Ardennes Alpes
#226 / 4e trimestre 2025
Quentin Taymans © 2025
édito
Nom prénom © 2025
Joyeux Noël ! À l’heure d’écrire ces quelques lignes, nous nous posons la question de ce que nous pouvons bien offrir à nos proches pour les fêtes de fin d’année qui arrivent à grands pas. Du matériel pour les ami·es grimpeur·euses ? Des vêtements techniques pour les alpinistes ? De bonnes chaussures pour les randonneur·euses ? Avant d’acheter, posons-nous la question : « Ce cadeau est-il vraiment utile ? » Je lisais ce matin un article sur les ravages environnementaux de l’industrie textile. Savez-vous qu’environ 30 % des vêtements produits ne seront jamais vendus ? En l’espace de 20 ans, notre manière de consommer la mode s’est radicalement métamorphosée : nous achetons 60 % de plus de vêtements et nous les gardons deux fois moins longtemps. Et si, au lieu de multiplier les objets, nous choisissions d’offrir du sens ? Voici quelques pistes qui allient montagne, sobriété et générosité. Offrir une expérience plutôt qu’un objet : un bon pour un stage, un cours, une sortie encadrée, une nuitée en refuge… Entretenir ou recycler du matériel : des bons pour des réparations textiles, le ressemelage de chaussons, un entretien de matériel, un atelier de couture… Consommer de manière circulaire : du matériel d’occasion sélectionné (attention à la sécurité), reconditionné, ou encore l’accès à un service de prêt ou de location spécialisé. Soutenir le vivant et la montagne : un don à une association de protection des milieux alpins, une adhésion au CAB, ou l’achat d’un livre d’un·e auteur·rice engagé·e. Offrir du temps et de l’attention : proposer d’accompagner quelqu’un dans ses premiers pas en escalade ou randonnée, partager une journée pour transmettre
« En équilibre sur le fil », Rise & Raise, un voyage sur 82 sommets — Pointe des Vignettes, Suisse, octobre 2025
des compétences, ou juste vivre un moment dehors ensemble. Cela ne coûte rien à celui qui donne, mais cela n’a pas de prix pour celui qui reçoit ! Je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année et une excellente année 2026 pleine de projets, de joies et de partage.
Dans ce numéro : •
Nous revenons sur la toute première journée portes ouvertes de la Belgian Mountaineering Community (BeMC).
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Eva Joskin et Sarah Wauthy nous invitent à réfléchir à la manière de concilier environnement, sport durable et préservation des glaciers, même depuis la Belgique.
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Fanny Pandolfi nous vante les vertus de la délicatesse en montagne.
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Denis Vandersteene nous présente la formation de juge en escalade.
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John de Wasseige grimpe en solo en artif et en libre à Presles et nous transmet ses émotions.
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Lucie Dufays et Noémie Stokart voyagent à travers l’Europe à la rencontre de Celles qui grimpent.
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Matthieu Taymans présente son projet « Rise & Raise », un voyage partagé qui vise à gravir les 82 plus hauts sommets des Alpes, à pied, à ski, en parapente.
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Valentine nous livre une interview de Jérôme Abraham, un grimpeur au palmarès impressionnant.
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Damien Bodson nous présente le nouveau cercle du CAB « Les Montagnards ».
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Antoine Legat nous fait vivre chaque mouvement de la voie « Une Arquée pour le Criquet », au Fournel dans les Écrins, comme si nous y étions.
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Philippe Branckaert nous présente une expédition historique pour le Club Alpin Belge dans un film de 1961. YANN LEFRANÇOIS Président du CAB
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GLACIERS EN PÉRIL
Chiem Seheri
n (Pixabay)
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Comment les glaciers influencent-ils nos vies, même lorsque l’on habite dans un pays qui en est dépourvu ? Comment évoluent-ils à cause du dérèglement climatique ? Et surtout, comment peut-on les protéger ? Ce sont quelquesunes des questions abordées ici.
Sommaire Édito
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Retour sur la journée portes ouvertes de la BeMC
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Glaciers en péril — Sport, climat & avenir de nos montagnes
Fin juillet, nous étions 6 personnes embarquées pour un stage d’initiation à l’alpinisme organisé par le CAB Namur-Luxembourg. À l’image de la célèbre phrase de l’alpiniste Gaston Rébuffat, nous conduisions tous probablement nos corps là où, un jour, nos yeux avaient regardé. Six personnes, mais une seule femme à ma déception. À quand un groupe d’alpinistes au féminin ?
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Alpinisme sous le signe de la délicatesse
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Devenir juge en escalade — Une formation essentielle et accessible
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Artif en Solo dans le Vercors — Trois jours en solo auto-assuré sur les falaises de Presles
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Celles qui grimpent — Un voyage à la rencontre des grimpeuses d’Europe
ARTIF EN SOLO DANS LE VERCORS
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Rise & Raise : un voyage sur 82 sommets
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Au fil des voies L’escalade vue par Jérôme Abraham
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L’ASBL Escalade Les Montagnards intègre le Club Alpin Belge
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Une Arquée pour le Criquet
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LIRE | Voyager en train — Olivier Ciucci, Gwénaëlle Michels et Victor Gérard
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LIRE | Les Alpes et les compositeurs — Dominique Huybrechts
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LIRE | Vous me faites marcher, parcours d’un accompagnateur moyen en montagne — Pascal Conceillon
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Escalades au soleil de minuit Film pionnier d’un périple historique
ALPINISME SOUS LE SIGNE DE LA DÉLICATESSE PAGE 8
Cela faisait un moment que l’idée de faire une grande voie en solo auto-assuré me trottait dans la tête. Les étoiles se sont alignées parfaitement lors du week-end de l’Ascension. Le créneau météo est excellent : grand ciel bleu pendant plusieurs jours, avec une légère probabilité d’orage le samedi soir.
Stokart
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asse John de W
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Noém ie
Fanny Pandol fi © 2025
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CELLES QUI GRIMPENT PAGE 20
Pendant plusieurs mois, à bord de notre van aménagé, nous avons parcouru l’Europe à la rencontre d’autres femmes qui grimpent en falaise. De l’Espagne à la Croatie, en passant par la Grèce et le Monténégro, nous avons documenté nos rencontres à l’aide d’une petite caméra.
Valentine Cornet © 2025
Ardennes & Alpes — n°226
Retour sur la journée portes ouvertes de la BeMC L’ÉQUIPE DU CAB Le 27 septembre dernier, la Belgian Mountaineering Community (BeMC) organisait sa toute première journée portes ouvertes. Celle-ci s’est déroulée à la carrière de Chokier, à Flémalle. L’objectif était de faire découvrir l’alpinisme, ses disciplines et ses techniques à un large public. Plus de 200 participants ont répondu présents !
Une grande première pour la BeMC, orchestrée de main de maître par Simon Lambin, responsable alpinisme du CAB, avec le soutien de l’équipe et de nombreux bénévoles. Ensemble, ils ont aménagé le site pour accueillir un programme varié : ateliers d’escalade sportive et traditionnelle, dry tooling, remontée sur corde, recherche de victimes en avalanche, sauvetage en crevasse et révision des nœuds. Les ateliers ont permis à chacun d’expérimenter les techniques, de poser des questions et de se familiariser avec le matériel. Un grand merci à nos partenaires pour le soutien. Merci à Edelrid pour la mise à disposition de matériel (piolets, crampons, baudriers et chaussons), à Lecomte pour le prêt de chaussures d’alpinisme, ainsi qu’à la Brasserie Elfique pour le ravitaillement tout au long de la journée. Enfin, merci à tous les encadrants bénévoles qui ont animé les ateliers avec passion ! Remontée sur corde — Chokier, Septembre 2025
Parcours de formation et progression Pour accompagner celles et ceux qui veulent gagner en autonomie, les cercles du Club Alpin Belge proposent des formations préparatoires et des stages encadrés par des initiateurs brevetés ou des guides de haute montagne. Ces stages couvrent les techniques de base, l’encordement, le sauvetage en crevasse et la recherche de victimes d’avalanche, et permettent de développer les compétences nécessaires pour évoluer de manière autonome en montagne. Les cercles les plus actifs en alpinisme sont : le CAB Bruxelles-Brabant, le CAB Namur-Luxembourg, le CAB de Liège, le CAB Sérac, Esprit d’Altitude et Évolution Verticale. Toutes ces activités sont à retrouver sur le calendrier du site du CAB (filtre « Alpinisme ») : www.clubalpin.be/calendrier
Devenir Initiateur Alpi Vous êtes autonome en alpinisme et souhaitez transmettre votre passion ? La formation d’initiateur du Club Alpin Belge vous prépare au Brevet Fédéral, qui vous donne l’opportunité d’encadrer bénévolement les stages d’alpinisme des cercles du CAB. Un programme complet pour perfectionner vos techniques et apprendre à mener des groupes en toute sécurité en milieu alpin. Découvrez comment s’est déroulée la session 2025 dans le dernier numéro d’Ardennes & Alpes (n° 225, pages 5-6). Pour en savoir plus sur les activités et formations en alpinisme : www.clubalpin.be/alpinisme page 5
Sport, climat & avenir de nos montagnes EVA JOSKIN (chargée de mission climat chez Canopea) & SARAH WAUTHY (docteure en glaciologie à l’ULB) Canopea, la Fédération des associations environnementales en Wallonie, organisait ce 24 septembre une grande conférence à Bruxelles, en présence de l’ultra-traileur Xavier Thévenard, des glaciologues Sarah Wauthy et Jean-Baptiste Bosson et enfin de l’ingénieur et explorateur Alain Hubert. Le sujet ? Inviter à réfléchir à comment allier environnement, sport durable et préservation des glaciers, pour adapter notre pratique, nos loisirs et préparer un futur plus résilient. Comment les glaciers influencent-ils nos vies, même lorsque l’on habite dans un pays qui en est dépourvu ? Comment évoluent-ils à cause du dérèglement climatique ? Et surtout, comment peut-on les protéger ? Ce sont quelques-unes des questions abordées ici.
Bien plus que des paysages spectaculaires, les glaciers sont les réservoirs d’eau douce de la planète. Ils contiennent près de 70 % de cette ressource vitale. Ils approvisionnent ainsi plus de 2 milliards de personnes dans le monde et sont indispensables pour de nombreux écosystèmes. Ils sont en outre des moteurs socio-économiques et culturels importants. Mais ces colosses jouent aussi un rôle climatique majeur. Ils influencent le cycle de l’eau en la stockant sous forme solide et en la relâchant à mesure de la fonte saisonnière, ils agissent sur la circulation atmosphérique avec leur action refroidissante, et participent au bilan énergétique en renvoyant les rayons du soleil grâce à leur fort albédo. Véritable archive du temps, la glace renferme de l’eau page 6
Glacier du Gorner — Massif du mont Rose, Suisse, Août 2023 Page suivante : Conférence sur les glaciers organisée par Canopea — Bruxelles Septembre, 2024
et des bulles d’air vieilles parfois de milliers d’années : une mémoire précieuse pour comprendre l’évolution du climat et anticiper celle à venir. Aujourd’hui pourtant, à mesure que la Terre se réchauffe, les glaciers reculent. L’altitude du zéro degré grimpe, déstabilisant les sols et augmentant les risques d’éboulements, d’inondations et d’avalanches. Les conséquences sont sociales autant qu’environnementales : ressources en eau menacées, infrastructures et économies fragilisées, écosystèmes perturbés. Symbole de cette évolution, la Mer de Glace en Haute-Savoie a reculé de près de 3 km depuis 1850, dont 850 mètres en seulement trente ans. À l’échelle globale, la tendance est tout aussi alarmante. Entre 2000 et 2023, les glaciers ont perdu jusqu’à 39 % de leur masse dans certaines régions, et environ 5 % au niveau mondial. Ils sont les deuxièmes contributeurs à la hausse du niveau marin global. Les glaciers réagissent lentement aux changements : il leur faut parfois des siècles pour s’ajuster pleinement. Ainsi, si la température mondiale se stabilisait à +1,5 °C par rapport au niveau préindustriel – l’objectif de l’Accord de Paris –, les glaciers perdraient, à terme, 47 % de leur masse, provoquant une élévation du niveau marin d’environ 14 cm. Et chaque dixième de degré supplémentaire entraîne une perte de masse de 2 %. Dans un monde stabilisé à +2,7 °C – température vers laquelle les politiques actuelles nous mènent d’ici 2100 –, la perte de masse atteindrait finalement 76 % et une hausse du niveau marin de 23 cm, soit presque le double qu’à +1.5 °C ! Le constat est clair : l’impact sera global et chaque dixième de degré compte. Préserver les glaciers, c’est maintenir l’équilibre de l’eau, du climat et des vies qui en dépendent. Le temps presse, mais il est encore possible d’agir. Comment agir, justement ? Pour protéger ces géants de glace, ou « sentinelles du climat », comme les appelle la glaciologue française Heïdi Sévestre, il faut se demander comment nous les impactons. Si certains impacts sont très visibles et médiatisés (comme les images de pelle-
Chiem Seherin (Pixabay) © 2023
Glaciers en péril
Ardennes & Alpes — n°226
teuses sur des glaciers pour les préparer à la saison de ski), l’impact majeur est beaucoup plus discret : ce sont les gaz à effet de serre que nous émettons tous les jours qui dérèglent le climat, entraînent une hausse des températures et, in fine, la fonte des glaciers. Loin d’être une fatalité, nous pouvons tous agir, à l’échelle individuelle et à l’échelle collective, pour réduire ces émissions. On sait que l’impact majeur d’un événement sportif est lié au transport. Face à ce constat, des initiatives se mettent en place : le marathon du Mont Blanc privilégie, par exemple, les inscriptions des coureurs et coureuses qui se déplacent en train. C’est le cas de 40 % d’entre eux, ce qui a clairement un impact très positif sur le bilan carbone de l’événement. On peut aussi citer l’initiative Trail by Train Tour, mise en place par Zatopek Event et dont un des parrains n’est autre que Xavier Thévenard. Cette organisation rassemble des épreuves de trails, principalement en Suisse et en France, dont les départs sont accessibles via une gare ou une navette. Privilégier les transports en commun ou le covoiturage est donc une manière très efficace de limiter son impact lorsqu’on aime les montagnes et le sport, d’autant plus quand on habite en Belgique, où aucune montagne ne pointe le bout de son nez. Néanmoins, on s’en doute, le train ne peut pas nous amener à la Diagonale des Fous, au marathon de New York ou en expédition dans l’Himalaya. C’est là que la question devient plus complexe : peut-on se permettre de continuer à encourager et valoriser ces expériences lointaines ? Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les magazines de sport, ces expériences sont vantées comme des « must » pour tout sportif qui se respecte. Dans le monde du trail, le système de points, qui oblige à voyager pour en engranger suffisamment afin de pouvoir s’inscrire à des courses considérées comme prestigieuses, est également problématique. Par définition, les sportifs des montagnes (traileurs, grimpeurs, alpinistes, randonneurs…) sont le plus souvent des amoureux de la nature. Il est pourtant paradoxal de prendre l’avion ou la voiture pour aller observer les merveilles de l’environnement, alors que notre trajet, et même notre présence, contribue à les détériorer. Sans compter que la fonte des glaciers rend les pratiques sportives dans les montagnes de plus en plus dangereuses, comme l’attestent les nombreux accidents chaque été. Il est temps de réagir ! Dans la vie de tous les jours aussi, pas uniquement lors d’événements particuliers, nous pouvons être acteur·trices de ce changement. Mais il s’avère que la majeure partie
Canopea © 2024
Loin d’être une fatalité, nous pouvons tous agir, à l’échelle individuelle et à l’échelle collective, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
des gens évaluent mal les impacts des différents postes d’émissions de nos actions. Trier et recycler nos déchets est, certes, très important, mais c’est loin d’être l’action la plus impactante à réaliser au quotidien. Les secteurs les plus émetteurs sont plutôt à retrouver du côté du transport, de l’alimentation, de l’achat de nouveaux biens ou encore de la consommation d’énergie. Pour mieux comprendre son impact, et comment passer à l’action, il existe de nombreuses ressources qui permettent de calculer son empreinte carbone ou qui fournissent des conseils et des explications. Le site « Neo & Nea »1, par exemple, propose de calculer son empreinte carbone, puis d’explorer de nombreuses pistes d’actions bien expliquées, que ce soit à l’échelle individuelle ou collective. Enfin, les autres impacts, non liés au climat, ne sont pas à minimiser : bruit, dérangement de la faune, production de déchets, piétinement qui détériore le sol et la flore et accentue l’érosion… Les organisateurs d’événements peuvent agir en limitant la taille des événements ou en évitant les gobelets en plastique, par exemple. Les sportifs ont, eux aussi, le devoir de suivre les chemins existants, de respecter les falaises protégées (que ce soit pour éviter le piétinement de la flore ou pour respecter les périodes de nidifications de nombreuses espèces d’oiseaux), ou d’éviter de surconsommer les équipements de sport.
Les glaciers, et les écosystèmes montagnards de manière générale, sont en danger. Que ce soit via nos pratiques de sport, via nos modes de vie, dont nos moyens de transport ou à une échelle plus collective, nous pouvons participer au changement pour protéger cette belle nature qui nous fait vibrer.
EVA JOSKIN & SARAH WAUTHY 1 - https://neoenea.be/fr/lempreinte-carbone/
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Alpinisme sous le signe de la délicatesse FANNY PANDOLFI — Textes & images
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Nous étions prêts à former une cordée, donner notre confiance à notre second et protéger, en retour, celui ou celle qui nous avait offert sa confiance pour quelques jours. Fin juillet, nous étions 6 personnes embarquées pour un stage d’initiation à l’alpinisme organisé par le CAB NamurLuxembourg. À l’image de la célèbre phrase de l’alpiniste Gaston Rébuffat, nous conduisions tous probablement nos corps là où, un jour, nos yeux avaient regardé. Six personnes, mais une seule femme à ma déception. À quand un groupe d’alpinistes au féminin ? Les femmes alpinistes sont encore trop peu nombreuses. Éduquées à éviter les risques, à reculer, à ne pas oser, syndrome de l’imposteur dans les milieux où l’homme domine, nous sommes encore trop peu à oser. Souvent décrites comme trop délicates et émotives pour affronter l’aventure. Sommesnous toutes vraiment si délicates et est-ce que la délicatesse n’était finalement pas un instrument indispensable à l’alpinisme ?
Installés à Bourg d’Oisans, nous avons commencé par une mise en jambe en falaise pour tester la grimpe « en grosses » avec Julien, notre guide et instructeur pour la semaine. Si la grimpe en falaise en chaussons constitue déjà un challenge, la grimpe « en grosses », ne sentant rien au bout des pieds, est encore un autre défi. Au programme, révision des manips et s’exercer à évoluer sur le rocher. Quelle fut notre surprise, suspendus dans le vide sur deux grattons, de sortir de cette dalle, certes facile, mais dont on doutait grandement de pouvoir y faire agripper nos énormes godasses. Patients et délicats, nous commencions à aborder une manière d’être, attentifs et concentrés, pour gagner en autonomie sur de petites courses. Nous avons rejoint le lendemain le glacier de la Girose pour quelques exercices de sécurité, quelques nœuds essentiels, arrêt des chutes, corps mort, mouflage. Nous avons
réajusté les techniques et les erreurs de chacun et chacune, et défini des binômes pour le reste du séjour. Nous étions prêts à former une cordée, donner notre confiance à notre second et protéger, en retour, celui ou celle qui nous avait offert sa confiance pour quelques jours. Après une marche sur glacier en évitant les crevasses, passé le col de la Lauze, nous sommes descendus vers le refuge de la Selle par une longue pente instable, couverte d’une boue noire, collante et parcourue de quelques chutes de pierres. Au programme pour les deux jours sur place : Râteau ou Tête Sud du Replat, puis retour le jour suivant par l’Arête des Lèves-Tard. Ici s’est poursuivi l’apprentissage : choisir une course. Une combinaison entre l’observation du milieu et un sondage de nous-mêmes, de nos envies, de nos capacités et notre forme physique pour faire le choix éclairé de notre course. Le Replat n’étant pas en condition et la forme semblant être suffisante, nous avons décidé de faire l’ascension du Râteau par la voie normale. Un réveil à 4 h du matin dans un épais brouillard ne nous a pas démotivés et nous avons démarré la marche jusqu’au glacier à la lumière de nos frontales, concentrés sur le chemin irrégulier et parfois glissant. Le soleil et les nuages se sont levés doucement au rythme de nos pas. Arrivés au glacier, nous nous sommes encordés pour le traverser jusqu’à la brèche. Nous avons croisé de nombreuses crevasses, la plupart peu ouvertes. Arrivés à la brèche, nous avons remonté un petit couloir d’une cinquantaine de mètres où se trouve un point avec un
Page de gauche : Point de vue entre les nuages sur le Glacier du Grand Sablat — Pic Bayle, juillet 2025 En haut : Devenir autonome en alpinisme, Fanny Pandolfi ressent le manque de présence féminine dans sa cordée d’apprentissage — Glacier de la Girose, juillet 2025 page 9
« La rigidité et la dureté sont les compagnons de la mort. La douceur et la délicatesse sont les compagnons de la vie. » LAO-TSEU
maillon, stratégiquement placé, afin de pouvoir assurer le second. Puis commençait ici le départ de l’arête. Lors de l’approche jusqu’à cette arête, notre manque d’expérience nous coûtait déjà de l’énergie, le temps était clément, mais le froid bien mordant et l’altitude se faisaient déjà sentir. À l’écoute de nos corps et à l’aguet des conditions, nous étions néanmoins toujours confiants et nous avons poursuivi l’ascension. Le lever du soleil sur les montagnes environnantes et le lac en contrebas, un spectacle grandiose, que nous n’avions guère l’habitude de contempler depuis les hauteurs, fit monter en nous un sentiment d’humilité vis-à-vis de notre place ici, en surplomb de cet énorme lac glaciaire. La vue des montagnes renforçait notre motivation et nous avons consciencieusement démarré l’ascension de l’arête. La Meije à notre droite se perdait dans les nuages et le froid s’immisçait entre nos couches malgré les quelques pas d’escalade. À mi-chemin, un de nos compagnons de cordée, déjà un peu malade la veille, commença à sentir ses limites, soufflant de plus en plus avec l’altitude et sentant ses forces décroitre. Prise de décision, il fallait faire demitour. Les cordées restantes se sont accordé un bref aller-retour jusqu’à la pente de neige, laissant derrière elles l’ascension de cette pente pour une prochaine sortie. Nous avons mangé face à la Meije qui se découvrait par instant, parfois piqués par quelques rayons de soleil, puis nous sommes revenus au refuge. La déception de ne pas finir la course était quasiment inexistante face à la conviction d’avoir pris une bonne décision et d’avoir acquis une expérience supplémentaire vers cette autonomie que nous étions venus chercher. Dans nos têtes se bousculaient plein d’idées sur la solidarité dans la cordée,
Julien, notre guide et instructeur, ouvre la voie dans la descente vers le refuge de la Selle. — Col de la Lauze, juillet 2025 Page de droite : Retour au refuge de la Selle par le glacier — Glacier de la Selle, juillet 2025 page 10
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l’auto-évaluation, la prise de décision, le renoncement. Chacun en tirait ses leçons, certain d’avoir acquis dans ce qui pourrait sembler un abandon, un savoir qui nous serait toujours utile. Le lendemain, l’arête des Lèves-Tard, plus facile et déjà plus à l’aise dans nos mouvements suite à l’expérience de la veille, a été une course fluide et plaisante. Malgré l’inexpérience, nous sentions émerger en nous la possibilité d’un accomplissement futur. Nos gestes devenaient moins hésitants, nos pieds plus sûrs, nos décisions plus aiguisées. Concentrés, mais prenant du plaisir, nous sommes arrivés le sourire aux lèvres au Dôme de la Lauze, reconnaissants d’avoir été si bien accompagnés par Julien dans notre apprentissage. Enfin, pour clôturer cette initiation à l’autonomie, nous avons choisi une course moins ambitieuse pour tenter de guider à tour de rôle la sortie et nous exercer à la prise de décision. Le pic Bayle dans le massif des Grandes Rousses fut notre dernier objectif de la semaine, mais aussi une illustration des ravages du changement climatique, de la neige lourde couvrant un glacier parfois nu et fondant au soleil, diminuant drastiquement d’année en année. Le destin s’assurant de ne pas nous donner trop de confiance, nous avons été témoins d’une scène rappelant le danger inévitable de cette pratique. En plus des multiples chutes de pierres que nous avions pu observer, nous avons croisé un guide accompagnant trois novices sur une cordée unique au sommet du pic Bayle. À la redescende, la chute de l’un d’entre eux a
entraîné toute la cordée sur la pente de neige qui, heureusement se finissait à plat sur le glacier, sans grand danger en contrebas. Aucun blessé par chance, malgré la bataille des crampons qui s’étaient entremêlés lors de la chute. Nous avons descendu le pic Bayle à notre tour avec prudence et nous avons rejoint les télécabines au son d’un concert de musique classique qui se déroulait sur la terrasse. Ainsi, la musique clôtura notre dernière sortie.
Malgré l’inexpérience, nous sentions émerger en nous la possibilité d’un accomplissement futur. Nos gestes devenaient moins hésitants, nos pieds plus sûrs, nos décisions plus aiguisées.
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Ci-dessus : Point de vue depuis l’arête des Lèves-Tard — Dôme de la Lauze : arête S (arête des Lèves-Tard), juillet 2025 À droite : Arrivée au sommet du Pic Bayle — juillet 2025
C’est en contant cette brève histoire n’ayant duré que 5 jours que je me rends compte de la force de la délicatesse quand il s’agit de montagne. S’il fallait retenir une seconde citation célèbre, peut-être que l’alpinisme pourrait se penser au travers des mots de Lao-Tseu : « La rigidité et la dureté sont les compagnons de la mort. La douceur et la délicatesse sont les compagnons de la vie. » Je crois que l’alpinisme nous invite à une forme de résistance, de lutte, de compréhension, d’attention aguerrie, d’analyse perspicace, mais la meilleure compagne dont on peut se doter dans cette aventure, en plus de son compagnon (ou sa compagne) de cordée, est sans nul doute la délicatesse. Cette délicatesse qui vous fait sentir le temps, mais aussi votre météo intérieure. Cette délicatesse permettant de parcourir les pierres instables en évitant leurs chutes. Cette délicatesse d’un pied enfermé dans d’énormes chaussures qu’on dépose avec attention sur un centimètre de pierre pour se hisser jusqu’à la prochaine prise. Cette délicatesse d’emprunter les chemins de la montagne tout en restant humblement à son écoute.
Alors, mesdames, laissez-vous accompagner par vos doutes et votre délicatesse et osez ! Vous avez tous les atouts pour devenir des alpinistes !
FANNY PANDOLFI page 12
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Valentine Cornet © 2025
Devenir juge en escalade Une formation essentielle et accessible Texte basé sur les informations et témoignages de DENIS VANDERSTEENE Le 7 septembre dernier, Denis Vandersteene, en mission pour la CMBel, organisait une formation pour devenir juge lors de compétitions nationales de bloc. Celle-ci s’est déroulée à la salle d’escalade L’Éléphant, à Liège, en présence d’une douzaine de participants. Dans cet article, il nous en dit plus sur cette formation et sur son importance pour garantir le bon déroulement des compétitions.
Comme l’explique Denis, « la formation de juge national est indispensable pour former des juges compétents, connaissant toutes les règles et surtout les subtilités de celles-ci, afin de garantir que les compétitions se passent de manière équitable pour tout le monde ». Deux formations distinctes existent : l’une pour les juges en Boulder, l’autre pour les juges en Lead. Elles abordent le rôle du juge, les différents formats de compétition et les règles en vigueur, à travers des illustrations concrètes, photos et vidéos à l’appui. La formation se clôture par une mise en pratique : les participants visionnent des vidéos d’athlètes et attribuent des scores, comme lors d’une vraie compétition. « La session à Liège était très interactive, avec beaucoup d’échanges et de discussions, ce qui est très motivant », explique Denis. « J’ai eu la chance d’avoir Loïc Pirotte, ouvreur CMBel, parmi les participants. Il a pu compléter mes explications avec un point de vue différent et répondre aux questions plus spécifiques à l’ouverture. »
Belgian Boulder Championship — Arkose Canal, février, 2025
Témoignage d'un participant : Jose Herrera Pour moi, cette formation a été une super expérience ! J’y ai découvert tout ce qu’il y a « derrière » une compétition, ce qu’on ne voit pas forcément quand on est grimpeur ou spectateur. J’ai appris à quel point le rôle du juge est essentiel pour que tout se passe dans de bonnes conditions. Et puis, c’était vraiment chouette de rencontrer d’autres passionnés d’escalade, de partager nos expériences et de voir qu’on a tous la même envie de faire avancer le sport. Ce qui m’attire dans cette formation, c’est de pouvoir contribuer à ma manière à l’escalade de compétition. Être juge, c’est avoir un autre regard sur le sport : on est au cœur de l’action, mais avec une mission de neutralité et de précision. J’aime cette idée d’aider à garantir l’équité, de faire en sorte que chaque grimpeur soit jugé de la même manière. Et puis c’est aussi une belle opportunité de rester proche du milieu, d’apprendre encore, et de participer à l’ambiance des compétitions autrement. Franchement, j’en garde un super souvenir. L’ambiance était détendue, bienveillante, et en même temps très pro. On était un groupe mixte très riche, j’ai bien aimé que, dans le groupe, il y avait un setter des compétitions pour donner son point de vue. Le formateur était vraiment à l’écoute, toujours prêt à répondre aux questions ou à partager des anecdotes concrètes. J’ai aussi beaucoup apprécié les échanges entre participants – il y avait un vrai esprit d’équipe. On sentait que tout le monde était là par passion. Ça m’a donné envie de continuer à m’impliquer dans de prochaines formations et à juger sur des compétitions à venir.
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Devenir juge : un engagement utile et formateur
Ce qui m’attire dans cette formation, c’est de pouvoir contribuer à ma manière à l’escalade de compétition.
Depuis 2025, chaque équipe de compétition, dont les athlètes participent à une épreuve nationale, doit fournir un ou plusieurs juges selon le nombre d’athlètes inscrits. Cette règle incite les équipes et cercles à organiser leurs propres formations, afin d’avoir des juges qualifiés et disponibles. Denis en a déjà animé plusieurs : en mars à Arlon (salle L’Escale) et en septembre à Liège (L’Éléphant). « Certains des participants à la formation de Liège ont déjà fait leur premier stage lors de la Coupe de bloc jeunes à Hall 9 en octobre », raconte Denis. « C’est très gratifiant de les voir mettre en pratique tout ce qu’ils ont appris. »
Envie de devenir juge ? Du statut de juge régional à celui de juge national À l’issue de la formation, les participants deviennent juges régionaux en bloc. Pour obtenir la qualification de juge national CMBel, il leur reste à juger deux compétitions comme aspirants, avant une auto-évaluation et une validation par les présidents de jury. Une fois la qualification obtenue, il faut continuer à exercer en tant que juge au moins une fois par an et participer aux séminaires de formation continue, afin de rester au courant des évolutions du règlement et des pratiques. Le parcours complet est détaillé sur le site du CMBel
La formation, gratuite pour les participants, se déroule sur une journée et peut être donnée en français, néerlandais ou anglais. De nouvelles sessions seront organisées selon la demande des cercles. Deux prochaines formations sont déjà prévues à l’agenda : •
National Judge Lead : 10 janvier 2026, Klimzaal Banzaï, Alost
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National Judge Boulder : 25 janvier 2026, Le camp de base, Ixelles
C’est une occasion unique de vivre les compétitions de l’intérieur et de comprendre le sport sous un autre angle. Les cercles qui souhaitent organiser une formation, ou toute personne désirant en savoir plus sur les formations de juges, peuvent contacter la fédération à judges@cmbel.be. VALENTINE CORNET Responsable communication du CAB
Témoignage d'une participante : Mélissande Boyer
Les participants à la formation étaient tous et toutes là pour différentes raisons avec des parcours et une expérience de la grimpe également différents. Les échanges en ont été d’autant plus riches.
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Thibaut Debelle © 2025
Quand je me suis inscrite à la formation, je l’ai pris comme un moyen d’intégrer la communauté des grimpeurs de Belgique (j’ai fait la formation de juge en Lead en Flandres et la formation de juge en Boulder à Liège). Je regardais déjà les retransmissions de compétitions internationales et je trouve la grimpe féminine émergente fascinante. La formation m’a permis de mieux apprécier les performances des athlètes et de découvrir la communauté des passionnés d’escalade, qui est bien différente parfois de la population qui fréquente les salles de bloc ponctuellement.
Belgian Boulder Championship — Arkose Canal, février, 2025
Ardennes & Alpes — n°226
Artif en Solo dans le Vercors Trois jours en auto-assuré sur les falaises de Presles JOHN DE WASSEIGE — Texte & images Cela faisait un moment que l’idée de faire une grande voie en solo auto-assuré me trottait dans la tête. Les étoiles se sont alignées parfaitement lors du week-end de l’Ascension et le créneau météo est excellent : grand ciel bleu pendant plusieurs jours.
Ces derniers temps, je m’étais plongé dans des livres passionnants de grimpeurs et d’alpinistes, tels que Jim Bridwell, Walter Bonatti et Christophe Moulin, qui ont tous fait des solos monumentaux. L’idée derrière ces ascensions me fascine et m’inspire : me retrouver seul face à une paroi, sans personne pour contrôler ce que je fais ni pour m’aider à prendre une décision ou trouver le bon itinéraire.
L’objectif Le choix du lieu pour cette ascension solo se porte sur les falaises de Presles, à l’Ouest dans le Vercors. J’avais découvert cet endroit magique exactement un an auparavant. Et quel endroit ! L’idée est de partir dans une voie qui mêle à la fois escalade libre et artificielle (qui consiste à s’aider de protections en place ou à en poser pour avancer, souvent dans des endroits trop difficiles pour grimper). La grande voie du « Pilier du Souvenir » dans le secteur Chrysanthèmes convient parfaitement. Le topo annonce une belle voie d’époque de 250 m, peu parcourue, avec un équipement vieillissant et beaucoup d’ambiance ! La voie se grimpe généralement en deux jours avec, en prime, un magnifique spot de bivouac sur une vire au milieu de la voie.
Mercredi soir Remontée sur corde (L8) — Mai, 2025
Départ de Paris : je passe prendre du matos chez mon pote Louis et me voilà ensuite dans un train en direction de Grenoble. C’est toujours un moment particulier de se page 15
Si on tombe un peu trop violemment sur un de ces vieux points, les suivants lâcheront sûrement aussi.... retrouver dans une gare de Paris, bondée de monde, pour ensuite prendre un train qui mène vers un endroit bien plus calme et isolé. Arrivé à Grenoble, je loue une petite voiture pour aller vers Presles. Je m’arrête en chemin pour dormir sous le préau d’une aire de repos non loin des falaises.
Jeudi matin La journée commence par une première approche jusqu’au pied de la voie, chargé comme une mule avec les deux cordes et le matos d’artif. Le programme d’aujourd’hui consiste à « fixer » les deux premières longueurs de la voie, c’est-à-dire les grimper puis laisser les cordes en place, attachées aux relais, pour pouvoir gagner du temps le lendemain en ne devant « plus que » remonter sur les cordes.
Départ de la voie du Pilier du Souvenir
Heureusement, il y a de temps en temps des goujons plus solides et larges qui rassurent.
Le début de la voie est évident : une vieille série de plaquettes très rouillées dans un mur déversant. Je comprends directement pourquoi les récits parlent de « déboutonnage ». Si on tombe un peu trop violemment sur un de ces vieux points, les suivants lâcheront sûrement aussi. Heureusement, il y a de temps en temps des goujons plus solides et larges qui rassurent. Après avoir fixé les deux premières longueurs pour le lendemain, je fais un autre aller-retour au parking pour chercher le matériel de bivouac, la nourriture et l’eau pour les deux jours suivants. Je prends 10 L d’eau : 2 L pour le premier soir et le lendemain matin, ainsi que 4 L par jour sur la paroi. Je m’endors à la belle étoile au pied de la paroi, excité par l’aventure à venir.
Vendredi matin Le soleil pointe le bout de son nez assez tôt au-dessus des parois à l’Est, et m’arrive littéralement en pleine figure. Heureusement, mon cache-œil me permet de dormir un peu plus tard. J’attache le sac à la corde de hissage et je commence à grimper les deux longueurs que j’avais fixées la veille. C’est particulier de réaliser que je ne remettrai plus les pieds sur le plancher des vaches pendant les deux jours à venir.
Progression sur les étriers en artif
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Mes gestes pour la grimpe artif deviennent automatiques. J’attache le bout de la corde au relais auquel je suis. Je tends mon bras pour placer le point suivant le plus haut possible avec une dégaine ou un coinceur. J’y attache un étrier. Je teste ce nouveau point avec un bon coup de pied vers le bas sur l’étrier. S’il tient, je monte sur l’étrier et rejoins ensuite ce nouveau point avec une longe réglable. Une fois arrivé au relais, j’y fixe le bout de la corde d’assurage ainsi que la corde du sac de hissage.
qui m’assurait. Dès que c’est fait, je remonte la corde à la jumar (poignée qui permet de remonter le long d’une corde fixe en ne coulissant que dans un seul sens) avec le sac de hissage pendu dans le vide à mes côtés.
Une fois que je suis bien attaché au nouveau relais, je dois redescendre au relais d’en bas pour détacher la corde
La longueur se termine par une magnifique traversée aérienne vers la gauche, avec 120 m de vide sous mes pieds. Quelle ambiance !
Ça me prend donc énormément de temps et je dois sans cesse rester très attentif pour que les cordes ne s’emmêlent pas et que je sois toujours correctement assuré.
La dernière longueur avant la vire intermédiaire (où je dormirai) peut se grimper en libre pour gagner du temps. J’enfile mes chaussons de grimpe et m’engage dans une fissure où les coinceurs se placent bien, c’est rassurant. La longueur se termine par une magnifique traversée aérienne vers la gauche, avec 120 m de vide sous mes pieds. Quelle ambiance ! Quelques pas plus tard, me voilà enfin arrivé à la vire, qui consiste en une bande large d’environ 50 cm à 1 m, comme creusée dans la roche au milieu de la falaise.
À gauche : Le sac de hissage sous un dévers (L5) Ci-dessous : Traversée aérienne (L5)
Je remarque que je suis déjà bien déshydraté et que je n’ai pas assez bu pendant la journée. Je m’empresse donc de boire un litre d’eau. Mon spot de bivouac pour la nuit est 5 étoiles, plein Est. Il n’y a que quelques centimètres qui me séparent du vide. Le repas lyophilisé est délicieux, le coucher du soleil est magique, je reste accroché à ma corde dans mon sac de couchage, je suis épuisé, seul au monde, c’est merveilleux.
Samedi matin Réveil avec un ciel rougeâtre, quel spectacle magnifique. Pour le petit déjeuner, ça sera le classique porridge, eau et café. J’ai réalisé hier que les six dernières longueurs de la voie que je comptais grimper me prendraient sûrement plus de temps que prévu. Puisqu’il n’y a pas d’autre vire plus haute pour passer une seconde nuit sur la falaise, je dois changer mon plan initial et voir si je peux atteindre le sommet ce soir par une autre voie plus rapide.
Vue de la falaise et du tracé page 18
Après réflexion sur les possibles alternatives, je décide de traverser la vire sur laquelle j’ai dormi sur environ 100 m vers l’Ouest pour tenter de rejoindre la voie appelée « Chrysanthèmes ». Cette voie se grimpe en escalade libre (et non en artif), donc c’est plus rapide.
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Après trois heures d’allers-retours interminables, j’aperçois enfin la voie que je veux grimper. Il est midi et je suis déjà fatigué... Il ne me restera alors que quatre longueurs à grimper pour arriver au sommet. Assez vite, je passe à l’attaque. C’est assez complexe de parcourir cette vire sur une si longue distance, car je dois d’une part faire en sorte de toujours bien m’assurer en attachant la corde aux spits (points d’ancrage déjà forés dans la paroi) ou aux coinceurs que je place, et d’autre part, je dois emmener mon gros sac de hissage avec moi tout au long de la traversée, m’obligeant à faire plusieurs allers-retours, parfois en rampant, sur cette vire étroite. Après trois heures d’allers-retours interminables, j’aperçois enfin la voie que je veux grimper. Il est midi et je suis déjà fatigué par cette traversée que j’imaginais bien plus courte.
À gauche : Bivouac au réveil sur la vire intermédiaire Ci-dessous : Vire intermédiaire au coucher du soleil
J’enfile mes chaussons et entame la première longueur. C’est la plus difficile, donc ça me permettra d’évaluer si c’est faisable d’atteindre le sommet avant ce soir ou si je dois plutôt descendre en rappel. Soulagement, la première longueur se passe bien. J’y arriverai donc. Je continue à avancer sur les prochaines longueurs. Le rocher est bon et les passages d’escalade sont beaux. Cependant, je réalise à un moment qu’il ne me reste plus que 500 ml d’eau pour quatre heures de grimpe sous un soleil tapant. Il y a donc un vrai risque de déshydratation et je suis déjà assoiffé. Je décide d’ajouter un café soluble dans l’eau qu’il me reste pour me donner un peu d’énergie et surtout pour le mauvais goût, qui m’empêche de vider ma dernière réserve d’eau d’une traite ! Cette technique aura finalement bien fonctionné !
En fin de journée, après plus de 10 heures d’effort intense, me voilà enfin au sommet, dominant les 250 mètres de paroi sous mes pieds. Il est 19 h, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, je contemple la vue : soulagé d’avoir fini avant la tombée de la nuit, fatigué par l’effort mental et physique des trois jours précédents, et surtout émerveillé par ce que je viens de vivre !
JOHN DE WASSEIGE
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Celles Un voyage à la rencontre des grimpeuses d’Europe
LUCIE DUFAYS & NOÉMIE STOKART Texte & images
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qui
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grimpent Pendant plusieurs mois, à bord de notre van aménagé, nous avons parcouru l’Europe à la rencontre d’autres femmes qui grimpent en falaise. De l’Espagne à la Croatie, en passant par la Grèce et le Monténégro, nous avons documenté nos rencontres à l’aide d’une petite caméra. Dans les lignes qui suivent, vous trouverez quelques bribes de notre vie sur la route et de la création de ce projet de film. page 21
P
ar une après-midi pluvieuse, sur un coup de tête, nous faisons l’acquisition de celle qui deviendra notre petite maison sur roue. Elle est italienne, elle est belle, nous la baptisons donc Carlotta. Déjà, l’aventure commence : il s’agit de l’aménager de A à Z afin de la rendre confortable, à petit prix, pour un long voyage. Quelques centaines d’heures de bricolage plus tard et autant de cheveux blancs, nous fuyons la grisaille belge et mettons le cap vers le Sud. Notre objectif : suivre le soleil, à commencer par l’Espagne. Nous irons ensuite en Italie du Sud et en Grèce, puis remonterons la côte Adriatique jusqu’en Slovénie avant de passer quelque temps en France. Au début de notre voyage, nous avions déjà une certaine expérience de l’escalade en falaise, mais avions l’habitude de grimper avec des amies plus expérimentées. Ici, à deux, nous nous apprêtons à découvrir les joies et les défis de devoir tout assumer seules : trouver les secteurs, choisir nos voies et assumer nos choix, quitte à accepter de devoir faire une réchap’ de temps en temps. N’ayant pas un niveau très élevé, nous nous demandions s’il allait être facile de trouver des secteurs avec beaucoup de voies dans le sixième degré. À cet égard, nous voilà vite rassurées : les falaises espagnoles offrent un choix immense de secteurs bien équipés. Nous sommes émerveillées par le caillou flamboyant de Guadalest, les journées de grimpe à Alfacar sous le soleil hivernal de Grenade suivies de soirées tapas et flamenco, Barranco de Cacin et sa belle marche d’approche au milieu des herbes aromatiques. C’est un vrai plaisir de découvrir qu’il n’est pas nécessaire d’être super fortes pour trouver notre bonheur, d’autant que jour après jour, loin du stress de la vie urbaine et professionnelle, nos corps se tonifient, nos esprits s’apaisent et nous osons petit à petit dépasser notre peur de la chute.
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Nous fuyons la grisaille belge et mettons le cap vers le Sud. Notre objectif : suivre le soleil. En ce début de voyage germe d’ailleurs une idée, qui s’est faite de plus en plus tenace : l’envie de profiter de ces mois d’aventure pour aller à la rencontre d’autres femmes qui font de l’escalade ou de la montagne. C’est vrai que la place des femmes et des autres minorités de genre dans nos sports est un sujet qui nous intéresse et nous interpelle depuis longtemps. Si l’escalade devient de plus en plus mixte en salle, on constate tout de même que les traitements sexistes et les stéréotypes de genre ont la vie dure et que les grimpeuses restent moins représentées dans les médias et les films d’aventure. Elles sont, d’ailleurs, toujours minoritaires lorsqu’il s’agit de grimper à l’extérieur1. Pourtant, les pionnières existent et pas uniquement dans le haut niveau et la compétition : à travers l’Europe, on les trouve sur des falaises locales, accoudées à un bar de grimpeur·euses ou en train de s’initier mutuellement en montagne. Nous voulions entendre leurs récits, leurs motivations, leurs défis, l’importance que joue l’escalade dans leur vie. Comprendre ce que ça change, d’être une femme dans nos communautés. Et puis comprendre en quoi nos pratiques sportives peuvent être émancipatrices. 1 - Selon une étude de Media Filiere pour le compte de la FFME, 2024 : « L’observatoire de l’escalade ». Ainsi, parmi les grimpeur·euses qui ont déjà été grimper à l’extérieur, 70 % sont des hommes et 30 % des femmes.
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Si l’escalade devient de plus en plus mixte en salle, on constate tout de même que les traitements sexistes et les stéréotypes de genre ont la vie dure et que les grimpeuses restent moins représentées dans les médias et les films d’aventure.
Petit à petit, l’idée fait son chemin et, un soir, autour d’un Tinto de verano, nous nous promettons de provoquer ces rencontres et d’en faire un film. Une décision audacieuse étant donné que nous n’avons ni l’une, ni l’autre, d’expérience en audiovisuel. Alors, tandis que nous remontons la côte est, nous nous arrêtons à Valence pour faire l’acquisition d’une petite caméra, d’un micro et d’un trépied. La machine est lancée.
A
près une nuit mouvementée passée à même le sol d’un ferry bas de gamme, nous débarquons sur le territoire sarde sous un soleil radieux. En arrivant à Cala Gonone, nous sommes tout de suite séduites par la région. Ce croissant bleu, situé sur la côte sud-est de la Sardaigne, regorge de criques, de plages de galets et de grottes marines, le tout surplombé par un parc national montagneux. Une combinaison gagnante. Au programme de ces quelques jours paradisiaques : yoga sur la plage, baignades matinales, escalade aventureuse dans les grottes spectaculaires de Cala Fuili et Bidiriscottai, rando jusqu’à la petite plage de Cala Luna et heureuse découverte de la gastronomie sarde. De plus, la basse saison nous permet de garer le van en bord de mer, toutes seules, là où le camping est interdit à d’autres périodes de l’année. Un soir, un autre van se joint à nous. Sa propriétaire, Kerstin, voyage toute seule en Europe depuis quelques semaines. Amoureuse de nature, elle revient d’un festival de slackline et pratique aussi l’escalade. Le courant passe bien et très vite, on se retrouve à partager un café et des pancakes. Tout naturellement, la conversation dérive sur le fait d’être une voyageuse solitaire, le féminisme au cœur de nos pratiques sportives, la difficulté de s’initier à certaines pratiques lorsqu’on ne connait personne… On se jette un regard en coin avec Nono, avant de lui demander timidement si elle accepterait d’être interviewée pour notre film. Pas facile de s’improviser réalisatrices, mais Kerstin est la personne parfaite pour nos premières tentatives et ses encouragements achèvent de nous donner la confiance nécessaire pour croire en notre projet. Suite à cette première rencontre, nous nous mettons activement à la recherche de contacts pour maximiser nos chances de rencontrer des grimpeuses locales. Nous
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contactons donc par email un guide de montagne en lui expliquant notre projet. Sa réponse : « Frankie is the woman you need to meet ». Sus donc à Ulassai, un petit village encerclé de falaises situé à quelques dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres. Ici, les journées sont rythmées par le tintement des cloches des vaches et des chèvres qui paissent alentour. Les voies sont longues, verticales, techniques, et l’équipement est rapproché, tout ce qu’il nous faut pour oser aller titiller des voies dans nos niveaux maximums. Nous avions prévu d’y passer seulement quelques jours, mais, happées par nos rencontres et la qualité du caillou, notre séjour s’est quelque peu prolongé. La fameuse Frankie nous a accueillies chaleureusement et nous a présenté plusieurs personnes qui se sont installées ici il y a quelques années. Elles ont contribué à l’essor des falaises et de la vie locale elle-même, en équipant à tour de bras des centaines de voies et en ouvrant Nannai, un climbing hostel, contribuant à l’émergence d’une chouette communauté où personnalités locales et nouvelles têtes se mélangent. C’est avec plaisir que nous nous laissons conseiller sur les secteurs à visiter, certains n’apparaissant même pas encore dans le topo. Nous restons marquées par la rencontre avec ce groupe d’amies très soudées, la chaleur de leur accueil, les belles batailles menées sur le rocher dans leurs projets respectifs, et nos échanges sur la puissance de l’escalade comme vecteur d’empouvoirement. De notre côté, être entourées de ces modèles inspirants nous donne de plus en plus confiance en nous et le plaisir vertical s’en retrouve décuplé. Nous quittons Ulassai en nous promettant d’y revenir au plus vite. page 24
C
ela fait maintenant trois mois que nous explorons la Grèce et l’on s’y sent comme à la maison. Les pieds dans l’eau, nous admirons le coucher du soleil en silence. À nos côtés trônent nos palmes, masques et tubas. Devant nous, l’une de ces petites criques confidentielles dont la Méditerranée a le secret, grouillant de poissons colorés et de poulpes curieux. Derrière nous, les falaises sur lesquelles nous avons grimpé toute la journée. Comment raconter les journées qui semblent ne jamais vouloir se terminer ? La magie des rencontres et la gentillesse des habitant·es malgré la barrière de la langue ? A l’heure de commencer notre remontée vers le nord, nous sentons poindre une pointe de nostalgie en repensant à toutes les aventures vécues ici : le Menalon trail, rando itinérante de 5 jours à travers les villages de montagne d’Arcadie, qui nous aura laissé un petit trauma lié à des chiens de berger déchaînés ; le Magne sauvage et ses côtes déchirées ; le snorkeling dans les eaux translucides de la presqu’île de Lefkada ; l’ascension du Mont Olympe (sur un coup de tête) qui finit en passage alpin assez vertigineux… Et les falaises, partout. Non sans émotion, c’est dans les Météores, lieu mythique de l’escalade, que nous avons fait nos toutes premières grandes voies, veillées par les monastères perchés qui semblent vouloir se rapprocher des Dieux. Et puis, bien sûr, nous avons découvert Leonidio, le paradis des grimpeur·euses. À peine arrivées, nous recevons un message de Daphné, une Française en vacances qui avait vu notre message sur un groupe Facebook et qui est intéressée par notre projet. On se rencontre pour l’interviewer, et puisque le courant passe super bien, on finit par passer pas mal de temps ensemble en écumant tavernes et falaises, tandis qu’elle repousse à plusieurs reprises la
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Nous avons rendez-vous avec Katarina [...]. Malgré nos différences culturelles, on se découvre vite pas mal de points communs, et la conversation évolue naturellement du développement de l’escalade féminine, pour laquelle elle est très active, à ses rêves de voyages et d’autres sujets plus intimes. date de son départ. Entre deux caffe freddo, elle nous motive à travailler une voie dans notre niveau max, et même à laisser les paires dedans, ce qu’on ne fait d’ordinaire jamais. Grâce à ses encouragements et sa motivation contagieuse, nous finirons chacune par enchaîner notre plus haut niveau de tout le voyage. Nous y rencontrons également Magali et Prune, deux cyclovoyageuses passionnées de montagne et de spéléo, qui nous font rêver avec leurs péripéties de voyage et avec qui nous aurons de belles discussions sur l’autonomie et la place des femmes dans les sports de montagne. Grâce à leurs conseils, nous osons nous lancer dans une grande voie au-dessus du village : Mignonette, 7 longueurs en 5c max, une vue imprenable sur Leonidio et la mer, et la confirmation pour Lucie qu’à choisir, elle préfère décidément l’aventure plutôt que la couenne.
À droite : Interview de Bea au pied des voies — Ulassai, Sardaigne À gauche : Ilaria, une grimpeuse rencontrée à Ulassai — Ulassai, Sardaigne
L
a canicule nous poussant toujours plus vers le nord, nous ne nous attardons pas en Albanie et arrivons rapidement au Monténégro. Sa capitale, Podgorica, n’est vraiment pas une étape touristique incontournable, mais nous avions une très bonne raison d’y aller : nous avions rendez-vous avec Katarina, contactée via le tout petit club d’escalade national. Nous nous retrouvons autour d’une bière et il ne faut pas 5 minutes pour qu’on devienne copines. Il faut dire que, malgré nos différences culturelles, on se découvre vite pas mal de points communs, et la conversation évolue naturellement du développement de l’escalade féminine, pour laquelle elle est très active, à ses rêves de voyages et d’autres sujets plus intimes. Cette rencontre dépasse complètement nos attentes ! Katarina est hilarante et déborde d’énergie. Elle nous invite d’ailleurs à la rejoindre le lendemain à la falaise. Nous y retrouvons une belle bande de grimpeuses, débutantes pour la plupart. Nous comprenons petit à petit que Kat joue un rôle fédérateur dans cette petite communauté et qu’elle motive et initie beaucoup de monde. La grimpe se poursuit jusqu’au coucher du soleil, après quoi nous allons boire des verres à Podgorica. Entre deux bonnes tranches de rire, on en apprend plus sur la situation socio-économique du pays. Les filles nous expliquent que le salaire minimum est très bas malgré un coût de la vie proportionnellement élevé et qu’il y a globalement peu d’opportunités d’emploi en dehors page 25
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En haut : Nono en plein tournage — Sicile à Canicattini Bagni, Italie À gauche : Lucie au sommet de l’Olympe — Mont Olympe, Grèce À droite : Carlotta se fait des copines — Durmitor national parc, Monténégro
Ensemble, nous nous lançons dans une jolie petite grande voie qui nous fait découvrir le style chamoniard tout en dalles, fissures et dièdres. Un bel échauffement pour ce qui attend Lucie cette semaine. du service public. Beaucoup rêvent d’une expérience à l’étranger ou de monter leur propre entreprise, comme Katarina, qui espère un jour ouvrir sa salle d’escalade. À travers leurs histoires, nous nous rappelons à quel point nous avons de la chance de vivre dans un pays membre de l’UE, avec une bonne sécurité sociale, et d’avoir un passeport qui nous permet de voyager à peu près partout.
A
près une traversée express de l’Italie du Nord, nous voilà arrivées à Chamonix, le berceau de l’alpinisme. C’est si beau et tellement magique d’être entourées de tous ces sommets et glaciers mythiques dont il nous reste à apprendre le nom. Et comme c’est étrange d’entendre à nouveau parler français ! On s’installe au magnifique camping du glacier d’Argentière où nous retrouvons deux ami·es belges, dans le coin pour quelques jours. Ensemble, nous nous lançons dans une jolie petite grande voie qui nous fait découvrir le style chamoniard tout en dalles, fissures et dièdres. Un bel échauffement pour ce qui attend Lucie cette semaine. Cette dernière s’apprête en effet à réaliser un rêve : s’initier à l’alpinisme, en l’occurrence au sein d’un groupe 100 % féminin. Nono, quant à elle, s’est lancée le défi de faire une randonnée page 27
À deux pas d’un bivouac de choix près de Škrčko Lake — Durmitor, Monténégro
Ensemble, nous prenons le temps de faire le point sur nos progrès, nos découvertes, nos envies pour le futur. Enfin, un peu à reculons, l’heure est venue de prendre le chemin du retour. par jour, seule, avec des dénivelés dont elle ne se pensait pas capable. L’occasion de découvrir encore de nouvelles pratiques et de continuer à repousser nos limites, pour une fois chacune de notre côté.
A
près des mois sur la route, nous bouclons la boucle en retrouvant nos copines à Orpierre, pour nos traditionnelles vacances estivales. C’est avec elles que nous avons petit à petit allié escalade et réflexions féministes et elles nous avaient bien manqué. Nos retrouvailles sont chargées de la force de toutes les grimpeuses que l’on a rencontrées. À notre tour, nous avons pu initier nos amies aux grandes voies et ainsi perpétuer la chaîne de transmission. Ensemble, nous prenons le temps de faire le point sur nos progrès, nos découvertes, nos envies pour le futur. Enfin, un peu à reculons, l’heure est venue de prendre le chemin du retour.
Mais le retour en Belgique ne signe pas la fin de l’aventure: nous rentrons avec des heures de rush dans nos bagages et les récits inspirants d’aventure, de sororité et de quête d’autonomie, glanés auprès de celles qui grimpent. Ces récits n’attendent plus qu’à être partagés. Notre film documentaire «Celles qui grimpent» sortira au printemps 2026. Vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux pour rester au courant! @cellesquigrimpent Nous remercions chaleureusement le CAB, le CAB Brabant et le Camp de base pour leur soutien précieux.
LUCIE DUFAYS & NOÉMIE STOKART page 28
Goef et Matt au sommet du Piz Bernina — Piz Bernina, Suisse, août 2025
MATTHIEU TAYMANS J’avais un an lorsque j’ai vu la montagne pour la première fois, porté par mon père sur les sentiers du Valais suisse. Chaque année, j’attendais impatiemment ces moments où nous la retrouverions. Des randonnées dans les alpages, je me suis mis à rêver des cimes et, petit à petit, à m’y aventurer découvrant, fasciné, la haute montagne.
J’ai vite eu envie de partager cet émerveillement avec d’autres et j’ai rapidement emmené frères, sœurs, amis et amies à m’accompagner dans ces aventures alpines. La montagne était devenue à l’instar de la nature, mon maître, mon élément et le lieu privilégié où je pouvais être en harmonie et me relier au monde de manière pure et authentique. page 30
Après mes études de bio-ingénieur, j’ai beaucoup voyagé, travaillant sur différents projets à portée environnementale dans différents coins du monde et je me suis intéressé de près au rapport que l’humain entretient avec la nature. J’ai questionné notre place dans ses équilibres et l’importance de faire évoluer notre conscience individuelle et collective pour créer plus d’harmonie dans notre monde. J’ai compris à travers ce voyage que la joie est un merveilleux guide et, qu’en la suivant, je me rapproche de ce qui est juste et du lieu où je peux au mieux rayonner dans le monde. C’est dans cette dynamique qu’est né mon projet Rise & Raise – A 82 summits journey, qui a débuté en juin 2025. Il s’agit d’un voyage partagé visant à gravir les 82 plus hauts sommets des Alpes, à pied, à ski, en parapente. J’y invite des ami·es passionné·es, des professionnel·es, des dirigeant·es d’entreprise et des aventurier·ères en devenir, à partager la force de l’aventure, la joie de l’exploration et le pouvoir de la découverte. Au-delà des cimes, c’est un voyage d’élévation mutuelle : un espace de croissance et de connexion avec soi, avec l’autre et avec la nature.
Simon Maurissen © 2025
Rise & Raise : un voyage sur 82 sommets
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J’ai compris à travers ce voyage que la joie est un merveilleux guide et, qu’en la suivant, je me rapproche de ce qui est juste et du lieu où je peux au mieux rayonner dans le monde.
Pour certain·es, c’était une première, pour d’autres, alpinistes plus aguerri·es, des beaux moments partagés et l’occasion d’apprendre encore un peu de la montagne. Pour tous, c’est une invitation à revenir transformé·e et à incarner une présence plus authentique et plus inspirante dans le monde. Aujourd’hui, le projet continue, avec de nouveaux sommets en vue d’ici la fin de l’année en conditions hivernales et dès le printemps pour retrouver des conditions plus sèches. Il continue également avec le souhait de transmettre et d’amplifier davantage les messages que la nature et la montagne nous envoient. Pour cela, je mets sur pied un programme pour aider les individus, les entreprises et les organisations à grandir en conscience en bénéficiant de la nature pour se reconnecter à soi, aux autres et aux cycles naturels à travers des ateliers en montagne ou dans la nature.
Quand le soleil joue avec les nuages — Dent Blanche, Suisse, juillet 2025
Matthieu Taymans © 2025
Cet été, nous avons ainsi gravi 25 sommets de plus de 4 000 m dans les Alpes, représentant des niveaux de difficulté variés selon l’expérience et l’assurance des cordées. Parmi eux, on se souviendra notamment du beau granit des aiguilles du diable, du rocher pourri de l’arête de Ferpècle à la Dent Blanche, des embouteillages de la Dent du Géant et de la magie du Piz Bernina sans parler de l’Aiguille de Bionnassay et d’un décollage matinal du Dôme du Goûter. Nous avons partagé des bivouacs insolites, assisté à des spectacles grandioses, escaladé du bon
et du moins bon rocher, zigzagué entre les crevasses et prié sous les séracs. Nous avons partagé des moments de joie et d’effort intense, nous avons ri, chanté, soufflé, pleuré, nous avons été fiers de nous, nous avons eu peur parfois et à travers les cordes qui nous reliaient, nous avons tissé des liens uniques.
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[...] Je souhaite soutenir l’émergence de nouveaux paradigmes sociétaux fondés sur la cohérence, la joie, l’intégrité et l’alignement comme indicateurs de durabilité et de leadership mature.
Matthieu Taymans © 2025
Niko © 2025
Ci-contre : Prêt pour un magnifique plouf d’automne au-dessus de la mer de glace — Aiguille du midi, France, octobre 2025
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En bas : Premières lueurs du col Maudit sur la voie des 3 Monts — Chamonix, France, juillet 2025
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En haut : La fraterie réunie sur les chemins de ses souvenirs d’enfance — Cabane de la Tsa, Arolla, Suisse, octobre 2025
Quentin Taymans © 2025
En bas : Mach, Geof, Sim et Matt on top of Piz Bernina — Piz Bernina, Suisse, août 2025
avec leurs valeurs profondes et à être reconnus pour cela, à travers l’établissement d’un label – Higher Care. Ce dernier certifie les organisations pour leur intégrité, leur cohérence et leur capacité à prendre soin.
Les montagnes nous fournissent de l’eau et de l’énergie, façonnent notre climat et, pour beaucoup, offrent un espace de réflexion, de croissance et d’émerveillement. Elles sont aussi un maître, elle nous renvoie à nous-mêmes sans qu’on ne puisse y échapper. À travers ce voyage sur 82 sommets, c’est cette sagesse de la montagne, sa force de révélation et sa puissance de transformation que je veux partager et porter plus loin pour faire grandir nos individualités et notre société. N’hésitez pas à me contacter pour m’accompagner sur un sommet, pour cocréer un atelier en montagne adapté à votre organisation ou pour échanger.
MATTHIEU TAYMANS
Site web : www.82summits.org Mail : matthieutaymans@gmail.com matt@82summits.org Tel : +32 487 124 076 Instagram : @82summitsjourney @mattayms @higher_care (en construction)
Matthieu Taymans © 2025
À travers cela je souhaite soutenir l’émergence de nouveaux paradigmes sociétaux fondés sur la cohérence, la joie, l’intégrité et l’alignement comme indicateurs de durabilité et de leadership mature. Ce programme s’inscrit dans la lignée de Rise & Raise et invite les individus et les organisations à vivre et à travailler en harmonie
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L’escalade vue par Jérôme Abraham Interview par VALENTINE CORNET – Pour le CAB Jérôme Abraham grimpe avec une constance remarquable depuis plusieurs décennies. Sept fois Champion de Belgique, il continue, à 48 ans, d’enchaîner les voies parmi les plus difficiles de Freyr. Il a récemment réussi « La vie est un long fleuve tranquille » (8b), dans la face sud du secteur Al Lègne : un mur légèrement déversant, réputé pour sa technicité, sa continuité et ses prises quasi inexistantes. Il y a plus de 20 ans, Jérôme s’était déjà distingué en devenant le deuxième grimpeur page 34
à réaliser « Le Clou » (8c) ainsi que certaines voies à vue – « Encore un verre et je vois la Mer » (8a), « God save the queen » (8a) –, avant de cocher, au fil du temps, un grand nombre des voies de Freyr. Dans cette interview, il partage son expérience, sa vision de l’escalade et la manière dont il parvient encore, année après année, à se dépasser.
Jean-Louis Wertz © 2004
Au fil des voies
Ardennes & Alpes — n°226
Parce que quand tu cherches à dépasser ta limite, tout se joue sur des mini détails. [...] C’est l’ensemble de ces micro-ajustements qui, un jour, font que tout s’aligne, et que ça passe.
Valentine Cornet : Quand et comment as-tu commencé l’escalade ? Jérôme Abraham : J’ai découvert l’escalade vers 12 ans, grâce à mon école et au club de gym. Comme la salle était toute petite, j’ai rapidement migré vers Terres Neuves, à Bruxelles. À l’époque, les salles d’escalade étaient rares : il y avait Terres Neuves, et New Rock commençait tout juste à se faire connaître. Je grimpais très régulièrement, alternant salle et falaise avec ma bande de copains. Après ma rhéto, je suis parti quelques mois en Angleterre pour apprendre l’anglais à Sheffield. J’avais beaucoup de temps libre et je partais souvent grimper en falaise. C’est là, à 18 ans, que j’ai fait mon premier 8a : « Statement of youth ». Faut croire que j’étais déjà prêt depuis un moment, car, le weekend qui a suivi, j’ai enchaîné un 8a+ (deux fois), et peu de temps après, un 8b. Les années qui ont suivi, avec mon groupe d’amis, on partait autant que possible dans le sud de la France et en Espagne pour travailler nos projets. Cette passion ne m’a jamais quitté. VC : Tu as enchaîné la quasi-totalité des voies d’Al Lègne, l’un des secteurs les plus emblématiques et impressionnants de Freyr. As-tu le projet de toutes les « cocher » ? Je n’ai pas spécialement l’objectif de faire toutes les voies d’Al Lègne. En ce moment, je prends beaucoup de plaisir à alterner des projets de longues durées et des voies plus accessibles. Entre amis, on s’amuse aussi à inventer des variantes : en modifiant un départ ou une sortie, ou encore en traversant d’une voie à l’autre pour grimper des parties du rocher qu’on n’a pas encore touchées. J’ai coché beaucoup de voies d’Al Lègne, mais il en reste encore quelques-unes que je n’ai pas encore faites, peu travaillées, voire pas testées. Certaines d’entre elles restent un gros challenge pour moi, et je n’ai pas toujours le courage d’aller les réessayer. Je ne sais pas si je les ferai un jour. Il y en a notamment deux à Freyr (un 8c+ et un 9a) qui ont été ouvertes plus récemment et dans lesquelles je ne m’aventurerai probablement pas. Ma dernière voie exigeante a été « La vie est un long fleuve tranquille » (8b), qui m’a pris entre cinq et dix jours d’essais répartis sur plusieurs semaines. En plus d’être en bonne forme physique au moment des essais, la difficulté tient aussi beaucoup à la météo : il faut qu’il n’y ait pas de pluie, pas de soleil. En fonction des conditions, ça change du tout au tout.
VC : Comment organises-tu tes entraînements ? Je ne planifie pas vraiment d’entraînement précis, car la famille et le travail passent avant. J’essaie simplement d’être régulier. Avant une journée d’essai, je veille à être reposé, je fais du vélo ou du footing pour le cardio et le décrassage. Mes séances d’escalade, elles, s’organisent surtout en fonction de la météo, de mes amis et de mon feeling. Souvent, on choisit notre secteur selon les projets des uns et des autres. C’est vrai qu’opter pour Al Lègne facilite les choses, car le secteur propose une grande concentration de voies dures. L’idéal est d’avoir quelqu’un avec soi qui travaille la même voie – ou celle juste à côté, par exemple –, pour faire ensemble nos trois meilleures montées de la journée en alternance. C’est certain que l’effet de groupe est important. En même temps, essayer une voie à son sur-max, c’est dur, ça demande beaucoup de travail. On a besoin d’encouragements. Mais au fond, le plus important reste de se faire plaisir. « Galaxy » (8c+), par exemple, que j’ai déjà travaillé l’hiver dernier et que je compte reprendre cette année, me procure un réel plaisir. J’adore les mouvements, j’adore la face, et j’adore repousser mes limites physiques et de motivation. VC : Comment gères-tu les échecs et la frustration ? C’est vrai qu’il y a des journées où les essais sont moins bons. Et c’est assez drôle, parce qu’on ne grimpe pas toujours avec les mêmes partenaires. Du coup, tu racontes à l’un que tu es déjà arrivé jusqu’à tel mouvement… et, la fois suivante, avec un autre, impossible de reproduire ! — —
« Mais si, je te jure, je l’ai déjà fait ! Ah oui ? Eh bien, allez super ça, continue ! »
Une falaise comme Freyr, c’est exigeant : les prises sont minuscules, les clippages souvent délicats, la gestuelle technique, et la météo parfois capricieuse. Dans ces conditions, la clé, c’est la régularité. Parce que quand tu cherches à dépasser ta limite, tout se joue sur des mini détails : des gestes que tu calibres mieux, des économies d’énergie que tu apprends à faire,
À côté de ça… Jérôme a récemment vu évoluer son rapport à l’escalade. Si, par le passé, il privilégiait sa pratique personnelle et celle avec ses amis proches, il se sent aujourd’hui attiré par la dimension pédagogique : expliquer les mouvements aux débutants, accompagner des grimpeurs moins expérimentés, et profiter de l’énergie d’un groupe plus large. C’est ainsi qu’est née l’idée d’ouvrir une petite salle de bloc à Namur, dans le quartier défavorisé à l’arrière de la gare. Le projet, encore à un stade préliminaire, est de créer une salle accueillante pour tous au sein d’un immeuble à appartements, quel que soit le niveau ou l’âge, avec une double ambition : sportive et sociale. page 35
une meilleure compréhension des passages difficiles… C’est l’ensemble de ces micro-ajustements qui, un jour, font que tout s’aligne, et que ça passe. Après, il y a aussi la réalité de l’âge : à 48 ans, les blessures et les douleurs mettent plus de temps à disparaître qu’à 25. Il faut apprendre à composer avec ça, à écouter son corps, et à gérer différemment la récupération. Généralement, je suis fort impatient et je ne prends pas le temps nécessaire. Un jour, un médecin m’a dit : « toi, il faut déjà que ton corps crie très fort pour que tu l’écoutes ! » C’est pas facile de se préserver. Mais c’est important. Comme je le disais, le principal, c’est de s’amuser. J’aime l’idée que les choses n’ont que l’importance que tu leur donnes. Et en escalade, ce qui est chouette, c’est l’esprit de groupe : on célèbre autant un 7a qui a demandé beaucoup de travail à un ami parce qu’un passage lui posait problème, que le succès d’une voie peu grimpée ou très difficile, que personne n’a réussie depuis longtemps.
Yves Kerkhofs © 2024
Jean-Louis Wertz © 2004
VC : Quel est ton rapport à la peur ? J’ai une peur normale du vide, mais elle diminue avec l’expérience. De toute façon, j’expérimente à peu près toutes les chutes possibles d’un projet. Si, par malheur, tu prends la corde derrière la jambe, la plupart du temps, en dévers, il ne se passe pas grand-chose non plus. À force de répétitions et de chutes maîtrisées, le clippage devient secondaire et la chute devient sans importance. La régularité des essais aide énormément à se sentir à l’aise et à prendre confiance. Au plus j’y vais, au moins j’ai peur. VC : Quel serait ton ultime projet ? Il y a notamment deux voies d’Al Lègne que je n’ai pas encore enchaînées : « Galaxy » (8c+) et une autre vieille voie appelée « Razorblade » (8c). Je les ai déjà essayées régulièrement et je grimpe plutôt bien dedans, mais il faudrait y consacrer beaucoup plus de temps pour les concrétiser. « Razorblade », par exemple, ce sont les quatre ou cinq derniers mètres qui sont vraiment extrêmes ; c’est presque un bloc. Et l’approche de ce bloc, c’est un 8a+ de 20 mètres. Les deux parties, je les ai réussies individuellement, mais le vrai défi, c’est d’apprendre à faire le lien entre elles : gérer la fatigue du premier passage pour pouvoir attaquer le second. C’est un vrai exercice. Je m'en sens capable, mais je ne sais pas encore si j’y arriverai. VC : Tu as envie d’ajouter un petit mot ? Pour terminer, j’avais envie de faire deux petits remerciements : à Stone Age et à BeBloc, deux salles qui m’ont permis de grimper pendant des années dans des conditions super avantageuses. Leur générosité, leur accueil et leurs encouragements ont été incroyables, et je tenais vraiment à le souligner. VALENTINE CORNET Responsable communication du CAB
Ci-contre en haut ainsi que page 34 : « Le surplomb Davaille » (8a). Tentative à vue ratée au dernier mouvement. Le même jour que l’enchaînement à vue de « Encore un verre et je vois la mer » (8a). — Freyr, Dinant, 2004 Ci-contre en bas : Dans « Jolie promenade » (8b) — Freyr, Dinant, 2024 page 36
Luc Perneder © 2022
Ardennes & Alpes — n°226
L’ASBL Escalade Les Montagnards intègre le Club Alpin Belge DAMIEN BODSON Olne. L’un des plus beaux villages de Wallonie, situé dans l’est de la province de Liège. Une église, une boulangerie, une brasserie, des pâturages, et… un mur d’escalade.
Il y a dix ans à peine, l’idée semblait un peu folle : créer un club d’escalade à Olne. Cinq amis grimpeurs se réunissent autour d’un café (ou peut-être d’une bière, sûrement même, mais les versions divergent encore), discutent, rêvent, et surtout se donnent un objectif clair : rendre l’escalade accessible à toutes et tous. C’est ainsi qu’est née en 2015 l’ASBL Escalade Les Montagnards.
On grimpe pour apprendre à se dépasser, mais aussi pour rire de ses échecs, applaudir les réussites des autres et goûter à ce petit mélange de concentration et de légèreté qu’offre chaque montée.
Accessibilité et inclusion : au cœur du projet Dès le départ, nous avons voulu que le mur d’Olne soit un espace ouvert à tous. Pas besoin d’avoir la dernière tenue « Patagucci » à la mode ni un 7a en poche pour franchir nos portes. Chez Les Montagnards, tout le monde a sa place : •
les enfants qui découvrent la grimpe avec des yeux émerveillés,
•
les ados qui cherchent un sport fun et stimulant,
•
les familles qui veulent partager une activité,
•
les adultes qui grimpent pour le plaisir, la forme ou simplement la convivialité.
Avec l’aide de la championne du monde Muriel Sarkany et grâce au savoir-faire de la société Salvator, le projet prend rapidement de la hauteur. Un beau mur d’escalade voit le jour dans le hall sportif communal. Depuis, il est devenu le terrain de jeu de centaines de grimpeurs et grimpeuses, débutants comme confirmés.
Un mur pour découvrir, pas pour se comparer Bien sûr, le mur est un bel outil technique : profils variés, voies en tête, volumes ludiques, tapis de sécurité haut de gamme. Et certes, il faut admettre qu’il ne rivalise pas avec les plus belles salles du royaume. Mais chez nous, ce qui compte n’est pas d’empiler les cotations ou de collectionner les performances, mais plutôt de faire découvrir l’escalade au plus grand nombre.
Affiliation au CAB via Escalade Les Montagnards : Escalade Les Montagnards fait désormais partie des cercles du Club Alpin Belge ! Pour celles et ceux qui souhaitent s’affilier au CAB via ce cercle, rien de plus simple : l’inscription se fait directement sur le site du CAB en sélectionnant « Escalade Les Montagnards » lors de l’adhésion.
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Et pour que l’argent ne soit jamais un frein, nous avons fait un choix clair : des tarifs qui défient la concurrence et tout le matériel en prêt gratuitement, pensés pour être accessibles au plus grand nombre. L’objectif n’est pas de faire de nos membres des champions, mais bien d’ouvrir grand les portes de l’escalade.
Plus qu’un sport, une ambiance Si la sécurité et la qualité des installations sont essentielles, c’est surtout l’ambiance qui fait la force du club. Chez nous, on grimpe dans la bonne humeur, sans esprit de compétition. Un mousqueton mal fermé ? Quelqu’un l’aura repéré. Une séquence qui bloque ? Un camarade proposera la méthode. Un grimpeur seul au pied du mur ? On l’intègre illico dans une cordée. Cette convivialité est devenue notre marque de fabrique. Elle transforme chaque séance en moment de partage, où les liens se tissent corde après corde.
Nos valeurs en quelques mots
Damien Bodson © 2025
Damien Bodson © 2025
Si nous devions résumer l’esprit des Montagnards : •
Accessibilité : un sport ouvert à tous, sans barrière de prix ou de niveau.
•
Sécurité : grimper avec confiance et sérénité.
•
Convivialité : une communauté où l’on rit autant qu’on grimpe.
Et demain ? Les Montagnards continuent d’évoluer. L’agrandissement du mur, la diversification des offres pour le public et de nouveaux projets sont déjà en route. Mais surtout, la grande nouveauté depuis cette année est que nous faisons découvrir le rocher aux membres du club, que ce soit sur le calcaire belge ou sur le grès de Fontainebleau. Et cela, toujours avec la même ligne directrice : permettre au plus grand nombre de découvrir l’escalade et d’y trouver du plaisir. Nous croyons profondément que l’escalade n’est pas réservée à une élite. Elle peut être une école de confiance en soi, une activité sociale, un moment de détente ou une passion dévorante. Peu importe l’objectif de chacun : chez nous, on grimpe avant tout pour le bonheur d’être ensemble.
En moins de dix ans, Les Montagnards Escalade se sont imposés comme un club dynamique et accueillant, mais surtout comme une grande famille ouverte. Nous avons construit un mur, oui, mais surtout une communauté. Alors, si vous passez par Olne, n’hésitez pas à venir nous voir : on vous accueillera avec un baudrier, un sourire… et probablement une bière pour débriefer…
Page précédente : Grimpe libre aux Montagnards — Hall Omnisport de Olne 2022 En haut et en bas : Sortie annuelle des Montagnards à Fontainebleau — Fontainebleau, France, 2025 page 38
Car pour nous, l’escalade n’est pas seulement un sport : c’est une aventure humaine, à partager avec le plus grand nombre.
DAMIEN BODSON
Felix Mast © 2025
Ardennes & Alpes — n°226
Une Arquée pour le Criquet ANTOINE LEGAT Depuis le fond de la vallée du Fournel dans les Écrins, quand tu lèves les yeux, tu vois une proue imposante perchée tout là-haut, surplombant royalement la vallée. En arrivant à la falaise, c’est la première voie qui apparaît: un éperon colossal de 30 m, qui penche à 45° ! Son nom ? Une Arquée pour le Criquet, une grande classique du Briançonnais. Si tu aimes le dévers et les mouvements physiques, cette voie te fait tout de suite rêver.
Première montée dans la voie, après l’avoir visionnée des dizaines de fois sur internet. Je suis rempli d’un mélange d’excitation et d’appréhension ! Le clippage de la 3e dégaine se fait depuis une réglette en main droite que je tiens difficilement. Je serre cette réglette autant que possible et inspire un grand coup : si je lâche la prise avec le mou en main, je m’écrabouille au sol. J’abandonne. Je me tire à la dégaine et reste pendu à mon baudrier, dépité. Comment vais-je bien pouvoir réussir cette voie si je n’arrive même pas à clipper la 3e dégaine ? Je me sens comme un criquet, écrasé par l’immense dévers calcaire qui me sépare du relais. J’ai peur de me casser les dents, en me jetant corps et âme dans un projet beaucoup trop ambitieux pour moi.
Repos chauve-souris — Rocher des Brumes, Vallée du Fournel, août 2025
La voie se décompose en deux parties : ça commence tout de suite très dur, exigeant dans les doigts, en compression et talons. Puis un bon repos, avant d’entamer la deuxième partie, plus facile, avec des repos moyens, où il faut se battre contre la fatigue accumulée. Les mouvements y sont déments, physiques, sur de bonnes prises et en gainage : ça penche jusqu’à 60° ! Vers la fin, en coinçant tes deux genoux, tu peux te retrouver la tête en bas et lâcher les deux mains, comme une chauve-souris. Une position atypique pour une voie naturelle, et salvatrice avant d’attaquer la section finale ! Dans ma deuxième montée, je m’obstine sur le crux au niveau de la 4e dégaine, pour lequel il faut broyer sans vergogne une arquée main droite qui déchire la peau. C’est la fameuse arquée qui donne son nom à la voie. Le lendemain, je ressens une douleur inhabituelle dans mon majeur droit. Madeline, ma kiné, m’annonce une poulie partielle. Mon monde s’effondre. Ça fait six mois que je m’entraîne comme un forcené pour cette voie : Kilter Board, MoonBoard, suspensions et séances de rési titanesques toutes les semaines. Pousser mon corps jusqu’au fil de la blessure, et avoir une hygiène de vie impeccable pour que mes tendons tiennent le coup. J’ai trouvé des partenaires motivés à venir se frotter aux voies exigeantes de ce secteur, et j’ai rushé la fin de ma thèse pour me dégager les mois d’été ici. Tout a été
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Felix Mast © 2025
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Ardennes & Alpes — n°226 Complètement farci dans le 60° ! — Rocher des Brumes, Vallée du Fournel, août 2025
pensé pour m’offrir les meilleures chances d’enchaîner cette voie mythique. Et voilà qu’après deux jours, je suis au tapis. « Si tu as mal au doigt, il faut arrêter de grimper », me dit le radiologue. Je déprime pendant cinq jours. Ça a beau n’être qu’une blessure au doigt, je n’ai plus goût à rien et vois tout en noir.
J’essaie de rester positif [...], la marche d’approche parmi les fleurs et papillons, les papotes à refaire le monde, le pique-nique qui régale, le bain dans le torrent glacial... J’applique à ce projet la même rigueur que j’ai appliquée à ma thèse. Je filme toute personne que je vois grimper dedans (avec son consentement bien sûr), puis je décortique ces vidéos pendant mes jours de repos, et en tire des nouvelles méthodes à essayer la prochaine fois.
Dans ma déprime, je suis bien entouré par mes potes et ma copine Ysaline qui me soutiennent et me conseillent judicieusement. Après quelques jours de repos, en recommençant progressivement et en restant à l’écoute de mon doigt, je me rends compte que ça va pas si mal que ça, et que je peux recommencer à grimper dans la voie. Ça me reboost à bloc, mon projet n’est pas à l’eau ! Ma motivation est décuplée.
Après chaque séance, je note minutieusement toutes les subtilités apprises. Les sensations, ce qui marche ou pas, les positions des doigts sur les prises, les changements de pieds. Tous ces détails sont des micro-progrès vers une connaissance plus fine de la voie. Ça me permet d’accélérer considérablement le processus d’apprentissage, et c’est motivant, car chaque séance apporte de nouvelles améliorations.
Dans le travail d’un gros projet, on peut facilement focaliser toute son attention sur l’objectif et les difficultés rencontrées.
Felix Mast © 2025
Pourquoi m’attaquer à une voie si dure pour moi, qui me demande autant de travail ? Progresser dans une voie qui me paraissait impossible au début, je trouve ça vraiment grisant. Réussir à débloquer des mouvements que je n’arrivais pas, enchaîner une section qui me faisait peur, c’est un sentiment génial. Après avoir enchaîné une voie dure, j’adore me rappeler à quel point elle m’avait paru difficile au premier abord. Par ailleurs, quand tu te frottes à ta limite, tu es obligé de grimper parfaitement pour avoir une chance d’enchaîner. Et toutes les subtilités techniques deviennent importantes. Tu ne peux pas juste passer en force, tu es obligé d’optimiser, et ce faisant, tu apprends énormément. Enfin, ça permet aussi de marquer ma progression, et on ne va pas se mentir, de flatter l’ego.
Troisième montée : enfin jusqu’au relais ! Ça m’a pris 2 h 20 d’effort intense, j’ai la chance de pouvoir compter sur la patience infinie d’Ysaline et ses encouragements pour ces premiers assurages interminables. Je me rends compte qu’en rallongeant la 3e dégaine, je peux la clipper depuis la prise précédente, qui est meilleure. Yes, un problème résolu ! Malgré l’ampleur du projet, je sais que, sur une voie comme celle-ci, mon corps va s’habituer à l’effort physique brutal nécessaire. Et je ne suis pas pressé. Je me suis donné dix semaines, après je dois être en Belgique pour défendre ma thèse. Je suis prêt, mentalement et physiquement, à mettre un siège dans la voie, et vivre pleinement le processus. Le crux de la voie, au tout début : avec un talon gauche et un talon droit, tu compresses le rocher entre tes jambes pour pas tomber ! — Rocher des Brumes, Vallée du Fournel, août 2025 page 41
Pourquoi m’attaquer à une voie si dure pour moi, qui me demande autant de travail ? [...] Tu ne peux pas juste passer en force, tu es obligé d'optimiser, et ce faisant, tu apprends énormément.
Pour une personne qui a largement le niveau de faire la voie, un tel niveau de détails n’est pas nécessaire. Mais moi, si je veux avoir une chance, je dois connaître la voie dans les moindres détails. Il faut que ma chorégraphie soit exécutée sans défaut, en harmonie parfaite avec le rocher. Après chaque séance, je me fixe des petits objectifs pour la prochaine : essayer telle méthode, enchaîner telle section… Ces objectifs intermédiaires maintiennent ma motivation intacte tout au long du processus !
Felix Mast © 2025
Dans le travail d’un gros projet, on peut facilement focaliser toute son attention sur l’objectif et les difficultés rencontrées. Conscient de cela, j’essaie de rester positif, et à profiter des moments simples passés avec mes partenaires de cordée et les gens à la falaise. La marche d’approche parmi les fleurs et papillons, les papotes à refaire le monde, le pique-nique qui régale, le bain dans le torrent glacial après la grimpe… page 42
Un soir d’août, 19 h, je mets mon troisième run du jour. L’humidité du soir est tombée, je me sens malade et fatigué, mais au moins, cette fois-ci, je ne me mets pas la pression et grimpe détendu. Tellement détendu que je perds les pieds dans le début très dur, où tout doit être millimétré ! Heureusement, je suis toujours sur le mur, et mon corps effectue les mouvements comme un automate. J’arrive à l’endroit où j’étais tombé aux montées précédentes, et cette fois-ci, je le passe étonnamment facilement. Soudainement stressé et brouillon, je grille une grosse cartouche dans le mouvement suivant. Un dernier grand croisé avant le repos : allez faut pas déconner ! En position précaire, un pied dans le vide, je tire violemment dans l’inversée et me rue sur la prise salvatrice. Ça passe tout juste. Au bon repos de la moitié de la voie, je me remobilise, visualise une enième fois la séquence de mouvements à venir. Je la connais par cœur. Le plus dur est fait, et je me suis promis de ne plus tomber si j’arrivais ici. C’est pas gagné parce que je suis complètement farci !
Ardennes & Alpes — n°226
L'endroit où j'étais tombé aux montées précédentes — Rocher des Brumes, Vallée du Fournel, août 2025
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J’ai la chance de pouvoir compter sur la patience infinie d’Ysaline et ses encouragements pour ces premiers assurages interminables. Je me lance, franchis la première section proprement, mais cafouille au repos suivant en essayant de trouver une meilleure position. Je perds stupidement de précieux points de vie, et je quitte le repos plus fumé que je suis arrivé. Tant pis, on va faire avec ce qu’on a. Déterminé, j’attaque le crux de la 2e partie : des grands mouvements dans du 60° ! Je crie dans le mouvement dynamique pour choper la terrasse. Elle glisse avec l’humidité ! Mes mains sont sur le point de s’ouvrir, je me bats pour coincer mon genou. Les encouragements d’en bas me portent, et je me retrouve en position chauve-souris, sauvé ! Je rentabilise ce repos au maximum, jusqu’à ce que mes mollets, tiraillés par la douleur, soient sur le point de céder. Je me lance dans la partie finale, que j’exécute parfaitement jusqu’au mouvement où j’ai le choix entre monter le pied ou jeter. Me voyant hésiter, les autres redoublent d’encouragements, et je jette. J’attrape le bac et prends le gros balan. Ici, normalement, je me repose, mais là je suis trop rôti pour m’attarder, pas d’autre choix qu’avancer ! Je fonce dans une course effrénée contre la gravité. Mes avant-bras sur le point d’imploser, plus qu’une ultime relance… Ça tient in extremis, je coince enfin le genou salvateur puis me rétablis au relais. Un profond sentiment d’accomplissement et de soulagement m’envahit, après deux mois où cette voie a accompagné mes nuits ! Le criquet que j’étais a mis 48 montées, réparties sur 19 séances pour venir à bout de cette proue qui l’intimidait.
Je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont partagé ce processus avec moi, pour les bonnes vibes et les longs assurages : Ysaline, Siebe, Florent, Guish, Louis, Côme, Alex, Eva, Felix, Emile. Ce sont les moments passés ensemble qui donnent toute sa saveur à ce projet ! Merci aussi à Madeline pour son suivi kiné de grande qualité et Sven pour ses conseils avisés. Enfin, merci au talentueux Felix Mast @felixtsam pour ses superbes photos !
ANTOINE LEGAT
De haut en bas : • Une séance avec Guish • Deux semaines avec Louis, qui travaille la voie d’à côté • Quelques séances avec Siebe qui travaille une variante de mon projet • Mes premières séances avec Ysaline — Rocher des Brumes, Vallée du Fournel, août 2025 © Antoine Legat
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Ardennes & Alpes — n°226
Lire VOYAGER EN TRAIN Olivier Ciucci, Gwénaëlle Michels & Victor Gérard
De la France à la Slovénie, les Alpes sont un terrain de jeu spectaculaire à découvrir en train. Sur les rails, loin des embouteillages et du stress de la conduite, il y a aussi des paysages époustouflants que l’on ne peut pas voir depuis la route. Entre lignes spectaculaires, gares perchées à plus de 3 000 mètres d’altitude, trains panoramiques… chaque trajet est une aventure à vivre à part entière. C’est ce que vous propose le nouveau livre « Voyager en train dans les Alpes ». Il vous présente 30 itinéraires ferroviaires et inédits à travers les pays alpins (France, Suisse, Italie, Allemagne, Autriche et Slovénie). C’est un ouvrage indispensable si vous rêvez de vacances à la montagne, entre nature, culture et découvertes locales. Avec 192 pages illustrées des conseils et bons plans de Gwénaëlle Michels et Victor Gérard (fondateurs du média voyagerentrain.fr), ce livre vous propose un tour d’horizon du train dans les Alpes (compagnies ferroviaires, cartes de réduction, trains de nuit, pass illimité, offres locales, etc.), vous donne les clés pour gérer les éventuels imprévus et vous invite à découvrir 6 portraits/témoignages de voyageurs, d’acteurs du monde ferroviaire et de la transition écologique. Vous y trouverez également 30 itinéraires détaillés, écrits par Olivier Ciucci (auteur du blog alpaddict.com), et des recommandations pratiques pour organiser votre séjour (anecdotes historiques, randonnées incontournables, villes emblématiques, villages pittoresques, stations de ski accessibles, spécialités gourmandes…). Bref, ce guide pratique et facile à glisser dans vos bagages vous garantit de ne rien manquer de l’essentiel pour découvrir les Alpes en train.
Lire LES ALPES ET LES COMPOSITEURS Dominique Huybrechts
Dominique Huybrechts est diplômé en qualité de violoniste altise et en histoire de l’art ; il vit actuellement en province de Hainaut. Dans ce nouvel ouvrage magistral et richement illustré, il évoque plus de 70 compositeurs qui, à partir du XVIIIe siècle, ont trouvé une source d’inspiration dans l’approche de la montagne. Grâce à l’essor du tourisme et du chemin de fer, les Alpes, devenues accessibles, ont imprimé chez ces nombreux compositeurs un symbole d’émerveillement et de créativité. Le Grand Tour des Alpes constitue un ferment d’inspiration et une référence d’envergure pour ces musiciens. Dominique Huybrechts a ainsi établi une remarquable symbiose entre les sommets de l’art musical et ceux de la nature alpestre. Le livre est publié en 2024 aux éditions Mont-Blanc, Les Houches, dans la collection « montagne et culture ».
GWÉNAËLLE MICHELS ALAIN PURNODE
Voyager en train dans les Alpes Olivier Ciucci, Gwénaëlle Michels et Victor Gérard 2025 · 192 pages Éditions Voyager en train · 25 € ISBN 978-2-9590296-39
Les Alpes et les compositeurs Dominique Huybrechts 2024 · 264 pages Éditions du Mont-Blanc · 35 € ISBN 978-2-3654518-40 page 45
Lire VOUS ME FAITES MARCHER PARCOURS D’UN ACCOMPAGNATEUR MOYEN EN MONTAGNE Pascal Conceillon
Le premier contact avec Pascal Conceillon date de juillet 2023. Nous avions planifié un tour du massif des Bauges et, au dernier moment, un des gîtes nous a fait faux bond. Après avoir contacté plusieurs professionnels de la région, un seul nous a répondu – Pascal – et nous a renseignés une chambre d’hôte sur notre itinéraire. Ayant apprécié cette randonnée, nous réservons quelques jours dans le gîte tenu par Valérie et Pascal Conceillon fin octobre 2023. Le jour du départ, le verdict tombe : Covid ! Nous avertissons aussitôt notre futur hébergeur qui, bon prince, ne nous demande aucun dédommagement. Octobre 2024, nouvel essai… concluant ! Nous sillonnons les Bauges pendant une semaine à partir de leur gîte et passons des moments très agréables en leur compagnie. Nous avons même eu droit en avant-première à quelques anecdotes du livre qui allait paraître quelques mois plus tard ! Dans le domaine des ouvrages consacrés à la randonnée, on rencontre essentiellement des topos et des récits de voyage, voire quelques romans. On est donc ravi de la parution de ce livre qui relate l’expérience d’un accompagnateur en randonnée. Et au fil des pages, on découvre que l’auteur est bien plus qu’un accompagnateur « moyen » en montagne ! C’est vrai qu’au cours de ses 25 ans de carrière, il en a emmené des gens : d’après ses calculs, plus de 35 000, à raison de 150 journées par an et de 10 personnes par groupe ! Et pourtant, Pascal Conceillon a grandi dans un quartier populaire de Lyon et a débuté son parcours à Paris comme consultant dans une agence américaine. Rien ne le destinait a priori à devenir un professionnel de la montagne. Mais, par petites touches successives, la vie en montagne s’est imposée à lui jusqu’à une reconversion totale qui l’a mené à s’installer, avec sa petite famille, dans le massif des Bauges. Son diplôme d’accompagnateur en poche, P. Conceillon commence à encadrer des randonneurs, soit à partir de son gîte, soit en itinérance en Vanoise ou dans d’autres massifs alpins. Été comme hiver, il fait découvrir à ses clients un univers de roches ou de neige tout en leur communiquant sa passion. Mais dans son métier, il ne se limite pas à guider les
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gens. Il se soucie de leur bien-être et observe leur comportement. On a presque droit à une analyse sociologique des randonneurs ! Au fil des pages, on découvre des situations surprenantes, cocasses ou simplement banales brillamment décrites par l’auteur. Et chaque anecdote débouche sur une réflexion concernant les multiples facettes du genre humain. En fin d’ouvrage, on peut lire ceci : « Accompagner en montagne, c’est d’abord aimer les gens ». Cette devise s’applique bien sûr à celles et ceux qui embrassent une carrière d’accompagnateur en randonnée. Mais n’y pensons-nous pas aussi, lorsque nous pratiquons en groupe nos sports favoris chez nous ou en montagne ? Un livre agréable à lire, dans lequel on revient piocher avec plaisir pour se remettre en mémoire un lieu, une situation, ou un bon mot !
DIDIER MARCHAL
Vous me faites marcher Parcours d’un accompagnateur moyen en montagne Pascal Conceillon Éditions Glénat, 2025, 240 pages · 19,95€ ISBN 978-2-344-06913-4
Jules Faber ©
Escalades au soleil de minuit Film pionnier d’un périple historique PHILIPPE BRANCKAERT, programmateur au Nova Le 15 juillet 1961, quatre membres du Club Alpin Belge d’une équipée de huit grimpeurs aguerris périrent lors de leur dernière ascension du Snepyramiden à l’ouest du Groenland. Cette aventure à l’issue tragique commencée dans l’enthousiasme sera relatée avec sobriété dans le documentaire « Escalades au soleil de minuit » du cinéaste Jean Harlez, neuvième membre de l’expédition, novice en matière d’alpinisme.
L’idée d’explorer un massif inconnu du Groenland est soumise en 1960 au Conseil d’Administration du CAB par Guy Donnée qui se désistera malgré le projet accepté. Jean Duchesnes (50 ans) de Liège est nommé chef d’expédition, les autres selon leur disponibilité : André Focquet (32 ans) de Namur, Michel Tamigneaux (27 ans) de Nivelles, Hubert Leclercq (25 ans), Jean Alzetta (23 ans)
Michel Tamigneaux à gauche avec Hubert Leclercq dans le massif d’Akuliaruseq
et sa fiancée Nadine Simandl (22 ans) de Bruxelles, auxquels se joignent le luxembourgeois Jules Faber (31 ans) et le marseillais Robert Marty (36 ans, médecin de l’expédition). C’est le même Guy Donnée qui demande à son ami Jean Harlez, originaire comme lui d’Erquelinnes, de filmer l’aventure. Établi depuis la fin de la guerre dans la capitale, Jean Harlez est à 37 ans un cinéaste fort singulier. Il a déjà à son actif trois films autoproduits, dont le premier long métrage néoréaliste belge, « Le chantier des gosses »1. D’origine ouvrière, après des études en mécanique de précision, Harlez s’inscrit deux ans à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles avant de travailler trois ans comme assistant à tout faire pour le réalisateur Charles Dekeukeleire. Vivant ensuite de petits boulots, il persévère dans son désir de réaliser des films en construisant sa propre caméra 35 mm ! Taquin, l’artiste Marcel Broodthaers dira de son ami Harlez qu’il est né « sous le signe du Capricorne, celui de l’effort solitaire et de l’ascension vers
1 - Film joué par des habitants des Marolles en 1956, sorti de l’oubli par le Nova en 2014
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Recto carte postale par Ern. Thill pour l’expédition du CAB de 1961 – Vue aérienne supposée d’Akuliaruseq par l’alpiniste suisse André Roch qui aurait suggéré cette destination au CAB
2. Verso carte envoyée d’Umanak par Jean Harlez à ses parents 3.
Jean Harlez tenant sa caméra à main Bell & Howel
4. Jean Alzetta, Nadine Simandl, Guy Donnée, Michel Tamigneaux, le dernier inconnu. 5. Départ de Bruxelles (de gauche à droite : Jean Harlez, André Focquet, l’ambassadeur du Danemark, Jean Duchesnes, Michel Tamigneaux et Hubert Leclercq) 6. Catalina sur le tarmac de Sondre Stromfjord
les sommets »2. Pas étonnant que cette force de caractère accepte le défi de réaliser ce qui deviendra probablement le premier film d’escalade d’exploration belge ! Pragmatique, il choisit de tourner avec sa caméra à main 16 mm et emporte une soixantaine de bobines Ektachrome (2 h 44 de pellicule couleur). Partis le 23 juin de Bruxelles pour Copenhagen où ils prendront l’avion pour le Groenland, les neuf compères arrivent le 25 juin à Sondre Stromfjord, ancien tarmac militaire, plaque tournante de l’aviation transpolaire entourée de montagnes arides spectaculaires. De là, 2 - Article de Marcel Broodthaers dans Le Magasine du Temps Présent (5.11.1963). Amis depuis 1957, Harlez sera cadreur-chef op’ sur une dizaine de films de Broodthaers.
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ils rejoindront leur camp de base au lieu-dit Nerdlerit, point théorique d’une carte typographique imprécise de 1933. Le voyage dure quatre jours. D’abord en hydravion jusqu’au port d’Eggedesminde, puis en caboteur pour Umanak où les attendent 1 800 kg de matériel envoyés en amont, ainsi que de nombreux autochtones venus les accueillir. De là, il faut encore prendre une baleinière pour longer 12 h les fjords inexplorés de la côte ouest. « Si les faces sud, formées surtout d’éboulis, présentent peu d’intérêt alpin, les faces nord, au contraire, présentent de grandes faces verticales de plusieurs centaines de mètres. Jean Alzetta aimerait choisir une de ces faces comme objectif, mais le chef d’expé estime les approches trop dangereuses et préfère choisir la région vierge du Snepyramiden (2 236 m), le point culminant de la presqu’île d’Akuliaruseq. Ce choix allait sceller leurs destins ! »3 La lumière du jour ne les quitte plus. Ils sont environ 600 km au-dessus du cercle polaire où les nuits d’été resplendissent du soleil de minuit, ce qui bouleverse les horaires des parcours en montagne et permet de filmer jour et nuit. Après le montage du camp sur une plate-forme proche de la mer et la reconnaissance des alentours, le temps au beau fixe permet d’organiser les premières cordées le 31 juin. Leclercq, Faber et Tamigneaux attaquent le sommet du Snepyramiden (la Pyramide de Neige) par sa face est4, pendant que Duchesnes, Focquet, Marty et Harlez remontent 3 - Témoignage d’Hubert Leclerq et Michel Tamigneaux recueilli en 2015 par Lambert Martin https://cabbrabant.com/cab-article/au-paysdu-soleil-de-minuit-groenland-1961/ 4 - Le film parle de l’arête est, le témoignage de 2015 de la face ouest. Cela dit, avant le 6 juillet, 2 cordées successives ont vaincu le sommet.
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un glacier, alors qu’Alzetta et Simandl escaladent deux montagnes visibles du camp. Dès l’arrivée à Nerdlerit, le jeune couple fera bande à part, ce qui explique leur quasi-absence des images prises par Harlez. Jusqu’au 5 juillet, à côté de moments de détente tels que la rencontre impromptue de chasseurs de phoques, 10 sommets inexplorés sont conquis à raison de 35 h à 45 h par ascension. Partant du niveau de la mer, les marches d’approche dans les moraines sont longues et fastidieuses, les obstacles, tels que parois verticales, ponts de glace ou crevasses, nombreux, sans parler de la neige rendue molle par le soleil perpétuel, où s’enfoncent les grimpeurs jusqu’à mi-cuisse en négociant en zigzag les pentes de 60°, pieds et mains agrippés aux traces du leader. En dehors des moments où on doit s’encorder, Jean Harlez est souvent à la traîne par manque d’entrainement. Comble d’ironie, ses camarades se reposent lorsqu’ils attendent son retour, et une fois rejoints, repartent sans laisser le cinéaste récupérer. Et dire que filmer selon plusieurs points de vue engendre aussi un surplus d’effort ! Le mauvais temps s’installe le 6 juillet et les bloque au camp de base. Dès le 9, certains entreprennent des sorties que Jean Harlez suit pour alimenter son film : l’une sur l’île lugubre de Nuliarfik, l’autre dans la vallée de Nerdlerit. Puis vient le 14 juillet, où un second jour de beau temps permet une ultime grande course avant l’ar-
rivée du bateau qui doit les ramener le 17. Leclercq, Faber et Tamigneaux partent vers la vallée de Qordlorssuacq, les six autres décident de gravir le versant inexploré du nord-ouest du Snepyramiden, dont seuls Harlez et Marty reviendront vivants. Outre la clairvoyance du docteur Marty, c’est une « négligence » du cinéaste qui les a sauvés. Confiant en une météo clémente et soucieux de s’alléger vu l’excédent de poids de sa caméra et des douze bobines emportées, Harlez omet de prendre son sac de couchage au départ du camp. Après 20 km et 9 h d’ascension, arrivé à 20 h 30 sur un pic à découvert au pied de l’arête nord du Snepyramiden, le groupe installe un bivouac pour y passer la nuit avant l’attaque finale. C’est alors qu’un vent glacial se lève au point de geler rapidement le lait dans leurs bidons. La nuit est mauvaise pour tous, il fera jusqu’à -10 °C. Constatant à 2 h du matin que l’état physique d’Harlez empire, Marty décide de rebrousser chemin avec lui, tout en déconseillant à ses compagnons de continuer vu les conditions climatiques. Le 16 juillet, les quatre alpinistes ne revenant pas, deux cordées d’urgence sont organisées. En vain. L’irrémédiable est arrivé : les traces de leurs amis s’arrêtent à mi-parcours de l’arête, là où une avalanche les a emportés 1 200 mètres plus bas dans le glacier. Les recherches sont abandonnées par manque de sécurité. Les rescapés, exténués de chagrin et de fatigue, seront de retour à Bruxelles le 30 juillet, pendant qu’une équipe d’alpinistes italiens venue à leur rescousse (un des membres avait croisé les Belges au
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Après 20 km et 9 h d’ascension, [...] le groupe installe un bivouac pour y passer la nuit avant l’attaque finale. C’est alors qu’un vent glacial se lève au point de geler rapidement le lait dans leurs bidons.
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7. Snepyramiden / versant Nord 8. Robert Marty aide un chasseur de phoque sous le regard de Jules Faber 9. Carte manuscrite des sommets conquis
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10. Jean Harlez et Robert Marty devant les tombes de Jean Alzetta et André Focquet
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début de leur périple) retrouve les corps de Jean Alzetta et André Focquet, tués sur le coup, alors que Nadine Simandl et Jean Duchesnes ont disparu à jamais. Si cette tragédie marqua longtemps les esprits, les survivants poursuivront leur passion de la haute montagne, sauf Robert Marty qui meurt prématurément dans un accident d’avion. Quant à Jean Harlez, tombé sous le charme de ce pays rude, il retournera à trois reprises au Groenland – avec Marty en 1963 –, où il réalise trois films d’exploration sur les icebergs et glaciers, la vie des Inuits et les sculpteurs de Tupilaks. En 1964 et 1965, son épouse Marcelle Dumont sera du voyage en tant qu’assistante. Journaliste et écrivaine, elle est l’auteure des commentaires et dialogues de pratiquement tous ses films. Un livre-DVD contenant les écrits de Marcelle et les films de Jean au Groenland est en cours de finalisation. Il sera présenté le 25 janvier à 15 h au cinéma Nova à Bruxelles, en présence des auteurs âgés respectivement de 95 et 101 ans.5 PHILIPPE BRANCKAERT
10 Principaux journaux consultés : · Le Peuple (28, 29 & 30 juillet 61), · Germinal (n° 613, 614 & 615, août 61), · Le Soir (28 juillet 61) · La dernière heure (28 juillet 61)
J. Harlez ©
5 - www.nova-cinema.org
Ardennes & Alpes — n°226
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EDELRID REVOLT Le REVOLT est un piolet technique conçu pour le skialpinisme et l’alpinisme en terrain raide et exigeant. Il séduit par sa grande légèreté, sa compacité et son contrôle parfait à chaque mouvement. Sa tête ergonomique équipée d’une lame en acier de 4 mm a été spécialement développée pour l’escalade glaciaire technique. Plus courte et plus fine que les lames classiques, elle offre un excellent équilibre entre stabilité, efficacité et légèreté.Le manche en aluminium anodisé, légèrement galbé et sablé pour une meilleure adhérence, garantit une prise en main sûre et confortable. La cale d’appui intégrée permet d’économiser ses forces, tandis que le bouchon de protection empêche la neige de s’infiltrer. Compatible avec tous les accessoires techniques EDELRID, le REVOLT s’adapte parfaitement à toutes les conditions et à tous les styles d’ascension.