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der 52 20 - 26 septembre 2013
Une semaine
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« Faut que j’moove »*
J’en ai marre du sang ! Ras la casquette de dessiner des salauds aux mains sales, plein le dos de croquer les crimes contre l’humanité et de pleurer dans ces colonnes. «L’amie [ARySQUE] s’enlise et là, ça fait mal ! C’est comme ça. » C’est l’automne et j’ai envie de vie. Alors cette semaine, je vais là où je veux, loin, très loin, des Roms insultés, loin des Chrétiens d’orient massacrés, loin des innocents de Nairobi abattus pour une prière méconnue… Cette semaine, permettez que je savoure les petits instants de rien, glânés dans un coin de mon salon ou de mon jardin. Permettez que je recycle des choses que j’ai aimées et que je goûte encore. Permettez que je vous livre quelques menus plaisirs et rien de plus. « Pourquoi des poètes en temps de détresse ? »** Parce que ! ARySQUE * Les Rita Mitsouko. Le clip est ici : https://www.youtube.com/watch?v=BggXhzUhZ94 ** Hölderlin, Pain et Vin, in Odes, élégies, hymnes. 3
Au coin de l’œil
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Avril 2011, vendredi soir. Depuis quelques jours, je travaillais dur à l’atelier et j’avais laissé dans le fond de mon évier, un grand bain d’eau savonneuse où je plongeais mes pinceaux pour éviter qu’ils se déssèchent. Avant le week-end, j’entrepris de laver mes pinceaux pour les débarasser de toute trace d’encre. Je m’éxécutais, les rinçais et les mis à sécher avant de déboucher l’évier et de filer regagner mes pénates. Dans la précipitation, j’avais oublié de rincer la vasque. Lundi matin, l’eau sale et encrée avait dessiné sur l’émail, un petit prince égaré, planté sur sa planète. 7
Juillet 2013, apéro du soir. Depuis plusieurs semaines, le chantier de démolition de l’immeuble qui nous faisait face était achevé. Les graffeurs du quartier avaient déjà pris possession des grandes bâches bleues qui recouvraient les murs mitoyens. Chez nous, la disparition du bâtiment avait offert aux rayons du soleil un espace immense et l’astre venait se perdre sur les murs de notre salon, caressant chaque objet, les démultipliant en ombres chinoises. Une vieille gourde prit la lumière, de grès à gré. 8
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Février 2009, petit-déjeuner C’était un hiver plutôt clément. Les nuits restaient très froides mais les journées étaient suffisamment chaudes pour faire fondre la glace accumulée dans la nuit. Les gouttelettes emprisonnées par les brins d’herbe et les feuillages naissants des plantes couvre-sol, dessinaient chaque nuit, en gelant, des vides et des pleins. Tasse de thé en main, j’aime m’asseoir sur le coffre de bois pour savourer les frais matins. Là, face au soleil levant, j’observe les créatures de glace. Ce jour-là, Dame nature avait sculpté en miniature, un couple de chevreuils venus grignoter les rares traces de vert.
Autour des images Distorsions de photographies pour raconter une autre histoire,
Mutations/ Rose de pavot Encre et papier japonais sur photo de pavot naissant (ci-dessus) imprimÊe n’importe comment. Collection particulière.
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Au milieu de nowhere
Photo de la chapelle de Narreyroux (ci-dessus), imprimée sur papier transparent et noyée dans la résine. Collection particulière 16
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Joyaux
Acrylique et papier japonais sur photo de bord de mer prise dans la baie du Frenay (ci-dessus) et imprimÊe n’importe comment. 18
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Le Rempart de brindilles (extraits)
RenĂŠ Char
in La Parole en archipel, Gallimard, 1962
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(…) Le dessein de la poésie étant de nous rendre souverains en nous impersonnalisant, nous touchons, grâce au poème, à la plénitude de ce qui n’était qu’esquissé ou déformé par les vantardises de l’individu. Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l’unité. Nous sommes déroutés et sans rêve. Mais il y a toujours une bougie qui danse dans notre main. Ainsi l’ombre où nous entrons est notre sommeil futur sans cesse raccourci. (…) Ne cherche pas les limites de la mer. Tu les détiens. Elles te sont offertes au même instant que ta vie évaporée. Le sentiment, comme tu sais, est enfant de la matière ; il est son regard admirablement nuancé. (…) Nous vivons collés à la poitrine d’une horloge qui, désemparée, regarde finir et commencer la course du soleil. Mais elle courbera le temps ; liera la terre à nous ; et cela est notre succès. (…) Nota. - Cessons de miroiter. Toute la question sera, un moment, de savoir si la mort met bien un point final à tout. Mais peut-être notre cœur n’est-il formé que de la réponse qui n’est point donnée. 21
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Vous êtes quelques-uns à feuilleter la Semaine ARySQUE, chaque semaine ou presque, et j’imagine qu’à la lecture de ce numéro, vous êtes quelque peu désorientés par cette tranche de nostalgie qui me fit vous livrer des œuvres anciennes, toutes signées de mon paraphe qui n’était pas encore celui d’ARySQUE. Depuis la naissance d’ARySQUE, j’ai “couvert” bien des sujets : deux campagnes électorales, la montée du FN, les magouilles de Sarkozy, la guerre en Syrie, au Mali, en RDC, au Kivu, des attentats nombreux ici et ailleurs, des femmes bafouées… Ce fut un gros boulot. Il ne m’a jamais rapporté un centime, pas même une notoriété. Mais là n’était pas le but : je voulais prendre une parole engagée et refaire le monde entre les murs de mon atelier. Et je voulais en discuter avec vous. Pendant dix-neuf mois, accrochée à mon bâton de pélerin, j’ai tenu bon et j’ai essayé, au fil des numéros, d’installer un rendez-vous éditorial et de ménager parfois quelques surprises pour éviter que vous ne vous lassiez. Mais, je dois le reconnaître, j’ai de plus en plus de difficultés à trouver l’inspiration pour réaliser ces petites Semaines ARySQUE et je crains de ne plus pouvoir me renouveler. Je vais donc arrêter là ce petit hebdo et prendre un peu de temps pour réfléchir à ce qui suivra. N’hésitez pas à m’écrire pour me dire ce que vous avez aimé ou pas dans ces Semaines. Cela m’aidera à construire la suite. aqlpeintre@gmail.com 23
? Tous les numéros d’Une Semaine ARySQUE sont sur
www.arysque.blogspot.fr