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QU EST-CE QUE LA TRANSYLVANIE

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EXTRAS DIN BULETINUL SOCIETĂŢII REGALE ROMANE DE GEOGRAFIE, ANUL LIX, 1940

M. O., IMPRIMERIA NAŢIONALĂ BUCUREŞTI 9 4 1

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QU’EST-CE QUE LA TRANSYLVANIE? *) par S. MEHEDINŢI Le principe de Ia liberie individuellc, conime celui des Iiberl.es poliliques, demeure cnracinc dans une foi incxtinguiblc en l’egalite des droits de toute l’cspece humaine. (Humboldt, Cosmos).

Pour la Roumanie, cette provincc est Je noyau (Ie centre), du pays tout entier. La carte ci-dessous le demontre â n’importc qui. ii

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Fig. 1.— Place de la Transylvanie dans le cadre de Ia Roumanie *) Celle question s’adrcssc aussi â ceux qui soni en mesurc de regarder au ■delâ des confins de lcur pays el de leur nalion.

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2 Sans la Transylvanic, la Roumanie serait comme la France amputee de l’Auvergnc ou du bassin parisien ct de l’île de France; ou, pour prendre un exemple â PocCident et l’autre â l’orient de TEurope, comme la Russie sans la region de Moscou; ou bien encore, pour rappcler l’exemple le plus connu de l’histoire universelle, comme 1’Italie sans le Latium et a Toscane. Cette affirmation se fonde sur Ies preuves que voici: I LA TRANSYLVANIE EST LE CENTRE OROGRAPI II QUE DU SOL ROUMAIN Corona montium.

Celui qui etudie une carte d’Europe se rend compte, â premiere vue, que l’arc des Carpathes entoure le milieu de la Roumanie comme un mur une forteresse rondc. Des Tantiquite Ies geographes et Ies historiens ont remarque qu’il existe lâ une couronne dc montagnes (corona montium). Ce caractere de forteresse ressort d’autant plus nettement qu’â Test des Carpathes s’etend une steppe immense, qui se prolonge jusqu’en Siberie et dans Ies deserts de Mongolie. Aussi Ies geographes considercnt-ils la forteresse appclec Transylvanic comme le « bastion le plus avance de l’Europe vers l’Asie » 1). Deja, avant Ia guerre mondiale, un savant geographe, partageant la surface de la planete en regions naturellcs, avait trouve que la Russie, maîtresse de ces plaines immcnses, devrait plutot etre denommee « Grande Siberie», (Gross-Sibirien). En effet, celui qui etudie de plus preş l’ecorce du globe, le climat, Ies cours d’eau, la vegetation, Ies races humaines, la geographic politique et I’histoire, se rend compte que la vcritable frontiere entre TEurope et l’Asie ne s’arretc pas aux monts Oural, mais â Tisthme qui separe la Mer Noire de la Mer Baltique. A l’Ouest de l’isthme ponto*) Pelermnnn’s Mitteilungen, 1912, p. 3. i*

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En effet, de la presqu’îlc iberique â la Mcr Noire, Ies montagnes se rattachent Ies unes aux autres, cn forme de guirlandes elegamment arquees. EJles represcntent en quclquc sorte une familie, — la plus jeune gcneration des montagnes du continent curopeen. (De ce fait leurs cimes, plus elevees, sont en memc temps plus intactes). Dans Ies Carpathes on peut tres bien se rendre comptc de la maniere dont Ies plissements de l’ecorce terrcstre ont

baltique s’etend une region fort vanee d’aspecţ: mon­ tagnes, vallees, collines, p ateaux et quelques petitb fragments de plaine. Dans ectte pârtie de 1’Europe, 1 homme . s’est installe de bonne heure de fagon stable ct a pu developper une civilisation et une culture solide.^ En re* vanche, â l’Est de Tisthme ci-dessus mentionne, s’etend la la plaine la plus vaste de la planete; cile est devenue la patrie des nomades Lcs invasions s’y sont succede, de-

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Fig. 3. — Les Carpalhes, sans la region dc Transylvanie

Fig. 2. — La Transylvanie est Ic noyau orographique du tcrritoirc roumain

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puisles vieux Scythes et les Huns jusqu’aux Tartares, qui, au milieu du XVIII-e siecle, ctendaient encore leurs de predations jusqu’aux Carpalhes Par consequent, la Transylvanie, en tant que noyau de la forteresse carpalhique ct situai ion geographique, forme effectivement le dernier bastion de l’Europe devant la « Grande Siberie ». Mais, en meme temps, elle forme aussi le centre du systeme orographique des Carpathes roumain es

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continuellement accru les montagnes,#en ajoutant des colinnes vers la plaine aux embouchures du Danube. La carte ci-dessus montre d’une fagon explicite les liens organiques qui rattachent le novau de Transylvanie aux plis qui sont venus s’y ajouter ulterieurement, formant autour d’elle un mur exterieur. (Lcs geologues et geographes ont des raisons de croire que ce mur s’accroît encore â l’heure actuelle). • Au contraire, si quelqu’un decoupait de la carte la region occupee par la Transylvanie, il bouleverserait aussi-

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tot toute l'architecture des Carpathes roumaines. Dans l’csquisse ci-contre (fig. 3), la tache blanche, au centre, indique comment se presenterait le sol de la Roumanie, si quelqu’un en retirait le noyau. Les. arcs des montagnes seraient rompus; entre autres, toute la chaîne volcanique revetu Paniere des Carpathes disparaîtrait, chaîne qui orientales, apres l’erection du mur par les plissements de l’ecorce, accompagnees d’eruptions de laves. *!

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Mais, pour comprendre plus clairement ce que signifie le noyau de Transylvanie, en comparaison du reste des territoires habites par les Roumains, il faut considerer un autre caractere: la symctrie architcctonique, digne de servir d’exemple, de la forteresse carpathique: 1. Un plateau moyen, d’environ 500 metres, au-dessus du niveau de la mer, en fait le centre. 2. Tout autour s’eleve une couronne de montagnes moyennes de 1.000 â 1.500 metres environ au-dessus du pla­ teau central. (Le pic le plus eleve des Carpathes roumaines atteint â un peu moins de la moitie du Mont Blanc). 3. Aux flancs des montagnes succede une couronne de vallees, puis une autre de collines, qui vont se perdre doucement dans la plaine. 4. Enfin, aux abords de cette plaine, s’arrondit un encadrement de cours d’eau: la Tisa, le Danube, la mer et le Dniestr, (pareils â des fosses remplis d’eau autour des fortifications de jadis). Une combinaison aussi harmonieuse des elements du relief, je n’en trouve nulle part aillcurs, sur toute la surface du globe. Un savant suisse, geographe et ecrivain, enchante de cette merveilleuse symetrie des formes plastiques dans les Carpathes et les regions contigues, a exprime, voici une trentaine d’annees, le deşir de voir quel­ qu’un dessiner comme carte modele le territoire roumain. , ^ Une carte murale, travaillee avec une precision ma­ thematique et executee avec une telle maîtrise artistique

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qu’elle paraisse plutot un paysage qu’un dessin geometrique, serait pour la Roumanie d’une utilite incalculable... Car ou trouverons-nous un pays dont le territoire presentc des contrastes plus reguliers et des variations plus riches qu’en Roumanie?... D’abord les Carpathes, cette ligne d’une belle courbe. Au milieu, cerne de montagnes, le plateau de Transylvanie, d’ou tout un eventail de cours d’eau prend son elan, pergant le mur de rochers et coulant par la voie la plus courte vers le Danube. «Puis, les montagnes se prolongent par une ligne de coteaux. Et, pour que la variete du terrain soit encore plus prononcee, nous avons entre la Mountenie et la Moldavie la plaine grandiose du Baragan. En meme temps, passe par le pays le plus grand fleuve de l’Europe Centrale, rencontrant de nombreuses îles le long de son cours, entourant de ses ramifications d’enormes regions marecageuses, et formant â son embouchure.un delta fagonne avec une prccision mathematique. Enfin, nous avons une pârtie mari­ time, pourvue d’un littoral aussi varie que possible. « Tous ces elements peuvent etre reunis cartographiquement dans une image pleine de variete, mai une, en meme temps *). Cette unite orographique de l’Etat roumain est si naturcllc, que le savant geographe et ecrivain a exprime, bien avant la guerre mondiale, cet avis, que la carte de la Roumanie d’alors devrait comprendrc aussi la Bessarabie (ravie par les Russes en 1812), la Bukovine (arrachee par les Autrichiens en 1774) el la Transylvanie (envahie par les Hongrois), parlies qai ont conserve les liens les plus etroits avec le Royaume de Roumanie, aussi bien du point de vue hislorique que du point de vue culturel)>, et non seulemcnt geographique. Ces previsions d’un savant se sont realisees apres la guerre mondiale. Les provinces roumaines, occupees par des etrangers, ont ete rattachees â la mere patrie, et le cartographe amateur de travaux artistiques, â la « max) Raymond Netzhammer, La fulure carte de la Roumanie, Buc. 1910.


8 miere suissc », a vu son voeu cxauce. La carte murale de la Roumanic actuelle, fixee aux murs d’une ecole, donne Timpression d’un veritable tablcau: au milieu, la clarte jaunâtre du platcau central; tout autour, le cadre fonce des montagnes couvertes de forets, puis un crescendo de clair, une gamme de coteatix et de collines, d’une hauteur de plus en plus reduite, et de nouveau une autre gamme du vert pâle de la plaine, le long des Carpathcs, jusqu’au vert de plus en plus vif des forets du Danubc et du Delta, '■’-W v continue par le bleu de la mer, A de plus en plus intense, selon la profondeur. La symetrie des formes est mise en meme /] temps en evidence par l’har? Z' monie des couleurs. y Un autre geographe a com­ •s. pare l’image presque ronde 7675 de la Roumanie â une meFig. 4. — Sceau de la Socict6 Royaie daille. Le sceau de la « Societe de G6ographie de Roumanie Roumaine de GeOgraphie », fondee voici trois quarts de siecle par Caro! T-er « roi des Roumains », contient egalement en miniature la carte du pays. C’est donc â juste raison que Ia Transylvanie nous apparaît comme le noyau cVun tout orographique, donl Ies parties se raccordent d’une maniere organique. Entre la steppe russe etla «pousta » ou steppe hongroise, la forteresse carpathique s’eleve avec une individualite independante, « comme une unite physico-geograpbique extraordinaire», ainsi que 1*a reconnu, des 1915, un savant geographe hongrois, le dr. Cholnoky Jeno.

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11 LA TRANSYLVANIE EST LE CENTRE DE LA REGION A CLIMAT DACE Climat de transiliou.

En ce qui concerne la temperature. Ies vents et Ies pluies, la Roumanie est situee â une sorte de carrefour climatique. C’est la, en effet, que s’opere le passage du climat conti­ nental (excessif) de Russie, au climat tempcre de TEuro­ pe Centrale, ou se ressent cncore Tinfluence bienfaisante de l’Ocean Atlantique (Gulfslream). En grandes lignes, Ies choFig. 5. — Climat de la Roumanie ses se presentent ainsi: Dans le Midi on sent, dans une certaine mesure, le cli­ mat mcditerraneen. (Dans le coin Sud-Ouest, la vigne peut rester l*hiver sans etrc enterree; on y rencontre cgalement quelques forets de châtaigniers doux; plusieurs


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10 groupes s’etendent meme jusqu’aux confins septentrionaux de la Transylvanie, â Baia-Mare). A la frontiere du Nord, le climat se rapproche de celui des pays qui bordent la Mer Baltique. A l’Ouest predomine l’influence de la plaine seche, (la pousta hongroise), el â l’Est, de la steppe russe, gla­ ciale en hiver (le Crivatz) et brulante en ete. Par consequent, au lieu de « climat danubien » comme d’aucuns Tont appele, le nom qui convient le mieux aux conditions atmospheriques de cette region de transition, â quatre fagades climatiques, serait celui de climat dace1), car Ies causes de cette mosaique meteorologique sont Ies assises, la forme et Valiitude des Carpathes, et non le Danube, dont la source est proche du Rhin et qui est lui-memc, non pas la cause, mais l’effet, de piusieurs nuances de climat, selon Ies pays qu’il traverse avant d’entrer cn Roumanie. La forteresse carpathique est donc une region de transition, dont la Transylvanie forme le centre. Celui qui regarde la carte des lignes d’egale amplitude annuelle, remarque tout de suite que celle du milieu (25) suit une direction presque verticale, comme le meridien, preuve que la, en Transylvanie, se trouve la zone d’equilibre de la mossaique climatique.

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x) Le terme.«getepropose jadis, pourrait suggerer l’idee que cet Rinu01! sculcmont a ce que les gcologues appellent « La depression 1 leurs les denommaUons gete et dace sont synonymcs et desi^nent le peuple en deux Iangues diff6rentcs (StrabonJ. ae:»Dncnt Ie

asn^rt gete » meme meme

III LA TRANSYLVANIE EST LE CENTRE DU SYSTEME HYDROGRAPHIQUE DE LA ROUMANIE Dc meme que Ia Suisse est Ie « château d’eau » dc I’Europe, la Transylvanie est le châlcau d’eau de la Roumanie.

Les fleuves demontrent mieux que tout aulrc exemple que la Transylvanie est en verite le noyau du pays roumain. Pareils aux rayons d'une roue, les cours d'eau se repandent du plateau transylvain et de la couronne de montdgiies qui Venloure. Toute carte physique de la Roumanie peut demontrer sur champ le Texactitude de cette comparaison. Rcgardez les fleuves les plus importants dans l’esquissc de la page 6. Le S omes, (ancien Sa mus de Ia Dacie trajane), surgit de Penceinte des montagnes et se dirige vers le Nord, comme s’il voulait gagner la mer Ballique. Presque tous ses affluents sortent de Transylvanie par ses deux branches jumelles, (le Grand et le Petit Someş), pour descendre ensuite vers la plaine basse de la Tisa. Le Mureş, (antique Maris), ne ramasse, lui-aussi, presque toutes ses eaux qu’en Transylvanie d’ou il les achcmine vers l’occident; dans le plaine, il ne regoit plus aucun affluent. Le J i u, (dont l’affluent Motru nous rappelle le dace A m u t r i u m), en tout point semblable au Someş, ramasse en deux branches les eaux transylvaines, puis perce le

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12 mur carpathique, vers le Sud, pour arriver plus rapidement au Danube. L'Olt, (ancien Al ut a), est â demi un flcuve transylvain. II reunit Ies deux pays du memc nom, Tun de ce cote-ci, l’autre de ce cote-lâ de la chaîne la plus elevee des Carpathes. L e P a y s de L'Olt ou du Făgăraş, est rOltenie, c’est-â-dire la region entre l’01t, le Danube et Ies montagnes; enfin, le puissant fleuve traverse en entier le mur des Carpathes, jusqu’aux abords de ses bases, comme pour l’ouvrir lui-aussi une courte route vers le Midi. Seul, V Argeş, (Ordesos, ou Argeş sos, de Herodotc), ne re$oit pas ses eaux de Transylvanic. Le Buzău, (antique M o u s e o s) a, lui aussi, ses sources en Transylvanie, de sorte qu’il est force de couper toute la chaîne carpathique pour descendre vers l’Est dans la plainc danubicnne. Le Trotuş et la Bistritza, deux des afflucnts Ies plus importants du Sereth, (dans l’antiquite Hierasus), ont egalement leur source dans Ies monts de Transylvanic. Le Pruthy (jadis Pyrelos), vient aussi des montagnes. Ainsi Ies cours d’eau de a Roumanie rayonncnt du centre du pays vers tous Ies points cardinaux, faisanl une sorte de « cyclone d’eau ». A juste titre la Transylvanie est pour l’hydrographie de la Roumanie un vcritable « château d’eau». Celui qui effaccrait de la carte Ies fleuves de la Transylvanie ferait de l’hydrographie de la Roumanie un veritable contresens — il laisscrait â peu preş tous Ies fleuves sans source. Par consequent, cette province au milieu de l’Etat Roumain est bien le centre hydrographique de tout le systeme de fleuves qui ont sculpte et scuiptent encore la terre roumaine.

IV LA TRANSYLVANIE EST LE CENTRE ETHNOGRAPHIQUE, ANTHROPOGEOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE DU PEUPLE ROUMAIN La Transylvanie a 6te depuis l’antiquite jusqu’â present le foyer de la nalion attachce aux Carpathes.

La meillcure des preuves est toujours une carte. L’csquisse ci-dcssous representc l’extension de l’element rouinain entre la Tisa, le Danube, la Mcr Noire ct le Dniestr, (laissant de cote sculement Ies Roumains d’Albanie, de Grece et d’autrcs regions de la peninsule balcanique). Si nous laissons cn blanc la supcrficie de la Transyl­ vanie, (voir figurc 3), la nation roumaine ressemble â une rouc â laquclîc manqueraient ses rayons et son noyeu et dont il ne resterait que la jante. Quel sens aurait une parcille image? Existc-t-il quclquc part surla surfacc du globe un pcuplc installe sur son territoirc â la maniere d’un arc, c’est-â-dire laissant inoccupe justement le milieu de l’espacc geographiquc qu’il habite? Peut-on se figurer un epiderme sans le corps qui l’a produit? En realite, la nation roumaine, comme on le voit sur la carte ethnographique ci-contre, occupe une region â peu preş ronde. Son image cartographique ressemble â un disque, et pour ce qui concerne Ies taches blanches, elles reprcsentcnt que ques îlots allogenes, c’est-â-dire fort peu de chose en regard du bloc roumain, — surtout si nous tenons compte du fait qu’ils n'ont pas la meme


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nationalite, ne parlent pas la mente langue, n on£ pas meme conjession, ct restcnt disperses plutot vers la Peri­ pherie. . . Par consequent, la Transylvanie est le centre de la Roumanic, non sculcmcnt du point de vue oiogi aphique, climatique et hydrographique, mais egalement du point de vue ethnographique anthropogeographiquc et histo-

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Fig. 6.

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Propagation dc Ia nalion roumainc liee aux Carpathes

nque. comme le demontreront plus succinctement Ies faits suivants: A) Faits elhnographiques. Depuis deux miile ans et plus, depuis que l’histoire nous a conserve la Science de la vie humaine ^ en ce coin de l’Europe, Ies invasions y ont toujours ete des plus nombreuses. Au Moyen Age, Ies barbares se sont bouscules Ies uns , . Ies autres .vers cette region: Ies uns venaient, pillment et partaient aussitot; d’autres, faisant halte plus longtemps, s eparpillaient apres le pillage jusqu’en Occi-

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dent (Attila). La plaine qui s’etend entre le genou des Carpathes et le dernier coude du Danube a ete particulieremcnt la grande route la plus frequentee par Ies envahisseurs. Â juste raison on l’appclee la « Porte des invasions», et un chroniqueur roumain a caracterise ainsi sa position geographique: «le sol roumain est situe au carrefour de toutes Ies cruautes ». Pourtant, au milieu de cette houle, est dcmeure quelque chose d’inebranlable: la nailon altachee aux Carpathes. Des l’antiquite, geographes et historiens se sont rendu compte que ses habitants tenaient â leur patrie, comme un arbre adhere au sol par ses racines, (ihaerent montibus Daci). Et Ies descendants des Daces ont fait de meme. Nous possedons un de ces temoignages qu’aucun hommedouede jugement ne saurait refuter: La Colonne de Trajan nous montre aujourd’hui encore, en plein centre de Rome, des scenes de la Fig. — 7. Costume des paysans vie carpathique de voici dc Ia montagne deux miile ans. Preuve tangible, entre autres, que Ies Daces â l’epoque' de la conquete romaine portaient le meme costume que Ies paysans de la Transylvanie acluclle. Nulle part cn Europe, la population rurale n’a conserve son cos­ tume depuis le debut de Fere chretienne, comme il est arrive dans Ies Carpathes. L’ethnographe, Tarcheo-

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16 logue et l’hislorien peuvent trouvcr dans la Roumanie d’aujourd’hui le commcntaire le plus explicite des scenes representecs sur la colonne erigec â l’issue des guerres de Rome avec les Daces. Depuis la sandale (opinca), attachee avec des ficelles ou avec des courroies â la plante du pied, jusqu’â la chemise longuc et large, ceinturee d’une courroie, jusqu’aux che%’y’ veux longs, portes aujourd’hui encorc par 1 les vieillards, la ressemblance est parfaite entres les vieux Daces et leurs dcscendants ■£ act ucis. Plus loin, nous enumererons d’autres traits de caractere ethnographiquc. Ici nous en avons mis en avant un seul, le costume, etant donne qu-il peut etre verific non seu­ lement par les savants, mais egalement par n’importe quel voyageur parcourant la Roumanie. D’ailleurs, r—*-----rmeme le mot «a îm­ Fig. 8. — Les Daces sur la Colonne Trajanc brăca — îmbrăcare », rappelle precisement le vetement special qui couvrait les pieds des Daces. Comme les Gaulois ils portaient

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des «bracae», sorte de large pantalon paysan, inconnu dans Ies pays plus chauds des bords de la Mediterranee. «A se îmbrăca», s’habiller, signifiait alors en langue roumaine couvrir le corps enticr, et non seulement Ies pieds. En meme temps que ce sens nouveau 1), le pcuple roumain a conserve son vetement antique et son nom d’il y a deux miile ans. B) Fails anthropologiques. Lcs anthropologues ne connaissent nulle part de races pures. II y a cependant des regions habitees par des peuples archaiques, et relativement mieux preservees des melanges. Tel est le cas dans Ies Carpathes. Dans la plaine pontocaspienne lcs migrations de nomades ont ete si frequentes qu’on peut dire que lcs barbares y ont passe comme Ies nuees sur le ciel. A d’autres moments la steppe restait inhabitee sur de vastes etendues. Aux XlII-eme et XlV-eme siecles Ia pârtie meridionale de la Russie etait ă peu preş Fig. 9. — Vase prchistorique d6vide2). Les choses se precouvcrt rccemment au pied des sentaient tout â fait autreCarpathes ment dans la forteresse montagneuse des Carpathes. Des l’epoque neolithique la population de cette region a reussi â se stabiliser, fait qui ressort des installations prehistoriques mises au jour ultericurement (â Ariushd et ailleurs). Les habitants y ont atteint une civilisation digne d’admiration. Leur ceramique peinte, surtout, est mervcilleuse. Les vases de l) Dracatus. a) P. M i 1 i o u k o v, Essai sur la civilisation russe, Paris, 1901, p. 70.

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grandes dimensions revetus d’ornements polychromes ne rcpresentent pas d’individus vivant au jour le jour et changeant de residence. Les maisons, aussi bien que. Ies outils et Ies restes de nourriture, demontrent la stabilite d’installations fondees sur le travail de la terre, la peche,

« Les peuples de la Roumanic se groupent, commc race sanguine, autour d’un noyau roumain qui se trouve specialement dans le centre montagneux de la Transylvanie, riche en clements europeens. Les elements de race sanguine indiquent jusqu’â un certain point nolrc origine commune avcc Ies autres peuples Iatins; ils se trouvent dans tous les pays qui ont appartenu â l’empire romain Selon l’indcx biologique de Hirschfeld «les Roumains occupent comme structure de race sanguine une place intermediaire entre les peuples la lins et germaniqucs de l’Europe de Touest, d’une part, et les Slaves d’autre part, se differenciant des peuples du Balkan ». « Le fond europeen (p) des Roumains des regions montagneuses est plutol celui des populations des Alpes, de rItalie du Nord, de la vallcc du Rliin et de la Scandinavie... La proportion de la propriete P et Q se trouve ici au niveau de celle de la race alpine et m6me de la race nordique». En revanche, «la propriete asiatique augmente au dessus du niveau alpin, vers le niveau mongoloide, chez tous les Slaves d'alentour, specialement chez les Polonais et les Russes, les Hongrois et les Tarlares en culminant chez les Hongrois de la region de Szegedin » 1).

la chasse et l’industrie domestique. En presence d’un tel etat de choses, on ne voit aucune raison qui ait pu determiner la population habituee au centre carpathique â abandonner cette region. Et les mcnsurations des anthropologues verifient cette affirmation. Un des meilleurs connaisseurs du peuple roumain, etudiant Vindice ceplialique des habitants, est arrive â la conclusion suivante: « Rien ne nous empechc de presumer que les habi­ tants qui bâtirent les cabanes funeraires de Moldavie, â l’epoque de la pierre polie, ne fussent les memes que ceux que les historiens antiques ont appeles plus tard Daces ou Getes -1). Le meme savant affirme que le sejour des colons envoyes dans ces lieux par les Romains, apres la conquete de la Dacie, n’a pas reussi â altcrer le fond primitif de la population ancestrale. « On ne voit pas que 1’invasion roinaine et la conquete de Trajan aient produit des troubles profonds dans les caracteristiques physiques de la nation dace, heritees elles-memes des peuples autochtones». Posterieurement, le prof. Lebzelter, anthropologue viennois bien connu, et qui a fait d’actives recherches en Transylvanie, a abouti â un resultat analogue. Mais ce ne sont pas sculemcnt les caracteristiques du crane, ce sont aussi celles du sang qui nous conduisent â une meme conclusion. Les cxamens serologiques montrcnt que la tigc ethnique, (en l’occurrence les Daces), forme actuellement T element essentiel de la race carpathique 2). Au dernier congres internaţional d’anthropologie, les specialistes ont formule la conclusion suivante: Eug. Pittard, Etude sur Vindice ceplialique cn Roumanic avcc un essai de riparlition geographique de ce caractere. Bucarcst, 1927, p. 92 et suiv. *) Cultura, Cluj, 1924, p. 225.

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Par consequent, â l’unite orographique et hydrographique de la region carpathique, vient s’ajouter aussi Vunite anlhropologique de la race qui y demeure depuis les temps prehistoriques. En consequencc, l’affirmation du geographe allemand considerant la forteresse des Carpathes comme «le bastion de VEurope vers l’Asie », s’applique egalement â la population. Les recherches serologiques, aussi bien que les recherches craniologiques, prouvent la continuit.e d’un facteur ethnique ancestral. « C’est dans la region du Sud-Ouest qu’on apergoit le micux le melange des elements venus de la colonisation romainc. Le type plus brun des Roumains du Banat et de la Transylvanie, ainsi que leur physionomie plus meri­ dionale, indiquc une iniiltration provenant de la Mediterranee, tandis que le type blond, dace, apparaît plus nettement dans certaincs regions montagneuses, plus q Prof. Dr. Gcorgcs Popoviciu, Les Raccs sanguines en Roumahie au XVII-cnic Congres International d’Anthropologic et d'Archeologic Prehislorique, Bucarest, 1939, pp. 309, 312, 314, 316. 2*

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isolecs *) ». Â l’Oucst de la Transylvanie, chez Ies « Motzi », c’est le type blond qui se rencontre.le plus frequemment. Si l*on cn remarque quelques-uns aux cheveux châtains i leurs yeux quand meme sont «blcus », et dans ceitains villages une jeune fille, ne choisirait pour rien au monde un mari brun2). Dans d’autres regions on trouve egalement le type blond. Beaucoup d’enfants ont â leur naissance Ies cheveux blonds. Ce n’est que plus tard qu’ils devienncnt plus fonces. (Apres l’adolescence la chevelure est châtaine ou noire, mais Ies moustaches restcnt d’une

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raison d’etrc surpris que le costume dace se soit si longtemps maintenu dans Ies vallees plus relirees des Carpathes. Les montagnes, ausşi bien que Ies îles, ont la propriete de conservei’ non seulement les anciennes especcs vegetales et animales (on les appelle reliques), mais egalement les populations et Ies coutumes ancestrales. (L’Irlande, â cause de son insularite, est restee jusqu’â present celtique;

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Fig. 10. — Vascs de type archalquc, confcctionncs par les paysans uniquemcnt «\ la main

nuance qui tend vers le blond). II se pourrait donc qu’une recherche plus minutieuse fît ressortir des traces plus nombreuses encore d’une population ancestrale. En tout cas, il ressort des faits connus jusqu’â present qu’aucune anthropologie, ni prehistoirc, ne nous revele, dans les regions carpathiques, l’existence d’un autre peuple ayant precede les Daces. Ce sont les vrais ancetres du peuple roumain. Leur continuite s’etend jusqu’a l’epoque neolithique. Et, s’il enest ainsi, nous n’avons aucune a! n n ^î1 °i^ 1 “.D’ Lc PaiJs cl te peuple roumains, Bucarcst, 1927, ,. ! X e 11 u d a, Ecclterches sur les groupcs sauguins chez les Motzi demic Roumaine, Mcm. Seci. Scientifique, scrie III, tome XIV, Mcm. Bucureşti 1940 V L° Psychol°sic des Molzi' x£,l°Phobie el ldâal

p. 81. (Aca­ 10) et racial'

Fig. 11. — La region de la Vallee du Maramureş avec la ceramique travaillee â la main

es Basques, dans les Pyrenees, et tant de fragments de peuples du Caucase, de l’Himalaya, etc., sont egalement des «reliques». Pareillement, les Carpathes ont protege leur îlot ethnique de tout melange avec les nations environnantes). C. Faits prchisloriques. Commc preuve de Tarchaisme de la population carpathique, par consequent, et de son

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etonnante stabilite, on peut relever d’autrcs faits, plus faciles â controler. Un document d’unc valeur exceptionnclle est la ceramique rurale. Dans beaucoup dc villages on ne prepare pas certains mets dans n importe quel recipient, mais seulement dans des pots ou marmites travailUs ă la main. Ces pots sont modeles d une maniere fort originale: le corps est prepare avec de largile melee de sabie, puis on amincit la pâte en forme de corde assez allongee, jusqu’â ce qu’on arrive â en faire un pot. Le procede est le meme; on fait d’abord le fond, en enroulant continuellement Ies extremitcs â la maniere d un scrpcnt. Quand la spirale du fond est suffisante, on continue â cnrouler la corde, en remontant sans arret la spirale, pour confectionner egalement Ies parois du pot jusqu â ce qu’on arrive â l’ouverture. Le vase, .bien entendu, n’est pas d’une symetrie rigoureuse, parce que le potier le fagonne ensuite avec Ies doigts, puis y ajoute deux anscs. (Les dimensions sont variables: depuis le petit pot de terre servant â boire, jusqu’aux « cruches», qui peuvent contenir de dix â quinze litres d’eau). Ce n’est pas tout. Â cote, de cette ceramique archaique, â destination purement utilitaires, existe egalement une ceramique rurale, ornee de certains decors. Et ce fait n’est-il pas saisissant, â premiere vue, que le motif de la spirale, si caracteristique de l’epoque neolithique des Carpathes, se repete sur les pots et terrines travailles acluellemeni par les villageois? Ces faits prouvent que la population qui modele ainsi la potcrie rd a jamais ete nomade. Les ethnographes savent que les nomades n’ont et ne peuvent avoir de ceramique. Etant continuellement en route, â la suite de leurs tro,upeaux, ils ne peuvent emporter avec eux des objets aussi fragiles que des vases en pate. En second lieu, meme chez les populations sedentaires, la ceramique exige des rapports stables avec des localites definies, car on ne trouve pas n’importe oii la glaise necessaire â la confection des jettes, ecuelles, plats, etc. En consequence, sil existe aujourd’hui, dans les Carpathes, une zone de

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ceramique rurale qui continue la poterie prehistorique, et, au coeur de la Transylvanic, (fig. 11) une ceramique travaillee uniquement â la main et meme en cordes entortillees en serpentin, c’est la une preuve palpable que la population en question y persevere dans une continuite millenaire. Si elle s’etait absentee un instant des Car­ pathes pour vagabonder comme les nomades, ses coutuines ancestrales se seraient perdues. Si le peuple carpathique etait venu en Transylvanie il y a quelque siecles seulement, ou voici miile ou deux miile ans, comment aurait-il pu inventer justement la methode primitive de modeler un pot dans une spirale de glaise, quand il lui aurait ete bien plus facile d’imiter la poterie plus perfectionnee dont les restes prehistoriques sont si nombreux? Mais les faits ne se bornent pas â celui-lâ. Nous possedons encore un autre document sur l’archaisme de cette population. iNon loin de la region de la ceramique travaillee â la main, s’elevc le massif du Caliman, avec de merveilleux pâturages alpins sur le somment aplati de l’ancien volcan. Le pâturage y est tres developpe et chaque printemps, lorsque les troupeaux montent dans la zone alpine, les bergers se servent, pendant les premiers jours, de ce qu’ils appellent le « feu vif », c’est-â-dire d’un feu allume en frottant l’un contre l’autre des morceaux de bois. C’est la methode la plus ancienne â laquelle ont eu recours les etres humains au debut de la civilisation. Cette ceremonie, par laquelle on assure la purete parfaite des flammes, necessaires â la prosperite des troupeaux et des pasteurs, est une preuve qu’en dehors du prototype des grandes transhumances qui permettent aux troupeaux de deambuler des sommets des Carpathes jusqu’â la steppe de la Pannonie, â l’Ouest, et â la steppe pontique, â l’Est, il existe encore un autre type special rattache seulement aux montagnes: le va et vient entre le sommet et la basse de chaque massif montagneux. Une expression tiree de documents plus anciens, et relevant que les pasteurs du bassin du Someş etaient maîtres des pâturages alpins,


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fin anticum dominium el usum alpium suorum) est une preuve tangible quc Ic « feu vif » est une tradition ances­ trale. Ceux qui crrent le long des steppes n auraient pas eu â portee de la main le bois necessaire pour la «sciene de feu ». Les nomades font du feu avec des herbes et du fuimer.

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Dans rOucst du pays, nous Irouvons toute une region, ou la poterie conserve encore actuellemcnt les motifs de la ceramique romaine. Et cette zone coincide precisement avec la contree ou la colonisation romaine a ete la plus intense, ce qui prouve que non seulement la population neolithique est restee etroitcment unie â cette contree, mais que les colons romains, eux aussi, melanges plus tard

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Fig. 12. — Allumage du feu vif par le frollement dc bois

De meme que la ceramique travaillee â la main et le « feu vif » prouvent la grande anciennete et la stabilite de a population transylvaine, depuis les temps prehistoriques, la diffusion geographiquo des differents types de po­ terie roumame demontre la meme continuite pendant les temps istoriques. N est-il pas vrai que, de la carte ci-dcssus, ressort une demonstration fort significative ?

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Fig. 13. — Propagation dc la ceramique de type prehistoriquc et de type romain 1. type romain; 2. type prehistoriquc

avec les Daces, rCont plus quitte des regions si favorables ă leur vie. De meme que vers PEst, nous avons toute une zone ou la poterie actuelle rappelle la poterie prehistorique, (parce que la penetration de Pelement romain y a ete plus faiblc), ainsi vers l’Ouest, on a conserve un type de ceramique influence par la civilisation romaine. Et cela aussi est une preuve indiscutable de la continuite de la population de la Dacie romanisee. Si elle avait quitte la Dacie, la coincidence entre la ceramique de type romain

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et la region plus intenscment colonisec serait un mystere impossible â cxpliquer. Toujours â ce propos de la ceramique nous devons rappeler encore un autre fait: l’habitude qu’ont Ies femmes de porter leurs vases sur Fepaule et meme sur la tete. Cette coutume, si rcpandue dans Ies pays de la Mediterranec, (en Allemagne elle s’est etendue seulement au Sud, ou la penetration româine a etc plus sensible), a ete egale-

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que lui ajouter de temps â autre quelqucs elements allogenes. Les barbares de l’antiquite et du moyen âge ont peri. Seul le substratum autochtonc, c’est-â-dire dace, greffe plus tard par la colonisation de Trajan, est resteinaltere. D) Faits linguistiques. L’analyse du langage des Carpathes, sur la basc des cartes de «1*Atlas de la langue roumaine » prouvc d’unc facon, plus explicite encore, que

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Fig. 15. — Propagalion tiu mot «păcurar»

ment conservee chez les Roumains, surtout dans la re­ gion du Sud-Ouest, c’est-â-dire dans le Banat, en Oltenie et dans l’Ouest de la Transylvanie, ou les colons ont ete plus nombreux. En consequencc de tous ces faits, s’impose une conclusi°n tres nette: les invasions, aussi bien celles des nomades d’Orient (Scythes et tous ceux qui les ont suivis), et les invasions d’Occident, (Celtcs, Iazygues, etc.), n’ont pu faire bouger de place le bloc carpathique, et n’ont fait

la Transylvanie represente le fondement de la vie du peuple roumain, depuis deux miile ans jusqu â present. Fcu Meyer-Liibke, illustre representant de la philologie romane â FUniversite de Vienne, a releve une chose qui vaut la peine d’etre rappelee: Parmi toutes les langues romanes c’est la langue roumaine qui presente justement l’aspect le plus archaique. Elle « montre les caracteristiques de ce parler et, â beaucoup d’egards, plus purement que lcs autres langucs. . . La langue du peuple rou-

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main presente de la maniere la plus limpide Pevolution du parler latin vers le parler roman 1). Separee de meilleure heure du tronc de la latinite et demeurec comme une lle isolee â l’Est de l’Europe, il est naturel que la langue des Roumains ait conserve plus entieres Ies caracteristiques du parler populaire d’il y a deux miile ans. Voyons ce que nous enseigne aussi «L’Atlas de la Langue Roumaine ».

teur de la revue « Zcitschrift fur Romanischc Filologie », et professeur â l’Universite de Leipzig, l’appcllc « ein gewaltige Werk... das die ganze Forschergemeinde der Romanisten mit Stolz erfiillen muss». Nous nous excusons aupres de nos lecteurs d’avoir commence par citer ces temoignages. D’autres vont suivre, tout aussi importants, mais, par la, nous avons voulu inciter ceux qui justemcnt n’ont pas touche de preş aux

Fig. 16. — Propagation du mot «pedestru»

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1 Au sujet de la valeur scientifique de cet ouvrage, il suffit de rappelcr d’abord que Ies specialistes Fadmettent sans reservcs. Le professeur I. lud, redacteur de la revue « Yox Romanica » et coauteur du grand atlas italosuisse, appelle Pouvrage roumain «eine wissenschaftliche Grosstat ». Un autre savant, W. v. Wartburg, direc-

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recherches philologiques, â examiner attentivement Ies cartes ci-dessous. C’est chose connue que «Ies mots et Ies formes d’une langue se conservent bien mieu dans Ies regions peripheriques et isolees », qu’au milieu de l’aire d’un langage, ou Ies innovations sont plus puissantes, et ou la circulation plus vive peut etouffer plus rapidement Theritage des anciens (Bartoli). La carte ci-jointe montre que le terme latin pccorarius (pasteur) s’est precisement conserve, en Transylvanie, sur Ies confins occidentaux du territoire

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roumain — c’cst-â-dire dans la region dc la colonisation la plus puissante. Le mot « pedestru » (pieton), du latin pedesler ou pedeslris saute cncore davantage aux ycux. II s’est conserve le long des montagnes de l’Ouest, par consequent toujours dans la region de colonisation intense. (La montagne s’accommodc egalement dc ccttc maniere dc se deplacer). On pourrait faire aussi la meme observation â propos

L’extension du mot « cuminecătura » (communion), de communicare (en latin vulgaire: comminicare), prouve la meme chose: Le mot plus ancien, c’est-â-dirc latin, a ete conserve, selon la regie etablie par Bartoli, aux confins, et l’expression « împărtăşire » — participare — (participcr) â la reception symbolique du corps de Jesus, s’est conservee aux confins ou l’inl'luence religieuse du slavon a ete plus vive. Le mot communicare — soit dit en passant — est

Fig. 18. — Propagation du mot «cuminecătura»

Fig. 19. — Propagation du mot «judeţ »

de la diffusion du mot june (jcune de juvenis). Le mot la­ tin juvcnis a un sens numerique: celui qui compte peu d’annees, c’est-â-dire qui est d’un âge peu avance. Tener comporte une nuance ethique: frele, delicat... Et la nous voyons que le sens caracteristique, c’est-â-dire june (d’apres le nombre d’annees) s’est conserve aux confins de 1 Ouesţ, tandis qu’il est reste tânăr dans Ies parties de temtoires plus proches des Slaves. La mollessc des Slaves a fait mcliner de ce cote la balance vers le mot latin tener.

egalement une preuve de l’anciennete du christianisme roumain, accepte par la population daco-romaine des Ies premiers siecles, sous l’influence du latin commc langue de cui tu re. Enfin, la propagation du mot «judeţ » (departement, de judex) sur l’etendue dc tout le sol roumain prouve de ma­ niere tangible que certaines formes de la vie sociale et administrative se sont conservees identiques dans toute la masse du peuple roumain, servant, avec la langue, de fonds commun qui assure la cohesion ethnique.

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Ces faits concrets et la circonstance que non seulement ies mots, mais aussi certaines caracteristiques phonologiques et morphologiques indiquent la nature plus conservatrice des Roumains de l’Ouest et du Nord du pays, (regions laterales), justifient pleinement la conclusion du philologue qui a realise cette grande ocuvre scientifique. Elle est ainsi libellee: « Si la population romane avait dispăru du territoire de la Roumanie actuelle, comme le pretendent Ies adversaircs de la continuite, ne serait-ce pas un jeu bicn merveilleux du hasard, que parmi Ies Roumains venus s’etablir â peinc vers Pan 1.000, de la Peninsule Balkaniquc, dans la region ou la românite etait justement la plus in­ tense, Ies immigrants aient mieux conserve Ies elements latins que lcurs freres du Danube? » D’autre part, s’il ne s’etait pas conserve, au moins dans Ies regions occidentales et septentrionales, une po­ pulation autochtone de langagc roman, on ne comprendrait pas comment Ies innovations venues du Midi auraient pu etre arretees dans leur expansion, non par d’autres in­ novations venues de l’Ouest ou du Nord, mais par une barriere de mots anciens et de forme d'origine latine. Ces constatations philologiques, appuyess sur la carte de la propagation des mots, nelaissent plus â aucun hommede Science le moindre doute sur la continuite de Pelement roumain dans Ies regions ou il se trouve actuellement. De meme que le crăne et le sang, la langue d’un peuplc ne peut pas etre changee selon Ia volonte de quelqu’un, ni « camouflee ». La carte de Pexpansion d’un mot, comme celle des especes vegetales ou animalcs, est un document concret, que pcrsonne ne peut plus perdre de vue une fois que le fait a ete constate scientifiquement. Et, en ce qui concerne la valeur scientifique de 1’Atlas sus-enonce, en dehors des temoignages enumeres plus haut, qu’il nous soit permis d’en ajouter d’autres. Le prof. K. Jaberg de l’universite de Berne, lui-meme co-auteur de PAtlas ItaloSuisse, ecrit dans Spracliwissenschaftliche Forschungen, qu en Roumanie, se trouve un « centre de rccherches »...

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comme on n’en rencontre peut-etre aucun dans l’Occident de l’Europe ». Un autre savant, E. Bertoni, prof. â l’Universite de Rome et membre de PAcademie Italienne, qualifie cct Atlas d’oeuvre grandiose»; un autre philologue celebre, G. Rohlfs, prof. â PUniversite de Munich, l’appelle un travail formidable, (eine grossartige Leistung), faisant honneur aux deux explorateurs (du parler roumain) et â la Science roumaine »... D’oîi cette conclusion importante que «la latinite de la periode de colonisation de Trajan ne s'y est jamais eteinle, mais s’est conservee sans interruption au cours des siecles — dans la bouche de la population rurale». C’est egalcrnent la conclusion du linguiste finlandais O. I. Tuulio: « II ne saurait plus etre qucstion aujourd’hui d’une perte de la românite en Roumanie au debut du Moycn Age, ni d’une re-romanisation moyenâgeause, par un afflux de Roumains partis du Sud du Danube. L’Ouest de la Roumanie a conserve la tradition latine avec la fidelite la plus grande. Ce fait ressort nettement de plusieurs cartes du Grand Atlas linguistique des Roumains » 1). Enfin, â des resultats encore plus complets aboutit le prof. Ernst Gamillscheg, representant de la philologie romane â PUniversite de Berlin. Ce savant se sert d’un materiei recueilli par lui-meme, au cours de plusieurs voyages d’une enquete personnelle. Et, dans une communi.cation faite cette annec-meme â l’Academic de Berlin, l’eminent philologue arrive «pas â pas» jusqu’â la cellule germinative (Keimzelle) du românisme du Nord-Ouest, dans la patrie primitive... des Roumains de Transylvanic » 2), dont la carte ci-jointe fixe Ies positions. On y voit: 1. Que, dans Ies montagnes de la Transylvanic Occidentale, oii la petite viile d’Abrud (A brutt u m) a conserve jusqu’ici son ancien nom dace, nous trouvons encore actuellement «la românite la plus ancienne ». J) Sexlil Puşca r i u, Lcs Enscigncments de l'Atlas Linguistique de Roumanie, 1936, p. 10 (oxlr. de la Rcvue Transylvanie, tome III). *). Ernst Gamillscheg, Vber der Ilerkunfl der Rumănen, Berlin, 1940, p. 13 el suiv.


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Les noms des lieux, aussi bien quc ceux des cours d eau, y confirment la continuite des Roumains >> ). (Les noms des Trois Crişuri derivent de l’antique C r i s 1 a; Ampoiu rappelle Ampeium, et le nom Turda n’est que T u rivada, c’est-â-dire la viile de la riviere Tur, qui porte encore â present son nom Tur en dace). 2. La contree ci-dessus indiquee, les noms des monta­ gnes eux-memes ne sont pas slaves, ce qui ne saurait s ex-

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pliquer que par le fait que « ces pics de montagnes ont toujours appartenu au domaine de la population romane » (stets im Bereich des romanischen Bevolkerung geblieben sind). Ce que demontrent Tanthropologie, l’ethnographie, la prehistoire et 1 histoire, est donc encore precise en philologie par tout un luxe de preuves, avec l’assentiment d un grand nombre de philologues des universites les plus importantes d’Europe.

-J^dîsasrrirdieses Gebicics bcs,atiscn hicr dic Bodcn-

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E) Faits anthropogeographiques. Ces considerations prouvent â n’importe qui, de la maniere la plus absolue, que la Transylvanie reprcsente l’assisc Ia plus ancicnne de la vie du pcuple roumain. D’autres faits encore expliquent celle continuite millenaire de la meme population dans les Carpathes. L’analyse anthropogeographique la met en valeur du premier coup d’oeil. Nous avons rappele des le debut que les Carpathes sont d’une altitude moyenne. Mais leur propriete la plus caracteristique est la forme de leurs sommets. Tandis que, dans les Alpes, les pics sont aigus et en grande pârtie recouverts d’une neige eternelle, dont s’ecoulent lentement les glaciers, — quelques-uns assez vastes (Mer de glace)—dans les Carpathes, les sommets sont aplatis sur de larges etcndues comme une plaine. Leur crete, cmoussec par les caux sous la forme des «ph iuii» (peneplaines, disent les geographes), se rechauffe rapidement en ele, de sortc que jamais on n’y trouve de neige eter­ nelle. Au contraire, ces sommets sont couverts d’une flore abondante, bien plus variee que celle des Alpes. Et la consequence de tout cela, c’est la veritable antithese qui oppose les Alpes aux Carpathes, du point de vue de la vie humaine. Dans les Alpes, la pârtie superieurc des montagnes est deşerte. A peine si quelques alpinistes l’explorent de temps â autre, durant les mois d’ete. En revanche les som­ mets carpathiques sont habiles, l’ete, par une population de pasteurs relativement nombreux, et conlinuellement frequentes par des troupeaux. Et certaines de ces plaines ne sont pas seulement propices au pâturage des moutons, mais aussi â l’agriculture. Dans les montagnes de la Tran­ sylvanie Occidentale, les labours s’elevent jusqu’â 1.000 metres d’altitude et davantage encore. Quant au plateau central du pays entoure par la couronne des Carpathes, c’est un veritable jardin ou l’on trouve non seulement des cereales et des arbores fruitiers, mais meme de la vigne. En consequence, l’homme y a trouve de bonne heure les meilleures conditions de vie pastorale et agricole, sans

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qu’il soit besoin de rappeller la presence en ce pays dc sel et de metaux. Les Monts Apuseni sont rcgardes jusqu’â present comme la region la plus riche en or de toutc l’Europe, sauf l’Oural. Les conditions d existence etant si propices, n’est-il pas naturel que l’homme se soit attache etroitement â sa terre? Tclle est la cause veritable de sa stabilite dans ces regions. II y a plus encore. Certains historiens, sans s en rendre comptc, sont victimes des anciens prejuges grecs, affirmant que « celui qui n’est pas Hellene est barbare ». Cer­ tains memcs appliquent cette epithete aux Daces; ce qui est une erreur grave. Lorsque les legions romaines se sont emparees de la Dacie, clles n’y ont pas trouve un peuple barbare, vivant au jour le jour, mais une population ancienne de deux miile ans au moins, de civilisation fort avancee; une agriculture qui permettait l’exportation des cereales jusqu’aux environs de la Mer Egee; un elcvagc de betail si developpe, que Philippe de Macedoine (pere d’Alexandre-lc-Grand), pouvait deja acheter au pays des Daces des troupeaux entiers pour la reproduclion -1), et des vignobles si etendus que le roi dace B.urebista, (ami de Pompee et rival de Cesar), prit meme deja des mesures pour les amoindrir; enfin, une industrie menagere, si fine que les tapis danubiens etaient fort recherches â.Athenes. Quant â l’exploitation des mines, il suffit de rapeler qu’IIerodote, plusieurs siecles avant que la Dacie ne fut romanisee, vante ses habitants pour l’abondance de leurs parures d’or et le butin de guerre pris par l’empereurs Trajan a ete si considerable, qu’il a pu suspendre le paiement des impots dans tout 1 Empire, bien qu’au moment de son avemement les finances fussent ruinees et qu’il ait du charger une commission speciale d’equilibrer le budget 2).

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Ces faits expliquent aisemcnt que la Dacic, possedant des cereales, des vignobles, du betail, du sel et de l’or, soit devenue pour le monde antique une sortc d’Amerique. Comme elle etait situee entrc les pays mediterraneens, aux etes secs, aux pâturages rares, aux terres arables insuffisantes, et les pays du Nord de l’Europe, couverts de forets, de marais et des moraincs restees de l’epoque glaciaire, la Dacie dominait une region veritablement pri\dlegiee, formant une île d’administralion autarchique. Bien ne lui manqucdl de ce qui convient ă une vie civilisee. Voilâ pourquoi, aussitot apres la conquete romaine, les conlemporains ont pu lui donner le titre extraordinaire de Dacie felix. De Rome sont venues peut-etre des formes de culture latine, mais la civilisation etait tres ancienne en Dacie. II est donc superflu de demontrer encore pourquoi la population autochtone est rcstee des les temps prehistoriqucs liee â ce coin de terre et pourquoi, sous les Romains, elle a continue, comme nous allons la voir, â demeurer attaclice â sa patrie ancestrale. F) Fails economiques. II serait superflu, apres les faits enonces jusqu’â present, et presque nai’f, de continuer â demontrer que la Transylvanie est le centre ethnographique et anthropogeographique du peuple et de l’Etat roumains. Etant donne que les faits materiels ont une imporlancc dc plus en plus grande, cela ne gâtera rien d’indiquer comment, du point de vuc economique, cette region est aussi le noyau de la formation politique liee aux Carpathes. Des l’antiquite, Ilerodote releve l’importance dc Vor au pays des Agatirches. Et, â l’epoque romaine, le sel, facile â exploiter dans les carrieres decouvertes, dont on voit encore les fosscs â l’heure actuelle, etait expedie dans les pays voisins. En dchors des routes construites par les legionnaires, la voie d’eau du Mureş, sur laquelle les radcaux ne rencontraient aucun obstacle, offrait une grande facilite pour le transport du sel. Â part les nombreuses routes qui

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rayonnaient de Transylvanie vers le Midi et l’Occident, vers rillyrie et 1*Italie, une grande artere reliait aussi, par la diştance la plus courte, le plateau transylvain, avec le Danube et la Mer Noire, traversant Ies Carpathes preş de la vallee du Trotuş et servant de replique (par Piroboridava, Pactuelle Poiana), au grand coude du Danube, oii est sis actuellement le port de Galatz. Mais notre grande richesse en monnaies anciennes nous donne une preuve encore plus tangible de Pintensite de la vie economique sur le plateau de Transylvanie. On y rencontre des pieces grecques et romaines â cote de pieces de monnaie^ dace. Une investigation dans Ies collections numismatiques nous expliquera tout de suite pourquoi on a donne â cette province un titre aussi frappant que celui de Dacia felix. Ce n’est pas seulement grâce â Por et au sel, que la Transylvanie a joue un role centralisateur, mais aussi grâce â un fait economique d’une portee historique bien plus considerables pour le peuple roumain: grâce â la transhumance. Nous avons rappele que la colonne de Trajan elle-meme rappelle Ies souvenirs de la vie pastorale des Daces. Lorsque nous lisons le temoignage des anciens sur Ies liens qui attachent le peuple dace â ses montagnes (Monlibus inhaerent Daci), nous pensons habituellement au relief des Carpathes et â leurs vallees susceptibles d’offrir un abri contre Ies envahisseurs. Cette interpretalion s est imposee â nous d une maniere imperieuse, parce que la, preş des Carpathes, s’ouvrait la « Porte des invasions » du cote de l’Asie. La verite fondamentale est pourtant differente. Le lien avec Ies montagnes ne constituait pas un ,al, I?e?atlL .c est_a-dire un besoin sporadique de se mettre i a Z1’ ™ais an permanent et positif: le besoin de c ere ci ans Ies montagnes la nourriture et Vhabillement nmi ^es m°uton$. De la provient la migration DâtTo 1 °4ha?Ue printcmPs> du flanc des montagnes aux l«cCS,ne a Z?nC a^p*ne’ Puis> en automne, la descente de Trano\l ^CS ^aP®esce point de vue, le plateau y vame est devenu, depuis des temps ancestraux,

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un centre de transhumance locale. Et, lorsqu’une domination unique s’etendait autour de la forteresse carpathique, comme â l’epoque des grandes rois Burebista et Decebal, il etail facile, â la transhumance peripherique, de s’etendre bien au delâ des plaines environnantes. En dehors des allees et venues entre Ies cimes et le flanc des montagnes s’affirmait alors une migration d’une amplcur plus vaste entre Ies montagnes et Ies steppes voisines, (pannonienne et pontique). Dans tous Ies cas, c’est un fait historique, qu’â Parrivee des Magyars, ceux-ci ont trouve dans la steppe de la Dacie Occidentale Ies pastores romanorum. Pareillement, c’est un fait historique que, depuis le moyen âge jusqu’â nos jours, d’innombrables documents nous montrent Ies bergers de Transylvanie faisant paître leurs troupeaux non seulement dans Ies montagnes autour du plateau, mais descendant aussi en Mountenic et en Moldavic, pour hiverner dans la grande prairie du Danube, riche en herbages, et meme plus loin vers la Crimee et dans la steppe du Nord de la Mer Noire 1). On peut juger aussi des proportions tres amples de ce phenomene, qui s’est manifeste encore dans toute son intensite, pendant la derniere generation, de la maniere suivante: un autcur saxon, bon connaisseur de la vie locale, ecrivant â la fin du siecle dernier sur la transhumance des troupeaux vers le Danube et la Mer Noire, a donne â son ouvrage un titre on ne peut plus significatif: «La Transylvanie migratice » (das wandernde Siebenbiirgen). La population pastorale comprenait, dit l’auteur, toute la chaîne des Car­ pathes, de la Bukovine aux PorIes de Fer. «Partant de ses grandes agglomerations de monta­ gnes, elle anime avec ses troupeaux Ies pâturages de la zone alpine, ayant ses points de rendez-vous aux neuf ou dix cols de frontiere» (â cette epoque la Roumanie n’etait pas unifiee). Puis «pour l’hivernage, elle conduit Ies troupeaux par de nombreuses routes et sentiers vers Ies plaines du Bas-Danube... Et Ies reglements de douane

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^ Ştefan M e t o ş, Lcs pasteurs transylvaim dans Ies Principautes Roumaines, Buc. 1925.

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sont etablis de maniere â ce que le betail des Transylvains, qui est tenu en dehors de la Transylvanie, soit considere comme cheptel indigene, et leurs produits (laine, peaux, etc.) apportes ici, sans avoir de droits d’entree en plus â payer 1). Mais nous possedons un temoignage encore plus minutieux d’un ecrivain hongrois, qui nous a signale que la Transylvanie etait etroitcment attachee â la transhumance. Le comte Nicolas Bethlen, historien et homme d’Etat, ecrivit en 1662 ce qui suit: <<Lcs pasteurs, (il y est question de Roumains), apres s’etre maries, retournent de nouveau dans Ies montagnes, d’ou ne vient plus que celui qui est le chef de groupe d’une communaute, c’est-â-dirc le berger en chef du troupeau. II se prescnte tous Ies ans chez le proprietaire et lui rend compte du nombre de tetes du cheptel, ainsi que du revenu realise par le troupeau. D’habitude il effectue ce voyage au printemps, se presente devarit le proprietaire, lui indique combien d’animaux il faut vendre, quel benefice il pcut en tirer, et procede â cet effet de la maniere suivante: D’habitude, Ies bergers quittent, â la fin de l’ete, Ies vallees profondes et menent leurs troupeaux dans le Pays Roumain, ou, autour du Danube, un territoire d’environ 50 miile de long et quatre miile de large, forme de petits fourres, dans lesquels moutons et chevres, malgre Phiver glacial, trouvent suffisamment d’herbe fraîche â brouter... A 1 arrivee du printemps, arrivent de nombreux marchands de Constantinople, qui achetent Ies bceufs, moutons et chevres â vendre. Par ce moyen, Ies nobles transylvains recuperent beaucoup d’argent, lequel constitue la plus grande pârtie de leurs revenus. U.ne fois que Ies bergers ont avise leurs maîtres des ventes effectuees ceux-ci envoient d’habitude un homme de confiance qui fait Ies comptes avec Ies bergers et apporte l’argent au proprie­ taire. Et tout cela se fait avec une confiance et une exactitude qui ne trouvent guere leur pendant chez d'autres X)

Hintz, Dasjvandernde Sicbcnburgen, Kronstadt, 1876, p. 6.

QU’EST-CE QUE LA TRANSYLVANIE?

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peuples». Et, au sujet des pastcurs qui ne descendent pas dans la plaine du Danube, l’auteur ajoute: « Beaucoup de gens ne peuvent s’imaginer de quoi vivent ces bergcrs dans Ies vallees, parce que lâ-bas on ne fait ni ble, ni vin et qu’on n’apporte ricn d’aillcurs. Mais, si extraordinaire que puisse paraître leur fa$on de vivre, elle est pourtant toute simple: le lait des brebis leur fournit toute l’alimentation... ». « En ce qui concerne Thabillemcnt, ils le confectionnent avcc la laine des troupeaux... ». L’habillement des femmes et des enfants ressemble en tout â celui des hommes et, en somme, ils vivent dans Ies montagnes, tres heureux avec leurs troupeaux, mais ils ne savent absolument rien de ce qui se passe dans Ies autres partics du monde ». x) Si ces nobles hongrois de Transylvanie etaient redevables de la meilleure part de leurs rcvenus aux trou­ peaux qui vont et viennent entre Ies montagnes et la plaine du Danube, il va de soi que le plateau transylvain a continuellement ele relie par Ies Roumains ă la forleresse carpathique, comme un noyau â la chair du fruit avec laquclle il forme une unite organique. Mais le lien le plus puissant a surtout etc celui qui Ies unissait aux regions environnanles de l’Est et du Midi, c’est-â-dirc â la Moldavie, ainsi qu’au Pays Roumain et a la Mountenic. Au contraire, Ies liens de la Transylvanie avcc la plaine â l’Ouest de la Tisza ont cte bien plusfaibles. Uncfraction du peuple roumain s’cst conservec jusqu’apres Ies mvasions des ITuns, des Gepides des Lombards, des Slaves et des Avars, tout au moins jusqu’â l’annee 900, dans Ies vallees â l’Ouest du lac Balaton2) ». (Ainsi s’expliquent ces « pastores romanorum » dont la chronique hongroise la plus ancienne nous apprend que Ies Magyars Ies ont trouves au X-cme sieclc, quand ils se sont arretes dans la plaine que traverse la Tisza et le Danube moyen). J) Ştefan Meteş, opus cite, p. 187. s) Ernst Gamillscheg, Vbcr dic Herkunft der Rumănen, Berlin, 1940, p. 17.

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Mais ces Romains, trop eloignes de Transylvanie, se sont perdus avec le tcmps, c’est-â-dire qu’ils ont ete denationalises, comme cela est arrive pour d’autres « branches de la românite dans le Salzbourg, en Basse-Autriche, et avec Ies Gallo-Romains disperses â l’Est du Rhin x) ». Et il est naturel que Ies choses se soient passees ainsi, parce qu’entre le berceau du peuple daco-romain, (c’est-âdire la forteresse carpathique), et la plaine pannonienne occupee par Ies Magyars, s’etendait une frontiere difficile â traverser: la prairie marecageusedela Tisza. Cette riviere, qui coule â peu preş dans la direction du meridien, offre la particularite suivante: la rive droite est plus elevec et seche, tandis que la rive gauche, plus basse, est plcine d’innombrables marais et de bras abandonnes. Le lit de la Tisza forme ainsi une frontiere marecageuse, ce qui â entraîne de grandes consequences economiques. Dans cette zone Ies Communications entre la forteresse carpathiques et la Hongrie etaient rares. En deux endroits seulement, (Szegedin et Szoînoc), le passage de la Tisza etait un peu plus aise. . Jusqu’â ce que, dans Ies siecles ulterieurs, soit inter­ veni! e la canalisation, Ies inondations etaient tres frequentes, parce que la Tisza, de meme que ses affluents, coulent avec une extreme lenteur en faisant d’innombra­ bles meandres. On peut dire que jusqu’â la fin du XVIII-e siecle, le marais de la Tisza a forme une antithese des plus prononcecs en comparaison de la secheresse de la pousta, â l’Ouest de la Tisza, en meme temps qu’il representait un arret serieux pour la circulation. Ainsi sexphque le fait historique vraiment rcmarquable que la Iransylvame ne s’est pas sentie attachee au centre a Ho?gne> c’est-â-dire â Buda-Pest, sa capitale. Lt de meme que la Dacie, la Principaute de Transyl­ vanie a toujours eu une liistoire ă part», ainsi que le reconnai tmeme ie ge0graphe hongrois, M. Cholnoky Jeno. landis que le passage vers l’Ouest avait â sa portee deux ') Ibid.

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routes â travers la Tisza, cn rcvanche vers l’Est, dans la plaine danubiennc et en Moldavie, Ies bergers aussi bien que Ies marchands de Transylvanie pouvaient traverser Ies Carpathes par dix ou quinzc defiles, dont l’un s’clevait â peine â une altitude de 350 metrcs... Sur la vallee de l’01t, le voyageur qui part du plateau de Tran­ sylvanie, passe Ies Carpathes non pas en gravissant Ies montagnes, mais en desccndant leurs pentes, le long du cours d’eau de la puissante riviere. II est inutile d’invoquer encore d’autres faits pour montrer que l’industric et le negoce de la Transylvanie, particulieremcnt lies eux aussi aux villes fondees par Ies Saxons (Sibiou, Braşov et Bistrilza en tete), etaient unis par Ies licns Ies plus naturels aux Principautes roumaines, preş des embouchures du Danube. Et combien la Tran­ sylvanie etait etrangere au reste de la Ilongrie, — cela se voit non seulement au grand nombre et â l’orientation des routes, mais â un fait decisif, quand il s’agit de relations commcrciales: c’cst que la Transylvanie avait une autre monnaic, d’autres poids et d’autres unites de mesure que la Ilongrie. En Hongrie circulait de preference le mark hongrois et en Transylvanie le mark de Sibiou. Meme apres l’incorporation dela Transylvanie â l’Autriche, le mark local cut pouvoir de circulation, jusqu’â la derniere generation 1). Quant â l’ecoulement dans Ies pays roumains situes au pied des Carpathes des produits industriels de Transylvanie, un grand nombre de docuinents relatent Ies privileges accordes â ce sujet par Ies Princes roumains aux villes saxonnes. On peut dire que «1 exceptionnelle force de consommation des pays roumains (au bas des montagnes) a ete le principal facteur de la prosperite industrielle de la Transylvanie»-). i) II oman B., Mag yar pinztijrtenct (liistoire monetairc hongroisc), Budapest, 1916, pp. 96—100 (voir I. Mog a, L'orientation econom,que de la Transylvanic, Revue de Transylvanie, tome VI, No. 1, p. 79 et suiv. a) Ibid., p. 88.

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Mais le present est cncore plus interessant que le passe: Non sculement Ies industries actuelles, (surtout textile et mctallurgique), trouvent un debouche pour lcurs produits dans Tenceinte de la Roumanie, mais meme certains produits alimentaircs. (Une grande pârtie du lait consomme â Bucarest vient de Transylvanie, ou le climat plus humide est favorablc aux prairies, donc â l’elcvage des vaches laitieres). Pareilles aux rayons d’une roue, Ies voies ferrees divergent de Transylvanie dans toutes Ies directions, facilitant le debouche du centre industriei du pays situe sur le plateau, vers sa peripherie, plus agricole. Aussi, non seulement Ies Saxons, qui sont Ies principaux industriels, mais Ies Szeklers, jettent leurs regards vers cette peripherie orientale du pays. Et il en etait deja ainsi, avant que la Transylvanie ne fut integree au royaume de Roumanie. En 1902, un bon connaisseur des lieux habites par Ies Szeklers (Mihâly Szoke) reconnaît avec tristesse que ces derniers connaissent Bucarest mieux que Buda-Pest. «Les Szeklers, dit-il, croicnt que la Hongrie est aussi montagneuse que le Ciuc et les Trois-Scaune (departements situes â Tarticulation des Carpathes). Ils ne connaissent Szegedin que par ouî-dire, alors que les enfants qui jouent avec le sabie savent ce que sont... Bucarest, Brăila, Sinaia, Doftana... x) ». Un auteur plus recent fo urnit un temoignage analogue: «Les Szeklers sont plus proches de la Roumanie que de la Hongrie. Les guerres, la famine, la peste... ont chasse leur population, mais c’est surtout l’oppression qui les a eloignes de chez eux. Contre ce mal, Punique salut etait l’emigration». La famine de 1718... et plus tard le service militaire obligatoire, et d’autres inconvenients du meme genrc, ont pousse les Szeklers â chercher refuge en Roumanie, au pied des Carpathes 2).

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‘1 Szoke Mihâly, Pusztulo Vireink, Budapest, 1902. *) Bozody Gyorgy, SziUely Bdnya, Cluj, 1938. (Ccs deux citations.du hongrois sont dues â l’amabilit6 do M. Ic Prof. Todor).

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Ainsi s explique pourquoi, apres sa reunion avec la Roumanie, la Transylvanie est entree cîans une phase de prosperite recile. En voici la preuve par des chiffres. Ils indiquent une asseension continue: En 1920, la grosse industrie de Transylvanie a utilisc une force motrice de 167.388 C. V. En 1933, cile comptait 1.315 entreprises avec un ca­ pital de lei 10.924.157.000 et une force motrice de 183.210 C. V.; le pcrsonnel s’elevant â 60.146 et le montant de la production â 9.169.305.000 lei. En 1936, cile comptait 1.324 entreprises avec un capi­ tal de Lei 12.235.226.000 et une force motrice de 194.861 C. V.; le pcrsonnel s’elevant au chiffre de 87.659 et le montant de la production â Lei 14.6:15.244.000. En 1937, elle comptait 1.321 etablissemcnts avec un capital de Lei 12.718.514.006 et une force motrice de 207.152 C. V.; le pcrsonnel s’elevail â 95.542, et le mon­ tant de la production â 16.844.640.000 lei. Le nombre et le capital des societes anonymes est egalement en augmentation. Annce 1919 1923 1927 1931 1935 1936 1937 .

Nombre des societes

Capital social

231 468 550 495 584 554 568

190.446.000 1.571.077.000 3.112.754.000 4.533.259.000 4.413.666.000 4.383.985.000 4.449.062.000

Et ii est tout â fait naturel que les choses se soient passees ainsi: quand la Transylvanie s’est detachee de l’Autrichc-Hongrie, ou les usines d’Autrichc et de Bohemc faisaient concurrcncc â ses fabriques, l’industrie du plateau a pu prendre de l’essor, parce qu’clle avait â sa portee un debouche des plus ouverts: la region avec la population agricole autour de la forteresse carpathique, et meme le Proche Orient. Non seulement les industries anciennes ont a grandi leurs installations, ct produit davantage, aussi bicn sous le rapport de Ia quantite que de la qualite, mais

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de nouvelles industries ont ete crees (poroelaine, explosifs, sucre, etc.). Et ce n’est pas uniquement Tindustrie, le commerce, Ies banques, qui ont prospere; l’agriculture, elle aussi, a fait de sensibles progres... Meme pendant Ies annees de faible recolte, (comme 1934), la production moyenne en Transylvanie s’est elevee de 3 â 3,9 quintaux de cereales par tete d’habitant, c’est-â-dire qu’elle a depasse de 2,5 quintaux, la moyenne consideree comme indispensable. Bien mieux, apres le partagc des grandes proprietes, effectue apres l’etablissement des frontieres integrales, la paysannerie, ayant acquis plus de terre, pouvait mieux pourvoir â ses besoins que sous l’ancien regime, ou le grand proprietaire songeait plus â l’exportation qu’â la masse des classes laborieuses. Mais voici qui est encore plus significatif: la produc­ tion proprement dite de cereales temoigne en Transylva­ nie d’un accroissement on ne peut plus reconfortant. Sous Vegide de VEtat roumain elle a double. Voici Ies chiffres: Annee

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1.232 1.740 1.641 1.830 1.605 1.479

2.202 3.161 2.332 2.928 2.157 1.932

7.079 9.945 12.454 13.008 12.365 14.261

6.251 10.646 11.883 12.462 15.383 15.745

1921 1926. 1931 1936 1937 1938 .

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7,3 11,4 11,6 13,5 11,4 12,5

7,5 11,2 8,7 11,5 8,6 8,8

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Comment expliquer une pareille situation? C’est tres simple. La Transylvanie forme, comme nous l’avons demontre, une unite historique et economique. distincte de la Hongrie, ayant le titre de Principaule, puis

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Grande Principaule, impose par des circonstances dont il sera question plus tard), mais elle a egalement une monnaie ct des poids a part, des unites de mesure distinctes, et meme un tarif douanier â part. Des le debut du XVI-eme siecle, l’industric transylvaine etait en pleine prosperite, tandis que la pousta hongroise, faiblement pcuplee et beaucoup plus occupee par Televage du betail, representait un aspect economique des plus humbles 1). Cette prosperite etait fondee sur le fait que la Transylvanie avait un vaste marche de ventes dans Ies Principautes, sur l’autrc ver­ sant des Carpathes: en Mountenie, ou en Pays Roumain, et en Moldavie. Les chiffres suivants prouvent, meme pour Ies myopes que la Transylvanie etait tournee face ă l’Est, c’est-â-dire vers les pays roumains, et non vers la Iiongric 2). Principautes roumaines et provinces de Ia Turquie 1837 1838

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64.569 285.199 89.144 172.408

Et cet etat de choses a dure jusqu’au XlX-eme siecle, au moment ou les Hongrois, profitant de la faiblcsse de 1’Autriche, ont reussi â abolir la principaute de Transylvame,> en l’annexant â la Hongrie (1867). Les consequences de cet acte ont ete presque catastrophiques. Les Hongrois, voulant faire de Budapest un grand centre industriei, ont employe toute l’autorite de l’Etat â favoriser l’element magyar. « En 1906, le parlement hongrois a vote une loi subordonnant la creation de toute entreprise industrielle â l’approbation prealable du ministere competent. Selon *) I. A. Grimm, Dic polilischc Venvaltung imGrossfiirstenluniSiebenbiirgen, Hermannstadt, 1857, p. 10 (Quid quid est in regno Ungariae, quod allineat... ad eas arles, quas apcllant mechanicos, id totum apus Transilvanos habatur. (Temoignage d’un contemporain, l'abbee dalmate L. Tubero). •) I. M o g a, L'Orientation âconomique de la Transylvanie, Rcvue de Tran­ sylvanie, 1940, p. 96.

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Faveu du sous-secretaire d’Etat Szterenyi, le but de cette loi etait de donner du travail aux ouvriers de race ma­ gyare, par la. creation de «fabriques», â condition que 75% de ces ouvriers fussent Magyars *). Ce but, entache de chauvinisme, a ete atteint en pâr­ tie, mais le prix de cette experience a ete la ruine de l’industrie de Transylvanie, comme le prouve cette carte. Sur 2.643 etablissements industriels, occupant plus de vingt ouvriers, Budapest en comptait 1.296, c’est-â-dire

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Telle est la raison pour laquelle la chute de l’Empire, ainsi qu’on appelait FAutriche-Hongrie, a entraîne, entre autres, Vemaneipation de la Transylvanie. Recuperant de nouveau son ancien espace vital, la province du centre de la Roumanie a recommence â prospercr doublant en deux decades seulement sa production agricole, augmentant le nombre de ses societes de 231 â 268, et portant leur capital de 190.446.000 lei â 4.449.062.000 lei, c’est-â-dire de 20 fois plus. La renaissance economique de la Transylvanie apres avoir joue son role historique au sein de la nalion roumame est la preuve la plus decisive que la province du centre du pays forme une unite organique avec le iesle de VEtal roumain.

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â peu preş la moitie, tandis que la Transylvanie, autrefois si florissante, venait ensuite, avec 383 etablissements sculement. « Ainsi 3 cette region, dont l’individualite econo­ mique creatrice facilitait au gouvernement hongrois une influencc preponderante dans Ies pays danubiens, a ete reduite par lui au role de province vassale, de simple expediteur de malieres premieres pour la grosse industrie centralisee autour de Budapest ». x) I. Mo ga, Ibid., p. 101. 4


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Vivre en veg6tant, c’est ddjâ quelque chose. Vivro en luttant contre des circonstances difîicilcs, c’est beaucoup. Mais jouer un role qui intdresse egalement le reste de l’humanite, est la raission la plus kaute que puisse se proposer une nation sur la surface du globe.

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Ce que nous avons expose dans Ies chapitres precedents suffit â tout esprit objectif pour comprendre ce qu’est la Transylvanie. D’ailleurs Ies cartes que nous avons placees sous Ies yeux du lecteur parlent assez d’elles-memes. Mais comme l’histoire n’est, en derniere analyse, qu’une « geographie en mouvement», ainsi que le disait Herder, cela ne gate rien de tourner nos regards vers le passe, pour apercevoir encore mieux Ies conditions dans lesquelles la forteresse carpathique et le peuple qui Thabite depuis des milliers d’annees ont rempli leur mission. Disons avant tout notre pensee: Ies roles Ies plus grands dans la vie de Vliumaniie riont pas ete lenus, exclusivemeni, par Ies Etats Ies plus etendus ni par Ies forts numâriquement. Burckhardt, qui a etudie dans ses legons tout ce qui s’est passe sur la terre, « depuis Adam jusqu’â Napolen », ressentait au contraire une predilection particuliere pour la vie humaine des petites villes et des petits lîtats. II ne lui plaisait guere de voir «la culture sacrifiee â la puissance ». II est vraisemblable que ce point de vue persistera aussi chez d’autres, non seulement parce qu’il a existe, dans

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le Danubc, se sont avances jusqu’aux abords du delta, mais, avec le temps, Ies uns ont fini par s’assimiler, Ies autres ont ete aneantis. Les adversaires Ies plus redoutables ont ete Ies Romains. Ils conquirent au II-eme sieele apres J. C., une grande pârtie de la Dacie. Les dernieres batailles ont ete livrees en Transylvanie, â Sarmisegetuze, capitale des Daces. Ce que furent Yercingetorix et Alesia pour les Gaulois, Decebal et Sarmisegetuze l’ont ete pour les Daces. Ce peuple nombreux et vigoreux n’a pu etre extermine. Quelques ecrivains, manquant d’intuition ethnographique et d’une erudition limitee â quelques lignes de textes, resumes ou massacres par des compilateurs, ont cru que la transformation de la Dacie en province romaine signifiait l’aneantisscment du peuple dace. Pour un ethnographe, la disparition d’un bloc de population repandue sur une superficie de 600.000 kilometres carres, possedant une civilisation tres avancee et une haute culture, (du point de vue ethique, supcrieure meme â la culture greco-romaine) est une hypothese puerile. L’histoire ne rcvele rien d’analogue. En revanche, un erudit, le professeur viennois Patsch, a appele l’attention sur ce fait, qu’apres chaque guerre, la population rurale, retirec dans les montagnes au mo­ ment de la lutte, revenait â ses foyers. Le sculpteur de la colonne trajane a eu soin de nous rctracer la descente des troupcaux, accompagnes de femmcs et d’enfants. II n’est plus neccssaire de rappeler que certains Daces (ceux qui vivaient entre le Danube et la Mer, lâ ou se trouve aujourd’hui la Dobroudja), furent romanises un sieele avant Trajan. Ovide, qui a vecu parmi aux huit annees, si bien qu’il a fini par apprendre leur langue, en est un temoin irefutable. Pareillement, ont continue â vivre sur leurs emplacements les Daces de la rive gauche du Danube. Parmi eux, ceux du Banat et de l’Oltenie s’entendirent avec les Romains au moment de leur premiere lutte avec les Daces. Que ce peuple ait continue de vivre apres la conquete de son territoire, est une cerţi lude que Ton tire egalement du fait que, pendant longtemps (dMIadrien â

l’antiquite, une civilisation comme celle des Hellenes, attachee â ce coin de terre qu’on appelait Hellas, ou, parce qu’â des epoques plus recentes, Pexistence de Tespece humaine a ete cmbellie par la civilisation de petits pays, comme le Danemark, la Suede et la Norvcge, (si appreciee par Nansen), mais encore pour d’autres raisons. Les dirigeants des Etats, jusqu’aux personnalites les plus modernes, n’ont pas renonce â cette ancienne verite que le talent et le genic, peuvent surgir meme dans de petits pays et que, grand ou petit, un peuple ne peut donner toute sa mesure que dans la liberte, et non en sacrifiant la Culture sur l’autel du Pouvoir: « L’une des bases des plus clementaires des relations entre les peuples est de laisser chacun vivre librement comme il l’entend », disait le Chancelier Ilitler â Breslau, en marş 1936. Voyons donc, dans ses grandes lignes, comment s’est presentee, au cours de l’histoire, la vie de la nation attachee aux Carpathes, si elle a vecu seulement en vegetant, ou si elle a plus ou moins joue un role d’un inter et quelconque pour le reste de l’Europe. Des l’antiquite, la forteresse carpathique a ete assiegee par un grand nombre d’envahisseurs. Les plus impetueux de tous ont ete les nomades de la steppe orientale, les Scythes. Mais le peuple sedentaire de la region des Car­ pathes a eu assez de force pour les affronter et les eloigner de son sol. A l’epoque des expeditions d’Hystaspe et de Darius, les nomades, dans leur tactique de retrăite, apres avoir porte le trouble chez beaucoup de peuples, ont pousse vers l’Occident, pour s’appuyer sur la population des Carpathes. Ilerodote nous racontc cependant, en termes precis, que les habitants leur ont signifie de s’arreter avant d’avoir mis le pied sur le sol de leur pays, (la Transylvanie), menagant de passer â l’attaque s’ils y penetraient. Et, apres ces menaces, les Agatirches ont concentre leurs troupes â la frontiere, pour les repousser » 1). Un autre grand assaut vint d’Occident. Les Celtes, descendant J) Hcrodot, IV 125.

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Septimc Severe), Ies empereurs romains ont recrute des cohortes auxiliaires parmi Ies Daces, en Ies autorisant meme â porter lcurs anciens etendards nationaux. Enfin, la population de la pârtie septentrionale et orientale de la Dacie, insoumise aux Roumains, non seulement a conti­ nue de vivre, mais meme a prolonge ses luttes contre Tempire. Les Carpes, important peuple dace, (d’ou le nom de Carpathes), allies aux Goths, ont meme viole les frontieres romaines et continue de combattre les legions, un siecle et demi apres la conquete d’une pârtie de leur sol naţional). Une parenthese, ici, est necessaire. L’histoire n’est pas seulement <( de la geographie en mouvement », c’est en meme temps un resultat de Târne ethnique. Les Carpa­ thes ont defendu non seulement les Daces, mais encore leur conception de vie. Les geographes, les ethnographcs, et les anciens historiens, nous ont conserve, en ce qui concerne le caractere des Daces, quelques temoignages des plus significatifs. Strabon, le meilleur connaisseur de TEurope d’il y a deux miile ans, parlant des habitants des Carpa­ thes, fait Tobservation suivante: «C’est une chose dont personne ne saurait douter et qui jaillit de ioute l’histoire des Daces; l’aspiration religicuse a ete, depuis que le mondc est monde, la caracteristique preponderanle de leur etre ». Tandis que dans les forets marecageuses du Nord, les barbares menaient une existencc presque primitive, et que dans les pays mediterraneens les esprits glissaient vers la decadence par un exces de raffinement et de debauche, (facilite par une religion d’operette, avec ses dieux et ses deesses portes â toutes les faiblesses humaines), les Daces croyaient â Vimmortalite de Târne. (Herodote les a appeles: « Les Getes immortels ». Selon la doctrine de Zamolxe, leur dieu le plus ancien, ils mcttaient Târne au dessus du corps. Au lieu de dorloter le corps, ce qui a conduit plus tard â la formule Mens sana in corpore sano} le legislateur des Carpathes affirmait justement Tidee contrăire: « Celui-lă seulement dont Vâm e est saine peut garder egalement la sânte de son corps ». Socrate lui-meme est reste surpris devant la finesse de cettc pensee.

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Et comme preuvc que la « primaute de l’âme » n’ctait pas seulement chez Ies Daces un postulat theorique, nous pouvons citer ce fait qu’une pârtie d’entre eux, (Ies Capnobathes), etaient vegetariens ct menaient une vie plus contemplative, habitant Ies clairieres, et en contact etroit avec la nature x). Mais ce fait, en meme temps, est significatif, qu’â cote du Roi-soldat, ils avaient aussi une sorte de Roi spirituel, le Grand-pretre, avec lequel le chef de l’Etat se consultait dans toutes Ies situations difficiles. Spirituellement, par consequent, le peuple des Carpathes se place loin audcssus de ses voisins. Vivant, en outre, dans un pays satisfait, il etait conservateur: ii n’eprouvait pas le besoin de quitter sa patrie, pour chercher ailleurs ses moyens d’existence: ce qui explique le caractere defensiv de ses guerres: la defense contre Darius Ilystaspe (513); la defense contre Alexandre-le-Grand, (330) qui n’a pu reussir sur le Danube; la defense contre Lysimaque, un des successeurs d’Alexandre (292); la defense enfin contre Ies Romains, pendant preş de deux siecles. Et lorsquc Rome, de republique devint Empire, (et pendant tout le premier siecle de Fere chretienne), la Dacic etait la seule puissance europeenne qui ful encore capable de se mesurer contre Ies Roumains 2). Et apres une resistance aussi longuc, lcur chute meme a prouve leur force de caractere. Lorsquc Ies legions romaines conduites par l’empereur Trajan, apres des luttes obstinees, ont penetre dans Ies montagnes, Ies Daces eux-memes ont mis le feu â leur capitale, Sarmisegetuze, et le roi Decebal, avec ses generaux et Ies dirigeants du pays, ont bu du poison et se sont poignardes, pour ne pas tomber entre Ies mains du vainqucur. Dans Ies montagnes septentrionalcs, Ies Daces libres ont protite cependant de toutes Ies occasions pour porter *) Flavius Josephe (Antiquitc jiulaiquc, XVIII, 1, 3, 32) les com­ pare aux Ess6niens, secte religicuse qui chcrchail Ia perfection dans rascctisme. (La rcnommfie de Tidealismc du peuple des Carpathes s’6tait repandue loin de ce pays). 3) II o race, Ode III, 6, Pacnc dclcvit urbem Dcicus.

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des coups ă l’Empire, jusqu’â ce qu’Aurelien ait retire ses legions (271): et son successeur, Probus, â reussi â se faire d’eux des allies, (omnes gcticos populos in atnicitiain recepit). La continuite de l’element dace ne s’explique donc que par la protection que lui ont offerte les montagnes du Maramuresh et d’autrcs parties de la Dacie, non occupees par les legions, ainsi que par la tenacite de son caractere, et par sa conception de vie. La foi des Daces dans l’immortalite les faisait combattre sans craindre aucunement la mort. Le geographc Pomponius Mella nous dit qu’ils etaient toujours prcts â l’affronter. (ad mor.tem paratissimi). II en avaient meme le deşir (appetilus morţiş) et c’cst pour cela qu’ils rendaient les derniers dcvoirs â leurs defunts avec de grandes demonstrations de joie. Fait difficile â croire, surtout quand on se rappelle que la rcligion chretienne apporta avec ses dogmes l’angoissc des tourments de l’Enfer. Cette vieille coutume, — si extraordinaire que cela puisse paraître,—s’est conservee jusqu’â present chez certains elements du peuple roumain. Dans certains villages de Transylvanie, par exemple, la mort n’est pas accompagnee de pleurs, mais de chants joyeux et de jeux, auxquels prennent part les amis et connaissances du defunt. Notons que cette cou­ tume s’est precisement conservee dans les montagnes ou se trouvait la capitale de la Dacie. Â Clopotiva, le premier venu, actuellement encore, peut constater cette tradition. (Nous reviendrons plus loin sur ce detail. II est de ceux qui prouvent la stabilite de la populalion des Carpathes). Mais continuons notre parenthese. Non seulement 1 ame des Daces, c est-â-dire leur conception de vie, les a aides â se maintenir dans la forteresse carpathiq uc et ses environs, mais ils y ont ete conservcs par l’organe au moyen duquel s’exprime l’âme, je veux dire la langue. La langue antique de la nation autochtonc ne s’est pas perdue. Nous avons le droit de presumer qu’elle n’etait pas une langue pauvre, parce qu’un poete raffine, comme Ovide, s’en est epris au point de la dominer si bien qu’il

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a compose des. vers dans cet idiome, jamais entendu encore sur Ies rives du Tibre. Quoi qu’il en soit, le parler dace est aujourd’hui perdu; le phenomene d’Espagne et de Gaule s’est repete. Strabon nous dit que Ies Iberes, — bien que leur presqu’île* fut â peu preş aussi isolec qu’une île, — au bout de deux cents ans, oublicrent le parler de leurs ancetres et adopterent le latin. Mommsen croit que cette metamorphose a ete aidee par Ies emigrants d’Italie, qui penetrerent jusque dans la region occidentale de rEurope pour y chercher fortune en exploitant Ies mines d’argent. Mais, si cette chose â ete possible en Espagnc, elle etait encore plus naturelle en Dacie, ou la richessc miniere (or) etait egalement plus considerables, tandis que la proximite de l’Illyrie et de la Dalmatie, toutcs deux romanisees, facilitaient davantage l’usage de la langue latine, sans qu’ii soit bcsoin de porter ce succes au comptc de la colonisation officielle, sous Trajan. Comme Ies colons venaient non seulement d’Illyrie, de de Dalmatie et d’ Italie, mais aussi des autres provinces de Fempire, (ex loto orbe romano) la langue latine etait le seul moyen de se faire comprendre. D’autrc part, la vie economique tres intense multipliait Ies relations entre colons et Daces, romanises ou sur le point de l’etre. Les routes magnifiques construites par les legionnaires, les camps fortifies, les municipcs, les stations balneaires dont on peut admirer aujourd’hui encore les installations, (ex. Băile Iierculane), les salines, les cxploitations miniercs, etc. firent de la Dacie la provincc la plus florissante de tout Fempire (Felix) et creerent dans un espace de quelques generations une imposantc unite romane dans les Carpathcs, avec la langue latine comme agent de liaison. II s’y est meme produit un phenomene unique dans toute la spherc de la latini te. Les legions s’ctant retirees vers la fin du III-eme siecle, lc centre ethnique des Carpathes fut bientot cnvahi par les barbares. En comparaison de ces hordes instables et non civilisees, la population dace se sentait superieurc ă un double point de vue: son gcnrc de vie et la langue latine. Ainsi s’explique le

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tere du peuple, langue, religion, ete. ont contribue â soutenir ta rcsistance de la nation roumainc parmi lanţ de circonstances difficiles. D’ailleurs, pour nous expl'quer cctte continuite, il nous faut encore tenir compte d’unc autre circonstancc: toutes Ies invasions barbares n’ont pas eu la meme intensite et meme Ies plus rudes sont loin d’avoir eu ce carac­ tere de cataclysme dont parte Thistoire ecritc, dans son langage ampoule. Attila lui-meme, en depit de son appcllation de « fleau dc Dicu », a ete beaucoup plus humain que ne Tont depeint Ies hommes de lettres, qui n’en ont parte que par oui-dire. Â Tepoque d’Ammien Marcellin Ies recits historiques remplagaient le theâtre ct sc debitaient sur la place publique. Pour produire une impression, Ies conteurs enflaient le ton, comme Ies actcurs, c’est-â-dirc qu’ils accumulaient Ies fortes epithetes, de sorte que la physionomie de ceux dont ils parlaient finissaiţ par devemr une veritable caricature. L’ambassadeur Priscus, s’etant trouve â la table du roi dc Iluns, nous le presente, au contraire, comme un hommc civilise, et meme raffine. L’epoque des civilisations doit donc etre regardee avec d’autrcs yeux. Mais surtout ces bandes de barbares etaient relativement minimes J). Puis l’invasion ne se repandait pas comme un torrent dc lave qui aneantit tout ce qu’il rencontre sur son chemin. A cote, dc Ia routc suivic, au debut, par Ies envahisseurs, ou le pillage etait naturel, des regions entieres restaient inviolees par le pied des barbares. Et apres Ies premiers chocs, Ies envahisseurs eux-memes avaient interet â proteger la population locale, pour pouvoir vivre dc son travail. (Nous avons des temoignages certains de la methode dc-quelques uns d.’entre eux: temps de Marc Aurele, Ies Marcomans passerent Ies au frontieres de Tempire non seulement en vue du butin, Des Bulgares, par exemple. Lorsque leui* horde est arrivce de la Volga au Danube clic tenait dans un petit câmp de 5 kilomdtres de cot6. Non seulement l'armâo y entrait, mais fommes, enfants, betail et tout Ie bagage des env­ ahisseurs.

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mais surtout pour emmener des cultivateurs cn esclavage x), afin de pouvoir vivrc ensuite en parasites de leur labeur). Fermons ici notre paranthese. On voit que rhistoire n’est pas seulement « de la geographie en mouvement», mais un resultat de Târne ethnique. Pour chaquc epoque et pour chaque region, il faut encore tenir compte d’ une somme de faits complementaires, sans lesquels on ne saurait comprendre !e veritable enchaînement des eve• nements.

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Si nous resumons â present tout ce qui â ete dit jusqu’ici, nous comprcndrons pourquoi le retrăit des legions de Dacie est une mesurc administrative d’importance relative, et commcnt, dans la zone des Carpathes, la popu­ lation romane â continue sa vie, non seulement dans le centre transylvain, ainsi que le montrent les cartes (p. 19 â 29), mais dans d’autres regions. Ainsi, en liaison avec le Banat et TOltenie, s’etendait au Sud du Danube, entre • Bulgares et Serbes, une contree roumaine, dans la region du Timoc, (l’antique Timacus). «L'liistoire se tait sur cctte contree, mais, pour les explorateurs de notre langue, son existence ne fait aucun doute 2) ». D’autres centres de langue et de population roumaines, â l’epoque ou les Bulgares sont venus dans les Balkans, occupaient toute la region du Bas-Danube sur les deux nves du fleuvc, ainsi que la plaine entre la Dâmbovitza et TArgeş, c’est-â-dire l’antique region de V 1 ă s i a et V 1 a ş c a, appellation qui signifie « Pays Roumain », et vient des Bulgares eux-inemes. 11 s’y developpait, entre 400 ct 600 apres J. C. une puissante vie culturelle, qui ne *) S. Mehedinţi, Lc pays et le peuple Roumains, Buc., 1927, p. 71. *) Es ist das Gcbiet, das sich zwischen Scrbcn und Bulgarcn cinschicbt, aas also sudwârts der Donau im geographischen Anschluss an Banat und U cmc gelegen war. Auch von dicsem Rumănengebict schweigt die Geschichte, . Sprachcnforschung ist aber sein fruheres Bcstelien nicht zwcifelhalt. Efur die Gamillscheg, Ober die Herkunfl der Rumănen, Berlin, 1940, p. 17. r n s t

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pouvait porter d’autre empreinte que celle du roumanisme 1). C’cst pourquoi, parlcr encore d’unc retrăite de Dacie de toute la population romane, est une naivetc condamnee par la Science, depuis longtemps. Les faits rapportcs ci­ dessus ont simplcment pour but de montrer, dans une sorte de perspective, l’evolution historique des evenements en raison desquels la population carpathique n ’ a pu elre disloquee par les Barbares. En un mot, ces barbares, relativement peu nombreux, etaient incultes; la plupart etaient des nomades typiques. 11 leur suffisait de contourner les montagnes, les trouvant moins seduisantes que la steppe. Leur domination, territorialement parlant, etait plutot nominale, ct ceux qui vivaient en parasites aux depens de la population agricole autochtone, etaient forces de s’approprier le langage des habitants. Citons encore quelques paroles de l’eminent philologue de l’Universite de Berlin, â une seancc de « l’Academie des Sciences»: «On a considere, dit-il, comme un miracle de Thistoire, que les Roumains du Nord du Danube aient pu non seulement conservei’ leur nationalite durant plus de 1500 ans, apres les invasions barbares, mais encore qu’ils aient reussi â s’assimiler une longue serie d’autres peuple... Mais si la languc roumâine est devenue une langue de communication (Verkchrssprache) entre toutes nations, ce n’est pas un effet du hasard. Une pareille langue etait indispensable â l’Est de l’Europe, au commcncent du moyen âgc » (p. 17, ;18, 19). Par leur nombre et leur civilisation, etayes sur Ia langue latine et le christianisme, les Roumains sont devenus sans le vouloir, un organe de conservation d'unc pârtie de la civilisation ct de la culture anliques, dans cette region a) Eia weiteres rein romanisches Iverngebiet befand sich noch zur Zeit der bulgarischcn Eimvanderung in den Balkan, also noch im 7. Jahrhundert, zu bciden Seitcn dor unteren Donau. Namcnllich zwischen Giurgiu und Cerna­ voda, dann nordlich davon in der Ebene zwischen Dâmbovitza und Argeş, hcrrschlc, wic die Spatenforschung lehrt, in der Zeit zwischen 400 und 600 ein vcrhăllnismâssig slarkes kulturelles Leben, das hier nur romanische Pragung haben konnle. Ibid., p. 17.


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qui a merite jusqu’â notre epoque sa reputation de « coin des tempetes» (Wetterwinkel). Cette circonstance ne doit pas etre perdue de vue par ceux qui cherchent â representer certains aspects synthetiques de rhistoirc. Car, vivre en vegetant est deja quelques chose; mais vivre en se battant contre des conjonctures defavorables est bien davantage. Et jouer un role qui interessc egalement le reste de l’humanite, est la tâche la plus lourde que puisse se proposcr une nation dans l’evolution de sa vie historique.

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Et maintenant, si nous laissons de cote les temps antiques et le debut du moyen âge, epoque ou le latin des Carpathes est devenu, comme les autres langues romanes, une langue relativement nouvelle, et si nous tournons nos regards vers la fin du moyen âge et les temps modernes, ce qui nous frappe, avant toutes choses, dans Ehistoire du peuple roumain, c’est le siege â peu preş ininterrompu, de la forteresse carpathique, par des na­ tions etrangeres. Les invasions s’y sont prolongees bien plus longtemps que dans n’importe quelle autre pârtie du continent europeen. Meme pendant la seconde moitie du XlII-eme siecle, alors que l’Europe Centrale et Occi­ dentale etait depuis longtemps en pleine prosperite, des hordes de Tartares, suivant une vieille habitude, affluaient jusqu’au pied des Carpathes (1758). II est superflu de citer les noms et la date de ces invasions. Nous ne releverons que ce trăit: les envaliiseurs s'y sont effriles â iour de role, et le bloc roumain s’est conserve, ainsi qu’en fait foi la carte de la page 13, ou est representee la zone d’expansion actuelle de la nation et du parler rournains. Parmi les envahisseurs, les plus acharnes se sont montres les Slaves. Ils ne sont pas venus seulement par bandes pillardes, mais aussi comme esclaves. Bien que dans leur expansion ils se soient avances jusqu’en Grece, aux Alpes, et â proximite du Rhin, aucun îlot de population slave n’a pu demeurer en Dacie, (pas meme dans la

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Fig. 23. — Les invasions asiatiques

et les Turcs. Pour nous, Rournains, et durant plusieurs siecles, ils > ont represente ce que nous avons appele le «siege de la forteresse carpathique». (Nous mettons â part les Bulgarcs, slavises de bonne heure). populations, etrangeres aux races de l’EuCesont troisconstitue pour le developpement du peuple rope, redoutable. Aussi bien â l’Ouest roumain, l’obstacle le plus les Rournains s’est et â l’Est qu’au Midi, leur pression sur

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J) L’abbe Rcgino (X-6me si6clc) parle d’eux en ces lermes: « Les Hongrois se nourrissent â peu preş comme les fauves, de viandc crue et de sang. Ils coupent en morceaux le coeur dc leurs ennemis et ringurgitent comme medicament*. Ricardo raconte la meme chose dans sa chronique: «Les Hongrois vivent comme les bcles sauvages, sans travailler la terre. Ils mangent de la viande de cheval, de loup et d'autres animaux et boivent du lait de jument et du sang». Enfin l’eveque de Freysing les dicrit ainsi: « Les Hongrois sont des hommes effrayants avec des yeux enfoncds dans la tete, de pclitc laille, barbares et sauvages dans leurs coutumes et dans leur langue; une sortc de monslres humains». Mais laissons de cotd les exagerations, inevilablcs en de pareilles circonstances; il en resle assez cependant pour nous rendre complc de 1 impression terrible produite par 1’apparilion de ce nouvel dlement asiatique, quoique les Europeens cussent eu l’occasion de connaître pendant une periodc de plusieurs siecles les faits et gestes de Huns et de Avars, preddcesseurs de la meme race que la nalion magyare. La preuve la plus explicite de l’dpouvante produite par ces invasions est le mot Ougrc (hongrois) et Bougrc (bulgare) ayant garde aujourd’hui encore un sens pejoratif, prdeisement aux confins occidcnlaux du continent.

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le christianisme, ils auraicnt certainement peri, comme les Iluns, les Avars, les Pecenegues, les Cumanes, et d’autres nations asiatiques. On peut dire que la meilleure chance des Ilongrois a ete leur conversion au christianisme par voie administrative, sous Etienne I-er, (1001 â 1038), qui retjut du Pape le titre de « roi apostolique ». Simultanement, ils adopterent aussi le systeme feodal, en vertu duquel le roi se considerait comme le maître de tout le territoire occupe, s’arrogeant ainsi le droit d’en distribuer les « fiefs » selon son bon plaisir. Armes de pareilles conccptions, les Magyars, representants du catholicisme et de la feodalite, s’approprierent la Transylvanie. La, vivait cependant une masse de population tout â fait distincte, non seulcment en tant que race et que langue, mais aussi comme religion, fait d’une signification profonde au moyen âge. Le christianisme roumain avait un caractere archai'que et conservateur (p. 26); il restait â pcu preş completcment etranger aux controverses dogmatiqucs, si nombreuses pendant le premier millenaire de de Pere chretienne. Aussi, par la force des choses, leur cglise tradiţionaliste ne comportait pas de sectes et se montrait refractaire au proselytisme. Quant. â la vie sociale, Torganisation en ctait simple: chaque region se contentait dc la justice obtenue par un «jude», juge, (de judex) ou «judeţ». Maintcnant encore les unites administratives s’appcllent en Roumanie judeţe (arrondissement, Bezirk, dispartimento). Au-dessus de plusicurs arrondissements s’elevait un duc ou un Voivode. Nous sommes renseignes â ce sujet par une chronique hongroise, qui nous donne meme les noms des ducs roumains: Gelu, Glad, etc. Quelle valeur peut-on preter â cette chronique? Pour les uns, clic est minime, mais quelques savants hongrois la considerent comme « une des creations des plus harmonieuscs de l’historiographie latine medievale... aussi bicn comme reflexion methodique que comme profondeur de connaissances ». Quelle que soit la part, d’ailleurs, que Ton rotire aux merites de cette chronique, ecrite par le 5*


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propre secrctaire du roi de Hongrie, une chose est cerlaine: au moment de l’invasion des Hongrois en Transylvanie, Ies Boumains y jormaient un bloc elhniquc bicn defini, avec une organisation politiquc assez importante. Ce fait n’a rien de surprcnant, apres ce que nous avons rapporte plus liaut. Le christianisme roumain, plus ancicn que celui des Hongrois, de preş de miile ans, ainsi que lcur langue, qui servait meme aux barbares d’organe de communication, (p. 48) Ies aidaient dans leur luttc contre Ies necessiles de la vie quotidienne, et leurs instilutions, heritees de l’epoquc daco-romaine, s’averaient utilcs a certains egards, meme pour les envahisseurs. Comme preuve palpable que les barbares n’ont pas detruit la population autochtone, mais ont cherchc â l’cxpioiter sous forme de dîme, nous avons l’exemplc classique des Tartares de la « horde d’or » qui ont inondc toute une pârtie de la Russie. «Leur systemc fiscal se bornait â un impot sur les socha (genrc de charrue primitive) ou sur tout champ arabic d’unc etendue susceptiblc d’etre labouree par deux ou trois ouvriers avec leur betail, ce qui laisse â presumer deux choses: le rccensement de la population soumise, et la defense â tous de quitter leur champ. On sait, en effet, que les Tartares ont fait, â cette intention deux recensements 2). « Quant â la perception de l’impot, elle se faisait egalement par les cheis locaux, responsables â l’egard de l’envahisscur. C’est ainsi qu’ils ont procede en Transylvanic. Un temoin de l’invasion des Tartares, le moine Rogerius d’Oradea, raconte ce qui suit: «Comme c’etait le moment de la moisson, tous, ils ont ramasse et engrange la recolte avec la paille et le foin... Ensuite ils ont choisi des Knezi, e’est-â-dire des baillis, pour rendre la justice et leur procurer des chevaux, du betail, des armes, des dons et meme les vetements ne- cessaires »2). P* Milioucov, Essai sur la civilisation russe, Paris, 1901, p. 174 el suiv. *) Conslilueruat cancsios (arrondissements) id esl balivios, qui juslitiam facerent et eis equos, animalia, arma, exenia, el vestimenta ulilia procurarenl.: Pocem habebamm et fora... Convcnicba.nl canesii... ctc. (R o g c r i i, Carmen Muerabtlc, chap. XXXJCV).

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Dans de pareilles conditions Ies Roumains, defendus par leur langue, leur eglisc et leur organisation traditionnelle, (Jus Valachicum), ont pu resister â toutcs Ies difficultes de cette epoque troublee, non seulcment dans la zone des Carpathcs, mais dans toutc PEurope, etant donne que Ies barbares ont penetrc jusqu’cn Italie, France et Espagne, et que quclques-uns meme ont passe en Afriquc. L’invasion des Hongrois, cile non plus, n’a pas rcpresente, au debut une catastrophe pour Ies Roumains. Les difficultcs n’ont commence qu’apres leur conversion au christianisme, parce que les autres barbares se contentait d’un tribut. Mais l’Etat « apostolique » et « feodal » ne tarda pas â elcver de nouvelles pretentions ; la conversion au catholicisme, d’une part, et, de l’autre, des «fiefs ». II estimpossible d’enumerer les persecutions auxquelles ont ete soumis les Roumains, consideres comme heretiques â causc de leur orthodoxie traditionnelle. Nous ne relevons qu’un fait, de grande importance, non seulcment au point de vuc confcssionnel, mais aussi social et politique: les rois de Hongrie ont attache un titre de noblesse au catholicisme, et n’ont octroye de domaines qu’â ceux qui sont passcs â la confession catholique. Une pârtie des leaders roumains se sont laisses seduire. IIs sont sortis de la sphere de leur vie naţionale, et, devenant catholiques, se sont peu â peu magyariscs, amoindrissant ainsi Ic territoire roumain en faveur des envahisseurs. C’est pourquoi, au debut, le duc roumain Menumorout disait clairement qu’il ne cederait rien de la poussiere du pays x), (terram cum pugillo se daturum negabal), dans un moment ou des renegats diminuaicnt, pour des titres nobiliaircs, le patrimoinc autochtone. Ce n’est pas tout. Le catholicisme et la feodalite sont dcvenus eux aussi, comme nous allons le voir, un moycn d’affaiblissement politique pour les Roumains. Mais, auparavant, rappelons un fait de haute importance, demontrant une fois de plus, nettement, que «l’histoire est de la l) Anonymi bclac .regia notarii gest Hungeroruni, chap. LI.

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geographie eu rnouvernent )> (geographie et, ajouteronsnous, ethnographie). La Transylvanie, «unite physico-geographique dis­ tincte de la plaine pannonienne », (comme le reconnaît le geographe hongrois, M. Cholnoky Jeno), occupee par une nation â part, et dirigee par ses princes, apparaissait ici, par ses combats contre Ies Magyars, et quelques croissemcnts avec eux, (le prince Menomorout a donne sa fille en mariage â un successeur d’Arpad), comme une forme politique ă laquelle Ies Hongrois ne songeaient meme pas. Alors que dans la steppe du Danube il n’y avait qu’un seul maître, le roi, on vit surgir la aussi une Prindpaule. A juste raison, le geographe cite plus haut observe qu’au cours de l’histoire cette situation particuliere s’est maintes fois repetec ». Soit « comme Dacie soit comme principaute, la Transylvanie a toujours eu son histoire particuliere ». II semble au geographe magyar que cette histoire se rattache plutot â celle de la Hongrie. Mais nous venons d’entendre le langage des faits economiques’et, tout â lTieure, nous fournirons d’autres preuves encore. Tout d’abord soulignons le fait que le prince de Tran­ sylvanie avait le droit d’entretenir une armee â lui, de distribuer des fiefs, et de rendre la justice. En dehors d’une monnaie distincte, d’unites de mesures distinctes, de poids distincts et de douanes propres, ce prince etait en realite une sorte de concurrent du roi de Hongrie: caractere qui s’est accuse plus nettement que jamais en 1526, lorsque le prince de Transylvanie a refuse son aide au roi de Hongrie, ce qui a eu pour resultat l’aneantissement de l’Etat magyar. Par consequent la structurc physique de la Transyl­ vanie, ainsi que la presence de la nation roumaine dans la forteresse carpathique et ses environs, ont maintenu une individualite politique distincte de la Hongrie, avec une « vie propre », comme le fait remarquer le professeur Cholnoky. II nous reste â present â examiner sous leur aspect politique (historique) les relations entre la Tran­ sylvanie et les pays voisins, apres les avoir etudiees du

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point de vue economique et nous verrons de quel cote s’est orientee cette principaute. En raison du caractere feodal et catholique de l’Etat hongrois, la situation des Roumains est devenue plus difficile de siecle en siecle. Lors dc la premiere diete de Tran­ sylvanie, (11 marş 1921) un document latin nous montre encore Ies Roumains dans une situation normale. Jls apparaissent, en fin de compte, dans ce manifeste politique, sur le meme plan que Ies nobles hongrois, â cote des Secui ct des Saxons, venus la en qualite de colons. Mais, avec le temps, Ies persecutions contre Ies Roumains ont aug­ mente â tel point qu’il ne leur rcstait plus d’autre ressource que la revolte. Quand, en 1437, un eveque chatolique alia jusqu’â imposer Ies villages roumains au bene­ fice du culte catholique, la paysannerie s’insurgea. Les nobles ont ete brises, et par le trăite de Cluj-Manastur, les Roumains ont acquis le droit d’etre consideres comme « un etat social distinct, avec leurs chefs, qui les defenddaient et dont la personne devenait inviolable » (sorte de Tribuns du peuple). La reaction des feodaux n’a pas tarde: ils foulerent aux pieds leurs promcsses, et les persecutions devinrent. plus âpres, ce qui provoque d’autres soulevements. Un des plus connus a ete celui de Doja. En 1513, le Pape tenta d’organiscr une croisade contre les Turcs, qui menagaient de mettre la main sur l’Europe Centrale. «La huile papale », publiee le jour de Pâques, promettait une remise dc peches â tous ceux qui s’enroleraient contre les paîens et garantissait aux paysans leur affranchissement. Bien entendu, d’innombrales scrfs s’enrolerent, mais les no­ bles, voyant baisscr les revenus de leurs domaines, prirent les armcs, eux aussi, non pas contre les Turcs, mais contre les paysamns croises. A la tete de ceux-ci se trouvait Georges Doja, que ses actcs de bravoure avaient rendu celebre dans les luttes avec les Musulmans. Plusieurs combats curent lieu, â la suite desquels les paysans, fâiblement ar­ mcs, furcnt battus. Doja fut pris et condamne au supplice de la roue. Par derision on le fit monter sur un trone de

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a raison, aussi loin qu’elle le peut, pour exploiter le plus possible Ies serfs qui lui sont assujettis. Le serf est une sorte d’esclave de son Seigneur; il n’a aucun moyen de protection; il doit servir beaucoup ou moins, selon le bon plaisir du maître, comme et ou veut celui-ci... Voici pourquoi des villages entiers sont sur le point d’emigrer en Molda­ vie ». Comment Ies pauvres serfs n’emigreraient-ils pas, s’ils etaient forces de travailler pour le proprietaire, « chaque semainc quatre jours avec leurs bras, ou trois jours avec leurs animaux»? La consequence de cette situation intolerable a ete une nouvelle insurrection (1784), qui a gagne toutc la region occidentale de la Transylvanie. A la tete des rebelles il y avait encore un paysan, Ursu Nicola-Horia. Mais bien, que Tempereur lui-meme reconnut la juste cause des opprimes, l’armee a de nouveau pris le parti des privilegies: Horia Ursu a ete arrete et ecartele sur la rouc â Alba Julia, apres qu’on eut amene sur le lieu du supplice des temoins de tous Ies villages roumains, pour qu’ils puissent raconter chcz eux Ies tortures du martyr, et terroriser ainsi Ies masses. Meme apres cette exccution Ies choses ne se sont pas arangecs. Au siecle dernier, un Hongrois, dont l’autorite ne saurait etre mise en doute par personne, parce qu’il a fait pârtie du gouverncment revolutionnaire de Kossuth, un homme honnete, Bartholomee Szemere disait des Roumains: « II n’y a point de peuple dont le triste sort puissc etre compare au leur. Conlrciint sous Vegicle autrichicnne de s'unir avec Rome, par tous Ies moyens imaginables de pression morale, et de force armee, ce peuple a vu fcrmer ses cglises. Les nouveau-nes sont restes sans bapteme, Ies couples marics sans benediction, les morts sans funerailles... Les Roumains n’ont pu s’affirmer ni se developper selon leur nature, dans aucune direction, mais ils sont demeures comme un merveilleux arbre vivant, riche en feuillage, sans qu’aucune fleur ait pu s’ouvrir ni aucun fruit briller, sous son couvert assombri».

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De ce fait, en 1848, eclata une autre revolution, sous la conduite d’Avram Iankou, denomme le « roi des montagnes ». Les insurges s’organiserent â la maniere des legions} sous le commandement de prefets et de Iribuns (echo loinţain de la Dacie Trajane). Mais cette armee, se fiant bien plus â la puissante protection des montagnes qu’â ses proprcs armcs, (qu’clle n’avait d’ailleurs pas), ful battue, et les nobles hongrois ont pu continuer impunement â oppresser l’element roumain, bien que la Hongrie, depuis plusieurs sieclcs, n'existât plus. La persecution administrative, rcligieuse, scolaire et economique, est devenue de plus en plus âpre, jusqu’au scuil de notre siecle. Apres les penibles aveux d’un liberal comme Szemere, il nous â ete donne d’entendre de la bouche du Baron Desider Banffy, (ancien premier ministre de Hongrie), des declarations faites au parlament de Budapest, comme celle-ci: «Ma politique chauvine est une tendance puissante et indomptable vers un but: arriver â tout prix â edifier un Etat hongrois parlant une seule langue 1) ». Et le resultat de cette persecution impitoyable a commence â se faire sentir sous la forme de l’emigration. Plus de 200.000 paysans roumains, partis au but du monde, se sont disperses en Amerique. (De lâ leur nom d’« Irlandais de Hongrie »). Ce redoublement de persecution contre le peuple rou­ main de Transylvanie et de Hongrie est du encore â une autre circonstance. En 1848, les revolutionnaires roirmains, attendant toujours l’accomplissement des promesses de Joseph II, sont demcures fideles â VEmpereur d’Autriche et ils ont pris les armes contre les Hongrois. Mais, en 1866, lorsquc l’Autriche fut brisee par Bismark, les Hongrois, de nouveau, ont leve la tete: ils ont force Yienne, en 1867, â partager avec Buda-Pest, par «Ausgleich », la domination de la monarchie. Ainsi est nee la monarchie n_.J ^e*ne chauvinistische Politik ist cin unwidcrstehlich starkes Slreben rhpinS-7|1C C cTd das. Enrcichcn diescs Ziclcs ura jeden Preis: der Aufbau des einhoitlichcn Staatcs (« Pcstcr Loyd», 7 mai 1908).

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bicephale d’Autriche-Hongrie, et les Magyars ont reussi â ressusciter, pour quelques dizaines d’annees, le royaume detruit en 1526 par les Turcs. Depuis cette date, ils ont essaye « â tout prix » de transformer la pârtie orientale de la monarchie en un Etat unitaire â langue unique, bien que ce territoire fut occupe par une quantite d’autres nations: Croates, Serbes, Slovaques, Ruthenes, Souabes, Saxons et Roumains. Ces derniers etant les plus nombreux et ayant â cote d’eux le royaume roumain, florissant sous le regne de Carol I-er, surnomme par ses sujets Carol rintelligent, il est tout naturel que les coups des Hongrois soient tombes surtout sur eux. Ccpendant, avec le temps, les fatalites geographiques deviennent des fatalites historiques, parce que l’histoire est une «geographie en mouvement» (Herder). Apres la chute de la monarchie des Habsbourg (dernier souverain « apostolique » en Europe), toutes les nations enumerecs ci-dessus ont recouvre leur liberte. La Hongrie, elle aussi, a pu devenir independante, en demeurant toutefois dans son espace cthnique, c’est-â-dire dans la steppe ou firent halte â leur arrivec en Europe les tribus nomadcs d’Arpad. Encore une fois, par consequcnt, s’est accomplie la parole de Herder, et un savant, l’historien Francisc Eckhardt, professeur â TUniversite de Budapest, avec une objectivite de chercheur imparţial, dans un ouvrage public en 1934 sur l’histoire de Hongrie, a reconnu que «les colonisateurs d’Arpad nont pas peuple toute la Hongrie ele jadis, mais que la region habitee par eux â peu preş la meme que le sol auquel ont ete ramenees les frontieres de ce pays, un milier d’annecs plus tard, par le trăite de Trianon ». L’observation geographique et anthropogeographique est exacte, mais l’historien pouvait neanmoins s’abstenir d’evoquer le trăite de Trianon, parce qu'avant Varmistice qui mit fin â la guerre mondiale, donc bien avant les traites de Vcrsailles et de Trianon, le gouvernement hongrois de Budapest lui-meme avait accepte la separalion des Roumains delaHongree, reconnaissant, des le 28 octobre 1918, «le Conseil National Rou-

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mani » comme seul organe representalif de loute la naţion roumaine, ayant appartenu â l’ancienne monarchie austrohongroise. La communication du ministre de la Guerre de Hongrie est libellee ainsi: « Je porte â la connaissancc des officiers, sous-officiers et hommes de troupe roumains, qu’ils pretcront serment devant le Conscil National Roumain ». Comme suite â ce communique officiel, vingt-six com­ ics, (departements), habites par des Roumains, se detacherent automatiquement de l’autorite de l’Etat hongrois, demeure dans son cspacc geographique ’felt ethnique, — laplaine pannonienne —le fit rcmarquer fort judicieusement le professeur d’histoire de la Capitale de la Hongrie, (16 ans apres l’accomplissement de cet evenement). Et Ies rcpresentanls des Roumains, dans la grande Assemblee d’Alba Julia, (plus de 100.000), ont decide V Union avec le royaume de Roumanie. Mais l’histoire a soin parfois de justifier scs sentences. Et lâ, se sont produites cleux juslifications auxquelles pcrsonne n’aurait pense. Sous le regime communiste de Bela Kuhn, la Hongrie, comme si elle s’etait ravisee, partit de nouveau en guerre contre la Roumanie, bien que plus de six annecs se fussent ecoulees depuis la conclusion de l’armistice qui mit â la guerre mondiale. Soit que le dictateur communiste songeât seulement â Pexpansion du communisme, (il a termine sa carriere en Russie sovietiquc), soit qu’il aspirat â la gloire militaire, ainsi qu’â la consolidation de sa situation politique, il a suffi que le resultat de la guerre, dans Fete de 1919, se soit retourne entierement contre la Hongrie. Ses troupes furent vaincues, et Budapest, sa capitale, a ete occupee par l’armee roumaine. De sorte que le trăite de Trianon n’a pas fait que justifier, mais il a consacre pour la deuxieme fois ce qui ful le libre consentement du gouvernement hongrois, avant la domination de Bela Kuhn, et meme avant la conclusion de l’armistice general, par lequel se termine la guerre mondiale.

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On a donc reconnu, comme conscquence de ce duel niagyaro-roumain inattendu, ce qui s’etait accompli en fait: Ic dctachemcnl pour loujours de la Transilvanie et de tous Ies Roumains (du Banat, de Crişana el du Mara­ mureş) de leur lien force avec la Hongrie. l.es armes â la main, Ies Magyars se sont rues sur la Transylvanie: et c’est egalement par Ies armes qu’ils ont ete rejetes dans leur steppc. 11 importe encore de rappcler qu’â cettc luttc pour la liberation du sol de la Dacie ont pris part, â cote de l’armee du royaume roumain, meme Ies Roumains de Transylvanie, du Banat, de Crişana, du Maramureş, de Basarabie et de Bukovine. Et, comme une singulierc rencontre de la destinde, il est arrive precisement que le chef qui â brise le premier l’offensivc des troupes hongroiscs sur Tisza etait urî Roumain transy vain). Deuxieme justification inattenduc: coinme ceux qui s’etaicnt reunis pour le trăite de Versailles ne voulaient pas tenir compte des engagements signes au moment de l’entree en guerre de la Roumanie, le representant de ce pays, en signe de protestation, s’est retire de la confercnce. De sorte que la frontiere definitive entre le Hongrie et la Roumanie a ete fixec sans la participation de la Roumanie, d’apres des etudes d’exeprts etrangers, en vertu de statistiqucs et de cartes ethnographiques. Plus tard, comme une sorte de luxe de justice, on a impose â la Roumanie une frontiere rectifiec par des arbitres, la seule jrontierc recli/iee de toutes celles qui ont ete etablics par Je trăite de Versailles. L’histoire a ses retours. Ricorsi, (comme disait jadis Vico). Les faits offrent parfois une symetrie imprevue, la variation d’un leitmotiv qui se repete. La Grande Assemblee d’Alba Julia, ou s’est decidee 1’union de tous les Roumains en un seul royaume, a ete comme une sorte d’echo de l’assemblec de Blaj, au centre de la Transyl­ vanie, qui demanda, des 1848, par la voix de 40.000 representants du peuple roumain, l’abolition des injustices du passe. De meme, le couronnement du roi de Roumanie â Alba Julia a ete, 323 ans plus tard, la repetition solen-

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nelle du couronnement, au meme endroit, de Michel le Brave, premier reslaurateur de la Dacie Trajane. Au total, le long siege qu’a l’ait â 1’Occident le pre­ mier peuple asiatique installe dans le voisinage des Roumains contre la forteresse carpathiquc, s’est termine. L’assassinat de Michel le Brave, au cceur de la Transylvanie, preş de la viile dace de Turda (Turi-Dava) ; l’cxpiration sur la rouc de Horia Ursu â Alba Julia; le martyre d’Avram Iankou et Ies souffrances sans nombre du peuple roumain ont trouve leur recompense. Ainsi ont ete accomplies Ies paroles que le duc roumain Menumourout prononga lors de sa premiere recontre avec Ies Magyars: «Tant que nous vivrons, nous ne cederons rien de notre sol» (Terram autcm... nullcim concedimus nobis viventibus). Ce compte interesse principalement Ies Roumains. Pourtant il offre aussi un aspect europeen: apres que la bataille de Mohacs eut liquide. (1526) le « royaume apostolique », la guerre mondiale (1914—1918), detruisant l’Autriche-IIongrie, a liquide le dernier Stat feodal d'Europe. On a supprime ainsi pour toujours non seulement le titre religieux «apostolique», mais egalement un paradoxe geographique: la pretention de la nation nomade des Magyars, etablic au IX-eme siecle dans la steppe, entre Ies Alpes et Ies Carpathes, de dominer Ies pays montagneux des environs, habites par des populations d’une autre race, d’une autre langue et d’autre traditions culturelles. A l’cncontre de la regie historique qui pretend que Ies Etats maîtres des montagnes ou des plateaux cherchent habituellement â s’etendre dans Ies plaines du versant, ici Ies nomades de la plaine ont essaye de conquerir Ies montagnes environnantcs, inversion que l’experience his­ torique de 1 humanite n’a recontree nulle part ailleurs 1).

Le deuxieme peuple nomade qui a fait halte preş des frontiercs de l’ancienne Dacie a ete Ies Tartarcs. Cette branche mongole, apres un assaut intempestif comme celui des Magyars, a campe dans la steppe preş de la Mer Noire. Ses depredations ont dure jusqu’au XYIII-cme siecle, plus longtemps que dans n’importe quelle autre pârtie de TEurope. En 1758, Jes hordes tartares ont meme deborde, jusqu’aux monts â J’Est de la Transylvanie (Vrancea). Les degâts materiels ont ete immenses. Les Tartares etaient consideres, par le peuple roumain, comme les nuees de sauterelles, le cholera, la peste, sorte de phenomene periodique, de calamite inevitable imposee par la nature. L’absence de proselytisme de ces nomades, convertis â la religion de Mahomet, a fait que leur voisi­ nage a ete cependant plus facilement supporte que celui des Magyars. Ceux-ci, non seulement â l’epoque ou ils etaient catholiques, mais meme apres que certains eusscnt passe au calvinisme ou â l’unitarisme-, ont continue â chcrcher â asservir les Roumains, soit par la confession, soit par la langue, soit en les condamnant â un servage perpetuei. Le siege des Tartares, sur le flanc oriental de la forte­ resse carpathique, apres avoir dure environ cinq siecles, s’est termine lui aussi au siecle dernier. Enfin, le troisicme element ethniquc, suivi d’effets bien plus considerables pour le peuple roumain et meme pour l’Europe entierc, a ete les Turcs. Leur histoire est nneux connue que celle des Ilongrois et des Tartares. Venant d’Asie Mineure, peu de temps apres les Tartares, ils ont penetre dans la presqu’île balkanique, se sont empares de Constantinoplc, puis ont dirige leurs regards sur le centre de l’Europe. Le cyclone turc a servi plusieurs siecles, et ne s’est â peine apaise qu’apres le siege de Vienne. Ce qui nous interesse ici c’est l’assaut qu’ils ont livre, comme les Hongrois et les Tartares, â la forteresse car­ pathique.

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Eji deux mots, Scoici comment Ies choses se sont passecs: D’abord Ies Ottomans ont conquis toute la peninsule balkanique. Les Grecs, Ies Bulgares, Ies Serbes et lcs Albanais sont devenus â tour de role sujets du Sultan. Toutes les frontieres des pays chretiens ont ete abolies ct lcs drapcaux du Prophete ont ete plantes sur la rive droite du Bas-Danube. Mais la, les armees turques se sont hcurtees â la premiere resistance durable, representee par quatre pcrsonnages historiques: Mircea le Vieux (1368—1418). II a pris part d’abord â cette croisade europeenne qui jeta contre lcs Turcs des soldats chretiens venus du fond de l’Europe. Mais Far­ mec des croises a ete battuc sur la rive droite du Danube, (Nicopolis). Bien que reste seul, Mircea, pendant la duree de son long regne, a continue a defendre son pays ct il a entrepris cinq campagncs â Rovine; il a reussi â vaincrc Tarmee turque, commandee en personne par Ie sultan Bajazet llderim, (la Foudre). On peut donc dire qu’â la fin du XlV-eme siecle et au debut du XV-eme, la digue elevee devant 1’Islam a ete le peuple roumain. Le princc du Pays Roumain, maître d’abord, sur les deux rives du Danube, jusqu’â la Mer Noire, et sur toute la peninsule situec entre le Danube et la Mer (Dobroudja), representait une puissance considerable, surtout que, regnant aussi en Transylvanie, sur le duche de Făgăraş et d’Amlaş, il s’appuyait sur les Carpathes x). 1 andis que les armees de l’Europe Occidentale, vetues d acier, n’avaient qu’un effectif reduit, â cause du prix des armures, 1 armee de Mircea, composee de cavalerie legere, etait exactement ce qu’il fallait pour faire face aux Turcs. Le role du Prince roumain a meme ete apprecie par les chroniqueurs turcs, reconnaissant que Mircea â ete le plus vaillant et le plus habile des adversaires des Otto-

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mans (Princeps inter christianos forlissimus el acerrimus v). Lcs Serbes, Ies Bulgares, Ies Bvzantins et Ies Italiens l’ont egalement couvert d’eloges. La deuxiemc personnalite importante dans la lutte contre Ies Turcs a ete Jean Corvin de Huniade. Apres la mort de Mircea, il a represente la resistance des chretiens. Bicn qu’il fut Roumain, scs merites militaires et politiqucs etaient si evidents que, de gouverneur de Banat, il devint voivode de Transylvanie, puis Regent

Fig. 25. — Le duche de Făgăraş, d’Almaş ct les possessions des Princes moldaves

de Hongric. En dix campagncs il defit lcs armees turques ct ne fut battu que deux fois. La peste 1’emporta lorsqu’il defendait Belgrade. La renommee de Corvin s’accrut â tel point que les Ilongrois ont elu son fils Mathias roi de Hongrie, en

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depit de leur aversion pour la familie de 1 etranger l). Le sultan Mahomed, lui-memc, malgre son hostilite contre Ies chretiens, a reconnu que jamais un homme de cette trempe n’etait reste sous Ies ordres d un alitre, depuis que le monde est monde », et le savant Pape Pie II (Aeneas Silvius Piccolimini) a ecrit au heros de la chretiente que Corvin «n’avait pas tant augmente la reputation des Ilongrois, que celle des Roumains, du sein desquels il etait ne ». Son lieu de naissance etani situe dans la region carpathique, ou se dressait autrefois la capitale de la Dacie, il a voulu etre enterre â Alba Julia, dans la terre meme de sa patrie. Le troisieme personnage, au nom plus retentissant encore, a ete Etienne le Grand (1457—1504). Pendant un demi-siecle environ il a barre la route aux Turcs. II n’a pas fait moins de quarante guerres et n’a ete vaincu que deux fois, bien qu’il eut â subir non seulement Ies coups des Turcs et des Tartares, mais des Polonais et des Hongrois. Ses victoires sur Ies Turcs ont eu en Europe un tel echo, que le Pape Sixte IV l’a surnomme «l’athlete de la chretiente », reconnaissant que son nom etait dans la bouche de tous 2). Comme Mircea, Etienne a ete maître de la Mer Noirc jusqu’â l’Ouest des Carpathes orientales. Son autorite s’etendait au delâ des montagnes, sur toute la region qui va jusqu’au confluent du Someş, ou il a fonde un eveche (â Vad) pour la nation roumâine de Transylvanie. L’importancc de ce prince ne pouvait etre mieux appreciee que par ceux avec qui il a croise le fer. Le chroniqueur polonais, Mathias de Miechov, l’a celebre en langue slave: « O Etienne, homme merveilleux et victorieux, qui seul Ulrich Cillcy, homme de coufiancc de Ladislau V, icrivant â Brancovîci, avouo qu’il «voudrait luer Ies enfants de Ioan Huniadc, pour exterminer la race de ces chiens de Valaques » (Fcssler), IV, p. 8'*7. Un des fils de Corvin a d aillcurs dlo lue. f) Rcs luae contra infideles Turcas communes hoslcs sapienter et fortiter gcstac tantum claritatis tuo nomini addiderunt ut in orc oninium sis el conscnsu plunmum lauderis. (Romae XX Marţii MCCLXXVI, Anno V).

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de tous Ies princes de notre siecle, as pu remporter une victoire aussi briliante sur Ies Turcs ! »J). D’ailleurs le titre de « Grand » lui a ete octroye par un souverain de son temps (stephanus iile magnus)2). Un siecle plus tard apparaît le qualrieme grand pcrsonnage, Michel le Brave (1593—1601). La situation du peuple roumain etait alors plus difficile cncore. Ayant detruit la Hongrie (1526), Ies Turcs avaient etendu leurs frontieres presqu’aux portes de Yienne. Et pourtant, la ligne du Bas-Danube n’etait pas depassee. Michel V, reprenant l’idee de la croisade contre Ies paiens, battit Ies Turcs â plusieurs reprises, se mesura en personne avec le Vizir Sinan pacha, qui portait au milieu de son armee le drapeau vert du Prophete. II le vainquit â Călugăreni. Mais commc le nonchalant prince de Transylvanie, bien que tributaire des Turcs, nourrissait des ambitions de supre­ maţie, et voulait meme renverser Michel, celui-ci franchit rapidement Ies montagnes, battit l’armee de Sigismond Bathory et occupa la Transylvanie. Puis pour assurer ses arrieres, il dut occupcr aussi la Moldavie, ou Ies Polonais, (alors en coquetteric avec Ies Turcs), aidaient une de leurs creatures â s’emparer du trone. A inşi, poussc par Ies necessites militaires de la croisade, le vaillant Prince se vit maître de toute la Dacie Trajane. En quelques campagncs foudroyantes et par la restitution â l’Etat roumain de son centre naturel, la Transylvanie, il reussit â reconstituer la puissance politique de son peuple. En 1600, il a ete couronne â Alba Julia Prince de tous Ies Roumains. II n’est pas elonnant que la rumeur de tant de victoires et la lueur de meteore de ce grand soldat aient remue Tâme de tous Ies pays voisins. Le Prince roumain devint un sujet d’epopce pour Ies peuple chretiens situes, â l’Est de l’Europe 3), et le Pape Clement VIII, le louant pour le 1) 11 est question de Racova, ou Podul înalt. 2) Lettre du Roi Sigismond (II urmuzach i, suppl. II, p. 22 â I. Urs u, Etienne Ic Grand, 1925). 3) Stavrinos, Lcs cxploits dc Michel Ic Brave, p. 17—127 (recueil de poemes historiques, en grec vulgaire, relaţii & la Turquie et aux Principautes Danubicnnes, Paris, ed. par Legrand). 6*

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Tout le monde s’attendait â ce que les Turcs fussent expulses d’Europe. Le missionnaire Andre Bobbi, moine dominicain, voyait en Michel le restaurateur de TEmpire romain d’Orient, avec capitale â Constantinople (25 juin 1600). Malheurcusemcnt, les rivalites entre chretiens, la faiblesse de l’empereur Rodolphe, plus preoccupe d’astro*) Ioannis \rru-'iCx'\Fer MDCLXXV.

Bisselii, Aetalis noslrae gcslorurn emincntium inedulla seplcnnia digesla. Amnergae apud loannem Burger anno

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logie que du probleme turc, et surtout Ies intrigues des Ilongrois de Transylvanie, finirent par mettrc en perii la vie du heros. II mourut assassine. La main des chretiens mit fin â la croisade contre Ies Turcs, et le tombeau du martyr, creuse â l’endroit meme ou fut commis le meurtre, â Turda, au centre de la Transylvanie, est devenu un symbole historique pour toute la nation roumâine. Mais plus le sacrifice est grand, plus son fruit, fut-il tardif, a de valeur. Ce n’est qu’au XlX-emc siecle qu’on recueillera Ies benefices de tant d’efforts. Le peuple roumain, malgre toutes ses souffrances, a fini par atteindre un resultat digne d’etre pris en consideration. Les Etats voisins ont dispăru de la carte d’Europe: la Bulgarie, d’abord, puis la Serbie puis la Ilongrie, et meme la royaume de Polognc, autrefois rival de la puissance moscovite. En 1800, cependant., se trouvaient encore, — dans une situation fort difficile, il est vrai, mais cela meme prouve qu’elles existaient, — deux principautes roumaines, la Moldavie et la Mountenie, avec un Prince â leur tete. Politiquement, la succession d’Etienne le Grand et de Michel le Brave n’a pas completement peri. La preuve en est que l’impulsion la plus puissante cn faveur de la « Renaissance rou mâine » a etc donnee par 1’ « I listoire de la vie de Michel le Brave », ouvrage compose par un jeune liomme genial, mort â 33 ans 1). En 1829, les Turcs ont abandonne les dernieres tetes de pont sur la rive gauche du Danube, et, en 1878, quand ils ont ete definitivement rejetes de la ligne de ce fleuve, il est arrive, ainsi qu’unc sorte d’adaptation muctte de la destinee, de symetrie des evemements, que celui qui a brise la resistance de Parmec mahometane au Nord des Balkans (Plcvna) a ete precisement le Prince de Roumanic, Carol I-er, commandant nou seulement l’armee rou mâine, mais aussi les forces russes. Par ce fait d’armes il liberait en meme teinps la pârtie meridionale de l’Etat roumain. C’est lui qui a ecarte le troisieme element asiatique, les Turcs. !) N. Balcesco (mort cn 1853).

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Remarquons ici, comme une logique latente des faits, que Ies trois forces asiatiques qui ont assiege, pendant tant de siecles, la forteresse carpathique, ont succombe politiquement dans l’ordre meme de leur venue en Eu­ rope: Les Tartares, deuxieme element exotique, malgre la reputation de la « Ilorde d’or », ont egalement succombe,

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Fig. 27.—La frontîfirc politîquc en 1800, sur le Bas-Danube

mais plus tard, Leurs dernieres traces disparaissent de la carte â la fin du XVIII-eme siecle. Enfin, en 1878, les Turcs se sont retires du bassin du Bas-Danube. La forteresse carpathique s’est ainsi peu â liberec, et, en 1918, apres la guerre mondiale, l’Etat lie aux Carpathes a retrouve pour la troisieme fois son centre geometrique, la Transylvanie. Le roi. Ferdinand a pu se faire couronner â lu Alba Julia, ou l’avait ete, trois siecles auparavant Michel

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le Brave. En d’autres termos, selon le mot de Herder, le facteur geographique et ethnographique a cncorc une fois demontre sa puissance. La legitimite de l’union de tous Ies Roumains en un seul Etat ressort encore des faits suivants: 1. Non seulement les Roumains, mais les etrangers, (meme des ennemis de notre peuple, ont preconise la reintegration de la Dacie, avant meme que n’ait ete formule le « principe des nationalites ». A cote d’un certain nombre de Princes roumains, (Şerban Cantacuzino, Constantin Brâncoveanu, Yasile Lupu, Gcorgcs Duca), des princes hongrois, (Gabriel Bathory, Gabriel Bethlen et Georges Rakoczy II), ont ete preoccupes de cette integration de la Dacie comme d’un fait necessaire et logique. La meme pensee avait germe dans l’esprit de Catherine et dans ce­ lui de Joseph II. 2. Bien mieux: Avant que personne eut encore prononce le mot d' aulodetermination, certains publicistes etrangers avaient deja prophetise 1’Union de tous les Roumains en un seul Etat. En 1875, Gambetta, preoceu pc par l’attitude de la Russie, ecrivait: « Je congois, pour l’Est de l’Europe, un remaniement de frontieres, qui facilite l’union de tous les Roumains dans le Royaume de Roumanie. Par tous les Roumains j’entends ceux de Bukovine, de Ilongrie (Transylvanie), et meme de Serbie et de Macedoine x). Plus significatif encore est le temoignage d’un ecrivain saxon (Daniel Roth) qui, dans une brochure editee en 1848, preconise une monarchie daco-roumaine, sous pretexte que l’union de la Moldavie et de la Mountenic ne pourra etre durable qu’apres fusion avcc la Transylvanie. D’ailleurs, ajoute-t-il, un acte pareil serait bien accueilli par les Saxons, «plus desireux de vivre heureusement en umon avecles Roumains tolerants qu’avec les Hongrois acharnes». 3. Les cartographes memes prevoyaient un tel etat de choses. Voici un demi-siecle, dans le texte qui accom*) Paul Dese h anei, Gambetta, Paris, 1929, p. 129.


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pagnc l’atlas de F. Schraeder, nous trouvons ce commentaire caracteristique: «La Roumanie est un pays dont le centre, appele centre geographique, d’apres son analogie avcc le contre de gravite, tombe en dehors du territoire auquel Tont limite jusqu’ici Ies evenements historiques; en d’autres temps la Roumanie, telle qu’elle est aujourd’hui, fait l’impression d’un pays dont l’equilibre est instable » (1891). Par consequent, toutes Ies formes dc la fatalite, geographiques, ethnographiques, historiques, poussaient â une integration de PEtat roumain, jusqu’au moment ou celui-ci a pu enfin reunir tout le sol habite par cles Roumains. Le caractere normal de cet etat de choses peut etre aussi constate par le temoignage d’un savant saxon. Un eminent geographe, connaissant â fond la terre et le peuplc des Carpathes, reconnaît que la nation roumainc, bien qu’elle ait vecu separee par des frontieres artificicllcs, «presente cependant moins de diversite que n’importe quel autre peuple d’Europe, en tant que coutumes, langue, fagons de vivre et de penser » *). Et maintenant, en rappelant â la fin de ce chapitre ce qui a ete dit aux precedents, nos conclusions s’imposent: a) La forteresse carpathique representant le « bastion » le plus avance de PEurope dans la direction du monde asiatique, il fallait, en raison des conditions pliysiques autant que des assiscs profondes de notre race, donner naissance â un « peuple de bordure » (Bandvolk) 2). b) Ce peuple de bordure depuis Pantiquite jusqu’â present a resiste a toutes Ies invasions des steppcs voisines, et â trois reprises, au cours des siecles, il a reussi âreconstitucr son unite politique. Sans Ies Carpathes, n’auraient existe ni une nation ni un Etat roumain, et lc monde slave se serait repandu jusqu’aux Alpcs, dans une parfaite

continuite ethnique et politique, tel que le souhaite le panslavisme. c) Comme resultat de cette longue resistance, la Rou­ manie forme aujourd’hui une individualite ethnique et politique, mais elle est entouree dc toutes parts d’elements slavo-mongoles. L’Etat roumain continue donc, par la force des choses, son role de « bastion » devant Tisthme ponto-baltique d’ou commence vers PEtat le plus grand Etat continental de la planete, la republique sovietique ou, selon lc mot d’un savant allemand, « La Grande Siberie » (Gross-Sibirien).

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En precisant la place qu’occupe la Transylvanie dans la vie du peuple et de l’Etat roumains, nous avons aussi tenu compte de certains facteurs spirituels, comme fondement de leur resistance seculaire. Cependant, notre faQon de voir n’a-t-elle pas parfois, penche vers un peu de partialite? Nous comprenons tres bien la difficulte de toute qua­ lification ethnographique. Meme les esprits les plus objectifs peuvent quelquefois s’y trompei*. Quand la guerre mondiale a eclate, les savants des deux groupes d’Etat sont entres en conflit, les uns avec les autres. Des hommes de science, habitues jusqu’ici â discuter avec impar­ tialite dans les congres internationaux, se sont mis tout â coup â avancer une quantite d’affirmations parfaitement subjectives. D’aucuns, par exemple, niaient la cul­ ture allemande (comme si Goethe, Kant, Beethoven et d’autres coryphees de l’esprit avaient dispăru de la memoire de l’humanite); d’autres presentaient les Frangais comme un peuple degenere, les Anglais comme adonnes

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uniquement â leurs interets materiels, Ies Italicns comme depourvus de bravoure militaire, etc. etc. Ces appreciations finissent par etrc tellemcnt superficielles qu’elles s’eloignent entierement de la rcalite. Une qualification veritablement scientifique exige une analyse tres allentive. La methode des ethnographes nous oblige â tenii* compte d’un vaste complexe de faits: civiliscdion du peuple eu question, habitation, habillement, nourriture, moyens de circulation, toute la technique materielle par laquclle ce peuple s’cst attache â son milieu geographique — ct encore d’autres particularites somatiques et disposilions organiques, acquises dans ce travail con­ ţinu d’adaptation locale. Puis il faut tenir compte aussi de la culture, c’est-â-dirc de la somme de toutes Ies creations intcllectuelles par lesquelles le peuple dont il s’agit a cherche â se mettre en harmonic non seulement avec l’univers physique, mais egalement avec le monde psychiquc, (science, art. cthique). Une pareille analyse est un travail qui ne saurait evidemment etre execute par n’importe qui et n’importe quand. II demande, pour celui qui s’en charge, une experience fort longue, (fondee sur une intuition di­ recte de la grande masse ethnique â etudier), ainsi qu’une impartialite parfaite et reelle, (comme celle d’Amundsen, de Nansen et de Rasmussen, dans leur description de la vie des Esquimaux). Les estimations globales, puisees uniquement dans les livres, sont presque toujours superficielles, et tournent carrement â la caricature, lorsque vicnnent s’y meler des interets d’ordre politique, des prejuges sociaux ou d’autres causes d’erreur. Pour nous rapprocher le plus possible de la verite, il faut par consequent tenir compte, en premier lieu, de tous les temoignages neutres. CommenQons par les plus anciens. Dans l’antiquite, le peuple des Carpathes s’etait deja rendu celebre par ses qualites personnelles: la stabilite (montibus inhaereni) ; la foi en 1’immortalite (Herodote a employe l’epithete d’« immortels»), et l’idealisme: La doctrine de Zamolxc affirme la primaute de l’âme: Ce-

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Lui-la- scule meni qui a Vânie saine pcul aussi conservei' la sanie de son corps. En raison de ce principe, (qu’admirait deja Pintelligence educatrice de Socrate), et de leur foi en Pimmortalite, Ies Daces allaient â la guerre avecle plus grand couragc (ad mortem paratissimi). Apresla bataille de Tapac, rempereur Trajan a du sacrifier son propre linge de corps, pour que Ies pansements ne fîssent pas defaut au grand nombre de legionnaires blesses. Ulterieurcment, un autre empereur, Julien l’Apostat, regardait Ies Daces commc Ies soldats Ies plus courageux... Loin de ressembler aux barbares, ils etaient consideres comme tres proches des Hellenes et des Romains, au point de vue spirituel 1). Malgrc tant d’apprcciations favorables reparties sur un millier d’annees, (d’IIerodote â Jordanes), et bien qu’elles viennent d’etrangers: Grecs, Romains, Goths, etc., la methode ethnographique nous oblige â poser cette question: N’y a-t-il pas eu parfois de Pexageration â ce sujet? Non certes. La verification des temoignagcs anciens peut etre faite encore aujourud’hui, tout au moins cn pârtie. Nous avons â notre portee des documents que personne ne saurait contester. La Colonne Trajane existe en­ core actuellement et, de Pexamen de cette chronique gravee dans la pierre, il ressort que la defaite du peuple d ace a ete en verite une tragedie sans pareille dans toute Pantiquite. La chute de Troie est une belle legende. La ruine de Carthage (decrite par Polybe qui y assistait), une honte, â cause de la laehete de cette viile de negociants egoistes. Mais le siege et 1 incendie de Sarmisegetuze, une veritable tragedie, sans analogue dans toute Phistoire ancienne. Lorsque Ies legions romaines ont penetre dans Ies montagncs ou se dressaient Ies plus solides forteresses des Daces, defendues non seulement par Ies soldats, mais aussi par leurs femmes, Decebal et ses generaux se sont donne â eux-memes la mort, pour ne pas tomber entre Ies mains

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des vainqueurs. Et Ies Daces libres des regions non occupees par Ies Romains, ont continue â diriger leurs coups contre l’empire, jusqu’â ce que Aurelien eut quitte la Dacie. Ce n’est qu’avec son successeur, Probus, que la reconciliation s’est faite avec la nation dace (Onims geticos populos in amiciliam rccepit). Avec des qualitcs pareilles il n’cst pas surprenant que la forteresse carpathiquc ait conserve son individualite pendant tout le cours de Phistoire antique. Au moyen âge, le cote spirituel a joue, lui aussi, un grand role dans la conservation de la nation des Carpathes. A part la facilite avec laquellc cette nation allait â la mort, (appetilus morţiş), la doctrine de Zamolxe, relative â la primaute de Pâine, a produit une autre consequence: une pârtie des Daces avait une vie tres frugale, (Ies Capnobathcs). Elle etait vouee â Pascetisme, phenomene inconnu des pays de la Mediterranee, et d’autant plus des barbares du Nord de l’Europe. Ainsi, le peuple des Carpathes se trouvait mieux prepare que d’autres â recevoir PEvangile. On peut dire que Ies Daces etaient «presque des cliretiens avant le christianisme». La nouvelle foi s’est repanduc chez eux plus aisement, et, lorsquc Ies legions se sont rctirccs (2/1 apres J. C.), â cote de la langue latine et de la tradition juridique des Romains, la religion est demeuree comme un soutien chez le peuple des Carpathes. Bcisilicu, c est-a-dire le tri­ bunal romain, est devenue « biserica » (1 eglisc) chretiennc; «judecătorul» (judex), le juge, est devenu «judeţ», le departement, avec une signification double: juge et repartition administrative, etc. Nous avons releve plus ha ut (page 46) cette transformation. Soulignons seulement ici le fait que l’element spirituel, lui aussi, a contribue â cette coagulation, â cette consolidation, de la nation roumaine. Mais ce caractere ressortira encore mieux de 1 elude du folklore, source d’informations on ne peut plus authentique.

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Ensuite est survenue la premiere renaissance (1400— 1700). Pour expliquer la resistance des Roumains contre le triple assaut des Hongrois, des Tartares et des Turcs, il faut tenir compte non seulement des faits enumeres ci-dessus et de la psychologie du peuple roumain, mais d’une circonstance speciale, l’apparition de plusieurs personnalites vraiment representatives: Mircea le Vieux, succcsseur du Grand Basarab, fondateur de la dynastie de Mountenie, Jean Corvin, Etienne le Grand et Michcl le Brave. Un historien tres perspicace, Burckhardt, a remarque avec raison qu’« un peuple n’a pas, â toute epoque, tout ce qu’il lui faut». A de certains moments, les grands hommes lui font defaut; â d’autres, il manque â ces grands hommes une epoque adequate â la puissance de leurs dons. Le peuple i'oumain, etant installe sur «la route des cruautes», a rencontre de grosses difficultes, mais il a eu aussi une chance: il lui a ete donne de trouver sous sa mam quatre grandes personnalites, pi'ecisement au 9 moment le plus critique pour lui et pour 1’Europe, c est-â-dire au moment de l’expansion mahometane. Non

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seulement son epee a ete victorieuse, mais un autre facteur a joue un role decisif le fond spirituel de l’anciennc pieţe des Daces, relevee par Strabon. En effet, ont ete caracteristiques pour Ies Roumains leur moderalion apres la victoire, et Jeur Besignation dans Ies temps difficiles. Le soldat le plus illustre de la nation, Etienne le Grand, a celebre toutes ses victoires d’une maniere stereotypee: en edifiant une eglise apres chacun de ses succes et, apres la bataille, en prescrivant le jeune et Ies prieres dans tout le pays ! II interdisait avec la plus grande severite de lui attribuer la victoire, bien qu’il ait toujours pris part en personne â l’action decisive et qu’il soit mort d’une blessure. Nous signalons cette attitude, non seulement parce qu’elle presente un trăit de caractere individuel, mais parce qu’elle est revelatrice de toute la nation carpathiquc; la preuve en est que Ies Roumains n’ont jamais fait aucunc expedition de conquete; ils n’ont cntrepris la guerre que pour la defense de leur solx). Un autre fait aussi caracteristique, c’est qu’ils n’ont livre dans leur pays aucune guerre confessionncllc. La neutralite â l’egard des croyances d’autrui est exprimec par le dicton populaire: chacun sa loi (c’est-â-dirc a chacun sa religion). Cette tolerance est si reelle, que meme Ies heretiques, ailleurs persecutes, ont ete recueillis dans Ies pays roumains, sans aucune condition. Apres que Huss eut. ete supplicie sur le bucher, Ies Hussites ont trouve leur salut en Moldavie. Et lorsquc le roi polonais Wladislaw a exige leur eloignement, Ale­ xandre le Bon (1400- -1432) n’a pas donne suite â cette demande et Ies a laisses en paix dans leur exil. Ceci est d’autant plus emouvant que, chez ^es R°^" mains, l’eglise tenait lieu autrefois de loi civile. Apres

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le retrăit des legions romaines, la tradition juridique de Rome et le christianisme archa'ique des habrtants des Carpathes ont forme une sorte de constitution non ecrite, au’on a appelee plus tard dans Ies documcnls «la loi roumaine ou la coutumc du sol» ou jus valachicum. La valeur du droil non ecrit et ses attaches intimes avcc Ies croyances religieuses ressortent de ce fait: lorsque le juge n’etait pas venu en aide aux vieillards du village, (« hommes bons et charges d’ans »), et que le Prince ne pouvait trouver la solution d’un proces embrouille, on iaisait appel â une derniere instance: l’autorite de la malediction ecclesiastique, acte public d’une. solcnnite qui glaţait Ies âmes. Cette procedure s’est conservee jusqu’au XVII-e siecle. Les coupables, pour mettre un point final â une reddition de comptes de deniers publics, ont ete traduits « devânt une assemblee representant tout lc pays; les pretres revetus de leurs habits sacerdotaux, un flambeau â la main, ont profere une epouvanlable et terrible malediction, puis ils ont eteint leurs flambeaux, selon la loi du serment». L’autorite, c’est-â-dire l’autonomie de la «loi roumaine», ctait si grande, que les Hongrois ont pris des mesures pour que «les pretres valaques ne puissent plus jeter ainsi d’anathemes ». Nous avons cite ces faits pour expliquer que cette resistance prolongee des Roumains a trouve une base puissante dans leur cohesion spiriluelle. Celle-ci s’est produite non seulement â l’epoque des invasions barbares, mais en reaction aussi contre des tentatives dc proselytisme de chretiens d’autres confessions. Le jesuite Antonio Possevino, qui connaissait â fond la situation en Transylvanie, est demeure surpris de l’opiniâtrcte avcc laquelle les Roumains sont restes « fideles â leur loi et â leur rite ». Ils ont fait preuve d’une egale fidelite dans la defense de leurs langue. (Nous avons rappele ces mots de Bonfinius, historiographc du roi Mathias Corvin: «Les Rou­ mains ont combattu d’une maniere telle qu’ils paraissent avoir plus guerroye pour la conservation de leur larigue que pour celle de leur vie ».

Ces faits montrent nettement que ce ne sont pas seuleinent Ies conditions geographiques du territoire qui expliquent la continuite de l’element ethnique des Carpathes, mais aussi certaines qualites spirituelles du peuple, au milieu de circonstances si diificiles. Un savant allemand, Albrecht Wirth, compare le peuple roumain â Tune de ces sources, du Jura ou du Carso, qui jaillissent du sol, d un jet puissant, « et qui ne se cachent plus jamais ». La resurrection politique de 1300, sous le Grand Basarab, fondateur de la dynastie des Basarab et vainqueur du roi de Hongrie Carol Robert, donne en effet l’impression de la force d’une source du Carso. Mais la comparaison n’est vraie que pour un historicn, et pour une serie de documents; elle ne l’est plus du point de vue ethnographique. Un peuple ne commence pas â vivre au moment ou un historicn entreprend d’en ecrire l’histoire. Absence de documents ne signifie pas absence d’objet. Pendant une bonnc pârtie du moyen âge on ne rencontre aucun document sur Ies Albanais, (pour prendre un exemple plus rapprochc de nous). S’ensuit-il que Ies Albanais aient dispăru dc la surface du globe? De meme pour Ies Roumains. Leur renaissance, si impressionnante apres l’epoque obscure du moyen âge, s’explique, cntrc autres raisons, par Ies qualites spirituelles sus mentionnees: moderation, toujours et en tout, et neutralite â l’egard des croyances d’autrui. Puis, lorsque leur organisation politique s’est consolidee, l’âme ethnique s’est' sentie ranimec par Ies renoontres de plus en plus apres avec Ies Turcs. Les victoires guerrieres sont d’autant plus toniques que Ies motifs du combat ont ete plus equitables. La renommee des quatre personnalites represcntatives, (v. p. 71) cxceptionnellemcnt appreciees par les etrangcrs, et meme par nos ennemis, a ete un autre soutien. De sorte que, peu â peu la conscience de Vunite ethnique s'est fortifiee. La renais­ sance religieuse, (fondation d’un eveche roumain â Vad, et d’une cathedrale roumain â Alba Julia, tenant tete d’abord â la propagande catholique, puis calviniste, et la publication du Nouveau Testament en languc roumaine. 7

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precisement eu Transylvanie, ont contribue. â 1 affiimation de L’individualite de la nation . roumaine ent tant qulorganisme historique, attache aux Carpathes et au Bas-Danube. D’autre part, la transhumance des bergers qui traversaient sans frontieres toute Tetendue du sol roumain, a contribuc egalement â renforcer Vunite de la languCj par la fait qu’un scul et meme parler circulait partout et qu’il etait compris par tous Ies Roumains. Alors qu’en tant d’autrcs pays de l’Europe, le parler du peuple se partage en dialectes, dont la difference cmpeche de s’entendre des hommes de meme nation, une pareille diversite n’existe pas chez Ies Roumains.

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ete pour Ies nobles magyars qu’« un chien de Valaque » et son fils meme a ete tue. Mais plus epouvantable cncore a ete la conjuration contre Michel le Brave. Le chroniq ueur. Szamoskozy le couvre de toutes Ies injures. Le heros qui a fait Tunion en un seul Etat de tous Ies Roumains et qui a mene la croisade contre les Turcs avec Ies forces Ies plus vaillantes ecrivit â l’empereur Rodolphe ces mots caracteristiques: « Pour le bicn de la chretiente je suis preţ â subir n’importe quoi, en laissant â Dieu la vcngeance de ma cause ». II fut assassine neanmoins et, de plus, calomnie. Ursu Nicolas (Horia), chef de la revolution de 1784, a du subir lui aussi Ies pires outrages. Apres l’avoir eeartele sur la roue, on Ta mis au nombre des brigands. Mais la mort de ce grand chretien qui, au moment de Ia torture, pardonna â ses ennemis et â ceux qui l’avaient trahi, a fait une lelle impression sur Ies hommes de Science, qu’un intellcctucl d’lrlande qui avait le sens des souffrances d’un peuple soumis â l’injustice, s’cst cru oblige d’adresser â 1’empereur Joseph une lettre de protestation. A toutes Ies epoques, â cote du rebut de Phumanite, se trouvent des hommes d’une conscience assez pure pour se defendre du mensonge et de la calomnie comme d’.une malproprete physique. Ceux-ci ne pcuvent qu’etre impartiaux. Et on a vu, plus tard aussi, des manifestations analogues au sujet des Roumains. Citons en quelquesuncs seulement. Le professeur saxon Andre Wellman, qui Ies connaissait de preş, a ecrit en 1843 ce qui suit: Dans la nation roumaine-gît la riche semence d’un peuple qu’altend un bel et grand avenir, si ses qualites essentiellcs se developpent comme il faut». La meme annee, â la diete de Cluj, le patriote hongrois baron Wesselenyi fit cet aveu pathetiquc; « L’avenir est plus sombre que la nuit de mes yeux; (il etait aveugle). Mais jc crois que la paix seule et la bonne entente peuvent nous guider.-... Les Roumains meritent une siympathie speciale, et le nom de Rouman ne doit pas leur etre refuse x), parce qu’ils

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*) Par moquerie, on appelait les Roumains Valaques (Welscli) mot ignor6 pas la masse du peuple roumain. 7*

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sont ]es veritables descendants des Romains et il est de notre interet de nous entendre avec eux, puisque, coinme nous egalement, ils sont isoles dans cette region ». L’orateur fait allusion â l’expansion des peuples slaves, parmi lesquels Ies Roumains, aussi bien que Ies Hongrois, sont comme isoles dans une île 1). Rappelons encore le jugement de Daniel Roth (p. 66) et de l’heroîque Etienne Louis Roth, qui a paye de sa vie son objectivite, en toutes circonstances, de pasteur fidele â la verite 2). Nous n’avons cite ces opinions que dans l’intention de mettre en valeur la difficulte d’etablir Ies caracteristiques ethnographiques d’un peuple. Pour ce qui concerne les Roumains, nous pouvons cependant laisser de cote Ies temoignages plus anciens. II nous suffira de jeter un regard sur un document recent, dont la teneur ne saurait etre mise en doute comme objectivite et compctence, parce qu’il emane uniquement d’hommes de Science. Un philologue allemand, en collaboration avec d’autres specialistes, a pris la peine de faire une etude compa­ rative sur Ies nations qui se trouvaient dans Ies nombreux camps de prisonniers en Allemagne. II y avait lâ des representants de tous pays, depuis l’Indochine jusqu’â la France et au Canada. II s’est donc rendu dans un câmp de Silesie, ou il savait trouver des prisonniers parlant toutes Ies langues derivees du latin. Parmi ccux-ci se trouvaient beaucoup de Roumains. Et voici le temoi­ gnage du philologue, dans une oeuvre publiee apres guerre: « Je dois reconnaître avant tout que j’ai trouve par-

tout, chez Ies nations romanes, (c’est-â-dire chez leurs prisonniers, en differents camps), la plus grandc bonne volonte. En revanche, nulle part on n’a vu pareilie timidite devant l’apparcil photographique. Mais, des qu’on avait montre aux hommes qu’il s’agissait de recherches scientifiques et non de questions militaires, apres quelques jours de vie commune avec Ies prisonniers, ceuxci prirent confiance. Par ci, par lâ, on entendait bien encore quelques paroles de doute. Ils soupgonnaient quand meme une invcntion des militaires. Cependant, une exclamation: «Camar ades, ga na rien ă faire avec la defense na­ ţionale ! » venue de ceux qui comprenaient de quoi il s’agissait, nous a ouvert tout d’un coup le coeur des prisonniers »1). Apres l’enquete du câmp roumain, voici comment a ete libelle le temoignage du philologue allemand: « Ces hommes donnent l’imprcssion d’un abattement complet: affames, Ies vetements en lambeaux, ils ont laisse voir, â leur arrivec assez recente dans le câmp, la marquc des souffranccs endurees pendant leur voyage â travers l’Autriche, ou ils etaient demeures presque sans soins. L’administration du câmp a eprouve assez de difficultes pour mettre un peu d’ordre chez ses hotes balkaniques. 11 est vrai que trois officiers roumains, tres intelligents, sont venus â leur secours. Ils ont conduit au doigt ce troupeau d’enfants. C’etait une chose touchante de voir commcnt des etres humains peuvent suivrc ceux qui Ies dirigent: « exactemcnt comme des brebis leur berger ». Et l’histoire continue ainsi: «Lorsque nous somrnes arrives au câmp, le general commandant nous a demande: Que pensez-vous faire de ce troupeau de malheurcux, qui meurent comme des mouches? — « Nous cherchons Văme du peuple roumain dans ses chants et dans ses contes.

) Des ce moment cet hommc politique prevoyant predisait que, si Ies Hongrois ne devenaient pas tolerants, Ies fronlieres de la Hongrie seraient ramenees aux confins de la plainc ou campaient Ies tribus d’Arpad, â leur arrive en Europe, Ct «CP C?q?o‘ iCSt arriv6 apr6s la. guerre mondiale. ) Jin 1842, lorsque Ies Hongrois chauvins firent des tentatives desesperccs pour introdmre la langue magyarc dans l’administration de la Transylvanie, pays ttistmet de la Hongrie, le pasteur saxon Etienne Louis Roth a declari caegoriquement en pleine Diitc do Cluj que «la langue commune nc peut etre lnnm,* °P®r<?ls’ P1} allemand, mais seulement le roumain, parce que c’est la seule 2R ţţfc.irculaiion dans ce pays ». Roth a ite condamne â mort ct â eti exc-

*) Unter fremden Volkern, hcrausgegebon von Wi lhelm D o c g e n, p. 339, 349 et suiv., Berlin 1925 (une collcction de 31 etudes sur Ies peuples europeens et d’aulres contincnts, meles en son temps â la guerre mondiale^

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sont ceux qui ont conserve, en l’alterant le moins, la forme primitive de leur musique »x). Les particularites de cette musique sont Ies suivantes: Avânt tout Varcha'isme. « La musique populaire roumaine, et surtout les melodies vocales, ont presque toujours un caractere archa'ique » 2). Ce caractere peut « s’expliquer en pârtie par les tendances conservatrices de la population des villages roumains » 3). En second lieu la grande variate. « Les melodies d’une contrec sont absolument inconnues dans d’autres regions (roumaines). Meme â l’extremite Nord de la Transylvanie se trouve une province, le Maramureş, dont le materiei melodieux se distingue â tel point des autres regions, qu’on le croirait d’un peuple tres eloigne»4). « En recueillant sur le territoire hongrois ou slovaque, avec soin et diligencc, les melodies, disons, de deux ou trois villages voisins, nous obtenons, sous une forme un peu condensee, la musique de toute la region... Mais, â un autre endroit, meme â une distancc de cent kilometres, nous trouvons les memes i’ichesses locales. L’ensemble des melodies ne se distingue pas de la region precedente... En revanche, dans les regions roumaines, pour decouvrir d’autres me­ lodies, nous sommes obliges de nous rendre dans une region â caractere dialectique different. Lâ, les melodies des re­ gions preccdentes sont absolument inconnues, et ainsi de suite »5). Ricn que dans l’Oucst des Carpathes les Rou­ mains ont six regions musicales distinctes, et les melodies « de tout le peuple Roumain de Transylvanie ne se trouvent pas chez d’autres peuples » (p. 25). Lorsqu il s agit de cantiques de Noel, la constatation est analogue: «Le mate-

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i) Von allcn Volkern Ungams sind dic Rumăncn dicjcnigcn. welche dic wahrscheinliclisto Urform ihres Musizierens am verhăltnissmâssig unbcruhrtesten bcibehaltcn liabcn (B 6 1 a Barlok, Der Musikdialekt dcr Rwnănen von Hunyad, Zcitschrift von Musikwissenschaft, Leipzig, 1920, p. 352). a) Das neuc Musiklexicon, Berlin, 1926, p. 546. 3) B 6 I a Barlok, La musique populaire des Hongrois et des peuples voisins, Budapest, 1937, p. 28. Dic rumănische Volksmusik (in Schweizerischo *) B 6 1 a Bartok, Săngerzcitung, Berlin, 1933). . rr , , . 6) Bela B a r t o k, La musique populaire des Hongrois et des peuples voisins, Budapest, 1937, p. 21 et suiv.

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riel roumain relatif aux chants de Noel est incomparablement plus riche que celui des peuples voisins » *). En troisieme lieu, Voriginalite. Elle merite d’etre soulignee. Parlant des melodies typiques du Maramureş, le meme specialiste affirme qu*« elles sont inconnues des peu­ ples voisins, de sorte que leur origine est restee un pro­ bleme. Jusqu’â ce que la solution de ce probleme soit trouvee, on doit Ies considerer comme unc proprietc ori­ ginale des Roumains du Maramureş»2). Nous avons insiste particulierement sur la musique, parce qu’ellc est L’une des plus claires expressions de Part. populaire. L’erudit qui a si longtemps etudie le folklore musical roumain releve â juste titre que «Part populaire des villages meurt, des que sa production cesse d’etrz spontanee, c’est â dire des que le peuplc ne cree plus seul son art. (p. 21). Par consequcnt, Parchaisme, la variete et le manque de ressemblance de la musique roumaine avec celle des regions voisines, sont des preuves indiscutables qu’ils’agit ici d’un lien ancestral entre Phomme et son milieu geographique. Bien entendu, la Science est une chose, et la passion politique, sociale ou confessionnelle en est une autre. Les horiimes de Science — qui ont fait ces enquetes dans lcs camps de prisonniers, ou il n’y avait pas sculement des Roumains, mais des representants de tous les peuples d’Europe, — se sont bornes â decrire le peuple roumain selon des documents, en prenant le folklore comme le miroir le plus fidele de Vâme d'une nation. Depuis lors, d’autres temoignages ont ete apportes, on ne peut plus significatifs, pour caracteriscr cthnographiquement les Roumains. Apres la guerre mondiale, le peuple roumain a reussi â unifier ses trontieres. Quelle a ete l’attitude des grandes masses roumaines â ce moment de leur victoire?

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l) B61a Barlok, Melodicii der rumănischen Colinde (Weihnaclilshetler), 484 Melodien mit cinem cinlcilcndcn Aufsatz, Wien, 1935. a) «Mussen wir die als urspriingliches Eigenlum der Maramurescher Kuraăncn botrachten ». Cf. B e 1 a Barlok, Volkmusik' der Rumănen von Ma­ ramureş, 1923, (Sammelbiinde fur verglcichcndc Musikwissenschaft, vicrler Bând, p. XIV).

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Apres Lanţ de souffrances dues au regime feodal hongrois, tant de pcrseculions pour l’ecole et l’eglise, ceux qui n’avaient pas oublie l’assassinat de Michel le Brave, le supplice sur la roue de Ursu INficolas Horia, et la pendaison des tribuns de la rcvolution en 1848, auraient du se laisser entraîner â une reaction des plus sanglantes contre leurs oppresseurs de jadis. Lorsqu’en Russie, en Espagne, et dans d’autres pays, s’est passe sous nos yeux ce qui est arrive entre hommes d’une meme nation, d’une meme langue et d’une meme confession, on aurait pu s’attendre â ce que Ies Roumains se jettent rageusement sur Ies minorites hongroises, etrangeres de race, de confession et de langue, et en outre, disseminecs, par consequent sans au­ cun moyen de se defeiidre. On sail ce qui s’est passe: nulle part, un acte devengeance. En revanchc, comme une ironie du sort, l’armce roumaine, en occupant Budapest apres le mouvement de Bela Kuhn, a sauve la Hongric de la terreur communiste. La population magyare, par l’assemblee des deputes de Szolnok, a remercie publiquement, le 27 septembre 1919, le comandant roumain pour sa sollicitude ' envers Ies habitants. C’est ainsi que s’est verifice, devartt le monde entier, l’attitude pleine d’humanite des Roumains. Et, si cette attitudc semble â ccrtains une exception, voi ci un fait d’un caractere plus general: lorsqu’apres la guerre on a procede â une grande reforme agraire, par la repartition des plus grandes proprietes aux paysans, l’Etat roumain a accorde leur champ aux villageois, sans leur demander leur naţionalite, leur confession, ou leur opinion politique. En presence du nationalisme exclusif de ceux qui se sont parfois laisses entraîner jusqu’â la colonisation par la violence, les Roumains n’ont pas touche aux villages minoritaires installes en Transylvanie, sous le regime hongrois, precisement en vue d’ebrecher la continuite territoriale du peuple roumain. Ils ont procede de la meme maniere en ce qui concerne l’ecole. La ou les Hongrois ne permettaient aux Rou­ mains que d’avoir un lycee, deux colleges et âucune insti-

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tution d’enseignement universitaire, Ies Magyars ont aujourd’hui en Roumanie 17 lycees, 25 colleges, 649 ecoles primaires, une ecole normale pour jardins d’enfants, 6 ecoles normalcs d’instituteurs et d’institutrices, 4 ecoles superieures agricoles, 3 lycees commerciaux, 4 academies theologiques. Nous donnons des chiffres: autrement, on ne nous croirait pas. De meme pour l’eglise. Yoici une constatation faite au Parlement, en 1930, par le chef de l’eglise roumainc: «L’Etat roumain depense sur son budget annuel 100 lei pour un greco-catholique, 101 lei pour un musulman, 103 lei pour un reforme hongrois, 164 lei pour un unitaire hongrois, et, pour un Roumain orthodoxc, 70 lei seulement. Les Hon­ grois ont un pretre par 650 fideles, les Hongrois reforme en ont un par 751 paroissiens, les greco-catholiques roumains un par 1.240, et les Roumains orthodoxes un par 1.740»1). Laissons au lecteur le soin de chercher lui-memc dans quel autre pays on pourrait trouver une situation comparable â celle-ci. Les hommes doues d’une reelle impartialite ont reconnu sans detours le parfait loyalisme du peuple roumain. Quant â l’element allemand, l’attitude des Roumains lui a ete nettement salutaire. Des villages entiers du Banat et du •Satmar, ou les Souabes avaient ete magyarises sous la pression de l’Etat hongrois, ont pu se reconstituer en organisant des ecoles de langue allemande et en ayant le droit d’user, dans les eglises, de leur langue maternelle. Des publicistes de premier plan, en Allemagne et aillcurs, ont reconnu ouvertement l’attitude chevaleresque des Rou­ mains. Le professeur St. Wieser, de Grande Care, a fourni le temoignage suivant (16 decembre 1936): « Si la domination magyare avait dure davantage, c’est avec certitude que notre peuple serait aujourd’hui eleint comme nation. Le 1-er decembre 1918, (anniversaire de 1’union avec la Roumanie), a signifie pour nous la renaissance naţionale du peuple allemand de Transylvanie », et, en Revue des Fondations Royales, 1-cr juin 1940, p. 571.

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fevrier 1937, la Iiatzfelder Zeilung, a fait Qet aveu: « Remercions le Bon Dicu d’appartenir â la Roumanie. En Hongrie, 1’Allemand est encore aujourd’hui... (ici une expression injurieuse).* S’il etait necessaire de sacrifier leur sang et leur patrimoine pour l’integralite des frontieres actuelles de la patrie roumaine, Ies Souabes seraient les premiers â accourir sous le drapeau roumain, qu’ils defendraient jusqu’â leur dernier souffle » x). Pour caracteriser ethnographiqucment Ie peuple roumain, nous pensons que ces faits suffisent. Pour l’homme de Science, une seule question subsiste: Cette unite de caractere comment s’est-elle developpee au sein de la nation des Carpathes? A cote de certaincs dispositions spirituclles, heritees de l’arbre genealogique dace et relevees des l’antiquite (par Herodote, Strabon et d’autrcs), ce fait assurement s’explique par les souffrances inevitables d’un peuple installe « sur la route des cruautes », c’est-â-dire des invasions. Le muguet, on le sait, est le produit de blessures cicatrisees. En compensation de tant de malhcurs qui se sont succede sur la terre de Dacie, le peuple carpathique est arrive jusqu’ici aux resultats suivants: 1. Un folkiore d’une richesse exceptionnelle: une poesie populaire aux creations uniques, unanimement appreciee par les etrangers; une musique aux melodies d une nostal­ gie rare; un costume paysan d’une valeur artisţique (broderies) â peu preş sans pareil; une peinture religieuse consideree par les historiens d’art (Strzygowski) comme un tresor inestimable. 2. Une litteraturc en plein cssor, qui a mis en valeur un des trois ou quatre poetcs-philosophes de l’humanite, (traduit en vingt-cinq langues europeennes et cxtra-europeennes). 3. Du point de vue politique, le peuple roumain a reussi, â trois repriscs diffcrcntcs, â faire l’unite dc sa nation â l’interieur de fronticres rcpondant â la forteresse carpathique et â l’ancienne Dacie de Trajan.

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x) Citc par Universul, lo 14 fevrier 1937.

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La Transylvanie, sise au milieu de la forteresse montagneuse par laquelle l’Europe se termine, enregard de l’isthme pontobaltique, donc de l’Asie, est comme onl a dit «le bas­ tion» oriental de notre continent (Das Bollwerk Europas). Du point de vue orographique, climatique, hydrographique, anthropographique, prehistorique, historique et ethnographique, elle represente donc le noyau de rfitat roumain, et le peuple roumain, entoure de nations slavo-mongoles, remplit, par son etablissemcnt â l’extremite de la diagonale Rhin-Danube, une mission d’interet geopolitique, assurant une libre circulation par lcs cm* bouchures du fleuve le plus important de PEuropc 1-2). i) Au moment oii s’achevait l’impression de cet ouvrage, la Russie Sovietiquc a arrache de nouveau 5 la Roumanie la moitic de la Moldavie, c’est-ă-dire une provincc que lcs Russcs appellcnl Bessarabic, Ia presentant sur la carte comme quelque chose de distinct. Par cettc mutilation forccc de nos fronlieres, le pro­ bleme des bouches du Danubc est enlrc, une Tois cncore, dans une phasc critique. Le testament de Pierre le Grand qui a fixe comme but â la Russie la conquetc de Constantinoplc et l’occupation des Detroits, (Bosphore et Dardanelles), rcvient plcinement ă l’ordre du jour, avec une gravill plus grande que janiais. Aux temps du tzar Pierre, la Russie avec ses fronti&res atteignait & peinc Ie Dnjestr. Juste â la fin du XVIII-eme siecle, ayant atteint ce fleuve, elle est dcvonue voisine du lerriloirc roumain (1793). Mais elle ne s’est pas attardee longtemps sur le Dnjestr, et une vingtainc d’annces plus tard cile a fait un bond jusqu’au Pruth (1812) arrachant ainsi la moitie de Ia Moldavie, comme ranţon de sa guerre avec Ies Turcs, non avec Ies Moldaves ! En 1856, apres la guerre de Crimcc, l’Europe, pour proteger le Danube, a oblige Ies Russcs â cedcr aux Roumains la Bessarabic, c’est-â-dire la pârtie meridionale de Ia Moldavie. Mais en 1878, la Russie, de nouveau, l’a arrachee. Enfin, en 1917, lorsque la rcvolution russe' a dissous l’ancienne Russie et proclame la liberte de toutes Ies nations appartenant au conglomerat russe, Ies Moldaves ont organise une r6publique distincte, qui rannee suivante, en 1918, s’est unie ă l’ancicnne patrie, dont clic etait^restee detach6e pendant cent six annees. L’annee dernierc, apres l’attaque contre la Finlande et la pression sur l’Eslonie, la Lettonie et la Lilhuanie, ainsi que l’occupation d’une grande pârtie de la Pologne, tout le monde s’attendait 5 un coup de force contre la Roumanie. En effet, 1 equilibre europeen elant troubie a l’Ouest du continent, Ies Russcs se sont de nouveau rapproch6s des embouchurcs du Danube, s’emparant pour la troisieme fois d une terre dont ils n’etaient mâine pas lcs voisins jusqu'cn 1793. Mais comme Ies bouches du Danubc sont le point vital de la diagonale RhinDanube (fleuve qui est considere comme la « huitieme mer » d’Europe), cet cvenement na pas soulement un interfit local, il concerne aussi Ies rclations economiqucs des pays de l’Occident et de l’Europe Centrale avcc tout l’Orient curopeen et asialique. Par consdquent, le voisinage de la Russie avec Ic Danubc est un unt d une porldc geopolitique. . 2). Comme cet ouvrage paraît en m6mc temps en allemand et en italien, il ţaise o^anglaUe3^11^ r^sum® ^a^‘luel cn langue allemande, italiennc. fran-

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INDEX Alba Iulia, assemblcc des Roumains, en 1918, pag. 111. Amcriquc, colonies des Roumains transylvains, p. 222. Asie, sa frontiere avec 1’Europe, p. 333. 444 Banffy Desidcr, menc une politiquc cliauvine, p. Bartok Bcla, de la musique roumaine, p. 555. 666. Bartoli, theorie sur Ies langucs des regions periphcriques, p. Bassarabic (la) enlcvce de nouveau par lcs Russcs, p. 777. Barloni G., Atlas Linguistiquc Roumain, p. 888. 999. N., decrit la transhumancc des Transylvains, p. Belhlen la langue roumaine, p. 000. Bonfinius, sur ote le detachcmcnt de l’Ardeal de la Hongric, avani le Trăite Budapest, accepte du Trianon. Carpathes, symelrie de leur forteresse, p. 111. 222. Cerainiquc prâhislorique et ceramiquc rurale d’aujourd’hui, p. Catherine la Nouvcllc Dacie,carpalhiquc p. 333. CholonokyIÎ, Jean, la forteresse explique Ie caractere de l’hisloire

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de Transilvanie, p. 444. Chrislianismc (Ie) chez Ies Roumains, p. 555. Communion, anciennete et propagalion du mot, p. 666. 7777. Dacie de son unite au des cours des leraps modernes, p......... Daces (Ia), (Ies), Idee leur costume et celui paysans transylvains, leurs qualiles, p. 888. Doegen, des Roumains, p. 999. fitat roumain, sa conDoja Gcorges, son insurrection, p. 000. Eckhardt Fr., trace Ies fronlieres ethniques magvares. tinuite, p. 111. Europe (1’), sa frontiere avec l'Asie, p. 111. 222. Etienne le Grand, dcfcnscur de la chrelicnl6, p. Feu (le) vif chez Ies Roumains, p. 222. 333. Gamcbetta, propose 1’union de lous Ies Roumains, p. Gamillschcg E., de la patrie primitive des Roumains, p. 333. Halzfeldcr Zcilung, decrit le regime roumain ă l'egard des populations allcmandcs, 444. p. ii-*. Hirschfcld,des etablil Ies caraclercs des Roumains selon le sang, p. 555. Hongric, fronlieres ethniques. Hongrois (Ies) en Europe, leurs 6colcs et leurs eglises sous Ies Roumains, p. 666. Jean chreliente, 777.la refection politiquc de l’unile JoscphCorvin, II, desdefenscur Roumainsde de la l’Ardeal. 11 estp.pour de la Dacie. 888. l’Atlasp. Linguistiquc Roumain, p. 999. lud I, vante 000. Jaberg K., idem, p. 999 Jugc, anciennolâ et propagation du mot, p. Jus valachicum, dans l’Ardeal, p. 111.

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Lebzcllcr, Des Transylvains, p. 111. de la langue roumaine, p. 222. Meyer-Lubko W., ctudes sur l’archaîsme " Michcl lc Brave, defenseur dc la chrctiente, p. 222, Mircea lc Vieux ct Ies Turcs, p. 222. Netzhammcr H.f caracldrise la carte dc Roumanic, p. 111. Pâtrc, dans l’Ouest de la Transylvanic. Pedestre, propagation du mot, p. 222. Pittard E., des ancctres des Daces, p. 333. RohUs G., de l’Atlas Linguistiquc Roumain, p. 444. Roumanie, climat (do la); le centre do gravit6 du pays, p. 555. Roumains (Ies) sur Ies rivcs du Balaton, leur role en Europe; ils fuient d’Ard6al en Amârique; Ies barbares; vus par le philologue Doegen; lcurs ccoles sous Ies Hongrois, p. 666.. Roth Daniel, preconise l’union de l’Ardeal avec la Moldavie et la Valachie, p. 777. Roth Elicnne Louis, Des Roumains, p. 888. Rodolphc II, Michel le. Brave, p. 999. Russio Sovidtique (la) ravit de nouvcau la Bessarabic, p. 000. Schrădcr F., du centre de la Roumanie, p. 111. Secui (Ies) altaches & la Roumanie, p. 111. Szamcskdzy, Michel le Brave. p. 111. Szcmere B., .Des Roumains de Transylvanie, p. 222. Szoke M., montro Ies liens des Secui avec la Roumanie, p, 222. Souabes (Ies) sous Ies Hongrois, p. 222. Tartares, durce de lcurs invasions en Europe, p. 333. Timoc, r6gion roumaine ancienne, p. 333. Tisza, prairie marecageuse, frontiere entre Ies Roumains et Ies Hongrois, p. 444. Transhuraance en Transylvanie, p. 555. Transylvanie, son role dans le cadre de la Roumanie; bastion de l’Europc contre l’Asie; châtcau d’eau de la Roumanie; le berceau du pcuple roumain; patrie primitive des Roumains, transhumancc locale; son histoire propre; sa prosperi te apres l’union avec la Roumanic. Turcs (Ies) en Europe, p. 111. Turda, Turidava, p. 222. Turidava, Turda, p. 333. Tuulio O. I., de l’Atlas Linguistiquc Roumain, p. 444. Wartburg W. v., de l’Atlas Linguistiquc Roumain, p. 111. Wellman A., de 1’avenir des Roumains. Wesselenyi, des Roumains, p. 222. Wieser St., d6crit Ies perseculions magjrares contre Ies Souabes, p. 333. Wirt A., des Roumains, p. 444.

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QU EST-CE QUE LA TRANSYLVANIE by Biblioteca Judeteana "Duiliu Zamfirescu" Vrancea - Issuu