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Ardennes & Alpes n°228

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n°228 / 2e trimestre 2026

Ardennes Alpes

Point de vue sur le trek du Mardi Himal (3 987 m), vue sur l’Annapurna Sud et Hiunchuli — Népal, parc national des Annapurnas, Octobre – novembre 2025

Royal !

Il est des moments qui méritent d’être marqués d’une pierre blanche. Le 12 mai dernier, à l’occasion de la participation de Maximilien Drion aux Jeux Olympiques d’hiver, Maximilien, Paul Verzele (président de CMBel) et moi-même avons été invités au Château de Laeken.

Sa Majesté le Roi Philippe avait en effet convié les athlètes ayant représenté notre pays, ainsi que les présidents des fédérations communautaires et nationales.

L’événement avait bien sûr un caractère protocolaire, mais il était avant tout l’occasion de mettre à l’honneur celles et ceux qui, par leur engagement, leur passion et leurs performances, portent les couleurs de la Belgique au plus haut niveau.

Pour notre fédération, cette invitation revêtait une signification particulière : il s’agissait de la première apparition du ski-alpinisme aux Jeux Olympiques, et nous y étions présents !

À la fin de cette cérémonie, alors que nous quittions le château, j’ai chaleureusement remercié Maximilien, qui m’a répondu, avec un sourire, que ce ne serait pas la dernière fois.

Cette fierté ne doit cependant pas nous faire oublier l’essentiel : ce qui fait la richesse du CAB, ce ne sont pas uniquement les performances d’exception. Ce sont aussi les milliers de moments vécus sur les sentiers, les falaises et les sommets, les amitiés qui se nouent, les savoirs qui se transmettent et l’esprit de cordée qui nous rassemble.

C’est cet esprit que vous retrouverez, une fois encore, dans les pages de ce numéro d’Ardennes et Alpes.

Je vous en souhaite une excellente lecture.

édito

Dans ce numéro :

• Notre Fédération accueille deux nouveaux cercles.

• « Grand-Air ASBL », qui existe depuis trois ans, rejoint le Club Alpin Belge. Un cercle rassembleur et humaniste.

• « Vertical Dreams », bien connu de toutes et tous depuis 2018, franchit également le pas et devient un cercle de notre Fédé sous le nom « BE – Vertical Dreams ». Ce cercle mise sur la sécurité en enseignant le geste juste.

• Pablo nous livre le mode d’emploi pour aller grimper à Freyr à vélo.

• Amandine a pris une leçon de vie au Népal et nous rappelle que la haute montagne est un univers où il faut rester humble.

• Sarane nous présente une étude sur la cohabitation des grimpeurs et de la flore. Cette étude née à Freyr se développe au niveau mondial. Et nous pouvons tous y contribuer !

• La BRCT nous relate son trip en Corse, où ils ont exploré les fissures, les grandes dalles granitiques et les taffonis de Bavella en réalisant – comme ils en ont le secret –des exploits dans le monde de l’escalade.

Maximilien partage son expérience et ses émotions liées à sa participation pour la première apparition du ski-alpinisme aux Jeux olympiques d’hiver.

Madeline nous présente l’ASBL Santé-Grimpe créée par un groupe de grimpeurs ayant fait le constat que les douleurs liées à l’escalade sont mal connues et trop souvent ignorées.

Martin nous invite à explorer l’alimentation végétarienne comme puissant levier de réduction des gaz à effet de serre.

Un topo n’est pas seulement un relevé de voies. C’est une œuvre de mémoire, de patrimoine et de culture. Bernard Marnette nous invite à réserver la meilleure place de notre bibliothèque pour le nouveau topo de Sy.

Président du CAB

FREYR À VÉLO : MODE D’EMPLOI PAGE 8

Mis à part les récentes attaques de grêlons sauvages et les températures dignes d’un mois de novembre, on peut dire que les beaux jours sont de retour. Le soleil reste longtemps dans le ciel, conditions optimales pour vivre de belles aventures verticales.

RÊVE D'HIMALAYA

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Début 2025, une idée me trotte dans la tête. Un besoin d’air, de grands espaces, de défis. Je rêve de longs congés, d’aventures, de montagnes. Et si je partais au Népal ? Au même moment, le groupe WhatsApp de la BeMC (Belgian Mountaineering Community) vient tout juste d’être lancé.

LA BRCT EN GRANITRIP CORSÉ

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« Bonjour mesdames, bonjour messieurs. Il est 5 h 45 du matin et nous arrivons à Ajaccio. La température extérieure est de 14 degrés et le temps est dégagé. » C’est avec ces mots que nous sommes réveillé·es par l’accent italien de la capitaine de bord du Mega Victoria, le bateau de Corsica Ferries…

MON AVENTURE OLYMPIQUE

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Une 9e place, un peu de frustration et de déception, mais surtout beaucoup de fierté et de gratitude. Les Jeux Olympiques ne laissent pas indifférent…

Grimpeur et plantes

À la recherche d’un équilibre durable entre escalade et biodiversité

La BRCT en Granitrip Corsé

Mon aventure olympique L’entrée du ski-alpinisme aux JO

Santé Grimpe

Votre nouvelle référence pour prendre en charge vos douleurs et arrêter de grimper avec du tape

BE - Vertical Dreams – Nouveau cercle du « Club Alpin Belge » Vertical Dreams, catalyseur de passions… et d’amitiés !

Nouveau cercle, Grand Air ASBL

Président de Grand Air

Après trois ans d’existence, nous entrons enfin dans le comité restreint des cercles du Club Alpin Belge. C’est l’occasion de nous présenter, mais aussi de vous exposer les coulisses d’une si petite ASBL. Le pourquoi, que chacun pose. Ainsi que le comment.

Non, les groupes ne se rencontrent pas sans un coup de pouce, sans un outil. Notre outil, c’est le plein air. Ce grand air qui rassemble, forme, éduque, soigne, grandit notre pouvoir d’agir, notre capacité d’action.

Une envie de partager, de s’entourer, de faire ensemble.

J’ai travaillé huit ans dans un service d’aide à la jeunesse au cœur de Saint-Gilles. Des quartiers que beaucoup voient d’un œil positif en citant « mixité » à tout bout de champ. Sur une terrasse ensoleillée, au marché, quand vous questionnez les habitants avec un poireau dépassant de leur cabas, Saint-Gilles est riche de sa diversité. Mais, est-ce que les gens se rencontrent vraiment ?

Après un long travail avec des habitant·es, en collaboration avec le CVB (Centre Vidéo de Bruxelles), nous avons produit un documentaire qui aura un impact et des retombées. « Places nettes » est une réalisation de plusieurs habitant·es qui ne se seraient jamais rencontré·es sans ce projet. Nous avons fait ensemble, bousculant les habitudes, les stéréotypes. La rencontre a été difficile, mais a produit un film d’une richesse percutante.

Voilà, avec un exemple concret, le pourquoi de Grand Air.

Créer la rencontre, dehors. Faire ensemble et rassembler autour de la nature. Que chacun vienne comme il ou elle est. Ces moments sont l’occasion d’éduquer au respect des un·es et des autres, de l’environnement. D’apprendre de ce que chaque personne peut apporter. Et tout cela autour d’un sport de plein air.

Vous l’aurez compris, être dehors est une excuse pour se rassembler, apprendre et prendre confiance en soi. De plus, de nombreuses études montrent que le grand air est bénéfique pour notre santé mentale et physique. Notre objectif est d’accompagner vers plus d’autonomie : découvrir un sport, une pratique, développer ses connaissances et se sentir capable, par exemple, d’entretenir son vélo soi-même. C’est aussi accepter de faire des erreurs, croiser les vécus et les expériences. Mélanger les histoires, les échecs, les succès. Ramener l’humain dans l’aventure, montrer qu’elle est accessible, qu’elle démarre au pied de la porte avec ce que vous avez.

Cascade de glace 2026 — Val Cenis, janvier 2026
© Jonathan Vard Ski de rando 2025 — Aravis, février 2025
© Jonathan
Vard

Ci-dessus : Cascade de glace 2026

— Val Cenis, janvier 2025

Ci-contre : Ski de rando 2025

— Aravis, février 2025

Mais alors, pourquoi une ASBL ?

Une structure, un nom, permettent d’attirer, de regrouper et de dépersonnaliser. Aujourd’hui, le rêve devient réalité. Nous avons de nouveaux administrateur·rices qui proposeront également des activités. Une structure permet de regrouper les envies sans que l’instigateur soit toujours là. Les énergies fusionnent enfin.

Une ASBL, c’est plus complexe qu’une association de fait. On paie, pour ne rien récupérer. Des heures derrière les tableaux de compta, payer la banque, une assurance, des imprévus. C’est du temps, de l’argent, mais surtout beaucoup à apprendre.

Une ASBL, c’est aussi un statut légal qui rassure les participant·es, et nous permet de devenir cercle du Club Alpin Belge. Nos portes s’ouvrent à ses membres. Nous nous joignons à la communauté en espérant attirer d’autres membres, une autre communauté.

Et peut-être qu’un jour, une comptabilité stable nous permettra de rendre nos activités encore plus accessibles. De proposer, pour les activités payantes, une tarification proportionnelle aux moyens.

Des moments forts

Pour donner un peu de concret à notre projet, voici quelques instants marquants.

Un week-end en itinérance à vélo avec quatre familles. À leur demande, nous avons organisé ces deux jours sur mesure. Ils en rêvaient, mais étaient pleins de craintes et d’incertitudes. Aujourd’hui, ils attendent qu’on remette le couvert. Il suffisait de les accompagner, de construire ensemble. Un petit coup de fouet qui a traîné tout le monde dehors pour un week-end inoubliable, écrasant des questions telles que « Comment les enfants vont faire pour dormir dehors ? Comment cuisiner ? » pour une réponse pleine de sagesse : « on va le faire ».

Les stages en montagne dans une ambiance conviviale. Chacun y met du sien, cuisine, partage et dépasse ses peurs.

Les ateliers mécano-vélo. Fou-rire, essais-erreurs, mains sales et fierté immense d’avoir fait soi-même.

Des valeurs profondes

On ne va pas les cacher, chez nous, vous trouverez des valeurs humanistes (inscrites dans nos statuts). Simples et efficaces, elles regroupent le respect de soi, des autres et de la nature. Cela vient avec une alimentation saine, des produits locaux, limiter les trajets, favoriser les déplacements à vélo. Encourager à réparer. Écouter, s’exprimer, accepter le désaccord, valoriser les expériences et la parole. Rappeler que toutes et tous sont capables.

Sortez de chez vous avec Grand Air

Nous sommes aujourd’hui heureux·ses de voir cette association grandir. Voir des partenariats se construire, accueillir de nouveaux·elles administrateur·rices. Devenir cercle est un passage clé. Continuer, toucher plus de monde. En devenant membre, vous nous donnerez ces moyens. En échange, nous répondrons à vos sollicitations.

Nous avons appris que répondre à une demande est plus pertinent que de proposer des activités construites. En nous rejoignant, vous mettez l’impulsion. Nous construirons ensemble les ateliers. Pour vous inspirer, suivez-nous sur les réseaux, envoyez-nous une demande d’atelier, de week-end, de séjour.

Construisez l’aventure avec nous.

https ://grandairasbl.wordpress.com/

© Jonathan Vard

Freyr à vélo : mode d’emploi

PABLO RECOURT

Mis à part les récentes attaques de grêlons sauvages et les températures dignes d’un mois de novembre, on peut dire que les beaux jours sont de retour. Le soleil reste longtemps dans le ciel, conditions optimales pour vivre de belles aventures verticales. En ce début de saison estivale, je vous invite à explorer de nouvelles manières de vous rendre à vos falaises préférées. Laissez votre voiture au garage au profit du train, du vélo, du cheval, du kayak, ou tout autre moyen de locomotion plus lent. En tant que fervent adepte des approches alternatives, je peux vous assurer que c’est une source immense de créativité, de liberté et d’émancipation. Une simple sortie falaise devient alors une jolie aventure, du genre à rester gravée longtemps dans les esprits.

Le Yosemite par la transatlantique, les grandes voies suisses extrêmes à coup de pédale, Flatanger en voilier. Il faut avouer que toutes ces histoires donnent envie. Mais comment faire concrètement pour monter un tel projet ? Fin 2025, après un week-end Freyr à vélo avec le CAB Brabant, j’écrivais un guide pratico-pratique décrivant les étapes qui reviennent généralement dans la préparation de ce genre d’aventure. Je vous propose de reprendre ces étapes, illustrées par notre périple à coups de pédale et d’arquées calcaires.

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– Faire germer une idée

Tout part d’une envie. Que ce soit la grimpante ou le désir de vivre une aventure qui vous prend, vous serez rapidement amené à cette même question : comment s’y rend-on ?

En ayant la seule contrainte de choisir un moyen de transport durable, c’est le moment de laisser libre cours à votre imagination. D’expérience, plus l’idée initiale est farfelue, plus l’aventure sera mémorable !

L’été passé, l’envie me prend de faire découvrir Freyr à des amis. Mais pas juste le rocher, l’expérience tout entière que je vis quand je m’y rends à vélo (ou train-vélo). À chaque fois que je rentre chez moi après ces journées-là, mon cœur est rempli. Je veux absolument partager ce ressenti avec les autres.

2 – Créer une équipe

Lorsque l’idée est assez claire dans votre tête, arrive le moment où l’on en parle. Cet instant est clé, car, dès que l’idée est partagée, elle devient concrète. En parler permet d’avoir des avis, des encouragements, et des inputs qui font mûrir le projet. Et potentiellement trouver des acolytes d’aventure.

Je propose alors à Julien du CAB-Brabant d’organiser une sortie Freyr à vélo, accessible aux membres du CAB. Quitte à partir à l’aventure autant que ce soit pour faire des rencontres. Plus on est de fous, plus on rit !

4 – Fédérer l’équipe

Comme pour tout projet en groupe, la réussite dépend beaucoup de l’aspect humain. Si vous vous embarquez dans une grosse aventure, passer du temps ensemble en amont permet de tisser du lien, mais aussi de connaître ses forces et faiblesses, d’apprendre à fonctionner ensemble, de co-construire la robustesse de l’équipe, et éventuellement d’acquérir de l’expérience.

Pour le coup, c’est un week-end organisé par le CAB-Brabant, donc l’équipe se construit à coups de posts sur les réseaux et de « tu viens avec moi ? ». L’info est à peine lancée que nous voilà une bonne quinzaine. Tout âge, tout niveau, toute expérience. On aime la mixité ! Mais cela va demander un peu de logistique.

5 – Anticiper la logistique

Certains adorent partir à l’arrache (c’est aussi une manière de vivre une aventure), mais si votre objectif est d’optimiser votre temps de grimpe, je vous conseille d’anticiper la logistique un minimum. Concrètement, il faut rassembler le matériel et réfléchir à comment le transporter. Étudier les options de trajets, et préparer une trace si l’on voyage par ses propres moyens. Anticiper le budget et rechercher d’éventuels soutiens. Et finalement, collecter des infos diverses (topo, météo, repérage de commerces, etc.). Tout ce qui peut être préparé en amont fluidifie le trip.

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– Choisir la durée

Ici, le moyen de transport fait partie intégrante du projet, ce n’est pas juste un moyen. Il contribue à construire l’aventure et détermine en grande partie la durée du trip

Vu qu’on y va à vélo – 5 h de trajet aller-retour –, ça vaut le coup d’y aller tout un week-end et de grimper au moins deux jours. Ça veut dire qu’on bivouaque au moins une nuit. Oh, on peut faire un barbecue pour plus de fun ?

Page précédente : Petite pause à Dinant en attendant le reste du groupe.

— Dinant, septembre 2025

En-dessous : Les bords de Meuse, accessible pour les petits et les grands.

— Dinant , septembre 2025

pour tout le monde pour clôturer cette belle journée ! — Freyr, septembre 2025

Bruxelles-Freyr à vélo (ou train-vélo), c’est un trajet que je connais bien. Pour le coup, il s’agit plutôt ici de transmettre les infos au groupe que de les chercher. Concrètement :

Bruxelles-Freyr à vélo : 96 km, 730 D+. 60 km vallonnés à travers forêt et champs jusqu’à Namur, ensuite 34 km de piste cyclable à plat le long de la Meuse pour finir par la longue côte qui arrive au parking de Freyr. Possibilité de finir à pied le long de la Meuse, éviter la côte et arriver directement au pied des rochers. Pour préparer sa trace, je suggère l’application Komoot.

• Alternative : train jusqu’à Namur (deux trains directs par heure depuis Bruxelles-Luxembourg), puis les 34 km à plat le long de la Meuse. Ou train jusqu’à Dinant, puis 7 km jusqu’au parking de Freyr. Attention qu’il faut prendre un billet supplémentaire pour le train, mais pas besoin de démonter les vélos. Toutes les infos (tarifs, horaires…) se trouvent sur le site ou application SNCB. Il y a un cimetière 5 km avant Namur pour prendre de l’eau sur la route. Il y a également de l’eau accessible au refuge de Freyr.

Pour le transport du matériel, je conseille fortement d’avoir un porte-bagage sur lequel vous pouvez accrocher votre sac de grimpe avec un bout de corde ou un élastique d’échauffement. Pour les plus équipé·es, des sacoches, c’est un bon plus pour faire de la distance. Si vous roulez par cordée, l’un·e prend la corde, l’autre les dégaines, pour mieux répartir le poids.

• Il y a un Delhaize à Anseremme (à 2 km de Freyr), donc pas besoin de porter trop de nourriture. Pensez tout de même à prendre de quoi manger pour le vélo, car, pour avancer, il faut de l’énergie !

• Pour dormir, il y a le bivouac de Freyr où l’on peut installer sa tente confortablement pour 3 € par nuit, ou le refuge avec couchettes pour 5 € par nuit.

6. Vivre l’aventure

Une fois que tout est prêt, il est temps de se lancer. Pour moi, vivre l’aventure est un équilibre entre suivre les plans et improviser quand des imprévus surgissent. Il y a toujours des imprévus, même avec une logistique rigoureuse. Plutôt que de les voir comme des obstacles, j’aime les accueillir et composer avec. Ça fait partie de l’aventure : les galères, les émotions, les ups & downs, le défi, les réussites. Finalement, je trouve que c’est souvent ce qu’on recherche dans le sport. Changer d’approche, c’est simplement ajouter une nouvelle dimension pour vivre tout cela.

Le jour-J, on retrouve une partie du groupe à 8 h samedi matin à la sortie de Bruxelles. On est sept motivés à faire la totale à vélo, et chacun·e a son style de set-up vélo. C’est beau à voir ! Deux ravitos, un abandon, une collision, 60 km et 3 h de vélo plus tard, on rejoint le reste du groupe à la gare de Namur. À partir de là, c’est une promenade au soleil le long de la Meuse. C’est ma partie préférée. Après 2 h et quelques grognements dans la côte finale, nous voilà tous·tes au refuge de Freyr, bien échauffé.es pour aller grimper. Le cœur déjà rempli de joie avant même d’avoir touché le rocher. Je ne vous dis pas le bonheur après la grimpe, le barbecue et la soirée frite-légumes grillés-Chouffe !

© Nino
Touly
Barbecue
Sourire en bord de Meuse.
— Bord de Meuse , septembre 2025
© Jeremy Goldyn
« À chaque fois que je rentre chez moi après ces journées-là, mon cœur est rempli.
Je veux absolument partager ce ressenti avec les autres. »

PABLO RECOURT

En-dessous :

Premier pas sur le rocher après les coups de pédale. — Freyr, septembre 2025

En-dessous :

Le joli rocher Freyrien. — Freyr, septembre 2025

CI-dessus : Bientôt Namur ! — Plateaux Namurois, septembre 2025

7 – Partager

Une aventure de ce type-là est si riche et fait naître de telles émotions que ça vaut le coup d’être raconté. La décision appartient à tout un chacun, mais une aventure qui s’inscrit dans une approche durable de l’escalade a tout à se faire connaître.

Tout comme j’avais eu envie de partager ce bonheur simple de me rendre à Freyr à vélo, j’ai senti dans le reste du groupe une vraie joie d’avoir (re-)découvert notre falaise préférée de cette manière. Changer d’approche est une porte vers de nouvelles émotions, de nouveaux récits, et de beaux souvenirs. Peutêtre vous aurais-je donné envie d’essayer ? Dans quel cas, je me réjouis d’avance de lire vos récits !

PABLO RECOURT

© Léo
Taquet
© Pablo Recourt

Rêve d’Himalaya

Leçon de montagne

Début 2025, une idée me trotte dans la tête. Un besoin d’air, de grands espaces, de défis. Je rêve de longs congés, d’aventures, de montagnes. Et si je partais au Népal ?

Au même moment, le groupe WhatsApp de la BeMC (Belgian Mountaineering Community) vient tout juste d’être lancé. J’y glisse une proposition un peu folle : partir au Népal, ouverte à tout ; trekking, alpinisme… Peu importe, tant que c’est à la montagne. Je suis prête à partir seule s’il le faut.

Paysage sur le trek des Annapurnas (région Gandaki) — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025

Très vite, Julien me répond. Même projet, même période, même envie d’altitude. On échange quelques messages, puis on s’appelle. Deux heures plus tard, c’est évident : on partage la même vision, la même énergie. L’aventure commence.

Quelques semaines passent et les billets d’avion sont réservés. Un objectif se dessine : le Chulu Ouest (6 419 m). Le choix est fondé sur une marche d’acclimatation et d’approche aisée, un niveau technique qui nous semble abordable et un sommet peu touristique. S’ensuivent des mois de préparation intense. On cherche, on compare, on achète du matériel. On étudie la course, les itinéraires, les camps, les photos satellites. On contacte une agence locale, car un guide est obligatoire pour une ascension à plus de 6000 m au Népal. On planifie, on affine, on anticipe. Ce sommet finit par nous obséder.

©
Amandine
Malengreau

Puis la météo tourne.

18 octobre 2025, enfin, le départ.

Nous arrivons au Népal, rencontrons notre guide… et très vite, un premier doute s’installe. Malgré notre demande claire de grimper en style alpin, il nous explique qu’il n’a que de l’expérience en expéditions himalayennes où les cordes sont déjà fixées, ce qui ne sera pas notre cas. Il se veut rassurant, affirme pouvoir s’adapter. L’agence nous conforte. On décide de lui faire confiance.

Avec Julien, nous entamons notre trek d’acclimatation. Le guide doit nous rejoindre une semaine plus tard, à Manang, le dernier village en bout de piste. Après, tout se fait à pied.

Les jours passent, magnifiques. Les paysages évoluent sans cesse : des rizières aux forêts, puis aux reliefs plus minéraux, plus bruts. Chaque étape est une claque visuelle. Le sentier des Annapurnas rend la progression agréable : on trouve facilement à se loger, à manger, et l’acclimatation se fait en douceur. Bien sûr, il y a la route qui fait couler tant d’encre. Elle participe au développement de la région, mais incite les touristes à prendre la piste plutôt que de marcher. Certaines portions où l’on n’a pas d’autre choix que de marcher sur la route en se faisant dépasser par les 4x4 n’est pas agréable. Heureusement, il y a souvent des chemins alternatifs. Plus longs, mais bien plus agréables. Pour Julien, c’est une première au-delà des 4000 mètres.

Une tempête s’installe dans la région. Sur le trek du Manaslu, un glissement de terrain suite aux fortes pluies a fait plusieurs morts. Malgré cela, nous décidons de continuer jusqu’à Manang. Là, nous retrouvons le guide, qui nous remet le matériel, mais se montre hésitant sur les conditions. Nous nous mettons quand même en route vers Ledar, dernier village proche de notre camp de base. Arrivés au Chulu base camp guesthouse (oui, on a un peu fait exprès de choisir celui-là), une nouvelle nous glace : une cordée ayant tenté l’ascension quelques jours avant nous est portée disparue. Aucun signe de vie depuis trois jours. Ils auraient probablement été surpris par les récentes chutes de neige. Ils sont désormais présumés morts. Aucune recherche n’est en cours. Nous sommes loin des moyens déployés pour les sommets à plus de 8000 mètres. Avec le peu de connexion disponible, on épluche les prévisions météo. Elles sont mauvaises. Le manteau neigeux est instable. Et surtout, beaucoup trop de neige est tombée et continue de tomber.

Malgré tout, on décide d’essayer. Au moins, rejoindre le camp de base, observer, comprendre.

Mais avant même de partir, une deuxième désillusion : le guide ne semble pas avoir étudié l’itinéraire et s’appuie sur nous. Pire encore, l’organisation diffère de ce qui était prévu : deux porteurs sont censés nous accompagner puis rester au camp de base, alors que nous comptions sur un relais de communication à la guesthouse. On soupçonne également le guide de vouloir faire porter le matériel jusqu’au camp 1 par les porteurs alors que ceux-ci ne peuvent pas, selon les conditions de l’agence, dépasser le camp de base.

Rizières sur le trek des Annapurnas (région Gandaki) — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025 ©
Amandine
Malengreau

Vue sur la montagne depuis le village de Muktinath — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025

En haut : Vue sur les Annapurnas, sur le trek des Annapurnas — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025

En bas : Sur le trek des Annapurnas, repas de soirée en compagnie d’autres alpinistes et randonneurs, refuge « High camp » — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025

© Amandine Malengreau
© Amandine Malengreau
© Amandine Malengreau
© Amandine Malengreau

Ci-contre : Lever de soleil depuis le point de vue de Muldai (3637 m), vue sur la montagne sacrée Machapuchare (surnom : Fishtail) — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025

Finalement nous partons, légers, à trois.

Très vite, la réalité nous rattrape. En une heure, nous ne gagnons que 100 mètres d'altitude. La neige nous engloutit jusqu’à la hanche. Chaque pas est un effort immense. La progression est épuisante, presque absurde. L’évidence s’impose peu à peu : l’ascension ne sera pas possible.

Une douche froide, après des mois de préparation. Puis, au loin, un mouvement. Une forme. On s’arrête.

On observe. Illusion ? Non. Trois silhouettes apparaissent, progressant difficilement dans une combe.

Un regain d’énergie nous traverse. On force le passage jusqu’à eux. C’est la cordée disparue !

Le guide, le porteur et le client sont vivants. Épuisés, mais vivants. Ils nous expliquent avoir progressé pendant plus de 24 heures, dans une neige profonde jusqu’aux épaules, tentant de redescendre du camp 1.

Sans hésiter, nous faisons demi-tour avec eux, traçant le chemin dans cette neige lourde.

Nous redescendons finalement à la guesthouse. Le verdict tombe rapidement : pour le guide, c’est terminé.

Avec Julien, on refuse d’abandonner sans vérifier. On appelle deux amis, on analyse toutes les fenêtres météo possibles, on va même jusqu’à consulter un météorologue. Mais les conclusions sont sans appel : les conditions ne sont pas bonnes, la neige ne se stabilisera pas.

La neige nous engloutit jusqu’à la hanche. Chaque pas est un effort immense. La progression est épuisante, presque absurde.

Nous nous rendons à l’évidence ; l’ascension n’aura pas lieu.

La déception est bien là, lourde. Mais une autre pensée s’impose peu à peu : la montagne, elle, ne bouge pas. Elle sera toujours là. Et nous pourrons revenir. Il ne sert à rien d’aller mourir sur cette montagne.

Ce soir-là, Ayoub, le gardien du refuge, d’une gentillesse incroyable, nous organise une petite soirée autour du poêle à bois. Il sort un alcool maison, caché « derrière les fagots ». On boit, on rit, on danse, on échange avec les autres. On se croirait en discothèque. Pendant quelques heures, la frustration s’efface.

Avec le recul, une pointe d’amertume subsiste : notre guide ne nous proposera aucune alternative. Pourtant, nous comprendrons plus tard qu’il aurait été possible d’envisager une autre ascension, dans une vallée différente. Mais il semblait surtout pressé d’en rester là. Nous obtiendrons tout de même un geste commercial de l’agence ; 200 dollars chacun. Un effort appréciable.

Sur le trek des Annapurnas, vue sur le Chulu West au petit matin. — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025

© Amandine
Malengreau
Peu après notre passage du col, une avalanche se déclenche alors que la zone est bondée. [...]
Cela rappelle, une fois de plus, que la montagne ne pardonne pas l’imprudence.

Sur le trek des Annapurnas, Thorong La Pass, point culminant du trek des Annapurnas — Népal, parc national des Annapurnas, octobre – novembre 2025

Nous poursuivons ensuite la descente.

Alors, on décide d’avancer autrement.

Vu les conditions, on garde une partie de notre équipement d’ascension et on poursuit sur le trek des Annapurnas, dans la neige fraîche. Par endroits, on en a jusqu’aux genoux !

Bien équipés, nous faisons la trace pour les autres, avançant prudemment dans des pentes parfois avalancheuses, où il vaut mieux ne pas traîner.

Et là, la montagne nous offre un autre spectacle.

On croise de tout. Des trekkeurs expérimentés… et d’autres beaucoup moins. Des locaux comme des touristes, parfois totalement sous-équipés à plus de 5000 mètres d’altitude. Mention spéciale aux « crampons » improvisés ; des baskets avec des chaussettes par-dessus ou des cordes attachées autour des chaussures pour éviter de glisser. Par moments, c’est presque irréel.

Nous franchissons Thorong La Pass ; 5416 m.

Peu après notre passage du col, une avalanche se déclenche alors que la zone est bondée. Plus de peur que de mal : quelques personnes sont simplement recouvertes de poudreuse, sans conséquence. Mais cela rappelle, une fois de plus, que la montagne ne pardonne pas l’imprudence.

Julien décide de faire une pause à Pokhara. De mon côté, je continue seule. J’adapte mon itinéraire au fil des rencontres, des conseils, des envies. Les paysages restent à couper le souffle. Malgré l’objectif manqué, je profite pleinement de chaque instant. Avec le recul, je me sens surtout extrêmement chanceuse d’avoir pu voyager quatre semaines au Népal.

Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons avec Julien pour le trek du Mardi Himal, avant de redescendre à Pokhara pour quelques jours de repos. Un peu de culture, un peu de calme.

Puis vient le retour à Katmandou. On récupère le matériel, on refait les sacs, et on rentre en Belgique.

Nous n’aurons pas gravi le Chulu Ouest, mais cette montagne nous aura fait rêver pendant des mois. Elle nous aura appris, aussi. Sur la préparation, sur la gestion des risques, sur nous-mêmes.

On dit souvent que le sommet est pour l’ego, mais que l’ascension est pour l’âme. Ce voyage aura certainement nourri la nôtre.

©
Amandine Malengreau

Millet, nouveau partenaire du Club Alpin Belge

MILLET, PARTENAIRE DU CAB

Le magasin Millet Bruxelles est fier d’annoncer son partenariat officiel avec le Club Alpin Belge. Cette alliance marque la rencontre entre une marque centenaire, pilier de l’histoire de l’alpinisme, et une communauté belge dont la passion pour les cimes est inscrite dans l’ADN.

Née à Annecy en 1921, au cœur des Alpes françaises, la marque Millet s’est forgée dans l’exigence de la haute altitude. Éprouvée et certifiée sur le terrain mythique de Chamonix, elle accompagne depuis plus de 100 ans les alpinistes dans leurs quêtes les plus folles.

La montagne est notre laboratoire. C’est là que nous testons la fiabilité de nos équipements, du premier sac en nylon qui équipait Walter Bonatti dans les années 60 à la combinaison Gore-Tex de Christophe Profit en 1987. Aujourd’hui, avec des produits de pointe comme le sac Trilogy 15+ ou la chaussure Everest (référence des 8 000 m), Millet continue de répondre à la même exigence : une pratique rapide, légère et sécurisée.

Chez Millet, l’innovation ne va pas sans l’humain. Notre identité repose sur des piliers solides :

• L’Esprit de Cordée : Cette solidarité qui unit ceux qui partagent la même corde anime aussi nos équipes. Nous travaillons pour offrir le meilleur équipement à ceux qui voient en l’Inconnu une façon de se découvrir eux-mêmes.

• Une Histoire de Générations : Millet est une ascension familiale. Initiée par Marc, portée par Hermance dès 1938, l’aventure se poursuit aujourd’hui avec Romain et Jean-Pierre Millet (arrière-petit-fils et petit-fils des fondateurs), garantissant la pérennité de nos engagements.

L’Excellence et la Responsabilité : Partenaires des prestigieuses compagnies de guides (Chamonix, Grindelwald, le Cervin), nous évoluons avec la montagne. Passionnés et engagés, nous limitons nos impacts pour protéger la biodiversité de notre terrain de jeu.

Pourquoi ce partenariat a-t-il du sens ? Parce que nos communautés sont unies par la même quête de verticalité.

Le CAB est le gardien des valeurs de l’alpinisme en Belgique. Il fédère des pratiquants qui, malgré l’absence de hauts sommets sur le territoire, font preuve d’une expertise reconnue mondialement. En nous rapprochant du CAB, nous souhaitons être au plus près des besoins du terrain.

Que vous prépariez une expédition lointaine ou une sortie en falaise à Freyr, le magasin Millet Bruxelles devient votre « camp de base » urbain. Nous partageons avec le CAB cette volonté de transmettre les bons gestes et de conseiller sur le matériel adapté. Notre expertise technique rencontre votre expérience de terrain pour que la sécurité et le plaisir restent au cœur de chaque ascension.

Ensemble, nous partageons une vision : celle d’une montagne qui est un espace de liberté, de respect et de dépassement. Nous sommes impatients de vous croiser sur les sentiers, au pied des parois ou en boutique pour échanger sur vos futurs projets.

Profitez de notre partenariat pour vous équiper.

Les adhérents du CAB en adhésion « complète » bénéficient toute l’année de 15 % sur leurs achats en magasin. Ceux avec une adhésion rando ou indoor bénéficient de 5 %. (Non cumulable avec les offres en cours)

Rendez-vous dans votre magasin Millet Bruxelles (Avenue Louise 63, 1000 Bruxelles) pour en profiter.

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Grimpeurs et plantes dans leur habitat naturel sur les falaises

À la recherche d’un équilibre

durable entre escalade et biodiversité

SARANE COEN

Doctorante en écologie des falaises

En tant que grimpeur, vous cherchez dans la structure rocheuse la voie la plus efficace pour atteindre le sommet. Une arête, une bonne prise pour reprendre son souffle ou un appui pour les pieds presque invisible vous montrent le chemin. Mais ces mêmes prises constituent également un habitat pour les plantes. Les parois rocheuses sont bien plus que de simples voies d’escalade : ce sont des écosystèmes vivants.

Les parois rocheuses rassemblent non seulement les grimpeurs et la flore, mais aussi les scientifiques et la communauté des grimpeurs. Ensemble, nous essayons de mieux comprendre ces écosystèmes verticaux et d’étudier comment nous pouvons continuer à grimper de manière durable.

De petits capteurs de microclimat mesurent la température juste devant la paroi rocheuse — Freyr, mars 2024

Des écosystèmes uniques

À première vue, les falaises peuvent sembler nues, mais elles abritent une biodiversité remarquable. De nombreuses plantes rares se sont adaptées pour survivre sur des surfaces abruptes où le sol et l’eau sont presque absents. Sur quelques mètres à peine, les conditions changent fortement : inclinaison, relief, exposition au soleil et altitude créent une mosaïque de micro-habitats. Chaque niche offre des conditions particulières dans lesquelles différentes espèces trouvent leur place.

Microclimat et changement climatique

Tout grimpeur le sait : au printemps, une face sud peut être agréablement chaude, tandis qu’une face nord offre de la fraîcheur en été. Pour les plantes, ces différences sont tout aussi importantes.

Une fissure profonde ou une paroi ombragée reste nettement plus fraîche que l’environnement, alors qu’un versant exposé au sud emmagasine la chaleur. Certaines espèces y trouvent refuge, tandis que d’autres, originaires de régions plus méridionales, peuvent progressivement coloniser les Ardennes. Les parois rocheuses jouent donc un rôle important dans le contexte du changement climatique.

À Freyr, de petits capteurs mesurent la température au plus près de la roche. Les premières données montrent que les écarts entre faces nord et sud sont particulièrement marqués en été, plus modérés au printemps et en automne, et presque absents en hiver. Ces résultats constituent une première étape vers des cartes microclimatiques détaillées, afin de mieux comprendre le rôle des falaises pour la biodiversité dans un climat qui se réchauffe.

Concernant l’escalade, une fréquentation modérée ne semble pas réduire la biodiversité, mais peut au contraire la favoriser.

Les plantes des falaises sont identifiées et leur abondance est estimée — Freyr, août 2024

Quels

sont les impacts de l’escalade ?

Les falaises constituent également un terrain de jeu pour les grimpeurs. L’escalade peut entraîner des perturbations : suppression de la végétation, utilisation répétée des voies, utilisation de magnésie. Pourtant, l’ampleur réelle de cet impact sur la biodiversité a encore été peu étudiée.

C’est précisément l’objet d’une étude lancée en 2024 à Freyr. Pour collecter les données, nous avons descendu les parois rocheuses en rappel et avons délimité, à de nombreux endroits, des parcelles d’étude de 1 m² afin de cartographier la végétation. Au total, 248 m² ont été analysés.

Toutes les espèces végétales ont été identifiées et leur abondance a été estimée. Nous avons également relevé les caractéristiques de la paroi rocheuse : inclinaison, relief et orientation. Ces observations ont été effectuées aussi bien dans des zones inexplorées, qui ne conviennent pas à l’escalade, que le long de voies plus ou moins fréquentées.

Que nous révèlent

les données ?

Les résultats s’avèrent plus nuancés que prévu. Les caractéristiques de la roche ont une grande influence sur la biodiversité : plus la paroi est abrupte, moins les plantes s’y développent. Le relief joue également un rôle important : les surfaces lisses offrent peu de possibilités, tandis que les roches plus rugueuses, avec leurs fissures et leurs corniches, favorisent l’accumulation d’eau et de matière organique.

Concernant l’escalade, une fréquentation modérée ne semble pas réduire la biodiversité, mais peut au contraire la favoriser. Les parois peu fréquentées présentent parfois davantage d’espèces que les secteurs totalement vierges, probablement parce que certaines espèces végétales dominantes y sont limitées, laissant de la place à d’autres.

En revanche, certaines espèces rares et sensibles n’ont été observées que dans les zones non grimpées. L’impact de l’escalade n’est donc ni simplement positif ni négatif : tout dépend du contexte, du relief et de l’intensité de la fréquentation.

Ces résultats montrent l’importance d’une gestion fine et réfléchie des massifs pour concilier la pratique sportive et la préservation écologique.

La suite de la recherche

La recherche se poursuit dans plusieurs massifs des Ardennes : Freyr, Pont-à-Lesse, Grands-Malades, Durnal, Hotton, Maizeret et Régissa.

Les prochaines étapes consisteront à comparer les observations botaniques avec des cartes microclimatiques, ainsi qu’à mener des expériences contrôlées visant à reproduire certaines perturbations liées à l’escalade, telles que l’élimination partielle de la végétation ou l’ajout de magnésie. À terme, nous souhaitons également intégrer la faune : lézards, insectes, araignées et mollusques qui utilisent ces habitats verticaux.

D’une étude locale à un réseau international

C’est de cette étude locale qu’est né MIREN Rocks, un réseau mondial d’écologistes grimpeurs. Partout dans le monde, des données sont collectées sur des sites d’escalade locaux selon la même méthode.

En l’espace de deux ans, le projet est passé d’une étude menée à Freyr à plus de 30 sites répartis dans 15 pays sur les cinq continents, de la Suède à l’Afrique du Sud et des États-Unis à la Nouvelle-Zélande. Cette approche permet de comparer des falaises rocheuses très différentes tout en utilisant une méthodologie commune.

Burdack
Ce qui a commencé comme une étude locale à Freyr est aujourd’hui devenu un projet doctoral et un réseau international.

Installation d’un capteur— Freyr, mars 2024

En haut :

Carte mondiale des sites de recherche actuels du réseau MIREN Rocks

Les grimpeurs comme partenaires

Les grimpeurs peuvent eux aussi contribuer à la science citoyenne grâce à l’application iNaturalist

En photographiant les plantes observées au pied, sur la paroi ou au sommet de la falaise, chacun peut enrichir les données scientifiques. Ces observations sont précieuses pour la recherche, mais aussi pour les plans de gestion écologique des sites.

Vers un équilibre durable

Ce qui a commencé comme une étude locale à Freyr est aujourd’hui devenu un projet doctoral et un réseau international. L’objectif reste le même : établir un équilibre durable entre escalade et biodiversité, afin de préserver à long terme la richesse écologique unique des falaises tout en maintenant une pratique responsable de l’escalade.

Vous souhaitez contribuer à cette recherche, participer au travail de terrain, apporter votre aide dans le cadre de la science citoyenne ou simplement suivre nos projets ? N’hésitez pas à nous contacter.

Instagram : @mirenrocks

Mail : miren.rocks@gmail.com

Site web : https://www.mountaininvasions.org/miren-rocks

Doctorante en écologie des falaises

La BRCT en Granitrip

TEXTE BELGIAN ROCK CLIMBING TEAM (BRCT)
IMAGES EMILE PINO

Granitrip Corsé

« Bonjour

mesdames, bonjour messieurs. Il est 5 h 45 du matin et nous arrivons à Ajaccio.

La température extérieure est de 14 degrés et le temps est dégagé. »

Loic fait ses premiers pas sur le rocher corse.

— Bavella, Corse, mars 2026

Jour 1 :

C’est avec ces mots que nous sommes réveillé·es par l’accent italien de la capitaine de bord du Mega Victoria, le bateau de Corsica Ferries sur lequel nous avons embarqué à Toulon la veille au soir.

« Nous », c’est l’équipe au complet de la BRCT (David, Eline, Florian, Madeline, Maro, Lucie, Loïc, Lorraine, Pablo) ainsi qu’Emile Pino, le photographe qui nous accompagne. On a cette fois-ci comme objectif de découvrir les aiguilles de Bavella, un petit paradis de grandes voies sur un granit aux formes folles.

Mais pas de temps à perdre : une fois débarqué·es sur l’île de beauté, on fonce vers le sud-est de la Corse pour rejoindre le Col de Bavella, d’où on peut apercevoir les plus grandes faces. Elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Trop impatient·es de grimper et, malgré une nuit peu réparatrice (on n’avait pas pris de cabine pour dormir sur le bateau), on déniche le petit secteur de couenne du coin : 3G. La marche d’approche (15 minutes corses, lire : 25 bonnes minutes en montée raide) nous dégourdit les jambes et nous échauffe pour les envolées du secteur. Déjà, on découvre les taffonis (cavités dans le rocher) et l’adhérence si particulière du granit de Bavella. La suite du trip promet d’être grandiose.

— Flo

Double page précédente : Les looongues marches d’approche dans des décors à couper le souffle.

— Bavella, Corse, mars 2026

Page de gauche : Maro s’envole sur les premiers taffonis du trip.

— Bavella, Corse, Mars 2026

Lucie découvre les petits pieds granitiques dans le secteur 3G.

— Bavella, Corse, mars 2026

© Emile
Pino
© Emile
Pino

Jour 2 : Nos premières aiguilles

Les premières marches d’approche sont pleines d’énergie. L’équipe suit l’itinéraire presque aveuglément, emportée par l’enthousiasme. Au détour des vires, on croise des pousses ressemblant à du fenouil et quelques pousses de patate douce, témoins discrets d’une nature généreuse. Cette première journée de grande voie est une acclimatation pour certain·es, une révision des manipulations pour d’autres – notamment Lorraine, Lucie et Madeline, venues en Corse pour consolider leurs bases.

Les deux cordées David/Maro ainsi que Lorraine/Loïc/Florian s’engagent dans La Célébration du Lézard, une belle classique de dalles en 6c max. Quelques dizaines de mètres plus à droite sur la même paroi, Pablo et Madeline évoluent dans de magnifiques taffonis et sur de belles dalles plus faciles, mais pas moins effrayantes. Aïe, on a déjà mal aux pieds après ce premier jour… Et le reste de l’équipe, à savoir Eline et Lucie, explore le mythique Canal Suspendu, avec sa fameuse longueur en 7a à plat… que personne n’a encore réussi à enchaîner. Des belles premières grandes voies pour se mettre dans ce bain de verticalité granitique.

— Madeline

Jour 3 : Bavella Circus

Taffoni (n. m.) : en géomorphologie, désigne une cavité arrondie creusée par corrosion dans les roches grenues (granit, grès) en milieu sec. En escalade, désigne un immense terrain de jeu en trois dimensions. Du rocher si sculpté qu’il défie la gravité, tenant en place presque par magie. Des alvéoles regorgeant de bacs, des lunules (trous dans le rocher) si grandes qu’on peut se glisser dedans, des proues plongeant au-dessus du vide. Le granite corse est connu pour abriter de fameux spécimens rocheux.

Au sein des immenses dalles sans prises, il y a parfois un pan déversant constitué d’un empilement de taffonis. De l’escalade acrobatique sur bac, plein gaz. Après une première journée à charger des pieds en adhérence, Loic et moi avons besoin d’activer un peu plus nos membres postérieurs. En un regard, on se met d’accord pour essayer Bavella Circus, la dernière voie déversante ouverte à Bavella. Sept longueurs dans le 7, jusqu’à 7c+.

Loïc et moi, ça fait 15 ans qu’on grimpe ensemble. On se connaît bien. Très bien même. Il est l’un des meilleurs bloqueurs que la Belgique ait connue, mais il a peur du vide. Moi, je suis bien moins fort, mais j’ai plus d’expérience en hauteur et mon mental me permet souvent de recruter toutes mes capacités. À deux, on est complémentaires sur ce type d’escalade. En arrivant au pied du mur, on se fait écraser par cet immense surplomb de 200 m de haut. Glups. Intimidés, on se lance sans trop savoir à quelle sauce on va se faire manger. L’escalade est si folle qu’on dévore les longueurs les unes après les autres sans trop réfléchir, prenant des shoots d’adrénaline à chaque ballant les pieds dans le vide. Jump, mouv’ en no foot, coordinations sur plats, gros mouvements physiques dans du toit, la voie porte bien son nom : je me sens acrobate aujourd’hui ! Après 6 h de singeries, nous voilà au sommet. On est au-dessus de la mer de nuage, seules quelques aiguilles percent le manteau blanc. Serait-on sur la lune ?

En redescendant, nos cœurs sont remplis de joie d’avoir passé une si folle journée à deux. La même sensation que lorsqu’on descendait de notre première grande voie, à deux, dix ans plus tôt. Petite cerise sur ce gâteau de taffoni : on apprendra le lendemain que c’est le premier enchaînement de cette voie. Une petite trace du passage belge dans l’histoire de Bavella !

— Pablo

Double page précédente : Premières dalles pour Madeline et Pablo, aventureuses et adhérentes. — Bavella, Corse, mars 2026

La BRCT devant les aiguilles de Bavella. — Bavella, Corse, mars 2026

© Emile
Pino

Eline dans Storia d’Acqua è di Luna. — Bavella, Corse, mars 2026

Jour 5 – Acqua in Bocca

Après un jour de repos, l’équipe est prête à repartir de plus belle. Pour moi, ce début de trip a déjà été hyper intense : c’est la première fois que je fais des grandes voies en dehors d’Yvoir ou de Freyr. Donc, avec David, nous nous sommes mis d’accord pour faire une voie plus tranquille Acqua in Bocca (7a max tout de même).

Après quelques longueurs verticales, on se retrouve face à une longue fissure, appelée laminoir. Ce n’est pas censé être une longueur dure, mais c’est un style dont on n’a pas l’habitude en Belgique. Ici, les gants de fissure ne nous servent à rien. Il faut mettre les bras, les jambes et se hisser à l’intérieur de la cavité. On commence à comprendre que les cotations en grande voie sont parfois surprenantes, et les apprentissages d’autant plus intéressants !

Pendant ce temps, le reste de la team s’est aventuré dans Jeef, un autre grand classique de Bavella. Malgré le brouillard qui les a cueillis à même le mur, ils en reviennent tout sourire de merveilles.

— Lorraine

« On se lance sans trop savoir à quelle sauce on va se faire manger. L’escalade est si folle qu’on dévore les longueurs les unes après les autres sans trop réfléchir. »
PABLO

Jour 6 : De rerum natura, une promenade épifissurienne

À Bavella, des labyrinthes de petites sentes traversent le maquis dense, et mènent au pied des nombreuses parois granitiques. Avant de grimper, on peut donc apprécier entre 30 minutes et 2 heures de marche, parfois un peu plus que prévu, quand on se perd. C’est positif, car au moins l’échauffement est garanti !

En ce quatrième jour de grimpe, l’équipe se disperse. Tandis que Loïc et Pablo mettent les doigts dans la première longueur de Délicatessen, un 8b plutôt technico-technique, Madeline, Lucie et Lorraine cherchent des voies qui leur permettent de tester la pose des coinceurs dans du terrain où elles ont de la marge. Accompagnées par Flo et Eline, elles trouvent leur bonheur plus haut sur le col.

Maro et moi, épifissuriens dans l’âme, nous cherchons les trésors de granite composés de fissures de différentes dimensions. Après 1 h 30 de contemplation de maquis, on est au pied de De rerum natura, une voie à protéger en grande partie sur coinceurs. Deux belles longueurs en 6c mènent vers le crux (passage le plus difficile) de la voie, un 7c très bloc avec des talonnages à hauteur de la tête, suivi d’une fissure déversante en 7c à protéger soi-même sur des coinceurs plutôt béton. Les avant-bras deviennent béton aussi tellement l’effort s’inscrit dans la durée et invite l’acide lactique. Les coulées sont incroyablement belles : de couleur brune, orange, rosée et rougeâtre, parfois elles forment même des colonnettes perdues autour de nous sur le mur. On avance à une vitesse agréable. Chaque longueur est délicieuse, et demande aussi pas mal de concentration. S’ensuit un 7a+ avec un crux demandant des coincements de mains plutôt techniques, et puis deux petites longueurs en 6 qui nous mènent au sommet.

Le sommet ? Pourtant, le topo original des ouvreurs italiens indique qu’il reste, depuis notre position, une longueur en 6c, nommée Sorpresa finale . Étonnant.

« Bizarre, ça serait ces dix petits mètres de fissure inconfortable là-haut ? » On couine un peu (beaucoup !) pour se rétablir au-dessus de cet étrange passage déversant et à protéger sur coinceurs, et la grande surprise finale, c’est qu’il n’y a pas de relais. Le premier rappel se fera donc autour d’un petit buisson. Merci pour cette surprise ! On adore l’humour italien.

— David

© Emile Pino

Jour 8 : Storia d’Acqua è di Luna

Après un autre jour de repos, nous retournons dans Storia d’Acqua è di Luna. Cette voie, on l’a repérée dès notre premier regard aux Teghie Lisce en arrivant à Bavella. Sur l’imposante dalle lisse à droite de la paroi se dessine un immense « s », formant une ligne de faiblesse sans laquelle ces dalles seraient probablement infranchissables. Comparé à d’autres voies, on a trouvé très peu de commentaires sur cette ligne. Serait-ce une perle oubliée de Bavella ? Lors de notre première journée dedans, on hallucine devant la beauté et le caractère de cette voie, nous offrant son lot de (bonnes ?) surprises à la clef : une longueur numéro 3 (L3) censée être 7a+ s’avérant être un 7c bien corsé, un mouvement dynamique en dalle qui nous rappelle un bloc de coupe d’Europe, une L5 de 30 m avec seulement deux spits (points d’ancrage fixes), une L7 commençant par 30 m de solo improtégeable… mais surtout de l’escalade en dalle comme on n’en a jamais fait. Ce granite hyper compact offre très peu de prises de mains et, pour ce qui est des pieds, il n’y en a aucun. Ou alors il y en a une infinité, c’est une question de point de vue. Bref, ça nous a tellement plu qu’on y retourne.

Comme à notre habitude, Flo et moi choisissons notre blague de la journée pendant la marche d’approche et on se prépare à la répéter indéfiniment, car la force de notre cordée repose sur le comique de répétition.

Aujourd’hui, il pleut, mais on avait trop envie de grimper, donc on décide de bannir la totalité du champ lexical de l’eau. Une sorte de ni oui ni non réinventé. Nous voilà donc partis dans Storia di Luna. Il faut croire que ça aide, car on arrive toustes les deux à enchaîner les longueurs clefs en tête malgré la brume qui nous englobe. En grimpant, on a le sentiment étrange de se demander comment est-ce possible que nos pieds tiennent sur ces non-prises. Cela nous demande une bonne dose d’auto-persuasion : on imagine une prise de pied, on met un peu de magnésie sur le mur pour faire comme s’il y avait quelque chose, on se convainc que notre pied va tenir, on pousse et ça tient. Magique. Cela nous demande aussi beaucoup d’essais et de mental, car il faut s’habituer au style et à l’équipement bien espacé. On sait que cette voie a été ouverte du bas. Lorsqu’on s’imagine devoir tenir ces équilibres précaires avec un perforateur (une perceuse pour équiper la voie) au baudrier, on en a la chair de poule. C’est définitivement lunaire. En somme, on s’est régalé·es dans cette voie de caractère. Repérer une ligne à la fois évidente et lointaine du sol et pouvoir la grimper ensuite, c'est peut-être ça, l'un des plus grands plaisirs de la grande voie.

— Eline

« J’utilise mes qualités de contorsionniste pour monter un pied très haut et sans même m’en rendre compte, je passe le pas de bloc ! Je sais que j’ai enchaîné la voie. »
LOÏC

Jour 9 : Delicatessen

Pablo et moi nous trouvons en dessous de cette voie qui nous a fait trembler toute la nuit : Delicatessen. C’est la première fois que je me lance dans une grande voie d’une telle difficulté. La première longueur est cotée 8b et elle garde les trois longueurs dures suivantes en 7c+, 7c et 8a. Premier essai, je tombe dans le dernier pas dur en dalle technique. Pablo, quant à lui, a du mal à passer le premier crux physique. Je me lance pour un deuxième essai. Je suis plus échauffé et tous les mouvements me paraissent un peu plus faciles qu’à la première montée. Je tremble un peu dans le dernier pas, et je clippe le relais. Pablo met encore plusieurs essais, mais finit lui aussi par enchaîner après un combat mémorable !

La voie déroule jusqu’au relais numéro 4 (R4), au pied du 8a. Pablo a l’air liquéfié. Je monte décrypter la gestuelle du pas de bloc. Mais le mental n’y est pas, c’est à peine si j’arrive à faire les mouvements un par un. Pablo n’en mène pas plus large que moi. Il ne tient plus les prises. Après avoir fait le plein d’eau et de biscuits, je me lance dans cette dernière longueur dure. Je grimpe décontracté, j’utilise mes qualités de contorsionniste pour monter un pied très haut et sans même m’en rendre compte, je passe le pas de bloc ! Je sais que j’ai enchaîné la voie. Je reste concentré dans la dalle finale et j’explose de joie quand j’arrive sur la plateforme du relais ! Il reste deux longueurs faciles pour finir ce magnifique itinéraire. Après quelques rappels complexes et une heure de crapahutage dans la descente raide, nous retrouvons nos amis à moitié endormis à la voiture. Il est 21 h 15 et la plupart attendent là depuis plus de quatre heures. C’est ma première grande voie dans le huitième degré, et une belle aventure d’équipe que nous ne sommes pas prêts d’oublier ! — Loïc

Les taffonis, là où le rocher ne répond plus aux lois de la gravité. — Bavella, Corse, mars 2026

Ardennes & Alpes

Jour 10 – Les Octogénautes

Le réveil sonne à 7 h. Malgré l’heure supplémentaire de sommeil, je peine à sortir du lit. Alors que le reste de l’équipe décide de redescendre d’un niveau aujourd’hui, Maro et moi décidons de retourner dans Octogénèse : une voie majeure connue pour ses 300 mètres de mouvements splendides, et son très petit nombre de prises. Nous arrivons au pied de la voie, essoufflés après nous être traînés difficilement dans la marche d’approche. On est épuisés. Maro démarre dans la première longueur, un 6b magnifique qui remonte une rampe de taffonis. Je prends ensuite la tête pour la deuxième longueur en 8a+. Après quatre essais chacun non concluant sur cette râpe à peau, nous nous mettons d’accord pour faire un dernier essai avant d’entamer le rappel et rentrer.

Maro s’élance. Il semble avoir trouvé la concentration nécessaire pour faire tenir ses appuis sur les pauvres reliefs du mur (appeler cela « prises » serait optimiste). Il passe le mouvement qui lui posait problème jusque-là. Il avance, doucement, mais avec précision. Dans cette dalle soutenue, il n’y a pas de place pour une seconde de distraction. Je ne le vois plus, mais j’entends sa respiration… puis un cri de victoire ! Il l’a fait ! Je le rejoins en second, et une question nous vient : qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Il est 15 h. On entend David et Lorraine qui redescendent à la voiture. On est au pied de la troisième longueur. Maro me dit qu’il ne peut pas redescendre sans avoir au moins essayé la 8a qui nous attend. Après une montée pour se remémorer les mouvements, il met un essai. Ses mouvements sont fluides, tout semble facile. Il vole sur les prises, rien ne pourrait le faire tomber. Et puis j’entends : « Relais ! oh non… » Je me mets rapidement en route pour le rejoindre, mais intérieurement, je suis partagée. Évidemment, je suis très heureuse pour lui –ce qu’il se passe est complètement fou –, mais je sais aussi que la journée s’annonce longue. Il va falloir aller jusqu’en haut maintenant et, de mon côté, je me sens bien vide d’énergie ! Maro le sait aussi.

On passe en mode athlétisme pour courir dans les sept longueurs qui nous restent, dont deux 7b, un 7a et un 7c. Ce n’est pas fini ! Heureusement que deux semaines à faire des grandes voies, ça nous rend plus efficaces. On oublie la fatigue et on entre dans un monde surréaliste. On cavale jusqu’à deux pas du sommet. La nuit est tombée, tout comme Maro dans le crux de la dernière longueur… Le froid se fait ressentir et un léger doute sur l’enchaînement s’installe. On tente tous les deux de chasser cette pensée. Il redescend, deux minutes de repos pour ses orteils, une doudoune de plus pour moi, et il repart, déterminé. Dans des dalles comme celle-ci, ce sont les mollets et le mental qui daubent. Un gros combat plus tard, on arrive au sommet, après une dernière dalle en 7b dans une ambiance époustouflante.

Aucun de nous deux ne réalise complètement ce qui vient de se passer. On se retrouve seuls au monde, au-dessus des nuages, dans le noir, avec une légère lueur qui nous permet de deviner tous les sommets qui nous entourent. L’ambiance est magique.

« On oublie la fatigue et on entre dans un monde surréaliste. On cavale jusqu’à deux pas du sommet. »
LUCIE

Jour 11 : Il est temps de rentrer à la maison

Plic Ploc. On est presque soulagés d’entendre la pluie ce matin en se réveillant. Soulagés de ne plus devoir se mettre une mission granitique. Soulagés de ne plus devoir faire la route et ensuite marcher des heures dans les maquis baveliens. Soulagés de ne plus devoir mettre des chaussons, poser nos paumes usées sur ces cristaux coupants. Nos corps sont meurtris, notre énergie vidée, mais nos cœurs remplis.

C’est tel un groupe de limaces que la BRCT repart de Bavella. Lors du trajet retour, rares sont les paroles. Trop fatigués pour parler, ou trop perdus dans ce rêve qu’on vient de vivre toustes ensemble.

Un air de mélancolie plane déjà dans la camionnette du CAB, car c’est le dernier gros trip pour la moitié d’entre nous. La première génération (Eline, Loïc, Flo et Pablo) arrive à la fin de son mandat et laissera la place à une nouvelle génération en 2027. Ce qui est sûr, c’est que cette équipe a quelque chose de spécial. Quelque chose d’unique. Un beau mélange d’entraide, de partage, de transmission, de rires, de courage commun et de beaucoup de joie. On peut le lire aux étoiles qui brillent dans les yeux de chacun·e de nous, alors que l’île de beauté s’éloigne au large.

— Pablo

LA

BELGIAN ROCK CLIMBING TEAM (BRCT)

Mon aventure olympique

L’entrée du ski-alpinisme aux JO

MAXIMILIEN DRION DU CHAPOIS

Une 9e place, un peu de frustration et de déception, mais surtout beaucoup de fierté et de gratitude. Les Jeux Olympiques ne laissent pas indifférent…

Lors de cette édition des Jeux Olympiques d’hiver, le ski-alpinisme a fait son entrée avec un format sprint. Certes, ce n’est pas le format le plus pratiqué ou celui qui représente le mieux l’essence et la beauté du ski-alpinisme. Cependant, grâce à ce format, mon sport a pu participer à cette fête incroyable en 2026, avant l’introduction (peutêtre) d’autres formats en 2030 dans les Alpes françaises. Depuis de nombreux mois, mon staff et moi avons préparé cet événement méticuleusement. Dans un précédent article, je vous avais fait part du soin que j’apporte aux petits détails et de l’importance de garder un équilibre entre mes piliers (performance – découverte – partage).

Jusque mi-janvier, tout fut parfait. Un podium en sprint en Coupe du monde en décembre venait me prouver à nouveau qu’obtenir un podium aux JO était un objectif réaliste. Aucune blessure, maladie ou pépin quelconque à signaler. En contact régulier avec tout mon staff et avec les responsables du COIB, on avait abordé l’importance de la résilience dans cette fin de préparation avant les JO. Des soucis ou imprévus allaient forcément se produire. Et il ne fallut pas attendre longtemps… En l’espace de deux semaines, un décès dans ma famille, une indigestion, l’annulation d’une course et la perte d’un ski lors de la suivante sont venus impacter ma confiance et mes sensations.

Je ne baisse pas les bras, j’ai encore un peu de temps, ma compétition a lieu à la fin des JO, le 19 février. Je continue donc d’être rigoureux, concentré et ambitieux. Je reçois énormément de messages d’encouragement. Je me dois d’y croire, et surtout, je veux y croire.

À dix jours de ma compétition, je retrouve de meilleures sensations, la qualité de mon sommeil s’améliore. J’ai hâte que ce soit à mon tour de rentrer dans l’arène ! Cela fait plus d’une semaine que je regarde avec beaucoup Au village olympique — Bormio, 17 février 2026

Nouvelles lunettes ? — Bormio, 18 février 2026

d’émotion les performances des autres athlètes à la télévision en me disant que je serai bientôt de l’autre côté de l’écran sur la plus grande scène du monde. Je suis prêt !

Prêt à tout donner, pour moi, pour mes proches et pour tout un pays que je sens derrière moi !

Direction Bormio, lieu des épreuves de ski-alpinisme. Je connais cet endroit par cœur. J’y vais au moins deux fois par an pour des camps d’entraînement. Je suis accompagné par Yannick Ecoeur et Pablo Ruiz, mes deux coachs. Et sur place, je retrouve quelques responsables du COIB et le kiné Thibaut Schnitzler. Tout est fait de sorte que je sois dans les meilleures conditions le jour J. Je suis heureux. Heureux d’être là (enfin), heureux de me sentir au top de ma forme, heureux de savoir que de nombreuses personnes qui me sont proches vivront cette expérience avec moi.

Je suis heureux. Heureux d’être là (enfin), heureux de me sentir au top de ma forme, heureux de savoir que de nombreuses personnes qui me sont proches vivront cette expérience avec moi.

Rapidement, on prend connaissance du fait qu’il neigera abondamment le jour de la course. On a l’habitude de farter nos skis et nos peaux de phoque pour éviter que la neige y colle. Et sur un sprint de trois minutes, c’est quand même peu probable que ça arrive.

Pour rappel, la discipline sprint a lieu sur plusieurs manches à élimination directe (quarts, demi-finales et finale) où on concourt à six en même temps sur le parcours. Pour se qualifier pour la manche suivante, il faut être dans les deux ou trois premiers.

19 février, jour de course !

L’ambiance est dingue, j’en ai des frissons. Malgré les importantes précipitations, l’épreuve est sold-out. Les gradins vibrent, les supporters se sont un peu organisés par nation et, rapidement, j’aperçois les drapeaux belges. J’entends cette foule crier mon nom, je reconnais certaines voix, j’ai les larmes aux yeux.

Quarts

de finale

Je gère mon effort et termine 3e de ma manche. Je passe facilement en demi-finales (top 12). C’est là que les choses sérieuses vont commencer. Bien que je sois dans ma bulle, j’entends que certains concurrents ont eu des problèmes avec leurs peaux. J’y ai échappé donc avec mon staff, on décide de ne rien changer pour la suite de la compétition. La neige continue de tomber en abondance. Elle est très humide. Des bénévoles essaient de déblayer un peu la neige du parcours, mais la piste fait plusieurs centaines de mètres et est assez large.

En demi-finales

Je suis placé tout à gauche sur la ligne (la position est définie par la place et le temps obtenus lors de la manche précédente). Mon objectif est d’être placé en début de course et de produire mon effort après les conversions dans la deuxième moitié de la montée. Je fais un bon départ, côte à côte avec deux autres concurrents, mais rapidement, je me retrouve à avancer dans de la neige poudreuse très humide. Ces deux concurrents, qui étaient placés au centre sur la ligne de départ, bénéficient des traces faites par les coureurs de la manche précédente et peuvent donc avancer beaucoup plus facilement. Je suis contraint de ralentir et de venir me placer derrière eux. Trente secondes plus tard, je sens que de la neige commence à coller à mes peaux. À chaque pas, la neige s’accumule davantage, vient alourdir mes skis et me freine. Malgré tout, je reste au contact. Je me dis que, lors de la partie à pied avec les skis sur le sac, je n’aurai plus ce problème. J’arrive donc dans cette première zone de transition on s’arrête pour attacher les skis sur le sac. En retirant mes skis, je remarque qu’une épaisseur de 10 cm de neige colle sous mes peaux… Impossible de mettre les skis l’un sur l’autre pour effectuer la transition rapidement. Normalement, cette transition prend trois-quatre secondes. J’en mettrai plus de dix…

Je vois mes concurrents s’éloigner et je commence à comprendre que ce sera presque impossible de me qualifier pour la finale et de me battre pour les médailles. Je poursuis tout de même mon effort en me disant que tout peut arriver. Après cette partie avec les skis sur le sac, il faut remettre les skis aux pieds pour finir la montée. La neige continue de s’accumuler sous mes peaux et j’avance au ralenti. Parfois, ce bloc de neige se détache brusquement et me fait perdre l’équilibre. Il me reste à retirer mes peaux et à descendre jusqu’à l’arrivée, mais c’est impossible de récupérer tout le temps perdu. Ma course s’arrêtera en demi-finales, à la 9e place.

Merci à tous les Belges qui ont fait le déplacement — Bormio, 19 février 2026

Évidemment, je suis déçu et frustré de ne pas avoir pu montrer ce que j’avais véritablement dans les jambes ce jour-là. Malgré tout, le sentiment qui prédomina ce jour-là fut celui de la fierté et de la gratitude.

Fier d’avoir cru en moi, fier d’avoir montré qu’un petit Belge pouvait rivaliser avec les grandes nations alpines, fier de tout le chemin parcouru et d’être arrivé aux JO au top de ma forme.

Et reconnaissant envers toutes les personnes qui m’accompagnent dans ce projet sportif, qui me soutiennent de près ou du loin, dans mes succès comme dans mes échecs. À toutes ces personnes, je souhaite dire un grand MERCI.

Direction les JO 2030 ?

MAXIMILIEN DRION DU CHAPOIS

Direction Bormio

— Vercorin, 17 février 2026

Santé Grimpe

Votre nouvelle référence pour prendre en charge vos douleurs et arrêter de grimper avec du tape

MADELINE MONTIGNIE

Co-fondatrice de Santé Grimpe

Dans le dernier numéro Ardennes & Alpes, vous avez pu lire :

« Tu as déjà grimpé avec du tape plein les doigts en te disant que “ça va passer” ?

Déjà senti une douleur en arquée et choisi de l’ignorer parce que la voie était trop belle ? »

Cet article expliquait comment comprendre les contraintes sur les mains des grimpeur·euses, les risques liés et les facteurs aggravants.

Ici, nous vous proposons des solutions pour la prise en charge de vos douleurs.

Santé Grimpe est une ASBL née d’un constat simple peur·euses blessé·es ne bénéficient pas toujours d’une prise en charge adaptée aux exigences spécifiques de leur sport. Trop souvent, les blessures liées à l’escalade sont mal comprises, mal diagnostiquées ou traitées de manière trop générale, sans tenir compte des contraintes physiques et techniques propres à la grimpe.

Face à ce manque, Santé Grimpe s’est donné une ambition claire : rassembler les professionnel·les de santé spécialisé·es dans la prévention, la rééducation et l’accompagnement des grimpeur·euses. L’objectif est de construire un réseau de praticien·nes compétent·es et sensibilisé·es aux pathologies spécifiques de l’escalade, afin d’offrir aux sportif·ves un suivi de qualité, cohérent et adapté à leur pratique.

L’ASBL est portée par quatre coopérateur·ices issu·es du monde médical et paramédical. Ils et elles se sont associé·es pour faciliter l’orientation vers des professionnel·les qualifié·es, en créant le site internet www.santé-grimpe.be.

Santé©
Grimpe
Santé Grimpe s’est donné une ambition claire : rassembler les professionnel·les de santé spécialisé·es dans la prévention, la rééducation et l’accompagnement des grimpeur·euses.

Parmi les membres fondateur·ices de l’ASBL, on retrouve :

Deux kinésithérapeutes

Madeline est diplômée depuis dix ans d’un Master en kinésithérapie du sport et en rééducation du membre supérieur, ainsi qu’en escalade. Grimpeuse depuis près de 20 ans, avec un petit passé de compétitrice, elle privilégie aujourd’hui l’escalade sur rocher. Elle grimpe entre amis, en famille ou avec la Belgian Rock Climbing Team, où elle développe la grimpe en trad’ tout en partageant son expertise de kiné.

Pour elle, Santé Grimpe est un outil au service de la communauté, pour mieux orienter les grimpeur·euses vers une prise en charge adaptée.

Alexandre a découvert l’escalade il y a sept ans, durant ses études de kinésithérapie. Diplômé d’un master depuis cinq ans, il s’est formé en kinésithérapie du sport avant de se spécialiser dans la prise en charge de la main et des grimpeur·euses. En parallèle, il transmet sa passion pour l’escalade à ses élèves au sein des clubs Évolution Verticale et À Bloc, tous deux situés à Bruxelles.

© Laura Van Dillen

Une infirmière

Laura est infirmière de formation. Elle a rapidement réorienté sa carrière pour se consacrer pleinement à l’escalade. Santé Grimpe est d’ailleurs issu de son projet de Master en promotion de la santé, un travail qui a fini par prendre vie quelques années plus tard.

Aujourd’hui, elle travaille à la salle Stone Age, où elle se consacre principalement au coaching de jeunes grimpeur·euses.

Une diététicienne

Célia est diététicienne diplômée, agréée par le SPF Santé. Elle a commencé à pratiquer en milieu hospitalier, dans un service de gériatrie.

Aujourd’hui, elle a la chance de travailler pour sa passion à la salle d’escalade Stone Age. Elle garde tout de même un pied dans le monde de la diététique, en prenant en charge des patient·es dans son cabinet à Evere.

Grimpeuse depuis l’âge de 13 ans, elle a observé de nombreuses problématiques liées au rapport au poids dans la communauté de ce sport : pratiques malsaines visant à être le/la plus léger·ère possible, ou encore la critique de la corpulence d’un·e partenaire de grimpe, suggérant que son poids est un facteur limitant…

Le site internet sera lancé début septembre.

Pour suivre l’évolution du projet, vous pouvez nous rejoindre sur Instagram.

Vous êtes un·e professionnel.le de la santé ?

Vous connaissez des professionnel·les de la santé spécialisé·es dans la prise en charge des grimpeur·euses ?

Contactez-nous !

Email : info@santé-grimpe.be

Instagram : @sante_grimpe.be

Site internet (en ligne en septembre) : www.santé-grimpe.be

Santé Grimpe remercie le Club Alpin Belge pour son soutien dans la création du site, ainsi que Vincent pour la conception graphique et Vladimir pour le développement.

De nombreux grimpeur·euses continuent de grimper malgré la douleur, en la minimisant ou en la contournant. [...]
Si vous ressentez des douleurs, écoutez-les et prenez-les en charge.

De nombreux grimpeur·euses continuent de grimper malgré la douleur, en la minimisant ou en la contournant.

Du tape par-ci, du tape par-là…

Santé Grimpe est là pour vous aider à comprendre ces signaux et à vous orienter vers des professionnel·les qualifié·es.

Un encadrement adapté permet de continuer à progresser tout en respectant son corps. Parfois, un arrêt temporaire est nécessaire ; dans d’autres cas, une activité adaptée sera plus bénéfique.

Si vous ressentez des douleurs, écoutez-les et prenez-les en charge.

À partir de septembre 2026, vous pourrez trouver des praticien·nes spécialisé·es sur www.sante-grimpe.be.

Tous partagent un constat commun : les grimpeur·euse·s blessé·es sont encore trop souvent mal pris·es en charge, faute de connaissances spécifiques liées à ce sport en pleine expansion.

Santé Grimpe souhaite ainsi devenir un point de référence pour les grimpeur·euses, qu’ils/elles soient débutant·es ou confirmé·es, en mettant en avant une approche pluridisciplinaire centrée sur la prévention, la performance durable et le retour à la pratique dans les meilleures conditions.

Les kinésithérapeutes sont là pour vous accompagner, vous guider et vous aider à poursuivre votre progression, même en période de blessure.

MADELINE MONTIGNIE

Co-fondatrice de Santé Grimpe

© Alicia Creupelandt

Claudio Barbier

Tristan Kennedy

Claudio Barbier, figure emblématique du Club Alpin Belge, est mort le 27 mai 1977 dans les rochers d’Yvoir, dans des circonstances qui ont donné lieu à une enquête judiciaire.

L’enquête policière, routinière, a conclu à une chute accidentelle, alors que presque tous les grimpeurs qui se sont trouvés sur place à l’époque ont constaté que cette chute ne pouvait être considérée comme « accidentelle ».

Le temps a passé, ce qui n’a pas empêché que le souvenir de Claudio Barbier reste bien présent dans l’esprit de ceux qui, à l’époque, étaient actifs au sein du Club Alpin Belge. Et la plupart d’entre eux n’ont jamais oublié que les circonstances de sa mort n’avaient jamais été élucidées.

En 2025, un journaliste britannique, Tristan Kennedy, a décidé de reprendre l’enquête. Il ne s’agit pas d’un journaliste de seconde zone en mal d’écriture, mais d’un journaliste qui écrit régulièrement pour des journaux tels que le Financial Times, The Telegraph, Outside… Il est lui-même alpiniste.

Son enquête, très fouillée, l’a mené de Wallonie en Flandre, en Suisse et bien sûr dans les Dolomites, afin notamment de s’entretenir avec les témoins survivants des années 60 et 70 et d’accéder à des archives personnelles et des archives de l’administration judiciaire belge. Elle a révélé des témoignages restés tus, faisant apparaître la probabilité d’une chute provoquée par une intervention homicide.

Cette enquête a donné lieu à un article publié dans le n° 324 (Printemps 2026) du magazine américain SUMMIT JOURNAL.

Lire

Nuit infernale à La Bérarde

Didier Frans & Marie Rijs

Son titre : « Il Divino. La vie tourmentée et la mort mystérieuse de Claudio Barbier » (« Il Divino. The troubled life and mysterious death of Claudio Barbier »).

Comme il est difficile, en Belgique, de se procurer ce magazine, cet article est aujourd’hui disponible, en version originale anglaise et en version française, sur le site www.claudiobarbier.be.

En attendant une suite ? Tristan Kennedy semble en effet décidé à poursuivre son enquête…

« Il Divino » : La vie tourmentée et la mort mystérieuse de Claudio Barbier Tristan Kennedy Summit Journal, n° 324 Printemps 2026 https://www.claudiobarbier.be/ la-vie-tourmentee-et-la-mortmysterieuse-de-claudio-barbier/

Dans la nuit du 20 au 21 juin 2024, la montagne rugit et engloutit dans une coulée de lave torrentielle le village de La Bérarde, au cœur du Massif des Écrins. Le chalet que nous occupons pour nos vacances se trouve petit à petit cerné par l’eau, les blocs de rochers et autres sédiments, au point de disparaître presque entièrement. Le piège se referme sur nous, l’eau, le sable, les gravats envahissent l’intérieur du chalet, nous obligeant à nous réfugier sur une mezzanine entre les fermes de toiture.

Commence alors l’attente des secours face à la lente montée des eaux à l’intérieur du chalet et… enfin, l’hélitreuillage in extrémis par une équipe de secours en montagne exceptionnelle.

Après une période d’agitation médiatique autour de notre sauvetage, nous prenons conscience du choc traumatique et nous nous rendons compte que chacun de nous deux a vécu cet événement de façon très différente avec ses propres ressources. Assez vite, nous éprouvons le besoin d’un accompagnement psychologique. Au cours de celui-ci, nous sommes amenés à reconstituer le film de cette nuit infernale. Nous avons besoin de retrouver notre élan vital qui a été fortement atteint. L’idée d’un récit écrit à deux mains prend forme, chaque main trouvant son style ! Ce livre, aboutissement d’un travail d’écriture d’une année et demie, outre sa vocation thérapeutique pour nous, constitue aussi un témoignage de gratitude, en hommage à toutes les personnes ayant joué un rôle dans ce sauvetage « hors de tout protocole », ainsi qu’à la montagne et aux habitants de cette vallée authentique du Vénéon où nous avons éprouvé le besoin de retourner un an après les faits.

Il se veut aussi une réflexion sur la fragilité de la vie et sur la puissance du lien humain.

Enfin, il aborde les causes de cette catastrophe naturelle dont la relation avec le réchauffement climatique est établie scientifiquement et notre désarroi face à l’absence de réponses politiques satisfaisantes aux enjeux pour toutes les personnes vivant dans cette vallée.

En vue de marquer notre solidarité, nous avons décidé de verser les bénéfices de la vente de notre livre à l’Association des Habitants et Amis de La Bérarde et du Haut-Vénéon, qui lutte pour que ce hameau défiguré ne soit pas définitivement rayé de la carte.

Précisons encore qu’un QR code dans le livre renvoie à une chaîne YouTube que nous avons créée reprenant une série de vidéos sur La Bérarde avant la catastrophe, pendant et après la catastrophe ainsi que sur l’étude des causes de celle-ci.

Nuit infernale à La Bérarde

Didier Frans et Marie Rijs

Auto-édition via la plateforme Bookélis 2026 - 323 - 20 € - 979-10424641-65

DIDIER DEMETER

Grimper végé !

MARTIN BONTE

De plus en plus de marcheur·euses, grimpeur·euses et sportif·ves en général se sentent concerné·e·s par l’écologie.

L’un des derniers numéros Ardennes & Alpes nous a encore une fois proposé des exemples d’initiatives inspirantes. On y découvre Pablo, qui rejoint la Norvège en bateau avant de rentrer à vélo, ainsi que Vladimir, qui nous présente son application pour planifier ses trips vélo en Europe ou ses sorties en falaise sans prendre la voiture.

Project pour lutter contre le réchauffement climatique2

Selon un rapport de Carbone 4, adopter une alimentation végétarienne serait même l’action individuelle la plus efficace pour lutter contre le changement climatique3

La cuisine végétarienne est parfois perçue comme sans saveur et ennuyeuse, et les personnes végétariennes sont parfois vues comme les rabat-joies de la bande. C’est pourtant principalement une question d’imaginaire ! En effet, ne plus manger de viande peut être vécu comme une privation si l’on n’y est pas habitué·e et qu'on ne sait pas quoi manger à la place. Idéalement, il faudrait petit à petit reconstruire notre image de ce qu’est un bon plat. Prenons, par exemple, notre réconfortant spaghetti bolo : il existe plein de savoureuses recettes végétariennes4 qui nous combleront tout autant que la version au haché de bœuf.

Une autre possibilité pour réduire son empreinte carbone, dont on parle moins, est de changer son alimentation, et en particulier de manger moins de viande. En effet, un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre est lié à la production de nourriture. Parmi ces émissions, le tiers (soit environ 8 % des émissions totales !) provient de la production de viande et de poisson1. Réduire notre consommation de viande rouge figure d’ailleurs parmi les actions « hautement recommandées » par le Drawdown

1 - https://ourworldindata.org/food-ghg-emissions, voir aussi https://ourworldindata.org/environmentalimpacts-of-food

Qu’on ne s’y trompe pas : l’idée de cet article n’est bien sûr pas de diaboliser la viande, mais plutôt d’inviter à explorer l’alimentation végétarienne. Il y a déjà quelques initiatives dans cette direction au sein de notre communauté : j’ai rencontré Merlin Didier, qui m’a expliqué la vision du Camp de base sur ce sujet, et Sébastien Berthe, qui m’a décrit son expérience en tant que grimpeur professionnel végan !

2 - https://drawdown.org/explorer/improve-diets

3 - https://www.carbone4.com/files/Publication_ Carbone_4_Faire_sa_part_pouvoir_responsabilite_ climat.pdf

4 - Une bonne recette se trouve ici : https://oxaliscuisine. com/recette/bolognaise-vegetale/ !

Selon un rapport de Carbone 4, adopter une alimentation végétarienne serait l’action individuelle la plus efficace pour lutter contre le changement climatique.

Page de gauche : Seb se régale en posant ses coinceurs dans « Bon voyage » — Annot, France, mars 2024

Le végé au Camp de base et au Camp d’approche

Depuis son ouverture, le Camp de base ne propose que de la nourriture végé : que ce soient les quiches ou bocaux vendus quotidiennement dans la salle, les pizzas lors des sessions du mercredi soir, ou encore les foodtrucks prévus lors des événements organisés par la salle.

Les fondateurs du Camp de base ont aussi récemment ouvert le café Bon matin5, attenant à la nouvelle salle pédagogique du Camp d’approche. L’idée de ce café est de proposer une cuisine soignée et réconfortante. Les petits-déjeuners, les lunchs et les en-cas y sont uniquement végétariens, avec une option végane ! Bon matin propose aussi une belle diversité de boissons chaudes et froides. Comme Merlin me l’a expliqué, ce sont des essais pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre à l’échelle personnelle, mais sans chercher à forcer qui que ce soit à adhérer à la démarche. L’équipe du Camp de base vise plutôt à questionner la norme sur ce sujet et à proposer d’explorer de nouveaux rapports à l’alimentation, notamment pour trouver un équilibre avec la consommation de viande.

Grimper au plus haut niveau en étant végan

L’idée selon laquelle il serait nécessaire de manger de la viande pour être fort reste bien ancrée dans notre société. Pourtant, certain·e·s des plus grand·e·s sportif·ves, comme Novak Djokovic, Venus Williams et Lewis Hamilton, ont une alimentation principalement végétale6 ! Dans le monde de l’escalade, il y a Alex Megos7 , et aussi Sébastien Berthe, qui a accepté de répondre à mes questions.

5 - https://www.bonmatin.be

6 - https://www.sportetpassion.fr/etre-sportif-etvegetarien-est-ce-bien-compatible/

7 - https://www.greatveganathletes.com/news/veganolympians-to-watch-in-paris/ et https://www.8a.nu/ news/megos-and-the-environmental-catastrophe-dvhe1

Discussion avec Seb

Quelle est ton approche/ta philosophie par rapport à la nourriture végé ?

Je suis devenu végétarien en 2013, pour des raisons purement écologiques et de réchauffement climatique. D’un point de vue très pragmatique, je voulais réduire mes émissions individuelles de gaz à effet de serre et donc mon impact environnemental. Arrêter de manger de la viande semblait alors pour moi un levier particulièrement puissant. De nombreux autres arguments sont rapidement venus s’ajouter petit à petit : impact sur ma santé, bienêtre animal… Au début, le goût me manquait un tout petit peu, mais c’est très rapidement passé. Aujourd’hui, je ne ressens plus aucune envie de manger de la viande, ça ne me manque plus du tout (je suis même un peu écœuré à l’idée de manger du cadavre !).

Je suis récemment devenu végan, ou en tout cas dans la mesure du possible (je mange parfois des produits comme des œufs ou du fromage quand je n’ai pas trop le choix, notamment en déplacement). Ce passage au véganisme vient d’une réflexion antispéciste plus en accord avec moi-même, où je souhaite m’opposer à toute forme d’exploitation animale (l’industrie du lait est, par exemple, particulièrement déplorable).

Il y a de quoi se régaler au café Bon matin ! — Café Bon matin, Bruxelles, janvier 2026
© Rémi
Murez

Concentration et extension dans « Bon voyage » — Annot, France, mars 2024

Quelle est ton expérience de sportif/grimpeur végé (en termes de bien-être et de performance) ? Quelles différences remarques-tu par rapport à d’autres sportif·ve·s/grimpeur·euse·s non-végés ?

D’un point de vue très personnel, je n’ai remarqué strictement aucune baisse de performance quand je suis devenu végétarien ! Mon passage au végétarisme a même coïncidé avec une véritable progression dans ma pratique sportive (même si je n’y accorde pas forcément un lien de causalité).

À quel point fais-tu attention à ton alimentation (compléments alimentaires, conseils nutritionnels, carences…) ?

Je ne fais pas particulièrement attention à mon alimentation, mais je mange très varié et je respecte quelques règles de base : beaucoup de fruits et légumes selon la saison, protéines à chaque repas (des légumineuses comme des lentilles vertes, noires, corail et des pois chiches, du soja, du tofu…), des noix, du lait végétal et tout type de glucides (pâtes, riz, pain, quinoa, semoule, polenta…).

Je fais une prise de sang relativement régulièrement (environ une fois par an) pour vérifier que tout va bien. La plupart du temps, tous les voyants sont au vert ! Je me supplémente régulièrement en vitamine C et en magnésium, et il m’arrive aussi, lors des phases d’entraînement très intenses, de me complémenter en protéines pour être sûr d’atteindre des quantités suffisantes (environ 100 g/jour). Quelle est ta recette végé préférée ?

J’ai pas mal de recettes différentes, mais mon plat signature en ce moment, c’est un beau couscous végan. J’aime aussi beaucoup les riz au curry, le dhal, les pâtes bolo véganes, les burgers végés, le chili sin carne, les lasagnes véganes… et j’en passe.

En pratique, nul besoin de devenir complètement végétarien·ne du jour au lendemain : les habitudes peuvent se changer par étape, pour se laisser le temps de trouver des alternatives qui soient à la fois faciles à cuisiner et savoureuses ! On peut trouver de nombreuses informations sur le régime végétarien sur le site de l’Association Végétarienne de France (www.vegetarisme.fr), notamment sur les multiples bénéfices (écologiques et autres) d’un régime végétarien ou végétalien. Le site propose aussi des réponses aux questions fréquentes, ainsi que des idées de recettes !

Merci à Merlin et Seb d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !

au café Bon matin — Café Bon matin, Bruxelles, janvier 2026

© Soline Kentzel
Convivialité
© Rémi Murez

Topographier Sy-sur-Ourthe

En pensant à Serge Coupé qui, en matière de topographie, avait une mémoire d’éléphant… et la dent dure !

Les rochers de Sy-sur-Ourthe, près de Hamoir, forment une véritable petite chaîne de falaises qui a valu à ce village le surnom de « Petite Suisse ». La beauté et l’ampleur de ses parois ont très tôt attiré les grimpeurs. Ses rochers furent gravis pour la première fois en 1930 par Xavier de Grunne et le roi Albert Ier. Depuis, ils ont vu défiler les meilleurs grimpeurs belges et étrangers : Allemands, Hollandais, Français. Ces rochers sont donc parcourus depuis des décennies ; c’est dire si aujourd’hui, ils comptent dans le patrimoine alpin ardennais.

À Sy, l’affirmation de la pratique de l’escalade ne peut s’identifier, comme pour les autres rochers, que par la réalisation d’une topographie et d’une description des sites d’escalade. Le dictionnaire définit le topoguide comme étant une description écrite ou dessinée d’un ou plusieurs itinéraires d’alpinisme ou d’escalade. Il s’agit davantage de la vision du grimpeur posée sur la falaise, car, derrière les paramètres techniques (hauteur, longueur, développement, chiffres en tout genre…), la topographie est la transcription d’un itinéraire, certes, mais aussi plus largement d’un territoire.

Sylvain Jouty en parlait en ces termes : « Les topos sont un véritable conservatoire d’une mémoire et d’une culture alpine parfois tentée par l’amnésie. »1

La dernière topographie des rochers de Sy datait de 1978 (les excellents cahiers édités sous la houlette de Françis Puissant). Il devenait urgent de remettre au goût du jour ce précieux patrimoine. Pour ce faire, il a fallu refondre

1 - Sylvain Jouty et Hubert Odier (Dictionnaire de la Montagne, Arthaud – 1999).

le topo. Si les différents massifs n’ont pas changé en 45 ans, le grimpeur a vu se modifier pas mal son espace de grimpe : rochers interdits ou éboulés, voies modifiées, équipements vétustes, nouvelles voies, nouveaux moyens d’équipements (la broche a supplanté le piton), évolution des cotations vers le libre… Beaucoup de choses ont dû être entreprises pour réaliser un nouveau topo digne de ce nom.

Plusieurs anciennes voies ont été nettoyées et rééquipées, de nouveaux chemins aménagés (grâce au SERAC essentiellement) et quelques nouvelles voies furent ouvertes. C’est ainsi que de nouveaux noms sont apparus. La « Cheminée Chamoniarde » est une voie des années 80 qui, forcément, ne se trouvait pas dans la topographie précédente. Il y a aussi « l’Arête Raide », qui est l’allongement d’une variante du classique « Petit Michel », le « Pilier de l’Ourthe »…

Il y a des noms apparentés, comme la « Petite Dernière », qui se situe à droite du « Petit Dernier » ou encore « l’Hirondelle du Japon » (qui fut libérée par un ami japonais) qui se trouve entre deux anciennes voies : le « RougeGorge » et le « Pinson ». Il y a des voies dédiées. « Les Potes Âgés » est le groupe des « vieux » du SERAC qui ont réaménagé quasiment la totalité des sentiers. La « Dédé » pour André Lamberty, le président du SERAC. « La Richard Heintz » qui est dédiée au « Maître de Sy » ou encore la voie « Ounsalopette », qui est la contraction des noms des chats de l’auteur de la voie : Ounsa et Lopette. Il y en a d’autres, comme ces voies dont le tracé a été légèrement modifié pour différentes raisons. Ces noms de voies ont été précédés de « NEWS »

Au niveau plus général, il faut signaler le tout nouveau travail réalisé dans la « Paroi du Fond », qui n’était plus fréquentée depuis plusieurs années. Ce gros travail de nettoyage et de rééquipement a été effectué conjointement avec nos amis de Club Alpin Hollandais. À noter que, pour l’ensemble du massif, le rééquipement a été réalisé en respectant au maximum l’emplacement des anciens points (à l’époque, pratiquement que des pitons). Des moulinettes ont été placées, parfois de manière très utile, au niveau de petites roches, comme celles du « Banc » et de la « Vierge ». Parfois, ces ancrages ont été placés de manière plus contestable au sommet des grands rochers, empêchant, et c’est un comble, d’aller au sommet ! L’utilité des moulinettes est aujourd’hui indiscutable. Il serait pourtant nécessaire de développer un sens critique à certains égards : arêtes, traversées, combinés… s’accommodent mal de cet équipement.

Christian et Anne dans l’As de cœur, au Vignoble — Rochers de Sy

Bernard Marnette
Le pêcheur doit connaître sa rivière ; le chasseur, sa garenne ; le randonneur, la géologie de ses montagnes ; et le grimpeur, la vie de ses falaises.

L’histoire de l’escalade depuis 1978 a été prolongée ou réécrite. Certains oublis ont été corrigés. On pense à l’arête Amont de la Nandouire qui était devenue, lors d’un rééquipement, la « Ruth ». Cette arête avait pourtant été ouverte par le roi Albert Ier en personne lors de la première visite dans les rochers par des membres du Club Alpin.2

Une toponymie de qualité se doit d’être au maximum exhaustive. Si elle veut refléter le potentiel d’un massif, elle se doit donc de décrire l’ensemble des voies : les petites comme les longues, les faciles comme les difficiles. Elle doit mettre en exergue les voies de valeur, pas forcément les plus dures, car c’est bien une question de patrimoine, et non pas de difficulté, qui fait la valeur d’un topo. Il doit en transparaître une histoire, un sentiment, voire une culture.

Sylvain Jouty aimait à dire que dans les stations de ski, il n’y avait pas que des pistes noires. Les vrais skieurs aiment aussi aller sur des pistes bleues. Ce fait illustre que les sports de nature comme le ski, l’alpinisme ou a fortiori l’escalade, se définissent notamment à travers leur territoire. Le pêcheur doit connaître sa rivière ; le chasseur, sa garenne ; le randonneur, la géologie de ses montagnes ; et le grimpeur, la vie de ses falaises. C’est donc bien une question de territoire, de terroir (ça se cultive !), ou de volume pour le dire autrement.

2 - Cette voie est mentionnée dans le topo Capel de 1956 et dans un article de René Mallieux publié dans la revue du Club (Revue d’Alpinisme – automne 1935).

Il faut voir large et savoir lire entre les chiffres et les distances. Une falaise, cela se lit. Un exemple type est celui de la cotation. La cotation d’un passage est une chose délicate, souvent controversée, et pour cause, elle traduit la force et la technique mais aussi un sentiment (ne serait-ce que pour le nom de la voie et du passage). La cotation, c’est chiffrer, quantifier, qualifier une émotion. C’est en quelque sorte une concrétisation de l’abstrait. Elle ne peut donc être complètement maîtrisée.

Voici donc les différents éléments dont nous avons dû tenir compte pour la réalisation de ce nouvel opus sur l’histoire de l’escalade à Sy. Pour conclure, laissons la parole à l’ami Chapoutot (dit « Chap’s ») qui, en matière de topographie et de littérature, en connaissait un bout :

« Il est dommage que Jules César, Saint-Simon ou Stendhal n’aient point été alpinistes. Il eut été intéressant de consulter les notes techniques par lesquelles ils n’auraient pas manqué de rendre compte de leurs ascensions. Nous laisserons à d’autres le soin d’imaginer comment ils auraient décrit la face sud de la Meije ou la face ouest du Dru. Mais il est permis de rêver. »3

Alors chiche, bientôt le nouveau topo de Sy dans votre bibliothèque entre « La guerre des Gaules » et « Les mémoires de Saint-Simon » ! ?

3 - Pierre Chapoutot : « De Topo Alpino », propos impertinents sur le grave sujet des notes techniques (in annales du GHM – 1975).

En haut : Marius au Rocher du Banc — Rochers de Sy
Bernard Marnette

BE – Vertical Dreams

Nouveau cercle du Club Alpin Belge

Vertical Dreams, catalyseur de passions… et d’amitiés !

À l’origine, Vertical Dreams a été créé par une équipe de moniteurs professionnels rassemblés autour d’une même vision : partager leur passion et leur expertise à travers des formations et des stages axés sur la progression, l’autonomie et l’exploration de nouveaux horizons.

Véritables lieux de partage et de rencontre, ces activités ont vu se créer de nombreuses cordées et amitiés, qui se retrouvent à présent sur le terrain. Une voie, un relais, un sommet, une rando, une itinérance, un bivouac en montagne… tout cela construit bien plus que des compétences : cela crée du lien, de la confiance et des amitiés durables.

Première grande voie – stage dans les Vosges — Vosges du Sud, août 2024

Au fil des années, il est apparu naturel de faire évoluer Vertical Dreams vers une structure regroupant cette double dynamique :

• un programme d’activités complet, varié et de qualité, encadré par une équipe de moniteurs professionnels ;

• des rassemblements permettant à notre communauté de se retrouver pour partager sa passion et renforcer ses liens tout en poursuivant un véritable chemin de progression.

Un club de plus… avec une approche complémentaire

Il y a des sorties dont on revient avec de nouveaux apprentissages, de bons souvenirs.

Et puis il y a celles dont on revient transformé : la découverte d’un endroit exceptionnel, d’une expérience que l’on croyait inaccessible, une prise de conscience de ses capacités, une confiance qui grandit, la sensation de déployer son potentiel, un geste qui devient juste, une technique qui prend sens… et bien souvent, de nouvelles amitiés.

Chez Vertical Dreams, nous avons à cœur de vous faire découvrir les meilleurs spots, voies et sentiers, et de vous transmettre nos compétences, notre expérience et notre passion avec rigueur, méthode et pédagogie, dans le respect de vos capacités et de vos attentes.

Se former pour mieux pratiquer : la sécurité et l’autonomie comme priorité absolue

Dans les sports de montagne, être bien accompagné permet non seulement de progresser mais surtout d’éviter de reproduire des gestes approximatifs et de banaliser des pratiques qui exigent méthode, orientation, lecture du terrain, anticipation, gestion de l’effort et maîtrise technique. Se former rend la pratique plus sûre, plus cohérente, plus fluide, et bien plus passionnante !

Plus qu’un programme d’activités, nous défendons une culture de la formation : apprendre les bons gestes, en comprendre l’utilité et le sens, pratiquer avec rigueur et justesse, se faire plaisir tout en respectant son environnement et la communauté.

Weekend perfectionnement en grandes voies

à Freyr et Chaleux

— Freyr, août 2024

En bas : Sortie de grande voie sur les contreforts de la roche Robert — Briançon, août 2024

Un programme riche, varié et structuré

Cette approche se traduit par un programme complet allant de la découverte aux formations les plus techniques :

• Escalade en falaise : découverte, initiation, perfectionnement, coaching, rassemblement…

• Formations techniques en escalade : autonomie en voie d’une longueur et grandes voies, escalade sur coinceurs et artificielle, sauvetage et auto-sauvetage…

• Stages d’escalade immersifs tous niveaux un peu partout en Europe.

• Via ferrata & verti-randonnée : découverte, formation autonomie, stages à l’étranger… Randonnée en Belgique : découverte, préparation aux treks, progression vers l’autonomie… Séjours Rando et Trekking en Europe et dans des contrées lointaines.

Cette diversité d’activités fait partie de notre identité : permettre à chacun de trouver une porte d’entrée… puis un véritable chemin d’apprentissage.

© Ann-Laure (Vertical Dreams)
© Ann-Laure (Vertical Dreams)

Une exigence de qualité dans la préparation et l’encadrement des activités

Chez Vertical Dreams, la qualité de l’encadrement repose sur une exigence constante, avant, pendant et après l’activité.

Un travail important est mené en amont pour :

• analyser et repérer les sites et les conditions de pratique ;

• sélectionner les voies, sentiers et itinéraires les plus intéressants et les plus adaptés ;

• structurer des programmes d’activités, de formations et de stages clairs et progressifs ;

• les tester et les ajuster en fonction des retours d’expérience et de l’évolution des pratiques.

Sur le terrain, l’encadrement est ensuite assuré par des moniteurs professionnels ayant :

• une forte expérience et maîtrise technique ; une capacité à s’adapter aux conditions de terrain ; une attention constante portée à la sécurité et au confort des participants ;

• une pédagogie active basée sur des contenus techniques structurés et actualisés.

Cette démarche s’inscrit dans une logique de complémentarité avec les autres acteurs et activités existants au sein de la fédération.

Une

vision

élargie de notre rôle

Notre engagement se traduit aussi par : la préservation et le développement durable du patrimoine rocheux belge ; le développement d’activités destinées à des publics fragilisés, notamment les jeunes.

Au sujet des fondateurs :

Christophe Lehner partage depuis plus de 35 ans sa passion pour l’escalade, la montagne et les grands espaces. Titulaire d’un master en éducation physique et en kinésithérapie, il s’est formé comme moniteur en escalade, alpinisme et canyoning en Belgique et en France afin d’enrichir son expérience de terrain. Il travaille depuis plusieurs années au sein de la fédération et de l’ADEPS comme responsable technique, coordinateur des formations et formateur, et organise ensuite de nombreuses formations, stages et trekkings en Belgique et à l’étranger pour divers clubs.

Ann-Laure Lamouline : psychologue de formation, ancienne gymnaste de compétition puis entraîneuse, elle développe très tôt un intérêt marqué pour la pédagogie et la technique du geste, ainsi que pour les pratiques de pleine nature favorisant estime et dépassement de soi. Formée en sports d’aventure et escalade, elle rejoint Christophe en 2016 et renforce le volet initiation et découverte, ouvrant la pratique à un public plus large.

Ensemble, ils créent Vertical Dreams en 2018. Une équipe de moniteurs engagés participe ensuite au développement du projet, dans une volonté commune de transmission et de qualité d’encadrement.

Damien Halleux, passionné de montagne depuis des années et récemment diplômé comme accompagnateur en montagne certifié UIMLA, rejoint l’équipe en 2026 afin d’élargir le programme de randonnées, avec cette vision de progression et de découverte.

Des « camps de base » idéalement situés

BE – Vertical Dreams recherche et met à disposition de ses membres des logements idéalement situés pour faciliter l’accès aux sites et élargir les opportunités de pratique.

Un premier logement est disponible à proximité du Parc National des Calanques dans le quartier de Sormiou (Marseille).

Rejoindre un col ou un sommet, s’engager dans une voie, boucler une randonnée, c’est déjà une belle aventure. Mais apprendre à le faire avec justesse, sécurité et conscience, c’en est une autre, encore plus riche.

C’est cette aventure-là que BE – Vertical Dreams souhaite partager au sein du Club Alpin Belge.

Découverte de la Via Ferrata à Marche-Les-Dames — Marche-les-dames, octobre 2024

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IMAGE DE COUVERTURE

Tirée de La BRCT en Granitrip Corsé , Le labyrinthe granitique de Bavella — Bavella, Corse, mars 2026

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GRAPHISME

Chez Vinc – STUDIO GRAPHIQUE @chezvinc (facebook · insta · linkedin)

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VIA FERRATA

C’est en 1843 que la première via ferrata voit le jour au Dachstein en Styrie. L’équipe de Friedrich Simony est la première à assurer durablement une voie alpine avec des éléments en fer. Les via ferrata se multiplient jusqu’en 1903 au Grossglockner, au Zugspitze et dans les Pyrénées. Pendant la Première Guerre mondiale, les soldats équipent des passages pour pouvoir faciliter le ravitaillement et les déplacements en montagne. On peut retrouver l’une de ces via ferrata à la Torre di Toblin. Ce genre de voie est généralement répertoriée comme « via ferrata historique » dans les guides de via ferrata.

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