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BIKINI JANVIER-FEVRIER-MARS 2016

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JANVIER-FÉVRIER-MARS 2016 #25


TEASING

À découvrir dans ce numéro... «JE VOUS DEMANDE DE VOUS ARRÊTER»

MATMATAH

EBOLA IMPOSTEURS

«J’AI TOUJOURS AIMÉ LA CASTAGNE»

JULIEN LEPERS

ABSINTHE CALIFORNIE «JE VENDS MES CULOTTES SUR LE NET»


ÉDITO

ADOPTE UN MEC Pour toutes celles et ceux qui ont décidé, parmi leurs résolutions 2016, de trouver l’amour, l’Insee peut vous venir en aide. L’Institut national de la statistique a en effet dévoilé fin 2015 sa cartographie du célibat à travers la France. Nombre de cœurs à prendre par commune, répartition hommesfemmes, différences selon les âges… Soit l’outil idéal pour les cartésiens de la drague trop déçus des profils aléatoires sur Tinder (« next... next... »). En Bretagne, où près d’une personne sur deux ne vit pas en couple (ratio réduit à un sur trois pour la tranche 20-69 ans) plusieurs tendances se dégagent. Le célibataire type serait un homme, plutôt jeune, habitant une grande ville. Études et premier boulot n’apparaissant pas vraiment comme les meilleures conditions pour trouver quelqu’un. OK, mais où aller pour avoir plus de chances de trouver un gars ou une fille ? Pour faire simple : parmi les célibataires, il y a plus de femmes que d’hommes en ville et près du bord de mer. Alors que les hommes solitaires sont plus nombreux que les femmes seules dans le Centre-Bretagne (sauf à Carhaix, le pouvoir des Charrues sans doute) et à Brest, seule exception urbaine en la matière. De là à y voir un lien avec les résultats du Stade brestois, seul club professionnel breton actuellement en Ligue 2 ? Peutêtre. Surtout lorsqu’en face, les villes pensionnaires de Ligue 1 (Rennes, Lorient et Guingamp) affichent un célibat des hommes plus faible que celui des femmes. Le foot, plus fort que Meetic ? La rédaction

SOMMAIRE 6 à 13 WTF : Barcelonais, cashless, pousse-café, team électro, spectacles dans le noir, c’est quoi être jeune, corbeille... 14 à 23 Souviens-toi... le rock celtique 24 à 29 On est que des cobayes 30 & 31 Gang des pastiches 32 à 37 Le retour de la muscu 38 à 41 « J’ai ouvert le premier sex-shop de Bretagne » 42 à 47 RDV : Bon Voyage Organisation, Marion Mayer, Balladur, Lena Paugam 48 & 49 Vide ton sac... L’ivresse artistique 50 BIKINI recommande 4

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Directeur de la publication : Julien Marchand / Rédacteurs : Régis Delanoë, Isabelle Jaffré, Brice Miclet, Jean-Marc Le Droff / Directeurs artistiques : Julien Zwahlen, Jean-Marie Le Gallou / Couverture : Douglas Kirkland, Corbis / Consultant : Amar Nafa / Relecture : Anaïg Delanoë / Publicité et partenariats : Julien Marchand, contact@bikinimag.fr / Impression par Cloître Imprimeurs (St-Thonan, Finistère) sur du papier PEFC. Remerciements : nos annonceurs, nos lieux de diffusion, la CCI de Rennes, Michel Haloux, Mickaël Le Cadre, Matthieu Noël, Étienne Cormier, Émilie Le Gall. Contact : BIKINI / Bretagne Presse Médias - Espace Performance Bât C1-C2, 35769 Saint-Grégoire / Téléphone : 02 99 23 74 46 / Email : contact@bikinimag.fr Dépôt légal : à parution. BIKINI “société et pop culture” est édité par Bretagne Presse Médias (BPM), SARL au capital social de 5 500 €. Les articles publiés n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Le magazine décline toute responsabilité quant aux photographies et articles qui lui sont envoyés. Toute reproduction, intégrale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation. Magazine édité à 20 000 exemplaires. Ne pas jeter sur la voie publique. © Bretagne Presse Médias 2016.


WTF

QUEL BARCELONAIS ALLER VOIR ?

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LA TÊTE DANS LES ENCEINTES

LA CAPITALE CATALANE N’EST PAS SEULEMENT LA VILLE DU FOOTBALL TOTAL, DE L’ERASMUS COOL ET LE LABORATOIRE DE L’ALTERMONDIALISME NOUVEAU. C’EST AUSSI UNE PLACE FORTE DE LA MUSIQUE, QU’ELLE SOIT ROCK, ÉLECTRO OU EXPÉRIMENTALE.

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Démarrée en 1996 en plein âge d’or des free-parties en France, l’aventure Heretik fête ses 20 ans cette année et investit pour l’occasion la scène de La Carène à Brest le 5 février. C’est peut-être pas aussi mythique que la piscine Molitor mais ça devrait quand même bien cartonner pour les fans de bpm.

ATTENTION FRAGILE

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JOHN TALABOT

Ça fait déjà une bonne dizaine d’années que le songwriter américain Micah P. Hinson trimballe sa frêle carcasse, un peu partout dans le monde, pour livrer sur scène son americana cabossée et chantée d’une étonnante voix éraillée, rappelant un peu celle de Tom Waits. Le 20 mars à la chapelle Saint-Pierre de Port-Louis.

TOUS LES CHEMINS MÈNENT À…

roam

Sensation des dernières Trans, où elle était en création à l’Aire Libre, Louise Roam est de retour à Rennes au festival Les Embellies. Une belle séance de rattrapage pour découvrir l’électro mélancolique de la Parisienne, déjà auteure des EP Raptus et Avaton. Le 3 mars à L’Antipode. 6

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Oriol Riverola de son vrai nom s’est imposé en une poignée d’années comme une valeur sûre de la house avec ses plus de 100 000 fans Facebook et ses remixes bien lourds (The XX, Chairlift, TEED…). Depuis l’album fIN en 2012, le gazier a enchaîné les concerts et assis sa légitimité. « On peut tromper une fois mille personnes mais on ne peut tromper mille fois une personne... » Jumelé avec ? Le Berghain à Berlin Quand et où ? Le 26 mars à Panoramas à Morlaix

FRANCESCO TRISTANO

L’univers habituel du pianiste barcelonais (photo), ce sont les ambiances de concert classique avec tenues correctes exigées et discussions autour des fluctuations boursières à Wall Street. Mais le gazier aime s’encanailler et s’est entiché pour ce concert exceptionnel du daron de la techno Carl Craig pour présenter une performance à la croisée des styles. Mi-prout-prout, mi-boum-boum. Jumelé avec ? Le Royal Albert Hall à Londres Quand et où ? Le 23 janvier à Astropolis à Brest (Quartz)

TOKYO SEX DESTRUCTION

Avec un nom pareil, y a plutôt intérêt à assurer derrière… Et c’est ce que fait ce groupe catalan qui a clairement les esgourdes orientées vers les States pour y puiser l’inspiration d’un garage rock originel : le MC5, les Fleshtones, Jon Spencer Blues Explosion… « Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » : dès 1940, Winston Churchill avait dessiné les contours de ce style musical. Comment ça, ça n’a rien à voir ? Jumelés avec ? Le Whisky a Go Go à Los Angeles Quand et où ? Le 29 janvier au festival du Schmoul à Bain-de-Bretagne


WTF

CASHLESS : DES CHIFFRES ET DES RESTES C’est une question que chaque festivalier économe s’est sans doute posée : s’il reste de l’argent sur mon compte cashless, est-ce que je serai bien remboursé ? Un point qui constituait l’une des principales sources d’inquiétude face aux avantages apportés par cette technologie. Si aucun remboursement n’était possible au HellFest 2015 (il faudra revenir en 2016 si on souhaite utiliser le crédit restant), les autres festivals avaient prévu cette option. Les Papillons de Nuit, les Vieilles Charrues, le Festival Interceltique, La Route du Rock ou encore le Roi Arthur proposaient bien cette possi-

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ÇA A ÉTÉ LA GROSSE NOUVEAUTÉ DES FESTIVALS 2015 : LE PAIEMENT DÉMATÉRIALISÉ. FINI LE LIQUIDE OU LA CB, VOTRE PÉCULE TIENT DÉSORMAIS DANS UNE PUCE ÉLECTRONIQUE. MAIS QU’ADVIENT-IL DES CRÉDITS RESTANTS ?

bilité (seules les conditions pouvaient varier : remboursement automatique ou à la demande, crédit réutilisable l’édition suivante ou non, etc.). Premier festival français à avoir opté pour le dématérialisé en mai dernier, Les Papillons de Nuit, dans la Manche, ont ainsi activé 20 000 comptes cashless pour cette inauguration du système. Bien que cela leur était possible, tous les fes-

tivaliers n’ont pas fait de demande de remboursement. En tout, ce sont 6 % du total des montants crédités qui n’ont pas été réclamés. Sur une moyenne de 40 € par festivalier, on vous laisse faire les calculs. Un pourcentage plus ou moins similaire dans les autres événements : au Roi Arthur, ce sont 6 % des chargements qui n’ont pas fait l’objet d’un remboursement ; à l’Interceltique, cela tourne autour des 4 %… Soit du cash supplémentaire dans les trésoreries des festivals. Mais que vont-ils en faire ? Extension, développement et amélioration du système, promettent-ils.

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PARTIR EN PISTE

Fans de cirque contemporain, deux rendez-vous vous attendent. Au Théâtre de Cornouaille tout d’abord où le festival Circonova, qui se tiendra du 15 janvier au 6 février, accueille notamment le Cirque Éloize, l’une des troupes québécoises les plus cotées. Enfin, le festival Ay-roop à Rennes, du 24 mars au 3 avril, sera l’occasion de découvrir la nouvelle pièce d’Étienne Saglio, Projet Fantôme (photo). Une installation onirique, minimaliste mais magique.

TOUCHE PAS À MON POSTE Du beau monde à Brest pour Longueur d’Ondes. Le festival de la radio et de l’écoute verra débouler, entre autres, Jean-Luc Hees, Rebecca Manzoni, Patrick Cohen et Alex Vizorek pour débattre des problématiques actuelles de ce média. Du 4 au 7 février. 8

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LE POUSSE-CAFÉ EST-IL DÉMODÉ ?

LA TRADITIONNELLE RASADE D’ALCOOL FORT EN FIN DE REPAS SEMBLE SE PERDRE. ON VÉRIFIE ÇA. « Forcément, la semaine, les gens commandent moins de digestifs. Je dirais une table sur dix. Mais le week-end ça peut monter à trois ou quatre tables sur dix », observe Bertrand, du restaurant Le Tour du Monde à Brest. Jet 27 et vodka pour les plus jeunes ; café-calva et whisky pour les plus old school. Un constat partagé par de nombreux restaurateurs de la région. Si ces derniers n’ont pas encore enterré la rincette en fin de repas, les professionnels du secteur sont moins optimistes. « Clairement, le digestif n’est plus du tout à la mode », affirme le Breton Thierry Daniel, organisateur du salon Cocktails Spirits. Même analyse du côté de Marie Mascré, cofondatrice de l’agence marketing SoWine, qui s’occupe notamment de l’interprofession de l’armagnac. « On ne fait plus de repas aussi longs qu’avant... Il y a également la législation sur l’alcool au volant. » Mais la fin du pousse-café ne signifie pas que les digeo sont morts. « Ils se réinventent. Les grandes maisons et les alcools qui ont une histoire parviennent à changer d’image », poursuit Marie Mascré. Cognac en tête (merci Jay-Z !). « On retrouve ces spiritueux dans d’autres modes de consommation, observe Thierry Daniel. Le virage s’est opéré grâce à la mode des cocktails notamment. » Isabelle Jaffré 9


WTF

SPECTACLES DANS LE NOIR : BLACK IS BEAUTIFUL

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LAURENT ROMEJKO

Quatre lettres : quatre consonnes, zéro voyelle. Voilà pour l’orthographe de VKNG (prononcé « viking »), le duo composé des musiciens Maxime Delpierre et Thomas de Pourquery. Côté musique, les deux garçons se distinguent avec leur disco-pop, comme sur le très efficace Illumination. Le 27 janvier à L’Échonova à Saint-Avé dans le cadre des Hivernales du Jazz et le 1er avril au Carré Magique à Lannion.

Romain Rigal

ARMANI

Le Parisien Georgio, 22 ans, a déboulé à la rentrée 2015 avec Bleu Noir, un premier album plutôt attendu. Il viendra le défendre dans le coin, d’abord le 21 février à Nantes au festival HIP OPsession, puis le 26 mars à Panoramas.

CAP À L’EST !

tchi-tcha Le cinéma est à l’honneur en ce début d’année avec tout d’abord le festival rennais Travelling, dont la nouvelle édition se tient du 2 au 9 février. L’événement met en lumière le cinéma sud-coréen. La tête vers l’Orient également, les Rencontres du cinéma européen de Vannes fait, du 2 au 8 mars, un focus sur les Balkans. 10

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Le mec juste devant vous qui filme tout le concert avec son smartphone vous casse les bonbons ? On a peutêtre la solution. Yeux bandés ou salle plongée dans l’obscurité, plusieurs artistes ont décidé de vous faire vivre leurs représentations en vous privant de l’un de vos sens : la vue. C’est le cas des deux Briochins de Menthol qui viennent de mettre sur pied leur nouveau show : un concert dans le noir. « On voulait essayer quelque chose de nouveau. D’ordinaire, le public est sursollicité pendant un concert. Ici, on voulait qu’il puisse se défaire de tout ce qui peut parasiter son écoute, ce qui est le but premier de la musique », explique Marc, l’un des deux musiciens qui ne souhaite pas en dire plus sur le dispositif, afin que la découverte de l’environnement soit totale pour les spectateurs. Quelles sont justement leurs réactions ? « Certains dansent un peu alors que d’autres sont vraiment focus sur la musique. Chacun vit son concert différemment. »

autour des spectateurs. Le concert est donc différent en fonction d’où on est situé, chaque spectateur étant installé de façon disparate. » Pour Erwan Keravec, cette cécité permettrait d’effacer « cette prélecture » qui s’opère habituellement : « Voir jouer un musicien nous conditionne dans la façon de recevoir le son ». C’est pour se détacher de tout le superflu qu’Emmanuelle Huynh a créé, en 1995, la pièce Mùa, un solo de danse dans la (quasi) obscurité. « Je l’ai fait en réaction. Je trouvais que le corps était surexploité dans de nombreux spectacles. Je voulais me « VOIR NOUS CONDITIONNE » réinterroger sur ce qu’était vraiment Un constat également partagé par la danse », justifie la chorégraphe le sonneur Erwan Keravec qui, avec que seul un filet de lumière permet son spectacle Blind, joue de la corne- de distinguer. « J’apparais de manière muse face à des spectateurs assis les fantomatique. Ici, c’est le son de ma yeux bandés. Et, à la différence d’un danse qui devient le plus important concert classique, pas de séparation et qui permet de me voir, même dans entre la salle et la scène, artiste et le noir. » public sont au même niveau. « Avec Blind : Les 13 et 14 janvier les trois autres musiciens qui m’acau Théâtre de Lorient (studio) compagnent, nous nous déplaçons Mùa : Le 10 mars au Triangle à Rennes

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IMAGINEZ-VOUS ASSISTER À UN CONCERT, LES YEUX FERMÉS, EN NE VOYANT RIEN DES MUSICIENS. DÉROUTANT, NON ? DES ARTISTES ONT POURTANT FAIT LE PARI DE PLONGER LE PUBLIC DANS LE NOIR. AMADOU ET MARIAM LIKE THIS.


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ÉLECTRO : ESPRIT D’ÉQUIPE

NON, LA MUSIQUE ÉLECTRONIQUE N’EST PAS RÉSERVÉE AUX ARTISTES SOLO. LA PREUVE PAR TROIS. BIRDY NAM NAM Quatre ans après Defiant Order, le désormais trio (DJ Pone n’est plus de la partie) signe son grand retour avec la sortie de son nouvel album Dance or Die. Le single Can’t do me nous laisse penser que cet opus sera plus proche de Manual for Successful Rioting. Good point. Quand et où ? Le 25 mars à Panoramas

COTTON CLAW Originaires de Franche-Comté, les quatre gaziers de Cotton Claw (vus au festival Les Indisciplinées à Lorient cet automne) ont sorti il y a quelques mois leur premier album Volutes. Un crush confirmé sur scène où les garçons, tous armés de pads, se mutent en live band. Quand et où ? Le 12 mars à l’Antipode à Rennes

CLUB CHEVAL Derrière cette écurie (attention, jeu de mots), se cachent quatre producteurs (photo) : Myd, Canblaster, Sam Tiba, et Panteros666 (<3). Après plusieurs EP et remixes, le collectif sort – enfin – en ce début d’année son premier album, Discipline, dont le clip inaugural revisite le jeu des chaises musicales. À essayer en festival. Quand et où ? Le 26 mars à Panoramas 11


WTF

MAIS BORDEL , C’EST QUOI Ê TRE JEUNE ? INSOUCIANCE, ACNÉ, ÉTUDES, TRAVAIL, CONSOMMATION, MARIAGE… À QUEL ÂGE QUITTE-T-ON LE MONDE DES JEUNES POUR REJOINDRE CELUI DES VIEUX ? LE PSYCHO-GÉRONTOLOGUE JÉRÔME PELLISSIER NOUS RÉPOND.

Le terme de jeunesse est-il malléable dans l’espace et dans le temps ? Autrement dit, être jeune en France en 2016 est-il différent d’il y a 30 ans ou d’ailleurs dans le monde ? Effectivement, chaque époque et chaque culture regarde de façon différente les âges. Rappelons que l’âge nubile, c’est-à-dire celui où

c’est surtout le nombre important de jeunes qui ont le sentiment que le monde des adultes est désespérant et fermé. DR

Existe-t-il une définition de la jeunesse ? Il existe des critères objectifs et quantifiables, le plus courant étant de considérer qu’il s’agit de la classe d’âge comprise entre 15 et 24 ans. C’est précis mais très arbitraire et excluant puisque des personnes plus âgées que cet “âge limite” peuvent très bien se vivre et se sentir jeunes. Tout comme des personnes situées dans cette “tranche d’âge” se sentent encore dans l’enfance ou, au contraire, sorties de la jeunesse.

on pouvait être marié, était avant la Révolution française de 12 ans pour les filles et de 14 ans pour les garçons. Il y a quelques siècles, l’espérance de vie était aussi bien plus courte, et l’enfance comme la vieillesse étaient des périodes bien moins longues qu’aujourd’hui. L’enfance se terminait plus tôt, la vieillesse commençait plus tôt. Le recul progressif actuel de l’âge du premier emploi, du premier bébé ou encore du premier projet immobilier a-t-il un impact sur le regard de la société envers sa jeunesse ? Ce qui devrait inquiéter notre société,

CORBEILLE Élie Semoun Il y a 20 ans sortait la première VHS - oui, oui VHS - des Petites annonces d’Élie, avec Kevina, Mikeline, Toufik et Rodriguez père et fils. C’était pas mal drôle. Mais rester dans le même registre d’humour deux décennies après ça va pas du tout DU TOUT. Un peu comme 12

si Les Trois Frères avait une suite. Oh wait… À Dinan Fréro Delavega Une voix nasillarde à la Christophe Maé multipliée par deux, un son vaguement reggae à la Tryo, des paroles de niveau quatrième à la Zaz : l’ensemble est aussi douloureux qu’une cuite à la Chouffe

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Quid des termes “génération X” et “génération Y” ? Ou plus récemment du “génération Bataclan” ? Il faut s’en méfier car l’âge ne fait rien à l’affaire : il ne rend pas tout le monde identique. Les différences entre individus sont bien plus importantes que ce qu’un âge semblable pourrait créer comme ressemblances. Rappelons que ce sont surtout les publicitaires qui ont intérêt à faire croire aux jeunes qu’ils ont tous les mêmes goûts et doivent tous consommer la même chose sous prétexte qu’ils ont tous le même âge… Jérôme Pellissier en conférence le 1er mars au Carré Magique à Lannion

NOTRE ANTI-SÉLECTION DES SPECTACLES QUAND FRANCHISE ET MAUVAISE FOI NE FONT QU’UN sans Doliprane chez soi. Heureusement c’est éphémère dans les deux cas. À Rennes L.E.J Les tubes de l’année (Kendji Girac, Pharrell, Nicki Minaj, Bruno Mars, Maître Gims...) mais en pire. Si si, c’est possible. C’est même le créneau de Lucie, Élisa et Juliette

(les fameuses L.E.J) qui se sont fait connaître par leurs reprises sur le Net. Finalement, il chante pas si mal Kendji. Riiiitaaanooo ! À Rennes et Brest Vianney Mais elle est où la relève de la chanson française ? Pas là ! Mais t’es pas là mais t’es où ? Pas là ! À Pacé, Brest et Quéven


DOSSIER

SOUVIENS-TOI... LE ROCK CELTIQUE

MATMATAH, ARMENS, MERZHIN... INCONTOURNABLES À LA FIN DES ANNÉES 90, CES GROUPES ONT PARTICIPÉ AU RENOUVEAU DE LA VAGUE CELTE. UNE ÉTIQUETTE PARFOIS LOURDE À PORTER. 14

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DOSSIER

ieilles Charrues, dimanche 22 juillet 2001. Tous ceux qui ont assisté au concert de Matmatah en cet après-midi en gardent un souvenir ému. De mémoire de Carhaisien, jamais cela n’avait été autant la folie en plein jour sur Kerampuilh. Face à 70 000 festivaliers, les quatre Brestois enchaînent les morceaux dont chacun sonne alors comme un tube. Lambé an dro, Quelques sourires, Les Moutons, Emma… sans oublier L’Apologie qui fera sauter les spectateurs jusqu’au bar 8. Bordel, c’est vrai que c’était fou. Tout sauf une surprise. À cette époque, Matmatah est à l’apogée de sa popularité. Venu présenter son deuxième album Rebelote sorti quelques mois avant, le groupe surfe toujours sur le succès de La Ouache, arrivé trois ans plus tôt. Trois années durant lesquelles Stan, Sammy, Éric et Fanch auront (presque) tout connu : des

concerts dans les rades jusqu’aux plus gros festivals, en passant par des ventes d’albums qui frôlent le million d’exemplaires (!). Mais nom dé diou, comment ces quatre garçons ont-ils fait pour devenir, à l’orée des années 2000, les chefs de file du rock breton ?

« Les djembés, le fléau » Retour en arrière, en 1994. Étudiants à Brest, Sammy et Stan se retrouvent régulièrement dans l’appartement de ce dernier, situé dans le quartier de Lambézellec, pour répéter et composer. Les deux garçons se sont rencontrés deux ans auparavant dans un troquet et se sont vite rendu compte qu’ils partageaient les mêmes goûts musicaux. « On se retrouvait sur les mêmes vieilleries : le rock des sixties et seventies, Beatles en tête. C’est ainsi qu’on a commencé à jouer des reprises dans des bistrots sous le nom “Tricards Twins”,

« On sentait qu’il y avait un truc spécial avec Lambé » 16

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rembobine Stan. Ce qui était bien, c’était pas forcément d’avoir deux guitares, c’était surtout d’avoir deux voix : quand tu chantes Help des Beatles par exemple, si t’as pas deux voix en canon, c’est tout de suite moins bien... Et puis, on s’est mis à écrire quelques conneries et à les enregistrer sur un vieux quatre pistes à cassette. Ça nous a surtout appris à structurer nos chansons. » Parmi celles-ci, l’une d’elles va vite sortir du lot : Lambé. Le riff est trouvé par Sammy un jour de vacances. À ses côtés, Stan accroche direct et commence à écrire des paroles. « On sentait qu’il y avait un truc spécial autour de ce titre. » Une première version est mise sur bandes, avec des djembés en intro (« à l’époque, c’était la grande mode, pour ne pas dire le fléau »). Un morceau qui marque déjà les esprits et qui leur permet de recruter Éric, le bassiste. « On le rencontre car on cherche à ce moment-là un mec à la basse. Problème : il n’en joue pas. On lui fait quand même écouter notre maquette de Lambé, et là il nous dit : “OK, j’vais faire de


la basse”. » Fanch, le batteur, est quant à lui engagé le 27 septembre 1995… avant de jouer le soir-même au club Chez Arnold, pour la première fois à quatre. « Ce jour-là, on répète de 14 h à 19 h, et on enchaîne direct. » Le groupe n’a pas encore de nom (celui-ci arrivera deux semaines plus tard, « c’est le nom d’un village tunisien, un souvenir de vacances quand j’étais gamin », éclaire Stan) mais glisse déjà ses premières chansons dans son set. « Au milieu de nos reprises, on incrustait nos morceaux sans prévenir que c’était des compos, sinon tout le monde se serait barré. Et quand on balançait Lambé, les gens nous disaient “c’est quoi cette chanson de Stivell ? C’est quoi ce morceau de Tri Yann ?”. Ils avaient l’impression de la connaître. Même nous on s’est demandé pendant longtemps à qui on avait pompé la mélodie. » Très vite, deux gars sentent le potentiel du quartet et intègrent l’équipe. D’abord Julien Banes, ami de longue date de Stan, qui endosse les fonctions de manager en février 96. Puis Marc Ribette, le tourneur : « Après un concert dans un bar de Brest, je

« RBO diffuse Les Moutons, leur standard explose... » suis allé les voir pour leur proposer de travailler avec eux. Le lendemain, ils étaient dans mon bureau et on décidait de bosser ensemble… Ça faisait seulement deux mois que j’étais à Quai Ouest Musiques, je découvrais à peine le métier… »

Concerts en boulangerie Les mois qui suivent vont vite le former, les quatre musiciens décidant de mettre leurs études entre parenthèse pour tenter l’aventure. « Quand je me suis installé à Brest, le truc était clair : on ne s’occupe que de Matmatah. On savait que le groupe ne laissait pas indifférent, il fallait donc y aller à 100 % sans se poser de question », se remémore Julien Banes qui passe alors ses journées sur les routes à la recherche de lieux où jouer. « On a tourné à fond. Quatre à cinq concerts par semaine. On a tout fait : inauguration de boulangerie, galerie marchande de supermarché…

Mais à un moment, on a arrêté les conneries pour se concentrer sur les bars, les clubs et quelques festivals pendant l’été. » Avant l’arrivée en 1997 du premier CD deux titres, contenant Lambé et Les Moutons. « On en avait pressé 1 000 au début. Ça devait être un simple outil de démarchage pour trouver des concerts. On en a quand même mis une vingtaine à La Sonothèque, le plus gros disquaire de Brest. Rapidement, on a dû en remettre vingt, puis trente, ainsi de suite… Jusqu’au jour où RBO diffuse Les Moutons et, là, leur standard explose. Tout le monde les appelle pour savoir ce que c’est. En l’espace de six mois, on en vend 30 000. » Si les singles s’écoulent aussi facilement qu’un pichet de Coreff un après-midi de juillet, l’équipe décide néanmoins de stopper leur commercialisation. « Ce n’était plus gérable. On avait dû embaucher un pote qui 17


DOSSIER

faisait le tour de la région en 4L pour la livraison. Et puis, en prévision de l’album qui allait arriver, c’était mieux de ne plus en presser… », explique Julien qui, au lycée, a visiblement bien potassé son cours sur l’offre et la demande. L’avenir lui donnera raison. En juin 98, la veille du match d’ouverture de la Coupe du monde de foot, déboule La Ouache et sa tracklist aux allures de best-of : Anter-ouache, Emma, Lambé, Troglodyte, Kerfautras, Dernière journée en mer, L’Apologie, La Fille du chat noir, An Den Coz, Derrière ton dos, Les Moutons, La Complainte de Fanch, Ribette’s. Treize titres enregistrés à Catsfield en Angleterre pour un album qui affolera les compteurs : 800 000 exemplaires vendus. En même temps que l’équipe de France enchaîne les matchs les doigts dans le nez (le doublé de Thuram putain !), Matmatah devient l’un des sujets de conversation en Bretagne. « L’été 98, ça a été n’importe quoi. Tous les jours ou presque, on avait un article dans le journal. La Coupe du monde a sans doute joué. On était dans une période d’euphorie et notre musique, plutôt festive, collait bien à l’ambiance. » En plus des deux buts de Zizou, le paysage musical de cette fin des

ILS ONT ÉGALEMENT CONTRIBUÉ À CETTE VAGUE CELTIQUE... 18

nineties va également contribuer à mettre Matmatah sur orbite. « Il faut se remettre dans le contexte : la musique avait été polluée par les boys bands, l’électro émergeait, le hip-hop arrivait à maturité. Cela faisait dix ans qu’on avait pas eu une bonne vieille guitare, un mec qui sue, une bière… du rock !, situent Stan et Julien qui – forcément – citent Louise Attaque, le phénomène de 1997. Ils ont aidé tout le monde car ils venaient de la base. Ça a encouragé des directeurs artistiques à sortir de Paris pour voir ce qui se faisait ailleurs. Louise a essuyé les plâtres un an avant nous. »

Un goût pour les groupes du cru auquel va s’ajouter le renouveau de la vague celtique initié par Stivell en 1993 avec son album Again et par Dan ar Braz à la tête de L’Héritage des Celtes en 1994. Fort de ses morceaux aux consonances celtisantes et aux références bresto-bretonnes, Matmatah va profiter à pleine balle de ce regain d’intérêt pour tout ce qui vient de l’Ouest. « J’ai vachement baigné dans la musique bretonne quand j’étais enfant. Mes parents m’emmenaient au fest-noz mais ça me faisait chier. C’est après l’adolescence que j’y suis revenu par moi-même », raconte le chanteur qui, à la fac, a même pris

AR RE YAOUANK

CELTAS CORTOS

BLACK LABEL ZONE

Mené par les frères Guichen, le groupe a sorti en 1995 l’album Breizh Positive, dont le morceau-titre fait aujourd’hui partie des classiques bretons. Référence pour de nombreux artistes, Ar Re Yaouank a contribué à la révolution du fest-noz par ses arrangements rock et son jeu de scène. Les darons, c’est eux.

Née en 1986, la formation espagnole a profité à donf du renouveau celtique, s’invitant à l’affiche de nombreux festivals. Chaînon manquant entre Ska-P et The Silencers, le groupe tourne toujours aujourd’hui sans rien changer à sa recette, comme l’atteste l’album Contratiempos sorti en 2014.

On dirait le nom d’un whisky par cher mais derrière ce blaze se cache un groupe de Quimper. Auteur en 1998 de son premier album Toufed Vil, Black Label Zone fait figure de groupe “Saint-Patrick friendly“ : background celtique, gros riffs et esprit festif. Attention quand même à la gueule de bois.

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Photos : DR

Alain Marie / www.alainmarie2.com

des cours de kan ha diskan. « Moi qui est originaire de Paris, je trouvais ça génial, limite avant-gardiste, se marre aujourd’hui Julien. On était en plein revival celtique. On s’achetait tous des flûtes pour jouer Pardon Spezed, on était à bloc. » La scène bretonne est alors en pleine ébullition. Des groupes de rock celtique voient le jour un peu partout et squattent les premières parties de fest-noz, incontournables à l’époque dans le moindre bled. Dans le sillon de Matmatah, deux noms vont se faire remarquer : Armens, originaire de Lorient, et Merzhin, basé à Landerneau. Chanteur de la formation

lorientaise qui fête cette année ses vingt ans, Alex a encore parfaitement en tête l’engouement que suscitaient les artistes estampillés BZH : « On a eu le bol absolu de tomber dans un moment où les gens étaient zinzins de tout ce qui avait rapport de près ou de loin avec la musique celtique. En 1997, on fait le off du Festival Interceltique où on joue huit soirs sur dix. Chaque jour, on n’a pas encore fini d’installer le matos que les gens font la queue pour acheter notre tout premier disque, un 5 titres. Au final, on en vend 5 000 comme ça, de la main à la main. Et chaque soir, devant le bar où on jouait, t’avais

2 500 personnes. C’était dingue. » À 130 kilomètres plus au nord, les six gars de Merzhin connaissent un parcours plus ou moins similaire en écoulant 50 000 exemplaires de leur premier EP, enregistré en deux jours dans une discothèque de Landerneau (« Les Korrigans, une boîte mythique par chez nous ! », précise Pierre, le chanteur). Une étiquette “rock celtique” pas toujours bien vécue par les intéressés. D’un côté, Merzhin qui la revendique sur Pleine Lune, son premier album presque disque d’or (98 000 exemplaires) : « On se considérait pleinement comme un groupe de rock celtique. Nos compos étaient axées sur la bombarbe : elle était au premier plan et prenait souvent la place du chant. On trouvait que c’était un instrument puissant qui allait bien dans le rock. » De l’autre côté, Armens et Matmatah à qui cette case n’a jamais vraiment convenu. « Il n’y avait pas plus que ça une volonté de s’ancrer dans une logique bretonnante. Il se trouve juste que notre accordéoniste était fan de Red Cardell et que c’est par lui que les mélodies sont arrivées. Mais ça n’a jamais été une démarche consciente, assure Alex. En revanche, on a toujours

E.V

PEULVENS

PAT O’MAY

KRÊPOSUK

On a bien cru que ce groupe, mi-breton mi-finlandais, allait percer. Tournant comme des malades suite à la sortie de l’album Huchal, E.V n’a pas vraiment confirmé. Le morceau Keltia, choisi comme musique d’entrée au Stade rennais, ne changera rien. Entre poissards...

Les Armens 1.0 pour résumer. Se revendiquant des Pogues et de la Mano, les quatre Morbihannais de Peulvens ont sorti en 1997 l’album Terminaisons nerveuses, avant de se faire localement voler la vedette par les auteurs de Six Différents. Le groupe s’est séparé en 2002.

Pour beaucoup, BreizhAmerika, sorti en 1999, est un disque de “hard rock armoricain”. Mixée par Ron Thal de Guns N’ Roses, cet album de Pat O’May réussit en effet à marier musique trad et guitares qui en font des caisses. Toujours dans le game, il est l’auteur de Behind the Pics en 2014.

« Vous avez d’la pâte ? Vous avez du suc’ ?! Alors avec la pâte vous faites une crêpe et vous mettez du suc’ dessus. » Facette peu glorieuse de la vague celte, ce groupe natif du Mans a construit une partie de son répertoire à base de jeux de mots : Andromadaire, Kanivo, Kanterdro… Sans oublier son propre nom. Aïe. 19


DOSSIER

revendiqué s’inscrire dans la lignée des Levellers, un groupe anglais de punk-rock qui mettait en valeur le violon. On a d’ailleurs récupéré cette sauce-là pour Six Différents, notre premier album. » Un album que les six gaziers lorientais, alors signés chez Columbia, enregistrent au studio Méga à Suresnes : « Des conditions top. Du jour au lendemain, on a basculé dans l’univers major. On arrive dans un studio où était Céline Dion la semaine d’avant. Et on nous annonce que c’est Thierry Rogen, le boss des lieux, qui va finalement nous enregistrer. Il venait de se prendre la tête avec Mylène Farmer. Il était donc plutôt content de récupérer un groupe de Bretons pas connus : en gros, des mecs qui viendraient pas lui casser les couilles. Le soir, on se prenait des cuites avec lui en matant Les Bronzés. Ça s’est super bien passé. » Six Différents se vendra à 80 000 exemplaires et assurera quelques grosses dates à Armens, dont quelques-unes partagées avec Matmatah. Au Printemps de Bourges notamment lors d’un plateau “celte-rock” en 1999. Pas forcément toujours au goût de Julien Banes. « À un certain moment, il y avait une volonté de notre part de ne plus voir traîner le mot celtique. Un mot qu’on n’a jamais utilisé pour qualifier notre musique. On a alors essayé de ne pas faire la totalité des plateaux celtisants car on en avait marre de cet enfermement. » Stan embraye : « On avait des références bretonnes mais Matmatah ne se résumait pas à ça. C’était du rock avec

des influences diverses. L’Apologie par exemple, pour moi c’est du zouk. Mais à cause de Lambé et des Moutons, on nous a mis une étiquette dure à décoller. Surtout que cela a généré des malentendus. Comme la fois où on a débarqué dans un bar celtique dans les Alpes : les mecs ne comprenaient pas pourquoi on branchait nos amplis Marshall et nous demandaient où étaient nos binious… D’où le virage radical sur le deuxième album. »

joie de vivre. Notre producteur, Dan Presley, est américain et, à ce momentlà, George W. Bush se fait élire. On passe dans autre chose, on change de siècle. » S’il se vend “seulement” à 180 000 exemplaires (« on avait conscience que les ventes massives du premier album ne correspondaient pas à la réalité. Aucun groupe de rock français n’a vendu 800 000 exemplaires à chaque album »), Rebelote (qui a plutôt bien vieilli) leur offre tout de même un premier Olympia et une nouvelle tournée des gros festivals. « On change de siècle » Une réorientation artistique qu’opèPas de La Ouache n° 2 donc, mais reront également les autres formaRebelote, un disque plus sombre, pas tions. « C’était une envie, mais aussi vraiment porté sur la déconne. L’enre- une nécessité : la vague celtique était gistrement se déroule en novembre et retombée, il fallait évoluer », concède décembre 2000, dans un tout autre Pierre, de Merzhin, qui après un contexte que 98. Outre le procès de contrat avec BMG a retrouvé bon L’Apologie, le groupe fait face à un gré mal gré la voie de l’indépendance contexte plutôt morose. « On est et de l’autoproduction (en ce début en plein hiver dans un manoir en 2016, le groupe s’apprête à dévoiler Angleterre. Ça respire pas vraiment la son septième album studio. « Objectif : 5 000 ventes. De quoi rentrer dans nos frais »). Chemin semblable pour Armens dont le deuxième album, plutôt pop-rock, n’a pas vraiment séduit (30 000 exem-

« Les mecs nous demandaient où étaient nos binious... » 20

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Photos : DR

Youri Lenquette

plaires). « On n’a pas transformé l’essai, mais on ne va pas se plaindre. Avec le recul, on a eu globalement de la chance. Juste ce petit regret de ne pas avoir réussi à faire un tube… », sourit Alex dont le groupe, plus ou moins en sommeil, est de temps en temps sollicité pour une date par-ci par-là. Bien que séparés depuis 2008, après avoir sorti les plus discrets Archie Kramer et La Cerise (« tous disques d’or »), les gars de Matmatah ont eux aussi reçu quelques propositions suite à la sortie, il y a quelques semaines, d’un coffret à l’occasion de leur 20e anniversaire. « Nous avons eu de jolies offres de la part de festivals, mais nous n’avons pas donné suite. Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour », coupe le manager qui, en attendant un éventuel retour sur scène, surveille encore les audiences du groupe sur le Net : « Le soir du nouvel an, il y a toujours un pic à 30 000 écoutes sur la page Deezer de Matmatah. Sur une moyenne de dix invités par fête, ça fait quand même près de 300 000 personnes qui continuent à faire la fête sur notre musique. » Julien Marchand 21


DOSSIER

DR

QUE DEVIENS-TU, MANAU ?

Le 27 novembre dernier, Manau sortait un nouvel album, Celtique d’aujourd’hui. « Ça doit être le neuvième je crois », calcule Martial Tricoche, dont la trogne s’affiche en grand sur la pochette. Il est l’un des deux membres originels du groupe avec Cédric Soubiron, qui a lâché l’affaire depuis longtemps. « Maintenant il fait du théâtre mais Laurent (Meliz, ndlr), qui est avec moi, est là depuis le départ, poursuit Martial. Il a fait les arrangements sur La Tribu de Dana mais il était plus dans l’ombre. » En 2016, Manau est donc toujours vivant, même si des neuf albums revendiqués par son leader – en vrai sept d’après nos calculs – seuls les trois premiers sont connus du grand public : Panique Celtique, sorti en 1998, Fest Noz de Paname en 2000 et l’évocateur On peut tous rêver, paru en 2005 et qui a clos le contrat lié avec le géant Universal. Sans regret, assure Martial : « Eux et moi on n’a pas souhaité renouveler. On s’est serré la main très amicalement et voilà, chacun sa route. Je voulais découvrir autre chose. » 22

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Autre chose, c’est le circuit indé et l’autodistribution avec des ventes confidentielles. « J’ai pas les chiffres, élude l’intéressé. Pas même du premier, je sais que c’est plus d’un million mais je sais pas exactement. Notre but désormais c’est de faire plein de concerts. En 2016, on se remet sur la route. »

Catégorie rap/groove Martial est à bloc, comme à la grande époque des débuts où lui et son pote Cédric sont propulsés en tête du hit-parade (23 semaines dans le top 3 des ventes de singles avec La Tribu de Dana en 98), des plateaux télés (Drucker, Les Victoires de la musique avec un succès dans la catégorie rap/groove (sic) devant NTM et MC Solaar) et des scènes XXL (Olympia, Francos, la tournée des Zénith…). Têtes de gondole d’un genre dont ils sont les seuls membres : le rap celtique. Une époque sur laquelle il n’aime pas trop revenir. « J’ai raconté un million de fois l’histoire, souffle-t-il. Ce qu’il s’est passé c’est que d’un seul coup on a signé en maison de disques, et

ça a pris… » Des proportions ingérables ? « Dans la musique y a un côté magique et c’est ce qui est arrivé avec nous. C’est l’histoire de mecs qui ont fait des morceaux dans une chambre et six mois après ils étaient numéro 1. Du jour au lendemain, tu te retrouves à la télé donc tous tes copains se mettent à chambrer. C’est assez drôle ce qui t’arrive, tu commences à prendre des thunes alors que t’as vécu toute ta vie au smic… Mais on savait que quand tu fais un méga tube comme ça, tu fais pas La Tribu de Dana 2. » Reste que grâce à l’argent gagné à l’époque et aux royalties qui tombent encore aujourd’hui pour les deux-trois tubes de l’époque (« Manau ça tourne toujours un peu en radio. On peut se permettre de vivre, d’acheter du matériel »), le groupe continue son chemin, en toute discrétion. « C’est un peu de l’artisanat. » Même si lors des concerts, le retour au passé s’impose : « Si tu chantes pas La Tribu de Dana, les gens, ils te jettent des pierres. » Régis Delanoë


« LA LANGUE BRETONNE SONNE BIEN AVEC LE ROCK »

Photos : DR

Arnaud Choutet, auteur de l’ouvrage Bretagne, folk, néo-trad et métissages, aux Éditions Le Mot et le Reste.

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dans un esprit de transe, sur des rythmes de danse bretonne. Et d’un autre côté, il y a ceux qui sont dans le réseau des concerts, comme Brieg Guerveno, que je trouve fabuleux. Il est à la limite du metal, très puissant, Qu’appelle-t-on “rock celtique” très intense, et chanté en breton. Il a exactement ? fait le choix de défendre son identité Le premier artiste rock breton, dans un milieu très anglo-saxon. Il c’est Manu Lann Huel, en 1973. marche très bien notamment dans C’était un chanteur, qui écrivait en les pays scandinaves. breton, accompagné d’un groupe assez progressif. On n’avait jamais Quelle place tient la langue bretonne entendu ça. À l’inverse, certains dans cette musique ? éléments rock ont été intégrés à de Le breton sonne bien avec le rock. la musique bretonne. Alan Stivell, La langue roule davantage que le par exemple. Il n’y a qu’à écouter français, un peu comme l’anglais. son morceau Pop Plinn, qui est un Ce sont des langues plus concises. plinn mais adapté avec des arran- Après, soyons réalistes, le marché gements rock. est un peu en berne. Mais il faut y croire, même si c’est le combat Le rock celtique a-t-il évolué ? d’une vie. On est dans une époque de métissage. Sauf que le métissage, on n’en C’est le cas des Ramoneurs de aura jamais fait le tour. Celtic Social Menhirs, qui cartonnent depuis Club par exemple, où l’on trouve plusieurs années ? des membres de Red Cardell, ajoute C’est un mariage entre le punk et de du hip-hop, du reggae. C’est com- très bons musiciens traditionnels. Ils plètement nouveau. Le trad est vu ont une vraie identité, toutes leurs sous un angle très tonique. Certains paroles sont en breton, jamais trapeuvent le voir comme l’évolution duites. C’est une prise de position logique de la musique celtique qui ne très nette. Ils chantent souvent avec peut pas être enfermée dans la tradi- la chanteuse bretonne Louise Ebrel, tion. Le rock celtique évolue certes qui incarne la tradition. C’est un moins vite que dans les années 70, mariage un peu fou et, pour moi, mais il continue d’évoluer. Même une référence de rock celtique. Dans si le degré de fascination pour cette cette veine, il y a plein de petits musique n’est plus le même qu’il y groupes punk qui se reconnaissent a trente ans. dans ce mélange. Dans l’esprit breton, il y a l’idée d’indépendance et Quelles sont les formations phare d’autonomie. Un esprit qui met plus actuellement ? en avant l’art que la raison. Aujourd’hui, dans le milieu fest-noz, il y a des groupes rock comme PlanRecueilli par tec, Startijenn ou Karma. Ils jouent Brice Miclet 23


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ON EST QUE DES COBAYES

POUR SE FAIRE UN PEU D’ARGENT, PAS FORCÉMENT BESOIN DE TRAVAILLER : VOTRE CORPS PEUT FAIRE L’AFFAIRE. TESTS ALIMENTAIRES, PHARMACEUTIQUES OU COSMÉTIQUES : DES LABORATOIRES VOUS INDEMNISENT POUR JOUER LES COBAYES.

ous vous êtes peut-être déjà demandé pourquoi la glace Solero avait disparu des rayonnages. Comment les sociétés de cosmétiques avaient deviné que le savon au lait d’amande douce allait cartonner. Dans quelle mesure les laboratoires pharmaceutiques savaient que le paracétamol effervescent apaisait le mal de crâne d’après cuite. Derrière chacune de ces conclusions, il y a des testeurs. Vous, moi, n’importe 24

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quel volontaire prêt à expérimenter n’importe quel produit avant sa mise sur le marché ou pour valider l’arrêt de sa commercialisation. À ma petite échelle, j’ai peut-être achevé de convaincre un service marketing que sa recette de la galette au fromage de chèvre et aux lardons pouvait plaire à un paquet de consommateurs. Le temps d’une matinée, j’ai été l’un de ses dégustateurs. C’était un vendredi matin, nous étions une soixantaine

à avoir été convoqués au laboratoire Aqualeha de Rennes. Les tests alimentaires se déroulent en “box”, avec face à soi une sorte de bureau blanc éclairé au néon, une trappe pour récupérer les assiettes et un écran d’ordinateur pour donner son avis. En trois quarts d’heure, vous êtes amené à tester différents plats en leur attribuant une note entre 0 et 10, assortie d’annotations. Au total, huit produits me seront présentés : deux salades


de saumon et deux de canard, deux galettes chèvre/lardons et deux verres de Sylvaner. On n’a beau manger que la moitié de ce qui nous est proposé, comme l’indiquent les instructions, c’est un repas complet auquel on a droit.

« Cinq coupes de mousseux » Un dej’ non seulement gratos mais payé 7 euros en prime. Une opportunité d’économie et de maille appréciable quand on est étudiant, sans activité ou retraité, trois situations qui constituent le gros des troupes. Si les salades n’ont pas remporté mes faveurs, je me suis régalé des galettes. Ne prétendant pas être un grand critique culinaire, je me suis contenté de brefs commentaires : « belle présentation », « un peu sec », « bon équilibre des aliments »… S’improviser dégustateur n’est pas très compliqué. Tout le monde peut le faire et le labo qui invite manque même souvent de monde pour compléter son panel. « Des hommes surtout », glisse Mélanie Leclerc, responsable de cette entreprise fondée en 1995 et qui possède actuellement un fichier de plus de 4 000 dégustateurs, dont 800 étudiants. Cédric a été un de ces testeurs pendant quelques mois en 2011. « C’était une période où j’étais au chômage, resituet-il. Au total, j’ai dû participer à une vingtaine de séances. Pourquoi j’ai fait ça ? Être payé pour bouffer, c’est cool ! Mon meilleur souvenir reste une dégustation de pétillants. J’avais dû avoir cinq coupes de mousseux, ça fait son petit effet le ventre vide en milieu de matinée… Du coup j’étais allé au McDo tout proche dans la foulée, où au final j’avais dépensé plus que ce que j’avais gagné… » Pour ceux qui ne cherchent que la thune, mieux vaut passer son chemin, d’autant que la législation limite la participation à quatre séances max par 25


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mois. Sur un an, le gain potentiel est de 336 euros et 48 “repas”. Malin, Christian, un sexagénaire croisé chez Aqualeha, avoue jouer aussi les cobayes dans une société concurrente, Les Maisons du goût. « Certaines semaines ça me fait deux tests. Là ça commence à devenir intéressant. Et puis c’est sympa, « On peut aussi proposer la pose ça me fait une balade… » d’un patch avec des micro-doses d’un produit pendant 48 heures, Doses de fludrocortisone indemnisée 20 euros », poursuit Dans le même esprit, il existe aussi le Cécile Mounier. Ces expérimentamonde des tests cosmétiques. En Ille- tions sont effectuées sous contrôle et-Vilaine, c’est la société Eurosafe d’un dermatologue afin de limiter qui domine le game en la matière. les réactions allergiques. Là encore, La principale différence réside dans la rémunération n’est clairement le fait que vous testez les produits pas énorme mais le risque et les chez vous. « Une fiche permet de contraintes ne le sont pas non plus. donner son avis sur l’efficacité du « Shampoings, crèmes, crayons à produit, son acceptabilité au niveau lèvre… Ça fait deux ans que je du contact avec la peau, l’odeur, etc. viens deux fois par mois pour le Il nous faut une vingtaine de volon- plaisir d’avoir des nouveautés taires par protocole pour valider avant leur mise sur le marché », l’étude », précise Cécile Mounier, témoigne Noellie, une des femmes une des responsables. Le jour de venue chercher son lipstick. l’entretien, ce sont des femmes entre Pour celles et ceux qui ne veulent 18 et 45 ans qui viennent au fur pas se contenter de tester le nouveau et à mesure récupérer leur rouge à taboulé de Monop’ ou le soin antilèvres qu’elles devront appliquer rides de chez Kiko, il existe égaquotidiennement pendant 21 jours, lement les tests pharmaceutiques. avec à la clé une indemnisation Exemple au Centre d’investigation sous forme de chèques cadeaux clinique (CIC) du CHU de Rennes, de 30 euros. dont la mission est de réaliser des

« Un traitement tentant mais ça m’a foutu les boules » 26

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essais sur volontaires sains ou malades, dans le but de trouver les médicaments et les soins de demain. « L’inclusion dans une étude se fait librement après lecture d’une notice d’information et nécessite de signer un formulaire de consentement », prévient le professeur Bruno Laviolle, co-responsable des lieux. Rencontré dans le service, Vincent, un étudiant, venait passer sa visite de sélection (prise de sang, examen clinique, tension, etc.) pour savoir s’il était apte à tester le traitement du moment, des doses de fludrocortisone à ingérer quatre à cinq fois par jour pendant un mois, avec un jour de visite médicale à la fin de chaque semaine. Indemnisation totale : 800 euros.

Test du vaccin anti-Ebola Et c’est dangereux ? « Non car les études bénéficient d’une double validation du Comité de protection des personnes (CPP) et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Après, on n’est jamais à l’abri d’effets secondaires mais comme pour tout produit pharma, ni plus ni moins », affirme le


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professeur Laviolle. Même le vaccin anti-Ebola qui sera testé au CIC en ce début d’année 2016 (60 volontaires appelés pendant plusieurs mois pour une indemnisation qui peut monter à 1 500 euros) se fait en totale sécurité, assure-t-on. Pour Julien, l’expérience réalisée chez les concurrents du laboratoire privé Biotrial lui avait permis d’empocher 600 euros pour 48 heures d’hospitalisation, en 2005. « On testait un médicament contre l’hypertension, j’avais battu le record de la quinzaine de volontaires avec une tension descendue à 8 et quelques… Un peu flippant mais c’était bien encadré avec des prises de sang multiples et un contrôle H 24. » Il avait néanmoins refusé la proposition suivante soumise par le labo : « Une semaine et demie de traitement pour soigner Parkinson et Alzheimer, avec 3 600 euros à l’arrivée. Tentant, mais ça m’avait foutu les boules. » Un engagement effectivement autrement plus risqué que d’enchaîner les verres de blanc pour l’industrie agroalimentaire, même à 10 h du mat’. Régis Delanoe 27


DOSSIER

Bikini

MODÈLE VIVANT : UN JOB AU POIL

« J’ai toujours été à l’aise avec mon corps : je sais que j’ai des défauts, mais je pars du principe qu’on est tous faits pareil et qu’on a tous déjà vu une paire de fesses ! », sourit Ketty, 19 ans et étudiante aux beaux-arts de Brest. Pour elle, la nudité n’a donc rien d’un problème, et c’est dans un esprit « altruiste » qu’elle accepte de prendre la pose plusieurs fois par mois, pour des cours dispensés par son école. « Quand je passais mon bac en arts appliqués, j’aurais bien aimé avoir des cours de nu pour me faire la main, voilà pourquoi je le fais aujourd’hui ». C’est aussi le cas d’Eva et Vincent qui ont appris à prendre la pose. Étudiant en sociologie, Vincent, 26 ans, confirme la difficulté de l’exercice. « Au-delà d’être à poil sur une estrade, on doit parfois rester en situation pendant trois heures, sans pouvoir bouger. Quand tu connais pas, tu prends des poses qui deviennent vite très inconfortables. » Comme Eva, c’est clairement pour 28

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l’argent qu’il s’est converti en modèle vivant depuis plus de deux ans : « On est payé 13 € net de l’heure : ça me permet de boucler mes fins de mois. Et les horaires sont adaptables ce qui est parfait pour un étudiant. »

Eva. « Il y a des minces, des gros…, poursuit Vincent. Moi par exemple, je ne me trouve pas spécialement bien gaulé : je suis tout sec ! Mais du coup, il y a davantage de détails... Dans tous les cas, il n’y a jamais d’appréciation sur la beauté et les seules critiques « Aucun critère physique » portent sur les poses que l’on prend. » OK, mais comment se déroule une « On a besoin de toutes les morpholoséance ? « On a une petite cabine gies », confirme-t-on aux beaux-arts pour se changer et, une fois que le de Lorient. Même son de cloche du prof a donné ses instructions, on côté de l’école supérieure d’art de prend la pose », résume Vincent Brest : « Les élèves ont besoin de pour qui « ça fait toujours bizarre s’entraîner sur des formes différentes. de s’isoler dans une cabine pour Chaque année, on recrute ainsi une en ressortir à poil ». Une fois sur dizaine de modèles. Souvent des étul’estrade, place au froissement des diants, et on essaie de les garder le feuilles de papier Canson, au grat- plus longtemps possible », explique tement des fusains et des pastels, et Isabelle Laurent, qui a vu défiler bon aux bips du minuteur qui marquent nombre de CV. Parfois déroutants les changements de pose toutes les d’ailleurs, envoyés par des hommes dix à trente minutes. un peu trop pressés de se déshabiller. La standardisation des canons de « Quelqu’un nous a déjà envoyé des beauté qui touche notre époque ? photos de lui entièrement nu, on l’a Nos modèles vivants sont bien loin de bien évidemment écarté… » ce problème. « Il n’y a aucun critère physique pour faire ce job », assure Jean-Marc Le Droff


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« JE VENDS MES CULOTTES SUR INTERNET »

Tous les goûts sont dans la nature. Pour certains, le kif est de recevoir par la poste des culottes déjà portées. Pourquoi pas après tout. Un fétichisme né au Japon dans les années 1990 qui, désormais, compte des adeptes un peu partout dans le monde. Des sites Internet se sont spécialisés dans ce business. Leader sur le marché français, la plateforme Vends-taculotte.com, lancée en 2011, met en relation acheteurs et vendeuses (plus de 2 800 y sont inscrites). C’est le cas de Gaëlle, une Morbihannaise de 36 ans, qui depuis huit mois y propose sa lingerie et autres dessous déjà portés, pour ne pas dire sales. Si elle travaille dans le secteur médical, ces ventes constituent pour elle un complément d’activité non négligeable. « Les revenus sont variables mais cela me rapporte entre 150 et 500 euros mensuels. Je vois ça uniquement comme de l’argent de poche, car je sais que tout peut s’arrêter du jour au lendemain », indique la jeune femme pour qui les motivations de ce petit commerce ne sont pas simplement financières. « Il y a aussi une part de fantasme… » Chacune de ses ventes oscille entre 20 et 35 €. Un tarif dans la moyenne du site (25 €), bien qu’il ne soit pas rare que certains prix grimpent jusqu’à 300 €. Même pour une culotte Tati. J.M 29


PAPIER

GANG DES PASTICHES

ILS S’INVENTENT UNE VIE, SE FONT PASSER POUR D’AUTRES, USURPENT UNE IDENTITÉ... DANS UNE SOCIÉTÉ QUI RÉCLAME TOUJOURS PLUS DE TRANSPARENCE, LES IMPOSTEURS FASCINENT. RETOUR SUR LES AFFAIRES QUI ONT MARQUÉ L’ACTUALITÉ BRETONNE. e monde des faits divers est composé de personnages multiples. Braqueurs, meurtriers, arnaqueurs, chauffards, dealers, petites frappes, cambrioleurs … Au milieu de cette liste qui fait déjà saliver Christophe Hondelatte, une catégorie suscite un attrait particulier : les imposteurs. Alors que la transparence semble devenue un idéal, les mystificateurs dénotent. Du petit mensonge au stratagème tarabiscoté, les histoires sont nombreuses et 30

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chacune d’elles, même les plus anecdotiques, nous interpelle. C’est le cas dans l’actualité bretonne où plusieurs usurpateurs ont squatté la rubrique faits div’. Faux médecin démasqué à Brest en mars dernier (pendant dix ans, cet ancien interne a exercé dans un cabinet généraliste sans diplôme), faux acupuncteur à Lorient, faux psychothérapeute à Lannion, faux contrôleur dans le TGV Paris-Rennes… Des escrocs dont on imagine l’audace et le bagou. Parmi les histoires récentes les plus

notables : celle du faux général. Le pitch ? À Pontivy, Raymond B. a dupé toutes les huiles locales en se faisant passer pour un général pendant… plus de trois ans. Avec, comme point d’orgue, son élection à la présidence de la section locale de l’Union nationale des anciens combattants (UNC). « Quand je l’ai rencontré pour la première fois, il s’est présenté comme médecin colonel des sapeurs-pompiers de Paris, me précisant qu’il passerait bientôt général. Nous lui avons donc proposé de


découvrir qu’il n’est ni général ni pompier ni médecin ni titulaire de la Légion d’honneur. « Et nous ne sommes même pas sûrs de son véritable nom…, poursuit Georges Audureau qui, avec cet épisode, a dû revenir à la présidence de l’UNC de Pontivy. On s’est fait couillonner c’est sûr, mais nous n’avions aucune raison de douter. Même le sous-préfet s’est fait avoir ! Il présentait bien, était très instruit et avait une maîtrise certaine du monde militaire... »

« De la haute voltige »

devenir membre de l’UNC », retrace Claude Le Tohic, responsable départemental du recrutement. Pendant plusieurs mois, l’homme de 69 ans fait figure d’adhérent modèle : il n’hésite pas à mettre la main à la pâte, coordonne des expositions sur la guerre 14-18, participe à toutes les cérémonies… Le tout, avec uniforme, képi 3 étoiles, Légion d’honneur et barrette de décorations sur le poitrail. « C’est ainsi qu’on a tout naturellement pensé à lui pour prendre la tête de la section. Il nous paraissait comme le meilleur candidat de par ses relations, ses connaissances et son expérience présumée. » Avant que le pot aux roses ne soit découvert après son élection en avril dernier. Alertés par quelques incohérences dans son parcours et sans retour de son livret militaire, quelques membres décident de mener l’enquête pour en savoir plus sur leur nouveau président… jusqu’à

Une histoire qui, plus de six mois après, ne fait toujours pas rire les anciens combattants, un poil vexés. À part le port illégal d’uniforme et de décorations (il a été condamné à une amende de 650 € en octobre par le tribunal de Lorient), aucun délit n’a pourtant pu lui être reproché. « Il n’a jamais cherché à profiter de la situation, que ce soit financièrement ou autre, reconnaît Bernard Le Pen, vice-président de la section locale de l’UNC. Je pense simplement qu’il trouvait ça gratifiant. S’il n’avait pas été démasqué ? Il aurait pu faire un bon président : il faut reconnaître qu’il avait la flamme… » Une affaire presque sympathique au milieu de cas parfois moins rigolos. Exemple à Rennes il y a quelques semaines. Il est 18 h 50, le mercredi 14 octobre, lorsque un couple s’installe à l’une des tables du restaurant L’Aromatik. Le repas se déroule sans incident jusqu’au moment de l’addition. « Lorsque je leur demande si cela s’est bien passé, l’homme me dit “non, pas vraiment” puis sort une carte tricolore en se présentant comme contrôleur de l’hygiène, se souvient Cynthia, l’employée. J’étais sereine car je savais qu’on n’avait rien à se reprocher. » Avant que la soirée dérape.

« Il a commencé à mettre le nez dans la cuisine, à regarder les contrats de travail, vérifier les extincteurs… », énumère Yoann, le patron du resto. Le contrôleur demande également de jeter le contenu des frigos. « Le lendemain, il est revenu pour vérifier si cela avait bien été fait et nous a présenté un avis de fermeture, avec tampon de la préfecture. » Sauf que l’homme est tout sauf assermenté. « Pendant plus de trois heures, il a tenu l’argumentation. Il connaissait tous les termes techniques. Sur le moment, on ne pouvait pas deviner que c’était un imposteur », reconnaît le restaurateur qui, face à cet excès de zèle, a commencé à douter et prévenu la police pour y voir plus clair. Arrêté, l’homme a finalement été placé en établissement psychiatrique. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. « Alors qu’il était interné, il nous a quand même appelés pour nous prévenir que notre dossier était toujours en cours et qu’on n’échapperait pas aux sanctions…, s’en amuserait presque aujourd’hui Yoann, qui reconnaît à son “contrôleur” un certain talent. C’était de la haute voltige de manipulation. » De quoi renforcer la fascination qu’exercent les mystificateurs ? Ce que pense Philippe di Folco, auteur de l’ouvrage Histoires d’imposteurs : « Ces dérèglements nous captivent parce que tout semble ronronner dans nos vies. On vit dans des sociétés qui contingentent, mettent en boîte, collent des étiquettes. Chez les imposeurs, il y a l’envie et le désir fou de s’échapper, de devenir un autre. Je trouve ça plutôt rassurant. Vous imaginez un monde où chacun serait content d’être à sa place bien sagement ? Chacun porte en soi un roman qui n’est pas écrit. » J.M 31


DOSSIER

LE RETOUR DE LA MUSCU STREET WORKOUT, CROSSFIT, TRAINING ACADEMY... LE DÉNOMINATEUR COMMUN DE CES DISCIPLINES DU MOMENT ? SE TAILLER UNE MASSE MUSCULAIRE VITE FAIT BIEN FAIT. BEUAAAAAAAAAR !

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e mail François Mitterrand à Rennes, une fin d’après-midi d’hiver. Un vilain crachin humidifie l’air et pourtant ils sont là, comme tous les jours depuis la rénovation de cette artère de la ville : les pratiquants d’une discipline baptisée street workout, littéralement “entraînement de rue”. En plus du traditionnel jardin d’enfants, de l’allée de boules et des chaises longues, c’est un mini-gymnase sur bitume qui a été installé, avec l’essentiel des appareils pour se faire pousser abdos et gros muscles : barres parallèles, poignées d’arçons, échelle, street table… Ce jour-là, ils sont trois masos volontaires : Max, Ahmed et Kevin. « Pas besoin de coach, on sait ce qu’on a à faire », souffle le premier entre deux tractions. Le trio est pratiquant d’une discipline qu’il a découverte sur Internet. Vidéos YouTube et sites spécialisés donnent la base des mouvements à enchaîner. 33


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« 1 mètre 75 pour 85 kilos : on n’est pas des bœufs » Ironiquement, ces agrès de plein air sont disposés à quelques mètres d’une salle de fitness d’un des poids lourds du genre en France, l’enseigne Amazonia. « On s’ignore, assure Max. Nous on fait que du manuel (sic), eux de l’entretien sur machines. » Depuis leurs vélos elliptiques et leurs tapis de course tournés vers la rue, les clients de la salle peuvent apercevoir ces forçats du macadam s’épuiser sur du matos qui ressemble à celui des cours de prison dans les séries US, le pyjama orange en moins. Gérard Vivès des Filles d’à côté est très, très loin…

Buffets scandinaves Un délire viril de néo-urbain, le street workout ? Que nenni : à Bais, dans la campagne vitréenne, des jeunes du coin se sont constitués en asso depuis 2013. Les membres de Breizhitters prônent la muscu nature sur les parcours santé des alentours. La culture de muscles se développe aussi en indoor. La pratique se nomme CrossFit, marque déposée dans les années 70 en Californie à l’initiative d’un ancien gymnaste de haut niveau qui a eu l’idée d’allier trois disciplines “traditionnelles” : haltérophilie, gym et endurance. « On est LE sport de la forme », résume Pierre-Yves Baudet, responsable de la “box” – c’est comme ça que ça s’appelle – de CrossFit à Brest. Ici aussi les machines sont bannies, de même que les miroirs et les écouteurs. « Les pratiquants travaillent avec un coach pendant 34

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cet ordre pour rester aussi dans la souplesse. On n’est pas des bœufs. » Ce coaching extrême a un coût : entre 60 et 70 euros par mois, près de deux fois plus que l’abonnement des séances d’une heure avec des dans une salle de fitness classique. séries de forces à réaliser : soule- Plus onéreux encore, vient d’appaver des barres, lancer des poids, raître à Rennes un concept d’un nouenchaîner les sit-ups ou simplement veau genre : la Training Academy, courir pour développer endurance duplication d’un modèle existant et cardio. » à Nantes depuis six ans. À la “box” de Rennes, ouverte depuis trois ans, ils sont 170 adhérents à « L’anti-salle de sport » se relayer par groupes de douze Pour un tarif compris entre 130 et pour suivre les cours assurés par 150 euros par mois, les adhérents Thierry Hamon. On y trouve suivent un programme commando d’anciens rugbymen bâtis comme personnalisé de ce que le respondes buffets scandinaves, des inscrits sable Thomas Gétin appelle « de au Mud Day, des Popeye torses nus la transformation physique. On est capables d’enchaîner des mouve- l’anti-salle de sport : le but n’est ments d’haltérophilie avec plus de pas de rechercher la performance 100 kilos entre les mains mais aussi mais le résultat sur le corps par de quelques débutants aux muscles la perte de graisse et du raffermissebourgeonnants. « Le crossfiteur ment musculaire ». À l’inscription, idéal, c’est 1 mètre 75 pour 85 kilos un engagement mutuel se fait sur de muscles, estime Thierry Hamon. un objectif de poids à atteindre en Faut un rapport poids-puissance de un temps donné. Sur les murs de la


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salle, s’affichent les photos avant-après de ceux qui ont réussi leur mission. Un relooking drastique sans danger, assure Thomas Gétin. « Chacun est capable de s’accomplir en visant des objectifs atteignables. » Enfin, pour ceux qui veulent allier muscu et show à l’américaine, il n’y a pas à se contenter du film Creed, nouvelle suite de Rocky, qui sort en ce début d’année. Pour la pratique, il existe toujours l’indémodable catch, dont la première école, Ouest Catch, a ouvert en BZH il y a un an, à Chevaigné. « On est une petite cinquantaine de membres mais à peine 10 % peuvent se produire actuellement sur le ring car c’est un sport de costaud, prévient Régis Bereschel, le responsable. Y a besoin de technique pour encaisser les coups, mais faut aussi faire de la viande ! » Et pour ça, rien de tel que des exercices empruntés au street workout et au CrossFit. Ben ouais, faut bien souffrir pour s’assumer en slip à paillettes et torse huilé. Régis Delanoë

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« LES CATCHEURS ÉTAIENT LÀ POUR MONTRER « Le catch d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui de la grande époque. Moi, quand j’étais sur le ring, c’était pas du chiqué. Je commençais par une manchette, et BIM ! Coup de pied dans le dos, et CRACK ! Planchette japonaise, et PAF ! On y allait pour de vrai, tous nos coups étaient portés : il fallait que ça se voit, il fallait que ça claque. Tiens, touche mes oreilles... Sont dures, hein ? J’ai dû me faire opérer deux fois à cause des combats… » Dans le jargon journalistique, JeanPierre Pouzade est ce que l’on appelle un bon client. Une gueule. Une gouaille. Et un paquet d’histoires qui ne demandent qu’à être racontées. Aujourd’hui installé à La Motte, un petit bled de 2 000 habitants tout près de Loudéac dans les Côtes d’Armor, ce retraité de 72 ans à la moustache parfaitement taillée est l’un des derniers représentants de l’âge d’or du catch français. Des années 50 jusqu’à la fin des années 70, celui que l’on surnommait Téo Popoff a fait partie des grandes stars de la discipline. Une époque révolue où le catch remplissait les salles et où ces lutteurs, alors adulés comme des footballeurs, enchaînaient les prises et contre-prises, entre deux pralines bien appuyées. « Faut dire que j’ai toujours aimé la castagne, se souvient Popoff, qui a grandi en région parisienne. J’étais du genre turbulent à l’école, même si je n’y suis pas resté longtemps : à 11 ans, je me suis fait renvoyer parce

que j’avais balancé mon encrier en plein dans la tronche du maître. Avant de me faire définitivement virer à 13 ans. Comment ? Ma voisine de classe me faisait une gentillesse sous le bureau en jouant avec mon yoyo… »

« Le public m’insultait » S’il commence à bosser à l’âge de 14 ans comme couvreur, c’est sur les terrains de foot qu’il se fait recruter comme apprenti catcheur. « Au football, j’étais meilleur pour donner des coups de pied dans les chevilles que pour marquer des buts. C’est là que quelqu’un m’a dit : “Si t’aimes bien te battre, va donc faire un tour au club de catch à Villeneuve-Saint-Georges.” J’ai tout de suite été émerveillé par ce nouveau monde. » En cachette de sa mère et de son beau-père, il va se passionner pour cette discipline à la fois sport et

« Tiens, touche mes oreilles... Elles sont dures, hein ?» 36

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spectacle. Au Cirque d’Hiver et à l’Élysée-Montmartre, il y découvre les cadors (Le Bourreau de Béthune, L’Ange Blanc, Le Petit Prince…) dont il décortique et analyse chaque mouvement. Sur les rings d’entraînement, il y apprend un certain respect de l’autorité, se forge une musculature, et répète ses enchaînements de prises et de chutes telle une chorégraphie savamment calculée. Avant son premier match officiel lors d’un gala en 1959. Popoff a alors 17 ans et va rapidement endosser un rôle qui ne le quittera pas : celui du méchant. « J’adorais voir le public m’insulter. J’étais là pour faire les sales coups. Les gens me traitaient de salopard… Et moi j’en remettais une couche en les haranguant ! » Si à cette époque les catcheurs combattent simplement en slip (« on était là pour montrer nos biscotos. Rien à voir avec les costumes fluo que portent les jeunes aujourd’hui… »), Popoff soigne néanmoins son look. Cheveux longs, bacchantes tombantes et, pour faire son entrée sur le ring,


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LEURS BISCOTOS »

une longue cape jaune ornée d’une tête de hibou « réalisée par le tailleur du général de Gaulle en personne ». Un goût pour le show qui va le mener à La Foire du Trône où il intègre la baraque de lutte Jackson, une des plus réputées. « Le public payait pour assister à un combat entre un vrai lutteur et un spectateur pris dans la foule. Sauf que bien sûr, tout cela était faux. Les bagarres étaient arrangées. Mais Jackson avait un talent fou pour faire monter la mayonnaise et les gens y croyaient. » Popoff y devient l’une des vedettes et y gagne sa croûte entre deux galas de catch. Des galas qui, à partir du milieu des années 70, vont se faire de plus en plus rares. « Le rugby et le foot sont passés par là… », constate-t-il froidement, avant de se diriger, vêtu d’un body noir et d’un gilet péruvien, dans le fond de son jardin où sa barre d’haltères l’attend. « Je m’entraîne tous les jours. Dehors quand il fait beau, et dans le garage quand ça caille. Bon, je te fais une démonstration ? » Julien Marchand 37


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« J’AI OUVERT LE PREMIER SEX-SHOP DE BRETAGNE »

IL Y A 40 ANS, YVES VAULÉE SE LANÇAIT DANS UN COMMERCE INÉDIT DANS LA RÉGION. À LORIENT, CET ANCIEN CUISTOT INAUGURAIT « HARMONIE », LE TOUT PREMIER SEX-SHOP BRETON. UNE ÉPOQUE PROPICE, EN PLEIN ÂGE D’OR DU X FRANÇAIS. lashback. Nous sommes en 1976. Valéry Giscard d’Estaing vient de fêter ses deux premières années à l’Élysée, le Concorde effectue son premier vol commercial, Taxi Driver remporte la Palme d’or, Michel Platini honore sa première sélection chez les Bleus et Daddy Cool de Boney M tourne en boucle sur nos transistors. She’s crazy like a fool : je crois qu’on peut 38

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le dire, cette France des années 70 est assez dingue. Un pays qui bouge économiquement, socialement, mais aussi sexuellement : émancipation féminine, assouplissement des mœurs et libération des pratiques sexuelles. Dans la continuité des avancées portées par cette révolution des corps, un nouveau type de boutiques s’apprête à faire son apparition dans nos rues : les sex-shops.

Après plusieurs décennies d’illégalité et de ventes déguisées (les fameux masseurs de joue des catalogues La Redoute), le contexte apparaît désormais favorable à l’éclosion de ces échoppes qui, depuis la fin des années 60, commencent à se développer à Paris et dans les grandes villes françaises (lire par ailleurs page 40). En plein cœur de ces seventies bouillonnantes, la Bretagne va elle


aussi sauter le pas. Tel le Pablo Escobar du néon rose clignotant, Yves Vaulée va inscrire son nom en tête du panthéon des dealers bretons de godemichets. Une histoire qui a commencé presque par hasard. « Dans les années 70, j’étais cuistot à Nantes. En revenant de l’armée, j’y avais atterri comme chef de cuisine dans une maison qui s’appelait Les Cadets de Gascogne. C’était un resto où on avait l’habitude d’accueillir des mecs du “milieu” qui venaient manger en pleine nuit et jouer au poker. » Dans cette troupe d’affreux jojos, se côtoient des anciens patrons de bordels officiellement rangés des voitures, des tenanciers d’établissements nocturnes, des petites mains… « Un soir à 2 h du matin, le chef de la bande, un Corse, vient me voir dans ma cuisine et me demande combien je gagne. Je lui réponds et là il me dit avec son accent : ça te dirait pas de te faire des couilles en or ? Forcément, je dis oui. » Dès le lendemain, avec l’accord de son patron, lui aussi dans l’affaire, Yves se voit proposer de devenir le cinquième associé d’un nouveau sex-shop. La clique souhaite l’implanter en Bretagne, encore vierge de ces enseignes. « Cela faisait quelques années qu’ils étaient dans ce business. Ils en avaient déjà à Bordeaux, Toulouse, Perpignan… Je ne savais pas ce que c’était mais, comme ça avait l’air de marcher, je me suis lancé. » Alors âgé de 39 ans, Yves décide donc de laisser tomber ses casseroles et implante la future affaire à Lorient. Un pas de porte est trouvé rue du Maréchal Foch, l’une des artères lorientaises les plus commerçantes à l’époque, « chez un ancien photographe, entre une cordonnerie et une quincaillerie ». Baptisée Harmonie, la boutique ouvre en février 1976 et accueille les premiers curieux intrigués par le rideau à pompons en guise de porte d’entrée. « C’était nouveau pour tout le monde. Il y avait 39


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« Parmi les fidèles, un client de 84 ans qui avait ses habitudes » donc une curiosité à venir voir ce que c’était », situe Yves qui, durant l’année l’ouverture, rachète les parts de ses associés pour devenir le seul propriétaire. Un investissement qu’il ne regrettera pas. S’il se fait une clientèle en proposant des produits et gadgets introuvables ailleurs (« à Lorient, il n’y avait que chez moi qu’on pouvait acheter des poupées gonflables »), c’est grâce aux films qu’il va véritablement gagner sa croûte, « trois à quatre fois plus que lorsque j’étais cuisinier ». Car en cette moitié des années 70, la France nage en plein âge d’or du X. Une époque révolue où les films érotiques étaient projetés dans des cinémas traditionnels, où Emmanuelle attirait près de neuf millions de spectateurs et où Exhibition de Jean-François Davy était sélectionné pour le Festival de Cannes. Un temps échu où le porno était perçu comme

un symbole de liberté par ses protagonistes, autant capable de briser des tabous sociétaux que de proposer des œuvres artistiques aux scénarios les plus fous (comme dans Le Sexe qui parle où le vagin de Pénélope Lamour se met à lui faire la conversation).

Super 8 et VHS Jusqu’au vote de la loi X en décembre 75 qui fait de ces productions des films à part (TVA majorée, absence de subventions publiques...). Une régulation qui va avoir la peau des cinémas spécialisés (entre 1975 et 1981, leur nombre chute de 200 à 72), au profit des sexshops qui récupèrent le filon. Dès son ouverture, Harmonie dispose donc d’une salle de projection de douze places. « On avait un film à l’affiche par semaine. On le faisait tourner toute la journée. C’était 10 francs la séance. » En complément, cinq

« SOUS LE MANTEAU » DR

Baptiste Coulmont, sociologue à l’Université de Paris 8 et auteur de l’ouvrage Sex-shops, une histoire française. Avant l’ouverture des sex-shops, où pouvait-on se procurer des articles érotiques ou pornographiques ? À partir des années 1920, il existe des librairies libertines qui, en plus des ouvrages, commercialisent quelques produits et gadgets. Il y a aussi beaucoup de ventes par correspondance, que ce soit par des vendeurs spécialisés (basés à l’étranger le plus souvent) ou par 40

des entreprises comme La Redoute qui proposent des vibromasseurs en les camouflant sous d’autres noms. Ces articles étant considérés comme des outrages aux bonnes mœurs, il y a enfin du commerce clandestin de la part de particuliers, de kiosquiers et de boutiques de lingerie. La vente se fait alors sous le manteau.

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cabines individuelles sont proposées. Ici, pas de longs-métrages mais des films en super 8. « Là, je facturais au quart d’heure : 5 balles. Et c’était plein : à 1 h du matin, j’étais obligé de faire sortir les clients… » Avant que ne déboule le format VHS à la toute fin des années 70. La grande époque pour Yves qui fait tourner sa boutique 365 jours par an. « Les cassettes étaient relativement chères, aux alentours de 300 francs (environ 45 €, ndlr), mais on en vendait

Ces ventes clandestines durent-elles longtemps ? À partir de 1972, on voit des décisions de justice qui concluent que ces objets ne posent pas de problème en eux-mêmes. Comment sont nés les premiers sex-shops ? À l’origine, il s’agit souvent de personnes qui tenaient des librairies érotiques. Elles se sont rendu compte que vendre des articles pornographiques était intéressant financièrement. Ça a aussi été le cas pour de nombreux vendeurs de souvenirs.

Quand on imagine les sexshops de la première heure, on pense à des lieux ouverts, avec un public mixte. Est-ce une vision fantasmée ? C’était le cas au tout début, avant que ces magasins n’installent des cabines de projection suite au vote de la loi X. À partir de ce moment-là, les sex-shops deviennent des lieux de consommation sexuelle et vont faire l’objet de nombreuses régulations : entrée interdite aux mineurs, vitrine opacifiée… Tout cela a transformé ces commerces en des boutiques telles qu’on les connaît aujourd’hui.


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énormément. » Le boss de l’Harmonie – renommée plus tard Love Love – peut alors compter sur une clientèle fidèle (« les habitués passaient en moyenne une fois par semaine. Et certains sont restés jusque la fin, comme ce monsieur de 84 ans qui avait ses petites habitudes ») et des commandes XXL (« j’avais un patron pêcheur qui, plusieurs fois dans l’année, venait m’acheter un stock de cassettes. Quand il partait en mer pendant plus d’un mois, il fallait bien calmer ses gars à bord le soir... »). Durant toutes ces années, Yves Vaulée verra des concurrents s’installer dans la région. Certains se casseront la gueule, d’autres résisteront, à l’image de l’Harmonie qui tiendra jusqu’en juillet 2013. « Internet a changé la donne. L’arrivée de grandes surfaces comme les Dorcel Store ne nous a pas non plus fait du bien. Disons qu’après 37 années d’activités, c’était le moment d’arrêter », estime le bonhomme, aujourd’hui âgé de 78 ans, pour qui les heures des sex-shops à l’ancienne sont désormais comptées. « D’ici quelques temps, je pense qu’il n’y en aura plus. Beaucoup ont déjà fermé. » Le moment sera alors venu pour chacun de ressortir ses catalogues La Redoute. Julien Marchand 41


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SOLEIL LEVANT

VU AUX BARS EN TRANS, LE GROUPE PARISIEN BON VOYAGE ORGANISATION REVIENT PROCHAINEMENT EN BZH. AVEC UN TOBLERONE ACHETÉ AU DUTY FREE, SOYEZ PRÊT POUR L’EMBARQUEMENT VERS UNE MUSIQUE BAROQUE ET BARRÉE.

e l’aveu même d’Adrien Durand, fondateur et leader de Bon Voyage Organisation (BVO), le groupe a bénéficié ces derniers temps du coup de pouce salutaire des potes de La Femme pour entrevoir la lumière. De l’entraide amicale plus que du piston. « On a fait des premières parties pour eux il y a deux ans par l’intermédiaire d’amis communs. Depuis on est resté proche, signant sur leur label, Les Disques pointus. Et puis ça m’a ouvert les yeux sur la manière dont je voulais m’engager dans la musique. » Une source d’inspiration pour atteindre le difficile équilibre entre exigence musicale et hédonisme. « Quand faut jouer, ça ne rigole pas. Je suis intransigeant vis-à-vis de ce qu’on produit, ne serait-ce que par respect pour ceux qui nous écoutent et viennent nous voir. Mais en même temps, je revendique un côté second degré dans un monde – l’industrie de la musique – qui a tendance à manquer de recul. J’ai déjà eu affaire à 42

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des pros de la musique, les mecs se prennent tellement au sérieux que c’en est comique. On va pas changer le monde, on n’est pas en train d’écrire une thèse, ça va… Nous on ne gagne pas d’argent avec BVO, en tout cas pas pour l’instant. Notre ambition c’est de créer des endroits d’évasion le temps d’un morceau, d’un album ou d’un concert. Si on y arrive c’est déjà très bien. » L’originalité est effectivement présente, à tel point qu’il est difficile de classer ou de définir BVO : pas mal de funk seventies, du disco de la même époque, d’habillages sonores à la Gainsbourg, des claviers, un soupçon de rock, une tendance à l’orientalisme moins marquée que ne le laisse penser l’esthétique 100 % Chine maoïste du dernier EP, Xingye, dont l’on vous conseille prioritairement l’écoute des deux tubes Love Soup et Shenzhen V. « BVO, c’est un peu tous ces styles oui, acquiesce Adrien. Mais si tu veux, c’est autant Ornette Coleman que Gold. Pourquoi faudrait-il qu’un truc très fouillé musicalement

soit forcément intellectuel et destiné à une élite ? La chanson Babacar de France Gall, elle est du bassiste de Magma. Talking Heads avait beaucoup d’humour quand tu grattes le vernis, Kraftwerk aussi. Une de mes références non musicales c’est Dali. Le gars te pondait des trucs métaphysiques hyper pensés mais en même temps qu’est-ce qu’il peignait au juste ? Des montres molles et des bites. » L’un des grands desseins de ce sextuor parisien serait de pouvoir un jour faire la B.O d’un film, sa musique très cinématographique se prêtant bien à l’exercice. « Les ambiances de science-fiction à la Dune ou Blade Runner, c’est totalement trippant. Je suis un grand fan aussi de Ben Burtt, le designer sonore des Star Wars. Le mec, il a quand même défini les bruits de l’espace. Si les lasers font "schwiiing shwooong" aujourd’hui, c’est grâce à lui. Quel génie ! » Régis Delanoë Le 26 février à La Route du Rock à St-Malo Le 27 mars à Panoramas à Morlaix


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Visions Particulières


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QUE LA MAYER GAGNE POUR ALLER DE SON LORIENT NATAL À RENNES OÙ ELLE VIT ACTUELLEMENT, LA FOLKEUSE MARION MAYER EST PASSÉE PAR LA CALIFORNIE. PAS LE CHEMIN LE PLUS COURT MAIS LE PLUS INITIATIQUE.

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glers puis Arthur H cet automne, pour y défendre son deuxième EP, Together Alone, dispo depuis novembre. Quatre morceaux dans la pure tradition folk qui s’ajoutent aux cinq du premier mini-album. « J’en ai d’autres que j’expérimente sur scène. L’idée sera de les enregistrer, peut-être dès cette année. Il va falloir aller chercher un label si possible, des subventions… » Elle souffle. On est loin de la rêverie californienne mais il faut bien passer par là pour transformer le rêve en métier.

« Je passe intermittente. La période est excitante. Je vais aussi continuer à accompagner mes potes du groupe The Same Old Band (euxaussi lorientais, ndlr), dont le nouvel album est en mixage. Pour ma carrière solo, il y a matière à inspiration avec une nouvelle scène qui émerge : les Kevin Morby, Courtney Barnett, Angel Olsen… » Héritiers d’un style musical indémodable dont elle compte bien rejoindre la joyeuse troupe. Le 29 janvier au Galion à Lorient

Chris Taylor

l y a un avant et un après mon séjour en Californie. Ça a été une révélation. » Ainsi parle Marion Mayer de son périple d’un mois effectué seule avec son sac à dos sur la côte pacifique américaine en septembre 2013. L’avantvoyage de la jeune Lorientaise de 23 ans est celui d’une passionnée de folk qui rêve de marcher sur les pas des grands du genre. « Neil Young, Jackson Browne, Nick Drake, Cat Stevens que ma maman m’a fait découvrir quand j’étais enfant… J’ai toujours été attirée par cette musique dépouillée et intemporelle des grands espaces. » À 7 ans elle apprend la guitare et le chant, à 14 elle fait ses premières scènes. Se fait un petit nom jusqu’à ce pèlerinage sur les terres de ses idoles. « Là-bas, j’ai pu suivre Angus Stone et ses musiciens en enregistrement. Ça a confirmé mon désir de poursuivre dans cette voie. » L’après-voyage est celui de la concrétisation avec la sortie d’un premier EP, Leave. Depuis, s’enchaînent les concerts, qu’elle assure seule ou en trio accompagné du batteur Romain Baousson (Wankin’ Noodles) et de Bastien Bruneau-Larche (Madcaps). Mi-acoustique, mi-électrique. La néo-Rennaise apprend le métier au contact d’artistes dont elle assure la première partie : The Stran-


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JE VOUS DEMANDE DE CONTINUER

UN NOM DES NINETIES, UN SON DES EIGHTIES, UNE HYPE ACTUELLE : DITES BONJOUR À BALLADUR. D’abord potes d’études, Romain et Amédée ont lancé Balladur voici trois ans, chez eux à Villeurbanne, en banlieue lyonnaise. « Un projet à deux où on se complète bien : Romain amenant sa sensibilité un peu plus pop sixties, moi l’influence new wave et des trucs un peu barrés », présente Amédée. Le tout donne un son à mi-chemin entre le shoegaze et l’indus, avec parfois une pointe de dub. « Le crédo c’est : se faire plaisir ! On n’est pas dans le calcul. Là par exemple on travaille sur le prochain album et on y met des rythmiques africaines issues du coupé-décalé… » Les deux loustics, signés sur le label parisien Le Turc Mécanique, assument leur côté toc-toc hors des modes. « Ce nom déjà, Balladur, c’est un délire. On a juste trouvé que ça collait bien à l’esthétique du truc. De même qu’on a trouvé naturel de sortir le premier EP sur cassette. » Le second, intitulé Plage Noire Plage Blanche, est sorti sur le plus conventionnel format vinyle. « Et le troisième est déjà dans les clous. C’est bien, ça bouge, on a déjà quelques dates calées pour les mois à venir. Avec nos autres projets parallèles en plus, on devrait être bien occupé. » Plus que le vieillissant candidat perdant des présidentielles de 95 dont ils rendent hommage. Le 21 janvier à Astropolis à Brest 45


Abdelwaheb Didi

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UN THÉÂTRE NOMMÉ DÉSIR PRÉSÉLECTIONNÉE AUX CÉSARS 2016, LA COSTARMORICAINE LENA PAUGAM FAIT ÉGALEMENT PARTIE DES TALENTS ÉMERGENTS DU THÉÂTRE CONTEMPORAIN. UNE METTEUR EN SCÈNE QUI A FAIT DU DÉSIR L’OBJET DE SES DERNIÈRES CRÉATIONS uestion, chez vous un indice, je suis… top ! : Je suis un effort de réduction d’une tension issue d’un sentiment de manque et considéré comme positif lorsque je tends vers une source de plaisir ou de contentement. Noir pour un célèbre groupe de rock bordelais. Mes synonymes sont l’envie, le souhait… je suis, je suis ? Le désir ! Si Lena Paugam s’était retrouvée face à Julien Lepers (salut l’artiste...), nul doute qu’elle aurait su trouver la bonne réponse et 46

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empocher la dernière encyclopédie Larousse. Que ce soit au théâtre ou au cinéma, cette jeune femme de 29 ans, qui a grandi entre SaintBrieuc, Rennes et Paris, a choisi le désir comme fil rouge créatif. Fondatrice de la compagnie Lyncéus, qui depuis deux étés investit Binic pour un festival, la metteur en scène s’apprête à boucler son cycle de création sur “la crise du désir”. Actuellement avec sa pièce Et, dans le regard, la tristesse d’un paysage de nuit (d’après Les Yeux bleus cheveux noirs de Marguerite Duras), puis prochaine-

ment avec Au Point mort d’un désir brûlant, actuellement en création. « Je m’intéresse au désir au sens du désir d’être, comme le moteur de l’existence. Le désir est un moyen de connaissance où on se cherche soi-même », explique cette fan de Godard qui, depuis toute petite, a toujours eu envie d’être réalisatrice ou metteur en scène. « Produire des effets esthétiques à travers la composition d’une œuvre : la fabrique m’a toujours intéressée. » Passée par le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, cette femme de théâtre a par


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ailleurs mis un pied au cinéma l’an passé en interprétant le rôle d’Elisabeth dans le dernier film de Philippe Garrel, L'Ombre des femmes, aux côtés de Clotilde Courau. Une prestation qui a permis à Lena Paugam d’être présélectionnée dans la catégorie révélations des Césars 2016. De quoi lui donner envie de poursuivre l’aventure cinématographique ? « Tout dépend de la personne avec qui je travaille, il faut que cela ait du sens. Comme c’était le cas avec Garrel : il fallait saisir cette opportunité de travailler avec un maître du cinéma comme lui. Il a une méthode de travail remarquable, c’est un artisan. Pendant six mois, nous avons répété et répété chaque scène, avant de les enregistrer en une seule prise. À force de répétition, on se les était appropriées. Un peu comme au théâtre quand la distance entre la réalité et la scène s’annihile. » J.M Et, dans le regard, la tristesse d’un paysage de nuit : du 19 au 22 janvier à La Passerelle à St-Brieuc Laisse la jeunesse tranquille : les 10 et 11 mars à la Maison du Théâtre à Brest 47


VTS

L’EXPOSITION « BOIRE» AUX CHAMPS LIBRES À RENNES, QUI SE DÉROULE JUSQU’AU 30 AVRIL, TRAITE NOTAMMENT DU RAPPORT SI PARTICULIER ENTRE LA BOISSON ET LES GRANDS PEINTRES. DE L’AMOUR DE LA BOUTEILLE À LA REPRÉSENTATION DE L’ALCOOL DANS LEURS ŒUVRES : ON A DISCUTÉ DU SUJET AVEC FRÉDÉRIQUE DESBUISSONS, MAÎTRE DE CONFÉRENCES EN HISTOIRE DE L’ART. YEC’HED MAT !

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Frédérique Desbuissons, directrice de l’étude La création ivre : l’alcool, moteur, motif et métaphore artistique.

L’ivresse est-elle un thème récurrent en peinture ? Avant la Renaissance, les termes d’ivresse ou d’alcool n’existent pas et leurs représentations encore moins. On est dans une société sous forte emprise de morale chrétienne… Après en revanche, c’est effectivement un thème qui traverse les époques. Existe-t-il des peintres qui ont bâti leur œuvre sur ce seul thème ? Ils sont peu nombreux. Le premier connu est Alexis Grimou (16781733), réputé pour posséder une œuvre très marquée par la figure de Bacchus (le dieu du vin dans la mythologie romaine, ndlr). Et des artistes atteignant l’ivresse pour peindre ? Francis Bacon, aux problèmes d’alcoolisme incontestables, a toujours dit qu’on ne pouvait pas peindre saoul. Il peignait lors de ses moments 48

janvier-février-mars 2016 #25

de sobriété. Pareil pour Jackson Pollock ou d’autres peintres plus anciens portés sur la bouteille. On peut créer sous l’emprise de drogues telle que la marijuana mais pas sous état d’ivresse. Ou alors le résultat s’en ressent ! Y a-t-il une évolution de la représentation de l’ivresse en peinture ? Jusque la fin du 17e siècle on est dans une image encore majoritairement dégradée de l’ivresse, mère de tous les vices. Être saoul conduit à être lubrique et violent. Ça fait partie d’un tout à éviter : la sexualité, la gourmandise, le plaisir, l’appétit corporel. En parallèle et paradoxalement, à cette même époque on a aussi une image pieuse et mystique du vin de l’eucharistie dans les très nombreuses œuvres mettant en image les textes bibliques. Qu’en est-il de l’époque des Lumières ? Au 18e siècle apparaît la représentation du vin dans un sens positif. On est dans une société plus libérée de la morale chrétienne, du moins chez les élites dont font partie les peintres. L’ivresse accompagne les plaisirs de la chair, la culture de la table et du bien boire.

Et l’après-Révolution ? La représentation de la boisson se scinde en deux. D’un côté, c’est le loisir des élites : le champagne dans les maisons closes, la bière des cafés chics… Mais c’est aussi le vice des classes populaires auquel les peintres commencent à s’intéresser. Apparaît l’image très politisée de l’ivrogne : c’est le mépris du peuple qui est peint et la peur d’une société qui change. Le débit de boissons, c’est le lieu de politisation des petites gens. Dénoncer ses clients n’a rien d’anodin… L’art a-t-il été utilisé pour faire passer des messages alertant sur les méfaits de la consommation abusive d’alcool ? Oui à partir du milieu du 19e siècle et le développement de la médecine moderne, quand l’alcoolisme devient une maladie considérée comme telle. Peintures et illustrations ont pu servir d’instruments de propagande à la Santé publique dans sa lutte antialcoolique menée à partir de la troisième République. Conférence de Frédérique Desbuissons au FRAC à Rennes le 26 janvier dans le cadre de l’exposition Boire.


LE CHRIST AUX NOCES DE CANA DE QUENTIN VARIN (ENTRE 1618 ET 1620, MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE RENNES)

LA MUSE VERTE D’ALBERT MAIGNAN (1895, MUSÉE DES BEAUX-ARTS D’AMIENS, ACTUELLEMENT À L’EXPOSITION BOIRE) L’absinthe est un incontournable du 19e siècle. D’abord consommée dans les milieux ouvriers, cette liqueur à 72° gagne l’ensemble de la population et notamment les milieux artistiques où elle fait des ravages jusqu’à son interdiction en 1915. De Manet à Picasso en passant par Van Gogh, tous les peintres de l’époque ont peint autant que bu la “muse verte”.

Claude Gheerbrant - Musée de Picardie

Jean-Manuel Salingue - MBA Rennes

Dans une société longtemps étouffée par la morale chrétienne, l’ivresse n’a eu que peu de résonance dans la sphère artistique. « Jusqu’à la Renaissance, sa seule représentation autorisée en tant que vision positive était pour des scènes bibliques, avec la forte fonction du vin et de la vigne dans les évangiles. »

LES LOUPS DE MER D’ACHILLE GRANCHI-TAYLOR (1887, MUSÉE DES JACOBINS À MORLAIX)

Musée des Jacobins de Morlaix

« Le rapport entre l’ivresse et la congrégation des marins remonte à la figure antique de Dionysos. Ne dit-on d’ailleurs pas “ça tangue” quand on est saoul ? De plus, c’est par les ports qu’arrivaient les produits tels que le tabac et le rhum. » Résultat : la représentation artistique de ce milieu socio-professionnel est empreinte de cette tradition, notamment chez les peintres bretons. Parmi les autres œuvres notables : Les Matelots Ivres de Jean-Émile Laboureur. Sacrés marins.

Le 19e siècle est celui de l’entrée des artistes dans les cafés populaires, à la rencontre des oubliés de la société industrielle naissante. « Les consommateurs sont souvent empreints d’une sorte de rêverie songeuse, les yeux dans le vague. Traduction facile : l’alcool rend improductif. Un héritage éminemment chrétien. »

Musée des beaux-arts de Quimper

LES INCOMPRIS D’ANDRÉ DEVAMBEZ (1904, MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE QUIMPER)

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AGENDA

Steve Gullick

Gregg Bréhin

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Agathe Poupeney

RECOMMANDE

ESB

PIXEL

VON PARIAHS

ROUTE DU ROCK

Anciennement nommé Elektronische Staubband, ESB est le projet commun de Yann Tiersen et de ses nouveaux meilleurs potes de création, Thomas Poli et Lionel Laquerrière. Du krautrock très marqué seventies (Neu!, Can, Cluster, etc.), resté dans les mémoires de la Route du Rock hiver 2012. Quatre ans après, l’histoire redémarre.

Du hip-hop à la sauce Tron. Imaginée par le chorégraphe Mourad Merzouki, Pixel joue avec les arts numériques et dispose les danseurs dans un décor pixellisé en mouvement qui s’adapte à leur rythme. Comme dit Benicio Del Toro dans Las Vegas Parano, « t’en as trop pris mon vieux, trop pris trop pris ! ».

Un cœur qui bat, un nez qui flaire, une décision qui tombe : Von Pariahs déboite dans catégorie rock vénère. Le premier album des Nantais puait déjà l’évidence, le second, Geniune feelings, prévu pour le 5 février, doit permettre de transformer l’essai, comme on dit dans l’ovalie. Et la tournée qui va avec.

La collection hiver du festival malouin en est déjà à sa 11e édition et se décline désormais avec un before à Rennes les mercredi et jeudi (Les Gordon, Here We Go Magic…), avant le traditionnel raout à La Nouvelle Vague vendredi et samedi. Au programme : Villagers, Blanck Mass, Hookworms (photo)...

Le 11 mars au 1988 Club, le 12 mars au Novomax, le 31 mars à L’Échonova

À Saint-Malo et Rennes Du 24 au 28 février

P. Savoir

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Benjamin Henon

Les 4 et 5 mars au Théâtre de Lorient En avril au Théâtre de Cornouaille

Daarwin

Le 21 janvier à La Carène à Brest Le 4 mars aux Embellies à Rennes

ALINE

URBAINES

CLÉA VINCENT

FUMIERS

« Et j’ai crié, criééé eh ! Aline, pour qu’ils reviennent ! » Vœu exaucé : le groupe marseillais fait son retour dans le coin en ce début d’année 2016 pour y défendre La Vie Électrique, deuxième album paru il y a quelques mois. Ça fait zizir, comme disent les ringards.

Le festival rennais des cultures urbaines est du genre gros squatteur. Au menu, quasi un mois d’événements qui dépotent : des concerts – Vald (photo), Lago, Anthony Parasole… – , des ateliers, de la danse, du ciné, des expos… Du lourd, du très très lourd, n’est-ce pas Michel ?

L’hiver ça meule, il fait nuit tôt, t’es enrubé, t’es clairement en manque de sommeil. Pour sortir de l’hibernation, il y Cléa Vincent et sa musique toute mimi vintage d’inspiration Salut les copains. Aaah, vivement le retour des merguez et des Quechua.

Parmi les épisodes mythiques de la non moins mythique émission Strip-tease, il y a Fumiers !, docu dans lequel une vieille carne acariâtre et crassouse se frite avec ses voisins bourges. L’histoire a été adaptée au théâtre et promet beaucoup, évidemment.

À L’Ubu à Rennes Le 24 février

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À Rennes (Antipode, Triangle...) Du 11 février au 6 mars

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À Panoramas à Morlaix Le 27 mars

Du 29 janv. au 13 fév. au Quartz à Brest Du 1er au 5 mars au TNB à Rennes


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