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Lorsque votre partenaire, haletant depuis quinze minutes, se rue sur vous, la bave aux lèvres et le corps agité de gestes convulsifs, ne vous effarez pas. Ces manifestations quelque peu surprenantes indiquent simplement que l'instant est venu, inéluctable, irréversible, impératif, d'agir (« Quod non agit, non existit » affirme Leibniz) et qu’il est temps de passer à la futution proprement dite. Ce Petit traité désopilant propose aux hommes comme aux femmes de peaufiner leur éducation des plaisirs charnels. Jubilatoire ! Lydie Salvayre est l’auteur d’une quinzaine de livres, dont La Puissance des mouches, La Compagnie des spectres (Prix novembre 1997), La Conférence de Cintegabelle, La Méthode Mila, Portrait de l’écrivain en animal domestique, publiés au Seuil. Ses ouvrages ont été traduits dans le monde entier, et adaptés au théâtre ou au cinéma. Née de parents espagnols réfugiés en France en 1939, elle vit à Paris où elle mène de front son travail de psychiatre auprès des enfants et son travail d’écrivain.

Lydie Salvayre

Petit traité d’éducation lubrique

ISBN 978-2-913388-70-3

12 €

Cadex Éditions


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Illustrations de Boll


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www.cadex-editions.net © Cadex Éditions, 2008 ISBN 978-2-913388-70-3

Ouvrage publié avec le soutien de la Région Languedoc-Roussillon


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Lydie Salvayre

Petit traité d’éducation lubrique Préfacé par Arno Bertina

Collection Texte au carré

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PRÉFACE

Jusqu’ici tout allait bien ; Lydie Salvayre utilisait l’ironie dans chacun de ses livres, ou la distance narquoise, et on s’y était fait. Je ne dis pas que ça ronronnait, non. Je dis que le lecteur savait qu’en ouvrant un de ses romans il aurait à tout traduire, pour que l’explicite passe à l’arrière-plan. Chacune de ses phrases, ou presque, était un petit coup de fouet lui ordonnant de céder la place à l’implicite, au sous-entendu, ses vrais maîtres. Rien de sado-maso dans cette relation-là, rien de rigidement défini, mais au contraire une belle souplesse, mâtinée parfois d’émotion vraie ou assumée (comme dans La Compagnie des spectres) et des formules se renversant malignement en leurs contraires, donc.

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Mais voici qu’elle nous donne un Traité. On pourrait imaginer un traité qui serait de bout en bout ironique – on rêverait par exemple que Le Prince, de Machiavel, soit celui-ci. Mais ce Traité enseigne la lubricité, et on imagine à grand-peine un traité lubrique qui serait ironique (qui dirait de prendre du plaisir pour faire l’éloge, en réalité, de la morale la plus étroite). Il faudrait un puritain pour ce grand œuvre, et on imagine assez mal Calvin s’y coller, qui goûtait peu la blague, les détours et les maquillages. Comme Platon excluant les poètes de la cité, Calvin était assez peu porté sur la chose – littéraire s’entend. On émettra donc l’hypothèse suivante : avec ce Traité, Lydie Salvayre délaisse l’ironie. Certes il y a toujours, par-ci par-là, dans les pages qui suivent, un petit goût de rev’nez-y, mais même la première phrase du texte doit être entendue au sens littéral : il y a plus à gagner à entrer

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dans la complexité des relations humaines et notamment sexuelles, qu’à cultiver l’ataraxie comme une promesse ou un avant-goût de paradis. Il semble donc impossible de voir dans ce livre une œuvre édifiante (n’essayez aucune des étreintes listées ci-dessous, c’est trop horrible). Merde, voilà qui est embarrassant. Lydie Salvayre nous dirait le vrai cette fois, le vrai pour lui-même, sans l’habiller d’abord de paravents, sans lui mettre une feuille de vigne le temps que l’on se fasse à l’idée… ? Et ce vrai serait une collection de membres et de bouches, de couples et de carrés, de moustaches et de petites lèvres, une série joyeuse d’emboîtements acrobatiques ? ! Avant que d’être vieille dame, Lydie Salvayre serait déjà indigne, promise aux Enfers, scandaleuse ? Sans doute pas car il ne s’agit pas de pornographie – celle qu’on reléguait aux Enfers pour que les happy few

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la lise plus tranquillement –, mais de lubricité. Les pornographes sont comme les puritains, souvent : ils ne rient pas beaucoup, pas facilement. La lubricité s’accompagne au contraire d’un sourire ou d’un début de sourire, elle en est même la condition parfois. Quand on parle d’un « œil lubrique », c’est pour tenter de dire qu’il est brillant, humide et heureux, assez joueur, égrillard. Le lubrique et le paillard se donnent la main tels deux vieillards matant, l’œil lubrique précisément, Suzanne au bain. Mieux : la lubricité débouche, avec Lydie Salvayre, sur de francs éclats de rire – j’aime beaucoup, par exemple, le « coucou » de la position épanouie (section F, paragraphe 1), ainsi que la description de la femme japonaise (item n° 9 de la section J). Dans ce Traité elle égratigne moins (encore qu’elle parle, pour réussir je ne sais plus quelle position, de discrets crampons qu’il faudrait avoir sous la plante des pieds…) qu’elle ne drague.

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Et comme souvent, le rire donne le sentiment que l’espace s’est élargi. Car ce Traité ne s’adresse pas aux fascinants « yogis surentraînés » évoqués dans le paragraphe 6 de la section F. Mais au vulgum pecus. Pour l’aider à jouir et à s’amuser, à s’amuser en jouissant. Ce Traité ne borne pas doctement, il pousse au train, il invite les timides, les maladroits et les « connes » à sortir hurler sous la lune. Il rend le sexe à la vie, à une vie qui intégrerait tout, la gaudriole et le cadavre. C’est un traité anastasique : qui arrache le sexe à la Mort pour le rendre au royaume des vivants (qui comprend la mort). Il existe toute une littérature du sexe qui peine à jouir en quelque sorte, ou qui ne verra que l’œuvre de la mort dans la dépense sexuelle. Le corps s’épuise dans ce sexe-là, il grimace beaucoup. Au contraire de cette sexualité honteuse – des corps à peau d’écaille, à sang froid et au goût de pomme –, ce Traité de Lydie Salvayre est salvateur en ce qu’il prend l’énergie sexuelle comme une curiosité fascinante et drolatique.

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Qui retrouverait la joie frénétique des enfants qui n’ont que le cri pour dire cette vie qui les submerge. Dans cette ouverture-là, tous les corps (sauf ceux des journalistes moustachus, si j’ai bien lu) se découvrent un appétit, une gourmandise qui les fait accéder à la vie qui est dans le sexe. Et dans ce Traité ! Arno Bertina

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Contrairement au premier devoir de l'éducation religieuse qui consiste à éviter l'enfer à son prochain, le premier devoir de l'éducation lubrique consiste à l'y précipiter. Les méthodes pour y parvenir sont innombrables et nous ne saurions toutes les examiner. Nous allons donc nous borner à examiner les différentes phases qui composent l'acte fornicatoire, non sans préciser quels sont les éléments qui entravent sa progression, ou ceux qui, nettement, l’accélèrent. Nous nous appliquerons également à restituer à la chose sexuelle, si tristement confinée au trivial, si bassement réduite au matérialisme par les esprits vulgaires, son obscure, son inquiétante, son incommensurable puissance.

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A - L'ÉTREINTE PRÉLIMINAIRE Il nous faut distinguer trois types d'étreintes préliminaires : 1 - appuyée, 2 - frôlée, 3 - insistante. 1 - L'étreinte appuyée trouve ses meilleures conditions dans les moyens de transport en période de pointe : métro, autobus, RER etc. Il s'agit d'exercer des pressions sur le corps d'un autre avec les parties les plus saillantes de son anatomie. Conseils : Gardez-vous d'aller au-delà de la simple pression, quelques facilités qu'offre la promiscuité à des attouchements plus francs. Empoigner par exemple les couilles de votre voisin constituerait une erreur irrattrapable. Veillez à ce que votre visage n'exprime aucun ravissement ni aucune pensée lubrique. Ce serait exprimer trop

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franchement une proposition qu'il semble mille fois préférable de suggérer. Vous pouvez aller, lors des attouchements, jusqu'à proférer des excuses. Cela ne fera qu'ajouter au plaisir biais de votre dissimulation. Si la personne sur laquelle vous exercez vos furtives pressions vous envoie en réponse une gifle, plaignez-vous d'un affreux malentendu. Votre jouissance ne s'en trouvera qu'augmentée. 2 - L'étreinte frôlée : l'étreinte frôlée est plus sournoise encore et convient particulièrement aux pubescents et aux timides. Elle se pratique de manière subreptice et comme par inadvertance et présente cet avantage de pouvoir s'exercer en tous endroits, en toutes circonstances et sans l'appoint d'aucun accessoire (le coup du mouchoir que la jeune fille laissait tomber en vue d'obtenir un simple effleurement est aujourd'hui totalement révolu).

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3 - L'étreinte insistante : l'étreinte est dite insistante lorsque deux individus consentants se pressent l'un contre l'autre ainsi que deux bêtes acharnées en s'adossant contre un pilier, un mur ou n'importe quel support solide. Cette étreinte comporte trois variantes : a - la première consiste pour la femme à s'enrouler autour de l'homme telle une liane en lui susurrant chouchounet, poupounet, toutounet ou, plus modestement, chéri. Mais si son corps entoure celui de l'homme, jamais il ne saurait l'enclore. Car étreindre n'est pas enfermer. Ni acquérir. Ni manœuvrer. Schopenhauer est sur ce point catégorique. b - la deuxième se présente ainsi : la femme pose le pied droit sur le pied gauche de son partenaire, le pied gauche sur sa cuisse droite et enroule en roucoulant ses bras autour de son cou dans une étreinte de serpent. Afin d'éviter tout risque de dérapage, la femme peut chausser

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son pied gauche d'un soulier à crampons discrets. c - la troisième se produit lorsque la roue de la volupté s'étant mise en mouvement d'intempestive manière, il n'est plus règles ni méthodes. C'est le règne du n'importe quoi.

B - LE BAISER Le baiser représente la deuxième étape après l'étreinte. Et nous ne saurions trop vous conseiller de respecter l'ordre chronologique, quitte à passer pour un réac. Le baiser peut se donner sur les lèvres, les yeux, les oreilles (mais attention, administré aux oreilles il peut déclencher le rire, fort nocif, selon Bergson, à la fornication), sur le cou, le ventre et les cuisses, avec une petite prédilection pour les régions orificielles et périorificielles lesquelles, richement innervées, sont de ce fait excessivement susceptibles.

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Il existe une grande variété de baisers : onctueux, savant, frémissant, lyrique, rotatif, interrogatif, spirituel, rythmique, nominal, tourbillonnant, pointilleux, pastoral, persuasif… Mais les décrire tous dans le détail serait aussi lénifiant qu'impossible. La seule difficulté que rencontre l'exécution du baiser réside dans la présence inopportune d'une moustache masculine. La moustache masculine provoque en effet chez la femme des sensations désagréables de picotement lesquelles viennent contrarier son plaisir naissant et gêner le passage, cher à Platon, du sensible à l'essence. Ceci explique que les dictateurs (tous équipés de moustaches ou de barbes) ne rencontrent qu'un bonheur relatif sur le terrain libidinal et finissent leur vie déçus, vindicatifs et acariâtres. Un conseil donc : pour obtenir un succès d'estime en matière érotique, rasez-vous. Si vous êtes journaliste et

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moustachu, n’hésitez pas à donner immédiatement votre démission. Deux précautions valent mieux qu'une. Si aucune de ces deux décisions ne vous amène quelques faveurs, renoncez définitivement à séduire. Et consacrez désormais votre vie aux sans-abri. Remarques : 1 - il existe des lieux plus favorables que d'autres à l'exécution du baiser. Les salles de cinéma sont particulièrement propices. Et les statistiques montrent que 80 % des personnes interrogées sont attirées dans les salles obscures pour des raisons plus libidineuses que franchement cinéphiliques. Pour les jeunes filles dotées d’une nature très embrassante, les églises, par leur fraîcheur, leur pénombre et la pauvreté de leur fréquentation, offrent également de sérieux avantages.

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2 - si, recueillie en un des lieux susmentionnés, votre voisin, se méprenant sur vos desseins, vous met son sexe dans la main, essayez de garder à cette manœuvre son caractère strictement confidentiel. Ne vous récriez pas. Et profitez de l'aubaine qui vous tombe, pour ainsi dire, du ciel. 3 - certains individus sautent l'étape du baiser en passant sans transition de l'étreinte à la fornication. Ce trait, qui dénote un caractère emporté et méchant ainsi qu'une méconnaissance totale des principaux aiguillons de la chair, devrait vous inciter à rompre sans délai.

C - LA FELLATION Pratiquée par des femmes ambitieuses et pressées, la fellation s'accomplit le plus souvent à l'intérieur d'une automobile, et de la manière qui suit :

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1 - la femme tient l'instrument de l'homme d'une main caressante, le frôle doucement de sa bouche et le glisse entre ses lèvres. 2 - elle pose ses doigts rassemblés en bouton sur la verge comme si elle tenait une flûte à champagne et en presse les côtés de ses lèvres (un coup de dents distrait serait le malvenu). 3 - elle referme sa bouche sur la pointe du sexe et le suce en aspirant (rien ne l'empêche alors de réfléchir à des questions diverses car, contrairement à d'autres, cet exercice présente l’avantage de ne point obnubiler la pensée. Idéal pour préparer mentalement sa leçon lorsqu’on est professeur par exemple). 4 - puis elle le fait entrer et sortir, en rythme si possible, tout en regardant discrètement sa montre (car ici, chaque seconde compte). 5 - à la sixième minute, elle introduit tout entier le sexe de l'homme comme si elle désirait l'avaler. Puis, vio-

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lemment, elle l'éjecte de sa bouche. L’homme est alors à sa merci, et c'est le moment où jamais d'exiger de lui quelques compensations : une promesse de mariage, un billet de 50 euros, un diamant, etc. L'homme, pantelant, éperdu, au bord de la démence dit oui oui oui à toutes les requêtes d'une voix de mourant. 6 - elle achève la succion et pétrit, d'une main savante, les couilles de l'amant, comme si elle les créait. 7 - sous l'effet conjugué de ces deux gestes, l'homme, n’y tenant plus, jouit dans sa bouche et répand son triomphe. Remarque : Il ne faut que quelques minutes à l'homme comme à la femme pour se ressaisir et revenir à des sentiments orthodoxes.

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Conseils : 1 - garez votre automobile dans un endroit peu fréquenté. Un coup de klaxon au moment crucial ou tout autre fracas inopiné, et votre jeune fille peut lâcher votre queue sans autre préambule, ou pire, s'étrangler en avalant de travers. Imaginez les complications auxquelles donnerait lieu une mort par étouffement ! À noter que les parkings souterrains offrent d'excellentes conditions aux amateurs de fellations (encore appelées pipes). 2 - si vous êtes dans l'incapacité de payer l'achat d'un vêtement, proposez au vendeur une petite pipe. Les cabines d'essayage sont parfaitement adaptées à cet usage. Et rares, aujourd’hui, sont les commerçants qui hésitent devant ce mode de paiement.

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D - LE CUNNILINGUS De même que la fellation consiste à sucer les parties viriles, le cunnilingus consiste à lécher les parties féminines. Et la personne qui opère un cunnilingus se nomme, évidemment, un cunnilinge. Aristophane disait avec mépris d'Ariphrade, célèbre cunnilinge, qu'il « besognait de la langue ». Favorisées par la nature amphibologique du langage, un certain nombre de saillies (d'un goût douteux) reposent sur l'usage équivoque du mot langue. En ce qui nous concerne, nous ne céderons en aucune façon à cette facilité. Rappel historique : Les cunnilinges chez les Grecs avaient mauvaise presse : Catulle (XXXVII, 3-5) les traitait de boucs en raison

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de leur haleine fétide. Suétone (Des grammairiens illustres, chap. 23) les tenait à distance sous prétexte qu'ils faisaient s'enfuir les convives. Quant à Martial (III, 96), il les considérait comme de pauvres impuissants affligés d'une langue pendante et animés d'instincts répugnants. Le sort des femmes, à cette époque, devait être, pour le moins, flippant.

E - LES PRÉAMBULES Sont constitués par les agaceries, ruses, espiègleries et piperies diverses destinées à induire l'autre en tentation en aiguisant déloyalement ses sens. Pour en connaître le détail, nous vous recommandons de vous rapporter à l'œuvre écrite de Sainte Thérèse

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d'Avila, célèbre mystique espagnole, qui passa une part de sa vie à faire craquer, avec une fervente assiduité, Dieu lui-même en la personne de Jésus-Christ. Aux manèges, leurres, roueries, titillations et ensorcellements traditionnels, nous ajouterons quelques suggestions de notre cru. 1 - Les préparatifs : Pour les femmes : a - parsemez votre chevelure de petites fleurs roses et sortez lascivement le bout de votre langue. Un saint n'y résisterait pas. b - revêtez une tenue légère. Il est impératif que joue la dialectique hégélienne du voilement-dévoilement, énervante à souhait. c - ne perdez pas de vue cette pensée formulée par Martin Heidegger dans Qu'appelle-t-on penser ? : le

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Surgissement à partir du Dévoilement ne ressort pas expressément, dans l'être pré-sent de l'étant pré-sent, mais comme Entrée dans le Dévoilé. d - n'oubliez pas non plus que le plaisir des yeux redouble le plaisir du sexe ainsi que l'affirme Saint Augustin. En vue de combler l'un et l'autre, redonnez de la lumière à votre teint grâce au blush Christian Dior et ravivez l'éclat incarnadin de votre chevelure avec le shampoing colorant Rouge Dynamite. Car Éros, sachez-le, a une sainte horreur du naturel. Il aime être abusé et chérit la fallace. Car Éros est artiste. C’est-à-dire menteur. (Petite parenthèse : le goût de mentir chez les artistes semble aujourd’hui fléchir, cela est grave, relire à ce sujet Le Déclin du mensonge d’Oscar Wilde.) e - quelques-uns préconisent, artifice suprême, la teinture des poils pubiens. Mais l'effet produit par leur coloration n'est pas toujours celui escompté. La plus grande stupeur peut s'emparer de votre amant avec le cortège des

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symptômes y afférents : ataxie psychomotrice et paralysie totale des pulsions génésiques. f - de même, le port d'une nuisette de couleur violette rehaussée d’une dentelle dorée, risque de ruiner, en un instant, tous les élans concupiscents de votre partenaire. g - conseils : si vous manquez de dessous chics, ayez l'audace d'apparaître nue. Hérodote a écrit que les femmes laissaient choir leur morale en laissant choir leurs vêtements. h - sachez enfin qu'un décor oriental de rêveuse mollesse, quelques coussins de soie, un parfum enivrant, des fragrances bachiques, de doux tapis de peau constituent des adjuvants non négligeables à la délectation du fruit, comme on dit. i - quant au travail qui est, de toutes les activités humaines, la plus contraire à la lubricité, il doit, impérativement, être supprimé. Nous ne saurions trop insister sur ce point.

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Pour les hommes : a - astiquer sa pine avec un produit amidonnant est fortement déconseillé. b - en revanche, un mélange à base de poivre, d'orties et d'escargots peut, dit-on, lui redonner du punch. c - Pline suggère l'usage de l'ail, de l'oignon et de la sarriette, mais chacun de ces produits présente des désagréments. d - méfiez-vous de certaines plantes prétendument aphrodisiaques. Certaines s'avèrent dangereuses. La cantharide, par exemple, (utilisée par le marquis de Sade) provoque des phénomènes congestifs pouvant entraîner un priapisme des plus gênants. Quoique. e - si vous êtes sujet à la détumescence pour cause d'émotivité et souffrez en secret de honte charnelle, le Viagra pourra assister efficacement votre nature défaillante et vous permettre un meilleur usage du bilboquet (réf. Le Bilboquet de Marivaux).

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Nous signalons ici quelques éléments hostiles sinon nuisibles à l'activité libidinale. Ils sont appelés : Anaphrodisiaques. Les anaphrodisiaques les plus connus sont : la laitue, le nénuphar, le houblon, la fréquentation des tristes, des mécontents, des affairés, des sermonneurs, des professeurs, des religieux, des craintifs, des envieux, des vindicatifs, des psychiatres, des dogmatiques, des clercs d'huissier, des petits employés de la haine, des fonctionnaires du Trésor Public, des rancuniers, des gendarmes, des végétariens, des dévots, des lâches, des amers, des pisse-froids et des culs-serrés de toutes sortes qu'il faudrait, une fois pour toutes, pousser dans l'escalier. Remarque : Leur incompatibilité avec la vie érotique se double, selon Kierkegaard, d'une égale incompatibilité avec le génie créatif.

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2 - Les ruses : Les ruses des hommes pour attirer les femmes (et viceversa) sont innombrables au point qu'on ne peut les compter. a - l'une d'elles consiste à prétexter la maladie et à persuader la personne convoitée que seule sa présence vous donne du soulagement. Une fois celle-ci parvenue jusqu'à votre chevet, prenez-lui la main, l'air hagard, la voix plaintive, et posez-la sur votre front. Puis, de fil en aiguille, orientez-la vers des régions autrement enflammées. b - une autre, tout aussi classique, consiste à attirer l'objet concupiscible dans votre appartement en invoquant des motifs noblement artistiques. L'art, en effet, constitue une attraction majeure en matière libidinale. Qui n'a proposé un jour : venez admirer mes masques

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gabonais, ma collection d'ardoises, mon paravent chinois… ? L'appât artistique est, entre tous, le plus imparable car il n'inspire aucune sorte de suspicion. Au point qu'on peut se demander si l'art ne fut créé aux seules fins de servir de prolégomène à la chose lubrique. c - faire semblant d'être langoureusement assoupie avant de vous livrer à la lubricité frénétique d'une ménade peut fournir à votre amant un contraste des plus excitants. d - de même, feindre l'indifférence, marquer de la distance, paraître revenu de tout, ou susurrer des phrases d'Épictète en ayant l'air de regarder en dedans de vousmême s'avèrent d'excellents combustibles. e - n'oubliez jamais que reculer l'instance de l'acte constitue l'un des principes majeurs d'une éducation lubrique réussie. f - la reculer, toutefois, jusqu’à un certain point. g - il est en effet prudent de vérifier que l'objet de vos appétits ne s'est pas abîmé, des années durant, dans la

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réflexion inlassable sur Les Principes Essentiels de l’Intentionnalité de la Conscience dans l’œuvre philosophique de Jean-Paul Sartre, ou tout autre casse-tête. Car le report trop prolongé de l'acte fornicatoire peut conduire au désastre. On a vu des lettrés, plongés nuit et jour dans l’écriture de leur livre, devenir, du jour au lendemain, des forcenés du sexe. h - un autre abord des choses consiste à jouer de l'audace. Si l’affaire traîne en longueur, enfoncez, si j’ose dire, le clou. N’y allez pas par quatre chemins. Ne dites pas : il faut qu’on se connaisse davantage, je ne suis pas du genre à, avez-vous vu lu le dernier Bret Easton Ellis ?… Donnez, sans préambule, des preuves immédiates de votre inclination, exhibez sans façon vos zones érogènes, faites saillir vos seins et entrouvrez l'abîme. Il n'y a que les couards pour fuir ces précipices. i - l'essentiel est de garder en tête que, quels que soient les stratagèmes, subtilités, détours, outrecuidances et

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impudicités dont vous faites usage, tous les ruisseaux mènent au fleuve et tous les fleuves à la mer. Notons que cette quête du bonheur par la voie libidineuse est, de toutes les traditions philosophiques, la plus ancienne et la plus assurée. 3 - La caisse à outils : Pour se mieux introduire dans les bonnes grâces des jeunes filles, il n'est pas inutile de s'équiper d'une petite caisse à outils contenant : lubrifiants, livres de poésie, préservatifs, godemichés (en plastique, en caoutchouc, en cuir, en ivoire, en corne de vache, en marbre de Carrare, en argent ou en or), fruits oblongs, menottes, fouets, appareils étrangleurs, cigares, images licencieuses, tenues affriolantes et sous-vêtements divers, plaquettes de chocolat, haschich, toxiques variés et Viagra si besoin.

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4 - Remarques : - plus longs sont les préambules, plus prolongée l'attente, plus agacés les sens, plus la lubricité se fait ardente et inspirée. - lorsque votre partenaire, haletant depuis quinze minutes, se rue sur vous, la bave aux lèvres et le corps agité de gestes convulsifs, ne vous effarez pas. Ces manifestations quelque peu surprenantes indiquent simplement que l'instant est venu, inéluctable, irréversible, impératif, d'agir (« Quod non agit, non existit » affirme Leibniz) et qu’il est temps de passer à la futution proprement dite. La futution (de toutes les créations de l'industrie humaine, la plus délectable et la plus inutile) peut s'effectuer dans diverses positions que voici brièvement exposées.

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F - LES POSITIONS Elles sont au nombre de trois cent soixante-six. Mais nous n'évoquerons ici que les quinze plus remarquables. 1 - La position épanouie : la femme, allongée sur le dos, lève les deux cuisses très haut et s'écrie : coucou ! (les facéties en amour ne sont pas interdites) avant de se livrer à des mouvements ondoyants de sirène. 2 - La position acrobatique : la femme lève ses jambes et pose ses pieds sur les épaules du fututeur agenouillé. Impatient de combler son vide existentiel, le fututeur, comme un idiot, s'engouffre. L’étymologie de l’expression : partie de jambes en l’air renvoie à cet exercice.

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3 - La position en sautoir : la femme a les pieds croisés en sautoir sur les reins du fututeur et ses jambes ceinturent ses flancs. Il serait d'une grossièreté effroyable que le fututeur demandât à la femme ainsi disposée : mais que foutezvous là ? 4 - La position hippique : l'homme est couché sur le dos et la femme le chevauche en faisant osciller de façon lubrique son échine souple. Car la femme, par essence, est une salope. 5 - La position pivotante : elle est réservée aux experts. Le fututeur, sa queue coriace plantée dans le sexe de la femme, pivote, l'air égaré, en maintenant les reins de sa compagne.

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6 - La position en poirier : l'homme, en appui sur son crâne, est en position verticale. Son sexe dessine avec son corps un angle droit. Son visage est flamboyant. Les veines de son cou turgescentes. La femme essaie de trouver le meilleur moyen de s'unir à cette figure en équerre. Mais le temps qu'elle ait trouvé l'angle d'attaque pour réaliser la jonction, et pouf, l'homme, épuisé, chute. Dans la région de Rishikesh, il arrive que l'homme et la femme, tous deux en position du poirier, s'unissent sexuellement. Il s'agit en général de yogis surentraînés et portés par l’aspiration ardente à réconcilier le charnel et le spirituel. 7 - La position sur le flanc : décrite par Ovide comme la moins épuisante (ce qui n'est point à négliger), cette figure convient particulièrement aux personnes affligées d’un visage ingrat.

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Mais il est important de savoir que la vue de choses laides peut inciter à accomplir des choses laides. Ce qui, en l'occurrence, tombe bien. 8 - La position du crabe : la femme a les jambes croisées sur la poitrine. Le fututeur manquerait gravement à la délicatesse s'il reprochait à son amante sa paresse. 9 - La position verticale : est la plus appropriée aux nécessités de la vie moderne laquelle exige rapidité, présence d'esprit et consommation immédiate. Elle permet d'expédier la fornication en quelques minutes et peut s'accomplir en tous lieux : halls, ruelles, dancings, toilettes publiques etc. C'est la raison pour laquelle les anti-consuméristes la condamnent véhémentement.

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10 - La position suspendue : l'homme appuyé debout contre un mur tient sa maîtresse assise dans le berceau de ses mains. La maîtresse glisse ses bras autour du cou de son amant comme une corde et, s'aidant des pieds contre le mur où son amant est appuyé, commence un délicieux mouvement de roulis. Les cœurs des deux amants battent à l'unisson. Le monde autour d'eux s'abolit. Et chacun peut se dire, s'il a quelque culture : « Et que, d'un branle habilement léger, En sa moitié ma moitié je recolle ! » Cette position exige deux préalables : a - que l'étai se montre relativement stable ; b - que l'amant ne soit une mauviette, lâchant prise au moindre faix.

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11 - La position tête-bêche : l'homme et la femme sont allongés l'un contre l'autre tête-bêche. Ne sachant que faire, ils sucent, d'un geste archaïque, ce qui se trouve à leur portée. Et les voilà emportés. 12 - La position du mille-pattes : désigne une pratique qui rassemble plusieurs hommes et une femme. Deux cas de figures sont à envisager : - soit plusieurs hommes font, dans le même temps, l'amour à une femme, l'un caressant ses seins, l'autre baisant ses lèvres, un troisième la prenant de face et un quatrième de dos, - soit ils s'exécutent l'un après l'autre. Dans cette deuxième configuration, chacun, s'il est porté par un idéal d'équité, doit céder sa place en alternance et assurer démocratiquement la libre circulation

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de la jouissance. Un conseil : n'ayez pas les yeux braqués sur votre montre ! L'esprit comptable est étranger aux voluptueux. Le seul problème dans ce type de figure est de se désenchevêtrer sans incident. La même situation peut se décrire lorsque plusieurs femmes s'affairent ensemble autour d'un seul monsieur. Avec ceci de particulier que les femmes s'amusent entre elles grâce à leur divertissoire, ce que ne font guère ces messieurs. 13 - La position dite de la farandole : une dizaine de jeunes filles, pensionnaires d'un institut religieux, s'embrochent en chapelet à l'aide de godemichés et forment une charmante farandole qui symbolise le printemps. Cette agreste figure d'une beauté botticellienne, peut être également composée par de folâtres jeunes gens. Mais

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celle-ci est loin d'avoir la légèreté, la douceur et la grâce bucolique de celle-là. Tout déjeuner sur l'herbe (vulgairement appelé piquenique) qui se veut réussi ne peut que s'achever sur une farandole. Les plus grands peintres l'ont compris. 14 - La position inter femora mise à la mode par Pétrone consiste à provoquer l'éjaculation de l'homme par l'enserrement de son vit entre les cuisses de la femme. Bien que stylisée au maximum, elle ne recueille aujourd'hui que le suffrage des esthètes. 15 - La position démocratique : se fonde sur l'adage suivant : Deux tiens valent mieux qu'un seul tu l'auras. Sous l'empereur ligure, cette pratique était des plus répandues. Et les Spartiates se faisaient un honneur d'échanger généreusement leur épouse. Mais le déplorable

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relâchement des mœurs et le déclin progressif du sentiment démocratique ont entraîné, hélas, sa disparition. Considérations générales : Les adeptes du tantrisme considèrent qu'il faut rigoureusement distinguer l'éjaculation (qui parachève la futution) d'un simple éternuement sexuel, et appliquent des techniques qui permettent de différer au maximum l'instant jaculatoire. La plus élaborée est la Respiration du Cobra qui, associée à la technique du Verrou, dompte l'énergie libidinale, butée et fanatique, pour l'élever sublimement jusques aux chakras supérieurs. Toute action intermittente étant le signe d'une imperfection, l'adepte tantrique s'acharne à prolonger l'extase le plus longtemps possible. Notons cependant que le militant tantrique le plus endoctriné, quelque effort qu'il fasse pour garder sur ses

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sens un entier ascendant, se montre incapable d'atteindre au coït perpétuel, rêve tenace de l'humanité tout entière.

G - LA PÉDICATION La pédication, qui nécessite de ses partenaires une certaine largeur d'esprit, consiste en l'intromission réitérée de la bite dans l'orifice postérieur qui lui est approprié (masculin ou féminin). Quiconque introduit son chibre de la sorte, on l'appelle pédicateur ou pédicon. Celui qui se fait pédiquer, on l'appelle un cinède ou un catamite. Auguste, Trajan et le grand César, pour ne donner que trois exemples, furent de calamiteux catamites. Jupiter, en revanche, avec Ganymède fut un catamite de choc. Martial, Juvénal, Catulle et Suétone ont fort bien décrit la pédication (plus connue aujourd'hui sous le

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terme dévalorisé de sodomie que les théologiens, dans leur rancune, ont réussi à imposer au monde). Pour de plus amples informations, nous vous recommandons de consulter leurs ouvrages respectifs. Saint Thomas d'Aquin, quant à lui, affirme que la grâce fraternelle, ainsi que, poétiquement, il la désigne, bien qu'étant une faute contre le Saint-Esprit ne ressort pas à la malignité mais à la bestialité et ne constitue pas le plus grave des péchés de luxure. Mais Saint Thomas d'Aquin demeure une exception. Car la plupart regardent cette pratique comme une déviation abominable (au sens littéral comme au sens figuré) et contraire en tout point aux principes religieux. Remarquons cependant que toutes les pratiques lascives étant contraires aux principes religieux, l'on devrait logiquement inférer qu'elles sont toutes abominables. D'autant plus abominables qu'elles s'associent souvent à des raffinements vicieux et de petites perversions

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telles que : la flagellation et la morsure que nous allons à présent aborder.

H - LA FLAGELLATION ET LA MORSURE L'esclavage ayant été malheureusement interdit, quelques-unes de ces variantes continuent cependant de s'exercer dans la plus grande clandestinité. Ce sont : 1 - La flagellation : la flagellation, qu'un usage immémorial localise à la région du cul, peut venir agrémenter la futution, tout comme la pédication. À son sujet, Jean-Jacques Rousseau, un masochiste mondialement connu, écrivait : « J'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m'avait laissé plus de désir que de crainte. »

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2 - La morsure : à l’exception des yeux, toutes les parties du corps sont susceptibles d'être mordues. Très appréciée en Inde et dans la région d'Aquitaine, la morsure va de la simple guirlande (qui laisse juste une petite trace sur la peau) à la morsure dite du sanglier (qui occasionne de véritables ecchymoses). Cette dernière est réservée aux tempéraments violents et aux hommes politiques qui se délectent généralement du mal qu'ils font aux autres.

I - LES POLITESSES Rien n'est plus discourtois que de voir un monsieur bander sans lui tendre, aussitôt, la main.

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Lorsqu'une jeune femme vous confie sa crainte de revenir seule à son domicile (il est minuit), votre devoir est de la raccompagner. Vous pouvez même pousser la galanterie jusqu'à la mettre dans son lit. Car la demoiselle a peur. Car la demoiselle tremble. Car c’est l'heure fatale où les violeurs s’embusquent. Si vous êtes dotée d’un visage disgracieux, ne vous allongez pas sottement sur le dos. Présentez, d'entrée, votre cul. La question devient épineuse si, par malchance, votre cul est aussi laid que votre face. La position n° 7 (voir plus haut) offre en ce cas un recours intéressant. Apprenez à prendre les devants. Si vous vous trouvez seule, la nuit, marchant dans une rue déserte, donnez-vous au premier inconnu qui passe. C'est le plus

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sûr moyen d'éviter le viol et ses effroyables conséquences. Certaines personnes s'écrient pardon ! juste au moment de jouir. Ne les imitez pas. La courtoisie, dans ce cas, est superfétatoire. Si l'idée vous saisit d'assouvir votre lubricité avec un homme politique, engagez à titre préventif un garde du corps, un avocat, un journaliste, un procureur et un détective privé. Ayez la présence d'esprit, lorsque vous rendez visite à une personne mariée, de fermer à clé la porte de sa chambre. Car une fois livré à l'illégitime étreinte, vous devenez sourd à la rumeur du monde comme aux pas de l'époux.

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Nous sommes heureux d'indiquer que Fragonard, par son tableau intitulé Le Verrou, a apporté une contribution décisive à la science qui nous occupe. Si vous souhaitez vous donner le genre décalé, utilisez le mot élitroïde pour désigner votre bite. Exemples : Pouvez-vous m'aider à dégager mon élitroïde ? ou Puis-je déposer mon élitroïde entre vos blanches mains ? Les malentendus occasionnés par l'usage de ce terme peuvent être poussés jusqu'à leurs ultimes conséquences. Quand vous ne pouvez recevoir tel visiteur parce que vous êtes sexuellement occupée, ne faites pas répondre par votre enfant : Maman se fait niquer. La plaisanterie ne serait guère appréciée du facteur. Lorsque vous hésitez entre deux amants ou deux maîtresses d'égale fortune, soumettez votre choix au calcul

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des probabilités (lequel suppose, évidemment, des connaissances sérieuses en mathématiques). Si, installée à la même table que la personne convoitée, vous posez votre pied sur le sien et qu'elle s'écrie connement Aïe, renoncez immédiatement à toute autre forme d'avance. Il n'y a rien à espérer d'une personne qui s'écrie connement Aïe au moindre effleurement. Vous pouvez fixer le prix de vos prestations libidinales au quart d'heure, à l'heure ou, si vous êtes en forme, à la nuit. Mais évitez de le fixer à la minute. Cela pourrait apparaître à certains comme une piètre mesquinerie, et les persuader que le fric est le propre de l'homme. Ce qui n'est rien qu'une hérésie. On ne marchande pas la joie, que je sache.

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Les moments d'extase vous font les yeux noyés et la bouche bée des grands imbéciles. Recouvrez votre tête d'un drap. Vite. Si votre amant commet un solécisme et prend un orifice pour un autre, ne lui tenez pas rigueur de son étourderie. Et enseignez-lui patiemment votre grammaire. Il peut advenir qu'abandonnée à votre plaisir, vous laissiez échapper des bruits inqualifiables. Ne vous désolez pas. James Joyce, sur ce sujet, a écrit des choses d’une grande poésie. Afin de prévenir la satiété et le déclin libidinal qui lui est associé, enfermez votre partenaire dans une cave pendant quarante jours et quarante nuits. Il en sortira affamé. Le conseil est donné par Plutarque lui-même. Le tout est de disposer d’une cave.

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Si, en proie à une juste colère, vous lancez à une femme qui s'est fort mal conduite : tu veux ma pine dans le cul ! et qu'à votre surprise elle vous rétorque : faites, accordez vos paroles à vos actes, c'est la première des morales, et exécutez, sans plus attendre, votre délicieuse menace. Les amours imprévus sont toujours les plus beaux.

J - LES COUTUMES L'homme se doit d'honorer la femme en restant attentif aux coutumes amoureuses, culturelles et religieuses de la contrée dont elle est originaire. Il est donc important de savoir que : - les femmes andalouses sont des frénétiques. La cause en est le climat. - la femme indienne est placide. Pour la faire sortir de

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ses gonds, l'homme indien se voit obligé de la mordre, nous l'avons déjà signalé. - la femme française laisse espérer infiniment, mais donne chichement. Car être décoiffée durant l’assaut l’accable. - la femme catholique, élevée dans les principes de la sainte religion, goûte particulièrement les chienneries et les mots orduriers tels que : jouis sale pute, serre salope ou viens que je t'encule. Mais, ne pouvant forniquer le jeudi en souvenir de l'arrestation du Christ, le vendredi en souvenir de sa crucifixion, le samedi en souvenir de sa sainte mère, le dimanche en souvenir de sa résurrection et le lundi en souvenir des morts, il ne lui reste que le mardi pour assouvir ses appétits libidineux. C'est peu. - la femme mongole fornique sans façon avec les étrangers de tous horizons car elle manque, dans sa steppe, de divertissements. - la femme syrienne porte des strings musicaux à piles

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rechargeables. Mieux vaut en être prévenu. - la femme noire est pourvue d’un derrière que nous n’hésitons pas à qualifier de sismique. - la femme chinoise donne à la fornication un sens hautement mystique. Sa chatte incarne l'obscur sentier qui mène à la conscience supérieure et rend ainsi palpable l'impalpable. Sa chatte est donc transcendantale. Pour preuve : elle est glabre. - la femme japonaise, totalement dépourvue d'arêtes, est de loin la plus élastique, la plus sensuelle et la plus chevronnée. La femme se doit également de respecter chez l'homme les us et coutumes qui sont les siens et savoir que : - l'Italien se signe après avoir joui. - le Français plonge dans un sommeil profond et plus ou moins bruyant dans les quatre minutes qui suivent

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l'acte copulatoire. - l'Espagnol, abrupt et pusillanime, est à éviter comme la peste. - le Suisse est lent, ce qui, dans le domaine qui nous concerne, constitue une qualité. - l’Anglais a des orgasmes silencieux, mais cela ne signifie pas qu'il boude. - le Slave pousse des cris rauques dont on aurait tort de s'inquiéter. Car le slave est tonitruant. Et ses rugissements ne sont que les hosannas qui saluent l'heureux abordage. Remarques : L'on peut affirmer que, dans tous les cas précédemment cités, les idiosyncrasies passent largement avant les habitudes nationales. À signaler que, quelle que soit sa nationalité, l’homme appartenant à une ethnie littéraire (la plupart du temps

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engagée dans une guerre fratricide avec l’ethnie voisine) est constamment sur les nerfs, on le comprend.

K - LES SYMPTÔMES DE TROUBLE À quels comportements reconnaît-on qu'une femme est troublée par un homme ? 1 - lorsqu'il lui adresse la parole : elle rougit, elle pâlit, elle frémit, elle bégaie et répond par des phrases confuses qui la font passer pour une conne. 2 - elle porte pour lui plaire des soutiens-gorge Wonderbra sous des tee-shirts très échancrés qui la font passer pour une pute. 3 - elle minaude, s'exprime avec afféterie et s'esclaffe pour des riens, ce qui la fait passer pour une pouffe.

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4 - elle trouve cent raisons de s'attarder encore auprès de son aimé, ce qui la fait passer pour un pot de colle. 5 - elle prend la voix d'une petite fille et envoie des textos d'une immense ineptie. 6 - elle transforme sa petite vie en roman trash, tu parles. 7 - lorsqu'un autre que l'élu l'entreprend, elle répond distraite : oui, non, peut-être, oh, euh, très certainement, tandis qu'en elle-même elle se dit : quand aura-t-il fini que je puisse penser à mon Édouard chéri. Car sa vie mentale est réduite à Édouard, Édouard, Édouard, Édouard, Édouard. 8 - elle prend tout au premier degré. 9 - elle fait la gueule. 10 - elle se livre à des crises de nerfs, dans les règles. 11 - elle tombe dans de longues méditations, surtout devant les choses de l’Art.

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À quoi reconnaît-on qu'un homme est troublé par une femme ? Les signes apparents sont les mêmes, à quelques détails près, que ceux précédemment écrits : en un mot ceux d'un handicapé mental (car tout, ici, se passe dans les profondeurs invisibles). S'y ajoutent : - fatuités, - rodomontades, - esbroufe, - vanteries sexuelles, - crises neurovégétatives révélées par la sueur des mains et du front, - et exposé exhaustif des conquêtes amoureuses accumulées depuis l'adolescence avec mufleries afférentes.

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Conduite à tenir : Celui ou celle qui a deviné les sentiments qu'éprouve l'autre à son endroit et perçu les signes qui les trahissent se doit de viser impérativement l'union sexuelle (voir chap. E).

L - LES SYMPTÔMES DE TIÉDEUR Les amants dignes de ce nom demeurent constamment attentifs l'un à l'autre et savent décrypter, aux fins de les prévenir, les symptômes éventuels d'un affaiblissement érotique. À quelles attitudes se devinent ces premiers indices de tiédeur ?

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1 - l'amant a un rapport à terminer de toute urgence et le fait savoir d'une voix aigre. Je suis extrêmement préoccupé, dit-il, sur le problème de la balance des paiements. 2 - l'amante l'écoute, agacée. Elle a gardé sur elle ses sous-vêtements en rhovyl (beiges). 3 - l'amant souffre de migraine postprandiale et avale, non sans ostentation, un verre d'eau contenant deux comprimés d'Aspirine effervescente. 4 - l'amante s'habille comme un sac et rumine son destin au lieu de le gouverner. 5 - le jour de son congé, l’amante propose à l’amant de l’accompagner chez Castorama pour acheter des poignées de porte ou, pire, à Eurodisney. 6 - l’amant conteste par des arguments en béton empruntés à Alain Finkielkraut toutes les considérations avancées par l'amante. Le port du voile, le système sécuritaire et le conflit israélo-palestinien sont autant de raisons de mésintelligence. Leurs voix se coupent. Les portes

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claquent. L'un et l'autre n'aspirent plus qu'à un triomphe dialectique. Et les voilà, une heure après, rompus, furieux et couchés dos-à-dos.

Explication : La cause la plus fréquente des fléchissements susnotés et de la mauvaise humeur qui en découle réside dans la fréquentation trop régulière à laquelle contraignent le mariage et toutes les agglutinations qui se prolongent indûment. « Qu'une femme fût-elle entre toutes choisies On en voit en six mois passer la fantaisie. » C'est du Corneille, et notre conclusion.

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DU MÊME AUTEUR

Portrait de l'écrivain en animal domestique Seuil, 2007 Dis pas ça Verticales, 2006 La Méthode Mila Seuil, 2005 (et Points Seuil) Passage à l'ennemie Seuil, 2003 (et Points Seuil) Contre Verticales, 2002 Et que les vers mangent le bœuf mort Verticales, 2002 Le Vif du vivant Cercle d'art, 2001 Les Belles Âmes Seuil, 2000, Corps 16, 2001 (et Points Seuil)


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La Conférence de Cintegabelle Seuil / Verticales, 1999 (et Points Seuil) Quelques conseils utiles aux élèves huissiers Verticales, 1997 La Compagnie des spectres Seuil, 1997 (et Points Seuil) Prix Novembre 1997, élu par Lire Meilleur Livre de l’Année La Puissance des mouches Seuil, 1995 (et Points Seuil) La Médaille Seuil, 1993 (et Points Seuil) La Vie commune Julliard, 1991, Verticales, 1999 (et Folio) La Déclaration Julliard, 1990, Verticales, 1997 (et Points Seuil) Prix Hermès du premier roman Une première version du Petit traité d’éducation lubrique a été publiée par les Inrockuptibles en 2005


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COLLECTION TEXTE AU CARRÉ dédiée à la nouvelle Le Perron de Dominique Fabre (juillet 2006) illustrations de Christine Voigt, préface d’Éric Faye Un cri de Pierre Autin-Grenier (novembre 2006) illustrations de Laurent Dierick, préface de Dominique Fabre Un alibi de rêve de François Salvaing (février 2007) illustrations de M. M. Schmitt, préface de Jaume Melendres Billet pour le Pays doré d’Éric Faye (mars 2007) illustrations de Laurent Dierick, préface d’Éric Chevillard Le Voyageur sans voyage de Pierre Cendors (février 2008) illustrations de Vincent Fortemps, préface de Cécile Wajsbrot


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Les maquettes de ce livre ont été réalisées à Russan, sur la commune de Sainte-Anastasie, dans une ambiance très studieuse de rentrée des classes. Pourtant les tentations furent nombreuses de vérifier le fameux adage : « jouir plus pour vivre plus ».

Achevé d’imprimer en octobre deux mille huit sur les presses de In-Octo à Brignac, Petit traité d’éducation lubrique de Lydie Salvayre comprend deux mille exemplaires sur Vergé.


Lorsque votre partenaire, haletant depuis quinze minutes, se rue sur vous, la bave aux lèvres et le corps agité de gestes convulsifs, ne vous effarez pas. Ces manifestations quelque peu surprenantes indiquent simplement que l'instant est venu, inéluctable, irréversible, impératif, d'agir (« Quod non agit, non existit » affirme Leibniz) et qu’il est temps de passer à la futution proprement dite. Ce Petit traité désopilant propose aux hommes comme aux femmes de peaufiner leur éducation des plaisirs charnels. Jubilatoire ! Lydie Salvayre est l’auteur d’une quinzaine de livres, dont La Puissance des mouches, La Compagnie des spectres (Prix novembre 1997), La Conférence de Cintegabelle, La Méthode Mila, Portrait de l’écrivain en animal domestique, publiés au Seuil. Ses ouvrages ont été traduits dans le monde entier, et adaptés au théâtre ou au cinéma. Née de parents espagnols réfugiés en France en 1939, elle vit à Paris où elle mène de front son travail de psychiatre auprès des enfants et son travail d’écrivain.

Lydie Salvayre

Petit traité d’éducation lubrique

ISBN 978-2-913388-70-3

12 €

Cadex Éditions


Petit traité d'éducation lubrique de Lydie Salvayre