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Stajil & Sokia Erwann Sinclair

Xstasis, E.Sinclair

Éditions Restreintes


Stajil & Sokia Erwann Sinclair

Préliminaires Stajil et Sokia se veulent un couple du XX1e siècle avec de l'amour l'un pour l'autre, mais sans intrigue, sans drame, sans tragédie. Dans le respect de l'autonomie de l'autre, dans un individualisme qui ne nie pas ses responsabilités, dans une sexualité qui fait l'économie des sueurs romantiques, de la possession et de la dépendance. Stajil et Sokia vont écrire ensemble un des grands chapitres de leur vie. Faire la rencontre de l'autre avec qui on aurait le goût de partager le lit et avec qui on envisagerait d'écrire un chapitre de sa vie demeure propre au complexe humain, mais aujourd'hui on accepte que sa durée soit relative. Chacun est responsable de son propre plaisir dans sa relation à l'autre, responsable d'y trouver son compte, sinon vaut mieux, difficilement ou non, y renoncer.

Stajil & Sokia : Un court récit initiatique en trois temps. Je choisis le récit parce que dans le récit on n'est pas tenu à l'intrigue. L'intérêt vient de ce qui se dit et de ce qui se vit. Récit d’initiation à une sexualité millénaire, la sexualité tantrique, adaptée à la sexualité d'aujourd'hui et de demain. Le tantrisme repose sur un principe fondamental : corps et esprit sont indivisibles. C'est pourquoi le sexe s'y cultive comme une élévation de l'esprit, une expérience spirituelle, le corps absous et glorifié dans les plaisirs et l'apaisement qu'il se donne. Un autre principe exige que l’homme ne répande pas inutilement sa semence. Si ce principe n’a plus le poids et les fondements qui lui ont donné naissance, il a tout de même permis de développer la pratique de l’orgasme non éjaculatoire, ou l’injaculation pour s’y conformer.

Le sexe

ex

aequo, E.Sinclair

Le sexe multijouissant est un apprentissage, surtout pour le mâle, mais c'est la seule


pratique sexuelle qui nous distingue vraiment des autres espèces et c'est également la seule pratique où homme et femme ou autre combinaison soient à égalité. Le sexe ex aequo. Par une stimulation physique et mentale adéquate, les deux partenaires peuvent maintenir longtemps un niveau d'excitation qui se tient sous le seuil de l'éclatement et multiplier la jouissance en vagues successives. Un tel art de la transe et de l'extase sexuelle par la jouissance prolongée et multipliée se retrouve dans la culture euro-américaine sous la forme romantique de la Karezza et performative de l’Edging. Sous sa forme intellectuelle, le concept d’orgasme déconstruit définit une pratique du sexe long, du sexe lent, qui emprunte également la voie de la multijouissance comme expérience de la félicité. Ce à quoi il faudrait ajouter le fin-amors de l’amour courtois au XIIIe siècle : « s’interpénétrer sans jamais accéder au spasme »; et l’Imsak, le jeûne, dans les pays arabes, comme métaphore de « la rétention et le contrôle infini de l’érection ». La sexualité tantrique c'est comme une musique aux oreilles des neurones, un bien-être qui peut s'étendre jusqu'aux rives les plus lointaines du corps et de la psyché. La psyché bandante, la psyché mouillante dans la gestion de l'énergie sexuelle permet d'y associer des pratiques, des techniques variées, des raffinements qui conduisent à l'extase d'où on peut toucher des absolus bien campés, bien crampés dans la chair, les réseaux d'énergie sublimés dans le tout cosmique. Le sexe dissocié de la reproduction, dissocié des jeux de séduction et de pouvoir, le sexe comme un jeu plaisant et consenti avec soi-même ou dans l'altérité, c'est le sexe qui apprend à séparer jouissance et orgasme, à cultiver la première et à différer le second. «La stimulation érotique est devenue une qualité et l'entretien du sexe un soin régulier du corps.» --------------------------------

Erwann Sinclair : Derrière ce pseudonyme se cache un auteur québécois qui déclare : Ne cherchez pas la part autobiographique, elle s'y trouve. L’anonymat sert à protéger une vie privée dont le temps est devenu très précieux dans le dernier droit d’une vie. L’intention est simplement de léguer ce que je considère comme une œuvre de sagesse en fin de parcours. Faites-en bon usage si cela vous convient et prenez bien soin de vous.

Texte et peintures numériques : © 2013 - E. Sinclair < erwannsinclair@hotmail.fr >


Stajil & Sokia La flouxe—En voiture — Stajil et Sokia — Une proposition — Agencement — La voie du fantasme — La nuit — Le sentier — La première halte — Le cercle des tambours — Demain la suite — Fêtes érotiques — Amies proches — Webcams — Le concierge — L'appartement — Ne rien faire — Solo — Ne plus penser — Paradoxe — Initié — Libre-penseur — Les religions — Le tempérament érotique — Orgasme différé — Vision idéale — Un grand amour — La rencontre — Le prétexte — Sextense — Le lancement — Que faire — Déjà loin — L'histoire. « La volupté est l’essence même de l’être. » Aphorisme hindou La flouxe. Le petit-déjeuner s'était accroché une patte dans une clôture. Matin fou. Démêler la réalité. Le journal donne l'impression de rebattre toujours la même information sur un fond d'inquiétude qui se met régulièrement à baver entre les pages. Stajil ébauche une grimace de se voir réfléchir ainsi. Je suis en très mauvais état, songea-t-il. Sa pensée est intimement liée au ralentissement de la ville dissimulée ce matin-là dans la brume et le froid. Son petit-déjeuner se compose d'œufs brouillés baveux. Il en a fini du journal et préfère humer son café. L'odeur est un langage au dévolu indistinct. Ça dégage, point. La voiture arriva devant la porte. Il n'y avait pas de soleil et l'air diffusait une lumière livide qui amortissait l'agitation de la rue. Il sortit, l'allure débonnaire et distrait, un petit cigare éteint aux lèvres. Il monta dans la voiture et embrassa celle qui était au volant. Ils roulaient déjà sur l'autoroute surélevée, mais au ralenti, à cette heure, avec le son de la radio. Elle dit : ça fait une grande différence quand c'est toi qui m'appelles... Il ne réagit pas, absorbé qu'il est à retrouver le silence en lui et à bien se disposer pour la communication qu'il s'en allait faire. À chacun sa bulle. Elle se concentre alors sur le flot


des autos et songe :... faire en sorte que la peau parte à la recherche de la peau, transfert de corps avec la plus grande économie de mouvements possible. Du sexe long, du sexe lent. Voilà bien ce à quoi elle pensait en empruntant l'allée qui menait au Pavillon Virgule Trois, le pavillon des conférences. Stajil descendit de l'auto, l'œil encore imprégné du regard lumineux qui l'avait scruté au moment du baiser. Et voilà bien le même environnement amoureux. Ça fonctionne pour les deux. La même mobilité silencieuse. Nous sommes presque à la mi-temps du siècle, le 9 du 9, pour le recommencement. Stajil était ailleurs et Sokia s'était ajustée à l'énergie de cette concentration. Tu peux t'absenter devant moi, avait-elle énoncé. Il était déjà loin. Elle embraya machinalement puis actionna le pilote automatique. Aussi pût-elle goûter le feulement des cylindres tout le long du trajet et songer librement. « Il est certain que le meilleur dans l'art comme dans la vie vient de l'irradiation progressive du sentiment sexuel », commença Stajil, devant un auditoire nombreux et curieux qui voyait en projection le visage de la Joconde et son sourire de contentement. Sokia sourit de même longuement à distance sans aucun autre trait d‘union. Il est vrai qu'elle voyait dans les relations sexuelles les mouvements les plus intenses du complexe émotionnel humain. Mais elle était arrivée au travail et traversait maintenant le corridor conduisant à son bureau. Charles est là avec une proposition pour la campagne de promotion d'un groupe multidisciplinaire spécialisé dans la résolution de problèmes. Tout va bien. Si je dis, voici ce que la société vous fait, voici ce que la société fait de vous. Ou bien vous travaillez ou bien vous ne travaillez pas. Vous êtes avec quelqu'un ou vous êtes seul.e. Vous souffrez mais vous n'êtes pas névrotique. Que se passe-t-il ? Vous m'inquiétez, vraiment. Il s'agit des affaires de tous les jours... Qu'est-ce qui vous chatouille? Vous sentez-vous comme un tubercule, un radis rave, un dolique bulbeux ? Êtes-vous victime de vues surannées ou victime d'un coup dur ? Est-ce que vous êtes en train de changer de carapace ? Êtes-vous impatient ? Avez-vous des idées peu profondes ? Suivez-vous un régime amaigrissant ? « À partir du moment où on voit tout en négatif, il est temps d'aller se faire développer. » Appelez-nous. Nous sommes spécialisés dans la résolution de problèmes. Ceux des personnes, des organisations, des groupes. — Qu'en penses-tu ? Sokia avait écouté en arpentant la pièce. Elle connaissait bien ce regroupement de spécialistes qui avait généralement du succès. Après entrevue et étude de cas on garantissait un résultat dans un laps de temps donné. Thérapie brève dans les cas personnels, réorganisation, redéfinition des tâches pour les organisations et les groupes. Ils s'engageaient à remettre la machine en marche rapidement. Sokia connaissait leur secret, leur unique stratégie ou méthodologie, c'était parfois simple, c'était parfois complexe : déplacer le problème. En sorte que tout le monde se remettait à la tâche et


qu'on allait ainsi de problème irrésolu en problème irrésolu, mais qu'on réalisait entre temps de grandes choses.

* « Au moment où l'agencement se fragmente, on a l'impression que la composition régresse. Au moment où elle se réorganise autrement et avec plus de complexité, on a le sentiment de faire un bond en avant. » L'art d'aimer le plus pur est une œuvre de culture. Stajil et Sokia, nous allons les rattraper sur la voie du désir. Nous allons les suivre et ça ne sera pas que dans le texte. Ils montaient vers le Nord dans le noir de la nuit. Une fin de semaine dans les hauteurs des Laurentides, se réjouissait Sokia qui aimait le noir dense de la forêt de conifères. Cette fin de semaine, avaient-ils convenu, serait une fête des sens et elle consentait à pratiquer durant deux jours et demi ce que Stajil préférait, l'orgasme différé, la grande tension, les mille plateaux. Des montées successives en étirant les marches, en s'attardant sur les paliers jusqu'à ce que le sexe n'en puisse plus et demande à s'achever. Cette pratique était exigeante en terme d’abandon et de concentration. Ils y excellaient. Stajil avait développé toute une théorie sur la chose qui englobait tantrisme et philosophie sociale. Dans ce cas, disait-il, il n'y a plus de différence, les sexes et les rôles se confondent. Si on change les comportements sexuels, plaidait-il, on change la société. Il y a trop d'insatisfaction et trop de couples s'en tirent mal. La nuit était propice. Leur isolement aussi. Ils parlèrent peu en s'installant et en dînant sur la véranda. Ils goûtaient avec délectation le vin blanc et les pétoncles aigres-doux que Stajil avait préparés. Ce repas et la perspective d’une longue marche dans la forêt et des jeux sexuels qui s'amorceraient suffisaient à mettre à feu les sens. Ils prirent le sentier de la fouineuse ainsi que le nommait le dépliant sur les sentiers de la région. Sokia fourra une couverture légère dans son sac à l'épaule et ils s'engagèrent au milieu de la végétation avec la vision d'un parcours qui se devait d'être mémorable. Les parfums flottaient agréablement autour d'eux. La lune répandait une lumière laiteuse, indirecte, assez forte pour s'y retrouver et il devait être vingt-deux heures quand ils amorcèrent cette randonnée nocturne déjà dans un état second.


Ève psychédélik, E.Sinclair

La vie était belle et les tensions s'apaisaient pour faire place à une communion intense avec les sensations que la fraîcheur, les sons animaux et les exhalaisons de la forêt amplifiaient dans la nuit. Le sentier était étroit. Ils marchaient à tour de rôle devant et se savaient épiés par l'autre qui goûtait du regard le balancement des hanches, des fesses, ou se fixait sur la nuque comme Stajil le faisait présentement, en sorte qu'il fallait à Sokia quelque effort pour se décentrer de ce rapport presque tactile et continuer de s'imprégner des qualités environnantes. À la première halte, dite du ruisseau lumineux, Stajil se déshabilla et plongea sans mot dire. L'eau était un peu froide. Il en ressortit avec une trique appréciable. Elle avait abandonné ses vêtements. Inévitablement, il s'était passé quelque chose entre eux, un premier contact, comme on peut le deviner et comme on l'espère pour eux. Une pénétration douce et économe dans ses mouvements, une mise en train qui les ferait languir jusqu'à la halte prochaine. Il était onze heures maintenant et les sons se découpaient de plus en plus nettement dans les oreilles. Ils tentèrent de marcher plus silencieusement. La peau de Sokia se couvrait de petites éraflures sur les jambes et les bras exposés aux branches qui débordaient dans le sentier. Stajil avait la peau hérissée. Ils avaient commencé à entendre de loin des rythmes de tambours légers, irréguliers. Le cercle des tambours était bien nommé. On en avait accroché aux arbres tout autour en sorte que sous l'action du vent et le frottement des branches et des feuilles un roulement continu scandait le lieu et invitait à la danse. Sokia se mit à tirer sur les branches basses et à multiplier d'elle-même les rythmes tout en bougeant. Elle invita Stajil à danser, plutôt à secouer son corps sur place en mouvements réguliers et incessants. Exécution qu'il rendait à sa manière très africaine de faire résonner le sol. La vue du membre dur ainsi secoué la mit dans tous ses états et elle tourna autour de Stajil en lui prenant les fesses, fouettant tendrement le membre d'une branche légère. C'était de voir le sexe répondre par des battements plus insistants qui excitait Sokia alors que Stajil les yeux à demi fermés continuait de s'agiter à mesure qu'il progressait dans la danse. Sokia s'était étendue jambes ouvertes au milieu du cercle pour se caresser.


Et se laisser caresser. Elle avait développé une capacité d'abandon à se faire pleurer de plaisir. Elle se laissa donc aller à pleurer dans le clair de la nuit. Son corps secoué aller-retour était magnifique à voir. Le rictus sur son visage. Ses seins, son ventre, ses cuisses tremblantes, sa poitrine qui monte et qui descend alors que la bouche émet des sons de plus en plus graves, et son cri : « Je veux mourir ! » Elle demande ainsi à être achevée. Stajil, imperturbable et conforme au plan, se contente de s’allonger sur elle et de l'apaiser. Il presse encore plus fort et l'oblige à se détendre complètement même si l'entrecuisse de Sokia aurait suffi à le faire éclater.

Les fesses atomiques, E.Sinclair

Ce sera pour demain la suite. Au retour, elle se coula dans le dos de Stajil et s'endormit pendant que ce dernier repoussait son excitation dans le sommeil. Elle rêva qu’ils allaient se promener le long de l'allée jusqu'à l'étang là où surgit un grand jet d'eau qui monte dans les airs et s'éparpille en baisers liquides. Au matin, elle se réveilla le vagin chaud, mouillé et palpitant. Elle se figea devant ces manifestations, laissa monter l'énergie et soudain jeta effectivement les bras en avant et me força dans son embrassement. Elle a l'habitude de la satisfaction sexuelle et son tempérament en est très avide. Son corps demande à jubiler. J'ai dit : crampe ! Et tu as crampé. Des contractions animaient ton vagin, ta matrice. Mais non! pas encore, rien ne presse d'aboutir. « Dans le sexe, sois inventif, dit le maître. L'amoureuse t'aime pour les beaux yeux du sexe que vous faites ensemble. »

Qu'en est-il pour nous aujourd'hui des fêtes érotiques qui existaient par le passé et qui persistent encore dans certaines cultures, poursuivait Stajil. Pour nous, la fête est tout simplement permanente. On peut s'alimenter aux journaux, revues, émissions, films spécialisés, art, lieux, événements, festivals, rencontres, jeux, internet. Le corps festif explose nos valeurs. Dans la discipline personnelle ou dans l'excès. L'expérience des limites. L'économie et la dépense. C'est une question de tempérament.


* Le sexe est de beaucoup meilleur au ralenti. Sokia avait toujours trouvé que la pratique du sexe long, du sexe lent était plus aisée en solitaire tant le contrôle de l'énergie s'avérait plus nuancé dans l'exacerbation prolongée. Se tenir excitée durant des heures. De grandes et longues contractions qu'il faut entretenir comme une méditation. Savoir différer. Une jouissance immense. Il est possible alors d'atteindre certains absolus. Par chance qu'on a les bras assez longs, plaisantait-elle avec ses amies. Je dois m'isoler, être et me sentir seule comme une vierge. Faire la boucle, mettre mon énergie en boucle, c'est le langage qu'elle tenait. Elle disait expérimenter des états de transe sexuelle accompagnés de tremblements. C'est quelque chose de sublime assurait-elle. Au besoin, des substances, de l'huile, des substituts. « Mesdames, n'allez pas à la boutique érotique, vous trouverez tout ce qui convient chez votre marchand de légumes » avait conseillé son animateur d'émission culinaire préféré en tenant un légume magnifique à la main. Même si elle se confiait ainsi à ses amies proches, ce ne sont pas des choses qu'elle abordait en détail avec Stajil, l'homme dans sa vie. Non pas que le sujet ait été tabou. Question plutôt de, ils avaient convenu de se réserver dans le rapport à l'autre des espaces intimes, des espaces privés. Je suis une spécialiste de moi-même, s'était-elle contentée de sourire. En toute logique, même s’il nous est arrivé de le faire avec l’autre et pour l’autre, on ne raconte pas le sexe que l'on fait avec soi-même, non pas par pudeur ou puritanisme, non pas nécessairement non plus du fait que le plaisir solitaire ait été associé au manque, à la compensation, à un pis-aller. C'est que ce serait une contradiction en soi. Ce qui nous appartient en propre dans le plus grand secret de notre intimité et en toute liberté et absence de pudeur devient autre chose une fois exposé et mis au jour en ce qu'il fait de l'autre un voyeur, une voyeuse et propose un partage de ce qui ne se partage pas par définition dans les faits et dont l'autre est fatalement exclu. Il est désirable de donner recevoir se donner et recevoir de soi comme de l'autre, mais personne ne peut nous donner le plaisir que l’on peut se donner à soi-même. En termes de durée et de prolongement de l'intensité du moins. Elle dit : c'est autre chose je sais, mais on développe une connaissance de soi au point où il est vraiment impossible pour l'autre d'atteindre la même précision dans le dosage et le choix des stimuli. On trouve ça sur Internet rappelait Stajil, des "webcams" de la vie quotidienne, des activités intimes. Des filles qui se touchent des heures durant en vaquant dans l'appartement. Véritable petit traité de l'entretien de la vulve : massage, caresses, traitement personnel prolongé. *


Moment de célibat également ce soir pour Sokia. Le concierge de l’édifice où elle logeait était un androïde mâle et on aurait dit qu'il parlait spontanément, sans émotion mais avec l'intelligence de la situation, sur des plans limités mais nombreux : renseignements et règlements, usages, services et accueil. Si on lui demande, il peut mimer notre gestuelle et s'informer de nos états. Il pouvait donc s'enquérir de bizarreries culturelles comme nous le faisons nous-mêmes. Ainsi avait-il fait pour les noms de Sokia et Stajil. Marie et Paul sont nos vrais noms et nous ne sommes que des avatars de l'Occident post-chrétien, avait répondu Sokia avec son plus large sourire croyant ainsi mystifier le sujet. "Suck ya" pensa vulgairement le méca et son mec doit être foutrement agile. Il était de fabrication franco-américaine. L'appartement n'était pas tout à fait vide. Elle sentait une présence. Le combiné du téléphone filaire reposait encore sur le côté. C'est vrai. Il a sonné au moment de partir. Une entreprise de télémarketing. Une voix débitait un long texte préparé et elle avait déposé le combiné doucement et en silence comme pour ne pas déranger. Elle raccrocha, vérifia que la tonalité était revenue puis ouvrit la tv. Un drôle d'animateur avec une drôle de tête pour une drôle d'émission : N'ajustez pas votre lèchefrite. La recette de ce soir, du poulet baguettes. Il suffit de faire cuire le poulet en morceaux dans la poêle et de le tourner et retourner avec des baguettes tout au long de la cuisson. Zap. Trop de prudence est cause d'accidents. Zap. I don't live with the deads but some deads still live in me. Zap. Elle est morte d'un cancer des poumons et elle n'a jamais fumé de sa vie. Zap. Le savon de Marseille est excellent pour les fesses. Goûtez-y. Zap. 18+. Adult movie. Romantic and genital. Le film commençait. Video night shots. Woman home alone. A true erotic quality.

Elle se touche la nuit, E.Sinclair

La sexualité libérée, poursuivait Stajil, aime s'épanouir selon ses propres règles et ne rejette pas les écrits ou les images érotiques, photos, peintures, vidéos en raison de ce


qu'ils enseignent de l'amour physique tous les jeux possibles. Le sexe explicite en mots ou en images ne pourrait-il pas être cultivé et embrassé avec art par tous ceux et toutes celles qui ne se laissent pas intimider par la morale bourgeoise ou religieuse? C’est que le défi est grand : réussir à dégager une esthétique et une éthique propre à induire chez vous une émotion sexuelle. Mais dans le meilleur des cas, cela peut faire très bon ménage avec l’autosexualité et ça ne concerne alors personne d’autre que vous. Sokia alla finalement dormir. La vie va dans le sens de ton agenda. Demain matin, en voiture, les enfants, l'école — c'était son tour de garde partagée — le bureau, le lunch, le bureau, les enfants à cueillir, les courses, le retour à l'appartement, le repas du soir, les leçons, les devoirs, dans 7 jours très égoïstement à nouveau seule. Bouc et misère, voilà le titre du conte de cette semaine pour vous endormir. Ce bouc avait le mauvais sort d'être pris souvent comme bouc émissaire ce qui lui faisait beaucoup de misères. Suivait le récit d’un de ses malheurs qui se terminait par cette accusation qui le montrait du doigt — « La faute à qui ? La faute à lui. Il est en faute. » — accusation mêlée aux protestations des enfants devant l’injustice manifeste faite à ce drôle de bouc auquel ils s’étaient attachés. Sokia était capable de beaucoup de petits bonheurs au quotidien comme elle est capable de beaucoup de plaisirs. L'absolu est dans l'instant. Stajil n’en doute pas et profite des phases Sokia monoparentale pour s'isoler. Un luxe de temps à soi combiné aux vertus de l'absence. * Il venait tout juste de fermer les portes donnant sur le jardin. Il était aux environs de 20 heures. Elle l'avait appelé vers 17 heures trente. C’était parfait. Tôt l'après-midi, il s'était promis de ne répondre au téléphone qu'entre 17 et 18 heures pour additionner du temps et démêler les fils de la réflexion. Ils ne se verraient pas ce soir. « Profites-en pour bien te traiter. Sois généreux avec toi-même. Aime-toi comme personne ne pourra t'aimer. » Des phrases que Sokia lui laissait dans la distance. Il savait laisser porter et se mettre en condition. Les états chaotiques s'autorégulent naturellement. Le facteur temps est essentiel pour franchir la porte de la grande synthèse. Ne rien faire, flâner, promener un regard de vache sur le monde, le robinet ouvert laissant fuir pensées, images, impressions. Un lâcher prise généralisé. En être là, en acte, l'éloge du fait de se donner cette parenthèse, cet espace-temps de l‘isolement. Brassage cérébral naturel, "Brain storming", distrait, erratique, rêveur. Énergies psychiques et physiques en temps libre. Des routines surgissent inévitablement. Un long bain. Les soins du corps. Stajil se prépara pour la nuit. Qu'elle soit longue de tout ce qu'il peut arriver.


Tenir le manche, E.Sinclair

Le sexe seul. Les solos de Stajil prenaient leur dimension fantasmatique dans la rigidité axiale du pénis. Parfois sans aide, parfois aidé, manipulé, parfois dans la tête d'abord, des images, des séquences, des récurrences. Extrait de la liste des chapitres du traité vivant de l'entretien du sexe : Tenir le manche. Le rouleau impérial. La danse simiesque. Le concombre masqué. Le jet d’eau extatique. Le traitement de canal. La savonnette. Les 300 coups. La flûte enchantée. Connais-toi toi-même. Ce qui te branche la branche dans l'arbre. Des axes, des flux d'énergie. Une légende fondatrice : L'homme qui n'éjaculait pas. Concrétiser ce territoire mythique seul ou avec l'autre. Pour l'heure il était temps de s'exécuter. Tant qu'à être dedans, pas besoin de métaphysique quand le physique répond parfaitement. Séquence vidéo d'un pénis en érection longuement entretenu dans cet état par des techniques de respiration et l'émission répétée d'un son long, la syllabe sacrée de l'hindouisme, le Ommmmmm qui a comme vertu de diffuser ses vibrations du bas-ventre au cerveau placé ainsi et maintenu en mode alpha. Le M de Om est émis dans le masque en accompagnement des sensations qu'il génère. Variantes : La respiration est volontaire, consciente et rythmée. Elle s'ajuste à la montée de la jouissance. L'inspiration est profonde et le souffle s'arrête un temps plus ou moins long, 10 secondes, 50 secondes, et l'expiration longue s'accompagne de sons vibratoires. La respiration essoufflée (hyperventilation). Conscient des mouvements de sa respiration, Stajil se tenait debout devant le miroir. Le degré d'abandon et de stimulation fait toute la différence, put-il constater. L'immobilité blanche, voilà ce que recherche Stajil dans le sexe. Laisser s'iriser longtemps tout le tissu érectile jusqu'au bord d'une extase toujours reculée. Comme Sokia aimait confier : Je le fais chanter littéralement. De longues plaintes que je finis par trouver comiques et alors il les transforme en vibrations basses du ventre et sa queue s'électrise. Et il le réussit tout aussi bien en moi. C'est tellement bon. Je me défonce et je l'aime. For the penis massage, she was wearing a glove with sensors sending back a constant evaluation of the response, the pleasure, the degree of excitement. But a well


experienced bare hand can still do better, know better. In any case, the glove is worth a try as it is active, emitting sounds, vibrations, soft electric waves, acupuncture like points stimulation. Optional : the sucker and other more or less hard gadgetery. Un jouet érotique fabuleux. — He entered the room with a hard on already. So…I was wondering if I was really the object of his desire. I need to be the object of his desire. That's were I find my pleasure. But for now let's take advantage of his sex asking for care, love, tenderness, affection. Pay close attention, take great care of it. Elle préférait cependant partir de rien, de l'approche des corps, de la flaccidité du membre jusqu'à sa poussée de fièvre. Ne rien planifier. Un traité zen de l'entretien du sexe aborde la chose à la fois sous l'angle technique de durer et sous l'angle d'un rituel de détente, d'échange de plaisirs et d'affection. Sokia en reprenait au besoin pour elle-même ou pour Stajil des phrases clés qu'elle avait intériorisées. « L'effort même de ne plus penser doit disparaître pour que la vacuité s'installe. Cesse donc de penser à la détente, car dans ces conditions il est inévitable qu'elle soit diminuée. Je n'y puis rien, après tant de temps la tension devient proprement douloureuse. C'est uniquement parce que tu n'es pas vraiment détaché de toi-même que tu la perçois ainsi. Et cependant tout est si simple. Contemple la forme. Détends-toi et reste au maximum de la tension jusqu'à ce que le coup parte. En fait, c'est ainsi que cela se passe. Quand la tension est au maximum il faut que le coup parte avant même que tu y aies songé. Lorsque la vacuité déclenche le coup, l'harmonie totale est réalisée et la force spirituelle a communiqué au corps sa réalisation. » — À mon tour, dit-elle, si je dis je te confie mes lèvres et mes seins et ma vulve et mon ventre, qu'en feras-tu? C’est l’occasion de la rendre tout simplement béate. Je lui demande de s'abandonner totalement, de se laisser faire et c'est parti. J’éprouve une satisfaction immense à la stimuler et à la maintenir excitée en variant une suite de caresses plus ingénieuses les unes que les autres mais pas du tout pressée. Ça dure dans la tension prolongée du bouton tant aimé, maintenu tendu et retendu dans des vagues successives de jouissance. J'y vais selon mon bon plaisir et mes fantasmes comme si à moi, comme si c'était à moi ce sexe, le mien. Il est vrai qu’il peut s'avérer impressionnant dans ses plus beaux états d'excitation. Je le vénère très volontiers.


Massage G, E.Sinclair

— Sois naturelle, tu ne peux pas être plus naturelle que ça, pendant que je m'emploie à entretenir son excitation — Sois absolument naturelle — je t'aime au naturel. Le massage pénien, vulvaire, enseignait le Maître, n'a pas pour but l'orgasme, l'éjaculation. Il n'est pas une masturbation bien qu'il puisse lui emprunter des rythmes et des mouvements. Le déroulement du massage vise plutôt une longue excitation en même temps qu'une grande détente. Il permet de vivre l’abandon absolu aux montées, aux descentes, les grandes contractions, de longues contractions maintenues par la force du mental à l'affût de la vraie nature des sensations qui culminent en expérience de l'absolu et de l'extase. Un dôme de plaisir sous la calotte crânienne, le grand frisson de la matière grise. Je dis : Laisse aller! Laisse aller! Dénoue-toi! Ouvre-toi! ...alors qu’elle oscille la tête aller-retour dans la montée de la jouissance. Et quand je sens qu'elle va éclater, j'arrête mes caresses et laisse redescendre la tension pour mieux reprendre la torture par la suite. Elle aime bien varier cependant, alterner les approches. Et en d'autres temps, elle préférera, il est vrai, être irrésistiblement pinée et limée. Le sexe est fait comme ça aussi : « Moi quand je baise je baise Je mouille et je baise m'apaise Et je recommence dès que se peut. » On ne sait jamais ce qui va se passer. — Fais-moi une surprise. Il la pénètre à deux doigts, la triture, bande d'un coup et la pénètre comme il se doit. « Quand l'homme la pénètre


La femme doit se détendre Quand l'homme se retire Elle doit se contracter. » Un coup Deux coups Un nombre de coups Maintenir enfoncé

Elle est bien mise, E.Sinclair

* Qu'on me parle de nostalgie ou d'espoir, là Stajil faisait une longue pause en projetant le regard vers l'infini à gauche puis à droite et retour face à l'auditoire pour faire non de la tête avec insistance en des mouvements répétés. Non... car la nostalgie ou l'espoir manquent tous deux justement de peau. « Les êtres humains ont déjà pensé et certains pensent encore qu'ils sont des êtres déchus, menacés, jugés, condamnés, contrôlés par les êtres surnaturels qu'ils ont inventés : dieux, esprits, génies. Ils ont créé des religions qui les ont diminués, encouragés dans la souffrance, culpabilisés dans le plaisir, repoussés dans la nostalgie d'un paradis perdu et l'espoir d'un au-delà meilleur. Le travail et la douleur ont été intériorisés comme des vérités au plus haut degré. Le pire c'est que les dirigeants eux-mêmes ont intégré cette morale en sorte qu'ils se réclament de leur propre exemple pour sanctionner le plaisir et imposer encore davantage d'efforts et de sacrifices. Et ça marche. » — Vous souffrez, hurle le prêcheur. — Oui nous souffrons — Louez Dieu — Alléluia ! — Dieu est avec vous. — Dieu est avec nous.


« Les tempéraments érotiques sont le contraire de la perversion religieuse ou sociale et de son désir morbide de nier le plaisir, la liberté, la différence, la vie même. » Stajil était amené à donner son opinion sur tout ou rien et il ne s'en privait pas. Ainsi en allait-il du célibat. Si vous êtes seul.e il y a encore tout un pan à découvrir appartenant à ce qu'il faut bien nommer une autosuffisance sexuelle. Ne soyez pas triste. Faites-vous régulièrement des joies, apprenez à faire le vide et vous avancerez à folle allure dans la connaissance de vous-mêmes. À terme, vous en tirerez parti dans la relation qui pourrait surgir. — Comment va ton sexe ? — Il est au repos, il est repu. Plusieurs bonnes doses ces derniers temps. De fait, dans l'état actuel des aléas de la vie de couple, des itinéraires aléatoires et des navigations en solitaire, l'autonomie sexuelle devient désirable pour libérer tensions et fantasmes. L'autoérotisme est un art qui peut se pratiquer et se maintenir jusqu'en fin de vie. Apprendre à se tenir en état de jouissance prolongée c'est possible à tout âge. Un délice qui si on ne l'a pas connu nous aura exclu d'une jouissive raison de vivre. Un apprentissage très agréable qui permet de cultiver des montées successives et d'allonger la durée des plateaux qui de degré en degré culminent en des jouissances de plus en plus intenses. Vous en deviendrez accro et survivrez aisément avec autonomie à une période de célibat sachant tout le plaisir que vous pouvez tirer de vous-même, vous donner à vous-même. Un espace de totale liberté dans la réalisation de vos pulsions et de vos fantasmes. Un jardin privé pour le sexe à soi. Un autoérotisme entretenu pour combler les absences. Stajil avait été présenté comme un initié, libre-penseur et autodidacte dans la connaissance du monde et de lui-même. Cela avait suffi à le propulser à l'avant-scène et conduit à participer à de nombreux débats. Il aimait le questionnement que sa seule existence provoquait. Il bénéficiait surtout d'une immunité qui servait bien son absence de pudeur. Aucun secret, du moins il aimait véritablement formuler le plus intime, le privé qu'on lui réclamait pour juger de son humanité. Devant l'étrangeté du monde, il était toujours plus intéressé par l'arrière-scène, les dessous, les ressorts. Une modalité perceptuelle oscillant entre le dedans et le dehors et l'impression récurrente d'être habité par un certain nombre d'identités. Il en avait terminé avec le cartésianisme singulier, le « Je pense donc je suis. » Il préférait le pragmatisme anglais, le pluriel du « Je suis ce que je fais. » Nous sommes ce que nous faisons. Il ajoutait : Je suis ce que je fais et je peux donc plus facilement en changer. N'est-ce pas une conclusion réconfortante. Nous sommes des constructions psychiques programmées et donc reprogrammables.


* Méditatif, il écouta longuement la pluie tomber sur le toit de tôle du balcon donnant sur le jardin. Il possédait un fauteuil de lecture-écriture confortable et bien conçu. le fameux fauteuil Shark, un bureau de haute technologie qui tient dans un fauteuil alliant confort et connectique. Plateau pivotant, lutrin sur bras articulé, éclairage, 2e plateau pour ordinateur portable, table d'appoint et le livre à écrire que ses éditeurs lui réclamaient depuis qu'il avait fait allusion à l'existence d'un tel récit : L'homme qui n'éjaculait pas. Un récit qui illustre la pratique de l'orgasme différé, l'orgasme non éjaculatoire pour approcher la jouissance féminine, en faire paraît-il l'expérience concrète. Le caractère masculin arrive à fantasmer qu'il est pénétré et atteint sous l'emprise de ce fantasme trois à cinq orgasmes irradiant tout son corps sans éjaculer. Un grand frisson qui monte le long de la moelle épinière jusqu'au cerveau, avec paralysie des synapses et contractions en série. Quand il faut que le coup parte, témoigne-t-il, je peux arriver à faire monter la semence très lentement dans le canal d'émission et, contrairement à une éjaculation réflexe, la vigueur du membre se manifeste encore longuement après et de nouveau plus tôt par la suite. Sokia était fascinée par cette histoire et cette vision idéale du plaisir de la femme et son emprise sur l'imaginaire masculin. Car bien sûr elle savait exactement de quoi il en retournait. Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Il y a ces moments de grâce, de possession et de maîtrise, exceptionnels et mémorables, de grands concours de circonstances qu'il vaut mieux oublier pour ne pas être tentée de les reproduire à l'identique. Souvent le seul fait d'assouvir le désir, d'épuiser la tension suffit. Et comme pour le tempérament mystique, certains absolus se vivent mieux dans la solitude. L'amour de Sokia était grand. Un œil avisé aurait pu deviner même au quotidien la nature amoureuse de son teint. On ne pouvait pas dire que c'était un masque tant cet état prenait sa source au plus profond d'elle-même. La première, elle avouait avoir été atteinte de manière idéale, que son histoire touchait au mythe. Sa fiche sur puce médicale témoignait bien de la chimie modifiée de son cerveau. Elle le sentait. Son corps avait tendance à sautiller. Mais Sokia ne cherchait pas la fusion avec l'autre. L'autre doit rester entier, tout comme soi. Aussi laissait-elle volontiers Stajil à lui-même. «Si ça va mal que ce soit pour le mieux. Seuls les musiciens ont le droit d'être sous l'effet des drogues. Nul n'appartient au passé. Il n’y a rien à voir qui ne dise adieu à nos yeux un de ces jours. Pourquoi chercher à ressembler à ce que l’on est si ce que l’on est ne nous ressemble pas. Le formel et le formol tendent tous deux à la conservation des corps qui leur sont confiés. Choisir d’être du bon côté des paradoxes. Agir nous suffit. Un coup de tête et le corps est la pensée.» La Quarantaine,

bistro-café-rencontre-spectacle, était parsemé d'énoncés de la sorte,


mais rien de trop circonstanciel, rien de trop éphémère. C'est ici l'été qu'il aimait venir consommer son melon arrosé d'Angostura. L'Angostura a un goût médicamenteux et le melon, un relent d'éther. Les deux vont bien ensemble. C'est ici qu'il avait rencontré Sokia. Elle était arrivée, un livre électronique à la main, s'était attablée, parcourant les lignes des yeux, absorbée au plus profond dans la fiction. Elle commanda machinalement un café et savait déjà qu'elle était là pour quelque temps. Le lieu était propice. Le prétexte avait été ce livre électronique. Une caméra captait les mouvements de la pupille et ordonnait le défilement du texte selon le rythme de lecture de chacun. Un livre avec des écouteurs aussi. Des fonctions de répétition et de lecture à haute voix en faisaient un outil apprécié des acteurs dans l'apprentissage de leur rôle ou de quiconque dans l'apprentissage des langues. Voix synthétique ou voix modelée sur la voix de son choix à partir d'un simple échantillon. Dès qu'il fut invité à en faire l'essai, il lut au hasard un extrait : Sextense. Elle portait au bout de la langue une fine lance assez longue et humectée qu'elle introduisait d'abord dans l'urètre avant de caresser le membre et d'appliquer une succion. Le sexe grossissait tout de go et la lance titillait de l'intérieur le point G situé à la base du pénis. De sa lance, elle pouvait pomper le sperme des profondeurs dans les pleurs et les lamentations d'une jouissance beaucoup plus forte. Un fantasme en attire un autre. Déjà que, auprès d'une femme, Stajil n'était jamais tout à fait dépourvu de concupiscence. Il avait joui, à l'adolescence, des mots dans ce mot : con, cul, pisse, sens. — C'est intense en effet, confia-t-il à Sokia, tout abasourdi au sujet du texte qu'il venait de lire. C'est quoi au juste — Un conte érotique pour e.book. J’ai développé un concept de présentation pour la mise en marché, des formules percutantes. Il y a le texte mais il y a aussi les animations, les images virtuelles, réelles. Certaines pages s'allument en écran vidéo où se joue la séquence lue. Pour Sextense le traitement tient des mangas et animes érotiques japonais. Elle lui montre rapidement quelques images, lui fait écouter des bouts de son. Des graphistes, des peintres, des auteurs, des vidéastes, des musiciens, dit-elle, ont collaboré. Des propositions drôles et sublimes : Le pénis dansant sur un blues, son battement dans l'air. Une vulve qui parle une langue inventée. Une poupée cybernétique bisexuée hallucinante de vérité. Des iconoclasties, des chants de sons, de souffles, de respiration, des transfigurations voluptueuses. — À quand le lancement ? — Demain — Et ce soir? — Ce soir? Rien.


—Si tu veux, j'aimerais bien en explorer un chapitre avec toi. Elle avait sa voiture. J'allais chez elle. En route, je m’appliquai à entretenir le désir, la tension sexuelle par propos interposés : J'aime faire le sexe / et tout ce qu'il y a autour / J'aime faire le sexe avec amour/ J'aime faire le pendant des heures / J'aime faire le sexe pendant des jours. Voyons voir. Un romantique génital, l'expression clignotait dans la tête de Sokia. Elle était tout sourire. Yeah! Pour elle-même, avec le geste de l'avant-bras qui embraye. Un Yeah!!!!!!! perdu dans une spirale d'écho vers la scène suivante qui se passe déjà au lit.

Suce, tète, lèche, E.Sinclair

Que faire lorsque vous avez une crampe dans la jambe au lit. Levez-vous d'un coup, tenez-vous bien droite. La détente sera instantanée. — Est-ce que tout va bien, demande Stajil ? Quoi qu'il en soit il était l'heure de se lever. L'appartement de Sokia avait ceci de particulier, une bonne présence de l'Orient avec Bouddha, Apsara et Ganesh. Bouddha pour l'indépendance d'esprit, le détachement et le souci des autres, me dit-elle. Apsara, danseuse et courtisane céleste. Elle est capable de troubler les dieux et les ascètes. L'homme à tête d'éléphant c'est Ganesh, un être burlesque, un collage, un hybride en fait. Il symbolise la sagesse devant les manifestations contradictoires et les déséquilibres de la vie. J'aime à me l'imaginer heureux sexuellement, suggéra-t-elle, avec sa trompe. C'était sa chute. Elle alla se doucher, se toiletter. Mangea frugal et déjà loin avec Stajil dans la peau, elle irradie l'émotion. Le sexe commande une gratification. Ça ne peut pas être autre chose. Il faut que ce soit agréable. Je vais cultiver la distance, se promet Sokia. L'effet à distance définit le charme, suscite le désir, appelle le rapprochement. Encore faut-il pouvoir s'y tenir. < J'anticipe avec bonheur le moment de reprendre avec toi exactement là où nous en étions. > C'est le courriel qui attendait Stajil dans sa boîte. Non pas de nature à lui faire peur, plutôt de nature à l'exciter, parce que je sais qu'il ne s'est pas achevé.


Chacun est responsable de sa propre sécurité en matière de sexe, concluait Stajil. D'où la pertinence de la question du poète : « Quand vous baisez, vous baisez-vous ? » Dans nos rapports interpersonnels, nos senseurs, instruments de mesure internes, nous disent si le compte y est. Il faut s'y fier et prendre note. Opérer les réglages selon un système de préférences personnalisées. Si une situation pose encore problème aujourd'hui, c'est qu'elle n'a pas trouvé sa solution en cours de route. À l'évidence c'était pour l'heure le mot de la fin. *


Sept ans Sept ans — Empoigner le membre — Discrétion — Fétus et sexualité — XX1e siècle —Révolution — Le sexe ludique — L’autosexualité — Internet et le sexe explicite — Tantrisme et taoïsme — Boum! Boum! Aller-retour — Lentement et longuement — Curiosité adolescente — Le Ghotul — Rêver aux femmes — Le majeur — Préférences. « Longtemps je me suis masturbé de bonheur. » Amorce proustienne Stajil avait sept ans. Il entra dans sa chambre pour y être seul et jouer avec son pénis. Il se livrait déjà à une activité sexuelle régulière à son âge, avec lui-même s'entend, et très tôt il avait découvert certains des plaisirs qu'il pouvait se donner. La nature avait été généreuse pour lui à ce chapitre. Son sexe manifesta très tôt sa présence et le soir, après le chaleureux câlin de sa mère ou le matin, encore dans la langueur du réveil, sa main ne pouvait s'empêcher d'empoigner le membre et de le manipuler. Quelques mouvements. Un certain temps. Avant de s’endormir ou de se lever pour faire sa toilette et se rendre à l'école. Sa mère connaissait son penchant pour la chose. Elle observait la règle de la discrétion. Elle l'avait senti déjà dans son ventre alors qu'il jouissait manifestement de sa jouissance à elle. Alors fétus avancé, boule de sensations pures, il se touchait instinctivement lové, bercé par le rythme, transpercé par les vagues de plaisir de la mère. Elle savait que les fétus développés peuvent se donner du plaisir surtout lorsque la mère est active sexuellement jusque tard dans la grossesse. Après, il faudra quelques années à l'enfant pour retrouver consciemment un intérêt qui variera selon les individus, leur culture, leurs valeurs, leur mode de vie. Stajil était né à la bonne époque. En 2002 le XX1e siècle était déjà bien engagé dans une nouvelle révolution sexuelle. Dans les sociétés occidentales ou orientales développées, on faisait peu d'enfants. La sexualité humaine se trouvait libérée de l'impératif de la reproduction pour servir celui de la jouissance. Le sexe ludique ou récréatif, jusque là réservé à certaines élites civiles ou religieuses, l'Histoire en est témoin, allait donc se démocratiser et prendre de plus en plus d'importance. Dans plusieurs grandes villes de la planète, le statut de célibataire ou de monoparentalité devenait ici et là majoritaire. On n'allait pas renoncer pour autant à la satisfaction sexuelle. Partenaires d'occasion, partenaires substituts et autosexualité devenait la norme. Le sexe explicite en mots et en images accessible dans l'internet contournait toutes les censures traditionnelles. L'apport de la culture séculaire hindouiste et chinoise, tantrisme et taoïsme, philosophie et techniques sexuelles associées à une discipline spirituelle devenait le terreau fertile où ancrer cette


révolution. Stajil n'en était pas conscient, mais sa précocité lui ferait connaître prématurément l'orgasme non éjaculatoire, forcément, puisqu'impubère et le disposer plus tard au multiorgasme masculin qui n'est pas un mythe pour celui qui en a fait l'apprentissage. Si vous êtes dans la sexualité ludique vous n'êtes plus dans la sexualité de reproduction lui dira le Maître, mais vous continuez à faire comme si : sept minutes, quinze minutes, vous faites Boum! Boum! et vous vous en trouvez satisfaits. Ne voyez-vous pas ce dont vous vous privez, tout ce qui vous échappe. La sexualité tantrique et ce que vos contemporains appellent le ''edging'' ou la "karezza" est là pour vous apprendre à laisser monter le grand frisson sans provoquer le réflexe éjaculatoire. Et cela vaut également pour les femmes. Un corps érectile est un corps érectile et sa capacité de jouissance n'est pas relative à sa dimension. Et voilà que son membre emplit sa petite main et que son prépuce sert de gaine dans les mouvements aller-retour qui font monter rapidement la jouissance. Trop d'empressement bien compréhensible à son âge. Masturbez-vous lentement et longuement lui dira le Maître, pour faire changement et vous disposer à voguer sur les sensations et ranimer à chaque fois comme pour une nouvelle existence les énergies du corps. Il n'en était à ce jour qu'à des jeux bien innocents. Il lui fallait encore satisfaire sa curiosité envers les filles et les autres garçons, eux qui lui parleraient volontiers quelques années plus tard de jouer aux fesses. L'expression était pertinente. Il s'agissait de jeu et non d'abus. Jouer aux fesses à dix douze quatorze ans c'est s'examiner mutuellement, filles et garçons, anatomie et manipulation. Des jeux en fait, des touchers, des démonstrations de techniques, mais pas de pénétration. L'espace d'un été à la campagne ou durant l’année à la maison au grenier, réunion de préadolescents et adolescents comme dans certaines collectivités de l'Inde ou de l'Afrique où un Ghotul, dortoir ou Maison de jeunes, mixte ou non, leur était réservé à l'effet de s'initier mutuellement. "Gang bang avant la lettre". Stajil se rappellera toujours de la grande émotion sexuelle ressentie la première fois qu'il avait glissé un doigt dans une vulve mouillée. Dès lors il ne cessa de rêver aux femmes.


Gangbang onirique, E.Sinclair

La négation de la sexualité des enfants et des adolescents qui perdure dans vos sociétés, dixit le Maître, fait obstacle à une satisfaction encadrée de leur pulsions tant vous êtes encore réticents à parler avec eux de sexe explicite. Dans le pire des cas vous contribuez à produire chez eux des structures caractérielles adaptées au refoulement et à l’asservissement. L'internet et l'échange d'information leur permettra de contourner votre silence ou vos défenses. À l'adolescence, il se fit un devoir de demander à son père ce qu'il en était de la sexualité avec les femmes. La réponse avait été mémorable et brève : « Écoute mon garçon, tant qu'un homme a son majeur, il n'est jamais mal pris. » Plutôt qu’un comportement de reproduction, sa formule laissait imaginer un comportement érotique. La main peut procurer une félicité unique au sexe jouisseur. Alors que le majeur titille la paroi supérieure du vagin pour stimuler le point G, le pouce roule la bille et le petit doigt contracte l'anus. Voilà ce qui s'appelle des préparatifs bien engagés. Après de longues études qui ne laissèrent place qu'à des relations fugitives, il se mariera dans la trentaine. Ils auront deux enfants et se sépareront sept années plus tard comme pour confirmer les statistiques. Contrairement à sa compagne, il ne trouvait pas une si grande satisfaction dans la sexualité de reproduction. Quinze, vingt minutes tout au plus alors qu'il avait appris par lui-même les limites qu'il pouvait repousser et les dérives qu'il pouvait provoquer. Ses nombreuses lectures sur les leçons de l'Asie au lit le confirmèrent dans ses préférences et c'est alors qu'il décida de ce voyage qui devait le conduire à la rencontre du Maître à Yonilgam.


Obélisque bisexuée de Yonilgam, E.Sinclair

Yonilgam Yonilgam— Cité hédoniste — Bar girls — Club d'âge d'or heureux — Le sexe monnayé — Une masseuse particulière — Le Maître — En passer par là — La satisfaction de la bête — Exigences érotiques et esthétiques — Enseignement — La sexualité sacrée — Apprentissage sur soi — Des absolus dans la jouissance — Abandonnez toute pudeur — Rien n'est supérieur à la main — La Grande détente — La kundalini — Autonomie sexuelle — Sokia — Tirésias — Beau garçon!

Orchidée de Yonilgam, E.Sinclair

« Vous qui entrez, abandonnez toute pudeur. » Exhortation dantesque L'espace est unique et le temps est pluriel. Le lieu était étrange. On n'y circulait qu'à ras le sol. De la moquette partout. Stajil était à Yonilgam la bien nommée, amicale et bienveillante, et dont l’emblème était une orchidée hermaphrodite exclusive à cette ville. L'orchidée a toujours fasciné en tant que symbole du sexe féminin avec son bouton protubérant, symbole de l'androgynie, réunion des forces primordiales masculines et


féminines, union du ciel et de la terre, énigmatique nature. Yonilgam. Il y était venu en introverti intuitif, pour une immersion dans cette cité hédoniste, une des plus populaires de l'Asie. Un grand cirque ouvert à la circulation des corps. Bars ouverts sur la rue avec de la compagnie en abondance pour un verre ou deux, pour manger, converser et danser avant la nuit au lit — peut-être. Si la fille te choisit... Chaque jour elle fait son rituel de dévotions au Bouddha. Le Bouddha la protège et reconnaît les mérites de sa générosité et de son savoir-faire. Car il y a des risques. Mais à voir le nombre de célibataires jeunes ou vieux, beaux ou laids, en forme ou handicapés, autrement mis à sécher à la maison, ici de passage ou retraités, bien traités physiquement, heureux simplement, voilà qui étonne. Pourvu que des billets changent de main. Le sexe comme divertissement, le sexe à loisir, le sexe récréatif, voilà ce que depuis longtemps offre cette cité permissive dans des quartiers entiers et proliférants. Ici, il n'y a pas de maisons closes. Tout se passe bien visible bien au jour intégré à la vie quotidienne. Le comportement sexuel primaire y trouve un terrain de prédilection. Satisfaire sa pulsion sans chichi tout en se divertissant. Beaucoup d'hommes âgés y trouvent un ange-gardien pour accompagner leurs vieux jours, une partenaire d'affaires, une infirmière, une cuisinière, une ménagère, une interprète. C'est le paradis et ils en remercient le ciel, " Kop kun krop. " Un club d'âge d'or heureux, pour tous les goûts, toutes les bourses, tous les budgets, à la grandeur de la ville.

Fantasme de poupée gonflable, E.Sinclair

Stajil n'allait pas manquer de se lancer hors de ses propres modèles culturels et moraux pour offrir son corps à la science, à la science du sexe monnayé. Une élévation du membre pour un échange actif-passif/actif-actif/passif-actif dans des conditions inusitées. Le sexe, on le sait, Stajil était accroc à la grande intimité de la chose. Il voulait commencer par la longue promenade du bord de mer où l'on peut espérer croiser un regard qui s'offre à vous, qui vient vous chercher. En rêveur, n'entretenait-il pas l'illusion d'une rencontre exceptionnelle... il vaque pour l'instant tout


simplement, prêt à s'arrêter sur un corps, un regard, un sourire, une reconnaissance visuelle mutuelle d'assentiment dans le rituel de la passe. J'en ferai ma masseuse particulière, se disait-il, pour mon bien-être corporel et son bien être professionnel. Ce vieux moine bouddhiste rencontré au Temple et à qui il avait exposé la nature de sa démarche lui avait dit : Si vous voulez en passer par là, c'est simple, si vous le faites, faites-le pour vous d'abord et laissez les choses évoluer d'elles-mêmes. Cultivez les fantasmes à ce niveau comme vous l'avez fait dans d'autres aspects de votre vie. Que vous faut-il, oui une stimulation et la ville où il était descendu était cela même, un Sex land, un Night life ramifié. Danse, jeu, pool, karaoké, musique, alcool, kamagra, Kama Sutra. C'est la fête. ''Come on, get the gun out, that is what you are here for.'' L'offre des corps prêts à l'échange y était très élevée. La réalité qui allait rattraper Stajil était que les filles de bar ne sont pas là pour incarner l'idéal de la sexualité tantrique. En dépit de leur ouverture, leur simplicité, leur humour et leurs mains expertes et joyeuses, c'est le nombre de passes qui importe avant tout et les affaires sont expédiées rondement. Si la bête se vide, la bête est satisfaite. Il se sentait redevenir éjaculateur précoce. Il devait se positionner. Il n'était pas du genre à se satisfaire de faire Boum! Boum, mais de se trouver une masseuse particulière qui l'initierait aux grands délices du sexe lent et prolongé, cela même lui branchait la branche dans l'arbre. Il serait toujours prêt à donner le change en retour dans une relation assidue et contaminer ainsi le modèle dominant. S'il s'agit d'être hors de ses modèles culturels et moraux, là il s'agit d'être dans l'art du service bien rendu. Y transposer vos propres exigences érotiques et esthétiques, lui avait dit le Maître, ce qui est beau est ce qui est délicieux et ce qui est délicieux est beau. Voilà une offrande proprement spirituelle, avait-il énoncé à la manière d'un sage reconnu pour sa quête à travers une pratique quotidienne de la méditation, sa maîtrise du yoga tantrique, ses offrandes soutenues par des sons, des chants, des mantras.

Sans les mains, Méditation sexuelle D’après une sculpture hindoue 10e Siècle


Stajil décida d'aller le voir régulièrement afin de suivre son enseignement et de trouver réponse à de nombreuses questions. La sexualité sacrée. Stajil tentait de mettre en pratique chaque jour des exercices de respiration, de concentration, d'automassage. Se fondre dans les sensations, les mouvements du bassin, les montées jouissives, l’injaculation, attentif aux pensées associées qu'il se devait de laisser couler, ce flot, cet incessant débit de mots ou bien d'images qu'on peut orienter vers ce qui nous ressuscite. Il faut faire un travail sur vous-même d'abord et quand vous serez prêt vous trouverez celle que vous cherchez. Vous aimerez qu'elle vous fasse bander longtemps accompagné d'une grande détente du corps. Il ne s'agit pas de masturbation-éjaculation, il s'agit d'entretenir le membre dans toute sa splendeur et de faire circuler cette énergie jusque dans les neurones. Le sexe dans tous ses états. Un art à vrai dire traditionnel en Orient pour les initiés. Il y était en Orient, un Orient bouddhiste complètement en dehors du champ judéo-chrétien ou musulman et de leur emprise. La prise en main des zones érectiles, les variations, la durée et la puissance mentale qui peut s'y déployer. Stajil était le sujet idéal et il s'adonnait de son mieux à ces séances de méditation sexuelle qu'il se devait de rendre transcendantes, en accord avec le grand Tout. 20-40-60-90 minutes. Le sexe solitaire est une boucle, on le sait, qui tourne sur elle-même, abolissant ainsi l'endroit et l'envers, un infini sur place, un état absolu. Avez-vous connu quelques absolus dans la jouissance? Il n'y a plus de Maître et c'est déjà notre dernière rencontre. Tout l'enseignement dont vous avez besoin en termes de philosophie et d’illustration pratique, vous le trouverez dans l'Internet. Certains moines étaient reconnus pour leur maîtrise de l'ordinateur et leur habileté à naviguer tant le temps ne leur était pas compté. Prenez ce qui vous convient au fur et à mesure et trouvez votre propre voie vers la réalisation. Laissez de côté les doctrines, les dogmes et les textes ésotériques. Savoir comment s'apprend sur soi. Il suffit de le vouloir et de s'y mettre. Sexualité tantrique, yoga tantrique, taoïsme, karezza, "edging' — Take it to the edge and keep it on the edge — Se tenir sur la crête de la jouissance et surfer — multijouissance au féminin, au masculin, techniques de respiration, l'usage des aphrodisiaques de tout temps associés au sexe, le massage du point G, le massage prostatique, l'usage de jouets sexuels — rien n'est supérieur à la main — tout y est décrit et montré, témoignages et vidéos, par catégories ou mots-clés. La sexualité dans ses aspects lumineux ou obscurs. Vous qui entrez, abandonnez toute pudeur. Un grand secret dit le Maître, plus la tension sexuelle est grande plus il faut se détendre. C'est le paradoxe qui donne lieu à la Grande détente. Le mâle et la femelle font des sons pour accompagner les sensations. Et faire des sons c'est aussi respirer. Et si ces sons


viennent du bas-ventre, de la respiration abdominale comme la pratiquent ceux celles qui travaillent avec la voix, acteurs, chanteurs, orateurs, on détient une des clés du yoga tantrique. Quand les sensations se déplacent de la tête du lingam pour se concentrer à sa base et rejoindre ce point d’énergie, le chakra du périnée, la kundalini, vous y êtes. Ce chakra est connecté à la colonne vertébrale et les flux d'énergie qui l'irriguent se rendent jusqu'au cerveau pour le plus grand bonheur des synapses. Vous arrivez à prévoir l'onde du grand frisson, le frisson pré-orgasmique que vous pouvez répandre dans tout le corps, le diriger vers des régions tendues, des nœuds et le faire monter se répandre dans la boîte crânienne pour y faire entendre le chant du frémissement. Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir qu'éjaculer. La conversion à la sexualité tantrique et taoïste, réaffirmait le Maître, permet l'apprentissage de l'orgasme non éjaculatoire, une pratique qui ouvre la porte à la jouissance multiple, répétée encore et encore. Une prise en charge de la pulsion combinée à l'art de la méditation, de la concentration et à la circulation de l'énergie. — J'adhère fortement à tout ce que vous dites, intervint Stajil, mais mon mode de vie n'est pas le vôtre avec son luxe de temps et son peu de contraintes financières et matérielles. Je n'ai pas des années à investir ni le loisir de me retirer du monde. Comment y parvenir alors? Soyons franc, reprit le Maître, impassible et dissident. La chose n'est pas donnée et ne convient pas à tous les tempéraments sexuels. Un long apprentissage vous attend. Mais rappelez-vous que l'apprentissage n'a pas de fin en ce domaine, selon l'âge, la condition et que cela même est inépuisable et cela même est agréable. Chérissez bien ce dédoublement de vous-même. Passez-en par là et dépassez le narcissisme, l'exhibitionnisme, les hantises, le superflu, les acrobaties, les performances. Gardez cela comme un précieux privilège dans le cours d'une vie. C'est ce que nous enseignons. Et tant mieux si les déshinibiteurs, les aphrodisiaques comme la marijuana ou les petites pilules du bien-être de votre pharmacologie actuelle vous y aide plutôt qu'une longue et difficile ascèse. Et quant au luxe de temps, pigez au compte de vos vingt-quatre heures et plus par semaine que vous passez devant votre écran d'ordinateur ou la télévision. Et que cette relative autonomie sexuelle nourrisse toute relation actuelle ou future. Il se retira sur ces derniers mots. Dans un futur rapproché Stajil rencontrerait Sokia, Sokia qui avait intégré parfaitement la leçon de la légende de Tirésias. Tirésias avait vécu sous la forme des deux sexes. Il fut convoqué un jour par Zeus qui était engagé dans une discussion avec Héra à savoir qui de l'homme ou de la femme jouissait le plus dans l'amour physique. Il osa affirmer que c'était la femme. Héra se mit alors en colère et décida de lui imposer un châtiment. Héra était pour sûr une grande jouisseuse, mais elle savait que la libido masculine s'entretient de la haute opinion de soi-même, de l'instinct de domination et du sentiment de


puissance. Sokia saurait conjuguer cette donnée bêtement animale avec son tantrique d'amoureux. Beau garçon! Beau garçon! disait-elle après l'avoir bien fait bander. Elle le couvrait de baisers. « Je te manipule et te suce pour que la force soit avec toi. » Elle murmurait, « dur, dur, de toute beauté, tiens-moi bien ça, je vais te chevaucher. » Elle le chevauchait pour prendre sa jouissance à elle un temps et sans l'achever puisqu'il aimait tant différer. Au besoin, elle exerçait une forte pression maintenue sur ce point entre l'anus et le périnée, le PC, le muscle Pubo-Coccygien, pour paralyser les mouvements réflexes de l'éjaculation.

Pour que la force soit avec toi, E.Sinclair

Pour comprendre la libido masculine, apprenez d'abord à aimer le sexe pour le sexe, affirmait-elle. Si vous aimez le corps qui vient avec, apprenez à prendre vos hommes par la queue. La femme a inventé l'amour, dit-on, pour mieux contenir et contrôler le désir de l'homme, mais il y a un savoir faire qui peut faire mieux. Pourvu qu'il soit réciproque, pensait-elle pour elle-même qui l'obtenait heureusement de Stajil. Elle chantonnait : C'est déjà un très grand engagement que d'être un bon amant que d'être une bonne amante. une attaque de baisers à en perdre la tête les sens articulés jusqu'au-dedans de soi pour le temps que nos corps s'échangent des anticorps s'échangent des cellules souches


dans un trafic d'organes de muqueuses compatibles qui savourent au toucher qui savourent au goûter qui savourent à l'odeur qui savourent dans le rythme cette extase absolue du corps et de l'esprit en longues contractions transe et lévitation avant l'atterrissage sous les applaudissements du cœur encore battant C'est déjà un très grand engagement que d'être un bon amant que d'être une bonne amante. Ici icône sablier


(4e de couverture) Stajil et Sokia Découvrir que les possibilités de jouissance du corps sont beaucoup plus étendues qu’on l’a généralement cru jusqu’ici. Le corps humain est une formidable machine à travailler mais aussi à jouir. Par les oreilles, la musique; par la bouche, les saveurs; par le nez, les parfums; par les yeux, les formes; par la peau, les sensations; par le sexe, l’orgasme et par le sexe tantrique les orgasmes à répétition.


Stagil & Sokia