indépendante du groupement de Stogran, les soldats du Patricia côtoyaient une multitude de forces internationales, venues de pays aussi divers que la Norvège et la Nouvelle-Zélande, qui utilisaient toutes le terrain d’aviation de Kandahar comme base essentielle. Ce terrain d’aviation, l’une des trois seules grandes pistes afghanes aux mains de la coalition en 2002, était une installation quelque peu délabrée située à la périphérie sablonneuse de la deuxième ville d’A fghanistan. Il jouait un rôle crucial en tant que base d’opérations avancée sécurisée à l’appui de la guerre dans le sud. Il revenait au groupement tactique du lieutenantcolonel Stogran de protéger la base, avec l’appui des capacités de surveillance électronique de ses véhicules Coyote, libérant ainsi les bataillons d’infanterie américains pour des missions plus lointaines. Vu le peu d’activité ennemie dans le secteur immédiat, la garde du terrain d’aviation était fastidieuse. Les soldats surveillaient le périmètre de
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Des soldats canadiens montent dans un hélicoptère Chinook américain dans les montagnes de l’est de l’Afghanistan, le 17 mars 2002, à la fin de leur première offensive de combat depuis la guerre de Corée (en regard, à gauche). Des soldats canadiens sur The Whale (ci-contre).
« Ce que l’on a tendance à oublier, c’est que la perte du terrain d’aviation, ou même la perturbation de ses activités, aurait été catastrophique et aurait retardé l’effort de la coalition pendant des mois, voire des années. » la piste et vivaient dans des tentes au milieu du vacarme constant des aéronefs à l’atterrissage et au décollage, ainsi que des scorpions et des serpents, et dans la chaleur accablante du printemps et de l’été. « C’était une besogne ingrate, écrivit M. Maloney, mais essentielle. Ce que l’on a tendance à oublier, c’est que la perte du terrain d’aviation, ou même la perturbation de ses activités, aurait été catastrophique et aurait retardé l’effort de la coalition pendant des mois, voire des années. « Tout ce dont les 5 000 soldats pouvaient avoir besoin devait arriver par avion : véhicules, munitions, eau, nourriture et allumettes. Et tout cela devait être entreposé et organisé quelque part, et protégé des éléments, des pillards et de l’ennemi. Autrement dit, le terrain d’aviation de Kandahar était la ligne de vie et le cerveau de la coalition en Afghanistan. » La guerre s’intensifia pour le groupement tactique canadien au début du mois de mars. L’opération Anaconda, nom de
code de l’assaut aérien de la coalition dans la région du Shah-i-Kot, offrit aux équipes de tireurs d’élite du groupement tactique un répit bienvenu de leurs tâches de garde et les lança au combat pour la première fois. Les cinq tireurs du PPCLI se distinguèrent dans les montagnes par leur courage sous le feu ennemi et par des tirs mortels effectués à des distances records. (À la suite de l’opération, leurs exploits furent ternis par des accusations selon lesquelles certains d’entre eux auraient profané le cadavre d’un combattant ennemi, notamment en lui coupant un doigt en guise de souvenir. Une longue enquête menée par la police militaire disculpa les tireurs – les caporaux Furlong et Dennis Eason et les caporaux-chefs McMeekin, Arron Perry et Graham Ragsdale – qui reçurent chacun la Bronze Star américaine pour actes de bravoure sur le champ de bataille.) Dans l’ensemble, l’opération Anaconda ne se déroula pas très bien : les hélicoptères furent abattus, plusieurs Américains furent
tués et des centaines de combattants ennemis auraient réussi à s’échapper de la vallée du Shah-i-Kot et à se cacher dans les cavernes et les ravins de l’escarpement surnommé The Whale (la baleine, NDT), qui longe le côté ouest de la vallée. Les fantassins du 3 PPCLI eurent à leur tour l’occasion d’échapper à la monotonie de la garde du terrain d’aviation de Kandahar lorsqu’ils reçurent l’ordre de ratisser la crête à la recherche des insurgés insaisissables. Des hélicoptères Chinook déposèrent les Canadiens sur le terrain accidenté et en altitude de The Whale le 13 mars. Gonflés d’adrénaline, ils s’attendaient pleinement à livrer le premier combat majeur de l’A rmée canadienne depuis des dizaines d’années. Pendant cinq journées intenses, chargés de lourds sacs à dos, ils fouillèrent les cavernes et les affleurements, trouvant de petits dépôts de munitions, des documents abandonnés et, de temps à autre, des cadavres. Toutefois, l’ennemi, y compris de possibles dirigeants d’al-Qaïda, avait quitté les lieux, et le groupement tactique retourna à Kandahar. Un mois plus tard, le 17 avril, une tragédie frappa le Patricia, non pas sous le feu ennemi, mais à la suite d’un tir fratricide effectué par un chasseur F-16 américain. La compagnie A du bataillon menait un exercice d’entrainement nocturne sur un champ de tir réel du nom de Tarnak Farm, près du terrain d’aviation de Kandahar, en préparation d’une opération à venir. Un pilote américain qui décrivait des cercles autour du terrain d’aviation cette nuit-là prit les éclairs des armes légères des Canadiens pour des tirs ennemis. Le pilote largua une bombe guidée au laser sur la compagnie A, tuant le sergent Marc Léger, le caporal Ainsworth Dyer et les soldats Richard Green et Nathan Smith, et blessant huit autres militaires. Ces quatre hommes furent les premiers soldats canadiens à mourir en Afghanistan. Leur décès suscita
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« Les membres du gouvernement Chrétien n’avaient aucune idée du rôle que l’armée canadienne devait, pouvait ou allait jouer en Afghanistan. »
une immense vague de chagrin au Canada, pays peu habitué, en 2002, à apprendre que ses soldats étaient tués à l’étranger. Pendant trois mois après l’incident, les soldats du lieutenantcolonel Stogran menèrent diverses autres missions de recherche et de contrôle à l’extérieur de Kandahar, alors que la coalition continuait de sillonner le pays à la recherche des forces d’alQaïda et des talibans et de traquer les dirigeants responsables des attentats du 11 septembre. En mai, les Canadiens participèrent à l’exhumation de 23 tombes récentes dans la région de Towr Ghar, dans l’est de l’A fghanistan, près de l’endroit où les forces de la coalition avaient combattu les forces d’al-Qaïda lors de la bataille de Tora Bora, en décembre. Les villageois des environs avaient renseigné les Patricias sur les tombes qui, croyaient-ils, contenaient les corps d’agents d’al-Qaïda, y compris un Arabe de grande taille qui était peut-être Oussama ben Laden. Un peloton du 3 PPCLI prit la tête d’une équipe regroupant des experts de la Criminal Investigation Division de l’A rmée américaine (division des enquêtes criminelles, NDT). L’examen et le prélèvement d’échantillons d’A DN, effectués avec la coopération de résidents afghans, ne permirent pas d’établir que les dépouilles étaient celles de dirigeants d’alQaïda. Cependant, les enquêteurs
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Un soldat canadien monte la garde aux côtés de travailleurs afghans qui attendent de décharger des sacs de céréales transportés par un vol d’aide humanitaire du Programme alimentaire mondial sur le terrain d’aviation de Kandahar, le 28 février 2002.
déterminèrent que les morts avaient probablement fait partie de l’équipe de protection rapprochée d’Oussama ben Laden. Le groupement tactique du 3 PPCLI termina sa mission à Kandahar plus tard cet été-là et rentra au pays pour se reposer et récupérer, puis transmettre au reste de l’A rmée canadienne les enseignements tirés de sa mission. La Marine, quant à elle, maintint sa présence en mer d’A rabie jusqu’à ce que son dernier navire, le NCSM Calgary, rentre au Canada en décembre 2003. Bien que ni le gouvernement d’Ottawa ni la plupart des Canadiens ne le sussent à l’époque, la fin de l’opération Apollo ne marquait que le début de l’engagement du Canada en Afghanistan. Lorsque le 3 PPCLI quitta Kandahar, les talibans avaient été chassés du pouvoir, et les forces d’al-Qaïda survivantes étaient pourchassées jusqu’au-delà de la frontière, au Pakistan. Toutefois, comme l’écrivit Sean Maloney, « les premiers contours diffus de l’insurrection qui allait plus tard embraser le sud et l’est de l’A fghanistan » avaient déjà commencé à se dessiner durant le séjour des Canadiens à Kandahar. Au cours de la décennie suivante, les forces canadiennes retournèrent
en Afghanistan, d’abord à Kaboul, puis à Kandahar, où elles furent entrainées dans une guérilla prolongée, menée à un rythme soutenu et beaucoup plus meurtrière. L’opération Apollo ne fut que le prélude, plus calme et plus facile, à tout ce qui allait suivre. Et pourtant, malgré son manque de drame et de spectaculaire, la première incursion du Canada en Afghanistan prouva qu’il était un allié fiable de l’OTAN, capable de contribuer efficacement à la sécurité mondiale. Plus important encore, elle tira les Canadiens de leur complaisance à l’égard des Forces armées et de leur véritable raison d’être. « Le conflit en Afghanistan était le premier conflit armé majeur auquel participait le Canada depuis la guerre de Corée, dans les années 1950, et c’était aussi sa première campagne de contre-insurrection prolongée, écrivit M. Maloney. « La guerre en Afghanistan rappela aux Canadiens que le paradigme du maintien de la paix qui avait si longtemps dominé la vision canadienne du monde s’inscrivait dans un âge d’or révolu, peut-être même mythologique. Le Canada était désormais aux prises avec un nouveau type d’ennemi. »
Stephen J. Thorne/La Presse Canadienne
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Serge Durflinger
UN PREMIER
CANADIEN F RANÇAIS Hommage au premier amiral francophone du pays
Le
contramiral Victor Gabriel Brodeur mena une remarquable carrière de 37 ans au sein de la Marine royale du Canada. Il devint le premier amiral canadien-français d’une marine où l’anglais demeura la seule langue en usage jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Né en 1892 à Belœil, à l’est de Montréal, au Québec, il était le fils de Louis-Philippe Brodeur, qui, au titre de ministre du Service naval, dirigea en 1910 la création du Service naval du Canada, rebaptisée Marine royale du Canada (MRC) en 1911. En 1909, le jeune élève-officier Brodeur fut l’un des six premiers à se préparer à servir dans la marine.
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L’apprentissage se révéla exigeant, puisque, comme il le mentionna par la suite, il ne pouvait « presque pas prononcer un mot en anglais ». Il fut affecté à l’ancien croiseurécole NCSM Niobe en tant qu’aspirant de marine et, en 1911, détaché auprès de la Marine royale pendant un an à bord du célèbre cuirassé HMS Dreadnought afin de parfaire sa formation d’officier. L’accent très prononcé de l’aspirant Brodeur amena certains de ses compagnons de bord à croire qu’il était écossais, ce qui lui valut le surnom de « Scotty ». Il servit d’abord à bord du croiseur HMS Berwick lors de la Première Guerre mondiale, puis comme officier d’artillerie navale à bord du HMS Dreadnought et ensuite du croiseur HMS Caradoc. La Marine royale considérait Brodeur comme un officier enthousiaste et dévoué, mais on lui
reprochait aussi d’être trop franc et de manquer de tact. Ces traits le suivirent tout au long de sa carrière. L’officier Brodeur revint au Canada en 1921 en tant que lieutenant, et il occupa d’importants postes d’état-major à Ottawa, où il contribua notamment à établir un système national d’unités de réserve navale. Il préconisait régulièrement l’utilisation du français dans la marine pour encourager le recrutement au Québec, mais sans guère de succès. Comme c’était le cas pour de nombreux officiers de marine canadiens qui avaient besoin d’expérience, il servit de nouveau dans la Marine royale de 1924 à 1927. De retour au Canada avec le grade commander, il devint officier supérieur de la marine à Halifax. En 1929, il prit le commandement du contretorpilleur de la MRC Champlain et, deux ans plus tard,
U.S. Naval History and Heritage Command/Wikimedia; BFC Esquimalt Naval & Military Museum; Naval Museum of Alberta; BAC/PA-126721
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Un jeune Victor Brodeur (en regard) et à bord du NCSM Skeena (gauche et ci-dessous) en 1937. Au début de sa carrière, il servit à bord du fameux cuirassé Dreadnought (en regard).
Fervent nationaliste, il s’élevait souvent contre la volonté de la marine royale d’intégrer la mrc à des opérations planifiées sans même en informer les canadiens. Ce n’était là qu’un affront parmi d’autres. du Skeena. Ces deux navires étaient basés à Esquimalt, en ColombieBritannique, où il devint officier supérieur en 1932. En 1934, Brodeur reprit du service dans la Marine royale en tant que commandant en second du croiseur HMS Durban. Ce fut sa dernière affectation en mer. Il servit ensuite à l’A mirauté à Londres et fréquenta l’Imperial Defence College. Il semblait destiné au haut commandement. Il retourna au Canada en 1937 où il reprit le commandement de la région de la côte ouest au début de la Seconde Guerre mondiale. Il fut promu commodore en 1940 puis, peut-être étonnamment compte tenu de son tempérament fougueux, nommé attaché naval à la légation canadienne, devenue par la suite une ambassade, à Washington. Il était devenu
marin-diplomate. Deux ans plus tard, il obtint le grade de contramiral et devint représentant naval auprès de la mission interarmées des chefs d’état-major du Canada dans la capitale américaine.
Grâce à ce poste important, le contramiral Brodeur veillait à ce que la voix du Canada se fasse bien entendre lors des délibérations navales alliées touchant les intérêts du pays, notamment celles portant sur la défense de l’A mérique du Nord, sur l’acheminement des convois transatlantiques et sur l’affectation de ressources destinées à la construction navale. Fervent nationaliste, il s’élevait souvent contre la volonté de la Marine royale d’intégrer la MRC à des opérations planifiées sans même en informer les Canadiens. Ce n’était là qu’un affront parmi d’autres. Il écrivit un jour au quartier général naval d’Ottawa que la marine américaine soutenait « que seulement deux pays [dirigeaient] cette guerre, et que le Canada n’en [était] pas un. » Il rappela aux Américains que le Canada était un pays indépendant et qu’il devait être consulté sur toute question touchant ses intérêts. Il quitta Washington vers la fin de 1943 afin de reprendre ses fonctions de commandant naval de la côte ouest. Il prit sa retraite à Vancouver en 1946 et y resta jusqu’à sa mort, en 1976. Vers la fin de sa vie, il déclara : « Je referais tout ça sans hésiter […]. J’ai pris grand plaisir à tout ce que j’ai fait, et j’ai adoré mon service. »
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SECONDE GUERRE MONDIALE
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Le sergent Clarence Kenneth Crockett mena une section du Calgary Highlanders lors de la traversée du canal Albert, en Belgique, épisode bref mais décisif de la campagne de l’Escaut. David J. Bercuson
La
Première Armée canadienne avait été chargée, en automne 1944, de chasser les Allemands de l’estuaire de l’Escaut afin de permettre aux navires d’accéder au port d’Anvers. Les Alliés – britanniques, canadiens et américains – avaient pratiquement distancé leurs lignes de ravitaillement; leurs munitions, leurs vivres et leurs autres approvisionnements essentiels arrivaient encore des plages de Normandie par les camions Red Ball. Les Britanniques avaient libéré le port d’A nvers au début du mois de septembre, mais la voie navigable entre la mer du Nord et la deuxième ville de Belgique était défendue par les Allemands et minée. Tant que l’ennemi n’en serait pas chassé, Anvers, l’un des plus grands ports du nord-ouest de l’Europe, demeurerait pratiquement inutilisable pour les Alliés. Pour progresser le long de la rive est de l’estuaire, la 2e Division d’infanterie canadienne devait franchir le canal Albert. Cette tâche fut confiée à la 5e Brigade d’infanterie canadienne qui regroupait le Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada, le Régiment de Maisonneuve de Montréal et le Calgary Highlanders. Le Black Watch fut le premier à attaquer le point de franchissement aux petites heures du 21 septembre. Il se heurta à une forte résistance et dut
battre en retraite. Plus tard dans la nuit, le Calgary Highlanders tenta à son tour le franchissement, sous la conduite du sergent Clarence Kenneth Crockett. Ce militaire de 25 ans, originaire de Nanton, en Alberta, avait été décrit par le commandant de sa compagnie comme « l’un de ces [sous-officiers] idéaux en temps de guerre – intelligent, très fort physiquement et agressif ». D’après le plan élaboré par l’étatmajor de la compagnie « C », Crockett devait mener un détachement de neuf hommes sur une porte d’écluse partiellement détruite et la franchir de nuit, enlever les barrières que les Allemands avaient placées du côté nord de la porte et s’établir dans un petit périmètre du côté ennemi du canal. Le reste de la compagnie « C » suivrait ensuite.
Le principal obstacle que Crockett devait franchir, dans l’obscurité, était la porte d’écluse fortement endommagée. La partie sud de la porte, une passerelle d’un demi-mètre de largeur, était à peu près intacte. Mais, de l’autre côté, il ne restait qu’un seul tuyau de 15 centimètres de largeur et une partie de la main courante.
militaryantiquestoronto.com; The Calgary Highlanders (image améliorée à l’aide de l’IA); Ken Bell/MDN/BAC/PA-145567; warfarehistorynetwork.com
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Le sergent Clarence Kenneth Crockett des Calgary Highlanders (en regard). Des soldats canadiens tirent sur les positions allemandes près de l’Escaut à l’automne 1944 (ci-contre, en bas). Des camions Red Ball acheminent le ravitaillement allié dans le nord-ouest de l’Europe (ci-dessous).
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Le petit groupe du sergent Crockett avait sept Sten (en haut), deux Bren (au milieu), un mortier de deux pouces (en bas, à gauche) et un lanceur PIAT (en bas, à droite).
Le sergent Crockett souffrait de dysenterie, mais il accepta néanmoins la mission. Chaque homme de sa section retira ses bottes de combat et enfila une paire de chaussures de sport. Crockett et sept de ses hommes emportèrent des mitraillettes Sten (armes de fabrication britannique à la qualité inégale), tandis que les deux autres portaient des mitrailleuses légères Bren. Un des hommes avait aussi un mortier de deux pouces, un autre, un poste radio no 38 et un troisième, un lanceur PIAT [Projector, Infantry, Anti-Tank]. Chacun d’eux portait aussi deux ou trois bandoulières de munitions. Le sergent savait qu’un silence absolu serait la clé du succès lorsque ses hommes et lui s’engagèrent sur la porte d’écluse à moitié détruite. Avant leur départ, il leur avait dit : « Si une fusée éclairante est tirée, où que nous soyons, restez le plus bas possible et ne bougez pas […] personne ne tire sans mon ordre. Il est possible que nous soyons surpris sur les portes d’écluse. » Le commandant de compagnie F.H. (Franko) Baker rejoignit les hommes au bord du canal, leur donna quelques instructions de dernière minute, puis, à 1 h 30 le 22 septembre, le sergent Crockett s’engagea seul sur la porte d’écluse. Il s'avança prudemment jusqu’à une petite ile au milieu du canal. Il revint ensuite faire signe au reste de la patrouille de le suivre. Le caporal Ralph A. Harold lui emboita le pas. Progressant lentement, le sergent s’arrêta à la partie endommagée de la porte et ordonna aux autres de ne pas bouger. Il gagna prudemment la rive nord du canal.
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La progression sur le tuyau était périlleuse et, pour ne rien arranger, une pluie fine s’était mise à tomber. Le sergent passa sa Sten dans son dos et s’agrippa des deux mains à la main courante en partie démolie. Il atteignit l’autre côté et découvrit une barrière de barbelés. Après que le caporal Harold l’eut rejoint, ils l’écartèrent. Les autres commencèrent à traverser le tuyau. Au point de départ, le commandant Baker et un petit groupe d’hommes attendaient avec anxiété. Le lieutenant Harold Norman Holmgren, le commandant du peloton, se souvint de ces moments de tension : « Pendant de longues minutes, aucun bruit ne se fit entendre tandis que nous tendions l’oreille pour suivre la progression de Crockett sur les portes d’écluse. Puis, soudain, une fusée éclairante illumina le canal. » Presque au même instant, le sergent entendit une sommation en allemand. Les hommes sur le tuyau se figèrent; les mitrailleuses allemandes ouvrirent le feu. L’un des hommes de Crockett fut touché. Les autres se hâtèrent de rejoindre Crockett et Harold, qui les dirigèrent vers de hautes herbes près du bord du canal. Le sergent cria « foutez-leur sur la gueule! » et riposta. Il tua une sentinelle allemande avec sa Sten et fonça sur la mitrailleuse allemande la plus proche et la réduisit au silence. Ensuite, Crockett et le soldat I.P. MacDonald, qui transportait le PIAT, rampèrent jusqu’à un endroit d’où ils pouvaient tirer sur un autre emplacement allemand à l’intérieur d’un bâtiment voisin. Le soldat MacDonald lança deux projectiles sur la position, détruisant la mitrailleuse qui s’y trouvait au deuxième tir.
MCG/19920007-010; U.K. National Army Museum/NAM.1964-05-60-10; U.K. National Army Museum/ NAM.1982-07-84-1; MCG/19900076-675; Wikimedia; Donald I Grant/MDN/BAC/PA-136754
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Le sergent et un autre de ses hommes mirent en place le mortier de deux pouces et tirèrent à plusieurs reprises sur un troisième poste allemand, jusqu’à le détruire. Pendant ce temps, le caporal Harold rampa jusqu’au blessé. Celui-ci gisait près du canal, tandis que les balles claquaient dans l’air et ricochaient sur le sol. Le caporal le pansa, puis il s’occupa de trois autres hommes. Avec le soldat Ernest Myer, Harold les conduisit aux portes d’écluse et les aida à retraverser le canal jusqu’aux brancardiers qui les attendaient. De retour sur la rive nord du canal, Crockett et les hommes restants firent pleuvoir les balles, mais leurs munitions commencèrent à manquer. Crockett rejoignit l’opérateur radio et lui ordonna d’envoyer un message signalant qu’ils avaient un besoin urgent de munitions. L’opérateur radio répondit qu’il avait perdu l’antenne. Le sergent le secoua et lui dit que leurs vies en dépendaient. Alors que les balles allemandes sifflaient autour d’eux, les deux hommes rampèrent dans l’herbe jusqu’à retrouver l’antenne, qu’ils fixèrent avant d’envoyer le message. Le reste du peloton de Crockett franchit alors à la hâte les portes d’écluse et couvrit le passage de toute la compagnie « C » qui les rejoignait. Peu après, le Calgary Highlanders franchit le canal et élimina les derniers Allemands. La brigade se prépara alors à le suivre et à s'avancer vers le nord. Le commandant de la brigade recommanda que la Croix de Victoria soit décernée au sergent Crockett, mais on jugea que « l’ensemble de l’engagement ne justifiait pas une telle décoration ». Il reçut plutôt la Médaille de conduite distinguée. Quoi qu’il en soit, l’engagement constitua un moment décisif dans le dégagement de l’estuaire de l’Escaut et l’ouverture du port d’A nvers.
Il est possible que nous nous fassions surprendre sur les portes d’écluse.
Des soldats canadiens franchissent l’Escaut à bord de véhicules amphibies Buffalo (ci-dessus), trois semaines après avoir franchi le canal Albert. Le sergent Crockett reçut la Médaille de conduite distinguée (en haut) pour avoir mené les Canadiens lors du franchissement du canal Albert.
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EN FACTION
Point de vue d’un expert Le NCSM Ville de Québec, seul navire de la Marine royale canadienne désigné unité de langue française, même si bon nombre des membres de son équipage ne sont pas francophones.
Serge Durflinger
L’IMAGE DE LA CANONNIÈRE Il est grand temps d’établir une base navale permanente au Québec, estime un professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa.
Il
est grand temps d’établir une base navale permanente au Québec, estime l’historien Serge Durflinger. Le Québec est une province maritime. Son littoral s’étend sur 9 000 kilomètres, sans compter les iles, et son histoire comme ses traditions nautiques remontent à au moins 400 ans. Il suffit de parcourir le golfe et le fleuve Saint-Laurent pour constater que la navigation et la vie maritime occupent une place importante dans le quotidien de nombreux Québécois. Le golfe est la porte d’entrée du Canada vers la voie maritime du Saint-Laurent, les Grands Lacs et le cœur industriel du pays. À Montréal se trouve le deuxième port à conteneurs en importance au Canada, et d’immenses quantités de ressources comme le minerai de fer et les produits forestiers sont expédiées depuis des ports québécois, notamment ceux de Québec,
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de Saguenay, de Sept-Îles et de Baie-Comeau. En outre, l’un des plus grands chantiers navals du Canada est situé sur la rive du Saint-Laurent, en face de Québec. Fait crucial dans le contexte géostratégique actuel, le Québec est aussi une province quasi arctique : la péninsule d’Ungava, bordée par le détroit et la baie d’Hudson, se trouve à l’entrée est du passage du Nord-Ouest. Mais, où se trouve la Marine royale canadienne dans la province? Il n’y a pas de base navale permanente au Québec, et il est certainement temps d’envisager d’en établir une. En février 2026, le vice-amiral Angus Topshee, commandant de la MRC, connu pour son franc-parler, promu depuis vice-chef d’état-major de la Défense, a déclaré au quotidien montréalais Le Devoir que le recrutement naval au Québec était proportionnellement bien
inférieur à celui des autres services. Le vice-amiral Topshee se demandait si l’établissement d’une base navale permanente au Québec accroitrait la visibilité de la marine auprès de la population locale et favoriserait l’enrôlement. « En réalité, la marine n’a pas de base d’opérations au Québec ni ailleurs au Canada francophone », a-t-il déclaré dans une entrevue menée en français. Le vice-amiral a indiqué que Québec, Rimouski ou Baie-Comeau pourraient accueillir une nouvelle installation navale. Le gouvernement a promis d’investir des centaines de milliards de dollars dans la défense nationale, en insistant sur la nécessité de protéger plus vigoureusement la souveraineté canadienne. Espérons que cela conduira à examiner sérieusement l’idée du vice-amiral. Pendant des dizaines d’années, des gouvernements parcimonieux et d’autres engagements opérationnels ont empêché d’investir dans une présence militaire plus visible au Québec. Toutefois, les temps ont changé, et pas en bien. Les 12 frégates de la classe Halifax, les quatre navires de défense côtière encore en service de la classe Kingston et les quatre sous-marins de la classe Victoria minés par les problèmes ont maintenant plus de 30 ans, et les marins dévoués de la MRC doivent faire davantage avec moins de moyens depuis bien trop longtemps. Le Canada doit renforcer sa protection navale dans le golfe du Saint-Laurent et en Arctique. Du renfort se profile à l’horizon : 15 contretorpilleurs perfectionnés doivent être livrés au cours de la prochaine décennie et deux navires ravitailleurs doivent être achevés d’ici un an ou deux. De plus, le Canada négocie un contrat portant sur 12 nouveaux sousmarins. Six patrouilleurs de la classe Harry DeWolf sont désormais opérationnels et, en avril dernier, le gouvernement a manifesté
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son intérêt pour l’acquisition de 16 à 20 nouvelles corvettes, des bâtiments de guerre plus petits, particulièrement adaptés aux opérations littorales, mais dotés d’une importante puissance de feu. Le Canada a grand besoin de navires militaires bien armés capables de dissuader ses adversaires et de défendre ses côtes. Mais, qui formera les équipages de ces navires? Bien que les forces armées aient enregistré au printemps dernier leur plus haut niveau de recrutement depuis plus de 30 ans, la MRC manque de personnel – jusqu’à 25 % dans certains métiers, selon les estimations –, ce qui réduit sa disponibilité opérationnelle et accroit la pression exercée sur les équipages. Le remplaçant du vice-amiral Topshee, le vice-amiral Dan Charlebois, a déclaré en juin que la croissance de la marine nécessitera 40 % de marins supplémentaires au cours des prochaines années. Une forte présence navale au Canada francophone pourrait attirer davantage de Canadiens francophones au sein de la marine. Malgré leur tradition maritime, les Canadiens francophones ne s’enrôlent pas dans la MRC dans une proportion équivalente à leur poids démographique. Une raison probable? Jusqu’aux années 1950, la marine était unilingue. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle menait l’essentiel de ses opérations en étroite collaboration avec l’amirauté britannique, s’inscrivait dans une tradition profondément britannique, et les marins devaient parler anglais, langue de commandement ainsi que de la quasi-totalité de l’administration, de l’enseignement et de la formation. Moins de 10 % des marins ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale étaient canadiens-français, et la plupart occupaient des fonctions exigeant peu de formation et comportant peu de responsabilités. Les officiers francophones étaient très peu nombreux. On comprend donc que
la MRC ait suscité peu d’intérêt au Québec francophone, malgré sa présence navale très visible dans la province pendant la guerre. Après la guerre et l’expansion subséquente de la flotte pendant la guerre froide amorcée au début des années 1950, la MRC a lentement commencé à faire une place au français, mais l’anglais est demeuré très largement la langue du travail et des activités courantes à bord. La marine s’est pourtant « canadiennisée » et, vers le milieu des années 1960, le bilinguisme s’est développé et est devenu de plus en plus obligatoire pour les officiers supérieurs. En 1968, il y avait suffisamment d’officiers et de matelots francophones pour que la marine désigne le NCSM Ottawa comme sa première unité de langue française. Cependant, il y avait encore jusqu’à 30 anglophones unilingues à bord affectés à des métiers spécialisés. Pour que le navire fonctionne entièrement en français, la marine devait, selon sa propre estimation, recruter au moins 340 francophones par année. L’enrôlement des francophones s’est maintenu stable pendant des dizaines d’années. Mais cela, c’était alors. De nos jours, seulement 9 % des 8 500 membres de la Force régulière de la marine s’identifient comme francophones, comparativement à 24 % dans l’ensemble des forces. Une seule des 12 frégates de la marine, le NCSM Ville de Québec, est désignée comme unité de langue française, et bon nombre des membres de son équipage ne sont toujours pas francophones. D’autre part, six des 24 divisions de la Réserve navale du Canada sont au Québec : le NCSM Donnacona à Montréal, le NCSM Montcalm à Québec, le NCSM Radisson à Trois-Rivières, le NCSM Champlain à Saguenay, le NCSM d’Iberville à Rimouski et le NCSM Jolliet à Sept-Îles. Cinq de ces divisions sont très majoritairement francophones, dans une proportion allant de 92 à 100 %. Le Donnacona est l’exception : il est officiellement bilingue, et un peu plus de la moitié de ses membres sont francophones.
En outre, le quartier général de la Réserve navale a été transféré de Halifax à Québec en 1985 afin d’accroitre la présence navale dans la province. Environ la moitié de son personnel est francophone. En fait, les francophones représentent 23 % de l’ensemble des réservistes de la marine. Cette proportion conforte l’espoir du vice-amiral Topshee de recruter davantage au Canada francophone, puisque le service à temps partiel semble susciter de l’intérêt dans les collectivités étroitement liées au milieu maritime. Évidemment, l’anglais demeure essentiel dans une marine qui collabore étroitement avec ses partenaires de l’OTAN, en particulier la marine américaine. Cela dit, les francophones unilingues peuvent suivre une formation et servir en français. Bien entendu, comme les anglophones, ils doivent devenir fonctionnellement bilingues pour occuper des postes d’officier supérieur, et les forces offrent une formation linguistique avancée. En définitive, une base navale raisonnablement proche de chez soi, combinée à la possibilité de servir dans un centre urbain francophone, pourrait être le moyen le plus efficace de recruter des francophones. Il s’agit d’un facteur important, car nombre d’entre eux pourraient se sentir isolés à Halifax ou à Esquimalt, C.-B., où les possibilités culturelles et éducatives en français sont limitées. L’aménagement d’une base au Québec pourrait contribuer à intégrer la marine au tissu socioculturel de la province. On dit que les bâtiments de guerre sont les meilleurs ambassadeurs parce qu’ils constituent de puissants symboles de la puissance nationale. Des navires militaires canadiens très visibles, ayant pour port d’attache une importante base permanente au Québec, sillonnant les eaux côtières de la province, protégeant la souveraineté canadienne et assurant la sécurité des côtes du pays, favoriseraient le recrutement local. Construisez-la, et ils viendront.
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AUX NOUVELLES
Les dernières sur les anciens combattants et le souvenir
LA LÉGION ROYALE CANADIENNE CÉLÈBRE SON 100e ANNIVERSAIRE Aaron Kylie
C
ent ans jour pour jour après qu’une loi spéciale du Parlement a constitué en personne morale la Légion canadienne de la Ligue des anciens des armées de l’Empire britannique, l’organisation, aujourd’hui Publicité
AVIS DE CONVOCATION –
ASSEMBLÉE ANNUELLE/ LA LÉGION ROYALE CANADIENNE Le Conseil exécutif national de La Légion royale canadienne convoque par la présente une assemblée générale annuelle qui se tiendra le samedi 28 novembre 2026, à compter de 9 h, au Legion House, 86 Aird Place, à Ottawa (Ont.). L’ordre du jour de cette rencontre est comme suit : 1. Présentation des états financiers vérifiés 2. Approbation des vérificateurs pour 2026-2027 Cette rencontre a pour but de répondre aux exigences de la Loi canadienne sur les organisations à but non lucratif. Tout membre désirant émettre un commentaire ou soulever des questions sur ces deux items, peut le faire par écrit, au plus tard le 16 oct., 2026, à l’adresse suivante : Direction nationale, 86 Aird Place, Ottawa ON K2L 0A1. Toute la documentation liée à cette rencontre annuelle sera offerte en ligne sur le site Web de la Légion, à www.legion.ca, au moins 21 jours avant la tenue de la rencontre, ou suite à une demande écrite du membre, accompagnée d’une enveloppe-réponse préaffranchie (enveloppe 9” x 12” et affranchie au montant de 5,00 $), adressée à la Direction nationale et reçue par celle-ci au moins 14 jours avant la tenue de l’assemblée.
connue sous le nom de Légion royale canadienne, a été honorée à Ottawa, au Monument national de guerre, pour marquer ce jalon. Des centaines de légionnaires, d’anciens combattants et de passants se sont rassemblés près de la Tour de la Paix, le 17 juillet dernier, pour souligner un siècle d’action au service des anciens combattants canadiens et du Souvenir. Ils ont été rejoints par des dignitaires portant un coquelicot au revers, dont Louise Arbour, gouverneure générale; Jill McKnight, ministre des Anciens combattants; Larry Murray, Grand Président de la LRC; Berkley Lawrence, président de la LRC; Angus Topshee, vicechef d’état-major de la défense; Mike Duheme, commissaire de la GRC; la colonelle Lisa Pacarynuk, aumônière générale des Forces armées canadiennes, ainsi que Wendy Jocko, sergente à la retraite et cheffe des Algonquins de la Première Nation de Pikwakanagan, qui représentait officiellement les anciens combattants autochtones. La cérémonie officielle a débuté par l’arrivée du flambeau canadien du Souvenir, symbole de paix et de liberté imaginé par le groupe de pèlerinage militaire In Our Fathers’ Footsteps. Il a été conçu et construit par des étudiants en génie de l’Université McMaster à Hamilton, en Ontario, en 2022. Le flambeau a été placé à côté du Tombeau du Soldat inconnu, après quoi la Musique centrale des Forces armées canadiennes a interprété l’Ô Canada. À la suite d’une reconnaissance territoriale et des salutations de la cheffe Jocko, la gouverneure générale s’est adressée à la foule. « La Légion royale canadienne soutient nos anciens combattants depuis un siècle, pendant et après leur service, tout en perpétuant leur mémoire et en rendant hommage à ceux qui ont fait le sacrifice ultime, a déclaré Mme Arbour.
« Je remercie la Légion d’aider des générations d’anciens combattants à mener une vie épanouie dans leurs collectivités, a-t-elle poursuivi. Grâce au dévouement de ses membres, elle soutient les ainés, crée des possibilités d’apprentissage et de pratique sportive pour les jeunes, recueille des fonds et vient en aide aux personnes dans le besoin. » La ministre des Anciens combattants a repris le message de Mme Arbour sur l’engagement de la Légion envers la communauté, évoquant notamment ses souvenirs de la filiale de sa localité. « Pour d’innombrables Canadiens, la Légion n’est pas qu’une organisation. C’est un endroit où les anciens combattants retrouvent des camarades qui comprennent leurs expériences, où des liens d’amitié se nouent et où le service, sous forme d’engagement communautaire, se poursuit grâce au bénévolat et au mentorat, a déclaré Mme McKnight. « Dans mon cas, c’est la filiale 61 de la LRC de Ladner, en Colombie-Britannique, qui fait partie intégrante de ma collectivité et de mon parcours, a-t-elle poursuivi. Elle fait partie du tissu social de notre communauté. « Les générations de membres de la Légion montrent que le service du pays et le service de la collectivité sont inséparables », a conclu Mme McKnight. MM. Murray et Lawrence de la LRC sont ensuite montés sur le podium pour présenter plusieurs initiatives marquantes mises sur pied par la Légion au fil des ans, allant de l’organisation des cérémonies du jour du Souvenir à l’échelle locale et nationale au soutien apporté au rapatriement des dépouilles de soldats inconnus au Canada et à Terre-Neuve-et-Labrador. « Ces programmes ne sont que des exemples de ceux que mène la Légion et qui sont destinés à
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durer alors que nous entrons dans le prochain siècle de Souvenir », a souligné M. Lawrence. La représentante des jeunes, Sara Butts, qui vient d’Ottawa, a lu le poème qu’elle avait soumis aux Concours nationaux du Souvenir de la jeunesse de la Fondation nationale de la Légion (voir aussi « Reflections on remembrance » à la page 64 de la section anglaise) afin de souligner le rôle de l’organisation dans la transmission du Souvenir d’une génération à l’autre. Les musiciens des FAC ont ensuite interprété la Dernière sonnerie, l’Élégie et le Réveil. MM. Murray et Lawrence ainsi que Mme Jocko ont récité l’Acte du Souvenir respectivement en français, en anglais et en algonquin, puis un CC-130J Hercules de la 8e Escadre Trenton a survolé les lieux. Deux cadets, l’adjudant Jacob Dubois et la sergente Isla Raine Dwyer, ont alors récité l’Engagement au Souvenir en français et en anglais. L’aumônière générale Pacarynuk a ensuite livré une réflexion qu’elle
a conclue ainsi : « Que le prochain siècle de Souvenir soit marqué non pas seulement par des cérémonies, mais par le courage dans le service, la compassion dans l’action et la fidélité les uns envers les autres. Nous nous souviendrons d’eux. » La gouverneure générale a alors déposé une couronne au pied du Monument national de guerre avant que les autres dignitaires ne placent leur coquelicot sur le Tombeau du Soldat inconnu. D’autres organisations les ont suivis avant que le chant Dieu protège le Roi ne conclue la cérémonie. Une réception s’est ensuite tenue à l’hôtel de ville d’Ottawa, situé à quelques pas du Monument national de guerre, pour célébrer un siècle d’action de la Légion. M. Murray, Grand Président; M. Lawrence, président de la Direction nationale; Randy Hayley, directeur exécutif national de la LRC; et Mark Sutcliffe, maire d’Ottawa, ont pris la parole lors de la réception. M. Sutcliffe a
présenté une proclamation faisant du 17 juillet 2026 la « Journée du centenaire de la Légion royale canadienne » à Ottawa, où se trouve le siège social de l’organisation. L’évènement s’est terminé par la coupe cérémonielle d’un gâteau et le dévoilement par Doug Ettinger, président et directeur général de Postes Canada, d’un timbre commémorant l’anniversaire de la LRC. Les personnes présentes ont été encouragées à prendre part au programme de la Légion N’oubliez pas de vous souvenir, dans le cadre duquel elles pouvaient écrire des messages du Souvenir sur des papillons adhésifs. Mme McKnight et M. Lawrence ont rédigé les premiers messages de la campagne. Leurs écrits, ainsi que ceux qui seront recueillis au cours de l’année dans les filiales organisant des évènements semblables aux quatre coins du pays, formeront des fresques à Halifax, à Toronto et à Vancouver lors d’une autre célébration des 100 ans du Souvenir.
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INSTANTANÉS
Bénévolat dans la communauté
Des membres de la filiale québécoise de Cowansville remettent 3 000 $ au Réseau de transition des vétérans, représenté par Marion Turmine.
À VOTRE SERVICE
André Gaudreault de la filiale québécoise Pierre Boucher de Boucherville remet 2 000 $ à l’escadron 711 de cadets de l’Air représenté par Catherine St-Arnault, Danielle Hammond, Eric Jalbert et Mélanie Therrien.
À VOTRE SERVICE est une notice rédigée par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez le 1-877-534-4666 ou consultez le site Web d’une direction. Consultez legionmagazine.com pour accéder à des années d’archives.
LE SOUTIEN AUX FAMILLES DES MILITAIRES ET DES ANCIENS COMBATTANTS
Le
service militaire a des répercussions non seulement sur la vie des militaires et des anciens combattants, mais aussi sur celle de leurs proches. Veiller à ce que ces derniers reçoivent un soutien adéquat est essentiel au bienêtre des anciens combattants, car un réseau familial solide peut améliorer leur rétablissement, leur santé mentale et leur qualité de vie globale. Les conjoints, les enfants et les proches aidants des militaires et des anciens combattants leur apportent souvent un soutien affectif, physique et financier considérable, en particulier à ceux qui vivent avec une blessure ou un problème de santé mentale. Anciens Combattants Canada offre aux membres de la famille admissibles une gamme d’avantages et de programmes, comme des services de consultation en santé mentale, des services de soutien aux familles, de l’aide à l’éducation, l’allocation de reconnaissance pour aidant et des prestations de survivant. Les membres de la famille, notamment les conjoints, les conjoints de fait et les enfants à charge, pourraient avoir droit à des services de consultation en santé mentale pour les aider à surmonter les difficultés découlant de la blessure psychologique liée au service d’un proche. À l’heure actuelle, ces services doivent toutefois être liés au traitement du militaire
ou de l’ancien combattant : si celui-ci ne suit pas de traitement, les membres de sa famille risquent de ne pas avoir droit au soutien. La Légion royale canadienne et d’autres organisations d’anciens combattants continuent de réclamer que les membres de la famille touchés par l’incapacité liée au service d’un proche puissent obtenir des services de santé mentale en fonction de leurs propres besoins. Les familles jouent aussi un rôle crucial dans les soins prodigués aux militaires et aux anciens combattants avec une incapacité ou un problème de santé chronique. Elles les aident souvent dans leurs activités quotidiennes, leurs traitements médicaux et leurs rendezvous médicaux, leur transition vers la vie civile et le maintien de leurs liens sociaux. Ainsi, ACC offre l’allocation de reconnaissance pour aidant et d’autres services de soutien conçus pour réduire le stress et améliorer la qualité des soins que reçoivent les anciens combattants. À ce propos, l’ombud des vétérans a publié récemment un Guide de ressources pour les survivants qui fournit des renseignements pratiques et du soutien aux proches aidants après le décès d’un militaire ou d’un ancien combattant. La Légion reconnait depuis longtemps que le bienêtre des anciens combattants est étroitement lié à celui de leur famille et au soutien dont celle-ci bénéficie. Tout proche aidant qui a besoin d’un appui financier ou d’un coup de main pour présenter une demande de prestations d’invalidité liée à un problème de santé ou interjeter appel d’une décision à cet égard peut communiquer avec nous par écrit à veteransservices@legion.ca ou par téléphone au 1-877-534-4666.
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Assurez-vous de mentionner la Légion royale canadienne!
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