Skip to main content

FHM : Enquête :Les flingueurs de people

Page 1

SPÉCIAL PEOPLE

Les flingueurs de peoples

Avec leurs photos ou leurs mots, ils ont fait des célébrités leur cible. Mais pourquoi sont-ils si méchants? Et aussi marrants? • PAR BERTRAND ROCHER

Jean-Claude Elfassi: le paparazzi kamikaze

52 FHM

Vous devez être populaire dans le métier! Je ne me mélange pas. Je ne travaille pas pareil. Moi, le scoop, je l’arrache en réalisant des prouesses physiques. Je planque pas comme un con dans une bagnole. Votre gros business actuel est la téléréalité. C’est pas un peu déprimant quand on a fait trembler le PDG de Vivendi? D’abord, il y a une demande. Ensuite, c’est presque une croisade perso. Plein de candidats viennent me supplier de les tirer des griffes de la mafia TF1 -Endemol-Sipa (l’agence photo qui possède l’exclusivité, ndlr). Récemment, une candidate de la première Ile de la tentation m’a dit vouloir se suicider. Tout ça parce qu’ils ont cru l’avocat Assous qui prétendait défendre leur droit. On ne tente pas de vous faire taire? J’ai fait l’armée en Israël, alors je ne suis pas facile à intimider (rire). Certains essayent. Mais mon blog est dissuasif. Si on m’emmerde, je balance les preuves. Internet et le portable ont beaucoup changé le métier? Vous avez déjà vu des photos prises avec un téléphone dans les magazines? Moi, non. Par contre, Internet m’aide beaucoup. Mon blog, elfassiscoopblog.com, attire plus de 30000visiteurs par jour, et certains me tuyautent. Je n’ai quasiment plus à payer d’informateurs !

Jamel m’a dit: “Elles sont pas mal tes photos, enc…”

Comment savoir si une info est fiable? Il faut bien connaître la cible, recouper l’info et, si possible, rencontrer l’informateur. En quelques minutes, je démasque un mytho ou le menteur. Récemment, on a voulu m’attirer dans un guet-apens en Corse pour me faire ma fête. Des proches de Jenifer… Quel est votre coup plus jouissif? Casser les exclus des mariages cadenassés, comme Tony Parker et Eva Longoria ! Je ne supporte pas l’hypocrisie des peoples qui vendent des exclus aux magazines auxquels ils font des procès le reste du temps. Jamel n’avait vendu son mariage à personne. Mais il m’avait mis au défi, annonçant que, si je me pointais, il me

© DR

S

ouriez, vous êtes paparazzé ! Aussi acharné à traquer le scoop qu’il est affable en privé, JeanClaude Elfassi, 44 ans, se vante – à raison – d’être le plus grand prédateur de people de France. Avec 40 Unes de magazine l’an passé, cet ancien reporter de guerre multiplie les bras d’honneurs aux célébrités et… à ses confrères. Rencontre avec l’Arsène Lupin du téléobjectif. Qu’est-ce que ça fait d’être le paparazzi le plus détesté de France? Je m’en fiche. On peut me traiter de voyou, de mercenaire… Ça prouve que j’ai réussi ! Qu’est-ce qui vous amuse encore? Réussir les coups dits “impossibles”. Retrouver quelqu’un qui se cache. Casser le blocus d’un mariage de stars. J’étais déjà comme ça à France 2 dans les années 2000. Vous signez vos photos. Maso? J’ai été photographe de guerre et d’investigation. Quand je me suis reconverti, il m’a paru naturel d’assumer. Et ça ne me vaut pas plus d’emmerdes que ça. Pourquoi les autres ne le font pas ? Par lâcheté, par tradition, je ne sais pas… La reconversion a été facile? Quand tu as débusqué Alfred Sirven (témoin crucial du scandale Elf, ndlr) aux Philippines, trouver des peoples est un jeu d’enfant.

shooterait à poil. Pour réussir mon coup, j’ai escaladé un mur de 20 m, et passé dixhuit heures dans un arbre. Vous deviez être drôlement équipé! Dans mon coffre, j’ai de quoi me tenir propre, des cordes, des déguisements. C’est mon côté Arsène Lupin. Une fois que j’ai eu ce que je voulais, j’ai jeté ma carte de visite en partant. Par bravade, j’ai envoyé des photos à Jamel, qui m’a dit: “Elles sont pas mal, tes photos, enc…” Au mariage de Laurence Ferrari, je m’étais travesti en Francis Lalanne! Vous respectez une ligne jaune? Je ne viole pas les propriétés privées, je ne photographie pas les gens nus ou dans des postures dégradantes. Ni les enfants.

Et la fille de Rachida Dati? Le défi était trop tentant (sourire)… Publier la photo sur mon site a déclenché un bordel fou. Mon serveur m’a prié de prendre congé. Je suis hébergé aux Etats-Unis, désormais. Les politiques, vous n’y touchez pas trop… Je les méprise. Et puis, ça se vend pas ! Sarko, y a trop de monde autour. Ségolène ? Je la trouve pitoyable. DSK en galante compagnie ? J’ai donné… Vos plus belles ventes, c’est quoi? Un coup comme les mariages de Jamel ou Tony Parker, c’est 50 000 €. Mais c’est des frais aussi : pour Athina Onassis, j’en ai été de 10 000 €. Mes revenus ? Je préfère ne pas en parler. Ça pourrait choquer… »» FHM 53


SPÉCIAL PEOPLE le garde du corps! Une démarche d’autant plus culottée que la présentatrice de TF1 –avec Louise Bourgoin ou Laurence Ferrari– est une des têtes de turc de Mixbeat. Et qu’elle lui a fait plusieurs procès… En vain. “Aujourd’hui, je n’ai plus de serveur. Mes twitters sont relayés sur un blog. Je suis donc légalement irresponsable des commentaires diffamatoires qui y sont laissés. C’est ma ligne de défense. Avec le fait que tout ça n’est pas très grave. Je me défends seul, car je n’ai pas les moyens d’avoir un avocat. Je suis d’ailleurs totalement insolvable.” Notre homme confirme que, souvent, les célébrités ne sont pas au courant des procédures intentées. Enfin, c’est ce que certaines, comme Noémie Lenoir, lui assurent s’il les croise. D’autres, moins faux cul, réclament des excuses, comme le placide Marc Lévy, qui avait peu goûté de voir sa femme qualifiée de “folle de la bite” sur Mixbeat.

UN TWITTER ADDICT

Tous les moyens sont bons. Mais il faut des complices!

L

a scène se passe dans une soirée parisienne où “beautiful people”, journalistes et parasites de tous poils s’ébrouent dans un flot de champagne. Soudain, Marion Cotillard s’approche de l’organisateur : “S’il reste, je pars !” L’objet du caprice ? Un grand black aux airs de Lenny Kravitz. Dans une main, il tient une flûte et, dans l’autre, un iPhone sur lequel il pianote régulièrement. Depuis une dizaine d’années, son site Mixbeat et, désormais, son Twitter sont la bête noire des peoples, terrorisés par ses ragots fielleux et hilarants. Le nom de cet empêcheur de peopliser en rond ? Carl de Canada. On le retrouve en fin d’après-midi dans un café parisien. Sapé car, tout à l’heure, il sera peut-être amené à s’asseoir au Crillon, pour un dîner caritatif à 600 € le couvert… Sans y être invité, ni payer, bien sûr. Carl Zéphyr – son vrai nom – naît en Haïti le 7 novembre 1972, mais grandit au Québec où il fait une école d’ingénieur dont il sort diplômé. Embauché par une boîte de télécoms, 54 FHM

il survit à l’ennui en se mêlant à la bohème de Montréal. Un de ses premiers coups est de provoquer le Premier ministre canadien en duel, à la Une d’un journal local, après que celui-ci a coupé les subventions aux artistes. En 1995, l’amour l’incite à suivre une créature à Paris… Dans la capitale, celui qui se présente comme “Carl du Canada” – il en fera son nom – s’installe dans un squat d’artistes. “Trop paresseux pour peindre”, il y organise des soirées bientôt courues du Tout-Paris, puis lance des happenings dans des endroits improbables, les soirées “J’ai les clefs”. “En 2001, j’ai découvert le web, qui

nous permettait de contacter les gens mieux qu’avec des flyers.” Peu à peu, Mixbeat (“mix” pour le mélange des hôtes, “beat” pour célébrer le mouvement) devient carrefour de noctambules, qui narrent ce qu’ils ont vu, bu ou baisé la veille. Par le texte et souvent la photo. Faits et gestes des célébrités y sont relatés avec autant de liberté que ceux des anonymes branchés. Dans Paris, ça glousse. Et ça tousse… D’autant que des journalistes people y balancent les infos croustillantes qu’ils n’ont pas pu publier. Ou vérifier. Le premier procès vient d’une fille qualifiée en ligne de “bonne suceuse”, avec photo… Les choses sérieuses commencent lorsque Carl et ses potes infiltrent les soirées organisées par des marques. Comment force-t-il les portes ? Mystère… “Je n’ai jamais d’invitation. Tous les moyens sont bons. Mais il faut avoir des complices.” Une piste ? Début octobre, il s’est fait jeter d’un pincefesses Balmain, où il tentait d’entrer dans la foulée de Claire Chazal dont il se prétendait

© DR

Carl de Canada: le bloggeur ragoteur

Des excuses, Carl de Canada peut donc, éventuellement en offrir. Des dommages et intérêts, c’est plus compliqué. Sur ses moyens de subsistance, il reste évasif, évoquant consulting et expertise web. Ses ennemis dénoncent du deal, voire de la prostitution. “Il est vrai que je galère… Je pourrais appeler des gens puissants que je rencontre en soirée. Mais j’ai ma fierté.” La saisie de ses (maigres) comptes bancaires et de ses ordis en 2008, les menaces de mort et les procès qui se multiplient ne le poussent pas à se calmer. Au contraire, un récent cheval de bataille lui vaut une soudaine notoriété : sa certitude que Carla Bruni est enceinte. “Certains regretteront d’avoir ricané…” Mytho ? Pour beaucoup, il affabule… Et sa devise a beau être “mieux vaut qu’on parle de vous en mal que pas du tout”, il ne parvient pas à rire de ces critiques. Mais ça le vexe. Presqu’autant que certains râteaux qu’il se mange avec des filles qu’il a descendues sur son Twitter. “Souvent, après coup, je regrette d’avoir écrit vite, sous l’emprise de la colère… et de l’alcool. Mais Twitter, c’est devenu une drogue.” Une drogue tout aussi addictive pour les lecteurs amusés par ses billets sur la pingrerie des restaurateurs chinois, la taille des jupes des filles, un tuyau en provenance du procès Clearstream, une méchante rumeur sur une star ou juste l’air du temps. Le tout écrit dans un français irréprochable. Comme quoi la pire des langues de pute peut aussi être châtiée…

Yann Barthès: le chroniqueur sniper

S

i l’on juge la qualité d’un chroniqueur people à l’envergure de ses ennemis, on a de quoi être jaloux. Au tableau de chasse de Yann Barthès ne figure pas Philippe Vandel (voir pages suivantes), mais Madonna, Céline Dion et Nicolas Sarkozy ! OK, il y a aussi Magloire et Cindy Sander… Reste qu’en deux ans, le sniper du Grand Journal s’est imposé comme celui qui glisse le plus de poil à gratter dans le col des “pipoles”. Le tout avec un air de premier communiant taquin. Né en 1974 à Chambéry, le jeune Yann, bac et Deug d’anglais en poche rejoint l’école de journalisme de Bordeaux. En 1998, il cachetonne au service de presse de Canal +, puis s’incruste à iTélé. Il y découvre le plaisir de bidouiller les images d’actu avec, déjà, un goût pour les documents laissés pour compte. Son ton gentiment insolent lui permet de rejoindre en 2002 + Clair, l’émission de décryptage des médias. Il s’y fait remarquer par sa maniaquerie, se plaisant à compter, par exemple, le nombre de “mouais” d’Ardisson dans Tout le monde en parle. En 2004, Denisot l’accueille au Grand Journal. Le “petit journal people” devient un des rendez-vous les plus populaires du show. Pourtant, les stars ne l’impressionnent pas, il ne les côtoie pas. Ce qui l’excite, confie-t-il à Télé 7 jours, c’est “décoder la machine de communication des gens célèbres, montrer l’énergie et le fric monstrueux qui y sont engloutis et mettre l’accent sur le grain de sable qui vient toujours se glisser dans un système censé être réglé au millimètre”. Trouvent aussi grâce à ses yeux les fans abusifs, les sosies pitoyables, les starlettes et les pathétiques candidats à la gloire. Tendresse ou condescendance ?

Les peoples, ce sont mes marionnettes… On peut s’interroger quand le journaliste avoue à Teknikart : “Les peoples, ce sont mes marionnettes, je les adore tous.” Logiquement, il se trouve presque autant de détracteurs que de supporters du petit malin. Ces derniers étant rares en haut lieu. Car la vraie passion de Barthès, c’est son autre bébé, Le petit journal actu. C’est là que lui et ses six collaborateurs scrutent les faits et gestes de notre président. Avec une attention particulière accordée à ses efforts pour se rehausser sur la pointe des pieds (durant La Marseillaise) ou à l’aide d’un cube (à la tribune de l’Onu). Un acharnement d’autant plus maso que notre Savoyard ne culmine guère au-dessus du petit Nicolas… FHM


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
FHM : Enquête :Les flingueurs de people by bertrand rocher - Issuu