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Ardennes & Alpes n°229

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Ardennes Alpes

n°229 / 3e trimestre 2026


LE FESTIVAL DU FILM DE MONTAGNE

BRUXELLES 14 & 15/12 CHARLEROI 01/12 LIÈGE 08/12 LOUVAIN-LA-NEUVE 11/12 MONS 24/11 & 10/12 NAMUR 10/12 VERVIERS 09/12

PHOTO : THIBAUT MAROT

RÉSERVATION SUR WWW.MONTAGNE-EN-SCENE.COM


Didier Marchal ©

Ardennes & Alpes — n°229

Jean Bourgeois (CABaret 2021) — Freyr, Septembre 2021

Un immortel nous a quittés ! Il y a des disparitions qui résonnent bien au-delà de la peine. Des disparitions qui ne se contentent pas de nous attrister, mais qui nous obligent à regarder ce que nous sommes, ce que nous transmettons, ce que nous voulons devenir. La mort de Jean Bourgeois, le 21 août dernier, est de celles-là. La cérémonie qui s’est tenue à Ciney a rassemblé une foule impressionnante : la famille, des compagnons de cordée, des astronomes, des écrivains/éditeurs, des musiciens, et bien d’autres amis. Une salle plus que pleine, une émotion dense, presque palpable. Jean a inspiré bien des générations. Celles qui ont grimpé avec lui dans les années 60-70.

édito Hommage à un compagnon de cordée, à un élève de 60 ans qui apprend le violon, à un écrivain… Jean était un homme de verticalité, de lumière, de curiosité. Un ingénieur brillant, un alpiniste d’exception, un astronome passionné, un musicien admirable. Un explorateur au sens le plus large du terme : il explorait les montagnes, les déserts, les étoiles, mais aussi les idées, les arts et les êtres humains. Il avait cette capacité rare de rester un apprenant, même après une vie d’aventures. Nous avons mesuré à quel point Jean a marqué des vies et a façonné une part de notre culture commune. Alors oui, avec la mort de Jean, nous avons eu l’impression qu’une partie de l’âme du Club Alpin Belge s’en allait.

Celles qui ont grandi avec son histoire de l’Everest et son retour miraculeux en 1983, où l’on avait déjà, une première fois, célébré ses obsèques.

Mais ce n’est pas vrai.

Celles qui l’ont rencontré récemment, sur le plateau de Freyr ou à l’observatoire de Dinant, émerveillées par ses passions intactes.

Ce qu’il nous laisse, ce n’est pas seulement une histoire. C’est une manière d’être au monde : curieux, humble, audacieux, émerveillé.

Mais aussi toutes les personnes qui ont eu la chance de le côtoyer dans ses nombreuses passions (astronomie, escalade, alpinisme, musique, écriture…).

À nous, maintenant, de continuer à grimper, à explorer, à transmettre.

Et bien sûr, ses petits-enfants. Ce jour-là, ces trois générations étaient bien présentes pour lui rendre un dernier hommage.

Parce que Jean est bien présent : dans nos cœurs, dans nos esprits, dans nos projets, dans nos cordées, dans nos étoiles.

À nous de rester, comme lui, en quête de plus grand. YANN LEFRANÇOIS Président du CAB page 3


RES NULLIUS

Julien Boeur ©

2024

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Pendant des années, j’ai grimpé sur des rochers en pensant que c’était juste… des rochers. Des surfaces de pierre. Peut-être avec quelques oiseaux à respecter pendant la nidification, d’accord. Mais fondamentalement, c’était mon terrain de jeu.

NATAGORA NOUS FAIT MARCHER ! PAGE 15

Inauguré le 14 juin dernier, le « Grand Tour pédestre des réserves naturelles Natagora Famenne » propose un itinéraire de 209 kilomètres reliant presque toutes les réserves naturelles de Famenne. Le circuit est divisé en 29 tronçons de sept à huit kilomètres, ce qui permet de composer des boucles…

LE DAWN WALL À TES CÔTÉS

SOMMAIRE 5

Stage de formation des Initiateurs Alpinisme à Chamonix Une semaine de mise en situation pédagogique

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Res Nullius : Quand les rochers cessent d’être sans maître Une formation qui change le regard

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Natagora nous fait marcher !

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Le Dawn Wall à tes côtés

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Présentation Droles d’Oiseaux Nouveau cercle du Club Alpin Belge

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Challenge provincial, au-delà de la compétition Retour sur l’essence du circuit amateur

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La découverte des falaises du Galibier Récit de la BRCT

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Le SERAC au Val Veny Des jeunes sur le chemin de l’autonomie en montagne

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Tout commence en 2021, lorsque nous nous étions lancés avec un groupe de copain·es dans l’aventure d’une vie : 10 mois de voyage pour traverser l’Atlantique en voilier aller-retour et aller grimper sur la fameuse paroi d’El Capitan, au Yosemite, en Californie.

Victoria

2025 Kohner ©

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CHALLENGE PROVINCIAL © 202

Didier Marchal ©

2026

Sauf que ce n’est pas vrai.

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À l’heure où les compétitions amateurs prennent du terrain, le CAB souhaite mettre en lumière le Challenge provincial et son circuit du BruxellesBrabant. En 2025-2026, ce circuit a réuni 150 jeunes de dix clubs sur sept manches. Maniak, Évolution Vertical, A BLOC et Itinéraires AMO ont participé…


© Arnaud Bayol

Ardennes & Alpes — n°229

Stage de formation des Initiateurs Alpinisme à Chamonix

Le stage au Brévent — Brévent, Juin 2026

Une semaine de mise en situation pédagogique ARNAUD BAYOL – Guide de haute montagne Cette semaine de formation est un moment privilégié pour confirmer les connaissances des futurs initiateurs alpinisme. Car pour expliquer correctement, il faut avoir des acquis solides. Enseigner un nœud, c’est démontrer, expliquer, corriger. Il faut être capable d’expliciter. Et quand il s’agit d’initier des débutants au vaste sujet de l’alpinisme, le champ est encore plus large : il faut préparer des séances spécifiques, les articuler entre elles et savoir s’appuyer sur d’autres encadrants. C’est donc bien plus compliqué qu’il n’y parait ! Voilà donc un avant-goût de ce stage de formation, riche en enseignements et en rencontres.

Initier à l’alpinisme, c’est d’abord enseigner les bases. Rien de tel, pour cela, que les traditionnelles écoles de rocher, écoles de glace et écoles de neige. Pour chacune de ces activités, il faut trouver le spot adapté et, en ces temps de réchauffement, faire preuve d’imagination pour dénicher les derniers névés accessibles – et cohabiter sur les rares parcelles de glaces et sites de rocher adaptés. La vallée de Chamonix est aussi un site parfait pour de nombreux guides qui enseignent aux prétendants à la haute montagne. Lors des ateliers, même si les gestes sont simples, ils n’en demeurent pas moins essentiels. Baisser les talons quand on cramponne les pointes avant, c’est basique, mais pas intuitif – et il ne faut pas oublier de le dire aux débutants. Sinon, l’appréhension tend les muscles et pousse à la chute. Nos trois premières journées ont donc été dédiées à répéter les bons gestes pour pouvoir ensuite les transmettre : remise à jour de la confection de relais, des manips de secours, de l’enchaînement de voies de plusieurs longueurs. Ce fut aussi l’occasion de parler sécurité : ne pas blesser les futurs stagiaires, page 5


© Paul

Devenir initiateur, c’est justement prendre plus de marge, pour la sécurité de débutants qui placent leur confiance en vous. mais les amener à leurs limites pour qu’ils découvrent leur potentiel, en toute sécurité. Nous avons donc insisté sur la construction de séances adaptées, et sur la manière de se prémunir des risques inhérents à cet environnement. Le groupe de futurs initiateurs alpinisme était constitué de Marie, Christophe, Edouard, Filip, Paul et Philippe. Damien et Simon encadraient avec moi ce stage exigeant. Le cœur de l’apprentissage est venu ensuite, porté par deux journées de courses en haute montagne. Car quoi de mieux que l’alpinisme pour continuer à perfectionner sa pratique de l’alpinisme ? Les courses pourront vous sembler classiques, mais elles ont une haute valeur ajoutée pour des futurs initiateurs qui fréquenteront ce terrain chamoniard. Descendre l’arête de neige molle de l’Aiguille du Midi quand l’isotherme culmine à 4400 mètres d’altitude n’a rien à voir avec la même descente en hiver, quand le Z est tracé et sécurisé par des cordes fixes. En été, seules les personnes autonomes ou encadrées peuvent s’aventurer sur cette arête non équipée. S’en est suivie une traversée de la vallée blanche qui, en cette fin de printemps, cachait toujours ses

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principaux pièges sous la neige. Pour finir cette journée, la traversée Vierge–Flambeau était tout indiquée pour démontrer son aisance dans l’assurance en mouvement. Le lendemain, la chaleur cuisante continuait son travail de déstabilisation de la montagne pendant que des cumulus joufflus se développaient autour de nous. Notre équipe, ultra réactive, avançait néanmoins à bon pas vers l’Aiguille des Marbrées – une course classique, mais particulièrement adaptée à l’apprentissage de notre discipline favorite. L’ambiance était toujours à la bonne humeur, même lorsque des cordées plus lentes ralentissaient notre progression. À midi, le nez dans les nuages, nous décidions de redescendre côté italien, car le risque d’orage se faisait trop pressant. Devenir initiateur, c’est justement prendre plus de marge, pour la sécurité de débutants qui placent leur confiance en vous. Ce risque météo venait parfaitement clore cette semaine, en donnant l’occasion de réfléchir une dernière fois sur la gestion du risque et à la nécessité de renoncer lorsque le contexte devient défavorable.


Ardennes & Alpes — n°229

Ce stage fut ponctué de nombreux échanges, questions, présentations, conférences, briefings, et débriefings tant personnels que collectifs. Sa première richesse fut indéniablement ses participants, car l’humain était au cœur du sujet. Transmettre, c’est passer un message compréhensible et applicable, et s’assurer que ce message soit compris. Observer l’apprenant, mettre en application vos consignes est un retour direct sur votre capacité à communiquer. La pédagogie est un art qu’on ne maîtrise jamais totalement, et cette confrontation avec soi-même est vraiment stimulante.

Page de gauche : Marie et Simon face au Mont-Blanc — Brévent, Juin 2026

Si vous avez la passion de la montagne et l’envie de la partager, n’hésitez pas à vous inscrire au probatoire de la formation pour tenter votre chance !

À droite : Edouard sur l’arête des Aiguilles Marbrées — Marbrées, Juin 2026

ARNAUD BAYOL – Guide de haute montagne Vous souhaitez en savoir plus sur la formation d’Initiateur Alpinisme ? Consultez la page dédiée sur le site web du CAB : https://www.clubalpin.be/ brevet-federal-d-alpinisme

© Arnaud Bayol

© Paul

En bas : Sur le fil des Marbrées — Aiguilles Marbrées, Juin 2026

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Quand les rochers cessent d’être sans maître Une formation qui change le regard JULIEN BOEUR Je suis en plein cœur de ma formation de moniteur d’escalade au Club Alpin Belge. Entre les cours de technique, de sécurité et de pédagogie, il y a eu deux moments qui m’ont vraiment marqué : le cours sur l’éthique et le développement durable, puis celui sur la protection du milieu. Des cours qui vous font réfléchir. Pas parce qu’on vous donne des réponses, mais parce qu’on vous pose les bonnes questions. page 8

Et puis, il y a eu le film. Mercredi 17 juin 2026, à la Maison Haute de Watermael-Boitsfort, j’ai découvert Res Nullius, un documentaire de Thomas Jean. Deux heures à croiser le regard des animaux sauvages de Bruxelles.

En haut : La Vanoise — Juillet 2025 Ci-contre : Vue d’une voie d’escalade — Gorges du Verdon, Avril 2024

© Julien Boeur

RES NULLIUS


Ardennes & Alpes — n°229

D’où vient ce titre étrange ? Res Nullius. C’est du droit romain. Littéralement : « chose sans maître ». À l’époque, le droit distinguait trois catégories de choses : les res communes (l’air, la mer, appartenant à tous), les res propriae (les biens appartenant à une personne), et les res nullius (les choses n’appartenant à personne, telles que les animaux sauvages). Une chose sans maître pouvait être appropriée par le premier qui la prenait en possession. Sauf que voilà : ce principe juridique ancien a justifié des siècles de colonisation, de pillage, d’appropriation sans limite. Parce que si quelque chose n’a pas de maître, alors tout le monde peut le prendre. Et si tout le monde peut le prendre, personne n’en prend soin, à moins d’avoir une valeur marchande. Sachant que ce sont toujours ces principes de droit sous-jacents qui régissent notre rapport à la biodiversité, c’est à nous d’en prendre soin.

© Julien Boeur

Une falaise est un écosystème. Elle abrite des oiseaux, des insectes, ainsi qu’une pléthore d’espèces animales et végétales à ne pas déranger.

Le film de Thomas Jean renverse cette logique. Il dit : non, ces animaux ne sont pas des res nullius. Ils ont une existence, et nous sommes leurs colocataires. Nous devons prendre soin d’eux et de leur environnement. C’est ainsi que le film explore la cohabitation entre les humains et la faune sauvage au cœur de Bruxelles et interroge notre manière d’habiter la ville. Car, même en ville, il y a un écosystème vivant couplé avec des enjeux de biodiversité, d’aménagement du territoire et de justice sociale. L’auteur propose une réflexion engagée à travers les témoignages de différents acteurs du terrain sur le développement urbain et son impact sur le vivant. Une réflexion qui peut s’appliquer à tous les terrains. Et moi, en tant que grimpeur, mon terrain, ce sont les rochers.

Les rochers, un univers habité à partager C’est d’ailleurs le titre de la brochure que le Club Alpin Belge a développée en 2013 avec Natagora, dans le cadre du projet Life Hélianthème. Les rochers, un univers habité à partager. Pas « à conquérir ». À partager. Quand j’ai lu ça, après avoir vu Res Nullius, quelque chose a résonné en moi. Pendant des années, j’ai grimpé sur des rochers en pensant que c’était juste… des rochers. Des surfaces de pierre. Peut-être avec quelques oiseaux à respecter pendant la nidification, d’accord. Mais fondamentalement, c’était mon terrain de jeu. Sauf que ce n’est pas vrai. Une falaise est un écosystème. Elle abrite des oiseaux, des insectes, ainsi qu’une pléthore d’espèces animales et végétales à ne pas déranger. Les falaises de Belgique sont souvent en zone Natura 2000, ce qui signifie qu’elles


sont protégées au niveau européen parce qu’elles hébergent des espèces ou des habitats d’intérêt communautaire. À Freyr, par exemple, les zones comme les « 5 Ânes » ou la « Vire de la Casserole » sont des habitats sensibles.

Pas des obstacles à contourner. Des habitats. Nous, les grimpeurs, nous arrivons avec nos chaussons, notre magnésie, nos dégaines, notre bruit, notre présence. Heureusement, la plupart d’entre nous sont (je l’espère) déjà conscientisés au respect des lieux, sans compter le fait que le CAB met énormément de choses en place afin de contribuer à cet écosystème si fragile.

Le saviez-vous ? Avant de pouvoir grimper sur une falaise, il faut des permis. Beaucoup de permis. D’abord, une convention avec le propriétaire du terrain, parce qu’on ne peut pas juste arriver et grimper. Ensuite, un permis d’urbanisme, parce qu’équiper une falaise, c’est modifier l’infrastructure naturelle, poser des points d’ancrage, des chaînes, des relais… Et puis, un permis d’environnement, souvent sur des zones Natura 2000, parce que l’État belge doit vérifier que notre activité ne détruit pas ce qu’il a promis de protéger au niveau européen. Les permis sont toujours assortis de mesures d’atténuation et/ou de compensation. C’est dans ce contexte que le CAB met en place des mesures concrètes, notamment :

© Julien Boeur

© Julien Boeur

En bas : Équipements et grimpeurs, colocataires de l’écosystème rocheux — Gorges du Verdon, Avril 2024

En haut : Vue d’une voie d’escalade — Falaise de Presles – Vercors, Décembre 2023

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Ardennes & Alpes — n°229

Ci-contre : Vue d’une voie d’escalade — Verdon, Avril 2024

© Julien Boeur

Nous resterons toujours les intrus au sein de cet écosystème sensible, mais c’est une tentative sincère de dire : « Oui, on peut grimper ici, mais pas n’importe comment. »

La Climbing Attitude : au-delà du « Leave No Trace » La brochure du CAB parle de « Climbing Attitude ». C’est plus qu’une liste de règles. C’est une posture. Leave No Trace – ne laisser aucune trace – c’est le minimum. C’est : « Je ne fais pas de dégâts ». Mais la Climbing Attitude, c’est : « Je suis un visiteur conscient dans un monde qui n’est pas le mien ».

•

Des périodes de fermeture pendant la nidification (avril-juillet généralement) ;

•

Une réduction du nombre de voies afin de ménager de l’espace (entre les voies) pour la faune et la flore ;

•

Respecter les fermetures, même si la voie est belle ;

•

Des zones interdites pour protéger les habitats sensibles ;

•

Utiliser la magnésie avec parcimonie (elle tue les lichens, qui sont l’habitat de micro-organismes) ;

•

Un gardien des rochers (à Freyr, par exemple) qui veille à la propreté, au respect de la faune et de la flore ;

•

Faire attention au bruit (les oiseaux se sentent menacés) ;

•

Une charte du grimpeur qui rappelle les règles : pas de magnésie excessive, pas de bruit inutile, ramasser ses déchets et ceux des autres ;

•

Ramasser les déchets des autres, pas juste les siens ;

•

Apprendre à reconnaître les espèces qu’on croise ;

•

Accepter que certaines zones restent fermées, définitivement.

•

Des sentiers à utiliser pour éviter de couper à travers l’écosystème ;

•

L’entretien des pelouses calcaires, et autres…

C’est lourd. C’est compliqué. Mais c’est la condition pour que la cohabitation soit possible. Nous resterons toujours les intrus au sein de cet écosystème sensible, mais c’est une tentative sincère de dire : « Oui, on peut grimper ici, mais pas n’importe comment. »

Cela signifie notamment :

Pour un moniteur, c’est encore plus important. Parce que je ne grimpe pas seul. Je transmets une vision du monde à mes stagiaires. Si je leur dis « respectez la nature » en descendant une voie en zone de nidification, je suis un hypocrite. Si je ramasse les déchets des autres en souriant, je leur montre que c’est normal. Si j’explique pourquoi telle zone est fermée, je leur donne une raison de respecter cette fermeture. page 11


Rester conscient que […] ma présence est un privilège, pas un droit.

La question qui reste Mais voilà, la question qui m’a vraiment travaillé après avoir vu Res Nullius et suivi ces cours : notre présence est-elle vraiment compatible avec la protection des écosystèmes ? Ou est-ce qu’on se raconte une histoire ? Parce que oui, le CAB fait ce qu’il peut. Oui, il y a des permis, des conventions, des gardiens. Oui, il y a des fermetures et des zones protégées. Mais à la fin, on est quand même là. On grimpe. On laisse des traces – même invisibles. La fragmentation des habitats, c’est aussi notre présence qui la crée. Les oiseaux qui s’envolent quand on arrive, c’est aussi nous. Je n’ai pas la réponse. Honnêtement, je ne sais pas si c’est un compromis acceptable ou une contradiction qu’on refuse de voir. Ce que je sais, c’est que la question doit rester vivante. Qu’on ne peut pas juste appliquer une charte et se sentir bien. Qu’il faut continuer à se demander : suis-je vraiment un colocataire responsable, ou suis-je juste un occupant qui a appris à être discret ? Vue d’une voie d’escalade — L’Estérel – Cap du Dramont, Octobre 2024

Vers une éthique de la cohabitation Le film de Thomas Jean se termine sur une idée simple, mais radicale : il est possible de loger les humains sans détruire les espaces naturels. Il est possible de coexister. Mais ça demande un changement de perspective. Ça demande de voir les rochers non pas comme des res nullius – des choses sans maître, disponibles pour qui les saisit – mais comme des res communes – des choses qui nous appartiennent à tous, humains et non-humains. Pour un moniteur d’escalade, cela signifie, entre autres : •

Continuer à apprendre (sur les espèces, les écosystèmes, les enjeux locaux) ;

•

Transmettre cette conscience à chaque stagiaire ;

•

Accepter les limites (les fermetures, les zones interdites) comme des protections, pas comme des frustrations ;

•

Remettre en question ses habitudes chaque saison ;

•

Soutenir les efforts du CAB, même quand c’est contraignant.

Et surtout, rester humble. Rester conscient que je suis un visiteur. Que les rochers n’ont pas besoin de moi pour exister. Que ma présence est un privilège, pas un droit.

Merci au CAB Je termine en remerciant sincèrement le Club Alpin Belge. Pas parce qu’il a toutes les réponses – il ne les a pas. Mais parce qu’il pose les bonnes questions. Parce qu’il investit dans la gestion responsable des sites. Parce qu’il forme des moniteurs qui se demandent si ce qu’ils font a du sens. Et je recommande vivement le film de Thomas Jean ainsi que la brochure « Les rochers, un univers habité à partager ». Pas comme un manuel à appliquer bêtement, mais comme un point de départ pour une réflexion. Lisez-la. Discutez-en. Posez-vous les questions qu’elle soulève.

© Julien Boeur

Parce que les rochers ne sont pas des res nullius. Ils sont habités. Et nous, on a le privilège de les partager.

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JULIEN BOEUR


DIDIER MARCHAL Inauguré le 14 juin dernier, le « Grand Tour pédestre des réserves naturelles Natagora Famenne » propose un itinéraire de 209 kilomètres reliant presque toutes les réserves naturelles de Famenne. Le circuit est divisé en 29 tronçons de sept à huit kilomètres, ce qui permet de composer des boucles d’environ 15 kilomètres adaptées à différents publics.

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En bas : Natagora Famenne — Lessive, Juin 2026 Page de droite : Prairie de Famenne — Lessive, Juin 2026

© Didier Marchal

L’idée du « Grand Tour » est née il y a environ deux ans. L’objectif était de relier entre elles les réserves naturelles Natagora de la région par des circuits pédestres. Certains aménagements ont été réalisés afin d’assurer l’accueil du public dans de bonnes conditions (panneaux didactiques explicatifs et aires de vision). Les volontaires de Natagora ont planifié les itinéraires, repéré les chemins en se basant sur les sentiers de grande randonnée (GR) et les promenades communales existantes. Il a également fallu imaginer des jonctions entre les tronçons et en effectuer les repérages sur place pour s’assurer que les sentiers existaient bel et bien. Ce travail de terrain a ensuite été complété par une étape de cartographie et de rédaction d’un roadbook. Chaque tronçon est décrit avec précision : on y trouve la description de l’itinéraire, ainsi que les points d’intérêt concernant la nature (réserves naturelles) et le patrimoine.

En haut : Groupe de moutons pour le pâturage extensif — Ave-et-Auffe, Juin 2026

© Didier Marchal

Natagora nous fait marcher !


© Didier Marchal

Ardennes & Alpes — n°229

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© Didier Marchal

Ci-dessus : Panneau didactique de la RND Lesse et Lomme — Ave-et-Auffe, Juin 2026

© Didier Marchal

Ci-contre : Prairies et forêt en Famenne — Lessive, Juin 2026

Dans le cadre de l’inauguration, j’ai pu parcourir le tronçon n° 18 (de Lessive à Ave-et-Auffe, et retour). Le roadbook comprend un descriptif du parcours utilement complété par une carte et un QR code permettant de charger le tracé GPX. Au gré des paysages de Famenne, trois points d’intérêt jalonnent le parcours : deux réserves naturelles et des vestiges d’une exploitation de barytine. D’après le roadbook, la Réserve naturelle domaniale (RND) Lesse et Lomme rassemble une vingtaine de sites calcaires éparpillés sur les communes de Rochefort et de Tellin. L’un des objectifs du plan de gestion de la RND est la restauration et le maintien de surfaces significatives de pelouses sèches grâce au pâturage ovin extensif. Les moutons, dont un petit groupe était visible sur le parcours, page 16

créent en effet un paysage semi-ouvert avec quelques arbres et arbustes épars, favorables à une grande diversité de la faune et de la flore. La Réserve naturelle de la Basse Wimbe, quant à elle, se situe au centre de la dépression schisteuse de la Famenne. Le paysage y est très ouvert et le site se compose essentiellement de prairies accompagnées de quelques lambeaux forestiers à base de chênes.


© Didier Marchal

Prairies et forêt en Famenne — Ave-et-Auffe, Juin 2026

Au gré des paysages de Famenne, trois points d’intérêt jalonnent le parcours : deux réserves naturelles et des vestiges d’une exploitation de barytine. Enfin, à proximité d’Ave-et-Auffe, le bois du Roptai, situé près d’un camping, conserve des traces d’une exploitation de barytine. Comme décrit dans le guide, le sulfate de baryum se distingue par sa densité élevée. On le trouve dans des calcaires vieux de 385 millions d’années. Il était essentiellement utilisé pour la protection contre les radiations en imagerie médicale, ainsi que pour colorer les flammes en pyrotechnie. L’exploitation de barytine à Ave-et-Auffe a duré près de nonante ans (de 1860 à 1949). Quatre puits produisaient entre 150 et 820 tonnes de minerai par an. Il n’en subsiste que quelques dépressions dans le paysage forestier actuel. Difficilement accessibles, ces cavités souterraines sont fréquentées par plusieurs espèces de chauves-souris. Le parcours du tronçon 18 est aisé à suivre et emprunte le plus souvent des chemins. Quelques passages sur des sentiers permettent de donner un caractère plus « nature » à la randonnée.

Il est important de préciser qu’aucune information concernant les possibilités de logement (bivouac, camping ou autre) ne figure dans le roadbook. Le randonneur qui souhaite parcourir la boucle complète (209 kilomètres) se renseignera au préalable sur les opportunités en la matière. Le roadbook rappelle quelques principes que les randonneurs connaissent bien : •

Rester sur les chemins et sentiers ouverts à la circulation ;

•

Tenir son chien en laisse ;

•

Ne pas mutiler les arbres, ne pas cueillir les plantes (surtout si elles sont rares ou protégées) ;

•

Ne pas allumer de feu ;

•

Ne pas camper ou bivouaquer (sauf aux endroits prévus à cet effet) ;

•

Emporter ses déchets ;

•

Être prudent en période de chasse (consulter « ChasseOnWeb ») et respecter les panneaux d’interdiction.

Ce roadbook constitue une initiative bien utile pour randonner tout en s’initiant aux multiples aspects de la biodiversité !

DIDIER MARCHAL Pour en savoir plus : www.biodiversite.wallonie.be www.natagora.be

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Ardennes & Alpes — n°229

Le

© Victoria Kohner

Dawn Wall

à tes côtés SÉBASTIEN BERTHE & SOLINE KENTZEL

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Quelques années plus tard, en automne 2024, la grimpeuse Soline Kentzel et moimême, plus motivé·es que jamais, décidons de repartir pour un tour. Il faut dire que j’avais une histoire à régler avec un certain Dawn Wall sur lequel j’avais buté la dernière fois au bout de plusieurs mois de travail et 23 jours sur le mur.

Périples transatlantiques, traversée de l’Amérique centrale en bus, la réussite de mon rêve de vie de grimpeur, l’ascension en solitaire du Nose pour Soline… Raconter une année complète de voyage et d’aventures verticales est presque impossible, mais vous trouverez dans ce dossier des bribes de moments de voyage vécus, des réflexions sur l’escalade en vallée Yose’mythique, des récits d’escalade… racontés par Soline ou moi. J’écris ces lignes, un an après notre retour en Europe, à l’occasion de la sortie du film qui raconte cette aventure. Ce film « The Dawn Wall by your side » raconte non seulement notre voyage et mon ascension du Dawn Wall, mais aussi la relation de cordée qui nous unit avec Soline et ses ascensions à elle dans la vallée. Il sortira cet automne et pourra être visionné dans différents festivals et événements. Stay tuned !

Page précédente : L20 du Dawn Wall, une magnifique dalle engagée — Yosemite Dawn Wall Ci-contre : Heureux, mais fatigué, le travail accompli page 20

© Chris Nathalie

Tout commence en 2021, lorsque nous nous étions lancés avec un groupe de copain·es dans l’aventure d’une vie : 10 mois de voyage pour traverser l’Atlantique en voilier aller-retour et aller grimper sur la fameuse paroi d’El Capitan, au Yosemite, en Californie. Cette aventure que nous avions nommée « Cap sur El Cap » a fait l’objet d’un film du même nom et vous avait été racontée dans les détails dans votre magazine préféré (A&A n°211).


Ardennes & Alpes — n°229


J’ai reçu un message ce matin – Soline « J’ai votre transat ». Plutôt une réponse à un message envoyé quelques jours plus tôt à un gars dont je ne connais que le prénom. Pas le temps de niaiser, le bonhomme, Cédric, nous dit qu’il transate jusqu’au Panama pour convoyer un bateau (un énorme catamaran tout neuf) dans le Pacifique. Le départ est fixé autour du 10 septembre. Dans deux semaines. Les premières minutes, je ne considère pas l’option comme réaliste. On rêvait d’y retourner et cherchions un bateau, mais là, ça semble trop facile. Assez vite, on se rend compte que c’est le plan idéal pour arriver au Yosemite avant que l’hiver ne soit trop agressif. 2 SEMAINES. C’est peu. C’est aussi très excitant. Tout se met alors en place très vite : on passe des coups de fil à droite à gauche pour motiver une équipe (il y a de la place sur le bateau), on règle les questions logistiques, administratives et de matériel, on fait notre baluchon et on prend un train vers Perpignan où le bateau se trouve.

10 septembre – Rencontre avec le capitaine et le reste de l’équipage (parmi lesquels se trouvent les grimpeurs Mathieu Miquel, Aidan Roberts et Guillaume Lion), énormes courses, installation, derniers préparatifs… Tout s’enchaîne vite. Le bateau, Dream Bora de son petit nom, est encore plus gros et confortable que ce qu’on pensait. Première fois pour nous sur un yacht. On sent que cela va rendre la traversée moins fatigante, mais un petit goût nous reste en bouche. Ce n’est pas vraiment la barque de pirate que l’on espérait, et, à être dans cet endroit luxueux, on ne se sent pas complètement à notre place. Pourtant, malgré les apparences, ce choix fait sens vis-àvis de notre démarche écologique : le bateau va de toute façon jusqu’au Pacifique, et c’est le choix du capitaine d’en faire profiter du monde et de le remplir. Pour nous, l’idée est vraiment de le voir comme un moyen de déplacement. À titre de comparaison, c’est un peu comme si vous faisiez du stop sur un bord de route et qu’une Lamborghini s’arrêtait. On monte, quand bien même on n’aime pas les voitures de luxe. Pourtant, on a bien conscience du privilège que cela représente (privilège de classe de pouvoir prendre le temps de faire un voyage comme ça et d’avoir le réseau pour trouver un tel bateau), et que ce système de convoyage n’est en rien une alternative viable au transport aérien.

© Seb Berthe & Soline Kentzel

L’équipage de Dream Bora se prépare à traverser l’Atlantique — Canaries

Traversée de l’Atlantique en « lambo » – Seb et Soline

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Ardennes & Alpes — n°229

Quel bonheur de contempler la mer, les vagues, les couchers et levers de soleil, les étoiles… S’éloigner pendant quelques semaines de l’effervescence de notre société capitaliste. C’est ça la vraie valeur de la navigation.

Nous levons l’ancre face à l’étendue de la Méditerranée. Le Yosemite est loin, très loin. Mais, au moins, nous sommes en route. La traversée de la Méditerranée est un moment intéressant : ce petit bout de mer, comparé à ce qui nous attend, donne une idée du rythme. Oui, traverser un océan de plusieurs milliers de kilomètres à la vitesse de 10 à 15 km/h ne va pas se faire en un jour et la patience sera maître-mot. Mais c’est aussi et surtout cela que l’on vient chercher dans cette aventure : prendre les mesures réelles des distances, réapprendre à prendre le temps, apprendre à s’ennuyer… Quel bonheur de contempler la mer, les vagues, les couchers et levers de soleil, les étoiles… S’éloigner pendant quelques semaines de l’effervescence de notre société capitaliste. C’est ça la vraie valeur de la navigation. La vie en mer est pourtant loin d’être facile, c’est long et fatigant. Les réveils de nuit, le mal de mer, le corps et l’esprit s’essoufflent progressivement. On ne peut jamais prévoir comment on va se sentir en se levant le matin, alors on lâche du lest sur l’efficacité et les objectifs productifs. Cela n’arrange pas forcément nos affaires, car des objectifs ambitieux, on en a ! À notre arrivée aux Canaries, on mobilise toutes nos compétences de bricolo-grimpeur·euses pour construire une structure d’entraînement digne de ce nom. Un véritable défi d’ingénierie, car je vous rappelle que ce bateau est tout neuf et doit arriver tel quel à destination : pas de vis, pas de trous, pas d’égratignure. On est fiers du résultat : le pan est magnifique aux couleurs pastèque de la Palestine, mais il est surtout terriblement efficace et rempli de micro-réglettes. L’idéal pour ce qui nous attend de l’autre côté.

© Victoria Kohner

The thumb move, L21 du Dawn Wall — The Dawn Wall

Dream Bora avance lentement mais sûrement, nous sommes vite au Cap-Vert, puis approchons des Antilles et de la Martinique où nous ferons escale. Les journées s’enchaînent et se ressemblent un peu : cuisine, repas, lecture, débat, entraînement, discussion, podcast, sieste, jeu, dodo, quart de nuit… La navigation, bien plus qu’un défi sportif, est avant tout une aventure sociale. Chaque instant à bord, de discussion, de jeu, de partage, permet d’apprendre à mieux rencontrer les autres, mais surtout de se connaître soi-même ! C’est aussi l’occasion d’expérimenter de nouvelles manières de vivre ensemble, de faire société de façon plus collaborative… Une sorte de laboratoire à ciel ouvert. page 23


Ardennes & Alpes — n°229

Après notre départ de Martinique, seulement une dizaine de jours en mer nous séparent du nouveau continent. L’excitation est certes présente, mais la vie à bord et au sein de l’équipage donne envie que ce petit quotidien dure encore. Les séparations s’annoncent déchirantes entre notre groupe de grimpeur·euses et les marins : nous savons que nos horizons divergent et qu’il ne sera pas aisé de se revoir. Ce que nous avons partagé, nous ne le partagerons sûrement plus jamais, et c’est sacrément triste. En deux mois, ensemble sur quelques mètres carrés, ces personnes qui nous étaient inconnues nous sont devenues vraiment familières : nous connaissons leur rythme, comment iels aiment leur café, à quelle heure iels aiment manger. Nous savons repérer lorsqu’iels ont envie de causer ou d’être tranquilles. Nous savons à leur gueule comment a été la nuit, si c’est le moment de les taquiner, ou de leur laisser de l’espace. La familiarité est un sentiment réconfortant et gratifiant, mais également difficile à créer, ce qui le rend d’autant plus précieux. Cela demande des conditions particulières, et le huis clos du bateau en fait partie.

© Seb Berthe & Soline Kentzel

Soline se prépare à passer trois jours en solitaire sur la paroi… — The Nose

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Traversée de l’Amérique centrale en bus – Soline

En bas : Arrêt de bus 487 — Amérique centrale Page de droite : Notre van rouillé dont le plafond perce un peu quand il pleut — Yosemite, vallée

La vallée a une saveur spéciale pour moi et je crois que c’est pour ça que je veux y retourner encore et encore. Cet endroit a une aura presque magique. © Seb Berthe & Soline Kentzel

© Seb Berthe & Soline Kentzel

© Seb Berthe & Soline Kentzel

Ci-contre : L’une des nombreuses nuits passées dans les bus d’Amérique centrale — Amérique centrale

Le matin du départ, le reste de l’équipage s’est levé pour nous saluer. Ça sent la tristesse, et certains yeux s’humidifient. Cela fait presque deux mois (50 jours de navigation très exactement) que nous vivons confin·é·es toustes ensemble dans ce rafiot. Des embrassades, des mille mercis et des à bientôt, puis nous tournons les talons, en direction de l’arrêt de bus. Nous sommes à 7000 km et à 8 pays du Yosemite, soit un peu moins que la distance entre Paris et New Delhi. Des recherches « très approfondies » nous laissent penser qu’il ne sera pas trop compliqué de faire ce trajet en bus. Je me demande bien comment vous raconter cette traversée de l’Amérique centrale sans lui donner un effet catalogue qui serait bien trop injuste. Tous ces pays, quoique fugacement traversés, nous ont tous donné des impressions différentes. On a pu expérimenter et ressentir, sans connaître exactement les spécificités historiques, culturelles, politiques, géographiques, culinaires de chaque espace. Certes, traverser un pays en bus, passer 48 heures dans sa capitale et repartir peut sembler une bien piètre immersion, et pourtant ! Les bus ne sont pas vraiment un nid à touristes ; on était d’ailleurs toujours les uniques gringos (blancs occidentaux). Sortir du sentier dessiné pour le touriste (dont le fait de ne pas voyager en avion est la manière la plus simple), même si c’est furtif, donne à voir du pays sans qu’il ne soit romantisé ou remodelé par l’industrie du voyage. page 26

Les États-Unis, terre promise – Soline Ces premiers jours à San Diego pour trouver un van à acheter et y vivre les six prochains mois nous choquent un peu. Nous venons de traverser des pays faisant partie des plus pauvres du monde, et pourtant, notre première impression de la situation aux US nous semble catastrophique. La pauvreté et la précarité nous frappent comme une gifle. Dans les zones industrielles périphériques où nous traînons, les gens ont l’air vraiment mal en point. En comparaison, les campagnes du Panama ont une richesse qui ne se mesure pas avec un PIB. Ces coins de rue sentent la misère. Ici se retrouvent les laisséspour-compte du pays du capitalisme sauvage, où les vies valent moins que les profits. On laisse ce quartier lugubre derrière nous. Une six voies, puis quatre voies rapides nous téléportent jusqu’à la frontière des territoires sur-bétonnés et nous atterrissons enfin à bon port. Nous sommes de retour chez nous, à la place qui nous convient : celle des Dirt-Bags du Yosemite.


Ardennes & Alpes — n°229

No one is illegal on stolen land – Seb Le Yosemite a une histoire bien particulière. Bien avant les touristes, les grimpeurs et les parcs nationaux, la vallée d’Ahwahnee était habitée par les Ahwahneechee et d’autres peuples autochtones. Puis sont arrivés les colons, la ruée vers l’or, les expulsions et les massacres. En 1851, le Mariposa Battalion a chassé et massacré les habitants de la vallée, détruit leurs villages et leurs réserves de nourriture. Une histoire de conquête longtemps racontée comme une simple « découverte ». La triste ironie de cette colonisation se lit encore aujourd’hui : The Ahwahnee, l’hôtel le plus luxueux du Yosemite, porte le nom autochtone de la vallée alors que son accès est réservé à une élite ultra-riche et privilégiée. Apple a transformé les paysages de Yosemite en fond d’écran pour des millions d’ordinateurs, et The North Face a fait de Half Dome son logo et son nom. Après avoir pris les terres, nous avons aussi appris à capitaliser sur leurs noms, leurs images et leur prestige. La colonisation ne s’est pas seulement faite par la violence et l’expropriation, mais aussi par l’appropriation symbolique et économique du paysage. La vallée a une saveur spéciale pour moi et je crois que c’est pour ça que je veux y retourner encore et encore. Cet endroit a une aura presque magique. Et c’est ce que racontent les natifs. Les arbres gigantesques semblent parler. Chaque montagne a sa propre histoire, Tutukanula (= El Capitan), Tis-sa-ack (= Halfdome) semblent vivantes et sont encore considérées comme des divinités par les descendant·es des Ahwahneechee.

Pourtant, il m’a fallu du temps pour le comprendre : ces parois ne sont pas des croix à cocher ou des voies à conquérir, cela va bien au-delà. Il faut entrer dans la vallée avec humilité, écouter, et peut-être se faire accepter par elle. Le paysage n’est pas un décor ni une marchandise, mais une relation. Alors, face aux nouvelles restrictions d’accès et à l’augmentation des tarifs imposées par l’administration Trump, une question devient difficile à éviter : qui peut être interdit d’accès à des terres qui ont été volées à ceux qui y vivaient ? Ces terres sont belles et tout le monde devrait pouvoir en profiter, mais surtout, n’oublions jamais l’histoire de celleux à qui elles ont été prises. Dans ce contexte, je vous partage quelques slogans criés par des manifestants lors d’un rassemblement au cœur de la vallée que nous avons eu l’honneur de rejoindre : « NO ONE IS ILLEGAL ON STOLEN LAND », « THE PEOPLE UNITED WILL NEVER BE DEFEATED », « PUBLIC LANDS IN PUBLIC HANDS ». Pendant notre séjour sur place, nous avons également pu admirer, suspendus sur Tutukanula, des magnifiques drapeaux géants symbolisant la résistance de la communauté de l’escalade américaine face à la montée du néofascisme : un drapeau USA à l’envers dans le cadre du mouvement « No king » et pour les mesures insensées des parc nationaux. Et le drapeau trans en solidarité avec les personnes trans qui subissent un véritable acharnement politique…

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Ci-contre : La peau en lambeau en pleine ascension du Dawn Wall

© Seb Berthe & Soline Kentzel

Page de droite : El Cap climbers against fascism, on décide d’utiliser l’audience de l’enchaînement du Dawn Wall pour faire passer un message d’espoir à la communauté de l’escalade

Les doigts sur le granite, enfin ! – Soline Après deux mois de déplacement d’est en ouest, du nord vers le sud, puis du sud vers le nord, nous arrivons, Seb et moi, à l’endroit qui nous obsède depuis qu’on l’a quitté : la vallée sur-fréquentée et pourtant si aventureuse du Yosemite. Nous sommes mi-novembre, il fait déjà très froid. Quelques grimpeur·euses sont encore là et nous accueillent tel·les des héros·oïnes. On a raté la saison classique ici, mais les contraintes naturelles, telles que les alizés, sont plus fortes que notre volonté, et nous sommes arrivés aussi tôt que possible. Les jours sont déjà courts et les faces nord, ainsi que les emplacements de tentes du Camp 4, sont délaissés. La vallée se prépare pour sa longue hibernation, tandis que nous nous préparons à affronter les longues nuits et le caillou glacé. Nos stratégies sont rodées : Seb va directement se mettre au travail dans les longueurs du Dawn Wall avec Connor Herson (prodige américain de l’escalade en fissure), quant à moi, je veux prendre un peu de temps pour retrouver mes repères et trouver le projet de mes rêves. Lors de notre première grande-voie, mes sensations sont exceptionnelles. Je me sens tel un chat : mon corps dispose son centre de gravité naturellement à l’endroit le plus approprié, et je me déplace, avec peu d’efforts, d’un équilibre à un autre, sur ces dalles parfaites. La sensation du grain de ce granite qui s’écrase sous ma peau provoque une émotion complète de bonheur, de même que transférer mon poids sans difficulté ni hésitation sur un pied, puis un autre. D’un coup, je me souviens pourquoi tous ces efforts, pourquoi cette envie irrésistible de revenir ici : la gestuelle que propose le granite compact et implacable du Yosemite est en écho avec la façon dont mon corps aime se mouvoir. Les mouvements que le caillou impose me sont naturels, et d’instinct, je sais comment les réaliser avec le plus de grâce possible. Je suis la personne la plus heureuse du monde. Je me sens faire un avec l’endroit, et son énergie me submerge. Je sais que la vallée ne va pas tarder à me secouer, à me faire me sentir moins que rien, impuissante, terrifiée. Mais pour le moment, je suis optimiste : je suis bien, suspendue au-dessus du vide, je n’ai pas peur de la chute ni de l’échec. page 28

Tu ne ressens aucune douleur, tu n’as plus froid, tu n’entends plus rien, tu ne vois que les prises.

Des voies remplies d’histoire… – Seb Pendant les six mois qui ont suivi, nous avons grimpé dans de nombreuses voies toutes plus belles et chargées d’histoire les unes que les autres. En voici les principales : Le « Dawn Wall », clairement la grande-voie la plus dure du monde, ouverte par Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson, et seulement répétée par Adam Ondra depuis. Cette voie époustouflante (je pèse mes mots), où chaque section est plus belle et plus dure que la précédente, m’a occupé pendant de nombreuses semaines et dans laquelle Soline m’a soutenu de façon inconditionnelle. Une paroi lisse et des mouvements hors du commun qui resteront à jamais gravés en moi. Le « Nose », le big wall le plus parcouru du monde, mais aussi certainement le plus mythique. Nous l’avons grimpé plusieurs fois avec Soline (une fois même en quelques heures à peine), Soline y a aussi passé pas mal de temps dans le but de le faire en libre (performance que très, très peu de personnes ont réussi à faire depuis sa première ascension par Lynn Hill il y a 33 ans), l’affaire est à suivre pour son prochain séjour en terres Yose’mythiques. Soline y est ensuite retournée TOUTE SEULE pour une ascension en solitaire exceptionnelle… Plus de trois jours dans l’effrayante raideur de cette paroi à ne compter que sur soi-même. « Premiur », l’objectif hivernal de Soline et de la grimpeuse allemande Solveig Korherr. Probablement la voie la plus belle de Tutukanula… Des dièdres lisses, des fissures parfaites, des mouvements incroyables et des longueurs particulièrement soutenues… Elles y ont certes trouvé de la belle escalade, mais aussi leurs limites et une belle mésaventure qui s’est bien terminée, à ne pas reproduire trop souvent. Si vous en voulez davantage, les récits d’escalade de ces voies sont à lire sur le site de Grimper Magazine ou dans notre film à venir. En attendant, plongez-vous comme si vous y étiez dans le cœur du moment le plus épique de mon ascension du Dawn Wall :


© Chris Nathalie

Ardennes & Alpes — n°229

POV tu grimpes dans le dernier crux de la longueur en 9a du Dawn Wall – Seb Ferme les yeux (et demande à quelqu’un·e de te lire les phrases qui suivent). Imagine. Depuis plus d’une semaine, tu es suspendu sur El Capitan dans la vallée du Yosemite. En pleine tentative de push et d’ascension du Dawn Wall. Te voilà suspendu sur le dernier repos de la longueur 14. Il ne reste que quelques mouvements avant le relais… Frouuuuu… le vent souffle dans tes cheveux. Tu sens l’air froid te glacer les os. Nous sommes en janvier 2026, le sol de la vallée est recouvert de neige et ça caille pas pour rire. Tu respires profondément. Ouuuuh ! Sous tes doigts tu sens le granite glacé et dur. La prise est bonne, mais tu sais que le temps est compté. C’est ta dernière chance avant la tempête de neige. Tu sens quelques flocons tomber dans ta nuque. Sous la gomme dure de tes chaussons, tu sens les minuscules cristaux de granite qui crépitent. Tu t’appliques à y mettre le plus de poids possible. Ça y est, c’est le moment, c’est l’instant, ça fait des jours, des mois, des années que tu penses à ce moment. La journée a été extrêmement difficile, et tu as dû te battre pour arriver à ce repos. Avec cette neige qui commence à tomber et tes doigts qui commencent à mouiller, il est peu probable que tu viennes à bout de cette séquence redoutable, mais, en réalité, tu n’y penses plus. Tu ne penses plus à rien d’ailleurs. Tu es complètement dans l’instant ! Le froid, le contact avec le caillou, l’air dans tes poumons…

Tu entends au loin les encouragements diffus de Soline et des photographes. Tout cela semble bien lointain par rapport à la vraie préoccupation : ces prises qui t’attendent. Tu regardes une dernière fois la séquence de mouvements, la prise finale de la victoire est là à trois mètres : tu sais exactement quoi faire, tu l’as fait et refait mille fois dans ta tête. Ça y est, tu t’élances déterminé, concentré, plus relâché que jamais. Cette fois, plus rien à perdre, tes pensées sont focalisées sur le geste parfait. La chute et ses conséquences sont bien loin, restées ce matin dans le portaledge. Tu expires toute la tension et inspires la positivité ! Tu places ton pied gauche, minuscule petit bout de granite, invisible à l’œil nu, précis, déterminé, tu oses y mettre de la pression. Croisé main droite sur la première prise de la séquence, réglette plate de quatre doigts, les doigts se referment, le bout de l’index vient se placer parfaitement comme prévu sur la petite protubérance coupante, le pouce vient se placer par-dessus. Tu arques comme si ta vie en dépendait. Main gauche sur la lame de rasoir en épaule, tu sens la prise te trancher la peau, la pulpe de tes doigts s’enfonce dans les rochers. Tu ne ressens aucune douleur, tu n’as plus froid, tu n’entends plus rien, tu ne vois que les prises. Ton pied droit se déplace, précis, rapide, confiant. Tu ne ressens pas la fatigue, tu te sens fort ou forte. Tu écartes la jambe gauche, loin, loin, vers ce maudit pied, celui qui t’a tant fait galérer, où tu as tant zippé. Tu le places parfaitement, carre interne, au millimètre près. Tu redéplaces le pied droit en griffé sur le tout petit chips. Tu serres les pieds, les orteils, les jambes, tout ton corps est en tension.

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© Victoria Kohner

Longueur clé du Dawn Wall, L14 9a, dernier mouvement qui m’a tant fait douter… — The Dawn Wall

Voilà Le mouvement déterminant. Ton corps se déplace vers la gauche et ta main gauche s’élance : première intermédiaire, puis la deuxième, la verticale, tu l’attrapes à trois doigts, du bout des phalanges, la concentration est maximale, tout le monde crie, mais tu n’entends rien, le focus est total. Tu ne te rends même pas compte que tu es encore sur le mur, ton pied n’a pas zippé. Argh. Dans un cri, tu ramènes ta main droite sur la lame de rasoir et lances ta main gauche presque dans le même mouvement sur la plate finale que tu serres plus fort que jamais. Les pieds se déplacent, rapidement, brouillon, fébrile, le stress est en train de te rattraper. Tu commences à comprendre ce qui est en train de se passer, main droite en épaule et main gauche dans le bac. Ça y est, tu comprends. Ouhhhh Silence… tout vibre dans ta tête, l’émotion te submerge ! Un puissant tsunami s’empare de ton cerveau, des larmes inondent tes yeux. Tu cries et tu peux enfin libérer toute cette tension ! Aaaaah. Profite de l’instant, laisse inonder la joie et puis, doucement, tu peux rouvrir les yeux. Tu viens d’enchaîner la longueur 14 du Dawn Wall. SÉBASTIEN BERTHE & SOLINE KENTZEL

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Un puissant tsunami s’empare de ton cerveau, des larmes inondent tes yeux. Tu cries et tu peux enfin libérer toute cette tension !


Freyr

Landelies

+ Les Aiguilles de Chaleux

Carrière du Blanc Caillou

MARC BOTT & GUY DENEYER

CLUB ALPIN BELGE

Après deux années de préparation, Marc Bott et Guy Deneyer présentent le tout nouveau topo des rochers de Freyr, édition 2026 !

De magnifiques dalles atteignant les 35 mètres de hauteur, idéal pour travailler le placement de pieds, l’équilibre, la lecture de voie… et le mental.

315 pages au format A5, avec des tracés de voies sur photo et une belle sélection d’images.

Avec de nombreuses voies dans les niveaux 4, 5 et 6, c’est le site parfait pour progresser en douceur, prendre confiance sur le rocher et affiner sa technique.

Nouveauté de cette édition : un descriptif du massif des Aiguilles de Chaleux, réalisé en collaboration avec le CAB. FREYR + LES AIGUILLES DE CHALEUX Marc Bott & Guy Deneyer Édition Évasions Verticales asbl

LANDELIES – CARRIÈRE DU BLANC CAILLOU Club Alpin Belge 2026 / 41 pages / 10 €

2026 / 315 pages / 38 € ISBN 978-2-8052-1141-6

Pour se procurer ces topos : www.clubalpin.be/shop


Nouveau cercle du Club Alpin Belge MAËLLE MASSIN – Administratrice de Drôles d’Oiseaux En 2023, nous avons créé l’ASBL Drôles d’Oiseaux avec une conviction simple : l’escalade est bien plus qu’une discipline sportive. Elle apprend à observer avant d’agir, à faire confiance en son partenaire, à gérer ses émotions, à progresser avec humilité et à évoluer dans un environnement naturel qu’il est essentiel de comprendre et de respecter. Parce qu’elle mobilise autant le corps que l’esprit, elle constitue un formidable outil d’éducation, d’inclusion et de développement personnel. page 32

© Pierre-Henry Joos

Drôles d’Oiseaux : quand l’escalade devient un moteur d’inclusion

Notre ambition est de mettre l’escalade au service de projets qui répondent à des besoins concrets de notre société : rendre sa pratique accessible au plus grand nombre, accompagner les jeunes dans leurs apprentissages et contribuer à la valorisation de notre territoire par son patrimoine naturel.

À l’origine de cette aventure, nous sommes deux passionnés aux parcours complémentaires. Anthony est enseignant en éducation physique dans l’enseignement secondaire spécialisé. Amateur de montagne, d’escalade, de randonnée et de ski, il accompagne quotidiennement des jeunes présentant des troubles du comportement. Maëlle enseigne l’éducation gestuelle dans l’enseignement spécialisé. Passionnée de sport et de nature, elle s’est spécialisée dans l’inclusion et dans l’adaptation des activités afin que chacun puisse trouver sa place. Notre engagement trouve également ses racines dans notre propre histoire. Tous deux, nous avons connu des difficultés d’apprentissage durant notre scolarité. Ce sont le sport, les activités manuelles et les expériences de terrain qui nous ont permis de reprendre confiance en nous, de révéler nos compétences et de construire notre parcours. Cette expérience nourrit aujourd’hui une conviction profonde : chaque personne possède un potentiel qui ne demande qu’à s’exprimer lorsque le cadre est bienveillant, exigeant et adapté.


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humilité dans un milieu naturel parfois exigeant. Autant de valeurs que nous souhaitons transmettre à travers chacune de nos actions.

Page de gauche : Freyr depuis sa jeunesse — Freyr, 2026

Rejoindre le Club Alpin belge s’inscrit naturellement dans cette aventure. Nous y retrouvons les valeurs qui nous animent depuis le premier jour : la sécurité, la transmission des savoirs, le respect de la nature et le plaisir de partager une passion commune.

Cette vision commune nous a conduits à créer un club d’escalade à Floreffe. Nous souhaitons permettre à chacun, quel que soit son âge, son parcours ou ses capacités, de découvrir les falaises de notre région. Notre cercle propose des sorties accessibles à toutes et à tous, des formations permettant d’acquérir progressivement l’autonomie nécessaire à une pratique responsable, ainsi que des activités destinées aux groupes scolaires. Chez Drôles d’Oiseaux, l’inclusion n’est pas une activité parmi d’autres : elle est le fil conducteur de chacun de nos projets.

À travers Drôles d’Oiseaux, nous espérons démontrer que l’inclusion, l’éducation et la préservation de notre patrimoine naturel peuvent se vivre au bout d’une corde. Parce que lorsqu’une falaise devient un lieu où chacun trouve sa place, c’est toute une communauté qui grandit.

Mais notre aventure ne s’arrête pas à la pratique de l’escalade. Nous travaillons aujourd’hui à la réhabilitation d’anciennes carrières afin de leur offrir une nouvelle vocation. Ces lieux, parfois abandonnés et transformés en dépôts sauvages, peuvent redevenir de véritables refuges pour les écosystèmes karstiques tout en accueillant une pratique sportive respectueuse de leur richesse écologique.

Dans le cadre de leurs cours d’horticulture, ils apprennent à reconnaître les espèces invasives, entretiennent les massifs et participent activement à la restauration des sites. Cet accompagnement est rendu possible grâce à l’expertise et à l’engagement des équipes techniques et logistiques du Club Alpin belge. En éducation physique, ils découvrent ensuite l’escalade dans un environnement qu’ils ont euxmêmes contribué à préserver.

Guillaume lors de notre toute 1re formation — Massifs des Awirs, 2022 © Guillaume Pezzan

Pour donner vie à cette démarche, nous réunissons autour d’un même projet notre cercle d’escalade, les communes, les écoles de l’enseignement ordinaire et spécialisé, ainsi que leurs élèves. Les communes mettent les carrières à disposition. Les élèves de l’enseignement spécialisé deviennent, quant à eux, de véritables acteurs de leur réhabilitation.

MAËLLE MASSIN, – Administratrice de Drôles d’Oiseaux

Cette implication donne un sens concret à leurs apprentissages. Les élèves développent de nouvelles compétences, reprennent confiance en eux et constatent que leur travail bénéficie à l’ensemble de la collectivité. Les élèves de l’enseignement ordinaire viennent également découvrir ces espaces, pratiquer l’escalade et mieux comprendre la richesse du patrimoine naturel qui les entoure. Les falaises deviennent ainsi de véritables lieux de rencontre où chacun apprend de l’autre, partage son expérience et contribue, à son échelle, à un projet collectif. Notre objectif est désormais de réhabiliter d’autres carrières sur la commune de Floreffe avant d’étendre progressivement cette démarche à d’autres territoires. Chaque nouveau site offrira davantage d’opportunités aux écoles, aux grimpeurs et aux amoureux de la nature, tout en sensibilisant les jeunes à la protection de leur environnement. Nous sommes convaincus que l’escalade est une discipline exceptionnelle. Elle développe la confiance en soi, l’entraide, l’autonomie, la persévérance et le respect de l’autre. Elle apprend également à observer, à analyser une situation, à prendre des décisions et à évoluer avec

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© DR

Challenge provincial, au-delà de la compétition

EskiLibre, Avril 2026

Retour sur l’essence du circuit amateur

JONATHAN VARD – Responsable Formations du Club Alpin Belge À l’heure où les compétitions amateurs prennent du terrain, le CAB souhaite mettre en lumière le Challenge provincial et son circuit du Bruxelles-Brabant. En 2025-2026, ce circuit a réuni 150 jeunes de dix clubs sur sept manches. Évolution Verticale, A BLOC et Itinéraires AMO ont participé alors que Camp de Base, Entre Ciel & Terre, Stone Age, Brussels Monkeys Climbing, EskiLibre, Maniak et New Rock ont également hébergé une manche. page 34

Mais quels sont les enjeux et les intérêts de la compétition dans le sport ? Après un bref détour par quelques éclairages académiques, place aux coulisses, à travers les témoignages des coachs et des organisateurs.


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La compétition, un phénomène social Pour le sociologue Norbert Elias, le sport canalise les tensions sociales : plutôt que de s’affronter dans de véritables luttes de classes, les individus déplacent une partie de leur agressivité vers l’enjeu sportif, dans un cadre contrôlé. Durkheim y voit quant à lui un moyen pour la société de prendre conscience d’elle-même et de renforcer ses liens. À l’échelle du Challenge provincial, cette dimension collective est particulièrement visible. On retrouve cette idée dans les propos mêmes des organisateurs et coachs du circuit provincial : Karim, Denis, Michaël et Patrick. Au fil des manches, les grimpeurs se retrouvent, les clubs se rencontrent et une communauté se construit. Le sport canalise ainsi les tensions individuelles, tandis que la compétition contribue à faire société. Pour Michaël (Brussels Monkeys Climbing), « ces compétitions jouent un rôle essentiel dans leur progression. Les jeunes apprennent à gérer leur stress, à respecter un règlement, à observer les autres grimpeurs, à se dépasser et à accepter autant les réussites que les échecs. D’ailleurs, nous constatons très souvent qu’après leurs premières compétitions, leur état d’esprit à l’entraînement évolue complètement : ils deviennent plus investis, plus motivés et se fixent de nouveaux objectifs. »

Se dépasser, sans se décourager Karim (Évolution Verticale) confirme cette approche. « Les compétitions provinciales ont pour but premier d’être conviviales : il ne faut donc surtout pas dégoûter les jeunes de la compétition, et il est important que les ouvertures reflètent cela, pour qu’ils prennent plaisir et puissent expérimenter quelque chose de nouveau à chaque compétition. » Se donner des objectifs, mais surtout, prendre du plaisir. Tel est l’équilibre délicat que doivent trouver les ouvreurs. Donner matière à évaluer sans brimer la plupart des participants. Tout au long de son témoignage, il revient d’ailleurs sur l’importance de la socialisation : « C’est également grâce à ce genre d’événement que des générations de grimpeurs se rencontrent et tissent des liens inter-salles, qu’ils retrouvent par la suite. » C’est ce que confirme aussi Denis (EskiLibre). Ils font écho aux propos de Durkheim à un niveau micro. Les participants se retrouvent d’une manche à l’autre, des liens se tissent, une unité naît entre compétiteurs d’une même salle, mais aussi d’une même catégorie. Il n’est pas rare de voir les jeunes lire les voies ensemble, se refiler des astuces. Certes, la frustration de l’échec existe, mais la compétition est surtout face à soi-même et l’autre n’est qu’un moyen de se motiver à mieux faire.

En psychologie, la compétition est un moment de comparaison entre individus selon des critères reconnus1. Bien encadrée, elle profite à la socialisation, la gestion du stress, l’estime de soi et la motivation2. Elle donne aussi un cadre à l’entraînement3 : se fixer des objectifs, mesurer ses progrès et apprendre à composer avec la réussite comme avec l’échec. C’est précisément ce qui distingue le Challenge provincial des compétitions nationales, plus élitistes et moins accessibles. Michaël insiste sur cette proximité : les jeunes peuvent participer dans leur propre salle, avec des moniteurs qu’ils connaissent et dans un cadre avant tout amical.

1 - GOULD, Daniel and Cristina ROLO – 2004, « Competition in Sport », Encyclopedia of Applied Psychology, VOLUME 1, Elsevier Inc. ; pp 441-444. 2 - Ibidem ; IZZO, Riccardo – 2010, « The Educational Value of Competitive Sport », Sport Science Review, Vol. XIX, No 3-4 ; pp 155-164.

EskiLibre, Avril 2026

© DR

3 - MARTINKOVÁ, Irena – 2008, « Sport competition and health : a healthy relationship ? », Studies in physical culture and tourism, Vol. 15, No 1 ; pp 19-25.

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Une organisation invisible aux yeux du public Derrière quelques heures de compétition se cache une organisation considérable. Les salles doivent préparer les voies, mobiliser des ouvreurs, organiser l’accueil et parfois fermer leur structure plusieurs jours. Le règlement contribue à garantir l’équité et l’accessibilité : le tarif est fixé à 15 € et les participants ayant déjà obtenu des résultats au niveau national sont exclus du circuit. Ces contraintes représentent un investissement important pour les salles. Pourtant, elles continuent de participer, car les bénéfices dépassent largement la seule rentabilité de l’événement. Ceci se traduit dans les propos des organisateurs : « Les retombées économiques ne se calculent pas simplement sur l’événement en lui-même, mais sur l’énergie qu’il donne à la communauté locale (plus de jeunes grimpeurs s’intéressent à la compétition, plus ils s’impliquent, plus cela en motive d’autres). De plus, ce moment est avant tout un moment social, pour se réunir et passer un bon moment. », explique Karim. Patrick (EskiLibre) rappelle à quel point « donner du bonheur » est essentiel. Michaël en rajoute une couche : « Dans tes questions, tu nous parles principalement de coûts, de rentabilité ou de pertes financières. Pourtant, organiser une manche du Challenge provincial représente bien plus qu’une simple question d’argent. » Il suffit d’ailleurs de passer une journée sur une compétition pour mesurer l’énergie déployée. Organisateurs, coachs, ouvreurs, etc. Chacun est tendu, stressé par le besoin de bien faire, de s’assurer que tout se passe au mieux et que, surtout, le déroulement permette ce cadre bienveillant, éducatif et motivant. Car ils sont là pour ça, pas pour gagner, mais pour motiver. Cette bienveillance ne s’improvise pas : elle se construit dans les petits gestes, souvent invisibles, du travail des coachs. On peut observer leur travail au fil de la journée : les moments de calme, de renforcement de l’estime de soi, de communication positive. Les coachs jouent un rôle important en prenant un peu de distance avec des parents parfois trop investis, et en recentrant le jeune sur l’essentiel : s’amuser et apprendre, rencontrer les autres et échanger. page 36

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EskiLibre, Avril 2026


Ardennes & Alpes — n°229

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EskiLibre, Avril 2026

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Ardennes & Alpes — n°229

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Maniak Charleroi, Mars 2026

La compétition amateur ne doit plus être pensée comme un simple tremplin vers le Haut Niveau – dont l’exigence croissante a créé un gouffre –, mais bien comme un vecteur d’éducation, de cohésion et d’épanouissement. En structurant le Challenge provincial, les gérants, ouvreurs, moniteurs et bénévoles ne font pas qu’organiser une compétition. Au même titre que les participants, ils s’évaluent, partagent leur savoir-faire et font vivre l’esprit de nos salles. Il serait certes illusoire de ne pas considérer le sacrifice financier et logistique, mais, face à l’énergie déployée, on peut trouver des sourires, des liens entre nos clubs, des compétences qui se développent, des moments de bonheur. Plus qu’un événement sportif, ce circuit provincial est le cœur battant de notre communauté.

En fin de compte, notre sport gagnerait à ce que la compétition amateur prenne un peu plus de place dans nos agendas, dans l’agenda des salles. Pas comme tremplin vers le Haut Niveau, car, comme le souligne Michaël, le gouffre est immense, mais bien comme outil d’éducation, de motivation et de socialisation. La compétition fédère nos clubs, tisse des liens, développe des compétences, nous emmène ailleurs. Ces liens permettent une compétition saine, une auto-évaluation par la comparaison sur un terrain réglementé. Il fait aussi vivre tout un écosystème de coachs, d’ouvreurs, de moniteurs, de gérants et de bénévoles. Cela a un coût, mais au regard de tout ce que cela apporte, je comprends désormais pourquoi tant de salles choisissent d’y participer pleinement, année après année.

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JONATHAN VARD – Responsable Formations du Club Alpin Belge

Maniak Charleroi, Mars 2026 page 39


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© Emile Pino

Ardennes & Alpes — n°229

La découverte des falaises du Galibier

Trop d’heures passées au relais… — Le rebord du monde, Tête Colombe, 2026

Récit de la BRCT MARO – pour la Belgian Rock Climbing Team (BRCT) Images : Emile Pino

La Belgian Rock Climbing Team (BRCT) s’est retrouvée dans le massif des Cerces fin juin. Les Cerces ? Ce n’était pas plutôt au Petit Clocher du Portalet qu’il était prévu d’aller ? Et pourtant si. Deux jours avant le départ, des doutes s’installent au sein du groupe sur la météo : à cause de la canicule, de gros orages de chaleur éclatent en montagne. On décide alors de se replier du côté des Écrins, où la situation semble plus stable. L’altitude reste un critère essentiel.

Pas grave ! On ira tester nos doigts sur les crépis de calcaire des Cerces, plutôt que sur les fissures granitiques du Petit Clocher. En équipe comme en grimpe, la flexibilité est souvent indispensable ! Le changement de programme est vite digéré : les grimpeurs étaient affamés de rocher après un mois d’examens pour certains, de travail pour d’autres. Ils se sont donc lancés comme des fous sur ces belles parois orange, striées de nombreuses coulées grises. Rocher péteux et beauté absolue ont occupé nos premiers jours, dans des voies comme Cerces moi fort, Ici mieux qu’en face et Le feu sacré. Cerise sur le gâteau : passer nos nuits au camping municipal du Monêtier-les-Bains n’est pas si mal. Tout juste rénové, sanitaires impeccables, un lac juste à côté pour se baigner – on ne va pas se plaindre d’un camp de base aussi luxueux. page 41


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Page de gauche : Parfois il faut savoir renoncer… — Tour Termier, 2026

Arrivées en haut de leur voie à 20 h, Eline, Lorraine et Madeline étaient épuisées de leur combat avec ce dragon.

Après quelques jours à découvrir le secteur, l’envie d’une sortie de plusieurs jours en bivouac se fait sentir – en partie motivée par les 14 kilos de nourriture lyophilisée emportés pour la semaine initialement prévue au pied du Petit Clocher du Portalet. Un peu too much pour un simple camping, non ? Deux idées se présentent alors : •

Nouveau concept signé Eline, le « climb-packing » (sur le modèle du bikepacking) : grimper une voie en hissant tout le matériel de bivouac, redescendre par l’autre versant, dormir, puis grimper une nouvelle voie sur le pic de l’Aigle, dans la vallée voisine.

•

Grimper une voie en face sud de la Meije : approche depuis La Grave, nuit au refuge du Promontoire, sortie par les arêtes, puis redescente côté La Grave.

Après une bonne réunion pour s’accorder sur les envies de chacun, le groupe se divise : Flo, Lorraine, Madeline, Pablo, Eline et Émile partent vers le pic de l’Aigle. Au même moment, Lolotte, Simon, Maro et David prennent la direction de la Meije. Même si le terrain, l’escalade, l’environnement et l’heure de réveil étaient très différents d’une délégation à l’autre, un point commun de taille les réunissait : le sac de hissage. Côté falaisistes : matériel de bivouac, nourriture, réchaud, vêtements chauds et même deux paires de chaussons – l’escalade y était extrême ! Côté alpinistes : chaussures d’approche, crampons, piolets.

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Juste à côté d’Ici mieux qu’en face, Maro et Eline se lancent dans Cerces moi fort, armés des méthodes de Pablo et David, qui avaient enchaîné la voie le premier jour. Pablo avait dessiné un topo sur un carton de chocolat, désormais vide. La tentative prend une fin abrupte quand la grêle les surprend en plein crux ! Pendant qu’Eline cale courageusement la longueur en 8a, Maro regarde la reine Meije, qui se dresse de l’autre côté de la vallée : « Peutêtre que c’est mieux en face qu’ici ? »

Le sourire de Lolotte terrifie tous les 8a — Ils ont tué Massoud, Tête Colombe, 2026

Partis à quatre dans « Mitchka », à la Meije, chaque cordée hisse le sac monstrueux pendant la moitié de la voie, qui parcourt une immense face de 800 mètres. Stratégique, certes, mais à l’arrivée, on estime avoir brûlé autant de calories à tirer une corde qu’à grimper. En face, le poids mort du sac s’est révélé encore plus désastreux. Arrivées en haut de leur voie à 20 h, Eline, Lorraine et Madeline étaient épuisées de leur combat avec ce dragon. Avec Pablo, Flo et Émile, ils ont fait le choix très sage de redescendre au camping, après un bon repas lyophilisé au sommet de la Tour Termier. Le plan du pic de l’Aigle tombe à l’eau, mais la journée fut riche en apprentissages – terminant en dîner cinq étoiles au coucher de soleil, ce qui ne nous arrive pas tous les jours ! page 43


© Emile Pino


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Page précédente : Ambiance en altitude ! — Feu Sacré, Tour Termier, 2026 En haut : Fin de journée pour la team climb-packing — Col Termier, 2026 Ci-contre : Nourrir l’estomac et l’esprit au camp de base — Camping Monêtier-les-Bains, 2026

© Emile Pino

Après ces missions, place à un jour de repos collectif. Mais même les jours de repos deviennent une sorte de course excitante, tant on observe l’état de notre corps évoluer – dans le bon sens, mais parfois aussi dans l’autre. Cette fois, ce sont Pablo, Eline et Flo qui gagnent cette course. Le dernier jour du trip, ils réussissent à enchaîner les projets repérés plus tôt dans la semaine : Pablo enchaîne Le rebord du monde, 8a max, avec un Simon détruit à l’assurage. Eline et Flo enchaînent tous les deux Cerces moi fort, 8a max, pour clôturer le trip en beauté. Pour eux comme pour Loïc, ces ascensions marquent aussi la fin de leur aventure avec la BRCT, au terme de quatre années d’engagement. Merci les amis, ce fut un plaisir, et vous allez nous manquer ! Place maintenant aux nouvelles recrues… MARO — pour la Belgian Rock Climbing Team (BRCT)

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Le SERAC au Val Veny Des jeunes sur le chemin de l’autonomie en montagne LE CLUB ALPIN BELGE

Les témoignages des stagiaires Alexis

En juillet 2025, huit jeunes membres du cercle d’escalade liégeois Le SERAC, âgés de 13 à 21 ans, ont pris la direction du Val Veny, au pied du massif du Mont-Blanc, pour un stage d’alpinisme de plusieurs jours. Écoles de neige et de glace, cordées sur glacier, courses en terrain rocheux, nuits en refuge : un programme dense, pensé pour faire progresser ces jeunes grimpeurs sur le chemin de l’autonomie en montagne. Les huit participants ont bénéficié à cette occasion de la bourse aux jeunes alpinistes du Club Alpin Belge, qui vise à encourager ce type de formation et à en faciliter l’accès aux jeunes membres de cercles.

Au-delà du soutien financier, ce stage illustre bien ce que peut être un parcours de formation vers l’autonomie en montagne. Année après année, le SERAC emmène ses jeunes en montagne pour leur transmettre les bases techniques – nœuds, manipulation de corde, mouflage, progression sur glacier – mais aussi un état d’esprit : la cordée, l’entraide et la prise en charge progressive de sa propre sécurité. Certains stagiaires en sont à leur première expérience alpine, d’autres reviennent chaque année et commencent à leur tour à encadrer les plus jeunes. Voici, dans leurs propres mots, ce que les participants retiennent de ce séjour.

En haut : Emile, Hugo et Noah dans la face NW — Aiguille de Toule, Juillet 2025 Ci-contre : Premier 4 000 pour une bonne partie du groupe — Sommet du Breithorm, Juillet 2025

[…] L’année passée, je me suis beaucoup amélioré lorsque je suis parti là-bas. J’ai pu faire mon deuxième 4000 m, j’ai pu perfectionner mes techniques et mon savoir pendant ces dix jours. Il y a deux ans, j’ai gravi mon premier 4000 m et reçu mon passeport « Second de cordée en montagne ». Cette année, j’aimerais pouvoir commencer mon apprentissage sur le « Premier de cordée montagne ». Je rêve de pouvoir gravir le Mont Cervin, et ce stage peut me permettre d’y arriver.

Eliott […] L’ambiance au camping est super agréable, les personnes qui y sont présentes sont très sympathiques. J’ai pu découvrir ce qu’est l’alpinisme et j’ai encore envie d’en refaire. J’ai pu apprendre à préparer mon sac pour partir en montagne. Ce qui m’a plu, c’est que, même si tu n’as pas un bon rythme en montagne, tu peux tout de même avancer à l’allure que tu souhaites. J’ai bien aimé, car j’ai pu faire mon premier 4 000 m, et j’ai trouvé ça pas si simple, mais grâce à mon coéquipier de cordée, j’ai pu arriver là-haut, car il m’encourageait. […] En montagne, il vaut mieux être à deux plutôt qu’un, mais au SERAC on peut compter sur nos partenaires pour vérifier et nous aider en cas de difficultés. J’ai apprécié qu’on puisse aussi se divertir au camping (volley, bloc d’escalade, slackline, piscine). […] Le moment que j’ai passé m’a vraiment donné envie d’y retourner.

© Hugo Solliere

© Noah Joskin

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« Encadrés dans une ambiance motivante, nous avons pu découvrir et approfondir différentes techniques propres à l’alpinisme. » ÉMILE

© Hugo Solliere

À Gauche : Emie et Renan au relai — Arête de la Vierge, Juillet 2025 Page de droite : Alexis, Noah et Renan en progression sur l’arête — Arête de la Vierge, Juillet 2025

Noah

Émie […] C’est un stage que je n’oublierai pas, car c’était tout simplement incroyable ! Je me suis fait des amis et j’ai surtout appris énormément de choses. Maintenant, je connais les dangers de la montagne et je sais comment les éviter et, en cas de problème, comment réagir. Pour la première fois, j’ai été en haut d’un sommet de plus de 4 000 m, le Breithorn – un sentiment incroyable après des heures d’effort. Nous avons également découvert de nouveaux rochers avec des voies de plusieurs longueurs. J’ai pu voir plus loin que l’escalade en salle, et découvrir un nouveau monde : celui de l’alpinisme.

Jules […] Durant cette période de dix jours au sein de Courmayeur, je me suis beaucoup amusé et j’ai appris énormément de choses, notamment comment faire un mouflage et à quoi ça sert, comment marcher sur de la glace, et j’ai aussi appris à faire un relais avec un ou deux seconds, ce qui m’aidera grandement à obtenir mon diplôme de premier de cordée bientôt. En ce qui concerne les activités, j’ai fait un sommet très accessible nommé le Breithorn, à 4 164 m d’altitude ; ensuite nous avons fait, avec l’aide d’un guide, l’arête de la Vierge et le Petit Flambeau, situés dans la Vallée Blanche. Nous sommes également allés grimper au Mont Chétif, et pour notre dernier jour, nous avons visité la Mer de Glace. Cette expérience fut très plaisante et intéressante pour moi et mes amis ; j’aimerais d’ailleurs y retourner cette année. page 48

[…] Étant adepte de l’escalade depuis l’âge de 7 ans, la montagne est une passion majeure pour moi. […] Cela fait déjà 8 ans que j’ai la chance de partir avec le SERAC pendant mes vacances en montagne. J’ai eu un grand plaisir à accompagner le groupe durant ce séjour de 15 jours. J’ai particulièrement aimé ces moments d’apprentissage lors des écoles de neige et de glace, mais aussi lors des voies de plusieurs longueurs. L’étape aux refuges Monzino et Torino, mais aussi l’ascension du Breithorn, constituent des moments mémorables. Le fait de pouvoir accompagner mes camarades dans leurs découvertes au sein de ce magnifique massif, le Mont-Blanc, demeure pour moi un plaisir certain.

Émile […] Ce stage a été une expérience particulièrement enrichissante, tant sur le plan sportif qu’humain. Encadrés dans une ambiance motivante, nous avons pu découvrir et approfondir différentes techniques propres à l’alpinisme […]. Parmi les courses réalisées, l’ascension du Breithorn, un sommet culminant à 4 164 m, nous a offert une magnifique immersion dans l’alpinisme et dans la vie en montagne, avec une nuit passée en refuge. Nous avons également gravi la Vierge, qui nous a permis de gagner en aisance sur des terrains variés. […] Au-delà des performances sportives, ce stage a surtout été marqué par la cohésion du groupe et les moments partagés, que ce soit lors des longues approches, au refuge ou au sommet. L’expérience du Val Veny, avec ses paysages grandioses face au massif du Mont-Blanc, restera un souvenir fort de mon parcours en montagne, et m’a donné envie de continuer à progresser dans cette discipline exigeante, mais passionnante.


© Hugo Solliere

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« C’était un séjour magnifique au cours duquel j’ai appris beaucoup de choses. » RENAN

À droite : Progression du groupe sur le rocher — Mont Chétif secteur des supers héros, Juillet 2025

© Hugo Solliere

© Hugo Solliere

En bas : Renan, Jules et Alexis au-dessus de leur voie — Mont Chétif secteur des supers héros, Juillet 2025

Renan […] Au premier jour, nous avons effectué notre école de neige dans la Vallée Blanche. Nous avons appris à effectuer les manipulations de base de l’alpinisme afin de nous attaquer, le jour suivant, au Breithorn en Suisse, en passant par le Rifugio Teodulo où nous avons passé la nuit. Cette ascension m’a permis d’obtenir le passeport de second de cordée de montagne. Nous avons également effectué l’arête de la Vierge, située dans la Vallée Blanche à côté du Petit Flambeau, que nous avons enchaînée après l’arête, ce qui nous a appris à manipuler la corde sur un terrain rocheux et raide. Pour finir, nous nous sommes rendus à la Mer de Glace afin d’effectuer notre école de glace. Nous avons appris à réaliser un relais sur glace et à marcher sur de la glace dans des pentes raides. C’était un séjour magnifique au cours duquel j’ai appris beaucoup de choses. LE CLUB ALPIN BELGE Pour en savoir plus sur le SERAC rendez-vous sur www.leserac.be


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Climber: Siebe Vanhee Destination: Grand Capucin, Mt. Blanc Route: Voie Petit

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