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Depuis quinze ans, WallonieBruxelles Architectures (WBA) porte la voix de l’architecture francophone belge au-delà de ses frontières. L’intuition de base était simple : faire circuler ce que la Belgique francophone produit de mieux en architecture, urbanisme et paysage dans le monde. Donner à voir, mais surtout permettre de rencontrer. C’est ainsi que naît WBA. Depuis, l’agence ne se limite pas à promouvoir la scène architecturale de Wallonie et de Bruxelles, elle la met en mouvement, la raconte, l’inscrit dans les grands rendez-vous internationaux. L’accompagnement de jeunes bureaux à l’international, le soutien de candidatures, l’ouverture d’un réseau, la création de passerelles entre pays, voilà le travail quotidien de l’équipe de WBA depuis quinze ans. De quoi honorer ce travail discret mais essentiel qui permet à nos
architectes de se distinguer sur la scène internationale.
Dans ce numéro estival, on découvre aussi la programmation culturelle du patrimoine wallon grâce à VISITWallonia, on comprend qu’il faut valoriser des compétences développées par les jeunes en mobilité internationale avec l’AKI-App du BIJ, on plonge dans la conférence annuelle « Educaid.be » 2026, on découvre des solutions innovantes pour le diagnostic et le traitement du cancer grâce à Trasis, on donne une seconde vie aux dalles de moquette avec Composil, on est attentif à l’éco-design à la Galerie Augusta et on rencontre les talentueux Thomas Docquir, Premier danseur à l’Opéra de Paris et Yoon Barbé, qui construit des ponts entre la Corée et la Belgique.
Bonne lecture !
Téléchargez la revue sur www.wbi.be/rwb/


SECRÉTAIRE DE RÉDACTION
Emmanuelle Stekke - e.stekke@wbi.be
DIRECTEUR DE LA COMMUNICATION
Nicolas Willems - n.willems@wbi.be
COLLABORATIONS
Marie-Catherine Duchêne, Fanny Tabart, Laurence Hermand et Anne Neuville
CONCEPTION ET RÉALISATION
Octopus Creative Communication www.8pus.be
IMPRESSION
Graphius www.graphius.com
ÉDITRICE RESPONSABLE
Pascale Delcomminette Place Sainctelette 2 B-1080 Bruxelles



28 Design
La Galerie AugustaQuand durable rime avec hautement désirable
32 Jeunesse
AKI-App ou comment aller un pas plus loin dans les mobilités internationales
40 Innovation
Trasis - L’entreprise liégeoise devenue leader mondial en médecine nucléaire
46 Entreprise
COMPOSIL - La moquette circulaire « made in Belgium » 50 Survols
Thomas Docquir, le Wallon qui danse aux portes des étoiles
Tourisme
Notre patrimoine se donne en spectacle
36 Coopération internationale
Assurer la continuité de l’apprentissage dans un monde marqué par une instabilité croissante

Il est des institutions qui, sans bruit, façonnent des paysages entiers. Depuis quinze ans, Wallonie-Bruxelles Architectures (WBA pour les initiés) joue dans cette cour-là. Pas en construisant des murs, mais des passerelles.
L’idée : porter la voix de l’architecture francophone belge au-delà de ses frontières
Tout commence en 2010 avec une idée simple, presque intuitive : faire circuler ce que la Belgique francophone produit de plus exigeant en architecture, urbanisme et paysage. Donner à voir, mais surtout permettre de rencontrer. C’est dans cette intention que naît WallonieBruxelles Architectures (WBA), agence créée par Wallonie-Bruxelles International et la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Derrière le nom institutionnel, une structure légère, deux personnes seulement, mais une ambition qui dépasse largement sa taille. Très vite, WBA ne se limite pas à promouvoir une scène architecturale : elle la met en mouvement, la raconte, l’inscrit dans les grands rendez-vous internationaux où se dessinent débats et tendances. Mais l’essentiel se joue ailleurs, hors champ. Le quotidien relève d’un travail discret : accompagner un jeune bureau vers l’international, soutenir une candidature, ouvrir un réseau, créer des passerelles avec une biennale ou une exposition. Chaque geste est précis, souvent invisible, mais il ouvre une possibilité. Plus qu’une vitrine, elle organise des rencontres entre scènes qui, autrement, ne se croiseraient pas. Une manière de rappeler que l’architecture ne se limite pas aux bâtiments, mais se construit aussi dans les récits qu’on en fait et dans les chemins qu’on ouvre pour les partager.
Cities Connection Project est un programme international auquel la Belgique participe depuis 2018 et qui met en réseau les villes européennes autour de leur production architecturale. Récemment, c’est à Barcelone que s’est déroulée une action de WBA dans ce cadre
© Elodie Meunier - WBI



INTERVIEW AVEC NATHALIE BRISON, COORDINATRICE DE WBA DEPUIS 2018
Comment l’architecture belge est-elle perçue aujourd’hui sur la scène internationale ?
On peut dire qu’elle bénéficie d’une reconnaissance solide et durable, au point qu’on a le sentiment de “surfer sur une vague” depuis près de quinze ans. Là, des architectes belges viennent pour la première fois de remporter le Prix Mies van der Rohe, remis par la Commission européenne et la Fondation éponyme. C’est un peu la Palme d’or de l’architecture. C’est le bureau bruxellois francophone AgwA, en collaboration avec un bureau flamand, qui a remporté ce prix pour la rénovation du Grand Palais des Expositions de Charleroi. Cette reconnaissance illustre la place confirmée du savoir-faire belge dans l’excellence architecturale internationale.
Comment caractériser le savoir-faire architectural belge ?
Cela dépend toujours du point de comparaison, mais certaines spécificités reviennent régulièrement. En Belgique, l’architecte intervient de
Brison, coordinatrice de Wallonie-Bruxelles Architectures
bout en bout : il conçoit le projet, mais assure aussi le suivi de l’exécution jusqu’à la réception du chantier. À l’inverse, dans des pays comme la France, son rôle se limite davantage à la conception, avant de transmettre le projet à des entreprises chargées du suivi. Cette continuité est une particularité reconnue du modèle belge. Autre trait distinctif : ce que l’on appelle parfois la “négociation à la belge”. Elle repose sur une capacité à remettre le projet en discussion à plusieurs reprises, à proposer des alternatives et à composer avec des contraintes fortes, notamment budgétaires. Cela nourrit une forme de créativité dans la contrainte, où les normes et les limites deviennent des leviers d’invention plutôt que des obstacles.
Combien d’architectes cela représente-t-il en Belgique ?
Le pays compte environ 15.000 architectes, dont 6.000 en Fédération WallonieBruxelles et 9.000 en Flandre. WBA ne travaille toutefois qu’avec ceux qui visent l’international, soit environ 300 bureaux aujourd’hui. Ce chiffre a augmenté au fil des années, porté par une meilleure visibilité et des dispositifs d’accompagnement plus structurés, qui encouragent davantage de professionnels à franchir le pas.

Le projet Kurth à Liège par Olivier Fourneau et le bureau OFA © Stijn Bollaert




© Elodie Meunier - WBI
Pouvez-vous illustrer concrètement une action menée par WBA ?
Une action récente de WBA s’est déroulée à Barcelone dans le cadre de Cities Connection Project, un programme international auquel la Belgique participe depuis 2018 et qui met en réseau les villes européennes autour de leur production architecturale. Pour cette quatrième participation, WBA a présenté une cinquantaine de projets belges, intégrés à une sélection de 202 réalisations issues de plus de 300 projets exposés au fil des éditions. L’événement combine exposition, conférences, visites de bâtiments et rencontres professionnelles. À cette occasion, 107 architectes belges ont échangé avec leurs homologues européens, notamment espagnols, suisses, français et luxembourgeois, permettant de connecter près de 200 professionnels sur plusieurs jours. Conçu comme une exposition itinérante, le projet circulera ensuite en Suisse, puis en Belgique en 2027, avant de poursuivre son parcours en Europe, afin de multiplier les rencontres et de favoriser des liens durables entre architectes.
La Tour des Goujons à Anderlecht est un projet de la coopérative Karbon
© Maud Faivre
© Elodie Meunier - WBI

Si vous deviez retenir trois moments forts en quinze ans d’existence, lesquels choisiriez-vous ?
Le premier, sans hésiter, c’est Cities Connection Project. Le deuxième moment clé, c’est l’Inventaires. Cette publication triennale dresse le bilan de la production architecturale récente en FWB et constitue notre véritable carte de visite. Nous la déclinons ensuite sous différentes formes : exposition, film, dessin. Ce qui en fait un outil précieux, autant pour nous que pour les architectes. Enfin, je citerais l’expo Entrer : 5 architectures en Belgique, créée en 2015. C’était la première exposition entièrement produite par WBA, un jalon important pour une structure comme la nôtre, qui fonctionne beaucoup en partenariats.
Et comment se déploie la suite aujourd’hui ?
Nous travaillons par cycles, jamais en “one shot”. La suite s’inscrit dans des projets déjà entamés, comme un nouvel Inventaires qui sortira prochainement et circulera pendant trois ans, tout comme l’exposition Cities Connection Project, pensée pour une itinérance sur la même durée. Nous poursuivons aussi des partenariats avec A+ et Bozar pour diffuser des expositions monographiques, notamment sur Rotor à Timișoara ou le Bureau Ouest à Buenos Aires. Nous participons également depuis plusieurs années au festival Concéntrico en Espagne, dédié aux installations urbaines. L’ensemble s’inscrit dans une dynamique continue, avec la volonté de consolider et d’élargir encore nos partenariats.
https://wbarchitectures.be/fr



Hubert Lionnez est architecte bruxellois, formé à La Cambre. Après des expériences à Venise et Madrid, où il travaille et se forme au contact de figures majeures comme Bernardo Secchi et Paola Viganò, il revient en Belgique et rejoint la coopérative Karbon’, fondée en 2008, aujourd’hui forte d’environ 18 personnes dont 10 coopérateurs. Dans une logique collective mêlant pratique et enseignement, le bureau développe une architecture attentive au logement, entre réhabilitation de grands ensembles et nouvelles formes d’habitat, comme la Tour des Goujons à Anderlecht ou un habitat groupé à Temploux. Son lien avec WallonieBruxelles Architectures s’est construit progressivement, à partir de sollicitations et d’échanges liés aux activités diffusées par le réseau. À partir de là, des collaborations se mettent en place, notamment via des expositions comme Cities Connection Project et des présentations à l’international, où les projets de Karbon’ circulent à Gérone, Madrid ou Barcelone. Pour lui, WBA est avant tout « un outil culturel, un espace de diffusion, mais surtout un révélateur ». Il insiste également sur ce que ces échanges permettent de faire émerger : « une dimension vraiment culturelle de la pratique de la construction », où l’architecture devient aussi récit, échange et compréhension élargie des manières d’habiter.
Olivier Fourneau, architecte liégeois et fondateur du bureau OFA
Olivier Fourneau est architecte liégeois et fondateur du bureau OFA, qu’il développe depuis environ 25 ans avec une équipe d’une dizaine de personnes. Son parcours se construit entre études à Liège, aux États-Unis, Erasmus en Italie, ainsi qu’une pratique installée à Liège, centrée sur des projets urbains et patrimoniaux, notamment dans le centre-ville de Liège. Sa rencontre avec Wallonie-Bruxelles Architectures s’est faite progressivement, au fil des initiatives et des échanges professionnels. Il explique : « Pour moi, WBA est une agence de promotion de l’architecture de Wallonie-Bruxelles qui nous aide, nous petits bureaux, à donner une voix et à nous positionner sur une carte, à nous mettre en relation avec des personnes à l’échelle européenne ». Au-delà de la visibilité, il souligne surtout la dimension relationnelle : « Cette capacité de mettre les architectes en contact les uns avec les autres, ce fameux networking, très important dans une profession assez individualiste ». Grâce à ces connexions, OFA développe des collaborations à Barcelone ou avec des institutions académiques européennes. Les voyages, les expositions, les jurys deviennent autant d’occasions de faire évoluer la pratique. « C’est hyper important de pouvoir rester ouvert. En rencontrant les autres bureaux, cela nous permet de nous définir aussi un peu mieux, et d’identifier aussi nos spécificités plus aisément ».


Dans un contexte où le soft power s’impose comme un levier stratégique à l’échelle internationale, certains profils hybrides redéfinissent les dynamiques d’influence. Yoon Barbé fait partie de cette nouvelle génération de catalyseurs, à l’intersection de la culture, du branding et de la diplomatie informelle. Son terrain de jeu : l’axe Bruxelles–Séoul .
UN PARCOURS INTERNATIONAL
Née en 1988 à Séoul, Yoon Barbé est arrivée en Belgique en janvier 1989 et a grandi à Wauthier-Braine. Elle entame ensuite des études en communication à l’IHECS à Bruxelles, avant de poursuivre un master en Global Strategy and Management à Séoul, puis un master en Branding à New York.
Ce parcours, à première vue hybride, constitue en réalité l’essence même de son activité actuelle : une pratique située à la croisée des stratégies internationales, des industries culturelles et du positionnement de marque.
DÉVELOPPEMENT PERSONNEL DURABLE
Son installation en Corée est le fruit d’un processus évolutif. Yoon Barbé ne pensait pas au début s’installer en Corée et y vivre. Elle vit maintenant à Séoul depuis 8 ans.
« L’intégration n’a pas été immédiate et c’est normal. La Corée est un pays où la confiance se construit dans le temps. Il faut comprendre les codes, les rythmes, parfois les non-dits, et surtout apprendre la langue. Mais cette profondeur relationnelle est aussi ce qui rend le pays fascinant ».
L’apprentissage du coréen constitue un point de bascule décisif, transformant à la fois ses interactions et son accès aux opportunités professionnelles. En six mois, elle commence déjà à converser, en deux ans, elle parle coréen. L’immersion est totale et les échanges deviennent beaucoup plus riches.




« Ce sont deux cultures avec une certaine pudeur émotionnelle, une communication indirecte et un attachement fort aux relations humaines. Ce sont aussi deux petits pays entourés de grandes puissances, mais avec une densité remarquable de créativité ».
S’intégrer en Corée implique, d’après elle, une approche particulière fondée sur la curiosité et l’humilité. Son parcours en tant que personne adoptée ajoute une dimension singulière à cette trajectoire.
« J’ai été accueillie avec beaucoup de bienveillance et le fait de parler la langue a profondément changé la qualité des relations. Avec le temps, j’ai compris qu’il ne fallait pas choisir entre deux appartenances, mais accepter cette position entre plusieurs mondes ».
Loin d’être une source de schizophrénie identitaire, cette double culture devient un levier stratégique. Elle est consciente de la chance qu’elle a eue.
« Je ne me sens pas entre deux cultures mais nourrie par les deux. La Belgique m’a apporté une distance critique, une certaine liberté intellectuelle. La Corée m’a appris l’importance de l’harmonie, de l’effort collectif et de la subtilité relationnelle. Mon travail consiste souvent à faire dialoguer ces deux sensibilités ».
Elle se dit à 100% Belge et à 100% Coréenne.
Contrairement aux idées reçues, elle souligne des ressemblances entre les deux pays.
Aujourd’hui, Yoon Barbé dirige JEJOOstudio, une structure dédiée au développement de projets entre la Belgique et la Corée. Son activité couvre différentes activités : accompagnement d’artistes européens en Asie, collaborations institutionnelles, études de marché pour des marques internationales ou encore projets éditoriaux et audiovisuels.
Elle a notamment travaillé avec la RTBF sur des documentaires belgo-coréens (Cinq histoires belgo-coréennes, de Thierry Loreau et Bernard Sauvenier) ainsi qu’avec OhBoy! Magazine sur un numéro spécial consacré à Bruxelles. Yoon Barbé a participé à l’organisation d’événements majeurs, dont un festival belge célébrant l’anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Elle introduit des produits belges comme les gaufres de Sébastien Mattagne, le fils du célèbre chef, sur le marché coréen. Elle a à cœur également de moderniser l’image des bières belges en Corée. Cet été, elle s’occupera de la venue d’une télévision coréenne en Belgique en collaboration avec Wallonie-Bruxelles International, VISITWallonia et Visit Brussels.
L’objectif reste le même : créer des liens durables entre cultures, institutions et marchés. C’est ce qui relie tous ces projets et qui l’anime.
Yoon Barbé a plus d’un tour dans son sac. Fière de ses racines, elle a pour objectif d’élargir la perception de la Belgique en Asie.
Si le pays bénéficie d’une image positive, celle-ci reste souvent associée à des clichés : bière, chocolat ou football. Son ambition est de mettre en
avant une Belgique contemporaine, portée par ses industries culturelles : la bande dessinée, le design, l’art contemporain ou encore la gastronomie.
Elle ne s’en cache pas, l’art est devenu un domaine qui la passionne. Cela lui a ouvert des perspectives auxquelles elle est très sensible.
L’exemple du fabuleux essor à la fois culturel et économique de la Corée est un modèle pour elle.
« La Corée a su construire une stratégie de soft power extrêmement efficace. C’est une source d’inspiration ».
Une vague belge s’apprête peut-être à déferler en Corée.
Yoon Barbé représente l’artiste belge Philippe Geluck en Corée et supervise le développement du Chat sur ce marché. Son rôle dépasse la simple traduction : il s’agit d’un travail d’adaptation culturelle et de positionnement.
« Avec Le Chat , il ne s’agit pas seulement d’organiser des expositions, mais de réfléchir à la manière dont une œuvre peut dialoguer avec un autre contexte culturel. C’est une démarche proche du branding : adapter sans dénaturer ».


Ce travail implique une interprétation subtile des codes implicites propres au marché coréen.
L’univers plus particulier du Chat séduit le public coréen qui se retrouve dans ce curieux animal.
« L’humour philosophique, parfois paradoxal, trouve un écho ici. Il faut contextualiser certaines références, mais l’autodérision et les contradictions humaines sont universelles. Le Chat ne se limite pas à faire rire, il questionne. Et cette dimension résonne particulièrement en Corée ».
Quand on lui demande quels sont ses projets pour le futur, Yoon Barbé répond qu’elle souhaite continuer à renforcer la présence de Philippe Geluck sur le continent asiatique.
Elle s’intéresse également de plus en plus à la promotion d’artistes coréens en Europe, en collaboration avec des galeries souhaitant intensifier des échanges. Des projets, elle n’en manque résolument pas.
« Plus largement, j’aimerais continuer à développer des projets culturels entre l’Europe et l’Asie. Chaque projet est un défi et créer des passerelles reste pour moi quelque chose de très enrichissant. Faire rayonner la Belgique en Corée, en Asie est une grande forme de fierté pour moi », souligne-t-elle.
Yoon Barbé incarne une forme nouvelle de diplomatie culturelle : agile, transversale, profondément ancrée sur le terrain et avec cette bienveillance qui la caractérise.

Par Catherine Haxhe
« Le Lac des cygnes » de Rudolf Noureev pour le gala des 150 ans du Palais Garnier
© Maria Helena Buckley
- ONP
À 28 ans, Thomas Docquir réalise son rêve parisien. Premier danseur à l’Opéra national de Paris, il est à un pas du titre suprême de Danseur étoile. Entre Garnier, Bastille et tournées internationales, il trace un parcours rare, où la grâce conjuguée à l’endurance offre à chaque rôle une manière de raconter le monde sans paroles. Il appartient résolument à cette génération de danseurs qui perpétuent l’excellence classique sans jamais sacrifier la sensibilité.
Originaire de Stave (Mettet), en province de Namur, Thomas Docquir découvre la danse à huit ans avant d’intégrer, à seulement douze ans, l’École de danse de l’Opéra de Paris. Il gravit ensuite les échelons un à un, puis est propulsé au rang très convoité de Premier danseur en 2024. Une première pour un Belge à ce niveau de la prestigieuse institution parisienne.

DISCIPLINE ABSOLUE, EXIGENCE PERMANENTE ET FIDÉLITÉ À SES RACINES BELGES
Sur scène, Thomas Docquir impressionne autant par sa puissance technique que par son intensité dramatique. De Rothbart dans Le Lac des cygnes à Basilio dans Don Quichotte, en passant par le Prince Désiré de La Belle au bois dormant, il incarne une danse habitée, à la fois précise et profondément humaine. Formé au grand répertoire classique mais également remarqué dans des créations contemporaines de Crystal Pite ou Wayne McGregor, il revendique une danse où la virtuosité doit s’effacer derrière l’émotion. « Le public ne doit pas voir l’effort, seulement la magie », confiait-il récemment à la RTBF. Cette ascension fulgurante s’est construite dans la rigueur et le silence du travail quotidien. Aujourd’hui, alors que beaucoup le voient déjà comme un futur Danseur étoile, Thomas Docquir continue d’avancer avec la discrétion des grands artistes. Il a, sans hésité, accepté de se soumettre à notre curiosité : mais comment diable peut-on en arriver à ce niveau-là ?
À QUEL MOMENT AVEZ-VOUS
COMPRIS QUE LA DANSE ALLAIT ÊTRE AUTRE CHOSE QU’UNE PASSION ?
Par rapport à d’autres collègues, cela m’est venu assez tard. Moi j’aimais l’école, je m’imaginais faire des études. J’ai eu le déclic vers 15 ans. C’est à cet âge-là que j’ai entrevu la possibilité d’en faire mon métier. Bien sûr la passion, elle, est arrivée plus tôt. J’ai commencé la danse à 8 ans. Ils ouvraient une classe de garçons à l’académie de Dinant.
Une professeure a décelé mon potentiel très vite. Quand j’ai eu 12 ans, elle m’a dit : « écoute, j’ai un peu atteint ma limite avec toi, si tu veux continuer à progresser, il faut que tu rentres dans une grande école ». Je fus alors plongé dans un cycle qui m’a mené jusqu’à l’école de l’Opéra de Paris à Nanterre. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé à vivre 24 heures sur 24, à l’internat, avec des garçons et des filles qui avaient la même passion que moi. Très vite, nous avons participé au spectacle annuel de l’Opéra Garnier et c’est là pour la première fois que j’ai dansé sur une scène prestigieuse. Tout a pris un sens.
VOUS RECONNAISSEZ
QUE LA FIBRE ARTISTIQUE
FAMILIALE FUT UNE BASE SOLIDE ?
Oui mon papa était violoniste, ma maman danseuse classique. Comme beaucoup d’enfants j’ai été influencé par cette atmosphère familiale. Du coup, mon parcours s’est fait très naturellement, sans pression. Ils me disaient : « tente-le et si cela ne va pas, tu rentres ». Tout cela m’a évidemment formé et pas seulement comme danseur. Très jeune, j’ai dû devenir autonome, je me retrouvais à 12 ans dans un train pour Paris. La danse est un métier qui commence très tôt. J’ai signé mon contrat à l’Opéra à 17 ans. Mais il faut savoir qu’à 42 ans, c’est terminé ! Fin de carrière ! Même si on est encore en forme.

Répétition publique pour « Sylvia » avec Manuel Legris
Maria-Helena Buckley - ONP

A-T-ON DES MOMENTS DE DOUTE DÉCISIFS DANS CE GENRE DE PARCOURS HORS NORME ?
Je dirais que l’on a toujours des moments de doute, oui, mais pas de remise en question. Les moments de doute adviennent lorsque l’on se blesse, lorsque le corps ne suit pas. C’est une discipline très dure pour le corps. On se dit : « est-ce que je vais pouvoir redanser au niveau que j’avais avant ? Est-ce que je ne vais pas enchaîner d’autres blessures ? » Mais je dois aussi avouer que j’ai eu la chance de compter sur un parcours régulier. J’ai évolué rapidement, je ne suis pas resté à un poste trop longtemps, je suis passé de Quadrille, le premier rang, à Coryphée puis à Sujet et maintenant Premier danseur, sans trop stagner. Dans ce cas, le doute n’a pas le temps de s’installer.
CE QUI, EN SOI, EST DÉJÀ UN BEL EXPLOIT PAR RAPPORT À UN GRAND NOMBRE DE
Oui c’est vrai. Sur une compagnie de 150 danseurs, nous sommes huit Premiers danseurs et cinq Premières danseuses. Pour ce qui est

des Danseurs étoiles, il y a cinq hommes et une dizaine de femmes. C’est en général après cinq ans au poste de Premier danseur que l’on devient Danseur étoile mais c’est davantage une question de progression et d’opportunités, que de temps. Parfois on est plus sollicité que d’autres pour des rôles plus intéressants, plus importants et plus fréquents. Ce sont des signaux de progression. Pour ma part, j’ai dansé pas mal de rôles « d’étoiles » avant même de devenir Premier danseur.
QUELLE EST VOTRE ACTUALITÉ ?
C’est un peu chargé pour moi en ce moment. J’ai commencé les répétitions de la Dame aux Camélias avant même d’avoir fini les représentations de Roméo et Juliette. C’est un peu traumatisant pour le corps, nous dansons parfois 7 heures par jour. Je suis grand et mes articulations souffrent beaucoup, j’ai eu pas mal de problèmes de genoux il y a quelques années mais nous sommes très bien suivis ici. Comme des sportifs de haut niveau. Et puis, c’est en me blessant que j’ai appris à connaître mon corps.
Répétition pour « Roméo et Juliette » de Rudolf Noureev © Julien Benhamou - ONP


VOTRE CORPS EST VOTRE INSTRUMENT PRINCIPAL, RAISON POUR LAQUELLE LES CARRIÈRES SE TERMINENT TÔT ?
Quand on est jeune, on est hyper enthousiaste, on a envie de tout danser. Mais parfois, en faire un peu moins, c’est essentiel aussi. Ce sont des choses qu’on apprend avec l’expérience. Il y a de plus en plus de créations contemporaines à l’Opéra, mais moi pour l’instant je veux me concentrer sur le classique, qui est souvent beaucoup plus exigeant physiquement. Et j’ai vraiment l’âge pour danser ces rôles classiques qui me font rêver depuis toujours, comme Roméo. Ce n’est pas à 35 ans qu’il faut danser son premier Roméo, c’est trop dur. Les Danseurs étoiles qui ont tout dansé me le confirment, Roméo, c’est un des rôles les plus durs physiquement. C’est un ballet très long, trois heures environ et Roméo est constamment en scène. La chorégraphie est aussi très complexe, épuisante physiquement et mentalement.
COMMENT SE PRÉPARE-T-ON POUR CE GENRE DE RÔLE EXIGEANT ?
Nous sommes coachés par les « anciens ». Il y a une réelle transmission générationnelle.
Ceux qui connaissent bien le rôle, qui ont dansé avec Noureev par exemple, apprennent aux plus jeunes. C’est un bel héritage.
COMMENT DÉCRIRIEZ-VOUS LA CULTURE INTERNE DE L’OPÉRA DE PARIS ?
Il n’y a pas véritablement de hiérarchie. Chacun a sa place dans la troupe. Chaque grade danse avec les autres, nous prenons tous nos cours ensemble, nous répétons ensemble. Bien sûr, il y a de la compétition pour accéder à certains postes. Chaque année, il y a un concours, mais cette concurrence n’est pas malsaine dans le sens où nous sommes davantage en concurrence avec nous-mêmes. Avant tout, nous essayons de nous dépasser. Si on veut être le meilleur possible, on ne souhaite pas pour autant qu’un autre soit mauvais. Il faut oublier les clichés à la Black Swan. Je dis souvent que c’est un bon film sur la santé mentale mais pas sur la danse. Et puis je pense que la culture interne imprime le rayonnement international. Je suis à l’Opéra de Paris depuis dix ans, j’ai connu trois directions et, même si c’est une institution tricentenaire dans tout ce qu’elle a de plus traditionnel, elle essaie de se moderniser, de

« Notre-Dame de Paris » de Roland Petit
© Yonathan Kellerman - ONP

s’ouvrir et d’aller toucher de nouveaux publics. C’est quelque chose qui me paraît très important pour sortir de l’image élitiste de l’Opéra.
PENSEZ-VOUS QUE, TOUT COMME L’OPÉRA, LE DANSEUR DOIT AUSSI S’OUVRIR AU MONDE ?
Les voyages pour un danseur ce sont des opportunités formidables. Je suis invité, de temps en temps, à me produire dans d’autres théâtres, un peu partout dans le monde. C’est très nourrissant, très enrichissant. Bien sûr, comme je suis en CDI avec l’Opéra de Paris, je dois demander l’autorisation, mais si cela ne met pas en péril les répétitions importantes, nous sommes plutôt encouragés.
COMMENT VOUS PROJETEZ-VOUS APRÈS VOTRE CARRIÈRE DE DANSEUR ?
Premier danseur ou Danseur étoile, c’est un rêve, une responsabilité. Cela permet de faire rayonner l’Opéra dans le monde. C’est une expérience artistique majeure. Mais il ne faut pas oublier une potentielle vie à côté de la danse. Nous sommes des athlètes mais aussi des artistes, donc il faut se nourrir ailleurs, vivre de multiples expériences pour nourrir son âme. J’aime les voyages, j’y puise ce qu’il me faut. A part cela, je ne me projette pas vraiment dans une « après » carrière, j’ai encore trop à apprendre, je n’ai que 28 ans.
EN QUOI VOTRE IDENTITÉ BELGE A-T-ELLE FAÇONNÉ VOTRE PARCOURS DE DANSEUR ?
On me dit que je suis chaleureux, je vais vers les gens, j’en suis très fier. Comme je fus très fier d’être « wallon de l’année 2025 ». Cette identité, j’ai envie de la conserver, je ne veux pas devenir parisien ou français.
Depuis la réalisation de cette interview, Thomas Docquir a été promu Danseur étoile. Il est le premier Belge à atteindre ce poste et recevoir cette prestigieuse reconnaissance !

Par Philippe Vandenbergh
« Songe d’une nuit d’été » à l’Abbaye de Villers-la-Ville
© Fabrice Debatty
Cet été, une nouvelle coupole « Patrimoine en Spectacle » veut faire parler les vieilles pierres en les transformant en véritables décors vivants. L’occasion de faire une belle sortie en famille ou d’en profiter pour sortir des sentiers battus.
L’été 2026 s’annonce comme une symphonie enchantée où les vieilles pierres de Wallonie murmurent des légendes oubliées, sous un ciel complice qui prolonge les jours en une toile d’or. Imaginez : châteaux endormis qui s’éveillent au son de mélodies oubliées, abbayes où les ombres du passé dansent avec les lumières des projecteurs, citadelles qui résonnent d’échos médiévaux portés par le vent tiède. De juin à septembre, « Patrimoine en Spectacle » métamorphose le cœur historique de notre région en un vaste théâtre à ciel ouvert, où chaque site devient un portail vers l’émotion pure.
Spectacles grandioses, concerts envoûtants, reconstitutions historiques immersives et nuits féeriques invitent petits et grands à ne plus simplement contempler le patrimoine, mais à le vivre, à le sentir palpiter au rythme des cœurs. Entre le coup d’envoi des Journées européennes de l’archéologie en juin et l’apothéose des Journées européennes du patrimoine en septembre, une cinquantaine d’événements thématiques promet des instants suspendus, des rencontres passionnées, des souvenirs gravés dans la mémoire comme des fresques éternelles où l’histoire renaît en spectacle vivant.
Cet été, plusieurs sites patrimoniaux dévoilent leurs trésors lors d’événements exclusifs. Parfois dans des lieux inaccessibles au public, ce qui donne une occasion inédite de les découvrir.

Au Domaine de Belœil, « Le Livre de la Jungle » prend vie © Nocturnales ASBL
Au Château des Comtes de Mouscron, le Kiosque Festival emplit les lieux de musique entraînante fin juin, avec des artistes locaux et internationaux qui font vibrer les murs séculaires d’accords joyeux et contemporains. Peu après, dans la vallée de l’Amblève, sur la commune de Stoumont, le Château de Froidcour s’éveille pour ses « Merveilles », offrant un cadre intime et enchanteur où l’histoire palpite au rythme des performances artistiques, mêlant danse, théâtre et projections lumineuses pour une soirée inoubliable.


Ces accès privilégiés permettent de redécouvrir ces joyaux sous un jour nouveau, bercés par la lumière des beaux jours, et d’entrer en communion avec des guides passionnés qui révèlent les secrets enfouis de ces lieux chargés d’histoire.
Musique et théâtre prennent possession des ruines et des bastions. À l’Abbaye de Villers-la-Ville, le spectacle Songe d’une nuit d’été fait résonner les échos shakespeariens parmi les pierres séculaires, avec des acteurs perchés sur les arches gothiques et une mise en scène onirique qui transporte le public au cœur de la forêt athénienne.
Au Domaine de Belœil, les jardins et fontaines s’animent d’acrobates et de créatures fantastiques revisitant Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling, où Mowgli et ses compagnons prennent vie dans un ballet aquatique et aérien époustouflant.
La Citadelle de Dinant vibre au son du jazz endiablé, avec des musiciens perchés sur les remparts qui improvisent sous les étoiles, tandis que l’Abbaye de Stavelot rit avec le festival Vacances Théâtre, qui fêtera sa 60e édition cet été en proposant sketches hilarants et numéros burlesques dans les cloîtres.
Enfin, les 1.000 bougies de « Flammes » guident vers le Château de Bomal (- sur-Ourthe, près de Durbuy) pour une nuit mystérieuse et festive, où contes et danses au coin du feu créent une atmosphère magique et envoûtante.

On remonte au XVIe siècle avec un banquet Renaissance au Festin de Lessines © Bzzz
Passionné d’édifices religieux ? Simple curieux ou amateur de belles bâtisses ? Quittez les sentiers battus pour partir à la découverte de quelques joyaux de patrimoine wallon où les touristes ne se bousculent pas. À tort…
Mont-Sainte-Marie - Mozet
Au détour d’un sentier boisé du GR 575 grimpant depuis la magnifique ferme de Baseilles (Mozet, l’un des Plus Beaux Villages de Wallonie), voici le Mont-Sainte-Marie. La vue de cet édifice classé est saisissante. Perchés sur la colline subsistent en effet les vestiges d’une tour romane de guet des XIe-XIIe siècles et le chœur gothique d’une ancienne église du XVIe siècle. La nef fut probablement détruite au XVIIIe, engendrant la séparation en deux de l’édifice. L’occasion de faire une pause dans votre balade, avant de partir admirer - un peu plus loin - le Château d’Arville !
Église Saint-Donat – Arlon
La Knippchen, butte centrale de la cité, voit se bâtir au XIe siècle le château du premier comte d’Arlon. En 1558, le Duc de Guise n’en laisse que des ruines, sur lesquelles les Capucins font construire en 1621 un couvent. Bientôt une enceinte est érigée pour qu’il devienne citadelle. Aujourd’hui, seule l’église subsiste. Ne manquez pas le belvédère et sa vue imprenable sur la Belgique, la France et le Grand-Duché de Luxembourg, le chemin de croix en pierre classé au Patrimoine majeur de Wallonie et le carillon sonnant à chaque heure la chanson folklorique traditionnelle du Pays d’Arlon.
Collégiale Saint-Ursmer – Lobbes
Dans la vallée de la Sambre, visitez la plus ancienne église de Belgique ! Edifiée au début du IXe siècle par les moines de l’Abbaye de Lobbes, elle a su conserver son style carolingien, adouci çà et là d’art mosan. Au cours de votre déambulation, observez d’importants vestiges sépulcraux dont des sarcophages mérovingiens et, dans la crypte romane, tels les pèlerins du Moyen Age, priez Saint Dodon et Sainte Renelde, respectivement reconnus pour soulager les maux de dos et les maladies de peau. À bon entendeur…
Basilique Notre-Dame de Basse-Wavre
Construite aux XVIe et XVIIe siècles sur les ruines du prieuré bénédictin de Basse-Wavre, la Basilique Notre-Dame constitue un lieu de pèlerinage célèbre depuis plus de 500 ans. Ce Grand Tour, procession religieuse de vénération et de remerciement à Marie, est reconnu comme patrimoine immatériel par l’UNESCO. La basilique recèle une châsse contenant des reliques de plus de quarante saints et martyrs, dont Mère Teresa.
Collégiale Notre-Dame – Huy
Joyau architectural. Edifice gothique somptueux. Merveille mosane. Tels sont les commentaires élogieux des visiteurs de cette collégiale classée au Patrimoine exceptionnel de Wallonie. Elle allie style roman, gothique rayonnant et gothique flamboyant. Avec ses tours carrées, la verrière de son chœur, li Rondia - la plus grande rosace gothique de Belgique – et sa crypte romane où trône le Trésor de renommée internationale, la collégiale est l’un des sites à voir de la cité mosane.
Église Saint-Etienne de Waha
Comptant parmi les plus anciennes églises romanes de Belgique, Saint-Etienne de Waha, classée Patrimoine Majeur de Wallonie, est ornée de vitraux réalisés par Jean-Michel Folon. L'intérieur abrite également quelques réalisations du Maître de Waha, sculpteur peu connu mais dont les œuvres suscitent l'admiration et l'étonnement. Profitez de votre visite pour flâner dans les ruelles de Marche-en-Famenne, où art de vivre et art tout court se côtoient harmonieusement.
Collégiale Saint-Hadelin - Celles
Voici encore, au cœur d’un des Plus Beaux Villages de Wallonie, un trésor de patrimoine, figure majeure de l’architecture romane mosane. Erigée au XIe siècle par les disciples de Saint-Hadelin et plusieurs fois réaménagée, elle surprend par l’homogénéité qu’elle dégage. Sur les hauteurs, l’ermitage offre une vue qui mérite le détour ! Pour y accéder, empruntez le chemin de croix agrémenté d’œuvres d’art contemporain. Depuis Celles, un petit crochet jusqu’au Château de Vêves s’impose !
Pour en savoir plus : https://visitwallonia.be/fr-be/119/ blog/7-elements-de-patrimoine-meconnus
En Wallonie, c’est le parc Pairi Daiza qui signe le plus gros score de fréquentation, avec plus de 2 millions de visiteurs lors de sa dernière saison, largement en tête devant les autres attractions du territoire. Juste derrière, le parc d’attractions Walibi (Wavre) attire environ 1,05 million de visiteurs, ce qui en fait le second site récréatif majeur de la région.
Le Domaine des Grottes de Han complète le trio de tête, rassemblant près de 600.000 visiteurs en combinant les grottes naturelles et le parc animalier, un succès conforté par une politique de communication et de collaborations médiatiques. Deux autres sites franchissent la barre des 500.000 visiteurs : l’Abbaye de Maredsous, qui attire à la fois les amateurs de patrimoine et de produits du terroir, et le Domaine provincial d’Hélécine, apprécié pour ses activités familiales et de plein air.
Bruxelles, la capitale très visitée
À Bruxelles, les chiffres de nuitées sont comparables à ceux de la Wallonie, avec près de 8,5 millions d’hébergements touristiques enregistrés dernièrement, ce qui illustre le poids de la capitale comme destination. Sur le plan des sites, ce sont les Musées royaux des Beaux Arts, et
surtout le Musée Magritte, qui arrivent en première position, avec environ 680.000 visiteurs en 2018, dont la moitié pour le seul Magritte.
L’Atomium figure dans le top 3 bruxellois, accueillant près de 575.000 visiteurs l’année de ses 60 ans, confirmant son statut d’icône mondialement connue. Viennent ensuite Mini Europe, qui séduit par son format ludique et pédagogique, ainsi qu’un ensemble de sites liés aux institutions européennes (hémicycle, Parlamentarium, Maison de l’Histoire européenne), très fréquentés par les visiteurs intéressés par l’Europe institutionnelle.
Un peu de contexte économique
En Wallonie, le tourisme génère plus de 11 millions de nuitées « larges » (reconnues et non reconnues) et concentre une quinzaine de milliards de recettes directes et indirectes, ce qui représente plusieurs pourcents de la valeur ajoutée régionale. Les hébergements privés (gîtes, meublés) et les campings restent très sollicités, même si leur fréquentation peut fluctuer sous l’effet du climat et de la conjoncture économique.

On plonge dans un univers chevaleresque aux Médiévales de la Citadelle de Namur © Sébastien Roberty
Revivez les époques au fil de reconstitutions immersives. Au XVIe siècle, le Festin de Lessines propose un banquet Renaissance avec cortège costumé, pyrotechnie spectaculaire et animations culinaires d’époque, où les convives dégustent mets anciens tout en assistant à des joutes verbales et des danses nobles.
Au Moyen Âge, les Médiévales de la Citadelle de Namur recréent un univers chevaleresque grandiose, entre joutes équestres, marché artisanal et spectacles de fauconnerie qui plongent le visiteur dans l’effervescence d’un camp médiéval authentique.
Enfin, l’ Archéoparc de Rochefort replonge dans l’Antiquité avec son rendez-vous gallo-romain : combats de gladiateurs reconstitués, artisanat traditionnel comme la poterie


À La Louvière, le Canal du Centre historique s’éveille pour un « week-end au bord de l’eau »
© M.Nasser
ou la forge, et recettes antiques partagées autour de feux de camp pour une immersion sensorielle totale et familiale.
Prolongez le plaisir sur deux jours. À La Louvière, le Canal du Centre historique s’éveille pour un « week-end au bord de l’eau », mêlant le patrimoine industriel à une ambiance conviviale avec balades en barque, concerts fluviaux et ateliers interactifs sur l’histoire ouvrière, le tout sous un ciel de fête.
L’Archéosite d’Aubechies, près du Parc Naturel Scarpe-Escaut, offre une déconnexion totale : de la préhistoire à l’époque romaine,
L’Abbaye de Villers-la-Ville accueille depuis de nombreuses années des spectacles en été
© WBT - Arnaud Siquet


Spectacle de feu lors des Fêtes Historiques du Festin de Lessines: © Bzzz
l’histoire s’anime sous vos yeux lors d’une expérience complète et pédagogique, avec campements préhistoriques, fouilles simulées et démonstrations d’outils anciens pour petits et grands explorateurs. VISITWallonia propose également une série d’activités et d’hébergements à proximité de certains des événements pour prolonger la découverte.
Quand le soleil d’automne effleurera les toits de la Wallonie, emportant avec lui les dernières notes de cet été en spectacle, il laissera dans les cœurs un écho infini de magie patrimoniale. Ces nuits illuminées par mille flammes, ces banquets où le rire croise les fantômes du passé, ces jardins où la jungle ondoie au gré des acrobates, forgeront des légendes personnelles, tissées de joie partagée et de découvertes émerveillées.
La Wallonie, avec sa générosité infinie, aura une fois de plus prouvé que son patrimoine n’est pas figé dans le marbre du temps, mais vivant, pulsant, prêt à vous enlacer pour des aventures inoubliables.
Rendez-vous sur www.visitwallonia.be/ patrimoineenspectacle pour plonger dans la programmation complète d’une cinquantaine d’événements, ou feuilletez le magazine disponible dans les Maisons du Tourisme, riche de suggestions pour prolonger l'enchantement.

Nichée au cœur du Sablon , la galerie fondée par les sœurs Ariane et Lara van Dievoet abrite une sélection pointue d’objets, de textiles et de mobilier design, conçus à partir de matériaux recyclés, bio ou géosourcés. Des pièces durables et locales exclusivement, à (re)découvrir lors d’une des nombreuses expositions organisées dans et hors les murs. Voire plus si affinités...
Bruxelles, un après-midi ensoleillé d’avril. À quelques pas de l’église du Sablon, dans la charmante petite rue Coppens, pavée et ombragée, se dresse une maison blanche aux menuiseries vertes. Une enseigne au-dessus de la porte du numéro 5 et un lettrage sur la fenêtre annoncent l’identité du lieu : Augusta. « C’est le prénom de mon arrièregrand-mère, galeriste dans les années 1930 », précise Ariane van Dievoet, architecte d’intérieur et designeuse. « Pendant près de 40 ans, cet espace qui appartenait à ma famille a été loué à un galeriste et lorsqu’il a cessé ses activités, j’ai eu l’opportunité de le rénover. Je pensais monter une expo avant de mettre le lieu en location. Et puis, en avançant sur le projet avec ma sœur Lara, nous nous sommes prises au jeu ». Voilà trois ans que les sœurs van Dievoet ont donné une nouvelle impulsion à cette galerie, désormais spécialisée dans l’écodesign : tandis qu’Ariane gère les aspects curation, programmation et installation, Lara, elle, assure le volet communication.
L’espace de 35 mètres carrés répartis sur deux étages accueille des pièces design, fabriquées à partir de matériaux recyclés, pour la plupart naturels, bio ou géosourcés. « La singularité du lieu, c’est de valoriser le travail de designers actifs dans la circularité », poursuit Ariane van Dievoet. « Chacune de leurs créations renferme une solution innovante. Elles ont pour atout d’être à la fois durables, fonctionnelles et haut de gamme ». À l’instar de la lampe « Glow » réalisée par Cru atelier

Les fondatrices de la Galerie Augusta, Lara et Ariane van Dievoet © Lindsay Zebier


Augusta. « Nos valeurs sont alignées », confient les architectes Sarah El Yousefy et Nina Ouchinsky, à la tête de Cru atelier. « Cette galerie cible la circularité du design, c’est hyper rare ! Y exposer légitime notre approche ». Pour Eloïse Maës et Audrey Werthle, les créatrices de La Gadoue, le rapprochement semblait également évident : « Nos objets se répondent, nos univers sont complémentaires ».
à partir d’un mélange de chaux et de chanvre. De l’étagère-console « Tellura » du même duo de créatrices, assemblée à partir de liège, de terre, de gypse (une sorte de plâtre) et de bois de hêtre de la Forêt de Soignes... Que des matériaux biodégradables et locaux ! Des compositions murales décoratives et des rideaux élaborés avec des fins de stocks de tissus par les designeuses textiles de La Gadoue. Ou encore de la série de miroirs, reposant sur des structures en bois, en pierre ou en marbre recyclés, créés par Ariane van Dievoet. Si la galerie met en avant les nouveaux talents, elle ne délaisse pas pour autant les confirmés comme Lionel Jadot ou Frédérique Hoet, par exemple.
« Lorsque j’ai fondé AVANDI, mon studio de design de mobilier et d’objets, à Brooklyn en 2014, je me suis intéressée à la dimension éthique et à la circularité », explique la créatrice. « À mon retour en Belgique en 2018, je ne souhaitais pas produire avec de nouvelles matières. Je ne voyais pas le sens d’ajouter à ce qui existe déjà. D’autant qu’à travers mes projets d’architecture intérieure, j’ai réalisé combien de matériaux de déconstruction comme la pierre et de chutes de bois, de tissus et autres pouvaient être avantageusement réemployés ». Cette démarche basée sur la récupération et la revalorisation, Ariane la partage avec l’ensemble des designers exposés dans la Galerie
Pièces, matières, teintes, formes se marient harmonieusement comme dans un intérieur. Ce qui confère un supplément d’âme à ce lieu chargé de sens. « Beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi je n’avais pas récupéré l’espace pour en faire mon showroom : l’idée ne me parlait pas. Mais dès que j’ai pensé l’ouvrir à d’autres designers, ça m’a


intéressé. Le collectif donne de la force, de l’énergie, de l’impact. J’aime rencontrer mes pairs, rassembler, mettre en liens, faire connaître les projets auxquels je crois ». Varier le type d’expos - en groupe, duo, solo - apporte continuellement de la nouveauté. L’espace se métamorphosant, de manière quasi organique, au gré des installations. Depuis sa création, la Galerie Augusta a participé à trois foires « Collectible », a monté une dizaine de présentations dans ses murs, en a organisé une à l’hôtel The Dominican et une autre à la banque Puilaetco. De quoi maximiser la visibilité offerte par les galeristes aux quelque 15 designers qu’elles accompagnent en vue de toucher de nouveaux publics !
« Notre ambition : montrer et surtout vendre le travail des designers que nous représentons », insiste Ariane van Dievoet. Un atelier, des outils, des machines, des matériaux, des heures de recherche... tout cela a un coût et pour soutenir l’écodesign, rien de tel que de l’acheter ! Les objets et meubles proposés à la galerie Augusta peuvent coûter de 180 à 10.000 euros. « Des coups de cœur qui se révèleront durables dans tous les sens du terme », précise la galeriste. Ce ne sont pas des prototypes, mais bien des pièces uniques, léchées, pouvant être produites à plus grande échelle et/ou sur mesure à la demande. Des pièces peu transformées, faisant la part belle à des matières et des coloris qui se veulent naturels. Et qui devraient, dès lors, résister à l’usure du temps et traverser les modes.
Dans l’écrin d’Augusta, la singularité et la beauté des créations semblent sublimées. Un atout pour les designers qui ne disposent pas d’un lieu vitrine et ne recherchent pas forcément le contact direct avec les acheteurs potentiels...
« Parler de notre démarche, la mettre en valeur, attirer du monde, conclure des ventes est un travail à ne pas sous-estimer », relèvent les créatrices de Cru atelier. Et celles de La Gadoue d’ajouter :
« Ariane a la double casquette, peu courante, de galeriste et de designer. De par sa pratique, elle
Eloïse Maës et Audrey Werthle, créatrices de La Gadoue © Joan Repiso

comprend parfaitement nos besoins ». Et surtout, elle maitrise la réalité du métier, mesure les enjeux, suit les évolutions de pratiques... « Ayant l’habitude de travailler en sur-mesure avec les designers, je connais l’étendue de leur savoir-faire, leurs développements en cours, leurs délais... ». Une plus-value qui devrait lui permettre, espère-t-elle, d’étendre la clientèle d’Augusta à un large réseau d’architectes, architectes d’intérieur et autres spécialistes de l’aménagement afin de faire rayonner le design belge et durable dans ses frontières et au-delà.
Galerie Augusta
Rue Coppens, 5 1000 Bruxelles. https://www.augustagallery.be/


Par Emmanuelle Dejaiffe
Partir en mobilité à l’étranger, c’est explorer le monde, découvrir d’autres cultures, vivre des expériences différentes.
Mais c’est aussi un extraordinaire levier pour acquérir de nouvelles compétences transversales. Aujourd’hui, valoriser celles-ci, cela compte lors des mobilités jeunesse. Pour W+B,
Manu Mainil , chargée de projets au Bureau International Jeunesse (BIJ), lève le voile sur l’AKI-App, un formidable outil international qui séduit les jeunes dans et hors de nos frontières.
BONJOUR MANU MAINIL. VOUS COORDONNEZ AU SEIN DU BIJ
LE DÉPLOIEMENT DE L’AKI-APP, QU’EST-CE QUI SE CACHE CONCRÈTEMENT DERRIÈRE CE NOM ? POUVEZ-VOUS EN QUELQUES MOTS, NOUS PRÉSENTER CET OUTIL ?
Le constat de départ est simple. On se lance dans des projets internationaux mais on ne prend pas toujours le temps d’évaluer ceux-ci. On fonce, on passe d’un projet à un autre avec enthousiasme sans prendre le recul nécessaire pour évaluer la richesse de ce que cela nous a apporté ! Souvent, nous ne prenons pas conscience des compétences qu’on acquiert, qui ne deviennent jamais obsolètes au cours d’une vie. Consacrer du temps à l’évaluation d’un projet, c’est important et l’AKI-App le permet.
Très concrètement, l’AKI-App est un site web facile d’accès que chacun peut découvrir. Il s’organise autour d’un référentiel de cinq compétences transversales déclinées chacune en différentes capacités, elles-mêmes ramifiées en plusieurs dimensions. Au total, on recense 60 dimensions qui sont explorées avec l’outil. L’utilisateur n’a pas toujours conscience de la richesse des différentes déclinaisons de ces compétences et le questionnaire afférent lui permet d’approfondir sa réflexion.
Par exemple, au BIJ, un lien vers ce questionnaire est transmis à tous les bénéficiaires d’appels et programmes internationaux, que ce soient
des jeunes ou des travailleurs du secteur jeunesse, qui ont pris part à l’un de nos projets ou reçu une aide à la mobilité. Le questionnaire est prévu pour connecter des concepts abstraits à des exemples concrets. La démarche est très complète et prend place avant, pendant et après le projet. Qu’on soit jeune, groupe de jeunes, institution publique ou partenaire, l’AKI-App est ouverte à toutes et tous. Les publics potentiels sont nombreux.

Manu Mainil, coordinatrice du déploiement de l’AKI-App au sein du BIJ © BIJ
En utilisant l’outil, le jeune reçoit un résultat avec une vision des compétences développées sous forme de diagrammes de compétences, facile à appréhender. Cela lui permet d’abord de mieux se connaître et ensuite, cela pourra servir à construire un curriculum vitae ou à mieux s’auto-évaluer pour progresser dans son parcours tant professionnel que personnel.
CES COMPÉTENCES TRANSVERSALES, QUELLES SONT-ELLES PLUS PRÉCISÉMENT ?
Les cinq compétences sont les suivantes : l’ouverture d’esprit, l’adaptation au changement, le sens des relations interpersonnelles, le sens des responsabilités et la confiance en soi. Elles ont été sélectionnées avec l’aide de jeunes partis à l’étranger et d’acteurs du monde de la jeunesse et de l’entreprise.
Le questionnaire permet de percevoir ce qu’on ne voit pas spontanément car le jeune n’est pas toujours conscient d’avoir développé de telles compétences, c’est toujours une question de prendre réellement le temps de cette perception.
EST-CE UNE VRAIE NÉCESSITÉ D’ÉVALUER UN PROJET ? CELA FAIT-IL VRAIMENT AVANCER LE JEUNE ?
L’objectif, c’est bien sûr de faire comprendre à toutes les parties prenantes qu’un projet de mobilité, ce ne sont ni du tourisme, ni des vacances. Montrer que cela permet de développer de nombreuses compétences est essentiel, c’est une forme d’empowerment pour le bénéficiaire. Et bien

Sophie Chielens, animatrice, coordinatrice aux échanges internationaux, Compagnons bâtisseurs ASBL © BIJ
sûr, cela permet d’identifier les compétences qu’il pourrait encore travailler.
Les compétences transversales ne sont pas du tout liées à un parcours académique, ce sont d’autres compétences plus évolutives. Personnellement, j’utilise également cet outil pour des jeunes professionnels lors d’événements internationaux qui durent quelques jours. Même dans un cadre aussi court, le jeune développe des compétences, qu’elles soient relationnelles ou autres. Prendre la parole en public, participer activement à un atelier, cela façonne des compétences, parfois nouvelles pour un jeune en mobilité.
PROJET ? ET QUELS EN SONT LES
OBJECTIFS INITIAUX ?
L’objectif est de sensibiliser les jeunes, mais aussi nos partenaires, à la valorisation de ces compétences transversales.
Le BIJ était déjà impliqué dans la création et le développement de l’outil, qui se sont opérés avec des partenaires associés : des agences de mobilité et des représentants des secteurs de la formation et de l’entreprise. Pour les citer, l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ), l’Institut supérieur de formation permanente basé à Bordeaux (INSUP), les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ), l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) et l’Union wallonne des entreprises (UWE). Nous avons bénéficié d’un cofinancement Erasmus+. Elles se sont mises ensemble pour réfléchir au meilleur outil et s’assurer que ce soit représentatif de ce qui se passe véritablement dans les projets. Cela a d’abord existé en format papier (un jeu de cartes, toujours utilisé) avant d’être ensuite digitalisé.
VOUS ANIMEZ ÉGALEMENT AU BIJ DES SÉANCES DE DÉCOUVERTE ET EXPÉRIMENTATION DE L’OUTIL.
POURQUOI ? ET SURTOUT POUR QUI ?
Les séances consistent en une présentation de l’outil et une expérimentation en direct ensemble. Cela permet de fournir une information plus spécifique.
Ces séances s’organisent soit en présentiel, soit en ligne, au choix. C’est surtout destiné aux réseaux et aux structures qui veulent utiliser l’outil avec des groupes de jeunes. À côté de la simple utilisation d’AKI-App, nous attachons beaucoup d’importance au développement de l’accompagnement humain de l’outil car cette dimension de lien est primordiale.


En juin dernier, à la Haute Ecole de Louvain en Hainaut (HELHa), l’AKI-App a servi de base pour un hackaton dont le but était d’imaginer le « projet idéal » pour acquérir un certain type de compétences. Ici, c’est pensé pour mieux définir un projet Erasmus avec invitation à leurs partenaires internationaux francophones. Ce sont de nouvelles manières d’utiliser l’outil, plus innovantes et qui témoignent aussi de ce qui est réalisable avec la plateforme. De tels projets sont alors collectifs, on n’est plus seul devant son ordinateur !
Pauline Cornil, Coordinatrice des relations internationales à la Haute
POUR CLORE CETTE RENCONTRE, COMMENT VOYEZ-VOUS L’ÉVOLUTION DE CE PROJET ?
L’outil apporte un vrai plus pour ceux qui partent en mobilité. Aujourd’hui, l’objectif est simple : participer à son rayonnement en Fédération Wallonie-Bruxelles, via notamment ces séances de découverte où des liens humains se tissent entre les participants, ce qui permet de créer et de renforcer les réseaux à tous niveaux. Nous sommes également profondément convaincus du bien-fondé de cet outil car il permet de prendre du recul par rapport à l’expérience de mobilité vécue. Dans le monde dans lequel on vit, il est crucial de se poser des questions et, in fine, cela permet de développer son esprit critique.
« J’airécemmentcommencéàutiliserlequestionnaireAKIAppavecnosvolontairesduCorpseuropéendesolidarité (CES)longterme.Eneffet,j’yvoisunréelintérêtpourqu’ils puissentfaireuntravailderéflexionsurlesdifférentes compétencesqu’ilsacquièrentdurantleurprojetetparler defaçonconcrètedecesapprentissages.D’unautrecôté, nousespéronsaussipouvoirmesureretillustrertout l’impactpositifqu’ontlesprojetsmenésauseinduCESsur lesjeunesquiyprennentpart.L’interfaceesttrèsfacileà utiliseretprésentedefaçonclairelesdifférentesoptions existantes(organisationouréseau,questionnairesavantaprèslamobilitéouàuntempsT…).Jemeréjouisde pouvoirintégrercetoutilànospratiques!»
Sophie Chielens, animatrice - coordinatrice aux échanges internationaux, Compagnons bâtisseurs ASBL
Passie Kengne Kuetche, jeune bénéficiaire des programmes de mobilité du BIJ
« LaHauteEcoleLouvainenHainautaenvisagéd’utiliser l’outilAKI-Appcommeleviercomplémentairepouraider ses étudiants à mieux identifier, formuler et valoriser lescompétencestransversalesdéveloppéeslorsdeleur mobilité.Laplateformeetlequestionnairesontunoutil concretpourmettredesmotssurdesacquissouvent implicites(autonomie,adaptabilité,communication interculturelle).Trèsfaciled’utilisation,l’AKI-Appnous sembleêtrelasolutionlaplusadaptéepourl’intégrerdans nosprocessusdesmobilitésErasmus. »
Pauline Cornil, Coordinatrice des relations internationales à la Haute Ecole Louvain en Hainaut
https://www.aki-app.org/
https://www.lebij.be/offres/seance-de-decouverte-etexperimentation-de-laki-app-fr/
« Enutilisantl’AKI-Appdanslecadredemon accompagnementavecleBIJ,j’aipuavancerplus rapidementdansmaréflexion.L’outilm’apermis d’identifiermescompétences,destructurermesidéeset dedéfinirunprojetconcret.L’AKI-Appm’aénormément aidéeàfairelepointsurmonparcoursetàmieuxme connaître.Lesquestionssontsimplesmaistrèsefficaceset j’aidécouvertdesforcesetfaiblessesquejen’avaisjamais vraimentidentifiées.L’applicationestintuitive,motivante etm’avraimentaidéeàclarifiermesobjectifs. Aujourd’hui, j’aiunevisionbeaucoupplusclairedecequejeveuxfaireet desétapespouryarriver.Jerecommandevraiment!»

Par Laurence Briquet
Le 28 mai dernier, Bruxelles était l’épicentre d’une réflexion cruciale sur l’avenir de la coopération internationale en éducation. Organisée par Educaid.be, la plateforme belge pour l’éducation et la formation dans le développement , cette conférence intitulée « L’éducation en temps de troubles » a rassemblé experts, décideurs et acteurs de terrain pour aborder une problématique urgente : comment assurer
la continuité de
l’apprentissage
dans un monde marqué par une
instabilité croissante.


La conférence s’est ouverte sur un constat alarmant partagé par l’ensemble des intervenants : le droit à l’éducation subit des assauts sans précédent à l’échelle mondiale. De l’Ukraine à la bande de Gaza, en passant par la République démocratique du Congo et le Sahel, la recrudescence des conflits et de l’instabilité fragilise, voire déstructure totalement, les systèmes éducatifs. Comme l’ont souligné les organisateurs dès le début de la journée : « nous ne faisons pas face à un simple recul temporaire, mais au risque réel de perdre toute une génération ». Hadja Lahbib, Commissaire européenne à la coopération internationale, à l’aide humanitaire et à la réaction aux crises, a d’ailleurs fait un discours d’ouverture poignant et personnel.
Cette érosion de l’éducation n’a pas seulement des conséquences locales. Elle menace directement la stabilité, la sécurité et la cohésion sociale à l’échelle globale, y compris au sein de nos propres sociétés. Face à ce défi, la conférence a plaidé pour un engagement renouvelé, car l’inaction n’est plus une option si l’on veut éviter que cette dégradation ne devienne irréversible.
L’événement était organisé par Educaid.be, la plateforme pour l’éducation, la formation, et la coopération au développement, créée en 2010 par l’APEFE en partenariat avec la VVOB, sur financement de la Coopération belge au Développement. Véritable plateforme

nationale et pluraliste, elle réunit aussi bien des acteurs institutionnels que des organisations non gouvernementales et des membres individuels, actifs et intéressés par le domaine de l’éducation et de la formation continue dans le cadre de la coopération au développement belge.
Elle a comme objectif de renforcer la capacité et l’expertise de ses membres, développer des activités de sensibilisation et plaidoyer et soutenir la politique belge en matière d’éducation et de formation dans la coopération au développement. Educaid.be souligne également l’importance d’une approche holistique de l’éducation et de la formation.
Pour la coordinatrice de la plateforme, Marije van Breda, cette approche thématique des conférences annuelles n’est pas nouvelle. « Nous avons exploré les liens entre l’éducation et le climat, entre l’éducation et la santé. Et aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape : l’éducation et la stabilité ».
Pour en revenir à l’événement du 28 mai, au cœur des débats de cette journée figurait l’interrelation profonde entre éducation et stabilité. Les experts internationaux réunis à Bruxelles ont démontré que l’éducation n’est pas uniquement un investissement dans le capital humain, mais constitue un outil puissant pour prévenir la violence et favoriser une paix durable. Les conséquences des crises actuelles vont bien au-delà d’un simple retard scolaire temporaire. Selon Educaid.be, toute une génération risque d’accumuler un retard structurel, avec des répercussions sur la cohésion sociale, la sécurité et la stabilité à l’échelle mondiale, mais aussi dans nos propres sociétés.
« Chaque année de scolarité supplémentaire réduit le risque de recrutement par des groupes armés, non seulement parce que l’éducation augmente les revenus, mais aussi parce qu’elle renforce la confiance civique et la cohésion sociale. Un niveau d’enseignement secondaire plus élevé est associé à une diminution des conflits et à une paix plus durable. En ce sens, l’éducation n’est pas qu’un simple secteur. C’est une infrastructure essentielle à la stabilité », a

expliqué Tom Vandenbsoch, directeur général de VVOB, Éducation pour le développement.
Toutefois, un paradoxe inquiétant a été mis en lumière : alors que les besoins croissent de manière exponentielle, les budgets mondiaux consacrés à l’éducation diminuent. Ce déséquilibre impose désormais des partenariats innovants et une collaboration plus étroite entre les acteurs de l’aide humanitaire et ceux du développement.
La matinée a été marquée par une performance de slam particulièrement poignante, réunissant des jeunes issus de la diaspora en Belgique, notamment de la RDC. Ensemble, au-delà des frontières, ils ont mis des mots sur les pertes infligées par la guerre : la destruction des salles de classe, la fin de l’enfance ainsi que l’hypothèque sur leur avenir. Ce moment artistique fort portait un message clair : l’éducation n’est pas un privilège, c’est une question de survie.
Cette émotion a ensuite laissé place à une table ronde multipartite avec notamment Heidy Rombouts, Directrice générale de la Coopération au développement et Aide Humanitaire, Ministère des Affaires étrangères. Représentants gouvernementaux (dont le Dr. Nafieh Assaf, Vice-ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour la Palestine), organisations non gouvernementales, institutions internationales et universitaires ont débattu du lien indispensable entre l’aide humanitaire, le développement et la consolidation de la paix.
Le ministre palestinien a expliqué que l’accès à l’école représente l’espoir pour les enfants et leurs familles. Les professeurs, même sans salaire, continuent à donner cours. « On peut survivre plusieurs jours sans manger, mais chaque journée passée hors de l’école est une journée perdue que l’enfant ne pourra jamais rattraper », a-t-il expliqué. Les discussions ont réaffirmé la nécessité d’investir massivement dans l’éducation comme levier fondamental vers la stabilité mondiale, avec également une participation à distance d’Iryna Shumik, Directrice générale de la Direction de l’enseignement professionnel au sein du ministère de l’Éducation et des Sciences d’Ukraine.
L’après-midi a été consacrée à l’action concrète à travers quatre learning labs. Ces sessions interactives ont permis aux membres d’Educaid. be et à leurs partenaires de partager des solutions pratiques mises en œuvre dans des contextes fragiles. Elles ont abordé les défis auxquels l’éducation est confrontée en situation de crise - qu’il s’agisse de l’interruption des apprentissages, de la détresse psychologique ou de l’augmentation des risques pour les enfants et les jeunes vulnérableset montré comment ces défis ont été transformés en stratégies concrètes et en solutions pratiques pour maintenir l’éducation malgré les obstacles. En partageant leurs expériences, ces sessions ont permis de mettre en lumière la nécessité d’approches adaptées aux différents contextes et illustré l’étroite relation entre éducation, protection et stabilité.
Lors de la session « L’éducation à l’épreuve du feu », les stratégies pour maintenir la continuité des apprentissages malgré les attaques contre les écoles ont été au cœur du débat. Des exemples d’espaces d’apprentissage temporaires et de

programmes d’enseignement à distance ont été présentés, tout comme des dispositifs d’apprentissage accéléré pour rattraper le temps perdu en période de conflit armé.
Dans le learning lab « Éducation et protection », les participants ont examiné comment l’école peut devenir un refuge. Une attention particulière a été accordée à la santé mentale et au soutien psychosocial (MHPSS), ainsi qu’à la prévention du recrutement des enfants par des groupes armés, soulignant que protéger un enfant, c’est avant tout protéger son droit d’apprendre.
Autre thématique, l’inclusion et la cohésion sociale. Dans les contextes de crise, on le sait, l’inclusion des plus vulnérables est en effet souvent la première sacrifiée. Les échanges ont montré comment des systèmes éducatifs inclusifs peuvent devenir des vecteurs de cohésion sociale et de résilience pour les communautés déplacées ou affectées par les crises.
Enfin, un groupe de travail s’est penché sur la garantie des compétences de base (lecture, écriture, calcul) même dans les environnements les plus précaires, condition sine qua non pour tout développement ultérieur.
En fin de journée, les facilitateurs de chaque session et une représentante des jeunes se sont réunis en séance plénière pour synthétiser les enseignements tirés de ces échanges. L’objectif était de transformer les discussions en une vision commune et en engagements concrets pour les années à venir.
La conférence Educaid.be 2026 a ainsi démontré que, malgré l’imprévisibilité du contexte mondial, des solutions adaptées peuvent transformer les défis éducatifs en stratégies de résilience. En soulignant l’étroite relation entre éducation, protection et stabilité, cet événement a rappelé que la protection des écoles et des apprenants est le socle sur lequel se bâtira la paix de demain.
Pour la Wallonie et Bruxelles, acteurs historiques de la coopération éducative, cette conférence a réaffirmé l’importance de porter ces enjeux sur la scène internationale, car assurer la continuité de l’apprentissage en temps de troubles n’est pas seulement un devoir moral, c’est une nécessité stratégique pour la stabilité mondiale.
https://www.educaid.be/fr

Par Jacqueline Remits
En décembre dernier, la société Trasis s’est vu décerner le titre d’Entreprise de l’Année 2025. Devenue leader mondial de la médecine nucléaire en un peu plus d’une vingtaine d’années seulement, l’entreprise liégeoise propose des solutions innovantes et automatisées pour le diagnostic et le traitement du cancer et des maladies dégénératives. Fondé en 2004, le groupe occupe aujourd’hui 490 personnes et exporte plus de 99 % de ses ventes dans plus de 65 pays. Une trajectoire entrepreneuriale remarquable.

Trasis se déploie dans un secteur de niche qui lui réussit. Elle vise à accélérer la mise à disposition des agents de diagnostic et thérapeutique innovants pour améliorer la prise en charge des soins des patients atteints de maladies graves. « Nous sommes acteurs dans la médecine nucléaire », commence Gauthier Philippart , cofondateur et CEO de Trasis. « Nous concevons, fabriquons et commercialisons des équipements et des solutions de pointe, des automates de synthèse et de répartition de doses de substances radio-pharmaceutiques destinées à des fins diagnostiques et thérapeutiques de différents types de cancers et des maladies neurodégénératives. Nous sommes sur l’ensemble de la chaîne de développement de ces médicaments, que ce soit pour les produire ou pour les donner aux patients. En 2025, quatre millions et demi d’entre eux ont ainsi déjà bénéficié de nos produits ». Ces instruments sont utilisés par des entreprises pharmaceutiques et par les départements de médecine nucléaire des hôpitaux en vue de la préparation et de l’administration de ces substances radio-marquées. « Nous avons conçu un automate, l’Unidose, capable de préparer des doses individuelles de radio-pharmaceutiques. Celles-ci sont délivrées dans un contenant blindé, qui se transforme ensuite en dispositif d’injection directement utilisable chez le patient, réduisant ainsi l’exposition du personnel infirmier.

L’automatisation de cette étape évite une préparation manuelle fastidieuse et fortement exposante aux radiations ».
Au départ, deux entrepreneurs que tout semble opposer, Gauthier Philippart, ingénieur de formation, CEO de Trasis, et Jean-Luc Morelle, physicien, cofondateur et CTO, unis par la même vision et la même détermination depuis plus de vingt ans. Ils fondent la société Trasis en 2004. Leur objectif ? La fabrication d’automates de dispensation de doses afin d’améliorer la radioprotection dans les hôpitaux. S’ils se focalisent sur ce premier produit, c’est parce qu’il leur paraît être celui pouvant apporter le plus de bénéfices en matière de radioprotection par rapport à l’investissement. Leur hypothèse de départ s’avère exacte. La technologie se développe d’autant plus vite que le personnel infirmier est bien davantage exposé que ce que d’aucuns pensaient alors.
Ce n’est pas là le seul produit de Trasis. Si les premiers équipements vendus sont des machines qui répartissent les produits radio-pharmaceutiques en doses individuelles prêtes à l’injection, viennent ensuite s’ajouter des synthétiseurs. Certains équipements et services jouent également un rôle majeur dans la recherche et
le développement de nouvelles thérapies. « Ces plateformes permettent d’implémenter la fabrication de différents médicaments qui répondent chacun à des applications cliniques particulières. Depuis 2011, nous travaillons à diversifier les molécules de synthèse, à en ajouter d’autres supplémentaires sur ces appareillages, à diversifier aussi les types d’isotopes avec lesquels nous pourrons travailler avec nos machines. Cela répond à une évolution de notre secteur ». Aujourd’hui, il existe également la possibilité de fabriquer des médicaments radioactifs à usage thérapeutique. « Nous ne fabriquons pas les médicaments, mais les appareillages et les méthodes de fabrication innovantes de molécules que les sociétés pharmaceutiques vont produire. Nous travaillons à automatiser et industrialiser le marquage de ces molécules avec un isotope radioactif. Il s’agit de développer une recette originale, puis de l’implémenter sur l’appareillage automatisé. Une salle blanche nous permet de fabriquer nos consommables, entre 30.000 et 50.000 par an ».


SUR LES CINQ CONTINENTS, PARTOUT OÙ LA MÉDECINE NUCLÉAIRE EST PRÉSENTE
Les premières ventes sont réalisées en 2008. « Le marché de la médecine nucléaire étant un marché de niche, dès le départ, nous avons visé le marché international. On s’est fait connaître en participant à des salons, mais aussi en voyageant, en allant à la rencontre des gens, en écoutant leurs besoins ».
Et ça marche. Entre 2019 et 2024, Trasis a enregistré une croissance annuelle moyenne de 25 %, atteignant 88 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, avec plus de 99 % de sa production à l’exportation. « On réalise environ un tiers de notre chiffre d’affaires en Amérique, un tiers en Europe, Moyen-Orient et Afrique et un tiers en Asie Pacifique ». L’entreprise liégeoise compte trois segments de clients. « D’abord, les sociétés qui vont développer de nouveaux médicaments, dont des centres de recherche publics ou privés. Ensuite, des entreprises pharmaceutiques spécialisées dans la radio-pharmaceutique
comme Novartis, par exemple. Enfin, le troisième segment est constitué des hôpitaux pour leur service de médecine nucléaire ». Elle travaille soit avec des agents, soit avec des distributeurs. « Pour les choisir, nous devons connaître la culture du pays, les candidats doivent être des professionnels dans notre secteur, être compétents dans notre domaine. Pour vendre les produits destinés aux hôpitaux, il faut maîtriser le langage médical. En Italie, notre distributeur dispose d’un important réseau local, tandis que nous allons en direct en Espagne. En Chine et au Japon, nous travaillons avec un distributeur ».
Présente aujourd’hui dans plus de 65 pays, l’entreprise devenue un groupe emploie un total de 490 personnes, dont plus de 400 à Ans en Belgique, une trentaine à Grenoble en France, environ 15 personnes à Atlanta en Géorgie aux Etats-Unis et une trentaine de personnes à Beijing en Chine. « Nous sommes présents sur les cinq continents. Nous avons aussi ouvert plusieurs filiales. Comme cette technologie est relativement chère au niveau des soins de santé, nos produits


s’adressent aux pays économiquement capables de la proposer. Nous sommes acteurs dans tous les pays où la médecine nucléaire est présente ».
Trasis poursuit sur sa lancée et se développe encore. « Pour plusieurs raisons. Dans sa globalité, la médecine nucléaire croît d’environ 10 % chaque année. Nous grappillons des parts de marché par rapport à des concurrents. Depuis 2010, nous participons au développement de nouvelles substances, de nouveaux médicaments. Nous aidons à les fabriquer de manière fiable et à répondre à de nouveaux besoins. Au fil du temps, chaque année dans les hôpitaux, on constate une augmentation de PET-scans. Il était nécessaire pour nous de les soutenir à faire face à cette augmentation. Travailler en amont sur l’aval permet de développer de nouveaux produits. Cette technologie médicale a fait ses preuves, elle est très performante. Elle pourrait permettre la guérison d’une plus grande quantité de cancers dans le monde ».
Pour ses 20 ans, en 2024, Trasis a inauguré un nouveau bâtiment à côté de l’actuel, à Ans. « On développe des mini-laboratoires qui vont permettre de fabriquer des médicaments radioactifs. L’objectif, c’est de soigner des cancers en réalisant des images par PET-scan. Ce bâtiment de 5.000 m² est occupé par les employés, toujours plus nombreux. Il y a à peu près 700 à 800 m²


qui servent à faire des assemblages de machines. Et puis, il y a une autre composante assez importante, ce sont des salles blanches dans lesquelles on assemble des tubulures en plastique. On met également en flacons des substances médicamenteuses ». Aujourd’hui, l’entreprise est organisée de manière à se concentrer sur chacun des segments avec des services dédicacés. « Évidemment, tous nos services sont organisés pour la chaîne logistique : la production, le contrôle qualité. On travaille à développer de nouveaux médicaments, à aider à réaliser une étude clinique, à produire ».
Fin novembre 2025, Trasis s’est associée à Beijing PET Technology Co. Ltd, son distributeur exclusif en Chine de ses synthétiseurs depuis 2014, dans la création d’une coentreprise en Chine afin de structurer et d’élargir davantage leur collaboration de plus de dix ans en médecine nucléaire. La nouvelle entité combinera l’expertise de Trasis en technologies radio-pharmaceutiques avec l’expérience de Beijing PET Technology sur le marché
chinois de la santé et son réseau de distribution établi. L’entreprise liégeoise détient une participation majoritaire dans la coentreprise. « La Chine développe fortement son secteur de médecine nucléaire grâce à une planification et des investissements gouvernementaux avec, pour ambition de tripler, voire de quadrupler, la taille du marché d’ici 2035. Nous partageons les mêmes valeurs de proximité avec nos utilisateurs et nous souhaitons être à l’avant-garde de l’innovation en médecine nucléaire. En combinant une présence locale avec notre expertise radio-pharmaceutique, nous entendons fournir au marché chinois des solutions fiables, performantes et de haute qualité, dans un cadre clair et stable ». La coentreprise opérera sous la marque Trasis Beijing. La finalisation de l’accord a été officialisée début 2026. Les actifs et activités commerciales ont été transférés progressivement de la société actuelle Beijing PET Technology Co. Ltd vers la nouvelle entité. En décembre dernier, Trasis a été élue Entreprise de l’Année 2025.
Elle poursuit sa success-story en 2026. L’entreprise vient de concrétiser son projet de développer ses infrastructures en région liégeoise en rachetant le site de production de Mithra à Flémalle. Le terrain de 6 hectares compte 2.800 m² de salles blanches et 2.200 m² de laboratoires. Cette acquisition devrait lui permettre d’être opérationnelle dès début 2027. Une solution plus rapide et moins coûteuse qu’une nouvelle construction et qui réhabilite un site partiellement inoccupé. Le coût total du rachat et de la remise aux normes est estimé à 40 millions d’euros. Le site, qui peut accueillir jusqu’à 300 personnes, sera occupé progressivement. Trasis espère créer 300 emplois d’ici 2030. Une pépite wallonne qui n’a pas fini de grandir.
https://www.trasis.com/en/


© Composil
Longtemps
promises à l’incinérateur, les moquettes professionnelles deviennent un nouveau gisement de l’économie circulaire
.
À Wavre, la société belge Composil veut désormais imposer son modèle à l’échelle européenne.
À Munich, Paris ou Bruxelles, des milliers de mètres carrés de moquette échappent désormais à la benne. Longtemps considérées comme un déchet difficile à traiter, les dalles issues des bureaux peuvent être démontées, triées, nettoyées, reconditionnées puis réinstallées ailleurs. C’est sur ce marché encore émergent que Composil, entreprise wavrienne spécialisée depuis plus de trente ans dans l’entretien des moquettes professionnelles, accélère aujourd’hui avec sa filière ReUse & Recycle.
Le sujet peut sembler secondaire. Il ne l’est pas. Dans les bureaux, hôtels, salles de réunion ou espaces d’accueil, la moquette reste omniprésente. Chaque année, environ 716 millions de mètres carrés seraient vendus dans l’Union européenne, où elle représente près de 40 % du marché des revêtements de sol. En parallèle, près de 1,6 million de tonnes de moquettes usagées finiraient encore en décharge ou à l’incinérateur.
Pour Composil, ce flux constitue surtout un gisement. « Dans l’idée, on maîtrise toute la chaîne de valeur de la moquette », explique Jean Minne, CEO de l’entreprise. Après avoir repris la société en 2013, le dirigeant a progressivement élargi le métier historique de nettoyage et de maintenance vers le réemploi et le recyclage.



La logique est simple : prolonger la durée de vie des matériaux chaque fois que possible. Lorsqu’un immeuble de bureaux change d’occupant, le scénario est souvent identique : rénovation, rafraîchissement des espaces et remplacement de la moquette, même lorsqu’elle est encore en bon état. « Une entreprise dont la couleur est le vert ne voudra pas forcément d’une moquette grise, même impeccable », résume Jean Minne.
Résultat : des surfaces parfois quasi neuves partent à l’incinérateur. Composil intervient alors pour démonter, auditer et trier les dalles. Les meilleures sont nettoyées et reconditionnées, les autres rejoignent des filières de recyclage. « Notre rôle, c’est de garantir au client que 100 % de sa surface sera valorisée », insiste l’entreprise.
Le modèle repose sur une organisation hybride : certaines opérations sont réalisées en interne, d’autres avec des ateliers protégés ou des partenaires spécialisés dans la déconstruction et la logistique.
Cette approche produit déjà des résultats tangibles. Composil revendique plus de 400.000 m² de moquettes restaurés, réemployés ou recyclés, ainsi que 4.000 tonnes de CO₂ évitées. L’entreprise affirme aussi pouvoir réduire certains coûts de moitié. Chaque mois, plus d’un million de mètres carrés de moquettes sont entretenus grâce à une méthode de nettoyage à sec permettant d’économiser environ 200 litres d’eau par tranche de 1.000 m².
L’argument écologique se double d’un avantage économique. Selon l’entreprise, une moquette de réemploi peut coûter de 10 à 60 % moins cher qu’un produit neuf haut de gamme. « Même si le client n’en a rien à faire de la durabilité, il va agir dessus indirectement parce qu’il va acheter à un prix intéressant », observe Jean Minne.
Le bilan carbone devient lui aussi un argument commercial. Une moquette neuve représenterait entre 7 et 10 kilos équivalent CO₂ par mètre carré, contre 400 grammes à 1 kilo pour une dalle réemployée, transport et reconditionnement compris. Pour les entreprises soumises à des objectifs ESG ou à des certifications comme BREEAM, le gain devient concret.
Le chantier mené à Bruxelles-Nord illustre cette montée en puissance. Dans une tour rénovée par Whitewood, 23.300 m² de moquette ont été audités. Au final, entre 11.000 et 11.500 m² ont pu être réemployés sur place. Certaines dalles ont simplement été nettoyées avant d’être reposées. D’autres ont été démontées, triées et reconditionnées avec l’aide d’ateliers protégés. Le reste a été complété par du neuf. Pour Composil, ce type de projet démontre que le réemploi à grande échelle devient techniquement viable dans l’immobilier tertiaire.
La filière reste toutefois jeune et complexe. Aujourd’hui, 30 à 35 % des moquettes récupérées repartent directement en réemploi. Les 65 à 70 % restants sont orientés vers le recyclage. Certains fabricants reprennent une partie des produits, mais ils privilégient généralement leurs propres matériaux.
Les fibres peuvent être séparées des sous-couches puis réutilisées dans différentes applications industrielles. Certaines sous-couches trouvent des débouchés dans l’industrie routière. Les dernières générations permettraient même, en théorie, de produire une nouvelle dalle composée jusqu’à 97 % de matériaux d’origine.
Mais l’équation économique reste délicate. Composil collabore notamment avec Aquafil, producteur de fils utilisés dans plusieurs moquettes. Les premiers tests sont encourageants, mais le fil ne représente que 10 à 15 % du poids total d’une dalle. « Que fait-on du reste ? », interroge Jean Minne.

L’enjeu consiste désormais à structurer une véritable chaîne industrielle capable de rentabiliser transport, traitement et main-d’œuvre.
Cette ambition accompagne la croissance du groupe. Composil a clôturé 2025 avec un chiffre d’affaires d’environ 6,5 millions d’euros. La filière ReUse & Recycle représente déjà près de 15 % de l’activité. L’entreprise emploie environ 88 collaborateurs et revendique 1.200 clients dans plusieurs pays européens.

Le développement international est désormais au cœur de la stratégie. Composil est active en Belgique, en France, au Luxembourg, en Suisse, en Suède, en Allemagne et en Autriche. La France apparaît comme le marché le plus prometteur, portée par une réglementation plus avancée en matière de valorisation des déchets du bâtiment. « Les clients nous disent : votre solution est intéressante, mais surtout maintenant, nous en avons besoin parce que cela devient obligatoire », explique Jean Minne.
Depuis le début de l’année 2026, l’entreprise concentre donc une partie importante de ses efforts sur le marché français, où plusieurs contrats ont déjà été signés. L’objectif : adapter les process à chaque pays sans perdre la cohérence du modèle.
Composil regarde également au-delà des bureaux. L’entreprise développe une activité liée aux surfaces sportives, notamment les terrains de hockey et de padel. Là aussi, les questions de réemploi et de recyclage deviennent stratégiques.
Dans un secteur du bâtiment régulièrement pointé pour son empreinte environnementale, la moquette de réemploi reste encore une niche. Mais une niche à fort potentiel. « Par rapport aux millions de mètres carrés déconstruits chaque année en Europe, ce que nous faisons reste marginal. Mais les opportunités sont énormes », estime Jean Minne.
Le pari de Composil consiste donc à transformer un déchet banal en ressource économique. Une dalle de moquette retirée d’un bureau bruxellois peut désormais être nettoyée, reconditionnée puis reposée ailleurs. Ce n’est plus seulement un revêtement de sol : c’est une matière première. https://composil.eu/fr/
La délégation Grande Région lors du wake! tour dans le cadre du KIKK Festival 2025
© J. Van Belle – WBI

La Grande Région créative est en marche !
de toutes tailles, artistes, universités, centres de recherches, capitales européennes de la culture, villes créatives UNESCO, fonds d’investissements, plateformes d’innovation créative : le territoire est fertile, la « Grande Région créative » est déjà là. Connecter nos écosystèmes pour révéler la Grande Région en vallée prospère pour nos créatrices et créateurs, celles et ceux qui transforment nos villes et recyclent la créativité en vecteur de rayonnement, de compétitivité et de soft power, tel est l’objectif de cette Grande Région créative. De l’intention à la feuille de route, le travail a commencé : cartographie des forces, mobilité professionnelle, stratégies coordonnées pour augmenter la superficie des projets financés par l’Europe en Grande Région. Ensemble, construisons la Grande région créative !
Avec quelque 477 milliards d’euros, près de 3,95 % de la valeur ajoutée et plus de 8 millions d’emplois dans l’Union, les industries culturelles et créatives sont un pilier de l’économie européenne. Cette industrie prospère sur un territoire au carrefour de la France, de la Belgique, de l’Allemagne et du Luxembourg : la Grande Région.
La révolution créative numérique pose des défis de nature nouvelle. Afin d’y répondre, un « creative market » en Grande Région est lancé, où les écosystèmes ne se juxtaposent plus mais se connectent ! Festivals, lieux d’incubation, studios
La Grande Région créative est une initiative de 5 partenaires dans le cadre de la présidence wallonne du Sommet de la Grande Région (2025-2026) impulsée par l’écosystème créatif numérique wake! by Digital Wallonia (Belgique) et KIKK, Hitt XR Wallonia (Belgique), 1535° creative hub de Differdange (Grand-Duché de Luxembourg), la Région Grand-Est (France) et le K8 (Sarre, Allemagne). Le projet est soutenu par WBI et l’Awex.
https://www.wbi.be/fr/actualites/ grande-region-creative-est-marche
La Fundació Mies van der Rohe et la Commission européenne ont annoncé les lauréats 2026 du Prix Mies van der Rohe, qui récompense l’excellence en architecture contemporaine en Europe. En quelque sorte, la palme d'or de l'architecture. Pour la première fois, le Prix Mies van der Rohe 2026 a été attribué à un projet de la Fédération Wallonie-Bruxelles : le Palais des Expositions de Charleroi.
Réalisé par les bureaux AgwA et architecten jan de vylder inge vinck, en collaboration avec la Ville de Charleroi, le projet récompense la transformation d’un grand bâtiment existant.
Sélectionné parmi 410 projets, puis parmi 5 finalistes, le projet du Palais des Expositions de Charleroi s’est distingué par une approche partagée par les candidats : une architecture qui travaille avec l’existant, accepte les contraintes et valorise la réutilisation, la transformation et la réparation.
Par cette récompense, le jury a salué une intervention intelligente et précise, qui ne remplace pas le bâtiment mais le réactive, en exploitant ses qualités et en transformant les limites en opportunités. Le projet démontre ainsi comment l’architecture contemporaine peut ouvrir de nouvelles

possibilités spatiales, sociales et matérielles à partir de structures déjà construites.
Wallonie-Bruxelles Architectures, en tant que nominateur du projet, se réjouit de cette reconnaissance, qui contribue au rayonnement de l’architecture contemporaine de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
https://www.wbi.be/fr/actualites/prix-mies-derrohe-projet-wallon-remporte-palme-dor-larchitecture

du fonctionnement des musées. Ainsi, l’itinéraire de visite présente l’étendue des collections liégeoises, qu’il s’agisse des œuvres maîtresses, mais surtout d’œuvres méconnues du grand public ou rarement exposées. Passant des réserves à la lumière des cimaises, ces inédits dévoilés s’égrènent en un cheminement de visite consacré aux métiers du musée. Ils illustrent son fonctionnement, explorent le monde de l’art et en détaillent les tenants et aboutissants. Les sections évoqueront successivement les restaurations, les études physico-chimiques, la conservation en réserves, la constitution de la collection, la recherche et ses découvertes, les collaborations ou partenaires et, enfin, la médiation des publics. Les anecdotes savoureuses et les décryptages d’œuvres ponctuent la visite qui se termine par une promenade au jardin de sculptures, dans la verrière du musée.
À l’occasion du 10e anniversaire de la réouverture de La Boverie (2016–2026), le Musée des Beaux-Arts de Liège consacre une exposition d’envergure à la richesse de ses collections.
Au fil d’un parcours de trois cents œuvres, le visiteur est invité à passer de l’ombre à la lumière. Il lèvera le voile sur les coulisses du musée en deux grands axes traversants et mêlés : la redécouverte des collections et le mode opératoire
Que vous soyez amateurs éclairés, simples curieux, néophytes ou professionnels-experts, ne manquez pas ce rendez-vous estival. Chacun trouvera de quoi apprendre, découvrir et s’émerveiller aux pleins feux d’une collection.
Plus qu’une rétrospective, cet anniversaire se veut un moment ouvert, festif et accessible à tous. Rencontres, animations, concerts rythmeront cet été, invitant chacun à (re) découvrir La Boverie et ses collections.
https://www.laboverie.com/expos-evenements/ Actuellement/exposition-anniversaire
Une exposition de photos inédite pour célébrer les 200 ans de la Butte du Lion.
Jusqu’au 31 décembre 2026, le Domaine de la Bataille de Waterloo accueille « Iconic Lion », une grande exposition photographique entièrement gratuite consacrée à la Butte du Lion.
À l’occasion du bicentenaire de ce monument emblématique, deux photographes professionnels, Samuel Bouchoms et Jean- François Schmitz, proposent une immersion visuelle originale autour de la Butte du Lion à travers quatre thématiques fortes. Présentée au sein du Mémorial 1815, cette première partie de l’exposition met en lumière la richesse historique, patrimoniale et émotionnelle de ce site unique au monde. Mais l’expérience ne s’arrête pas là.
L’exposition se prolonge également en extérieur, sur plusieurs lieux emblématiques du champ de bataille : le chemin des Vertes Bornes jusqu’à la Ferme d’Hougoumont (accessible 24h/24), le Dernier QG de Napoléon (accessible de 9h30-18h et à partir du 1er octobre 10h-17h), le

Musée Wellington (accessible 24h/24 au jardin du Quartier Général de Wellington), l’Office du Tourisme de Waterloo (accessible de 10h à 17h et en juillet/août de 9h30 à 18h). Cette seconde partie de l’exposition prend une dimension participative grâce à un grand concours photo organisé sur les réseaux sociaux. L’objectif ? Montrer la Butte du Lion à travers le regard du public. Habitants, visiteurs, passionnés d’histoire ou amateurs de photographie sont invités à partager leur propre vision de ce monument iconique. Une manière contemporaine et collective de célébrer les 200 ans de la Butte du Lion. https://waterloo1815.be/evenements/iconic-lion
