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animan 241 article Laos

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SOUS-MARINES

LES BEAUTÉS DU MONDE

LA PERLE OUBLIÉE D’INDOCHINE

Texte et photos: Laurent Nilles

Bien moins fréquenté que la Thaïlande ou le Vietnam voisins, le Laos est une aubaine pour les voyageurs en quête de découvertes. Bien que ce petit pays enclavé ne possède ni accès à la mer ni plages, il brille d’autant plus fort par sa riche culture, ses paysages magnifiques et ses habitants chaleureux.

Si leur philosophie le permettait, le moment serait venu pour les moines bouddhistes de pousser quelques jurons bien sentis. En effet, de lourdes gouttes de pluie commencent à s'écraser sur les tuiles rouges du Wat Xieng Muan, l’un des trente-quatre monastères bouddhistes de la ville historique de Luang Prabang, l'ancienne cité royale du Laos. Alors que le ciel a décidé d’ouvrir ses vannes, l’heure est aux derniers préparatifs pour Ban Ouk Phansa, la fête annuelle qui marque la fin du jeûne des moines, et des novices sont en train de décorer la cour du temple avec des centaines de lanternes en papier de soie coloré.

Bien que depuis la fin de la matinée, de plus en plus de nuages sombres se soient glissés devant le soleil, personne ne voulait croire que la menace puisse se concrétiser. Depuis plus de vingt ans, la fête des lumières, qui se déroule au début de la saison sèche, a été épargnée par les précipitations. Mais il faut bien une exception pour confirmer la règle. Dans l’urgence, les moines s’empressent de sauver des masses d'eau tombant du ciel les fragiles luminaires et d'installer une bâche de protection au-dessus du magnifique dragon en papier de plusieurs mètres de long, fruit de quelques semaines de travail. Il est hors de question que ce chef-d'œuvre à la fois imposant et gracile soit victime des intempéries avant même le début des festivités!

MAROC ALGÉRIE

Océan Atlantique

À l’occasion de la fête de Ban Ouk Phansa, moines et novices décorent les temples et les monastères bouddhistes de Luang Prabang avec des centaines de lanternes en papier de soie.

SAHARA OCCIDENTAL

Nouakchott Désert du Sahara

Chinguetti

MAURITANIE

SÉNÉGAL

MALI

Luang Prabang Phongsaly Phonsavan Thakhek Mékong

VIETNAM LAOS Golfe du Tonkin

Mékong

Paksé Phonhong

Vientiane Savannakhet

THAÏLANDE CAMBODGE

La fête religieuse atteint son apothéose après le coucher du soleil, quand des milliers de bougies illuminent la ville et d’imposants dragons en papier de soie de plusieurs mètres de longueur sont portés en procession à travers la ville, puis remis aux eaux du Mékong.

AU CŒUR DE LA FÊTE

Ce n'est que la nuit suivante, au moment où la fête bat son plein, que le dragon fait sa grande entrée: éclairé par des centaines de bougies, il est porté en même temps qu’une vingtaine d’autres œuvres d'art éphémères dans une procession festive qui défile à travers les rues richement décorées. Au terme du cortège, il est remis aux eaux du Mékong, comme une offrande aux nagas, les esprits de l'eau, dont on attend en retour bénédiction et bonheur. Justement, ceux-ci se montrent déjà plus cléments puisque la pluie a cessé juste avant la tombée de la nuit. Des dizaines de milliers de bougies et de lanternes sont alors allumées dans toute la ville, éclairant les toits incurvés, les reliefs dorés et les mosaïques de verre étincelantes décorant les façades des monastères d'une lumière magique. Habitants et visiteurs se promènent une bonne partie de la nuit d’un temple à l’autre, de Wat Xieng Thong à Wat Wisunalat, de Wat Sensoukharam à Wat Mai Suwannaphumaham, pour admirer les installations lumineuses et graver ce moment dans leur mémoire en prenant des photos. À peine quelques heures plus tard, le jour suivant débute avec l'aumône des moines, avant le lever du soleil. Les fidèles attendent patiemment en rang sur les trottoirs que ces derniers, en robe couleur safran, sortent par centaines de leurs monastères dans un silence méditatif. À l'occasion de la fête, les religieux sont comblés d’offrandes, les croyants bouddhistes étant particulièrement nombreux à vouloir s'attirer un karma positif par des actes de charité.

Dans les villages, les modes de vie traditionnels sont préservés. Une femme du peuple Hmong en tenue traditionnelle fait une démonstration de filage. Un paysan du village de Pha Tang ramène ses vaches à la maison en fin de journée. La récolte du riz bat son plein près de Muang La.

NOMBREUSES ETHNIES

Si Luang Prabang se caractérise par ses moines et ses temples, le Laos en tant que pays se distingue par ses habitants et leur impressionnante diversité culturelle. Outre les Lao Loum, qui représentent près des deux tiers des habitants, l'État laotien reconnaît officiellement plus de quarante groupes ethniques différents. Dans les régions rurales notamment, entre rizières, cascades et montagnes karstiques, les Hmong, Khmu, Lan Tan, Tai Lue, Yao et Akha vivent encore dans des maisons typiques en bois, construites sur

pilotis pour se protéger de la vermine et d’autres bêtes indésirables. Ils cultivent du riz, du maïs et des légumes, tissent, teignent et brodent des tissus en coton ou en soie selon un savoir-faire ancestral et produisent du lao lao, une eaude-vie locale à base de riz.

Bien que de nos jours, les costumes traditionnels transmis de génération en génération ne soient sortis qu'à l’occasion de grands événements, ils continuent tout autant à façonner l’identité culturelle. Les femmes Hmong portent des chapeaux circulaires ornés de formes géométriques, alors que les Yao se distinguent par une sorte de turban

noir et des vestes garnies de peluche rouge pour lutter contre le froid dans les montagnes. Les Akha, quant à eux, exhibent leur richesse en décorant leur couvre-chef de pièces d'argent qui scintillent au soleil. C'est surtout dans le nord du pays, dans les montagnes entre Nong Khiaw, Oudomxay, Phongsaly et Muang Sing, que les traditions et modes de vie anciens sont les mieux préservés, même si le commerce florissant avec la Chine voisine a aussi valu à la région quelques constructions récentes, dont le style baroque ostentatoire détonne avec la sobriété ambiante.

PLONGÉE DANS LE TEMPS

À l’autre bout du pays, dans le sud tropical, le Wat Phou, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001, se fond bien plus harmonieusement dans le paysage verdoyant au pied du mont Lingamparwata. Le temple de la civilisation khmère remonte au XIe siècle et peut donc se vanter d’une histoire plus ancienne que le célèbre Angkor Wat, au Cambodge voisin. Épargnées par le tourisme de masse, les ruines bien conservées déploient leur charme pittoresque surtout au petit matin, lorsque les premiers rayons du soleil percent la brume et que seuls quelques moines solitaires déambulent sur le site, absorbés par une contemplation silencieuse. Sur les rives du Mékong, entre Champasak la coloniale et les îles de l'archipel Si Pan Don, accessibles uniquement par bateau, le temps s’écoule lentement. Les pêcheurs locaux ont perfectionné l’art de placer des pièges à poissons, parfois de manière audacieuse dans les cascades tumultueuses du fleuve. Dans les rizières moissonnées paissent quelques buffles dont les propriétaires ont fui la chaleur humide pour se réfugier dans leurs hamacs ombragés. Après une journée d’école, enfants et adolescents, vêtus uniformément de chemises blanches et de pantalons ou de jupes noirs rentrent à vélo par des chemins étroits qui ne voient jamais passer de voitures. Au Laos, il semble que l'agitation et le stress n’ont pas droit de cité. Calme et douceur règnent partout en maîtres. Vientiane, capitale d'un million d'habitants, ne fait pas exception. Là-bas comme ailleurs, les Laotiens ont toujours un sourire qui flotte sur les lèvres.

Les pêcheurs se servent de pièges à poissons en bambou qu’ils placent à des endroits stratégiques dans les courants des cours d’eau. Les origines des temples khmers de Wat Phou remontent au XIe siècle. Le site au sud du pays, non loin de la frontière avec le Cambodge, respire la tranquillité et voit peu de touristes, malgré son inscription, en 2001, au patrimoine mondial de l'Unesco.

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animan 241 article Laos by Animan Publications SA - Issuu