REZO À vitesse zéro
Anne Démians
La question est de savoir si la banalisation de l’espace, donnée comme objectif économique et immobilier (voire spéculatif) doit se transmettre à son architecture.
FICHE TECHNIQUE_
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Nom du projet : REZO Situé le long des voies ferrées, entre le Boulevard Pereire et la rue Cardinet, 75017 Paris Programme et Surface : Bureaux neufs, 16 500 m² SHON. Maître d’ouvrage : SODEARIF, SNEF Investisseur : TISHMAN SPEYER Architecte : Anne DEMIANS avec Architecture Anne DEMIANS Équipe : Jack WEINAND, Directeur d’étude chantier Philippe MONJARET, directeur de projet Alain SABOUNJIAN, chef de projet études Laurent BAUDELOT, chef de projet chantier Blandine PLENARD, architecte BET façade : VP GREEN BET Économiste: PARICA BET Acoustique : LASA BET Cuisiniste : GAURY Photographies : Laure VASCONI, Jean Pierre PORCHER, Augusto DASILVA Coût : 36,5 M€ HT
R E Z O
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PRÉFACE _
Longtemps, le Pont Cardinet est apparu comme une barrière aux portes de la gare Saint-Lazare. Un passage obligé pour des milliers de franciliens qui ont toujours eu le sentiment que cette station marquait l’entrée dans la capitale ou sa sortie, ultime étape vers la périphérie, identifiable par son agglomérat urbain. Ce point de rupture autant physique que mental avec le quartier de l’Europe - première City française du XIXe siècle - enlaidissait le parcours à commencer par la rue de Rome dont le bel ordonnancement s’achevait en queue de billard à cet endroit précis. C’était hier. Depuis que RFF (réseau ferré de France) a cédé ses terrains le long du réseau ferroviaire, le verrou du Pont Cardinet a sauté. Sentant l’opportunité d’un tel emplacement, l’investisseur américain Tishman Speyer ne s’y est pas trompé en investissant cette frange du 17e
arrondissement, hyper irriguée en transports, aujourd’hui en vis-à-vis du pôle économique de Clichy Batignolles bientôt opérationnel. Cette parcelle n’est pas bien grande, certes, mais suffisamment pour gommer la frontière d’autrefois et opérer une transition avec la future métropole en chantier. Les immeubles nouvellement implantés au Pont Cardinet empruntent au caractère haussmannien ses pignons en arrondis pareils à ceux des rues adjacentes de sorte que ce carrefour, jadis amputé, affiche désormais une esthétique équilibrée. Paris poursuit son œuvre et se prolonge...
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Strato et Rezo, les deux réalisations qui tiennent la rampe du côté des voies de la ligne L, additionnent leurs différences pour inscrire un message lisible depuis les quais : «Ici, s’écrit la partition parisienne du XXIe siècle ». Abritant le siège social de Klésia, l’immeuble Strato, en tête, réinterprète avec une rigueur toute contemporaine l’urbanisme du Quartier Central des Affaires, le fameux QCA historique né avec le Baron bâtisseur. Dans son alignement, REZO lui emboîte le pas avec un faîtage en double courbure à l’image des toits en zinc qui s’alignent le long de la rue de Rivoli. A ceci près que son imposante stature s’enveloppe d’une carapace métallique semblable à un châle jeté sur des épaules. Que ce voile ouvragé dénote dans le paysage parisien est peu dire. Ôtons-nous d’un doute. REZO n’est pas du genre féminin réalisé par une architecte armée d’une aiguille à broder;
L’aspect hybride de cet édifice est conforme à son époque et répond à la volonté d’Anne Démians de voir Paris s’habiller couture sur toutes ses coutures. Cet immeuble dit de « bureaux blancs » destiné à accueillir le tout venant des entreprises, aujourd’hui occupé par Klésia. Mais son ambition est surtout d’offrir, outre sa valeur énergétique et ses qualités constructives, une facture moins ordinaire à laquelle ce bâtiment anonyme était condamné. Loin d’un stratagème, cette enveloppe a valeur d’usage: Elle préserve l’intimité de ses occupants et filtre la lumière autant qu’elle assure le confort visuel de la ville et de ses passants. Ce grain de poésie dans la ville neuve sollicitant l’imaginaire aurait trouvé sa place chez Desnos. Le tertiaire revêtu d’une dentelle d’acier, mais çà n’existe pas. Et pourquoi pas ? Michèle Leloup
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RÉZO A VITESSE ZÉRO 10
C’est la perception sensorielle de l’espace qui 11
déplace et rend cinétique le paysage, quel qu’il soit. Rien d’autre.
Les fins de siècles, on ne sait pas pourquoi, se caractérisent toujours par une attitude ambiguë envers le voyage. D’un côté, l’ouverture vers les autres est posée comme une possibilité d’un renouveau (le rajeunissement d’un chez-soi est devenu de plus en plus éreintant et éteint), de l’autre, l’incertitude d’un siècle qui change et qui rappelle que partir ailleurs devient vite une source d’inquiétude. Peut-être parce que tout ce qui est ici pourrait être menacé par tout ce qui est ailleurs, peut-être parce que l’ici et l’ailleurs commencent décidément à trop se ressembler. Il n’y a, là, aucune allusion à la querelle qui oppose l’érudit en chambre à l’aventurier sur le terrain. Rien d’autre qu’une simple réaction
« Et que se passerait-il, si le départ et l’arrivée ne se distinguaient plus, l’un de l’autre?
« Car, à quoi bon bouger, quand on peut si magnifiquement voyager à partir de chez soi ? » « Et si nous pouvions être arrivés, sans même être partis ? »
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à l’encontre des transformations du voyage s’exerçant sur les deux derniers siècles et de la progression têtue de sa mécanisation progressive. En effet, à quoi bon bouger, si nous pouvions simplement nous déplacer seulement en regardant dehors. Car, c’est justement de la dépendance au voyage surmotorisé qu’il est, de plus en plus, question aujourd’hui.» REZO est érigé, dans le quartier de Saussure à Paris, en éloge de la lenteur. Il est déposé, là, fini et immobile, comme un objet industriel, en balcon, juste audessus des voies ferrées de Saint Lazare, à la hauteur de Cardinet. D’abord libéré de toute tentation d’énoncer un tas de banalités sur le thème des métaphores, ne libère-t-il pas le voyageur, sans billet, de l’angoisse de ses intertextualités qui condamnent tous ceux qui suivent les
traces de leurs prédécesseurs et sans qu’ils comprennent tout de la menace durable de l’accélération progressive (et devenue incontrôlable) du déplacement? Tout va trop vite, en effet, dans tout ce qui forme le voyage, spectre large renouvelé, sur lequel s’exercent ces vitesses absolues qui risquent d’effacer l’espace, ou ces gesticulateurs et manipulateurs d’étirements en tous genres qui s’exténuent à vouloir convaincre autour d’eux que « c’est cela le monde moderne». L’espace du voyage s’encadre et s’imprime dans les vitres du train. « Nous allons de plus en plus vite, comme si nous cherchions à nous désintéresser de tout ce qui nous ramène à la lecture de notre poids dans l’univers». Perte sensorielle et manque de contact avec le réel quand il s’agit de la
«Et si la vitesse illimitée ne devenait plus que le facteur hyper/puissant d’une évaporation du corps, à peine visible dans une théâtralité fragile qui abolirait la géographie ?»
massivité des choses et de leur gravité. Aux visions accélérées et séquencées s’ajoute le sentiment d’une séparation physique et de mise en scène du paysage, dont le corps s’éloigne progressivement. Or, pour jeter les bases d’un éloge du déplacement zéro, il faut décliner les plaisirs des sursauts imprévisibles, des adhésions primitives, des montres buissonnières, des dérives sensorielles, plus neuves que celles des poursuites mécaniques: Une redéfinition complète de l’immanquable «Bonjour Mesdames, bonjour Messieurs, contrôle des titres de transport». L’analyse contemporaine de la vitesse, chez Paul VIRILIO, montre que l’espace s’efface au fur et à mesure que la vitesse s’accélère et s’impose à l’individu. C’est la lenteur qui s’use. La réflexion de VIRILIO sur la vitesse s’immisce
13 désormais dans la pensée ambiante. Et si le pouvoir politique dépend, toujours et encore, des moyens de production de la vitesse, l’individu administré ne dépend plus que d’une seule vitesse, celle de son séant, vissé dans son fauteuil. Exploiter la décélération qu’implique la mise au point à zéro de l’acte d’avancer, avec quelque chose qui n’avancera jamais (contrairement à ce que certains prétendent), c’est remettre en cause le sens de la vitesse et la définition d’un voyage, dont les 6 lettres qui le composent ne font acte que de synonymie avec vitesse. Car, nous le savons, « on ne fait pas simplement un voyage, c’est souvent le voyage qui nous fait ». Le voyage en REZO s’apparente à ce qu’on appelle un voyage d’interstices, expédition où sont mis en relief le ralentissement du voyageur et la mise
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à découvert statique des chemins de la pensée ou de la rêverie, des contours déjà perdus de l’espace. Cette proximité retrouvée, le voyageur de REZO, comme celui de «L’Enterprise», dans STAR TRECK, s’éloigne du voyageur immobile, devenu homme de l’oubli. L’attente du départ et l’impatience de l’arrivée ont bien disparu. Il nous propose de nouvelles formes apparemment plus inertes du voyage, derrière lesquelles on peut entendre les rythmes sourds et imprécis d’itinéraires imprévus. Anne Démians
L’analyse contemporaine de la vitesse, chez Paul VIRILIO, montre que l’espace s’efface au fur et à mesure que la vitesse s’accélère et s’impose à l’individu. C’est la lenteur qui s’use. La réflexion de VIRILIO sur la vitesse s’immisce désormais dans la pensée ambiante. 15
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«La vitesse est créatrice d’objets purs, elle est elle même un objet pur puisqu’elle efface le sol et les références territoriales, puisqu’elle remonte le cours du temps pour l’annuler, puisqu’elle va plus vite que sa propre cause et en remonte le cours pour l’anéantir». Amérique, Jean BAUDRILLARD
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URBAIN_
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À l’angle du boulevard Pereire et de la rue de Saussure à Paris (17e), un lotissement d’immeubles tertiaires vient de sortir de terre sur les friches ferroviaires du faisceau Saint-Lazare. Reconnaissable par sa texture métallique envahissante, l’immeuble REZO, ouvrage de 16 500 m² est signé Anne Démians. L’esthétique inhabituelle de ce bâtiment performant en énergie, trois fois certifié, annonce un changement de paradigme dans l’immobilier d’entreprises, nouvellement implanté dans le quartier de l’Europe, à Paris.
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LE SITE_
Né avec le Paris d’ Haussmann, le quartier d’affaires de l’Europe est le premier du genre implanté dans la capitale au XIXe siècle. Il reste aujourd’hui un point d’ancrage des entreprises et l’avant-scène du nouvel éco/quartier Clichy Batignolles. Aménagé sur une friche ferroviaire de 50 hectares, ce dernier se développe autour du Parc Martin Luther King, grand de 10 hectares, et de la future Cité judiciaire, signée Renzo Piano. Le secteur Saussure se situe, quant à lui, sur la Vue aérienne de la ZAC Clichy Batignolles
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couture physique et sociale de quartiers contrastés, la Plaine Monceau et Pereire, Batignolles, Clichy et Levallois. Il s’affirme dans une continuité urbaine, entre Paris et sa première couronne, à proximité, du nœud modal de la Gare Saint-Lazare, là où se croisent le RER C, les lignes L du Transilien, le train Eole, les lignes du métro 14, 13 et 2, le réseau des bus et les parcs vélib’ et autolib’.
2010 AVANT
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2015 APRÈS pieds mètres
300 100
L’opération d’aménagement Saussure PontCardinet, menée par Espaces Ferroviaires sur du foncier SNCF et RFF, s’inscrit d’un point de vue urbain dans la continuité des aménagements des secteurs Clichy-Batignolles que conduit la Ville de Paris. Elle permettra une amélioration des liaisons urbaines entre l’Ouest et l’Est du 17ème arrondissement de Paris. L’opération Saussure fait face à la ZAC Clichy-Batignolles, éco-quartier de 54 hectares, comportant notamment 3 385 logements et 140 000 m² de bureaux autour d’un parc de 10 hectares, ce qui représente 6 500 nouveaux habitants et 12 700 emplois. Cet aménagement se traduira aussi par l’implantation de commerces et d’équipements publics (halte-garderie, collège, crèche, groupe scolaire, PMI, gymnase, résidence étudiante, EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes)). Le Palais de Justice de Paris et la Direction Régionale de la police judiciaire vont également y être transférés.
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25 À travers REZO, l’architecte révèle une sensation. Anne Démians voulait, en effet, que ce projet dégage une expression: celle de la mobilité, indissociable du réseau ferré de la Gare Saint Lazare. La première lecture de REZO nous emmène sur l’idée presque immédiate d’un train à l’arrêt. Cette piste esthétique est assez inhabituelle dans l’univers de l’immobilier de bureaux où les façades sont conçues habituellement en murs rideaux apparents ou par des lés horizontaux de fenêtres mises à la queue-leu-leu.
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Insolite dans le quartier de Saussure, la présence de REZO n’a rien d’incompatible avec l’esprit des bâtisses haussmanniennes. «L’enjeu de ce projet était double, explique Anne Démians : il fallait éviter une banalité de conception et, en même temps, s’abstenir de toute sur-expression dans l’écriture de l’architecture.
L’agitation indue des signes architecturaux superflus ne devant pas se substituer aux fondamentaux d’un bâtiment qui a pour vocation de s’inscrire dans la durée». La surenchère des formes architecturales ayant,
certainement, touché ses limites, le maître d’œuvre a jugé préférable d’inviter REZO à formuler, lui-même sa destination finale, étant précisé qu’il ne s’agit pas d’y héberger une institution ferroviaire. « Il y a, en ce moment, une prise de conscience sur la nécessité de produire une architecture plus créative, tout azimut, même pour des espaces de bureaux» constate Anne Démians. « Et c’est un juste retour des choses, d’autant que l’intensité des activités professionnelles s’est amplifiée, requérant des espaces de travail plus commodes, moins ordinaires.»
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Son gabarit solide et trapu est néanmoins nuancé par cette carapace délicate qui le nimbe de bas en haut. «La performance de ce bâtiment et son raffinement distinctif participent à une recherche pleinement revendiquée, se situant sur la limite entre son dessin abouti et l’exigence du rendement qui met en perspective toutes les raisons de sa forme » « Il n’y a pas d’artifice dans la démarche mais le souci d’accompagner les usages et les contraintes techniques en les inscrivant dans le site avec la légèreté d’une interprétation libre, résonance lointaine dans l’histoire du site»
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Avec ses 130 mètres de long, ses 17 mètres de large. L’immeuble REZO développe 2000 mètres carrés par plateau.
Plan de toiture
29 Plan ĂŠtage courant
Plan de RDC
BUREAUX DITS «BLANCS»_ 30
Ce sont des espaces libres, en forme de plateaux où les murs ont été éliminés et qui peuvent tout accueillir, y compris ce à quoi ils ne sont pas destinés. La banalité du plan dans lequel ils s’inscrivent, s’apparente à celui d’un immeuble à la découpe, à partir duquel toutes les cessions au détail deviendront possibles. C’est pour l’architecte, le moment de considérer sa mission comme hautement symbolique, pleinement détachée de l’acte lyrique et de tenter vaguement, avec dignité, une piste d’anonymat. Ce qu’on lui demande, dans ce cas précis, n’est pas de faire œuvre, mais bien de faire en sorte que l’exploitation de l’espace puisse se réaliser sans complexité rajoutée, avec séquences de va et vient possibles et parfois frénétiques. Il a comme mission remarquable de banaliser l’espace
Éloge de l’anonymat, dans ce qu’on nomme un bureau blanc porteur afin qu’il puisse répondre à toute demande de surfaces sans contraintes. Ces occupations spécifiques, déployés sur le plateau, sont à la hauteur de l’investissement et des besoins d’une entreprise ? C’est en fait ce qui définit le dessin de la construction : Il faut bâtir simple, évolutif et sans contrainte de structure, bâtir sans mur, sans marquage expressif sur les façades et placer des verticales de circulation aux endroits stratégiques, mises à distances, les unes des autres, par l’application ordinaire des règles de sécurité. A partir de là, c’est à chacun de répondre avec ses armes. L’objectif posé, la question reste de savoir si la banalisation de l’espace, donnée comme objectif économique et immobilier (voire spéculatif) doit se transmettre à son architecture. Sommes-nous, alors, dans le discours
ambiant de ceux qui prétendent qu’une 31 bonne architecture est le reflet parfait de ses intérieurs ou essayons-nous plutôt la piste de la distance ? Pas celle qui rapproche cette façon de pouvoir tout faire avec son expression «sans expression», mais celle qui sépare les effets de la banalisation productive de la pollution visuelle qu’elle entraine. A ces fins, la carapace de REZO en garantit la formule. C’est elle qui met en scène une belle lumière et qui protège, en même temps, les intérieurs de leurs vis-à-vis. Insolite dans le quartier de Saussure, la présence de REZO n’a rien d’incompatible avec l’esprit des bâtisses haussmanniennes. Même compacité que ses voisines, même effacement de la partie sommitale (faisant écho aux toitures des immeubles de la Rue de Rivoli), REZO construit un contrepoint
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à cette architecture attachée à ces programmes et apparaît comme la capitulation définitive d’un genre altéré dont l’appauvrissement de l’écriture reste le reflet le plus flagrant du divorce accompli entre le dedans et le dehors. REZO réunit, à lui seul, plusieurs singularités qui s’opposent pour mieux s’additionner, percutantes comme un oxymore. Avec ses 130m de long et ses 17m de large, l’immeuble développe 2000m² par plateau, éclairé par des fenêtres hautes de 1,80m. Son gabarit, solide et trapu, est nuancé par la carapace qui le ferme de bas en haut. La performance de ce bâtiment et son aspect propre, participent à une recherche qui situe ses limites entre
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son dessin et son rendement, mettant en perspective toutes les raisons de sa forme. L’enjeu de ce projet était double : «il fallait que la vocation d’un tel ouvrage qui réside, en substance, dans la programmation inévitable et invariable de sa banalité, puisse s’en tenir à ses propres limites, sans qu’elle soit, en plus, en mesure de guider nos choix esthétiques ».
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ENVIRONNEMENT_ 40
L’esthétique inhabituelle de ce bâtiment 41 performant en énergie, annonce un changement de paradigme dans l’immobilier de l’entreprise. REZO répond à la prise de conscience d’une nécessaire créativité dans la conception des bureaux de l’avenir. Il s’agit d’accompagner l’intensification des activités professionnelles, qui requièrent des espaces de travail plus commodes, moins ordinaires, plus fluides et plus aérés. La carapace métallique de REZO garantit l’équilibre entre la préservation des espaces extérieurs, de la pollution visuelle inhérente à son usage (cloisonnement «sauvage» lié à la location des bureaux «à la découpe») et la transparence nécessaire à la qualité de la lumière.
La texture envahissante qui enveloppe tous les systèmes liés à la régulation thermique du bâtiment apparaît à travers une matière homogène gris-métallisé, tantôt lisse, tantôt perforée, parfois soulevée (les ouïes). REZO bénéficie, en effet, d’une isolation thermique extérieure qui est assurée principalement par une allège en béton, revêtue d’un isolant, luimême sous protection de la vêture métallique. 42
La quantité et la taille des micro/perforations sont réglées sur des orientations Nord/Sud. Par conséquent, le bouclier reste efficace, suivant l’ensoleillement saisonnier.
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10 11 12 13 Détail façade 1. Voile beton épaisseur 160 mm 2. Isolation laine de roche 120 mm + pare-pluie HPV 3. Vêture en panneaux aluminium anodisé perforé bombé 5 mm 4. Châssis ouvrant à la française aluminium thermolaqué noir 5. Plat aluminium thermolaqué 6. Lisse de garde-corps tube 25x25x25 mm 7. Patte de fixation 5 mm hauteur 35 mm 8. Fixation des panneaux par vis thermolaqué dans la partie perforée 9. Fixation des panneaux par goujon dans la partie pleine 10. Profil anti-dévétissement pour suspension des panneaux de vêture 11. Tube aluminium anodisé 60x40 mm 12. Monorail pour circulation de la nacelle d’entretien des murs rideaux 13. Mur rideau avec capot serreur aluminium thermolaqué 14. Plafond rayonnant, bacs métal perforés, voila acoustique et laine minérale 15. Habillage des allèges en tablette médium 16. Dalles de moquette sur plot 600x600 mm
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Mais, au-delà de son apparente préciosité, ce bouclier participe à la réduction de la consommation électrique du bâtiment. En outre, un store électrique extérieur, installé, sur les façades Sud, Est et Ouest, entre la fenêtre et la carapace, complète le dispositif pour protéger des effets de la chaleur, en été. En hiver, les utilisateurs bénéficient confortablement de la lumière, diffusée par des fenêtres de 1,80 mètre de haut, assurant ainsi un facteur de lumière du jour performant (FLJ).
«Cette simplicité, dans la construction, voire son hyper/rationalisation, produit une économie globale sur l’ensemble de l’ouvrage, économie qui est reportée sur la façade» précise Anne Démians.
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Détail des ouïes 1. Voile beton épaisseur 160 mm 2. Isolation laine de roche 120 mm 3. Pare-pluie HPV 4. Panneau aluminium anodisé perforé bombé épaisseur 5 mm 5. Profil anti-dévétissement pour suspension des panneaux de vêture 6. Mur rideau avec capot serreur aluminium thermolaqué noir 7. Bracon profil en «T» thermolaqué noir 8. Ouïe, vêture aluminium perforé bombé 9. Shadow box 10. Fond du caisson en tôle inox 10/10ème poli miroir 11. Liaison vitrage bord à bord avec silicone sur fond de joint 12. Vitrage isolant 13. Plafond rayonnant, bacs métal perforés, voile acoustique et laine minérale 14. Dalles de moquette sur plot 600x600 mm
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PERFORMANCE FRANÇAISE ET EUROPÉENNE
«La réalisation de REZO a représenté un challenge nécessitant une recherche constante de solutions techniques innovantes. La première contrainte était de trouver un producteur d’aluminium de 5 mm d’épaisseur capable de garder une uniformité de teinte après anodisation. Le produit répondant aux exigences de la maîtrise d’oeuvre, a été trouvé en Allemagne après la production de plusieurs prototypes. L’autre contrainte a été de trouver les moyens de transformer ces 136 tonnes de tôles d’aluminium qui devaient être, au préalable, poinçonnées, découpées au laser (24 kilomètres) avant d’être embouties et pliées. Les 2 400 panneaux de 3,35 m x 1,35 m constituant l’enveloppe sont conçus à partir de 453 programmes informatiques différents constitués de découpes laser et de 23 000 000 points de micro-perforations. En ce qui concerne les panneaux des quatre angles des deux derniers étages «à double courbure» reconnaissables par leurs angles arrondis, au vu de leurs géométries non développables, il nous a fallu réaliser chaque angle avec un montage à blanc et avoir recours à un savoir-faire manuel que nous avons trouvé en Ukraine, chez un fabricant de bateau en aluminium. Ce travail artisanal achevé, les panneaux furent réceptionnés sur place par notre personnel, puis démontés, avant d’être envoyés en France, puis en Espagne pour être, à leur tour, anodisés. La fixation de cette partie-là, nous a contraints à employer une imposante grue de levage au sol, un engin que nous avons utilisé la nuit pour que la circulation sur le site ne soit pas bloquée» précise Franck Dorangeville, chargé d’affaires chez Laubeuf Eiffage
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CONVERSATION_ 52
«Grande respiration»
«L’immeuble REZO agit comme un stimulus dans un secteur patrimonial du 17ème arrondissement»
POURQUOI LE SECTEUR SAUSSURE INTÉRESSE UN INVESTISSEUR AMÉRICAIN ? Benoit Delacour, managing directeur chez Tishman Speyer, société immobilière américaine « Tishman Speyer s’est intéressé au secteur Saussure, notamment parce qu’il est raccordé à de nombreuses lignes de transports en commun déjà en place, et que de surcroît le site sera desservi par le prolongement de la ligne 14 prévue à la station Pont Cardinet. En outre, le secteur Saussure est connecté au boulevard Péreire, artère majeure du 17e arrondissement, qui se prolonge par la rue de Rome au quartier historique de l’Europe. L’immeuble REZO agit un peu comme un stimulus dans ce secteur patrimonial du 17e arrondissement. Le fait que cet immeuble soit positionné en bordure des voies ferrées lui apporte une grande respiration et des vues
privilégiées sur la colline de Montmartre mais aussi sur le nouveau quartier de Clichy Batignolles autour du futur Tribunal de Grande Instance. Cette situation géographique en bordure du réseau Saint-Lazare lui permet d’être extrêmement visible et de bénéficier d’un large dégagement. Ces avantages sont aussi des inconvénients face aux bruits et aux vibrations des trains de la ligne L. Nous avons donc été très exigeants vis à vis des promoteurs auprès desquels nous avons imposé que l’immeuble soit bâti sur boites à ressorts, et que l’acoustique des menuiseries extérieures soit renforcée, ce qui n’avait pas été à nos yeux suffisamment pris en compte initialement. En ce qui concerne la qualité architecturale, elle s’impose d’elle-même par sa façade unique dans Paris. Nous avons eu la
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«Confort visuel» «Travail d’équipe»
«Lumière traversante»
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chance de trouver un locataire avant la fin des travaux, qui a pu vérifier que la vêture n’était pas un obstacle au confort visuel et que la lumière y était traversante. Je ne sais pas si l’on peut parler de nouvelle génération de bureaux blancs, nous sommes, en revanche, sur une nette évolution de l’offre en la matière : l’idée force n’est pas tant de créer de nouvelles architectures que de s’adapter à la ville d’aujourd’hui et d’offrir un nouveau confort aux utilisateurs de ces immeubles. Mais, au départ de cette aventure, il s’agissait bien pour Tishman Speyer de relever un challenge. Pour autant, si nous souhaitions une architecture très forte et visible de l’extérieur, il nous fallait préserver le confort visuel à l’intérieur, et c’est là tout le talent d’Anne Démians d’y être parvenu. Cet équilibre tient
aussi au fait que nous avons pu mettre au point ensemble plusieurs prototypes en amont. Cette démarche a été nourrie par un vrai travail d’équipe. Je pense que la réussite d’un projet tient beaucoup à cette manière de procéder. Il faut que toute l’équipe adhère au projet et se l’approprie. C’est aussi une des caractéristiques de Tishman Speyer : «nous attachons une énorme importance à toutes les phases de construction et c’est pourquoi nous avons eu des échanges permanents avec Anne Démians, et nous nous en félicitons.»
«Rompre avec la longueur du bâtiment et son gabarit»
«Immeuble original»
UN NOUVEL URBANISME DE QUARTIER PARISIEN
Michel de Soyres, Directeur de développement SODEARIF
chez
« Dans un quartier historique tel que celui-ci, situé en plein centre ville, nous nous devons de produire une architecture qui marque les esprits. Nous ne pouvons plus faire du prêt-à-porter même lorsque l’on bâtit du bureau en blanc. Lorsque nous développons une architecture de qualité, même sans utilisateurs finaux, chacun y trouve son compte car les occupants parviennent in fine à s’approprier l’immeuble plus facilement. Dans le cadre de la consultation avec la Ville de Paris et avec François Grether, l’architecte et urbaniste du secteur, nous avons établi pour REZO un cahier des charges de programmation assez précis en termes d’usages. C’est vrai
que les règles d’urbanisme de la Ville 55 de Paris nous conduisent à respecter un certain nombre de contraintes. Nous ne sommes pas dans un urbanisme de projet comme à Londres, mais plutôt dans un urbanisme de quartier où le souci de la qualité architecturale et environnementale est permanent. Le projet d’Anne Démians était celui qui nous a le plus séduit. La qualité, la fluidité de sa façade lisse et continue rend cet immeuble original bien que dans sa forme géométrique il soit assez basique au demeurant. Mais sa double peau sans aucune fixation apparente permet de rompre avec la longueur du bâtiment et son gabarit, c’est un atout. De plus, le bâtiment répond haut la main au plan climat de Paris puisque nous sommes à 48Kwh/m2/an, (au lieu des 50 requis) et ce grâce à la compacité
«Très économe en énergie»
«Réseau de plafonds rayonnants»
«Qualité de la façade»
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de l’immeuble et à la qualité de son isolation. La meilleure économie d’énergie est celle que l’on ne dépense pas. Au départ, plutôt que d’aller chercher des sources énergétiques, nous avons fait en sorte que les besoins de l’immeuble soient les plus faibles possibles, d’où la qualité de la façade, de l’isolation thermique, de l’épaisseur des vitrages. Ensuite, nous avons des besoins thermiques qui sont définis par l’enveloppe de l’immeuble et pour y répondre nous avons mis en place des systèmes de production de froid et de chaud qui sont assez économiques. Comme, par exemple, le système de réseau de plafonds rayonnants, qui produit alternativement le froid ou le chaud, en fonction des besoins. Les circuits d’eau chaude et froide
sont, quant à eux, répartis de manière uniforme sur l’ensemble de la superficie des plafonds des plateaux de bureaux ce qui permet d’avoir une qualité de diffusion de la chaleur ou de la fraîcheur très régulée et très économe en énergie.»
«Rompre avec la longueur du bâtiment et son gabarit»
«Immeuble original»
UNE CONSTRUCTION ORIGINALE
Giovanni Villa, directeur de Production Grands Projets IGH-Centres Commerciaux et Grands Comptes Y a-t-il eu prise de risques pour réaliser l’immeuble de bureaux Rezo imaginé par Anne Démians, si oui lesquels ? Giovanni Villa : Le risque est souvent présent lorsque l’on réalise un bâtiment original. La complexité et la notion de prototype augmentent le facteur risque mais cela n’est est que plus motivant pour ceux qui contribuent à l’œuvre. Les risques et aléas doivent être identifiés très tôt et analysés de façon précise. Il faut ensuite choisir les solutions qui permettront de les éliminer avant même qu’ils ne se révèlent. Il y a bien-sûr les risques techniques et de maitrise des délais mais sur REZO le risque
majeur résidait dans la mise en œuvre 57 de la vêture. Le risque de décevoir le concepteur qui nous avait confié la réalisation de sa création architecturale surpassait tous les autres. Quelle est la capacité de Bouygues à réaliser de grands chantiers de ce type en termes d’organisation, de recherches et développement, de gestion des compétences ? G.V. Bouygues est souvent confronté à la réalisation d’ouvrages complexes, nos références sont nombreuses. A chaque fois, notre passion d’entreprendre et de dominer la complexité par le savoir faire et l’organisation nous ont conduit à la réussite. Notre savoir faire s’aiguise grâce à des opérations comme REZO et à des architectes comme Anne Démians.
«Très économe en énergie»
«Réseau de plafonds rayonnants»
«Qualité de la façade»
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La créativité du maitre d’œuvre nous permet de démontrer notre capacité à maîtriser les risques inhérents à ce type de projets. La mise au point, l’étude, la fabrication, l’exécution, le contrôle, la sécurité, l’après vente sont les étapes où chaque technicien, chef de chantier, ingénieur... Apportent leur valeur ajoutée et contribuent à la réussite du projet. Il faut veiller à mettre toutes ces compétences en harmonie avec les autres acteurs du projet. Quelle partie du bâtiment était la plus compliquée à réaliser ? G.V. Pour REZO, c’est la vêture qui était la plus compliquée. Il s’agissait d’habiller le bâtiment en panneaux d’aluminium cintrés dans les trois dimensions et perforés à l’unité sans aucune répétition.
Un ensemble complexe qui nécessitait une technicité particulière et des moyens très importants pour étudier et réaliser. L’exiguïté du site coincé entre les voix SNCF et d’autres chantiers en activité s’est révélé être une contrainte supplémentaire très délicate. Cette réalisation de bureaux blancs n’est-elle pas la preuve de la disparition d’un savoir-faire français puisque vous êtes allés chercher des spécialistes en construction métallique en Catalogne et en Ukraine ? A contrario, ne peut on pas se féliciter d’une coopération européenne réussie ? G.V. Le savoir faire français se tourne plus facilement vers l’industrialisation, la fabrication en série. Ici, il a fallu trouver des compétences en cintrage
à la pièce, d’assemblage à blanc en usine, d’ajustage sur site. La société LAUBEUF, notre partenaire, a proposé des entreprises européennes évaluées et reconnues pour leurs capacités dans ces domaines. Après avoir déployé les moyens nécessaires à la maîtrise des aléas survenus lors de cette collaboration, on peut effectivement évoquer une coopération européenne réussie. La Société Laubeuf qui a réalisé la mantille d’acier est-telle la plus qualifiée en ce domaine ? G.V. Nous avons choisi notre partenaire, la société LAUBEUF parce qu’elle représentait pour nous le meilleur accompagnement technique et professionnel pour cette opération.
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R E Z O
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RÉZO à vitesse ZÉRO_ Textes: Anne Démians / AAD / Michèle Leloup Conception graphique et fabrication: AAD / David Dahan/ Liberty Belac / Panoply Relecture: Michèle Leloup et Guillaume Ackel, AGENCE 14SEPTEMBRE Crédits photographiques: Laure Vasconi, Jean-Pierre Porcher, Augusto Da Silva Achevé d’imprimer en novembre 2014 en France par Panoply la chaîne Graphique
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