www.bonpasteur.com
Le Mag’ Sœurs de Notre¯Dame de Charité du Bon Pasteur Décembre 2023
Trimestriel
ENQUÊTE/PAGE 6
UN APPEL AU DEVOIR D’HUMANITÉ À MARSEILLE, EN SEPTEMBRE, LE PAPE FRANÇOIS A LANCÉ UN PUISSANT APPEL EN FAVEUR DE L’ACCUEIL DES MIGRANTS, ESTIMANT QUE L’EUROPE SE TROUVAIT DÉSORMAIS FACE À UN CHOIX DE CIVILISATION. « LA MÉDITERRANÉE EST UN BERCEAU DE CIVILISATION, ET UN BERCEAU, C’EST POUR LA VIE ! »
N°35
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Engagés, motivés : 30 ans de service ! Thierry Avrillon, Joël Maussion, jardiniers, et Florence Avrillon, assistante administrative, ont été recrutés dans les années 1990 au centre administratif d’Angers. Depuis plus de 30 ans, c’est avec toujours autant d’engagement qu’ils accomplissent leur travail avec motivation et enthousiasme. Merci à eux pour leur fidélité en tant que partenaires de la mission.
Sommaire
Communauté de Rennes : 350 ans de la fondation
Page 4 – Rencontre Échange solidaire : l’espérance « faite main »
Page 6 – Enquête
Un appel au devoir d’humanité
Page 12 – Événement
Comment habiter le monde aujourd’hui ?
Page 14 – Spiritualité L’Avent, attente et avènement !
Page 16 – Méditation
Directeur de la publication : Sœur Marie-Luc Bailly Conception et réalisation : Bayard Service 23 rue de la Performance 59650 Villeneuve d’Ascq www.bayard-service.com Conception graphique : Anthony Liefooghe Secrétaire de rédaction : Eric Sitarz Imprimeur : Offset impression (Pérenchies, 59) Dépôt légal à parution. En couverture (crédit photo) : Free Pick. Tous droits réservés textes et photos.
2
Jean Eudes fonde Notre-Dame de Charité à Caen en 1641 pour venir en aide aux femmes en détresse en créant des refuges. C’est en 1673 que les sœurs de Caen fondent à Rennes un monastère, dans le couvent de la Trinité, afin de venir en aide aux femmes marginalisées. Sœur Marie Heurtaut est la première supérieure de cette maison refuge. La mission perdure pendant 260 ans : aux femmes accueillies jusqu’alors s’ajoutent des jeunes filles, et même des fillettes. Dans les années 1940, la communauté crée une association loi 1901, L’Essor, qui prend le relais de la gestion administrative du centre éducatif qu’elles assumaient jusque-là. Les sœurs les plus jeunes rejoignent les femmes et les jeunes en difficulté dans leurs milieux de vie. De petits groupes de sœurs sont envoyés dans différents quartiers périphériques de Rennes en mission d’insertion. En 1981, les sœurs contactent la mairie, car la propriété est devenue trop grande et sa gestion est trop lourde pour la communauté. Transformée en Ehpad depuis 1985, la maison Saint-Cyr offre à présent à ses cent quarante-deux résidents un cadre de vie agréable et rassurant, pour eux-mêmes comme pour leurs proches. Une dizaine de religieuses y résident toujours.
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Edito L’audace des petits pas
«
La famille humaine a perdu le chemin de la paix ! » Ce cri du pape François, lors de la clôture du Synode, illustre non sans tristesse le flot d’images douloureuses, voire insoutenables, de l’Ukraine au Proche-Orient en passant par le Haut-Karabakh, qui se déverse depuis des mois. Si ce cri exprime qu’aucune puissance mondiale n’est susceptible d’endiguer les conflits en cours, et que l’ordre international né au lendemain de la guerre froide est en train de s’effriter, il nous interpelle sur notre devoir d’humanité ! Quelques semaines plus tôt, lors de sa venue dans la cité phocéenne (cf. l’enquête de ce Mag), ce même pape François, sans renoncer à aucun des accents de son vibrant appel méditerranéen, a su trouver le sourire et les mots pour consoler et affermir les fidèles présents. À la foule qui témoignait d’une réelle soif de communion et d’espérance, il a répondu par l’audace la Le pape François plus spirituelle, l’invitation « au tressaillement de la foi, au risque de nous invite l’amour… Notre vie, la vie de l’Église, la France, l’Europe, le monde « au tressaillement ont besoin de cela ! » de la foi, au risque Nous qui sommes démunis face à tous les désordres de ce monde de l’amour… Notre crucifié par tant de violences de guerres et de situations inhuvie, la vie de l’Église, maines, prenons avec confiance et courage le chemin de l’Avent. la France, l’Europe, le monde ont besoin Ce nouveau tressaillement, ce chemin de la paix ne seront possibles qu’avec l’audace des petits pas ! de cela ! » Ils ont été nombreux « les petits pas » de la communauté Saint-Cyr de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur à Rennes, qui fête ses 350 ans de Fondation ! « Les grandes choses naissent des petites choses, même si la mort semble les entourer », faisait remarquer sœur Pat Muray, lors d’une convention à Angers. « Seigneur, déchire les Cieux et descends ! Regarde-nous et reviens » nous tracer le chemin de la paix ! (premier dimanche de l’avent, Isaïe 63). Sœur Marie Luc Bailly
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
3
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Rencontre
Échange solidaire : l’espérance « faite main »
L’avez-vous déjà visitée ? La maison mère des sœurs de Notre‑Dame de Charité du Bon Pasteur à Angers abrite une belle boutique solidaire animée par une équipe de bénévoles. C’est ici qu’est né le projet « Échange solidaire », en l’an 2000. Geneviève, sa responsable actuelle, et Nicole, l’une des membres de l’équipe, nous font partager l’enthousiasme de leur engagement en faveur de femmes qui entendent vivre juste une existence « normale »…
É
Geneviève Maupetit, responsable du projet.
change solidaire, est, pour les sœurs de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur une manière idéale de donner aux femmes du monde la possibilité de se suffire à elles-mêmes et d’atteindre un niveau de vie aussi normal que possible. Afin de faire vivre leur famille, dans de nombreux pays, des femmes et des jeunes filles sont obligées de gagner de l’argent par n’importe quels moyens, parfois douteux ou indignes. Des pays où, de plus, l’accès à l’éducation n’est quelquefois accessible qu’aux privilégiés. C’est pourquoi la congrégation a mis en place le projet d’Échange solidaire. Pour cela, elle a créé des ateliers
« Nous encourageons les acheteurs de ces articles à avoir une pensée pour celles qui les ont faits à la main, avec tant de soin et d’espoir, et de prier pour elles à leur tour. La force de la prière est un don que nous pouvons offrir à chacun dans un effort commun. C’est un vrai échange solidaire. »
4
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
de tissage, confection, décoration, broderie, poterie, etc., au Burkina Faso, au Kenya, à Madagascar, au Sri Lanka, Thaïlande, Népal ou encore au Pérou. Un projet au fonctionnement vertueux « Dans les ateliers du Pérou, de Madagascar, les femmes confectionnent des jouets en tissu, des objets décoratifs locaux, des bijoux, des sacs, des vêtements ou brodent sur du linge de maison. Nous achetons leur fabrication pour la revendre dans la boutique solidaire à Angers ou lors de ventes partout en France et en Belgique. C’est un projet vertueux, grâce aux ventes, l’échange solidaire peut commander de nouveaux produits aux ateliers ce qui permet de faire travailler de façon durable ces femmes », nous explique Geneviève Maupetit, responsable du projet Échange solidaire depuis 2015. « Nous référençons plus de 900 produits et avons l’ambition de proposer toute l’année de nouvelles choses. Nos articles sont destinés à tous les publics. Nous proposons cette année encore de magnifiques pulls, gants, bonnets en alpaga du Pérou, tricotés
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
à la main. Les poupées “aux émotions” ont aussi un grand succès auprès des plus petits », précise Nicole. Toutes bénévoles, elles sont sept femmes à faire partie de cette équipe dynamique. Elles prospectent les communautés du monde entier, où un atelier est existant, afin de toujours avoir des produits nouveaux à proposer, et répondre aux besoins et goûts de tous les potentiels acheteurs. Elles participent à des marchés de Noël et des ventes solidaires. Elles assurent aussi la permanence de la boutique, tous les derniers samedis du mois, à Angers. Œuvrer, chacun à son niveau Échange solidaire est un projet qui porte bien son nom, chacun participe à sa manière à l’action solidaire : en achetant les produits que ces femmes ont confectionnés, mais aussi en proposant à l’équipe
sur place Vente de Noël à la boutique, les 2 et 3 décembre, de 11h à 18h, au 18 rue Euphrasie Pelletier Angers. La boutique est ouverte tous les derniers samedis du mois, de 14h à 17h30. Plus d’infos : sur notre site bonpasteur.com ou par mail, echangesolidaire@bonpasteur.com
d’organiser une vente, dans une paroisse, un Ehpad, une école. « Nous encourageons les acheteurs de ces articles à avoir une pensée pour celle qui les a faits à la main, avec tant de soin et d’espoir, et de prier pour elle à leur tour. La force de la prière est un don que nous pouvons offrir à chacun dans un effort commun. C’est un vrai échange solidaire. »
De gauche à droite : Nicole, Geneviève, Béatrice, Catherine, Jacqueline et Geneviève.
Geneviève et Nicole.
Élodie Comoy
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
5
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Enquête UN APPEL AU DEVOIR D’H
6
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
HUMANITÉ C’
est au premier jour de son déplacement à Marseille, vendredi 22 septembre, que le pape François a lancé un puissant appel en faveur de l’accueil des migrants, estimant que l’Europe se trouvait désormais face à un choix de civilisation. « La Méditerranée est un berceau de civilisation, et un berceau, c’est pour la vie ! On ne peut pas permettre qu’elle devienne un tombeau, encore moins une zone de conflit. La mer Méditerranée est ce qui s’oppose le plus au choc des civilisations, à la guerre, à la traite des êtres humains », a d’emblée assuré le souverain pontife. Il a souligné les liens entre trois continents que cette mer permet, entre « les personnes et les cultures, les peuples et les langues, les philosophies et les religions ». Une mer « périlleuse », mais recelant « des trésors de vie, ses vagues et ses vents portant des navires de toutes sortes ».
Adobe Stock
Dans notre reportage : > Le pape François, lors des Rencontres méditerranéennes, à Marseille > Rencontre avec Anmar Abboodi : un parcours de Mossoul à Cholet > Laurent Giovannoni, du Secours catholique
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
7
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Enquête
ANMAR ABBOODI
Il a tout quitté pour vivre en sécurité Anmar Abboodi a 40 ans et est d’origine irakienne. Marié avec Ban, pharmacienne, ils sont les parents de deux garçons, de 7 et 12 ans. Actuellement médecin urgentiste à Cholet, ils habitent aux Ponts-de-Cé, près d’Angers. Ils vivent en paix aujourd’hui, mais cela n’a pas toujours été le cas… Pourquoi, avez-vous dû quitter l’Irak ? Anmar Abboodi. C’est en juin 2014 que tout a basculé. On avait une vie presque normale en Irak jusqu’à l’occupation de notre ville natale, Mossoul, la deuxième grande ville irakienne, par l’organisation terroriste Daesch. J’étais médecin, ma femme, pharmacienne; nous étions nés ici. La fuite s’est imposée à nous, à cause de cette guerre religieuse et parce qu’on a été particulièrement persécutés et
menacés par ces groupes radicalistes, étant de la minorité chrétienne. On était désespérés, tristes et déçus, car notre pays et notre armée ne pouvaient pas nous protéger. Notre aîné avait 4 ans lorsque nous avons dû quitter l’Irak. Il garde toujours quelques souvenirs de ce qui s’est passé, comment on a quitté la maison à minuit en laissant ses jouets derrière lui. Nos amis et notre famille sont toujours là-bas…
Comment êtes-vous arrivés en France ? Nous avons pu quitter l’Irak dans la légalité en demandant un visa. À cette période-là, le ministère des Affaires étrangères français avait annoncé un programme d’accueil, pour les personnes de Mossoul issues de minorités qui ont été forcées de quitter leurs maisons à cause de Daesch ; à condition qu’ils trouvent une famille garante pour offrir leur hébergement temporaire, en attendant que la démarche administrative française soit faite. En janvier 2015, nous sommes arrivés en France après l’obtention de nos visas et nous avons été accueillis à Châteauneuf-sur-Sarthe, dans la résidence secondaire d’une famille pendant six mois. Par la suite, nous avons pu obtenir un appartement social sur Angers.
Freepick
Quel était votre état d’esprit à votre arrivée ? Notre objectif était de nous intégrer professionnellement, le plus rapidement possible. La reprise de nos activités professionnelles n’a pas été simple, car l’apprentissage du français a été long et difficile. Les cours de l’OFII* ne permettent pas d’acquérir un niveau suffisant pour s’intégrer à l’université
8
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
ou passer les examens d’équivalence. Nous avons appris le français sur internet, complété par deux semestres à l’université d’Angers pour avoir le niveau B2. À la suite, j’ai enchaîné des stages au CHU, des examens pour obtenir l’équivalence de mon diplôme de médecin généraliste. Depuis février 2018, je travaille aux urgences à Cholet, et j’ai repris des études pour avoir la spécialité de médecine d’urgence. La reconversion professionnelle s’avère être difficile pour mon épouse Ban, qui poursuit toujours ses études pour avoir, elle aussi, ses équivalences. Il faut toujours garder l’espoir, être optimiste ; on a rencontré des difficultés, des obstacles, mais en même temps, cette expérience nous a permis de rencontrer des personnes, des familles et des collègues très accueillants. J’éprouve une reconnaissance inouïe pour la France et la famille d’accueil qui a permis notre arrivée en France. Comment voyez-vous votre avenir ? La situation à Mossoul s’est un petit peu stabilisée, mais la majorité des chrétiens n’osent pas y retourner de peur de la menace et des risques : celui de voir ressurgir brusquement Daesch. Nous voulions vivre en paix et en sécurité. C’est la France qui nous a offert ce répit.
Propos recueillis par Élodie Comoy * Office français de l’immigration et de l’intégration
François lors d’une visite au Centre Astalli (centre d’accueil pour les réfugiés) à Rome, Italie, en 2013.
A. Giuliani - Ciric/BSP
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
RENCONTRES MÉDITERRANÉENNES À MARSEILLE
D
Le pape demande de passer « aux actes »
evant le mémorial en l’honneur des marins et des migrants morts en mer, entouré de responsables marseillais de toutes les religions et de personnalités impliquées dans l’aide aux réfugiés, le souverain pontife a demandé « des actes » face aux drames « qui ensanglantent la Méditerranée », exhortant le vieux continent à choisir la « culture de l’humanité ». Il s’agit bien d’un des sujets qui lui tient le plus à cœur depuis le début de son pontificat : la question migratoire. « Devant un tel drame, a-t-il prévenu, les mots ne servent à rien. » Il faut « des actes », a-t-il martelé, considérant que l’Europe, l’humanité sont à « un carrefour des civilisations » face à une tragédie « qui ensanglante la Méditerranée ». Que leurs venues soient plus ou moins légales, la première réponse à donner à ces personnes exilées doit être celle de l’humanité : sauver les vies, avant toute chose, secourir, soigner, protéger les personnes en danger, et d’abord les plus vulnérables. Comme nous le rappelle le pape François, « soyons un port accueillant pour embrasser ceux qui cherchent un avenir meilleur ». Avant d’être des « migrants », il s’agit d’hommes, de femmes, d’enfants, chacune et chacun dans sa singularité, sa richesse, son parcours, son histoire.
Élodie Comoy
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
9
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Enquête LAURENT GIOVANNONI
Poussées par les désordres du monde
Les personnes qui prennent tous les risques pour partir, le font poussées par les désordres du monde : guerres, régimes autoritaires et violents, désastres économiques et climatiques. On ne s’exile pas par plaisir, mais bien par nécessité.
P
Freepick
our Laurent Giovannoni, ancien responsable accueil et droits des étrangers au Secours catholique, le nombre d’entrées illégales dans l’Union européenne a été multiplié par quatre en Méditerranée centrale, depuis début 2023. Un phénomène d’autant plus étonnant que les entrées sont en baisse sur les autres routes d’accès. L’arrivée de personnes migrantes sur l’île de Lampedusa en Italie a fait encore récemment la une de l’actualité. « Crise migratoire », « submersion »… des termes forts sont employés pour qualifier le drame que vivent quelques milliers de personnes ayant pris tous les risques pour traverser la Méditerranée et espérer une vie meilleure sur les terres européennes. Nombre de responsables politiques font état du « risque migratoire » et des dangers, pour nos sociétés, que fait porter une immigration mal maîtrisée. Pourtant, toutes les expertises indiquent que rien ne justifie de tels propos. Laurent nous rappelle des chiffres simples sur lesquels il a travaillé : le nombre de personnes migrantes arrivant en Europe est en hausse régulière depuis quelques années ; mais le solde migratoire dans l’Union européenne (la différence entre le nombre de personnes entrées et celui de celles
10
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
parties) représente chaque année 0,2 % de sa population. Le phénomène de migrations est aussi vieux que l’humanité. Que leurs venues soient ou non conformes aux législations européennes, la première réponse à donner à ces personnes exilées doit être celle de « l’humanité » : sauver les vies, avant toute chose, secourir, soigner, protéger les personnes en danger, et d’abord les plus vulnérables. Malheureusement, les gouvernements européens, poussés par les plus réfractaires, conçoivent l’Europe comme un îlot menacé à protéger : refoulements brutaux, mise en place d’un dispositif de surveillance quasi militaire, obstacles de toutes sortes pour freiner les opérations de sauvetage déployées par les organisations humanitaires, injonctions aux pays de transit de contrôler strictement leurs frontières et leur espace maritime, etc.
secours-catholique.org - Benjamin Sèze
Que leurs venues soient ou non conformes aux législations européennes, la première réponse à donner à ces personnes exilées doit être celle de l’humanité : sauver les vies, avant toute chose, secourir, soigner, protéger les personnes en danger, et d’abord les plus vulnérables.
Laurent Giovannoni.
Méditerranée : 7 à 8 morts par jour depuis 2014 Toutes ces mesures prises pour restreindre les voies d’accès au territoire européen ont entraîné une augmentation forte des risques pris par les personnes migrantes dans leur parcours. Dans sa décision du 19 octobre 2023, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) constate qu’au moins 28 000 personnes sont décédées depuis 2014 en mer Méditerra-
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
née, faisant de cet espace migratoire le plus meurtrier au monde : soit sept ou huit décès par jour depuis dix ans. Elle appelle les pouvoirs publics « à faire enfin cesser cette situation d’indignité en prenant les mesures qui s’imposent au titre du devoir de recherche et d’assistance aux naufragés ».
Laurent Giovannoni
11
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Événement Comment habiter le monde aujourd’hui ?
Le week-end de rassemblement annuel des sœurs et laïcs de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur s’est déroulé du 22 au 24 septembre, à la maison mère, à Angers, et a regroupé près de 130 personnes sœurs et laïcs sur le thème : « Ensemble sœurs et laïcs, grandir en humanité ».
A
Les interventions des deux conférenciers ont été suivis de travail en groupes.
12
nimé par Jean-René Berthélémy, le rassemblement annuel a été ponctué de visites emblématiques de la maison mère (tunnel, labyrinthe, musée) et d’interventions de qualité. Elena Lasida, professeure à l’Institut catholique de Paris (ICP), docteure en sciences économiques et sociales, a apporté, son éclairage sur les évolutions anthropologiques et sur le bien commun aujourd’hui, à travers une approche interactive. Le père Jean-Michel
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
Amouriaux, supérieur général des eudistes, a abordé la vision de la personne et du bien commun à travers Jean Eudes et Marie-Euphrasie, nos fondateurs. Ces interventions ont permis un point de départ pour un travail en groupes fécond. De nombreux participants ont évoqué le souhait de faire perdurer le lien grâce à des partages et rencontres tout au long de l’année.
Marie Thérèse Berges
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
CONFÉRENCE D’ELENA LASIDA
Pour une autre conception d’« une vie bonne » Révolution numérique, révolution écologique, révolution biologique… Elena Lasida, professeure à l’Institut catholique de Paris (ICP), docteure en sciences économiques et sociales, a abordé lors de sa conférence, des révolutions profondes qui sont intervenues en moins de cinquante ans dans notre société. Ces révolutions interrogent le socle sur lequel s’est construite notre vie commune, autant au niveau local que planétaire. La « conversion écologique » appelle à un changement de mode de vie individuel et collectif. Il s’agit d’initier de nouvelles « habitudes » quotidiennes et de consommation mais, plus fondamentalement, de changer notre imaginaire de « vie bonne ». « On a trop associé la “vie bonne” et la qualité de vie au niveau de consommation et de confort matériel. » La crise écologique constitue une opportunité pour identifier et déployer une autre conception de « vie bonne » et du bonheur, fondée sur la dimension relationnelle de la vie. Le monde révèle de nouvelles capacités avec des sociétés plus démocratiques, qui sont des lieux de confrontation d’idées. Il y a une prise de conscience sur la parité homme-femme, mais dans la réalité il y a encore tant à faire. Le partenariat est un nouvel imaginaire de
vie, de collaboration ; de nouveaux modes de gouvernance font leur chemin. Elena alerte sur notre rapport au temps et nous incite à faire l’expérience de la décélération pour vivre pleinement le moment présent : de s’initier à un nouveau processus et de s’ouvrir à l’inattendu. Notre rapport à l’espace se vit par l’expérience de l’enracinement pour habiter pleinement, faire de chaque espace un lieu de visitation. Pour aller plus loin sur l’institution religieuse, elle questionne sur quelle vie religieuse pour demain ? Interdépendance, gratuité, créativité ? Quelle Église pour demain ? Quels ministères ? Quelle gouvernance ? Quel dialogue avec le monde… ? « Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra », dit un proverbe turc. « Être au monde comme veilleur » !
Pour aller plus loin, une lecture : Le goût de l’autre, la crise une chance pour réinventer le lien d’Elena Lasida (chez Albin Michel, en édition Poche, 2018)
CONFÉRENCE DU PÈRE JEAN-MICHEL AMOURIAUX
La personne et le bien commun selon Jean Eudes et Marie-Euphrasie Jean Eudes et Marie-Euphrasie se sont trouvés, l’un et l’autre à leur époque, à un moment de révolution. Pour Jean Eudes, au XVIIe siècle, ce fut une nouvelle représentation du monde, d’un monde clos à un univers infini ; alors, de nouvelles façons de voir le monde apparaissent. Pour Marie-Euphrasie, au XIXe siècle, la Révolution française a mis un nouveau système, une nouvelle manière d’habiter le monde. Jean Eudes et Marie-Euphrasie ont une vision de la personne humaine dans une relation à Dieu, dans la conception d’un lien d’origine – la Création –, comme lien vital. « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi » (saint Augustin). Aimer davantage, retrouver le ressort en chaque personne pour aimer, la dignité égale de toute personne avec Dieu, c’est la vision évangélique de la société selon Jean Eudes et Marie-Euphrasie, le salut est universel pour tous. Comme Jean Eudes et Marie-Euphrasie, comment nous situer dans une rupture aujourd’hui ? À la manière d’une boussole, se préparer à la lecture de textes de Jean Eudes et Marie-Euphrasie, se les approprier, le travail, en petit groupe, sur ces textes peut nous guider. Ils donnent un certain nombre de missions pour faire le pont avec aujourd’hui, pour mener ensemble la mission, collaborer avec d’autres, toujours en fraternité.
Le Mag’ - n°35 Décembre 2023
13
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Spiritualité L’Avent, attente et avènement !
L
e peuple d’Israël attend le Messie « selon les promesses faites à nos pères » par Dieu, promesse renouvelée plusieurs fois dans diverses circonstances au cours de l’Ancien Testament. « Quand les temps furent accomplis, Dieu envoya son Fils, né d’une femme. » Cette femme, Marie, après avoir vécu l’attente avec son peuple, s’est rendue disponible dans sa chair, à la réalisation de la promesse ! Temps de préparation et de conversion Quand les temps furent accomplis, voilà l’attente des chrétiens, célébrée dans le temps liturgique qu’on appelle l’Avent. Temps de préparation, temps de conversion : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses chemins » (Mt 3,3).
Cette nouvelle, la Bonne Nouvelle, est-elle encore reçue par nos contemporains ? Nous, chrétiens, sommes responsables de sa diffusion. Sommes-nous porteurs de cette Bonne Nouvelle ? Dans nos rapports avec les autres, notre souci du bien commun ?… L’avent nous donne l’occasion de nous le rappeler.
14
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
Temps où Marie peut nous aider aujourd’hui, à préparer le chemin du Seigneur dans l’espérance ! Cette nouvelle, la Bonne Nouvelle, est-elle encore reçue par nos contemporains ? Nous, chrétiens, sommes responsables de sa diffusion. Sommes-nous porteurs de cette Bonne Nouvelle ? Dans nos rapports avec les autres, notre souci du bien commun ?… L’Avent nous donne l’occasion de nous le rappeler. Temps du don de Dieu La vieillesse n’est-elle pas un long avent, avant la grande rencontre avec celui qui nous a appelées, par grâce, pour faire connaître son nom ? Sentiment de notre pauvreté face à une telle faveur pour laquelle nous pouvons dire : « Pourquoi moi, Seigneur ? » « Vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu ! » (Ep 2). Comme Marie, accueillons ce don pour notre monde !
Sœur Mauricette Sarazin Communauté du Verger à Cormelles-le-Royal
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023
15
w w w. b o n p a s t e u r. c o m
Méditation
Adobe Stock
Cherchons la lumière, pour sortir de la noirceur du monde…
16
Le Mag’ - n°35 - Décembre 2023