

UNE NOMMÉEFORCE KIDJO

FÊTE DES PÈRES
Le style se transmet

EDITO
PAR ALICE KOUADIO ANDRIEUX
« Le futur dépend de ce que nous faisons au présent. »
Gandhi
Hope.
Un mot simple.
Un mot immense.
Peut-être même le plus important de tous.
— Extrait de la présentation de l'album HOPE!! de Angélique Kidjo, sorti en avril 2026. Ces mots ne sont pas les miens. Mais ils résonnent, profondément.
Avec HOPE!!, Angélique Kidjo livre bien plus qu’un album. Elle signe une œuvre de transmission, où les voix, les générations et les cultures se rencontrent et se répondent. Elle nous rappelle que certaines trajectoires ne s’arrêtent pas à une époque. Elles ouvrent des chemins.
Dans ce numéro, nous avons voulu mettre en lumière celles et ceux dont les parcours marquent leur époque. En commençant par Angélique Kidjo, cette force créatrice dont la voix, l'engagement et l'œuvre continuent de résonner bien au-delà des frontières et des générations.
Jean-Louis Menann-Kouamé qui, à travers Aux sources de la République de Côte d'Ivoire – Portraits et œuvres des Pères fondateurs, revient sur celles et ceux qui ont contribué à bâtir les fondations de notre pays. Une démarche qui rappelle qu'aucun avenir ne se construit sans mémoire.
Diadié Bathily, dont l'art et la passion ont porté les traditions ivoiriennes jusqu'aux plus grandes scènes internationales. Nous découvrirons également des créateurs, des entrepreneurs, des bâtisseurs, des femmes et des hommes engagés qui, chacun à leur manière, transmettent un savoir, une vision, une mémoire ou une conviction.
Leurs histoires sont différentes. Pourtant, elles se rejoignent autour d’une même idée : l’héritage. Un mot que l’on associe souvent à ce que l’on reçoit, alors qu’il est aussi ce que l’on choisit de faire vivre, de préserver, d’enrichir et de transmettre. Il est présent dans les œuvres, les idées, les combats, les savoirs et parfois simplement dans l'exemple que l'on laisse derrière soi.
« Le futur dépend de ce que nous faisons au présent. »
Cette phrase de Mahatma Gandhi nous rappelle que nous sommes tous, à notre échelle, en train d'écrire ce qui restera.
Bonne lecture.
Symbole Adinkra HYE WON HYE — Ce qui ne brûle pas. Ce qui demeure malgré le temps. Traditionnellement, il symbolise la résilience, l'endurance, la permanence des valeurs et la capacité à traverser le temps sans perdre son essence.
Mahatma

UNE FORCE NOMMÉE KIDJO
QUAND UNE VOIX CHANGE LE MONDE
PAGE 10
MAGAZINE




CITY
HORS LES MURS « IN MINOR KEYS »
BIENNALE DES ARTS DE VENISE 2026
PAGE 20
CEUX QUI NOUS PRÉCÈDENT
LES PÈRES FONDATEURS AUX SOURCES DE LA RÉPUBLIQUE
PAGE 24
DADIE BATHILY L'HOMME DERRIÈRE LE MASQUE


AUTOUR DE... LA RÉSIDENCE EKLOMIABLA ET SON ARTISTE ORLU PRINCE OZANGEOBUOMA

ICONIQUE HÔTEL IVOIRE HISTOIRE ET PAYSAGE URBAIN

MICHEL SORO, MAÎTRE EN SES TERRES
PAGE 38
Photo de couverture © Brantley Gutierrez














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B MAG est une publication de la maison d’édition et régie publicitaire BAAB ÉDITIONS SARL, également créatrice du city guide BAAB.
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Agrément CSP : REG PRE-N°139/2025/CSP
Directrice de la publication et représentant légal Alice Kouadio Andrieux
Directrice de rédaction et rédactrice en chef Alice Kouadio Andrieux
Un tirage ciblé et haut de gamme, 5 000 exemplaires imprimés, diffusés dans des lieux stratégiques : restaurants et hôtels haut de gamme, boutiques premium, espaces culturels (musées, galeries, salles de spectacle), espaces de coworking et bureaux d’affaires, salons professionnels et événements majeurs
Une audience influente et qualifiée, des lecteurs actifs et engagés : entrepreneurs, cadres, expatriés et décideurs.
Une parution au rythme des moments clés de l’année (5 éditions stratégiques par an).
Une présence digitale puissante pour un impact maximal, une version digitale téléchargeable en accès libre pour une portée encore plus large.
Responsable de la rédaction et direction des contenus
Anne-Claire Lecouls
Secrétaire de rédaction
Gobou Yode Francis
Rédactrice attitrée Élodie Vermeil
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Conception et réalisation
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Tél. : +225 07 49 10 25 23 contact@baabeditions.com
Ont collaboré à ce numéro Amélie N’Dia, Antoine Viallet, Candice Duparc, Christelle Bibiche, Corinne Huynh, Danye Assuama, Dr Édouard Mockey, Habitant Abraham, Jacques Allatin, Marie-Noëlle Fossou, Marion Ezzedine, Marthe Marti, Momo Sayegh, Morgane Breuil et Arthur de Dinechin, Noreen Alibhai, Oumou Khairy Tall, Yaya Konaté.
Toute reproduction, même partielle, des articles et contenus publiés dans B MAG est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur. Les opinions exprimées dans les articles n’engagent que leurs auteurs.
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CONTRI UTEURS

Yaya KONATÉ
Créateur de contenu pour Entrepreneurial Solutions Partners (ESP) et passionné de communication, il met en lumière le parcours, les challenges et les inspirations de jeunes entrepreneurs prometteurs accompagnés par ESP. Retrouvez-le en pages 50 et 51.
WEB WWW.ESPARTNERS.COM

Amélie N'DIA
Bibliothécaire, fondatrice des « Ateliers Petits Lecteurs d'Abidjan » , elle propose des activités autour du livre pour les publics allant de la naissance à l'âge adulte. Elle est également l'auteur du roman jeunesse Chloé Api et animatrice du podcast de littérature jeunesse africaine Mon tour de lire. Retrouvez-la en pages 46 et 47.
INSTA LESPETITSLECTEURSDABIDJAN

Marie-Noëlle FOSSOU
Passionnée par la culture de la Côte d'Ivoire, elle a créé en 2016, Candy Côte d'Ivoire, une plateforme dédiée à la valorisation de la culture ivoirienne à travers des contenus variés tels que des articles, des vidéos ou encore des évènements. De cette belle aventure est né, en 2022, « Ce Que Presque Personne Ne Sait Sur La Côte d'Ivoire », un jeu de société, aujourd'hui distribué à Abidjan. Retrouvez-la en pages 18 et 19.
INSTA CANDYCIV


Marion EZZEDINE
Diététicienne-nutritionniste, spécialisée dans l’accompagnement des sportifs, Marion tient un cabinet diététique à Cocody où elle reçoit en consultation les personnes souhaitant adapter leur alimentation pour des raisons de santé ou de poids. Elle fait de la consultance pour plusieurs cantines scolaires d’Abidjan et elle est l’auteure de Mon cahier alimentation, bien manger pour rester en bonne santé paru aux éditions Nimba en 2021. Retrouvez-la en pages 88 et 89.
INSTA NUTRITIONSANTE.CI
Oumou KHAIRY TALL
Décoratrice d’intérieur, diplômée de l’École Boulle à Paris, Oumou Khairy Tall explore, depuis plus de 20 ans, les dialogues entre design contemporain, matières naturelles et artisanat africain. À travers ses projets, elle crée des intérieurs raffinés, chaleureux et empreints d’âme qui révèlent une esthétique authentique et enracinée. Retrouvez-la en pages 72 et 73.
INSTA FABIWADECORATION

Noreen ALIBHAI
Maman et professeure de yoga, Noreen s’émerveille sur la science qu’est la vie, sa complexité exprimée dans la simplicité. Elle se questionne sur comment trouver le chemin vers l’expression idéale de l’être humain et de toutes ses capacités. Adorant lier le coté spirituel aux aspects scientifiques, elle est convaincue que la clarté, la douceur et la puissance se trouvent déjà en nous, il suffit de réapprendre à écouter. Retrouvez-la en pages 90, 91 et 94.
INSTA YOGATIMENOREEN

Jacques ALLATIN
Marketeur, créateur de contenus, organisateur de circuits touristiques balnéaires, Jacques est un voyageur passionné. Il capture la beauté de la Côte d'Ivoire à travers ses photos et ses aventures… et nous les fait partager. Retrouvez-le en page 95.
INSTA JACQUES_ALLATIN

Momo SAYEGH
Créatif polyvalent, passionné par l’art, la décoration, l’événementiel, la mode et la publicité, Momo Sayegh est créateur de contenu et event planner/designer. Il a su imposer son identité unique en alliant élégance, innovation et storytelling visuel sur la scène ivoirienne. Retrouvez-le en pages 80 et 81.
INSTA MHD.SYG

Danye ASSUAMA
Travel planner et fondatrice de Nōmadian, Danye parcourt les quatre coins du monde en quête de nouvelles découvertes. Voyager, c’est son quotidien, et c’est cette immersion constante qui lui permet d’organiser des itinéraires sur mesure et de partager ses meilleurs conseils pour aider les voyageurs à vivre des aventures uniques, authentiques et surtout sans stress.
Retrouvez-la en pages 96 et 97.
WEB WWW.NOMADIAN.VOYAGE

Dr Édouard
CANGAH MOCKEY
Ph.D, pharmacien-biologiste, médiateur en constellations systémiques, Dr Mockey est aussi un acteur engagé de la vie publique ivoirienne en tant que premier adjoint et maire-résident de Grand-Bassam et conseiller-rapporteur général au Conseil économique, social, environnemental et culturel. Auteur, conférencier et dirigeant de plusieurs organisations chevaleresques, humanistes et philanthropiques, il met son expérience au service de la transmission et du bien commun. Retrouvez-le en pages 92 et 93.
INSTA SAYPIENCE.COM

Élevé à Londres, Antoine se qualifie comme un citoyen du monde. Amoureux de l’Afrique il a découvert l’Ile Maurice à 10 ans. Ce voyage a changé son regard sur le monde. Globetrotteur, il a vécu et travaillé dans 4 continents et il a visité une quinzaine de pays africains. Retrouvez-le en pages 98 et 99.
Antoine VIALLET

Coach et formatrice en communication, image et prise de parole, elle dirige OGHMA Conseil, créé en 2024 à Abidjan. Forte d'une expérience en politique et en leadership, elle accompagne les dirigeants, équipes et particuliers pour affirmer leur présence et impacter leur audience avec aisance et efficacité.
Retrouvez-la en pages 58 et 59.
LINKEDIN OGHMA CONSEIL

Habitant ABRAHAM
Blogueur et chef de projet numériques, Habitant Abraham est passionné par les technologies numériques et la protection de l’environnement. Engagé dans la promotion d’un Internet plus utile et d’un développement durable porté par l’innovation, il est notamment à l’origine des initiatives Habitants d’Internet et GreenPill Côte d’Ivoire, qui mobilisent les citoyens autour de projets collaboratifs et d’actions concrètes. Il est également Community Lead de TechRepublic et membre du hub ivoirien du programme Global Shapers Community du forum économique. Retrouvez-le en pages 62 et 63.

Morgane BREUIL & Arthur DE DINECHIN
Avocate de formation, Morgane a travaillé plus de 10 ans en Afrique au sein de banques internationales de développement sur les enjeux d’égalité d’accès aux opportunités économiques des femmes. Arthur, en Afrique depuis plus de 30 ans, est un expert du recyclage en Côte d’Ivoire. Du plastique aux déchets organiques, la valorisation des déchets en ressources est une thématique qui le passionne. Retrouvez-les en page 66. LINKEDIN LIVING SOILS

« La Dame qui Range », professionnelle de l’organisation et consultante en rangement. À travers son expertise, elle résout les problématiques de désordre en proposant des accompagnements sur mesure afin de transformer vos espaces et vos vies. Son approche allie organisation, bien-être et revalorisation des objets désencombrés. Retrouvez-la en page 68.
WEB LADAMEQUIRANGE.COM

Corinne HUYNH
Passionnée par les dynamiques humaines et les environnements multiculturels, Corinne a traversé trois continents avant de comprendre une chose essentielle : à haut niveau, la clarté intérieure est un avantage compétitif. Sa conviction profonde : les meilleures décisions ne viennent pas d'une meilleure analyse, elles viennent d'un meilleur alignement. Executive coach et sparring partner, elle accompagne aujourd'hui les cadres et dirigeants dans leurs zones de bascule ; là où tout se décide. Retrouvez-la en pages 56 et 57.
WEB CORINNEHUYNH.COM

Christelle BIBICHE
Herboriste spécialisée dans les plantes de la beauté et du bien-être, elle encourage, aide et accompagne les femmes à intégrer les plantes médicinales dans leurs routines de beauté et leur quotidien. Retrouvez-la en pages 86 et 87. INSTA AFRICAN_BEAUTY_HERBS
Candice DUPARC
Marthe MARTI

ANGÉLIQUEKIDJO
La femme qui a déplacé les frontières
Nouvel album HOPE!!, carrière mondiale, étoile imminente sur le Walk of Fame (courant 2026) : la diva aux cinq Grammy Awards règne. Mais Angélique Kidjo est bien plus qu’une star : elle est une force qui ouvre la voie.
Portrait d’une amazone qui a su transformer ses racines en ponts universels et redonner à l’Afrique la place qu’elle mérite au cœur de la musique mondiale.
26 janvier 2020, Staples Center de Los Angeles, 62e cérémonie des Grammy Awards. Angélique Kidjo, impériale, entraîne un public empesé à célébrer l’Afrique avec elle au son de « Afrika ». Hommes, femmes, enfants, jeunes et moins jeunes, de tous horizons et nationalités : tous se lèvent, chantent et dansent, emportés par l’énergie vibrante de la diva qui a préféré sauter de la scène pour marcher dans une foule jugée trop « endormante » et lui mettre le feu au cœur. Quelque trente années plus tôt, cette reine de la scène n’était qu’une fillette de 6 ans, poussée sur les planches par sa mère Yvonne1 pour remplacer une comédienne absente. « Il n’y avait qu’une lampe pour éclairer la scène, j’étais tellement éblouie que je ne voyais rien. Je pensais qu’il n’y avait personne, alors je me suis mise à faire mon show comme à la maison, et puis, tout d’un coup, quand j’ai eu fini, tout le monde était debout, à applaudir ». Première étincelle : celle qui, des planches béninoises aux projecteurs hollywoodiens, fera lever les foules dans toutes les salles du monde. Car c’est avant tout cela Angélique Kidjo : une femme à la croisée des mondes, une capacité unique à bâtir des ponts entre les cultures et les générations grâce au pouvoir fédérateur de la musique. Vocation qui relève de l’évidence quand on sait qu’au pays des vodouns, terre natale de la chanteuse, Papa Legba, maître des carrefours, est l’une des divinités les plus importantes et respectées du panthéon.
« Selon l’histoire communément racontée encore aujourd’hui, rien de positif ne serait sorti d’Afrique. Or, ma culture a permis à la musique moderne d’exister ! Aussi, je la préserve, je la diffuse tout en la mélangeant à d’autres sonorités. »
ENFANCE DE L’ART
En remontant le cours de ce fleuve aux multiples affluents qu’incarne la vie de la diva béninoise, on accoste la cité historique de Ouidah, où Angélique naît le 14 juillet 1960, au sein d’une famille harmonieuse et éprise d’art. Une mère comédienne et chorégraphe. Un père receveur des Postes, photographe amateur, passionné de culture. Un cadre familial aimant et solide. Une maison chaleureuse et pleine de vie, rythmée par les passages continuels des visiteurs et les élans de vie et chamailleries de cette fratrie de sept frères et trois sœurs. Une éducation moderne et ouverte sur le monde, dont certains préceptes non négociables, tels que l’importance de l’éducation, la solidarité, la persévérance ou encore la fidélité envers ses principes, forgent le caractère bien trempé de la petite Angélique, lui donnant les racines pour mieux pousser ses ailes. Libre et décidée, l’espiègle fillette ne s’en laisse pas conter et apprend vite à s’imposer. « Quand j’étais gamine, j’étais convaincue que j’étais un garçon. Tout ce que mes frères faisaient, je devais le faire. Et il fallait trouver sa place ». Cette énergie débordante se muera en une vitalité androgyne évoquant les énergies mixtes des Amazones du Dahomey, ces illustres guerrières dont la légende vibre encore dans les veines béninoises. « Mon père disait toujours qu’un être humain complet est celui qui accepte sa féminité et sa masculinité, que ce soit les hommes ou les femmes parce qu’il faut les deux pour qu’un être humain existe ». À la croisée des genres, Angélique Kidjo développe une féminité multiple, ni simpliste, ni monolithique — diverse comme les rythmes et les langues qui la traversent —, nourrie d’une philosophie viscérale où force et grâce se défient dans un même souffle. D’ailleurs, lors de son baptême traditionnel, c’est, chose rare, un esprit masculin qui s’est manifesté pour être son guide spirituel, lui inculquant, en complément des valeurs transmises par l’éducation parentale, une honnêteté sans détour, un profond sens de l’indépendance et une fervente ardeur au travail.
1 Comédienne, chorégraphe, metteuse en scène et directrice de troupe de théâtre béninoise connue pour avoir créé la troupe théâtrale et folklorique du Bénin et avoir initié la participation des femmes au théâtre béninois.
« L'espoir est une décision. »
LA DIVERSITÉ COMME ÉTENDARD
Angélique grandit dans une grande diversité musicale : en plus de la musique traditionnelle du Bénin, de la variété française et du rock anglo-saxon, le tourne-disque du salon familial crépite des grandes voix soul et rock de l’époque. James Brown, Aretha Franklin puis, plus tard, Miriam Makeba, éveillant chez cette future chanteuse caméléon des horizons bien au-delà du continent, mais aussi un sens de l’engagement et une prise de conscience du pouvoir de la musique. Cette ouverture précoce explique en partie l’incroyable éclectisme musical de la diva, qui a fait de la fusion des traditions béninoises et des influences globales sa marque de fabrique, collaborant avec une myriade d’artistes de styles et nationalités variés2, et chantant en anglais, en français, mais aussi en yoruba, en fon ou en mina. « Si je ne chante pas dans ces langues, je ne peux pas chanter dans d’autres. Les langues que nous parlons sont les instruments qui nous mènent vers les autres ». La vie et l’art, chez Kidjo, reposent sur une dynamique centrifuge : un mouvement vital qui part des racines intimes — rythmes béninois, vodoun, héritage familial — pour irradier vers l’extérieur, tissant des ponts vers l’altérité et le métissage global. La musique, chez elle, n’est pas statique ; c’est un flux organique qui unit les générations et révèle des possibles invisibles. « Je ne fais pas de différence entre les musiques. C’est un langage universel qui n’a pas d’autre objet que de nous permettre de nous parler, de raconter une histoire et de faire émerger des possibilités que les autres ne voient pas. »
LA TRILOGIE AFRICAINE : RACINES OFFERTES AU MONDE
Angélique matérialise cette vision dans une trilogie emblématique des années 1990-2000 — Oremi (1998), Black Ivory Soul (2002), Oyaya! (2004) –, célébrant l’Afrique comme berceau des musiques de la diaspora atlantique. Oremi (« l’Ami » en yoruba) fusionne les rythmes béninois (agbadja, sakpata) avec le funk de James Brown et la soul de Nina Simone, incluant des reprises métissées comme « Voodoo Child » boostées par des percussions ouest-africaines. Black Ivory Soul plonge à Bahia, liant samba brésilienne et candomblé aux origines dahoméennes de la diva, avec des guests comme Carlinhos Brown et l’immense Gilberto Gil, et des grooves de Salvador vibrant d’axé et de maculelê.
Oyaya! enfin, explore les Caraïbes — salsa, calypso, meringue haïtienne et même ska —, en y injectant des polyrythmies Fon et des chœurs vodouns pour rappeler que ces sons dansent sur un socle africain. Ainsi, Kidjo retourne l’histoire : l’Afrique ne suit pas ; elle pulse au cœur de la modernité sonore mondiale. « Selon l’histoire communément racontée encore aujourd’hui, rien de positif ne serait sorti d’Afrique. Or, ma culture a permis à la musique moderne d’exister ! Aussi, je la préserve, je la diffuse, tout en la mélangeant à d’autres sonorités. »
Nommée Goodwill Ambassador par l’UNICEF en 2002, Angélique Kidjo milite pour les droits des enfants : éducation, santé, vaccination. Elle s’est rendue dans des zones de crise (Sierra Leone post-guerre civile, camps de réfugiés au Tchad) et a lancé des campagnes contre la polio et le mariage forcé des fillettes. En 2006, elle a créé la Fondation Batonga, dont la mission est de transformer le potentiel des adolescentes en pouvoir, en les faisant passer d’un état de vulnérabilité à l’autonomisation, notamment dans les zones rurales difficiles d’accès. Début 2026, l’ONG a dépassé le cap des 5 000 jeunes filles et adolescentes directement accompagnées dans ses programmes de leadership et d’entrepreneuriat au Bénin et au Sénégal. Plus de 7 000 jeunes femmes ont également été formées à l’autonomisation économique.
Crédit photos : Brantley Gutierrez
2 Bono, Sting, Salif Keita, Philip Glass, Herbie Hancock, Alicia Keys, Carlos Santana, Dave Matthews, Kronos Quartet, Branford Marsalis, Trilok Gurtu, Henri Salvador, Matthieu Chedid pour n'en citer que quelques-uns...

« Il n’y a pas de moi sans le nous. C’est une philosophie qui a toujours été au centre de ma vie. »

HOPE !!, TRANSMETTRE L’ESPOIR
Avec HOPE!!, la transmission n’est pas un épilogue, mais le carrefour même où Papa Legba fait dialoguer les générations, et où chaque collaboration chante le passage de l’intime au fraternel mondial. Dix-huitième album studio d’Angélique Kidjo sorti le 24 avril 2026 chez Parlophone / Warner Music, cet opus, qui succède au Grammy Award du meilleur album de musique du monde pour Mother Nature (2021), est traversé d’un souffle incandescent forgé durant trois ans entre Paris et Los Angeles. Fusion audacieuse d’afrobeat, de highlife, de funk, de jazz et de grooves latinos, ses seize titres déploient une tapisserie rythmique électrisante, portée par des collaborations stellaires — Pharrell Williams (trois pistes originales nées d’une rencontre au Vatican), Ayra Starr (dont les yeux s’emplissaient de possibles lorsque, enfant, elle regardait Angélique recevoir un Grammy à la télévision), Shizzi (artisan des premiers succès de l’icône de l’afrobeat Davido), Davido, Nile Rodgers, Fally Ipupa, Dadju, Diamond Platnumz, Florent Pagny, The Cavemen ou le Soweto Gospel Choir. Dédié à la mère de la chanteuse (et, plus largement, à la figure maternelle), disparue le 26 juin 2021, HOPE!! s’impose comme un cri de résistance et fait de l’espoir un fil d’or, « […] le socle de notre existence », comme aimait à le répéter Yvonne. Sa fille le tisse dans chaque note, transformant le deuil en lumière dans une odyssée musicale guidée par la joie. De l’ouverture explosive de « Bando » (avec
← Pochette de l'album HOPE!! sorti en avril 2026.
Pharrell et Quavo), qui proclame « le ciel est la limite tant qu’on a l’espoir », à la clôture philharmonique de « Malaika » — réinterprétation poignante de la chanson préférée d’Yvonne, avec Florent Pagny et l’arrangement de Derrick Hodge —, l’album irradie joie, résilience, unité, amour et empowerment. « Sunlight To My Soul » (nommée aux Grammy Awards) célèbre l’amour maternel comme lumière vitale ; « Big Heart » (coécrit avec Shungudzo) reprend la maxime d’Yvonne, « La gentillesse est un gilet pare-balles » ; « You Can », écrit pour Naïma, la fille d’Angélique, transmet la sagesse des aînés. « Jerusalema » symphonique, hymne pandémique (interprété par la chanteuse lors de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris en décembre 2024), et « Joy » (avec Davido), triomphent de la douleur par la lumière ; « Superwoman » (Dadju) et « I’m On Fire » (The Cavemen, Sheila Maurice-Grey) exaltent la force et les résiliences féminines. Manifeste universaliste, HOPE!! unit quatre continents en un atlas musical multilingue — yoruba, anglais, français, portugais —, où l’amour romantique (« Aye Kan », avec Ayra Starr), la compassion (« Fall On Me », PJ Morton) et la paix intérieure (« Nadi Balance », Fally Ipupa) dialoguent dans une effervescence panafricaine pleine de promesses et de possibles. Quatre décennies après ses premiers feux, Angélique Kidjo continue d’embraser les cœurs et d’illuminer les carrefours du monde : sa voix, flambeau d’espoir, lie à jamais les racines béninoises aux rêves universels, rappelant que l’Afrique pulse au cœur de chaque battement partagé.
DIADIE BATHILY
PAR ÉLODIE VERMEIL
L'homme derrière le masque
Lors de la 98e cérémonie des Oscars le 15 mars 2026, un masque gouro est entré au Dolby Theatre d'Hollywood. Derrière le bois sculpté, un homme qui a passé trente ans à répéter le même geste : offrir en partage le meilleur de ce que le continent lui a donné. Chorégraphe ivoirien installé à Saint-Louis, Missouri, Diadie Bathily est peut-être la définition la plus vivante du mot « passeur ».



© Brian Munoz
Les yeux du Zaouli sont deux fines fentes sculptées dans le bois, conformément à l’esthétique des masques gouro : un visage parfait, rayonnant, féminin. Que le danseur y voit à peine est son affaire. Aux 98e Academy Awards (cérémonie des Oscars 2026), pendant la performance dédié à la bande originale de Sinners, c'est cette tête, sculptée dans un seul bloc de bois, qui entre en scène aux côtés de Misty Copeland. Les pieds battent à plus de deux cents pas par minute, pas un ne se répète. Le buste reste immobile, presque indifférent, ne laissant pas imaginer que sous ce masque, un homme pleure. « Je n’aurais jamais imaginé me retrouver un jour sur cette scène, en face des gens que j’avais l’habitude de regarder à la télévision », explique Diadie Bathily. La Première dame de Côte d'Ivoire l'appelle pour le remercier. On lui écrit du monde entier. Il est l’homme derrière le masque : celui qui, dans l'obscurité quasi totale des fentes du bois, a fait briller la Côte d'Ivoire sur l’une des plus grandes scènes du monde occidental. Ce qui s'est joué cette nuit-là a commencé un demi-siècle plus tôt, dans les pas d'un enfant dont la curiosité n'a jamais accepté de frontière.
DANSEUR. ETHNOLOGUE. AUTODIDACTE.
Diadie poursuit sa formation seul, comme un chercheur de terrain construit son corpus : par accumulation, comparaison, allersretours. Il enseigne dans les lycées français pour financer des voyages qui l’emmèneront au Ghana, au Burkina Faso, et jusqu’ en Éthiopie. « La danse a tout de suite été une thérapie et une façon de découvrir différentes cultures ».
Il regarde, copie, décortique. Participe à des spectacles d’Abass Zein, au concours Variétoscope, avant de descendre à Abidjan pour se former à l'EDEC auprès de Marie Rose Guiraud. La chorégraphe lui apprend à « assembler les perles des mouvements récoltés en un beau collier », à lire les différences
« Celui qui, dans l'obscurité quasi totale des fentes du bois, a fait briller la Côte d'Ivoire sur l’une des plus grandes scènes du monde occidental. »
de techniques, de musiques et de costumes d'un village à l'autre. Il créera certains de ses ballets et se produira avec elle aux Nations unies. Mais ne deviendra jamais son héritier. « Pour elle, j’étais ‘’le petit de Yamoussoukro qui vient se former’’ ». Il s'initie aussi auprès du djembéfola Adama Dramé. Ce qu'il acquiert au fond, ce n'est pas un répertoire, mais une méthode : relier chaque pas à sa technique, et chaque technique à la vie quotidienne, l’environnement qui l'a fait naître.
L'APPRENTI DU MONDE
Diadie Bathily naît le 12 février 1969 à Treichville. Enfant, il passe une partie de son enfance au Mali, dans la région de Kayes, chez un oncle sans héritier. À cinq ans, dans le village de Marena, il danse déjà. Retour à Abidjan vers sept ans — « pour que j’arrête de danser. Le nom Bathily révèle une ascendance noble : chez nous on ne dansait pas, on était dansé » — école Chicago (surnom de l’École Publique de Treichville) — « comme si la vie traçait déjà mon histoire » —, puis Yamoussoukro. Rien ne détourne de la danse ce garçon qui apprend « en se cachant pour regarder » les Européens qui donnaient des cours à Abidjan, les cérémonies villageoises, les émissions de la RTI où il découvre Marie Rose Guiraud et se dit qu'il ira un jour apprendre chez elle. Dès l'adolescence, au lycée moderne de Bouaflé, il sillonne les villages alentour, attiré par le tamtam « comme par un aimant », et sculpte avec son professeur d'art plastique la tête de Zaouli qui deviendra l'emblème de l'établissement.


SAINT-LOUIS, LA CONFIRMATION
En 1998, l'anthropologue américain Joseph Hellweg le voit enseigner et est frappé par sa pédagogie. La danse adossée à plusieurs géographies, aux gestes du quotidien qui façonnent chaque société et à leurs instruments, « pour montrer comment les gens vivent en Afrique ». Hellweg le fait inviter pour six mois à l'University of Missouri-Saint Louis. Diadie y conçoit Passport to Africa, un programme de danse africaine pour les écoles américaines, du primaire au lycée. Les six mois deviennent vingt ans. « En Afrique, je me suis dit, il y a de l'espoir, je pourrais le faire. Mais la confirmation, c'était ici, aux États-Unis. »
L’ÉTOILE D’AFRIQUE
En 2003, il fonde Afriky Lolo — « L’étoile d'Afrique ». Soixante-quinze danseurs de 6 à 60 ans, huit percussionnistes, dont Caph Guéï, directeur musical lui aussi formé chez Guiraud, et son assistante Rokya Ouattara, ivoirienne elle aussi. Autour de la compagnie, il construit un écosystème : Timbuk Fitness comme alternative culturelle à la Zumba, des bourses pour les enfants des quartiers difficiles, des cours donnés en prison… Ce n'est plus seulement de la danse qu'il transmet : c'est un continent entier, ses gestes quotidiens, son rapport au corps et à la communauté. La conviction que la danse, comme il le dit depuis toujours, « nourrit », « guérit ».
AMBASSADEUR SANS PROTOCOLE
C'est cet homme-là qui entre au Dolby Theatre en mars. Pas comme représentant d'un folklore, mais comme le maillon d'une chaîne de transmission qui s’étend sur trente ans. Le Zaouli qu'il porte ce soir-là est inscrit au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2017 — et il en connaît chaque pas, chaque village, chaque légende. « La tradition africaine est notre identité, je ne peux pas faire du faux. »
C'est ce qui rend si juste le programme choisi pour les vingt ans d'Afriky Lolo, en juillet 2026 au Touhill Performing Arts Center de Saint-Louis : Soundiata Keïta, l'épopée du fondateur de l'empire du Mali. Le petit danseur de Kayes, qui n'a cessé d'apprendre en regardant, en traversant les frontières et les langues, monte aujourd'hui sur scène l'histoire de sa propre ascendance mandingue et l'offre à une ville du Missouri. Ce que fait Diadie Bathily depuis trente ans n’entre pas dans les marges étriquées d’une carte de visite. Ethnologue ? Peut-être. Passeur ? Certainement.
Ambassadeur d'un continent qui n'a pas attendu qu'on lui en donne la permission.


« Les pieds battent à plus de deux cents pas par minute, pas un ne se répète. Le buste reste immobile, presque indifférent, ne laissant pas imaginer que sous ce masque, un homme pleure. »
LE ZAOULI CHEZ LES GOUROS
Le Zaouli est un masque, mais aussi une danse traditionnelle gouro, peuple du grand groupe Mandé, exécutée lors de fêtes, de funérailles ou tout simplement pour raconter des contes. Depuis 2017, le Zaouli est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Même si le danseur est un homme, cette danse fut créée pour rendre hommage à la beauté féminine. Avant le début de la danse, les anciens consultent le devin, qui offre un cabri aux ancêtres. Entouré des villageois, un accompagnateur introduit le Zaouli qui commence à exécuter des pas de danse très rapides calés sur le rythme des instruments de l’orchestre tel que le tambour cylindrique. La tenue du danseur (qui peut varier légèrement d'un village à l'autre) est composée d’une jupe en raphia, de chasse-mouches en queue de bœuf et du masque généralement réalisé par un sculpteur de la communauté.
© France Leclerc
Photos fournies par Diadie Bathily
Histoire et paysage urbain
HÔTEL IVOIRE ICONIQUE
PAR MARIE-NOËLLE FOSSOU
Le palace où s’écrit l’histoire ivoirienne
À Paris, le George V. À Dubaï, le Burj Al Arab. À New York, le St. Regis. Et à Abidjan ? La réponse s’impose sans hésitation : l’Hôtel Ivoire. Ce monument posé sur les hauteurs de Cocody est un marqueur collectif, un totem urbain, un lieu où se sont entremêlés grandeur, excès, crises et renaissance. Depuis plus de soixante ans, il reflète, à sa manière, l’épopée mouvante de la Côte d’Ivoire. Voici son histoire.
AU TOUT DÉBUT
Tout commence en 1960. Alors que la Côte d’Ivoire vient tout juste d’accéder à l’indépendance, le président Félix HouphouëtBoigny est contraint, par les caprices de la météo, de passer la nuit à Monrovia, au Libéria.
Il séjourne à l’hôtel Ducor, le palace libérien qui fut à l’époque l’un des premiers hôtels 5 étoiles d’Afrique. L’hôtel est magnifique : huit étages qui surplombent la capitale libérienne, une piscine avec vue sur l’océan Atlantique et un luxe spectaculaire pour l’époque. Le président Houphouët est saisi. Son verdict est immédiat : Abidjan aura aussi son grand hôtel. Mais en mieux !

Il fait alors appel à Moshe Mayer, architecte israélien à l’origine du Ducor, avec une ambition claire : inscrire la jeune nation ivoirienne parmi les puissances visibles du continent. Trois ans plus tard, le 7 septembre 1963, l’Hôtel Ivoire est inauguré à Cocody, quartier alors en plein essor. À ses débuts, il se compose uniquement du bâtiment principal. En 1966, la tour de 107 mètres vient compléter l’ensemble et redessiner durablement la silhouette d’Abidjan.

LES ANNÉES FASTES
Dans les années 1970, entrer à l’Ivoire revient à franchir une frontière invisible. L’hôtel compte alors plus de 600 chambres équipées du dernier confort, mais aussi une galerie marchande, cinq restaurants, des bars, onze courts de tennis, une discothèque, un bowling, un cinéma, une immense piscine, « le lac », qui traverse pratiquement tout l’établissement, un casino — interdit aux Ivoiriens par décret présidentiel dès 1969, pour protéger la population des dérives liées aux jeux d’argent — et une patinoire, qui restera d’ailleurs l’unique d’Afrique durant plusieurs décennies.

GLAMOUR, POUVOIR ET SCÈNE MONDIALE
Très vite, l’Hôtel Ivoire s’impose comme un lieu incontournable de la capitale ivoirienne. Chefs d’État et têtes couronnées y séjournent, parmi lesquels le président Nelson Mandela. Le palace accueille également des stars planétaires comme Michael Jackson, Stevie Wonder, Boney M. ou Muhammad Ali, ainsi que des hommes d’affaires venus du monde entier.
Sommets diplomatiques, accords politiques, rencontres stratégiques s’y succèdent. Le restaurant panoramique devient un bureau officieux du pouvoir. Même après Félix Houphouët-Boigny, la tradition perdure : contrôler l’Ivoire, c’est incarner l’État. En 2010, Laurent Gbagbo choisit l’Hôtel Ivoire pour son investiture : un geste lourd de sens, faisant du palace un symbole politique autant qu’un site hôtelier.
CRISES, DÉCLIN ET RENAISSANCE
À partir des années 1980, la chute du cours du cacao fragilise l’économie ivoirienne. Le tourisme ralentit, les infrastructures vieillissent. Les crises politico-militaires de 2004, puis 2010-2011 plongent l’hôtel dans une zone grise, entre abandon et surexposition. Jadis vitrine du luxe, l’Hôtel Ivoire devient aussi le témoin du chaos national. Mais comme la Côte d’Ivoire elle-même, il va renaître. Après une
fermeture en 2011 pour travaux, il sera entièrement rénové sous la direction de Pierre Fakhoury (PFO Africa). Il rouvrira ses portes en 2015 sous le nom de Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, à la suite de la reprise de sa gestion et de son exploitation par le groupe Accor.
Témoin indétrônable de l’histoire du pays, l’Hôtel Ivoire a célébré en 2023 ses 60 ans d’existence. Aujourd’hui encore, il demeure l’un des lieux majeurs des grands rendez-vous nationaux et internationaux.

L'IVOIRE ET LES IVOIRIENS
UNE HISTOIRE DE RÊVES, DE RITES ET DE SOUVENIRS PARTAGÉS
Pour de nombreux Ivoiriens, dans les années 1970 et 1980, l’Hôtel Ivoire fut un lieu initiatique, un décor des premières fois. On s’y rendait pour voir et être vu, pour approcher du regard une modernité que l’on ne connaissait parfois qu’à travers les magazines et l’imaginaire occidental.
Les étudiants y partageaient à deux un simple burger-frites-coca, économisé pendant des semaines, juste pour pouvoir dire : « J’ai été à l’Ivoire ». Les familles s’y retrouvaient lors des promenades dominicales autour de la piscine, des mariages fastueux ou des cérémonies. La jeunesse dorée, elle, patinait en pull alors qu’Abidjan affichait 35 degrés, s’amusait au bowling ou flirtait en boîte de nuit.
Chacun y vivait une expérience différente.
Voir l’Ivoire fragilisé, puis fermé, a été, pour beaucoup, comme assister à l’essoufflement d’un symbole. À l’inverse, sa renaissance a été perçue comme un signe de relèvement, presque personnel. Aujourd’hui encore, l’Hôtel Ivoire reste ce lieu paradoxal où se superposent les mémoires : celles du faste, des douleurs, des ambitions et des retrouvailles.
Hors les murs
« IN MINOR KEYS »
BIENNALE DES ARTS DE VENISE 2026
PAR ANNE-CLAIRE LECOULS

La 61e Biennale des Arts de Venise, ouverte jusqu’au 22 novembre 2026, s’annonce comme l’une des éditions les plus marquantes de ces dernières années. Conçue autour du projet In Minor Keys, elle prend le contre-pied des grandes démonstrations habituelles pour proposer une lecture plus fine, plus lente et plus attentive de l’art contemporain. Pensée par la curatrice camerounaise Koyo Kouoh, première commissaire africaine à diriger l’exposition avant sa disparition en mai 2025, cette édition s’impose comme un moment fort, autant pour son contenu que pour le geste intellectuel qui la traverse.
UNE BIENNALE
QUI RALENTIT
Venise reste le grand rendez-vous mondial de l’art contemporain. Tous les deux ans, la ville attire artistes, commissaires, collectionneurs, institutions et visiteurs venus du monde entier. Mais cette fois, la Biennale semble vouloir changer de rythme. Son titre In Minor Keys donne d’emblée le ton : il ne s’agit pas seulement de faire du spectaculaire ou du bruit, mais d’ouvrir l’espace à des récits moins exposés, à des formes plus discrètes d'art, à des mémoires qui n’occupent pas d’ordinaire le centre de la scène. Cette orientation se ressent dans l’ensemble du parcours. L’exposition centrale ne cherche pas à impressionner par l’accumulation, mais invite plutôt à la contemplation, à la nuance et à la traversée. Dans un contexte où l’art peut parfois céder à la saturation, cette retenue devient un choix fort et donne à l’édition une profondeur particulière.

KOYO KOUOH, LA LIGNE DIRECTRICE
Derrière cette Biennale se trouve la vision de Koyo Kouoh. La curatrice camerounaise a pensé In Minor Keys comme une exposition qui refuse les réponses toutes faites ; son idée étant de faire de l’art un espace d’écoute, de relation et de réparation.
Koyo Kouoh a longtemps défendu une lecture panafricaine de l’art contemporain. À Dakar, avec RAW Material Company, puis au Cap à la tête du Zeitz MOCAA, elle a contribué à faire émerger d’autres récits, d’autres voix, d’autres références. Son approche ne cherchait pas à folkloriser l’Afrique ou à la réduire à une posture identitaire. Au contraire, elle voulait montrer sa complexité, sa pensée, sa capacité à produire des formes critiques et sensibles.
Avec In Minor Keys, son projet posthume, cette philosophie trouve sans doute sa forme la plus aboutie. Le titre, inspiré du vocabulaire musical, évoque les tonalités mineures qui deviennent un langage pour parler de vulnérabilité, d’interdépendance, de mémoire et de joie comme force de résistance.
Koyo Kouoh, née au Cameroun en 1967 et disparue en mai 2025, a été l’une des grandes figures de la pensée curatoriale contemporaine. Fondatrice de RAW Material Company à Dakar puis directrice du Zeitz MOCAA au Cap, elle a défendu une approche de l’art fondée sur l’écoute, la relation et
la réparation des récits. Son travail refusait les visions simplificatrices de l’Afrique et cherchait à faire émerger des lectures plus complexes, plus situées et plus humaines. Avec In Minor Keys, elle laisse une œuvre curatoriale testamentaire enracinée dans son engagement pour l’art africain et son approche inclusive.
L’AFRIQUE AU CENTRE
L’un des faits majeurs de cette Biennale est la place donnée à l’Afrique. Quatorze pays y sont représentés, dont plusieurs pour la première fois (Somalie, Sierra Leone, Guinée et Guinée équatoriale), un record historique depuis la création de l’évènement. Mais ce qui frappe, c’est moins la diversité des pays que la cohérence de la proposition globale : l’Afrique n’est pas montrée comme un objet d’exposition, mais comme un lieu de pensée, un moteur du récit contemporain.
Ce basculement est important. Pendant longtemps, le centre de gravité de l’art international a été largement fixé par les institutions occidentales. Cette édition suggère un autre mouvement. Elle affirme que les formes les plus pertinentes du présent peuvent aussi venir d’autres géographies, d’autres mémoires, d’autres manières de raconter le monde.


LES ŒUVRES ET LES ARTISTES
L’exposition centrale réunit 111 artistes, collectifs et duos venus de 99 pays, dessinant une cartographie large de la création contemporaine. Parmi les noms les plus attendus, Laurie Anderson, figure américaine de l’art multimédia et de la performance, Yto Barrada, qui représente le pavillon français, Maria Magdalena Campos-Pons, saluée pour ses installations immersives, et Alma Allen, sélectionnée pour le pavillon des États-Unis, imposent des présences fortes et très différentes.
Mais ce sont aussi les artistes du Sud global qui donnent à cette Biennale sa couleur la plus singulière. Le francoalgérien Kader Attia poursuit ses recherches sur la réparation historique et les traces du colonialisme. Le Sénégalais Soly Cissé déploie son univers de figures hybrides, entre mythologie et tension urbaine. Le Ghanéen Amoako Boafo continue, lui, de redessiner la place des corps noirs dans la peinture contemporaine à travers des portraits immédiatement reconnaissables.
Autour de ces artistes, plusieurs pavillons retiennent aussi l’attention par la justesse de leur approche. Le Canada, avec Abbas Akhavan, propose au Giardini un espace de calme inspiré d’une serre tropicale, presque suspendu hors du temps. Le Maroc, à l’Arsenale, présente une œuvre collective impressionnante construite autour de vastes bandes textiles brodées par plus de 160 artisans. Le Vatican confie au Soundwalk Collective une pièce immersive et poétique, pensée comme une parenthèse introspective. L’Inde recompose la maison d’enfance de l’artiste à travers des milliers de fils, entre soie, coton et nylon, tandis que l’Espagne assemble des milliers de cartes postales chinées dans une grande image fragmentée de vies ordinaires.

GIARDINI ET ARSENALE
Le parcours de la Biennale s’articule toujours autour de deux lieux majeurs : les Giardini et l’Arsenale. Aux Giardini, les pavillons nationaux composent une sorte de carte du monde en art. Chaque pays y propose sa lecture, son imaginaire, son langage. À l’Arsenale, l’expérience devient plus monumentale, plus immersive, parfois plus méditative. L’architecture industrielle du lieu donne une densité particulière aux œuvres exposées. Mais la Biennale ne se limite jamais à ces deux sites.
Venise elle-même devient une partie du parcours. Des palais, des églises, des fondations et des lieux plus discrets accueillent également des projets parallèles.
Dans In Minor Keys, cette géographie prend tout son sens. Le visiteur n’est pas guidé vers une consommation rapide des œuvres. Il est invité à prendre le temps. À suivre des fils, à accepter les décalages, à se laisser atteindre par des pièces qui parlent moins fort, mais plus longtemps.
↑ Installation de Senzeni Marasela, artiste visuelle sud-africaine à l’Arsenal. @ Haupt & Binder, universes art
↑ Maria Magdalena Campos-Pons, pavillon central des Giardini, Biennale d'Art de Venise - 2026

WEREWERE -LIKING
La Côte
d'Ivoire
à Venise
Figure incontournable des arts africains contemporains, WerewereLiking participe à la Biennale de Venise pour la première fois. Née au Cameroun et installée depuis de longues années en Côte d’Ivoire, cette artiste développe depuis plusieurs décennies une œuvre libre et profondément transversale, à la croisée des disciplines, des récits et des spiritualités africaines.
Écrivaine, poétesse, dramaturge, metteuse en scène, plasticienne ou encore sculptrice autodidacte, Werewere-Liking s’est imposée comme l’une des voix majeures de la scène artistique abidjanaise grâce au KiYi M’Bock, troupe et village de création devenu un laboratoire culturel incontournable en Côte d’Ivoire. Son travail explore la mémoire, les cosmologies africaines, la puissance féminine et les liens entre monde visible et monde spirituel, avec une écriture artistique toujours habitée par la transmission et la quête de sens.
À Venise, accompagnée par la galerie Cécile Fakhoury d’Abidjan, elle expose un ensemble d’œuvres emblématiques de son parcours : Genealogies of Lights, une série de sculptures réalisée à partir de bois et d’objets recyclés, ainsi que plusieurs peintures convoquant ses thèmes de prédilection.
LES MOTS DE WEREWERE-LIKING POUR B MAG
FIÈRE COMME UN PAON
« Participer à la Biennale de Venise est pour moi un grand honneur. Lorsque j’ai été invitée, je me considérais simplement comme une artiste parmi d’autres. Je ne réalisais pas encore que je serais la seule artiste à représenter la Côte d’Ivoire dans cette édition. C’est véritablement sur place que j’ai pris conscience de ce que cela représentait. Cette prise de conscience est devenue très concrète lorsque Madame l’Ambassadeure de Côte d’Ivoire en Italie s’est déplacée personnellement avec toute une délégation pour venir soutenir mon travail. Ce geste m’a profondément touchée. J’y ai vu une reconnaissance de mon parcours, mais aussi une manière pour mon pays de me dire : “ Nous sommes avec toi ”. J’étais fière comme un paon. J’aurais voulu déployer toutes mes plumes pour parler de la Côte d’Ivoire, de sa créativité, de sa richesse humaine et culturelle. »
ÊTRE ASSOCIÉE AUX « NOTES MINEURES »
« Mon exposition bénéficie d’une belle visibilité, répartie sur quatre salles différentes des deux sites officiels de la Biennale. J’ai appris par la presse que j’étais l’artiste ayant présenté le plus grand nombre d’œuvres cette année-là. Merci pour ça. Malgré les tensions politiques évoquées dans les médias autour de certains pavillons, je n’ai rencontré sur place que “ l’admiration et le respect pour l’humanisme de nos traditions ” J’ai aussi été profondément touchée par la vision de la curatrice Koyo Kouoh autour des “ Notes mineures ”. J’étais heureuse d’être associée à cette idée de voix discrètes, mais essentielles, “ ces notes mineures qui enrichissent les perspectives humaines et artistiques ”. Cette Biennale a confirmé pour moi que les imaginaires africains ont toute leur place sur les grandes scènes internationales. »
© Rosy N. Noah
Les pères fondateurs aux sources de la République
CEUX QUI NOUS PRÉCÈDENT
RACONTER LES
FONDATIONS POUR
On connaît la figure dominante de l’histoire ivoirienne, à savoir le Président Félix HouphouëtBoigny. Mais on connaît beaucoup moins ceux qui, à ses côtés, ont participé à construire le pays et à rendre cette histoire possible.
Avec Aux sources de la République de Côte d’Ivoire - Portraits et œuvres des Pères fondateurs, paru aux Éditions Eburnie, Jean-Louis Menann-Kouamé revient sur ces hommes et ces femmes qui ont accompagné les premières années de la Côte d’Ivoire moderne, entre engagements politiques, décisions structurantes et construction de l’État.
Un travail de recherche et de mémoire qui redonne une place à une génération essentielle, souvent restée en retrait du récit officiel.
« Certaines mémoires demeurent accessibles, mais plus pour très longtemps. »
COMPRENDRE LE PRÉSENT ET MIEUX
PRÉPARER L'AVENIR.
Jean-Louis Menann-Kouamé n’est pas historien de formation. Il vient du monde de la finance, où il a construit une grande partie de son parcours, entre l'Afrique et l'Europe, au sein d'entreprises multinationales. Mais derrière ce parcours, une autre démarche s’est peu à peu imposée : celle d’un observateur attentif de l’histoire ivoirienne, convaincu qu’on connaît mieux un pays en revisitant ses fondations.
Archives en Côte d’Ivoire et en France, témoignages de familles, récits de proches, écrits biographiques, documents parfois oubliés : pendant huit ans, il rassemble, recoupe et documente des parcours souvent peu connus du grand public.
Au fil des recherches se dessine une histoire plus collective, faite de trajectoires, d’engagements et de décisions qui ont façonné les fondations puis les premières années du pays. Des figures comme Péleforo Gbon Coulibaly, le père spirituel, Gabriel Dadié, « le penseur », Auguste Denise, l’homme des équilibres, Victor Biaka Boda et son sens du sacrifice ; Jean Delafosse et Jacob Williams, capables de questionner le pouvoir et parfois d’y résister ; ou encore des plus jeunes comme Lamine Diabaté, Jean Konan Banny ou Lorougnon Guédé, réapparaissent avec toute la complexité de leurs rôles et de leurs convictions.
À travers cet ouvrage, Jean-Louis Menann-Kouamé s’intéresse à celles et ceux qui, aux côtés de Félix HouphouëtBoigny, ont participé à penser, organiser et construire l’État ivoirien, des années 1940 aux premiers temps de l’indépendance. Ce premier tome rassemble 30 figures majeures, parmi plus de 200 identifiées par l’auteur. D’autres tomes suivront.

Plus qu’un récit historique, cet ouvrage raconte aussi une époque, des personnalités, des choix, des tensions et une certaine idée de la construction collective. Une manière de revenir aux origines pour mieux comprendre ce qui, aujourd’hui encore, façonne le pays. Une façon certainement pertinente pour mieux préparer l’avenir.
PAR B MAG

« Derrière les fonctions apparaissent les hommes : leurs convictions, leurs hésitations, parfois leurs fractures. »
ON CONSTRUIT TOUJOURS À PARTIR D'UN SOCLE
INTERVIEW JEAN-LOUIS MENANN-KOUAMÉ
B MAG : Vous évoluez dans le monde de la finance et de l’entrepreneuriat. Qu’est-ce qui vous a conduit vers l’écriture ?
JEAN-LOUIS MENANN-KOUAMÉ :
Je crois qu’au fond, il existait déjà un lien entre ces univers.
Dans le management en général, comme dans la construction d’un État, il est toujours question de temps long, d’équilibres, de vision, de structures invisibles qui conditionnent durablement les trajectoires collectives. Très tôt, je me suis intéressé à cette mécanique-là : comprendre ce qui fonde la solidité d’un système, ce qui permet à une organisation de durer.
Puis, au contact des recherches, quelque chose s’est déplacé. Des archives ont commencé à dialoguer avec des récits familiaux, des témoignages, des fragments de mémoire parfois restés silencieux pendant des décennies. Et progressivement, une continuité est apparue. Certaines interrogations que l’on croit propres au présent existaient déjà, sous d’autres formes, dans les premières années de construction du pays. À partir de là, l’écriture n’était plus simplement une envie intellectuelle. Elle devenait une nécessité. Celle de relier ces fragments, de leur donner une cohérence, et surtout de rendre visible ce fil historique qui continue, souvent silencieusement, de traverser le présent.
B MAG : Pourquoi avoir choisi le thème des Pères fondateurs pour votre premier ouvrage ?
JLMK : L’histoire de la Côte d’Ivoire moderne est naturellement associée au Président Félix Houphouët-Boigny. Mais derrière cet homme d’État d’envergure unique, il a existé une génération entière de femmes et d’hommes qui ont pensé, arbitré, organisé et participé concrètement à la fabrication du réel institutionnel. Qui plus est, dans des temps de grandes turbulences, d’adversité parfois extrême.

Ce livre est né de cette volonté de déplacer légèrement le regard. Non pas pour réduire la place de la figure centrale, mais pour restituer une histoire plus dense, plus collective, plus organique aussi.
Ce qui m’a frappé au fil du travail, c’est le niveau de sophistication politique, intellectuelle et administrative de cette génération fondatrice. Dès les années 1940, certains réfléchissaient déjà à la structuration d’une future nation, à la formation des élites, aux équilibres économiques ou à l’organisation de l’État. À un moment, il m’a semblé nécessaire de redonner une visibilité à ces trajectoires restées, pour beaucoup, en marge du récit officiel.
B MAG : Ce projet vous a occupé pendant plusieurs années. Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ce travail de recherche ?
JLMK : Le plus difficile a probablement été de restituer la complexité sans la simplifier. Très vite, on comprend que l’Histoire résiste aux récits trop linéaires. Derrière les grandes figures apparaissent des zones de tension, des contradictions, des désaccords, des fragilités humaines aussi.
Les archives apportent une structure, mais elles ne suffisent jamais complètement. Ce sont souvent les témoignages qui donnent accès à la densité réelle des situations. Certaines familles ont accepté de partager des éléments restés longtemps dans la sphère privée : des ruptures politiques, des épisodes douloureux, des formes de solitude ou de désillusion. C’est pour moi l’occasion de leur réitérer mes remerciements.
Il fallait accueillir cette parole avec beaucoup de rigueur, sans céder ni à l’idéalisation, ni à la simplification rétrospective. Et puis il y avait le temps. Avec les années, les récits se fragmentent, les contextes s’effacent, les nuances disparaissent. À un moment, on comprend que certaines mémoires demeurent accessibles, mais plus pour très longtemps.

« On connaît mieux un pays en revisitant ses fondations. »
Ce premier tome m’aura pris huit ans. La méthodologie de travail est désormais bien rodée. J’espère que les cinq autres tomes, me permettant ainsi de couvrir les 200 personnalités à portraiturer, seront édités avec une cadence plus rapprochée.
B MAG : En quoi votre regard de dirigeant a-t-il influencé votre manière d’aborder l’histoire ?
JLMK : Ma formation m’a probablement conduit à regarder ces trajectoires comme des systèmes en mouvement. Derrière chaque parcours, il y a des rapports de force, des remises en question, des visions du pouvoir, des logiques collectives, des équilibres institutionnels parfois extrêmement fragiles. Ce sont des mécanismes que l’on retrouve aussi dans le monde du management ou de la finance, même si les échelles diffèrent. Cette approche m’a permis d’observer ces figures non seulement comme des personnalités historiques, mais également comme des acteurs engagés dans un travail concret de structuration de l’État. Mais très vite, une autre dimension s’impose. Derrière les fonctions apparaissent les hommes : leurs convictions, leurs hésitations, leurs fidélités, parfois leurs fractures. L’écriture devait donc maintenir cet équilibre entre rigueur analytique et profondeur humaine. Ce sont justement deux fibres qu’on retrouve dans le management.
B MAG : À quel moment ce projet est-il devenu une nécessité ?
JLMK : Cela s’est imposé progressivement. Au départ, il y avait surtout une curiosité intellectuelle, presque une recherche personnelle. Je me souviens de ces nombreux échanges avec mon père, ancien professeur d’histoire né en 1945, sur cette partie embryonnaire de notre État, quand il était lui-même adolescent puis jeune adulte. Puis certains témoignages des familles interrogées ont commencé à faire émerger autre chose. Des récits arrivaient avec prudence, puis se précisaient. Des scènes réapparaissaient. Des fragments longtemps dispersés commençaient à former un ensemble cohérent. À partir de là, le projet changeait de nature.
Il ne s’agissait plus simplement de documenter des parcours historiques, mais de préserver une mémoire encore disponible, tout en ayant conscience de sa fragilité. Je me suis alors posé
une question très simple : ce travail de recueil des portraits des Pères fondateurs de la République de Côte d’Ivoire avait-il déjà été réalisé de cette manière ? Lorsque j’ai compris que la réponse était probablement non, je me suis dit intérieurement : « tu risques de t’attaquer à une montagne… mais vas-y ».
B MAG : Qu’est-ce que ces parcours disent aux Ivoiriens d’aujourd’hui ?
JLMK : Ils rappellent d’abord que l’on construit à partir d’un socle. Beaucoup des questions que nous considérons aujourd’hui comme contemporaines existaient déjà, sous d’autres formes, dans les premières années de construction du pays : la formation des élites, l’organisation de l’économie, la préservation des intérêts des agriculteurs, la construction d’infrastructures, les équilibres territoriaux, la préservation de la paix, l’ouverture sur le monde par la diplomatie, l’indépendance de la justice, la place de l’État ou encore l’émergence d’acteurs économiques nationaux solides…
Mais ces trajectoires disent aussi autre chose : la construction d’un pays ne procède jamais d’un mouvement parfaitement linéaire. Elle avance à travers des débats, des tensions, des désaccords, parfois même des contradictions. Les parcours de ces personnalités sont assez précis sur ces points. Je pense que les lecteurs découvriront la complexité des choses, suscitant ainsi une admiration plus grande vis-à-vis des Pères fondateurs de notre République.
Au fond, ce livre rappelle que la construction nationale est un processus permanent. Les générations passent, mais certaines questions demeurent.
B MAG : Ce premier tome n’est que le début d’un projet plus vaste. Que peut-on attendre de la suite ?
JLMK : Ce premier volume rassemble 30 personnalités parmi environ 200 profils identifiés au fil des recherches. Comme indiqué, l’ambition est désormais de poursuivre ce travail sous la forme de plusieurs tomes afin de documenter durablement les acteurs de la fondation de la République. Mais au-delà de l’accumulation biographique, le projet cherche surtout à restituer une mémoire politique, intellectuelle et humaine de la construction ivoirienne.
B MAG : Si vous deviez résumer votre livre en une phrase ?
JLMK : Mieux comprendre celles et ceux qui ont participé à bâtir les fondations de la Côte d’Ivoire, afin de reconnaître, dans leurs trajectoires, ce qui doit continuer encore, aujourd’hui et demain, d’éclairer notre chemin.
« Au fond, ce livre rappelle que la construction nationale est un processus permanent. »
Dans l'univers feutré des grandes maisons africaines, rares sont les lieux qui portent en eux autant d'histoire et de prestige que Le Palais WIA.
Ancienne demeure présidentielle, il fut le théâtre de moments clés du continent, abritant tour à tour Félix Houphouët-Boigny, père de la Nation ivoirienne, et Mobutu Sese Seko, dirigeant influent du Congo.
Aujourd'hui réinventé en hôtel boutique 5 étoiles, Le Palais WIA est devenu un sanctuaire où l'histoire et le luxe se recontrent. Son architecture rafinée, son design élégant et ses équipements ultramodernes en font une adresse incontournable pour ceux qui recherchent bien plus qu'un simple séjour : une véritable expérience de prestige et d'inspiration.
Les hôtes y découvrent :
9 chambres et suites d'exception, chacune liée à une figure historique
Un restaurant gastronomique aux saveurs subtiles
Une salle privative pour vos réunions exclusives
Un jardin luxuriant de 1 500 m2, havre de sérénité et de détente
Pensé pour une clientèle exigeante, Le Palais WIA est un lieu de mémoire et de vision, une adresse qui s'inscrit naturellement dans le cercle des grandes dynasties africaines et internationales.

À la table
de MEHDI BOUMAZA
PAR ÉLODIE VERMEIL
Une cuisine qui réunit
De Jijel à Abidjan en passant par Dubaï, les Maldives et l'Asie du Sud-Est, Mehdi Boumaza a fait de l'itinérance une école et du monde entier une carte. Chef Exécutif du Palais WIA, cet Algérien aux racines méditerranéennes cultive depuis quinze ans une cuisine généreuse et solaire qui ne dit pas « fusion », mais, sans hésiter, « réunion ».


Mehdi Boumaza grandit à Jijel, ville côtière du nord-est algérien, dans une maison saturée d'arômes : son père torréfie le café dans son atelier traditionnel, son grand-père et ses oncles sont pâtissiers. Chaque ramadan transforme la maison en laboratoire de saveurs, et Mehdi reste rivé aux fourneaux familiaux. « C'est quelque chose d'inné, cette passion pour la cuisine. La nourriture nous réunit tous, peu importe la culture ». Après un détour par un bac technique mathématique en génie civil, il passe simultanément les concours des écoles hôtelières et de génie civil. L'hospitalité l'emporte. Un BTS hôtellerie option cuisine en poche, il range son diplôme dans son sac et prend
l'avion pour Dubaï. « Je n’avais pas de plan. La ville était en pleine expansion hôtelière, il y avait des opportunités partout. J’y suis allé au culot », sourit-il. « Je me suis présenté sur le parking du Crowne Plaza, j'ai abordé deux chefs en pause, frappé à la porte de leur exécutif, et passé mon test le lendemain. » Pour être recruté commis.
LE MONDE POUR SALLE DE CLASSE
Un an et demi plus tard, une annonce en ligne l'envoie aux Maldives, au Conrad Rangali Island. Il y restera trois ans et demi, progressant de commis à chef de partie, et terminant responsable de
« Transmettre, c'est une de mes missions. Si ma cuisine marche bien quand je ne suis pas là, c'est que j'ai bien travaillé. »
l'Ithaa Undersea Restaurant, sacré meilleur restaurant sous-marin du monde en 2015. « Les Maldives, c'était au carrefour de tout : Moyen-Orient, Asie du Sud-Est, chefs venus du monde entier. Ça m'a forgé ». Sri Lanka, Thaïlande suivront… L'Asie sera sa grande révélation : « J'y ai goûté des saveurs que je n'avais jamais découvertes ». C'est le Covid, en 2020, qui infléchit sa trajectoire.
Bloqué en Thaïlande pendant plus de sept mois, il scrute LinkedIn et tombe sur une annonce pour l'ouverture d'un hôtel à Abidjan. Le contact s'établit via le directeur du Mövenpick Hôtel Abidjan, et voilà Mehdi en Côte d'Ivoire. « Honnêtement, à cette époque-là, je me voyais toujours en Asie du Sud-Est. Mais la vie fait que. Et je ne regrette pas ». De fait, la Perle des lagunes, en plein développement, bruisse de promesses. « À Abidjan, il y a de l'engouement, du dynamisme, de l'appétit — au sens propre comme figuré. Les gens ici aiment manger, sortir, s’amuser ».
AU PALAIS WIA
Depuis 2022, Mehdi officie au Palais WIA — boutique-hôtel 5 étoiles du quartier des Ambassades à Cocody, ancienne demeure de Félix Houphouët-Boigny puis de Mobutu Sese Seko — où il propose une cuisine méditerranéenne généreuse — « la tomate, l'huile d'olive, beaucoup de poissons et fruits de mer » — nourrie de touches asiatiques et résolument ancrée dans le local. Un maraîcher cultive pour lui basilic et aromates à la demande, et il s'approvisionne en fruits de mer directement depuis Sassandra. « C'est une obligation, pour moi, d'utiliser le maximum de produits locaux. Traçabilité, contrôle, qualité : c'est fondamental ».
UNE MÉTHODE DE TRAVAIL EN DEUX TEMPS
Sa méthode de travail tient en deux temps opposés : militaire le matin — check-list, suivi de brigade, organisation

millimétrée —, tandis que « parfois, à minuit, je suis en train de dessiner des plats, faire des croquis, réfléchir à des assemblages ». Deux façons de travailler plus complémentaires qu’il n’y paraît : « Je pense que c'est ça qui fait l'équilibre. On ne peut pas être trop rigide et prétendre être créatif. Mais on ne peut pas être juste créatif et espérer que la cuisine tourne ».
L’ART DE LA TRANSMISSION
Mehdi Boumaza enseigne. Auprès de sa brigade, d'abord, avec un calendrier de formation interne étalé sur l'année. Et depuis 2025, au sein de HBFS Training, organisme abidjanais spécialisé dans la formation hôtelière et culinaire, où il dispense des cours aux professionnels et aux amateurs. « Transmettre est une de mes missions. Si ma cuisine marche bien quand je ne suis pas là, c'est que j'ai bien travaillé. Je suis heureux de voir mes équipes progresser, avoir d'autres postes, d'autres responsabilités. Il n'y a pas plus honorable que ça ».
LES PROMESSES D’ABIDJAN
Il croit en Abidjan comme hub gastronomique de l'Afrique de l'Ouest — « le Maroc, l'Afrique du Sud rayonnent déjà. Ici, ça vient » — et salue l'arrivée de chefs étrangers de talent et le retour de la diaspora formée en Europe : « Ils quittent Paris, reviennent ici. Ça prouve qu'il y a quelque chose à construire ». En attendant les labels internationaux — les Michelin et autres Relais & Châteaux — qui seuls, regrette-t-il, font encore office de sésame, il prend plaisir à cuisiner pour
des clients qui viennent chercher une expérience dépassant le simple repas. Quand on lui demande de résumer sa pâte en quelques mots, il répond, avec une évidence tranquille : « Une cuisine qui réunit ».

LES INCONTOURNABLES DU PALAIS WIA
• Magret de canard saisi à la plancha et sa trilogie d’igname, plat signature depuis l'ouverture
• Risotto, variation créative autour du riz
• Le Coco Loco, mousse au lait de coco avec un cœur à l’hibiscus
PALAIS WIA ABIDJAN, COCODY INSTAGRAM PALAISWIA
Photos fournies par Palais WIA
Mon Abidjan
Un tour à Babi avec Nubienne de Mandéké
Chroniqueuse, responsable de département, entrepreneure, actrice culturelle et passionnée d’art africain, Nubienne de Mandéké fait partie des voix qui célèbrent l’Afrique avec authenticité et engagement. Originaire de Toumodi et installée à Abidjan depuis plus de trente ans, elle a fait de la valorisation du patrimoine africain un véritable art de vivre. Solaire, charismatique et profondément attachée à ses racines, elle nous ouvre les portes de son Babi : une capitale d'effervescence et de contrastes où elle cultive l'authenticité, puise dans le passé et réinvente le présent au quotidien.

NUBIENNE DE MANDÉKÉ
« Abidjan inspire par son mouvement : c’est une ville qui pousse à vouloir devenir davantage. »
UNE VILLE DE CONTRASTES
Quand je pense à Abidjan, ce sont les mouvements, la créativité débordante et les contrastes saisissants qui me viennent immédiatement à l’esprit. C'est une ville qui pousse constamment à réfléchir, à créer et à rêver, à vouloir devenir davantage. J'admire profondément la résilience de nos populations et, bien sûr, notre humour à l’ivoirienne qui désamorce tout. À Babi, l'effervescence est telle qu'on a l’impression que tout peut arriver, le pire comme le meilleur.
Pourtant, pour être tout à fait franche, mon havre de paix, ma plénitude, mon refuge émotionnel et ma véritable source d'inspiration se trouvent à Yamoussoukro, la ville de mon enfance. Mes séjours au village, mes déplacements à l’intérieur du pays, nourrissent mon univers artistique et me gardent connectée à mes origines profondes. Cette force, je la ramène à Abidjan. Y être nubienne aujourd’hui, c’est apporter de l’authenticité dans un monde qui a tendance à se couper de ses racines. C'est incarner le Sankofa, cet oiseau mythique de la matrice adinkra : puiser dans le passé et s'ancrer dans le présent pour mieux viser l’avenir.
GOURMANDE, MAIS VERSION COSY
Côté table, je ne choisis pas : j'aime autant l'attiéké-poisson qu'un brunch en rooftop ! Mon plat « Akwaba à la maison », celui qui crie Abidjan dès la première bouchée, c'est l'attiéké abodjama accompagné d'une belle carpe braisée. Simple, vrai et rapide, c'est la perfection !
Pour un moment convivial entre amis « façon Babi », j’ai aujourd'hui une grande préférence pour les repas intimistes à domicile. Si je sors, direction La Taverne Romaine au Plateau. C’est une institution, une adresse sûre qui ne déçoit jamais et traverse le temps avec la même générosité.
MON REFUGE AU CŒUR DE L'ART
C’est le CAVA (Centre Artisanal de la Ville d’Abidjan), plus précisément chez Papi Traoré Nfally, un antiquaire légendaire qui a 100 ans aujourd’hui. Avec lui, je chine de belles pièces. Papi a vu les objets traverser les générations, changer de mains et de significations. Il m'a appris qu'à la place de simples antiquités, il faut y voir des vies, des époques et des héritages. Sa lucidité force l'admiration et me connecte directement à mes racines. Pour ressentir la ville créative contemporaine, je m'échappe ensuite à la Galerie Cécile Fakhoury, un lieu vibrant d'art moderne.
RITUEL FEEL-GOOD
Pour prendre soin de moi, je fonce sans hésiter chez Keemala aux 2 Plateaux ! Ce magnifique spa est un endroit unique, propice à la déconnexion et à la réflexion. Et pour nourrir mon esprit, rien ne vaut une longue session de lecture au milieu du superbe espace vert de la cité où je vis.
SENTIR L’ÂME AFRICAINE À BABI
Après un arrêt obligatoire au CAVA, pour la culture et la mémoire, direction Le Bushman Café à la Riviera, arty et atypique ! Puis La Casa Èkwa à Cocody Mermoz, pour découvrir la gastronomie africaine dans ce qu’elle a de plus raffiné.

LE FAST & CURIOUS DE NUBIENNE
LE MOT IVOIRIEN QUE VOUS ADOREZ ?
Akwaba composé de Ako et Aba qui veut littéralement dire « si tu vas, reviens » ou plus simplement « bonne arrivée ».
L’EXPRESSION ABIDJANAISE QUI VOUS FAIT TOUJOURS RIRE ?
Ya Foye.
LE SON QUI VOUS FAIT DIRE « JE SUIS À ABIDJAN » ?
Premier Gaou de Magic System.
LE PIRE RÉFLEXE ABIDJANAIS ?
Le retard.
UN CONSEIL POUR SURVIVRE À ABIDJAN ?
Ne jamais prendre les choses au premier degré.
NUBIENNE À ABIDJAN, C’EST TOUJOURS… ?
La tradition dans la modernité.
© JMVISUAL
Autour de...
ET SON ARTISTE
ORLU PRINCE OZANGEOBUOMA
PAR ANNE-CLAIRE LECOULS
L'EXPOSITION DU MOMENT
LOVE. AMOUR. LA RÉSIDENCE EKLOMIABLA
Présentée à la Galerie Amani jusqu’au 27 juin 2026, Love. Amour. rassemble un ensemble d’œuvres réalisées par Orlu Prince Ozangeobuoma lors de sa résidence artistique à Eklomiabla, à Assinie. Cette exposition prolonge une recherche picturale intense où le corps devient le point de départ d’une réflexion sur la présence, l’identité et la transformation.
À travers une peinture de style expressionniste immédiatement reconnaissable, Orlu Prince Ozangeobuoma donne vie à des figures aux proportions volontairement déséquilibrées — corps généreux couronnés de têtes menues — qui bousculent les canons classiques de représentation. Ces corps deviennent alors des territoires de mémoire, de visibilité et de réappropriation, où se mêlent douceur, puissance, vulnérabilité et souveraineté.
Jusqu'au 27 juin 2026
Galerie Amani, Zone 4, Abidjan

©DR - « Amour before language », oil on canvas, 2026 - 122 x 183 cm


ORLU PRINCE OZANGEOBUOMA
Artiste plasticien nigérian basé à Lagos, Orlu Prince Ozangeobuoma est diplômé de l’Université de Port Harcourt. Originaire d’Isiokpo, il puise dans son héritage ikwerre pour nourrir une pratique picturale habitée par la couleur et l’émotion.
Figure montante de la scène continentale, il a exposé au Nigéria, à la Biennale de Dakar (2022, 2024), lors de foires majeures à Johannesburg, Tanger et Nairobi, et ses œuvres figurent dans plusieurs collections publiques et privées. Membre actif de la Society of Nigerian Artists, il interroge, à travers ses figures aux corps pleinement assumés, les constructions sociales de la beauté et de l’identité contemporaine africaine.
Sa démarche picturale, profondément incarnée, interroge les constructions sociales liées à la beauté, au regard et à la norme. Ozangeobuoma utilise une matière dense, travaillée par superpositions et épaisseurs, des textures presque tactiles et une intensité chromatique s’articulant autour de rouges et ocres profonds, bleus saturés ou roses charnels. La représentation de la peau en particulier est saisissante.
Traitée comme une matière vivante, elle capte la lumière, absorbe la couleur, révèle une humanité assumée, affranchie des normes restrictives du regard. Un espace de vibration et de présence sensible, conférant aux toiles de Prince Ozangeobuoma une physicalité presque sculpturale.

- « World without end », IS 45_17, mixed media on canvas, 2026 - 90 x 150 cm
©DR - « Amour before language », oil on canvas, 2026 - 122 x 183 cm
©DR
©DR
Autour de...
LA RÉSIDENCE EKLOMIABLA
PAR ANNE-CLAIRE LECOULS


NATHALIE VARLEY MEPLON UNE VISION PORTÉE PAR L’ENGAGEMENT
Depuis toujours, Nathalie Varley Meplon évolue au plus près des artistes. Avant même de diriger des institutions ou de concevoir des projets culturels d’envergure, elle accompagne les trajectoires, soutient les démarches et crée des ponts entre les œuvres, les lieux et les publics. Son parcours international, entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Nord, l’a menée de grandes entreprises privées aux institutions culturelles majeures, forgeant une expertise solide en communication et en rayonnement artistique. Durant seize ans au Grimaldi Forum Monaco, elle contribue à la circulation des œuvres et des regards à l’échelle internationale. Puis, en Côte d’Ivoire, où elle dirige le MuCAT – Musée des Cultures Contemporaines Adama Toungara entre 2021 et 2024, son engagement devient plus ancré, plus direct, au contact des artistes et des réalités du territoire. La résidence Eklomiabla, pensée avec son mari, naît à la croisée de cette trajectoire et d’un désir plus intime : créer un lieu de retrait, d’expérimentation et de liberté pour les artistes.
LA RÉSIDENCE EKLOMIABLA UN REFUGE CRÉATIF ENTRE LAGUNE ET OCÉAN

Située à Sagbadou, à Assinie, aux portes du Parc national des îles Éhotilés, la résidence Eklomiabla — dont le nom en langue apollo signifie « Si tu m’aimes, viens » — s’inscrit dans un environnement exceptionnel. Pensée comme une symbiose entre nature et création contemporaine, elle offre aux artistes un cadre propice à l’immersion, à la recherche, au dialogue et à l’émergence de nouveaux regards. La résidence accueille des créateurs venus d’horizons divers dans des ateliers et espaces de vie pensés pour l’échange. Plus qu’un lieu, Eklomiabla est un laboratoire vivant où se croisent pratiques, cultures et sensibilités. Entre contemplation et création, elle incarne une vision profondément humaine de l’art : ancrée, ouverte et résolument tournée vers le dialogue.
© Beatriz Moreno
© Keykong vision
© Keykong vision
FLÂNER AUTOUR...


AU FIL DE L’EAU DANS LES ÎLES
QUATRE ESCALES ENTRE NATURE, DÉTENTE ET GOURMANDISE PRÈS DE LA RÉSIDENCE EKLOMIABLA À ASSINIE.
Une balade lagunaire dans le Parc National des Îles Ehotilé, c’est la promesse d’une immersion fascinante au cœur de la mangrove. Une expérience bucolique et apaisante, riche en découvertes pour les amoureux de nature.
Assinie Mafia : +225 07 07 97 95 87 / 07 78 73 21 69
PAUSE ARTY ET GOURMANDE AU FOUR ELEVEN
RESORT
Un magnifique jardin, des pièces d'art africain, deux belles piscines et la cuisine afro fusion de la Cheffe Prisca Gilbert. Entre mer et lagune, ce boutiquehôtel est l’adresse parfaite pour un moment raffiné, confidentiel et terriblement gourmand. Four Eleven Resort, La Passe, Assinie.

SE RESSOURCER AU SPA CINQ MONDES
Et si on s’offrait une parenthèse de pure détente ? Au spa Cinq Mondes du Palms Resort Assinie, dans un cadre idyllique, entre nature et océan, tout est pensé pour lâcher prise et libérer l’esprit en douceur. Hammam, gommage, massage aux pierres chaudes… à vous de choisir ! Palms Resort Assinie Managed by Accor, Assouindé.

PARESSER EN BEAUTÉ
AU MALIANE LODGE
Niché au milieu des cocotiers, le Maliane Lodge redéfinit le raffinement au bord de la lagune Aby. Villas élégantes, piscines turquoise, plage et ponton privatifs… On y savoure des couchers de soleil, des dîners au fil de l’eau et des instants rares. Une parenthèse inoubliable. Maliane Lodge, N'Galwa, Adiaké.
Le monde à Abidjan
PARTIR AU JAPON SANS QUITTER BABI

GOÛTER AUX
SAVEURS NIPPONES CHEZ NŪSHÌ
Cet écrin contemporain réinterprète la gastronomie japonaise : sushis, makis, chirashis, gyosas, teppanyaki, yakitori ou autres ramens… une escale sensorielle où se mêlent couleurs et saveurs. Abidjan, Zone 4.

L’ART DU KIMONO
REVISITÉ CHEZ KIRU'MONO
Entre héritage nippon et créativité contemporaine africaine, Kiru'Mono réinvente le kimono avec une élégance audacieuse. Des pièces uniques et sophistiquées comme un pont entre deux cultures. Disponible chez Yarê, Noom Hotel Abidjan Plateau.
Ramens fumants, rituels du thé, savoir-faire ancestraux ou inspirations vestimentaires : Abidjan cultive plus que jamais sa passion pour le Japon et offre mille façons de s’immerger dans l’univers nippon. Départ pour le pays du SoleilLevant sans quitter la ville !

ORIGAMI, CALLIGRAPHIE ET IKÉBANA AU JAPAN CORNER
Au Japan Corner, l’art japonais se découvre du bout des doigts ! Pli après pli, trait après trait, chaque atelier invite à explorer la beauté du détail et la philosophie du geste pour une immersion culturelle tout en douceur. Abidjan, Cocody.

CÉDER À LA TENDANCE MATCHA CHEZ CAFÉ CONTINENT
Véritable star des coffee shops japonais, le matcha s’est aussi fait une place à Abidjan ! En version classique ou revisitée, en latte glacé ou pâtisseries, cette poudre de thé vert promet de nouvelles expériences gourmandes. Abidjan, Plateau et Zone 4.
PAR B MAG




Le Panier de Yoplait est de retour ! Toujours aussi onctueux avec de vrais morceaux de fruits : fraise, abricot, fruits des bois et le nouveau parfum Ananas !
MICHEL SORO, MAÎTRE EN SES TERRES
PAR ÉLODIE VERMEIL
Il est environ 23h30 ce 10 juin 2026 au Parc des expositions d’Abidjan. L’arbitre arrête le combat. Hassan Mwakinyo, le puncheur tanzanien, s’est incliné par TKO au 9e round, sous les coups d’un Michel Soro qui semble avoir du mal à réaliser. Le Franco-Ivoirien vient pourtant de faire exactement ce qu'il avait promis : boxer chez lui, gagner chez lui, et offrir à la Côte d’Ivoire son premier titre mondial, 50 ans après la défaite crève-cœur du légendaire Séa Robinson. Cette nuit-là, la dette est soldée : une nouvelle histoire peut débuter.

« Je n’ai pas le droit de perdre dans mon pays ». Cette phrase, Michel Soro en a fait son mantra. Car ce qui s'est joué ce soir du 10 juin était bien plus qu'un titre mondial : c’était un pacte entre un homme et sa terre – « ma jeunesse, mes racines, un repère avec lequel j’ai gardé des liens qui coulent encore dans mes veines ». Parti précocement de Côte d’Ivoire et venu tardivement à la boxe, Soro a arpenté les rings d'Europe et d'Amérique du Nord pendant près de 18 ans avec, toujours, ce rêve en tête : boxer, un jour, au pays. Un rêve que Dream Ring Promotion l'a aidé à concrétiser, et dans lequel il s'est lui-même impliqué bien au-delà du ring, tout en préparant le combat de sa vie.
UN GALA DE CLASSE INTERNATIONALE
Pour le match le plus symbolique de sa carrière, que Tidiane Touré a voulu une « ode à l’excellence […] ivoirienne », toutes les conditions étaient réunies : l’un des sites événementiels les plus modernes et les mieux équipés d’Afrique subsaharienne,
Photo fournie par Michel Soro

une fight card exceptionnelle avec des combattants d’envergure internationale, un public acquis à sa cause, et une diffusion en direct sur Canal+ Afrique dans une vingtaine de pays. Sans oublier Hassan Mwakinyo, 25 victoires dont 18 par KO, ancien champion intercontinental WBF, puncheur capable de tout renverser : pas un fairevaloir, une menace réelle.
« CE SOIR IL POUSSE LA PORTE DE SON RÊVE »
Silhouette féline parée des couleurs OBV, le Michel Soro qui remonte l’allée ce soir-là ne s’appartient plus : il appartient à son peuple, dont il canalise la ferveur et auquel il veut tant rendre. Son visage sculpté – front haut, mâchoires taillées, regard profond –, presque minimaliste dans l’expression, est un masque sous lequel se barricadent les émotions, principales adversaires de ce combat – lui qui dit ne pas vouloir trop voir ses enfants avant un match « parce que ça [l]’adoucit ». Cette salle qui l’accueille contient bien plus que quelques milliers de spectateurs : un pays tout entier, et tout ce pour quoi il a boxé partout sans jamais boxer ici, allant chercher à l’étranger ce qui fera la différence ce soir — d’autres méthodes, d’autres discours, une façon de voir différente. La formation la plus complète.
EN ÉTAT DE GRÂCE
Le combat qu’il livre est à son image : élégant, réfléchi, méthodique. On y sent aussi une détermination farouche, qui semble parfois se muer en rage : la défaite n’est pas une option, il l’a suffisamment dit, et il va le prouver. Dès le premier round, face à un Mwakinyo attentiste, Soro cherche l’ouverture, entre directement dans le combat. Au 2e round, première droite, premières accélérations, coups au corps, Hassan dans le reculoir, moins rapide que Soro mais néanmoins précis. La tension est palpable. Soro finit le 3e round en force avec un crochet, les enchaîne au 4e round et multiplie les combinaisons puissantes. On sent qu’il veut cette ceinture, qu’il a envie d’une victoire éclatante, une victoire avant la limite des 12 rounds impartis. L’écart de puissance entre les deux boxeurs est flagrant. Mwakinyo, pris de vitesse, commence à accuser le coup tandis que Soro, implacable, poursuit sa marche en avant. Stratégique et résistant, le Tanzanien change de garde, amortit les coups en se « couchant » dans les cordes, descend sur ses jambes. Après un 7e round dominateur, le 8e round, pour Soro, est celui de la « récupération »… Au 9e, il assène à son adversaire le coup de grâce qui le sacre nouveau champion du monde IBO des poids moyens. Joseph Germain, son entraîneur, ne s’y était pas trompé en lui disant dans le coin : « C’est ton jour aujourd’hui ».

UN POINT DE DÉPART
« Merci la Côte d’Ivoire, ce n’est pas fini ». Ce soir-là, encore sous le coup de l’adrénaline, Michel Soro ne s’exprime pas en roi qui contemple son trône : il parle en bâtisseur. Bien sûr, il défendra sa ceinture, et ira chercher d’autres titres à la force des poings. Mais ce rêve devenu réalité n’est pas une destination, c’est une étape. Derrière cette ceinture tant convoitée brillant sous les projecteurs du Parc des expositions, se dessine déjà un autre projet plus large, plus collectif : sacrer non pas un seul roi, mais toute une génération. Et faire de cette nuit de ferveur le premier chapitre d'une histoire collective.
DREAM RING PROMOTION
Fruit de la rencontre entre l’entrepreneur et promoteur Tidiane Touré et Michel Soro, Dream Ring Promotion (DRP) est une structure de promotion pugilistique dont l'ambition affichée est de faire de l'Afrique une place forte de la boxe mondiale.
Sa mission : révéler les talents du continent, leur offrir une plateforme de visibilité internationale et redonner au noble art africain le rayonnement qu'il mérite. Le gala The Dream 1, premier championnat du monde organisé en Côte d'Ivoire depuis 1976, est son acte fondateur. DRP entend en faire le premier d'une longue série et, au-delà, pallier un manque structurel criant : l'absence, sur le continent, de centres d'entraînement de haut niveau capables de préparer les boxeurs africains à leur vrai potentiel.
« Pour moi, l’Afrique représente un vrai vivier de champions. Le gala Dream 1 est, je l’espère, le premier d’une longue série pour découvrir ces talents. Il ne s’agit pas d’un « one shot » : plusieurs dates sont prévues en Afrique subsaharienne, ainsi que des stages de détection. La Côte d’Ivoire, c’est le point de départ. À terme, l’idée est d’ouvrir un centre de formation où les plus méritants pourront se former dans les meilleures conditions, réaliser leur potentiel et vivre de leur rêve. »
Bavardage avec...
LE MAGNIFIC
LECOULS
Figure de proue de l'humour ivoirien, Le Magnific fait partie de cette génération qui a su professionnaliser le stand-up en Côte d'Ivoire en mêlant observation sociale et dérision. Connu pour ses personnages hauts en couleur et son talent d’imitation des accents ouest-africains, il a progressivement gravi les échelons pour devenir aujourd’hui un habitué des grandes scènes. Il s’est prêté au jeu des questions avec sincérité et humour, évidemment !
LE JEU DES QUESTIONS, TOUJOURS AVEC HUMOUR !



LA QUESTION DU DÉBUT
Quand as-tu su que tu étais fait pour l’humour ?
L'humour, c'est une affaire de famille ! Ma grand-mère et mes oncles faisaient déjà rire tout le village. Quand je suis arrivé à Abidjan, moi, je voulais chanter ! Mais en studio, je ne pouvais pas m'empêcher de raconter des blagues. Le déclic a eu lieu lors de la veillée funèbre d'un parent de mon arrangeur. Quand j’ai chanté, les gens ont quitté les bâches ! Ils sont revenus en masse quand j'ai fait mes sketchs, ils ont ri et ont même commencé à faire le « travaillement » sur moi. Mon arrangeur m'a dit : « Tu as vu non ? Prends ça au sérieux ! »
LA QUESTION « GNONMI AVEC SUCRE »
Quel est le souvenir le plus « sucré » de ta carrière ?
Bonjour 2010 ! Avant ça, je jouais dans les espaces zouglou, les mariages, les baptêmes... Mais Bonjour, c’est l'émission de fin d'année de la RTI que tous les humoristes veulent faire ! En 2010, quand j'ai été retenu pour partager le podium avec les grands frères ivoiriens et africains de l’humour, j'avais le trac. Je ne savais pas si ce que j’allais jouer allait plaire ou pas… et, j'ai été sacré révélation de l'année ! C'est là que j'ai compris que mon nom « Le Magnific » était un vrai porte-bonheur.
LA QUESTION «
VRAI-VRAI »
Entre nous, sur qui testes-tu tes blagues ?
Quand une idée me vient, je la teste tout de suite sur mon entourage : mon manager, mes amis proches, les gars du quartier ou ma femme. Il n'y a pas de cobaye officiel, je la balance à celui qui est là et disponible pour m'écouter. En plus de rigoler ensemble, ce sont mes juges les plus sévères ! S'ils me disent : « Hmm, change ici, c'est pas bon », je les écoute direct !
LA QUESTION « EMBOUTEILLAGE »
Avec quel personnage aimerais-tu être coincé dans les bouchons ?
Akouba Parle Mal, direct ! Elle est tellement drôle, avec ses répliques bien à elle et ses expressions qui sortent de nulle part. Avec elle, c'est le fou rire garanti du début à la fin du trajet. Impossible de s'ennuyer ou de s'énerver dans les bouchons avec Akouba à côté !
LA QUESTION DE TROP !
Celle qu’on te pose tout le temps et qui t’énerve ?
Quand quelqu’un te regarde et te dit « Faut me faire rire ! » ou qu'on te colle un téléphone sous le nez en disant : « Dis un truc drôle on va rire ! Raconte-moi une blague, là ! »… Oui, ça, ça m’énerve, mais j’évite de m’énerver. Je garde toujours mon calme et je quitte doucement.
LA QUESTION « RETRAITE DORÉE »
Quand tu seras un « Vieux Père » de l'humour, tu te vois où ?
Partout ! Entre l’Europe, l’Amérique et la Côte d’Ivoire. En mode voyage, toujours en train de bouger. J’ai déjà plein d'idées : organisateur ou formateur, dans le football, par exemple. J’ai un diplôme d’entraîneur aussi, donc je peux être agent de joueurs, président de club, consultant de plateau télé… bref, toujours dans l’action !
LA DERNIÈRE
Que prépares-tu pour ton prochain grand rendez-vous ?
Un spectacle inédit, exceptionnel. Un spectacle avec lequel je pourrai faire le tour d'Afrique, le tour d’Europe et le tour des Amériques ! Tous ceux qui comprennent le français vont se retrouver là-dedans ! Ce spectacle-là, il est de norme universelle. Il passera au Palais des Congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire en fin d’année. Donc, attendez-vous à le voir bientôt. Ça, ça va crépiter !
FAST AND CURIOUS
· Trois mots qui te décrivent ? Humilité, travail, sociable.
· Blague bien écrite ou improvisation totale ? Blague bien écrite.

· Le mot le plus drôle dans le nouchi pour toi ? Maudia ! Avec toutes ses significations qui changent selon le ton et le contexte.
· Si tu n’étais pas humoriste, tu serais ? Footballeur !
· Le Magnific, c’est un métier ou une mission ? Les deux ! La mission d’apporter la joie, de partager et de soigner parfois par le rire, mais avec les exigences d’un professionnel.
Crédit photos : Le 78 Studio - Harmid Lankoandé
Le breakdance au sommet
B-BOY DELKRIM
PAR ÉLODIE VERMEIL
Il y a loin du timide gamin de Yopougon à B-Boy DelKrim, double champion d’Afrique entré en 2025 dans le Top 8 mondial du World Breaking Classic. Son histoire, c’est celle de la débrouille et d’une audace tranquille ayant rendu possible un rêve qu’il n’aurait même pas osé formuler. Récit d’une ascension menée, littéralement, au corps à corps avec la gravité.

« J’étais un enfant très timide. La danse me plaisait beaucoup, mais je n’osais pas m’y mettre, car je redoutais les regards des autres. »
Un peu moins de deux décennies plus tard, ces regards, DelKrim les aimante sur les plus grandes scènes de la planète, enchaînant battles et finales, jusqu’à décrocher deux titres de
champion d’Afrique en 2023 et 2024, et se hisser parmi les meilleurs breakdancers mondiaux. Entre les deux, des années de travail acharné portées par une passion têtue, mais aussi quelque chose de plus discret : une gentillesse désarmante et une spontanéité qui, sans calcul ni forcing, l’ont naturellement conduit vers les bonnes personnes et les rencontres décisives.
PREMIERS PAS
Né en 1998 à Yopougon, DelKrim — Kevin Djanhoun à l’état civil — est le petit dernier d’une fratrie de sept. Enfant, il aime « fabriquer des choses » : petites voitures, figurines de catcheurs, lance-pierres armé desquels il part à l’aventure dans la brousse de Yopougon Gesco avec son cousin Morel. Il y a le football aussi, bien sûr. Mais Kevin, lui, sera cueilli par une autre vocation. En 2013, il découvre la street dance grâce au film Step-Up. C’est le déclic. Sur l’ordinateur familial, il se met à explorer ce nouvel univers qui s’ouvre à lui avec ses codes, ses figures et sa discipline propres. Découvre B-Boy Lilou, légende vivante du break. Commence à reproduire les mouvements des vidéos YouTube dans le salon, sous le chambrage de ses grands frères. S’intéresse à la nutrition, aux étirements, à la callisthénie…
DE DANSEUR DE QUARTIER
AUX JEUX DE LA FRANCOPHONIE
En 2015, il rejoint le groupe Korbo Master et se produit pour la première fois sur scène au Festival des Grillades. IPad (Erval Elenga), leader du crew et mentor décisif, lui transmet toutes ses connaissances et le prend sous son aile alors qu’il a quitté l’école pour soulager son père malade.
L’année suivante, Korbo Master est sélectionné pour représenter la Côte d’Ivoire aux 8e Jeux de la francophonie, organisés en 2017 à Abidjan. « On est passés de petits danseurs de quartier à un évènement international, face à des pays où la scène hip-hop est beaucoup plus développée ».
Sous la houlette du coach Kouassi, le groupe suit une formation quasi militaire : entraînements de huit heures par jour, préparation stratégique aux battles, compréhension des codes de jugement. Autant d’outils qui affûteront les armes du jeune breaker. Grâce aux Jeux, il réalise aussi que l’on peut vivre de la danse, et s’y consacrera dès lors pleinement.
EN ROUTE POUR LES ÉTOILES
Les années suivantes, DelKrim enchaîne battles, collaborations et voyages. À force de poster ses entraînements et prestations sur les réseaux, il fédère toute une communauté de breakers autour de lui. L’un d’eux, le Togolais D-fo, l’aide à décrocher une place au sommet Afrique-France qui se tient en 2021 à Montpellier, où il se hisse en finale et remporte une seconde place — déjà une victoire en soi.
Son nom commence à circuler, sa respectabilité grandit, des partenariats se nouent avec des institutions qu’il croyait jusque-là « impénétrables ». L’Institut français, notamment, accueille favorablement son projet d’Ivoire Breaking Competition (IBC), plateforme d’expression incontournable pour les breakers ivoiriens — dont la 4e édition se tiendra le 19 septembre 2026. Quelques années plus tôt, on le

chassait des lieux publics quand il s’entraînait sans autorisation, et voilà que désormais on lui ouvre les portes du théâtre de verdure pour faire danser une nouvelle génération.
Car IBC, plus qu’une simple compétition, est un manifeste : en invitant des B-Boys et B-Girls d’autres pays africains, parfois des figures internationales — parmi lesquelles Lilou ainsi que Dany Dann, médaillé d’argent aux Jeux olympiques d’été 2024 où le breakdance a fait son entrée officielle —, DelKrim contribue à donner à Abidjan une visibilité croissante sur la carte mondiale du break.
DANSER COMME ON VIT ET VIVRE COMME ON DANSE
Sur le dancefloor, DelKrim développe un style précis et explosif : footwork nerveux, lignes nettes, musicalité fine. Il y injecte des inflexions « 225 » — attitudes et micro-gestes issus des danses urbaines ivoiriennes — qui rendent sa signature immédiatement reconnaissable.
Fluide et sincère, il danse comme il vit et vit comme il danse, et c’est sans doute cette sincérité-là, cette façon de composer avec ses ressources et ses angles morts en assumant de partir de là où il est, qui fait la différence. « Je n’ai pas le bac, mais j’ai appris à monter un projet, gérer un budget ». Même scénario en 2022, lorsqu'il est sollicité pour un concert de Suspect 95, son idole de toujours : sans la moindre expérience, il imagine en deux jours une dizaine de chorégraphies qui embraseront le public. S'ensuit une collaboration durable avec l'ambassadeur du Rap Ivoire, dont il devient le chorégraphe attitré.
FAIRE DE LA CÔTE D’IVOIRE UN VÉRITABLE FOYER DU BREAK
Aujourd’hui, parallèlement à IBC, DelKrim s’investit dans des collectifs comme Ivorian Flava ou Le IIIe Prototype, qui fédèrent breakers, danseurs de krump, de popping et de new style. Objectif : structurer un écosystème et faire en sorte que la nouvelle génération puisse bénéficier de tout ce qu’il a dû apprendre seul, particulièrement les B-Girls, encore trop rares sur la scène break africaine.
À court terme, il veut continuer de progresser, « remporter de plus gros titres et représenter le drapeau OBV sur les plus grandes scènes ». À plus long terme, faire d’IBC une compétition de référence en Afrique, ouverte aux danseurs du monde entier, et renforcer la visibilité des breakers ivoiriens.
Au fond, et c’est sans doute sa plus grande force, DelKrim ne s’est jamais vraiment éloigné de l’enfant qu’il était : un gamin qui invente ses propres outils avec ce qu’il a sous la main. La différence, c’est que désormais, chaque fois qu’il tourne sur sa tête, il emmène avec lui un quartier, un pays, une scène qui s’invente et se soude en avançant.
© Kwame

La voix du retour, le chant du passage
RUTHTAFÉBÉ
PAR ANNE-CLAIRE LECOULS
Il y a chez Ruth Tafébé quelque chose de profondément calme. Une manière de parler sans hausser le ton. Mais derrière cette douceur, on sent une vigilance constante, une profonde conscience du monde. Quand elle chante, sa voix, enveloppante et habitée, transporte les émotions avec une force presque spirituelle. La musique, elle en fait un espace de résistance et d'amour, une matière vivante, chargée d’histoires, de luttes et de transmissions. Après une longue absence discographique, la chanteuse ivoirienne revient aujourd'hui avec un troisième opus, Passage : un disque mûri à l'ombre des grands bouleversements de l'existence, qui sonne comme des retrouvailles avec elle-même et ave son public.
D'UNE RIVE À L'AUTRE
Née en Côte d’Ivoire, façonnée par des allers-retours entre l’Afrique, l’Europe et les États-Unis, Ruth Tafébé porte en elle une cartographie intime où chaque escale a laissé une trace indélébile. Adolescente à Montpellier, elle fait ses premières armes avec le groupe Sagrada Familia. Elle explore les textures électro aux côtés du DJ Sundae au sein de The Sunshipp. Mais c’est à New York, au cœur de Harlem, qu’elle jette ses ancrages les plus profonds en s'immergeant dans l’afrobeat lors de résidences intenses au St Nick's Jazz Pub. Sa rencontre avec le regretté Tony Allen, monument du rythme, scellera sa trajectoire, lui insufflant une rigueur et une profondeur rares.
De retour sur la terre de ses origines, elle continue de sculpter une identité singulière. Quand on lui demande comment elle définirait sa musique, elle répond simplement : « Highlife au féminin ». Et ça lui ressemble parfaitement. Il y a chez elle du reggae, du jazz, des rythmes ouest-africains, du rock, du spoken word parfois. Mais surtout une façon très personnelle de raconter les choses.
« Je ne pouvais pas me contenter de raconter les faits marquants de mon histoire sans dire ce qu'ils ont fait de moi. »
PASSAGE, LE MOMENT OÙ TOUT CONVERGE
L’album Passage est né lentement. « Je suis revenue vivre en Côte d'Ivoire alors que mon deuxième album était en phase de finalisation », raconte Ruth. « Puis le Covid est arrivé. Beaucoup de choses se sont arrêtées en Europe où j'avais, jusque-là, construit ma carrière ». Elle choisit alors de poser ses valises et de donner vie à un projet qui lui tient à cœur : créer le festival Bo Balo à Bouaké, la ville de son enfance. Ce retour aux sources et le choix fort de se réinstaller pleinement constituent le véritable terreau de sa nouvelle musique. « Il a fallu du temps pour que je retrouve la disposition d'esprit nécessaire à la créativité, mais j'ai aussi compris que ces années avaient été nécessaires pour que je puisse, enfin, verbaliser les faits marquants de ma vie. »
Passage est né de cette convergence : le deuil de son mentor Tony Allen, la réinstallation au pays, la complicité nouée avec la scène locale, et ce stade de la vie où les enfants grandissent, s'autonomisent, laissant la place à la sagesse nécessaire pour dépasser ses propres limites.
UN ALBUM DE VIE : DE L'ENFANCE À LA MATURITÉ
Passage se déploie comme un arc narratif, de l’enfance à la maturité. Ce n’est pas un hasard. Ruth a eu une enfance marquée par l’instruction, les apprentissages du quotidien, les livres, les récits. « Mes parents m'ont laissée saisir, dans notre quotidien, chaque opportunité d'apprentissage… Mon père, lui, a, littéralement, saisi chacun de nos échanges comme un moment de transmission. Chaque récit historique, chaque blague. Tout cela avec beaucoup de musique en fond sonore. »
« La première chose que je transmets, c'est de l'amour. »

Cette enfance riche, nourrie de culture et de rituels partagés, lui a donné les armes pour affronter les zones d'ombre, les mauvaises rencontres et les deuils de la vie adulte. Construire l'album sous la forme d'une trajectoire humaine était une évidence. « Je ne pouvais pas me contenter de raconter les faits marquants de mon histoire sans dire ce qu'ils ont fait de moi… Et dire juste qui je suis aujourd'hui n'aurait pas valeur de témoignage si j'omettais les épisodes précédents. »
L'album, c’est donc neuf titres, neuf chapitres arrangés avec The Afrosoulmessengerz. Le résultat est organique, chaleureux, parfois brut. On y entend autant la femme, la citoyenne du monde, la mère de deux enfants, qui rêve encore d’un monde où l’enfance est sacrée et protégée, et où l’atmosphère reste respirable. Elle y chante en tagbana, en malinké ou en français selon les émotions, les messages et les combats qu’elle souhaite transmettre.
PROTÉGER LES SANCTUAIRES
Ruth appelle de ses vœux un monde où l'atmosphère n'est pas polluée et souhaite activement que les zones de conflit redeviennent des écrins de paix pour les plus petits. Face au cynisme ambiant, elle refuse de se taire ou de se laisser submerger par la tristesse. Comment porter de tels sujets sans s’effondrer ? « C'est difficile, mais nécessaire, car il faut pouvoir argumenter face au cynisme de ce monde. Plusieurs sentiments m’animent dans ces moments. Je laisse juste sortir un peu de colère, juste assez pour ne pas m’effondrer devant ceux qui ne reconnaissent que le profit comme moteur du monde. »
Quand elle monte sur scène, l'activisme s'efface pourtant derrière une intention beaucoup plus universelle, presque désarmante de simplicité. « Je cherche à établir un contact avec le public afin qu'il entende le message, même quand il ne comprend pas les paroles. La première chose que je transmets, c'est de l'amour. Et c'est l'essentiel de mon message. »
THE AFROSOULMESSENGERZ
Autour de Ruth Tafébé, The Afrosoulmessengerz réunit Glaz, Ange Bouely, DesyKbeat, Donatien et Ake Sempé dans une formation à géométrie variable mêlant basse, guitare, batterie, balafon et percussions. Un groupe construit autour des rythmes ouest-africains, du highlife, du reggae et de la soul.
Spécial Vacances
LES LECTURES DE AMÉLIEMADAME
PAR AMÉLIE N'DIA

L’été approche, les vacances aussi… et avec elles, le plaisir de prendre enfin le temps de lire.
Voici une sélection de lectures variées à glisser dans votre sac et à savourer partout, au fil de vos moments de détente.

MASQUES IDENTITAIRES DE SORO DONIPIESSION EMMANUEL
UN POÈME PAR JOUR…
Dans ce recueil, vous découvrirez de la poésie. De la poésie grave, tant par sa forme d’écriture que par son sujet, mais de la poésie nécessaire. Les poèmes sont courts, efficaces et portés avec force. L’auteur, Soro Donipiession Emmanuel, aborde la question de l'exil, des origines et de leurs conséquences, comme par exemple, le racisme sur la vie quotidienne. Autant de questions universelles qui touchent chacun d’entre nous.
EXTRAIT : LA RUPTURE
« Il n’y avait que des broussailles
Rien que des arpents de caillasse
Qui séparaient nos lieux.
On allait puis revenait
Sans souci
Sans aucune peur
Sans tabou
Même la gamelle
Nous la prenions ensemble
Si fiers
Si paisibles
Si libres.
Aujourd’hui des barbelés minés
Séparent nos lieux.
Nul ne se hasarde
Sous le hameau de son compatriote
Chacun craignant les ruades
De celui qui a été l’ami d’hier. »


LA VOLEUSE
MYSTÉRIEUSE
DE JEAN-PIERRE
MUKENDI
QUAND LE MYSTIQUE
DEVIENT NATUREL
Ce livre pour enfants nous plonge dans une ambiance particulière et raconte l'histoire de Mobio, un jeune homme vivant dans un village paisible. Il travaille dans les champs et finit par prendre la relève de son oncle cultivateur. Un jour, sa vie tranquille est troublée par l’apparition de la sorcière de la rivière...
Toute la saveur de ce récit réside dans la relation qui s'instaure entre la sorcière et Mobio, et dans la façon dont le mystique infiltre le quotidien… quittant le surnaturel pour devenir naturel. Le texte est également porté par une illustration intéressante, particulièrement autour de la sorcière.
À PROPOS DE L’AUTEUR
Jean-Pierre Mukendi est l'auteur de nombreux livres pour enfants. Je vous recommande notamment une série d'albums poétiques à l’adresse des tout-petits, éditée chez JD édition.

LES AMOURS DE MACHÉRIE
DE MARGUERITE ABOUET
RIGOLADE ASSURÉE
Marguerite Abouet nous propose ici un format un peu oublié et surtout kitsch : le roman-photo ! Il met en scène Machérie : elle vit à Paris et se retrouve obligée d'aller faire sa dot à Abidjan, car ses parents sont impatients de la marier. Mais catastrophe ! Son fiancé « blanc » vient de la laisser tomber. Pour « quitter dans ça », elle décide de recruter le mendiant de son quartier, de le déguiser en son exchéri et de le ramener en Côte d'Ivoire. Bien sûr, les choses ne se passent pas aussi facilement qu'elle l'avait prévu.
Entre scénario abracadabrantesque, photos délirantes et texte hilarant, les fous rires sont garantis à chaque page ! La lecture parfaite pour les vacances.

PETITS MARCHÉS DE CÔTE D'IVOIRE DE NABIL ZORKOT UN TRÈS BEAU LIVRE SUR LES MARCHÉS, DONT LES PHOTOS DONNENT ENVIE DE MANGER.
Dans ce magnifique livre de photos, vous découvrirez les marchés des différentes régions de Côte d’Ivoire. Chaque présentation est introduite par un texte qui décrit à la perfection la manière dont les marchandes accueillent les voyageurs, leurs sourires, l’organisation des étals, les interactions entre les vendeuses… Nabil Zorkot y met parfaitement en valeur leur savoir-faire, avec un regard juste. L'œil du citoyen qui révèle la beauté de son pays et souhaite la partager. Un livre que l’on peut feuilleter, butiner, ou lire dans son entièreté.

UN CŒUR À REPRENDRE DE TCHONTÉ SILUÉ LE ROMAN PARFAIT POUR LES VACANCES ?
C'est l'histoire de Mya et de ses deux copines Bintou et Assia. On les découvre toutes les trois en fin de vingtaine, mais à des étapes différentes de leur vie, notamment sentimentale. Mya est célibataire, et, sous la pression de sa famille, elle envisage de se marier. Bintou, bien qu'elle soit en couple et amoureuse, ne veut pas entendre parler d’engagement. Assia est mariée et mère.
Le récit va suivre les potentielles rencontres amoureuses de Mya. Pourtant, sous couvert d’un roman sentimental – que la couverture et le titre de l’ouvrage nous promettent – l'auteure va aborder des sujets bien plus profonds, tels que le poids de la tradition, l'émancipation des femmes, la santé mentale, le monde du travail, l'amitié… Un roman pas si léger finalement et bien ancré dans la réalité.
10 ans d’ambition éducative entre Afrique et monde
ENKO ABIDJAN
PAR B MAG

Fondée en 2016, Enko Abidjan s’est imposée en une décennie comme l’une des références incontournables de l’enseignement international en Côte d’Ivoire. Intégré au réseau panafricain Enko Education — présent dans 11 pays avec 19 écoles —, cet établissement audacieux poursuit une ambition claire : offrir aux élèves africains un accès privilégié aux meilleures universités de la planète grâce à un modèle pédagogique exigeant, moderne et accessible.
UNE HISTOIRE DE CONFIANCE, D'EXCELLENCE ET D'ANCRAGE
Le pari initial d'Enko Abidjan reposait sur une conviction forte. Comme le rappelle sa directrice, Mme Sokona Koné : « Lorsque Enko Abidjan a ouvert ses portes en 2016, nous étions convaincus qu’un jeune en Afrique pouvait accéder aux meilleures universités du monde sans devoir quitter son pays dès le secondaire. Dix ans plus tard, cette conviction est devenue une réalité pour des centaines de familles. »
En proposant un continuum complet de la maternelle au lycée, l'établissement a comblé un vide pour les parents soucieux d'offrir une ouverture internationale à

leurs enfants sans les déraciner dès l'adolescence. « Les familles n’ont plus à choisir entre rester proches de leurs enfants et leur offrir une formation capable d’ouvrir les portes des meilleures universités du monde », se félicite la directrice. L’école se distingue nettement d’une structure internationale classique par son positionnement hybride. Elle ne se contente pas d'importer des standards occidentaux, elle valorise l'identité culturelle locale. « Enko a choisi de construire un modèle qui allie les standards académiques les plus reconnus au monde à un profond ancrage dans les réalités, les cultures et les ambitions africaines », précise Mme Sokona Koné.
Mme Ginette Dalpe, ancienne directrice d’Enko Abidjan, entourée de Mme Sokona Koné, directrice de l’établissement, et de M. Eric Pignot, fondateur et CEO d’Enko Education.
DEUX CAMPUS, DEUX TRAJECTOIRES
VERS LA RÉUSSITE
Pour répondre à la diversité des projets éducatifs des familles ivoiriennes et expatriées, Enko Abidjan déploie ses activités sur deux sites stratégiques aux identités distinctes et complémentaires : le campus Riviera et le campus Angré.
Le campus Riviera incarne le cœur historique de l'établissement. Il propose un parcours bilingue français-anglais complet, de la maternelle au lycée. Ce site dispense le prestigieux programme du Baccalauréat International (IB), pour lequel l'école est officiellement accréditée depuis 2019. Axé sur une pédagogie centrée sur l’autonomie, des classes connectées et une approche numérique, Enko Riviera prépare les élèves au Middle Years Programme (collège) puis au Diploma Programme (lycée).
Le campus Angré s’adresse aux familles recherchant une immersion anglophone totale pour le secondaire (Grades 6 à 10). Évoluant dans un environnement 100 % anglophone, ce site suit le curriculum Cambridge et l’International English Program. L'enseignement met l’accent sur la maîtrise linguistique, les sciences, les technologies, ainsi que sur des activités de leadership et de débat.
Face à cette dualité, Mme Sokona Koné explique : « Notre croissance s'est construite autour d'une vision commune : former des élèves capables de réussir partout tout en restant eux-mêmes. Le programme IB d’Enko Abidjan Riviera est particulièrement apprécié pour son approche holistique, son bilinguisme et son développement de la pensée critique. À Angré, le curriculum Cambridge offre une immersion anglophone complète et une progression académique aussi reconnue mondialement. Notre objectif n'est pas d'imposer un modèle unique, mais d'offrir différents chemins vers la réussite internationale. »
UN BILAN CONCRET ET DES AMBITIONS MONDIALES
Dix ans après sa création, les indicateurs de performance d'Enko Abidjan valident la pertinence de sa méthode. Les diplômés ont d'ores et déjà intégré plus de 100 universités prestigieuses réparties dans 17 pays, parmi lesquelles des institutions de premier rang mondial comme Harvard University, McGill, l'Université de Toronto, l'Université de la ColombieBritannique, l'Université de Sydney, Temple University, l'Université d'Ottawa ou encore Sciences Po Paris. De plus, 19 % de ses bacheliers sont admis dans le top 200 du classement mondial QS, totalisant un montant cumulé de 9,8 millions de dollars de bourses d’études obtenues.
Cette réussite repose sur un encadrement stratégique et individualisé dès la classe de seconde. L’école intègre un programme d’orientation universitaire structuré sur plusieurs années pour aider les élèves à concevoir leurs dossiers de candidature et à développer leur leadership. Pour la directrice, l'avenir de l'établissement consiste à consolider cette position de leader en Côte d'Ivoire et en Afrique de l'Ouest : « Notre priorité est de continuer à renforcer la qualité de l'expérience éducative à chaque étape du parcours de l'élève. Nous souhaitons développer davantage les opportunités d'orientation universitaire, les programmes de leadership, l'innovation pédagogique et les partenariats internationaux. »

Diretrice d'Enko Abidjan
· Statut : école internationale bilingue et anglophone, membre du réseau Enko Education (19 écoles dans 11 pays d’Afrique)
· Accréditation IB (Baccalauréat International) : Campus Riviera (depuis 2019)
· Curriculum CambridgeCampus Angré
· Palmarès en 10 ans : diplômés admis dans plus de 100 universités réparties dans 17 pays, dont Harvard, Yale, McGill et Sciences Po ; 19 % des bacheliers admis dans le Top 200 du classement mondial QS
· Bourses obtenues : 9,8 millions de dollars américains de bourses d’études obtenues par les élèves
· Pédagogie : Approche holistique combinant l'excellence académique, l'autonomie, l'esprit critique, le sport, les arts, l'entrepreneuriat et les projets communautaires.
« Notre approche repose sur trois piliers : l’Afrique, le monde et l’avenir. Concrètement, cela signifie que nos élèves apprennent à comprendre et valoriser leur héritage africain tout en développant les compétences nécessaires pour évoluer dans un environnement international. Nous refusons l'idée selon laquelle il faudrait choisir entre une identité africaine forte et une ouverture internationale. Au contraire, nous voulons que nos élèves comprennent que leur identité constitue une richesse et un avantage dans un monde globalisé. Nous souhaitons qu'ils puissent évoluer dans les meilleures universités et les plus grandes organisations du monde tout en restant profondément connectés à leurs valeurs, à leur histoire et à leur continent. En résumé, Enko Abidjan ne forme pas seulement des élèves capables d’accéder à des établissements d’excellence ; nous formons des jeunes en Afrique ambitieux, confiants dans leur identité, ouverts sur le monde et prêts à avoir un impact positif sur leur communauté et au-delà. »
INSTAGRAM ENKO_ABIDJAN
ENKO ABIDJAN EN BREF
LE MOT DE MADAME SOKONA KONÉ
Revenir et entreprendre
O’GBATA CAFÉ
PAR YAYA KONATÉ
Le pari audacieux d’Abo Adoni et Atse Gilles
Abo Adoni Kevin et Atse Gilles Evrard font partie de cette génération qui n'attend plus que les opportunités tombent du ciel. Fin 2018, alors qu’ils se trouvent en transit à Casablanca avec l’ambition d’atteindre l’Europe, c’est le spectacle des cafés marocains, noirs de monde et vibrants de vie, qui provoque chez eux un déclic inattendu.
Pourquoi chercher fortune ailleurs quand le café et le cacao dorment dans les terres de Côte d'Ivoire ?
En décidant de rentrer à Abidjan pour lancer O’gbata Café, ils ont transformé un projet d’exil en une aventure entrepreneuriale qui bouscule aujourd'hui les codes du secteur à Yopougon.


«
Osez, même sans diplôme, même sans expérience. Une vision solide et la volonté d’apprendre valent parfois plus qu’un parcours classique. »
AU TOUT DÉBUT…
L'histoire commence véritablement en décembre 2022, avec l'ouverture d'un coffee shop à Yopougon. Autodidactes revendiqués, sans diplômes académiques, mais armés d’une détermination de fer, ces deux visionnaires se lancent un défi de taille : prouver qu’une vision solide et une volonté d'apprendre valent parfois plus qu'un parcours classique. Leur concept est simple : réconcilier les Ivoiriens avec leurs propres richesses en leur offrant par la même occasion un lieu qui les rassemble.
UNE OFFRE ANCRÉE DANS LE TERROIR
Si la passion et la rigueur ont posé les fondations de l’entreprise, Leur offre se distingue par une valorisation authentique du terroir. Ils utilisent le café des montagnes de Man et la poudre de cacao du Lôh-Djiboua pour créer des boissons chaudes et glacées accessibles à tous. Cette approche populaire et qualitative a rapidement séduit la clientèle locale, d'autant que le duo ne manque pas de sens de l'innovation, proposant également des liqueurs à base de café et des produits dérivés comme le café en grains ou la poudre de fèves.

L’ACCÉLÉRATION AVEC ORANGE CORNERS CÔTE D’IVOIRE
Si la passion a permis de lancer la machine, il fallait de la structure pour la pérenniser. En mars 2025, le duo franchit une étape décisive en intégrant la cohorte 2 des Agroinnovators du programme Orange Corners Côte d’Ivoire. Pour ces entrepreneurs de terrain, ce programme a agi comme un véritable accélérateur de compétences. « Concrètement, le programme nous a permis d’avoir une meilleure lecture de notre vision. Nous avons mieux compris l’importance de se formaliser, de gérer efficacement la relation client, le management de la distribution et des ressources humaines sans oublier la maîtrise de la prise de parole en public. »
Pour Kevin et Evrard, ce programme a surtout été une « expérience humaine inoubliable », leur ouvrant les portes d'un réseau d'alumni et de partenaires engagés. En septembre 2025, leur ascension est couronnée par une place de demifinaliste au prestigieux Concours Business Plan Compétition (BPC) de la CGECI.
UNE AMBITION SOCIALE POUR L'AVENIR
Derrière les prix et les certifications, comme celle obtenue auprès du Centre de commerce international (ITC) en analyses sensorielles, se cache une ambition sociale profonde. Aujourd'hui, l'entreprise emploie déjà cinq jeunes formés à la distribution et à la vente. À terme, leur vision est de bâtir un réseau de distribution connecté capable de créer environ 3 000 emplois pour la jeunesse ivoirienne tout au long de la chaîne de valeur du café-cacao.
Le parcours de Kevin et Evrard est une leçon de résilience. À ceux qui voient l’exil comme l’unique issue, ils opposent la réalité de l’auto-emploi. De Casablanca à Abidjan, le voyage a été long. Mais aujourd’hui, c’est bien en Côte d’Ivoire que le parfum du succès d’O’gbata Café commence à écrire l’avenir.

« De Casablanca à Yopougon, l’exil avorté devient une success story du café ivoirien. »

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FEMUA
LA COMMUNICATION À SA JUSTE PLACE AMBOFO SAKIA (AS)
Depuis plusieurs années, Ambofo Sakia accompagne entreprises, institutions et marques sur leurs enjeux de communication, d’image et de réputation. À travers son agence EFEES, elle intervient aussi bien sur des problématiques de stratégie que de positionnement. Avec les Journées Ivoiriennes de la Communication (JICOM), dont elle est à l’initiative, elle poursuit un autre objectif : contribuer à la structuration et à la valorisation d’un secteur qu’elle connaît de l’intérieur. Pour B MAG, elle revient sur l’évolution de la communication en Côte d’Ivoire, les défis du métier et les responsabilités qui l’accompagnent aujourd’hui.

B MAG : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?
Ambofo Sakia : En vrai, je dirais que tout a commencé par la danse, la musique, les émotions… avant même que je ne mette des mots professionnels sur ce que cela représentait. J’ai toujours été sensible à la force du vécu, à la puissance de l’instant et à cette capacité à créer une connexion réelle entre une idée, un moment et un public. Puis mon diplôme supérieur est venu structurer cette sensibilité. Il m’a permis de comprendre que derrière l’émotion, il fallait une méthode. Derrière l’idée, une stratégie. Derrière une campagne, une vision. Très tôt, j’ai compris qu’un message ne touche jamais par hasard. S’il touche, c’est qu’il rencontre une vérité humaine.
J’ai commencé dans cet univers aussi bien en événementiel qu’en stratégie, à une époque où le secteur de la communication en Côte d’Ivoire était encore en pleine construction. Il fallait convaincre, expliquer la valeur du conseil, démontrer qu’une campagne n’est pas seulement une belle création, mais le résultat d’une réflexion, d’une stratégie, d’une vision et d’une expérience. Avec les années, ce métier est devenu pour moi une véritable conviction. Parce qu’il se situe à la croisée du business, de la création, de la culture, de l’humain et du développement. Pour moi, la communication est un métier d’impact. Quand elle est bien pensée, elle peut construire de la confiance, révéler des marques, accompagner des institutions et contribuer à l’évolution d’un pays.
B MAG : Pourquoi la communication est-elle encore trop souvent perçue comme une dépense ?
AS : Il faut replacer les choses dans leur contexte. À la fin des années 80, le secteur publicitaire ivoirien était en pleine expansion. Les agences accompagnaient les marques de manière globale : réflexion stratégique, études de marché, création, conception de campagnes et gestion de grands budgets. Il y avait une véritable culture du conseil. Peu à peu, la communication a été davantage perçue comme un poste de dépense que comme un investissement stratégique. Lorsqu’on considère la communication comme une dépense, on l’appelle souvent trop tard. L’agence n’est plus associée à la réflexion en amont. Elle devient un simple exécutant, alors qu’elle devrait être
un partenaire stratégique. Les conséquences sont nombreuses : budgets tirés vers le bas, délais raccourcis, sous-évaluation du conseil, de la stratégie et de la création, difficulté à rémunérer les talents à leur juste niveau, fragilisation des agences.
Avec les années, une confusion s’est installée entre faire de la communication et produire simplement un visuel, un spot, un post digital ou un événement. Or la communication ne se résume pas à l’exécution. C’est un investissement qui doit être pensé, budgété, mesuré et inscrit dans une vision de croissance. C’est à cette condition que notre secteur pourra retrouver toute sa force et jouer pleinement son rôle dans le développement des marques, des entreprises et de l’économie ivoirienne.
B MAG : Que signifie concrètement la structuration du secteur ?
AS : Quand on parle de structuration, on parle d’abord d’un cadre clair. Cela signifie clarifier les rôles, reconnaître les expertises, respecter les règles, professionnaliser les pratiques et mieux encadrer les relations entre annonceurs, agences, régies, médias, producteurs et créateurs de contenus.
Les principales fragilités sont la confusion des rôles, la sousévaluation de la valeur du conseil, la pression sur les prix, le non-respect des processus et une méconnaissance profonde de ce qu’est réellement la communication. S’y ajoutent des pratiques qui fragilisent l’ensemble de l’écosystème : concurrence déloyale, absence d’agréments, non-respect des règles ou encore confusion entre expertise et simple exécution. Ces situations créent une distorsion du marché, tirent les prix vers le bas et finissent par affaiblir la confiance dans les métiers de la communication.
Un annonceur est un annonceur. Il porte une marque, une vision, un produit, un service, un objectif business. Mais un annonceur n’est pas une agence. De la même manière, une agence conseil n’est pas une exécutante. Une régie a son rôle. Un média a son rôle. Un producteur a son rôle. Un créateur de contenu a son rôle. La structuration, ce n’est donc pas seulement avoir des textes. C’est les faire vivre et les appliquer. Parce qu’à partir du moment où tout le monde fait tout, plus personne ne respecte vraiment la valeur de l’autre. Et lorsque l’irrégularité devient banale, la valeur du métier finit par s’effondrer.
B MAG : Dans un secteur où les rôles évoluent, où commencent et où s'arrêtent les responsabilités des annonceurs, des agences et des médias ?
AS : L’annonceur connaît sa marque, son produit, son marché et ses objectifs. Il fixe sa vision et ses ambitions. L’agence conseil, elle, transforme ces objectifs en stratégie de communication, en message et en dispositif cohérent. Elle apporte du recul, de la méthode, de la créativité et une compréhension des publics. Les médias et les régies ont un autre rôle : proposer des audiences, des espaces et des supports de diffusion. Les problèmes commencent lorsque les rôles se mélangent. Quand un annonceur pense qu’acheter de l’espace, c’est faire de la stratégie. Quand une régie se substitue à l’agence. Ou
« Défendre la qualité de la communication, ce n’est pas seulement défendre les métiers du secteur. C’est aussi défendre l’image de la Côte d’Ivoire. »
lorsqu’une agence se limite à exécuter sans véritable conseil. Respecter la nature du rôle de chacun permet de garantir la qualité, la responsabilité et la performance de la communication.
B MAG : Qu’est-ce qui distingue une agence conseil d’un simple prestataire ?
AS : Une agence structurée ne commence pas par ouvrir un ordinateur pour faire un visuel. Elle commence par poser les bonnes questions. Le prestataire exécute. L’agence conseil analyse, recommande, crée, coordonne, sécurise et mesure. Un prestataire fabrique un support. Une agence conseil construit une réponse.
Aujourd’hui, beaucoup pensent qu’une bonne communication se résume à faire du bruit ou à créer du buzz. Mais le buzz ne remplace pas la stratégie. Un annonceur devrait regarder au-delà du coût immédiat. Le moins cher peut parfois coûter très cher à la marque : en incohérence, en mauvaise diffusion, en non-conformité ou en absence de résultat. Avant de choisir un partenaire en communication, un annonceur devrait regarder l’histoire de l’agence, son ancienneté, sa compréhension du marché, l’ancienneté des marques qu’elle accompagne, la stabilité de ses équipes et de ses clients, son respect des obligations fiscales et sociales, sa transparence, sa réputation, sa responsabilité et sa capacité à respecter ses engagements. Un partenaire en communication sérieux, c’est un partenaire avec une méthode, une éthique, une structure, une responsabilité et une réputation à protéger.
B MAG : La communication peut-elle contribuer au rayonnement d’un pays ?
AS : La communication joue un rôle essentiel dans l’image et l’attractivité d’un pays comme la Côte d’Ivoire. Chaque campagne, chaque événement, chaque contenu ou prise de parole contribue à l’image que l’on donne de notre pays. La communication ne parle pas seulement d’un produit ou d’une entreprise. Elle parle aussi de notre niveau d’exigence, de notre créativité et de notre professionnalisme.
Dans un pays qui attire des investisseurs, accueille des événements internationaux et développe ses entreprises, ses talents et ses industries créatives, la qualité de la communication devient un véritable enjeu d’attractivité. Mais pour jouer pleinement ce rôle, la communication doit être pensée, structurée, cohérente et responsable. Au fond, défendre la qualité de la communication, ce n’est pas seulement défendre les métiers de tout le secteur. C’est défendre l’image de la Côte d’Ivoire. Parce qu’un secteur de la communication fort, crédible et bien organisé contribue aussi au rayonnement de notre grande nation.
Photo fournie par Ambofo Sakia
Au
cœur de l'HORECA abidjanais
LE VENDEUR DE KOUTOUKOU
PAR ÉLODIE VERMEIL
Musicologue, restaurateur, consultant RSE : Don Kamet n'entre dans aucune case. Pendant 13 ans, il a tenu le Happy Lounge, établissement emblématique de la nuit abidjanaise. De cette expérience totale est né Le Vendeur de Koutoukou, premier guide pratique de l'entrepreneuriat HORECA (hôtellerie, restauration, cafés) en Côte d'Ivoire. Rencontre avec un homme qui a choisi de tout dire, pour que les autres gagnent du temps.
B MAG : Musicologue, entrepreneur, consultant RSE et désormais auteur : quel mot vous définit le mieux aujourd'hui ?
DON KAMET : Aucun, ou dirai-je tous… Aujourd'hui je suis un agent du développement durable. Il s'agit d'une science transversale ; toutes ces connaissances me sont utiles d'une façon ou d'une autre, et c'est ce qui me permet d'aborder les situations d'une façon particulière.
B MAG : Quel moment précis vous a convaincu qu'il fallait écrire sur votre expérience ?
D. K. : J’ai commencé à écrire sous l’effet de la déprime. Pendant mes insomnies, je notais des idées, des faits… Je n’aurais jamais pensé écrire un livre sur cette activité, mais au fil du temps, ces petites notes sont devenues des paragraphes, puis les paragraphes sont devenus des chapitres, et je me suis dit « Pourquoi pas ? ».
B MAG : Vous dites : « Si j'avais pu lire ce témoignage il y a 13 ans, j'aurais gagné des années ». Quelles sont les erreurs que vous auriez évitées ?
D. K. : Ma plus grosse erreur reste le recrutement et la gestion du personnel. J'aurais structuré ces processus bien plus tôt, dès l'ouverture. Dans ce secteur, une mauvaise recrue peut fragiliser toute une équipe — et parfois, une saison entière.

DON KAMET, L'HOMME AUX MULTIPLES
VIES
Musicologue de formation, Don Kamet est l'une des figures les plus singulières de l'entrepreneuriat ivoirien. Fort de plus de 20 ans d'expérience en ingénierie événementielle et d'une décennie dans la production audiovisuelle, il a forgé l'essentiel de son identité au cœur du secteur HORECA — en tant que propriétaire du Happy Lounge, restaurant-lounge emblématique qu'il a dirigé pendant 13 ans à Abidjan. Consultant certifié ISO 26000, il accompagne aujourd'hui entreprises et institutions dans leur transformation RSE et performance ESG, d'Abidjan à Genève, en passant par Conakry et Lomé. Avec Le Vendeur de Koutoukou, il franchit une nouvelle frontière : celle de l'écriture.
B MAG : Décrivez-moi le Happy Lounge un samedi soir à son apogée. Qui y venait, quelle ambiance régnait ?
D. K. : Les meilleures soirées au Happy Lounge c'était les vendredis soir, à l’occasion du « P’tit live chic ». Un chapitre entier y est consacré dans mon livre, aussi je ne saurais qu’inciter vos lecteurs à s’en procurer un exemplaire pour avoir la réponse à cette question (sourire).
B MAG : Y a-t-il une nuit où vous avez failli tout arrêter ? Qu'est-ce qui vous a retenu ?
D. K. : Il y a eu plusieurs nuits, à plusieurs reprises. Ce qui m'a retenu, ce sont les sourires des clients satisfaits. Ce moment où l’on vous fait des compliments sur votre travail. C'est juste précieux et réconfortant.
B MAG : Concernant le secteur HORECA en Côte d'Ivoire, quels sont les trois obstacles invisibles dont personne ne vous parle quand vous vous lancez ?
D. K. : Derrière les belles enseignes, derrière les succès apparents, il y a de grosses galères. Les trois obstacles majeurs sont, je dirais : la fiscalité, que je trouve un peu agressive ; la cherté des produits de base, qui pousse certains à tricher ; et surtout l'inadéquation entre la formation du personnel et les besoins réels du marché.
B MAG : Fiscalité, fournisseurs, ressources humaines : ces réalités ont-elles évolué en 13 ans, et êtes-vous optimiste sur l'environnement des affaires aujourd'hui ?
D. K. : Oui, malgré les difficultés, les choses évoluent dans le bon sens. Je crois en une autorégulation progressive. Ce livre est un maillon parmi d'autres que nous allons mettre en place pour répondre aux problématiques qui minent le secteur HORECA.
B MAG : Le koutoukou est souvent associé à l'informel, au populaire. Pourquoi avoir choisi ce symbole pour titrer votre livre — et que dit-il de votre rapport à la culture ivoirienne ?
D. K. : Le koutoukou est présent dans toutes nos traditions et cérémonies — religieuses ou laïques, joyeuses ou douloureuses : c'est dire à quel point il est, dans nos sociétés, le symbole par excellence du rassemblement et de la convivialité. C'est dans cet esprit que je me suis auto-baptisé « vendeur de koutoukou » à l'époque du Happy Lounge : fédérer, rassembler, être proche de mes clients était très important pour moi, je n’envisageais pas mon métier autrement.
B MAG : Vous signez le premier ouvrage de référence sur cette thématique en Côte d'Ivoire. Était-ce une ambition consciente, ou une réalité découverte en cherchant des références qui n'existaient pas ?
D. K. : Non ce n'était pas volontaire. C'est lors de la rencontre avec mon éditeur que j'ai appris cela.

« Ce livre est un acte de transmission. Si j'avais pu le lire il y a 13 ans, j'aurais gagné des années. »
VENDEUR DE KOUTOUKOU — LE LIVRE
Genre : Témoignage entrepreneurial africain & littérature expérientielle. Disponible depuis avril 2026
Bien plus qu'un livre de mémoires, Le Vendeur de Koutoukou est le premier guide pratique issu de l'expérience concrète de la gestion d'un établissement de nuit en Côte d'Ivoire. En treize ans de hauts et de bas, Don Kamet y distille ses leçons sur la gestion financière, la fiscalité locale, le management d'équipe et la logistique — autant de réalités dont personne ne vous parle quand vous vous lancez. Le koutoukou, boisson traditionnelle ivoirienne, y devient symbole : celui d'un entrepreneuriat ancré dans une culture, fier de ses racines, et tourné vers l'avenir.
B MAG : Après la dédicace au SILA, qu'espérez-vous que le lecteur emporte avec lui — une émotion, une décision, une conviction ? Et quel est le prochain chapitre pour Don Kamet ?
D. K. : Au SILA j'ai fait de belles rencontres, ainsi qu’au lancement du Vendeur de koutoukou, une semaine plus tôt. Le livre a suscité un engouement et une curiosité que je n'imaginais pas. Nous avons été couverts dans plusieurs capitales africaines et nous en sommes fiers. Si le lecteur repart avec l'envie de se lancer — sans illusions, mais avec détermination — alors j'aurai atteint mon objectif. La suite de cette aventure vous sera dévoilée très bientôt, parce que nous souhaitons apporter des solutions à certaines problématiques qui minent le secteur HORECA.
LE
Leadership & identité ÉVOLUER
ENTRE PLUSIEURS CULTURES : RICHESSE OU QUESTION SANS RÉPONSE ?
PAR CORINNE HUYNH

On parle beaucoup de diversité culturelle comme d'un avantage stratégique. Et les chiffres semblent le confirmer : selon le rapport McKinsey Diversity Matters Even More (2023), analysant 1 265 entreprises dans 23 pays, les organisations dont les équipes dirigeantes affichent une forte diversité ethnique ont 39 % de probabilité supplémentaire de surperformer financièrement leurs pairs. La diversité culturelle est donc un avantage. Réel. Documenté. Mais ce que ces données ne mesurent pas, c’est ce que coûte, intérieurement, le fait de la porter.
UNE COMPÉTENCE
QUI A UN PRIX
Grandir ou évoluer entre plusieurs cultures, c’est développer très tôt une intelligence particulière : analyser les environnements avant d’y entrer. Sentir ce qui est attendu. Ajuster son registre. Comprendre les codes sans qu’on les explique. C’est une compétence précieuse, rare et difficile à acquérir. Elle se développe dans le corps avant d’arriver dans la tête.
Mais elle a aussi un coût silencieux. N’appartenir complètement à aucun endroit crée une forme de solitude particulière.

« Le dirigeant multiculturel le plus puissant n’est pas celui qui s’adapte le mieux. C’est celui qui sait depuis où il décide. »
Ceux qui ont traversé plusieurs cultures le savent : on est rarement simplement soi-même aux yeux des autres. On devient une origine, une trajectoire, une étiquette. Accueilli partout. Pleinement de nulle part.
Au fil du temps, cette ambiguïté devient elle aussi une compétence. On navigue. On s’adapte. On se rend crédible dans chaque contexte. À force de s’ajuster, on devient expert des autres. Mais ce qu’on développe moins naturellement, c’est une connaissance fine de soi-même.
Et c’est souvent là que la question décisive finit par émerger : Depuis quel endroit est-ce que je décide, construis et bâtis mes choix ?
L'ADAPTATION PERMANENTE A UN NOM
Les chercheurs l’appellent le code-switching : cette capacité à moduler son comportement, son langage ou sa posture selon les normes culturelles dominantes du contexte dans lequel on évolue. Plus on s'adapte, plus on est efficace. C'est vrai, jusqu'à un certain point.
Souvent perçu comme indispensable à l'avancement professionnel, le code-switching génère pourtant un coût psychologique considérable. Il épuise les ressources cognitives, réduit l'expression authentique de soi et contribue directement au burnout.
Ce n’est pas une question de fragilité. C’est une question d’énergie disponible et de sens. L’équation est simple : l’énergie est limitée. Quand on la dépense pour gérer son image, calibrer sa posture ou anticiper les perceptions, elle n’est plus disponible ailleurs. Pas dans la décision. Pas dans la vision. Pas dans le leadership.
« À force de s'ajuster, on devient expert des autres. Ce qu'on développe moins naturellement : une connaissance fine de soi-même. »
Et c'est précisément là que le coût devient stratégique : ce n'est plus seulement une question de bien-être personnel. C'est une question de performance. On continue d'avancer. On performe en apparence. Et un matin, on réalise qu'on ne sait plus très bien ce que l'on pense vraiment, ce que l'on veut vraiment, depuis quel endroit on décide vraiment. Ce n'est pas une crise spectaculaire. C'est une fragmentation silencieuse.
Le risque devient alors plus élevé pour l’organisation : un dirigeant qui a perdu son axe intérieur prend ses décisions depuis l’extérieur de lui-même, depuis les attentes, les logiques de statut ou la pression du regard des autres. Pas depuis ses convictions profondes.
LA RICHESSE EST RÉELLE.
MAIS ELLE SE MÉRITE
Évoluer entre plusieurs cultures donne accès à quelque chose de rare : la capacité à comprendre des systèmes différents sans les juger, à détecter ce que les autres ne voient pas parce qu'ils sont trop à l'intérieur de leur propre référentiel.
La recherche en intelligence culturelle (IC) montre que les leaders dotés d'une forte IC prennent de meilleures décisions en contexte interculturel, développent des équipes plus cohésives et s'ajustent avec davantage de résilience face à l’incertitude.
Mais cette richesse ne devient une véritable force qu’à une condition : qu’elle repose sur un axe stable. Lorsqu'il y a un « depuis où » clairement identifié, depuis lequel on s'adapte, plutôt que de s'adapter pour éviter d'avoir à se définir.
Une idée persiste chez de nombreux dirigeants multiculturels : choisir une identité, ce serait renoncer aux autres. Se définir, ce serait se réduire.
C'est l'inverse. Se connaître suffisamment ce n'est pas s'appauvrir. C'est se donner les moyens d'habiter pleinement chaque culture que l'on traverse, sans se dissoudre dans aucune. Le dirigeant multiculturel le plus puissant n'est pas celui qui s'adapte le mieux. C'est celui qui sait depuis où il décide, s'adapte et évolue.
Pour en savoir plus sur le leadership identitaire
Quand le doute prend la parole
LE SYNDROME DE L’IMPOSTEUR
PAR MARTHE MARTI

Pourquoi s’intensifie-t-il à l’oral… et comment reprendre sa place avec justesse et impact ?
Prendre la parole devrait être un acte naturel : partager une idée, défendre un point de vue, contribuer à un échange. Pourtant, pour beaucoup, ce moment devient une épreuve intérieure. Une petite voix surgit : « Suis-je vraiment légitime pour parler ? » C’est ici que le syndrome de l’imposteur s’exprime avec le plus de force. Car à l’oral, il ne s’agit pas seulement de dire… mais de s’exposer. Et cette exposition active une peur profonde : celle d’être jugé, contredit, voire démasqué.
Ce phénomène est largement répandu. Il touche aussi bien les jeunes professionnels, les cadres expérimentés, les managers ou les dirigeants. Et contrairement aux idées reçues, il concerne souvent les profils les plus compétents. Dans les faits, la difficulté n’est pas technique : elle est intérieure. Comme le montre l’expérience en communication, ce n’est pas l’incapacité à parler qui bloque, mais le doute sur sa propre légitimité.
QUAND LE DOUTE S’ENTEND PLUS QU’IL NE SE VOIT
À l’oral, le syndrome de l’imposteur ne s’affiche pas toujours… mais il s’entend immédiatement. Il se traduit par une voix moins assurée, des idées atténuées, une tendance à se justifier ou des prises de parole écourtées. Progressivement, la personne se met en retrait. Elle parle moins, ou moins fort, ou moins clairement. Son message perd en impact, alors même qu’il est souvent pertinent. Ce mécanisme crée un déséquilibre : ceux qui doutent s’effacent, tandis que ceux qui s’expriment avec assurance occupent l’espace. Or, dans les environnements professionnels comme publics, la parole structure la perception de la compétence.

« Ce n’est pas parce qu’on est sûr de soi qu’on prend la parole. C’est en prenant la parole qu’on le devient. »
COMPRENDRE LE MÉCANISME POUR MIEUX LE DÉPASSER
Le syndrome de l’imposteur repose sur trois ressorts principaux :
- La peur d’être démasqué : « Je ne suis pas à la hauteur »
- La minimisation de ses réussites : « Ce n’est pas si important »
- Le perfectionnisme excessif « Je dois être irréprochable »
À l’oral, ces croyances créent une tension interne qui freine la spontanéité et altère la présence. La clé consiste à changer de focale. Il ne s’agit plus de se juger, mais de contribuer.
LES LEVIERS CONCRETS POUR S’AFFIRMER À L’ORAL
- Ancrer sa légitimité : avant de parler, identifiez des éléments factuels. Votre rôle, votre expérience, votre responsabilité. La légitimité ne dépend pas d’un ressenti, mais d’une réalité.
- Travailler sa posture : le corps influence directement l’état mental. Une posture droite, stable et ouverte renforce instantanément le sentiment de contrôle.
- Clarifier son message : un discours trop complexe nourrit le doute. Un message simple, structuré autour d’une idée forte, renforce l’impact.
- Accepter l’imperfection : une hésitation ou une reformulation ne décrédibilise pas. Elle humanise. Et souvent, elle rapproche.
REPRENDRE SA PLACE, SIMPLEMENT
Le syndrome de l’imposteur à l’oral n’est pas une faiblesse. Il est souvent le reflet d’une exigence élevée, d’un sens des responsabilités, voire d’une forme d’humilité. Mais dans un monde où la parole structure l’influence, rester silencieux revient à s’effacer. Prendre la parole, c’est accepter de contribuer, c’est donner à ses idées une existence, c’est permettre aux autres de les entendre. Et surtout, c’est commencer à occuper pleinement sa place.
TÉMOIGNAGE
« En réunion, je préparais beaucoup mes interventions… mais au moment de parler, je raccourcissais tout. Je craignais de ne pas être pertinente. Le déclic a été de reconnaître que ma présence à la table impliquait une légitimité. En adoptant une prise de parole plus directe et structurée, j’ai gagné en impact et en écoute. »

CONSEIL DE PRO
Passer de :
« Comment vais-je être perçu ? » à « Qu’est-ce que j’apporte à cet échange ? ». Ce simple déplacement mental permet de réduire la pression et de retrouver une parole plus fluide.
ASTUCE PRATIQUE
Avant chaque prise de parole, posez-vous cette question :
« Quelle est l’idée essentielle que je veux faire passer ? »
Cette focalisation permet de canaliser l’attention et de réduire le stress.
QUESTION FRÉQUENTE
Faut-il attendre d’être sûr de soi pour prendre la parole ?
Non. La confiance ne précède pas l’action. Elle se construit dans l’action. C’est en prenant la parole que vous développez votre légitimité, pas l’inverse.
Le Club Immobilier Côte d'Ivoire au cœur d'un secteur en pleine transformation
ABIDJAN SE CONSTRUIT AUSSI EN RÉSEAU PAR B
MAG

« Plus que jamais, les défis de demain nécessitent des approches collectives. »
MARIAM MAHAMA
AU-DELÀ DES GRUES ET DES CHANTIERS
Abidjan change. La ville s'étend, se densifie, se verticalise. De nouveaux quartiers émergent, les usages évoluent, les projets se multiplient. Résidences, bureaux, espaces mixtes, infrastructures, équipements : l'immobilier participe aujourd'hui à la transformation du paysage urbain.
Mais derrière les façades et les chantiers se dessine une autre évolution, moins visible mais tout aussi importante. Car construire une ville ne consiste plus uniquement à bâtir des immeubles. Il s'agit aussi de penser les mobilités, les modes de vie, l'attractivité des territoires, les enjeux environnementaux, les usages futurs et la qualité de vie. Dans ce contexte, l'immobilier est devenu bien plus qu'un secteur économique. Il participe désormais à la manière dont la ville se pense, se construit et se projette. Derrière chaque opération immobilière se trouvent des métiers complémentaires, des expertises qui se croisent, des enjeux multiples et des acteurs qui, pour construire durablement, doivent apprendre à dialoguer.
Dans ce contexte, les espaces de dialogue deviennent essentiels. Car les enjeux auxquels fait face le secteur dépassent largement le cadre d'un seul métier et appellent une réflexion collective entre les différents acteurs de la chaîne immobilière.
FÉDÉRER POUR MIEUX CONSTRUIRE
C'est précisément de cette conviction qu'est né le Club
Immobilier Côte d'Ivoire (CICI). Créé il y a un an, le CICI réunit des professionnels issus de l'ensemble de la chaîne de valeur immobilière. Promoteurs, investisseurs, architectes, urbanistes, entreprises de construction, institutions financières, experts techniques et acteurs publics y partagent une même conviction : les défis immobiliers d'aujourd'hui ne peuvent plus être abordés de manière isolée.
Depuis son lancement officiel en juin 2025, le CICI s'est donné pour mission de créer ces espaces de dialogue, d'encourager les bonnes pratiques et de contribuer à la professionnalisation d'un secteur appelé à jouer un rôle croissant dans le développement du pays.

UNE ANNÉE POUR POSER LES FONDATIONS
En seulement douze mois, l'association a progressivement réuni autour d'elle une communauté de professionnels partageant une même volonté : faire émerger un immobilier plus structuré, plus collaboratif et davantage tourné vers l'avenir.
Conférences consacrées au foncier, à la construction écologique ou aux métiers de l'immobilier de demain, visites de sites, afterworks, petits-déjeuners thématiques, formations ou rencontres professionnelles : autant d'initiatives destinées à favoriser les échanges et le partage d'expérience. Parmi les temps forts de cette première année figurent BABIMODAYS et La Nuit de l'Immobilier qui ont réuni plusieurs centaines de participants venus de Côte d'Ivoire et d'autres pays africains.
UNE AMBITION QUI DÉPASSE
LES FRONTIÈRES
Au fil des mois, cette dynamique a dépassé les frontières ivoiriennes. L'association a noué des partenariats avec plusieurs organisations professionnelles en Afrique et à l'international. Du Sénégal au Bénin, du Togo au Burkina Faso, mais aussi à travers des collaborations avec les clubs immobiliers des Antilles-Guyane, de Marseille-Provence ou de l'océan Indien, le CICI participe à la construction d'un réseau international d'échanges et de coopération autour des métiers de l'immobilier.
L'objectif est clair : contribuer à la création d'un réseau de coopération capable de favoriser le partage d'expériences, les échanges de bonnes pratiques et les réflexions communes autour des grands enjeux du secteur immobilier. Car les villes se bâtissent avec du béton, des infrastructures et des projets. Mais elles se construisent aussi grâce aux réseaux, aux idées et aux collaborations qui permettent de les faire grandir.
Derrière cette dynamique se trouve une conviction forte : les grands enjeux du secteur ne peuvent être relevés qu'ensemble. Un engagement porté depuis l'origine par Mariam Mahama, Présidente du Club Immobilier Côte d'Ivoire.

LE REGARD DE MARIAM MAHAMA
Présidente du Club Immobilier Côte d'Ivoire
« Lorsque nous avons créé le Club Immobilier Côte d'Ivoire, notre ambition était de réunir des professionnels issus de toute la chaîne de valeur immobilière autour d'une vision commune : contribuer à la structuration et à la valorisation durable du secteur immobilier ivoirien. En seulement un an, nous avons pu constater à quel point ce besoin de dialogue et de collaboration existait. Les conférences, rencontres professionnelles, visites de sites et événements organisés par le CICI ont permis de créer de véritables synergies entre des acteurs qui, bien souvent, n'avaient pas l'occasion d'échanger régulièrement malgré des enjeux communs.
Cette dynamique s'est également développée au-delà de nos frontières. Nous avons noué des relations avec plusieurs organisations professionnelles en Afrique de l'Ouest ainsi qu'avec des clubs immobiliers présents dans d'autres régions du monde. Ces échanges nous permettent de partager des expériences, de confronter nos pratiques et d'enrichir notre réflexion sur les évolutions du secteur.
Pour les années à venir, notre volonté est de poursuivre cette dynamique en renforçant les formations, les commissions thématiques et les partenariats internationaux. Nous souhaitons également contribuer davantage aux réflexions sur les enjeux urbains, fonciers et immobiliers qui accompagneront le développement de nos villes.
Notre ambition est de faire du CICI un véritable espace de dialogue, de coopération et de partage d'expérience au service du développement du secteur immobilier ivoirien et africain. »
Combats contre les déchets à Grand-Bassam
#QUARTIER ZO
PAR HABITANT ABRAHAM
Certains lieux dépassent leur simple géographie pour devenir des incarnations. Grand-Bassam en est l'exemple parfait, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Première capitale de la Côte d'Ivoire, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, cœur battant du peuple N'zima Kôtôkô qui y célèbre chaque année l'Abissa, repère d'une scène artistique bouillonnante, GrandBassam concentre une densité de récits que peu de villes ivoiriennes peuvent revendiquer. Mais derrière la carte postale se cache une autre incarnation, moins glorieuse, qui entache le visage de la cité balnéaire : la pollution plastique. Une situation contre laquelle des voix s'élèvent aujourd'hui à travers le projet Quartier Zo.


LES DÉCHETS, UNE RÉALITÉ TRAGIQUE
Quelques pas sur le sable suffisent. À perte de vue, une marée de plastiques épouse la ligne de l'horizon. Bouteilles, sachets, emballages : la mer en vomit chaque jour de nouvelles cargaisons, qui rejoignent celles laissées par l'incivisme des riverains. Et comme si cela ne suffisait pas, l'érosion côtière — qui ronge inexorablement la zone — repousse un peu plus chaque saison cette masse de déchets vers les habitations. Dans les rues du Quartier France, cœur historique de la ville, le constat est le même. Les caniveaux se transforment en cercueils à ciel ouvert pour détritus.
LE SAVIEZ-VOUS ?
« Zo » en nouchi (argot urbain ivoirien) signifie propre, net, soigné. Un quartier zo, c'est un quartier qui se respecte et que l'on respecte.
QUESTION DE CULTURE
OU DE LOGISTIQUE ?
« Champion, nous n'avons pas de poubelles sur la plage », me lance un gestionnaire d'espace balnéaire. Et de poursuivre : « Du coup, quand les gars ramassent les déchets devant les lieux, ils les enterrent. Et comme tu vois, la mer ne fait qu'avancer ».
La suite de sa phrase, je l'ai sous les yeux : les déchets ressurgissent du sable, déterrés par les vagues. Le manque de points de collecte est une réalité tangible, structurelle, qui transforme chaque tentative de nettoyage en sursis. Les marcheurs habitués aux longues distances vous
© Tora San
© Oiseau
Studio
le confirmeront aisément : on peut traverser la ville un emballage à la main sans croiser la moindre poubelle. Parfois, aux abords des espaces un peu plus huppés, on en aperçoit une. Mais quelques mètres plus loin, comme une gifle de réalité après une mi-temps de répit, les déchets réapparaissent.
Manque de logistique, certes. Mais cela ne suffit pas à tout expliquer. L'absence de culture environnementale y est pour beaucoup. Quand la dégradation est perçue comme un acte anodin, il devient difficile de convaincre son auteur du contraire.
QUARTIER ZO, LA RIPOSTE
Pour combattre un problème, il est primordial de le connaître en long et en large. C'est précisément la logique du programme Quartier Zo, étape Grand-Bassam, initiative portée par le Global Shapers Hub Abidjan en partenariat avec GreenPill Côte d'Ivoire. Sa première ambition : un mapping communautaire des zones critiques du quartier, afin de coordonner des actions ciblées avec l'ensemble des parties prenantes.
En français de tous les jours, il s’agit de demander aux habitants d'indiquer où les déchets s'accumulent, comprendre la source de leur présence, puis déployer des réponses collaboratives (installation de poubelles, opérations de nettoyage, circuits de recyclage) avec les acteurs concernés.

L'outil mis au service de cette ambition s'appelle La Ligne Verte, une plateforme citoyenne développée par GreenPill Côte d'Ivoire. Concrètement, un bot WhatsApp et Telegram baptisé Debora, qui permet à chaque habitant de signaler un point de pollution, photo et géolocalisation à l'appui. Les signalements remontent sur un tableau de bord, sont validés, puis transformés en données exploitables par les autorités locales et les collectifs citoyens. Pensée pour être déployée dans plusieurs zones, La Ligne Verte fait ses premières armes à GrandBassam.
Le 10 mai 2026, deux temps forts ont marqué le lancement de cette édition. La journée s'est d'abord ouverte par une remise symbolique d'équipements d'assainissement à la royauté N'zima Kôtôkô de Grand-Bassam — un
geste de prise de contact avec les autorités coutumières locales, mais aussi de bénédiction pour ancrer durablement la solution dans la communauté. Car à Grand-Bassam, rien d'envergure ne se fait sans l'aval de la cour royale.
Dans la foulée s'est tenu un photo walk, co-organisé par le studio créatif Oiseau Studio, le Global Shapers Hub Abidjan Green Pill Côte d’Ivoire et la structure ADN Tour. Une dizaine de participants ont arpenté le Quartier France, appareils en main, pour témoigner artistiquement de l'état des lieux. Ici, l'image devient outil de sensibilisation, et le regard des participants, un premier acte de cartographie. Bien évidemment la ligne verte a été utilisée pour enregistrer durablement les zones photographiées.
Si l'expérimentation tient ses promesses, Quartier Zo a vocation à essaimer. D'autres quartiers, d'autres villes. GrandBassam comme laboratoire d'un geste qui, demain, pourrait redessiner notre rapport à l'environnement.
LA POLLUTION EN CHIFFRES
● 40 000 à 100 000 tonnes de déchets plastiques produits chaque année en Côte d'Ivoire (PNUE)
● 5 à 20 % seulement recyclés ; le reste est abandonné ou brûlé (PNUE)
● 280 tonnes de déchets plastiques générés chaque jour à Abidjan (Ministère de l'Environnement)
● La Côte d'Ivoire fait partie des quatre principaux contributeurs à la pollution plastique en Afrique de l'Ouest, aux côtés du Nigéria, du Ghana et du Sénégal (WACA / Banque mondiale)
● 80 % des déchets plastiques sont mal gérés sur les côtes ouest-africaines (WACA)
LA BONNE INFO : COMMENT SIGNALER ?
Pour signaler un point de pollution à Grand-Bassam (ou ailleurs) via La Ligne Verte :
1. OUVRIR WHATSAPP (+225 05 06 28 00 94)
OU TELEGRAM (LIGNEVERTEBOT)
2. CONTACTER LE BOT DEBORA
3. ENVOYER UNE PHOTO ET SA LOCALISATION
L'ONG qui a transformé le littoral ivoirien
CEM
PAR ÉLODIE VERMEIL
Dans le Sud-ouest ivoirien, l’ONG Conservation des Espèces Marines (CEM) a réussi à éradiquer le braconnage des tortues marines tout en améliorant les conditions de vie des villages côtiers. Née d’un constat de terrain dressé en 1997, officialisée en 2015, elle a pesé jusqu’à la création de la première aire marine protégée (AMP) de Côte d’Ivoire.
En 1997, José Gómez Peñate, vétérinaire espagnol installé en Côte d’Ivoire, découvre l’ampleur des captures de tortues marines dans le Sud-ouest ivoirien et l’absence de dispositif de protection réellement opérationnel. Il se met à chercher des financements pour documenter leur situation. En vain. Un symposium sur la conservation des tortues marines, tenu à Abidjan en 1999, lui ouvre un réseau d’experts et en 2001, le PNUD/FEM (Fonds pour l’environnement mondial) lui accorde un premier soutien. Les plages autour de l’embouchure de la Dodo, à Grand-Béréby, sont identifiées comme le meilleur site de ponte du pays. Le projet tournera trois saisons, avant une pause forcée entre 2005 et 2010, faute de financement.


2010 : LE VRAI DÉMARRAGE
En 2010, un nouveau financement de l’US Fish & Wildlife Service permet à Gómez Peñate de repartir à Grand-Béréby, accompagné d’un étudiant en DEA à l’Université Félix Houphouët-Boigny : Alexandre Dah. Sur place, rien n’a changé, mais au lieu d’imposer une logique de protection venue de l’extérieur, les deux hommes décident de s’installer dans la durée, de comprendre le terrain avant de le transformer. L’idée ? Protéger les sites de ponte sans opposer frontalement conservation et besoins sociaux.
L’approche se veut simple et lisible : surveiller les plages la nuit, protéger les femelles et les nids, construire des écloseries, documenter ce qui se passe, expliquer pourquoi ces animaux comptent. Bientôt, la petite équipe se fait accompagner de la police maritime et, surtout, propose des contreparties concrètes à la renonciation au braconnage : systèmes d’adduction d’eau potable à énergie solaire, réhabilitation d’écoles,
bâtiments communautaires électrifiés, centre de santé… La conservation cesse d’être un mot abstrait pour se traduire en services visibles.
En 2014, CEM – qui menait jusque-là ses activités sous la coupole de l’ONG SOS-Forêts – est officiellement créée. Alexandre Dah en devient président. En 2015, elle prend son indépendance complète.
UNE MÉTHODE QUI FAIT ÉCOLE
La stratégie utilisée paye : l’UNESCO note que sur la plage de DogbaléMani-Kablaké, « le braconnage a quasiment été éliminé ». Selon les chiffres, de quelque 1 000 tortues

tuées et plus de 50 000 nids détruits chaque année, on est passé à 1 000 tortues et leurs nids protégés annuellement. En 2021, 700 femelles nidifiantes ayant donné naissance à plus de 60 000 bébés tortues sont recensées dans la seule zone de Grand-Béréby. Un travail de documentation minutieux qui a aussi permis à CEM de peser dans les cercles institutionnels. Pas seulement comme opérateur de terrain, mais en tant que fournisseur de données scientifiques fiables, dans un pays où personne d’autre ne produisait ces relevés.
Une trentaine de jeunes écogardes, issus des treize communautés villageoises de la sous-préfecture, assurent les rondes nocturnes, la surveillance des nids, les échanges avec les familles. La reconversion d’anciens braconniers en gardiens de plage est l’un des marqueurs les plus forts du modèle. « La conservation est
désormais perçue comme une solution très envisageable pour améliorer les conditions de vie des populations, alors qu’auparavant, la seule possibilité pour avoir une vie meilleure était l’exploitation la plus rapide possible de toutes les ressources », résume José Gómez Peñate.

DE LA PLAGE À LA LOI
À partir de 2016, CEM travaille avec Rainforest Trust et le CEPF à la création d’une Réserve Naturelle Volontaire de 5 000 ha à l’arrière de la plage de ponte. Élus locaux et communautés s’approprient la démarche. La Réserve Naturelle Volontaire de l’Embouchure de la Dodo (RNVED) franchit progressivement ses étapes administratives et devient une réalité sur le terrain.
À partir de 2018, l’ONG collabore avec le ministère de l’Environnement pour formaliser la première aire marine protégée du pays : l’AMP de GrandBéréby — première et, pour l’instant, unique AMP de Côte d’Ivoire —, dont la création est entérinée par décret le 6 juillet 2022. CEM et son partenaire AAD (Action pour le développement) sont les seules organisations à avoir tenu le terrain sur la durée pour y parvenir.
Depuis 2024, l’ONG multiplie les partenariats : Fondation Prince Albert II de Monaco pour le suivi de l’AMP, Shark Conservation Fund pour les raies-guitares, Oceans 5 pour le renforcement des capacités nationales, FAO pour la restauration des mangroves. Elle étend désormais ses actions à Monogaga et Fresco, avec l’idée de dupliquer le « modèle Grand-Béréby », démontrant que de la plage à la loi, on peut changer la manière dont un pays regarde ses côtes, sans jamais perdre de vue celles et ceux qui y vivent.

ALEXANDRE DAH (1982–2026)
Né en 1982 dans le centre de la Côte d’Ivoire, Alexandre Dah rejoint José Gómez Peñate en 2010 comme étudiant en DEA à l’Université Félix Houphouët-Boigny. Sa thèse de fin d’études porte sur la caractérisation des pressions humaines pesant sur les tortues marines, notamment le braconnage. Il complète son cursus par un master en écologie tropicale, puis un doctorat et obtient également un diplôme universitaire en gestion des aires protégées à l’Université Senghor d’Alexandrie. À la création officielle de CEM, en 2014, il en devient le président.
Alexandre Dah incarne une génération de praticiens ivoiriens capables de relier expertise scientifique, action associative et ancrage communautaire. En octobre 2025, il intervient encore au Congrès mondial de la nature de l’UICN à Barcelone, dans un panel consacré au leadership africain en conservation, avant de retourner sur « ses » plages de Grand-Béréby. Décédé prématurément en 2026 à la suite d’un accident de la route, il laisse derrière lui un chantier solide et une équipe qui continue.
EN CHIFFRES
TORTUES MARINES À GRAND-BÉRÉBY
• 4 espèces nidifient sur les plages ivoiriennes : tortue olivâtre (+ de 600 nids par an), tortue luth (~100 nids par an), tortue verte (+ de 50 nids par an), tortue imbriquée (en déclin).
• 2020 : 36 nids enregistrés dans la zone, contre 12 en 2010 (+ 200 %).
L’AMP DE GRAND-BÉRÉBY
• Superficie : 272 375 ha, soit environ 2 600 km² de côte et d’océan.
• Espèces protégées : tortues marines, requins marteaux, raies-guitares, anges de mer ocellés, plus de 20 espèces de requins et raies.
© CEM

COMMENT NOURRIR LES SOLS SANS ENGRAIS CHIMIQUES ?
PAR MORGANE BREUIL ET ARTHUR DE DINECHIN
Pendant longtemps, les engrais chimiques ont été présentés comme la solution miracle pour faire pousser plus vite, plus fort, plus abondamment. Mais derrière cette promesse de rendement se cache une réalité plus fragile : à force de nourrir directement les plantes, on oublie souvent de nourrir le sol lui-même. Or un sol vivant ne se résume pas à un simple support. C’est un écosystème complexe, peuplé de microorganismes, de champignons, d’insectes et de vers de terre, qui travaillent chaque jour à rendre la terre fertile.
NOURRIR LA PLANTE ET LE SOL
Lorsqu’on utilise massivement des engrais chimiques, on apporte aux plantes des nutriments immédiatement disponibles, comme l’azote, le phosphore ou le potassium. Mais cette logique a ses limites. À long terme, elle peut appauvrir la vie du sol, perturber son équilibre naturel, acidifier les terres, polluer les eaux et rendre les cultures dépendantes d’apports extérieurs toujours plus coûteux. En nourrissant la plante sans nourrir le sol, on fragilise tout le système.
ALORS, COMMENT FAIRE AUTREMENT ?
La réponse tient en une idée simple : pour cultiver durablement, il faut redonner au sol ce qu’on lui prélève. Nourrir les sols sans engrais chimiques, c’est avant tout réintroduire de la matière organique. Compost, fumier bien décomposé, résidus végétaux, paillage, engrais verts ou biofertilisants naturels permettent de restaurer progressivement la fertilité. Ces apports nourrissent non seulement les plantes, mais aussi toute la vie invisible du sol, indispensable à son bon fonctionnement. Les déchets organiques jouent ici un rôle essentiel. Épluchures, restes alimentaires, feuilles mortes, déchets de marché ou résidus agricoles peuvent devenir de véritables ressources lorsqu’ils sont bien valorisés. Transformés en compost ou en fertilisants naturels, ils enrichissent les sols, améliorent leur
structure, favorisent la rétention d’eau et stimulent l’activité biologique. Ce qui était considéré comme un déchet redevient alors une richesse.
REPENSER NOTRE MANIÈRE DE PRODUIRE
Nourrir les sols sans engrais chimiques, ce n’est donc pas revenir en arrière. C’est au contraire repenser notre manière de produire en s’appuyant sur les équilibres naturels. Un sol bien nourri est plus fertile, plus résistant face à la sécheresse, plus riche en biodiversité et plus apte à stocker du carbone. En prenant soin des sols, on protège à la fois notre alimentation, notre santé et notre avenir.

© Candid Ribiero, FAO

LA SOLUTION LIVING SOILS
Elle s’inspire du vivant et repose sur l’utilisation des larves de mouches soldats noires. Celles-ci transforment les déchets organiques en ressources agricoles utiles : des protéines pour l’alimentation animale et un fertilisant naturel riche pour les sols. Ce type d’approche permet de recréer un cycle local, simple et vertueux, où les déchets nourrissent à nouveau la terre.
LINKEDIN LIVING SOILS
CE SILENCE EST VOLONTAIRE. PAUSE.
IL Y A DES PAGES QUI PARLENT PLUS FORT QUAND ELLES SE TAISENT.
COMMENT TRIER ET ORGANISER
SES VÊTEMENTS ?
LE DRESSING IDÉAL
PAR CANDICE DUPARC
Un dressing encombré donne souvent l’impression de n’avoir jamais rien à se mettre ! Pourtant, le problème n’est pas toujours le manque de vêtements, mais plutôt leur accumulation et leur mauvaise organisation.
LE TRI : L’ÉTAPE INCONTOURNABLE
Sortez tous vos vêtements et observez-les avec un regard honnête. Posez-vous trois questions :
• Est-ce que je les porte encore ?
• Est-ce qu’ils me vont toujours ?
• Est-ce qu’ils correspondent à mon style actuel ?
Les vêtements qui ne remplissent pas ces critères peuvent être donnés, vendus ou recyclés.
ORGANISER
PAR CATÉGORIES
Classer les vêtements par type : robes, chemises, pantalons, jeans, vêtements de sport, boubous, robes de soirée, tee-shirts, tuniques, jupes... Utiliser des cintres adaptés et qui respectent le vêtement (des cintres à pinces pour les jupes et pantalons, des cintres en velours pour les tissus fluides et doux, des cintres en bois pour les chemises...). Penser à les accrocher toujours dans le même sens pour faciliter la prise. Cette organisation rend la recherche beaucoup plus rapide.
UTILISER L’ESPACE INTELLIGEMMENT
Les vêtements du quotidien à hauteur des yeux, les accessoires dans des boîtes transparentes ou des rangements adaptés et identifiés, les chaussures rangées sur des étagères pour permettre une meilleure visibilité. Un dressing clair facilite le choix des tenues.
EN BREF
Un dressing organisé simplifie la vie quotidienne. Moins de vêtements, mais mieux choisis et bien rangés : c’est le secret d’un espace harmonieux.

ASTUCE EXPRESS
La règle du cintre retourné : Placez les cintres à l’envers. Après avoir porté un vêtement, remettez-le dans le bon sens. Après quelques mois, vous verrez facilement ce que vous ne portez jamais.

TÉMOIGNAGE CLIENT
« J’ai particulièrement apprécié le calme, la détermination et le professionnalisme de La Dame qui Range. Elle m’a beaucoup aidée à réorganiser mon dressing. J’étais un peu perdue, ne sachant ni par où ni comment commencer. Sa façon de me rassurer sur la possibilité de tout remettre en ordre, son efficacité, sa méthodologie et son optimisme ont été précieux. Mon dressing est aujourd’hui propre, bien rangé et parfaitement organisé. »
Pascale, Abidjan

Tisser le sens, tisser le lien, tisser le monde.
JOHANNA BRAMBLE
PAR ÉLODIE VERMEIL
Elle ne sait pas exactement où se situent ses origines sur le continent. Mère française, père caribéen, prénom qui résonne en Casamance et en Guinée-Bissau, atelier ancré à Dakar, cœur posé à Abidjan : le métissage comme fil conducteur d’une vie et d’une œuvre. Designer textile, anthropologue du geste,
formatrice et exploratrice de matières, Johanna Bramble manie le métier à tisser comme d’autres parlent une langue ou jouent d’un instrument — avec la fluidité tranquille de ceux qui habitent le monde sans s’arrêter à ses frontières. Portrait d’une tisseuse de lien(s).
© Aïssatou Ciss


« Mon premier souvenir lié au textile ? C’est mon doudou. Ce fameux petit doudou qu’on a, qui protège, qui rassure… »
Il y a dans cette réponse une spontanéité douce : pas de théorie, la sensation d’abord. Le textile contre la peau, enveloppant, premier langage de réconfort. Le lien universel à l’intime, à l’affect. Une manière d’habiter l’humanité à travers la matière.
Son rapport au sensible, enfant, Johanna le vit d’abord par le mouvement. Athlétisme de haut niveau, danse classique et contemporaine, afro jazz : le sport est son premier médium. Après le lycée vient le moment des choix. Celui des portes ouvertes des écoles parisiennes. L’architecture intérieure, un temps envisagée, lui semble trop fermée. Le textile, lui, ouvre sur tout : scénographie, automobile, danse, décor… « Je me sentais beaucoup plus libre. » Ce mot, « liberté », sera le fil conducteur de sa carrière et de sa vie.
L’APPEL
C’est sa mère, amatrice de tissage, qui a peut-être posé le premier jalon et éveillé en elle une sensibilité artistique précoce. Mais Johanna préfère l’idée de l’instinct à celle de la transmission directe. « Je ne sais pas si c’est moi qui ai choisi le tissage, ou si c’est le tissage qui m’a choisie. » Une formule qu’elle pose sans coquetterie, avec la sérénité de quelqu’un qui a cessé de chercher la cause pour mieux habiter l’effet.
PREMIÈRES ANNÉES
Après ses études à Paris (École Supérieure des Arts Appliqués Duperré, École Nationale Supérieure de Création Industrielle, Atelier national d’Art textile), c’est l’Inde et le basculement, au sens propre comme figuré. D’abord le National Institute of Design d’Ahmedabad, puis l’un des séismes les plus dévastateurs que le pays ait jamais connus. On lui conseille de rentrer en France. Elle refuse — « je ne pouvais pas. Il y avait trop de choses à découvrir » — et part seule à la rencontre des maîtres tisserands, des anciens, des savoirs menacés. Du sens et de l’essence du geste. Elle apprend l’ikat — technique de réserve sur fils, avant tissage, qui produit des motifs vibrants aux contours délicatement
« Le tissage, c’est un peu cette araignée qui tisse sa toile et crée des liens entre des identités multiples. »
flous — et réalise avec émerveillement que ce savoir-faire existe aussi en Côte d’Ivoire, dans les pagnes baoulés. « C’est un procédé que l’on retrouve dans différents pays du monde. Ça me donne des idées de créations à venir. » Tout, chez Johanna, finit par se relier.
De retour à Paris au début des années 2000, elle travaille avec Maïté Tanguy — « ma maman du tissage » — sur un projet pour Balenciaga baptisé Le Yéti, où les vêtements naissent directement sur le métier à tisser, en forme. Elle passe ensuite sept ans dans l’industrie textile, convaincue de n’y rester que trois mois. « Ça m’a permis de répondre à des exigences de production. Au quotidien, ça me sert encore tous les jours. » Elle n’idéalise rien, ne méprise rien : chaque escale nourrit la suivante.

« Je n’aime pas les frontières. Et justement, à travers le tissage, il n’y en a plus : je peux lier entre elles des formes de création très différentes, sans vraiment de limites. C’est ça, je crois, qui m’a poussée instinctivement vers ce médium, vers ce geste de tisser. »
« ON NE PEUT PAS AVANCER TOUT SEUL »
En 2008, elle rejoint Dakar pour collaborer avec la designer textile Aïssa Dione en tant qu’assistante de collection, puis songe à prendre son indépendance. « J’avais tellement de choses à dire à travers le tissage que j’ai décidé de développer mes propres recherches. » L’année 2009 marque un autre tournant : une exposition imaginée en collaboration avec le designer Ousmane Mbaye, présentée sur l’île de Gorée, lors des Regards sur Cours. Cette annéelà, elle choisit définitivement Dakar et y ouvre son atelier. Le savoir-faire qui l’ancre amoureusement au Sénégal est le tissage manjak — technique que l’on retrouve en Casamance et en Guinée-Bissau, dans laquelle « il faut être deux pour tisser » : un tisserand, un assistant. Les motifs complexes naissent de ce dialogue obligatoire entre deux corps, deux rythmes, deux intentions. « Pour moi, c’est une métaphore de la vie : on ne peut pas avancer tout seul. » Dans cet art du duo, Johanna voit la confirmation de tout ce en quoi elle croit.
TISSER LES TERRITOIRES
Le coton reste sa base — « l’ancrage au continent, la matière qu’on trouve ici » — mais les matériaux qui s’y mêlent, toujours dans cette logique d’enrichissement métissé, n’ont pas de limite : cuivre, papier, fibre optique, raphia, fibre de banane… Car chez Johanna, ce qui entre dans la trame vient de l’endroit où elle crée. Le sol qu’elle foule, elle finit toujours par le tisser. À la Fondation Josef et Anni Albers, au Sénégal puis aux États-Unis, elle attache littéralement son métier à la terre. Mais le territoire qu’elle intègre n’est pas que physique — il est aussi mémoriel. À la Villa Romana, à Florence, elle tisse dans la trame les mots des trois Déclarations universelles des droits de l’homme, préalablement écrits à la main sur des bandes de papier : un pont tendu entre l’oralité africaine et l’écriture occidentale. De là vient sa formule : la « parole tissée ». Une façon de transmettre des messages par un autre canal que la voix ou la lettre, et d’appréhender le tissage comme un langage à part entière.


UN ESPRIT DE PARTAGE
Aujourd’hui entre Dakar et Abidjan — son conjoint est ivoirien, et elle retrouve ici quelque chose de la chaleur et de la mentalité antillaises — Johanna observe la scène créative locale avec un regard attentif et bienveillant, mais sans concession sur un point : l’invisibilité des artisans. « Les créateurs ne les mettent pas suffisamment en avant. C’est dommage. Ça dessert clairement l’énergie qui pourrait être déployée. »
Ce combat pour la dignité du savoir-faire artisanal, elle le mène aussi en formation. Au Sénégal, elle a accompagné une centaine de femmes — dans des zones où le tissage est traditionnellement réservé aux hommes — à développer leur propre langage textile, distinct de ce qu’on leur avait appris à copier. « Le tissage doit être le miroir de la personne qui le réalise. La tradition n’est pas figée, on peut l’enrichir de sa propre sensibilité. » Certaines de ces femmes lui ont raconté comment leur première pièce vendue avait tout changé — dans leur foyer, dans leur regard sur ellesmêmes. Johanna les écoute toujours, et envoie même des clients à certaines d’entre elles.
Elle rêve d’un espace — pas une école, elle tient au mot —, un « lieu de transmission » où mettre en lien tous ces acteurs du tissage et du textile pour former une nouvelle génération. Un endroit à l’image de ce qu’elle fait depuis vingt ans : tisser des fils entre des mondes qui s’ignorent.


Crédit photos : Johanna Bramble
Entre climat, matière et art de vivre
MAISONS DE BORD DE MER
HABITER LE RIVAGE AFRICAIN
Sur les côtes africaines, construire une maison en bord de mer est bien plus qu’un simple projet immobilier. C’est un dialogue permanent avec les éléments. Entre l’océan, les lagunes, les vents chargés de sel, la chaleur constante et la lumière intense, l’architecture littorale se joue comme un exercice d’équilibre subtil, à la frontière du technique et du sensible. Ici, le littoral ne tolère pas l’approximation. Il impose une manière de concevoir plus instinctive, plus respectueuse du site et de ses rythmes naturels. De la Petite Côte sénégalaise à Assinie en Côte d’Ivoire, une constante demeure : on ne construit pas contre le climat, on construit avec lui.

PAR OUMOU KHAIRY TALL

COMPOSER AVEC LES ÉLÉMENTS
Le premier luxe d’une maison en bord de mer, c’est l’air. Le vent, omniprésent, devient un allié dès lors qu’il est maîtrisé. S’il offre une fraîcheur vitale, il transporte aussi l’humidité et le sel corrosif. Une maison bien pensée s’organise donc autour de ventilations traversantes : les ouvertures sont positionnées pour capter les brises marines, tandis que les volumes intérieurs sont conçus pour laisser circuler l’air librement. Le confort thermique ne repose plus sur la technologie, mais sur un équilibre subtil entre orientation, ombrage et respiration naturelle. Les espaces s’organisent en séquences, s’ouvrent et se referment selon les moments de la journée.
MATIÈRES À ADOPTER
ENTRE RÉSISTANCE ET PATINE
En bord de mer, le choix des matériaux est déterminant. Il doit répondre à une double exigence : résister aux agressions climatiques tout en s’inscrivant dans une esthétique naturelle. Bois exotiques (iroko, teck), pierre locale, béton brut ou enduits minéraux composent une palette cohérente, à la fois durable et sensible. Mais au-delà de leur robustesse, ces matières ont une qualité essentielle : elles vivent. Le bois se patine, les teintes s’adoucissent, les surfaces racontent le temps qui passe. Cette évolution n’est pas une contrainte, mais une richesse. Elle donne au lieu son identité.

MOBILIER ET LUMIÈRE L’ÉLÉGANCE SANS CONTRAINTE
Dans les environnements côtiers, le mobilier se pense comme une extension naturelle du lieu, où simplicité, résistance et confort s’accordent en parfaite résonance avec le paysage : canapés bas aux lignes épurées, en lin ou coton épais, tables en bois massif ou en pierre, fauteuils en rotin ou en fibres tressées, luminaires en fibres naturelles, objets artisanaux (tabourets sculptés, céramiques, paniers ou textiles tissés…) apportent chaleur et identité. Côté couleurs, la palette, inspirée du littoral, mêle blancs cassés, beiges, sable, terracotta et verts végétaux pour amplifier la lumière, ponctuée de touches plus profondes — indigo, noir,
ocre — qui structurent sans alourdir. Mais ici, plus encore, c’est la lumière qui définit l’espace : filtrée par des voilages, tamisée par des claustras ou des feuillages, elle devient une matière vivante qui transforme l’atmosphère.
ASTUCES D’ARCHITECTE
- Privilégier des ouvertures opposées, mais décalées permet d’accélérer le flux d’air et de limiter les zones de stagnation de chaleur, sans recourir systématiquement à la climatisation.

UN ART DE VIVRE INDOOR - OUTDOOR
- Le sel est l'ennemi invisible de toute construction côtière. Pour vos menuiseries, bannissez l’acier et privilégiez l’aluminium anodisé (qualité marine) ou l’inox. Côté peinture, optez pour des enduits minéraux à la chaux : ils laissent respirer le mur tout en résistant mieux au cloquage que les peintures plastifiées classiques.
- Choisissez des meubles légers ou modulables, faciles à déplacer pour suivre les zones d’ombre et s’adapter aux usages.
En Afrique de l’Ouest, la maison de bord de mer ne se limite jamais à ses murs. Elle se prolonge à l’extérieur, au rythme du soleil et des usages. Les terrasses deviennent de véritables pièces à vivre, où l’on déjeune, reçoit et se repose. Les pergolas filtrent la lumière, créant des jeux d’ombres mouvants tout au long de la journée. La végétation y joue un rôle fondamental. Palmiers, frangipaniers, bambous et papyrus créent des zones d’ombre naturelles qui rafraîchissent l’atmosphère avant même que l’air ne pénètre dans la maison.
CONSEILS DE PRO
Le mobilier suspendu
Il amplifie la sensation de légèreté et facilite le nettoyage du sable : fauteuils balançoires en corde ou banquettes maçonnées intégrées à l'architecture… libèrent l'espace au sol et donnent une impression de fluidité absolue.
L'éclairage « Dark Sky »
En bord de mer, la pollution lumineuse perturbe. Bannissez les projecteurs puissants vers le ciel. Préférez des balisages au sol de faible intensité et des appliques qui dirigent la lumière vers le bas. Cela préserve la magie des nuits étoilées sur la plage !
UN PROJET DE DÉCORATION EN VUE ? BESOIN DE CONSEILS ?
Oumou Khairy Tall, interior designer, imagine pour vous des espaces empreints d’âme, mêlant élégance contemporaine et inspirations africaines. Chaque projet raconte une histoire, celle du savoir-faire et de la beauté du continent.
INSTAGRAM FABIWADECORATION

La couture à la main contre la vitesse du monde
JULIE
KOUASSI
PAR ANNE-CLAIRE LECOULS
À contre-courant d’une mode produite en série et consommée à toute vitesse, Julie Kouassi a choisi une autre cadence. Dans son atelier, pas de machine à coudre. Seulement des aiguilles, du fil, des matières naturelles et des heures de travail patient.
Depuis Abidjan, la fondatrice de Julie Kouassi –Couture Fait Main (JK-CFM) construit une mode entièrement faite main, où chaque couture raconte autant une émotion qu’un savoir-faire. Doctorante, artiste textile et créatrice, elle développe une approche singulière, entre recherche universitaire, mémoire artisanal et création contemporaine. Rencontre.
UNE HISTOIRE DE TISSUS, TRÈS TÔT
Chez Julie Kouassi, tout commence dès l’enfance. Avant même de penser à la mode comme métier, elle avait déjà ce besoin instinctif de toucher, transformer, assembler. « D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours manipulé les vêtements », raconte-t-elle. D’abord ceux des poupées. Ensuite les siens, qu’elle modifie discrètement, parfois sans vraiment assumer cette passion. Le vrai basculement arrive le jour où elle réalise une chemise pour une cliente qui voulait tester son savoir-faire. Devant l’émotion suscitée par cette pièce unique, la créatrice comprend que le vêtement fait main dépasse la simple utilité. Il porte une présence, une charge narrative que l’industrie textile a totalement gommée.
Cette révélation ne la quitte plus. Elle poursuit ses études, obtient un master en lettres modernes, entame un doctorat autour du discours féminin et du genre dans les magazines de mode francophone, tout en développant progressivement son propre langage textile. En 2018, elle fonde officiellement JK-CFM où chaque pièce est cousue à l’aiguille et au fil.
LE CHOIX RADICAL DU ZÉRO MACHINE
S’imposer avec une telle démarche à Abidjan n'a pourtant pas été immédiat. Dans une époque dominée par la fastfashion et les vêtements jetables, et un écosystème habitué à la réactivité des tailleurs locaux, proposer la lenteur s’apparentait à un pari risqué. Pourtant, Julie ne parle jamais de nostalgie : le fait main n’est pas un retour en arrière. C’est une autre façon de penser la création. « Le zéro machine n’est pas un refus du progrès, mais une manière de réinterroger notre rapport au temps, au corps et à la création. »
Dans son atelier, la lenteur devient alors une méthode de travail. Ce qu’elle aime dans la couture à la main, c’est justement cette relation intime avec la matière. Le silence aussi. Le rythme répétitif. La concentration qu’impose le fil. « Quand je couds à la main, je suis obligée d’être pleinement présente. »
« Aujourd’hui, la fast-fashion produit vite, au détriment des artisans et même de la sensibilité du vêtement. Moi, je fais le choix inverse : ralentir pour redonner du sens au geste. »

« La machine cherche souvent la perfection identique. La main, elle, accepte la nuance, l’irrégularité, la singularité. Et paradoxalement, c’est cette imperfection qui crée l’émotion. Une couture manuelle raconte le temps qu’il a fallu pour la réaliser. Elle rappelle qu’un être humain était là, pleinement engagé dans ce qu’il faisait. » Ses pièces demandent entre 40 et 150 heures de travail. Certaines davantage encore. Un temps difficile à imaginer dans une industrie où les collections se succèdent toutes les quelques semaines.
GARDER LES TRACES HUMAINES
Le style de Julie Kouassi se reconnaît à sa manière de jouer avec les volumes, les mouvements du vêtement sur la silhouette, la lumière, les plis naturels des tissus. Elle aime les formes qui respirent, les pièces qui laissent apparaître le
LIFESTYLE, MODE
« Nos textiles, nos broderies, nos méthodes de fabrication et notre rapport à la matière portent une richesse immense. Les valoriser aujourd’hui, c’est réaffirmer notre identité. »
geste. « Les pièces qui représentent le mieux mon univers sont souvent celles où la couture manuelle reste visible, presque assumée comme un langage esthétique. J’aime quand le fil ne sert pas seulement à assembler, mais devient une écriture sur le tissu. »
Elle revendique une sensibilité proche du wabi-sabi, cette façon de voir la beauté dans l’imperfection, dans les traces du temps, dans ce qui n’est pas lisse. Ses matières de prédilection vont dans le même sens. Le lin, le coton ou les fibres plus organiques l’intéressent parce qu’ils vivent, vieillissent et réagissent au corps. Elles possèdent une dimension vivante qui s'accorde naturellement avec l'irrégularité du point fait main. La machine reproduit à l’identique une perfection froide ; la main, elle, interprète le tissu, laissant deviner les tensions du fil, les hésitations et l’énergie de celle qui l’a façonné.fibres plus organiques l’intéressent parce qu’ils vivent, vieillissent et réagissent au corps. Elles possèdent une dimension vivante qui s'accorde naturellement avec l'irrégularité du point fait main. La machine reproduit à l’identique une perfection froide ; la main, elle, interprète le tissu, laissant deviner les tensions du fil, les hésitations et l’énergie de celle qui l’a façonné.
LA COUTURE COMME MÉMOIRE
Cette mémoire, c'est celle des savoir-faire artisanaux du continent. Pour la chercheuse et créatrice, les gestes anciens du textile africain contiennent une intelligence du corps et une culture qui se transmettent en silence, de génération en génération, en dehors des circuits académiques formels. Valoriser ces pratiques aujourd'hui permet de lutter contre leur disparition face aux importations massives de vêtements bon marché, tout en démontrant que l'Afrique est un incubateur de haute création, exigeante et contemporaine. « À l’heure de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, continuer à créer lentement avec ses mains devient une manière d’affirmer que l’humain a encore une place centrale dans l’art et dans la mode. »
REDONNER DE LA VALEUR AUX MÉTIERS DE LA MAIN
À travers JK-CFM, Julie Kouassi veut également changer le regard porté sur les métiers artisanaux en Côte d’Ivoire, particulièrement pour les femmes. Elle insiste sur un point : travailler de ses mains ne devrait jamais être perçu comme une activité par défaut. « Les métiers de la main sont de véritables métiers de création, de transmission et d’indépendance économique. »

« Quand je couds à la main, je suis obligée d’être pleinement présente. Chaque point demande de l’attention, une forme d’écoute intérieure.
Ce n’est pas seulement un travail technique, c’est presque une manière de penser et de ressentir. »
Former une jeune femme à ces techniques, c’est lui transmettre une discipline, une maîtrise technique et la confiance nécessaire pour tracer sa propre voie dans les industries créatives. « Nous voulons faire comprendre que créer avec ses mains, ce n’est pas “faire moins”, c’est au contraire produire quelque chose d’unique, avec une identité forte. »
L'avenir de la maison s'écrira d'ailleurs sous le signe de cette ouverture. Tout en poursuivant la rédaction de sa thèse universitaire, Julie Kouassi prépare la transition de ses créations vers de nouveaux espaces. Son objectif est de déployer ses œuvres textiles et ses pièces brodées au sein de galeries d'art et d'expositions, décloisonnant ainsi définitivement la frontière entre mode et expression artistique.
INSTAGRAM JULIE_KOUASSI_CFM
Crédit photos © Monsieur Pimpant
PRIX DU PUBLIC AU CONCOURS ARTISTIQUE DE L’AMITIÉ IVOIRO-BELGE
En mars dernier, le Concours artistique de l’Amitié ivoiro-belge à invité plusieurs jeunes créatrices à s'interroger sur la responsabilité environnementale et l'industrie textile. Dix finalistes ont été sélectionnées pour concevoir des œuvres écoresponsables, avec le soutien d’acteurs du secteur tels que la Maison Elie Kuame. Julie a terminé 2e du concours et remporté le prestigieux Prix du Public.

BOSS
PAR B MAG

Certaines inaugurations racontent un lieu. D'autres racontent davantage.
Le 3 avril dernier, la boutique BOSS de Cap Sud rouvrait ses portes à Abidjan lors d'un Soft Opening réunissant créateurs, entrepreneurs, personnalités et figures de la scène locale. Au fil de la soirée, les échanges circulaient naturellement dans une atmosphère plus proche d'un rendez-vous lifestyle que d'une inauguration traditionnelle.
Des univers différents, des parcours parfois éloignés, mais réunis autour de la mode et de tout ce qu'elle raconte audelà des vêtements.
Plus qu'une nouvelle adresse, cette réouverture raconte aussi quelque chose de plus large sur une ville et une génération en pleine évolution.
Une autre idée du style à Abidjan

LE NOUVEAU « BOSS » : ENTRE BUSINESS, CULTURE ET STYLE
Pendant longtemps, BOSS a incarné une certaine idée de l’élégance masculine. L’homme BOSS avait presque une silhouette universelle : des costumes impeccablement coupés, une allure maîtrisée et des codes associés au monde professionnel.
Aujourd’hui, cette image ne raconte plus tout à fait la même histoire.
Le nouvel homme BOSS ne se définit plus par une seule activité ni par un seul univers. Il peut commencer sa journée dans une réunion, traverser la ville pour un déjeuner, passer par une galerie, prendre un vol ou rejoindre un rooftop avant de terminer autour d’un dîner ou d’un événement, sans forcément changer de rythme — ni de style.
Il ne choisit plus vraiment entre élégance et décontraction, entre business et culture, entre codes classiques et influences plus personnelles. Son vestiaire suit ce mouvement : des lignes plus souples, une place plus importante donnée aux sneakers, à la maille, aux vestes plus décontractées ou à des pièces pensées pour accompagner différents moments de la journée.
On voit apparaître une nouvelle génération d’hommes qui naviguent naturellement entre plusieurs univers — business, culture, nightlife et mode — sans ressentir le besoin de se définir par un seul.
L'homme Boss contemporain cherche moins une élégance qui impose qu’une élégance qui lui ressemble.

UNE MARQUE, UNE GÉNÉRATION, UNE VILLE EN MOUVEMENT
À Abidjan, les habitudes évoluent. Une génération dessine progressivement d’autres repères : plus mobile, plus connectée aux influences internationales et aux nouveaux usages, elle mélange naturellement les références sans forcément les opposer et construit sa propre manière de consommer la mode et le luxe.
Business et créativité. Élégance et confort. Travail et art de vivre.
L’élégance ne se limite plus seulement à ce que l’on porte. Elle passe aussi par les lieux, l’expérience et les univers dans lesquels on se reconnaît. Les boutiques elles-mêmes ne racontent plus uniquement une collection ; elles cherchent aussi à créer une atmosphère, une relation, une manière d’entrer dans un univers.
Dans ce contexte, l'évolution de BOSS trouve un écho particulier à Abidjan. Une ville en pleine transformation, où les parcours se croisent de plus en plus et où entrepreneurs, créatifs, artistes et personnalités partagent souvent les mêmes lieux, les mêmes événements et parfois les mêmes inspirations.

Au fond, cette réouverture raconte bien plus que l'évolution d'une marque. Elle raconte un changement de regard : celui d'une génération qui ne cherche plus à entrer dans une case, qui n'attend plus qu'on lui dicte ses codes et qui construit désormais les siens. C'est précisément cette élégance que BOSS incarne aujourd'hui : une élégance qui ne se définit plus par des codes à respecter, mais par la liberté de les réinventer.
BOSS STORE
CAP SUD MALL, ABIDJAN

Le wax attire. Il fait partie du paysage. Dans la rue comme au bureau, des soirées aux évènements familiaux, il accompagne aussi bien les moments importants que les gestes du quotidien. Mais ce tissu, chargé d’histoire et de symboles, n’est pas neutre. Il impose une présence, raconte quelque chose de fort. Et c’est justement parce qu’il est puissant qu’il ne se porte pas au hasard. Aujourd’hui, alors qu’on le retrouve aussi bien sur les podiums internationaux que dans les collections de musées, le wax change de statut. Il ne se porte plus par habitude, mais par choix. Et surtout, il se compose.
Le bon dosage du wax
LE WAX, OUI !
MAIS PAS N’IMPORTE COMMENT
PAR MOMO SAYEGH

QUAND LE WAX PREND TOUTE LA PLACE
Le wax n’est pas un tissu discret. Motifs affirmés, couleurs vibrantes, contrastes forts : il capte immédiatement l’attention. Et parfois, il en fait trop ! Une seule pièce suffit déjà à structurer une silhouette, mais mal dosé, il peut rapidement saturer un look. Porté sans réflexion, le wax peut vite prendre le dessus sur la tenue, mais aussi sur la personne. Ce n’est pas une question de style ou de morphologie. C’est une question de dosage. Et c’est là que tout se joue.
UNE NOUVELLE MANIÈRE DE PORTER LE WAX
Le wax ne se porte plus comme avant. Là où il faisait autrefois partie du quotidien — pagne noué, ensemble cousu chez le tailleur — il s’inscrit aujourd’hui dans des silhouettes plus construites et contemporaines, parfois influencées par le tailoring ou les codes du prêt-à-porter global. Des créateurs africains comme Lisa Folawiyo (Nigéria), Christie Brown (Ghana), Loza Maléombho (Côte d’Ivoire), Tongoro Studio (Sénégal), Imane Ayissi (Cameroun) ou Kenneth Ize (Nigéria) l’intègrent dans leurs collections. Même des maisons comme Dior ou Stella McCartney s’en emparent désormais… mais par touches.
Car tout est là. Alors qu’on le voyait autrefois décliné en ensembles complets, la tendance est désormais au contraste. Le wax devient une pièce dans une tenue, et non plus la tenue entière : une jupe associée à un t-shirt blanc, un blazer structuré sur un pantalon neutre, une chemise ouverte sur un jean brut… Il devient plus minimal, plus maîtrisé. Et surtout, il se déplace aussi du vêtement vers le détail : un sac, une doublure de veste, un foulard, des sandales, une finition.
À ADOPTER
UNE PIÈCE FORTE EN WAX : CHEMISE, BLAZER, JUPE
UN LOOK STRUCTURÉ, AVEC UNE SEULE TOUCHE WAX
LE WAX EN ACCESSOIRES : SAC, FOULARD, DÉTAILS SUBTILS
LE MÉLANGE AVEC DES BASIQUES NEUTRES (BLANC, BEIGE, DENIM, NOIR)
À ÉVITER
LE TOTAL LOOK TROP CHARGÉ
L’ACCUMULATION DE MOTIFS
LE MÉLANGE DE PLUSIEURS WAX DOMINANTS

LES BONS RÉFLEXES, LE BON PLACEMENT
« L’idée n’est pas d’effacer le wax, mais de le laisser respirer. »
Porter du wax, c’est avant tout une question de placement. Une pièce forte suffit souvent à créer une allure. Si les motifs sont larges, mieux vaut les concentrer sur une seule pièce — en haut ou en bas, mais rarement les deux. Les imprimés denses et expressifs attirent le regard : ils doivent être positionnés sur les zones que l’on souhaite valoriser. Par exemple, sur les épaules pour élargir ou sur la taille pour affiner. Les motifs plus petits ou géométriques seront plus faciles à porter au quotidien.
Le wax fonctionne particulièrement bien avec des pièces neutres et des matières sobres. Associezle à un lin froissé, un coton doux, un denim usé : autant de textures qui le mettront en valeur sans le concurrencer.
Porter du wax, c’est accepter qu’il ne soit pas discret. C’est pour cela qu’il faut lui laisser de l’espace : il doit être placé au bon endroit.
Tout est une question d’équilibre !
LE BON DOSAGE
1 PIÈCE FORTE = IMPACT IMMÉDIAT
2 PIÈCES = À ÉQUILIBRER AVEC DU NEUTRE
TOTAL LOOK = UNIQUEMENT SI PARFAITEMENT MAÎTRISÉ
L'élégance ivoirienne cousue main
VERNIS
ROUGE
PAR ÉLODIE VERMEIL

À Abidjan, le couple
Diarrassouba a fait d'une chemise classique le manifeste discret du « World Class Made in Africa ». Six ans après sa création, Vernis Rouge produit plus de 1 200 pièces par mois, et songe à son avenir hors des frontières ivoiriennes.
À la base, Yasmine, informaticienne, et Honoré Diarrassouba, ingénieur en économie, cherchaient juste une idée de « side business ». Un jour, Yasmine glisse à son époux cette phrase qui changera tout : « Tu aimes les chemises, on t'appelle sans arrêt pour des conseils, tu devrais en produire. » Lui refuse d'abord, soucieux de ne pas dévier de sa carrière. Elle insiste, et voit juste : « Je lance la marque, et je sais que tu me rejoindras. »
CRÉER UNE
ALTERNATIVE LOCALE SOLIDE ET CRÉDIBLE
Autour d'eux à l’époque, les principales références des amateurs de chemises classiques sont européennes ou américaines, mais rien qui soit produit localement. « Nous nous sommes dit qu'il fallait créer une alternative locale solide et crédible. Cette vision est intacte aujourd'hui », résume Honoré. Le nom de Vernis Rouge, on le doit à Yasmine : un clin d'œil féminin posé sur un vestiaire très masculin, signature traduite, sur chaque chemise, par un minuscule point rouge cousu à la main.
Les premières pièces sont entièrement sous-traitées, mais ce système montre vite ses limites — ruptures de stock, retards de production, défauts de qualité — et le couple internalise la production. Cinq ans plus tard, Vernis Rouge s'appuie sur trois unités de production et une vingtaine d'artisans : tout est désormais réalisé en interne, avec une capacité de « 1 200 à 1 300 chemises par mois », précise Honoré.
BIEN FAIRE LES CHOSES SIMPLES
Sur le terrain, la marque assume sa ligne. « Nous avons décidé de ne pas réinventer l’eau chaude. Il y a des choses qui fonctionnent. Vous devez être capable de les faire et de les faire bien », tranche Honoré. Chaque chemise est réalisée pièce par pièce. Les patronages s’inspirent des grands standards du vestiaire classique international, avec un important travail d’adaptation et de développement interne, et un objectif assumé : « 80 à 85 % de précision sur les dimensions ». Les tissus, eux (en provenance de Chine et de Turquie essentiellement), viennent pour l’heure majoritairement de Treichville. À court terme, le couple envisage de les importer directement de Chine, choix justifié par la traçabilité : composition vérifiable et normes de qualité documentées, condition sine qua non pour un jour, « exporter au-delà de l'Afrique ».
La signature rouge a fait le reste. « Dès que quelqu'un voyait la chemise, il était intrigué par le point rouge, essayait de l'enlever, et nos clients disaient fièrement : " C'est la marque, c'est la signature " », raconte Yasmine. « Aujourd'hui encore, c'est un signe de reconnaissance — nos clients nous racontent qu'ils repèrent un Vernis Rouge dans un avion ou en réunion. Au fil du temps, cela a fédéré toute une communauté. »
UNE GAMME QUI S’ÉLARGIT, UNE CLIENTÈLE QUI S’AFFIRME
Si la chemise reste le cœur de gamme, le vestiaire s'est étoffé : tuniques, robes chemises, pantalons, t-shirts ajoutés cette année, complétés par des accessoires — cravates, chaussettes, boutons de manchette… — et désormais une carte cadeau. En 2025, Vernis Rouge a aussi lancé la demimesure : taille standard adaptée à la morphologie du client, puis ajustée (manches, encolure). « Le 100% sur-mesure viendra peut-être dans un an ou deux », prévient Honoré.
Côté prix, la marque a quitté la fourchette d'origine. « Nous étions sur 15 000 à 25 000 FCFA. Nous avons évolué, à la fois parce que nos clients eux-mêmes nous trouvaient trop accessibles à 15 000, et pour intégrer la réalité du marketing et de la publicité. Le haut de gamme a augmenté de 5 000 à 10 000 FCFA », explique Yasmine. La cible reste large : « Un jeune diplômé qui veut une belle chemise pour un entretien comme un cadre confirmé pour ses réunions. » Honoré ajoute, lucide : « Je ne veux pas que le client vienne uniquement pour le " made in Côte d'Ivoire ", mais parce que la chemise tient ses promesses. »
DEUX BOUTIQUES-VILLAS, UN SITE, ET UNE MARQUE SŒUR
Vernis Rouge se trouve aujourd'hui dans deux boutiquesvillas, à Angré et à la Riviera Jardin, qui couplent vente et production en circuit court. Deux autres points de vente sont installés en cohabitation avec le pressing O'Clean, à l’Ivoire
Trade Center et Playce Palmeraie — « des emplacements à forte visibilité ». Le site e-commerce (www.vernis-rouge.com), lancé en 2025, a déjà permis d'expédier aux États-Unis, en France et au Gabon entre autres.

En coulisses, le couple a aussi structuré une marque sœur B2B, Lawassa, dédiée aux uniformes d'entreprise et aux équipements de sécurité. Une diversification qui consolide l'outil industriel sans diluer le récit Vernis Rouge.
CAP SUR 2030
Reste l'horizon. Hors Côte d'Ivoire, « L’Afrique de l’ouest est notre priorité, à commencer par la Guinée. » — c'est, étonnamment, la plus grosse communauté de la marque à l'étranger — avec, à l'étude, un pop-up ou un corner. Et un rêve assumé : « Pourquoi pas, un jour, une belle boutique à Paris », sourit Yasmine. Honoré, lui, regarde l'atelier : « 2030, c'est demain. La priorité, c'est la production : monter une vraie unité moderne, avec des conditions de travail exemplaires pour nos artisans. » Une boussole, une formule : « Où que nos produits soient vendus dans le monde, la production restera centrée en Côte d'Ivoire. De l'Afrique à la lune. »
SITE WEB VERNIS-ROUGE.COM

« Nous ne voulons pas que le client vienne uniquement pour le "made in Côte d'Ivoire". Nous voulons qu'il revienne parce que la chemise tient ses promesses. »
Yasmine et Honoré Diarrassouba

J'ai testé
LE KOBIDO
PAR
ANNE-CLAIRE LECOULS

Une tradition ancestrale au service de la peau
À la frontière du soin et du rituel, le Kobido est un massage facial japonais réputé pour son effet lift naturel, sans aiguille ni artifice. Il associe vibrations, percussions, effleurages, pétrissages et lissages, exécutés selon des rythmes variés. Au-delà de son effet relaxant, il s’agit d’un protocole sophistiqué qui agit en profondeur sur la peau et les muscles du visage. Avec ses 48 techniques codifiées, il compte parmi les soins les plus complets et les plus en vogue. Mais derrière la tendance, que se passe-t-il vraiment sur la peau ?

LA BONNE INFO
Le Kobido est particulièrement recommandé pour les peaux fatiguées ou marquées par l’âge. Il est généralement plus pertinent à partir de 30 ans. Pour un effet durable, plusieurs séances régulières sont conseillées.
UNE CHORÉGRAPHIE MILLIMÉTRÉE
Le Kobido est une danse des mains qui se joue sur le visage, le cou, le décolleté, les épaules et parfois même les trapèzes sollicités afin de relâcher les tensions globales du haut du corps. Les gestes s’enchaînent avec précision, alternant pressions toniques et mouvements plus doux à un rythme soutenu. Chaque zone du visage est traitée de manière spécifique, permettant d’agir sur les volumes, la tonicité musculaire et la qualité de la peau.
DES EFFETS VISIBLES ET PROFONDS
Le Kobido agit directement sur la circulation sanguine et lymphatique, favorisant l’élimination des toxines et une meilleure oxygénation des cellules. Cette stimulation déclenche également l’activation des fibroblastes, à l’origine de la production de collagène, d’élastine et d’acide hyaluronique. Progressivement, les traits semblent plus lisses, les rides d’expression atténuées et le teint visiblement plus lumineux. L’ovale du visage se redessine, les cernes et les poches s’estompent, donnant une impression globale de fraîcheur.
Le Kobido, qui signifie « ancienne voie de la beauté », est né au Japon au XVe siècle suite à une rivalité entre deux experts du massage Anma, désireux de séduire une impératrice. Incapables de se départager, ils fondèrent la Maison Kobido. Longtemps réservé à la noblesse et aux geishas, ce rituel s’est ensuite démocratisé à travers le monde.
UN SOIN ENTRE ESTHÉTIQUE ET BIEN-ÊTRE
Au-delà de ses effets anti-âge, le Kobido offre une véritable parenthèse de détente. En agissant sur les méridiens et certains points d’acupuncture du visage et du cou, il contribue à libérer les tensions et à rééquilibrer l’énergie du corps. Le soin agit ainsi aussi bien sur le plan physique que mental. Cette dimension holistique, mêlant esthétique, thérapie et bien-être, en fait un rituel idéal pour se recentrer et apaiser l’esprit. On dit oui !

Secret de beauté
LE MARC DE CAFÉ

On le jette machinalement après le petit-déjeuner… et pourtant, le marc issu du café mérite qu’on s’attarde un peu sur lui ! Derrière ces petits grains sombres se cache un concentré d’actifs naturels capable de s'inscrire dans notre routine beauté, tout en adoptant une démarche responsable, écologique et économique. On aime, évidemment !
UN SOIN MULTIFONCTION
AUX EFFETS VISIBLES
Riche en caféine, en antioxydants et en minéraux, le marc de café s’impose comme un véritable allié pour le corps et les cheveux. Sa texture naturellement granuleuse en fait un exfoliant doux, mais efficace, pour éliminer les cellules mortes tout en affinant le grain de peau sans l’agresser.
En stimulant la microcirculation, il agit comme un booster cutané : le teint est immédiatement réveillé, plus lumineux, et la peau retrouve vitalité et fraîcheur. Utilisé en gommage sur le visage, il redonne de l’éclat et lisse visiblement les traits. Sur le contour des yeux, la caféine qu’il contient déploie ses propriétés décongestionnantes en atténuant cernes et poches, tout en réveillant le regard.
Sur le corps, son action tonifiante contribue à raffermir la peau et à améliorer l’aspect de la cellulite en relançant la circulation. Enfin, appliqué sur le cuir chevelu ou les longueurs, le marc de café exfolie en douceur, élimine les impuretés, apporte de la brillance et sublime particulièrement les chevelures foncées.

COMMENT L’UTILISER
Sous la douche, il peut être utilisé seul ou mélangé à de l’huile de coco et du sucre pour créer un gommage maison efficace, à appliquer en mouvements circulaires sur le corps. Sur le visage, l’utilisation demande davantage de douceur. Il est préférable de l’associer à du miel ou à une huile douce (argan ou amande douce) afin de préserver l’équilibre et la sensibilité de la peau. Pour les cernes, un mélange de marc de café, de fromage blanc et de citron appliqué frais aide à décongestionner le regard. Enfin, incorporé à votre shampoing, il se transforme en soin capillaire.
LE SAVIEZ-VOUS ?
Beaucoup de crèmes anticellulite contiennent de la caféine, réputée pour son effet « brûle-graisse » et ses vertus drainantes. Bonne nouvelle, le marc de café en renferme naturellement et en grande quantité ! L’effet exfoliant des grains augmente son action en lui permettant de pénétrer correctement la peau.

Pour un effet tonifiant renforcé, mélangez votre marc de café encore légèrement tiède avec une huile végétale. La chaleur aide à ouvrir les pores et optimise son action.
PAR B MAG
Notre alliée anti-moustique L’HYPTIS SUAVE
PAR CHRISTELLE BIBICHE

L’Hyptis suave (Hyptis suaveolens) est une plante jugée très envahissante en Afrique de l’Ouest. On la rencontre partout en Côte d’Ivoire, autant à Abidjan qu’en dehors, sur les bords des routes, les terrains vagues ou les entrées de champs. Surnommée la « menthe de brousse », elle appartient à la famille des Lamiacées, tout comme la menthe, le thym, la sauge ou encore la mélisse. Comme ses « petites sœurs », elle contient dans ses feuilles des huiles essentielles en grande proportion, notamment du sabinène, de l’eucalyptol et du béta-caryophyllène qui lui confèrent un parfum rafraîchissant et des propriétés médicinales très intéressantes, dont une action répulsive et insectifuge.

UN ANTI-MOUSTIQUE NATUREL… DEPUIS LONGTEMPS
Quand on s’intéresse de près à l’Hyptis suave, on découvre que la plante était très appréciée par les anciens dans différents pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Parmi ses différentes utilisations, celle qui perdure le plus aujourd’hui est son action répulsive contre les moustiques. Au Bénin, d’ailleurs, on l’appelle Zanssoupèman qui signifie littéralement « herbe à moustique » en langue fon. En Côte d’Ivoire, suspendre dans la maison des feuilles d’Hyptis, fraîches ou séchées et brûlées, pour repousser les moustiques fait aussi partie des usages traditionnels. J’en ai personnellement fait l’expérience lors d’une nuit dans un village près de Man, et ça marche ! Les plants d’Hyptis suave disposés tout autour du lit nous ont permis de dormir paisiblement jusqu’au petit matin. Depuis, j’ai adopté ce réflexe dès que je voyage.
LES AUTRES USAGES DE L’HYPTIS
· La plante était prise en tisane autrefois au Sénégal pour procurer force et bien-être.
· La décoction de feuilles d’Hyptis permettrait de lutter contre la toux, la grippe et certaines affections respiratoires.
· La plante est utilisée au Bénin pour soigner le diabète sucré chez la femme enceinte.
· Les feuilles pressées entre les doigts puis frottées sur la peau agiraient comme cicatrisant et antiseptique en cas de piqûres d’insectes, de démangeaisons cutanées, de furoncles…

LA PETITE HISTOIRE
Originaire d’Amérique tropicale, Hyptis suaveolens a voyagé jusqu’en Afrique au fil des échanges coloniaux et commerciaux. Introduite à l’origine de manière accidentelle, la plante s’est rapidement acclimatée aux climats tropicaux et fait aujourd’hui partie des savoirs populaires africains, notamment pour ses usages médicinaux et domestiques.

L’HUILE ESSENTIELLE D’HYPTIS… ENCORE PLUS EFFICACE !
De nombreuses études réalisées sur l’huile essentielle d’Hyptis suaveolens la positionnent aujourd’hui comme un puissant anti-moustique et répulsif naturel, notamment contre Anopheles gambiae, le principal vecteur du paludisme en Afrique. Son action serait comparable, voire supérieure à certains produits chimiques commerciaux tels que le DEET, un actif mis au point par l’armée américaine en 1946 et le plus connu des répulsifs de synthèse contre les moustiques.
LES CHIFFRES
Une concentration de 6 % d'huile essentielle d’Hyptis suave repousserait jusqu'à 97 % des moustiques juste après application.

INSOLITE
Les graines d’Hyptis suaveolens ont la particularité de devenir collantes au contact de l’humidité, ce qui facilite leur dispersion en s’accrochant aux animaux, aux vêtements… ou aux pneus. Une stratégie naturelle qui explique en partie pourquoi la plante est parfois considérée comme envahissante.
UNE ALTERNATIVE SAINE
AUX
SPIRALES ET AUTRES CHIMIES
Le DEET et les autres composants chimiques entrant dans la fabrication des produits répulsifs ou des spirales très répandues en Côte d’Ivoire sont potentiellement allergènes, et des études ont prouvé leur toxicité, en particulier pour les femmes enceintes et les enfants. De plus, l’usage en intérieur des spirales anti-moustiques expose à de graves risques respiratoires : toux, irritations, asthme, maladies chroniques et cancers pulmonaires chez l’homme. Un constat alarmant, alors même que l’Hyptis suave pousse librement autour de nous ! Pourquoi cette plante accessible reste-t-elle si peu utilisée ?
La faire connaître, la transformer, suspendre ses bouquets aux fenêtres et vulgariser ses usages oubliés serait déjà un premier pas pour lui redonner la place qu’elle mérite.

POUR S’EN PROCURER OU APPRENDRE À L’UTILISER HERBORISTERIE MAKO’OU ABIDJAN, RIVIERA M'POUTO INSTAGRAM MAKO'OU HERBORISTERIE
L’IGNAME, COMMENT LA SAVOURER SANS CULPABILISER ?
PAR MARION EZZEDINE
Chaque année, le mois de juillet marque un moment attendu en Côte d’Ivoire : l’arrivée de l’igname nouvelle. Mais au-delà de son importance culturelle, que nous apportet-elle réellement sur le plan nutritionnel ? Décryptage d’un tubercule aux bienfaits multiples.

UN CONCENTRÉ D’ÉNERGIE LONGUE DURÉE
L’igname est une source exceptionnelle de glucides complexes : sa digestion lente fournit une énergie stable, évitant ainsi les grignotages intempestifs. Mais son vrai secret réside dans sa richesse en vitamine B6. Cette vitamine joue un rôle essentiel dans l’organisme : immunité, bien-être et santé cardiaque. La vitamine B6 soutient en effet le système immunitaire en participant à la production d’anticorps. Elle participe aussi à la fabrication de la sérotonine (l'hormone du bien-être). Enfin, la vitamine B6 aide à réguler le taux d'homocystéine, un acide aminé qui, en excès, peut favoriser les maladies cardiovasculaires. Un apport suffisant permet donc de maintenir une bonne santé cardiaque.
L’igname est également source de fibres, lesquelles favorisent le transit intestinal, tout en contribuant à diminuer le taux de cholestérol sanguin et à réguler la glycémie. Elle présente aussi une teneur intéressante en potassium, un minéral qui intervient dans de nombreuses activités métaboliques : maintien de l'équilibre des fluides, transmission nerveuse, régulation du rythme cardiaque et contrôle des contractions musculaires.

ATTENTION AUX MODES DE PRÉPARATION !
Si l’igname est riche en nutriments essentiels, sa qualité nutritionnelle change selon la manière dont elle est préparée. C'est ici qu'il faut être vigilant !
Lorsqu'on pile l'igname pour en faire du foutou, on brise ses fibres. Résultat ? Les glucides passent beaucoup plus vite dans le sang (augmentation de l’index glycémique) : cela fatigue le pancréas et favorise le stockage des graisses.
La chair de l'igname est très poreuse. En frites, elle absorbe l'huile comme une éponge… doublant, voire triplant l'apport calorique du repas. Gardez la friture pour les occasions exceptionnelles !
L’igname bouillie est la méthode à privilégier, car elle préserve les vitamines, l'index glycémique reste modéré et elle rassasie plus longtemps. Accompagnée d'une sauce à base de légumes (claire, kopè ou djoumblé), c'est le repas équilibré par excellence.

PURÉE D'IGNAME
AU LAIT DE COCO
Ingrédients pour 4 personnes :
· 800 g d'ignames
· 250 ml de lait
· 100 ml de lait de coco
· 40 g de beurre
· 2 gousses d’ail
· 2 feuilles de laurier
· 4 piments verts
· 1 pincée de noix de muscade
· Sel, poivre
Éplucher l'igname et la rincer pour enlever l'excédent d'amidon. La couper en gros morceaux et mettre à cuire dans un grand volume d'eau. Ajouter l'ail, le piment, les feuilles de laurier. Faire cuire 20 minutes. Égoutter. Passer au moulin à légumes ou au presse-purée. Faire chauffer le lait et le lait de coco avec le poivre, le sel et la noix de muscade. Verser sur l'igname, ajouter le beurre et mélanger. Ajouter le piment coupé en lamelles.

Ingrédients pour 4 personnes :
· 500 g d’igname
· 200 ml de lait ½ écrémé
· 2 gousses d'ail
· 1 oignon
· 1 pincée de muscade
· 1 c. à s. d’huile
· 50 g de fromage râpé
· 10 g de beurre
· Sel
Peler et laver l’igname. Couper l’igname en dés et cuire dans de l’eau salée avec l’ail durant 20 minutes. En fin de cuisson, égoutter en prenant soin de conserver l’ail cuit et 10 cl d’eau de cuisson. Mixer ou écraser à la fourchette l’igname avec l’eau de cuisson prélevée et l’ail cuit. Peler et émincer l’oignon. Dans une casserole, faire chauffer l’huile et y faire revenir l’oignon avec une pincée de sel. Verser le lait et laisser mijoter à feu doux pendant 10 minutes. Ajouter la purée d’igname. Ajouter une pincée de muscade et laisser épaissir en mélangeant régulièrement à feu vif. Beurrer un plat à gratin. Verser la purée d’igname. Couvrir de fromage râpé. Enfourner à 220 °C pendant 15 à 20 minutes.
POUR EN SAVOIR PLUS NUTRITION SANTÉ CABINET DIÉTÉTIQUE INSTAGRAM NUTRITIONSANTE.CI
GRATIN D’IGNAME LÉGER
Le refuge lent dans un monde qui va trop vite
LIRE POUR PENSER
PAR NOREEN ALIBHAI

Soyez honnêtes… lisez-vous encore vraiment ?
Je ne parle pas de lire deux lignes sur Instagram entre deux rendez-vous ni de parcourir un article en diagonale pendant que votre cerveau pense déjà à autre chose. Je parle de lire : s’asseoir, ouvrir un livre, et disparaître dedans quelques instants.
Si vous me lisez aujourd’hui, c’est que quelque part, la lecture existe encore dans votre vie. Peut-être par petites touches. Peut-être comme un luxe rare qu’on s’accorde quand tout le reste est enfin terminé.
Et pourtant… on le sait : lire est l’une des choses les plus simples et les plus puissantes que l’on puisse faire pour soi. Le problème, c’est que notre époque ne nous aide pas.
QUAND LE SCROLL REMPLACE LE LIVRE
Je l’assume à présent bien que cela continue à me faire honte et à me faire culpabiliser : je tombe régulièrement dans la facilité que notre société nous inculque… obtenir du plaisir rapide, de la distraction sans effort, par le biais de mon téléphone. Et oui… Il remplace régulièrement ma lecture nocturne. Et derrière ce geste anodin, presque quotidien, se cache un renoncement plus profond qu’il n’y paraît. On ne perd pas seulement l’habitude de lire… on perd quelque chose de beaucoup plus précieux. On perd la profondeur.
LIRE, CE N’EST PAS UN HOBBY :
C’EST UNE HYGIÈNE MENTALE
On a tendance à penser que la lecture est un loisir comme un autre. Une activité sympa, culturelle, mais pas essentielle. En réalité, elle est profondément structurante. Les neuroscientifiques le confirment : lire stimule les connexions entre les hémisphères du cerveau, développe la matière grise et favorise la neuroplasticité — cette capacité fascinante du cerveau à se remodeler en fonction de ce qu’il vit. En clair : lire, c’est entraîner son cerveau.
Et l’inverse est vrai aussi. Moins on lit, plus certaines capacités s’éteignent doucement : la concentration, la mémoire, l’imagination… et surtout cette forme de pensée lente qui permet d’avoir une vraie réflexion, une vraie opinion, une vraie vision. Lire oblige le cerveau à travailler : retenir des informations, comprendre une histoire, visualiser des lieux, imaginer des visages, ressentir des émotions. Contrairement au contenu rapide, tout n’est pas donné. Tout se construit.
LIRE APAISE LE SYSTÈME NERVEUX
(ET ÇA SE RESSENT
!)
Un autre bienfait est presque magique : la lecture diminue le stress. Quand on lit, on cesse de ruminer. On sort du quotidien. On s’évade, et cette évasion a un effet direct sur notre état intérieur. Les tensions baissent, l’anxiété diminue, le mental se pose.
C’est simple : pendant quelques pages, votre cerveau cesse d’être en mode survie. Et ce qui est fascinant, c’est que la lecture améliore aussi la qualité du sommeil. Lire avant de dormir apaise l’esprit et facilite l’endormissement — surtout si l’on choisit un livre papier (ou une liseuse douce), plutôt qu’un écran.

SE RÉHABITUER À LIRE, SANS SE FORCER
Lire doit redevenir un plaisir, pas un devoir.
• Commencez par 10 minutes par jour.
• Choisissez un livre qui vous attire vraiment.
• Créez un rituel simple : matin calme ou soirée sans écran.
• Autorisez-vous à abandonner un livre qui ne vous plaît pas.
LIRE, C’EST APPRENDRE À PENSER
PAR SOI-MÊME
Il y a un autre aspect que l'on oublie souvent : lire développe l’esprit critique. Quand on lit, on analyse. On comprend un raisonnement. On observe des points de vue différents. On apprend à nuancer. On entraîne cette capacité précieuse à réfléchir au lieu de réagir. Dans une époque où l’on avale des opinions prêtes à l’emploi, lire est un acte de liberté intérieure. Chaque livre est un espace où l’on reprend du recul. Et puis lire augmente les connaissances. Peu importe le genre : roman, essai, biographie, développement personnel… on emmagasine, on enrichit sa vision, on ouvre des portes.
ET SI ON ARRÊTAIT DE LIRE « COMME IL FAUT » ?
Le plus grand frein à la lecture, c’est souvent la culpabilité. On croit qu’il faut lire des classiques, qu’il faut finir chaque livre, lire intelligent, qu’il faut être constant. Mais lire n’est pas une performance ! Si un livre ne vous accroche pas après 50 pages, reposez-le. Sans honte, sans excuse car vous n’êtes pas obligé de terminer quelque chose qui ne vous nourrit pas. La lecture doit rester une rencontre, pas une obligation.
LIRE DEVANT UN ENFANT : UN MESSAGE SANS MOT
Et puis, il y a cette chose magnifique : la lecture se transmet. Chez les enfants, lire stimule le langage, la mémoire, l’imagination. Mais l’impact le plus puissant est ailleurs, il est dans l’exemple. Un enfant qui voit un adulte lire comprend instinctivement que la curiosité est précieuse, que le calme existe et que l’on peut être bien sans être stimulé en permanence. Lire devant un enfant, c’est lui apprendre une chose essentielle : le silence n’est pas vide, il est fertile !
Ce que nous portons sans toujours le savoir
SPIRITUALITÉ ET HÉRITAGES INVISIBLES
PAR DR ÉDOUARD MOCKEY


Et si certains de nos choix n’étaient pas entièrement les nôtres ? Derrière des peurs persistantes, des blocages récurrents ou des situations de vie qui se répètent, se logent parfois des héritages invisibles transmis à travers notre lignée. Ces influences ne sont ni visibles ni toujours conscientes, mais elles peuvent profondément orienter nos trajectoires. Mettre de la lumière sur ces transmissions, ce n’est pas chercher des coupables dans le passé. C’est tenter de comprendre ce qui nous traverse, afin de redevenir acteurs de notre présent.
L’HÉRITAGE…
BIEN AU-DELÀ DU MATÉRIEL
Dans de nombreuses cultures africaines, l’héritage ne se réduit jamais aux biens ou au nom de famille. Il comprend les valeurs, les croyances, les interdits, les rites, mais aussi les silences, les non-dits et les blessures non cicatrisées. L’individu n’est jamais isolé : il s’inscrit dans une continuité, une mémoire collective qui le précède.
Cette vision rejoint les travaux de Cheikh Anta Diop, pour qui la transmission intergénérationnelle constitue un pilier fondamental des sociétés africaines traditionnelles. Chaque génération reçoit quelque chose, consciemment ou non, et le transmet à son tour.
QUAND LE PASSÉ CONTINUE D’AGIR
Il arrive que le passé ne reste pas là où on croit l’avoir laissé. Des relations amoureuses qui échouent toujours de la même façon, un sentiment d’échec sans cause apparente, une difficulté à prendre sa place… autant de signes que quelque chose cherche à se dire.
La psychogénéalogie, avec des figures comme Anne Ancelin-Schützenberger, a montré que des événements non résolus (deuils, secrets, exclusions, traumatismes) peuvent se transmettre de génération en génération. Dans le contexte africain, on parle souvent de poids de la lignée ou d’héritage invisible, pour désigner ces charges symboliques qui influencent les descendants.

« Comprendre ce qui nous traverse, pour mieux choisir ce que nous devenons. »

L’APPORT DES CONSTELLATIONS SYSTÉMIQUES
METTRE DE L’ORDRE DANS L’INVISIBLE
C’est ici qu’interviennent les constellations systémiques, développées par Bert Hellinger. Elles reposent sur une idée simple : chaque individu fait partie d’un système familial dans lequel chacun a une place. Lorsque cette place est perturbée (par un oubli, une injustice, une exclusion) le système cherche à se rééquilibrer, parfois à travers les générations suivantes.
Les constellations ne cherchent pas à expliquer intellectuellement, mais à rendre visible ce qui agit en silence. Elles offrent un espace où les liens, les loyautés cachées et les déséquilibres peuvent être révélés, reconnus et remis à leur juste place. En ce sens, elles créent un pont entre savoirs contemporains et sagesses anciennes, en mettant des mots et des images sur des réalités que de nombreuses traditions africaines reconnaissent depuis longtemps : la force des ancêtres, l’interdépendance, la mémoire collective.
MODERNITÉ ET HÉRITAGE
UNE RÉCONCILIATION NÉCESSAIRE
Des penseurs contemporains comme Felwine Sarr appellent à réconcilier modernité et héritage. Il ne s’agit ni de renier le passé, ni de s’y soumettre aveuglément, mais d’entrer en dialogue avec lui. Les constellations systémiques participent à cette démarche. Elles traduisent, dans un langage accessible, la profondeur des transmissions culturelles et spirituelles, et permettent d’en faire une ressource plutôt qu’un poids.
Les recherches en épigénétique, notamment celles de Rachel Yehuda, suggèrent par ailleurs que certaines empreintes émotionnelles peuvent se transmettre au-delà d’une génération. Ces influences ne sont pas une fatalité, mais une invitation à la conscience. Reconnaître ce qui ne nous appartient pas entièrement permet de s’en libérer. Comprendre, c’est déjà commencer à choisir autrement.

4 REPÈRES POUR AVANCER :
1. Explorer son histoire familiale avec curiosité et bienveillance.
2. Observer les répétitions dans sa vie.
3. Accepter que certaines charges ne nous soient pas personnelles.
4. Se donner la permission de créer sa propre voie.
RÉFÉRENCES
BIBLIOGRAPHIQUES

Aïe, mes aïeux !
Anne Ancelin-Schützenberger

Afrotopia
Felwine Sarr
Les lois de la réussite
Bert Hellinger
Travaux en épigénétique
Rachel Yehuda
Pour plus d’informations : DR ÉDOUARD MOCKEY CONSTELLATIONS SYSTÉMIQUES WHATSAPP : 07 07 89 94 88
Boire avec intention
L’EAU ÉCOUTE-T-ELLE ?
PAR NOREEN ALIBHAI
On boit de l’eau tous les jours. Machinalement. On la verse dans un verre, on l’avale en deux secondes, et on passe à autre chose. Pourtant, quand on y pense vraiment, l’eau, c’est TOUT. Notre corps en est composé à plus de 60 %. Elle transporte les nutriments, régule la température, soutient l’énergie et le mental. Elle est au cœur de chaque processus vital. Et si ce liquide que l’on traite comme un détail… méritait un peu plus d’attention ?
CE QUE LA SCIENCE ET L’INTUITION NOUS DISENT
Dans les années 1990, le chercheur japonais Masaru Emoto a mené des expériences qui ont fait le tour du monde : exposer de l’eau à des mots, des sons, des émotions puis la congeler et observer les cristaux au microscope. Ses résultats étaient fascinants : l’eau exposée à des mots bienveillants formait des cristaux harmonieux et symétriques ; celle exposée à des mots négatifs donnait des formes chaotiques, brisées. Ses travaux ont suscité des débats dans la communauté scientifique, et c’est normal. La science avance par la vérification, le doute, la rigueur. Mais au-delà de la polémique, l’idée qu’il soulève reste troublante : et si ce qu’on pense, ce qu’on ressent, traversait aussi le corps à travers ce qu’on ingère ? On n’a pas besoin de répondre à cette question pour en poser une bien plus simple et bien plus concrète : avec quelle intention est-ce que je traite mon propre corps, chaque jour ?
L’EAU COMME RITUEL DE BIOHACKING DOUX
Le biohacking, c’est l’art d’optimiser son bien-être par de petits gestes intentionnels. Et sur ce terrain-là, l’eau est un outil sous-estimé. Non pas parce qu’elle « vibre » ou qu’elle « mémorise ». Mais parce que le geste de boire, s’il devient conscient, change quelque chose en nous. Pas dans l’eau. Dans le cerveau. C’est du conditionnement positif. De la pleine conscience appliquée à un geste banal. Et ça, la neuroscience le valide : les rituels intentionnels activent des circuits de récompense, réduisent le stress, ancrent la présence.

EXERCICE EXPRESS CONCRÈTEMENT, COMMENT FAIRE ?
Un rituel très simple à adopter dès demain matin.
Avant de boire votre prochain verre d’eau, essayez ceci :
Prenez 5 secondes. Tenez le verre entre vos mains. Respirez une fois, lentement. Et formulez intérieurement une intention simple : « Cette eau me régénère », « Elle nettoie mon corps », « Elle m’apaise ».
Ce n’est pas magique. C’est une façon de revenir à soi, une seconde, au milieu d’une journée qui va trop vite.
Vous pouvez aussi écrire un mot sur votre gourde : « calme », « énergie », « clarté », ou préparer votre eau du matin dans le silence, loin des écrans. L’idée est simple : faire de ce geste automatique un acte pleinement conscient.
Parce que l’eau n’est pas seulement ce qu’on boit. C’est ce qu’on absorbe. Physiquement et émotionnellement. Et si la traiter avec soin… c’était aussi une manière de se respecter soi-même ?
Passionnément Côte d'Ivoire
TABAOULÉ PISCINES NATURELLES
PAR

Les combinaisons qui changent tout DEUX PAYS, UN SEUL VOYAGE.
PAR DANYE ASSUAMA
Et si votre prochain voyage se construisait en deux temps ? Associer deux destinations au sein d’un même itinéraire, c’est souvent le moyen le plus intelligent de tirer le meilleur parti de ses vols… et de rentrer avec deux expériences là où l’on n’en attendait qu’une ! Penser son voyage en combiné, c’est autant une question de stratégie que de plaisir. De nombreuses liaisons passent par des hubs qui permettent d’ajouter une étape, souvent sans surcoût significatif. Résultat : un itinéraire plus riche, pour un budget qui reste maîtrisé. Moins de kilomètres, plus de découvertes... Voici cinq combos particulièrement inspirants.

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SINGAPOUR + BALI
L’EFFERVESCENCE AVANT LA DOUCEUR
En quelques jours, Singapour donne un aperçu saisissant de l’Asie contemporaine. Quartier chinois animé, Little India éclatant de couleurs, Kampong Glam et son héritage malais : la cité-État juxtapose les cultures ! Puis vient Bali. Changement de tempo, lumière plus douce, paysages apaisants, villas dans les rizières, temples, plages aux beach-clubs élégants... Deux visions de l’Asie qui se complètent à merveille, d’autant plus naturellement que Singapour constitue l’une des escales privilégiées vers Bali.

L'INSOLITE
LE JARDIN DE L’AÉROPORT CHANGI
À SINGAPOUR
Ne voyez pas l'aéroport de Changi comme une simple zone de transit. Avec son Jewel, une cascade intérieure géante entourée d'une forêt tropicale sous dôme, c'est une destination en soi. Prenez quelques heures pour le visiter avant votre vol vers Bali.



JAPON + CORÉE DU SUD
DEUX VOISINS, DEUX VISIONS DU MONDE
Proches sur la carte, radicalement différents dans l’âme ! Le Japon séduit par son sens du détail, son esthétique du geste, sa capacité à faire coexister traditions millénaires, jardins zen, sanctuaires séculaires et mégapoles ultramodernes. La Corée du Sud, elle, entraîne par sa créativité débordante entre cafés conceptuels, scènes artistiques foisonnantes, énergie urbaine et culture pop assumée. Un duo taillé pour ceux qui veulent du dépaysement complet.

AFRIQUE DU SUD + ESWATINI DU GRANDIOSE À L'INTIMISTE
L’Afrique du Sud joue sur tous les tableaux : safaris dans le Kruger, routes des vins de Stellenbosch et effervescence du Cap. L’Eswatini (ancien Swaziland), enclavé et plus discret, offre une immersion rare dans une culture royale préservée, loin des circuits touristiques balisés, au cœur de paysages montagneux époustouflants. La promesse d’un contraste subtil et précieux.

MEXIQUE + BELIZE DU CONTINENT À LA MER
Le Mexique fascine par la richesse de son patrimoine entre cités mayas, villes coloniales, culture et gastronomie. Le Belize voisin complète l'aventure avec ses eaux turquoise, sa barrière de corail (la deuxième plus grande au monde) et une atmosphère à part, à la fois caribéenne et paisible. L’équilibre parfait entre exploration et farniente.


LE COMBO TOURISTIQUE
AU BELIZE
BLUE HOLE ET TEMPLE MAYAS
Le matin, explorez les ruines de Xunantunich au Belize, et le lendemain, survolez le mythique Great Blue Hole. Passer du sommet d'une pyramide à l'abîme marin en 24h est une expérience unique au monde.


ISTANBUL (TURQUIE) + CYCLADES (GRÈCE)
LE PONT ENTRE DEUX MONDES
Orient et Méditerranée se donnent la main ! Istanbul déborde d'énergie, entre ses bazars parfumés et ses croisières sur le Bosphore. Les Cyclades offrent le contraste parfait : le silence des villages blanchis à la chaux, le bleu azur de la mer Égée et des couchers de soleil qui semblent suspendre le temps.

LE RENDEZ-VOUS GOURMAND
MEZZÉS VS MEZEDES
Amusez-vous à comparer les saveurs : commencez par des mezzés épicés sur un rooftop de Galata à Istanbul, puis dégustez des poulpes grillés et de la feta dans une taverne de Santorin ou Naxos. Une même base méditerranéenne, deux interprétations sublimes.
Carnet de voyage
BALADE À MARSEILLE
PAR ANTOINE VIALLET

Ici tout est différent : la lumière, le soleil, la mer, les calanques, l’accent, les 111 quartiers. Marseille, cette ville-monde ne laisse personne indifférent. On l’aime ou on la déteste. Et moi l’expatrié parisien, le consul honoraire du PSG, j’en suis raide dingue depuis mon arrivée en 2000. Je vous fais découvrir mes coups de cœur : bienvenue à Massilia, la plus ancienne ville de France, mais aussi la ville la plus africaine de l’hexagone grâce à son jumelage avec Abidjan et Dakar !


SUIVRE LE FIL ROUGE DU PANIER
Surplombant le Vieux-Port, le quartier du Panier est le plus ancien de Marseille. Les Grecs s’y sont installés vers 600 av. J.-C. J’y déambule en suivant, au sol, le fil rouge, qui se perd dans un dédale de petites ruelles étroites à l’ombre du soleil méditerranéen. Je redécouvre l’architecture des immeubles aux trois fenêtres avec le linge qui y sèche. Ici bat le cœur de Marseille et tout le charme de l’ambiance méditerranéenne. Je fais une halte à la Vieille Charité, cet ancien hospice du XVIIe siècle, devenu aujourd'hui centre culturel. Je termine par un verre à la terrasse de l'InterContinental Marseille - Hôtel-Dieu et profite de la vue unique sur le Vieux-Port.


UN MUSÉE OÙ L’ON RENTRE AUSSI PAR LE TOIT
Le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) est le passage obligé pour tous les amoureux d’art. Conçu par le « starchitecte » Rudy Ricciotti, il semble flotter entre le ciel et l’eau, à l’entrée du Vieux-Port, avec sa structure toute en transparence. Sa particularité ? On peut y rentrer par le toit… et c’est ce que j’aime faire ! Depuis le Fort Saint-Jean dont les origines remontent au XIIe siècle, je remonte le temps avant d’empreinter la passerelle en béton noir qui mène au toit-terrasse du Mucem. Je m’installe sur l’une des chaises longues, je sirote un verre et j’en prends plein les yeux, avant de partir à la découverte des expositions permanentes et temporaires du musée.
UN PARC NATIONAL EN VILLE
Marseille est la seule ville européenne possédant à la fois un parc national terrestre et maritime : le parc des Calanques, un vrai cadeau de la nature ! Les calanques forment une succession d'anses et de criques s'étendant sur plus de vingt kilomètres, aux portes de la ville. J’y crapahute régulièrement, notamment dans la calanque de Marseilleveyre, au départ de Callelongue. La récompense, au bout du chemin, après une heure de marche : le restaurant « Le Belge », pour un verre de rosé et une baignade dans une mer turquoise.

LA MÉTAMORPHOSE DE LA JOLIETTE
Ce quartier portuaire a été construit à l’époque des colonies pour faire face au formidable développement de la ville de la fin du XIXe siècle. Devenu une friche industrielle dans les années 1970, il est aujourd’hui la plus importante rénovation urbaine d’Europe.
J’adore le contraste entre les bâtiments des Docks, d'anciens entrepôts portuaires réhabilités et transformés en lieux de vie modernes. Classé au patrimoine industriel, cet ensemble monumental de 365 mètres de long (rappelant les jours de l'année) abrite désormais des bureaux, des commerces, des restaurants et sa voisine, la tour « La Marseillaise », haute de 135 mètres et conçue par l’architecte Jean Nouvel. Le point de chute idéal pour déjeuner avec Marseille à perte de vue.
L’APÉRO À MARSEILLE, C’EST SACRÉ !
Envie de siroter un pastis, de grignoter des panisses ou une anchoïade, face au Vieux-Port ? Rendezvous au Café de l’Abbaye, la vue et le coucher de soleil y sont magnifiques. I
Ici, tout le monde « tchatche » fort, on se traite de « fada », on s’« engatse » en parlant de l’OM et du PSG et on se réconcilie l’instant d’après !

LE TUBA, UN HÔTEL À COUPER LE SOUFFLE
Ancien spot de plongée du champion d’apnée Jacques Mayol, qui a inspiré le film Le Grand Bleu de Luc Besson, le Tuba Club est aujourd’hui devenu un boutique-hôtel. Y dormir donne la sensation d’avoir pris un billet pour les îles grecques. Magique.

LA PLUS BELLE DÉFINITION DU VOYAGE
PAR B MAG

AIR FRANCE TRANSFORME
LE VOYAGE EN VITRINE DU SAVOIR-FAIRE FRANÇAIS
Un pyjama Jacquemus. Des soins Sisley. Une table dressée en porcelaine Bernardaud. Des couverts Christofle. Des menus imaginés par Anne-Sophie Pic, Arnaud Lallement ou Mory Sacko. À travers sa nouvelle expérience La Première, Air France rassemble dans un même voyage quelques-uns des noms qui incarnent aujourd'hui l'excellence française.
Bien sûr, il y a la suite : ses cinq hublots, son lit de deux mètres et son espace entièrement repensé. Mais réduire La Première à une cabine serait passer à côté de l'essentiel, car derrière chaque détail se dessine une ambition plus vaste : faire du voyage une mise en scène du savoir-faire français. Design, gastronomie, artisanat, hôtellerie, parfumerie, haute couture, arts de la table...
Air France a réuni dans un même univers des maisons, des artisans et des créateurs qui participent depuis longtemps au rayonnement de la France à travers le monde.
La Première d’Air
→ 5 hublots dans les suites latérales
→ 3,5 m² d’espace privatif par suite
→ 4 suites seulement par appareil
→ 2 mètres de longueur pour le lit entièrement horizontal
→ 2 écrans 4K de 32 pouces
→ Wifi gratuit et très haut débit progressivement déployé sur la flotte d’ici fin 2026
La Première d'Air France
France

UNE SUITE PRIVÉE PENSÉE COMME UN COCON
Située à l’avant de l’appareil, la cabine La Première ne compte que quatre suites individuelles.
Chacune dispose d’un espace personnel d’environ 3,5 mètres carrés et repose sur un concept entièrement modulable associant fauteuil, méridienne et véritable lit. Pensée pour accompagner chaque moment du voyage, la suite s’adapte naturellement aux différents usages : travailler, lire, dîner, se détendre ou dormir. Les suites latérales bénéficient d’une exclusivité Air France : cinq hublots qui baignent l’espace de lumière naturelle et renforcent la sensation d’ouverture. Les suites centrales permettent quant à elles de voyager à deux tout en préservant l’intimité grâce à une cloison électrique pleine hauteur.
L’attention portée au design se retrouve dans chaque détail. Fabriquées en France par STELIA Aerospace, ces nouvelles suites mettent en avant les plus belles matières, mêlant laine moelleuse, textiles exclusifs et cuir pleine fleur. L’ensemble se déploie dans un camaïeu de gris ponctué de rouge — couleur signature de La Première — relevé de détails champagne

Les 11 et 12 juin 2026, Air France a dévoilé sa nouvelle suite La Première au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire lors d’un événement exclusif permettant aux invités de découvrir grandeur nature cette nouvelle expérience. La ligne Paris-Abidjan-Paris accueille cette nouvelle génération de suites depuis le 22 juin 2026.

satiné. Pour accentuer encore la sensation d’espace, les coffres à bagages supérieurs ont disparu. Les rangements sont intégrés au sol, sous la méridienne ou dans un vestiaire individuel. La lumière, omniprésente, participe également à l’expérience grâce à un système d’éclairage modulable et à des stores électriques permettant de composer l’ambiance souhaitée à chaque instant du vol. Lorsque vient le moment du repos, la méridienne se transforme en lit entièrement horizontal de deux mètres de long. Surmatelas, couette et oreillers signés Dumas Paris complètent alors cet espace qui prend les allures d’une chambre privée à 35 000 pieds d’altitude.
UNE GASTRONOMIE TROIS ÉTOILES AU SOMMET
La gastronomie occupe une place centrale dans l’univers La Première.
Au départ de Paris, Air France confie ses menus à AnneSophie Pic et Arnaud Lallement, deux chefs triplement étoilés. Les desserts sont imaginés par Claire Heitzler tandis que les cartes des vins et champagnes sont élaborées par Xavier Thuizat, Meilleur Sommelier de France et Meilleur Ouvrier de France. Au départ d’Abidjan, la compagnie a choisi le chef étoilé Mory Sacko. Sa cuisine, qui fait dialoguer les influences africaines et françaises, apporte une dimension particulière à l’expérience proposée sur cette ligne. Cette attention portée aux destinations rappelle que le voyage est aussi une rencontre avec les cultures que la compagnie relie chaque jour. À bord, caviar d’Aquitaine, champagnes de prestige, chocolats
Pierre Hermé Paris, thés Palais des Thés ou cafés Illy composent une offre où chaque produit a été soigneusement sélectionné.
L’attention portée aux arts de la table participe également à cette recherche d’excellence. Le designer Jean-Marie Massaud a imaginé un service exclusif produit par certaines des plus grandes manufactures françaises. Bernardaud signe la porcelaine de Limoges. Christofle réalise les couverts. Degrenne produit les pièces métalliques. Nappes brodées, plats servis sous cloche et verrerie élégante prolongent cette célébration du savoir-faire français jusque dans les moindres détails.
LE SENS DU DÉTAIL
Dans l’univers La Première, le luxe se niche souvent dans ce que l’on remarque à peine.
Air France s’est associée à Sisley pour créer un coffret de voyage réunissant plusieurs soins emblématiques de la marque française. Présenté dans un écrin inspiré de la maroquinerie, il accompagne les passagers tout au long du vol. La compagnie a également fait appel à Jacquemus pour imaginer un pyjama exclusif. Confectionné dans un coton doux bleu marine et livré dans une housse inspirée d’une taie d’oreiller, il illustre cette volonté de prolonger l’expérience au-delà de la simple fonctionnalité. Même l’identité olfactive du parcours a fait l’objet d’une attention particulière. Le parfum d’ambiance AF001, imaginé par Francis Kurkdjian, accompagne les voyageurs dès leur arrivée dans les espaces La Première.



DU SALON AU TARMAC
L’expérience La Première commence bien avant l’embarquement.
À Paris-Charles de Gaulle, les voyageurs bénéficient d’un parcours entièrement privatisé. Accueillis dès leur arrivée à l’aéroport, ils accèdent à un vestibule exclusif où les formalités sont réalisées à l’abri des regards avant de rejoindre le salon La Première. Conçu comme un havre de calme de 1 000 mètres carrés, ce salon accueille une bibliothèque, des espaces de repos, une exposition d'œuvres d'art, un spa Sisley ainsi qu’une offre gastronomique signée Alain Ducasse. Pour ceux qui recherchent encore davantage d’intimité, trois suites privatives de 45 mètres carrés sont disponibles à proximité du salon. Dotées d’un salon, d’une chambre, d’une salle de bain et d’un patio extérieur, elles prolongent l’expérience dans un esprit proche de l’hôtellerie de luxe. Lorsque l’heure du départ approche, les passagers rejoignent leur avion à bord de Porsche Cayenne hybrides circulant directement sur le tarmac. Un service sur mesure et ultra-privé qui se déploie progressivement dans d'autres escales majeures, notamment aux États-Unis.
Cette attention portée à chaque étape du voyage s’inscrit dans une histoire plus longue. Depuis 1933, Air France n’a cessé de faire évoluer son offre la plus prestigieuse, des premiers vols long-courriers aux années Concorde, jusqu’à cette nouvelle génération de suites.
Avec La Première, Air France ne propose pas seulement une cabine d’exception. Elle rassemble dans un même voyage quelques-unes des plus belles signatures françaises.
Crédit photos : Air France
Salon La Première ©Air France
Salon La Première (spa Sisley) ©Air France


ZAADY FASHION DAY 2026
LA FONDATION SIFCA FAIT
RAYONNER LES TALENTS LOCAUX

Il y a ceux qui défilent sous les projecteurs des grandes capitales de la mode. Et il y a ceux qui, dans les ateliers de Ouragahio ou au rythme des métiers à tisser de Saouéla, font vivre la création au quotidien.
Du 18 au 20 mai 2026, ces deux mondes se sont rencontrés à l'initiative de la Fondation SIFCA, partenaire majeur de la 2e édition du Zaady Fashion Day. Les designers Zaady et Moulika Varango, habitués des grandes scènes de la mode africaine, sont allés à la rencontre de couturiers et de tisserandes de ces deux localités ivoiriennes pour partager leurs expériences et leurs savoir-faire.
Une démarche portée par une même ambition : valoriser les talents locaux, encourager l'excellence créative et créer des passerelles entre tradition et création contemporaine.
Le 30 mai 2026, cette rencontre prenait vie sur le podium du Zaady Fashion Day, organisé sur l'esplanade du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire. Les associations ACPO de Ouragahio et VAMOD de Saouéla, accompagnées par la Fondation SIFCA, y ont présenté leurs créations lors d'un défilé hors



compétition. À leurs côtés figuraient des salariés du Groupe SIFCA, également bénéficiaires de la Fondation et créateurs des marques ALARBA et MODEREX, ainsi qu'une vingtaine de collaborateurs bénévoles du Groupe SIFCA venus porter les tenues réalisées pour l'occasion. Et dans les coulisses, 16 jeunes apprenantes de l’association Claire Amitié de Bouaké, venues assister les créateurs.
À travers cette initiative, la Fondation SIFCA réaffirme son engagement en faveur de l'autonomisation des femmes et des jeunes, de la transmission des savoir-faire et de la valorisation des patrimoines créatifs des communautés où elle intervient. Une démarche qui vise également à créer de nouvelles opportunités pour les talents locaux à travers les industries culturelles et créatives.
En reconnaissance de cet engagement, la Fondation SIFCA s'est vu décerner un Prix d'Honneur par les promoteurs du Zaady Fashion Day. Cette distinction a été reçue par Mme Henriette Gomis-Billon, Secrétaire Générale de la Fondation.





LA CONTINUITÉ D'ACTIVITÉ À L'ÈRE DU TOUT CONNECTÉ

7E ÉDITION DU MEET UP B2B DE CANALBOX BUSINESS CÔTE D'IVOIRE

La 7e édition du Meet Up B2B de CANALBOX BUSINESS
Côte d’Ivoire s’est tenue le 21 mai 2026 à l’ITC Cocody autour d’un enjeu central pour les entreprises : la continuité d’activité dans un environnement toujours plus connecté.

Réunissant décideurs, experts IT et partenaires technologiques, cette rencontre a offert un espace d’échanges consacré à la résilience des infrastructures numériques et aux solutions permettant de garantir la disponibilité des services et la performance des réseaux.
Animé par Sahifoulaye Koné, Directeur Général de Canal+ Advertising, le panel a réuni plusieurs acteurs majeurs de l’écosystème technologique, parmi lesquels Charles Dufourcq, CEO de SONEMA, YannGabriel N’Zi, CEO de ST DIGITAL, ainsi que David Carrena, Directeur Technique Afrique de l’Ouest de CANALBOX BUSINESS.
À cette occasion, David Carrena a présenté les dispositifs déployés par CANALBOX BUSINESS pour renforcer la résilience de ses infrastructures réseau à l’échelle panafricaine. Une approche soutenue par l’expertise et les capacités technologiques de partenaires stratégiques tels que SONEMA et ST DIGITAL.

SAHIFOULAYE KONÉ DIRECTEUR GÉNÉRAL DE CANAL+ ADVERTISING


DAVID CARRENA
DIRECTEUR TECHNIQUE
AFRIQUE DE L'OUEST
CANALBOX BUSINESS
Au fil des échanges, les participants ont pu découvrir des réponses concrètes aux défis auxquels sont confrontées les organisations aujourd’hui : sécurisation des données, disponibilité des services critiques, redondance des infrastructures et continuité opérationnelle.
Les réflexions ont été enrichies par les interventions des membres du Club des DSI de Côte d’Ivoire, de la French Tech Abidjan ainsi que de l’ARTCI, représentée par Fabrice Kouhon. Il a notamment rappelé l’importance du cadre réglementaire en matière de continuité d’activité ainsi que le rôle essentiel des acteurs du numérique dans un contexte de digitalisation croissante. Cette édition a également été marquée par les interventions d’Emmanuel Andrade, Directeur B2B Groupe de CANALBOX BUSINESS, et de Steve Tchouaga, Secrétaire Général du groupe ST DIGITAL, venus partager leur vision des évolutions technologiques et des leviers permettant aux entreprises de renforcer durablement leur résilience numérique.


CHARLES DUFOURCQ
CEO DE SONEMA


YANN-GABRIEL N’ZI
DIRECTEUR GÉNÉRAL ST DIGITAL CI

ADAMA KONÉ
DIRECTEUR GÉNÉRAL CANAL+ CI
Au-delà des aspects techniques, les échanges ont souligné une réalité désormais incontournable : dans un monde où l’activité repose de plus en plus sur les infrastructures numériques, la continuité de service est devenue un enjeu majeur de confiance, de compétitivité et de pérennité pour les entreprises.
ARMAND SATO
DIRECTEUR GÉNÉRAL CANALBOX CI



QUAND LE CINÉMA EST DEVENU UN PODIUM
Le temps d'une soirée, Pathé Cap Sud s'est transformé en défilé grandeur nature.
Dans le hall, les silhouettes ralentissaient. Les regards s’attardaient sur les détails. Les téléphones se levaient presque instinctivement. Ici, une robe sculpturale. Là, un parfum flottant dans l’air. Plus loin, un tapis rouge improvisé devenait podium.
À l’occasion de la projection de Le Diable s’habille en Prada 2, le cinéma Pathé Cap Sud a troqué son rôle habituel pour devenir, le temps d’une soirée, un véritable terrain d’expression pour la mode, le lifestyle et la création.
Une expérience qui a fait entrer le public dans l’histoire avant même que les lumières ne s’éteignent.



Dès l’arrivée, l’immersion était perceptible. Cartes « Special Guest », ambiance fashion week, expériences olfactives, espace photo et scénographie pensée dans les moindres détails.

Les créations de LEWA, portées par Olivia Yacé lors de Miss Univers, accueillaient les invités au cœur du hall, transformé pour l’occasion en galerie mode éphémère. Entre les échanges, les prises de vue et les retrouvailles, la soirée prenait déjà des airs d’événement lifestyle bien avant le début de la projection.


Puis vint le moment où la fiction rejoignit la réalité. À la sortie de la projection, les premières notes de Vogue de Madonna résonnèrent dans le hall. Le tapis rouge a repris vie. Les invités se sont prêtés au jeu, défilant devant les caméras dans une atmosphère aussi spontanée qu’élégante. Le cinéma était devenu podium. Les spectateurs, mannequins d’un soir.
Pensée comme une célébration de la mode, du cinéma et de l’expérience, The Runway Experience a prolongé l’univers du film bien au-delà de l’écran, offrant aux invités une soirée où l’on venait autant pour voir que pour être vu.


NEXT IN B MAG
B MAG REVIENT BIENTÔT
Rendez-vous en septembre pour une nouvelle édition placée sous le signe de… L'AVENIR.
Un numéro consacré à ces bâtisseurs de demain : celles et ceux qui forment, accompagnent, transmettent les savoirs et préparent les générations futures.
Ouvrir les possibles pour permettre à chacun de construire sa trajectoire.
« L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde. »
Neslon Mandela
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