Samedi 3 décembre2011 Bibliothèque d'Agglomération de Saint-Omer INCORRIGIBLES LECTEURS
POUR CETTE SÉANCE DU CLUB SUR L’HUMOUR NOIR, NOTRE DICTAPHONE A APPAREMMENT SOUHAITÉ PARTICIPER PUISQU’IL S’EST ARRÊTÉ AU BOUT DE… QUATRE MINUTES, ALORS QUE LA RENCONTRE A DURÉ … DEUX HEURES !
DE CE FAIT, LE COMPTE RENDU SERA PLUS COURT QU’À L’ACCOUTUMÉ, CE QUI NE REFLÈTE EN RIEN LA RICHESSE DES ÉCHANGES DE CETTE APRÈS-MIDI.
Nous débutons cette séance avec deux ouvrages de JEAN TEULÉ, LE MAGASIN DES SUICIDES où l’auteur semble faire le procès du pessimisme. C’est un roman amusant qui a divisé nos lecteurs sur la vraie signification de la dernière phrase du livre… A vous de juger !
Dès les premières pages, on a envie de jeter le livre. Que penser d’une histoire totalement abracadabrante qui nous parle d’un magasin où est vendue toute la logistique du suicide ! et de leurs tenanciers, qui ont adopté le visage de l’emploi. Si les parents font l’éloge de la tristesse , rentrent dans le jeu des désespérés et ont élevé leurs enfants dans cette ambiance, les enfants sont devenus de complets névrosés. Heureusement qu’il y a Alan, le 3°, un boute-en train qui révolutionne le magasin et la famille. Le livre est court, on fait donc l’effort d’aller au bout de cette histoire et forcément il y a la chute qui nous réconcilie avec l’auteur. Il s’agit bien ici d’humour noir et, peutêtre, une façon pour l’auteur de mettre les Cassandre au pied du mur. C’est à cause des derniers mots du texte que j’ai adhéré à cette histoire qui n’est pas forcément si abracadabrante qu’elle paraît. Mme Fillebeen
Un roman tout à fait à sa place dans la sélection retenue. L’idée est originale, avec une inversion des valeurs, l’une des caractéristiques propres à l’humour noir : dans ce magasin, on ne dit pas « bonjour », mais « mauvais jour » et non pas « au revoir » mais « adieu ». La devise : si vous avez raté votre vie, avec nous vous réussirez votre mort. Tout un programme ! Les clients sont bien conseillés, comme on le ferait dans n’importe quel commerce. C’est un univers où le noir est de mise, les mauvaises nouvelles accueillies avec soulagement, où toute joie est bannie. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour la réussite de ce roman, et cependant, on reste sur sa faim(fin). La mayonnaise ne prend pas. La conclusion (heureuse) ne nous arrache pas le moindre sourire. Ce qu’il lui manque ? De nous faire rire, justement (même jaune). On reste dans le macabre du début à la fin. Et c’est bien là la pierre d’achoppement. On sait combien il est beaucoup plus difficile de faire rire que d’émouvoir, mais c’est tout l’art de l’écrivain, de réussir ce pari avec un sujet qui ne s’y prête guère. Et on imagine ce que Woody Allen en aurait tiré. Pour le coup c’est raté. Dommage. M. Wintrebert
Le livre n’est amusant que dans sa première partie où il y a des trouvailles ! Mme Demeocq
Le deuxième, LES LOIS DE LA GRAVITÉ, semble bien moins intéressant que le précédent. Sorte de roman policier à l’envers, il est surprenant au départ mais finalement l’histoire reste assez décevante.
Huis-clos étouffant où l’on voit se désagréger le policier qui part dans des raisonnements abracadabrants pour ne pas notifier les aveux de la femme. Grande théâtralité dans ce roman où l’on frôle très souvent l’ubuesque. J’ai beaucoup aimé cet affrontement entre ces deux personnages. Une maladresse cependant, le policier à bout de forces, finit par placer la femme en cellule avec d’autres prisonniers pour lui faire intégrer l’idée carcérale, avec toute sa violence. Pour moi, c’était inutile. Mme Bertin
L’intérêt du début du livre : une femme s’accusant d’un meurtre et un inspecteur voulant absolument l’en dissuader s’émousse rapidement dans l’exagération et le ridicule. Ce policier boit une étrange mixture à base d’éther, d’alcool à 90° et de cachets vétérinaires contenue dans un flacon à l’effigie de la Vierge Marie. Ces délinquants à qui le policier fait porter des casques de moto pour qu’ils ne se blessent pas en se claquant la tête sur les murs de la cellule ainsi que d’autres situations tout aussi loufoques. Ce côté absurde nuit à la crédibilité de l’histoire. Mme Bara
Une femme désespérée arrive dans un commissariat pour s’accuser du meurtre de son mari, dix années auparavant. Elle s’oppose au lieutenant de police qui refuse de prendre sa déposition et essaie de la convaincre de ne rien dire. De là s’ensuit une querelle entre les deux protagonistes dans laquelle chacun affirme son point de vue. Après avoir admis cette situation paradoxale, l’histoire se déroule sans grandes surprises et sans rebondissement particulier. Un livre agréable à lire qui ne révolutionne pas le roman policier, ni le roman humoristique même noir. Mme Fillebeen
On trouve une vraie joie de rire dans les deux ouvrages suivants, qui même s’ils ne sont pas de la « grande littérature », auront fait passer un moment plus qu’agréable à nos lecteurs : Dans VOUS PLAISANTEZ MR TANNER DE JEAN-PAUL DUBOIS, les déboires du personnage principal s’accumulent, et même si cela semble exagéré parfois, tout le monde a déjà connu ce genre de mésaventures. En espérant qu’aucun artisan du bâtiment n’ait lu cet ouvrage !
Tout paraît excessif dans cette description de l’artisanat, mais malheureusement, ayant acheté moi-même une grande maison à une époque, j’ai été confronté à ce genre de désagréments Mme Melmiesse Roman très drôle, se lit très vite comme une vraie comédie. Sans doute y at-il là dessous du vécu ! Mais j’ai pensé qu’il était quand même un peu exagéré de collectionner tous ces incapables pour des travaux de réfection d’une maison. Mme Bara
L’impression finale est celle d’avoir passé un moment de détente grâce à un récit qui sonne juste et humoristique. Plus on avance dans le livre, plus l’invraisemblable grandit et pourtant on marche, peut-être parce qu’on s’identifie à l’auteur. Son écriture est grinçante, rapide, décapante. Qu’en pense la profession ? Beaucoup de tendresse aussi. Les chapitres sont courts et très travaillés. Je recommande ce livre à ceux qui veulent passer une bonne soirée ! Mme Roussos
Un livre qui a aussi fait l’unanimité sans pour autant provoquer autant de sourires : UN MORT PAR PAGE DE DANIEL FOHR, un ouvrage distrayant, où le personnage central est bien sympathique. A noter la trouvaille stylistique de citer un mort par page, qu’il soit animal, humain, ou même un état d’âme : le jeu, c’est de le trouver (mais pour les tricheurs, il y a un index en fin d’ouvrage).
Le narrateur, dont le lecteur ignore tout : le nom, le métier, le portrait, vient de se faire éconduire vertement par son amie, qui lui reproche, entre autres, son laisseraller. Il décide donc de se reprendre en main et se donne des buts : en particulier tomber amoureux et écrire un livre. Pour tomber amoureux, il se sculpte le corps grâce au body-building ; quant à écrire, c’est beaucoup plus difficile car il n’a aucune inspiration. Sa reprise en main est ponctuée d’évènements souvent tragiques sur lesquels il porte un regard désabusé. Le parti de l’auteur a été de faire allusion à un mort par page : un animal, une personne, une idée, un espoir. Pourquoi pas ? Cependant cet environnement morbide accompagne peut être la reconstruction du personnage, mais n’a pas la moindre incidence sur celle-ci. J’ai bien aimé ce personnage sympathique qui ne se prend pas au sérieux, qui fait des efforts pour devenir fréquentable tout en gardant le sens de l’humour, pas forcément noir. Sans être de la grande littérature, ce récit nous fait passer un bon moment. Mme Fillebeen
La trouvaille amusante de ce livre est comme le titre l’indique : un mort par page. Ce mort peut être un humain mais aussi un animal (un insecte écrasé par exemple) une chose (une nature morte) ou un état d’âme (la mort dans l’âme) ou…ce qui fait que je me suis prise au jeu, j’ai cherché dans la page « le/la mort(e) », aidée par l’index en fin de livre. Je me suis un peu désintéressée de cette histoire de trentenaire oisif, alcoolique, largué par sa copine, qui tente d’écrire un livre. Mais quand « le meurtrier » a été trouvé, j’ai ri car il est vrai que c’est surprenant. J’ai apprécié ce livre qui sans me faire rire aux éclats m’a bien distrait. J’ai aimé cet exercice « d’un mort par page » que l’auteur s’est imposé. Mme Derisbourg
C’est vrai qu’il y a un mort à chaque page, ils sont répertoriés à la fin du livre. C’est agréable et distrayant sans plus. Impressions de Me Demeocq
Rappelant un peu la thématique du film « Un jour sans fin », le livre MAUDIT KARMA DE DAVID SAFIER, met à rude épreuve le karma de l’héroïne, ce qui engendre des scènes plus cocasses les unes que les autres : imaginez-vous réincarné en fourmi, essayant de faire des bonnes actions pour évoluer en souris, chat ou chien !!
DOPPLER DE ERLEND LOE est aussi empreint de beaucoup d’humour si tant est que l’on se laisse porter par le côté farfelu de l’histoire et du personnage principal (surtout lors de sa rencontre avec l’élan). Petit bémol : le roman s’essouffle un peu à la fin.
Heureuse surprise, très drôle, mais aussi très riche en réflexion (Kierkegaard), que le roman de DAVID LODGE THÉRAPIE : on suit avec plaisir les aventures de Lawrence Passmore, scénariste pour la télévision, en pleine dépression, qui, poursuivant une thérapie, se met en tête de retrouver son premier amour. Les descriptions de ses rapports avec les différentes femmes qu’il rencontre sont très drôles.
Le sujet peut paraître un peu mince au départ car la vie de Passmore, très ordinaire n’est pas des plus passionnantes, mais le style très agréable m’a incitée à aller jusqu’au bout d’une histoire qui ne m’intéressait pas vraiment et je n’ai pas été déçue car la dépression de Passmore l’amène à modifier sa façon de voir la vie avec l’aide surprenante de Kierkegaard, qu’on ne s’attend pas vraiment à rencontrer dans cette « confession ». Lui-même est d’ailleurs surpris de l’intérêt qu’il éprouve pour Kierkegaard. Et le parallèle qu’il est amené à faire entre sa vie et celle du héros de kierkegaard, est stimulant. Au total, j’ai éprouvé un vrai plaisir de lecture … Mme Perin
Les sentiments et les pensées les plus décalés animent les quatre personnages d’ASILE DE FOUS DE RÉGIS JAUFFRET. C’est ce décalage qui peut faire sourire, mais jaune : car cette famille pourrait être la nôtre, et pire, nous pourrions être l’un d’entre eux.
Régis Jauffret parvient à nous plonger dans les pensées les plus noires et les plus tourmentées de ses personnages dont la vie paraît totalement ridicule et dérisoire. Il passe à la moulinette l’idée du couple et celle de la séparation. Il livre certains dérapages de l’amour maternel. Les personnages peuvent se retrouver dans nos connaissances, nos voisins, notre propre famille, nous-mêmes. Le prix Femina 2005 est terrifiant et perturbant. Mme Roussos
L’ERREUR EST HUMAINE DE WOODY ALLEN est un recueil de nouvelles plus loufoques et absurdes les unes que les autres ! Du pur Woody Allen ! A déconseiller aux personnes trop cartésiennes… Autant de situations cocasses où évoluent des personnages déboussolés. Sans parler des réflexions et des dialogues délirants, en décalage avec le réel, et qui déclenchent irrésistiblement le rire. Du Woody Allen à l’état pur, où l’auteur au mieux de sa forme, ne laisse aucun répit à nos zygomatiques. Ce livre est à déconseiller aux personnes à la logique résolument cartésienne, ou réfractaires à l’humour. Dans ce monde irréel, en effet les démêlés de héros qui marchent « à côté de leurs pompes », qui parlent sérieusement des choses légères et inversement, risquent de ne leur arracher qu’un sourire d’agacement pincé. Pour les autres, sa lecture et sa consommation sans modération sont vivement recommandées. On lira à ce sujet avec intérêt (à faible taux), la rubrique « culture » de la « Gazette des garçons coiffeurs », ou les critiques élogieuses parues dans « Le journal de l’aviculteur » et dans « Cigare magazine ». (dixit Woody Allen) Monsieur Wintrebert
Une mission impossible et d’envergure attend le héros de MORT AUX CONS DE CARL ADERHOLD, qui ambitionne de se débarrasser de ceux qui lui empoisonnent la vie. Cet ouvrage aurait gagné en intérêt s’il avait perdu…des pages ! C’est parce que le chat de la voisine l’a griffé et que , dans une réaction brutale, il l’a jeté par la fenêtre, que notre héros prend conscience de son utilité. En effet, la mort du chat crée un mouvement de solidarité entre les habitants de l’immeuble. Pourquoi ne pas étendre la solidarité à tout le quartier en créant l’évènement : la disparition brutale des animaux de compagnie. C’est ainsi que notre héros devient l’artisan de ce jeu macabre qui consiste à éliminer les animaux de compagnie des gens du quartier. Ses forfaits l’amènent à côtoyer les propriétaires ; il se forge ainsi sa théorie sur la société : il y a des cons et ils ne méritent pas de vivre. De fil en aiguille, il fait disparaître tous ceux qui le gênent et finit par établir un portrait-robot du con, qu’il traque partout. 147 morts à la fin du livre. Ça pourrait être drôle, mais c’est lourd, dans tous les sens du terme (plus de 400 pages !) Si encore, il y avait de l’humour ! On ne peut retenir que quelques portraits ciselés, c’est mince pour plus de 400 pages de crimes !! Mme Fillebeen
Les avis sont partagés pour le roman de CHLOÉ DELAUME : MA MAISON SOUS TERRE. Là où l’une de nos lectrices ne comprend pas la démarche de l’auteur et n’apprécie en rien son style décalé, une autre trouve que c’est une belle réflexion sur la mort, l’enfance et la fragilité humaine (mais bien peu d’humour dans tout cela !) Une jeune femme assise sur une tombe dans un cimetière où est enterrée sa mère parle avec Célestin ? Elle parle de la mort, de sa mort , de sa mère, de son père et de sa grandmère. Elle voudrait tuer sa grand-mère, qu’elle trouve méchante et qui lui a révélé une nouvelle qui l’a tuée. Une partie de cette jeune femme est morte et vit dans sa maison sous la terre en compagnie de sa mère dont elle a besoin ; elle voudrait aussi avoir son père pour retrouver le temps de l’enfance, le temps d’avant qu’elle soit morte. L’autre moitié de la jeune femme écrit le livre qui doit tuer sa grand-mère, mais finalement elle n’ira pas jusqu’au bout de son geste parce que finalement ça ne sert à rien, parce que l’écriture de ce livre l’a fait renaître. Un livre difficile à lire car l’écriture est erratique comme la pensée quand elle se cherche, comme l’esprit qui est traversé de pensées contradictoires, comme les souvenirs quand ils affluent. Une belle réflexion sur la mort, l’enfance et la fragilité humaine. Mme Fillebeen
DÉPARTS ANTICIPÉS DE CHRISTOPHER BUCKLEY, un ouvrage qui a bien plu à sa seule incorrigible lectrice. Le fonctionnement de la vie politique y est bien décrit, avec un humour décapant.
Dans ce roman, tous les coups sont permis : espionnage, corruption, hypocrisie, tromperie. Comme dit Franck : « l’argent, c’est comme le fumier, répandu c’est un fertilisant, entassé ça pue la merde ». Cette puanteur est décrite avec un humour décapant. Le fonctionnement de la vie politique est bien décrit, ainsi que le rôle majeur des médias, des groupes de pression et de l’argent. Mme Melmiesse
Les derniers ouvrages ne laisseront pas de traces dans les mémoires : LES DIX FEMMES DE L’INDUSTRIEL RAUNO RÄMEKORPI a déçu notre lectorat, habitué à rire des aventures qu’invente d’habitude ARTO PAASILINA. Les visites successives de Rauno à ses anciennes maîtresses peuvent prêter à sourire parfois, mais l’ensemble reste peu convaincant. Le réel intérêt du livre LA MÉCANIQUE DES ANGES DE HENRI-FRÉDÉRIC BLANC se trouve dans l’historique de l’aviation mais l’humour n’est pas forcément au rendez-vous.
Une sélection globalement décevante mais parsemée de quelques bonnes surprises ! A la fin de la séance, nous avons tenté de définir l’humour noir, mais ce fut peine perdue, car cela reste terriblement subjectif où tout est question d’interprétation.
Incorrigibles lecteurs - L'humour noir Bibliothèque d'Agglomération de Saint-Omer - Décembre 2011